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Contes de Madagascar / par

Charles Renel,...

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Renel, Charles (1866-1925). Auteur du texte. Contes de
Madagascar / par Charles Renel,.... 1910-1930.

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CONTES
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MADAGASCAR

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CHARLES RENEL
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~BnMBCTZCtt DZ ï.'m~SZKaŒMZKT A MJU~MMtCAn

TROISI~BŒPA~B,
CONTES POPUR~aŒS~~¡";¡7'

r'
PARIS
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L'Orient inédit. Légendes et traditions armé-
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CONTES ET CHANSONS POPULAIRES

TOMZ XI.VI

CONTBS DE MADAGASCAR

1
~ôëNTES
~<1
¡ III
POPULAIRES
CONTES
Ot

MADAGASCAR
CHARLES RENEL
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PEOiEESlVIt ADJOUtT
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A LA lACOL'Iâ
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LE'I~'i!S D! LYON
MttZCTBI~ DZ L'XNSZICNZMZKT A MADAGASCA*

TROISIÈME PARTIE
CONTES POPULAIRES

PARIS
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1930
INTRODUCTION

Ce recueil de contes Malgaches est le


dernier ouvrage d'un auteur subitement
et prématurément disparu. Tous ceux
qui l'ont connu l'ont estimé et aimé et,
si vite que les années s'écoulent et nous
emportent, ils ressentent encore doulou-
reusement sa perte.
Strasbourgeois de naissance, Vosgien
d'adoption, Charles Renel passa par l'Ëcole
normale supérieure, où il eut pour cama-
rades des savants et des artistes devenus
célèbres aujourd'hui.
Il fut professeur de philologie à la
faculté des lettres de., Lyon, et de là,
emmené par le nouveau gouverneur géné-
ral V. Augagneur qui l'avait remarqué,
s'embarqua pour Madagascar comme di-
recteur de l'Enseignement.
Il devait y passer trois années, il y
resta près de vingt ans.
ITmourut an moment même où il venait
de se décider à rentrer en France pour
occuper à Dijon le poste de recteur, quit-
tant cette île à laquelle il s'était forte-
ment attaché la ville rouge au-dessus
des rizières, le peuple blanc des Imméri-
niens, la case avec les étranges et sveltes
colonnes de pierre, les soirs emplis du
parfum des daturas.
A peine touchait-il à la soixantaine.
Si robuste, si sain d'esprit, il semblait
devoir vivre longtemps encore pour satis-
faire une curiosité intellectuelle toujours
éveillée, occuper une activité qui ne se
lassait guère et réaliser les œuvres dont
son imagination toujours en travail avait
déjà tracé les esquisses et arrêté les plans.
Si la mort le frappa brutalement, sans
l'avertir, du moins lui épargna t-eHe
regrets, appréhensions et souffrances.
Renel était à la fois un homme de
science et un artiste. Chez lui, sans que,
chose rare us se fissent tort l'un à l'autre,
un poète doublait un érudit. D'où le charme
de sa personne, sérieuse avec tant de gen-
tillesse, et la solidité de son talent,
ordonné et délicat une sensibilité vive,
une imagination réglée par le bon sens
et le goût, avec une grande probité de
conscience, une rigueur méthodique d'es-
prit. De sa mère qu'il perdit de bonne
heure, il tenait cette acuité de sentiment
que l'artiste semble emprmter à la femme
de son père, ingénieur intelligent, biblio-
phile passionné, grand collectionneur d'es-
tampes, d'objets rares, le goût du beau et
la curiosité de l'inconnu.
Ses publications scientifiques débutèrent
par une thèse de doctorat L'évolution
~wt mythe (1898), où il rapprochait la
légende védique des Açvins du mythe
grec des Dioscures. Il publia ensuite
une série d'études documentées et cri-
tiques sur: Les C«~cs ~MM~w~
Rome (1903) Les ~~M G<K~
avant le christianisme (1905) puis sur
les ~WM~~ malgaches (1919) et sur
les religions de Madagascar, ~~cc~
DtCM%.
Comme l'a justement dit son camarade
d'école, le professeur Georges Dumas,
ces divers travaux marquent tous une
attraction bien caractéristique et persis-
tante vers un sujet central, l'histoire des
religions sujet propre en effet à satisfaire
la part de l'imagination, de mysticisme
si l'on veut, d'un esprit incliné vers l'art,
en même temps que les besoins d'une
intelligence à tournure scientifique. Celui-là
aspire à créer dans le rêve et la fantaisie,
celle-ci veut se rendre compte, par le
raisonnement et l'érudition, de la psy-
chologie humaine; elle s'efforce de suivre
d'anneau en anneau, la longue chaîne
des phénomènes de conscience des plus
complexes aux plus simples ce qui est
pour le savant, la loyale et scrupuleuse
recherche de la vérité.
D'ailleurs, dans la préface du livre
Ancêtres et Dieux, Charles Renel explique
fort bien lui-même comment, ayant débuté
par des recherches un peu théoriques,
il avait été amené à comprendre que l'étude
des phénomènes religieux actuels, dans une
société à demi civilisée dont il est possible
d'observer les croyances et les rites,
constituait la meilleure préparation à
l'histoire des religions.
Mais pour observer avec fruit ce monde
nouveau, à la fois si vieux et si jeune encore,
pour interpréter avec le moins d'erreurs
possible les mœurs, les récits, les tra-
ditions des indigènes peu disposés à se
livrer à un étranger, il faut, dit-il, com-
prendre leur langue. Et résolument il
se mit à l'étude du malgache qu'il posséda
assez bien au bout de quelques années,
pour le parler lui-même. Enorme avan-
tage qui est, chez un colonial de haut rang,
le prix d'un assez rare et persévérant effort.
En recueillant des traditions, Charles
Renel était amené à recueillir des contes
populaires, qui tiennent de si près aux
mythes religieux. Il en publia d'abord
deux volumes. Œuvres d'érudition, où
l'artiste trouvait aussi son compte. En
voici un troisième recueil, qu'il n'eut pas
le temps de mettre en ordre et de publier
lui-même. Ce travail de classement et
cette publication sont dus aux soins de
la ndèle compagne qui partagea sa vie,
participa à son labeur et qui, dans cette
tâche posthume, trouva, sinon une con-
solation à un deuil irréparable, du moins
un moyen de prolonger pour les autres
une mémoire si vivante en son cœur.
Tous ces contes avaient été recueillis
par le transcripteur au cours de longues
randonnées faites par lui dans l'île de
Madagascar, pour visiter les 820 écoles
qu'il avait fondées (800 du premier degré,
20 du second) où 120.000 Malgaches
reçoivent un enseignement qui n'est
pas seulement théorique, mais aussi pra-
tique (i).
(i) Sans compter les lycées de garçons et de mies,
l'Ecole Normale et Administrative, les écoles indus-
trielles, d'où sortent chaque année instituteurs,
écrivains-interprètes, commis d'administration et des
travaux publics, télégraphistes, postiers, et contre-
maîtres.
L'Ecole de Médecine fait partie de l'Enseigne-
ment, mais elle fut créée, avant l'arrivée de Charles
Renel, par le Docteur Fontoynont, le Savant émi-
nent, membre de l'Académie de Médecine, qui la
dirige encore aujourd'hui.
Le rôle d'administrateur à la fois hardi et prudent
que joua Renel comme directeur de l'Enseignement
mériterait à lui seul une étude. L'oeuvre de la colo-
nisation française à Madagascar eut en lui un de ses
meilleurs agents, un de ses plus intelligents mission-
naires. Il continua à rapprocher l'indigène de son
Il les avait recueillis lui-même de la
bouche des indigènes, où les avait fait
recueillir par les instituteurs malgaches
dont il colligeait et vérifiait les récits.
Tous, j'en suis sûr, l'aidaient volontiers
dans cette enquête, car tous, en respectant
son autorité fondée sur le savoir, avaient
reçu de lui trop de marques de sa bonté
pour ne pas lui être dévoués corps et âme.
Quelques-uns de ces contes sont ma-
licieux, d'autres bizarres, d'autres assez
profonds, si l'on se donne la peine d'en
extraire la valeur symbolique. Plusieurs
ne sont que des variantes d'un récit
primitif, et l'on pourra trouver des répé-
titions et de la puérilité. Il est bien entendu
que ce n'est pas sur cet ouvrage d'érudit
qu'il faudrait juger la valeur littéraire
de Charles ReneL
Cette valeur, il l'a prouvée dans cinq

conquérant, en lui faisant respecter et admirer celui-


ci, plutôt qu'en le lui faisant craindre. Et c'est parce
qu'il avait pour ces grands enfants de mœurs douces
et d'esprit souple, une sympathie reçue et s'enorçait
de les comprendre, qu'il les amena à aimer la France
en en représentant pour eux la raison pénétrante,
le savoir bienfaisant et l'esprit généreux.
romans (dont le premier n'est à vrai dire
qu'un recueil de nouvelles sur le monde
colonial européen). Ce sont La Race
MtC<WMM~, La Coutume des Ancêtres, Le
D~ct~M~. La Fille de l'île rouge, L'Oncle
d'Afrique.
Ouvrages documentaires, car ils nous
initient en détail à un monde inconnu
de nous, nous peignent des paysages nou-
veaux, des moeurs et des races étranges;
mais ouvrages artistiques aussi, où la
force de l'évocation est servie par la belle
tenue du style, où l'agrément et la sobre
richesse de la forme vont de pair avec
l'intérêt sérieux du fond. Les visions mul-
tiples que l'auteur nous donne de la ville
grouillante et somptueuse sous le soleil,
de la campagne verdoyante ou farouche,
des villages innombrables avec leurs huttes
rustiques et leurs étranges tombeaux
les maisons froides des morts, recréent
fortement le monde où elles nous trans-
portent la peinture des mœurs et la psy-
chologie des êtres primitifs que le roman-
cier met en scène s'imposent à l'esprit.
Il n'imite pas Loti, mais il y fait quelque-
fois songer sa. force descriptive, redisons-
le, n'a pas seulement pour origine une
faculté précise et minutieuse d'observa-
tion, appuyée sur une forte culture elle
est soutenue par des dons réels de poète,
imagination et sensibilité.
Et peut-être le trait caractéristique de
cette sensibilité est-il la sympathie pour
les êtres et pour les choses qu'il peint.
Loin de montrer pour ce peuple soumis,
au milieu duquel il vit et domine, un iro-
nique ou indulgent mépris d'Occidental,
trop sûr de sa supériorité, il se laisse
toucher par tout ce qu'il y découvre de
simple, de candide et de sain, sans en igno-
rer ni en dissimuler les défauts et les
faiblesses.
Ces races inconnues ne lui ont pas li-
vré tous leurs mystères, qui échappent
sans doute à jamais aux étrangers. Mais
il les a pénétrées plus profondément que
d'autres n'ont pu le faire il les comprend,
il les admet telles qu'elles sont et parfois
il est bien tenté de prendre leur parti, de
trouver que leur conception de l'existence,
dans les conditions où elle se développe,
l'emporte en sagesse sur la nôtre, sans lui
être très inférieure en vertu. A ce point de
vue, Le D~MptHsc est une thèse dont l'ori-
ginalité et la hardiesse n'ont pas été mises
en valeur peut-être autant qu'elles méri-
taient de l'être, quoique ce livre ait eu du
succès. Charles Renel nous y montre l'em-
prise exercée par la beauté amollissante du
climat, la lourde magnificencede la nature,
la sensibilité de la race, sur l'esprit d'un
Européen. Fatigué des complications ma-
térielles de sa propre civilisation, celui-ci
en arrive à préférer la vie libre et indolente
de l'indigène à l'activité tourmentée de
notre vieux monde trépidant.
Mais, hâtons-nous de le dire pour rassurer
la moralité inquiète l'auteur est trop
foncièrement Français, homme de raison
critique, d'esprit méthodique et de cu-
riosité laborieuse, pour ne pas réagir contre
cet envoûtement de la nature primitive.
Après s'être quelque temps laissé séduire
par elle, il secoue le charme, il rompt
d'un effort de volonté, secondé par quelque
dégoût, l'enchantement magique, il s'arra-
che aux charmes paresseux et d'ailleurs
un peu vus de cette terre parfumée aux
effluves trop lourds, de cette race zé-
zayante et douce, mais toute charnelle et
naïvement astucieuse, personnifiée dans la
gentille Razane (la fille de l'Ile rouge).
Et telle est la conclusion du roman qui
porte ce titre le départ de l'Européen
saturé de plaisirs dont la douceur lui de-
vient fade, vers le pays natal où d'autres
déceptions l'attendent sans doute, mais
où il retrouvera sa personnalité véritable,
quitte à garder longtemps un regret mélan-
colique du « mirage austral a attirant et
évanoui.
Quelles autres œuvres Charles Renel
aurait-il produites encore, dans la pleine
maturité de sa force et de son talent?
Sa double tâche d'érudit et d'artiste n'était
pas terminée il pouvait se renouveler
encore. La mort a scellé brusquement où il
avait enfermé une essence exotique, d'un
parfum assez puissant et nouveau. Mais
il fut et restera le peintre fidèle, original,
de ce monde lointain qu'il a été un premier
à bien pénétrer, avec un esprit large,
et des regards à la fois clairvoyants et
enivrés un monde qu'il a contribué à
rapprocher de nous, non par la violence,
mais par la douceur et la sympathie, et
dont il nous a imposé tme vision si précise
que nous le verrons longtemps par ses yeux
aujourd'hui fermés.
Maurice PoTTECHER.
An début de ce livre nous croyons néces-
saire d'indiquer an lecteur le sens des
mots (i) Zanahary, Andriamanitra qni
interviennent souvent dans les récits. Ils
signifient < Puissances divines sous leur
forme la plus vague a.

