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Octobre 2009

Numéro 15

Langues
et cité
L’arabe en France
L’arabe est aujourd’hui la langue la plus parlée au Proche-Orient et
en Afrique du Nord. Le voisinage immédiat de l’Europe est donc
largement arabophone. Avec quelque 200 millions de locuteurs
natifs, l’arabe compte parmi les langues numériquement les plus
importantes à l’échelle mondiale. Il est langue officielle dans une

Langues et cité Bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques


La langue arabe p. 2 vingtaine de pays. En outre, il représente un référent fondamental
dans toutes les cultures où la religion musulmane joue un rôle
Arabe maghrébin central : Afrique sahélienne et orientale, monde turc et persan,
et création artistique p. 4 Inde, Malaisie et Indonésie…
« Mais quel arabe ? », demandera-t-on, « classique ou dialectal ? ».
Pratique et transmission p. 6 En effet, l’arabe standard (ou classique, ou littéral) – qui n’est la
langue maternelle de personne – est partout assez différent de
L’arabe à l’école p. 6 l’arabe parlé. Ce dernier comprend en outre un certain nombre de
variétés ou « dialectes », entre lesquelles l’intercompréhension
Enseignement supérieur p. 8 n’est pas toujours facile.
En France l’arabe est pratiqué quotidiennement probablement par
L’arabe maghrébin plus de 3 millions de personnes (citoyens français ou résidents
à l’Inalco p. 9 étrangers), très majoritairement sous sa forme maghrébine, mais
aussi – au sein de communautés moins nombreuses – sous ses
Les ELCO p. 10 formes libanaise, égyptienne, syrienne… L’arabe littéral est
enseigné dans le secondaire et le supérieur (Inalco et universités).
Bibliographie p. 11 Il existe aussi un enseignement d’arabe maghrébin à l’Inalco
depuis le 19e siècle ; plusieurs autres « dialectes » arabes y sont
Radios p. 11 également enseignés.
Il importe au succès de l’action publique de bien connaitre la
Parutions p. 12 problématique contemporaine de l’arabe en France. Le mérite des
textes réunis dans ce numéro de Langues et cité est de donner à
voir et à comprendre l’arabe comme une réalité globale, dans sa
complexité et ses disparités, mais aussi dans le continu d’une
langue-culture à travers le temps, l’espace et la société.

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L
2 a situation sociolin- il ne suffit pas d'avoir appris proche qu'il puisse être de ses avec une pluralité de dialectes
guistique de l'arabe est l'arabe classique pour com- petits frères, et fait figure de arabes. La norme a connu une
généralement décrite prendre la langue courante. langue indépendante. Le riche certaine stabilité à travers le
en termes de diglossie  : deux Dans le même temps, les héritage culturel qui fonde le temps ; cependant, les raisons
systèmes linguistiques, l'un dit passerelles sont multiples sentiment d'appartenir à la na- d'être et les emplois d'une lan-
haut et l'autre bas, coexistent entre ces variétés, qui vivent tion arabe est indissociable de gue standard changent au fil
dans la même société, où ils en symbiose depuis au moins la langue dans laquelle il s'est des âges, et chaque époque a
remplissent des fonctions dif- un millénaire et demi. Notons exprimé depuis des siècles. reformulé la norme en fonction
férentes. Que faut-il entendre que le terme de dialecte rem- Les dialectes sont eux aussi de ses besoins. En outre, si ce
par-là  ? La question est com- plit deux fonctions : il oppose les vecteurs d'un héritage non que celle-ci prescrit est obliga-
plexe. Tentons d'esquisser les le parler d'une communauté à moins riche. Mais force est de toire, ce dont elle ne dit rien est
grandes lignes du tableau. celui d'une autre ; il oppose la constater que leur poids sym- un champ laissé libre à toutes
langue quotidienne à une ou bolique est moindre. les évolutions et variations. Au
L'arabe se présente, dans la des variété(s) réputée(s) plus cours de son histoire, l'arabe
pratique quotidienne, sous «  élevée(s)  », en particulier L'arabe classique est autant classique a, tacitement, mais
un aspect qui ne saurait sur- l'arabe littéral. une fiction qu'une réalité. À de manière incessante, em-
prendre un Allemand ou un la différence de l'allemand ou prunté aux parlers dialectaux,
Italien, mais que les Fran- C'est la langue classique qui de l'italien standard, il n'est la aux langues étrangères, et
çais ont souvent plus de mal assume à elle seule l'essence langue maternelle de personne développé sur son fonds
à concevoir  : une langue qui de la langue arabe tout en- et ne peut être acquis que par propre des ressources nou-
change presque à chaque tière  ; elle est communément l'étude et une certaine mai- velles. Ses frontières elles-
kilomètre, un continuum dans considérée comme le seul vrai trise de l'écrit  ; il n'est nulle mêmes ont fluctué.
lequel on est bien obligé de et bon arabe, l'arabe origi- part la langue de la vie quoti-

La langue arabe, u
découper, plus ou moins arbi- nel et pur, le point de repère dienne. En outre, on serait bien La force de cet idéal classique
trairement, ce qu'on nomme immuable de tous ceux qui en peine de le définir exacte- vient sans doute précisément
des dialectes, tous évidem- parlent arabe, les dialectes ment et les textes mêmes qui de ce qu'il est difficile à sai-
ment frères, mais en même passant pour des formes sont censés le graver dans le sir, essentiellement extérieur
temps distincts, parfois très abâtardies de la langue. La marbre le plus illustre n'ont à chaque locuteur, et qu'on
différents les uns des autres ; recherche scientifique a une unité linguistique que très peut donc se voir reprocher
l'intercompréhension, tantôt beau montrer qu'historique- relative  : la langue du Coran de ne pas y exceller. C'est
aisée, tantôt difficile, est tou- ment l'arabe classique n'a diffère sensiblement de celle un point de fuite que l'on vise
jours le résultat d'un effort. Le rien d'une origine, que l'unité de la poésie préislamique ou constamment sans jamais
dissemblable est la norme, le n'a pas précédé la diversité, de celle de la prose classique ; l'avoir définitivement atteint.
semblable étant l'exception et qu'elle est en fait, bien au quant à l'arabe dit « standard » Du moins officiellement, car,
ne concernant le plus souvent contraire, le résultat d'une ou «  moderne  » d'aujourd'hui, en fait, la plupart du temps,
que l'échelon local. construction, que des stan- on peut y reconnaitre, sous il n'est pas vrai qu'on s'y ef-
Au sommet de ce corps aux dards linguistiques non clas- l'apparence d'une continuité, force. Mais l'idée plane que
mille membres, un visage siques existent partout. Il n'en une ère nouvelle de la langue. l'on devrait… En tout cas, ce
symboliquement unique  : reste pas moins que cette vi- Disons que l'arabe classique pôle magnétique oriente les
l'arabe « classique », dit aussi sion des choses préside très est un standard étroitement discours et les jugements de
«  littéral  ». Est-il très éloigné généralement à la représenta- lié à un corpus de textes et valeur concernant la langue.
des arabes dialectaux  ? Oui, tion que les Arabes se font de régi par une norme imposant Au point, souvent, de masquer
en un sens. En tout cas, il ne leur langue et, partant, de leur certaines caractéristiques de les mécanismes réels des
suffit pas d'avoir un dialecte identité. Un dialecte arabe qui, vocabulaire, de morphologie stratégies linguistiques.
arabe comme langue mater- comme le maltais, récuse le et de syntaxe, et en interdi- Ce qui n'est pas fictif, en re-
nelle pour comprendre l'arabe lien symbolique qui le lie à la sant d'autres. Ce standard, vanche, c'est que dans le
classique autrement que de langue classique, cesse d'être s'est sans doute, dès les ori- monde arabe d'aujourd'hui,
manière très sommaire. Et un dialecte arabe, quelque gines, défini par différence le locuteur est fréquemment

