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Conquête musulmane de la Sicile

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Conquête musulmane de la Sicile

Carte topographique de la Sicile


Informations générales
Date 827 - 902
Lieu Sicile
Issue Victoire musulmane
Changements La Sicile est conquise par les Musulmans aux dépens de l'Empire
territoriaux byzantin
Belligérants
Aghlabides Empire byzantin
Commandants
Euphémius
Assad ibn al-Furat
Muhammad ibn Abu'l-Jawari
Asbagh ibn Wakil
Giustiniano Participazio
Abu Fihr Muhammad ibn Abdallah
Théodotus
al-Fadl ibn Yaqub
Alexis Mousélé
Abu'l-Aghlab Ibrahim
Constantin Kontomytès
Abu'l-Aghlab al-Abbas ibn al-Fadl
Khafaja ibn Sufyan
Suwada ibn Khafaja
Ibrahim II

Guerres arabo-byzantines

Batailles

Conquête musulmane du Levant

 Ajnadayn

Damas
 Fahl
 Yarmouk
 Jérusalem

Conquête musulmane de l’Egypte

 Héliopolis
 Nikiou

Conquête musulmane du Maghreb

 Sufétula
 Tahouda
 Mammès
 Carthage
 Oued Nini

Invasions Omeyyades & Sièges de Constantinople

 1re Constantinople
 Sébastopolis
 Tyane
 2e Constantinople
 Andrinople
 Nicée
 Akroinon

Guerre frontalière arabe-byzantine

 Kamacha
 Invasion de l'Asie Mineure (782)
 Kopidnadon
 Krasos
 Invasion de l'Asie Mineure (806)
 Anzen
 Amorium
 Mauropotamos
 Poson
 Bathys Ryax

Conquête musulmane de la Sicile et du sud de l’Italie


 Syracuse
 Stelai ou 1re Milazzo
 2e Milazzo
 Garigliano
 Détroit
 Georges Maniakès en Sicile

Guerres navales et raids

 Phœnix de Lycie
 Keramaia
 Conquête musulmane de la Crête
 Damiette
 Raguse
 Kardia
 Golfe de Corinthe
 Céphalonie
 Chalcis
 Thessalonique

Reconquête byzantine

 Portes ciliciennes
 Campagnes de Jean Kourkouas
 Marach
 Raban
 Andrassos
 Campagnes de Jean Tzimiskès
 Campagnes de Nicéphore II Phocas (Crète)
 Alexandrette
 Gués de l'Oronte
 Apamée
 Campagnes de Basile II
 Azâz

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La conquête musulmane de la Sicile commence en 827 pour s'achever en 902 avec la chute de
Taormine, la dernière grande forteresse byzantine de l'île. Toutefois, quelques places forces
resteront aux mains des Byzantins mais les Musulmans auront le contrôle global de l'île jusqu'à sa
conquête par les Normands à partir de 1061.

Bien que la Sicile ait subi des raids musulmans dès le milieu du VIIe siècle, ces attaques ne
remettent pas en cause le contrôle byzantin sur cette île, qui reste largement isolée du reste de
l'Empire byzantin et des troubles qui l'agitent. L'opportunité de la conquête de l'île pour les émirs
aghlabides de l'Ifriqiya intervient en 827. À cette date, le commandant de la flotte de l'île,
Euphémius, se révolte. Vaincu par les forces loyalistes et expulsé de l'île, il recherche de l'aide
auprès des Aghlabides. Ces derniers perçoivent alors la possibilité de s'étendre territorialement et
de mettre fin aux querelles internes en concentrant leur énergie dans la prise de l'île. Après le
débarquement des Musulmans sur l'île, Euphémius est rapidement écarté. Un premier assaut
contre Syracuse (la capitale) échoue mais les Musulmans parviennent à contenir la contre-attaque
byzantine et à conserver quelques forteresses. Grâce à des renforts en provenance de l'Ifriqiya et
d'Al-Andalus, ils peuvent prendre Palerme en 831, qui devient la capitale de la nouvelle province
musulmane.

L'Empire byzantin envoie quelques expéditions pour soutenir les forces locales mais il préfère
concentrer ses efforts contre les Abbassides, sur la frontière orientale de l'Empire et contre
l'émirat de Crète en mer Égée. De ce fait, il ne peut conduire un effort soutenu pour repousser les
Musulmans qui peuvent lancer des raids sur les positions byzantines presque sans résistance
durant trois décennies. La puissante forteresse d'Enna, au centre de l'île, est le principal rempart
byzantin contre l'expansion musulmane mais elle chute en 859. Après cet événement, les
Musulmans accroissent leur pression contre les régions orientales de l'île et, après un long siège,
ils s'emparent de Syracuse en 878. Les Byzantins ne conservent alors que quelques forteresses au
nord-est de la Sicile pendant quelques décennies. Ils tentent alors de mener diverses expéditions
pour reprendre l'île jusqu'au XIe siècle sans réussite. La chute de Taormine en 902 marque la fin
de la conquête musulmane de la Sicile.

Sous la domination musulmane, la Sicile est prospère et finit par se détacher de l'Ifriqiya pour
former un émirat semi-indépendant. La communauté musulmane de l'île survit à la conquête
normande dans les années 1060 et conserve une certaine prospérité sous les rois normands,
donnant naissance à une culture syncrétique originale. Toutefois, cette population est déportée à
Lucera dans les années 1220 après une révolte infructueuse.