Il existe deux Zanahary, Zanaharibé et


Varabé (la foudre). Tous les Betsimisaraka
les adorent.
Recueilli à Autandrokomby (province de
Vatomandry)
Le ciel fut fait par Zanaharibé et la terre
par Ratanimasina.
Recueilli à Antanambao ~WtMC~ de
Vatomandry)

Le Zanahary qui a fait la terre s'appe-


lait Andriamisazozo. C'est lui aussi qui
fabriqua avec du bois le premier homme
appelé Andriampivelona.
Recueilli à MaM~~6~M~a ~~OUtM~ d'An-
devoranto)

(i) Nous avons conservé récriture habituelle


des mots malgaches. Le lecteur devra se rappeler
que l'o se prononce ou.
1

RAVARATRA
ET RAHOROHORO

CONTE ANTAIMORONA
J?ecM~tMt à MatM~ayy
(province de Manan7ary)

Autrefois, dit-on, un Zanahary homme


et un Zanahary femme descendirent sur la
terre pour s'y promener et y façonner des
êtres vivants. Or, un jour, au bord d'un fleuve
la Zanahary vit dans un livre couvert d'écri-
ture, qu'elle tenait en ses mains, que tous
devaient retourner au ciel dans un délai
très .court.
Hâtons-nous, dit-elle à son mari.
C'est aujourd'hui que nous devons rentrer.
Ne nous mettons pas en retard.
Attends un peu, répondit le Zanahary.
Je suis en train de faire le caïman.
Et, dans sa hâte, il prit à peine le temps
d'ébaucher cet ~nim~J Voilà pourquoi le
caïman est laid et informe.
Peu après son retour, le Zanahary envoya
Ravaratra (l'édair) et Rahorohoro (le trem-
blement de terre), sa femme, pour voir
comment se comportaient les êtres créés
par eux. Il leur ordonna de revenir au bout
de deux mois.
Mais à peine arrivés sur la terre, Ravaratra
et Rahorohoro se montrèrent pleins de mé-
chanceté et d'arrogance, grondant et tuant
les gens et les bêtes. Les deux mois passés, ils
ne songèrent pas à revenir, et le Zanahary,
s'irritant contre eux dépêcha Rangidimola
pour les chercher. Celui-ci s'aperçut que
les habitants de la terre étaient très malheu-
reux à cause des maux qu'ils enduraient;
lorsqu'il rencontra Ravaratra et Rahorohoro,
il leur dit
Le Zanahary est fâché contre vous;
il m'a envoyé pour voir ce que vous faites
et pour vous dire de rentrer immédiate-
ment.
Dis au Zanahary que nous ne revien-
drons plus chez lui nous voulons rester tou-
jours sur la terre.
Rangidimola porta leur réponse au Zana-
hary et lui raconta comment Ravaratra
et sa femme se conduisaient mal sur la
terre.
Retourne de suite dit le Zanahary. Tu
prendras de force l'ody (i) que j'ai mis dans
la bouche de Ravaratra; toute sa force est
due à cet ody.
Dès que Ravaratra aperçut Rangidimola,
de retour sur la terre, il s'avança vers lui
pour le combattre,et recommanda à sa femme
de se cacher sous terre pendant le combat.
Rangidimola après une lutte longue et
pénible, parvint à s'emparer de l'ody qui
était dans la bouche de Ravaratra. Aussi-
tôt celui-ci, vaincu, demanda grâce. Rangidi-
mola le lia d'une corde et l'amena devant
le Zanahary.
Je ne te ferai pas mourir, dit celui-ci,
bien que tu le mérites par tes crimes, mais,
1
en punition du mal que tu as fait, tu n'auras
plus d'honneurs, tu ne seras plus gardien
de l'ody qui te donnait ta force, et tu demeu-
reras ici, tandis que la femme restera dans
l'intérieur de la terre, là où tu l'as cachée.
Si tu la regrettes, tu pourras passer avec
elle quelques mois tous les ans.
Voilà pourquoi, dit-on, le tonnerre gronde
et la foudre tomba sur la terre durant une
(i) Amulette, préservatif, remède.
des saisons de l'année, lorsque Ravaratra
vient visiter sa femme. Quant à Rahoro-
horo, elle est toujours cachée dans les pro-
fondeurs du sol, et c'est elle qui, de temps
en temps, fait trembler la terre.
II
ORIGINE DU TABAC

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Antambolo ~Ut'MM~ de Tamatave)

Autrefois, dit-on, bien que le mariage


existât déjà, les femmes ne cessaient de
pratiquer l'adultère. Un jour qu'une femme
trompait son mari, les habitants du village
la virent et allèrent la dénoncer. Le mari
courut surprendre les deux complices, et
furieux s'adressa à son rival.
Pourquoi prends-tu ma femme ?
Elle est venue volontairementavec moi
parce qu'elle me préfère à toi.
Les deux rivaux se précipitèrent alors
l'un sur l'autre, et lancèrent en même temps
leurs sagaies. Tous deux tombèrent frappés
mort.
La femme ne sachant que faire alla trou-
ver les parents des deux hommes. Ils lui
demandèrent
Qui est l'auteur de l'assassinat ?
Ils se sont donné réciproquement des
coups de sagaie.
Mais les gens du village s'écrièrent
< C'est toi seule qui est cause de la mort
des
deux hommes.Nous allons te tuer à ton tour.
Ils assommèrent la femme, creusèrent
un grand trou et enterrèrent ensemble
les trois amants, la femme au milieu et les
deux hommes de chaque côté.
Or, longtemps après, une plante poussa
sur le tombeau. Tout le monde fut très
étonné, car on en avait jamais vu de pareille.
On ouvrit donc le tombsau et on s'aperçut
que la plante prenait racine entre les cuisses
de la femme. Ceux qui étaient restés au
dehors demandaient
Où est la racine ?
Et les hommes descendus dans le tombeau,
répondaient
Entre les cuisses! (Tambaky!)
C'est pourquoi ils l'appelèrent tambaky
devenu aujourd'hui tambako.
Tous en emportèrent chez eux des feuilles;
ils s'aperçurent qu'en séchant elles deve-
naient odoriférantes, et les préparèrent pour
les manger, mais ceux qui en usèrent devin-
rent comme ivres et hors de leur sens;
on se contenta donc ensuite de les mâcher,
puis de les cracher.
L'amour de la femme et le jus de tabac
sont deux choses excellentes, mais il faut les
dédaigner après s'en être servi.
III
ORIGINE DES MONTAGNES
DES VALLEES
ET DES PIERRES

CONTE SUR LES ORIGÏNES


Recueilli à Betroko

Autrefois, dit-on, les montagnes, les


vallées et les pierres n'existaient pas sur la
terre, qui était couverte d'herbe, de rivières
et d'arbres fruitiers très agréables.
Un jour, dit-on, les enfants du Zanahary
descendirent sur la terre pour se promener.
Comme il faisait très chaud, les enfants
prirent un bain et nagèrent. Après, ils conti-
nuèrent leur promenade selon leur bon
plaisir, et tout à coup aperçurent dans les
herbes une belle statuette en argile. Ils la
prirent et l'enveloppèrent avec des feuilles
vertes pour l'emporter dans le ciel. En voyant
ce larcin, toutes les terres furent mécontentes,
quelques-unes s'élevèrent à une très grande
hauteur et coururent après les enfants,
tandis que les autres leur jetaient des
pierres et les faisaient tomber.
Tel fut, d'après le récit, l'origine des
montagnes, des vallées des rochers. Les
terres qui s'élevaient dans l'air formèrent
les montagnes, les pierres devinrent des
rochers et les pierres qui se trouvent main-
tenant en abondance sur la terre.
<

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli par l'auteur de la bouche d'un
vieillard à Anivorano (province ~4 M~tW~M~

Un jour, dit-on, le fils du Zanahary des-


cendit du ciel pour faire un kabary (i) aux
Terres il les convoqua donc en un certain
endroit pour un jour fixé. Mais le fils du
Zanahary n'arrivait pas à l'heure dite. Alors
les terres ne savaient que faire, les unes
voulaient rester, les autres s'en aller. Quand
(i) Discours publics, proclamations, affaires trai-
tées dans les réunions publiques.
le fils du Zanahary fut là, il demanda à
celles des Terres qui étaient présentes ce
qu'étaient devenues les autres, et elles
répondirent
Elles étaient impatientes comme vous
n'êtes pas venu à l'heure nxée, elles sont
retournées chez elles.
Et lui, mécontent, dit
Qu'elles ne s'élèvent jamais vers mon
ciel! Elle demeureront submergées par
l'eau. Les bœufs les fouleront, les hommes
les creuseront pour y trouver de l'or. Quant
à vous autres, je vous remercie de votre
exactitude. Je demanderai au Zanahary
mon père de mettre sur vous des pierres
et vous serez appelées Montagnes, et celles
de vous qui se sont montrées désobéissantes
seront appelées Vallées.
Voilà pourquoi, dit-on, les vallées foulées,
creusées, remuées, sont couvertes de plan-
tations, tandis qu'on respecte les montagnes,
parsemées de roches.
IV

ORIGINE DES HOMMES


ET DES LEMURIENS.
CULTE DES ARBRES

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Mangily (province de Vohémar)

Au commencement, dit-on, il n'y avait


pas d'êtres vivants sur Ja terre. Or les deux
maîtres du monde, Ranaivotovoana et
Jaobinonoka, firent un jour une convention
pour fabriquer des êtres humains. H fut
entendu que Ranaivotovoana ferait les os
et la chair, et que Jaobinohoka ajouterait
le sang et la vie.
Ranaivotovoana coupa donc un tronc
d'arbre, y tailla deux formes humaines
qu'il termina en y ajoutant de l'argile. De
son côté Jaobinonoka fit du sang avec de
l'eau et l'introduisit dans les deux ngures.
Puis il ajouta la vie, et ainsi elles devinrent
des êtres humains, l'un mâle, l'autre femelle.
Quand ce fut terminé, les deux créateurs,
dit-on, donnèrent à ces premiers êtres hu-
mains le nom de Monka, qui signifie homme.

Ce premier couple humain eut des enfants,


qui eux-mêmes se multiplièrent. Mais ils
se battirent entre eux les vainqueurs res-
tèrent hommes, tandis que les vaincus se
réfugièrent dans les bois et se transformèrent
en lémuriens. Voilà pourquoi les lémuriens
ont des doigts pareils à ceux des hommes,
et, lorsqu'ils crient, ils se rappellent encore
leur ancienne condition, car ils ne cessent
de dire JMonka Monka (homme homme !)
Aujourd'hui encore les humains ont un
culte pour les grands arbres ils leur adres-
sent des vœux et ils y suspendent des of-
frandes c'est parce que les deux premiers
hommes sont sortis des arbres. Et les
enfants, dans leurs jeux, fabriquent encore
de petites figurines humaines en argile, en
souvenir du premier couple créé au commen-
cement du bois et de la boue par Ranai-
votovoana et Jaobinonoka.
v
DE L'ORIGINE DU RIZ

CONTE BETSIMISARAKA
.RccM~t à Tainatave

Deux époux avaient, dit-on, un fils


unique appelé Indrianirina qu'ils aimaient
tendrement. Ils étaient < mpanazary 1t
« ombiasy (i).
Une nuit Indrianirina rêva qu'il était
transporté dans un îlot par un Etre ailé.
Le lendemain, il raconta son rêve à ses
parents,
Le père qui se croyait un < mpanazary
célèbre dit
« Chéri, cela n'est qu'un rêve ne sais-tu
pas que je m'appelle Andriampahitala-

(i) Devins.
vitra, qui voit, qui sait toute chose éloignée
on cachée? Personne n'osera jamais envahir
notre domaine et tant que je serai vivant
tu resteras auprès de moi et de ta mère.
Sois rassuré. »
Au bout de cinq mois, l'Etre ailé qui était
apparu au petit garçon revint vers minuit.
Il l'emporta et le déposa au pied d'un arbre.
en haut de cet arbre, il y avait un revenant
dont la vue causa la mort d'Indrianirina.
Le lendemain le malheureux petit garçon
fut enterré au pied de l'arbre par les habi-
tants du village voisin.
Ses parents furent très tristes; ils pleu-
rèrent des jours et des nuits, et promirent
une grosse somme d'argent à qui trouverait
leur nls. Tout le monde se mit à la recherche
mais ce fut eu vain.
Quelques mois après la mère eut un rêve
son fils était près d'elle et parlait en ces
termes
< Mère, père, maintenant je
suis séparé
de vous; vous ne me verrez plus jamais.
Mais, souvenez-vous de moi toujours. Vous
irez demain, avec votre serviteur, vers l'Est.
Suivez toujours le chemin qui est à côté
de notre maison. Après deux jours de marche,
vous verrez à droite du chemin, un grand
arbre dépourvu de ses feuilles. C'est au pied
de cet arbre que je me trouve enseveli,
chers parents! Vous n'emporterez pas mes
cendres et mes os, c'est défendu. Mais vous
prendrez les graines des herbes, qui poussent
en touffes sur mon tombeau. Revenus dans
notre village, vous préparerez un terrain
et vous y sèmerez les graines. Soignez-les
bien, mangez-en les produits, car cela vous
donnera la vie, la force, l'intelligence. Aimez
tendrement ces grainescomme vous m'aimiez
car elles sont nées de moi et resteront tou-
jours auprès de vous. Je vous dis adieu, et
vous demande d'accomplir mes désirs. Adieu
encore, chers parents. »
Lorsque le rêve se fut enfui, la mère resta
tout étourdie; elle alluma le feu et regarda
dans tous les coins de la maison, elle réveilla
son mari et lui raconta son rêve. Le lende-
main matin, au premier chant du coq, on
mit des patates dans un grand sac, car le
riz n'existait pas encore, et on se mit en
route.
Le deuxième jour on arriva à l'arbre.
Les deux époux pleurèrent amèrement
pendant des heures. Enfin, ils récoltèrent
les graines, les mirent dans un panier et
reprirent leur chemin.
En route, en traversant un marais, le petit
serviteur fut fatigué, il jeta les graines dans
l'eau pour ne plus les porter. L'eau dispersa
les graines qui ne tardèrent pas à pénétrer
dans la boue. Le père et la mère ne purent
rien ramasser et furent très fâchés contre leur
serviteur. Ds revinrent souvent en ce lien
pour voir si les graines germaient et don-
naient d'autres graines. Après quelques jours,
de petits plants apparurent et produisirent
à leur tour des graines d'une qualité dix
fois meilleure que les premières. Devant
cette bonne récolte, les deux époux furent
très contents et dirent
« Efa voary lahy ity vao nitombo betsaka
«
Les graines perdues produisent une abon-
dante récolte
Voilà pourquoi l'homme doit semer ses
graines dans l'eau pour en avoir une grande
quantité.
Pour que le riz produise une bonne récolte,
on doit le soigner comme avait dit Indria-
nirina.
Si le riz manque, la force et l'intelligence
manquent aussi.
VI

ORIGINE DE L'HOMME
ET DE LA MORT

CONTE
.R~CM~H dans le district <~4tM&a<OM<~Ka~

Deux époux Vazimbas (i) étaient autre-


fois les seuls habitants de la terre. N'ayant
pas d'enfant, ils étaient désolés, et un jour,
ils cherchèrent de la terre glaise et lui
donnèrent la forme humaine. Ils firent
deux statues, l'une était un petit garçon,
l'autre une petite fille. Pour les animer, la
femme souma dans leur nez, mais ne réussit
pas à donner la vie; alors un Zanahary qui
se promenait sur la terre, passa. La femme
lui demanda de rendre vivantes les deux

(i) Nom du peuple arborigène de l'Imerina.


et lui promit, s'il réussissait, deux
statues,
bœufs et une somme d'argent. Le succès
fut complet.
Lorsque les enfants furent grands, les
parents les marièrent. Alors, le Zanahary
réclama son salaire.
« Nous n'avons pas d'argent, dirent les
parents, parce que nous sommes vieux, dans
une dizaine d'années, les enfants vous
paieront. JI

« Puisque vous m'avez trompé, reprit le


Zanahary je vous tuerai, » et il les tua.
Au bout de deux années, le Zanahary
s'adressant aux enfants leur demanda de
nouveau son salaire.
« Vous avez tué nos parents, dit le
couple,
l'argent que nous avons recueilli est dépensé.
Nous vous demandons dix ans encore pour
nous acquitter de notre dette.»
Dix années passèrent et le Zanahary revint,
le ménage avait trois enfants, mais pas d'ar-
gent.
« Je vous tuerai, dit encore le Zanahary,
vous, et vos descendants, que vous soyez
vieux ou jeunes. »
Depuis ce jour, les hommes furent mortels
et lorsque l'un d'eux quitte la vie, il c est pris
par le Zanahary qui l'a fait disent les
Malgaches.
VII

LA FILLE DU ZANAHARY

CONTE
Recueilli à Vangaindrano
(province de Farafangana)

Zavolahitsimasy cherchait un jour une


femme à marier. Il monta au ciel pour
demander au Zanahary sa fille. En route il
entra chez Ramahamaly qui lui demanda
d'où il venait et ce qu'il voulait. Je suis
Zavolahitsimasy, répondit-il, et je viens
demanderla fille de Zanahary en mariage.
C'est bien, reprit Ramahamaly, je souhaite
que vous réussissiez, vous pouvez la voir
car elle est dans cette case avec sa mère,
toutes deux tressent des nattes; cependant
il vous est difficile de la distinguer de sa
mère qui est encore jeune. Zavolahitsimasy
employa alors la ruse saivante; il prit deux
oranges, les jeta vers elles, la mère saisit les
deux fruits à la fois tandis que la fille
disait mère, donnez-m'en une. Zavolahit-
simasy fut :fixé et alla trouver Zanahary,
pour lui demander sa fille.
< Ma fille sera votre
femme lui répondit
Zanahary, à condition que vous puissiez rem-
plir tous les < sareky qui sont très difficiles
et très périlleux. Les voici vous creuserez
dans un rocher un trou dans lequel ma femme
lavera des patates; vous irez prendre de l'eau
dans une nasse, vous irez rendre visite à
la foudre. 11

Zavolahitsimasysortit vainqueurde toutes


ces difficultés et le Zanahary fut obligé
de lui donner sa fille, pais il ordonna à sa
femme de tresser les cheveux. de la jeune
femme, car elle devait partir prochainement
avec son mari, et sous peine de mort ne pas
emporter aucune graine. Mais la jeune
épouse dit à son époux
Malgré la défense de mon père, nous
prendrons avec nous quelques graines de
cette plante, car elle donne un bon aliment,
et elle cacha des graines de riz dans les
boucles de ses cheveux. Zanahary rentra
avant leur départ et fouilla tous les bagages
de sa fille et ne trouvant rien, il dit au
jeune homme qu'il pouvait emmener sa
femme.
Arrivés chez eux les nouveaux–mariés
semèrent les graines qui poussèrent à mer-
veille. La jeune femme expliqua que cette
plante s'appelle vary (i). Mais, se souvenant
de la défense de son père, elle n'osa pas en
manger. Elle s'évada et revint saine et
sauve chez le Zanahary.
L'homme en mangea et mourut parce
qu'il avait désobéi au Zanahary.