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confronté soit à un discours de langue coexistent dans la peuvent s'entendre et que la sociales qui priment et l'on 3
produit dans un niveau de compétence des locuteurs. conversation générale pos- n'a que faire, le plus souvent,
langue étiqueté comme Tout un spectre de variétés sède le ton soutenu qui sied d'une éventuelle conformité à
« arabe classique », soit à l'exi- linguistiques, plus ou moins au propos. Chacun, bien sûr, la norme classique.
gence d'en produire un lui- large suivant les individus, se de retour chez lui, retrouvera
même. D'une part, en effet, déploie entre les deux pôles le dialecte qui est le sien et La référence à l'arabe littéral
tout discours ayant un carac- que constituent le dialectal de que ses interlocuteurs de la peut en revanche venir après
tère public ou prétendant à la vie quotidienne et l'arabe veille auraient eu sans doute coup légitimer un jugement
une certaine officialité (qu'il classique le plus soutenu. Ce quelque peine à comprendre. de valeur dont les motivations
soit religieux, politique, di- phénomène est peut-être plus sont en fait purement sociales
dactique ou médiatique) use net en Orient qu'au Maghreb ; On peut donc décrire la pra- et identitaires. Ainsi, on dit
de l'arabe littéral, dans des et historiquement, il n'est pas tique de l'arabe comme une souvent le dialecte égyptien
proportions variables. D'autre nouveau ; mais sa quasi-géné- tension entre dialecte et «  plus proche du classique  »
part, le passage à l'écrit im- ralisation n'en caractérise pas arabe classique. Mais on ne que les autres  ; ou bien ce
plique presque automatique- moins la pratique contempo- saurait s'en tenir là. Car il sont les dialectes orientaux
ment l'emploi de la langue raine de l'arabe. existe en fait d'autres pôles de qui sont considérés comme
classique. Ainsi, le journal té- Cette structuration du champ référence que l'arabe littéral. moins éloignés de l'ancêtre
lévisé comme la presse écrite linguistique correspond à des Certains dialectes connais- mythique, les parlers ma-
s'expriment en arabe littéral. distinctions entre les emplois sent en effet une diffusion et ghrébins faisant figure de
Dans des sociétés où l'école, que l'on fait de la langue, liées un prestige qui leur confèrent cousins égarés. Objective-
la télévision et l'usage de surtout aux circonstances de un statut remarquable. Le dia- ment, aucun argument lin-
l'écrit concernent désormais la prise de parole et au su- lecte du  Caire, en particulier, guistique n'autorise de tels
le plus grand nombre, la mai- jet traité. Elle permet aussi grâce au rayonnement poli- jugements. Tout au plus pour-

arabe, une et multiple Julien DUFOUR


Université de Strasbourg

trise au moins passive de ce la communication avec des tique et culturel de l'Égypte, rait-on dire que l'enseigne-
niveau de langue devient es- locuteurs natifs d'un autre à sa vaste production cinéma- ment et la pratique de l'arabe
sentielle. dialecte. Sur une chaine pan- tographique et chansonnière, standard moderne sont plus
arabe comme Aljazeera, la s'est ménagé une place cen- développés en Orient qu'en
Face à ces développements, présentatrice du journal télé- trale parmi tous les dialectes Afrique du Nord  ; encore fau-
on a pu croire que l'on allait visé s'astreint à l'arabe littéral arabes ; il est familier à tout té- drait-il préciser cette affirma-
vers une disparition progres- le plus strict  ; mais lors d'un léspectateur ; du même coup, tion.
sive des dialectes au profit débat politique ou culturel s'exprimer quelque peu à la Mais ces opinions sont te-
d'un arabe moderne interna- réunissant des intervenants mode égyptienne est un bon naces, et le dialectophone ma-
tional, largement fondé sur originaires de différents pays, moyen d'être compris partout. ghrébin peut nourrir un com-
l'arabe classique traditionnel. nul ne parle en arabe clas- Des formes «  branchées  » de plexe d'infériorité face aux
On voit aujourd'hui qu'il n'en sique à proprement parler. syro-libanais ou d'arabe du arabophones d'Orient. Surtout
est rien. Si les arabes parlés Chacun s'exprime dans une Golfe ne sont pas sans lui s'il ne maitrise pas le presti-
évoluent, se transforment, langue qui lui est propre et où faire désormais une certaine gieux arabe classique, s'il vit
selon des dynamiques qui de nombreux traits permettent concurrence. Mais, en réalité, en France, dans une société
leur sont propres, ils restent d'identifier immédiatement de tels phénomènes existent qui ne le valorise guère, et si
fondamentalement divers et le dialecte maternel de l'ora- un peu partout, au niveau na- sa langue maternelle n'est
ne se rapprochent pas de la teur  ; cependant, toutes les tional ou régional. Les villes, pas reconnue comme une lan-
langue standard. En revanche, particularités pouvant affecter en particulier, cristallisent sou- gue légitime et digne d'étude,
ils sont perméables à cette l'intercompréhension sont ef- vent des standards dialectaux aussi nécessaire que la langue
dernière, lui empruntant mas- facées et nombre d'éléments auxquels il est tentant d'avoir littérale à une maitrise raison-
sivement du vocabulaire et sont empruntés à la langue recours, aussi bien pour des née de la culture arabe •
des procédés d'expression. standard. Un consensus lin- raisons de prestige que d'in-
Surtout, on voit s'établir une guistique est instauré sur cer- telligibilité. Dans ce domaine,
situation où plusieurs niveaux tains points, si bien que tous ce sont les considérations

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S
4 i l’on observe de près la scène algérien et français, mais surtout dans la

Vitalité de l’arabe maghrébin et création culturelle française d’aujourd’hui,


on s’aperçoit que depuis une ving-
taine d’années, elle s’est transformée, fai-
sant siens de nombreux éléments (notam-
forme – rock et guitares électriques – qui
heurte les anciens de toutes origines, et
enfin dans la tenue et le comportement sur
scène, résolument rockeur, et détonnant
ment linguistiques) venus d’ailleurs et en complètement par rapport au statisme et
particulier du Maghreb. À tel point qu’en aux costumes trois pièces des chanteurs
France pour les éléments venus du nord d’avant. C’est ce dont parle Paul Moreira
de l’Afrique, il ne s’agit plus de considérer dans son ouvrage de 1987, Rock métis
que l’on se trouve « entre deux cultures » en France, où il décrit tous les groupes
ou dans des cas de « métissage » culturel, émergents qui connaitront des parcours
mais bien de se référer à un changement médiatiques différents : Carte de Séjour,
interne au sein de la culture française. Raïna Raï, Sapho, Rocking Babouches ou
Cette pluralité culturelle est particulière- Elli Medeiros. Après eux ou avec eux vont
ment flagrante dans la musique, l’humour se développer toute une série de forma-
ou le cinéma, où l’arabe maghrébin a fait tions qui utilisent l’occitan, l’arabe algé-
son entrée dans les années 80 et 90, sans rien ou l’espagnol, Les Négresses Vertes,
trop crier gare. La Mano Negra, L’Orchestre national de
Barbès, Massilia Sound System, Fabulous
De la fin de la guerre d’Algérie aux Trobadors ou Gnawa Diffusion.
années 70
Pendant cette période, la chanson de Ancrer l’arabe maghrébin en tant
l’immigration a certes toujours innové par que langue de France
rapport à la tradition maghrébine, faisant Pour mieux ancrer l’arabe maghrébin en
de la France le pays où se fabriquaient des tant que langue de France, il importe donc
genres nouveaux et des cabarets de Paris de le situer dans un cadre plus large qui
et de Marseille, des lieux de rencontre en a fait pendant longtemps une langue
et d’échange pour les artistes venus de populaire non valorisée, au même titre
pays différents. Mais elle restait desti- que d’autres en France : langues régio-
née aux réseaux communautaires, tant nales (occitan ou breton), ou langues
par sa forme que par le contenu de ses d’immigrations considérées comme non
artistique en France

