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LE DOCUMENT DE LA SEMAINE

UN GRAND DÉBAT
DU «NOUVEL OBSERVATEUR» SUR
LA PEINE DE MORT

L'angoisse de

JEAN LAPLANCHE. La peine de mort est


L'article de Jean Laplanche, publié dans « le Nouvel Obser- -

une peine absolue, c'est-à-dire une peine qui


abolit le criminel en même temps que le crime.
vateur » du 28 février 1977, à la suite du procès de Patrick Or nous n'avons plus les certitudes théolo-
Henry, avait provoqué de nombreuses réactions. Qu'un psy- giques, la foi aveugle, qui nous autoriseraient
à prononcer une telle peine. Il me suffirait de
chanalyste de renom, par définition ennemi de toute répres- savoir que, sur mille condamnés, il y avait un
seul innocent, pour que l'abolition de la peine
sion, paraisse renvoyer dos à dos adversaires et partisans de la de mort soit indispensable : l'erreur judiciaire,
quand on voudra la réparer, son « objet » —
peine capitale, voilà en effet qui avait de quoi surprendre — le condamné — ne sera plus là. Je suis donc
personnellement, et sans aucune ambiguïté,
voire scandaliser — nos lecteurs, « abolitionnistes » dans leur favorable à la suppression de la peine capi-
tale.
grande majorité. Me Robert Badinter, dont la plaidoirie Cela dit, mon article est né d'un étonnement
contribua grandement à arracher Patrick Henry à la guillo- inquiet : je me suis aperçu que, dans ce grand
débat, il existait un accord tacite pour ne se
tine, et le philosophe Michel Foucault, dont on connaît les pri- référer qu'à des arguments utilitaristes. Cela
m'a paru particulièrement choquant de la part
ses de position sur la peine de 'mort et le problème de la des gens qui, se réclamant en gros de la gauche,
se disent partisans de l'abolition de la peine de
répression, ont eu à coeur d'en débattre avec Jean Laplanche. mort. Devant le déluge de statistiques « mon-

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monde, qu'il allait se terminer par une condam- concerne, c'est le contraire d'un artifice rhéto-
nation à mort. Je souhaitais — et ceci ne sur- rique. C'est pourquoi cet article m'a cho qué,
prendra pas Michel Foucault -- que les débats blessé.
subsistent, comme un document historique. Si J. L. — Badinter semble penser que je lui
Patrick Henry avait été condamné à mort, j'au- ai reproché des procédés ou des « effets ».
rais publié ce texte immédiatement. Mais ce n'est pas la sincérité de l'avocat qui
MICHEL FOUCAULT. --- Vous venez de dire est en question. Au fond, peu importe que j'aie
une chose très importante : personne ne sait ou non assisté à ce procès : des procès comme
ce qui se passe réellement au cours d'un pro- Celui de Troyes sont des procès témoins, ce
cès. Ce qui est pour le moins surprenant, dans sont tous les citoyens qui, au-delà de l'assis-
la mesure où c'est une procédure, en principe, tance, y sont interpellés.
publique. Par méfiance de l'écrit et du secret Et c'est ici que vient ma seconde remarque
— qui étaient deux principes de la justice pé- vous êtes nécessairement en porte à faux entre
nale sous la monarchie ----, la nôtre, depuis votre fonction de défenseur d'un homme et
1794, est censée être orale et publique. Les votre mission de réformateur d'une loi. J'ai lu

ger
pièces de l'instruction ne sont que des docu- avec beaucoup d'admiration votre livre, « l'Exé-
ments préparatoires. Tout doit se jouer dans cution ». Vous y montrez que la défense d'un
un théâtre où la conscience publique est censée homme ne peut être qu'une assistance absolue,
être présente. Or, concrètement, n'y assistent au corps à corps, qui n'a plus à se préoccuper
que cinquante personnes, quelques journalistes, de la justice. C'est une position redoutable et
un président hâtif, des jurés débordés. Il n'y admirable : à supposer que vous ayez utilisé
a pas de doute : en France, la justice est se- des « effets » à cette fin, je n'y verrais rien
crète. Et, après le verdict, elle le reste. Il est à redire ! Mais là où votre position est insou-
tout de même extraordinaire que, tous les jours, tenable, c'est quand, au même moment, vous
des dizaines de réquisitoires soient prononcés au entendez engager une action contre la peine
nom d'un « peuple français » qui les ignore de mort. De deux choses l'une : soit vous vous
pour l'essentiel. situez encore dans une référence à la loi et à
Un débat comme celui de Troyes était ter- la justice — mais cela entrave votre défense
riblement important. Le crime de Patrick Henry absolue. Ou bien c'est la notion même de
a fait l'objet d'une dramatisation sans précé- peine que vous ébranlez : or la critique de
dent, pendant des mois, dans toute la presse. la peine de mort qui met l'accent sur son
Et puis je ne sais s'il faut s'en féliciter mais, « inutilité » présuppose que la justice n'a pour
dans ce procès, l'histoire de la peine de mort objet que l'administration la meilleure possible
se trouvait engagée. Or, malgré tout cela, per- des rapports entre les hommes
sonne ne sait vraiment ce qui s'y est dit, quel R. B. — Mais, enfin, le problème de la
argument a fait mouche ; à mon sens, la publi- peine de mort ne se pose pas seulement en soi,
cation intégrale des débats est indispensable, dans l'abstrait ! Il se pose d'abord concrètement
quelles que soient vos réserves. au moment où un homme qui est là, près de
R. B. — Ce que vous venez de dire m'encou- vous, risque d'être condamné à mort. Il ne
rage à poser à Jean Laplanche une question prend tout son sens, croyez-moi, qu'à la minute
préliminaire, mineure mais très importante ultime, sanglante, dans la cour de la Santé. Là,
avez-vous déjà assisté à un grand procès cri- il n'a plus rien de théorique, hélas !
minel? J. L. — Vous nous dites que chaque juré
J. L. — Non, jamais. ne représente finalement que lui-même. Mais
on peut prétendre la même chose pour tout
R. B. — Vous non plus, Michel Foucault ?
prononcé d'une peine, quelle qu'elle soit ! Sup-
M. F. — Jamais à un grand procès d'assises. posons que la peine de mort soit abolie. N'est-
Et « le Nouvel Observateur » ne m'a pas de- ce pas la même situation ? Le juré n'est-il pas
mandé de couvrir le procès de Troyes, ce que alors l'homme qui ferme le verrou de la cellule
je regrette... du prisonnier ? N'en revient-on pas, comme
R. B. — Jean Laplanche n'a vu qu'artifice pour la peine de mort, à une situation
et habileté là où tous ceux qui étaient présents d' « homme à homme »' dans laquelle une
au procès ont ressenti exactement le contraire. réelle décision ne peut plus être conçue que
Jean Laplanche,
En fait, il ne s'agissait pour moi que d'amener comme une vengeance ? C'est bien pourquoi
Robert Badinter et
les jurés à la lucidité sur ce que représentait la justice n'est possible que si elle est rendue
Michel Foucault
pour eux, en tant qu'hommes, la peine de mort. « au nom de... ». Si vous supprimez cette réfé-
avec
Je m'étais dit : le vrai problème pour le rence qui dépasse l'individu, vous supprimez
Catherine David
juré, c'est son rapport personnel, secret, à la la justice ; mais ce qui s'y substitue, ce n'est
mort. J'ai voulu leur faire sentir qu'ils ne repré- pas la liberté, c'est l'administration contrai-
trant » que la peine de mort ne décourage pas sentaient, finalement, qu'eux-mêmes, face à un gnante des hommes, avec ses multiples visages
le crime et qu'elle n'est pas en somme dissua- homme assis tout près d'eux. Et qu'ils avaient technique, policier, psychiatrique... -
sive, je me suis dit : comment peut-on parler le pouvoir aberrant, exorbitant d'interdire à cet R. B. — A aucun moment de sa vie, un
d'une chose aussi sérieuse en acceptant que la homme de continuer à vivre. Bien sûr, j'ai parlé homme ne dispose d'un pouvoir comparable à
mort soit considérée du seul point de vue de sa de l' « homme coupé en deux ». Mais, contrai- celui où il dit : « Que vais-je faire de lui ?
fonction d'épouvantail, fût-ce pour tenter de rement à ce qu'imagine Jean Laplanche, ce Pour combien de temps vais-je l'envoyer en
montrer que celui-ci est inefficace ? Et si n'était pas par goût de l'effet oratoire. J'ai hor- centrale ? Cinq ans ? Dix ans ? » Et dès lors,
d'autres statistiques e démontraient » que la reur de toute exploitation rhétorique de la guil- bien sûr, le premier devoir d'un avocat est de
peine est dissuasive ? Votre conviction ne chan- lotine, du supplice. C'est justement pour ne pas rappeler aux jurés que cinq ans de privation de
gerait pas d'un pouce décrire que j'ai cherché l'image la plus nue de liberté, c'est immense. Mais, dans le cas d'une
ROBERT BADINTER. - VOUS avez fait, dans ce que représente le fait de décapiter un peine de prison, màdifiable par nature, rien
votre article, allusion au rôle de la défense homme. Et de quelque façon qu'on prenne la n'est vraiment définitif. Le procès va se pour-
dans les procès d'assises et vous me reprochez chose, à la fin du supplice, cet homme est en suivre, dans l'ombre, dans le cadre de la déten-
de m'être servi d'arguments « utilitaristes »... deux morceaux dans la cour de la Santé. C'est tion, à l'occasion de la grâce, de la libération
Il y a beaucoup à dire là-dessus ! Mais, avant tout. Alors, au lieu de dire avec' un luxe de conditionnelle, etc. Quand il s'agit de la mort, le
. tout, je dois préciser que, pour moi, une plai- détails troubles : on va lui trancher le cou, choix est radical : il change de nature. Après la
doirie est morte à l'instant même où elle a été prendre sa tête et la mettre dans un panier — décision — et sous réserve du droit de grâce
prononcée. La plaidoirie est action, non ré- ce qui s'est beaucoup fait dans les prétoires —, —, tout est fini. Quand les jurés doivent se
flexion. Elle est indissociable du procès dans j'ai choisi la nudité extrême, prononcer, c'est la mort qui les regarde en
lequel elle s'insère. J'ai fait faire une sténotypie Que cette image évoque pour un psychana- face. Et elle est escamotée, gommée, masquée
complète de tous les débats du procès de lyste des notions fondamentales comme la cas- par tout le cérémonial judiciaire.
Patrick Henry. Je pensais, comme tout le tration, c'est possible. Mais, en ce qui me

