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- GUIDE DE CONSTRUCTION -

SYSTÈME D'ÉPIS POUR LA RESTAURATION DE PLAGE


Protection des berges par la restauration de plage
contre l’érosion du littoral
Basé sur le modèle développé par MM. Maltais et Savard (SEMS)

Préparé par

Comité ZIP de la rive nord de l'estuaire


9, place LaSalle, bureau 101
Baie-Comeau, Québec, Canada G4Z 1J8
www.zipnord.qc.ca

Octobre 2003
© Comité ZIP de la rive nord de l'estuaire
Imprimé au Canada
ISBN 2-9806218-9-7

Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Québec, 2003

Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Canada, 2003


i

Équipe de travail
Équipe de rédaction
Nicolas Roy Géomorphologue, B.Sc. , M.Sc.A., Génie Géologique
Sylvain Boulianne Géographe, B.Sc.
Marie Karine Maltais Technicienne, TACH
Nancy Imbeault Secrétaire administrative, DEC bureautique

Comité de révision
Barbara Boczar-Karakiewicz Professeure - chercheure, Ph.D. Océanographe physique, Institut
des sciences de la mer de Rimouski (ISMER)
Wojciech Romanczyk Assistant chercheur, Ph.D. Océanographe physique, Institut des
sciences de la mer de Rimouski (ISMER)
Suzanne Labrie Conseillère Environnement, Hydro-Québec, direction production
- Manicouagan
Mario Heppell Biologiste-aménagiste, M. ATDR. Groupe conseil Genivar
Jean-Denis Bouchard Géologue-océanographe, Comité interministériel sur l’érosion des
berges de la Côte-Nord (Conseil régional de développement de la
Côte-Nord)

Concepteurs de la méthode initiale


Lucien Maltais Riverain
Jean-Pierre Savard Riverain

Partenaires financiers
ii

Avant-propos
Le long du littoral de la Côte-Nord, 45 % de la côte est rocheuse et 55 % est meuble. Pour la
moitié des côtes meubles, la plage a un haut bien formé et constitue un élément essentiel à la
protection des talus sablo-argileux. La plage, exposée directement à l'action dynamique des
marées, des vagues, des glaces et des courants, parvient généralement à ralentir
significativement le processus d'érosion des talus. Par contre, l’autre moitié subit un
dégraissage de la plage et la disparition du haut de plage, ce qui expose les talus à l’action des
vagues et provoque un recul de la côte, principalement lors des tempêtes et des grandes marées.
Les ouvrages du type système d’épis Maltais-Savard (SEMS), du nom des concepteurs,
s'inscrivent au niveau des méthodes dites « douces » de protection du littoral maritime. Ces
ouvrages semi-perméables captent une partie du volume de sable transporté par la dérive
littorale en transite dans un secteur aménagé. Ces sédiments contribuent alors graduellement à
l’accrétion de la plage. Cette masse de sable accumulée sert alors de zone tampon entre la mer et
le talus. Par ailleurs, une fois les SEMS comblés, la dérive littorale ne subit que peu d’influence
de la part de ces aménagements. Seuls des échanges sporadiques entre les accumulations
réalisées, sous forme de zone tampon, et des pertes sporadiques peuvent continuer d’influencer
partiellement le régime sédimentaire local.
Il existe une possibilité que les SEMS déclenchent une baisse temporaire du niveau de plage aux
environs du site d’implantation. L’effet d’accumulation, au site d’implantation des SEMS, serait
mis en cause. Il est jugé possible qu’un impact temporaire puisse survenir sur les zones
proximales durant la phase d’accrétion au site d’implantation. Cet impact est non significatif,
voir nul dans la mesure où une quantité abondante de sable est disponible sur le littoral. Sur
une plage pauvre en sable, cet impact pourrait générer des troubles de voisinage. L’impact peut
dépendre du nombre de SEMS installés dans un secteur et ce, pour une période donnée. En
effet, plus il y a de SEMS implantés en même temps, plus la période d’interception des
sédiments sera importante. Si un impact négatif est pressenti, l’addition de sable en haut de
plage, ou l’installation d’un nombre limité de SEMS annuellement, permet de contourner ce
risque.
iii

Remerciements
Le Comité ZIP de la rive nord de l’estuaire remercie le Fonds d’action québécois pour le
développement durable et son partenaire, le gouvernement du Québec, pour leur contribution
majeure à ce projet. Il remercie également le Conseil régional de développement de la Côte-
Nord pour avoir rendu possible la réalisation de ce projet. Enfin, nous soulignons tout
particulièrement la contribution importante de Mme Barbara Boczar-Karakiewicz, chercheure à
l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, pour son soutien scientifique tout au long du
projet de recherche. Sans son appui inconditionnel, la mise à jour de cette nouvelle méthode de
protection du littoral aurait été impossible.
iv

Table des matières


Pages
Équipe de travail .......................................................................................................................................i
Partenaires financiers ...............................................................................................................................i
Avant-propos ...........................................................................................................................................ii
Remerciements........................................................................................................................................iii
Table des matières ...................................................................................................................................iv
Liste des figures ....................................................................................................................................... v
Liste des tableaux....................................................................................................................................vi
Liste des Annexes....................................................................................................................................vi
1. Introduction .......................................................................................................................... 1
2. Objectifs du guide de construction et de la méthode SEMS.......................................... 2
2.1 Objectif du guide : le savoir faire !............................................................................................ 2
2.2 Objectif de la méthode SEMS : restauration de la plage et protection du talus !.................... 2
3. Applicabilité de la méthode SEMS .................................................................................... 2
3.1 Impacts environnementaux des SEMS et d’autres méthodes de protection du littoral . 3
4. Étapes préliminaires à la construction .............................................................................. 5
4.1 Avis d’experts, plan d’ingénierie et devis............................................................................. 6
4.2 Obtention des autorisations et permis................................................................................... 6
5. Conception des ouvrages.................................................................................................... 9
5.1 Élévation et volume d’ensablement recherchés ................................................................... 9
5.2 Dimensionnement de l’ouvrage ........................................................................................... 10
6. Étapes de construction ...................................................................................................... 11
6.1 Matériaux, équipements et ressources humaines .............................................................. 12
6.2 Préparation des matériaux .................................................................................................... 13
6.3 Pose de la structure de pieux ................................................................................................ 14
6.4 Installation du biotextile et remplissage des SEMS ........................................................... 14
6.5 Transplantation d’élyme des sables..................................................................................... 18
6.6 Entretien des ouvrages........................................................................................................... 18
7. Suivi des ouvrages et de l’ensablement .......................................................................... 18
8. Processus d’érosion et d’ensablement ............................................................................ 20
8.1 Évolution des côtes sablonneuses en milieu naturel ......................................................... 20
8.1.1. Influence des courants de dérive sur le bilan sédimentaire de la plage............................. 20
8.1.2. Érosion du talus................................................................................................................ 21
v
8.2 Ensablement et érosion en présence des SEMS.................................................................. 24
9. Conclusion .......................................................................................................................... 28
10. Références ........................................................................................................................... 29

Liste des figures


Figure 1 - Exemple d'enrochement linéaire, notez la présence d'un effet de bout à gauche........... 4
Figure 2 - Exemple d'épis rocheux........................................................................................................... 4
Figure 3 - Exemple de brises-lames, notez leur influence sur la dérive (Genivar, 2002) ................. 5
Figure 4 - Exemples d’un site de rechargement de plage..................................................................... 5
Figure 5 - Niveau mesuré et niveaux de conception (ZC : zéro des cartes)..................................... 10
Figure 6 - Positionnement optimal des SEMS sur la plage ................................................................ 11
Figure 7 - Acquisition du bois à une scierie sur la Côte-Nord .......................................................... 13
Figure 8 - Affûtage des pieux ................................................................................................................. 13
Figure 9 - Installation d’un pieux avec une tarière (photo 1) et une masse (Photo 2).................... 14
Figure 10 - Pose des pieux et du biotextile ........................................................................................... 15
Figure 11 - Remplissage et installation des barres de renforcement ................................................ 16
Figure 12 - Installation d’une autre couche de matériaux suite à l’ensablement de la première . 17
Figure 13 - Exemple de résultats d'un suivi topographique de la plage.......................................... 19
Figure 14 - Dérive littorale, directions dominante et secondaire, versus la direction des vagues
(croquis adapté de Bernatchez, 2000) ........................................................................................... 21
Figure 15 - Courant d'entraînement qui dirige les sédiments vers le large (croquis adapté de
Bernatchez, 2000)............................................................................................................................. 21
Figure 16 - Processus d'érosion de la plage et du talus (croquis adapté de Bernatchez, 2000)..... 23
Figure 17 - Exemple d’ensablement obtenu durant la période estivale (ISMER, 2002) ................. 24
Figure 18 - Exemple d’ensablement obtenu durant le début de l’automne (ISMER, 2002)........... 25
Figure 19 - Érosion de la zone tampon après une tempête d'automne (ISMER, 2002) .................. 26
Figure 20 - État de la situation au printemps suivant (ISMER, 2003) ............................................... 27
vi
Liste des tableaux
Tableau 1 - Avantages et désavantages d’application de la méthode SEMS..................................... 3
Tableau 2 - Organigramme menant au choix de la méthode de protection ...................................... 6
Tableau 3 - Équipements, matériaux et fournitures nécessaires pour la construction de SEMS.. 13

