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Photographies de Nouvelle-
Guinée par Paul Wirz (1892-1955)
par Virginia-Lee Webb

« Ses photographies à lui sont intimistes, particulièrement celles représentant les populations de
Marind ou du lac Sentani. Bien que beaucoup de ses clichés soient conditionnés par les événements
dont ils témoignent, il est absolument évident que Wirz entretient un rapport personnel avec ses
sujets.Vous pouvez le ressentir encore et encore et c’est ce qui rend ses images très particulières. »

P
aul Wirz, ethnologue et grand voyageur, Marind dont la culture s’est considérablement Hommes et
s’intéressa particulièrement à la Nouvelle- modifiée au contact de l’extérieur. Grâce à ses masques aia-
imunu à l’intérieur
Guinée. Il y fit sept voyages, visitant les publications, à ses photographies et à son
d’une maison
populations du sud-ouest (Marind), du lac implication dans la formation de collections (Ravi), 1930.
Sentani, du golfe de Papouasie, des Hautes- muséales, Paul Wirz contribua de manière Papouasie
Terres du sud et de l’est, du fleuve Sépik, de la essentielle à enrichir la connaissance des arts Nouvelle-Guinée,
province du Golfe,
région du Maprik ainsi que des Asmat. de la Nouvelle-Guinée. C’est au Museum der
delta du Purari,
Près de 3 300 des 10 000 photographies de Kulturen de Bâle que l’on peut trouver la village de Kaimari.
Wirz furent prises en Nouvelle-Guinée. Outre majeure partie des documents photogra- Épreuve aux sels
les recherches qu’il effectua sur l’art, la religion phiques de Wirz. Son fils, Dadi, préserve lui- d’argent.
et les coutumes de l’île, il y collecta des sculp- même la collection familiale. The Metropolitan
Museum of Art,
tures, publia livres et articles, tourna des films New York.
et recueilli des documents sonores. Entretien avec Virginia-Lee Webb Fonds provenant
La famille de Paul Wirz était originaire de Associate Research Curator de différents dona-
Suisse, d’une région proche de Bâle, connue Département des Arts d’Afrique, d’Océanie teurs, 1992.
(1992.417.174)
pour sa production de fil de soie. Sa passion et des Amériques
pour les voyages naquit à la suite de deux Metropolitan Museum of Art, New York
visites en Afrique du Nord entre 1912 et 1913.
En 1914 et 1915, il étudie l’anthropologie, Florence Carrie : Pourquoi avez-vous décidé
l’ethnologie, la géographie et la zoologie à de monter une exposition sur les travaux de
l’Université de Zurich. Très marqué par l’ensei- Wirz ?
gnement d’Otto Schlaginhaufen, il cherche à Virginia-Lee Webb : Tout d’abord, parce que
s’établir en Nouvelle-Guinée pour y étudier la Wirz est un personnage important dans le
culture de peuples peu soumis, à l’époque, aux domaine des cultures du Pacifique et des études
influences extérieures. qui s’y rapportent. Ce fut un chercheur proli-
En 1919, il retourne en Suisse pour y étudier fique qui a écrit de nombreux livres.
l’anthropologie, avec Félix Speiser, à l’Université Actuellement, plusieurs universitaires le tradui-
de Bâle. Il y obtient son doctorat l’année sui- sent ou lui consacrent des publications. Par
vante, ayant soutenu une thèse sur les popula- ailleurs, nous possédons un ensemble très inté-
tions de Marind et leur culture. Sur ce sujet, il ressant de ses photographies, quasiment incon-
publie, par la suite, un livre en deux tomes nues du public. En outre, l’année dernière (6
illustré de ses photographies. octobre 2002-27 avril 2003), s’est tenue au
Cet ouvrage reste encore aujourd'hui le tra- Kantonsmuseum Baselland de Liestal, en Suisse,
vail ethnographique le plus important sur les une exposition qui présentait, en quelque sorte