textes (voir Daoudi et Miliani). Les pro- prestigieuses (espagnol ou portugais). On


ductions musicales étaient cantonnées touche là un point important qui marque
dans la distribution communautaire de un pas décisif franchi presque simultané-
Barbès ou de la rue des Rosiers à Paris ; ment par toute une série d’artistes venus
elles répondaient à une nostalgie du pays d’horizons différents, permettant de s’ap-
éloigné (pour l’immigrant) ou perdu (pour proprier des éléments d’une culture popu-
le rapatrié) et apparaissaient comme des laire et souvent ouvrière, sans pour autant
cultures parallèles, sans réelles passe- être l’objet de railleries. Qu’il s’agisse de
relles entre les différentes communau- genres musicaux venus d’ailleurs (raï, fla-
tés venues du nord de l’Afrique. C’est en menco, rumba ou chaâbi…) ou des régions
grande partie sur la scène culturelle que françaises (polyphonies corses, guitare
l’arabe maghrébin va déborder le cadre manouche…), d’instruments populaires
familial ou communautaire. (luth, derbouka, cuivres latins ou accor-
déon), de vêtements populaires (le bleu
Les années 80 : un tournant, de Chine des ouvriers algériens popu-
le rock métis en France larisé par Kateb Yacine dans les années
Au début des années 80, le groupe Carte 70, aujourd’hui arboré par Moussu T),
de Séjour fait irruption sur la scène fran- d’accents et de langues populaires (ac-
çaise en apportant un style nouveau : du cents populaires, régionaux ou immigrés
rock français chanté en arabe algérien. en français, langues régionales ou venues
C’est un des premiers exemples de mu- en France avec des migrations : corse,
Inalco – CRÉAM-LaCNAD

sique élaborée en France par des artistes algérien, espagnol, occitan ou ch’ti) ; et
Dominique CAUBET

d’origines diverses, enfants d’immigrés, enfin, progressivement les bals popu-


lyonnais et britanniques, et accessible laires qu’avaient cherché à marginaliser
d’emblée à toute une jeunesse en France. les groupes de la pop française qui ne ju-
Cela est clair dans le contenu, avec des raient que par l’anglais et la mode venue
textes utilisant les parlers jeunes, des ex- d’Angleterre ou des États-Unis.
pressions argotiques, mélangeant arabe Au-delà de la pluralité linguistique qui s’im-

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misce dans la scène musicale française, il musique maghrébine est encore classée Sur le grand écran 5
s’agit d’un véritable tournant : en intégrant dans « Orient arabe ». L’arabe maghrébin est aussi présent dans
cette dimension populaire, les groupes le cinéma français, surtout depuis des
rendent hommage à la culture de leurs pa- Victoires de la musique succès comme La vérité si je mens 1 et
rents, mais dans une musique qui leur est Après avoir été plusieurs fois nommés 2 de Thomas Gilou – 4,8 millions d’en-
propre et qui est appréciée bien au-delà dans les années 90, des artistes chan- trées en 1996 et 7,8 millions en 2001. Il
du cercle de leur communauté d’origine ; tant en arabe maghrébin ont été cou- apparait aussi dans la façon de parler de
ce qui en fait une véritable musique de ronnés par des Victoires de la musique Jamel Debbouze en 1998 dans Zonzon de
France. Ainsi, dans ces années qui sui- dans les années 1999-2001 : en 1995, Laurent Bouhnik et Le ciel, les oiseaux et
vent la victoire de la gauche et qui voient Khaled est nommé « artiste interprète de ta mère, de Djamel Bensalah, ainsi que
l’arrivée des radios libres (qui vont beau- l’année » ; en 1997, Aïcha devient « chanson dans les films de Rabah Ameur-Zaïmeche,
coup aider à la diffusion de cette nouvelle de l’année » ; en 1999, Faudel est « révé- Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ?
musique), tous ces éléments vont se glis- lation de l’année ». L’année 2000 voit le (2002), Bled Number One (2006) ou le
ser dans la montée en force de la world couronnement des Zebda qui chantent en Dernier Maquis (2009), et ceux d’Abdella-
music dans la décennie suivante. français (« meilleur groupe », « meilleure tif Kechiche : L’esquive (2004) et La Graine
chanson ») et de 113, comme « révéla- et le mulet (2007). Il apparait également,
La « world music » des années 90 tion de l’année ». En 2001, l’album Made à côté du corse, dans le nouveau film de
Les années 90 et 2000 ne feront qu’am- in Medina de Rachid Taha sera couronné Jacques Audiard, Un prophète. On pour-
plifier le mouvement amorcé dans les an- « meilleur album de musiques du monde » rait multiplier les exemples pour montrer
nées 80, rendant encore plus visible cette et Souad Massi en 2006 avec Mesk Ellil. la progression de l’empreinte de l’arabe
musique qui va se mêler à la world music maghrébin et de ses locuteurs dans le
naissante. Ceci explique que, chez les La force de l’autodérision cinéma français.
disquaires, l’Afrique côtoie les Corses, le Entre les années 2002 et 2004, c’est
Maghreb ou les Bretons. dans le domaine de l’humour que des La présence de l’arabe maghrébin dans la
Pour l’arabe maghrébin, les années 1987 à avancées significatives ont eu lieu, avec liste des langues de France dressée par le
1998 seront surtout celles de la décennie les progressions remarquables entre rapport Cerquiglini (1999) est sans doute
raï, musique qui sort des cabarets d’Oran autres de Jamel Debbouze, Gad Elmaleh un signe fort, mais il nous semble que sa
pour se transformer et influencer la mu- et Fellag qui n’ont fait que s’amplifier de- valorisation est principalement le fait de
sique mondiale grâce aux succès de Kha- puis. Ils ont tous trois en commun un très la société civile et très marginalement des
led, avec Didi en 1992, de Cheb Mami, de fort sens de l’autodérision (qui est l’hu- institutions•
Sahraoui et Fadela. Ce courant voit émer- mour des minorités), ce qui n’est pas le
ger en 1996 un artiste français, Faudel. cas de l’humour français, plutôt enclin à
C’est justement à cause de cette vogue se moquer des autres…
que le 26 septembre 1998 on assistera à Jamel Debbouze est l’acteur français le
un évènement marquant, si l’on en juge mieux payé en 2002, Gad Elmaleh connait
par la revue de presse impressionnante, des succès publics au cinéma et ses one-
qui va amener trois chanteurs d’origine man shows se jouent à guichets fermés ;
algérienne, rebaptisés pour l’occasion les il faut noter ses nombreux passages dans
« trois ténors du raï », Khaled, Rachid Taha des émissions de télévision aux heures de
et Faudel, à remplir le Palais omnisports grande écoute et les considérer comme
de Bercy pour 1, 2, 3 Soleils. Les moyens autant d’indices de popularité. Jamel
mis dans cette entreprise soulignent clai- Debbouze est devenu l’idole de toute
rement l’importance symbolique et com- une jeunesse qui reprend ses expres-
merciale accordée à l’évènement. sions, dans les banlieues comme dans ‫ارحن من عينيك‬
François Bensignor (2000) cite Domi- les centres-villes. Édouard Molinaro, qui
nique Fontaine, responsable du départe- est l’un des réalisateurs du feuilleton de ‫أنا مزاوگ فيك‬
ment Musiques du monde à la Fnac, qui Canal +, H, le compare à des grandes réfé-
explique que « les rayons musiques du rences françaises en matière de comique : ‫شوف �ف �� مر�ة‬
monde et les mentalités dans nos maga- « Jamel s’apparente à de Funès et
sins ont commencé à évoluer depuis un Serrault. C’est la suite, avec la culture ‫ول ت و�ل شي النظرة‬
an et demi : en termes d’exposition, de beur que nous avons intégrée. »
réévaluation des mètres linéaires, d’em- Fellag, lui aussi, aura connu un succès
placement dans les têtes de gondoles. Par grandissant et une vraie reconnaissance Prends pitié de moi d’un regard,
exemple, le rayon Orient arabe a représen- en recevant le premier prix Raymond Je suis épris de toi,
té 17 % des ventes musiques du monde en Devos de la langue française en mars Regarde-moi juste une fois,
1998, marquant une progression de 77 % 2003. En quelques années, la star algé- Mais pas trop longtemps.
par rapport à l’année précédente, grâce rienne est devenue un artiste incontour-
à certaines productions comme 1, 2, 3, nable de France. Chanson marocaine
Soleils. » On notera au passage que la

