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Aimer en toute infidélité: L'analyse d'un adultère

hors-norme dans Hiroshima mon amour

Vincent Grégoire

Romance Notes, Volume 58, Number 1, 2018, pp. 17-27 (Article)

Published by The University of North Carolina at Chapel Hill, Department


of Romance Studies
DOI: https://doi.org/10.1353/rmc.2018.0002

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AIMER EN TOUTE INFIDÉLITÉ : 
L’ANALYSE D’UN ADULTÈRE HORS-NORME
DANS HIROSHIMA MON AMOUR

VINcENT GRÉGOIRE

En mémoire à mon père

DENIS de Rougemont explique, dans L’Amour et l’Occident, que, depuis des


siècles, l’adultère est un thème central des littératures européennes. Et la lit-
térature française n’y fait pas exception, tout au contraire. Rougemont, après
avoir  posé  la  question:  “Sans  l’adultère,  que  seraient  nos  littératures?”  (17)
expose  la  raison,  selon  lui,  de  la  «  popularité  »  de  ce  thème:  “la  moitié  du
malheur humain se résume dans le mot d’adultère” (17).
Hiroshima mon amour, la célèbre œuvre de Marguerite Duras écrite pour
le cinéma en 1958 et portée à l’écran par Alain Resnais en 1959, présente une
histoire  d’adultère  hors-norme  dans  la  mesure  où  les  deux  héros,  s’ils  tom-
bent  violemment  amoureux  l’un  de  l’autre  lors  d’une  rencontre  de  passage,
expliquent  qu’ils  sont  heureux  avec  leur  époux  respectif:  “Lui:  ‘Je  suis  un
homme qui est heureux avec sa femme.’ – Elle: ‘Moi aussi je suis une femme
qui est heureuse avec son mari.’ Ceci est dit dans une émotion véritable” (OC
II 45-46, italiques de l’auteur).1 Dans l’ouvrage, Duras mentionnera par deux
fois  encore  ce  bonheur  conjugal  :  dans  le  synopsis:  “ce  sont  des  gens  heu-
reux dans le mariage et qui ne cherchent ensemble aucune contrepartie a une
infortune conjugale” (OC II 10); et en appendice : “Il [le Japonais] n’est pas
coureur.  Il  a  une  femme  qu’il  aime,  deux  enfants”  (OC II 102,  italiques  de
l’auteur). Pourquoi Marguerite Duras a-t-elle inclus cet élément, somme tou-

1
Nous  nous  référons,  dans  cette  étude,  à  l’ensemble  des  textes  de  Duras  inclus  dans  les
Œuvres complètes (Pléiade, vol. 2): le scénario et les dialogues, le synopsis, les appendices, et
divers textes publiés sous le titre “Autour d’Hiroshima mon amour.” A ces écrits s’ajoutent un
texte  provenant  de  Les Yeux verts.  Nous  allons  qualifier  les  protagonistes  de  “Japonais”  et
“Française,” ou de “Lui” et “Elle,” ou encore de héros et héroïne.