Le Nouvel Observateur 93
LE DOCUMENT DE LA SEMAINE
<Monsieur Untel, vous avez vos humeurs,
votre belle-mère, votre petite vie. Accepteriez-vous, tel
que vous êtes, de tuer quelqu'un ? »
Suite de la page 93. de valeurs : la valeur de la vie humaine, par qu'il nous conduit à un conformisme bien pire
J. L. — Le cérémonial n'est ridicule et dé- exemple. Eh bien, je pense, si l'on va au fond que celui de la loi : celui de la conformité.
suet que lorsqu'il est déserté par sa significa- des choses, que la dissuasion « réelle » n'inté- Foucault souligne une évolution mais il pousse
tion symbolique, par sa référence « au nom resse que médiocrement les gens qui réclament, aussi dans le sens de celle-ci. La loi dont
». Vous tenez à individualiser la décision parfois de façon véhémente ou hideuse, le châ- annonce la mort est remplacée, de façon insi-
judiciaire. Mais, par là même, vous rendez toute timent. Ce qu'i4 veulent simplement, c'est « que dieuse, par la manipulation de l'homme, au
décision impossible — ou criminelle. N'y a-t-il le crime soit puni » ; e exemple » de la nom d'une « norme » prétendue rationnelle.
pas, tous les jours, de nombreuses circonstances peine est là pour attester la pérennité de cer- Et la « norme », elle, il ne s'en défera pas
dans lesquelles la décision d'un seul ,entraîne tains interdits, voire de certains « tabous ». Or, aussi facilement : c'est le chiendent qui repousse
la mort de milliers d'hommes ? Imaginez que à ce niveau-là, vous ne leur répondez pas. Vous sans cesse sur le terrain « libéré » de la loi.
vous êtes président de la République et que ne leur dites jamais, à aucun moment : « La
punition, savez-vous bien ce que c'est ? Savez- M. F. — Imaginons une justice qui ne fonc-
vous devez décider si l'on abaisse la limite de
vous pourquoi vous la désirez tellement ? » tionne qu'au code : si tu voles, on te coupera
vitesse sur les autoroutes à 90 km/h. Il y a de
la main;, si tu es adultère, tu auras le sexe
quoi passer quelques nuits blanches. Là encore, M. F. — La plaidoirie de Badinter à Troyes tranché ; si tu assassines, tu seras décapité. On
l'investissement d'une charge n'est pas un vain m'a paru forte sur les points, précisément, que a un système arbitraire et contraignant de rela-
oripeau mais ce qui permet d'assumer la culpa- conteste Jean Laplanche. Mais je crois, 1VI' Ba- tion entre les actes et la punition qui sanc-
bilité liée à toute décision. Des « présidents », dinter, que vous ne donnez de ce que vous
des juges, des jurés obsessionnellement culpa- tionne le crime en la personne du criminel
avez fait qu'une interprétation minimale. Vous Alors, il est possible de condamner à mort.
bilisés : est-ce là ce que nous souhaitons ? Mais avez dit aux jurés : « Mais, enfin, votre
alors, en contrepartie, les commissaires, les Mais, si la justice se préoccupe de corriger
conscience ne peut pas vous autoriser à
technocrates, les spécialistes de « l'âme hu- un individu, de le saisir dans le fond de son
.
condamner quelqu'un à mort ! » Vous leur avez
maine », eux, ne s'embarrasseront pas de scru- âme pour le transformer, tout est différent
dit également : « Vous ne connaissez pas cet
pules... c'est un homme qui en juge un autre, la peine
individu, les psychiatres n'ont rien pu vous en de mort est absurde. M' Badinter l'a prouvé et
R. B. — Je ne vois pas le rapport. En quoi dire, et vous allez le condamner à mort ! » sa plaidoirie, en ce sens, est incontestable.
le fait que certaines décisions politiques ou Vous avez aussi critiqué l'exemplarité de la
stratégiques engagent la vie et la mort d'autrui peine. Or ces arguments ne sont possibles, que J. L. — Non seulement la peine de mort
justifie-t-il la décision judiciaire de mise à parce que la justice pénale ne fonctionne pas devient impossible mais aucune peine n'est, en
mort ? C'est vrai qu'il est très grave de décider tant comme l'application d'une loi ou d'un code vérité, possible.
si un homme restera en prison cinq ans de plus que comme une sorte de mécanisme correctif
M. F. — En effet. Actuellement, deux sys;
ou de moins. Mais, dans le système actuel, dans lequel la psychologie de l'inculpé et la
tèmes se superposent. D'une part, nous vivons
comment admettre la peine de mort ? A conscience des jurés viennent interférer.
encore sur le vieux système traditionnel qui
Troyes, Patrick Henry en a réchappé. Mais Si votre stratégie me paraît fine, c'est qu'elle dit : on punit parce qu'il y a une loi. Et puis,
Ranucci venait d'être guillotiné et, une semaine piège le fonctionnement de la justice pénale par-dessus, un nouveau système a pénétré le
après Troyes, Carrein était condamné, peut- depuis le début du xte siècle. Vous l'avez pris premier': on punit selon la loi mais afin de
être parce que certains jurés se sentent frustrés au pied de la lettre. Vous-vous êtes dit : « Dans corriger, de_ modifier, de redresser ; car, nous
de la mort de Patrick Henry. Ce relativisme-là, notre justice, les jurés, ces gens ch'oi'sis au avons affaire à des déviants, des anormaux.
à lui seul, suffit à condamner la peine capitale. hasard, sont censés être la conscience univer- Le juge se donne comnie thérapeute du corps
Alors, comment ne pas user de tous les selle du peuple. Mais il n'y a aucune raison social, travailleur de la e santé publique » au
arguments dont on dispose ? En face de vous, pour que douze personnes se mettent tout d'un sens large.
voilà un procureur qui vous dit : « Si vous coup, par la grâce judiciaire, à fonctionner
ne condamnez pas cet homme à mort, d'autres comme la conscience universelle. » Relevant ce J. L. — Il me semble un peu raide de pro-
enfants innocents seront assassinés sauvage- défi, vous vous êtes adressé à eux : « Monsieur clamer que nous en avons fini avec la loi pour
ment. » A ce moment-là du débat, si vous ne Untel, vous avez vos humeurs, votre belle-mère, entrer dans l'univers de la norme — même si
répondez pas sur le même terrain, si vous ne votre petite vie. Accepteriez-vous, tel que vous c'est pour la contester à son tour. Pour la popu-
détruisez pas cet argument — qui n'est en êtes, de tuer quelqu'un ? » Et vous avez eu lation, malgré tout, la notion de justice reste
réalité que le déguisement de la pulsion de raison de leur parler ainsi. Car la justice fonc- inentamée. « C'est juste, ce n'est pas juste. Cet
mort qui nous habite tous —, vous êtes perdu. tionne sur l'équivoque entre le juré-conscience homme a fait du mal, il faut le punir » : on
Bien entendu, on n'exécute pas les criminels universelle, citoyen abstrait, et le juré-individu entend cela partout autour de soi. C'est le be-
pour protéger d'autres victimes potentielles. trié sur le volet selon un certain nombre de soin d'une loi qui se manifeste dans ce grand
On les tue pour bien d'autres raisons que j'au- critères. murmure collectif. Il est frappant de voir, chez
rais aimé vous entendre, vous psychanalyste, De même, vous avez dit : « Au fond, on nos juristes ou criminologistes modernes, que
_nous expliquer. Mais, avant d'aborder le fond juge les gens non tellement sur leurs actes la notion « rétributive de la peine soit traitée
du débat, il faut démolir ces arguments pseudo- que sur leur personnalité. » La meilleure par le mépris.
rationnels. Et, si l'on ne passe pas par là, ce preuve : on fait venir un psychiatre, des té- C'est pour remonter un peu ce courant, cette
n'est pas la peine d'essayer de sauver un moins de moralité, on demande à la petite soeur dégradation, que j'ai fait allusion à Hegel, qui
homme. si l'accusé était gentil, on interroge ses parents est allé au-devant de l'objection majeure : si
J. L. — Assurément, vous êtes en contact sur sa première enfance. On juge le criminel l'on s'en tient au niveau de la matérialité, de la
avec la réalité du prétoire. Mais je me demande plus que le crime. Et c'est la connaissance souffrance, rien ne justifie qu'on vienne ajouter
si ce milieu du prétoire, et ses argumentations qu'on prend du criminel qui justifie qu'on lui au crime un autre mal, une autre souffrance
en circuit fermé, est bien relié à cette autre inflige ou non telle punition. Mais, relevant — celle qu'on impose au criminel. Cela ne
réalité, celle du corps social, et de son besoin toujours le défi, vous en avez tiré les consé- change rien, cela ne ressuscite pas le mort-!
de justice, que vous réduisez, à tort, à un besoin quences : « Les psychiatres n'ont pas su nous Les maux, loin de s'équilibrer, s'additionnent.
de vengeance. Exemplarité ou inefficacité de parler de Patrick Henry, il n'est pas vraiment Or cette objection, si puissante, ne peut être
la peine ? Ce n'est pas ce qui résonne au ni- connu de nous. Nous ne pouvons donc pas le dépassée que par la référence à un autre ni- ,