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Pratiques et transmission de l’arabe
maghrébin en France
Alexandrine BARONTINI
Inalco – CRÉAM-LaCNAD

Les pratiques veau familial, groupal, mais de la « mémoire familiale »1 , ponctuelle, de cette connais-
L’arabe maghrébin est ac- aussi dans divers secteurs constate que le savoir familial, sance linguistique (pour
tuellement parlé par nombre socioprofessionnels et dans plutôt que transmis consciem- communiquer avec certains
de citoyens français, qui ont les arts et spectacles (théâtre, ment par les parents, est bien membres de la famille ne par-
souvent reçu cette langue musique, cinéma, littérature). souvent acquis par les enfants. lant pas français par exemple).
en héritage de leurs parents L’arabe maghrébin a éga- Mais il va plus loin en affirmant : Il est également certain qu’une
ou grands-parents. Ces per- lement une forte influence « l’idée même de transmission valorisation extérieure au
sonnes ont des histoires et des sur les parlers des jeunes, à sens unique est en partie cadre strictement familial per-
parcours différents, à l’image quelle que soit l’origine de fausse. La transmission est met de stimuler la transmis-
des différents flux migratoires leurs parents et dans tous les toujours une relation à deux sion, via certaines pratiques
venus du nord de l’Afrique qui quartiers (Caubet 2007b et termes, autrement dit une in- sociales et la médiatisation
ont essentiellement été entrai- Melliani 2000), au niveau du teraction. » dans la sphère publique, à
nés par la colonisation. Ainsi, vocabulaire, de la syntaxe, de Face à un phénomène aussi l’image du travail de certains
on la retrouve chez des tra- la prononciation ou de l’into- complexe, il n’est pas pos- artistes ou acteurs de la socié-
vailleurs immigrés, mais aussi nation. sible d’énumérer de manière té civile, qui mettent en avant
chez les Juifs nord africains, exhaustive ce qui favorise ou l’arabe maghrébin et le ber-
des Harkis et des Pieds-noirs, La transmission défavorise la transmission. On bère à propos de la question de
ainsi que leurs descendants. La transmission de l’arabe ma- relève de nombreux facteurs l’héritage culturel de l’immigra-
Comme le souligne D. Caubet, ghrébin en France se passe potentiellement favorables qui tion maghrébine ; un héritage
les apports culturels et linguis- essentiellement en contexte se combinent différemment qui n’a sa place et n’acquiert
tiques ont abouti à une mo- familial ou du moins non ins- pour chaque personne (voir son importance qu’en tant que
dification interne à la culture titutionnel, puisque cette lan- notamment Barontini & Cau- patrimoine commun à toute la
française, bien loin des clichés gue n’est enseignée que dans bet 2008). Cependant, on peut France •
faisant état d’une double le supérieur et dans quelques en citer deux qui apparaissent
culture, d’une juxtaposition associations. La transmission régulièrement comme déter- 1
Son travail aboutit à une remise en ques-
tion de cette notion de « mémoire familiale ».
ou d’un entre-deux (Caubet est un phénomène dyna- minants : l’absence de stig-
2007a). mique et interactionnel. David matisation et l’accompagne-
Les pratiques de l’arabe ma- Lepoutre (2005), dans son tra- ment dans l’apprentissage par
ghrébin se retrouvent au ni- vail autour de la transmission l’entourage, et l’utilité, même

L’ENSEIGNEMENT DE L’ARABE
DANS L’INSTITUTION SCOLAIRE
FRANÇAISE
Bruno LEVALLOIS
Inspecteur général de l’Éducation nationale

L
es programmes des lan- gue enseignée prioritairement riétés spécifiques. Cet ensei- font une large place aux varié-
gues vivantes de l’école est celle de la communica- gnement s’inscrit résolument tés dialectales dans les pro-
primaire, du collège tion commune à l'ensemble dans la perspective très large- grammes proposés et qu’une
et du lycée (voies générale du monde arabe. Il s'agit de ment admise dans la commu- épreuve orale de l’agrégation
et professionnelle) incluent l'arabe littéral (dit aussi stan- nauté scientifique de langue y est consacrée.
l’arabe. L’ensemble de ces dard ou classique), lié essen- globale, impliquant les no-
programmes prend largement tiellement à l’écrit. Mais une tions de variation et de conti- L’enseignement de l’arabe
en compte la réalité diglos- place importante est faite à nuum linguistique. Notons que dispose en France d’atouts
sique de cette langue. La lan- la langue parlée dans ses va- les concours de recrutement importants :

