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Fribourg Caroline Demuth et Silvia Les Caraïbes se racontent au piano

Baechler exposent à l’Espace 25 Fribourg. Manon Mullener sort avec Cesar Correa son premier disque.
Ils déploient leur latin-jazz en sept titres. A écouter demain au Centre
sous le thème du contraste L 35 Le Phénix. L 32

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LA LIBERTÉ
JEUDI 23 JANVIER 2020

L’humoriste présente son nouveau one-woman-show, Road Trip, au Bilboquet et au Bicubic

Se dépayser avec Sandrine Viglino

Sandrine
Viglino avoue
qu’elle aime
conduire. C’est
en voiture
qu’elle rêve de
voyager dans
Road Trip, son
nouveau seule-
en-scène.
Ce qui ne
l’empêche pas
de s’inquiéter
pour l’écologie.
Gianluca Colla

K ELISABETH HAAS stand-up parce que j’aime par- moment) à l’excitation du dé- projections sur des bandes Ainsi son succès, elle le par-
ler aux gens», annonce San- part, de la panne de moteur au d’écran disposées dans l’espace, tage: «On m’a dit que le spectacle
drine Viglino. Après un précé- mauvais quai de gare, du porte- dans une scénographie qui en- était frais. J’avais envie que le
Rencontre L Sur scène elle a le dent spectacle, Imagine+, qui monnaie oublié aux restau- tend ouvrir l’imaginaire. «Road public ressorte boosté», avoue
look total jean: une tenue volon- évoquait l’humain augmenté, rants qui n’ouvrent pas avant Trip est un spectacle qui peut se Sandrine Viglino. Comme le vent
tairement confortable, sans elle change donc encore une fois 21 h quand on a faim à 18 h, des jouer partout. Je voulais un dans les cheveux quand file la
chichi: «J’ai envie d’être la bonne complètement de registre. Elle a photos foireuses et des ratés du show avec musique, sound de- décapotable. Ou après un concert
copine qui pose des questions et même mis de nouvelles cordes à GPS interne, les «galères» du sign et bande-son, mais je vais de Gianna Nannini. L’humoriste
se marre de ses aventures», pré- son arc: celles de la guitare, «Je viens du voyage sont autant de possibili- aussi dans des petites salles, n’a que faire des références éli-
vient Sandrine Viglino, abor-
dable et sincère quand elle dé-
qu’elle a dû bosser! Allez trans-
porter ne serait-ce qu’un piano
rock, du funk. tés de rire d’elle-même et de
nous. Le Bilboquet, à Fribourg,
j’aime aussi les spectacles inti-
mistes. Nous essayons de faire
tistes: elle a aimé voir dans les
concerts de l’Italienne un public
fend son nouveau one-woman- droit en décapotable, alors un J’ai envie qu’on accueille ce nouveau solo ce du spectacle un événement, où de tous bords, qui réunissait «des
show, Road Trip. Ce qui n’em- Steinway… Mais un fil rouge vendredi (c’est déjà complet), qu’il se joue, prévient l’humo- ados de 14 ans et leurs grands-
pêche pas le spectacle d’être tra- demeure, dans toutes ses activi- sente les basses» avant le Bicubic, à Romont, le riste. Je viens du rock, du funk. parents, des couples, des céliba-
vaillé, avec une bande-son soi-
gnée, des chansons faites pour
tés: son sens de l’entertainment
qu’elle défend depuis plus de
 Sandrine Viglino 1er février, et une tournée ro-
mande qui continue.
J’ai envie qu’on sente les basses,
même si c’est un spectacle tout-
ta i re s, de s gays. L e s gens
chantent avec elle, ils se sentent
qu’on puisse les reprendre avec vingt ans de carrière. Pour le Bilboquet, Sandrine terrain. Ça bouge beaucoup, il y mieux après.» Comme s’ils
elle, des projections suggestives Viglino prévoit en principe une a du rythme, ça avance, j’y vais étaient partis en vacances.
(en tout cas dans la version des- «Il y a du rythme» adaptation «coin du feu», en à fond.» Mais ose-t-on encore prendre
tinée aux grandes scènes). L’hu- De la préparation de la valise mode complice, du spectacle. la route (ou, pire, l’avion) à