Sommaire
 1 Contexte
 2 Rébellion d'Euphémius
 3 Opérations initiales et prise de Palerme
o 3.1 Débarquement et siège de Syracuse, 827-828
o 3.2 Premier siège d'Enna et contre-attaque byzantine (828-829)
o 3.3 Renfort des Omeyyades et mort de Théodotus (830)
o 3.4 Chute de Palerme (831)
 4 Expansion de la province musulmane
o 4.1 Expéditions de 832-836
o 4.2 Expéditions en 837-841
o 4.3 Progression musulmane et chute d'Enna : 842-859
 5 Chute de Malte et de Syracuse
o 5.1 Gouvernorat de Khafaja ibn Sufayn, 861-869
o 5.2 Prises de Malte et de Syracuse, 870-878
 6 Fin de la conquête musulmane
o 6.1 Dissensions parmi les Musulmans
o 6.2 Arrivée d'Ibrahim II et prise de Taormine (901-902)
 7 Suites
 8 Voir aussi
 9 Notes
 10 Sources

Contexte
Tout au long de l'Empire romain, la Sicile est une région prospère et calme. C'est seulement au
Ve siècle qu'elle fait l'objet d'attaques des Vandales, opérant depuis les côtes de l'Afrique du Nord.
En 535, l'île passe sous le contrôle de l'Empire byzantin et subit les raids des Ostrogoths lors de la
guerre des Goths. À la fin de celle-ci, la région retrouve son calme. L'île est protégée par la mer
et ne subit pas l'invasion lombarde de l'Italie lors des VIe et VIIe siècles. Elle garde une vie
urbaine florissante et une administration civile. Toutefois, la montée de la menace liée à
l'expansion musulmane place la Sicile de nouveau en première ligne. Comme l'écrit John B.
Bury, « une terre riche et une île tentante, la Sicile occupe une position centrale entre les deux
bassins méditerranéens, ce qui la rend d'une importance cruciale pour toute puissance maritime
de l'Orient en expansion politique ou économique. Pour un dirigeant africain ambitieux, elle est
une tête de pont vers l'Italie et la mer Adriatique »1.

Par conséquent, l'île est très tôt la cible des Musulmans qui lancent leur premier raid en 652,
quelques années seulement après la création d'une première marine musulmane. Avec la conquête
musulmane de l'Afrique du Nord, la Sicile devient une base stratégique primordiale. En 661-668,
elle accueille même la résidence impériale de Constant II1. Elle devient un thème vers 690 et son
gouverneur (le stratège), dirige aussi les quelques positions byzantines subsistantes dans le Sud
de l'Italie. Tout au long de la première moitié du VIIIe siècle, l'île est de nouveau victime de raids
mais elle ne connaît pas de menaces sérieuses avant la fin des conquêtes musulmanes de l'Afrique
du Nord et de l'Espagne. C'est Abd al-Rahman al-Fihri, le gouverneur arabe de l'Ifriqiya, qui
planifie la première invasion de l'île. Il tente aussi de s'emparer de la Sardaigne en 752-752 mais
il en est empêché par une rébellion berbère2,3.

En 799, le fondateur de la dynastie aghlabide, Ibrahim ibn al-Aghlab, s'assure la reconnaissance


de son autorité en tant qu'émir autonome de l'Ifriqiya par le calife abbasside Hâroun ar-Rachîd.
De ce fait, il crée un État pratiquement indépendant, centré sur la Tunisie moderne. En 805,
Ibrahim conclut une paix de dix ans avec le gouverneur byzantin de la Sicile qui est renouvelée
par le fils et successeur d'Ibrahim, Abdallah Ier. Au cours de cette époque, les Aghlabides doivent
concentrer leurs efforts dans leur rivalité contre les Idrissides et ils ne s'occupent pas de la Sicile.
En revanche, des documents attestent d'un commerce actif entre la Sicile et l'Ifriqiya et de la
présence de commerçants arabes sur l'île2,4.

Rébellion d'Euphémius
L'occasion d'une invasion de la Sicile est fournie par la rébellion du tourmarque Euphémius, le
chef de la flotte de l'île. Selon des récits plus tardifs et peut-être fictionnels, il est attiré par une
nonne et l'oblige à se marier. Ses frères protestent auprès de l'empereur Michel II qui ordonne au
stratège de l'île, Constantin Soudas, d'enquêter sur l'affaire et de couper le nez d'Euphémus si son
méfait est prouvé. Alors qu'il retourne d'un raid naval contre la côte africaine, Euphémius
apprend qu'il s'apprête à être arrêté. Il décide alors de faire voile pour Syracuse et occupe la cité
dont le gouverneur trouve refuge à Catane. Euphémius parvient rapidement à gagner le soutien
d'une grande partie du commandement militaire de l'île. Il repousse une tentative de Constantin
de reprendre Syracuse, le poursuit et finit par le capturer et l'exécuter. Il est ensuite proclamé
empereur. L'historien Alexandre Vassiliev émet des doutes quant aux origines « romantiques » de
la révolte d'Euphémius et considère qu'elle est motivée par l'ambition du général, qui tente de
profiter de la faiblesse du gouvernement central byzantin après la révolte de Thomas le Slave. En
outre, il compte sur la focalisation du pouvoir central sur l'invasion musulmane de la Crète 5.

Toutefois, Euphémius fait face à la désertion de l'un de ses plus proches et puissants alliés connu
sous le nom de Balata et son cousin Michel, le gouverneur de Palerme. Les deux hommes
dénoncent l'usurpation par Euphémius du titre impérial et marchent contre Syracuse. Là, ils le
battent et s'emparent de la ville6.

À l'image d'Elpidius qui se rebelle contre Irène l'Athénienne depuis la Sicile, Euphémius décide
de trouver refuge parmi les ennemis de l'Empire byzantin. Avec quelques partisans, il se dirige
vers l'Ifriqiya. Là, il envoie une délégation auprès de la cour aghlabide qui plaide auprès de l'émir
Ziyadat Allah. Elle demande le soutien d'une armée pour aider Euphémis à conquérir la Sicile,
après quoi il s'engage à payer un tribut annuel6. Cette offre est une opportunité majeure pour les
Aghlabides. Ces derniers font face à des tensions ethniques entre les Arabes et les Berbères ainsi
qu'à des dissensions et des rébellions parmi l'élite dirigeante arabe (le jund). Des critiques sont
émises à l'encontre de certaines de leurs pratiques comme leur système de taxation jugé non
islamique ou leur mode de vie luxueux. Les juristes de l'école malikite sont la principale source
de ces critiques. Au moment de l'arrivée d'Euphémius, Ziyadt Allah vient juste de réprimer une
révolte longue de trois ans du jund. Ainsi que l'écrit Alex Metcalfe, « en entreprenant le djihad
pour étendre les frontières de l'islam aux dépens des infidèles (ce serait la première grande
conquête depuis l'invasion de la péninsule ibérique en 711), ils feraient taire les critiques des
juristes. Dans le même temps, ils pourraient rediriger les énergies destructrices du jund vers la
Sicile et garantir une nouvelle source d'hommes et de richesse »7.