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> un capital linguistique et cadre ordinaire de sa politique Cet état de fait nourrit une L’arabe est enseigné en LV1 7
culturel concernant une vaste éducative, à visée universa- méfiance vis-à-vis de l’offre, (1re langue vivante), LV2, ou
et importante  région du liste, et non de le confiner à un quand elle existe, et contribue LV3, de la 6e aux classes post-
monde avec laquelle la France traitement communautaire ; au repliement communau- bac. C’est en LV3 (débutée
entretient des rapports étroits > l’intérêt du public : l’univer- taire. La demande se reporte au lycée) que les effectifs
et anciens, sur les plans sité reçoit de nombreux ara- alors sur des associations, d’élèves sont les plus nom-
économique, technologique, bisants. Les activités cultu- souvent confessionnelles, où breux, et c’est là qu’on trouve
culturel et politique. Le projet relles, notamment autour de la langue et la culture sont le plus d’élèves n’ayant pas
d’Union pour la Méditerranée l’IMA, ont un succès impor- mises au service d’enferme- d’attache familiale avec les
s’inscrit dans cette réalité ; tant. Le livre concernant le ments identitaires, de réinter- pays arabes. C’est également
> la présence d’une popula- monde arabe a une diffusion prétations abusives, et où leur la troisième langue présen-
tion issue de l’immigration et remarquée et tout particuliè- puissante visée universaliste, tée en LV1 aux concours des
de cette histoire partagée, qui rement la littérature traduite intellectuelle et critique est grandes écoles d’ingénieurs
souhaite s’intégrer à la com- en français. hermétiquement occultée. Il et commerciales, après l’an-
munauté nationale sans avoir y a là un enjeu de première glais et l’allemand. Environ
à se mutiler d’une part vivante Or, malgré cela, la position importance dans la politique 700 élèves l’étudient en
et essentielle d’elle-même, de l’arabe dans le secondaire d’intégration scolaire et no- classes préparatoires aux
et qui a vocation à être un est menacée. Il se heurte à tamment dans les dispositifs grandes écoles. Il y a là une
acteur de premier plan dans de nombreux obstacles. Les d’éducation prioritaire, où l’on carte importante dans la po-
nos relations avec ces pays. uns tiennent aux difficultés peut s’étonner qu’il ne soit litique de coopération et de
Sa compétence ne demande de gestion qui jouent contre pas pris en compte. En effet, rayonnement économique et
qu’à être valorisée et dévelop- les disciplines optionnelles au-delà des enjeux connus culturel de la France.
pée (Berque 1985 , Legendre qui n’ont pas atteint la masse (économiques, stratégiques,
2003-2004) ; critique. Les gestionnaires culturels, liés à l’influence L’arabe est largement ensei-
> la place brillante qu’occu- sont naturellement amenés à de la France dans la zone gné dans le réseau des éta-
pent les études arabes depuis privilégier les grandes langues concernée et au développe- blissements de l’AEFE (envi-
plusieurs siècles dans notre présentes partout et à tous ment de la francophonie), il ron 15  000 élèves) et de la
espace culturel et universi- les échelons de l’institution. s’agit aussi de l’intégration Mission laïque (environ 13 000
taire. La France dispose d’un L’arabe a de plus à surmonter professionnelle et culturelle élèves), notamment au Ma-
potentiel de formation et de des handicaps spécifiques. des enfants issus de l’immi- roc, en Tunisie et au Liban.
recherche, d’un capital d’en- La construction de l’Europe gration, et de la construction Au Maroc, les sections inter-
seignants et de spécialistes a pour effet de privilé- de leur citoyenneté assumant nationales franco-marocaines
de ce domaine, exceptionnel gier très fortement l’ap- la relation privilégiée qu’ils concernent des effectifs im-
par sa densité et sa qualité, prentissage des plus entretiennent avec le pays de portants et produisent des
envié par nos partenaires eu- grandes langues euro- leur famille. résultats particulièrement
ropéens et américains, recon- péennes. Nombre de res- Les effectifs d’élèves sont brillants. Cet enseignement
nu dans le monde arabe. ponsables académiques, de stabilisés, depuis 2002, aux contribue au rayonnement de
Dans le secondaire, son en- chefs d’établissements, crai- alentours de 8 700 élèves (se- notre pays et à la formation
seignement est de création gnent que l’enseignement de cond degré et post-bac, pu- d’élites bilingues et bicultu-
ancienne. Le centenaire de l’arabe ne relègue les élèves blic et privé, y compris Cned3 relles.
l’agrégation a été célébré issus de l’immigration dans et DOM-TOM) après plusieurs Deux sections internationales
par un colloque international une situation d’exclusion ou années de progression ré- franco-marocaines ont été
en novembre  2006 en Sor- de communautarisme et que gulière, ce qui représente mises en place depuis la ren-
bonne et à l’Institut du monde les établissements qui le pro- environ 0,17  % par rapport à trée 2000, l’une à Paris (lycée
arabe (IMA). Il dispose d’un posent en soient stigmatisés, l’ensemble des langues ensei- Balzac), l’autre à Grenoble (ly-
corps d’inspection constitué alors qu’au contraire il offre à gnées. Le nombre d’établis- cée Europole). D’autres sec-
de trois IA1-IPR2 et d’un ins- ces élèves, comme à tous les sements concernés, après un tions sont envisagées.
pecteur général. De grandes autres, l’accès à une langue de accroissement modeste mais Dans le dispositif ELCO (voir
avancées en didactique de promotion, de portée univer- continu jusqu’en 2004, dimi- article p.  10) qui concerne
l’arabe langue étrangère ont selle, une mise à distance ré- nue depuis 2005  : 239 cette aussi d’autres langues, les
été accomplies, qui ont donné flexive, et donc d’apaisement. année (259 en 2005-2006) effectifs d’élèves arabisants
lieu à la production de sup- Ces élèves, leurs familles, répartis en 105 collèges, sont très majoritaires (environ
ports pédagogiques de très ont l’impression que cet 127 lycées, 7 lycées profes- 50 000) •
grande qualité. enseignement n’est pas vrai- sionnels. Le nombre d’ensei-
Cette position permet à la ment le bienvenu dans l’insti- gnants diminue également  : Inspecteur d’académie
1

Inspecteur pédagogique régional.


2

France, contrairement à tous tution, qu’il y est marginalisé, 203 cette année (236 en Centre national d’enseignement à distance.
3

ses partenaires européens, concédé. 2005-2006), dont 49 agrégés,


de prendre en compte cette 131 certifiés, 9 professeurs de
langue et ses cultures dans le lycée professionnel.

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8
Les études arabes dans
l’enseignement supérieur
Luc DEHEUVELS
Inalco