Romance Notes 58.1 (2018): 17-27


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te de détail, qui n’était pas nécessaire à l’intrigue et pouvait surprendre, pour
ne pas dire choquer, le spectateur? Etait-ce pour provoquer un “effet de réel”
à la Barthes et rendre l’histoire encore plus crédible par l’insertion d’un sen-
timent  amoureux  apparemment  paradoxal? A  moins  que  le  but  n’ait  été  de
refléter une nouvelle “sensibilité du cœur” anticipant la libération sexuelle et
sentimentale des années 1960?2
cette situation “d’adultère heureux” pour le moins originale et certaine-
ment  de  rupture,  en  1958-59,  par  rapport  à  la  tradition  littéraire  amoureuse
évoquée  par  Rougemont,  si  elle  singularise  les  personnages  principaux  de
cette  œuvre,  ne  convainc  cependant  pas  pleinement.  Simone  de  Beauvoir
explique,  dans  Le Deuxième sexe,  que  la  femme  qui  tombe  amoureuse  “est
rarement  tout  à  fait  sincère  quand  elle  prétend  n’envisager  qu’une  aventure
sans lendemain tout en escomptant le plaisir, car le plaisir, loin de la délivrer,
l’attache” (615). En ce qui concerne plus précisément la relation amoureuse
adultérine, le psychiatre et psychanalyste Gérard Leleu écrit que “toute infi-
délité repose sur une insatisfaction” (Wattier et Picard 395), cependant que le
psychologue Aldo Naouri explique, lui, que “l’adultère n’est jamais, jamais
[mot  qu’il  répète]  l’effet  d’un  caprice  ou  d’un  hasard.  Il  s’inscrit  toujours
dans  un  parcours  existentiel  dont  nombre  d’éléments  proches  ou  lointains
auront rigoureusement déterminé sa survenue” (41). 
Nous allons, dans cette étude, tenter de comprendre pourquoi Marguerite
Duras,  défiant  la  morale  de  l’époque,  a  animé  les  deux  personnages  d’un
désir  d’aimer  “en  toute  infidélité”  alors  que  ce  sentiment  s’oppose  encore
fortement  à  la  culture  dominante  et  n’apparaît  avoir  aucun  rôle  fonctionnel
dans l’histoire. Est-ce l’émancipation culturelle et sexuelle en voie d’éclosion
caractérisant la fin des années 1950 qui a incité l’auteur de Hiroshima mon
amour à  prêter  ces  sentiments  aux  protagonistes?  Peut-on,  dans  un  autre
mode de pensée, aller jusqu’à dire, comme le fait Jacqueline Sudaka-Bénazé-
raf, que dans “Hiroshima mon amour les deux personnages sont mariés mais
leur rencontre n’a aucun rapport avec un adultère”(95)?

christophe  carlier,  dans  son  ouvrage  intitulé  Marguerite Duras, Alain


Resnais: Hiroshima mon amour,  expose  ainsi  les  deux  griefs  régulièrement
avancés contre “Elle,” à l’époque de la sortie du film:  

Elle a le double tort de formuler ce que d’autres laissent entendre (“J’aime bien les garçons”)
[ . . . alors qu’elle a] des enfants, un métier et un avion à prendre, et appartient à ce titre à un

2
Il faut préciser que Marguerite Duras, intellectuelle à l’esprit libre, n’a jamais revendiqué
l’étiquette féministe et l’a même repoussée dans les années 1980 (Anderson 9), ce qui ne veut
pas dire qu’elle n’était pas dans la mouvance de ce courant.
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monde qui peut blâmer sa conduite. [ . . . ] La Française est encore critiquable parce que son
adultère  n’est  pas  justifié  par  le  poids  de  souffrances  conjugales:  “Je  suis  une  femme  qui  est
heureuse avec son mari” dit-elle. (98)

Et carlier de conclure: “cette nouveauté dans la conception du personna-
ge  aura  sans  doute  compté  plus  que  son  rejet  coléreux  des  consensus
moraux”  (98).  En  résumé,  “Elle”  choque.3 Elle  choque  par  son  anticonfor-
misme et par son “libertinage” qu’elle revendique. 
Le “libertinage” de la Française est perçu comme d’autant plus choquant
qu’il  n’est  pas  expliqué  par  la  traditionnelle  condition  de  “mal  mariée”  de
nombre d’héroïnes de la littérature française. Le comportement du Japonais,
très  semblable  à  celui  de  la  Française,  est,  lui,  essentiellement  passé  sous
silence par la critique de l’époque, et le protagoniste, heureux dans le maria-
ge  comme  “Elle,”  n’est,  à  l’inverse  de  l’héroïne,  pas  critiqué  par  l’opinion
lors  de  la  sortie  du  film.  Deux  poids,  deux  mesures,  semble-t-il.  Nous  y
reviendrons. Pourquoi Resnais et Duras ont-ils donc représenté deux protago-
nistes  “heureusement  mariés”  dans  le  film,  et  non  pas  deux  amants  d’une
semaine soumis à des relations conjugales difficiles ou placées sous le sceau
de l’indifférence?
L’homme, du point de vue du droit et d’une culture patriarcale très long-
temps dominante en Occident, a été avantagé dans sa quête amoureuse.4 Il a
donc pu concrètement, et beaucoup plus facilement que la femme, satisfaire
ses désirs sans s’attirer les foudres de la justice et l’opprobre public. Le héros
masculin  de  Hiroshima mon amour,  quoique  d’origine  extrême-orientale,
n’est en réalité qu’assez peu “japonais.” Duras et Resnais inventent en effet
un  personnage,  certes  de  nationalité  nippone  mais  très  occidentalisé,  qu’ils
affublent d’un accent français relativement peu prononcé, d’une solide édu-
cation  française  et  de  traits  modérément  orientaux.  Dans  un  entretien,

