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Un monument dédié aussi pour la toute

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première fois à la famille royale

3Vue sur la pyramide à degrés


du roi Djéser, l’Horus Netjerikhet,
depuis la Grande cour sud.

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© F.Tonic

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Spécialiste de l’histoire, de l’archéologie et de l’épigraphie sépultures qui avaient été violées sans vergogne, à
de l’époque thinite, c’est-à-dire de la période couvrant différentes époques, par l’avide cupidité de pilleurs de
les trois premières dynasties égyptiennes (1-3), qui tombe. Inhumées qu’elles étaient à proximité du caveau
en comptent 30, j’ai la charge de la documentation fait de granite rose de l’Horus Netjerikhet, mieux connu
archéologique et épigraphique du projet « Djéser » à sous le vocable de « Djéser », ces sépultures mettent en
Saqqara. À ce titre, je fus amené à m’intéresser d’un peu relief un aspect fort singulier dans la conception funéraire
plus près à l’ensemble des 11 galeries localisées sur le royale de cette époque reculée, jusqu’alors totalement
front oriental de la Pyramide à degrés et orientées Nord- inconnu, mais qui sera repris plus tard à l’époque
Sud. Non pas que deux d’entre elles, les Galeries VI et VII, amarnienne, celui de la famille royale entourant de
conçues comme des galeries-magasins, rengorgeassent sa présence pharaon dans sa nouvelle vie éternelle et
de dizaines de tonnes de cette précieuse vaisselle faite intemporelle. Si l’on considère leur orientation et leur
dans un matériau durable, la pierre, et donc pour aménagement, deux types de galeries sont en effet à
perdurer, mais que les cinq premières différencier, les cinq premières ont été consacrées sans
de ce nom semblaient a v o i r nul doute possible à la riche inhumation des membres
contenu les restes de la famille royale et de leur mobilier, tandis que les
épars de riches autres se virent plus ou moins attribuer le rôle de galeries-
magasins destinées à recevoir une énorme quantité de
vaisselle de pierre, plus de 90 tonnes !, inscrite ou non,
de différentes qualités.

En effet, si l’aménagement de ces dernières montre plutôt


un plâtrage des parois rapidement effectué à seule fin de
les transformer en celliers, les traces de boisage observées
uniquement dans les Galeries I-V mettent, quant à elles,
on ne peut plus en évidence une préparation spéciale de
ces lieux pour une destination particulière et appropriée.
Quant à sa raison d’être, elle fut vite déterminée au vu
de l’étude de leur contexte respectif. Ainsi, la présence
de socles en calcaire dans lequel étaient encastrés des
sarcophages en albâtre égyptien (calcite) ainsi que les
nombreux fragments de cuves et couvercles cintrés ou
plats découverts en remblais ou in situ, c’est-à-dire en
place, ne laisse aucun doute sur la destination funéraire
des Galeries I-V. Mieux encore, la mise à jour de restes
de planches montrant, pour la toute première fois dans
l’histoire de la technologie de l’époque pharaonique,
l’utilisation de la technique du contre-plaqué dans
la confection du cercueil de bois, qui était lui-même
placé habituellement à l’intérieur du sarcophage
d’albâtre, les bribes du riche placage en or qui
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avait été appliqué sur le cercueil de bois par de


petits clous dorés, placés régulièrement tous les 2-3

3Statue du roi Djéser.


Musée du Caire.
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3Vue sur le complexe funéraire de Djéser depuis la chaussée d’Ounas.

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millimètres, le repose-tête de même en droit d’en avoir l’exclusif privilège. nous connaissions. Voyons un peu
que les vases recueillis en améthyste, Quant aux royales personnes, en détail maintenant ce que nous
en diorite, calcite ou dolomite, ayant homme ou femme, adolescent réserve l’état des lieux de ces cinq
sans doute déjà contenu les viscères ou enfant, qui y furent déposées galeries-caveaux et les conclusions
(coeur) du défunt ou de la défunte, en en leur temps au milieu de leurs qui seront à en tirer.
en faisant de fait, en cette 1re moitié riches atours et précieux mobiliers
du troisième millénaire, les toutes funéraires, le ravage que causa le La visite de ces structures souterraines,
premières attestations historiques pillage sans vergogne des différentes qui sont jusqu’à ce jour inaccessibles
de ce qui sera plus tard les vases galeries-caveaux par les violeurs de au grand public et ne peuvent
canopes ainsi que les nombreuses tombe de toutes époques en rend être visitées par les égyptologues
incrustations en formes de petites bien évidemment l’identification qu’avec une autorisation spéciale des
plaquettes de faïence bleue émaillée, extrêmement difficile, voire même autorités du Service des Antiquités
de petites perles, de bijoux en verre quasi impossible. Néanmoins dans Égyptiennes, va donc commencer
émaillé peuvent être considérés à juste ce sombre tableau, persiste tout logiquement du Nord au Sud par la
titre comme les ultimes témoignages de même une faible lueur, celle de Galerie I et se terminer par la Galerie
clairsemés de ce qui fut à l’origine pouvoir déterminer assez sûrement, V.
sans nul doute possible l’ordonnance tout du moins pour deux d’entre eux,
de sépultures d’une richesse inouïe les restes ostéologiques de quelques Considérant la taille et la forme des
et d’un incroyable raffinement tels membres de cette très ancienne nombreux fragments d’albâtre qui
que seuls les membres de la famille famille royale, puisqu’elle est à ce furent retrouvés dans la Galerie I,
royale ou le roi lui-même eussent été jour la toute première de ce nom que de même que de ceux qui furent