Liste des Annexes


Annexe A - Album photos…………………………………………….…………………………….… 30
Annexe B - Méthode de transplantation d’élyme des sables…………………………………….… 30
1

1. Introduction
Ce projet est issu d’un partenariat entre le Comité ZIP de la rive nord de l’estuaire, l’Institut des
Sciences de la mer de Rimouski (ISMER) et le Conseil régional de développement de la Côte-
Nord (Entente spécifique sur l’érosion des berges de la Côte-Nord). Ainsi, par l’entremise de
son comité de coordination, le Conseil régional de développement a octroyé un fonds de
démarrage au Comité ZIP pour entreprendre une expérimentation afin de contrer l’effet de bout
généré par les enrochements1. Selon le comité d’experts sur l’érosion des berges (CRD Côte-
Nord), ce type de problématique est répendu dans les périmètres urbains de la Côte-Nord et
des solutions doivent être identifiées (Pascal Bernatchez, géomorphologue, Ph.D., Université du
Québec à Rimouski et comité d’experts, comm. pers.). C’est par l’octroi d’une subvention du
Fonds d’action québécois pour le développement durable, dont le partenaire majeur est le
gouvernement du Québec, que le Comité ZIP et l’ISMER ont débuté les travaux qui s'achèvent
avec la rédaction de ce guide de construction.
Le concept original du système d’épis étudié a été inventé par MM. Lucien Maltais et Jean-
Pierre Savard. Il tient ses fondements sur huit années d’expérimentation terrain réalisées entre
1992 et 1999 (Comité ZIP, 1999; Bernatchez, 2000 et Karakiewicz, 2000). Ces travaux initiaux
avaient été entrepris sur une plage localisée dans la Baie Saint-Ludger de la municipalité de
Pointe-aux-Outardes, Québec, Canada.
Le guide de construction se fonde sur les résultats d’un premier projet de recherche et de
développement, entrepris dès l’année 2000 dans le cadre d’un partenariat Comité ZIP – ISMER,
incluant Hydro-Québec et la MRC de Manicouagan. Ces travaux consistaient à l’analyse du
fonctionnement d'un type d'ouvrage de protection du littoral nommé « système d'épis Maltais-
Savard (SEMS) » et comprenaient trois volets d’étude. Le premier rapport de ces travaux
s’intitule « Évolution de la technique de restauration de plages du SEMS et analyse des composantes
contrôlant la morphosédimentologie des plages » (Bernatchez, 2000) et le second « Modèle conceptuel
de fonctionnement d'un ouvrage de protection du littoral : système d'épis Maltais-Savard »
(Karakiewicz et Romanczyk, 2000). Suite à leur publication, deux bancs d’essai ont été mis en
place par le Comité ZIP. Les suivis de l‘évolution topographique de la plage et du recul du
talus, commandé par Hydro-Québec, ont été préparés par une équipe de consultants (Genivar,
2002). Un sommaire de projet présente finalement des recommandations intérimaires de
construction des SEMS (Comité ZIP, 2002).
Enfin, tous ces précédents résultats ont servi à l’élaboration d’un troisième banc d’essai
expérimental. Cette fois, ce dernier servait à tester spécifiquement les SEMS pour contrer l’effet
de bout d’enrochement. En parallèle, l’ISMER a réalisé une analyse d’efficacité des SEMS pour
contrer l’érosion en situation d’effet de bout. Les résultats sont disponibles dans le rapport
(Karakiewicz et al., 2003). Ce dernier site de suivi a servi de base scientifique principale pour la
réalisation de ce guide.

1 Effet d’érosion accrue généré par la présence d’un enrochement à chacune de ses extrémités.
2

2. Objectifs du guide de construction et de la méthode SEMS

2.1 Objectif du guide : le savoir faire !


Le présent document s’adresse aux promoteurs potentiels (municipalités, riverains, entreprises,
etc.). Il explique la démarche d’application, les avantages et les désavantages de la méthode, la
comparaison avec d’autres méthodes de protection, l’évaluation de l’ampleur des travaux à
réaliser et finalement, il procure au promoteur l’essentiel des explications menant à la
réalisation d’une protection de berge à l’aide de la méthode SEMS. Il recèle enfin plusieurs
informations pertinentes et le savoir-faire accumulé au cours des dix dernières années pour
aider le promoteur à préciser ses besoins en terme de protection du littoral.

2.2 Objectif de la méthode SEMS : restauration de la plage et protection du talus !


L’objectif de la méthode SEMS est d’augmenter le volume de sable sur la plage pour protéger le
talus, par la restauration du haut de plage. Cette méthode fait partie des techniques de
protection dites « douces ».
Le principe de fonctionnement de la méthode SEMS est de se servir du processus de la dérive
littorale afin de générer des accumulations significatives de sable en haut de plage. Cette masse
de sable, une fois accumulée devant le talus, a pour effet de déplacer localement la zone de
déferlement des vagues, lors des tempêtes et des grandes marées, sur le haut de plage au lieu de
la base du talus. Ce qui a comme conséquence de ralentir, voir d’arrêter complètement l’érosion
du talus au site d’intervention. Il convient de souligner, bien que plusieurs améliorations pour
consolider les structures ont été portées par rapport aux concepts initiaux testés sur le terrain,
qu’il s’agit toujours d’une méthode de protection dite « temporaire ». Elle demande en effet un
entretien récurrent à moyen et à long terme et ce, pour maintenir l’efficacité des structures.
Dans un cas où des infrastructures publiques ou privées sont menacées en raison d’une érosion
prononcée du talus, il n’est pas recommandé d’appliquer cette méthode sans combinaison avec
un autre moyen de protection ayant fait ses preuves à long terme. Toutefois, elle peut toujours
être utilisée en attendant l’installation d’une protection de berge plus appropriée à un tel cas ou
en mode prévention, avant que cela ne devienne un cas de sécurité civile. Néanmoins, il faut
rappeler que l’option de déménagement des immeubles à protéger vers un lieu sécuritaire
constitue toujours le moyen le plus efficace pour contrer la problématique d’érosion à long
terme.

3. Applicabilité de la méthode SEMS


Les résultats obtenus, sur trois bancs d’essai expérimentaux différents en terme de milieu
sédimentaire, montrent une efficacité à ralentir l’érosion de faible à très élevée. L’expérience
démontre que cette méthode est fonctionnelle et sans impacts négatifs significatifs sur des
plages sablonneuses.
Sur un littoral pauvre en sable, par exemple sur une plage de sable de quelques décimètres
d’épaisseur qui repose sur de l’argile, les résultats montrent une efficacité relative de moyenne à
élevée selon la saison et les années et une assez longue période d’ensablement des structures.
Plusieurs facteurs hydrodynamiques et géomorphologiques semblent influencer l’ensablement
3
rendant ainsi le résultat assez difficile à prévoir. Pour ce genre de littoral pauvre en sable, il
faut faire attention car l’impact chez le voisin peut être plus grand, étant donné que la faible
quantité de sable en transit est captée par les SEMS et n’est plus distribuée sur toute la côte (lors
du remplissage des épis).
Par ailleurs, en milieu où l’énergie hydrodynamique est élevée (vagues et glaces), l’entretien des
ouvrages doit être régulier. D’un autre côté, les sites faiblement exposés - les baies, les secteurs
plus en recul, tels que ceux exposés à un effet de bout d’enrochement - représentent des
endroits de choix pour l’applicabilité de la méthode.
Il est important de noter que la méthode a été testée sur des plages composées de sédiments
sablonneux et non sur des plages graveleuses.
Comme les autres méthodes de protection, la méthode SEMS présente des avantages et des
désavantages (Tableau 1). Il faut cependant retenir que, dans certaines circonstances,
dépendamment du type de géomorphologie du littoral, une technique comme le SEMS peut
être mieux adaptée que d’autres.

