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J.

KRISHNAMURTI

DE L’ÉDUCATION
Traduction de Carlo Suarès

© 1965/1970 Delachaux et Niestlé S.A., Neufchatel (Switzerland).

L’éducation conventionnelle ne nous permet d’atteindre que très difficilement à une pensée indépendante.. Et cela est surtout vrai dans les collèges et les universités. en Australie. à rechercher un profit.. à nous battre pour cela. La conformité mène à la médiocrité. comme au moyen d’un moule. Voilà pourquoi l’on ne devrait pas enseigner aux jeunes le culte du succès.. nous ne serons pas affranchis de la peur.5 . en pensant le moins possible. Une telle éducation doit nécessairement engendrer la confusion et la misère pour nous et pour le monde. 1. Tant que nous prendrons le succès pour but.. par l’éducation et le milieu.. 5.. Nous avons tous été entraînés. Chapitre I L e voyageur qui fait le tour de la Terre constate à quel point extraordinaire la nature humaine est identique à elle-même aux Indes. KRISHNAMURTI De l’éducation L’éducation et le sens de la vie. un type d’être humain dont l’intérêt principal est de trouver une sécurité.4 L ’éducation conventionnelle ne nous permet d’atteindre que très difficilement à une pensée indépendante. s’installe la paresse de l’esprit et l’indifférence du cœur. et engendre la peur.J. avec l’âge. Nous sommes en train de produire. ou de devenir quelqu’un d’important. en Europe. à l’envie. 1 et 3). ou de passer agréablement son temps. 30). L’aspiration au succès étouffe le mécontentement.. et notre état d’hostilité et de confusion est évident (pp.. Et la peur bloque la compréhension intelligente de la vie.. car le désir de réussir engendre inévitablement la crainte d’échouer. Dans notre actuelle civilisation. car elle crée en chaque individu des barrières psychologiques qui l’isolent de ses semblables. si ce n’est celui d’enseigner une technique particulière ou une profession (pp. Puis. une sécurité personnelle. Il mène à la compétition. en Amérique. met fin à la spontanéité. à l’animosité et finalement à la guerre. C’est dans une société de cette sorte que nous avons été élevés.. La conformité mène à la médiocrité. nous avons divisé la vie en tant de compartiments que l’éducation n’a pas beaucoup de sens. 38. partout.

et voilà le commencement et la fin de l’éducation (p.C omprendre la vie c’est nous comprendre nous-mêmes. 6).9 .

L’éducateur qui veut réellement aider l’élève à réaliser son intégration ne peut se laisser aller à donner une importance fanatique ou déraisonnable à un aspect particulier de l’existence. grâce à une éducation adéquate pourra-t-elle mettre fin à ce chaos et construire un ordre social plus harmonieux (p. Peut-être la génération qui vient.3 L es générations passées. leurs traditions et leurs idéologies ont amené la misère et la destruction au monde.. avec leurs ambitions.J.1 . Lorsqu’existe la connaissance de soi. 35). C’est la compréhension du processus total de la vie qui provoque l’intégration. le monde des idées et la nature. 20 et 41 - 42). les choses.. c’est-à-dire dans les relations que l’on a avec les gens. La liberté ne commence qu’avec la connaissance de soi dans la vie quotidienne. Entreprendre des discussions sur l’éducation cependant que nous sommes conditionnés nous-mêmes est tout à fait futile. Chapitre II I l ne peut y avoir de transformation radicale que lorsque nous comprenons notre conditionnement et en sommes libres. KRISHNAMURTI De l’éducation Ce qu’est le vrai enseignement. le pouvoir de créer des illusions cesse (pp.