veau de la population. Ou bien, pour nuancer tuer. » veau, celui de la loi. La peine, dit fortement
les choses, il faudrait distinguer deux aspects Vos arguments étaient tactiquement habiles, Hegel, n'a de sens que si elle abolit, symboli-
de ce qu'on nomme exemplarité. Une exempla- certes. Mais ils avaient surtout le mérite d'uti- quement, le crime. Mais cela, à son tour, ne
rité purement utilitaire : l'homme est comparé liser en pleine lumière, en la retournant contre se comprend que parce que le crime, lui-même,
à un rat qu'on dresse dans un labyrinthe. S'il elle-même, la logique du système pénal actuel. ne gît pas dans la violence matérielle où il se
reçoit une décharge, il ne prendra pas telle Vous avez démontré que la peine de mort ne manifeste. Il n'existe que dans et par la loi.
direction. Nous savons que ce conditionnement pouvait pas fonctionner à l'intérieur d'un tel Nous sommes des animaux voués aux symboles
— heureusement -- est largement inefficace système. Mais c'est alors qu'intervient Jean et le crime est adhérent à notre peau, comme
chez l'homme. Et il est une exemplarité diffé- Laplanche en disant que ce système est dan- la loi...
rente, que l'on peut nommer symbolique, celle gereux. R. B. — Tout à l'heure, j'évoquais le rapport
qui atteste de la pérennité d'un certain réseau J. L. — Si je dis qu'il est dangereux, c'est Suite page 96.

