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19ème Congrès Français de Mécanique Marseille, 24-28 août 2009

Relation cohésion – courbe de retrait dans les sols argileux :


conséquences et évolutions structurales.
J. GALLIERa, P. DUDOIGNONa, B. REKIKa, J.M HILLAIREAUb

a-FRE HydrASA 3114, Ecole Supérieur d’Ingénieurs de Poitiers, 40, Avenue du Recteur Pineau, 86022
Poitiers Cedex
b- INRA - Domaine expérimental de St Laurent de la Prée, 17450 St Laurent de la Prée

Résumé :
Les enregistrements en parallèle de profils structuraux de sols argileux (teneurs en eau, densité, indice des
vides), de résistance à la pointe au pénétromètre et de cohésion in situ dans un domaine 20%-90% de teneur
en eau permet de mettre en équation les relations comportement hydromécanique - structure du sol. Les
profils de résistance à la pointe et de cohésion sont représentés dans les diagrammes croisés W-e-Qd et W-e-
C. Les applications des relations courbe de retrait – cohésion via une loi de Perdock modifiée sont
présentées dans les domaines de retrait-fracturation des sols argileux et évolutions structure-propriété
mécanique des sols argilo-sableux.

Abstract :
The parallel recording of structural (water content, wet density and void ratio) and in situ mechanical
profiles (cone resistance and shear stress) was performed on clay dominant soils in a 20%-90% water
content range. The comparison between shrinkage curve and mechanical profiles allows the calculation of
structural-hydromechanical relationship via modified Perdock’s equations. The structural and mechanical
soil behaviors are represented in w-e-Qd and W-e-C crossed diagrams. Two applications of W-e-C
relationship are shown: (1) the mechanisms of shrinkage-fracturation of clay dominant soils and (2)
hydromechanical behavior of clayey sands.

Mots clefs : sols argileux, cohésion, courbe de retrait, microstructure.

1 Introduction
Les caractéristiques hydomécaniques et structurales des sols argileux sont particulièrement influencées
par leurs état d’hydratation. Les évolutions structurales sont fréquemment décrites le long de courbes de
retrait pour ces sols très sensibles aux cycles d’hydratation et de dessiccation [1]. Les similitudes entre
chemins d’états sous contraintes mécaniques et sous contraintes hydriques ont déjà été démontrées par
Biarez [2]. Si la structure du sol est facilement caractérisable à partir de mesures de teneur en eau et densités
apparentes, l’important est d’associer profils structuraux et profils de résistance mécaniques. Ce type de
relation permet d’envisager les modèles de comportement du sol aussi bien du point de vue calculs
géotechniques que du point de vue mécanismes d’évolutions des structures. Des méthodes de caractérisation
de réseau porale ont été mises au point sur la base d’analyses d’images sur des échantillons intactes, argileux,
imprégnés par de la résine, c’est de la pétrographie quantitative [3].
L’objectif de ce travail est d’associer à des profils structuraux des profils de cohésion mesurés in situ. Ce
type de travail, basé sur les comparaisons entre profils de résistance à la pointe (pénétromètre dynamique) et
profils de teneurs en eau dans des sols argileux a déjà été présenté [4]. Un des intérêts de ces travaux a été de
présenter l’évolution des profils dans un diagramme croisé teneur en eau (W) – indice des vides (e) –
résistance à la pointe (Qd) – indice de saturation (Sr). Pour ce travail les mesures de résistance à la pointe
sont doublées par des mesures de cohésions in situ. Ces profils de cohésion permettent d’associer courbe de
retrait (W-e) et profils de cohésion (C).

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La première étape consiste à sélectionner un site qui présente des profils de sols évoluant de la limite de
retrait (Wr) à la limite de liquidité (Wl), soit de l’état solide à l’état liquide. Ces sols sont typiques des zones
humides. Le site choisi est localisé dans le marais de Rochefort (site expérimental de l’INRA de St Laurent
de la Pré) [5].

