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UN ANCÊTRE [chrétien] DU TAROT

Raban Maur, ecclésiastique éminent au temps de Charlemagne, est l'auteur de nombreux écrits,
très divers dans leurs propos, allant des commentaires de la Bible à un traité de grammaire, de
poèmes à une encyclopédie sur la nature des choses, ou un texte relatif à l'instruction des clercs.
Dans cet ensemble, culmine son premier texte: une suite de poèmes figurés, connu sous le nom
Liber de laudibus Sanctæ Crucis [Louanges de la sainte Croix]. Figurés, parce que les textes
s'inscrivent dans des formes géométriques, ce qui en fait un ensemble étonnant. Achevé vers 810,
quand Raban Maur a trente ans, cet ouvrage est connu par de nombreux manuscrits enluminés, dont
l'un est conservé à la bibliothèque d'Amiens ( BAM 223). Ce manuscrit est approximativement de
840, c'est à dire réalisé du vivant de Raban Maur, décédé en 856 – écriture carolingienne provenant
de l’abbaye de Fulda. Sur parchemin, ses dimensions sont de 40,5 x 33 cm. Il a fait l'objet d'une très
belle édition française par Michel Perrin, sous le titre Louanges de la sainte Croix.1

Dans son livre foisonnant La lettre et l'image (Gallimard 1970) Massin restitue l'histoire de ces
textes ''figurés'', quand les mots et les phrases s'inscrivent dans une forme prédéterminée par
l'auteur. L'initiateur serait Simmias de Rhodes, poète et grammairien de la fin du IV e siècle av. J.-C
quand il inscrit des textes sous la forme d'une hache, d'un œuf ou d'ailes de l'amour. Beaucoup plus
tard, Guillaume Apollinaire baptise ces jeux savants du nom de calligrammes.

Raban Maur va porter ce style d'écriture jusqu'au vertige. Il compose une suite de textes inscrits
dans des carrés, où les lettres se répondent avec des agencements à rendre jaloux nos plus savants
cruciverbistes. Comme son titre l'indique, l'ensemble constitue un monument à la gloire de la croix.
Bien entendu, l'auteur, ecclésiastique de haute volée, profondément croyant, place son ouvrage sous
la protection divine et montre d'entrée l'image d'un Christ, bras grands ouverts, dans une position
d'accueil [rare image rectangulaire]. Tout son discours exprime sa foi; mais la croix exaltée dans son
ouvrage est autant la croix du sacrifice que la croix dans sa généralité, proposant deux lignes qui se
rencontrent en leur milieu, l'une verticale et l'autre horizontale.

Sous cette forme la plus simple, voici une synthèse du monde. Raban Maur l'exprime ainsi:
«La forme de la croix: inscrite dans un carré, elle montre qu'elle contient tout.» Autrefois le sacré
était opposé au profane – ce qui est hors du Temple. Au début du XX e siècle Émile Benveniste et
Roger Caillois ont montré qu'il était beaucoup plus juste d'opposer le sacré non pas au profane, mais
au jeu. Le sacré se réfère à des valeurs; le jeu trouve son sens en lui-même. Le sacré est vertical, il
manifeste une aspiration vers le haut; le jeu est horizontal et réunit les hommes entre eux. Avec ses
deux lignes verticale et horizontale, la croix propose une synthèse; elle est ici souvent profane plus
que religieuse, ludique plus que sacrée. C'est en effet un jeu étourdissant d'intelligence et de culture
que nous propose Raban Maur. En voici l'image fondatrice:

1 - Raban Maur, Louanges de la sainte Croix, traduit du latin, annoté et présenté par Michel Perrin; Prélude par Jean-
Marie Lhôte; suivi éditorial: Dominique Wahiche; maquette: Alain Bullot; révision : Sylvie Compère. Édition Berg
international / Trois cailloux-Maison de la culture d'Amiens, 1988.
- L’iconographie de la ‘‘Gloire à la sainte croix’’ de Raban Maur, Michel Perrin, Brepols, RILMA 1, 2009.
La forme de la croix : inscrite dans un carré, elle contient tout.