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LE DOCUMENT DE LA SEMAINE
La psychanalyse n'est
Enfin des matins e.k
pas là pour venir, sur commande,
guérir la délinquance
différents... Suite de la page 94.
qui s'établit entre celui qui a pour mission de
juger et la décision. Vous me dites : la loi
Le Matin de Paris a décidé d'être résolument différent des autres. survit. C'est vrai. Seulement, il ne faut pas
Et il l'est, chaque matin, à la plus grande satisfaction de ses lecteurs. oublier le jeu des circonstances atténuantes.
Vous pouvez, pour le même crime, être
Tandis que leurs voisins ronronnent à l'unisson condamné à mort ou à trois ans de prison
d'une information sans imprévu, les lecteurs du Matin de Paris avec sursis. Bien sûr, l'éventail des condamna-
tions possibles n'est pas infini mais il est tout
attaquent la journée avec une bonne réserve de sujets, de même très large. Et la diversité des choix
de réflexion, d'indignation ou d'enthousiasme. offerts confère au juge un grand pouvoir.
En fait, si l'on s'est ainsi orienté vers un élar-
Chaque jour, le Matin de Paris vous livre gissement du possible, c'est parce que l'institu-
tion judiciaire le réclamait. Rappelez-vous la
l'information la plus complète. thèse de Montesquieu et des Constituants : le
Outre les grands sujets d'actualité qui sont expliqués juge doit être « la bouche de la loi ». C'était
infiniment commode pour lui. Il lui suffisait
et commentés, vous trouverez dans le Matin de Paris de se poser la question : coupable ou non cou-
les informations qui font la trame de notre vie quotidienne : pable? S'il était persuadé de la culpabilité, il
enquêtes sur la vie des Français, leur travail, leurs loisirs. prononçait la peine prévue par les textes. Et il
avait le sentiment réconfortant d'avoir appliqué
De nombreuses pages sont consacrees aux arts, à la culture et, la volonté générale. Cela devait être bien
chaque jour, Le Matin de Paris présente agréable. Mais trop commode. Dans le système
le guide complet de tous les spectacles. actuel, c'est le juge qui assume la responsabilité
de la décision. D'où les tâtonnements, les incer-
titudes. Mais c'est, à mon sens, infiniment pré-
férable à ce couperet automatique de la rétri-
bution abstraite.
Le drame, c'est qu'on n'est pas allé jusqu'au
bout de la personnalisation. Bien sûr, on parle
de traiter, de rééduquer, de guérir. Mais on
nous donne une caricature du traitement. On
parle de réadaptation, de réinsertion sociale des
condamnés. Et, en fait, on assiste à une exploi-
tation politique de la lutte contre le crime.
Aucun gouvernement n'a jamais voulu se don-
ner les moyens de tous ces beaux discours.
J. L. — Si je vous entends bien, nous nous
dirigeons à grands pas vers une psychiatrisa-
tion totale de la justice I
R. B. — Non. La psychiatrie n'est qu'un
moyen parmi d'autres à la disposition des juges.
J. L. — Je pourrais parler de psychanalysa-
tion, ce qui me paraît aussi grave. La psycha-
nalyse n'est pas là pour venir, sur commande,
guérir la délinquance.
M. F. — J'irai plus loin : quel est cet
étrange postulat selon lequel, du moment que
quelqu'un a commis un crime, cela signifie qu'il
est malade ? Cette symptomatisation du crime
fait problème...
Lisez le Matin de Paris R. B. — Ne me faites pas dire ce que je
Aidez-le à renforcer son indépendance. n'ai pas dit : ce serait une grossière caricature
de ma pensée... Le crime est une maladie
sociale. Mais ce n'est pas en tuant les malades
ou en les confinant à l'écart des soi-disant bien-
1111•11111•WWWIIIIIIIIIMIUMMIIIIIIIM111111111111111111M111110111••••11111111111«••••••••••••••••••1
portants qu'on lutte contre la maladie.
Abonnement de soutien
Je désire assurer définitivement la victoire du Matin de Paris
M. F. — Peut-être, mais ce n'est pas une
caricature de ce qui a été dit par toute la cri-
minologie depuis 1880. Nous avons encore, en
Je vous adresse ci-joint apparence, un système de loi qui punit le
D mon abonnement de soutien, 3 mois 98 F, 6 mois 175 F crime. En fait, nous avons une justice qui
D par chèque D C.C.P. D mandat-lettre s'innocente de punir en prétendant traiter le
Nom criminel.
Adresse C'est autour de cette substitution du criminel
au crime que les choses ont pivoté et que l'on
CE BULLETIN EST A REMPLIR ET A RETOURNER AU «MATIN DE PARIS - SERVICE SOUTIEN DES.LECTEURS»,
215 BOULEVARD MCDONALD, 75019 PARIS a commencé à penser : « Si l'on a affaire à
un criminel, punir n'a pas grand sens, sauf si
la punition s'inscrit dans une technologie du

( LE MATIN
comportement humain. » Et voilà que les cri-
minologues des années 1880-1900 se sont mis
à tenir des propos étrangement modernes : « Le
crime ne peut être, pour le criminel, qu'une
DE PARIS Suite page 101 >.

Lundi 30 mai 1977


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE
«A mort ! A mort !
Qu'on les pende ! Qu'on les
torture, qu'on les castre ! »
.et st j'affilais
rtrI•e
.

Suite de la page 96.


conduite anormale, perturbée. S'il trouble la
Société, c'est qu'il est lui-même troublé. Il faut
donc le traiter. » Ils en tiraient deux sortes
de conséquences : en premier lieu, e l'appareil
judiciaire ne sert plus à rien. Les juges, en
tant qu'hommes du droit, ne sont plus compé-
(YtiiSi)f&E 11P
tents pour traiter cette matière si difficile, si
peu juridique, si proprement psychologique
qu'est le criminel Il faut donc substituer à Yv o rtNEGRE ?.1
l'appareil judiciaire des commissions techniques
de psychiatres et de médecins. » Des projets
précis furent élaborés en ce sens.
Deuxième conséquence : «Il faut certes trai-
ter cet individu qui n'est dangereux que parce
qu'il est malade. Mais, en même temps, il faut
protéger la société contre lui. » D'où l'idée
d'un internement à fonction mixte : de théra- "en tout espèce de projet', deux choses_
peutique et de préservation sociale.
Ces projets ont suscité de très vives réactions
sont à considérer :premièrement la beau-
de là part des instances judiciaires et politiques té absolue du projet ; en second lieu, la
européennes dans les années 1900. Pourtant, facilité de l'exécution "
ils ont trouvé de nos jours un très vaste champ
d'application où l'U.R.S.S. — une fois de plus
(L'émile)
« exemplaire » — n'est pas exceptionnelle. 256 pages,
R. B. — Mais on ne peut tout de même 50 dessins humoristiques,
pas préconiser un retour à la rétribution abs- 10 schémas. Prix 34 F
traite de la peine ! Vous parlez crime, Michel
Foucault. Mais c'est le criminel que l'on juge. 10.' ru de l'Éperon, 75006 Paris
On peut essayer de réparer les conséquences ANPRÉ LESP Tel. 3264613 `)
d'un crime mais c'est le criminel que l'on
punit. Les juges ne pouvaient pas refuser d'aller
dans la direction du traitement judiciaire. Pou-
vaient-ils refuser l'idée qu'on allait changer le
criminel pour le ramener dans la norme ? Qu'en
faire ? Le jeter dans un trou pendant vingt
ans ? Ce n'est pas, ce n'est plus possible. Le
couper en deux ? Ce n'est pas possible. Alors ?
Le réinsérer en le normalisant. Du point de
vue du technocrate judiciaire — juge ou avo-
cat —, il n'y a pas d'autre approche possible.
Et elle n'est pas forcément pratiquée selon le
système soviétique.
L'autre aspect des choses qui me passionne,
c'est cette clameur qui monte vers le ciel
« A mort ! A mort ! Qu'on les pende ! Qu'on
les torture ! Qu'on les castre ! » Pourquoi ?
Si j'ai été tellement déçu à la lecture de l'ar- Pour recevoir ce volu-
ticle de Laplanche, c'est qu'il ne répondait pas me, retournez ce bon
à cette question. Au fond, la seule approche
intéressante du problème de la peine de mort, à Montholon Servi-
ce n'est pas celle des techniciens de la justice, ces -26, rue de Mon-
ce n'est pas celle des moralistes, ce n'est pas tholon - 754j9 Paris
celle des philosophes. C'en est une autre que je Cédex 09, avec un
voudrais voir naître et qui répondra à tous titre de paiement de
ceux qui s'interrogent sur la fonction secrète 55F.
de la peine de mort.
La peine de mort, en France, cela concerne
un tout petit nombre de criminels Dans les
neuf dernières années, il y a eu cinq exécutions.
Regardez, face à ces chiffres, l'immensité des
passions déchaînées ! Pourquoi reçoit-on, dès
Prix : NOM •
que l'on publie un article sur la peine de mort, 55 F.
deux cents lettres d'insultes ou de délire ? Pour
l'affaire Patrick Henry, je continue à recevoir
un courrier incroyable : « Espèce de salaud,
si tu crois que tu vas sauver ta peau après Adresse
avoir fait acquitter — le terme est plaisant
s'agissant de perpétuité ! — ce monstre ! »
Suivent des menaces de torture sur la personne
de ma femme et de mes enfants.
Pouvez-vous expliquer cette angoisse ? Pour-
quoi les non-criminels ont-ils un tel besoin de
sacrifiée expiatoire?
Suite page 104. format 175x 240 - 224 pages -200 illustrations