Se connaître soi-même est le commencement de la liberté. sur le papier. Entre le présent et le futur. assurément. Ce que nous pouvons et devons faire. tant d’éléments entrent en jeu que personne ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait. Dès qu’on raisonne en termes de gains et d’impact. Leur compréhension requiert patience et vision pénétrante. ni susciter entre les nations une compréhension mutuelle instantanée : mais nous pouvons au moins. et ils ne peuvent pas non plus être résolus à leur propre niveau par des spécialistes suivant des voies déjà balisées. mais très complexes au contraire. KRISHNAMURTI De l’éducation Intellect. Les problèmes humains ne sont pas simples. S’il est vrai que l’éveil individuel peut avoir un impact sur un grand nombre de gens. Ceux d’entre nous qui sont sérieux doivent se régénérer. on peut dresser les plans d’une brillante utopie. c’est prendre nos problèmes à bras-le-corps dès maintenant. mais dans l’ici et maintenant. autorité et intelligence. nulle transformation juste de soi-même n’est possible. visant à l’auto-protection. et ce n’est que dans le présent qu’ils peuvent être résolus. Certes. mettre en œuvre un changement fondamental qui produira son propre effet. ce qui ne mène qu’à un surcroît de confusion et de souffrance. 51). et il est de la plus haute importance qu’à titre individuel nous comprenions et résolvions ces problèmes par nos propres moyens.8 ertes. Leur compréhension ne passe pas par des formules ou des slogans faciles. Les nombreux problèmes qui sont les nôtres ne peuvent être compris et résolus que si nous avons pleinement .J. et seule cette connaissance de soi nous permettra d’instaurer l’ordre et la paix. Nos problèmes existent au présent. Ce n’est pas dans le futur qu’est l’éternité. d’un monde tout neuf. mais la régénération ne peut avoir lieu qu’à condition de rompre avec les valeurs que nous avons créées au travers de nos désirs agressifs. si nous sommes vraiment motivés. c’est à une condition : celle de ne pas être avide de résultats. Certains vont sans doute demander : « Comment un individu peut-il à lui seul influencer l’histoire ? Peut-il accomplir quoi que ce soit par le seul effet de sa façon de vivre ? » Mais oui. mais sacrifier le présent à un futur inconnu ne résoudra à coup sûr aucun de nos problèmes. Chapitre III L C ’ignorance est une insuffisante connaissance des façons d’être du moi (p. sans les remettre à plus tard. vous et moi n’allons évidemment pas mettre fin aux guerres actuellement en cours. dans l’univers de nos relations quotidiennes.