Le regard est happé par cet agencement si simple où l'emplacement des lettres illustre d'un seul
coup d’œil le propos de Raban Maur. On lit ainsi:
– sur l'axe central, de haut en bas: O crux quae summi es noto dedicato tropaeo
[O croix consacrée au trophée du Très Haut]
– sur l'axe central, de gauche à droite: O crux quae Christi es caro benedicta triumpho
[O croix, chair bénie par le triomphe du Christ]
– sur la ligne du haut, de gauche à droite: O crux quae excellis toto et dominaris Olympo
[O croix qui dépasses et domines l'Olympe]
– sur la ligne du bas, de gauche à droite: O crux quae dederos rupto plebem ire ab Averno
[O croix, tu as permis aux hommes de sortir de l'Enfer brisé par toi]
– sur la ligne verticale gauche, de haut en bas: O crux dux misero latoque redemptio mundo
[O croix, guide et rédemption du vaste monde malheureux]
– sur la ligne verticale droite, de haut en bas: O crux vexillum sancto et pia cautio saeclo
[O croix, étendard et pieuse protection du monde que tu sanctifies]

Les lettres appartenant à plusieurs mots sont toutes des ''O'', inscrits sur des cases foncées.
Toutes les images du manuscrit sont commentées en détail par Raban Maur lui-même. Notons
l'importance donnée aux nombres; l'édition de 1988 comporte un index des nombres cités dans le
texte et les commentaires et l'on en compte près de 80: de 1 à 603.550 [nombre des fils d'Israël
sortis d'Égypte, d'après la Bible]; on trouve même la référence 7½ dans l'explication de la figure IX
par Raban à propos des divisions de l'année, quand il écrit:«[…] si l'on partage l'année entière en
quatre, chaque partie contient quatre-vingt onze jours et sept heures et demie.». En fait, le nombre
essentiel est à l'évidence celui des chapitres: vingt-huit qui est un nombre parfait, le seul entre dix et
cent qui se forme par l'addition de ses diviseurs: 1 + 2 + 4 + 7 + 14 = 28.

Voici quelques exemples de ces images avec des indications succinctes données par Raban
Maur lui-même.

III: La milice céleste chante V: Quatre carrés montrent


la gloire de la croix. la structure de l'édifice céleste.

VII: Quatre cercles évoquent XII: Adam inscrit sur l'image.


les quatre Éléments. (en lettres grecques)
XX : Lettre grecque lambda. XXII : Chrisme en grec.

Ici pointe une première convergence avec le tarot où se trouvent tant de nombres porteurs de
sens, à commencer par la numérotation individuelle des atouts, lesquels sont vingt et un (7 x 3 ou
1 + 4 + 4²) suivis des cinquante-six cartes de points (56 = 2 x 28) + le Fou. Se trouve également ici
la signification de chaque image, comme on lit les noms désignant les atouts du tarot...

Chacune des vingt-huit figures comporte un texte composé dans le fond de l'image et un autre
qui suit le tracé des figures. Une question est de savoir comment Raban Maur organise l'ensemble.
Dans sa présentation du livre, Michel Perrin analyse le manuscrit en détail, consacrant tout un
chapitre aux nombres. Il nous fait découvrir les auteurs ayant au fil des siècles cherché à percer la
signification des énigmes et il n'est pas question ici d'entrer dans les détails manifestant les plus
belles des éruditions. Proposons simplement une structure possible et cohérente qui suffira pour ces
quelques pages.

L'idée est de considérer le nombre 28 en faisant se succéder les images selon les nombres qui le
rend parfait; c'est à dire 1; 2; 4; 7; 14. Nous obtenons alors cinq familles d'images possédant
chacune son caractère. Les indications suivantes se réfèrent à chaque commentaire de Raban Maur.

1
Figure du sauveur puissant et bienveillant
I) Unique: en tête du manuscrit, la figure du Christ bras ouvert, accueille et domine.

2
Couple sacré
II) Gloire du Monde: contenue dans la forme de la croix : inscrite dans un carré.
III) Gloire de la milice céleste: les anges chantent en hommage à la croix.

4
Quatre est omniprésent dans ce quatuor cohérent:
IV) Quatre anges (Séraphins et Chérubins), figurent les êtres vivants localisés dans la croix.
V) Quatre carrés montrent la structure de l'édifice céleste.
VI) Quatre triangles contiennent les vertus principales: prudence, justice, courage, modération.
VII) Quatre cercles évoquent les quatre éléments: le feu, l'air, l'eau et la terre.