2 Matériel et méthodes
Le marais de Rochefort appartient au « Marais de l’Ouest » situé sur la cote Atlantique. il s’est formé à
partir de maturation de sédiment argileux fluvio-marin, appelé « Bri », déposé pendant la transgression
Flandrienne dans les paléovallées calcaires Jurassiques. La dessiccation des sédiments provient
essentiellement des épisodes de poldérisation menés depuis le Moyen-âge. Cette dessiccation des formations
de « Bri » à pour conséquence la consolidation de surface de ces sols [6, 7]. Les mesures ont été réalisées sur
le site expérimental de l’INRA à Saint-Laurent-de-la-Prée en Charente-Maritime. Les sols ont été étudiés sur
deux parcelles en prairie depuis 1964, et sur un champ cultivé en maïs [6]. Les sols présentent la même
texture (85% des particules < 20µm) et le même assemblage de minéraux argileux (kaolinite, Illite,
interstratifié illite-smectite, smectite). Quatrz, feldspath, et débris de coquillages sont disséminés dans la
matrice argileuse. Les teneurs en matière organique et carbonates sont respectivement comprises entre 0.4 et
1.9 % et entre 7.2 et 7.7 %.
Les profils de sol (échantillons intacts) sont prélevés par tarière cylindrique jusqu’à la limite de liquidité.
Les profils de résistance à la pointe Qd sont mesurés avec un pénétromètre dynamique léger PANDA en
utilisant une pointe perdue de section 4 cm2 supérieure à la section des tiges de 2 cm2. Les précisions de
mesures sont de 0.1 cm en profondeur et 0.1 MPa en résistance. Les profils de cohésion sont mesurés à l’aide
d’un scissomètre GEONOR H-70. La précision de mesure est de 1 kPa ; la valeur maximale mesurable est
260 kPa.
La courbe de retrait du sol présente un domaine linéaire :
e = 2.58 × W (1)
avec e, l’indice des vides ; W la teneur en eau et 2.58 la densité réelle des particules mesurée au
pycnomètre. Les limites de retrait (Wr), de plasticité (Wp) et de liquidité (Wl) sont respectivement 20, 40 et
80%.
Les précédentes études sur le site expérimental montrent des évolutions des profils structuraux qui sont
similaires avec deux principaux niveaux superposés [4, 5]:
 Un niveau de surface caractérisé par des variations saisonnière de structure. Le type de
culture, l’intensité du drainage et le climat sont les facteurs influençant la dessiccation. Sous la prairie, non
drainée, ce niveau à une épaisseur d’une trentaine de centimètre, et sous la culture, drainée, il a une épaisseur
de 1 à 2 m.
 Le second niveau est plus profond et caractérisé par des profils de teneur en eau (W) constant
selon les saisons et qui évoluent de sa limite de plasticité Wp (vers 70 / 100 cm de profondeur) à sa limite de
liquidité Wl voir plus (vers 200 cm de profondeur) [3, 4, 5].
Pour cette étude, les différents profils ont été mesurés en juillet et septembre 2008 sur les prairies et
octobre et novembre 2008 dans la parcelle en maïs. Dans cette dernière le drainage s’ajoute à la culture pour
augmenter la dessiccation du sol qui opère de la surface vers la profondeur. Les limites de plasticité et de
liquidité sont mesurées à 50 cm et 150 cm de profondeur dans les prairies. Si les limites de liquidité sont
toujours observées vers 150 cm de profondeur, les parties supérieures (surface) des profils sous culture
montrent des teneurs en eau comprises entre Wr et Wp jusqu’à 100 cm de profondeur en octobre (avant
labour).

3 Résultats
Les profils de Qd et C évoluent de manière similaire. Dans des diagrammes croisés W-e-Qd et W-e-C
tous les profiles se présentent sous forme de courbe « hyperbolique » avec une asymptote subparallèle à l’axe
des indices des vides caractérisée par de très faibles valeurs de Qd et C (état liquide du matériau) et une
asymptote subparallèle aux axes Qd et C dans le domaine solide du matériau argileux. Les relations profils
de Qd – courbe de retrait et C – courbes de retrait peuvent être traduites par des courbes de Perdock [9]
(figure 1) :

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e e
log(C ) = a 0 − a1 +W (a 2 + a3 ) (2)
1+ e 1+ e
avec C la cohésion ; e l’indice des vides ; W la teneur en eau ; a0, a1, a2 et a3 les coefficients de Perdock
caractéristiques du sol.
Afin de déterminer la meilleure relation e/C, les coefficients a0, a1, a2 et a3 sont choisis de façon à minimiser
la somme des valeurs absolues des écarts entre les cohésions mesurées et celles calculées. Dans ces
conditions la courbe de Perdock représentative de l’ensemble des profils est la suivante :
e e
log(C ) = 1.73 − 3.70 + W (0.58 − 0.40 ) (3)
1+ e 1+ e

e
2.52.5
2.5

Perdock
2
2.0 2.0
Perdock > 50 cm

1.5
1.5 1.5

1
1.0 1.0

0.5
0.5 0.5

W (%) C (MPa)
0
0.0 0.0
0 1 2 3 4
100 80 60 40 20 0
100 80 60 40 20 0 0 0.1 0.2 0.3 0.4

FIG. - 1 : Représentation des profiles de cohésion mesurés dans les sols argileux de St Laurent de la Prée
dans le diagramme croisé W-e (courbe de retrait) – e-C (profil de cohésion mesuré in situ). Les équations de
Perdock sont calculées pour l’ensemble des valeurs. Carré blanc = profil complet, losanges noirs = profil
sous l’horizon fracturé de surface.

Cette représentation des profils de résistance a déjà été utilisée pour les profils de W et de résistance à la
pointe (Qd) [10].Alors, seul quatre couples de mesures (W, Qd) ou (W, C) sont nécessaires pour déterminer
les quatre coefficients de Perdock caractéristiques de l’équation. Dans ces conditions, si la droite de retrait
est connue, seul quatre couples de mesures (W, C) sont nécessaires à la construction du diagramme e/C, et
réciproquement les profiles de W peuvent être déduit à partir des profils de C.