(i) Le riz.
VIII

ORIGINE DES CAÏMANS

CONTE
Recueilli dans le district ~4~6a<OK~~<Ma~a

Un jour, un Zanahary se promenait sur


la terre, il vit un gros morceau de bois au
bord d'une rivière, il le sculpta et lui donna
la forme d'un caïman. Le travail n'était
pas fini et la forme de l'animal était encore
grossière, lorsque le fils du Zanahary arriva
et dit à son père
« Retourne au ciel pour prendre du repos,
tandis que je garderai le caïman.
En prononçant ces paroles il apportait
la vie destinée à animer l'animal, et il la
déposa auprès du nez du bois sculpté.
Quelques temps après, le caïman devint
vivant quoique imparfaitement fini et très
laid et s'enfonça dans l'eau. Le nls du
Zanahary se précipita à sa poursuite, mais
ne pouv~t le saisir, il fut entraîné au fond
de l'eau. Après y avoir séjourné, le caïman
demanda à une grosse anguille 1~ permission
de creuser un trou. (Il s'adressait à l'an-
guille parce qu'elle est, dit-on, la maîtresse
de l'eau.) Celle-ci lui répondit
«Je te donne l'autorisation que tu me de-
mandes, à condition que tu t'abstiennes de
laisser tes déjections dans mon domaine,
sinon je te la refuse, car tu es gros et tu sali-
rais nos eaux limpides. 11

Depuis ce jour, tous les caïmans se rendent


sur la terre pour obéir aux ordres de l'an-
guille.

CONTE

Recueilli dans la ~OMMC~ Tananarive

Il y avait, dit-on, un vie~x Betsiléo (i) qui


étant sur le point de mourir, réunit ses enfants
autour de lui pour entendre ses dernières
paroles
« Voici ce que j'ai à vous dire, mes enfants.

(ï) Habitant du Betsiléo, région du centre de


l'ile.
Quand je serai mort je vous recommande de
ne pas m'enterrer dans le tombeau des
ancêtres, faites-moi une petite tombe pas
très profonde au bord de l'eau et couchez-moi
dedans.
« Est-ce convenable, pour notre père,
demandèrent les enfants ?
< Oui, cela est juste, reprit le père, mais si
parmi vous l'un d'eux oublie mes recom-
mandations, gare à lui, il n'aura pas de
descendants et sera maudit. »
Les enfants s'engagèrent à accomplir
les volontés paternelles, et le moment venu
ils déposèrent le mort dans un tombeau
au bord du fleuve. Trois jours après l'en-
terrement, le vieux Bstsiléo changea de
peau, et plongeant dans l'eau se transforma
en caïman.
Les jours passèrent, une rafotsibe (i)
mourut, on l'enterra aussi au bord de l'eau,
et, comme le vieux Betsiléo, elle se trans-
forma en caïman, mais en caïman femelle,
et elle donna naissance à de nombreux
petits caïmans. Toutes les eaux profondes
en furent remplies.
Aujourd'hui, lorsqu'un Betsiléo est en-
traîné par un' caïman et se cramponne

(i) Une vieille femme.


après les bararata (i) et les bozaka (2) qui
poussent au bord de l'eau, on coupe ces
herbes en disant
< Pourquoi ne pas
écouter l'appel de tes
ancêtres, va-t-en, car ils t'appellent. »
Voilà pourquoi dans certaines régions de
Madagascar, les caïmans sont sacrés, les
indigènes respectent leur vie car ils- croient
que ce sont les ancêtres qui se sont trans-
formés en caïmans.
(i) Roseaux.
(2) Herbes.
IX

METAMORPHOSE

CONTE
Recueilli en Emyrne, à A ndramasina

Un jour, Andriamanitra (le Seigneur


parfumé. Dieu) se promenait dans la forêt
Il vit un jeune homme de très belle taille qui
s'appelait Ikotozanakinihazo (le fils de la
forêt). Il pensa que celui-ci conviendrait
très bien à sa dernière fille Ifarazanakan-
driamanitra (la dernière fille de Dieu).
Le lendemain du mariage, Andriamanitra
quitta le jeune couple après lui avoir
donné un ménage d'esclaves pour le servir.
Les maîtres et leurs esclaves eurent des
enfants lesquels se multiplièrent. Au début,
les premiers enfants n'étaient issus que de
deux mères (l'une hova et l'autre andévo),
mais après plusieurs générations, ils ne
pouvaient plus distinguer les deux descen-
dances.
C'est pour cela, dit-on, qu'on trouve à
Madagascar deux races dinérentes les
Hovas et les Mainty.
Lorsque les hommes devinrent très nom-
breux ils ne trouvèrent plus facilement à
manger, et Zanahary décida de mettre
à mort les quatre premiers hommes.
Un jour, Ifarazanakandriamanitra tomba
malade et Andriamanitra dit à son mari
de l'enterrer près de la fontaine quand elle
serait morte. L'ordre fut exécuté.
Quelque temps après Ikotozanaldmihazo
tomba malade et Andriamanitra dit à son
serviteur
« Ensevelissez votre maître dans le champ
quand il sera mort. a
Ainsi fut fait.
Après ce fut le tour du serviteur d'être
atteint d'une maladie grave, sa femme alla
demander au Zanahary ce qu'elle devrait
faire quand il serait mort. Zanahary lui dit
de l'enterrer dans le côteau.
La femme se conforma à l'ordre du Zana-
hary. Mais à son tour elle tomba malade,
mourut et on l'enterra dans la vallée. Après
quelques mois ces quatre cadavres devinrent
des plantes. La femme hova se transforma
en riz, son mari en mais et en haricot,
le serviteur en manioc, la servante en patate.
Ces plantes nouvelles se multiplièrent
rapidement et servirent à la nourriture d"s
hommes.
Ce sont donc ces quatre premiers hommes
qui furent l'origine du riz, du maïs, du
manioc et des patates.
x
LE FILS DE VAZIMBA~
ET LA FILLE D'ANDRIAMANITRA~)

CONTE
.RCCM~H ~K~~tt<My ~~OMMCC <f'~4M~a~o6c)

Un jour la fille d'Andriamanitra descendit,


dit-on, du deL Arrivée sur la terre, elle y
rencontra le fils de Vazunb3L Tous deux se
marièrent et ils formèrent le premier couple
humain.
Andriamanitra ne voyant pas revenir
sa fille fut inquiet, il envoya un ange à sa
recherche. Bientôt cet ange rencontra les
deux époux et il résolut d'emmener le fils
de Vazimba afin qu'il explique sa conduite

(i) Nom du peuple arborigène de l'Iménna.


(2) Le Seigneur parfumé (Dieu).
à Andriamanitra. La jeune femme lui donna
un morceau de bois qu'elle avait apporté
du ciel, en lui disant
« Sur le chemin qui te conduira au ciel,
tu rencontreras trois portes appelées la
vavahady (i) varatra, la vavahady havan-
dra (2) et la vavahady rambondanitra (3);
ce morceau de bois sera ton guide, écoute
tout ce qu'il te dira. »
L'ange et le Vazimba se mirent en route,
le morceau de bois parla ainsi
« Lorsque vous franchirez ces trois portes,
avec vos dents, enlevez-moi quelques parties,
et jetez-les. »
«Entendu, répondit le voyageur, » et il
fit ainsi.
En le voyant arriver au ciel, l'Andria-
manitra fut bien étonné qu'il eût franchi
les trois portes sans accidents.
x Je suis le fils d'un Vazimba, dit l'habitant
de la terre, j'ai empêché votre fille de revenir
près de vous, car j'ai voulu l'épouser. »
L'Andriamanitra en entendant ce langage
envoya chercher sa fille, puis il dit < Je re-
connais votre mariage, vous allez retourner

(i) Le portail du tonnerre.


(2) Le portail de la grêle.
(3) Le portail de la trombe.
sur la terre, vous emporterez des poules,
des canards et des oies pour les élever. »
Avant de partir la fille d'Andriamanitra
eut soin de demander à son père du paddy
pour les volailles. Aussitôt arrivés sur la
terre, les deux époux tuèrent quelques
poules, canards et oies, prirent le paddy
qui se trouvait dans leur gésier et le semèrent.
C'est ainsi que le riz apparut sur la terre
avec le premier couple humain, et c'est aussi
en souvenir de cette histoire que l'on eut
l'idée de se servir de morceaux de bois pour
en faire des ody (i).
(ï) Amulette.
XI

L'ORIGINE DU RIZ, DE L'OIE


ET DE 1/ODY (LAVANDRA)

CONTE
Recueilli à Ankazobé (province d'Ankazobé)

Il y avait, dit-on, deux époux très riches


qui eurent un très joli petit garçon, comme on
n'en avait jamais vu. Cet enfant vint au
monde déjà très grand, aussi l'appela-t-on
Ikotosinamboannandhamanitra, (Koto (2)
qui n'est pas créé par Dieu!). En voyant un
enfant si extraordinaire les parents étaient
bien étonnés; ils décidèrent de se rendre
chez le Mpanandro (3) Ranokombé et
(i) Remède, charme, amulette contre la grêle.
(2) Garçon.
(3) Sorcier.
l'interrogèrent sur la destinée de l'enfant.
Votre nls, dit le sorcier, aura une destinée
magnifique, soyez sans inquiétude.
Un jour, Ikotosinamboarinandriamanitra
tint à ses parents le langage suivant
« Mes chers parents, je voudrais me marier
avec la fille de Dieu, permettez-moi de me
rendre chez lui pour la demander. »
Quelle ne fut pas la surprise des deux
époux! Ds résolurent de prendre conseil
du Mpanandro Ranokombé. Celui-ci leur
répondit
« Laissez-le partir, le destin le veut ainsi. s
A l'enfant, le sorcier dit
« Au delà de cette colline, vers l'Est, il
y a un étang bien bleu dans lequel les trois
filles de Dieu nagent fréquemment, vas-y,
et, arrivé là-bas, transforme-toi en orange,
en une orange très jolie, très tentante à
cueillir; alors les trois jeunes filles se préci-
piteront sur toi, saisis celle que tu pourras
et ramène-la comme femme. a
Ikoto obéissant au sorcier se rendit au
bord de l'étang et se transforma en orange.
Les trois filles de Dieu arrivèrent et voyant
une orange si belle essayèrent toutes trois
de la cueillir. Ikoto tenta, mais en vain
de s'emparer de l'une d'elles.
Désolé de son insuccès, Ikoto revint
chez Ranokombé pour lui conter sa mésa-
venture. Celui-<~ lui répondit
< Retourne vers l'étang, et, cette fois
transforme-toi en nénuphar, en une fleur
violette et gracieuse. Les nlles de Dieu
voudront de nouveau Te cueillir, alors
essaie d'être plus habile et de t'emparer de
l'une d'elles. a
Koto fit comme on le lui avait ordonné
mais, hélas sans plus de succès.
Découragé, il revint tout penaud chez le
Mpanandro. Celui-ci, irrité, consentit encore
à lui indiquer un dernier moyen
a Rends-toi encore là-bas, dit-il, et trans-
forme-toi en un joli oiseau au plumage
luisant et soyeux et nage dans l'étang,
les trois sœurs voudront s'emparer d'un si
joli oiseau, alors saisis l'une des trois et
ramène-la pour femme.
Cette fois, ce fut un grand succès, et Ikoto
revint avec la jeune fille qu'il était parvenu
à attraper.
« Si je t'ai prise, lui dit-il, c'est pour me
marier avec toi. Quel est ton désir ?
Moi, répondit la jeune fille je n'épouse-
rai jamais un homme que mon père a créé
avec ses deux mains.
Je n'ai jamais été créé par votre père,
la preuve en est que je m'appelle Ikoto-
smamboarinandriamanitra, nom qui signifie
petit, non créé par Dieu.
Ce raisonnement convainquit la jeune
fille et elle fixa elle-même le jour permettant
a. Ikoto de rencontrer ses parents.
Avant de partir, Ikoto visita le Mpanandro
Ranokombé qui lui dit
«
Va chez les parents, mais lorsque tu
seras entré dans la chambre, fais bien atten-
tion, on t'offrira trois chaises, l'une en or,
l'autre en argent, la troisième verte. Ne
t'assieds ni sur la chaise en or, ni sur celle
en argent car elles appartiennent l'une au
père, l'autre à la mère, mais choisis la chaise
verte qui appartient à la jeune fille. Si tu
choisissais la chaise en or on dirait que tu
veux la voler; la chaise en argent que tu
veux épouser la mère, au contraire, si on te
voit t'asseoir sur la chaise verte, on compren-
dra de suite que tu es venu pour demander
la fille en mariage.
Arrivé chez les parents, Ikoto n'oublia
aucune des recommandations du sorcier
et choisit la chaise verte. La demande en
mariage fut bien reçue et l'on fit de grandes
fêtes le jour de la cérémonie. Lorsqu'elles
furent terminées, les nouveaux mariés se
préparèrent à regagner la terre; Andriamani-
tra (Dieu) leur fit cadeau d'un couple d'oies
4
qu'ils durent emporter avec eux. Arrivés
sur la terre, une des oies mourut. Ds la. dé-
coupèrent, ouvrirent son jabot, et semèrent'
le riz qu'ils y trouvèrent, car jusqu'alors
Dieu avait empêché le riz de pousser sur la
terre. Au bout de quelque temps, le riz
mûrit, et la femme d'Andriamanitra fut
bien étonnée en se promenant de voir une
récolte prête à être cueillie. Elle partit vers
le ciel pour conter cette nouvelle. Andria-
manitra lut fort en colère et fit tomber une
forte averse de grêle sur le riz de la terre.
Alors, la jeune mariée, désolée demanda à
son père de lui indiquer le moyen de mettre
le riz à l'abri de la grêle.
< Prends une branche de cet arbre, et
lorsque l'orage s'annonce, dresse-la vers le
ciel )t
'C'est depuis ce jour que le riz poussa
sur la terre, et fut protégé par l'ody (avandra).