7
Sept, nombre sacré mais aussi nombre des jours de la semaine.
Les durées et le calendrier sont ici à l'honneur (avec au centre un rappel à la Loi):
VIII) Durée céleste: le Zodiaque dont les douze signes font parcourir leurs orbites aux sept
planètes .
IX) Durée humaine: tous les jours de l'année: sont contenus entièrement dans les quatre
hexagones et une unité placée en leur milieu.
X) Durée d'une vie: soixante-dix ans, qui est aussi la durée de la captivité à Babylone... Cinq
petits cercles contiennent ensemble le nombre soixante-dix.
XI) Loi: cinq est le nombre des livres de la Loi marqués par cinq vers, qui suivent l'ordre des
carrés en six rangées de six lettres.
XII) Durée d'une attente: Adam premier homme, inscrit sur l'image, quand le Christ est dit aussi
le second Adam.
XIII) Durée de la sainte gestation: les triples rangées de lettres dans les quatre croix montrent le
nombre des jours pendant lesquels, selon la foi de l'Église, le corps du Seigneur a été
construit et formé dans le sein de la Vierge.
XIV) Durée d'une espérance: cette page enferme dans les lettres grecques, disposées en forme
de croix, le nombre d'années depuis le commencement du monde jusqu'à l'année de la
passion et de la résurrection du Seigneur (cinq mille deux cent trente et un ans)

14
Un univers où règne la spiritualité des nombres
XV) Proclamation: les quatre animaux prophétiques, les évangélistes Matthieu, Marc, Luc,
Jean, entourent l'Agneau, Fils de Dieu.
XVI) Dons de l'esprit saint: une croix de fleurs exprime la montée de l'homme vers Dieu en sept
degrés: la crainte, la piété, l'intelligence des choix, le courage, l'obéissance, la méditation, la
sagesse.
XVII) Béatitudes évangéliques: au nombre de huit. Reprise des sept degrés précédents avec au
sommet, l'Amour.
XVIII) Perfection de la Loi; trouvée dans la plénitude du nombre dix répété quatre fois, à l'image
des quatre évangiles.
XIX) Progrès spirituel. Raban Maur explique comment cinquante surgit de quarante par une suite
de calculs fort savants; cet accroissement qui passe d'un nombre plus petit à un nombre plus
grand est signe de progrès.
XX) Pénitence: Raban Maur montre quatre fois la lettre grecques lambda qui vaut trente; le total
est cent-vingt: nombre du temps de pénitence de cent vingt ans, décrété pour sauver les élus
au moment du Déluge.
XXI) Louanges sacrées: quatre heptagones forment le nombre soixante-douze. Outre les douze
apôtres, le Seigneur désigna soixante-douze autre disciples; ce nombre coïncide avec le
nombre des peuples et des langues associés dans les louanges sacrées.
XXII) Perfection: la figure en grec est un chrisme; elle exprime le nom du Christ. À travers ce
signe Raban Maur évoque des nombres significatifs dont le total atteint la perfection.
XXIII) Triomphe du Sauveur: quatre noms du triomphateur céleste sont inscrits dans les quatre
triangles autour de la croix.
XXIV) Foi: Cent quarante-quatre lettres écrites en quatre vers figurent dans les quatre pentagones.
Raban Maur les multiplie par mille et obtient la multitude de toutes les tribus d'Israël,
mentionnées dans l'Apocalypse. Milliers et milliers d'élus, semence de Foi.
XXV) Alléluia: les vingt-quatre anciens et les quatre animaux de l'Apocalypse de Jean chantent
pour l'Agneau un cantique nouveau en forme d'Alléluia, lisible sur la figure.
XXVI) Pilote du monde: Raban Maur réunit de nombreux témoignages de prophètes au sujet de la
passion du Christ et de la gloire de la sainte croix pour faire de la croix, le pilote de notre
monde dans un vers de trente-sept lettres.
XXVII) Adoration: parvenant presque au terme de son entreprise, Raban Maur veut proclamer son
adoration de la croix avec éblouissement. Nous sommes subjugués. Écoutons-le: «Deux vers
héroïques sont ici inscrits dans l'image de la sainte croix avec les mêmes lettres. Voici le
premier inscrit dans la barre verticale de la croix : ''Ô Jésus si je te donne mes vers, je te fais
résonner dans mes chants''. Si ce vers est lu à rebours avec les mêmes lettres de la fin
jusqu'au début, il donne ce vers , inscrit dans la barre transversale de la croix:''Si je lui
donne mon art et mes efforts, sa gloire s'exprimera dans les chants.'' Voici les deux vers
latin avec les mêmes lettres à rebours: Si do te tibi metra sono his te. Jesus in odis
Si do nisus ei et si homos artem ibit et odis
XXVIII)Gratitude: Raban Maur se représente à genoux, priant et remerciant le Dieu tout puissant et
le Seigneur Jésus fils de Dieu. Il tient à conclure en revenant à son œuvre: «Ce livre
contient en tout vingt-huit poèmes figurés avec la prose qui les accompagne, exception faite
de la page préliminaire et du prologue. À l'intérieur de la tranche des dizaines, ce nombre
est le seul parfait par ses parties. Aussi ai-je voulu achever mon œuvre conformément au
total qu'il représente, car j'ai chanté en elle la forme qui achève et parfait toutes choses.»