I
ssu d’une tradition séculaire depuis la L’implantation dans le cadre des filières de plus), la plupart des étudiants sont déjà
création de la première chaire d’arabe LEA est pour plusieurs sites universitaires diplômés, ou inscrits en double cursus, ou
en 1530 par François Ier dans ce qui de- - Clermont-Ferrand II, Grenoble III, Mont- encore déjà entrés dans la vie profession-
viendra le Collège de France, l’enseigne- pellier III - l’élément moteur qui a permis nelle  ; ces caractéristiques se retrouvent
ment de la langue arabe est aujourd’hui de dynamiser l’enseignement de l’arabe. dans l’ensemble des filières de langues
assuré dans plus de vingt universités Enfin, dans un certain nombre d’établis- orientales.
françaises ainsi que dans la plupart des sements (Avignon, Le  Havre, Nice, Pa- La maitrise de la langue arabe est un atout
grandes écoles et dans plusieurs instituts ris I, Paris X, Tours, Poitiers, Amiens entre d’autant plus grand qu’elle s’adosse à une
et grands établissements, à l’instar de autres), une offre limitée est proposée, autre formation. Les débouchés vont de
l’Institut national des langues et civilisa- sous forme d’initiation. l’enseignement et de la recherche à la
tions orientales (Langues O’). diplomatie, aux ONG, au journalisme, aux
Plusieurs caractéristiques sont à noter. métiers de l’international, du tourisme, de
Tant du point de vue de l’ancienneté que de D’une part, l’enseignement de la langue l’ingénierie multilingue, de l’interprétariat
l’importance des effectifs et de l’ampleur arabe n’est pas dissocié de celui de la et de la traduction, du commerce et de
des formations proposées, trois pôles culture, la compétence linguistique ne l’édition, de la défense, de l’OFPRA, du
géographiques - Paris, Lyon et Aix-en-Pro- s’entendant pas sans une approche très CICR, etc.
vence - se sont affirmés historiquement et approfondie de la civilisation arabo-isla- Le nombre d’inscrits aux diplômes natio-
proposent des cursus complets  ; le pôle mique dans ses différents aspects, avec naux d’arabe (LMD) est d’environ 5  000,
parisien comprend l’Inalco (Langues O’) un horizon temporel d’un millénaire et l’effectif se maintenant globalement
qui a les plus gros effectifs, les univer- demi. D’autre part, si la base de l’ensei- dans un contexte général de tassement
sités de Paris  III, Paris  IV et Paris  VIII ; à gnement est l’arabe littéral, l’accent est constaté dans l’ensemble des filières uni-
Lyon, deux fortes implantations existent mis également dans les cursus, sur l’ac- versitaires. Il faut y ajouter 1 500 à 2 000
(Lyon II et Lyon III), et à Aix, l’université de quisition d’une compétence active dans étudiants inscrits à des diplômes univer-
Provence (Aix-Marseille I) propose une for- les différents registres de l’arabe, condi- sitaires d’arabe (notamment les diplômes
mation d’importance. À côté de ces pôles tionnée par l’apprentissage d’un dialecte. d’initiation dont il a été question ci-des-
historiques, de grands centres existent en À l’Inalco, des formations diplômantes sus). Dans l’enseignement supérieur, la
région à Bordeaux et Strasbourg, à un cer- spécifiques d’arabe dialectal sont même proportion d’étudiants inscrits en LLCE
tain degré Toulouse et Lille. Durant les dix proposées, en égyptien, syro-libanais, ma- et en LEA arabe pouvait ainsi être évaluée
dernières années, des formations d’arabe rocain, tunisien, algérien, cependant que en 2004 à 3,5 %, ce qui plaçait l’arabe en
se sont fortement développées et structu- des formations limitées en iraqien, hassa- 5e position, juste après l’italien (6 %).
rées, à Rennes et Nantes. Une évolution niyya de Mauritanie et en langue maltaise Ces chiffres et pourcentages restent mo-
analogue est perceptible à Nancy. Ces sont assurées. Pour des raisons histo- destes. Ils font cependant de la France le
centres proposent des formations com- riques touchant au passé de notre pays, seul pays du monde occidental à ensei-
plètes, allant du niveau débutant en arabe les dialectes de la Péninsule arabe, malgré gner l’arabe et sa civilisation, de l’école
jusqu’au Master, en langues, littératures l’importance économique et stratégique primaire à l’université, avec une offre
et cultures étrangères (LLCE), et souvent de cette région aujourd’hui, ne sont à ce large, poussée, très attractive au niveau
aussi en langues étrangères appliquées jour nulle part enseignés au niveau univer- européen et international •
(LEA) ; ils assurent également des forma- sitaire en France.
tions de niveau doctoral. Par ailleurs, des
accords interuniversitaires ont permis à ce La formation à la licence impose en gé-
jour la mise en place de trois préparations néral de rajouter, pour la plupart des
aux concours du CAPES et de l’agrégation étudiants, qui n’ont pas suivi un ensei-
d’arabe à Paris, Lyon et Aix. L’Inalco as- gnement d’arabe dans le secondaire, une
sure en outre une préparation au concours année préparatoire sanctionnée par un di-
des cadres d’Orient du ministère des Af- plôme d’université.
faires étrangères et européennes. L’âge moyen de l’étudiant commençant
Dans certains cas, au Havre et à Nice no- l’étude de la langue arabe est relativement
tamment, la structuration a permis aux élevé, autour de 25 ans ; la proportion de
établissements de proposer des diplômes primo-entrants sortant du baccalauréat
propres en langue et civilisation arabe. est très faible (de l’ordre de 10 % tout au

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L’ARABE MAGHRéBIN à L’INALCO : 9

enseignement et recherche
Dominique CAUBET
Inalco – CRÉAM-LaCNAD

L
’arabe est enseigné à l’École des lan- été fait depuis Ibn Khaldoun au 14e siècle. lement d’enseignements complémen-
gues orientales depuis sa création Pour l’arabe maghrébin, on citera William et taires dans le cadre de licences d’arabe
le 10 germinal an III (30 mars 1795) Philippe Marçais et Georges Colin. littéral. Sur un peu moins de vingt
sous la Convention par un décret-loi dont universités où l’arabe est enseigné, deux of-
l’article 2 disposait : « L'École des langues Un objet digne de recherche frent un DU (diplôme d’université) d’arabe
orientales sera composée d'un professeur Leur héritage se perpétue aujourd’hui maghrébin  ; d’autres ont des initiations à
d'arabe littéraire et vulgaire1, d'un profes- grâce à l’enseignement d’un ancien élève l’arabe maghrébin ou oriental (Aix, Rennes
seur pour le turc […], d'un professeur de de l’école, mais qui n’y a pas enseigné, en particulier).
persan et de malais. » David Cohen. Tour à tour chercheur au
CNRS, puis Professeur à Paris III et à La question du baccalauréat
Les Philologues l’EHESS, il a donné à la dialectologie arabe En 1999, le rapport Cerquiglini classe
La chaire d’arabe littéraire et vulgaire est ses lettres de noblesse en dirigeant de l’arabe maghrébin parmi les «  langues de
occupée par Silvestre de Sacy, qui s’inté- nombreuses thèses à partir des années 70, France  », mais l’Éducation nationale an-
resse essentiellement à l’arabe littéraire. dont beaucoup portaient sur des descrip- nonce la même année la suppression de
Mais «  heureusement, en 1798, l’expédi- tions de parlers arabes. Avant lui, la dia- l’épreuve facultative d’arabe « dialectal » au
tion d’Égypte vient obliger les arabisants lectologie arabe était considérée comme baccalauréat. Cette épreuve, orale jusqu’en
français à découvrir […] l’intérêt – au moins un genre mineur face aux études portant 1994, qui avait le grand mérite de recon-
pratique – de l’arabe dialectal.  » (Colin sur l’arabe classique  ; lui-même, qui a ré- naitre des savoirs acquis en dehors de
1948). En 1803, le Premier Consul nomma digé dans les années 50 une étude sur le l’école, était passée à l’écrit en 1995 avec
professeur-adjoint à l'École, l’Égyptien Dom parler des Juifs de Tunis, n’a pas envisagé 27 autres langues «  ne faisant pas l’objet
Raphaël de Monachis, avec mission de que cela puisse être le sujet de sa thèse. d’un enseignement  », et avait été confiée
« donner des leçons publiques d'arabe vul- Son apport, en liaison avec le développe- à l’Inalco. L’arabe «  dialectal  » réunissait
gaire ». Cette nomination fut très mal vécue ment de la linguistique, a permis de donner 10  111 candidats en 1999, soit 78  % des
par Silvestre de Sacy, mais Dom Raphaël un statut à part entière à ces études. Il a 28 langues, et 2  % des candidats au bac-
resta en poste jusqu’en 1816. Pendant tout créé une équipe au CNRS en 1975 qui a calauréat. Sans doute victime de son suc-
le 19e  siècle, l’enseignement de l’arabe permis de former de nombreux chercheurs cès et de sa popularité grandissante2, face
« vulgaire » porta d’abord sur l’arabe orien- aujourd’hui en poste dans les universités à l’arabe littéral qui ne comptait que 1772
tal (Bocthor, Caussin de Perceval), puis ma- françaises ou des pays arabes et au CNRS. candidats (et 895 à l’épreuve facultative),
ghrébin avec de Slane, nommé pour ensei- après deux ans de lutte pour son rétablis-
gner théoriquement l'arabe algérien, mais À la fin des années  90, une équipe d’ac- sement, l’arabe dialectal est définitivement
en fait surtout l’arabe littéral. Cherbonneau cueil est constituée à l’Inalco en lien avec le rayé de la liste des langues possibles en
lui succède (1878-1882), puis Houdas, le berbère, portant spécifiquement sur le Ma- 2001 par le ministère de l’Éducation natio-
dernier titulaire de la chaire d’arabe vulgaire ghreb, le CERBAM (Centre d’étude et de re- nale.3
jusqu’en 1916. En 1909, un enseignement cherche sur le berbère et l’arabe maghrébin
d’arabe oriental est créé avec A. Bathélémy 1998), puis le CRÉAM (Centre de recherche Nouvelles perspectives
et William Marçais, assure le premier cours et d’études d’arabe maghrébin 2002) qui au Maghreb
d’arabe maghrébin à partir de 1916. depuis 2006, fait partie d’une équipe plus On nous permettra de déplorer cette sup-
grande, LaCNAD (Langues et civilisations pression, car c’est justement l’époque où
Linguistes et dialectologues du nord de l’Afrique et de la diaspora). se fait jour un mouvement de société, sur-
C’est véritablement à partir du 20e  siècle tout au Maroc, qui met en avant l’arabe ma-
que les enseignants sont à la fois des lin- Diplômes nationaux rocain comme un élément clef dans la défi-
guistes et des dialectologues, et qu’ils L’Inalco, en tant que Grand Institut, délivrait nition de l’identité nationale ; le moment où
parlent ces langues. Ils ont réalisé des ana- des diplômes-maison ou DULCO. À partir ces langues sans statut officiel passent à
lyses novatrices sur le lien entre arabisa- de 1993, il a pu délivrer des diplômes natio- l’écrit sur internet, où elles élargissent leur
tion et mouvements de population et posé naux : licence et maitrise d’arabe maghré- portée, touchant la presse écrite, la radio et
les bases de la dialectologie arabe, dans bin. la télévision, et deviennent synonymes de
un domaine où pas grand-chose n’avait modernité et de mondialisation •
Dans les autres universités françaises
1
Le terme d’arabe « vulgaire » est calqué sur l’appellation la dialectologie arabe en tant que telle 2
On était passé de 7 000 à 11 000 candidats à l’écrit
« latin vulgaire » (vulgaris, c’est-à-dire « populaire »), forme de entre 1995 et 1999.
latin vernaculaire que l’on appelle aussi le « bas latin » ou n’est que rarement sanctionnée par des 3
BOEN du 1er février 2001.
« latin tardif ».
diplômes spécifiques. Il s’agit généra-