CONTE

Recueilli à Ankorona
(province de T<MMMW~

Autrefois il y avait, dit-on, deux époux


très riches qui avaient un fils appelé Paraky.
Ce fils passait son temps à jouer et à se
promener.
Un jour Paraky tomba malade et malgré
les fanafody (i), et les mpisikidy (2) il mou-
rut. Ses parents se désespérèrent et dirent
e A
qui laisserons-nous notre grande for-
tune, nos troupeaux ? »
Ils réunirent toute la famille pour lui de-
mander conseil
< Paraky est mort, que
devons-nous faire
de lui?
Mangeons-le, dit un des assistants.
Cela est mauvais, répondit le père,
nous ne devons pas manger un homme
comme nous.
Pendons-le dans une chambre, dit un
autre.
Il pourrira, dirent plusieurs membres
de la famille, et donnera une grande mauvaise
odeur dans la maison qui rendra malade
tous les habitants.
Alors, que devons-nous faire ?
Nous l'enterrerons, reprit un des pa-
rents, plus intelligent que les autres, et nous
mangerons la première plante qui pous-
sera sur son tombeau; cette plante rempla-

(i) Médicaments.
(2) Sorcier, devin.
cera Paraky que nous ne pouvons pas man-
ger. »
Longtemps après, un pied de tabac poussa
sur le tombeau et fut cueilli par la famille.
Elle le fit cuire avec la viande et le trouva
amer. Après avoir réfléchi, la famille mit à
sécher au soleil les feuilles de tabac, puis les
grilla au feu et les pila dans un petit mortier
pour les réduire en poudre, poudre à laquelle
elle mélangea de la cendre et un peu d'eau.
Puis, un des membres dit
« Nous garderons cette poudre dans notre
bouche pendant cinq à six minutes, mais
nous ne l'avalerons pas, nous la cracherons. e
Ainsi toute la famille crut qu'elle mangeait
le corps de Paraky.
Plus tard on oublia l'existence de Paraky
et son nom servit à désigner la plante qui
avait poussé sur son tombeau et qu'en
français nous appelons tabac.
XII

ORIGINE DES HOMMES

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à Vohimasina (province de
M~MM;a~

Au commencement, dit-on, Andriami-


tomoana était le roi de l'Air, du Ciel et de la
Terre. Avec un morceau de ciel, il façonna
trois figures qui s'animèrent et se transfor-
mèrent en trois Etres
Andriamaleka était le premier né, Andria-
manitra était né le second, Zanahary était
né le troisième. Lorsque ses trois enfants
furent grands, leur père Andriamitomoana
leur ordonna d'aller s'établir chacun de son
côté, mais, avant de les laisser partir, il
voulut leur faire un cadeau, et leur dit de
choisir celle qu'ils préféraient des quatre
choses suivantes: l'imitation, le mouvement
le sang, la vie. L'aîné choisit le sang, le
cadet le mouvement, le troisième, la vie.
Quelques jours après. Andriamitomoana,
ne sachant que faire de l'imitation qu'aucun
de ses fils n'avait voulu, prit un mor-
ceau de terre et façonna une ngure qui
s'anima et se métamorphosa en un Etre. Il
reçut le nom de letsy et Andriamito-
moana lui donna l'imitation, laissée par ses
frères.
Les trois fils d'Andriamitomoana qui
habitaient le ciel étaient presque aussi
intelligents et aussi habiles que leur père.
Ils formèrent trcis êtres pour devenir leurs
serviteurs Jatovotsota, Bodisy et Vorom-
betsivaza. Quand il vit cela, Ietsy jaloux
voulut posséder, lui aussi, un serviteur. Il
prit un peu d'argile, modela une belle statue
et la fit sécher au soleil. Mais elle ne remuait
ni ne vivait. Fort embarrassé, letsy demanda
à Andriamaleka de mettre le sang dans la
statue. Andriamanitra vint ensuite et donna
le mouvement. Zanahary, en dernier lieu,
consentit à ajouter la vie. Alors la statuette
devint une femme que Ietsy épousa, et
leurs enfants donnèrent naissance aux peu-
ples de la terre. C'est en souvenir de cette
origine que, quand on étemue, on lève la
tête vers ceux qui ont donné le sang, le
mouvement et la vie, puis on la baisse
aussitôt, en se rappelant Ietsy, qu'on évoque
en disant Ietsy ê!
XIII

ORIGINE DE L'EAU

CONTE
Recueilli à Zato de Vohipéna
(province de ~~a/<ÏM~~M!~

Un jour, dit-on, il y avait un homme


doué d'un très grand courage qui fut envoyé
du ciel sur la terre par le Zanahary. Son
nom était Tsimanankirma (qui n'a rien à
désirer).
Tsimanankirma dit
« Je connais toutes les choses qui existent
sur la terre, il m'est facile de me les procurer,
mais ce qui m'embarrasse, c'est que je ne
puis rendre la vie a ceux qui l'ont perdue. »
Lorsque la nuit fut venue, le Zanahary
vint trouver Tsimanankirmaetluiparla ainsi
« Je jure de te donner l'amulette de vie
que tu désires à condition que tu consentes
à dormir pendant une semaine entière, au
bout du huitième jour je reviendrai te voir
et te réveiller.
< Tiens, reprit Tsimanankirma, ce n'est
que cela, j'aurai bien le courage de vous
attendre jusqu'au jour indiqué. Il
Le Zanahary monta dans le ciel laissant
Tsimanankirma dans son lit. Mais un jour,
un homme très malin vint exprès pour le
réveiller, et, ne pensant plus à ses enga-
gements, il se leva.
Le Zanahary revint, apportant avec lui
l'amulette de vie, mais, lorsqu'il fut proche
de la case de Tsimanankirma l'amulette
tomba à terre et se cassa. Alors apparut
à sa place une eau limpide.
Le Zanahary dit
« Tu n'auras point l'amulette que je t'ap-
portais puisque tu n'as pu dormir pendant
sept jours, mais je donnerai quand même à
toi et à tes descendants la faveur de conser-
ver l'eau, cette nouvelle amulette qui a la
puissance de rendre la vie aux corps inani-
mes. Vous vous en servirez pour toutes les
choses dont vous aurez besoin. Ainsi commen-
ça l'usage de l'eau. Elle fut employée pour
faire cuire le riz, le manioc et des aliments
de toute espèce.
Sans elle, les plantes, les animaux et les
hommes ne pourraient pas vivre.
XIV

ORIGINE DE LA TERRE,
DES LAGUNES ET DE LA MER

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Andevoranto
(province <f'~4M~Ï'O~M~

Zanahary avait deux fils l'aîné s'appelait


Andriambahoakampovantany et le second
Razanandranoarivo. Il leur dit un jour
j'ai dans ma case un kitapovarahma (i)
et un zingavolafotsy (2) dont je vous fais
cadeau. Ils les prirent mais en les emportant
ils les laissèrent tomber du haut du ciel et
les deux vases fracassés, laissèrent échapper
leur contenu, or dans l'un il y avait de la
poussière sèche et dans l'autre de l'eau. C'est
ainsi que fut formée la terre, avec les
lagunes et la mer.
(i) Sac en cuivre.
(2) Grande tasse en fer-blanc à long manche.
XV

ORIGINE
DES ETRES VIVANTS

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Masomeloka
(province de Vatomandry)

Un jour, dit-on, Ratsivalanorana monta


des profondeurs de la terre jusqu'à sa surface
et avec du bois il façonna de nombreuses
figures, un homme et une femme, un taureau
et une vache, un chien, une chienne, un coq
et une poule.
Quand il eut fini toutes ces images, il
appela Zanahary pour les lui montrer.
Zanahary les admira fort et consentit à
leur donner la vie, pour qu'elles puissent se
mouvoir, marcher et se reproduire.
XVI

LE BŒUF
LE CHIEN ET LE SANGLIER

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à ~Vo~ï-t~a~~
(province de Mananjary)

11 était, dit-on, un homme qui s'appelait


Raolona et avait trois fils l'aîné se nommait
Raomby, le cadet Ralambo et le dernier
Raldvahy (i). Un jour leur père tomba
gravement malade; sa famille s'inquiéta et
fit venir un omblasy qui consulta le sikidy.
Après avoir regardé l'arrangement des
figures, il déclara aux enfants du malade

(ï) Les trois noms sont formés de mots désignant


le bœuf, le sanglier, et le chien.
Omby, L~mbo, Kivahy.
«
Votre père est en danger de mort, et ne
peut être guéri que si l'un de vous consent
à sacrifier son premier né. »
Les trois frères furent bien embarrassés
en songeant qu'il leur fallait donner la vie
de leur fils pour ne point perdre leur père.
Ils répondirent
« Nous allons consulter nos femmes, car
elles partagent avec nous nos droits sur nos
enfants. »
Chacun d'eux en causa donc avec sa femme
celle de Ralambo refusa, celle de Rakivahy
dit aussi non. Seule consentit la femme de
Raomby.
Or Ralambo abandonna complètement
le village pour aller se réfugier dans la forêt,
de crainte qu'on ne lui prit son fils Raki-
vahy aussi abandonna son père malade et
vécut dans la brousse avec sa famille seule-
ment il revint de temps en temps au village
pour prendre des nouvelles. Quant à Raomby
possédé d'un immense amour filial, il offrit
son premier enfant pour être tué. Le père
aussitôt se rétablit; dès qu'il eut recouvré
la santé, il bénit Raomby, maudit au con-
traire Ralambo et Rakivahy
Ralambo et ses enfants, dit-il, n'ont pas
voulu me sauver la vie que la forêt soit
éternellement leur demeure; que le jour
ils s'y cachent et n'en sortent que la nuit
pour chercher leur nourriture. Et Rakivahy
et tous ses descendants seront les esclaves
de l'homme; ils vivront à ses dépens, de ce
qu'il voudra bien leur donner, et ne seront
jamais libres. Mais Raomby et ses descen-
dants vivront avec les hommes qui les
nourriront et les soigneront; et, quand
l'homme sera malade, il tuera l'un d'eux et
guérira de sa maladie. »
C'est depuis ce temps, dit-on, que le
sanglier vit caché dans la forêt, que le chien
se nourrit autour des villages de ce que
l'homme veut bien lui abandonner; et c'est
pourquoi, lorsqu'un homme tombe malade
on tue un bœuf pour obtenir sa guérison.
XVII

ORIGINE DE LA MER

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à M<tMaMyayy
(province de Manan jary)

Autrefois, dit-on, il y avait un homme


d'une taille immense, nommé Darafify.
Il s'en fut un jour dans un pays lontain
pour acheter* du sel. Au retour, il tomba,
se blessa grièvement et mourut. De ses
blessures, le sang coula et inonda la plus
grande partie de la terre. C'est, dit-on,
l'origine de la mer.
Ce qui fait que l'eau de mer est salée, c'est
que le sel rapporté par Darafify se fondit
et se répandit avec son sang.
XVIII

ORIGINE DU MARIAGE

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli dans la ~o~Mc~ de M~a~aM/ary

Les hommes et les femmes, dit-on, vivaient


autrefois chacun de son côté; les hommes
avaient un roi et les femmes une reine, et
ils ne connaissaient pas la vie commune.
Or les hommes se construisirent de belles
et solides cases, mais ils ne savaient pas
fabriquer de quoi les meubler. De leur côté
les femmes se firent de grossiers abris, mais
elles s'ingénièrent à tisser des rabanes, à
tresser toute espèce de nattes et de corbeilles,
pour orner et embsilir leur habitation.
Quand les hommes s'aperçurent que les
cases des femmes étaient si bien arrangées
ils les admirèrent fort et ils furent jaloux.
De même les femmes convoitèrent les solides
cases des hommes. Or un jour quelques
jeunes gens volèrent les nattes et les cor-
beilles de quelques femmes et les transpor-
tèrent chez eux. Les volées, furieuses, allèrent
ge plaindre à la reine, qui transmit leur
réclamation au roi des hommes. Tous deux
s'entendirent pour découvrir et punir les
coupables. Mais on ne put se mettre d'accord
sur le châtiment; car les femmes voulaient
que leurs voleurs fussent mis à mort, et le
roi n'entendait leur inniger qu'une amende.
Cependant les femmes réfléchirent que leur
faiblesse physique les empêcherait d'obtenir
gain de cause, et elles proposèrent aux vo-
leurs la convention suivante < Vous accep-
terez que nous vivions avec vous dans vos
belles et solides cases; nous continuerons
à tisser des rabanes, à tresser des nattes et
des corbeilles pour les embellir et nous nous
aiderons mutuellement, parce que vous êtes
forts et que nous sommes faibles. »
Les voleurs hésitaient fort, car ce qui était
proposé était contraire à la coutume; pour-
tant ils se décidèrent à accepter. Ainsi
commença le mariage.
Plus tard 1~ roi des hommes et la reine
des femmes constatèrent que cette union
donnait d'excellents résultats; ils s'unirent
5
à leur tour et ordonnèrent à leurs peuples
de pratiquer la nouvelle coutume. C'est
à dater de cette époque que les humains
commencèrent à vivre par couples sous un
même toit.
Seuls deux hommes restèrent fidèles à
l'ancien usage et ne voulurent pas habiter
avec des femmes. C'est d'eux que descendent,
dit-on, tous les gens qui, aujourd'hui encore,
vivent solitaires.

Conte recueilli à Bétroko

Autrefois, dit-on, les premiers habitants


sur la terre étaient tous des hommes. Un
jour, le Zanahary vint les visiter. Il vit
que les hommes ne se multipliaient pas, mais
au contraire diminuaient de nombre à cause
de la mort qui existait déjà. Alors le Zanaha-
ry fit des statues avec de l'argile et dit aux
hommes
a Remuez ces statues, elles seront vos
compagnes. »
Les hommes essayèrent d'exécuter les
ordres qui leur étaient donnés; ceux qui
purent remuer plusieurs de ces statues eurent
waucoup de femmes à la fois (on les appela
polygames). Ceux qui ne purent en remuer
aucune ne trouvèrent pas de femme à
'.pouser.
Tel est le commencement du mariage et
<ic la polygamie.
XIX
DE LA SUPREMATIE
DE L'HOMME SUR LA FEMME

CONTE
Recueilli à Farafangana
(province de Farafangana)

On raconte qu'il y avait primitivement


deux personnes un homme et une femme.
L'un était venu de l'Orient, l'autre de l'Oc-
cident. Tous deux n'avaient jamais été
enfants, et ne se connaissaient pas. Un jour
ils se rencontrèrent au milieu de la terre.
Unissons nos solitudes, dit l'homme, et
vivons ensemble. L'accord fut conclu. Ils
occupèrent la même case, l'homme était
couché à l'Est, la femme à l'Ouest en souve-
nir de la direction d'où ils venaient. Pendant
la nuit, sentant le froid, ils se rapprochèrentt
et se couchèrent l'un près de l'autre. Alors
le Zanahary leur dit
?
Il vous faut choisir la mort que vous
préférez. Voulez-vous périr comme le bana-
nier ou comme la. lune ? Si vous mourez
comme le bananier vous aurez des descen-
dants qui vous remplaceront dans Favenir;
au contraire, si vous mourez mensuellement
comme la lune vous n'aurez jamais d'enfants.
Le couple humain choisit la mort du ba-
nanier.

LES ENFANTS

L'homme et la femme eurent donc des


enfants. Or, un jour les enfants furent ma-
Jades, les parents firent le même rêve
«
II faut que l'un de nous deux donne son
sang aux enfants, ou ils périront. »
La mère eut peur de ne pas pouvoir sup-
porter la douleur et refusa. L'homme au
contraire dit
a Laisse-moi donner mon sang, à condi-
tion que, dans l'avenir je sois le maître des
enfants, et que parmi mes descendants les
hommes restent également les maîtres. »
La femme consentit et les enfants furent
guéris par le sang de leur père.
Voilà pourquoi l'homme a plus d'autorité
sur les enfants que la femme.
XX

LES DEUX EPOUX

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à .Ma~MM/a~
(province de Mananjary).