3
Robert Harvey, l’auteur de l’appareil critique de Hiroshima mon amour publié dans la col-
lection de la Pléiade, présente ainsi le personnage de “Elle” tel que Duras l’a conçu, tout à la
fois ordinaire et sexuellement libéré: “Duras a fait de son personnage une femme somme toute
ordinaire, mais dont la sexualité directe et simple – ‘j’aime bien les garçons’ – pouvait choquer
un certain public” (Notice, OC II 1636). La romancière a pensé un moment en faire une prosti-
tuée  puis  s’est  ravisée  (OC II 117).  Peut-être  y  a-t-elle  pensé  parce  que,  comme  l’explique
l’historien  Henry  Rousso:  “les  femmes  tondues  [à  la  Libération],  quels  qu’aient  été  leurs
‘crimes’ réels, ont été souvent assimilées à des prostituées. [… Elles étaient] symboliquement
accusées d’avoir ‘trompé’ la nation et de l’avoir ‘souillée’ à travers leur propre corps” (504-05).
4
Il a eu historiquement le droit de son côté. Par exemple, avant 1975, l’infidélité féminine en
France était un délit en toute circonstance, cependant que l’infidélité masculine n’était un délit
que si elle était commise au domicile conjugal. Jusqu’à récemment encore, le code pénal frap-
pait lourdement la femme (consulter Adler: Secrets d’alcôve, chap 5: “L’adultère”; Wattier et
Picard 384; ou encore Houel 8 et 18). 
20 ROMANcE NOTES

Resnais  fait  ainsi  la  description  du  héros:  “c’est  un  Japonais  extrêmement
tourné vers l’Occident. Ni Marguerite Duras ni moi n’avons connaissance de
l’âme  japonaise.  ce  serait  prétentieux  de  notre  part  de  vouloir  ‘peindre  le
caractère japonais’!” (214). cette œuvre ne porte donc en rien sur la culture
japonaise,  quelle  que  soit  l’importance  symbolique  majeure  inscrite  dans  la
ville d’Hiroshima, et n’y a jamais prétendu. Son but est d’universaliser l’his-
toire des deux protagonistes affectés par la mort et le malheur en estompant
au  maximum  les  différences  géographiques,  historiques,  raciales  et  cultu-
relles qui les séparent.
Marguerite Duras, tout en approfondissant le propos de Resnais, insiste,
elle, sur le caractère séduisant de l’homme:

c’est un homme d’une quarantaine d’années. Il est grand. Il a un visage assez “occidentalisé.”
[  .  .  .  ]  Il  ne  faut  pas  que  le  spectateur  dise:  “que  les  Japonais  sont  séduisants!,”  mais  qu’ils
disent:  “Que  cet homme-là est  donc  séduisant!”  [  .  .  .  ]  Si  le  spectateur  n’oublie  jamais  qu’il
s’agit d’un Japonais et d’une Française, la portée profonde du film n’existe plus. Si le specta-
teur l’oublie, cette portée profonde est atteinte. (OC II 101, italiques de l’auteur)5

Romancière  comme  cinéaste  cherchent  à  universaliser  cette  histoire


d’amour de deux êtres victimes de la guerre. “Il faut que ce film franco-japo-
nais n’apparaisse  jamais franco-japonais [  .  .  .  ].  ce  serait  là  une  victoire”
(OC II 101,  italiques  de  l’auteur),  explique  encore  Duras.  En  cela,  elle  et
Resnais vont essentiellement réussir cette gageure.
Le type de relation qui lie le Japonais à son épouse est particulier. Il aime
sa femme mais pas au point de lui être totalement fidèle si le grand amour de
rencontre, de passage, se présente. Il est intéressant d’observer que Duras va
défendre son comportement, expliquant que le Japonais “n’est pas coureur,”
a une épouse dont il est épris et deux enfants, mais qu’“Il aime cependant les
femmes” (OC II 102, italiques de l’auteur). 
Le “cependant” employé par Duras cherche-t-il à justifier cette faiblesse?
La romancière poursuit en expliquant que le Japonais n’a jamais fait “carriè-
re  d’‘homme  à  femmes’”  et  n’en  aime  pas  l’idée  mais,  croit  à  l’“aventure
véritable”  même  si  celle-ci  n’est  qu’éphémère.  c’est  à  ce  moment-là  que
Duras  décrit  l’aspect  contradictoire,  et  d’autant  plus  humain  à  ses  yeux,  du
comportement  du  Japonais:  “il  vit  avec  cette  jeune  Française  une  aventure
véritable,  même  si  elle  est  de  rencontre.  c’est  parce  qu’il  ne  croit  pas  à  la
vertu  des  amours  de  rencontre  qu’il  vit  avec  la  Française  un  amour  de  ren-
contre  avec  cette  sincérité,  cette  violence”  (OC II 103).  La  romancière
défend l’amour par l’amour, une défense qu’elle a fait précéder d’une maxi-