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3Plan de la nécropole royale, d’après M. Lehner, 1997.
Galerie III de la IV, il ne paraît pas inutile de préciser à
cet endroit que les maigres reliques de cette jeune fille
royale pourraient tout aussi bien provenir, à l’origine,
de la Galerie III ; une précision qui prend toute sa valeur
au vu de l’importance que revêt cette galerie dans le
complexe souterrain familial.
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En effet, la Galerie III, au vu du type de fermeture utilisé


de son puits d’accès par une grande herse de pierre, du
blocage de sa galerie par un mur de calcaire fin appareillé
ainsi que la finition de la chambre sépulcrale, dont
les murs ont été revêtus d’un fin parement de calcaire
appareillé, scellé au nom du plus haut fonctionnaire
de l’État et « Architecte de la Tombe royale » du règne
de l’Horus Netjerikhet « Djéser », montre on ne peut
?????????????

mieux l’importance que cet ensemble souterrain semble


revêtir au sein du complexe des galeries-caveaux de la
famille royale. Si l’on ajoute que, hormis ses dimensions
recueillis, éparpillés à travers les quatre autres galeries, il qui dépassent de beaucoup celles des autres chambres
semble dorénavant acquis qu’ils proviennent du même caveaux, la Galerie III est la seule de ces structures
type de sarcophage. Ainsi la cuve d’albâtre était-elle de funéraires souterraines qui soit orientée très exactement
petites dimensions recouverte qu’elle était d’un couvercle vers le deuxième passage conduisant au caveau de
plat et non cintré. Quant à savoir si deux sarcophages l’Horus Netjerikhet « Djéser », l’on mesurera alors toute
de ce même type avaient été placés dans cette galerie, la valeur intrinsèque de cette configuration à l’intérieur
comme il semble en avoir été le cas dans plusieurs même du dispositif du complexe funéraire royal, puisque
galeries-caveaux, notamment dans les Galeries II et V, le l’on ne pourra s’empêcher d’y voir souligner, même dans
contexte malheureusement fort perturbé de la Galerie I l’au-delà, l’étroite relation qui avait dû exister de leur
ne peut le confirmer de manière définitive, même si cette vivant entre la personne royale inhumée en ce lieu et
possibilité ne peut être exclue totalement. Ainsi seules le roi. Un tel degré d’intimité ne pouvant être envisagé
les petites dimensions des restes de la cuve ou peut- qu’avec une personne très proche du souverain, il semble
être même des cuves sont à même de pouvoir suggérer, tout à fait plausible dès lors, voire même conciliable, de
tel un négatif photographique, que le cercueil de bois vouloir y reconnaître une relation telle qu’un roi peut en
interne aurait pu avoir contenu la sépulture disparue avoir une vis-à-vis de sa reine.
d’un très jeune enfant (3-4 ans), dont l’appartenance
biologique, mâle ou femelle, restera malheureusement Dans cette optique, il ne peut être vain de supposer dans
probablement à jamais inconnue. C’est aussi la présence cette disposition souterraine la volonté de rappeler la
de deux sarcophages en albâtre qui peut être également transposition de la disposition même des appartements
déduite des deux socles en calcaire blanc qui furent privés du roi et de la reine en leur palais royal de Memphis,
trouvés, orientés Nord-Sud – l’un déplacé, l’autre encore à tel point que l’on ne peut s’empêcher de reconnaître
en place –, dans la Galerie II à quelques mètres de son dans la Galerie III l’appartement sépulcral de la Reine
aboutissement occidental. Après observation des traces et dans la IV adjacente celui d’une fille royale ; une
en saillie de l’encadrement rectangulaire sur les socles, Princesse, dont on pourrait bien avoir trouvé et identifié
les mensurations de la cuve d’albâtre qui avait dû s’y les restes ostéologiques en Galerie IV, tandis que ceux
encastrer ont pu être logiquement déduites. Après quoi de la Reine, même si le lieu de son dernier repos semble
la prise en compte de l’épaisseur des parois de la cuve désormais pouvoir être acquis, nous manque toujours
ainsi que celles du cercueil de bois interne permirent aussi cruellement.
même de postuler une sépulture ayant eu une longueur
avoisinante de 1,52 m, c’est-à-dire celle d’un adulte La dernière Galerie V est sans doute la structure souterraine
– femme ou homme – de petite taille ou d’un enfant, qui apporte le plus de preuves et renseignements au
dont il ne fut retrouvé malheureusement pas le moindre sein de la conception de ces substructures funéraires,
indice ostéologique. Il en fut tout autrement par contre car contrairement aux quatre autres, elle fut la moins
des restes humains, c’est-à-dire celui d’un crâne et d’un sauvagement pillée. En outre, cette galerie montre une
os de bassin, qui furent recueillis dans la Galerie IV, tout autre orientation que les précédentes galeries,
pour lesquels l’on put identifier une jeune fille d’environ puisqu’elle s’en détache nettement plus vers le Sud tout
18 ans. Trouvées parmi les déblais qui provenaient de en restant à proximité du caveau royal ainsi que de
la percée par les pilleurs de tombe de la fine cloison ses appartements, comme si elle devait « respecter » un
d’à peine quelques 35 cm d’épaisseur qui séparait la ordre déjà préétabli. Tout comme celui de la Galerie III,