Le conseil de Ziyadat est partagé sur la question. Toutefois, les exhortations du respecté cadi de
Kairouan, Assad ibn al-Furat, qui s'appuie sur le Coran pour soutenir sa cause, convainquent
l'émir de décider de l'invasion. Asad est placé à la tête d'une expédition tout en conservant son
titre de cadi, pourtant incompatible avec un poste militaire en temps normal. Cette force pourrait
avoir compté 10 000 soldats à pieds et 700 cavaliers, surtout des Arabes de l'Ifriqiya et des
Berbères mais peut-être aussi des hommes du Grand Khorassan. La flotte comprend de soixante-
dix à cent navires auxquels il faut ajouter les propres vaisseaux d'Euphémius6.

Opérations initiales et prise de Palerme


Débarquement et siège de Syracuse, 827-828
Le 14 juin 827, la flotte musulmane part de la baie de Sousse et, après trois jours de navigation,
atteint Mazara, au sud-ouest de la Sicile. C'est là que l'armée débarque. Les Musulmans sont
accueillis par des soldats loyaux à Euphémius mais l'alliance commence rapidement à se diviser.
Un détachement musulman prend des partisans d'Euphémius pour des troupes loyalistes et une
escarmouche s'ensuit. Même si les troupes d'Euphémius ont reçu l'ordre de placer une ramille sur
leurs casques comme une marque distinctive, Asad annonce son intention de poursuivre la
campagne sans eux8. Peu après, Balata, qui semble avoir pris la fonction, si ce n'est le titre, de
stratège, apparaît à proximité avec une armée. Les deux armées s'affrontent dans une plaine au
sud-est de Mazara et les Musulmans en sortent victorieux. Balata se replie d'abord à Enna puis en
Calabre, sur l'Italie continentale, où il espère regrouper plus d'hommes. Toutefois, il meurt sur
place peu après son arrivée9,6,10.

Asad laisse Mazara aux mains d'Abu Zaki al-Kinani et se dirige vers Syracuse. L'armée
musulmane avance le long de la côte sud vers la capitale byzantine mais à Qalat al-Qurrat (peut-
être Akrai), elle est reçue par une ambassade qui offre le paiement d'un tribut en échange de
l'arrêt de leur progression. Cette proposition sert sûrement à acheter du temps pour laisser le
temps à Syracuse de se préparer pour un siège mais Asad, persuadé par les assurances des
émissaires ou par le besoin qu'éprouve son armée à se reposer stoppe son avance quelques jours.
Au même moment, Euphémius commence à regretter son alliance avec les Aghlabides et entre
secrètement en contact avec les forces impériales, les priant de résister aux Arabes 11,12. Ces
derniers reprennent leur avance peu après et mettent le siège devant la ville. Dans le même temps,
l'Empire byzantin est confronté à une menace plus proche de Constantinople avec l'invasion de la
Crète et ne peut dépêcher de renforts sur l'île, alors même que des renforts musulmans sont
envoyés depuis l'Afrique. Giustiniano Participazio, le dux du protectorat impérial de Venise,
vient en aide de Syracuse mais il ne parvient pas à mettre fin au siège. Toutefois, les assiégeants
souffrent du manque de provisions et d'une épidémie lors de l'été 828 qui emporte Asad. Il est
remplacé par Muhammad ibn Abu'l-Jawari. Quand une flotte byzantine approche, les Arabes
décident de lever le siège et de revenir en Afrique mais ils en sont empêchés par les navires
byzantins. Bloqués sur l'île, les Musulmans brûlent leurs navires et se retirent à l'intérieur des
terres, vers le château de Mineo qui se rend au bout de trois jours13,14.

Premier siège d'Enna et contre-attaque byzantine (828-829)

Vue actuelle de la ville d'Enna, une position clé au centre de la Sicile.

En dépit de ses contacts avec les forces impériales, Euphémius accepte de servir de guide aux
Musulmans. Il espère probablement que ces derniers, échaudés par leur échec et privés d'Asad,
accepteront de servir ses intérêts. Après la reddition de Mineo, l'armée musulmane se divise en
deux. L'une prend Agrigente à l'ouest tandis que l'autre, avec Euphémius, s'attaque à Enna. La
garnison de cette place forte entame des négociations, offrant de reconnaître l'autorité
d'Euphémius mais quand ce dernier se présente avec une petite escorte, il est tué15. Le sort des
partisans d'Euphémius après sa mort est inconnu16.

Au printemps 829, Michel II envoie une nouvelle flotte en Sicile dirigée par Théodotus, qui
connaît bien l'île où il a servi comme stratège. Après avoir débarqué, il marche avec son armée
jusqu'à Enna, toujours assiégée par les Arabes. Il est vaincu dans la bataille qui s'ensuit mais
parvient à se réfugier dans la forteresse avec la plupart de ses hommes. Cette victoire enhardit les
Musulmans qui décident de frapper leurs premières pièces de monnaie sur l'île. Ils sont désormais
dirigés par Zubayr ibn Gawth, qui a remplacé Abu'l Jawari après sa mort. Peu de temps après,
Théodotus parvient à renverser la situation. Il conduit une forte qui met en déroute une troupe
musulmane avant de battre l'armée arabe principale le jour suivant, tuant 1 000 hommes et
poursuivant le reste jusqu'à leur campement fortifié qu'il assiège. Les Musulmans tentent de
percer l'encerclement par une percée nocturne mais Théodotus n'est pas surpris, leur tend une
embuscade et les vainc17.