Si nous voulons susciter une authentique révolution dans la relation humaine. parce qu’il y a en nous plusieurs entités. c’est que. tant au niveau conscient qu’au niveau occulte — voilà en quoi consiste la méditation. nous sommes cet environnement — nous n’en sommes pas distincts. Le désir d’imiter est un facteur majeur dans notre vie. et nous essayons de déclencher dans le monde des révolutions politiques. la plupart de nos relations sont pourtant fondées sur la sensation . de confort. aux idées. entre le moi et l’environnement ou la société. nous devons avoir conscience de notre relation non seulement aux personnes. elles ne font que renforcer cet ego. tournant toutes autour du moi. et ce n’est qu’une fois comprises les voies de l’ego au sein des réactions liées à la relation que peut intervenir. Le moi est la somme de ces entités. car il n’est point de liberté dans la réaction. Nous ne sommes que rarement animés de pensées ou de sentiments authentiquement indépendants. aucun leader politique ou religieux ne peut nous en donner la clé. de l’ego. Ce dont nous devons nous rendre compte. mais uniquement grâce à une conscience permanente des mouvements et des réactions de l’ego au sein de toutes ses relations. pourtant si nécessaire. avec ses activités qui emprisonnent et qui ligotent. Ce clivage est le commencement du conflit — tant intérieur qu’extérieur. et c’est par cette méditation que l’on transcende l’esprit. nos propres attitudes. La connaissance de soi est indispensable à qui veut s’affranchir des influences et des valeurs derrière lesquelles s’abrite l’ego. Bien que ce genre de relations puisse nous permettre de fuir momentanément l’ego. ce n’est pas par des actions et des réformes superficielles qu’elle peut être dissipée. il faut qu’intervienne un changement fondamental dans nos propres valeurs. . Quand ils se manifestent. ses désirs et ses conflits. et c’est en cette liberté. qui n’échappent pas aux schémas établis. ils ne sont alors que de simples réactions. à la nature. De ce conglomérat de désirs émerge la figure centrale du penseur — le vouloir lié au moi et au mien — et ainsi s’établit une division entre le moi et le non-moi. La relation est un miroir révélateur de l’ego et de ses activités. Le conformisme commence dès l’enfance. dont nous faisons partie. nous a imposées. ou Dieu — peu importe le nom qu’on lui donne. mais nous éludons cette transformation de nous-mêmes. non seulement au niveau superficiel. Jamais nous ne percevons le fait que nous ne faisons qu’un avec l’environnement global. autrement dit dès lors que nous comprenons l’ensemble de notre configuration psychologique —  et cette compréhension-là. ce qui conduit toujours aux effusions de sang et au désastre. L’opinion et la tradition modèlent nos pensées et nos sentiments dès l’âge le plus tendre. qui est le fondement de toute société. une délivrance créatrice. qui ne sont que des désirs sous diverses formes. qu’est la création.conscience de nous-mêmes en tant que processus global. non contents d’être conditionnés par l’environnement. Les influences et les impressions immédiates ont un impact à la fois puissant et durable sur tout le parcours de notre vie consciente et inconsciente. de sécurité psychologique. qui est façonnée par ce moule. la vérité. par le biais de l’éducation et de l’influence qu’exerce la société. et en elle seule. et cette ignorance. mais également aux biens. Percevoir l’ensemble de ce processus. elles sont le résultat de notre désir d’avantages personnels. Nos pensées et nos réactions sont conditionnées par les valeurs que la société. L’ignorance n’est autre que la méconnaissance des voies de l’ego. Une relation fondée sur la sensation ne peut jamais être un moyen de se libérer de l’ego . mais au niveau profond. Pour nous comprendre nous-mêmes. par rapport à l’ego. si essentielle.