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Photographies de Nouvelle-Guinée par Paul Wirz (1892-1955)

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Virginia-Lee Webb

pour la première fois, l’œuvre photographique « artificielles » (des cérémonies traditionnelle- Paul Wirz « Pascha
de Wirz, et c’est en liaison avec ce projet que ment nocturnes se déroulant de jour, par » avant son pre-
mier voyage, 1915.
nous avons décidé de montrer ses travaux. exemple), elles représentent tout de même un
Photographe
Cette exposition se situe dans le cadre de ce témoignage visuel de cette époque... dont inconnu.
que nous appelons une « galerie tournante » nombre des formes artistiques ont disparu ou
dans la mesure où les photographies que nous ont changé depuis, évidemment. Épreuve à l’al-
y présentons sont extraites des collections Wirz est également extrêmement important bumen.
The Metropolitan
même du musée et que nous les changeons en raison des expéditions qu’il entreprit chez les Museum of Art,
périodiquement. Cette galerie est ouverte gra- différentes tribus du lac Sentani et de la côte New York.
tuitement au public, du mardi au vendredi. Nord. Au-delà de leur art, il portait énormément Don de Dadi Wirz,
Nous avons beaucoup de chance car nous dis- d’intérêt aux populations et aux personnes elles- 1999.
(1999.131.2)
posons ainsi de notre propre espace dans l’aile mêmes. Cette attitude lui permit de se déplacer
Michael C. Rockefeller. très librement et se reflète parfaitement dans ses Elisabeth Wirz (au
photographies. C’est une chance qu’il ait vécu et centre) avec deux
F. C. : Peut on considérer Paul Wirz comme un étudié en Nouvelle-Guinée à de nombreuses femmes indigènes
et un enfant, 1917.
pionnier dans le domaine de l’ethnographie ? reprises, ce qui lui a permis de nous renseigner
Indonésie, pro-
V.-L. W : Sa première expédition de 1915 chez sur les évolutions qu’ont connues ces cultures vince de
les tribus Marind, au sud-ouest de la Nouvelle- tout au long de sa vie. Papouasie.
Guinée, fut d’une grande importance : il sou- Épreuve à l’al-
haitait étudier des cultures qui avaient eu très F. C. : À qui devons-nous, en premier lieu, la bumen.
The Metropolitan
peu de contacts avec des civilisations exté- « découverte » de la Nouvelle-Guinée ? Museum of Art,
rieures, en particulier les Européens. Bien sûr, V.-L. W : C’est une question difficile ! La New York.
les Hollandais l’avaient précédé et contrôlaient Nouvelle-Guinée a connu tant de visiteurs ! Don de Dadi Wirz,
nombre des cérémonies traditionnelles aux- Dans chaque région les premiers contacts ont 1999.
(1999.131.4)
quelles Wirz et sa femme Elisabeth eurent l’oc- eu lieu à des moments légèrement différents.
casion d’assister au cours de leur séjour. Il put, Avant la Première Guerre mondiale, les profes-
toutefois vivre avec les Marind et se docu- seurs de Wirz (Schlaginhaufen et Speiser) furent
menter sur leur art, d’une extraordinaire créati- des chercheurs et des écrivains prolifiques. Wirz
vité. Et, quoique ses photographies fussent est certainement l’un des premiers chercheurs
parfois prises dans des conditions quelque peu pour ce qui concerne les régions du lac Sentani

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Photographies de Nouvelle-Guinée par Paul Wirz (1892-1955)