Tableau 1 - Avantages et désavantages d’application de la méthode SEMS

Avantages Désavantages
Peu coûteux Efficacité réduite si pas ou mal entretenu
Sans impacts environnementaux négatifs à Travaux d’entretien récurrents
long terme Les structures peuvent être endommager lors des
Peut se construire avec des équipements fortes tempêtes et par l’action des glaces
légers Ne garanti pas l’arrêt complet de l’érosion du
Arrête le dégraissage de la plage, augmente talus
son ensablement et le stabilise Impact sédimentaire possible sur les zones
Sert de zone tampon (réserve sédimentaire) avoisinantes (trouble de voisinage), surtout si le
lorsque la mer est très agitée littoral est pauvre en sable.
Réduit de façon importante l’érosion du Affecte la qualité du paysage naturel
talus Impact sur l’accessibilité de la plage lors de la
Moyen de protection réversible (disposition marée haute (principalement pour les VTT, mais
aisée des structures) aussi pour les randonneurs)

3.1 Impacts environnementaux des SEMS et d’autres méthodes de protection


du littoral
La méthode SEMS présente surtout des impacts négatifs de faible à moyen et de courte durée.
Principalement, elle modifie le paysage local, rend plus difficile l’accès du haut de plage et
génère une variation temporaire du transport de la dérive littorale. Cependant, une fois bien
ensablés, les SEMS ne dérangent que faiblement l’accessibilité et la qualité du paysage. Ils n’ont
également plus d’impact direct sur la dérive littorale. Finalement, lorsque les ouvrages ont
terminé leur vie utile, la mer se charge de faire disparaître toute trace de leur présence
généralement en l’espace de quelques années (les matériaux sont biodégradables). Un impact
environnemental jugé significativement positif est la création de zone tampon (stock
sédimentaire) qui diminue le bilan sédimentaire négatif directement dans les zones d’érosion
visées (Pascal Bernatchez, professeur-chercheur, UQAR, comm. pers.).
4
Pour leur part, les enrochements linéaires (Figure 1), plus efficaces pour arrêter l’érosion de
certains types de talus sur de longues périodes (15-35 ans), génèrent généralement une baisse
considérable du niveau de la plage et une augmentation de sa pente due à la réflexion des
vagues sur le mur. L’abaissement fera en sorte que la plage sera inondée à chaque marée haute
et provoquera sa disparition à long terme. Parfois, l’abaissement de la plage peut même générer
un affouillement de l’enrochement. L’abaissement de la plage facilite d’autre part l’arrachement
des éléments rocheux vers le bas de plage par les glaces de dérive. À la longue, la plage est
contaminée par des éléments rocheux de toutes tailles. Les possibilités touristiques d’utilisation
de la plage se voient alors grandement réduites. Il peut aussi en découler des impacts
importants sur la faune, notamment par la perte de frayère pour le capelan. Finalement,
l’enrochement des falaises sableuses bloque le transfert du sable provenant de la falaise vers la
plage, ce qui prive le système d’un apport important en sédiment. De plus, il accentue le
transport face à la structure rigide et déplace la zone d’érosion dans la zone adjacente,
provoquant des effets de bout d’enrochement.

Figure 1 - Exemple d'enrochement linéaire, notez la présence d'un effet de bout à gauche

Les épis rocheux constituent un moyen parfois assez efficace pour ralentir l’érosion. Il faut
cependant prévoir que ces derniers soient suffisamment imposants pour qu’ils aient une
certaine efficacité. Dans ce dernier cas, ils ont cependant tendance à agir très fortement sur la
dérive littorale étant donné qu’ils sont imperméables. À la longue, il peut aussi avoir dispersion
des éléments rocheux de l’épis sur la plage. Les tubulures de béton représentent une variante
des épis rocheux. Ils ont plus ou moins les mêmes genres d’impacts que les épis rocheux.

Figure 2 - Exemple d'épis rocheux


5
En raison de leur dimension imposante, les brise-lames ont un impact visuel important sur le
paysage, mais ils libèrent la plage de structures encombrantes. Ils peuvent être efficaces pour
contrer l’érosion des plages. Leur coût d’installation élevé fait en sorte qu’ils sont peu employés.

Zoom de la photo de droite

Figure 3 - Exemple de brises-lames, notez leur influence sur la dérive (Genivar, 2002)
Le rechargement de plages est perçu comme une solution écologiquement acceptable pour
restaurer les plages (Figure 4). Pour ce faire, il faut cependant s’assurer que le sable de
rechargement soit sans contaminations. Son coût annuel réduit ses possibilités d’utilisation dans
les zones peu urbanisées car il faut recharger à chaque événement de tempête. C’est pourquoi il
est généralement utilisé dans les secteurs touristiques de très haute densité.
Suite à l’installation Après plus d’un an

Figure 4 - Exemples d’un site de


rechargement de plage

4. Étapes préliminaires à la construction


Une démarche logique doit être réalisée pour déterminer les besoins de protection de berge. Le
Tableau 2 présente un organigramme simple qui permet d’orienter cette réflexion. Avant
d’entreprendre toute démarche de protection de berge, il est tout d’abord conseillé d’étudier la
possibilité de déplacer les infrastructures à protéger. Si cela s’avère impossible, il est préférable
de se référer à un expert pour l’identification de la méthode de protection appropriée (sous-
section 4.1). Plusieurs méthodes de protection sont présentés au Tableau 2.
6
Tableau 2 - Organigramme menant au choix de la méthode de protection

Érosion menaçante

Évaluation déplacement
des infrastructures

Oui (pas de
Non (il faut protéger)
protection)

Identification du choix de
protection

Restauration de plage Protection du talus (enrochement)

Rechargement Bio-ingénierie (non Tétrapode, muret


Système d'épis Brise-lames Enrochement
de plage annuel conseillé en milieu marin) de béton, etc.

Épis rocheux, Système d'épis


tube de béton Maltais-Savard

Sans Sans
Avec entretien Sans entretien* Sans entretien* Avec entretien Sans entretien*
entretien* entretien*
* à court et moyen terme

4.1 Avis d’experts, plan d’ingénierie et devis


Il est conseillé de demander l’avis à un expert en géomorphologie appliquée au milieu côtier
avant d’entreprendre l’implantation d’une structure de protection du littoral. Cela permet
d’évaluer la pertinence de son implantation et donne une idée de l’efficacité, selon le type
d’installation sélectionnée, qu’elle pourrait livrer pour réduire l’érosion.
Pour ce qui est du plan d’ingénierie, le ministère de l’Environnement du Québec de votre région
demandera un tel document avant de débuter les travaux et ce, pour obtenir une autorisation de
travailler sur la berge. Aussi, il est obligatoire que le plan d’ingénierie soit préparé par un
spécialiste du domaine (ingénieur(e) civil(e)). Les informations proposées à la section 5 du
guide peuvent servir de base pour la préparation du plan d’ingénierie. Pour ce qui est du devis,
soit le document qui présente la méthodologie de travail pour la construction des
aménagements, la section 6 apporte les éléments de base à sa préparation. Il faut garder à
l’esprit que le devis doit être adapté aux conditions physiques et écologiques locales du milieu
d’implantation.