Le Nouvel Observateur 101


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE

YE L'angoisse innommable
qui vient de notre propre
pulsion de mort
Suite de la page 101. 4.

d'He
M. F. — Je crois que vous intégrez deux
choses dans la même question. 11 est certain
que les crimes spectaculaires déclenchent une
panique générale. C'est l'irruption du danger
dans la vie quotidienne. Résurgence exploitée
sans vergogne par la presse.
En revanche, vous n'imaginez pas les efforts

Et di
qu'il a fallu déployer pour intéresser un peu les
gens à ce qui est — vous en conviendrez —
le vrai problème de la pénalité, c'est-à-dire les
flagrants délits, la menue correctionnelle, les
procès-minute où le gars, parce qu'il a volé un
bout de ferraille dans un terrain vague, se
retrouve avec dix-huit mois de prison, ce qui
fait qu'il recommencera forcément, etc. L'inten-
sité des sentiments qui entourent la peine de
mort est entretenue volontairement par le sys-
tème; cela lui permet de masquer les vrais
scandales.
Nous voilà donc avec trois phénomènes su-
perposés qui ne s'accordent pas : un discours
pénal qui prétend traiter plutôt que punir, un
appareil pénal qui ne cesse de punir, une
conscience collective qui réclame quelques
punitions singulières et ignore le quotidien du
châtiment qu'on exerce silencieusement en son
nom,
J. L. Il me semble arbitraire de séparer
aussi nettement la population des délinquants
et celle des non-délinquants. Il existe, des
deux côtés, un fonds d'angoisse et de culpa-
bilité commun. Les grandes vagues d'angoisse
dont vous parlez ne sont pas liées à la
peur mais à quelque chose de beaucoup plus
profond et de plus difficile à cerner. Si les
gens s'interrogent tellement sur la peine de
mort, c'est parce qu'ils sont fascinés par leur
propre agressivité. Parce qu'ils savent confusé-
ment qu'ils portent le crime en eux et que le
monstre qu'on leur présente leur ressemble.
Quant aux criminels — que je connais moins
bien que Me Badinter —, ils restent eux aussi
fidèles à la loi. N'entend-on pas, d'une cellule
à l'autre : « Ce n'est pas juste, il a écopé de
trop ? Ou : Il l'a bien cherché... »
Non, il n'y a pas d'un côté une population
RACHEL Réf 51.702.7.AJ Tour de blanche comme l'oie qui s'effraie de la Caus-
bras, argent massif. Modèle Exclusif gression et souhaite la punir, et d'autre part
699 F. un peuple de criminels qui ne vit que dans
et par la transgression. Alors, que vous ré-
pondre, sinon qu'il existe un décalage entre
l'angoisse innommable qui vient de notre
propre pulsion de mort et un système qui intro-
duit la loi ? Et que c'est justement ce décalage
qui permet un certain équilibre psychique. Je
ne pense en aucune façon que l'application de'
la loi soit le « traitement » du criminel. La loi

EMA
est un élément qui existe implicitement, même
chez celui qui la viole. Inversement le crime
existe en chacun de nous, mais ce qui est psy-
Z chiquement dévastateur, c'est, lorsque quel-
()
INTERNATIONAL
cc qu'un a fait passer ce crime implicite dans les
actes, de le traiter comme un « enfant irres-
7is ponsable ». On pourrait ici, se référer à la psy-
chanalyse et à son évolution par rapport aux
2 à problèmes de réducation : on s'est aperçu que
l'absence de loi — ou du moins sa carence
partielle, ou encore son ambiguïté — était très
angoissante, voire « psychotisante », pour l'en-
fant élevé dans la « permissivité ».
LA MARQUE FRANÇAISE R. B. — Il n'est pas question de supprimer
PROPOSÉE PAR VOTRE HORLOGER-BIJOUTIER. la loi. Elle n'a pas seulement une fonction
technique et répressive mais aussi une fonction
Suite page 112.

104 Lundi 30 mai 197


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE
Découvrez davantage Qu'ont été vos
rapports avec votre maman,
la République vos petites soeurs ? »
Suite de la page 104.

Fédérale d'Allemagne expressive, en ce sens qu'elle exprime ce que


la conscienc collective juge convenable.
J. L. — Je dirais, au sens le plus fort, qu'elle
a une fonction subjective, et cela en chacun de

tout en nous ; celle des interdits que nous respectons


— en notre inconscient —, du parricide ou de
l'inceste...

dépensant moins. M. F. — Pour Laplanche, le sujet se consti-


tue parce qu'il y a la loi. Supprimez la loi,
vous n'aurez même pas de sujet.
R. B. — Je regrette beaucoup que les psy-
chanalystes ne se soient pas interrogés plus
avant sur l'origine du besoin de punition qu'ils
semblent tenir pour acquis. Dire qu'il y a à la
fois identification avec le criminel et angoisse
de cette identification, ce sont des mots...
M. F. — Il me paraît périlleux de demander
aux psychanalystes raison et fondement pour
l'acte social de punir.
R. B. — Pas raison et fondement mais expli-
cation et clarté.
J. L. — Les psychanalystes, et Freud le pre-
mier, se sont longuement interrogés sur cette
question. S'il fallait en deux phrases se risquer
à résumer leur point de vue, je dirais qu'il
existe deux niveaux de la culpabilité : l'un,
où elle est coextensive à l'angoisse de notre
propre auto-agression ; et l'autre, où elle vient•
se symboliser dans des systèmes constitutifs de
notre être social : linguistiques, juridiques,
religieux. Le besoin de punition est déjà une
façon de faire passer l'angoisse primordiale
dans quelque chose d'exprimable et, par consé-
quent, de « négociable ». Ce qui peut être
expié peut être aboli, compensé symbolique-
ment...
R. B. — Nous nous contentons donc de
prendre le besoin de punition comme un acquis
sans en chercher les causes. Mais, une fois que
le public a été informé de la punition, c'est
le deuxième aspect des choses qui commence
le traitement, l'approche personnalisée du cri-
minel. La justice doit donc satisfaire le besoin
collectif de punition, sans oublier la réadapta-
tion. Evidemment, cela grince parfois, et le
public s'indigne : « On l'a condamné à vingt

Avec la nouvelle ans et il s'en est sorti après huit ans ! » Mais
pourquoi le garderait-on plus longtemps s'il
s'est amendé ?
J. L. — On pourrait même se demander