moriste tient à parler «aux mecs (que certains font des semaines Au Bicubic elle donnera la ver- Booster le public l’heure des manifestations
comme aux filles», aux quadras à l’avance et d’autres au dernier sion «grande salle», avec des Cette fois, elle n’a pas écrit elle- contre le réchauffement clima-
comme elle aussi bien qu’à la même les chansons. Elle a fait tique? Ose-t-on se rabattre sur
génération Instagram, aux appel à Oldelaf (auteur de La le McDo par crainte de goûter
abonnés du stand-up version TIRER LA PRISE: À CHACUN SON AVENTURE Tristitude), qui lui a troussé des aux mixtures locales? Sandrine
YouTube aussi bien qu’à son textes et des mélodies à fredon- Viglino ne cache pas son indul-
public fidèle qui l’a déjà vue dans «Est-ce qu’on arrive encore à rêver à un lieu, à se à tout le monde. Quitter «sa zone de confort», re- ner, dont u ne qu i ég rène gence envers elle et les autres.
l’hommage Tribute to Alain Mo- projeter dans un endroit rêvé», demande Sandrine connaître «ses failles» ne demande pas le même comme un chapelet rêvé des Son désir de voyage et d’aven-
risod. «Tout le monde peut se Viglino? Sans suivre les modes ou les musts trop effort à chacun, qu’il s’agisse de dépasser sa peur lieux exotiques à consonance ture remonte aux vacances de
reconnaître», avance-t-elle. courus, trop spectaculaires? L’humoriste valai- de l’avion ou des bivouacs à la belle étoile. ludique comme «le Machu Pic- son enfance: l’horizon de sa fa-
Le thème du voyage lui per- sanne devine que, pour certains, l’aventure serait Pas besoin donc de rêver d’une vie plus palpitante chu, Ouagadougou, le lac Titi- mille valaisanne allait presque
met cette universalité. Loin des de débrancher pendant six mois, pour d’autres, un ou d’être quelqu’un d’autre. L’aventure peut se pas- caca. J’aimais son style, j’avais jusqu’à la mer: «Nous allions
chapelles et des étiquettes. Car petit voyage de deux semaines. Elle, personnelle- ser au coin de la rue et passer par des exploits envie de m’ouvrir et de confier tous les ans au même endroit,
l’artiste est à l’aise aussi bien au ment, aime conduire, elle vibre encore de ses sou- beaucoup plus modestes, comme «changer de mon bébé à d’autres», motive au camping de la Maladaire, au
piano, comme accompagna- venirs états-uniens: elle s’imagine donc en décapo- coupe de cheveux», claquer une porte et oser dire Sandrine Viglino. Pour la mise bord du lac Léman», se sou-
trice de Yann Lambiel, qu’à la table, américaine de préférence, dans un Road Trip non. «Il n’y a pas de petite ou de grande aventure, en scène, elle a fait confiance vient-elle. C’était d’abord dans
composition, à la radio (Les Di- à la Thelma et Louise, avec la musique du film du sourit Sandrine Viglino: nous avons tous des au comédien Damien Jouille- les rencontres que se jouait le
codeurs) que sur scène. Elle même nom dans les oreilles. Mais elle mesure que choses à réaliser», à notre échelle. L’humoriste et rot, ta nd is que toute u ne dépaysement. L
chante, joue la comédie et ra- l’aventure dans des contrées lointaines à la ma- musicienne pose un regard plein d’empathie: équipe fidèle, pour l’écriture, la
conte: «J’ai mis dans Road Trip nière de Sarah Marquis, qu’elle a pu accompagner «Nous sommes tous des gens courageux à diffé- vidéo ou les sons, reste à ses F Ve 20 h 30 Fribourg
Le Bilboquet (COMPLET). Aussi le sa
tout ce que j’aime faire, des dé- en Tasmanie et qui l’a inspirée, n’est pas accessible rents niveaux.» EH côtés. «Je suis seule en scène, 1er février au Bicubic de Romont. Puis les
lires musicaux, des bijoux de mais je ne suis pas solitaire», 5, 6, 7 février à la Grenette de Vevey et
sketchs très précis, une facette insiste-t-elle. les 13, 14 mars à Bienne, Nebia Poche.