4.2 Obtention des autorisations et permis


Préalablement à la réalisation d’une intervention dans le milieu, plusieurs démarches
d’autorisation doivent obligatoirement être effectuées auprès des autorités gouvernementales
responsables, notamment auprès du ministère de l’Environnement du Québec (MENV), du
ministère des Ressources naturelles (MRN), de la Société de la faune et des parcs du Québec
7
(FAPAQ), de Pêches et Océans du Canada (MPO) et de la Garde côtière canadienne (GCC). Ces
démarches découlent des articles de lois suivants :

• Art. 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) qui relève du gouvernement du


Québec : « Nul ne peut ériger ou modifier une construction, entreprendre l'exploitation d'une
industrie quelconque, l'exercice d'une activité ou l'utilisation d'un procédé industriel ni
augmenter la production d'un bien ou d'un service s'il est susceptible d'en résulter une émission,
un dépôt, un dégagement ou un rejet de contaminants dans l'environnement ou une modification
de la qualité de l'environnement, à moins d'obtenir préalablement du ministre un certificat
d'autorisation. L'article 31.1 de la LQE, concernant la procédure d'évaluation et d'examen des
impacts sur l'environnement, pourrait s'appliquer; notamment s'il y a des travaux de creusage
ou remblayage (ex. rechargement) sur une distance de 300 mètres ou plus ou une superficie de 5
000 mètres carrés ou plus à l'intérieur de la limite des hautes eaux printanières moyennes d'un
cours d'eau comme une rivière ou le fleuve Saint-Laurent. »
• Art. 128.6 de la Loi provinciale sur la conservation et la mise en valeur de la
faune (LCMVF) : « Nul ne peut, dans un habitat faunique, faire une activité susceptible de
modifier un élément biologique, physique ou chimique propre à l'habitat de l'animal ou du
poisson visé par cet habitat. Cette interdiction ne s'applique pas :
o 1º : à une activité exclue par règlement.
o 2º : à une activité faite conformément aux normes ou conditions d'intervention
déterminées par règlement.
o 3º : à une activité autorisée par la société, le ministre ou le gouvernement en vertu de la
présente loi.
o 4º : à une activité requise pour réparer un dommage causé par une catastrophe ou pour
prévenir un dommage qui pourrait être causé par une catastrophe appréhendée. »

• Art. 128.7 de la Loi provinciale sur la conservation et la mise en valeur de la faune : « La


Société peut autoriser la réalisation d'une activité qui modifie un habitat faunique. À cette fin,
elle peut imposer les conditions qu'elle détermine et, notamment, exiger du requérant une
garantie conformément à ce qui est déterminé par règlement. Avant de délivrer une autorisation,
la Société tient compte, notamment, des caractéristiques du milieu, de la nature de l'activité
projetée, des conséquences économiques et sociales qui découlent de l'activité projetée, de l'impact
de l'activité sur la conservation de la faune et de son habitat et de la possibilité d'aménager un
habitat de remplacement. »
• Art. 35 de la Loi fédérale sur les pêches (LP) : « Il est interdit d'exploiter des ouvrages ou
entreprises entraînant la détérioration, la destruction ou la perturbation de l'habitat du poisson.
Cela ne s'applique pas aux personnes qui détériorent, détruisent ou perturbent l'habitat du
poisson avec des moyens ou dans des circonstances autorisés par le ministre ou conformes aux
règlements pris par le gouverneur en conseil en application de la présente loi. »
• Art. 5 de la Loi fédérale sur la protection des eaux navigables (LPEN) : « Il est interdit de
construire ou de placer un ouvrage dans des eaux navigables ou sur, sous, au-dessus ou à travers
de telles eaux à moins que : a) préalablement au début des travaux, l'ouvrage, ainsi que son
emplacement et ses plans, n'aient été approuvés par le ministre selon les modalités qu'il juge à
propos; b) la construction de l'ouvrage ne soit commencée dans les six mois et terminée dans les
8
trois ans qui suivent l'approbation visée à l'alinéa a) ou dans le délai supplémentaire que peut
fixer le ministre; c) la construction, l'emplacement ou l'entretien de l'ouvrage ne soit conforme
aux plans, aux règlements et aux modalités que renferme l'approbation visée à l'alinéa a). Sauf
dans le cas d'un pont, d'une estacade, d'un barrage ou d'une chaussée, le présent article ne
s'applique pas à un ouvrage qui, de l'avis du ministre, ne gêne pas sérieusement la navigation. »
La première étape de ces démarches d’autorisation consiste essentiellement en la production
d’un plan passablement précis de la structure à réaliser ainsi que des autres ouvrages connexes.
À cette fin, une connaissance adéquate du milieu, appuyée au moyen de relevés de niveau de la
plage, s’avère parfois nécessaire. Ceci suggère la réalisation d’une campagne de relevés de
terrain afin de positionner adéquatement l’intervention dans le milieu. Au besoin, cette
campagne de terrain intégrera également une documentation de la faune et de la flore présentes
au site d’intervention, puisque celles-ci devront être décrites sommairement tout en portant
attention à ne rien omettre d’important (espèces présentes, abondance, autres paramètres
permettant la richesse et la biodiversité relatives du milieu).
Suite aux relevés de terrain, le plan est produit en précisant la localisation exacte, les élévations
et les dimensions de chaque composante de la structure à aménager et des ouvrages connexes.
Ensuite, une description détaillée de la méthode de travail que l’on compte utiliser doit être
élaborée. Idéalement, celle-ci présente le déroulement chrono séquentiel des activités liées à
l’intervention, la machinerie et l’équipement utilisés lors des travaux, le nombre requis de
travailleurs, le calendrier prévu pour les travaux ainsi que l’horaire journalier de travail (ces
travaux sont étroitement tributaires des heures de marée).
Le plan et la description de la méthode de travail sont requis auprès de chacune des autorités
gouvernementales. Tel qu’exigé par les autorités provinciales, ils doivent aussi être soumis à la
municipalité où ont lieu les travaux afin que cette dernière évalue la conformité du projet face à
ses règlements municipaux. Un certificat de conformité sera ensuite émis par celle-ci si elle juge
le projet conforme. Une fois obtenu, ce certificat doit être transmis au MENV.
Pour la demande d’autorisation au MENV en vertu de la LQE et à la FAPAQ en vertu de la
LCMVF, un formulaire conjoint existe et doit être complété. Une fois complété, il est acheminé
au bureau régional du MENV qui agit à titre de guichet unique. Le MENV s’assure de
transmettre, pour analyse, la demande d’autorisation à la FAPAQ. Pour la démarche auprès du
MPO, il n’existe pas de formulaire, mais les renseignements à fournir à la Direction de la gestion
de l’habitat du poisson (DGHP) sont sensiblement les mêmes. Il faut notamment une
identification claire du promoteur et de ses coordonnées, un contexte et une justification clairs
et précis du projet, une évaluation succincte des répercussions environnementales positives et
négatives du projet, une présentation des possibilités de rejets de contaminants dans le milieu
durant les travaux (ces rejets sont généralement associés au risque de déversement
d’hydrocarbures à partir de la machinerie et au risque de contamination du milieu issu des
matériaux utilisés) ainsi qu’une liste succincte des mesures envisagées pour atténuer les impacts
négatifs du projet sur l’environnement ainsi que sur la faune et ses habitats.
En ce qui a trait à la GCC pour l’application de l’art. 5 de la LPEN, les seules informations à
fournir à leur bureau de Québec sont les plans de l’intervention projetée et la description de la
méthode de travail qui sera utilisée.
9
Il importe ici de souligner que les documents doivent être transmis au moins deux mois avant la
réalisation de l’intervention et donc commencés à être préparés bien auparavant. En effet,
l’examen du dossier par les analystes de chacun des ministères et la délivrance de l’autorisation
nécessite généralement un délai d’environ deux mois, bien qu’en certaines conditions, ce délai
puisse être raccourci de quelques semaines. Cependant, afin de ne pas avoir de surprises, il
serait avisé de ne pas compter sur cette éventualité. En effet, les démarches d’autorisation, une
fois les documents déposés, impliquent souvent plusieurs échanges téléphoniques et écrits afin
de répondre aux diverses interrogations des analystes. Enfin, soulignons que si le MPO ou la
FAPAQ jugent que l’intervention entraîne une certaine perte d’habitat pour le poisson, celui-ci
pourra exiger la réalisation d’un programme de compensation afin de recouvrir, à sa
satisfaction, les pertes encourues. Les pertes d’habitat sont analysées par le MPO en vertu de sa
Politique d’aucune perte nette d’habitat du poisson. Un programme devra alors être préparé et
lui être soumis pour approbation. Cependant, il est bon de noter que les projets d’implantation
de SEMS réalisés jusqu’à maintenant n’ont pas généré de pertes d’habitat.