Les vestiges de l'armée musulmane vont de nouveau se réfugier à Mineo. Théodotus les suit et
assiège cette position, obligeant les Musulmans à manger les chevaux et les chiens. Quand ils
apprennent la situation, les Arabes positionnés à Agrigente abandonnent la ville et se replient vers
Mazara. De ce fait, à l'automne 829, presque toute l'île a été vidée des envahisseurs
musulmans18,17.

Renfort des Omeyyades et mort de Théodotus (830)

Le succès de Théodotus reste incomplet et, à l'été 830, une flotte en provenance des Omeyyades
de l'émirat de Cordoue, dirigée par Asbagh ibn Wakil, arrive en Sicile. En dépit des rivalités entre
le califat abbasside et l'émirat de Cordoue, ce dernier envoie des renforts aux Aghlabides pour
conquérir la Sicile, même si les Aghlabides sont dans le giron des Abbassides. Ibn Kathir
rapporte que trois cents navires composent la force conjointe des Omeyyades et des Aghlabides.
Théodotus ne s'oppose pas à eux, espérant qu'ils partiront après avoir razzié l'île. Toutefois, la
garnison assiégée de Mineo parvient à entrer en contact avec les renforts et propose une action
conjointe. Les Andalous acceptent, à condition qu'Asbagh soit reconnu comme le général en chef
sur l'île. Ils marchent alors en direction de Mineo et Théodotus n'est pas en mesure de les
affronter. Il décide donc de se replier vers Enna et d'abandonner le siège de Mineo à l'été 830 19,20.
L'armée combinée des Andalous et des Nord-Africains incendie Mineo et met le siège devant une
autre ville, peut-être Calloniana (aujourd'hui Barrafranca). Toutefois, une épidémie éclate une
nouvelle fois dans le camp arabe, tuant Asbagh et de nombreux autres. Si la ville finit par tomber
à l'automne, les Arabes ont perdu de nombreux hommes et doivent se replier vers l'ouest.
Théodotus se lance à leur poursuite et leur inflige de lourdes pertes, poussant les Andalous à fuir
l'île. Cependant, Théodotus est tué au même moment, probablement dans l'une des
escarmouches21,22.

Chute de Palerme (831)


Dans le même temps, les Nord-Africains restés à Mazara, avec quelques Andalous, avancent à
travers l'île et mettent le siège devant Palerme. La ville tient pendant une année, jusqu'en
septembre 831. À cette date, son commandant, le spathaire Syméon, se rend en échange de la
garantie pour les personnalités importantes de la ville (et peut-être la garnison) de partir en
sécurité. La cité a fortement souffert lors du siège. L'historien Ibn al-Athir rapporte de façon
exagérée que la population de la ville passe de 70 000 hommes à seulement 3 000, tous pris
comme esclaves. Luc, l'évêque de la ville, parvient à s'enfuir et à rejoindre Constantinople où il
informe l'empereur Théophile du désastre23,24. La chute de Palerme est une étape décisive dans la
conquête musulmane de l'île. Les Arabes ont une importante base militaire sous leur contrôle, ce
qui leur permet de consolider leur contrôle sur la partie occidentale de la Sicile, qui devient une
province aghlabide25,26,27. Ainsi, en mars 832, le premier gouverneur aghlabide (wali), Abu Fihr
Muhammad ibn Abdallah, arrive à Palerme. C'est un homme compétent, qui parvient à apaiser les
violentes dissensions entre les Nord-Africains et les Andalous28.

Expansion de la province musulmane


La partie occidentale de la Sicile tombe relativement facilement aux mains des Musulmans tandis
que la conquête de la portion orientale est longue et irrégulière. Il existe peu de preuves de
campagnes de grande ampleur et de batailles rangées. La guerre est dominée par des attaques
arabes répétées contre les citadelles byzantines, complétées par des raids dans la campagne
environnante pour constituer un butin, imposer un tribut ou faire des prisonniers. Dans ce conflit,
le sud-est de l'île est le plus exposé, par rapport à la région nord-est, plus montagneuse et moins
accessible29.

Expéditions de 832-836

Aucune opération n'est rapportée en Sicile lors des deux premières années après la chute de
Palerme. Les Musulmans cherchent probablement à organiser leur nouvelle province tandis que
les Byzantins sont trop faibles pour réagir30. En outre, ils ne peuvent espérer aucun renfort car
l'Empire fait face à la montée de la pression en Orient, alors le calife Al-Ma’mūn lance des
invasions répétées de la zone frontalière byzantine et menace de marcher sur Constantinople
avant de mourir subitement en août 83331,32.

La lutte se poursuit lors des années suivantes autour d'Enna. Cette dernière devient la principale
forteresse byzantine au centrale de l'île. Au début de l'an 834, Abu Fihr lance une campagne
contre Enna, vainc sa garnison en terrain découvert et l'oblige à se replier dans la forteresse. Au
printemps, la garnison tente une sortie mais est de nouveau vaincue et doit se replier. En 835,
Abu Fihr lance un raid en Sicile centrale et défait une armée dirigée par un patrice byzantin (peut-
être le stratège), capturant la femme du général et son fils. À la suite de ce succès, Abu Fihr
envoie Muhammad ibn Salim dans un raid contre les régions orientales de l'île, jusqu'à Taormine.
Toutefois, des dissensions éclatent parmi les Musulmans, Abu Fihr est tué et ses assassins
trouvent refuge auprès des Byzantins33,34.

Les Aghlabides remplacent Abu Fihr par al-Fadl ibn Yaqub. Ce dernier fait preuve de beaucoup
d'énergie sur le terrain. Dès son arrivée, il dirige un raid aux environs de Syracuse puis un autre
près d'Enna. Le stratège byzantin marche à sa rencontre mais les Musulmans se retirent dans une
zone montagne et forestière où les Byzantins ne peuvent les poursuivre. Le stratège attend en
vain que son adversaire accepte le combat mais finit par se retirer. Il tombe alors dans une
embuscade tendue par les Musulmans et son armée est contrainte à la fuite. Les Musulmans
s'emparent de la plupart des armes, de l'équipement et des animaux byzantins, manquant de peu
de capturer le stratège qui est sévèrement blessé35,36. En dépit de ses succès, Ibn Yaqub est
remplacé en septembre par un nouveau gouverneur, le prince Abu'l-Aghlab Ibrahim ibn Abdallah
ibn al-Aghlab, un cousin de l'émir Ziyadat Allah. Au même moment, les renforts byzantins tant
attendus arrivent. La flotte byzantine bloque les navires d'Abu'l-Aghlab, dont une partie sont
détruits par les Byzantins et par des tempêtes. Toutefois, les Byzantins ne peuvent empêcher le
reste de la flottille adverse d'atteindre Palerme. Abu'l-Aghlab riposte alors par des raids navals
contre Pantelleria et d'autres localités, décapitant les prisonniers chrétiens. Au même moment, un
raid de cavalerie musulman atteint les régions orientales de l'île, à proximité de l'Etna, brûlant
villages et les récoltes et faisant plusieurs prisonniers37,36.