qui est un désir de sécurité. la tradition a sur nous énormément de prise . engendre la peur et laisse le champ libre aux autorités politiques et religieuses. pour les éliminer toutes. lorsque ces peurs refont surface. et seule une vigilance de tous les instants peut en dévoiler les multiples causes. La peur. cependant. nous ne tardons pas à devenir une simple copie de ce que nous devrions être. Lorsque nous nous plions à la tradition. En nous conformant. la plus grande part en demeure cachée si notre observation reste superficielle. car le moindre soupçon de condamnation ou de justification ne fait que renforcer la peur. et elles causent encore plus de dommages et de conflits que les peurs superficielles. car nous ne les laissons pas affleurer à la surface. mais. à la sublimation ni à aucune autre démarche de l’ordre de la volonté qu’on peut éradiquer la peur. un esprit dont la pensée suit des lignes traditionnelles ne peut faire la découverte du neuf. quels que soient par ailleurs les aspects bénéfiques de la méthode en question dans notre vie sociale au quotidien. c’est ce que nous pensons. et la peur tue la pensée créatrice. aux sourires et aux malheurs des autres. Les peurs occultes signalent souvent leur présence à travers les rêves et d’autres formes d’indices. L’un des effets de la peur est l’acceptation de l’autorité dans les échanges . de simples rouages au sein d’un mécanisme social cruel. nous devenons insensibles à nos propres souffrances. s’en remettre à une simple méthode équivaut à rester dans un état où nous ne sommes ni des êtres réfléchis ni des êtres intégrés. La soif de conformité. or.La philosophie et la religion proposent certaines méthodes par lesquelles accéder à la compréhension de la vérité ou de Dieu . Ce n’est qu’en impliquant tout notre être dans la prise de conscience des contraintes que nous pouvons nous en affranchir sans susciter de nouveaux blocages encore plus profonds. Si nous voulons que nos peurs obscures remontent à l’air libre et se dissolvent. et lorsqu’en de rares occasions elles y parviennent. aux leaders et aux héros qui nous incitent à l’asservissement et nous soumettent de manière plus ou moins subtile ou grossière à leur domination . de sorte que nous ne sommes plus attentifs au sens de la vie dans toute sa plénitude . nous devons être conscients du pouvoir qui est le sien de voiler les choses. Lorsque nous sommes intérieurement dépendants. le refus de se conformer n’est qu’une réaction contre l’autorité. Ce n’est pas par le recours à la discipline. d’autre part. Notre vie n’existe pas qu’en surface . mais la simple admission intellectuelle de ce fait ne suffira pas à effacer la difficulté. L’imitation de ce que nous devrions être engendre la peur. La peur émousse l’esprit et le cœur. Pour être libres de toute peur. une multiplicité de causes et. Ce qui compte. nous devenons de pâles imitateurs. La réaction est un cycle sans fin ne menant qu’à d’autres réactions ultérieures. il faut les observer sans réticence aucune. au vol des oiseaux. Le conformisme — et la peur qui le sous-tend — constitue un obstacle. il faut faire preuve d’une vigilance sans faille. il faut que l’esprit conscient soit suffisamment tranquille — et pas constamment occupé : alors. pas ce que les autres veulent que nous pensions. Il est relativement aisé de comprendre et de dissiper nos peurs conscientes. mais par l’examen et la compréhension de ses causes — ce qui requiert de la patience et une vigilance excluant toute forme de jugement. qui ne nous aide aucunement à devenir des êtres humains réellement intégrés. a une diversité. consciente ou inconsciente. Mais les peurs inconscientes restent inaccessibles à la plupart d’entre nous. nous nous hâtons de les camoufler ou de les fuir.

de savoir. ceux qui disent être à la recherche de la connaissance de soi et de la liberté ne sont pas sincères dans leur quête. comment la fin pourrait-elle être pacifique ? Si la fin que l’on se fixe est la liberté. alors peut-être pourrons-nous être affranchis des effets paralysants du conformisme. faire allégeance à un individu. du succès. et l’individu est alors de plus en plus assujetti à l’autorité et à la contrainte . Si nous parvenons à comprendre la contrainte qui sous-tend notre désir de dominer et d’être dominés. de réussir. Nous vénérons l’autorité sous divers aspects : sous la forme du savoir. c’est nier l’intelligence. Nous pouvons constater ce processus à l’œuvre tout autour de nous : dans les moments de crise. Mais il ne suffit pas de se contenter d’ignorer l’autorité. tout en craignant l’autorité suprême. il faut recourir à des moyens pacifiques. de s’affranchir de ses symboles extérieurs. même si la peur peut éventuellement revêtir la forme du respect et de la soumission envers les soidisant « sages ». Il ne peut y avoir de connaissance de soi et d’intelligence que si la liberté est là dès le début . et que pour devenir libres nous devons au préalable nous soumettre à diverses formes d’interdits et d’intimidations. qu’elle soit d’ordre politique ou religieux. de n’être en butte à aucune perturbation. et ceux qui sont en position d’autorité ne sont pas des sages. nous empêche de comprendre notre vraie nature et nos liens de relation avec le reste. nous devons faire . d’être rassurés. etc. il faut aussi que le commencement soit libre. quitter un leader pour en suivre un autre n’est qu’un geste superficiel. or. Si nous voulons prendre conscience de tout ce processus de l’autorité et en saisir les rouages les plus intimes. c’est se soumettre à la domination. Un compromis entre la liberté et l’acceptation de l’autorité est-il possible ? Si un tel compromis existe. la finalité ultime. si nous voulons comprendre et transcender ce désir de certitude. les nations démocratiques agissent à l’instar des régimes totalitaires. etc. L’acceptation de l’autorité peut nous aider momentanément à masquer nos difficultés et nos problèmes. de la religion. Quand l’homme lui-même est dénué de toute vision intérieure. rien de ce qui naît de la peur ne peut nous aider à comprendre nos problèmes. tandis que sur le plan extérieur il instaure l’autorité de la société. la soumission à l’autorité est la négation même de la liberté. Rompre avec une tradition pour se plier à une autre. La soumission à une croyance ou à un système idéologique est un réflexe d’auto-protection. car commencement et fin ne font qu’un. Nous espérons accéder à la liberté par le biais du conformisme. de permanence assoit en nous l’autorité de l’expérience individuelle. aucun conflit conscients . Les vrais sages n’exercent aucune autorité. sous quelque forme que ce soit. mais aussi de la liberté individuelle. car cela n’a qu’une portée très minime. Nous exerçons une autorité sur la jeunesse. le pouvoir et le statut social revêtent une importance majeure. oubliant leur démocratie et forçant l’homme à se plier. il devient l’instrument des autres. mais les moyens ne comptent-ils pas autant que la fin ? Et la fin n’est-elle pas le reflet des moyens mis en œuvre pour y parvenir ? Pour que règne la paix. de la famille. car si les moyens sont violents. mais éluder un problème ne fait que l’intensifier. Se plier à l’autorité. et ce désir de certitude. à l’aise. Admettre l’autorité. L’autorité naît de notre désir d’avoir raison. Nous avons un désir fou de certitudes. et un tel assujettissement à une autorité est la négation même de l’intelligence. et l’on renonce au passage à la connaissance de soi et à la liberté. du pouvoir.humains. à un groupe ou à une idéologie. Nous semblons croire que la liberté est le but. une envie tenace d’avoir raison. La peur. or.