5. Conception des ouvrages


5.1 Élévation et volume d’ensablement recherchés
Pour assurer une protection efficace du talus, il faut déterminer une élévation de conception du
niveau d’ensablement recherché (Figure 5). C’est ce niveau qui fixera la cote supérieure des
SEMS. Le volume de sable, situé entre l’état initial et le niveau de conception, correspond à la
zone tampon qui permet principalement d’absorber les tempêtes automnales.
Tel que nous le conseillons, les SEMS doivent générer suffisamment d’ensablement pour faire
émerger de l’eau le haut de la plage et ce, durant les périodes de vives-eaux2. L’atlas des marées
de Pêches et Océans Canada présente un tableau des valeurs moyennes et extrêmes des marées.
Nous recommandons d’utiliser un niveau de marée de conception correspondant à la pleine
mer supérieure grande marée (PMSGM).
Si aucune borne d’arpentage n’est disponible près du secteur à aménager, on peut toujours se
fier à une mesure d’élévation du niveau de l’eau lors d’une marée étale haute (Figure 5) et ce,
en période de beau temps. Ce niveau peut alors être comparé au profil de plage mesurée le jour
même pour déterminer l’élévation de conception des ouvrages. Enfin, il est toujours possible de
fonctionner par la pause successive, l’un sur l’autre, de SEMS jusqu’à l’obtention d’un niveau de
plage où la mer ne représente plus une menace pour le talus.

2 Vive-eaux : période de forts marnages générés par l’attraction gravitationnelle simultanée des astres alignées de la
lune et du soleil sur les océans.
10
5,5 Plage (niveau de conception)
Zone tampon
Élévation* (référence ZC en mètre)
5,0 Plage (état initial)
générée par les
Talus
Marée de conception
4,5 SEMS
en Niveau d'eau mesurée**
4,0 érosion
3,5
3,0
2,5 Plage
2,0
1,5
Batture

1,0
-5 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
** Le niveau d’eau mesuré sert à
préciser la marée de conception Distance à partir du bas de talus (m)

Figure 5 - Niveau mesuré et niveaux de conception (ZC : zéro des cartes)


Dès que l’ensablement atteint le niveau recherché, il ne reste que de rares et courts moments
durant l’année où le niveau de la mer est suffisamment haut pour potentiellement créer de
l’érosion dans le talus. L’effet de glissement de la vague sur la plage (runup) en période de
vives-eaux (durée d’environ une heure) peut toujours permettre aux vagues d’atteindre le talus,
mais avec seulement une faible probabilité de forte intensité d’érosion. D’autre part, des
surcotes3 significatives (de plus de 25 cm, tel qu’observé sur la péninsule Manicouagan)
surviennent assez rarement. Lorsqu’elles sont jumelées à des vagues d’intensité élevée, cela
peut alors générer de l’érosion au pied de talus. Cette combinaison de facteurs, plutôt
inhabituelle, est surtout observable à l’automne.
Enfin, le volume de sable obtenu, une fois les SEMS bien comblés, devrait varier entre 8 et 15 m3
par mètre linéaire de plage. Tel que le démontre le graphique (Figure 5), la zone tampon, par
rapport à l’état initial, a un volume de près de 11 m3 par mètre linéaire de plage. Sur une
installation de 100 m de SEMS (quatre structures de SEMS), le volume emmagasiné dans la zone
tampon pourrait donc dépasser quelque peu les 1000 m3 de sable.

5.2 Dimensionnement de l’ouvrage


Les travaux expérimentaux réalisés sur le terrain ont permis d’optimiser le dimensionnement
des structures. Nous avons constaté que l’efficacité d’ensablement des SEMS est optimale s’ils
ne sont pas trop espacés l’un de l’autre, courts et plutôt trapus. Par ailleurs, pour éviter les bris
causés par les glaces, il est préférable de les positionner en haut de plage. La Figure 6 présente
schématiquement le position optimale des SEMS déterminée empiriquement à partir des
travaux expérimentaux (Karakiewicz, 2000 & 2003; Genivar, 2002; Comité ZIP, 2002; Bernatchez,
2000).

3Surcote : niveau d’eau accru, occasionné surtout lors de marées de vives-eaux, par l’accumulation de masse d’eau
poussée par les vents sur la batture et par les systèmes de basse pression atmosphérique. Tel que mesuré sur la
péninsule Manicouagan, la surcote dépasse rarement 25 cm et exceptionnellement 50 cm (Karakiewicz et al, 2003).
11
Entre chaque SEMS, il est proposé de distancer les structures d’un maximum de 35 m. Bien que
l’ensablement dépend principalement de la quantité de sable sur la plage, il n’est pas conseillé
de les distancer d’avantage, car l’ensablement localisé entre chaque SEMS risque alors de ne pas
être à son plein potentiel.
Quant à la dimension des ouvrages, les résultats obtenus par essai erreur démontre qu’une
longueur de l’épis central de 12 m devrait être généralement suffisante pour produire
l’ensablement voulu et ce, sans toutefois rendre les SEMS trop vulnérables aux glaces de dérive
printanière. Afin d’assurer un ensablement égal, les épis latéraux devraient s’étendre sur
environ 5 m. Enfin, les épis de rétention de talus devraient être d’une longueur d’au moins 2 m.
Pour être suffisamment efficace et sans toutefois générer un coût d’installation trop élevé, la
largeur des épis devrait se situer entre 0,5 et 0,7 m.
Enfin, les pieux doivent être enfoncés à environ 1 à 1,2 m dans le sol en laissant dépasser ceux-ci
d’environ 1,20 m à l’extérieur de la plage. Cela permet d’envisager deux remplissages
successifs de 0,5 m d’épaisseur chacun au moyen de matériel constituant les épis. En effet, pour
éviter de fragiliser les structures, il est préférable de remplir les SEMS à deux reprises. Ainsi, de
grosses vagues ne risquent pas de soulever les structures, conséquence d’une surface
d’exposition des structures trop élevée face à leur énergie. Aux extrémités des épis latéraux, des
barres de soutien de bois d’environ 2,5 m de long par 10-15 cm de diamètre sont installées pour
les renforcir. Enfin, l’angle conseillé entre l’épis central et les épis latéraux est de l’ordre de 60º.
Talus
Épis de rétention
2m

35 m max.
Épi central

5m
Plage
≈ 30 m
60º
12 m
Barre de
renforcement
Épis latéraux

Figure 6 - Positionnement optimal des SEMS sur la plage

6. Étapes de construction
Au total, quatre étapes de construction ont été identifiées. En lisant les prochaines sous-sections,
vous obtiendrez l’information nécessaire pour réaliser un projet de construction de ce type
12
d’ouvrage. Certaines particularités de terrain et de disponibilité des matériaux dépendent de la
région à protéger. Il faut donc s’adapter aux conditions de terrain. Enfin, la marée est un
phénomène naturel qui ne s’accorde pas toujours avec les heures normales de travail (8 à
17 heures). Il faut donc également s’adapter aux horaires de la marée et travailler seulement
lorsque elle est suffisamment basse pour ne pas se retrouver les pieds dans l’eau (ex. mi-jusant à
mi-flot). Pour connaître l’horaire des marées, consultez la table des marées ou le site Internet de
Pêches et Océans Canada (http://www.osl.gc.ca/).