En 836, Abu'l-Aghlab lance de nouvelles attaques. Une force musulmane s'empare de la


forteresse appelée Qastaliasali en arabe (probablement Castelluccio, sur la côte septentrionale)
mais est repoussée par une contre-attaque byzantine. La flotte musulmane, dirigée par al-Fadl ibn
Yaqub lance un raid contre les îles Éoliennes, s'emparant de plusieurs forts sur la côte
septentrionale de la Sicile, dont Tyndaris. Dans le même temps, un autre raid de cavalerie est
lancé dans la région de l'Etna, capturant un grand nombre de prisonniers38.

Expéditions en 837-841

L'empereur Théophile et sa cour.

En 837, une armée musulmane dirigée par Abd al-Salam ibn Abd al-Wahhab attaque Enna mais
est vaincue par les Byzantins. Abd al-Salam lui-même est fait prisonnier. Les Musulmans
répondent en renforçant leurs positions autour d'Enna, qui se retrouve assiégée. Au cours de
l'hiver suivant, l'un des assiégeants découvrent un chemin non surveillé qui conduit à la ville, ce
qui permet aux Musulmans de prendre la ville basse. Toutefois, les Byzantins parviennent à
garder le contrôle de la citadelle. Finalement, des négociations débouchent sur le retrait des
Musulmans en échange d'une large rançon39,40.

À Constantinople, Théophile entreprend un effort d'envergure pour soutenir la Sicile. Il rassemble


une grande armée dirigée par son beau-fils, le césar Alexis Mousélé. Ce dernier arrive en Sicile
au cours du printemps 838, au bon moment pour libérer la forteresse de Cefalù qui subit une
attaque musulmane. Mousélé obtient plusieurs succès contre les raids musulmans mais, à son
retour à Constantinople, ses adversaires diffusent des accusations d'intelligence avec les Arabes et
de complot pour s'emparer du trône. En outre, la mort de sa femme Marie le prive de son lien
familial avec Théophile. L'empereur envoie alors l'archevêque de Syracuse, Théodore Krithinos,
rappeler le césar à Constantinople en 83941.

Le 11 juin 838, l'émir Ziyadat Allah est mort et c'est son frère, Abu Iqal ibn al-Aghlab, qui lui
succède. Le nouvel émir envoie des troupes fraîches en Sicile où les Musulmans reprennent le
dessus après le départ d'Alexis Mousélé. En 839-840, les Musulmans prennent les forteresses
Corleone, Platani, Caltabellotta et, eut-être, Marineo, Geraci et d'autres forts. Finalement, en 841,
il lance un raid depuis Enna jusqu'à Grotte42.

Au même moment, les Musulmans de Sicile parviennent à prendre pied sur l'Italie continentale.
Les Musulmans répondent à l'appel du duché de Naples, mis en difficulté par Sicard de Bénévent
en 839. Toutefois, ils décident ensuite de mettre à sac Brindisi et, après la mort de Sicard et
l'éclatement d'une guerre civile dans la principauté de Bénévent, ils s'emparent de Tarente en 840
et Bari en 84743,44. Grâce à ces bases, les Musulmans vont lancer des raids destructeurs le long des
côtes italiennes et dans la mer Adriatique jusqu'à la destruction de l'émirat de Bari en 87145,46.

Progression musulmane et chute d'Enna : 842-859

À la fin de l'année 842 ou 843, grâce au soutien des Napolitains, les Musulmans s'emparent de
Messine47,48. En 845, la forteresse de Modica tombe à son tour. Les Byzantins profitent de la fin
de la guerre avec les Abbassides pour envoyer des renforts issus du thème de Charsianon. Les
deux armées s'affrontent près de Butera et les Byzantins subissent une défaite écrasante, perdant
près de 10 000 hommes49. Dans le sillage de ce désastre, la position byzantine en Sicile se
détériore rapidement. La place de Lentini est prise par la ruse en 846 et la forteresse de Raguse en
848, dont la garnison est réduite par la famine et les murailles mises à bas par les Musulmans. Au
même moment (847 ou 848), une tentative de la marine byzantine de débarquer des renforts près
de Palerme échoue et sept des dix navires de la flotte sont détruits par une tempête 50.

En 851, le gouverneur et général Abu'l-Aghlab Ibrahim meurt et les Musulmans siciliens élisent
Abu'l-Aghlab al-Abbas ibn al-Fadl comme son successeur51. Sans attendre la confirmation de sa
nomination par le pouvoir central en Afrique du Nord, le nouveau gouverneur attaque et prend la
forteresse de Caltavuturo avant de se tourner vers Enna. Toutefois, le gouverneur byzantin de la
place-forte refuse d'engager le combat en terrain ouvert51. Abbas décide alors de poursuivre son
raid et, en 852-853, il dévaste le Val di Noto. Butera est assiégé durant cinq à six mois jusqu'à ce
que ses habitants négocient son départ en livrant 5 à 6 000 prisonniers51,52. Peu de détails sont
connus à propos des événements intervenant lors des quatre années suivantes. Il semblerait que
les Musulmans ont lancé des raids au travers des territoires byzantins sans rencontrer
d'oppositions. Abbas conquiert plusieurs forteresses dont Cefalù en 857. Gagliano subit aussi un
siège mais ne tombe pas53. Lors de l'été 858, les deux camps sont engagés dans une bataille
navale, probablement au large de l'Apulie. Ali, le frère d'Abbas, parvient à vaincre la flotte
byzantine mais est battu lors d'un deuxième engagement et doit s'enfuir54.