Dans une vallée obscure, profondé-


ment encaissée, vivaient, dit-on, deux époux.
Ils avaient autour d'eux tout ce qui était
nécessaire à leur existence. Or une nuit,
la femme se leva brusquement et réveilla
son mari.
Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda celui-
ci.
Une voix m'a réveillée. Elle me com-
mandait d'aller jusqu'au sommet de la
montagne, au Nord de notre demeure.
A la première lueur du jour, la femme par-
tit et fut bien étonnée au sommet du mont,
de voir une région bien éclairée et si diffé-
rente du creux où ils habitaient. Sautant
de joie, elle s'empressa de rejoindre son
mari
Quittons vite cette demeure humide
et obscure, dit-elle. Au delà. de cette mon-
tagne se trouve un endroit clair et gai,
très différent d'ici et agréable à habiter.
AUons-y!
Le mari consentit et ils gagnèrent les
lieux visités par la femme. Ils y construi-
sirent une case de six brasses de longueur
et de quatre brasses de large.
Or un jour le Zanahary, se promenant sur
la terre, rencontra les deux époux.
Que faites-vous ici ? leur demanda-
t-il.
C'est ici notre demeure.
D'autres êtres semblables à vous,
viennent-ils par ici ?
Non, nous sommes seuls.
Taillez donc des bois, auxquels vous don-
nerez votre propre forme. Puis couvrez-les
de vos vêtements. Ils deviendront des
hommes et des femmes comme vous, et vous
régnerez sur eux.
L'homme observa les recommandations
du Zanahary, tailla des images en bois, et
les vêtit. Le lendemain, elles devinrent
des êtres humains. Les deux époux leur di-
rent
C'est nous qui vous avons faits; nous
serons donc vos chefs et vos rois.
Et les nouveaux hommes respectèrent
les deux époux. Longtemps après, ceux-ci
eurent trois fils, qui, devenus grands, choi-
sirent chacun douze femmes parmi leurs
sujets. Quand le vieux roi mourut, ses en-
fants ne s'entendirent pas et se querellèrent
au sujet de la royauté. Voyant la désunion
de ses fils, la reine s'attrista tant qu'elle
mourut de chagrin. Le fils aîné surtout,
par son orgueil, se rendit insupportable à
ses deux frères. Ceux-ci finirent par quitter
le pays, en emmenant chacun ses sujets.
L'un se dirigea vers le Nord et l'autre vers
le Sud. C'est, dit-on, le commencement de
la migration des peuples.
XXI

ORIGINE DE L'ESCLAVAGE

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Tamatave

Un homme et une femme, dit-on, se ma-


rièrent, ils eurent deux enfants un garçon
et une fille. Quand les deux enfants furent
grands, la fille se maria avec un homme d'un
village éloigné, et le garçon devint serpent.
Après quelques mois, le fils devenu ser-
pent dit à sa mère
« Je veux que tu me fasses un repas à part
dans une grande marmite, car ma portion
habituelle ne peut plus me rassasier.»
La mère exécuta ces désirs. Quelques
semaines après, le serpent dit encore à ses
parents de prendre et de tuer un bœuf et
[le le lui servir comme repas, puis il quitta
le village et dévora tous les animaux des
environs, boeufs, cochons, moutons; ensuite
il rentra dans son village natal mangea toutes
les volailles et tous les hommes qui s'y trou-
vaient, excepté ses parents; un mois plus
tard il dévora encore son père et sa mère.
Alors il resta le seul habitant du village
entier.
Un jour, sa sœur désira vivement voir ses
parents. Elle annonça à son mari que le
lendemain elle irait les visiter; mais le mari
qui était ombiasy (r) connaissait le malheur
qui était arrivé et voulut empêcher sa
femme de partir.
a Prépare-moi des provisions, dit-il, car
c'est moi qui irai. Notre chien est attaché,
quand il aboiera comme il le fait habituelle-
ment, détache-le, il m'aidera à vaincre un
ennemi qui m'aura attaqué. Au contraire,
s'il aboie plaintivement, tu pourras pleurer
car je serai mort.
Entendu, répondit la femme. a
Arrivé au village de ses beaux-parents,
l'homme le trouva désert. Il pensa le mal-
heur va m'arriver. Il avança quand même
et parvint à la maison. Quelle ne fut pas sa
frayeur en apercevant le gros serpent cou-
ché au milieu de la chambre!

(i) Devin.
Le serpent lui dit d'entrer. Alors il s'assit
sur un escabeau et le serpent alla chercher
de l'eau pour faire cuire le riz destiné à son
beau-frère. Resté seul, l'homme se dit ce
n'est pas un homme que je vois ici, mais un
serpent; je vais me sauver en emportant
ces grains de riz qui m'aideront en route.
Après une heure de marche, il s'aperçut
que le serpent le poursuivait et qu'il allait
être rattrapé, il monta tout en haut d'un
grand arbre et versa les grains de riz qu'il
transportait. Arrivé au pied de l'arbre, le
serpent ramassa tout le riz et retourna à
sa maison.
Lorsqu'il fut assez loin, l'homme descendit
de l'arbre et s'enfuit rapidement. Après
quelques heures, le serpent courait de nou-
veau d~ rriére lui. Rencontrant une grenouille,
l'homme la supplia de l'avaler; de cette
façon, dit-il, l'ennemi ne me verra pas.
Arrivé près de la grenouille, le serpent lui
demanda si elle n'avait pas vu un homme.
«
Non, répondit Rakèta (i) D
Alors, le serpent reprit le chemin de sa
case, l'homme sortit du ventre de la gre-
nouille et continua sa course.
A peine avait-il marché pendant quelques

(i) Madame grenouille (en langue malgache).


heures qu'il s'aperçut que le serpent était
de nouveau derrière lui. Il remonta sur
un arbre très haut et son ennemi ne put
pas l'atteindre. Alors le chien se mit à
aboyer et la femme le détacha.
Dès qu'il fut en liberté, il appela tous ses
semblables pour l'aider à sauver son maître.
Ce fut donc une foule de chiens qui partit
et arriva auprès du serpent. L'homme donna
le signal de l'attaque et, après une courte
lutte le serpent fut tué. Alors, l'homme lui
ouvrit le ventre, et on vit sortir tous les
hommes et les animaux mangés autrefois,
ils étaient tous vivants Leur étonnement
fut bien grand.
« C'est moi qui vous ai sauvés, déclara
l'homme, donc, vous êtes tous à moi, les
animaux seront mes troupeaux, et les hommes
mes esclaves, excepté les parents de ma
femme. Pourtant que ceux qui ont du vola (i)
me donnent une piastre, et ils seront libres.
Ainsi fut fait, ceux qui ne purent payer
furent emmenés et devinrent esclaves.
Voilà, dit-on, l'origine de l'esclavage.
(i) Monnaie, argent.
XXII

ORIGINE DES ANDRIANA


ET DU PEUPLE

CONTE SAKALAVE
Recueilli à Ivohibé

Les vieillards racontent qu'autrefois la


terre a été faite par Zanahary qui l'enveloppa
de mer et mit dans son sein deux couples
humains pour en être les maîtres. Un jour,
la terre monta jusqu'au ciel pour chercher
querelle à Zanahary et Zanahary lui dit
<r
Pourquoi me cherches-tu querelle, tu
sais bien que tu es mon œuvre. »
La terre ne put rien répondre et Zanahary
la frappa du pied. Elle fut ainsi partagée
en plusieurs grands morceaux entourés par
la mer, morceaux qu'on appela îles (nosy)
ou tendrombohitra (i) de la terre, et sur
lesquels montèrent les hommes qui étaient
dans la terre.
«
Pardonnez-nous Zanahary, dirent-il,
Oui, je vous pardonne, répondit Zana-
hary, nous allons faire la cérémonie du
fatidra (2) afin que plus tard vous soyez
plus raisonnables. »
Alors pour accomplir la cérémonie, Zana-
hary fit descendre un veau du ciel. Ainsi fut
scellé l'engagement. Après Zanahary dit
« Je vais remonter dans le ciel, et vous,
vous resterez sur les îles, lesquelles, grâce
à moi ne seront jamais recouvertes par
la mer.
]\Iais la terre n'ayant pas été séparée
régulièrement, les morceaux les plus élevés
formèrent les montagnes, la mer qui enve-
loppe la terre représente l'origine des eaux.
Les deux couples n'étaient pas de la même
race il y eut un couple de race Andriana
(noble) et l'autre de race libre.
Tous deux eurent des enfants qui se
multiplièrent et forment aujourd'hui la
caste noble et le peuple. Zanahary fit aussi

(i) Sommet.
(2) Action de se tirer mutuellement du sang
et de se jurer amitié.
descendre devant les hommes deux vata (i)
et leur dit
K
Mettez en terre l'une de ces vata, et vous
verrez pousser une plante appelée riz qui vous
nourrira, cassez l'autre et vous en verrez
sertir des animaux variés boeufs, moutons,
uiseaux. Les bœufs piétineront les terrains
dans lesquels vous sèmerez le riz. a
Voilà comment les hommes ont appris à
cultiver le riz et à se servir du bœuf.
(i) Caisse, coffret.
XXIII

ORIGINE DES VAZAHA

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à Mananjary
(province de Mananjary)

Un j our le fils du Zanahary et sa femme des-


cendirent, dit-on, du ciel pour se promener
sur la terre. Ds s'y trouvèrent si bien qu'ils
ne voulurent plus retourner chez le Zanahary.
Celui-ci plein de tristesse envoya un esclave
pour les rappeler, mais ils refusèrent de reve-
nir, car la terre leur plaisait et ils s'amusaient
beaucoup parmi les hommes. Alors le Zana-
hary appela tous ses peuples et dit
« Mon fils, avec sa femme, s'en est allé
sur la terre et ne veut plus revenir ici, bien
que j'aie. envoyé un de mes esclaves pour
le chercher. Je les laisserai donc, quelque
peine que cela puisse me causer. Ds vivront
avec les hommes, mais, comme ce sont mes
enfants, je leur donnerai le pouvoir de faire
tout excepté la vie. »
Les Vazaha, dit-on, sont les descendants
(le ces deux Zanajanhary.

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Antanambao
~~octMce de Vatomndry)

Zanaharibé avait deux femmes un jour


il s'apprêtait à donner une grande fête
pour célèbrer la circoncision du fils de sa
seconde femme. Mais sa première épouse
dit
«
Je ne veux pas que tu donnes une pareille
fête pour le fils de ta seconde femme. Moi
seule y ai droit. De plus je ne resterai pas
avec toi, si tu gardes deux femmes. Choisis
entre elle et moi celle que tu préfères, a
Le Zanaharibé garda sa première femme
et fit descendre la seconde sur la terre avec
son fils. Mais du haut du ciel, la première
épouse les voyait encore. Elle obtint de son
mari qu'il les exilât au delà des mers. De plus
il défendit que le fils de la seconde femme fût
6
circoncis, ainsi que l'avait été celui de la
première.
Or, les Vazaha descendent du fils de
Zanaharibé et de sa seconde femme, et c'est
pour cela qu'ils savent faire beaucoup de
choses étonnantes. Us habitent encore au-
delà de la mer, là où leur père les a exilés.
XXIV

HISTOIRE DU COMMENCEMENT
DU MONDE
ORIGINE DES HOMMES,
DES MONTAGNES, DES LACS
ET DES MERS

CONTE SAKALAVE
Recueilli à Analalava (province <f'~4)M~<ÏD~

Après avoir créé la terre, Zanahary monta


dans le ciel et ne laissa personne derrière
lui.
Ratovoantany sortit de la terre, ramassa
du bois mort et fit un grand feu. La fumée
monta dans le ciel et étouna l'enfant de
Zanahary qui se mit en colère. n était très
surpris puisqu'il n'avait laissé aucun être
vivant sur la terre. Il envoya Rakobonkobo-
na pour voir ici-bas. Arrivé au terme de son
voyage, Rakobonkobona trouva un Être
assis près de l'endroit où il y avait du feu.
Il lui dit que Zanahary l'avait envoyé pour
voir qui avait fait le feu et lui demander
aussi qui l'avait laissé sur la terre.
C'est moi qui ai fait le feu, personne ne
m'a envoyé, personne ne m'a laissé ici,
je suis sorti tout seul de la terre, répondit
l'Etre.
Vous n'êtes pas créé par Zanahary
alors, reprit Rakobonkobona ?
Vous devez le savoir puisque je dis que
je suis tout seul sur la terre.
Quel est votre nom, demanda Rako
bonkobona ?
Je m'appelle Ra-tovoantany. (i)
Rakobonkobona s'en alla vers le ciel
pour donner les renseignements qu'il avait
recueillis sur la terre.
Après avoir appris ces nouvelles, Zanahary
se décida à faire tomber des averses sur
l'Etre et son feu. Mais l'Etre était un pro-
phète, d'avance il savait ce que Zanahary
allait faire, alors il fabriqua des montagnes
afin de pouvoir se mettre à l'abri de l'eau
de pluie. De là, vient l'origine des montagnes.

(i) Le célibataire de la Terre.


Pour faire les montagnes Ratovoantany
avait pris de la terre et des rochers, des trous
en résultèrent que l'eau de pluie remplit,
de là vient l'origine des mers et des lacs.
Quand il eut tout fini, l'Etre s'en alla
s'installer sur la plus haute de toutes les
montagnes, y construisit une maison et
alluma du feu à l'intérieur. Un jour après,
Zanahary fit tomber de telles averses que
tous les trous et les endroits bas furent
inondés.
Pendant ces jours de pluie, Ratovoantany
resta dans sa case et s'occupa à faire des
statues qu'il cachait soigneusement dans
un coin d'une chambre.
La pluie passa;. quelque temps après,
Zanahary renvoya son messager pour voir
ce que l'habitant de la terre pouvait être
devenu. Lorsqu'il fut descendu, Rakobon-
kobona trouva le feu éteint et l'Etre n'était
plus à côté. Il pensa qu'il était mort enfoui
dans le charbon. Il éparpilla le tas pour cher-
cher le cadavre, mais il ne trouva rien. Il
leva la tête et regarda de tous les côtés, il
ne vit que de la fumée sur une montagne
très haute. Il s'y rendit, Ratovoantany
était là et dit
<t Zanahary a l'intention de me tuer, il
ne pourra pas; voyez, il a fait tomber des
averses et je ne suis pas noyé, regardez-
moi, je n'ai pas changé et mon feu vit
encore. »
Rakobonkobona rapporta ces paroles au
Zanahary. Celui-ci ayant entendu ces nou-
velles renvoya Rakobonkobona en lui don-
nant une canne noire, l'Etre devait indiquer
la tête et la partie joignant les pieds. Rako-
bonkobona portacette canne à Ratovoantany
qui indiqua avec des couleurs différentes les
deux parties demandées. Le messager revint
près du Zanahary et lui montra la canne.
Zanahary fut très étonné de l'intelligence de
l'Etre.
« Vas-y de nouveau et emmène cette
vache et sa fille, Ratovoantany devra les
reconnaître. a
Rakobonkobona retourna en courant sui-
vi des deux vaches qui étaient de même cou-
leur et de même grosseur, et il les présenta a.
Ratovoantany. Celui-ci sépara les deux bêtes.
Au bout d'un instant la vache meugla et
le veau s'approcha d'elle. Voilà la mère et
voici la fille, dit-il.
Cette fois Zanahary fut tellement surpris
qu'il dit
c Je m'en vais moi-même voir cet Etre r
Il arriva chez Ratovoantany le jour où
celui-ci mettait ses statues au soleil. En Ie~
voyant Zanahary fut émerveillé et ne put
s empêcher de s'écrier
«
Oh! que c'est beau. Oh! que c'est
o!i Qui a fait cela?
Entrez donc, répondit doucement Ra-
tovoantany qui s'était assis dans sa case. »
Xanahary entra et tous deux causèrent
longtemps.
e Puisque vous savez si bien faire ces sta-
tues, pourquoi ne leur donnez-vous pas la
vie ? demanda Zanahary.
Je sais les fabriquer comme elles sont
mais je ne sais pas les mettre en vie, répondit
l'Etre.
Moi, je vais leur donner la vie, reprit
Zanahary et je les emmènerai tous avec moi
dans le ciel.
Vous ne faites que les animer et vous
voulez les emmener, qu'est-ce que j'aurai,
moi qui ai fabriqué leur corps ?
Ils discutèrent longtemps et finirent par
s'entendre.
Zanahary rendrait les statues vivantes
mais chaque fois que l'une d'elles mourrait
il prendrait la vie avec lui dans le ciel,
de son côté Ratovoantany prendrait le corps
avec lui dans la terre.
Quand tout fut décidé Zanahary anima les
statues et repartit vers le ciel, tandis que
Ratovoantany rentrait dans la terre. L~
hommes restèrent seuls sur la terre.
C'est pourquoi lorsque les hommes
meurent la vie monte dans le ciel et on en-
terre les corps.
C'est ainsi qu'on s'explique l'origine de
l'homme.
xxv
L'HOMME, LES ANIMAUX
ET LES OISEAUX
DESCENDIRENT D'ABORD
SUR LA TERRE