5
Elle poursuit un peu plus loin: “De profil, il pourrait presque être français” (OC II 102).
AIMER EN TOUTE INFIDÉLITÉ 21

me “à la Jésus christ”: “Que celui qui n’a jamais connu l’amour d’une seule
femme  est  passé  à  côté  et  de  l’amour  et  même  de  la  virilité”  (OC II  102).
Duras avec humour récrit l’Evangile. 
Il  est  intéressant  de  remarquer  que  l’écrivain  applique  cette  formule  au
héros, comme pour atténuer, pour ne pas dire même justifier, son acte d’infi-
délité conjugale. D’une certaine manière, cet “amour de rencontre” du Japo-
nais  représente  l’exception  à  la  règle  que  cela  ne  lui  arrive  pas.  Il  est
essentiellement fidèle à son épouse; et cette passion de passage ne remet pas
en cause la profondeur et authenticité de son amour pour cette dernière. cette
logique adoptée par Duras pour expliquer le comportement du Japonais relè-
ve d’une casuistique de l’amour très “durassienne.”
Autant  la  romancière  défendait  l’amour  du  Japonais  pour  son  épouse
dans lequel s’inscrivait cette rencontre amoureuse exceptionnelle, autant elle
ne cherche pas à disculper la Française qui n’a rien à se faire pardonner, elle
qui vit et aime parce qu’elle n’est pas morte d’avoir aimé. Selon les mots de
la  romancière,  “Elle”  est  “davantage  que  les  autres  femmes  ‘amoureuse  de
l’amour même’” (OC II 103), une formule qui ne peut manquer d’évoquer la
maxime  de  La  Rochefoucauld:  “Dans  les  premières  passions,  les  femmes
aiment l’amant, et dans les autres, elles aiment l’amour” (Maxime 471).
Tandis  que  Duras  fait  allusion  à  la  morale  d’un  “évangile  de  l’amour”
pour justifier la passion du Japonais pour la Française, elle fait implicitement
référence à la Rochefoucauld pour expliquer les amours de la Française. Au
“il aime cependant les femmes” (OC II 102) du Japonais, elle oppose “J’aime
bien  les  garçons”  (OC II 34)  énoncé  par  “Elle.” Alors  que  la  liaison  extra-
conjugale de l’homme se doit d’être justifiée, la femme se voit, elle, accorder
par  la  romancière  un  droit  d’aimer  dans  la  plus  grande  liberté  et  infidélité.
comment expliquer cette différence de traitement?
Elaine  Michalski  et  Maurice  Gagnon  écrivent,  dans  un  article  intitulé
“Marguerite  Duras:  vers  un  roman  de  l’ambivalence,”  que  “la  romancière
[dans  ses  textes]  vacille  entre  l’acceptation  des  valeurs  bourgeoises  et  la
révolte”  (376).  cette  phrase  explique  peut-être  le  statut  différent  conféré,
dans la même œuvre, au Japonais et à la Française. Tandis que la philosophie
du  premier  adhère  essentiellement  à  des  valeurs  conservatrices,  celle  de  la
seconde relève, d’une certaine manière, de la révolte.
Autant “Lui” est un être relativement simple, lucide, qui vit dans le pré-
sent,  autant  “Elle”  est  un  être  complexe,  inconsciemment  déchiré  de  l’inté-
rieur  par  un  amour  passé  qu’elle  s’est  toujours  efforcée  de  réprimer.  cette
rencontre amoureuse, la première de cette intensité semble-t-il pour les deux
protagonistes, va permettre à la Française de révéler le secret qui la hante, et
à son interlocuteur de jouer le rôle de thérapeute, de psychanalyste, mais aus-
22 ROMANcE NOTES