15 our réaliser la paix. mènent inexorablement au conflit et à la souffrance. et à comprendre ce que sous-entend l’autorité et tout ce qu’impliquent notre acceptation et notre déni de cette dernière. de perpétuation du moi prend alors fin. le « mien » est très puissant chez la plupart d’entre nous . le début doit être libre. Cette insatiable quête de certitude. d’une permanence. d’atteindre le succès. de sécurité est l’une des activités majeures de l’ego. se renforçant sans cesse. l’individu s’assujettit de plus en plus à l’autorité et à la contrainte. comment la fin ne le serait-elle pas ? Si la fin est liberté. il est toujours aux aguets. c’est signe que nous sommes déjà en train de nous dégager du piège de l’autorité (pp. le pouvoir extérieur et sa propre situation assument une très grande importance. et devient l’instrument de quelqu’un. d’avoir raison. 56 - 57). peut-être serions-nous libérés des effets paralysants de l’autorité. Nous imposons notre autorité aux jeunes. pouvoir etc. Mais ignorer simplement l’autorité et se débarrasser de ses symboles extérieures n’a que très peu de sens (pp. et qu’on comprend que toutes ses activités. il nous faut employer des moyens pacifiques. Dans les moments de crise. le moi. L’ego.preuve d’une vigilance et d’une fulgurance de perception extrêmes : nous devons être libres — pas à la fin mais dès le début. etc. de la religion. Mais dès qu’on prend conscience de ce qu’est l’ego. Il faut être constamment à l’affût des instants où l’ego dévoile ses modes d’action et ses ruses. de la famille. ni la plier de force à un modèle souhaité. cette insatiable quête de certitude. Et ce désir d’une sécurité. Il ne peut y avoir de connaissance de soi et d’intelligence que lorsqu’il y a liberté dès le premier pas. 48 - 58). Nous pouvons voir ce processus partout autour de nous. les nations démocratiques se comportent comme les régimes totalitaires. Nous rendons un culte à l’autorité sous ses différentes formes : connaissance. et c’est cette quête dévorante qu’il faut traquer à tous les instants — mais il ne faut ni la fausser. Pour l’homme qui n’a pas une vision intérieure. Dès lors. construit en nous-mêmes l’autorité de notre propre expérience. Nous avons le désir immodéré de posséder une certitude.11 P . Si les moyens sont violents. et en même temps. ni la dévoyer. cependant qu’à l’extérieur il crée l’autorité de la société. Et la liberté est niée par l’acceptation de l’autorité. Si nous pouvions comprendre la contrainte qui se cache derrière notre désir de dominer ou d’être dominés. car la fin et le commencement sont un. mais lorsque nous commençons à les comprendre. oubliant leur démocratie et imposant par la force une conformité à leurs ressortissants. si subtiles soient-elles. qu’il soit en état de sommeil ou de veille. de savoir. redoutons celles qui nous dominent. succès.