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3Plan du
complexe
funéraire de
l’Horus
Netjerikhet

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“Djéser” à
Saqqara.

3Plan du “Palais royal” souterrain et position des galeries- 3Aperçu de la famille royale,
appartements, d’après Baud, p. 152, Fig. 39 d’après Baud, p. 86, Fig. 19

son puits d’accès est fermé par une grande herse de pierre et le passage
de sa galerie en est bloqué par un mur de calcaire maçonné, ce qui
souligne tout de même l’importance de cette dernière galerie-caveau
dans le complexe funéraire des membres de la famille royale.

Fait particulier, deux sarcophages en albâtre se trouvaient encore à leur


place d’origine, apportant si besoin était la confirmation de la présence
originelle dans chaque galerie-caveau de deux sarcophages. Le premier
était orienté Est-Ouest et placé contre la paroi Sud de la galerie. Fait
totalement surprenant, ce dernier ne contenait rien d’autre que de la
terre et du rocher argileux, ce qui ne manqua pas de provoquer un

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3Quatre paires de pieds royaux.
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certain étonnement, dont l’origine toujours indéterminée. Cinq galeries
pourrait bien trouver son explication caveaux sauvagement ravagées par
dans la pensée religieuse même de des violeurs de tombe, une dizaine
ces époques reculées, dans laquelle de sarcophages en albâtre à postuler,
la tradition du double enterrement cinq sépultures potentielles, dont deux
dans la conception royale funéraire seulement ont pu être identifiées,
thinite, celui du corps et celui de voici un bilan qui ressemble fort à
son Ka, c’est-à-dire de son essence celui d’une « famille éclatée »... par le
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vitale, prenait toute sa dimension et temps et les hommes..., mais qu’une