si métaphoriquement d’architecte (qu’il est dans la vie), pour “reconstruire”
l’héroïne, la relever de ses “ruines sentimentales.”6
ce thème de la reconstruction de l’héroïne a déjà été souvent traité, nous
n’y reviendrons pas.7 Nous allons, dans la suite de ce développement, cher-
cher à mieux comprendre “Elle” qui dit aimer son mari et le trompe sans état
d’âme,  ne  lui  a  jamais  avoué  son  amour  de  jeunesse  (cf.  OC II 61)  et  se
déclare  d’une  “moralité  douteuse”  (OC II 34).  Nous  allons  analyser  la  psy-
chologie  de  ce  personnage,  voir  comment  cette  psychologie  a  été  diverse-
ment  comprise  par  les  critiques  et  étudier  dans  quelle  mesure  Duras  et
Resnais ont fait de la Française l’incarnation d’une époque en mutation (une
époque que l’on fait généralement commencer à la fin des années 50). 
L’héroïne,  quand  elle  rencontre  le  Japonais,  a  32  ans.8 Resnais  avance
l’hypothèse  selon  laquelle  “[s]a  rencontre  avec  le  Japonais  lui  fait  surtout
découvrir ce qui lui a manqué pendant dix ans de vie conjugale. Elle dit bien
avoir  été  heureuse,  mais  je  pense  que  son  mariage  est  surtout  une  union
affectueuse et tranquille. Le choc érotique la bouleverse” (Leutrat 83). Bien
qu’elle ait déjà eu des aventures amoureuses, la rencontre avec le Japonais va
avoir  un  effet  cathartique.  c’est  lui  qui  va  permettre  à  l’héroïne  de  revivre
l’épisode de son premier amour, de le lui “représenter,” soit littéralement de
le rendre à nouveau présent à ses yeux par la fusion qui va s’opérer dans l’es-
prit de la Française entre l’Allemand et le Japonais. 
ce que l’amant du moment va réussir à faire, soit ouvrir les vannes à ce
réprimé  amoureux  et  permettre  ainsi  à  l’héroïne,  dans  une  certaine  mesure,
de  se  réconcilier  avec  elle-même  en  se  reconstruisant  sentimentalement,  le
mari n’aura, lui, pas su. Heureuse en couple, alors? Oui si on imagine que la
Française est un être contradictoire, partagé entre l’adhésion à certaines insti-
tutions traditionnelles – la famille comme ancre de stabilité, le mariage com-

6
L’auteur de la Notice d’Hiroshima mon amour, dans les Œuvres complètes de Duras, écrit
ainsi au sujet de la dimension thérapeutique de la parole et de l’écoute de l’amant oriental: “Le
Japonais comprend très tôt, comme intuitivement, les possibilités thérapeutiques de cette sub-
stitution chronologique chez sa maîtresse passagère. S’il y a une chance pour que celle-ci fasse
enfin  le  deuil  de  l’Allemand,  il  faut  l’aider  à  faire  face  à  son  soleil  noir.  Pour  qu’elle  puisse
commencer à l’oublier suffisamment, il faut qu’elle s’en souvienne. A cette substitution dans le
temps correspond alors une substitution des sujets parlants […] En prenant la place de l’amant
passé, l’amant présent déclenche chez la Française un flot de paroles. Le silence se mue en pro-
lixité” (OC II 1639). 
7
consulter  sur  ce  thème,  entre  autres  études:  “The  Subject  in/of  History:  Hiroshima mon
amour”  par  Lane,  “Destruction  and  Reconstruction  in  Hiroshima mon amour”  par  Mercken-
Spass, “L’oubli et la répétition: Hiroshima mon amour” par Etienne, ou encore “Hiroshima mon
amour Revisited” par cismaru.
8
consulter Appendices, 103. L’histoire de Hiroshima mon amour se déroule en août 1957
(OC II 7) et l’héroïne a 19 ans en 1944 lorsqu’elle est tondue (OC II 11). 
AIMER EN TOUTE INFIDÉLITÉ 23