6.1 Matériaux, équipements et ressources humaines


Les équipements et les matériaux à rassembler avant la construction des SEMS sont présentés
au Tableau 3. Il faut compter sur quatre ouvriers pour l’installation des structures. Il s’agit d’un
travail ardu qui requiert de la force et une bonne forme physique, surtout pour la pose des
pieux de bois.
Environ 80 pieux sont nécessaires pour construire la structure d’un SEMS. De plus, une
quarantaine de baguettes servent à fermer la structure. Deux rouleaux (40 m de long par 2 m de
large) de tissu de fibres de noix de coco (biotextile) sont nécessaires pour enrouler les têtes
d’épinette (de préférence) ou autre matériel de remplissage. Enfin, une trentaine de barres de
renforcement en bois sont utiles pour consolider les épis.
Le choix du type de bois est un facteur important dans la conception. Les expérimentations
terrains ont démontré que le bois composant les SEMS devrait être en épinette. En effet, sa fibre
est hautement résistante par rapport au sapin, ce qui renforcie considérablement les structures.
Sa grande disponibilité dans le Québec Maritime est également un facteur à considérer.
Par ailleurs, la matériel de remplissage devrait idéalement être composé de têtes d’épinette.
Cependant, l’utilisation de biotextile, qui aide à renforcir la structure, permet une plus grande
variété de matériel; le sapinage pourrait aussi être utilisé. Si aucun biotextile n’est utilisé, il est
alors fortement recommandé de prendre des têtes d’épinette comme matériel de remplissage vu
sa grande résistance.
Enfin, le coût de construction incluant la faisabilité est assez variable selon la disponibilité des
matériaux et la facilité d’accès au site. Il faut néanmoins prévoir de 3 000 $ à 6 000 $ pour la
construction de chaque SEMS. Par ailleurs, pour la préparation des plans d’ingénierie et du
devis, cela peut coûter plus ou moins entre 1 500 $ et 5 000 $. À cela s’ajoute la préparation de
base des demandes de certification d’autorisation (entre 500 $ à 2 000 $ chez la plupart des
consultants). Finalement, il est préférable de prévoir des travaux d’entretien annuel des
aménagements passant de quelques jours à deux semaines/personne pour une série de trois à
cinq SEMS.
13
Tableau 3 - Équipements, matériaux et fournitures nécessaires pour la construction de SEMS

Équipements Matériaux et fournitures


(Pour chaque SEMS)
- Banc de scie et scie mécanique - 80 pieux de bois (10 à 15 cm de diamètre par 2,20 m de long)
- Tarière mécanique - Biotextile de fibres de noix de coco de 400 à 700 g/m2 de 2 m de large par 75 m
- VTT et remorque de long

- Masse et marteau - Ficelle épaisse et aiguille pour nouer les biotextiles (100 m)

- Perceuse - Matériel de remplissage (épinette de préférence)

- Camion - Boulons, clous et/ou vis galvanisés en quantité (le format est de 1 cm comme
diamètre, de 15 à 20 cm de longueur pour les boulons et environ 10 cm pour les
- Génératrice (si pas de prise de vis et les clous)
courant à proximité)
- 50 barrures de bois (50 à 70 cm de long par environ 5 cm de diamètre)
- 30 barres de renforcement en bois de 2,5 m par 10 – 15 cm de diamètre (même
que les pieux)
- Quelques pierres (environ 30 cm de diamètre)

La dimension recherchée des pieux de bois est de 10 à


15 cm de diamètre et de 2 à 2,5 m de longueur. Il est
possible d’obtenir le bois en négociant une entente
avec une scierie. En effet, la cour de ces compagnies
(Figure 7) recèle parfois une quantité importante de
matériaux résiduels qui servent à ce type de
construction.

Figure 7 - Acquisition du bois à une scierie sur la Côte-Nord


Le matériel de remplissage peut venir de la coupe de bois réalisée sous des lignes de
transmission, de coupes réalisées le long de falaises en érosion ou d’entrepreneurs au service
des compagnies forestières régionales.

6.2 Préparation des matériaux


Pour un maximum d’efficacité, la préparation des
matériaux doit être réalisée avant la construction des
ouvrages. Les pieux de bois sont taillés à une longueur
d’environ 2,2 m et affûtés pour faciliter leur implantation
dans la plage (Figure 8). L’affûtage des pieux se réalise du
côté le plus large du pieu. Cette procédure renforcie la
solidité de l’ouvrage.

Figure 8 - Affûtage des pieux


14

6.3 Pose de la structure de pieux


Le positionnement des épis sur la plage est réalisé à l’aide d’une baguette servant de crayon
pour dessiner la forme du SEMS sur la plage et ce, tel que prévu sur les plans d’ingénierie.
Ensuite, on peut procéder à la pose des pieux. Chaque pieu est installé en quatre étapes. Il faut
(1) creuser le trou à l’aide d’une tarière (photo 1), (2) planter le pieu dans le trou, (3) enfoncer le
pieu avec une masse (photo 2) et (4) remplir l’espace vide au pourtour du pieu avec des
sédiments. La Figure 9 présente des ouvriers massant un pieu. Les pieux peuvent aussi être
installés à l’aide d’une pelle
Photo 1 Photo 2
rétrocaveuse qui enfonce
chaque pieu à l’aide de son
godet. Afin de renforcir les
SEMS, les pieux plus gros et
plus résistants doivent être
installés aux extrémités des
épis latéraux.
Figure 9 - Installation d’un
pieux avec une tarière
(photo 1) et une masse
(Photo 2)

6.4 Installation du biotextile et remplissage des SEMS


Après la pose des pieux, il faut installer la première couche de biotextile (Figure 10). Celui
sélectionné est une fibre de noix de coco d’une densité de 400g/m2. Il est semblable à de la jute
mais plus solide et aussi biodégradable à long terme. La densité sélectionnée représente un
compromis entre la solidité de l’ouvrage et sa perméabilité. D’une part, si la fibre est trop dense,
l’ouvrage subit un risque plus élevé de colmatage et perd alors rapidement de sa perméabilité.
D’autre part, si le biotextile n’est pas assez résistant, le tissu pourrait trop facilement se déchirer
et laisser échapper une partie du matériel de remplissage.
15

Figure 10 - Pose des pieux et du biotextile


Le biotextile est installé à l’intérieur de la structure (Figure 10). Des pierres peuvent être
disposées ici et là pour stabiliser le fond et de petits clous peuvent tenir le biotextile aux pieux le
temps du remplissage.
16
Le matériel de remplissage est ensuite disposé au fond du biotextile pour atteindre une
épaisseur de 0,50 m en moyenne (Figure 11). Le biotextile est refermé sur lui-même et cousu
avec de la ficelle. Finalement, des barrures de bois sont installées d’un côté à l’autre de l’épis et
par dessus le biotextile pour consolider le tout. Il est possible de les boulonner, de les visser ou
de les clouer. Aux extrémités des épis, il est recommandé de les boulonner pour plus de solidité.

Figure 11 - Remplissage et installation des barres de renforcement


17
Une fois que l’ensablement a couvert, en majeure partie, la première couche (2 à 8 semaines
habituellement), l’opération est recommencée pour atteindre environ 1 m d’épaisseur au total
Figure 12). Dès que le deuxième remplissage est terminé, il est préférable de scier l’excédant des
pieux pour éviter de rendre vulnérable les structures aux matériaux flottants en dérive à marée
haute. Ces derniers pourraient alors abîmer les SEMS.

Figure 12 - Installation d’une autre couche de matériaux suite à l’ensablement de la première

Enfin, il n’est pas conseillé d’installer une couche de biotextile sur plus de 50 cm puisque
l’énergie des grosses vagues pourrait alors entraîner l’arrachement des structures. Par ailleurs, il
est nettement préférable d’installer les structures et la première couche de biotextile assez tôt au
printemps et de compléter la seconde couche au cours de l’été (juillet de préférence). À
l’automne, la probabilité d’occurrence de tempêtes, nettement plus importante et intense qu’à
l’été, est en effet trop élevée pour réaliser l’installation d’une couche de matériel sans risquer
d’affecter la solidité de la structure, voire de toute la perdre.
18

6.5 Transplantation d’élyme des sables


Dès qu’une bonne partie de l’ensablement du haut de plage par les SEMS a été effectué, il est
conseillé d’implanter de l’élyme des sables dans le secteur du haut de plage. En effet, l’élyme
développe un réseau racinaire très important et en profondeur, ce qui ralenti efficacement le
dégraissage du haut de plage par les vagues et stabilise la zone de sable tampon. Par ailleurs,
l’élyme génère aussi de l’ensablement de type éolien, ce qui permet de continuer les
accumulations de sable même sans l’influence du régime de vagues.
Si les plants d’élyme résistent à leur transplantation, ensuite aux tempêtes de la période
automnale et enfin aux glaces hivernales, il est probable que ces derniers s’approprient le haut
de plage et stabilise les acquis d’ensablement à plus long terme. L’élyme facilite l’accumulation
de sable par le vent et il maintient le sable en place lorsque les vagues sont de faibles
amplitudes, mais ne contribue pas à diminuer l’érosion lors des tempêtes de fortes énergies.
L’annexe A présente une méthode de transplantation. Les meilleurs endroits pour implanter
l’élyme sont ceux légèrement en retrait par rapport à la ligne côtière moyenne. Il faut noter que
le succès de cette opération reste encore à démontrer par le suivi des résultats de projets terrain.