-o-

De même que ces Louanges de la sainte Croix décrivent l'univers religieux des chrétiens, le
tarot propose une représentation du monde terrestre des hommes. Le carré propre au premier
ouvrage est signe de stabilité; le rectangle où s'inscrit l'homme debout, n'a pas la même assurance.
Une figure est commune aux deux œuvres: la figure XV de Raban, au centre de l'ensemble, et la
figure XXI du tarot qui clôture la suite des atouts.

XV XXI

Les symboles des quatre apôtres se trouvent dans les deux images: Luc, le taureau; Matthieu,
l'homme; Jean, l'aigle; Marc, le lion. Au centre l'agneau pascal répond à l'androgyne. En même
temps, la position des emblèmes est différente: en croix verticale et horizontale chez Raban Maur;
en diagonale dans le tarot. Les figures des évangélistes ne suivent pas le même ordre dans les deux
images, mais ceci est dû au fait que le quatre-feuilles chrétien n'était pas encore fixé dans les débuts.
Ajoutons le caractère essentiel des quatre-feuilles: ils font état des quatre éléments des Anciens:
Terre (en bas à gauche); Eau (en haut à gauche); Air (en haut à droite); Feu en bas à droite). Dans sa
figure VII Raban place les Éléments précisément nommés en croix et non en diagonale, comme ils
sont sur cette figure XV.

Le tableau suivant résume les relations existantes dans les quatuors considérés, qu'ils
proviennent de l'Antiquité, de la chrétienté, ou plus récemment des cartes à jouer et du tarot.
Tarots Deniers Coupe Épée Bâton
Cartes à jouer Carreau Cœur Pique Trèfle
Quatre-feuilles Taureau Homme Aigle Lion
Évangélistes Luc Matthieu Jean Marc
Éléments antiques Terre Eau Air Feu
Éléments actuels Matière Temps Espace Énergie
Éléments Travail Amour Rêve Esprit
humains

Cette observation des quatuors conduit à une autre parenté du tarot avec la structure des
Louanges de la Croix. Raban Maur considère vingt-huit images, mais elles ne sont pas distribuées
au hasard; elles sont classées en séries cohérentes, rapportées à l'unité du Christ. Ces séries notées
plus haut comprennent un nombre d'images correspondant à la décomposition du nombre vingt-huit
selon ses diviseurs qui en font un nombre parfait : 1; 2; 4; 7; 14. Autrement dit, les cinq séries
peuvent se distribuer selon la forme d'un quatre-feuilles avec le Christ au centre et retrouver la
disposition des atouts du tarot organisés de la même manière.

2 - union d'un couple 14 - pluralité des nombres


II, III XV, XVI, XVII ..... XXVIII

1 – Christ
I
4 - stabilité du carré 7 - nombre sacré
IV,V,VI,VII VIII, IX, X, XI, XII, XIII, XIV

Les vingt-huit figures de Raban Maur

Les vingt et un atouts du tarot


-o-

Dire que le livre de Raban Maur est un ancêtre du tarot ne veut pas signifier une filiation de l'un
à l'autre, mais qu'il existe entre les deux séries d’images une parenté complexe. Environ cinq siècles
les sépare en passant d'un monde résolument chrétien à une époque nouvelle émergeant du Moyen-
âge où la redécouverte de l'antiquité est cultivée avec ferveur chez les érudits. Est-ce un désir
analogue à celui de Raban pour comprendre et synthétiser son univers chrétien, qui a conduit
l'auteur inconnu du tarot à effectuer la même démarche, ceci dans le monde profane, ou bien
connaissait-il cette fabuleuse suite d’images ? Il est évidemment impossible de répondre à cette
question. Elle se pose néanmoins.