me promesse d’une vie calme et sans remous – et la remise en cause de cette
vie bourgeoise conformiste. Il est possible d’imaginer que le mari de la Fran-
çaise a apporté à cette dernière, depuis une dizaine années, une paix de l’es-
prit au prix d’une partielle anesthésie du cœur.
Son mari, l’héroïne l’aime probablement, comme le laissent entendre ses
propos,  mais  pas  comme  elle  a  aimé  l’Allemand  à  Nevers,  ou  à  Hiroshima
par Japonais interposé. ce bonheur qu’elle évoque, cette déclaration de fem-
me  “heureuse  avec  son  mari”  (OC II 46)  qu’elle  avance  semblent  authen-
tiques dans le contexte conjugal et familial qui est le sien. Etre contradictoire
qui  paraît  heureuse  dans  le  mariage  mais  s’abandonne  régulièrement  à  des
frasques de passage, elle redécouvre à Hiroshima l’amour-passion de sa jeu-
nesse qu’elle croyait éteint. 
Le problème de la Française est peut-être, comme le suggère Duras, une
certaine  solitude,  le  prix  à  payer  pour  cette  liberté  dont  elle  est  éprise  mais
dont  elle  est  aussi  dépendante.  Marguerite  Duras,  dans  l’article  intitulé  “La
solitude,” explique: “[q]uand on parle des gens seuls, c’est aussi là, dans ces
couples  qui  se  disent  heureux,  stables,  qu’on  les  trouve.  [  .  .  .  ]  La  femme
d’Hiroshima  est  seule,  elle  a  été  rendue  à  la  solitude  par  la  mort  du  jeune
Allemand.  Elle  reste  seule  même  dans  le  mariage,  la  maternité”  (Les Yeux
verts 90-91). Les aventures amoureuses d’“Elle,” qui s’inscrivent dans cette
liberté empreinte d’une certaine solitude, n’ont, semble-t-il, jamais menacé la
stabilité de son mariage ni sa vie de famille, elle qui est mère de deux enfants
(OC II 8). Plutôt qu’une double vie, c’est une vie doublement pleine qu’elle
mène,  une  vie  que  ne  minent  en  rien  scrupules  et  états  d’âme  parce  que  la
Française  ne  se  sent  coupable  d’aucune  transgression  particulière.  comme
l’écrit Anna  Ledwina,  “Elle”  est  le  modèle  type  de  la  “femme  durassienne 
[ . . . ] une personne audacieuse qui n’a pas peur de l’amour, qui ose vivre
pleinement sa vie telle qu’elle lui convient, y compris sa sexualité” (2).
Resnais  explique  dans  une  interview  que  c’est  après  avoir  lu  Moderato
Cantabile (publié en 1958) qu’il a pressenti Duras: “dans ma tête c’était un
peu  une  espèce  de  Moderato Cantabile,  mais  d’où  l’angoisse  atomique  ne
serait  pas  absente”  (“Entretien  avec  Alain  Resnais”  215).  Duras  qualifie
Anne Desbaresdes de “femme adultère” (84) en dernière page de l’ouvrage,
après le seul baiser échangé entre elle et chauvin, un baiser qui conclut leur
relation.  Dans  Hiroshima mon amour,  la  relation  adultérine  entre  “Elle”  et
“Lui” est tout autre: immédiate, passionnée et pleinement cathartique pour la
femme; mais Duras ne qualifie plus la relation d’“adultère,” cette fois-ci. La
romancière va écrire que, pour l’héroïne, “c’est là l’équivalence non seule-
ment  d’une  possession  amoureuse,  mais  d’un  mariage”  (104,  italiques  de
l’auteur), un mot très fort.
24 ROMANcE NOTES