cependant qu’à l’extérieur cette même soif engendre l’autorité de la société. mais nous saisissons une branche et croyons que c’est l’arbre entier. La sagesse est infinie. alors peut-être serons-nous libérés des effets mutilateurs de l’autorité. de la famille. et non des descriptions d’expériences. qui joue du piano ou qui écrit. Mais ignorer simplement l’autorité et se débarrasser des symboles extérieurs n’a guère de sens. si nous voulons comprendre et dépasser la soif de certitude — nous devons alors mettre en jeu une perception élargie. la science a son utilité . Nous sommes rongés par le désir d’avoir des certitudes. c’est l’expérience personnelle qui prime. abandonner un maître et en suivre un autre . et aucune somme d’explications ni aucune accumulation de faits ne libéreront l’homme de la souffrance. d’atteindre le succès. La connaissance d’une partie ne peut jamais nous faire réaliser la joie du tout. Mais. Si nous voulons être conscients de tout le processus de l’autorité . Il faut de l’amour avant qu’il n’y ait l’expression de l’amour (pp. etc. pas aux derniers instants. nous répétons ce que d’autres ont pensé ou dit. Nous nous spécialisons de plus en plus et sommes de moins en moins intégrés. la vie devient vaine et n’a plus de sens. notre désir d’acquérir sans cesse quelque chose nous font perdre l’amour. par sa nature même.. 57). la connaissance des faits. nous devons alors être libres. nous sommes pleins de citations.i nous parvenons à comprendre la force secrète qui sous-tend notre désir de domination ou de soumission. et si la cause de la souffrance est oblitérée par des explications. d’avoir raison. et cette soif de certitude. car il n’est lui- . de savoir . L’information. de permanence. 60 - 61). tout cela n’est que gestes superficiels.. Rompre avec une tradition et se conformer à une autre . si nous voulons en voir toutes les implications d’ordre intérieur . Le savoir est nécessaire. une lucidité pénétrante. bien qu’elle augmente en permanence. Nous ne sommes pas des créateurs car nous avons rempli nos esprits et nos cœurs de connaissances. La sagesse ne saurait être remplacée par les connaissances.6 N otre soif de savoir. d’informations et d’arrogance . comment on joue du piano.12 S N ous savons comment on médite. mais dès le début (p. mais si le cœur et l’esprit sont étouffés par les connaissances. comment on écrit. limitée. est. et ainsi s’émoussent et le sentiment que nous avons de la beauté. elle inclut la connaissance et le processus de l’action . mais nous n’avons aucune connaissance de l’homme qui médite. L’intellect ne peut conduire au tout. de la religion. assoit peu à peu en nous-mêmes l’autorité de notre propre expérience. et notre sensibilité à la cruauté.

qu’une partie. capable d’acquérir. Nous avons séparé l’intellect de la sensibilité. car elle est l’intégration de l’amour et de la raison. en la profonde compréhension du processus total de soi-même (pp. 62 - 63).même qu’un fragment. et nous n’avons pas d’équilibre. Nous sommes entraînés à être des intellectuels . L’intelligence est bien supérieure à l’intellect. mais il n’y a d’intelligence qu’en la connaissance de soi. le rend habile. et avons développé celui-ci à son détriment. Nous sommes comme un objet à trois pieds dont l’un serait beaucoup plus long que les deux autres. et c’est ainsi qu’il tient le rôle majeur dans nos vies.13 . notre éducation dispense à l’intellect une formation qui l’aiguise.