Carte touristique. pourquoi il faut absolument punir certains cri-


minels si l'on est sûr qu'ils se sont amendés
avant d'être punis.
R. B. — Il ne le faudrait pas. Mais le public
réclame le châtiment. Et si l'institution judi-
Une nouvelle initiative du Chemin de Fer Fédéral Allemand vous permet ciaire n'assouvissait pas le besoin de punition,
COUPON • cela produirait une frustration formidable, qui
de voyager en Allemagne dans des conditions particulièrement intéres- Pour obtenir des renseignements se reporterait alors sur d'autres formes de vio-
santes et agréables. supplémentaires envoyez
lence. Cela dit, une fois la dramaturgie judi-
Avec la Carte touristique de la DB, vous pouvez emprunter n'importe le coupon au Chemin de Fer
Fédéral Allemand ciaire accomplie, la substitution du traitement
quel train régulier pour vous déplacer aussi souvent et aussi loin que 24, rue Condorcet — 75009 PARIS à la punition permet la réinsertion sans tou-
vous le voulez, et ce pendant 9 ou 16 jours. En 2ème classe, le billet ne cher au rituel. Et le tour est joué.
coûte que 430.— F. ou 605.— F. respectivement, et en Fere 605.— F. M. F. — Bien sûr, cela grince, mais voyez
ou 840.— F. Nom
aussi comm(e tout est bien huilé ! Bien sûr,
En vente à partir du ler Mai 1977 dans les grandes gares de la Prénom on est là pour punir un crime, mais le prési-
SNCF et dans votre agence de voyages ainsi qu'auprès du Chemin de dent, avec son hermine et sa toque, que dit-il ?
Fer Fédéral Allemand 24, rue Condorcet 75009 Paris —Tél.: 878-50.26. Rue Il se penche vers le délinquant : « Qu'a été
La République Fédérale d'Allemagne vous souhaite la bienvenue. votre enfance ? Vos rapports avec votre ma-
Ville man ? Vos petites sœurs ? Votre première expé-
La Carte touristique de la DB. 'I Prix sous réserve de fluctuations
rience sexuelle ? » Qu'est-ce que ces questions
Pour visiter l'Allemagne. monétaires importantes. ont à faire avec le crime qu'il a commis ?
L NO 5/77 Suite page 120

112 Lundi 30 mai 1977


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE
« Est-il dangereux?,»
Mais le danger n'est pas une
catégorie psychiatrique
Suite de la page 112.
Certes, cela a à voir avec la psychologie. On
convoque des psychiatres qui tiennent des dis-

INNOVER
cours à couper bras et jambes, tant du point de
vue psychiatrique que du point de vue judi-
ciaire, et que tout le monde fait semblant de
considérer comme des exposés techniques de
haute compétence. C'est au terme de cette
grande liturgie juridico-psychologique qu'enfin
les jurés acceptent cette chose énorme : punir,
avec le sentiment qu'ils ont accompli un acte

OU CREVER
de sécurité-salubrité sociale, qu'on va traiter
« le mal » en envoyant un bonhomme en pri-
son pour vingt ans. L'incroyable difficulté à
punir se trouve dissoute dans la théâtralité.
Cela ne fonctionne pas mal du tout.
.
R. B. — Je ne suis pas aussi sûr que vous
que le juré se laisse séduire par cette approche
médicale. Il pense plus simplement : « Il a été
Le 1" avril 1974, nous avons créé Capables de faire naître eux-mêmes abandonné par sa mère ? Deux ans de moins. »
Ou encore : « Son père le battait ? Quatre an-
notre propre agence de Marketing et une idée directrice qui ouvre une voie nées de réclusion en moins. Il a eu une enfance
Communication. nouvelle, et qui soit la racine d'un arbre méritante ? Trois ans de moins. Il a plaqué sa
Sans capitaux. Sans aide. Sans client. solide qui portera ses fruits. femme et ses enfants ? Trois ans de plus. »
Nous l'avons fait pour prouver qu'il Quels que soient les domaines. Et ainsi de suite. Je caricature, bien sûr, mais.
est encore possible d'Entreprendre. Produits nouveaux - Repositionnement - pas tellement...
D'être libre, sur un marché ou la Politique - Urbanisme - Culture - Loisirs - J, L. -- L'expertise psychiatrique, telle que
règle du monopole pèse de plus en plus Services. je l'ai connue, se préoccupait avant tout de la
fort. Toute notre organisation permet protection de la société. Qu'est-ce qui était le
Pour prouver aussi qu'il faut quitter d'offrir cette grande efficacité. plus efficace de ce point de vue : l'internement
l'autoroute de la pensée, les formules Chacun de nous est responsable ou la prison ? La thérapeutique n'avait pas
standards, les règles de "l'Establishment". à part entière. Il est capable d'un grand grand-chose à voir là-dedans. J'ai vu le cas de
Si l'on vise à l'efficacité. réalisme commercial et d'imagination délits mineurs : sachant que l'emprisonnement
Le temps est dépassé des agences créative. serait très court, l'expert conseillait d'interner
pesantes, des publicitaires contacts-men, lise veut généraliste.
le délinquant, en recommandant même aux
autorités de tutelle de ne pas suivre l'avis d'un
des mercenaires qui vont au plus offrant, Homme de communication total. médecin-chef trop intelligent qui risquerait de
de ceux qui ont pour seule ambition de Assez souple, assez mobile, assez le remettre en liberté...
devenir les stars de la mise en page, du disponible pour vivre dans une véritable M. F. — Il existe en cette matière une cir-
texte, du plan publicitaire, du média- relation de "Partenaire" avec ses clients. culaire, qui date d'après la guerre, selon la-
planning ou du mapping. Si vous pensez que dans votre domaine il quelle le psychiatre doit répondre, en justice,
Jargon révélateur de notre époque est indispensable d'innover pour obtenir à trois questions — outre la traditionnelle
qui souhaite en imposer au client. Et qui des résultats. « Etait- il en état de démence ? ». Ces ques-
cimente le mur déjà épais des chiffres, Appelez-nous. tions sont extraordinaires si l'on y fait atten-
des sondages, des études au point Nous vous expliquerons dans le tion : « 10 L'individu est-il dangereux? 2" Est-
de boucher le passage à toute idée neuve. détail, les méthodes particulières que il accessible à la sanction pénale ? 3° Est-il cu-
Aujourd'hui, les annonceurs nous utilisons avec nos clients: Damoy - rable ou réadaptable ? » Trois questions qui
recherchent comme interlocuteurs des Airwell - Bayer - G. Pasquier - Remington - n'ont aucun sens juridique ! La loi n'a jamais
prétendu punir quelqu'un parce que « dange-
hommes de communication complets. Clément - Maeva (Club Méditerranée)... reux » mais parce que criminel. Sur le plan
Assez Mûrs et cultivés pour assumer Et les résultats qu'elles nous ont permis psychiatrique, cela n'a pas plus de signification :
eux-mêmes l'essentiel de leur métier. d'obtenir. que je sache, le « danger » n'est pas une caté-
gorie psychiatrique. Ni le concept « réadap-
table », d'ailleurs,
Nous voilà en présence d'un étrange dis-
cours mixte où la seule chose dont il soit ques-
tion est le danger pour la société. Voilà le jeu
que les psychiatres acceptent de jouer. Com-
ment est-ce possible ?
J. L. — En effet, la psychiatrie, lorsqu'elle
se plie à ce jeu, assume un double rôle : de
Michel Burtin, Laurent Gattanéo, Vincent Clergier, Alain Lavau. répression et d'adaptation. Pour ce qui concerne
la psychanalyse, les choses sont un peu diffé-
Agence Partenaire. Marketing et Communication. rentes. La psychanalyse n'a vocation ni à
11, rue du Perche. 75003 Paris. Tél. : 278.77.08. l'expertise ni à la réadaptation. La criminalité
n'est certainement pas en soi un motif de cure
analytique ; à plus forte raison si le délinquant
était adressé au psychanalyste par les autorités.
Cependant, on pourrait très bien imaginer qu'un
délinquant fasse une cure analytique en prison.
S'il exprime une demande en ce sens, il n'y a
aucune raison pour ne pas tenter d'y répondre.
Mais, en aucun cas, le traitement ne saurait
Suite page 125