Laure  Adler,  dans  son  ouvrage  Marguerite Duras,  explique  qu’Anne


Desbaresdes et l’héroïne d’Hiroshima mon amour ont nombre de points com-
muns:  “Toutes  deux  s’approchent  de  l’homme  qu’elles  savent  aimer  mais
pour mieux se dérober. Elles souhaitent se livrer corps et âme, mais sans ces-
se elles s’échappent. Elles vivent dans un rêve, distraites par ce rêve, sollici-
tées par lui mais incapables de le vivre” (524). Son propos est partiellement
incorrect dans la mesure où “Elle” va, en fait, “se livrer corps et âme” (104)
au Japonais qui a réussi à faire revivre un instant l’Allemand, une “résurrec-
tion” qui va aider l’héroïne à en faire le deuil.
Sur un autre plan, le plan des valeurs celui-là, tandis que Duras rattache
Anne à une génération aux valeurs passées, d’où le “jugement” final dans le
roman: “femme adultère,” elle associe la Française d’Hiroshima mon amour
à une génération contestataire incarnant des valeurs nouvelles. cette généra-
tion  qui  désire  que  les  mentalités  changent  pourrait  désormais  se  voir  attri-
buer le slogan: “Ne commet un acte adultère que celui ou celle qui croit en
commettre un.” De Moderato Cantabile à Hiroshima mon amour, on est pas-
sé  du  point  de  vue  d’un  jugement  social  et  collectif  qui  culpabilise  à  celui
d’un jugement individuel et particulier qui exonère.9
“Elle”  est,  comme  nous  l’avons  mentionné,  un  être  contradictoire:
conformiste,  elle  apprécie  les  avantages  du  mariage,  mais  rebelle,  elle  est
loin  de  dédaigner  les  relations  extra-conjugales.  Resnais  décrit  ainsi  son
comportement: “Il y a chez elle une sorte de provocation, de révolte contre
son milieu” (Leutrat 83). Le sociologue Edgar Morin, dans “La femme. Un
nouveau type féminin,” explique, lui, que “le fait que cette femme aime les
garçons, aime faire l’amour, est lié à son individualité propre” (113). “Elle”
est, selon lui, un cas non encore rencontré et, de ce fait, pleinement original
au cinéma: “Je crois que c’est un type nouveau dans le cinéma si pas dans la
littérature” (113).10
Peut-on  alors  qualifier  “Elle”  d’amorale?11 Le  critique  Doniol-Valcroze
explique que l’héroïne est “très enfantine, uniquement guidée par ses impul-
sions et non par ses idées” (Domarchi et al 6) cependant que Jacques Rivette
la décrit comme “une femme [qui] [ . . . ] ne se comprend pas. Elle ne s’ana-
lyse pas” (Domarchi et al 7). Il est vrai que la Française n’a pas une nature
introspective,  paraît  agir  plus  par  impulsion  que  par  raison  et,  en  matière

9
Pour le journal catholique La Croix, “Hiroshima mon amour se signale, moralement, par
une totale confusion des valeurs” (Sellier, La Nouvelle Vague 48).
10
Sellier, évoquant le succès de l’actrice Emmanuelle Riva dans La Nouvelle Vague, écrit qu’
“elle incarne au plus haut point, depuis le film de Duras et Resnais, la femme moderne et auto-
nome” (152).
11
Siclier écrit dans La Femme dans le cinéma français que son “amoralité inquiète” (180).
AIMER EN TOUTE INFIDÉLITÉ 25