4 Discussion
Ces relations profils de cohésion – courbe de retrait sous forme d’équation permettent non seulement de
caractériser les évolutions verticales de structure du sol face à des problèmes de calculs géotechniques mais
également d’argumenter :
 sur les mécanismes d’évolution de structure et de fracturation des sols argileux lors de
phases de dessiccation – retrait
 sur les comportements hydromécaniques des sols argilo-sableux.

Les sols de marais étudiés présentent des profils verticaux composés de deux structures superposées. De
la surface à la profondeur équivalente à Wp le sol subit les variations de retrait du à la dessiccation de
manière isotrope dans son domaine plastique [ 8]. La fracturation est toujours observée de manière statique.
Le lien courbe de retrait-profil de C permet d’expliquer une chronologie dans les propagations de fracture.
Le développement et la progression des fractures de retrait est un mécanisme de traction. Ce phénomène est
gouverné par la cohésion du matériel :
 une faible cohésion induit un comportement ductile du matériau argileux
 une forte cohésion induit un comportement fragile.
L’évolution du milieu ductile vers le milieu fragile lors de la dessiccation est montrée par le diagramme
croisé W-e- (figure 2): 1 - faible C dans le domaine pseudoliquide du milieu (W > Wl), 2 - légère

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augmentation de C dans le domaine plastique (Wl < W < Wp), 3 - forte augmentation de C dans le domaine
solide (Wp < W < Ws).

Propagation des premières fractures


(1) (phase ductile)

1.0 (2)
Mise en place des dernières
(3) fractures (phase fragile)
0.5
W Wl Wp Ws CWl CWp CWs
C

FIG. 2 - Représentation schématique des progressions de fractures (flèches) lors du retrait en fonction
de ses évolutions parallèles d’état d’hydratation et de cohésion.

La phase ductile correspondant au domaine plastique (W>Wp) permet l’ouverture de larges fractures
espacées dans la matrice argileuse. L’état solide (W<Wp) se caractérise par une augmentation importante de
C pour des porosités de matériaux faibles (e voisin de 0.5). A cet état correspond un comportement fragile :
les faibles possibilités de retrait volumique de la matrice induisent la propagation d’un réseau de petites
fractures à la fin de la phase de retrait. Ce phénomène est observé, au microscope optique, sur les sections
polies. La formation et la propagation des premières fractures à l’interface air – matrice argileuse constituent
essentiellement les joints inter-prismes. Les parois de ces méso-fractures constituent le point de départ de
multiples micro-fractures développées perpendiculairement à ces nouvelles interfaces air-matrice vers les
matrices argileuses adjacentes.
Dans les sols ou matériaux argileux les liaisons entre grains de sables est essentiellement assurée par une
matrice argileuse dont la microstructure dépend de son état d’hydratation et de son ratio eau/solide initial.
Les études pétrographiques de matériaux modèles (constitué de sable d’Hostun et de kaolinite en différentes
proportions) par observation MEB et analyse d’images de sections polies ont montré que les évolutions de
microstructure du liant argileux peuvent être suivies le long de sa courbe de retrait [11, 12]. A une matrice
(ou suspension) argileuse initiale proche de l’état liquide (Wl) correspond un liant argileux proche de la
limite de retrait (Wr) après dessiccation. A l’inverse à une matrice initiale « pâteuse » à fort ratio argile/eau
correspond un liant intergrain à structure proche de la limite de plasticité (Wp). La longueur du trajet de
dessiccation de la matrice argileuse, le long de la courbe de retrait, augmente avec le ratio eau/argile initial
(12).

FIG. - 3 : Microphotographies du liant argileux reliant les grains de sable les uns aux autres. La
microstructure de la matrice argileuse constituant les ponts inter-grains dans le matériau séché dépend du ratio
eau/argile initial.

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L’analyse d’image permet de localiser le matériau argileux (ponts inter grains) sur sa courbe de retrait
pour les différents états de dessiccation. L’enregistrement de la courbe e-C permet de caller les paramètres
a0, a1, a2 et a3 de l’équation de Perdock reliant W, e et C et d’accéder ainsi aux évolutions de cohésion et
paramètres de modélisation du comportement du sable argileux.

5 Conclusion
Les études successives menées sur les sites du Marais de Rochefort et du Marais Poitevin s’appuient sur
des caractéristiques texturales et structurales de sols argileux qui sont idéales pour tenter de mettre en
équation les relations structures et les propriétés hydromécaniques. Les profils de teneurs en eau, densité,
résistance à la pointe (pénétromètre), résistivité et cohésion ont été enregistrés dans des matériaux argileux à
minéralogie homogène dans l’intervalle Wr-Wl de teneurs en eau. En associant les différents profils mesurés à
la courbe de retrait du matériau, les comportements hydromécaniques des sols ont été progressivement
représentés dans des diagrammes croisé teneur en eau (W) – indice des vides (e) – résistance à la pointe (Qd),
W-e-résistivité et W-e-C [5]. Résistivité et structure sont reliées par la loi d’Archie [13]. Qd et C sont reliées
à la structure par des équation de Perdock modifiées [5]. L’avantage de la relation W-e-C est d’accéder à des
mécanismes d’évolutions de structure des matériaux sous contraintes hydriques mais également mécaniques.

Références
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