Par la suite, en janvier 859, les Musulmans acquièrent une grande victoire par la prise de la
forteresse inexpugnable Enna, grâce à l'aide d'un prisonnier byzantin55. Comme le fait remarquer
Metcalfe, la prise de la forteresse est une d'une grande importance car Enna est la clé de
l'expansion musulmane vers l'est. « Sans le contrôle de la place d'Enna, les Musulmans ne
peuvent prendre de villes plus loin vers l'est sans prendre le risque de perdre leurs acquis lors de
contre-offensives. La chute d'Enna, suivie par un sac complet et par le massacre de ses défenseurs
le 24 janvier 859, est, en termes militaires, le couronnement des efforts des Aghlabides en Sicile
depuis la chute de Palerme »52.

La chute d'Enna réduit les possessions byzantines à la bande littorale orientale entre Syracuse et
Taormine. Cela force l'empereur à envoyer une grande armée, emportée par une flotte de trois
cents navires et dirigée par Constantin Kontomytès. Cette force arrive à Syracuse à l'automne
859. Peu après, la marine byzantine est vaincue lors d'une grande bataille avec les Musulmans et
dans laquelle les Byzantins perdent un tiers de leur flotte56. Néanmoins, l'arrivée d'une grande
armée byzantine incite plusieurs localités, prises par les Musulmans, à se révolter. Abbas réprime
rapidement ces soulèvements avant de marcher contre Kontomytès. Les deux armées se
rencontrent près de Cefalù et, dans la bataille qui s'ensuit, les Byzantins sont sévèrement défaits
et doivent se replier à Syracuse. Dans le même temps, Abbas renforce sa position en refortifiant
et colonisant Enna57.

Chute de Malte et de Syracuse


Gouvernorat de Khafaja ibn Sufayn, 861-869

Abbas meurt à l'automne 861, après un nouveau raid au sein du territoire byzantin. Il est enterré à
Caltagirone avant que les Byzantins n'exhument son corps pour le brûler58. Les Musulmans de
Sicile choisissent son oncle Ahmad ibn Ya'qub comme son successeur mais son mandat est court.
En février 861, il est déposé au profit d'Abdallah, le fils d'Abbas. Son général Rabah parvient à
prendre quelques forteresses byzantines après une défaite initiale. Toutefois, l'arrivée d'Abdallah
n'est pas reconnue par les Aghlabides et il est remplacé, après cinq mois seulement par Khajafa
ibn Sufiyan59.

En 863, Khajafa envoie son fils Mohammed razzier les environs de Syracuse mais il est vaincu
par les Byzantins et contraint au repli60. Néanmoins, en février/mars 864, avec le soutien de
renégats byzantins, les Musulmans prennent Noto et Scicli. En 865, Khajafa conduit en personne
une expédition contre les environs d'Enna, ce qui pourrait signifier que les Byzantins tiennent des
forts aux alentours à défaut d'avoir repris la place forte. Par la suite, il se dirige vers Syracuse
mais son fils est de nouveau battu lors d'une embuscade et perd un millier d'hommes60.

En 866, Khajafa marche de nouveau contre Syracuse. De là, il marche le long de la côte vers le
nord. Il y rencontre une délégation de citoyens de Taormine avec qui il conclut un traité avant de
le violer rapidement61. Dans la même année, les Musulmans reprennent Noto et Raguse que les
Byzantins venaient apparemment de reprendre ou qui n'ont pas payé leur tribut après une
précédente capitulation. Khajafa prend aussi la forteresse appelée « al-Giran » et quelques autres
villes, avant que la maladie ne le contraigne à revenir à Palerme58. Durant l'été 867, après sa
guérison, il conduit son armée vers Syracuse et Catana, razziant les environs61.

En septembre 867, l'empereur byzantin Michel III est tué et c'est Basile Ier qui lui succède. Celui-
ci s'avère rapidement plus énergique que son prédécesseur. La paix relative sur la frontière
orientale lui permet de tourner son attention vers l'ouest. En 868-869, l'amiral Nicétas Oryphas
est envoyé pour mettre fin au siège de Raguse et rétablir l'autorité byzantine en Dalmatie. Par la
suite, il fait voile vers l'Italie dans une tentative avortée de conclure une alliance matrimoniale et
de coordonner le siège conjoint de Bari avec l'empereur Louis II d'Italie62. Une autre flotte est
envoyée en Sicile au printemps 868 mais les Byzantins sont lourdement vaincus par Khajafa,
après quoi les Musulmans peuvent razzier librement les environs de Syracuse. Après le retour de
Khafaga à Palerme, son fils Mohammed lance un raid contre l'Italie continentale, mettant peut-
être le siège devant Gaeta63.

Lors de son retour en Sicile, en janvier-février 869, Muhammad tente de prendre Taormine grâce
à une trahison. Toutefois, si un petit détachement musulman parvient à s'emparer des portes,
Mohammed tarde à arriver avec l'armée principale. De ce fait, le détachement, craignant la
capture, préfère abandonner la ville64. Un mois plus tard, Khafaja lance une attaque dans la région
de l'Etna, probablement contre la ville de Tiracia (aujourd'hui Randazzo). Dans le même temps,
Mohammed lance un raid autour de Syracuse. Néanmoins, les Byzantins font une sortie et
infligent de lourdes pertes aux hommes de Mohammed, forçant Khafaja à se diriger vers
Syracuse. Il met le siège devant la ville pendant quelques semaines avant de revenir à Palerme en
juin65. Toutefois, sur le chemin du retour, il est assassiné par un soldat berbère insatisfait qui fuit
ensuite à Syracuse. C'est une lourde perte pour les Musulmans de Sicile dont les motivations ne
sont pas claires. Metcalfe suggère qu'une dispute à propos de la division du butin entre les
différentes divisions de l'armée musulmane est en cause. Selon Alexandre Vassiliev, il est
possible que le soldat berbère ait été aux ordres des Byzantins58,66.