Paul Wirz dans ou Marind. Après les guerres et les grandes expé- établissaient un camp de base et il voyageait à
un canoë tenant ditions coloniales, quoique leurs travaux fussent partir de là. Durant ces premières expéditions, il
une sculpture,
1930.
de moindre portée, apparurent des personnalités était accompagné de sa famille. Elisabeth mourut
Papouasie plus connues, tels Margaret Mead ou Gregory à leur retour en Europe, puis sa seconde épouse
Nouvelle- Bateson. Chaque région détient sa propre histoire l’accompagna également. Wirz se maria plusieurs
Guinée, pro- de ses premiers contacts avec les Occidentaux. fois. Ils ne comptaient que sur eux-mêmes, des
vince du Golfe,
missionnaires, des coloniaux ou les indigènes. Il
rivière Turama.
Photographe F. C. : Dans quel genre de contexte culturel Wirz ne disposait pas d’autre infrastructure.
inconnu. travaillait-il ?
Épreuve aux sels V.-L. W : Fortement influencé par ses professeurs, il F. C. : Que faisait-il en Europe entre ses expédi-
d’argent. évoluait dans un environnement où les études cul- tions ?
The
Metropolitan turelles n’étaient pas prises à la légère. Les V.-L. W : On lui offrit un poste d’enseignant mais
Museum of Art, Universités de Bâle et de Zurich étaient et restent cela ne le satisfaisait pas. Il préférait voyager,
New York. des centres importants de recherche sur l’art du effectuer des recherches et construire sa collec-
Fonds provenant Pacifique. Wirz était très imprégné d’une philoso- tion. Il donna de nombreuses conférences et
de différents
phie de retour à la nature, préservée des influences publia des livres et des articles sur ses recherches.
donateurs,
1992. extérieures, pas forcement primitive, mais un envi- Après son retour de sa première expédition, il
(1992.417.123) ronnement naturel. Je crois que l’art de ces régions obtint son doctorat et publia un livre en deux
l’attirait comme un aimant. Découvrant des volumes fondé sur ses travaux sur les Marind. Il
formes artistiques étonnantes en Nouvelle- disparaissait pour se plonger dans ses écrits.
Guinée, et rencontrant des collectionneurs en
Europe, il fut amené à se concentrer sur cet art et F. C. : Pourriez-vous nous parler de ses talents de
à constituer des collections exceptionnelles. photographe ?
V.-L. W : Il avait une vision très originale. À
F. C. : Comment voyageait-il ? l’époque, les photographies répondaient souvent
V.-L. W : Ou tout seul ou en famille. Parfois ils à une formule — une formule académique

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Virginia-Lee Webb

Campement au
bord de la rivière
Torassi, 1917.

Indonésie, pro-
vince de
Papouasie.
Épreuve à l’al-
bumen.
The Metropolitan
Museum of Art,
New York.
Don de Dadi Wirz,
1999.
(1999.131.5)

Danseur dema
portant une coif-
fure représentant
un nuage au cou-
cher du soleil,
1916.
Indonésie, pro-
vince de
Papouasie, peuple
Marind, village de
Kumbe.
Épreuve aux sels
d’argent.
The Metropolitan
Museum of Art,
New York.
Fonds provenant
de différents dona-
teurs, 1992.
(1992.417.14)

Homme marind
tenant un tam-
bour, avec
Elisabeth Wirz en
arrière-plan, 1916-
1917
Indonésie, pro-
vince de
Papouasie, village
de Domandeh.
Épreuve aux sels
d’argent.
The Metropolitan
Museum of Art,
New York.
Fonds provenant
de différents dona-
teurs, 1992.
(1992.417.80)

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Homme papou de
Merauke, vers
1915-1922.
Indonésie, pro-
vince de
Papouasie.
Épreuve à l’al-
bumen.
The Metropolitan
Museum of Art,
New York.
Don de Dadi Wirz,
1999.
(1999.131.3)

Homme montrant
une sculpture pro-
venant d’une
maison de chef
(Ondoforo), 1921
ou 1926.
Indonésie, pro-
vince de
Papouasie, lac
Sentani, village
d’Ifar.
Épreuve aux sels
d’argent.
The Photograph
Study Collection.
Department of the
Arts of Africa,
Oceania, and the
Americas.
The Metropolitan
Museum of Art,
New York.
(PSC 2000.2.30)