Il nous faut abandonner l’édifice et recommencer sur un nouveau terrain. les murs cèdent de partout et le feu est en train de le détruire.7 . 80 - 81). plus grand que les précédents est dangereusement près de nous et. Nous voulons des réformes de replâtrage qui ne mèneront qu’a de nouveaux problèmes de réformes.J. un jour après l’autre. exactement comme nous avons toujours vécu . Mais l’édifice s’écroule. KRISHNAMURTI De l’éducation L’éducation et la paix. Nous vivons. nous ne voulons pas nous dépouiller de nos fausses valeurs et recommencer à zéro. avec de nouvelles fondations et des valeurs différentes (pp. Chapitre IV U n nouveau désastre. la plupart des personnes l’attendent sans rien faire.

J. 93). toute sa vie lui semblera gaspillée » (p.10 . KRISHNAMURTI De l’éducation L’école. Chapitre V S i l’enfant « ne trouve pas sa vraie vocation.

Il doit se comprendre lui-même et être affranchi des façons de penser stéréotypées. Le problème est l’éducation de l’éducateur (p. au départ. KRISHNAMURTI De l’éducation Parents et professeurs. Chapitre VI L a vraie éducation commence par celle de l’éducateur. si ce n’est le savoir mécanique qu’il possède ? Le problème.J. Car.2 . Lorsque l’instruction qu’il a reçue n’a pas une base de vérité. que peut-il enseigner. n’est donc pas l’enfant mais les parents et le maître. son enseignement est à l’image de ce qu’il est. 97).

c’est le manque d’amour. en Orient comme en Occident. et à courir après le pouvoir et le succès. alors que par ailleurs elles nous autorisent. ses réactions face à la beauté. ses élans d’attraction et de répulsion. est dans l’incapacité de fournir une réponse à la problématique sexuelle.14 . dans le domaine religieux comme dans tous les autres. Les religions organisées s’intéressent de très près à notre morale sexuelle. nous deviendrons esclaves d’une lubricité dévorante. l’institution du mariage telle qu’elle existe à l’heure actuelle. n’est pas du domaine de l’esprit. L’essence du problème. faute d’une certaine contrainte. pour leur existence même. à la cupidité et à la guerre ? N’est-ce pas. d’où l’importance de comprendre le processus de l’esprit. Comment se fait-il qu’elles soient à ce point préoccupées par cet aspect spécifique de la morale. en fait. Tant qu’il n’existe pas une compréhension profonde et globale de ce processus du désir. (pp. et qu’elles ne s’attaquent pas à l’exploitation. dépendent. Quand l’amour est là. de nos peurs et de nos espoirs. KRISHNAMURTI De l’éducation Le problème sexuel et le mariage. il est totalement indépendant de la pensée. avec tous ses calculs rusés. faisant partie de cet environnement que nous avons créé. au nom du patriotisme. Chapitre VII L a jeunesse est l’âge des fortes pulsions sexuelles. On ne suscite pas l’amour en signant un contrat. face à la laideur. l’esprit s’empêtre dans les projections de ses propres désirs. L’amour. et nous essayons pour la plupart de maîtriser ces désirs par le biais du contrôle et de la discipline.J. 117 - 118). le sexe n’est jamais un problème — ce qui crée le problème. à perpétrer des meurtres et des actes violents. à nous laisser aller à l’envie et à la cruauté sournoise. Toutes ces choses-là relèvent de l’esprit — voilà pourquoi l’amour tient une place si restreinte au sein de notre vie. de nos envies et de nos tendances au séparatisme ? Ainsi donc. parce que les religions organisées. croyant que. et l’amour n’est pas fondé sur une gratification. une sécurité ou un confort mutuels. ce sont les mécanismes de blocage et de fuite caractéristiques de l’esprit — et non le sexe ni aucune autre question particulière . ses exigences et ses réflexes d’auto-protection. lui.