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10
La question objectifs visaient in fine à relever une sorte
de défi : comment faire pour qu’à travers
cet enseignement auquel tout élève qui le
moment crucial de leur développement
langagier (Rezzoug et al. 2007, p. 62).
Ces principes ne peuvent, selon nous,

des ELCO souhaite devrait avoir droit, cet élève ne


soit pas stigmatisé et en retire des avan-
tages ? Comment valoriser ses ressources
trouver leur application que dans la mise
en œuvre d’une politique de relation entre
les langues et leurs locuteurs, telle qu’elle
Jacqueline BILLIEZ acquises en dehors de l’école et lui per- est prônée et déployée dans des activi-
LIDILEM, université Stendhal Grenoble III mettre de les développer afin que se main- tés de type éveil à la pluralité linguistique
tiennent les liens avec les locuteurs des (Candelier 2003), qui, sous des formes

A
vant que s’initialise puis se géné- pays d’origine de ses parents ou grands- très diverses, doivent être menées avec
ralise à l’école primaire l’enseigne- parents ? Comment le faire avancer sur le l’ensemble des élèves de la classe. Ce
ment des langues vivantes étran- chemin du plurilinguisme ? n’est qu’à cette condition qu’on peut envi-
gères (LVE), il y était proposé celui de sager d’aménager, de façon intégrée, des
quelques « langues et cultures d’origine » La marginalisation des ELCO d’arabe a modalités d’enseignement des langues
(LCO), langues officielles de pays d’émi- été encore renforcée lors de la générali- et des cultures (sans les désigner d’« ori-
gration à destination quasiment exclusive sation de l’enseignement des LVE à l’école gine ») pour que s’établisse la plus grande
des élèves descendants de leurs ressortis- primaire, période à laquelle les effectifs parité possible entre elles, comme les
sants. Relevant d’accords bilatéraux, ces d’élèves inscrits ont commencé à sé- enseignements bilangues (anglais/arabe,
enseignements sont financés par les pays vèrement baisser. Des signes avant-cou- par exemple) se poursuivant en collège ou
d’origine et dispensés par des maitres mis reurs indiquaient que le dispositif ELCO préparant l’entrée dans les sections inter-
à disposition par ces pays. Leur finalité a en cours différés plutôt qu’intégrés sur le nationales.
évolué de la volonté de préparer le retour temps scolaire avait la préférence des fa- Sans le support d’activités visant à légiti-
au pays d’origine vers la simple idée de milles et des enseignants (afin d’éviter la mer, aux yeux de tous, les langues (dites
maintenir des liens avec celui-ci. concurrence avec d’autres activités plus d’origine) et leurs variations, sous toutes
Les ELCO (enseignement des langues et attractives). leurs formes, à l’oral et à l’écrit, en les
cultures d’origine) ont peu à peu concerné Les résultats des travaux que nous avons faisant côtoyer d’autres langues à sta-
huit langues qui L’arabe en toutes
n’ont pas Franceconnu réalisés (Lidil 1989) nous ont conduits à tut valorisé (comme l’anglais, le chinois
les mêmes évolutions ou avatars. L’ELCO rejoindre des propositions qui visaient la
d’arabe a posé d’emblée et pose encore promotion et la diversification des langues

ou le japonais), aucune des finalités que
nous avons mentionnées ne pourra être
plus de problèmesL’arabe
 en France
que celui d’autres lan- dans les systèmes éducatifs, et, ce, dès atteinte•
gues, comme l’espagnol, l’italien ou le por- l’école primaire. Aux fondements de la ré-
tugais, qui sontL'arabe
à peu près estentrées
la langue la plus
dans le parlée
flexion au Proche-Orient
qui nous et enau
a animés se trouvent Afrique 
dispositif LVE oùdu Nord
elles se trouvent certes moins deux principes :


en forte concurrence avec l’anglais. > proposer des activités à l’ensemble des
L’ELCO d’arabe, L'arabe est la langue la plus
qui représente à lui seul parlée
élèves d’uneauclasse,
Proche-Orient
visant, entreetautres,
en Afrique
du Nord
plus de la moitié de l’ensemble – compte à contrer les effets de la dévalorisation

tenu des 5 à 6 millions de personnes origi- des langues d’origine (non limitées aux
naires du MaghrebIl est(Castel
langue officielle
2007) –, a sus- dans 
une vingtaine
langues denotamment,
officielles) et, pays la dis-
cité, au fil de son développement et mal- qualification de leurs locuteurs ;
 
gré ses réorientations successives (vers > reconnaitre et valoriser les compétences
une approche plus maghrébine), toute une acquises des élèves descendants de mi-
Il est langue officielle dans une vingtaine de pays
série de questions, liées entre autres à grants, compétences forcément partielles, 
Quelques vers (te conviennent-ils ?) 
son statut de langue minorisée, auquel se car appropriées seulement à certains
surajoute – dans le contexte de la France contextes de socialisation langagière, afin
‫ﺗ‬
métropolitaine – une forte charge idéolo- de soutenir le bilinguisme en devenir à ce
gique. La situation diglossique des pays
maghrébins avec (Elle
unenous
Quelques reproche
vers
composante d’être peu nombreux
(teimpor-
conviennent-ils ?) ; je lui ai répondu que les hommes vraiment
généreux sont rares) (vers préislamique célèbre, d’al-Samaw’al si je ne dis pas de bêtise –je
tante de la population migrante berbéro-
phone représente peux vérifier
aussi si nécessaire.
une difficulté non La suite est : ‫ﺗ‬
(Elle nous reproche
résolue dans le cadre du dispositif. d’être peu nombreux ; je lui ai répondu que les hommes vraiment