Poteaux sculptés
d’une maison de
chef (Ondoforo),
1926.
Indonésie, pro-
vince de
Papouasie, lac
Sentani, village
d’Asei.
Épreuve aux sels
d’argent.
The Photograph
Study Collection.
Department of the
Arts of Africa,
Oceania, and the dépendant du matériel utilisé ou du contexte car il n’avait aucune formation photogra-
Americas.
de la photo. Ses photographies à lui sont inti- phique. Il faisait fréquemment des dessins, ce
The Metropolitan
Museum of Art, mistes, particulièrement celles représentant les qui nous permet d’établir des parallèles entre
New York. populations de Marind ou du lac Sentani. Bien ces deux formes de sensibilité artistique. Il prit
(PSC 2000.2.34) que beaucoup de ses clichés soient condi- de nombreuses photos d’objets pour en faire
tionnés par les événements dont ils témoi- un fichier et, dans les régions du lac Sentani et
gnent, il est absolument évident que Wirz du golfe de Papouasie, et accumula de nom-
entretient un rapport personnel avec ses sujets. breuses images montrant le contexte dans
Vous pouvez le ressentir encore et encore et lequel ces objets étaient fabriqués et utilisés.
c’est ce qui rend ces images très particulières. Dans ses photos les plus anciennes, on peut
Ces capacités artistiques étaient intuitives voir des compositions très conventionnelles car il

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couchant. Ce concept ainsi que sa représenta- Pêcheurs sur la


tion artistique sont assez extraordinaires. rivière Obat, vers
1915-1922.
Il réalisa de nombreux portraits mettant en Indonésie, pro-
scène les décorations corporelles de ses sujets. vince de
Certains d’entre eux ont un coté formel, ce Papouasie.
sont des portraits traditionnels, au sens occi- Épreuve à l’al-
bumen.
dental du terme. La personne est assise,
The Metropolitan
regarde droit vers l’appareil. D’autres sont Museum of Art,
prises sur le vif. Par exemple, dans une photo- New York.
graphie figurant sur une page de l’album et Don de Dadi Wirz,
représentant un groupe d’hommes et un 1999.
(1999.131.1)
groupe de femmes : à première vue, ils sem-
blent être placés de façon très traditionnelle, Homme s'ap-
alignés côte à côte dans un style très « anthro- puyant à un canoë
pométrique », mais en fait ils sont très sculpté et peint,
1930.
détendus. En posant, ils mettent leurs mains
Papouasie
devant eux. L’ordonnance du tableau est per- Nouvelle-Guinée,
turbée parce qu’ils ont l’habitude qu’on les province du Golfe,
prenne en photo. L’image des femmes dégage peuple Wapo.
Épreuve aux sels
une impression de détente, certaines sourient
d’argent.
et le regardent en face. Il y avait de manière The Metropolitan
s’intéressait énormément à l’anthropologie phy- évidente une bonne relation entre eux. Museum of Art,
sique et prenait des photos anthropométriques New York.
ou ethnographiques pour enrichir sa documen- F. C. : Qui donc l’inspirait ? Fonds provenant