San Francisco.    Sophie PETER. Presses du châtelet. Éditions Dervy. Éditions Stock. 412 pp.    J. 412 pp. 41 - 49) © 2011. Mark LEE. (pp. Paris. Source : http://www. 5. 303 pp.barbier-rd. 107 pp. Paris. (pp. Colette Joyeux. Petit abécédaire de la pensée spiralaire de René Barbier Sur L’Éducation (work in progress) Ce document a été réalisé (.. 36) © 1997. Source : http://www. 3. Krishnamurti « le miroir des hommes ».) dans le cadre du cours en ligne de René BARBIER. 12.pdf 2 — Ce qu’est le vrai enseignement.nom. Petit abécédaire de la pensée spiralaire de René Barbier Sur L’Éducation (work in . Préface de Jean-Pierre Gaillard. Paris. Articles paru dans le n°5 (1995) de la revue "Les Plumes De l’Aigle".E. Daily Meditations with Krishnamurti. KRISHNAMURTI. Le livre de la méditation et de la Vie. Connaissance de soi. Connaissance de soi. 107 pp. (p.barbier-rd.Sources 1 — L’éducation et le sens de la vie. 3 — Intellect. 107 pp. 1995. (p. Éditions Dervy. 1997. 11. Paris Trad.    Yvon ACHARD. Préface de Jean-Pierre Gaillard. Krishnamurti « le miroir des hommes ». Mark LEE. 4 — L’éducation et la paix. Colette Joyeux.    J. (pp. 76 - 77) © 1968. Préface de Jean-Pierre Gaillard. San Francisco.    Yvon ACHARD. (p. Petit abécédaire de la pensée spiralaire de René Barbier Sur L’Éducation (work in progress) Ce document a été réalisé (.    COLLECTIF. 8. KRISHNAMURTI. Face à soi-même « réflexions sur la nature de l’être ».    Yvon ACHARD.pdf 15.) dans le cadre du cours en ligne de René BARBIER. Harper San Francisco. autorité et intelligence.    Sophie PETER. Le livre de la méditation et de la Vie. Krishnamurti « le miroir des hommes ». Paris. 282 - 283) © 1997. 4. Harper San Francisco. — Book Of Life (The). Krishnamurti « le miroir des hommes ». Paris. 55 - 56) © 1968. Krishnamurti « le miroir des hommes ».    Yvon ACHARD.    Yvon ACHARD. 1995. 111 pp.. 107 pp. — Book Of Life (The). Préface de Jean-Pierre Gaillard. 1. — Reflexions On TheSelf. Éditions Dervy.    J. (p.fr/abecedaire-barbier. 59) © 1968. 89) © 1995. 7) © 2008-2010. Trad. Paris Trad. Éditions Dervy. (pp. Paris. Krishnamurti « le miroir des hommes ». 8) © 2008-2010. (p. Éditions Dervy. edited by R. 5 — L’école.fr/abecedaire-barbier. (p. 107 pp. 6. edited by R. 10. Daily Meditations with Krishnamurti. 9. (pp. Multiplicité. 49 - 50) © 1968. 7.. 17) © 2008-2010. 107 pp. 51 - 52) © 1968.E. 58) © 1968.nom. Préface de Jean-Pierre Gaillard.. 13. Éditions Dervy. Éditions Stock. KRISHNAMURTI. Paris.    Yvon ACHARD.    Sophie PETER. (p. Préface de Jean-Pierre Gaillard. Colette Joyeux. La compétition dans l’éducation . (pp.

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