Prises de Malte et de Syracuse, 870-878

Mohammed succède à son père et est confirmé à son poste par l'émir aghlabide. Alors qu'il était
régulièrement sur le terrain avant sa nomination, il apparaît comme un gouverneur sédentaire,
préférant rester dans sa capitale plutôt que de mener des campagnes. En outre, son gouvernorat
est brusquement interrompu par son assassinat par les eunuques de sa cour le 27 mai 87167.

Néanmoins, c'est sous Mohammed qu'a lieu la prise de Malte, qui apparaît comme un succès aux
répercussions majeures à long terme. De toutes les îles environnants la Sicile, Malte est la
dernière aux mains des Byzantins et, en 869, une flotte dirigée par Ahmad ibn Umar ibn
Ubaydallah ibn al-Aghlab al-Habashi l'attaque. Les Byzantins reçoivent des renforts qui leur
permettent, dans un premier temps, de résister. Toutefois, en 870, Mohammed envoie une flotte
depuis la Sicile et la forteresse maltaise chute le 29 août 870. La ville est pillée et Ahmad al-
Habashi se serait emparé des colonnes en marbre de la cathédrale locale pour décorer son palais,
tandis que les fortifications sont mises à bas67,68. La chute de Malte a des conséquences
importantes pour la défense des positions byzantines restantes en Sicile. En effet, la ville de
Reggio de Calabre, située en face de la Sicile, est aussi aux mains des Musulmans qui encerclent
virtuellement l'île. De ce fait, ils peuvent aisément empêcher la venue de renforts depuis l'est 69.
La chute de Syracuse dépeinte par le manuscrit Skylitzès.

De 872 à 877, une période de calme s'installe en Sicile car les sources ne mentionnent aucune
opération militaire. Cette situation est probablement due au désordre interne qui frappe les
Musulmans siciliens. Ainsi, six gouverneurs se sont succédé durant cette période tandis que le
gouvernement aghlabide est aussi frappé d'affaiblissement67,70. En Italie, les raids musulmans se
poursuivent mais les Byzantins obtiennent un succès important en 875/876 avec la prise de Bari 71.

En 875, l'émir aghlabide Mohammed II, peu porté sur la guerre, meurt. C'est son frère,
l'énergique Ibrahim II qui lui succède72. Ce nouvel émir est déterminé à prendre Syracuse. Il
nomme Ja'far ibn Muhammad comme nouveau gouverneur de l'île et envoie une flotte pour le
soutenir. Ja'far commence sa campagne en 877, razziant les territoires byzantins et occupant les
forts environnants autour de Syracuse avant de l'assiéger. Les Musulmans sont bien équipés en
armes de siège et lancent des attaques incessantes. Les assiégés reçoivent peu de renforts depuis
Constantinople. La flotte byzantine semble surtout occupée à transporter les matériaux de
construction pour la nouvelle église bâtie par Basile Ier. Durant les neuf mois de siège, les Arabes
occupent progressivement les défenses extérieures et finissent par prendre la ville le 21 mai 878.
La population est massacrée ou réduite en esclavage et la cité est complètement pillée durant
deux mois73,74.

Fin de la conquête musulmane


Dissensions parmi les Musulmans

Dinar aghlabide frappé en Sicile en 879.

En dépit du grand succès que constitue la prise de Syracuse, la province musulmane de Sicile
connaît des tensions internes. Peu après la chute de la ville, Ja'far ibn Muhammad est tué par ses
propres esclaves, à l'instigation de son oncle et de son frère qui prennent ainsi le contrôle de la
province. Ils sont à leur tour renversés en septembre 878 et envoyés en Ifriqiya pour être
exécutés74.
Ibrahim II nomme brièvement son propre fils comme gouverneur avant la nomination du Sicilien
Husayn ibn Rabah. Ce dernier relance les opérations contre les dernières forteresses byzantines
au nord-est, notamment Taormine en 879-889, sans succès74. En effet, les Byzantins parviennent
à lancer une contre-offensive limitée en 880, quand l'amiral Nasar vainc une flotte aghlabide lors
d'une attaque de nuit en mer Ionienne. De ce fait, il peut lancer un raid dans les environs de
Palerme avant de défaire une autre flotte arabe au large de Punta Stilo. En 881-882, Taormine est
de nouveau la cible d'une vigoureuse attaque musulmane mais résiste. Une armée arabe dirigée
par Abu'l-Thawr est détruite par les Byzantins, ce qui suscite une mobilisation à grande échelle
des Musulmans. Lors des années suivantes, les Musulmans lancent plusieurs raids contre Catane,
Taormine et peut-être Polizzi Generosa en 883 puis, contre Rometta et Catane en 884 et de
nouveau contre Catane et Taormine en 885. Ces expéditions sont efficaces dans la mesure où
elles entraînent la constitution d'un butin ou l'imposition d'un tribut suffisant pour payer l'armée.
Toutefois, elles ne parviennent pas à réduire les forteresses byzantines74. Dans la même période,
la présence byzantine dans le Sud de l'Italie se renforce avec une série de victoires de Nicéphore
Phocas l'Aîné sur les Musulmans75.

C'est dans ce climat d'échec militaire que le mécontentement gagne un ensemble croissant de la
population musulmane de Sicile, jusqu'à présent gardée sous contrôle par des raids fructueux.
Cette rébellion qui débouche sur un conflit entre la classe dirigeante et le reste de la population
est souvent simplifiée comme une lutte ethnique entre les Arabes dirigeants et les rebelles
berbères75,76. En décembre 886, la population de Palerme dépose le gouverneur Sawada ibn
Khajfa et l'envoie en Ifriqiya. L'émir Ibrahim II nomme un nouveau gouverneur qui parvient à
calmer la situation grâce à des raids fructueux et remporte une victoire majeure contre une flotte
byzantine lors de la bataille navale de Milazzo en 888. Ce succès permet aux Musulmans de
lancer des raids destructeurs en Calabre75.