de différents dona-
tation sur les individus et leurs décorations cor- V.-L. W : Ses professeurs et ses collègues. Parmi teurs, 1992.
porelles. Et pourtant d’autres clichés de cette la collection des photographies de Wirz au (1992.417.156)
époque sont presque des instantanés, très per- Metropolitan se trouvent aussi des photos d’un
sonnels, comme si ses modèles n’avaient pas certain Paul B. Rautenfeld qui se rendit dans le Groupe d’hommes
conscience de sa présence ou, du moins, se sen- marind, 1916.
golfe de Papouasie avant lui. Ils se connaissaient
Indonésie, pro-
taient tout à fait à l’aise avec lui, son gros appa- et échangeaient des clichés, mais les photogra- vince de
reil et les plaques photographiques qu’il utilisait. phies sont visuellement très différentes. Papouasie.
Épreuve aux sels
F. C. : Pouvez-vous nous décrire vos photos pré- F. C. : Combien présentez-vous de photogra- d’argent.
The Metropolitan
férées ? phies dans cette exposition ? Museum of Art,
V.-L. W : Parmi les photographies des tribus V.-L. W : Il y a cinquante-neuf photos et il a été New York.
Marind, ma préférée est une image prise entre très difficile de faire un choix parmi les sept Fonds provenant
1916 et 1917. Elle est à la fois extrêmement cents tirages. J’ai décidé alors de montrer une de différents dona-
teurs, 1992.
construite et très énigmatique. On y voit un sélection représentative de notre collection. Ce
(1992.417.491)
homme de Marind couvert de décorations cor- n’est pas une présentation exhaustive de son
porelles très particulières. Il tient un tambour et œuvre car nous ne possédons pas de photo-
pose devant un arbre. Mais le tambour est sus- graphies de toutes les expéditions qu’il a faites
pendu à une corde. On discerne également en Nouvelle-Guinée.
l’ombre de Wirz prenant la photo. Il passe au-
dessus de l’appareil qui utilise des plaques de F. C. : Comment avez-vous opéré votre sélec-
grandes dimensions. Dans le fond, on aperçoit sa tion ?
femme Elisabeth vêtue d’une robe à l’euro- V.-L. W : J’ai fait une sélection chronologique
péenne. Cette image décrit l’histoire de la photo- pour montrer ses quatre premières expéditions
graphie en train de se concevoir en même temps en Nouvelle-Guinée, chez les tribus Marind, au
que le sujet lui-même : je la trouve fascinante. lac Sentani, sur la côte Nord et dans le golfe de
Il y a aussi les photographies représentant les Papouasie. La majorité des photos dont nous
acteurs du dema et les différentes danses des disposons concernent ces voyages. Ensuite j’ai
masques. Ce sont des documents très importants essayé de choisir celles qui avaient la plus
sur les formes artistiques. Ces clichés sont remar- grande importance d’un point de vue visuel, ce
quables. L’un d’entre eux montre un homme por- qui est primordial, à mon avis. Ces photogra-
tant une coiffe qui symbolise un nuage au soleil phies m’intéressent en tant que représenta-