6.6 Entretien des ouvrages


À chaque année suivant l’installation, il faut prévoir des travaux d’entretien printaniers. Ces
travaux peuvent être mineurs (ex. par le remplacement de quelques barreaux dont les anciens
ont été arrachés). Parfois, les travaux sont plus importants, comme par exemple, la pause d’épis
latéraux ayant cédé à la pression des glaces et des vagues. Il est donc préférable de conserver
des pieux de remplacement et du biotextile en réserve. Normalement, quelques jours, pour
deux ou trois ouvriers, sont suffisants pour compléter ces travaux d’entretien à un site
d’implantation (deux à quatre SEMS).

7. Suivi des ouvrages et de l’ensablement


La méthode de suivi proposée est relativement simple et peu coûteuse. Elle a déjà été éprouvée
dans le cadre de d’autres projets (Karakiewicz et al, 2003). Elle consiste à suivre la topographie
de la plage à l’aide de poteaux de bois implantés dans la plage. Il faut ainsi considérer chaque
poteau comme un point repère topographique fixe.
La disposition des poteaux le long de lignes permet d’établir des profils de berge relativement
précis. Par ailleurs, le point important à retenir, c’est que ce protocole de suivi, une fois
l’implantation des poteaux réalisée, ne demande qu’une seule personne non spécialisée et très
peu de temps pour recueillir les données de terrain.
La méthode de calcul associée à ce protocole est relativement élémentaire. Il suffit de
géoréférencer le sommet de chaque poteau situé le long de la ligne à la précision du centimètre
et la position horizontale (en plan) à la précision du mètre à partir d’un site fixe (rocher) ou bien
à partir d’un des poteaux du SEMS dans sa partie supérieure. Par la suite, des mesures
d’élévation sont prises sur chaque poteau dans un espace de temps déterminé (ex. jour, semaine
ou mois). Il faut alors mesurer la distance entre le sol et le sommet du poteau à l’aide d’un
ruban de menuisier ou d’une tige graduée et colliger les valeurs dans un calepin de notes
préalablement préparé pour le suivi. Les données de terrain recueillies sont finalement intégrées
19
dans un chiffrier électronique (Excel, Lotus, etc.). Enfin, à la fin de l’automne, un nivellement
supplémentaire devrait être réalisé afin de s’assurer que les poteaux de suivi n’ont pas bougé en
élévation.
La distance entre les lignes de poteaux dépend de la résolution recherchée et des modifications
topographiques appréhendées. Effectivement, plus le milieu est homogène, moins le suivi
topographique demande, pour être représentatif, un nombre élevé de poteau et de lignes, car un
milieu sédimentologique homogène a tendance à réagir de façon uniforme. Une plus forte
densité de lignes de poteaux aux environs des SEMS et un nombre restreint dans les secteurs
voisins sont recommandés. Par ailleurs, sur une ligne, le nombre minimal de poteaux conseillé
pour suivre l’évolution de la plage est de trois4. Dans ce cas, le premier poteau d’une ligne doit
être localisé au pied du talus, le second se situe au centre de la plage et finalement, le dernier à
la jonction entre la plage et la batture. Un exemple de résultats est présenté à la Figure 13.

Enrochement
Profil de plage no 8 (15+971) Poteau de suivi
4,0 Profil initial (06-09-01)
07-06-02
3,5
15-07-02
3,0 09-08-02
2,5
Élévation (m)

26-08-02
2,0 18-10-02
1,5 05-11-02
1,0 22-11-02
0,5
0,0
-0,5
-1,0
-10 -5 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Distance à partir du bas de talus (m)

Figure 13 - Exemple de résultats d'un suivi topographique de la plage

L’installation comme telle des poteaux se fait au moyen d’une tarière mécanique portative. Une
équipe de trois personnes doit être prévue pour ces travaux, soit un technicien au niveau
optique et deux manœuvres pour forer les trous et poser les poteaux le plus profondément
possible. Outre la tarière, l’équipement devrait également comprendre un VTT pour le transport
des poteaux et des équipements légers (un niveau optique sur trépied, une tige graduée
télescopique de 4 à 5 m, une pelle ronde, une masse, du ruban rouge et un crayon de feutre
permanent pour numéroter les poteaux).

4Cependant, pour avoir un profil se rapprochant adéquatement du profil réel, il est bon de noter que le nombre de
poteaux par ligne devrait être au moins de cinq, soit un sur le haut de plage, deux sur la plage, un en bas de plage et
un autre sur la batture.
20

8. Processus d’érosion et d’ensablement


8.1 Évolution des côtes sablonneuses en milieu naturel
Interface de trois composantes physiques (la terre, l’eau et l’air), le trait côtier est un milieu très
actif. Il en découle l’érosion du littoral qui est une forme de dégradation manifestée par un
recul du trait côtier. Elle est naturelle, mais peut être déclenchée, et souvent accélérée, par des
interventions humaines. L’intensité de l’érosion est variable principalement en fonction de la
géomorphologie du littoral. Les côtes rocheuses ne subissent que très peu d’érosion par rapport
aux côtes sablonneuses. Les SEMS ne s’appliquent pas pour protéger les côtes rocheuses car les
côtes formées de roches ignées ou métamorphiques ne subissent aucune érosion tandis que les
côtes de roches sédimentaires (grès, calcaire, schiste) reculent par éclatement lors du gel-dégel.
Les enjeux de l’érosion se situent donc à la rencontre des milieux développés par l’homme et du
littoral composé de matériaux meubles. L’évolution des côtes sablonneuses y étant
généralement négative, des mesures de réduction de l’érosion doivent donc y être envisagées.

8.1.1. Influence des courants de dérive sur le bilan sédimentaire de la plage


L’érosion de la plage découle en grande partie du déficit sédimentaire entre le flux5 entrant et le
flux sortant ainsi que des modalités de redistribution des sédiments d’un endroit à l’autre le
long du littoral. Le flux entrant provient généralement de l’érosion du littoral, de l’apport
sédimentaire des rivières et de d’autres cellules sédimentaires6 voisines. Le flux sortant
représente la partie de sédiments qui est évacuée du régime littoral local. À partir d’une cellule
sédimentaire, les sédiments sont évacués par les dérives littorales « dominante et secondaire »
qui entraînent le sable de part et d’autre d’une cellule (Figure 14). Il y a aussi les dérives qui
dirigent les sédiments vers une pointe de sable en construction. La Figure 15 présente le
processus de formation d’une pointe de sable par la rencontre de deux directions dominantes
de la dérive littorale.

5 Flux : quantité de sédiments qui, durant une période définie de temps, traverse une limite géographique
déterminée.
6 Cellule géomorphologique : unité géomorphologique plus ou moins homogène servant à l’interprétation des
processus qui influencent le littoral.
21

Figure 14 - Dérive littorale, directions dominante et secondaire, versus la direction des


vagues (croquis adapté de Bernatchez, 2000)

Figure 15 –Graphique présentant la formation d’une pointe de sable par la dérive littorale et
le courant d’entraînement de l’eau vers le large (croquis adapté de Bernatchez, 2000)