120 Lundi 30 mai 1977


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE agences mariages 39 a. Cadre sup., div., ss enf.,


br., yx bi., sympath., 10 000 F
22 a. Institutrice, br., petite,
simple. Epous. M. sér., sympat. STRASBOURG -
La psychiatrie est
mens. Epous. J.F. 30 a. max.,
dist., quai. cœur. Mme DESA-
CHY, 44, Ch.-d'Antin, 75009
Mme DESACHY, 44, Ch.-d'An-
tin, 75009 Paris. 874.29.80.
A Lille (59) 27, bd Carnot.
PARIS 77
incapable de savoir si un crime Paris. 874.66.03.
35 a. Ingénieur Cons., cél.,
Tél. 51.96.99.
33 a. Br., yx verts, jolie, gem-
à la :4 marche
est une maladie

rjO
v Echaultés I
1,80 m, br., yx verts. Epous. mologue, 5 000 F mens.
J.F. célib., 30a. max. Epous. M. 42 a. max., sit.
Mme DESACHY, 44, Ch.- stable. Mme DESACHY, 44,
Suite de la page 120. d'Antin, 75009 Paris. Ch.-d'Antin, 75009 Paris. ie moites!
être une alternative de la sanction : « Si tu 874.29.80. 874.29.80. congestionnés,
27 a. Assist. vétérinaire,, cél.,
guéris bien, on te libérera plus vite... » 33 a. Elev. chevaux de course,
br., yx noirs,,tr. bel sit. Epous. br., chev. longs, tr. jolie, cuit. desséchés, engourdis,
M. F. — Certaines législations prévoient des J.F. dist., charrn. Mme DESA-
CHY, 44, Ch.-d'Antin, 75009
Mme DESACHY, 44, Ch.-
d'Antin, 75009 Paris. couverts d'ampoules,
décisions judiciaires de traitement obligatoire, Paris. 874.66.03. A Lille (59) 874.66.03. contractés, cuits,
dans le cas des drogués ou dans les tribunaux 27, bd Carnot. Tél. 51.96.99. 57-a. Propriét. terrienne, jolie, macérés,
pour enfants. 44 a. Vf, ag. techn. Air-Fr.,
agr., sér., 5 000 F mens.
dist., div.. bel. sit., ss charges.
Epous. célib., vf ou div., malodorants I
J. L. — Mais c'est aberrant ! Quand on sait Epous. célib., vve ou div., 68 a. max. Mme DESACHY,
40 a. Max. Mme DESACHY, 44, Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
la difficulté extrême qu'il y a à aborder les 44, Ch.-d'Antin„ 75009 Paris. 874.29.80.
Comme les marcheins
drogués, même quand ils acceptent de recourir 874.29.80. 28 . a. Employée Séc. soc., pour "tenir le coup"
à un traitement... 45 a. Chir.-dent., 1,80.m, cél.. célib., ét. second., petite,

R. B. — Du point de vue du juge, ce n'est


tr. bel. sit. Epous. cél. ou vve,
jolie. Mme DESACHY, 44,
mince, bl., yx bi., agr.,
Epous. M. sit. stable, 40 a. AKILEINE SP RT
pas une aberration. Cela vaut tout de même Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
874.66.03.
max. Mme DESACHY, 44,
Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
EchantIllon gratuit
mieux que de boucler de drogué dans une mai- 53 a. Pharmacien inst.,
874.66.03. contre 2 F. pour frais d'envoi
son d'arrêt pendant plusieurs mois. 1,75 m, dist., sit. confort. 30 a. Professeur, jol., dist., AKILEINE B.P. 371
Epouse J.F. br. de préfé., fémin. cél.. ét. sup. Epous. M. soigné, MONACO
J. L. — Mais, précisément à ce propos, vou- Mme D ESACHY, 44, Ch.- jusqu'à 40 a. Mme DESACHY.
loir soustraire le drogué à une éventuelle d'Antin, 75009 Paris.
874.29.80.
44, Ch.-d'Antin, 75009 Paris,.
874.29.80. A Lille (59) 27,
confrontation à la sanction pénale, c'est se pla- 40 a. Ingénieur, br., yx verts bd Carnot. Tél. 51.96.99.
cer dans les pires conditions du point de vue 1,80 m, cél., fils d'industr., 44 a. Commerçante, div., élég.,
même de la psychothérapie. La psychothérapie 12 000 F mens. + imm. Ep.
J.F. 35 a. max., dist.
soig., bel. sit. Epous. M.
sérieux, loyal. Mme DESA-
ne saurait être une alternative à la prison qu'en Mme DESACHY, 44, Ch.- CHY, 44, Ch.-d'Antin, 75009
se sabordant elle-même. d'Antin, 75009 Paris.
874.66.03.
Paris. 874.66.03.
43 a. Brune, yx bi., agr., jolie,
R. B. — Cela dit, notre justice n'a jamais 29 a. Industrielle, aff. famil., propriét. pharmacie prov., bel.
vraiment voulu jouer le jeu du traitement jus- mod., disting., 1,65 m, bel. sit. Epous. pharmacien non
mat. Mme D ESACHY, 44,
qu'au bout. sit. Epous. M. gai, équil.,
Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
J. L. — Ce n'est pas parce que le cadre
Paris. prov. Mme DESACHY,
44, Ch.-d'Antin, 75009 Paris. 874.29.80. vous remet
pénitentiaire est détestable qu'il faut le rem-
874.29.80.
22 a. Etud. Droit, célib., agré.,
30 a. Pharmacienne biolog.,
br., yx noirs, célib., 13 000 F
«sur pieds»
placer par un cadre psychiatrique non moins jolie. Epous. M. 28 à 42 a., mens. Epous. M. sér., quai.
détestable. sér., sympat, Mme DESACHY,
44, Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
coeur. Mme DESACHY, 44,
Ch.-d'Antin, 75009 Paris.
R. B. — Ce n'est pas d'un cadre psychia- 874.66.03. 874.29.80.

trique que je parle. Il ne s'agit pas de donner


au psychiatre les pleins pouvoirs. Ce que je
dis, c'est qu'on ne peut pas l'ignorer. Jusqu'à
présent, il a été utilisé essentiellement comme
alibi. Jamais à des fins curatives.
M. F. — Vous semblez considérer la psy-
chiatrie comme un système qui existerait réel-
AI
ale% os 1*
lement, comme un merveilleux instrument tout
préparé d'avance. « Ah! si enfin de vrais psy- 411 11n
chiatres venaient travailler avec nous, comme e e 41111en
ce serait bien ! » Or je crois que la psychiatrie
n'est pas capable, et qu'elle ne le sera jamais, • FAITES UN REVE...
de répondre à une pareille demande. Elle est
incapable de savoir si un crime est une mala-
die ou de transformer un délinquant en non-