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tions de la vision de Wirz et vecteurs d’infor- que les travaux de Wirz recueillent une certaine
mation relatives à la culture. Dans la sélection attention ?
qui a été faite, vous pouvez voir architecture, V.-L. W : Parfois il faut un certain temps avant
environnement, sculptures et portraits. que le public reconnaisse l’intérêt d’une collec-
tion. En fait, il n’a pas fallu tant de temps que
F. C. : Pouvez-vous nous parler de la collection cela. Wirz est mort en 1955, il n’a donc fallu
d’objets de Wirz ? que deux générations avant que l’on se penche
V.-L. W : C’était un collectionneur complet. Il sur ses travaux. Ses photographies se sont par
possédait un très bon œil ! Je pense que les col- ailleurs avérées d’une grande importance pour
lections des musées, spécialement en Suisse, le les communautés contemporaines de Nouvelle-
prouvent bien. Sa collection a incité beaucoup Guinée dans la recherche de leurs racines et la
de gens à étudier l’art de la Nouvelle-Guinée. Ses régénération de leur art et de leur vie cultu-
photographies n’étaient pas largement diffusées relle.
en dehors de ses propres publications qui furent
le moyen essentiel de faire partager ses connais- F. C. : Quand avez-vous acquis sa collection de
sances. Son objectif principal, quand il allait dans photographies ?
le golfe de Papouasie, était la collecte d’objets. V.-L. W : En 1992. Nous possédons environ 1
Nous savons où se trouvent plusieurs des sculp- 100 images. Je pense que c’est l’une des plus
tures acquises et photographiées dans la région grandes collections de tirages originaux dans
du lac Sentani, par exemple, l’une appartient au une collection publique.
Völkerkundemuseum de l’Université à Zurich. La
célèbre sculpture Maternité est conservée au F. C. : Que contient la collection ?
Museum der Kulturen de Bâle. V.-L. W : Elle comprend des photographies de
Wirz et de Rautenfeld, ainsi que des photos
F. C. : Qui a étudié son œuvre ? acquises par Wirz auprès d’autres personnes,
V.-L. W : Un des principaux chercheurs est le en particulier l’universitaire hollandais A. J.
docteur Andrea Schmidt. Elle a publié une étude Gooszen. Il y a aussi des cartes postales. Elles
sur Wirz et continue à faire des recherches le étaient dans des albums que Wirz et sa famille
concernant. Son travail revêt une grande impor- avaient constitués.
tance dans divers domaines. Il nous aide à
appréhender l’ensemble de ses collections. F. C. : Comment les avez-vous acquis ?
Au Metropolitan Museum, grâce à l’aide de V.-L. W : Ils ont été sur le marché pendant un
la fondation des amis du Musée, nous avons eu certain temps, nous les avons achetés.
la chance de bénéficier des travaux de deux
universitaires, le docteur Terence E. Hays et le F. C. : Wirz avait également tourné des films,
docteur Robert L. Welsch. Ils ont étudié les dif- en possédez-vous aussi ?
férents aspects des recherches et de la collecte V.-L. W : Oui, nous avons des copies vidéo. Il y a
de Wirz. En plus de sa biographie et de ses aussi des films originaux en Europe. Nos copies
photographies, ils examinent maintenant sa proviennent de films appartenant aux archives du
collection, cette étape est très intéressante. National Museum of Natural History de
Washington D C. Il s’agissait de bobines de films
F. C. : Le Metropolitan détient-il des objets de la au nitrate, très inflammables, mais ils ont été pré-
collection Wirz ? servés. Le docteur Andrea Schmidt travaille
V.-L. W : Quatre objets provenant du golfe de actuellement sur la filmographie de Wirz.
Papouasie figurent dans nos collections. À l’ori-
gine, ils furent acquis par Wirz et ensuite passè- F. C. : Le film pourrait-il être utilisé dans une
rent dans la collection de Nelson A. Rockefeller. exposition d’art océanien ?
Ils nous arrivèrent avec le legs Rockefeller en V.-L. W : Nous n’avons pas encore utilisé le film
1979. Une sculpture, une planche (gerua) des sur le Pacifique dans une exposition. Vous
Highlands, Papouasie Nouvelle Guinée, culture noterez qu’un film figure dans l’exposition
Siane, fut collectée par Dadi Wirz, le fils de Paul, d’Alisa LaGamma, Genesis: Ideas of Origin in
et fut donnée par Nelson A. Rockefeller en 1969 African Sculpture (jusqu’au 23 avril), mais c’est
au musée d’art primitif. une nouveauté pour le musée. C’est très
important de montrer au public comment les
F. C. : Pourquoi est-ce seulement maintenant objets étaient utilisés et les gens s’intéressent