généreux sont rares) (vers préislamique célèbre, d’al-Samaw’al si je ne dis pas de bêtise –je
Que peut biensifaire
peuxcommandités
Les divers rapports vérifier que nous
nécessaire.
comme Lasoyons
suite esten:petit nombre, quand un hôte est chez nous chéri, alors
qu’il est méprisé chez ceux Elle
qui nous
sont reproche
nombreux.
les travaux des chercheurs en sociolin-
guistique et didactique des langues, qui 
d’être peu nombreux ; je lui ai répondu que les hommes
vraiment généreux sont rares.
ont fait porter Autre
leurs versbien
Que regards
peut :sur les
faire que nous
ELCO, Quesoyons enfaire
peut bien petitquenombre, quand
nous soyons un hôte
en petit est quand
nombre, chez un
nous
hôtechéri, alors
est chez
principalementqu’il est méprisé chez ceux qui sont nombreux.
d’arabe, ont tour à tour nous chéri, alors qu’il est méprisé chez ceux qui sont nombreux ?
pointé une quantité de difficultés pour
déboucher surAutre vers : dont les
des propositions ‫ﻮ‬‫ﻀﻮ‬‫ﺗ‬ Al-Samaw‘al
La vallée de Na’man s’emplit d’un effluve de musc quand Zaynab s’y promène entourée de
ses servantes parfumées
exemple
(Je ne sais pas de qui c’est, c’est un ‫ﻮ‬‫ﻀﻮ‬‫ﺗ‬
de grammaire…)
La vallée de Na’man s’emplit d’un effluve de musc quand Zaynab s’y promène entourée de
909362_langues_cite_15.indd
ses
10
servantes parfumées ‫ﻮ‬
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2004, n° 63 (en particulier : « langues de l'immigration, langues de l'intégration : le cas de l'arabe », pp. 59-64.).
> Lepoutre David (avec Cannoodt Isabelle) 2005, Souvenirs de familles immigrées. Odile Jacob, Paris.
> Melliani Fabienne 2000, La langue du quartier, Appropriation de l’espace et identités urbaines chez les jeunes issus de l’immigration maghrébine en
banlieue rouennaise. L’Harmattan, Paris.
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parentale marocaine », Cahiers de l’Observatoire des pratiques linguistiques, n° 2, pp. 80-86.

RADIOs
En France, plusieurs radios, locales ou nationales, diffusent des émissions en arabe (maghrébin souvent, mais aussi en arabe littéral) :
> Radio Gazelle, Marseille, 98 MHz, émet en plusieurs langues dont l’arabe et le berbère
http://www.radiogazelle.net/index.htm,
> Radio Orient (*), émet en arabe (littéral, maghrébin, oriental) et en français (35 % du temps d’antenne). Cette radio, créée en France en 1982
est aujourd’hui diffusée non seulement en France, mais aussi dans tout le Monde Arabe, http://www.radioorient.com/index.php
> Pastel FM, Lille, 99,4 MHz, émissions en arabe et en berbère.
> Radio Soleil (*), émet en arabe et en français, http://www.radio-soleil.com/
> Beur FM (*), émet principalement en français, mais aussi en arabe et en berbère, http://www.beurfm.net/
> France Maghreb (*) http://www.francemaghreb.com/index.php3
­> Radio Canut, Lyon, 101,5 MHz, émet en plusieurs langues dont l’arabe et le berbère, http://radio.canut.free.fr/
> Radio Galère, Marseille, 88,4 MHz, émet en plusieurs langues dont l’arabe et le berbère, http://radio.galere.free.fr/
(*) Pour les fréquences dans les différentes villes, consulter : http://www.bric-a-brac.org/radio/villes

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PARUTIONS
Claudine Fréchet (dir.) 2009, Langues et James Archibald & Stéphanie Galligani Claude Gruaz (éd.) 2009, Le x final (Études
cultures de France et d’ailleurs. Hommage à Jean (dirs.) 2009, Langue(s) et immigration(s) : société, pour une rationalisation de l’orthographe
Baptiste Martin, PUL, Lyon, 540 p. école, travail, L’Harmattan, Paris. française, deuxième fascicule), Collection «  Le
Ce recueil d’articles de linguistique et d’anthropo- Ce recueil de contributions de chercheurs français débat orthographique  », Éditions Lambert Lucas,
logie culturelle est un éloge de la variation, dans le et québécois est le fruit de rencontres scientifiques Limoges.
temps, mais aussi dans l’espace. La majorité des organisés en janvier 2008. Les nouvelles orientations
contributions porte sur le francoprovençal, l’occi- sociopolitiques en matière d’intégration des immi- Pèire Godolin 2009, Œuvres complètes, édi-
tan et le français régional. Par ailleurs les pratiques grants renforcent le rôle déterminant de la « maitrise » tion commentée et traduction intégrale par Pierre
culturelles, plus particulièrement de l’aire rhônal- du français. La langue y est présentée comme un ins- Escudé, Privat, Toulouse, 416 p.
pine, mais aussi de l’ensemble du domaine galloro- trument de la cohésion sociale, mais elle peut aussi Godolin (Goudouli) est le plus important des poètes
man, ou encore germanique, africain et même amé- devenir un facteur de discrimination qui prend racine toulousains et occitans à une époque où Toulouse,
ricain, permettent d’éclairer le propos. dans les différences culturelles et linguistiques entre capitale du Languedoc est la «  seconde ville du
les groupes migrants et les milieux d’accueil. premier royaume d’Europe  ». Des années 1600
Hervé Adami 2009, La formation linguistique jusqu’à sa mort en 1649, de la fin de l’humanisme
des migrants, CLE International, Paris. Philippe Olivier 2009, Dictionnaire d’ancien au début de la provincialisation, Pèire Godolin
Ce livre aborde la formation linguistique des mi- occitan auvergnat, Max Niemeyer Verlag, Tübingen. ne cesse de chanter et de représenter l’image
grants sous ses aspects institutionnels, sociaux et Ce dictionnaire d’ancien occitan auvergnat a été rédi- complexe et multiple d’une société toulousaine,
bien sûr linguistiques et didactiques. Il se propose gé à partir des documents originaux émis par des ad- occitane, française, en pleine mutation. Cette édition
d’apporter des éclairages théoriques et pratiques ministrations consulaires, seigneuriales ou religieuses veut donner à un large public les œuvres complètes de
sur un domaine encore largement méconnu. Il pendant la période 1340-1540. Il contient environ Godolin dans une graphie stabilisée, accom-
s’interroge sur des notions telles que culture, inté- 7 000 entrées et 12 000 définitions concernant prin- pagnée pour la première fois d’une traduction
gration ou littératie, tout en proposant des pistes cipalement des domaines juridiques, commerciaux, poétique •
pour l’intervention didactique et, notamment, pour artisanaux et militaires. Tous les termes sont illustrés
l’alphabétisation. par des exemples.

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Délégation générale à la langue le bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques,
française et aux langues de France merci de bien vouloir nous adresser les informations suivantes sur papier libre
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Ce bulletin applique Directeur de publication : Xavier North Délégation générale à la langue française et
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les rectifications de l’observatoire : Pierre Encrevé Observatoire des pratiques linguistiques
de l’orthographe, proposées Rédacteurs en chef : Olivier Baude, Jean Sibille Ministère de la Culture et de la Communication
Coordination : Dominique Bard-Cavelier 6 rue des Pyramides, 75001 Paris
par le Conseil supérieur
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de la langue française (1990), Conception graphique : Doc Levin/ télécopie : 01 40 15 36 76
et approuvées par l’Académie Juliette Poirot courriel : olivier.baude@culture.gouv.fr
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française et les instances ISSN imprimé: 1772-757X
francophones ISSN en ligne : 1955-2440
compétentes.

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