délinquant. Un bien beau rêve.., posséder pour toujours
Il serait grave que la justice se lave les mains votre semaine de vacances dans un des plus beaux domaines
de ce qu'elle a à faire en se déchargeant de skiables du monde, avoir votre studio de grand luxe dans
ses responsabilités sur les psychiatres. Ou en- une résidence de haut standing avec piscine intérieure et
core que le verdict soit une sorte de décision saunas, Inter-Résidences Tignes... faire toute l'année un ski
transactionnelle entre un code archaïque et un fabuleux; et en été, tennis, excursions en montagne et dans
savoir injustifié. le Parc de la Vanoise.
Aujourd'hui, on peut acheter ses rêves!
R. B. — Il ne s'agit certes pas d'une déléga- 7.500 F une semaine en juillet pour 4 personnes. 4.500 F une semaine li i
tion de responsabilités. Mais la psychiatrie est I * en août pour 2/3 personnes.
un instrument parmi d'autres. Mal ou peu uti- Pour mieux rêver encore, demander notre documentation gratuite i
lisé jusqu'à présent en justice. le en renvoyant dès aujourd'hui ce bon à découper.
M. F. — Mais c'est sa valeur qu'il faut jus-
tement mettre en question. l'IL NOM ;,:::,..., *
R. B. — Mais, alors, faut-il exclure de la # ADRESSE
vie judiciaire toute recherche psychiatrique ? __.-............, ...7:-.-----1.
------,?--7.-r-..Œ..-:.
---
---,, - -- 1
Retourner au début du )(De siècle ? Préférer .--

t ---- É--7
. - #

l'élimination, le bagne, envoyer les condamnés
- --;

TEL. BUR. TEL. DOM .4, --.,....-.,_..=5,


le plus loin possible pour les y laisser crever
dans l'indifférence ? Ce serait une effroyable
régression.
g I 5, RUE DU HELDER -75009 PARIS - TEL 247.13.41
,,,
IMMEUBLE OUVERT
a •
'I r-
II

J. L. — La psychiatrie est de plus en plus T. '' 111

infiltrée de concepts psychanalytiques. Or la


% I
psychanalyse ne peut en aucun cas se pronon-
cer sur l'irresponsabilité d'un délinquant. Au s "Semaines-vacances à ide
contraire : l'un des postulats de la psychana-
4141111.%
lyse, c'est que les analysés doivent se retrouver
responsables, sujets de leurs actes. Se servir
au. 41„. ## Oie

REALISATION ET GESTION :INTER-RESIDENCES MANAGEMENT SA. GENÈVE SUISSE

Le Nouvel Observateur 125


LE DOCUMENT DE LA SEMAINE:
"Business minded" II a tué une
ou l'esprit d'entreprise petite vieille ? Oh, C'est un
sujet agressif! >>
Suite de la page 125. ' •
de la psychanalyse pour les e iriesponsabili,
ser », eest un renversement absurde.
. • .
M. F. — Il suffit d'écouter ces « .ei-perts
qui viennent vous analyser un. bOnhorairié:
Ils disent ce que dirait n'importe qui' dans
rue : « Vous savez, il à eu une enfanceinàllieul
reuse. Il a un caractère_difficile. .» Bien-Sûr;
tout cela est assaisonné de quelijueS' termes
techniques, qui ne devraient abuser . ,persOnne,
Or Cela fonctionne. Pourquoi? .Parce 'que tout
le monde a besoin d'un modulateur ,de
peine : le procureur,. l'avocat, le préSiderit
tribunal. Cela permet_dè faire fonctionner:le
code comme- on veut, de se 'dohner borne •
conscience. En fait, le psychiatre rie parle pas
de la. psychologie du délinquant c'est à la
liberté du juge qu'il s'adresse. Ce n'est pas de
l'inconscient du criminel mais de la. .conScience
du juge qu'il est questién. Quand Indus -publie-
rons les quelques expertises psychiatriques que
•nous avons réunies ces dernières années, ou
mesurera à quel point les rapports psyChia7
triquei constituent des tautologies : 5 11 à. tué
-

une petite vieille ? Oh, c'est un sujet agressif 1.»


Avait-on besoin d'un psychiatre pour s'en aper-
cevoir? Non. Mais le-juge avait besoin de 'ce
psychiatre pour se rassurer. .
. joue d'ailleurs_ dans les
- Cet effet modulateur
deux sens, il peut aggraver la sentence. J'ai Vu
des expertises Portant sur des sujets homo-
sexuels formulées ainsi : Ce. sont des indi-
- Business mindee. Cette expression son cadran à aiguil- vidus abjects. .» Abject », ce n'est ,tout de
qualifie, outre atlantique, l'homme les vous permet de même pas un terme technique consacré 1 Mais
qui possède l'esprit d'entreprise. voir l'heure, à tout c'était une manière de réintroduire; .sous
Aussi exigeant à propos de son moment, en un clin couvert honorable de la psychiatrie, les conno-
temps que de ses affaires. Parce que tations- de l'homosexualité dans -un procès
le temps, c'est de l'argent. son gukhet à diodes elle n'avait pas' à figurer. Tartiiffe , aitx genoux
d'Elmire lui proposant e dé l'amour sans seariL
électroluminescen- dale et du plaisir sanS--peur X>: Substituez sane-
Zénith Quartz tes (L.E.D.) vous in- tion et châtiment à plaisir et arriour, et Yg:
répond à toutes vos exigences dique, par chiffres, aurez la tartuferie psychiatrique aux pieds dtt
d'homme, responsable. les secondes ou la tribunal. Rien de mieux contre l'angoisse de
date. Quand vous le juger.
son cœur de quartz la rend aussi
précise, aussi rigoureuse qu'un con- décidez. -
R. B. — Mais c'est angoissant de juger !
L'institution judiciaire ne peut fonctionner que
trôle de gestion. Donnez lui des ordres, dans la mesure où elle libère le' juge de son
elle obéit! angoisse. Pour y parvenir; le juge doit .savoir
Par simples pressions sur un pous- au nom de quelles valeurs il cOndamiie ou ab-
soir, vous commandez : sout. Jusqu'à une période récente, tout était
-

- la mise à l'heure exacte au top- simple. Les régimes politiques changeaient. Pas
les valeurs de la société. Les juges, étaient à
seconde. l'aise. Mais, aujourd'hui, dans cette société inL:
- la mise à l'heure locale (fuseau certaine, au nom de quoi juge-t-on, en fonction •
horaire). Les aieMes tournent
- de quelles valeurs ?
toutes seules, la date se synchro- M. F. — Je crains qu'il né soit daiigereùx de
nise automatiquement. laisser les juges continuer à juger Seuls én les
- la mise à la date' aux changements libérant de leur angoisse et en leur évitant de
de mois. se demander au nom de quoi ils jugent,, et de
quel droit, qui, quels actes, et qui ils sont, eux
Intelligentg; la Zénith Quartz est qui jugent. Qu'ils s'inquiètent comme nous nous
l'expression la plus récente de l'es-
-
inquiétons d'en rencontrer parfois de si peu
prit d'entreprise de Zénith Time SA. inquiets ! La crise, de la fonction de jüstice.
"Business minded" et Zénith Quartz. vient juste de S'ouvrir. Ne la refermons Pas
Qui se ressemble s'assemble. trop vite.
Propos recueillis par
CATHERINE DAVID

ZENITH QUARTZ Composition Publications-Elysées, 91, avenue des

• au poignet du responsable. Champs-Elysées, 75008 - Paris.


Imprimerie Paul-Dupont, 12, rue du Bac-d'Asnières,
92 - Clichy.
Directeur de la publication : Claude Perdriel.
17 modèles de 1 379 F à 2 081 F. Exclusivement chez l'horloger-bijoutier. Numéro d'enregistrement à la commission paritaire
58153.
Diffusé par les N.M.P.P.

126 Lundi 30 mai 1977