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli par /'<ÏM~M~ de la bouche d'un
vieillard à Anivorano (province d'A M<~UO~aM~~

Un jour Zanahary dit au couple humain,


qui habitait le même ciel que lui
Laquelle des deux morts préférez-vous,
celle du bananier ou celle de la lune ?
Zanahary, dirent les deux époux
effrayés, quelle est la mort du bananier ?
Quelle est la mort de la lune ?
Lorsque le bananier meurt, il produit
des rejetons qui le remplacent, tandis que
la lune n'est remplacée par personne, mais
irevient elle-même à la vie.
Les deux époux désiraient vivement
avoir des enfants ils' préférèrent donc la
mon du bananier. Le Zanahary les fit
descendre alors sur la terre, mais après leur
avoir défendu d'emporter avec eux du riz.
Seulement ils profitèrent d'un moment où
on ne les regardait pas, pour voler quelques
grains de riz. Ils en avaient fait manger aussi
à leur coq.
Avec ce riz volé qu'ils enfouirent dans la
terre, ils multiplièrent les grains. Quand le
Zanahary vit le riz mûr, il s'irrita contre eux
et il envoya vers le champ d'innombrables
uiseaux fody, mais les époux les éloignèrent
en criant et en agitant des branches. Il en-
voya ensuite les bœufs, puis les cochons,
imis les époux réussirent à les enfermer
dans des fosses. Ainsi, grâce à leur ruse,
ils se procurèrent de la viande en plus du
riz qu'ils avaient dérobé. Voilà comment,
dit-on, l'homme, les oiseaux et les animaux
sont descendus sur la terre.
XXVI

LE ZANAHARY
DONNE
AU PREMIER COUPLE HUMAIN
LES OUTILS ET LE RIZ

CONTE
Recueilli à Ivondro (province de r~M!<ï<a~~

Ranalahy et Ranavavy étaient, dit-on,


les premiers hommes. Ils n'avaient pas de
quoi manger; ils remplissaient leur ventre
seulement avec du bois pourri et de la boue,
Ravorombé, le fils du Zanahary, entre-
tint son père de la situation de ces deux
malheureux époux. Alors Zanahary décida
de l'envoyer sur la terre pour parler à Rana-
lahy et à Ranavavy.
« Pourquoi agissez-vous ainsi, leur deman-
da-t-il ?
Nous sommes très malheureux répon-
dirent-ils parce que nous ne trouvons pas
de quoi nous nourrir.»
Ravorombé rapporta ces paroles à son
père.
« Portez ces outils, dit le Zanahary et don-
nez-leur.
Voici les outils que le Zanahary vous
envoie, dit Ravorombé en revenant sur la
terre, vous allez couper le gros bois avec la
cognée, avec la hache vous couperez le petit
bois, avec l'angade vous enlèverez les
herbes.
Puis Ravorombé conduisit le couple dans
la forêt et remonta vers le ciel.
Après une lune environ, tous les gros bois
étaient à terre et les herbes enlevées. Rana-
lahy et Ranavavy attendaient le retour
du fils du Zanahary pour savoir comment
utiliser le terrain.
Ravorombé descendit de nouveau lorsque
le bois et les herbes furent secs, et apporta
des grains de very (i).
Les deux époux furent très contents de
revoir le fils du Zanahary et lui dirent
« Nous avons terminé notre travail, comme

(i) Le mot very est un ancien mot malgache que ces


Jeux époux employaient pour désigner le riz.
nous ne savons plus quoi faire, nous atten-
dons.
Allons brûler les herbes, répondit
Ravorombé, et après semons les grains
de very dans le terrain.
Quand la rizière fut ainsi préparée, des
!?rains de very restaient, Ravorombé les
leur fit manger, après leur avoir montré
la manière de les cuire. Il fallut d'abord
prendre un gros tronc d'arbre pour fabriquer
un lempona (i) afin d'écraser le very, puis
lorsque cette opération fut terminée, on
fit cuire le very dans un morceau de bambou,
et une bonne odeur s'en dégagea. Comme ils
ne connaissaient pas ce parfum, les deux
époux se sauvèrent et Ravorombé les rat-
trapa et les obligea à goûter le very. Après
qu'ils en eurent avalé quelques bouchées
ils vomirent; Ravorombé leur fit manger
le reste quand même, alors ils transpi-
rèrent et dirent « C'est vraiment source de
force. JI

Maintenant que le couple était instruit,


Ravorombé repartit vers le ciel. Il donna
ses dernières recommandations, expliquant
à Ranalahy et à Ranavavy qu'il fallait
enlever les mauvaises herbes qui pousse-

i) Mortier. En langue hova < laona


raient dans le very, et le protéger contre
les sangliers et les po (i).
Une nouvelle récolte fut bientôt mûre,
alors Ravorombé revint et apprit au couple
à construire un trao (2) et à couper le very
avec le kazima (3). Puis il leur fit suspendre
deux ou trois épris au coin des Ancêtres
pour le Zanahary. Ranalahy connaissait
donc la manière de planter le very, de le
soigner, de le récolter et de le faire cuire.
Un jour il alla dans la forêt pour chercher
du bois à brûler.
Il y trouva quelques grains de very sur
une grosse roche et les porta à la trano pour
les montrer à sa femme, en lui expliquant
qu'il les avait ramassés sur une pierre.
Voilà, dit-on, d'où vient le nom de vary
vato (riz à pierre.)

(i) Le c po est un ancien mot pour désigner le


fody, oiseau appelé cardinal.
(2) Ancien mot pour désigner le trano ( la maison).
(3) Petit couteau employé par les Betsimisaraka
pour couper le riz.
XXVII

ORIGINE
DES ANIMAUX DOMESTIQUES

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Manambolo ~yo~MM~ Tamatave)

Dans l'ancien temps, Randianony et


Ramohamina étaient les premiers êtres
humains qui vécurent sur la terre. Le Zana-
hary (leur créateur) les y avait placés. Au
bout d'un certain temps, la femme accoucha,
non d'un enfant, mais de deux bœufs ju-
meaux. Ils grandirent, devinrent vache et
taureau. La femme fut encore une fois
enceinte, et mit au monde deux enfants
jumeaux. Puis dans d'autres grossesses
successives, elle eut deux caïmans deux san-
gliers, deux chiens. Quand tous furent
grands, il arriva que les hommes seuls ai-
daient leurs parents pour trouver de la
nourriture et travailler. Les autres, bœufs,
caïmans, sangïiers, et chiens, ne faisaient
que manger et dormir. Un jour les parents
leur dirent
Il faut que chacun vive de son travail.
Nous sommes las de vous avoir à notre
charge et de vous entretenir. Dispersez-vous
où vous voudrez et où vous penserez pou-
voir trouver votre nourriture.
Les bœufs répondirent les premiers
Nous ne savons ni travailler ni même
faire cuire les aliments; nous mangerons à
l'avenir des herbes et les feuilles qui poussent
toutes seules et nous n'aurons besoin de
personne. Mais si quelqu'un parmi nos
frères et nos sœurs mange les herbes, nous
mangerons en retour ce qui leur appartient.
Les caïmans dirent ensuite
Puisque vous avez choisi les herbes,
nous prendrons, nous, les poissons qui sont
dans l'eau, et, si quelqu'un ose prendre
de nos poissons, nous le dévorerons, car ce
sera un voleur. Du reste, pour bien surveiller
notre bien, nous habiterons les rivières et
les lagunes.
Nous, dirent alors les sangliers, nous
choisissons pour notre part toutes les racines
d~ la forêt, et quiconque nous volera notre
butin, nous lui mangerons ses biens.
Les chiens parlèrent les derniers
Nous sommes petits, faibles et inca-
pables de pourvoir à notre existence. Nous
ne savons pas de quel côté nous diriger.
~nus demandons à rester chez nos parents
avec nos frères les hommes. Nous mangerons
ce qu'ils voudront bien nous donner, et nous
nous contenterons des restes dédaignés par
eux. Nous tâcherons en échange, de les aider
d<:ns la mesure de nos forces.
Quand les parts furent ainsi faites, il
arriva un jour que la femme eut une nouvelle
grossesse. Elle eut l'envie de manger du pois-
son et elle envoya son mari en chercher.
Quand il en eut pris quelques-uns, il les ouvrit,
les nettoya et les lava au bord de la lagune.
Le caïman sentit l'odeur et vit les écailles
dans l'eau. Il se rendit compte qu'on lui
avait volé des poissons et médita de manger
l'homme.
Quelque temps après, la femme eut le
d~sir de manger des oviala (i). L'homme
a lla en déterrer, comme il avait peur d'être

\'u des sangliers, il ne chercha pas dans les


clairières, mais dans une vallée profonde.

(i) Mot à mot tubercule de forêt.


7
Pourtant les sangliers s'en aperçurent, et
résolurent de manger par vengeance les
patates et le manioc des hommes.
La femelle du sanglier fut pleine à son tour
et eut envie de riz. Le sanglier en demanda
à l'homme; celui-ci ne refusa point et dit
Prends-en toi-même dans ma rizière.
Le sanglier le remercia, appela sa femelle
et ses petits. Ds allèrent dans la rizière de
l'homme, se régalèrent et dévorèrent presque
tout son riz. Le lendemain l'homme, stupé-
fait, se mit fort en colère contre le sanglier.
Je vais, dit-il, tendre un piège pour
l'attraper.
Mais le chien alla prévenir son aîné;
il lui conta que l'homme, furieux, méditait
de le prendre au piège.
« Quelle espèce a-t-il tendu ? dit celui-ci.
C'est hafotra (i) voara (2).
Si je suis pris, je mordrai de chaque
côté, et je finirai bien par le couper. »
C'est en effet ce qui arriva. Alors l'homme
prépara une autre corde avec du hafotra
dipatika. Mais le sanglier la cassa encore.
1~ chien fut enrayé en voyant la rage de
l'homme.

(i) Arbre à fibre textile.


(2) Sorte de figuier.
Est-ce que tu veux vraiment tuer ton
frère le sanglier ?
Oui, je veux le tuer.
Eh bien! va chercher des sagaies et un
couteau, nous le poursuivrons ensemble.
Ils partirent donc, le chien courait devant
et l'homme marchait derrière. Au bout de
peu de temps, le chien découvrit le sanglier,
il se mit à aboyer en disant
< Intony
Zoky é! Intony Zoky é! p
(Le voici mon aîné! Le voici! )
Le sanglier voulut s'enfuir, mais, blessé
a mort par une sagaie, il tomba en s'écriant
<
Je ne suis pas un voleur, car c'est toi
qui as commencé par dérober mon bien.
Aussi je maudis tous ceux de mes descendants
qui ne ravageront pas les cultures des
hommes, qui n'iront pas manger le manioc
et dévaster le riz. Je les maudis encore,
s'ils ne tuent pas les chiens partout où ils
les rencontreront.
Peu après ces événements, l'enfant de
l'homme tomba malade. On fit le sikidy
et on vit qu'il y avait ur dikan alanana (i).
Or, pour guérir l'enfant, il était nécessaire
de tuer le petit de la vache. On attendit que
la mère fut partie pour enlever et sacrifier

(i) Violation du sikidy.


le veau. Quand la vache revint, elle ne le
trouva plus, mais, voyant du sang répandu
devant la maison, elle se douta que c'était
celui de son petit et elle exhala cette plainte
< Mann! Mann! On donne une vie
pour une autre! Vous préférez, vous, la vie
de votre enfant à celle de mon petit. Cepen-
dant je l'aime autant que vous le vôtre.
Mann! Mann!
Mais les hommes en goûtant la chair de ce
veau, trouvèrent que c'était un mets exquis,
et, depuis ce temps, ils ne manquèrent pas
une occasion d'en manger de nouveau, soit
pour les funérailles, soit quand un des leurs
tombait malade.
XXVIII

ORIGINE
DU BŒUF<~

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli par rauteur à Antanambao
~OMM~ de Vatomandry).

Un jour des gens enivrt la terre d'un


marais remuer. Ils creusèrent et mirent à
jour un objet arrondi, couvert de poils. Ils
creusèrent encore et mirent à jour un dos,
qui remuait.

(i) Les bœufs ont d'abord appartenu aux Zaza-


vavindrano. Ils vivaient dans l'eau comme leurs
propriétaires. Ce sont les Zazavavindrano qui les
"at donnés aux hommes. (.R~cM~!S«s à .F<!<fa<w:&y,
(Province <f~4n~!waM<o.).
Les Betsimisaraka racontent que les bœuis furent
trouvés jadis par un roi Antankarana en un endroit
Il ne peut pas sortir (Tsy omby)!
criaient les uns.
TI peut sortir (Omby)! criaient les
autres.
Alors, par un puissant effort, sortit de
la vase un gros animal ayant une bosse et
des cornes, auquel on donna le nom de omby
(bœuf), en souvenir du mot que répétaient
ceux qui avaient assisté à sa sortie du marais.
appelé Mana (prononcez Mann). Ces bœufs vivaient
dans la mer et en sortaient pour paître sur le rivage.
Ils y couchaient parfois et l'endroit prit le nom de
Bibiomby. Il se trouve, dit-on, dans la baie de Diégo-
Suarez, un peu à l'ouest d'Antsirane. Le roi Antanka-
rana s'empara de quelques-unsde ces animaux et les
éleva. Puis, quand ils furent devenus nombreux,
il en fit commerce. Chez les Betsimisaraka, le bruit
courut que les Antankarana s'étaient procuré des
animaux nouveaux, bons à manger. Des gens par-
tirent aussitôt pour en acheter, et c'est ainsi que les
bœufs furent introduits dans le pays. Quand les
bœufs mugissent, ils font < Mann parce qu'ils
se souviennent de leur pays d'origine. (~?<C!«tS~
à Z~nïM<M!~c<M'a, province <f~4M<~ctwaH<o.)
XXIX

ORIGINE
DE LA VIE ET DE LA MORT

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à Mananjary,
~~OMMf~ AfaM~M~y~

Il y a très longtemps, dit-on, la terre et


le ciel existaient déjà, mais n'avaient pas les
mêmes Zanahary. Ceux de la terre s'appe-
laient Matiaho et Irira. Un jour, dit-on,
le fils du Zanahary du ciel, se promenant
sur la terre, vit Matiaho et Irira sculpter
des pièces de bois et leur demanda ce qu'ils
fa isaient.
« Nous voulons les transformer en hommes, e
répondirent-ils. Quand ils eurent donné
à ces bois la forme humaine, ils essayèrent
de les faire mouvoir et marcher, mais il
y purent réussir.
Il faut leur donner le sang et la. vie
dit le fils du Zanahary, sinon ils ne seront
jamais des hommes! Je veux bien les
animer à. condition que vous m'en cédiez
la moitié.
Soit!
Le fils du Zanahary retourna chez hn.
demanda la vie et le sang à son père, et,
redescendant sur la terre, anima les bois
sculptés. Ceux-ci devinrent donc vivants,
et leur nombre ne tarda pas à s'accroître
parce que les femmes enfantaient. Voyant les
hommes si nombreux, le fils de Zanahary
vint chez Matiaho et Irira pour réclamer sa
part. Matiaho s'excusa en disant
Reviens demain, Irira est absent.
Le lendemain le fils du Zanahary du ciel
revint comme il était convenu, mais il ne
trouva aucun des deux Zanahary de la terre.
Ils s'en fut, irrité et pleurant, trouver
son père
Pourquoi pleures-tu, mon fils ?
Matiaho et Irira m'ont trompé et se
moquent de moi. Il était convenu qu'ils
devaient partager avec moi les hommes
qu'ils avaient sculptés dans du bois et à qui
j'ai donné, le sang et la vie. Maintenant ils
veulent les garder tous, et je ne sais pas où
ils sont cachés.
Cesse dete plaindre, dit le Zanahary.
Mais reprends successivement le sang et la
vie que tu as donnés aux hommes, jusqu'à
ce que Matiaho et Irira te donnent ta part.
Le fils du Zanahary prit alors la vie et le
sang d'un homme, puis d'un autre, et ceux-ci
moururent. Les autres hommes pleuraient,
ils appelaient Matiaho et cherchaient Irira,
mais jamais plus ils ne les revirent. Pourtant
en cas de maladie ou de mort, dit-on, on se
souvient encore de Matiaho, et c'est pour-
quoi on dit
a Maty aho (je meurs, je suis mort)
Et si les hommes continuent à mourir,
dit-on, c'est parce que Matiaho et Irira ne
veulent pas céder au fils du Zanahary la
part due.
XXX

ORIGINE
DU PREMIER COUPLE HUMAIN
DES ANIMAUX,
DES PLANTES, DES SOURCES.