sa valeur, faisant sans doute de ce recherche ADN avec prélèvement de
sarcophage le lieu d’inhumation du la moelle osseuse pourrait bien aider, partie intégrante de la conception
Ka royal de cette personne inhumée. tout du moins pour deux d’entre elles, et de l’implantation même de
celle de la jeune fille de 18 ans de la deux structures internes que l’on
De même dimension que le premier, le Galerie IV et de l’enfant de 8-9 ans de nomme aujourd’hui respectivement,
second sarcophage se tenait, quant à la Galerie V à établir le lien parental, faute de mieux, « la Maison du
lui, plus à l’Ouest et était orienté Nord- frère et soeur ou demi-frère et demi- Nord » et « la Maison du Sud », des
Sud. Les restes qui y furent recueillis soeur. Hormis cet espoir, il semble édifices qui pourraient bien avoir
montraient à côté de deux précieux désormais acquis que les Galeries III et rempli respectivement dans leur
vases en albâtre et en dolomite que IV ont vraisemblablement été conçues conceptualisation architectonique
ce sarcophage d’albâtre, tout comme comme les appartements funéraires la fonction de demeure dédiée à la
dans les exemples précédents, avait de la Reine et d’une jeune fille, sans
lui aussi enfermé – en fait, enfermait mémoire et au culte de la Reine et de
doute de la Princesse héritière; l’idée
encore – un cercueil de bois façon la Princesse à l’intérieur du complexe
d’une royale concubine si proche de
contre-plaquée, qu’un magnifique funéraire et jubilaire de l’Horus
la Reine devant je pense devoir être
revêtement d’or arraché en Netjerikhet. Aussi sont-ce bien leurs
écartée.
lambeaux par la cupidité des pilleurs noms et titres qui figurent en bonne
de tombe avait habillé en son temps, Et ce n’est certainement pas un effet place avec celui du roi sur près
lequel avait abrité la sépulture d’un du hasard si justement cette parité d’une centaine de stèles et « bornes
enfant âgé entre 8 et 9 ans comme féminine Reine et Princesse – se tronconiques » plus ou moins bien
le montrait encore une partie de retrouve sur tout le site du complexe conservées qui furent retrouvées à
son squelette, dont l’appartenance funéraire royal tel un véritable travers tout l’espace sacré du site.
biologique reste encore à ce jour leitmotiv. Cette dualité fait en effet Au sommet plus ou moins cintré,

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3Le Serdab de la statue royale.

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plusieurs éléments, dont le sommet a prévaut à la Terre Sacrée » identifie


été travaillé en forme de récipient à sans nul doute possible au maître de
lèvre carénée de 15-30 cm de diam. la Nécropole, soulignant, si besoin
et 5-14 cm de prof. pour recevoir était, on ne peut mieux l’aspect
une libation ou faire brûler de funéraire et cultuel de ces stèles et
l’encens. Les 40 exemplaires ayant « bornes tronconiques ». Notons ici
été retrouvés surtout autour de la que ces dernières n’étaient en fait
Grande Cour au Sud de la Pyramide que de hauts supports sur lesquels
à degrés, mais aussi dans le Temple on brûlait de l’encens comme le
3Vue sur les chapelles jubilaires de la Nord, dans la Cour du Serdab ainsi montre une catégorie d’objets assez
cour du Heb-Sed. qu’à côté de l’Autel, situé dans la similaires dans son utilisation et
partie Nord du complexe funéraire fonction retrouvés in situ devant la
près des magasins-silos laissent par stèle fausse-porte de mastabas de
en calcaire blanc, avoisinant en
là même suggérer l’implantation l’Ancien Empire.
général une hauteur de 1,40 m pour
de ces « bornes tronconiques »
une largeur de 0,30 cm, les stèles, au Par la même occasion, ces
surtout autour de la Grande Cour
nombre d’une soixantaine, furent représentations de la famille royale
jubilaire, sur le pourtour de laquelle
surtout trouvées, concentrées dans la nous permettent d’en apprécier
une trentaine d’entre elles furent
partie Nord du complexe funéraire aussi l’identité nominale respective.
recueillies au Sud du complexe
royal, c’est-à-dire aussi bien dans Ainsi l’Horus Nejerikhet « Djéser »
funéraire royal, les mettant ainsi de
la Cour du Serdab qu’à proximité précède-t-il Nb.ty htp hr, « Celle qui
fait en directe relation avec le culte
du grand mur de la façade Est du voit Horus », le titre de la Reine par
funéraire de la famille royale : le Roi,
Temple du Nord ou en ce lieu même, la Reine et la Princesse. excellence à cette époque, et princesse
montrant de fait avec une certaine de sang royal, elle-même suivie de la
probabilité le site même de leur Fait d’importance, le programme Princesse royale Jnt k3 s, trois noms
implantation, principalement dans iconographique utilisé montre royaux que l’on retrouve sur un autre
le Nord du complexe funéraire, dans clairement sur toute la centaine monument royal contemporain. Il
la Cour du Serdab. Quant au type d’objets connus la pérennité d’une s’agit en effet des fragments d’un
de la « borne tronconique », avec une image fixée pour l’éternité, celle de la petit naos trouvés par l’égyptologue
assise de plus d’un mètre de diam. trinité royale : Roi, Reine et Princesse et archéologue italien Schiaparelli,
et mesurant env. 2,00 m de haut et faisant face à un canidé couché sur vers la fin du XIXe siècle, sur le site
plus, il est formé d’un assemblage de le ventre, que l’épithète de « Celui qui de l’ancienne Héliopolis, l’un des

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3Colonnade d’entrée du complexe remonté par anastylose.

uns contre les autres sur leur socle,


les pieds de deux femmes adultes, la
Reine et la Princesse ainsi que ceux de
deux petits enfants telles que femmes
et enfants sont en général représentés
dans la statuaire funéraire de cette
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époque reculée, les pieds serrés, l’un


contre l’autre, tandis que l’homme
est généralement figuré avec le pied
gauche en avant ou concernant le roi
de taille nettement surdimensionnée.