amoureuse, semble se laisser facilement entraîner par les élans de son cœur.
Le  lecteur  peut  douter  que  l’héroïne,  jusqu’à  sa  rencontre  avec  le  Japonais,
ait  conscience  de  son  problème  de  refoulement  de  la  première  expérience
amoureuse  qu’elle  a  si  intensément  vécue.  Esprit  rebelle  sans  en  être  vrai-
ment consciente, elle se révolte contre une société patriarcale qui ne l’a pas
comprise,  son  père  aussi  bien  que  les  “patriotes  français”  qui  l’ont  tondue,
alors qu’elle venait à peine de s’épanouir à l’amour.
Amorale donc, la Française d’Hiroshima mon amour, elle qui se déclare
de  “moralité  douteuse”  (OC II 34)  mais  rêve  ainsi  de  l’Allemand  dont  elle
s’est  éprise  en  plein  conflit  mondial:  “dans  mes  rêves  l’immoralité  et  la
morale se mélangèrent de façon telle que l’une ne fut bientôt plus discernable
de l’autre” (OC II 94)? Oui, d’une certaine façon, mais selon nous pas immo-
rale. A-t-elle en l’occurrence conscience de tromper son mari, de lui être infi-
dèle?  Le  professeur  Leleu,  auteur  de  La Fidélité et le couple,  un  ouvrage
publié  en  1999  aux  réflexions  appropriées  pour  l’étude  que  nous  menons,
avance  l’explication  suivante  sur  le  silence  de  dissimulation  d’un  époux  à
l’égard de son conjoint: “Est-ce une infidélité de confier à un tiers ses peines
ou ses secrets, spécialement quand on ne les a pas dits à son partenaire? Mais
si  on  ne  l’a  pas  fait,  c’est  que  peut-être  celui-ci  ne  s’est  pas  montré
accueillant; il se peut aussi qu’on ait voulu éviter de l’inquiéter, ou de le faire
souffrir”  (62).  certes  la  Française  tombe  amoureuse  du  Japonais  parce  que
c’est tout d’abord son “type d’homme,” éduqué, charmant, très bon connais-
seur  de  la  culture  française,  et  qu’il  ressemble  (par  ses  mains,  entre  autre
aspect physique) à l’Allemand. Or, il s’avère que ce Japonais est doué d’une
sensibilité  très  développée  et  d’une  perspicacité  aigüe,  des  qualités  qui  lui
permettent d’identifier le mal amoureux de l’héroïne et de se glisser momen-
tanément dans la peau de l’amant allemand pour faire revivre ce dernier dans
la “scène de confession” au café. 
Le  protagoniste  japonais,  écrit  très  justement  Geneviève  Sellier  dans
“Images de femmes,” est impliqué, à ce moment, comme “instance de légiti-
mation:  de  là  l’abstraction  du  personnage  qui  est  tour  à  tour  un  corps  qui
réveille des sensations/souvenirs, un regard qui interroge, le lieu d’une pro-
jection,  une  écoute  emphatique”  (15).  “Lui”  n’est  alors  pas  sujet  amoureux
mais objet médiateur permettant l’ “accouchement” du souvenir refoulé de la
Française, un souvenir plus vrai que vrai pour cette dernière. Le Japonais a
accepté de jouer le rôle de médium, d’intermédiaire-acteur en favorisant puis
recevant la “confession” qui va permettre à l’héroïne de “panser” sa blessure
amoureuse passée et de se reconstruire sentimentalement. Vu sous cet angle,
le  propos  ambigu  de  Jacqueline  Sudaka-Bénazéraf  selon  lequel,  dans  Hiro-
shima mon amour, les deux personnages sont mariés mais “leur rencontre n’a
26 ROMANcE NOTES

aucun  rapport  avec  un  adultère”  (95)  est  compréhensible  pour  ne  pas  dire
approprié. 
Les deux héros – ou “antihéros,” comme les appellent Nathan Weinstock
(241) – d’Hiroshima mon amour, quoiqu’aimant leur conjoint, en viennent à
vivre  une  brève  mais  intense  liaison  extraconjugale  “en  toute  infidélité.”
Duras et Resnais, par ce film, anticipent les années soixante qui vont remettre
en  cause  les  valeurs  établies  et  précisément  la  morale.  cette  œuvre,  fonda-
mentalement une expression du triomphe de la vie sur la mort et une célébra-
tion  de  l’amour,  redéfinit  en  fait  et  l’amour  et  la  morale.  Resnais,  à  la
question: “Y a-t-il chez vous [dans Hiroshima mon amour] conscience d’in-
troduire  certaines  idées  qui  attaquent  la  morale?,”  répond:  “S’il  y  a  une
morale au film, elle doit être implicite. ce n’est pas un film à thèse, c’est un
film de sentiment” (“Interview avec Resnais” 214). 
Pour  la  Française  d’Hiroshima mon amour,  porte-parole  implicite  de
Duras,  aimer  tout  à  la  fois  mari  et  amant,  certes  de  deux  amours  différents
(respectivement  “amour  raison”  et  “amour  passion”),  c’est  vivre  l’amour
doublement. cependant, la double relation amoureuse que mène, de son côté,
le  Japonais  n’a  que  peu  en  commun  avec  la  double  relation  (triple  même
quand on inclut l’aventure passionnée avec l’Allemand à laquelle l’amant de
passage  a  temporairement  redonné  vie)  de  la  Française.  Le  héros  sait  que
l’aventure qu’il vit avec “Elle” ne va probablement pas durer, même s’il fait
tout  son  possible  pour  qu’elle  se  poursuive,  parce  qu’il  a  essentiellement
accepté, en provoquant la confession qui permet à l’héroïne de se reconstrui-
re  sentimentalement,  de  se  sacrifier,  de  disparaître.  Pour  l’un  comme  pour
l’autre, cette rencontre amoureuse est “vouée à l’impasse” car tous deux doi-
vent  désormais  rejoindre  l’ordre  conjugal  établi.  Ils  sont  “heureusement
mariés,” après tout.

BERRY cOLLEGE

OUVRAGES cITÉS

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