CONTE
Recueilli à Ankarimbelo
~OMMCC Farafangana)

C'était au temps où les pierres étaient


vivantes, et où vivait aussi le premier couple
humain.
Andriambolorefyet Ravaloréfy étaient les
noms de deux époux, qui étaient hauts de
huit brasses. Ils avaient trois enfants. Lorsque
les deux époux eurent mille ans, ils sentirent
la mort venir et dirent à leurs enfants
« Voilà le hazomampanenina que le
Zanahary nous avait donné; grâce à ce bois,
vous pourrez vous procurer ce qui vous est
nécessaire; quant à nous, nous emporterons
dans notre tombeau les chairs de toutes les
pierres. »
C'est depuis ce jour que les pierres ne
vivent plus car elles n'ont plus que des os.
Les trois garçons héritèrent donc du
hazomampanenina; l'un en coupa quelques
morceaux, un autre en coupa davantage,
enfin le troisième en coupa beaucoup. Ils
placèrent certains morceaux dans la case,
à l'Est, à l'Ouest, au Nord, au Sud, puis
dans la cour, d'autres dans les champs et les
vallées environnantes. Ceux de la case
devinrent des objets d'un usage journalier,
ceux de la cour, des animaux domestiques:
bœuis, moutons, chiens, cochons; ceux des
champs se transformèrenten diverses plantes,
ceux des vallées se changèrent en sources.
Le garçon qui n'avait coupé qu'un petit
nombre de morceaux le regretta, et c'est
depuis ce jour que le mot hazomampanenina
signifie le bois qui donne le regret. Les
trois garçons n'avaient pas encore de femmes,
ni de graines à manger. Le cadet alla trouver
le Zanahary et lui dit
«
Seigneur, nous vous demandons d'écou-
ter notre requête.
Quelle requête, répondit le Zanahary ?
Veuillez, Seigneur, nous donner des
femmes, car nous sommes silencieux; des
graines à manger, car nous avons faim.
Apportez-moi donc vos trois mains
gauches, dit le Zanahary, j'en tirerai trois
femmes pour vous (voilà pourquoi la mair.
gauche est plus faible que la droite.) Je vous
donne aussi des graines, vous les conser-
verez dans votre case, sans jamais les manger,
et pourtant vous serez toujours rassasiés.
Si, par malheur, vous les mangez, vous mour-
rez.
Les trois frères promirent de ne jamais
toucher aux graines mais un jour, un mau-
vais Zanahary passa et les engagea à goûter
ces graines. Ils ne résistèrent pas à la ten-
tation, et de suite un de leurs enfants mourut.
Depuis ce triste jour, de nombreux Tanala
meurent au moment de la récolte du riz,
et l'on adresse des prières au Zanahary
pour lui demander d'oublier le passé.
Le riz est donc la graine offerte par le
Zanahary, et les animaux, plantes, objets
divers proviennent du hazomampanenina.
XXXI

ORIGINE
DE LA VIE ET DE L'AME

CONTE BETSIMISARAKA
~CMct//t Soavina
(province de M~OaM~~ï)

Un jour, dit-on, Ratovoana, le Zanahary


noir, abattit des arbres auprès de sa case,
et avec le bois il sculpta des formes d'ani-
maux mais il ne savait pas leur donner la
vie. Le Zanahary blanc envoya son fils
pour s'enquérir de ce que faisait Ratovoana,
et le Zanahary noir raconta que, pour se
désennuyer, il fabriquait des corps d'animaux
mais se trouvait fort embarrassé pour leur
donner la vie. Le Zanahary blanc descendit
de son ciel et, frottant avec de la terre
blanche les statues de bois, il les rendit
vivantes. Il stipula seulement qu'après
la mort leurs âmes devaient s'en retourner
vers lui:
< Soit, consentit Ratovoana. Après la
mort tu prendras ce qui t'appartient et je
garderai ce qui est à moi. a
C'est pourquoi, dit-on, les cadavres des
humains restent dans la terre du Zanahary
noir, tandis que les âmes s'en vont dans le
ciel du Zanahary blanc.
XXXII

ORIGINE
DU PREMIER COUPLE HUMAIN

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Andevoranto
(province <4K<~oratt&?~

Zanahary, le maître du ciel et Ihotsy, le


maître de la terre étaient amis, dit-on.
Un jour Zanaharyvint rendre visite à Ihotsy
:tpres les salutations d'usage, ils causèrent,
puis, ne sachant que faire, ils inventèrent
un jeu. Ihotsy modela en argile deux figures
d'homme et de femme, et Zanahary, quand
elles furent terminées y mit la vie. (Telle
fut l'origine du premier couple humant-
Depuis, lorsque quelqu'un meurt, Ihotsy
reprend le corps qui lui appariient et
Zanahary la vie.
CONTE
~CM~tZK à Ambodiatafana
~~O~tMCC de r~~M~U~.

Un homme, nommé Inino, sortit des pro-


fondeurs de la Terre, façonna avec du bois
le premier couple humain, et le Zanahary
donna la vie à ses statues. Inino s'enfonça
de nouveau dans la terre et ne reparut
plus.
XXXIII

ORIGINE DU SOLEIL,
DE LA LUNE, DU NUAGE
DE LA FOUDRE
ET DU
TREMBLEMENT DE TERRE

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Vavaténina
(province de Tamatave)

Razanahary avait, dit-on, trois enfants.


L'aîné s'appelait Ramasoandro (Soleil), le
second Ravolana (Lune) et le dernier Ra-
Iiona (Nuage). Ds passèrent tranquillement
leur enfance auprès de leur père; devenus
grands, ils se marièrent et eurent des enfants.
Or, un jour leur père Razanahary leur
8
distribua des bœufs il en donna trois à
Ramasoandro l'aîné, deux à Ravolana le
cadet, et Rahona, le dernier né, n'en reçut
qu'un seul pour sa part. Chacun frt de son
mieux pour multiplier les bœufs: bientôt la
part de Ramasoandro fut de dix, Ravolana
posséda six bœufs et Rahona trois.
Sur ces entrefaites, leur père Razanahary
tomba gravement malade; il fit venir un
ombiasy (i) et celui-ci déclara que le malade
ne se rétablirait que si on sacrifiait un bœuf.
Le père envoya vers son fils aîné un messager
avec ces paroles
Ramasoandro, ton père est gravement
malade, il ne peut guérir que si tu lui donnes
un bœuf pour le sacrifier, il te prie donc de lui
offrir une bête de son troupeau.
Dis à mon père, répondit Ramasoandro,
que j'ai seulement dix bœufs; si j'en donne
un, leur nombre deviendra impair. Qu'il
s'adresse à mon cadet Ravolana.
Razanahary envoya donc son messager
chez Ravolana; celui-ci fit une réponse ana-
logue à celle de son frère.
Le messager s'en fut donc trouver Rahona
le dernier né.
Ton père est gravement malade; il

(i) Devin,
guérira, si tu lui donnes le plus gras de tes
trois bœufs.
Sans hésiter, Rahona alla choisir le plus
beau de ses bœufs et le donna pour être
emmené par l'envoyé de son père.
Ranahary sacrifia le bœuf et bientôt
fut rétabli. Alors il fit appeler ses trois en-
fants et leur dit
Je suis maintenant guéri, et je vais
vous donner, moi votre père, un ordre auquel
vous devrez toujours vous conformer. Toi,
Ramasoandro, comme l'aîné de mes enfants,
tu as reçu une grosse part, et pourtant tu
n'as rien voulu me donner. Toi, Ravolana,
comme le cadet, tu as été favorisé également,
cependant tu m'as refusé un bœuf. Toi
enfin, Rahona, parce que tu es le dernier
né, tu as eu une plus petite part que
les autres, et tu m'as donné de bon cœur
le plus beau de tes bœufs, à. cause de ton
amour pour moi. Aussi, dorénavant, quelle
que soit ta lumière, Ramasoandro, et quelle
que soit ta clarté, Ravolana, quand Rahona,
le dernier venu, passera, vous devrez tous
deux disparaître devant lui.
Voilà, pourquoi, dit on, Ramasoandro le
Soleil et Ravolana la Lune, se cachent,
quand passe Rahona le Nuage, et tous trois
sont les enfants de Razanahary.
XXXIV

DEBUT
DU REGNE DES FEMMES
A MADAGASCAR

CONTE
.RccM~t à Na<o de Vohipéno
(province de Farafangana)

Pourquoi les femmes montent-elles sur


le trône? Un méchant roi vint à perdre, un
jour, une de ses brebis. Il réunit tous ses
serviteurs et leur dit
< Allez
à la recherche de ma brebis égarée.
et lorsque vous l'aurez retrouvée amenez-
moi la personne chez qui elle était, car je
mettrai cette personne de suite à mort. )*

Les" esclaves partirent donc à la recherche


de la bête.
Un autre roi qui était meilleur et plus
généreux que le premier avait un fils qui
s'appelait Imilaloza. Ce fils dit à son
père
«
Père, vous m'élevez ici, à l'abri de tout
accident, dites-moi où je pourrai trouver
un danger e.
Le roi répondit
«
Mon enfant, si tu désires avoir quelque
malheur, va sur ce plateau voisin. »
Dès qu'Imilaloza fut arrivé, il éprouva
la faim et mangea un melon bien mûr.
Après s'être rassasié, il enveloppa un autre
melon dans son lamba et reprit le chemin
de sa demeure. En route, Imilaloza rencon-
tra les esclaves du mauvais roi qui cher-
chaient la brebis et qui lui demandèrent
«
Qu'avez-vous enveloppé dans votre
lamba ?
Ce n'est rien, répondit-il, ce n'est qu'un
melon.
Voulez-vous nous en donner, repri-
rent-ils ?
Alors quel ne fut pas l'effroi du pauvre
Imilaloza quand il s'aperçut que le melon
qu'il portait était transformé en une tête de
brebis.
«
Voyez, s'écrièrent les messagers, c'est
vraiment celui-ci qui a volé la brebis de notre
maître. Nous ne pouvons pas le tuer parce
qu'il est prince, mais emmenons-le. :1
Arrivé devant le roi, Imilaloza prit la
parole en ces termes
« Sire, ne pourrais-je pas me racheter?
Quelle rançon veux-tu me donner
pour te racheter? De l'argent, des boeufs,
j'ai de tout cela, tu n'auras la liberté qu'en
échange d'une pièce de dix francs en or.
Entendu, dit Imilaloza, envoyez un
messager chez mon père pour réclamer
ma rançon.
Arrivé chez le bon roi, l'homme dit
«
Mon maître vient d'attraper un homme
qui a volé sa brebis, cet homme est votre
fils, et je suis chargé par lui de vous mander
la pièce de dix francs qui représente sa ran-
çon.
Va la chercher chez ma première femme
répondit le roi.
Elle n'est pas en ma possession dit
la vadibé (i), tu la trouveras chez la seconde
femme.
Cette pièce, répondit cette dernière
n'est pas chez moi, mais c'est la femme
d'Imilaloza qui la détient. »
Le messager se rendit donc auprès de la

(i) Première femme.


compagne du prisonnier et lui expliqua sa
requête
La pièce d'or que tu réclames, dit-elle,
est bien en ma possession, mais je ne puis la
conner à un esclave comme toi va dire à
ton maître qu'il m'envoie son propre fils
et je la lui remettrai, n
Le messager partit et transmit la mis-
sive au roi. Alors, celui-ci dépêcha auprès
de la femme d'Imilaloza son fils bien-
aimé et un serviteur, pour réclamer la
rançon.
Arrivé chez le bon roi où se trouvait la
femme du prisonnier, les messagers l'enten-
dirent parler ainsi
Papa, convoquez donc tout votre peuple
et tous vos serviteurs. Je ne veux pas céder
cette pièce d'or à ces messagers envoyés
par ce méchant roi. Il possède là-bas mon
époux chéri, et, ici nous avons son enfant
bien-aimé. S'il tue Imilaloza, nous mettrons
à mort ce prince qui est notre prisonnier.
Et toi, pauvre serviteur, prends le chemin
du retour et raconte à ton roi tout ce que tu
<)S VU.
En écoutant un tel récit, le méchant roi
s'écria
« Qu'on lui ramène son
fils et qu'on délivre
de suite mon enfant chéri, e
C'est à cette ruse si ingénieuse qu'Imila-
loza dut la vie.
Tout le peuple acclama la jeune femme et,
à la mort du bon roi, la proclama reine.
Telle est la cause qui permit aux femmes
de monter sur le trône, depuis Ranava-
lona Ire jusqu'à Ranavalona III.
XXXV

ORIGINE DES HOMMES,


DES MONTAGNES
ET DES VALLEES

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à Vohilava (province de 3~M~M~~

Andrianitomboana était roi, dit-on, des


deux pays appelés le Ciel et la Terre. Il eut
trois fils Zanahary, Andriamanitra et Ietsy.
Les deux premiers habitaient le Ciel et le
dernier la Terre. Chacun avait des pouvoirs
spéciaux Zanahary possédait le sang,
Andriamanitra la vie, et Ietsy le don de
l'imitation.
Un jour, Ietsy, dit-on, façonna une belle
jeune fille en argile. Vint à passer Zanahary.
Cette image est belle s'écria-t-il, pour-
tant il lui manque le sang.
Comme il le possédait, il le lui donna.
Vint à passer Andriamanitra.
Cette statue est bien faite, cependant
elle est privée de vie.
Et il la lui donna. Alors l'image d'argile
devint une belle fille, que Ietsy épousa.
Leurs enfants se multiplièrent sur la terre
ce furent les hommes.
Lorsque l'un d'eux meurt, chacun reprend
son bien, Ietsy le corps, Zanahary le sang,
et Andriamanitra la vie.
Quand on éternue, on lève d'abord la
tête et on regarde vers Zanahary et Andria-
manitra, puis on la baisse en disant Ietsy,
pour voir letsy qui habitait la terre.
Lorsque Ietsy se vit père de nombreux
enfants, il voulut faire la guerre à ses frères
aînés qui habitaient le ciel et il ordonna
aux Terres, ses domaines, de s'élever. Au
jour dit, les Terres commencèrent donc à
monter, et les montagnes s'élevèrent vite,
tandis que les vallées s'attardaient. Sur ces
entrefaites les trois frères firent la paix et
letsy aussitôt interrompit l'ascension de ses
domaines. Les terres restèrent là où elles
étaient arrivées, les montagnes plus ou
moins haut, les vallées et les plaines en bas.
XXXVI