L'année suivante, Sawada revient avec des troupes fraîches venant d'Ifriqiya pour lancer une autre
attaque contre Taormine, sans réussite. Toutefois, en mars 890, une autre rébellion éclate à
Palerme, apparemment au sein des Arabes siciliens et dirigés contre les troupes venant
d'Ifriqiya75. Cette révolte intervient parallèlement à un soulèvement en Ifriqiya, ce qui met fin aux
raids musulmans contre les Byzantins à la conclusion d'une trêve en 895-896. Selon les termes de
cette trêve, en échange de la paix, les Byzantins doivent progressivement libérer les prisonniers
musulmans (autour d'un millier au total).

En 898, une guerre civile généralisée éclate entre les Arabes et les Berbères, ce qui entraîne
l'intervention d'Abu'l-Abbas Abdallah, le fils d'Ibrahim II, qui a réprimé la rébellion en Ifriqiya. Il
arrive sur l'île lors de l'été 900 à la tête d'une armée. Ce conflit acquiert une dimension régionale
avec l'opposition entre les habitants de Palerme et ceux d'Aggrigente. Après que les négociations
entre les Ifriqiyens et les différentes parties siciliennes échouent, Abu'l-Abbas Abdallah marche
sur Parleme, qu'il prend le 18 septembre 900. Un grand nombre de rebelles fuit de la ville vers
Taormine, certains allant jusqu'à Constantinople77.

Arrivée d'Ibrahim II et prise de Taormine (901-902)

Les Byzantins tentent de tirer avantage de la révolte et commencent à assembler une armée à
Messine et Reggio, tandis qu'une flotte est envoyée de Constantinople. Toutefois, Abu'l Abbas ne
tarde pas à réprimer la rébellion et marche de nouveau contre les Byzantins, ravageant les
alentours de Taormine avant de mettre le siège devant Catane, sans succès. Il rentre alors à
Palerme pour l'hiver78,79. Le printemps suivant, il attaque Demona. Pour perturber les préparatifs
byzantins, son armée traverse ensuite le détroit pour débarquer sur le continent et prendre Reggio
le 10 juillet. Un vaste butin est collecté et 15 000 habitants sont mis en esclavage tandis que la
Djizîa est imposée au reste de la population80. Lors de son retour en Sicile, Abu'l Abbas tombe
sur une flotte byzantine qu'il défait, capturant trente des vaisseaux adverses81,82.

Au début de l'année 902, l'émir Ibrahim II est contraint à l'abdication par sa population et par
l'intervention du calife abbasside. Abu'l Abbas lui succède tandis qu'Ibrahim prend sa place en
Sicile, accompagné d'un groupe de volontaires. Il désire mettre fin à l'enlisement de la guerre
contre les Byzantins83. Pour cela, il progresse vers Taormine, vainc la garnison devant les
murailles de la forteresse et l'assiège. La place forte, abandonnée par le gouvernement impérial,
chute le 1er août 90282,84. Ibrahim tire les bénéfices de son succès pour lancer des raids contre les
diverses forteresses situées aux alentours, les détruisant ou les contraignant soit à la capitulation,
soit au paiement d'un tribut82,85.

Poursuivant sur sa lancée, Ibrahim traverse le détroit et s'attaque à l'Italie continentale. Les villes
de la région (jusqu'à Naples), se préparent à l'offensive musulmane. Toutefois, sa progression est
stoppée au siège de Cosenza car il meurt de dysenterie le 24 octobre. Son petit-fils met fin à la
campagne militaire et se replie en Sicile86.

Suites
Bien que quelques forteresses au nord-est de l'île restent aux mains des Chrétiens, la chute de
Taormine marque la fin effective de la présence byzantine en Sicile au profit de l'émirat
musulman. Toutefois, elle ne met pas fin à la guerre byzantino-arabe pour le contrôle de l'île.

En 909, la Sicile musulmane, tout comme l'Ifriqiya, passe sous le contrôle des Fatimides. Ces
derniers poursuivent la tradition du djihad contre les forteresses encore détenues par les
Byzantins (le Val Demone) et, surtout, contre les possessions byzantines en Italie méridionale.
Taormine échappe au contrôle musulman peu après 90287. Elle ne redevient musulmane qu'en
réponse à la reconquête byzantine de la Crète en 962, après un siège de trente jours88,89. L'année
suivante, les Musulmans attaquent Rometta, le dernier bastion chrétien de l'île, ce qui entraîne
l'envoi d'une expédition par Nicéphore II Phocas pour reconquérir la Sicile. Les Byzantins sont
d'abord victorieux, reprenant Messine et d'autres forteresses au nord-est mais sont repoussés
devant Rometta et doivent se replier en Calabre. L'année suivante, ils tentent de reprendre leur
offensive mais ils sont vaincus lors de la bataille du Détroit, au large de Messine. En
conséquence, une trêve de longue durée est conclue entre les deux puissances en 96787,90.

Les raids arabo-siciliens sur l'Italie se poursuivent et entraînent l'intervention de l'empereur Otton
II en 982, subissant une défaite lors de la bataille du cap Colonne91,90. Ce n'est pas avant les
années 1020 que les Byzantins reportent leur attention sur la Sicile, après avoir consolidé leur
position dans le Sud de l'Italie grâce au travail du catépan Basile Boioannès. Une grande armée
est rassemblée à Messine en 1025 mais l'expédition est annulée du fait de la mort de l'empereur
Basile II92. Une dernière tentative de récupérer l'île est menée par le jeune général Georges
Maniakès en 1038. Il profite des conflits internes entre les Kalbides et les Zirides et parvient à
reprendre l'ensemble de la côte orientale. Toutefois, la reconquête reste incomplète car il est
rappelé à Constantinople par des rivaux jaloux et les Kalbides récupèrent rapidement le terrain
perdu, reprenant Messine, le dernier avant-poste byzantin, en 104293,94.

Les Arabes gardent une vingtaine d'années le contrôle de la Sicile, jusqu'à la conquête normande.
Celle-ci commence en 1061 et se termine en 1091 avec la prise de Noto95.

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