Dans son article du Bulletin de l'Association Guillaume Budé (1992), Michel Perrin évoque la
haute figure de l’humaniste rhénan Jakob Wimpfeling et sa fascination pour le Laudibus sanctæ
crucis qui le conduit à produire la première édition imprimée en 1503. Cette édition proposa l'œuvre
à un plus large public, mais Raban Maur était déjà très célèbre dans l'empire carolingien, comme le
confirme la centaine de manuscrits conservés, dont une dizaine de son siècle. À l'époque, les
intellectuels germanistes et leurs confrères italiens vivent dans des univers séparés pour ne pas dire
rivaux, cependant «Wimpfeling évoque la haute estime de l'Italien Platina pour Raban, malgré le
préjugé défavorable des Italiens pour les Germains.», écrit Michel Perrin; il n'était pas le seul; déjà
Dante n'oublie pas de placer Raban dans son Paradis.

Bartolomeo Sacchi, dit il Platina (1421-1481) fréquente le grand monde en devenant précepteur
chez les Médicis et ‘‘conservateur’’ de la Bibliothèque du Vatican... Personnage singulier, d’abord
militaire avant de s’orienter vers les sciences humaines, il lui arrivera d’être emprisonné et torturé
en 1467 en raison d’un complot supposé contre le pape et de professer des idéaux païens; il
s’intéresse à la gastronomie et son ouvrage de honeste volupté, lisible sur internet, mérite le détour.
Son nom apparaît ici mentionné par Wimpfeling, il ne doit surtout pas conduire à des rêveries qui
n'ont pas lieu d'être. Qu'importe en réalité l'identité de l'auteur du tarot. Si les vingt-huit images du
Laudibus nous étaient parvenues sans signature, elles seraient tout aussi exaltantes.

On trouve dans les pages suivantes les images du Laudibus et celles du tarot.
Pour le tarot, deux présentations différentes sont données:
la première propose une répartition des atouts selon leurs significations individuelles;
la seconde dessine une structure globale sur le modèle de la figure centrale du Monde.
Le jeu utilisé est celui de Jean Dodal (XVIIIe s.) choisi pour sa beauté et sans arrière-pensées ésotériques.

Ce texte poursuit une randonnée buissonnière de cinquante ans dans l’univers du tarot, amorcée dans le no 43-44 de
la revue Bizarre, intitulé Shakespeare dans les tarots et autres lieux, Jean-Jacques Pauvert, juin 1967; continuée avec
l’exposition de la Maison de la culture d’Amiens, catalogue Jean-Jacques Pauvert, La Bibliothèque Volante no 1, 1971;
entretenue au fil des ans par des articles, correspondances et rencontres, en particulier l’édition du texte
Court de Gébelin, Le Tarot, Berg international, 1983.

Jean-Marie Lhôte, avril 2018.


FIGURES DE RABAN MAUR

II III

IV V VI VII

VIII X XII XIII


IX XI XIV

XV XVII XVIII XIX XX XXI


XVI

XXII XXIII XXIV XXV XXVI XXVII


XXVIII
Les soixante-dix-huit cartes d'un jeu de tarots, sont distribuées en deux séries:
21 atouts & 56 cartes de points, auxquelles s'ajoute le mat non numéroté, «fou».

L’ordre des atouts a varié selon les régions; en France cet ordre est celui du tarot dit «de
Marseille» (cf. Thierry Depaulis, Le Tarot révélé, Musée suisse du jeu, 2013). La suite des atouts propose une
composition remarquable: chacune des quatre séquences montre des couples antagonistes, aux
extrémités des quatuors et des oppositions aux centres; tandis que le Pape s’oppose au Diable et la
Roue de Fortune au Jugement.

Pouvoirs terrestres
Bateleur antinomie de Empereur
Papesse opposé à Impératrice

PAPE

Passions humaines
Amoureux antinomie de Ermite
Chariot [Pouvoir] opposé à Justice

ROUE DE FORTUNE

Contradictions vitales
Force antinomie de Tempérance
Pendu [Naissance] opposé à Mort

DIABLE

Mystères célestes
Maison Dieu [Foudre] antinomie de Soleil
Étoile opposée à Lune

JUGEMENT

MONDE Tarot Dodal XVIIIe s.


ATOUTS DU TAROT

VI VIII XIX XVII

X XX

VII X XVIII XVI

XXI

XII XIV III I

XV V

XI XIII IV II