8.1.2. Érosion du talus


À mesure que la plage se vide de ses sédiments, elle devient plus mince et l’élévation de sa
partie haute s’abaisse (Figure 16). En conséquence, le talus devient plus vulnérable à l’érosion
car les marées de vives-eaux ont plus de facilité à l’atteindre (Figure 16 - période automnale),
surtout en période de surcote significative. Combinée à de fortes vagues, ces marées peuvent
alors générer une érosion considérable au pied du talus. Suite à une tempête, et donc à l’apport
22
important de nouveaux sédiments, la plage retrouve une épaisseur et une largeur importante
(fin de l’automne). La position de la plage se trouve par contre quelque peu plus retirée par
rapport au cycle précédent d’érosion – accumulation, résultat de la perte nette de terrain
occasionnée sur le talus.
De nouveau, un processus de dégraissage de la plage, engendré par la dérive littorale et les
courants d’entraînement, recommencent son travail pour amincir la plage et rendre le talus
encore une fois vulnérable. Ce phénomène cyclique dépend étroitement du nombre de
tempêtes, de leur intensité et de leur orientation. Il est donc variable d’une année à l’autre. Il a
été observé lors du suivi de l’évolution de la topographie de la plage au banc d’essai pour
contrer l’effet de bout d’enrochement (Karakiewicz et al, 2003).
En situation d’effet de bout, le recul du talus est plus prononcé. En plus de couper l’apport de
sable de la falaise, l’enrochement agit comme un concentrateur d’énergie hydrodynamique et
réfléchit les vagues du côté intérieur à son extrémité. Dès lors, l’érosion gruge le talus situé
derrière l’enrochement. À la longue, l’enrochement s’affaisse à mesure que l’érosion agit
derrière lui tout en provoquant une érosion accrue du talus non protégé situé à proximité.
23

Figure 16 - Processus d'érosion de la plage et du talus (croquis adapté de Bernatchez, 2000)


24

8.2 Ensablement et érosion en présence des SEMS


Le processus d’ensablement des SEMS dépend des saisons. Il suit, tout en amplifiant localement
l’évolution du régime sédimentaire, le rythme des saisons. Pour montrer la façon de fonctionner
des SEMS, nous avons choisi de présenter un extrait des résultats de l’expérimentation réalisée
en 2001 qui résume bien le processus d’ensablement. Notez que le concept SEMS proposé dans
le présent document diffère quelque peu de celui utilisé durant le projet scientifique. Il est
notamment plus trapus, solide et court et donc moins sensible aux intempéries maritimes que
celui utilisé en cours de recherche.
Suite à la fonte des glaces, c’est la période de construction ou d’entretien des SEMS. Dès la fin
du printemps (mai), une période d’ensablement permet de remplir de sable les SEMS de façon
importante jusqu’au comblement entre les structures. Un léger platier horizontal de sable peut
s’établir, sur une bande dépassant parfois 5 m de large, en haut de plage. Il est alors possible de
transplanter de l’élyme des sables pour stabiliser le sable jusqu’à une prochaine grosse tempête.

Figure 17 - Exemple d’ensablement obtenu durant la période estivale (ISMER, 2002)


25
Au début de l’automne et suite à l’implantation d’une épaisseur de SEMS, l’accumulation en
sable est important (Figure 18). On voit que l’ensablement a atteint sont maximum avec la
présence d’une importante platière de sable en haut de plage. La végétation, tel que l’élyme des
sables, prend place sur cette platière.

Figure 18 - Exemple d’ensablement obtenu durant le début de l’automne (ISMER, 2002)


26
Vers le milieu et la fin de l’automne (Figure 19), les vents de tempêtes génèrent des vagues qui
ont plutôt tendance à produire de l’érosion sur la côte. Les tempêtes sont parfois si violentes
que les tampons de sable accumulés dans les secteurs protégés par les SEMS écopent au profit
de d’autres secteurs du littoral. Enfin, contrairement aux secteurs non-protégés où là, les talus
reculent de façon parfois alarmante, c’est la zone tampon de sable qui est affectée par l’érosion
et le talus est alors intact ou marginalement érodé.

Figure 19 - Érosion de la zone tampon après une tempête d'automne (ISMER, 2002)
27
Durant l’hiver, les glaces s’installent sur la côte. Si les tempêtes d’automne n’ont pas été trop
sévères et nombreuses, les SEMS peuvent être enfouis dans le sable accumulé avant
l’installation des glaces et sont donc bien protégés pour l’hiver. Au printemps, les glaces
fondent alors sur place et protègent le talus jusqu’à leur disparition complète. Seuls quelques
entretiens légers peuvent alors être nécessaires pour le remettre en état. Par contre, si les
structures ne sont pas suffisamment enfouies dans le sable, elles risquent d’être affectées par le
départ des glaces soulevées par les marées supérieures tôt au printemps. Une période
d’entretien printanier assez importante peut s’avérer nécessaire pour les remettre en état de
fonctionnement.

Figure 20 - État de la situation au printemps suivant (ISMER, 2003)


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9. Conclusion
Ce guide permet à tout promoteur de s’engager, en connaissance de cause, dans des travaux
d’implantation de systèmes d’épis Maltais-Savard (SEMS). Il est le fruit du travail, basé sur une
dizaine d’années d’essai et d’expérimentation terrain, et conclu ainsi les recherches et le
développement s’y rattachant. D’autres travaux de recherches seraient néanmoins nécessaires
pour perfectionner la méthode. Il faut souligner que dans le domaine de la protection du
littoral, il n’y a pas de solution unique et divers moyens de protection du littoral doivent être
mis à la disposition des décideurs pour faciliter leur travail. La mise sur pied d’observatoires du
littoral dans le Québec Maritime est la voie principale à la connaissance du milieu côtier et des
enjeux qui y sont rattachés tels que l’érosion des berges.
29

10. Références
BERNATCHEZ, Pascal. 2000. Évolution de la technique de restauration de plage du système d'épis
Maltais-Savard (SEMS) et analyse des composantes contrôlant la morphosédimentologie des plages.
Rapport remis au Comité ZIP de la rive nord de l’estuaire. 31 pages.
COMITÉ ZIP de la rive nord de l’estuaire. 1999. Les actes du colloque régional sur l’érosion des
berges – vers une gestion intégrée des interventions en milieu marin. 207 pages.
COMITÉ ZIP de la rive nord de l’estuaire. 2002. Sommaire de projet - Bancs d’essai de restauration
de plage par la méthode de système d’épis Maltais Savard (SEMS). 13 pages.
GENIVAR. 2002. Suivi de l’évolution de la topographie à deux sites de la péninsule Manicouagan.
Rapport soumis à Hydro-Québec. 2 volumes, cartes et photos.
BOCZAR-KARAKIEWICZ, Barbara et W. Romanczyk. 2000. Modèle conceptuel de fonctionnement
d'un ouvrage de protection du littoral : système d'épis Maltais-Savard (SEMS). Rapport remis au
Comité ZIP de la rive nord de l’estuaire. 34 pages.
BOCZAR-KARAKIEWICZ, Barbara, W. Romanczyk et N. Roy. 2003. Analyse de l'efficacité de la
méthode de protection du littoral : Système d'épis Maltais-Savard (SEMS) - Banc d’essai de Pointe-aux-
Outardes, péninsule Manicouagan, Québec, Canada. Rapport réalisé par l’ISMER et le Comité ZIP
de la rive nord de l’estuaire.
NATURAM ENVIRONNEMENT INC. 1997. Restauration des berges du Parc régional de Pointe-
aux-Outardes; élaboration d’un projet expérimental. Rapport remis à Pêches et Océans Canada.
137 p.
POLY-GÉO. 1998. Mesures de protection des berges en milieux estuarien et marin. Rapport présenté à
Hydro-Québec, Hydraulique et Environnement, direction expertise et support technique de
production.
PÊCHES ET OCÉANS CANADA. Atlas des marées du Canada.
Annexe A - Album photos
1

Remplissage du biotextile

Pose des pieux

Biotextile refermé à Pose des barres de


l’aide de la ficelle renforcement avec vis
2

Barre de renforcement

Boulon

SEMS terminé
Annexe B - Méthode de transplantation d’élyme des sables
1

Objectifs
Le but de l’implantation vise à améliorer la stabilité du haut de plage en y implantant des plants
d’élyme des sables.

La cueillette
Le lieu de cueillette à choisir se retrouve à un endroit où la densité et l’étendue du secteur
couvert par l’élyme des sables sont importants. La cueillette se fait rapidement à température
fraîche.

La transplantation
Les plants sont prélevés à l’aide d’une pelle et sont ensuite transportés dans un bac de plastique
pour être amenés au site de plantation. Les plants sont transplantés dans la même journée, de
0 à 4 m du talus. La position entre chaque plant peut être réalisée selon un quadrillage de 0,5 m.

Suivi
Un suivi photographique peut être effectué, une fois par mois, pour suivre l’évolution des
plants en question.
Démonstration photographique

Sélection d’un
échantillon

Site de prélèvement
Q i d PAO
2

Nettoyage des racines

Creusage du trou
d’implantation

Implantation Résultat