De retour à la lumière, l’enquête nous


aura ainsi conduit à travers tout le
site du complexe funéraire royal du
pharaon « Djéser » en suivant le fil
d’Ariane de très nombreux indices
matériels, archéologiques aussi
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bien qu’iconographiques connus,


peu ou non connus, vers les restes
grands centres religieux de l’Égypte sorte de Serdab familial… d’autant épars, mais probables d’une famille
pharaonique, et sur lesquels figure que celui-ci, tout comme celui du royale, la toute première de son état,
entre autres une gigantesque roi, se trouve à proximité d’une cour si bien connue, qui fut inhumée
représentation de l’Horus Netjerikhet jubilaire, la Cour du Heb Sed, celle de en cette 1re moitié du troisième
assis en grand apparat, dont il ne la Fête du renouvellement des forces millénaire au plus proche du caveau
subsiste que la partie des pieds aux vitales du Roi et la Cour du Serdab, de Pharaon, Époux et Père dans un
genoux. Digne d’attention sont ici celle du lieu de culte de la statue luxe et un raffinement tels qu’il sied
d’une part la parité féminine maintes royale et divine ainsi que de leurs aux membres de la famille royale,
fois rencontrée – Reine et Princesse – sépulcres respectifs, les Galeries I-V inaugurant en cela non seulement
se tenant cette fois debout devant ses et la royale Pyramide. S’il est alors une tradition qui sera reprise par le
pieds, et de l’autre une jeune femme bien tentant de vouloir identifier pharaon « hérétique » et sa famille
agenouillée, entourant les chevilles dans ce groupe de quatre statues les à Amarna, mais innovant aussi
du roi, dans un signe d’affection royales personnes du Roi, de la Reine puisque mettant en lumière pour la
et d’intimité qui pourrait suggérer, et de leurs deux enfants royaux, donc toute première fois dans l’histoire
surtout à ces époques reculées, soit du père et de la mère ainsi que celles de l’Égypte pharaonique un aspect
une fille royale en bas âge, soit une de leurs deux progénitures, il est tout jusqu’alors peu souligné dans la
seconde épouse… et qui ne porte que aussi tentant de se demander si nous littérature, celui du rôle essentiel de la
son nom : Nj `nh Hwt hr, ce qui permet n’aurions point là les restes de la famille royale, surtout de la Reine et
par la même occasion d’identifier un de la Princesse, dans la pérennisation
représentation statuaire des membres
troisième membre de cette famille intemporelle et éternelle du processus
de la famille royale reposant dans
royale, portant son nombre à quatre. cyclique du renouvellement des
leurs galeries-caveaux… la Reine et
Ce sont aussi curieusement quatre forces vitales de l’Horus Netjerikhet
ses enfants reposant effectivement
paires de pieds, deux grands et deux en son complexe funéraire, jubilaire
seulement à quelques mètres de
plus petits qui sont restées en place et familial à Saqqara.
là, un peu plus au Nord, dans les
comme figées dans le temps, fixées
Galeries I-V…
sur leur socle commun dans une
petite chapelle de la Cour du Heb Sed Mieux encore, il ne paraît pas exclu
du complexe funéraire royal. Ils sont de vouloir reconnaître dans les restes
sans doute les derniers vestiges d’un « podologiques » pétrifiés, serrés les
groupe statuaire de quatre personnes,
qui devaient se tenir debout, et dont
B?JJxH7JKH;:;Hx<xH;D9;
les plus grandes devaient mesurer un
M. Baud, Djéser et la IIIe dynastie, « Les Grands Pharaons », éd. Pygmalion,
peu plus de 2,00 m de hauteur et qui
Paris, 2002.
étaient emmurées dans cette petite
chapelle. Cette remarque est d’autant M. Lehner, The Complete Pyramids, Londres, 1997.
plus intéressante qu’elle nous fait C. Firth et J. E. Quibell, The Step Pyramid, Vol. II, Le Caire, 1935.
penser invariablement à l’idée d’une

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