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Photographies de Nouvelle-Guinée par Paul Wirz (1892-1955)

moment très exaltant avec une collection de ce


type. Si vous avez besoin d’une image à titre de
référence nous commençons à digitaliser les
photographies. La digitalisation est également
très importante pour des raisons de conserva-
tion, en particulier pour les images du XIXe et
du début du XXe siècle.

F. C. : Quel est votre prochain projet ?


V.-L. W : Il y a toujours de nombreux projets en
perspective. Nous essayons de faire au moins
une rotation de photo par an dans cet espace. Je
suis entrain d’écrire sur l’histoire de la photogra-
phie dans le Golfe de Papouasie en vue d’une
exposition sur l’art de la région par Robert
Groupe de femmes beaucoup à cela. Une filmographie accompa- Walsch et c’est très exaltant. Je prépare égale-
jee-anim, 1917. gnait l’exposition Wirz à Liestal. ment un document relatif à mes recherches à
Indonésie, pro-
vince de
propos de la collection de photos que possède le
Papouasie, village F. C. : Parlez-nous de la collection de docu- MET et provenant de l’expédition dans le
de Saguee. ments photographiques du musée. Pacifique de Crane. (1928-1929) ainsi que
Épreuve aux sels V.-L. W : Nous possédons plus de 120 000 d’autres expéditions privées qui se rendirent en
d’argent.
photos. La collection a commencé à voir le jour Nouvelle-Guinée et en rapportèrent des photos.
The Metropolitan
Museum of Art, au Museum of Primitive Art en 1958. À l’occasion
de chaque exposition ou publication, les respon- Références
New York.
HAYS, Terence, E., « Paul Wirz’s New Guinea Photographs »,
Fonds provenant sables sélectionnaient des objets et obtenaient Report to the Metropolitan Museum of Art (non publié),
de différents dona- des photos. À l’époque nombreux étaient les 1999.
teurs, 1992. KAUFMANN, Christian, « Paul Wirz and the Appreciation of
(1992.417.492) chercheurs et les photographes qui travaillaient
New Guinea Art », in Art of Northwest New Guinea, edited
sur le sujet et la collection s’agrandit rapidement. by Suzanne Greub, Rizzoli, New York, 1992, pp. 140-153.
On y trouve des images de Walker Evans, Eliot SCHMIDT, Andrea, E., « In Search of Men of Nature: Paul
Wirz’s Photography in New Guinea, 1916-1955 », Pacific
Elisofon, Philip Dark, Tobias Schneebaum, William
Studies, 20, n° 4 (décembre 1997), pp. 35-50.
B. Fagg, Douglas Newton et Man Ray. En fait, elle Ibid., « Paul Wirz: Ein Wanderer auf der Suche nach der
a crû de façon significative entre la fermeture du “wahren Natur” », Basler Beitrage zur Ethnologie, vol.
39, 1998.
Museum of Primitive Art en 1975 et son transfert
WEBB, Virginia-Lee, « Photographs of Papua New Guinea:
ici au MET quand l’aile Rockefeller ouvrit en American Expeditions 1928-29 », Pacific Arts, 11/12
1982. La collection s’est modifiée également. (juillet) 1995, pp. 72-81.
Nous avons fait l’effort d’acquérir non seulement Photographies par Paul Wirz, sauf indication.
des photos de terrain mais aussi des photos d’ob- © The Photograph Studio of The Metropolitan Museum of
jets. Les photographies, œuvres d’art à part Art, New York, Tanya Savickey photographe.
All photographs Copyright © Dadi Wirz and Museum der
entière, contribuent à notre compréhension des Kulturen Basel.
arts et des cultures d’Afrique du Pacifique et des
Amériques. C’est notre objectif. La frontière entre
l’art et l’ethnographie est très perméable. Il s’agit Photographs of New Guinea by Paul Wirz
d’une collection unique à bien des égards. (1892-1955)
Nous construisons cette collection avec Commissaire : Virginia-Lee Webb, Ph. D.,
beaucoup d’énergie et avons beaucoup de Associate Research Curator Department of the
chance que de nombreuses personnes nous Arts of Africa, Oceania, and the Americas (Tel.:
aient aidé et fait des promesses de dons et de 212-650-2138 ; Fax: 212-396-5039. E-mail:
legs au musée. J’encourage tout le monde à Virginia-Lee.Webb@metmuseum.org).
nous signaler des collections et suis toujours The Metropolitan Museum of Art, New York,
disponible pour examiner des photographies. Mezzanine, The Michael C. Rockefeller Wing,
1000 Fifth Avenue, New York,
F. C. : Autorisez vous la consultation des origi- New York - 10028, USA.
naux ou sont-ils digitalisés ? Jusqu’au 27 juin 2003, du mardi au vendredi,
V.-L. W : On peut voir les deux. Bien sûr les ori- de 10 h à 16 h 30.
ginaux sont consultables. En fait on vit un Une brochure est disponible.

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