LE RIZ
FECONDE PAR LA FOUDRE

CONTE ANTAIMORONA
Recueilli à Mananjary
~~OPMM~~ Mananjary)

Un jour, dit-on, des grains de riz tombèrent


avec la pluie sur la terre et poussèrent dans
un marécage. Les gens, étonnés de voir une
plante nouvelle, se demandèrent d'où elle
venait. Soudain la porte du ciel s'ouvrit
et Rabekidona (la foudre) en sortit avec
Rangidina pour faire un kabary; il convoqua
donc les hommes et dit
Je m'appelle Rabekidona, je viens du
ciel, et je me suis rendu parmi vous, parce
que j'ai quelque chose d'important à vous
dire. Ecoutez-moi.
< Une plante est tombée avec la pluie
et pousse maintenant dans les marais. Les
grains de cette plante vous nourriront. Semez-
les quand vous entendrez gronder mon messa-
ger qui prendra le même nom que moi,
Rabelddona. Dès que Rabekidona grondera,
la pluie se mettra à tomber et fera pousser
la plante. Enfin, si vous avez besoin de
quelque chose, adressez-moi vos prières,
ainsi qu'à Rantomoa, à Madiovazanicoho
et à Ravarabe. C'est nous qui sommes dans
le ciel. Nous sommes vos maîtres, et nous
vous avons donné le soleil et la lune.
Voilà tout ce que j'avais à vous dire. Je
vais rentrer chez moi et je ne reviendrai plus
jamais sur la terre. Seulement, en souvemr
de mon voyage d'aujourd'hui, je mettrai mon
image sur la face de la lune. Regardez-la, et
chaque fois vous vous souviendrez de moi. »
Les gens remercièrent Rabekidona et
lui promirent de se conformer à ses recom-
mandations.
XXXVII

LA TERRE,
LE MAÏS ET L'HOMME

CONTE ANTAIMORONA
J?CCM~t à Mananjary
~~OMK~ de Mananjary)

Au cours des ans, les poussières, dit-on,


emportées de très loin par les vents, s'amas-
sèrent et finirent par former la terre. La pluie
qui tombait modela les montagnes et les
vallées et dans les creux accumula les eaux
pour former les rivières.
Le hazomanga (i), le bananier et le maïs
furent les premières plantes qui, ensuite,
poussèrent à la surface de la terre. Un jour,
<Ht-on, le mais abattu par le vent resta

(i) Plante médicinale.


couché sur le sol et sa tige se mit à pourrir.
Peu après en sortirent des petits vers appe-
lés o/t~a. Ds grandirent d'une façon extra-
ordinaire et se transformèrent en hommes
(<~OM).
Ainsi les hommes, dit-on, sont sortis de
la tige du maïs.

CONTE SAKALAVE
Recueilli dans le cercle
de Maivatana, ~ay~ Sakalave.

D'après les croyances des habitants et les


récits des historiens sakalaves, il y a un
Dieu nommé Ndrianakatsakatra qui a créé
le ciel, les astres et la terre. Ce Dieu existe
toujours dans le ciel.
Quand il eut terminé son travail, il fit
une femme qu'il appela Nndrianabolisy,
et qu'il conserva près de lui; il fit aussi un
homme auquel il donna le nom de Radison-
nankonjy et des animaux pour demeurer
sur la terre.
Quelque temps après, Ndrianabolisy eut
une fille du nom de Ndriantomva.
Ndriantomva, devint grande et demanda
a. ses parents de faire un voyage sur la terre
et d'aller voir l'homme qui y régnait.
Ils accédèrent à son désir en lui disant
« Vous pouvez y
aller, mais tâchez de
ne pas rester trop longtemps et de bien
regarder tous ceux qui sont créés par votre
père. JI
La fille partit. Arrivée sur la terre, elle vit
de suite le premier homme qui était tout seul
et lui dit
« Je viens vous voir et me promener
dans
votre royaume. a
Radisonnankonjy fut très étonné en aper-
cevant cette belle fille, il ne savait que
répondre.
« N'ayez pas peur de moi, je viens simple-
ment pour vous rendre visite. &
Ces belles paroles rassurèrent le Roi de la
Terre, et il demanda d'où venez-vous,
et qui êtes-vous ?
Je suis la fille du roi du ciel, je viens faire
visite à la terre, a
Comme Ndriantomva paraissait belle et
douce, le roi de la terre lui demanda d'être
sa femme. Elle accepta et demeura avec lui.
N'ayant à manger que du manioc, des patates,
du maïs, elle n'était pas très contente, un
jour elle dit
« Mon cher mari, depuis que je suis avec
vous, je n'ai pas encore mangé de riz, aussi
je vais aller chcx mes parents, accompa-
gnez-moi. »
Radisonnankonjy qui aimait beaucoup son
épouse la suivit. A leur arrivée dans le ciel,
le Dieu Ndrianakatsakatra se fâcha contre
sa fille en voyant l'homme qui était venu
avec eUe.
e Ma fille, dit-il, tu nous as menti en nous
demandant d'aller sur la terre seulement
pour t'y promener. ~laintenant tu es mariée
avec l'homme que j'avais fait pour être
notre esclave, tu m'as déshonoré, tu peux
repartir avec ton mari et ne plus revenir, e
Ces paroles remplirent de tristesse la
fille du roi du Ciel, elle se prépara à regagner
la terre avec son mari, après avoir eu soin
de cacher un peu de paddy dans son lamba
pour semer sur la terre.
Arrivés dans leur palais terrestre, Ndrian-
tomva montra à son mari comment on
cultivait le riz.
Plus tard, le premier couple eut deux
garçons et trois filles. Quand tous ces
enfants furent grands, la mère mourut,
ses genoux se changèrent en hérisson (soidna
ou tambotrika), le reste de son corps en boa.
Ndrianakatsakatra est donc le Dieu qui
a créé l'univers d'après les récits des habi-
tants du pays, et quand on veut obtenir
quelque chose, par exemple quand une
femme désire être mère, où un voyageur
revenir dans ses foyers, on adresse à Ndria-
nakatsakatra la prière suivante
f Mon Dieu, qui régnez dans le ciel, écoutez
votre pauvre serviteur, ici-bas, et aidez-le
peur qu'il réussisse dans ses projets.
JI

Telle est la croyance qui régne encore dans


ce j~ays.
XXXVIII

L'ORIGINE
DU TABAC ET DE L'ARBRE
A VAHAJO

CONTE
Recueilli à Vangaindrano
(province de .F~a/~Mg~KO~

II existait, dit-on, une femme appelée


Lahamana qui s'était mariée à un homme du
même village. Quelque temps après, ayant
demandé le divorce à son mari elle s'établit
dans un autre village et se livra à la débauche
comme une « tsimirira car, disait-elle, je
veux être mangée par tout le monde.
Pendant longtemps elle refusa toutes les
demandes en mariage qui lui étaient faites.
Or, un jour, un des prétendants qu'elle a~t
éconduit se mit en colère et l'ensorcela
Lahamana devint lépreuse. Désolée, elle
alla trouver un vazaha (i), lui expliqua sa
triste situation et lui offrit quatre piastres
en lui disant
«J'ai envie d'être mangée par tout le
monde, mais je ne sais guère appétissante
étant malade. n
Le vazaha prit l'une des quatre piastres
et lui donna en échange deux petites
graines.
« Rentrez chez vous,
lui dit-il, prenez soin
de ces deux graines et soyez certaine que
vous serez toujours mangée par les hommes.
Arrivée dans sa maison, Lahamana mit
les deux graines dans son étry.
Quelques années après, Lahamana mourut,
les deux graines se mirent à pousser à l'en-
droit où se trouvait sa case; les gens du
village très étonnés en voyant ces plantes
étranges voulurent les arracher; mais l'un
d'eux qui avait vu la même espèce de plante
chez un vazaha, dit
Laissons-les grandir car elles produisent
de bons fruits, l'un s'appelle dobako (tabac)
et l'autre vahajo.A
Depuis ce temps, on mangea le tabac et

d) Un étranger, un blanc.
le vahajo. Lorsque le pnsenr en demande à
son voisin, il emploie toujours l'expression
suivante m bao <WMo aho Lahamana hianao
(donnez-moi, si vous en avez, du LahaT~~pa)
Telle est l'origine du tabac et du vahajo
d'après ce conte antaisaka.
XXXIX

ORIGINE DE L'AME

CONTE BETSIMISARAKA
.R~CM~t Tanjonambo
(province de Vatomandry)

Kalalaontany était, dit-on, le premier


et le seul habitant de la terre. Isolé, il s'en-
nuyait et il se mit un jour a la recherche
d'un semblable. n alla successivement dans
toutes les directions, au Nord et à l'Ouest,
au Sud et à l'Est, mais en vain. Alors il se
décida à monter au ciel pour voir s'il trou-
verait là son pareil, mais il n'y put parvenir.
Triste et las, Kalalaontany croyait être
condamné à vivre éternellement seul.
Il cherchait à distraire son ennui, en
sculptant dans les troncs d'arbres des sta-
tuettes en bois, à son image. Tous les jours il
y travaillait, tant et si bien qu'au bout d'une
année il en possédait plusieurs dizaines. Or,
en ce temps-là, il ne savait même pas se
construire de cases pour s'abriter contre
le froid et la pluie.
Un jour, pendant la saison fraîche, il fit
un grand feu qu'il entretint avec du bois
vert. Une fumée s'en dégageait, et montait
jusqu'au Zanahary, qui s'en trouva fort
incommodé. n dépêcha un messager vers
Kalalaontany pour lui ordonner d'éteindre
son feu.
Kalalaontany, d'abord muet d'étonnement
à la vue d'un être semblable à lui, écouta le
message du Zanahary et y répondit en ces
termes
Je suis seul toujours à la surface de ]a
vaste terre, je n'ai personneavec qui partager
mes joies et mes souffrances. Je n'ai rien pour
me défendre contre le feu et la pluie. Aussi
dis à ton maître que je n'éteindrai pas mon
feu, à moins qu'il ne consente à donner la
vie aux images en bois que j'ai fabriquées.
Le Zanahary, dit-on, descendit alors sur
la terre et se fit montrer les statues en
bois. Comme elles étaient très nombreuses
il ne consentit à les animer toutes, que
si Kalalaontany les partageait avec lui.
Celui-ci accepta et les images de bois, par
le souffle du Zanahary, devinrent vivantes
et se mirent à marcher et à parler.
Que chacun de nous, ajouta le Zanahary,
conserve la propriété de ce qui lui appar-
tient, la vie pour moi, et le corps pour toi.
C'est pourquoi, dit-on, quand un homme
meurt, son soume s'en va vers le ciel, demeure
du Zanahary, tandis que son corps est placé
d:nTs les profondeurs de la terre, où habite
Kalalaontany.
XL

ORIGINE DU MONDE

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli par l'auteur de la bouche d'un Ot~t~C~
à Anivorano (~OCtMC~ d'Andevoranto)

Un jour, dit-on, le fils du Zanahary des-


cendit sur la terre pour chercher une jeune
fille dont il ferait sa femme.
Intsiatra lui plut beaucoup et il désira
l'épouser. Le mariage accompli, les deux
époux eurent besoin de beaucoup d'eau
pour faire pousser leur riz. Le fils du Zara-
hary en demanda à son père qui habite
le ciel, et celui-ci fit tomber sur la terre de
l'eau en abondance. Même il y en eut bientôt
trop, et les terres commençaientà disparaître
sous l'inondation. Intsiatra, voyant son
village près d'être submergé, supplia son
beau-père de régler la chute de l'eau. Alors
Zanahary dit
Lorsqu'il fera chaud et que vous aurez
besoin d'eau, je la ferai tomber. Au contraire,
je la retiendrai pendant la saison froide.
A présent encore le Zanahary attend la
prière de son fils pour envoyer de l'eau.
Avant cette époque, elle ne tombait jamais.
Ce n'est qu'après le mariage d'Intsiatra,
fille d'un homme et d'une femme, avec le
fils du Zanahary, que l'eau tomba pour
la première fois. Auparavant, pour boire
et pour faire cuire le riz, on n'avait que l'eau
contenue dans les bambous, les voatavo (i)
et les ravinala (2).
(i) Nom générique des courges.
(2) Arbre du voyageur connu sous le nom de
ravenala.
XLI

L'ORIGINE DE LA TERRE,
DES ÊTRES VIVANTS ET INERTES
D'APRÈS LES CONTES DES ANCIENS

CONTE
7?ccM~tNt à ~4~6~o&ï~t~y
(province du Vakinankaratra)

La terre était, dit-on, entièrement couverte


d'une nappe d'eau dans laquelle vivait
seulement un monstre aquatique nommé
Itrimobé. Ce monstre était le seul maître de
cet immense océan et y vivait sans inquié-
tude. Un jour, dit-on, il voulut voir la lumière
et sortit sa tête de l'eau. Séduit par le spec-
tacle qui s'offrait à ses yeux, il s'agita, alla
vers l'Est, vers le Nord, vers l'Ouest, vers
le Sud, il flaira partout mais ne trouva aucun
passage lui permettant de sortir du grand
Océan qui était, dit-on, infini. Alors, il eut
idée de creuser avec ses larges et longues
griffes cinq grands trous pour servir de
vastes réservoirs trois au milieu de la terre
< deux à chacune de ses extrémités. Sa
tâche étant terminée, les eaux du milieu
..lièrent se jeter dans les trous du centre,
celles des côtés dans ceux des extrémités.
Alors des parties de terre émergèrent et
formèrent des continents et des îles. Itri-
mobé devint amphibie et vécut alternati-
vement sur la. terre et sous l'eau. Mais ses
yeux n'ayant pas été faits pour supporter
la lumière ne virent plus et bientôt il mourut.
Quoique mort, son esprit vivait et il dit
a Puissent mes deux bras devenir des
hommes pour s'aider! Puissent mes deux
jambes devenir des animaux pour servir
aux hommes! puissent mes intestins et mes
poumons devenir des reptiles mes vertèbres
des poissons qui peupleront les mers Puissent
mes os devenir roches, mes poils des arbres
et de l'herbe! Ainsi les bras d'Itrimobé se
transformèrent en êtres humains le bras
droit devint un homme, le bras gauche, une
ff~mme; l'homme et la femme s'aident tou-
jours comme les deux bras. Les jambes
furent changées en animaux domestiques
<iui, de même que les jambss, rendent des
t~rvices aux hommes.
XLII

ORIGINES
DE LA VIE ET DE LA MORT
CHEZ LES ANIMAUX
ET CHEZ L'HOMME

CONTEBETSIMISARAKA
Recueilli à Ampanalana
(province de Tamatave)

Autrefois, dit-on, le Ciel et la Terre exis-


taient seuls. Longtemps après, le Ciel eut
un enfa'ht, Razanajanahary. La Terre de son
côté, songea à former un être pour devenir
son compagnon. Malheureusement elle ne
savait pas donner la vie.
Ses premiers essais furent maladroits.
Elle modela d'abord un serpent, et c'était
une image grossière, sans pattes. Ensuite elle
fit l'oiseau, puis se dit
«
Celui-ci a des pattes pour se tenir, mais
ses mains (elle voulait parler des ailes)
sont bien incommodes; elles ne peuvent sai-
sir aucun objet. Et puis sa bouche est trop
pointue.
Alors Ratany fit le bœuf, et, quand il
fut achevé, elle le considéra avec attention.
Elle regretta de lui avoir donné des cornes,
qui ne devaient servir à rien, et d'avoir mo-
delé ses pieds trop grossièrement.
Elle modela donc le chien, dont elle fut
plus satisfaite; pourtant les pattes de devant
ne lui convenaient pas encore.
Cherchant mieux elle créa le maky (i),
puis, perfectionnantcelui-ci, elle fit l'homme.
De cette œuvre elle se montra fort joyeuse,
car elle la trouvait plus belle et plus parfaite
que toutes les autres.
Elle s'occupa ensuite de placer ses images.
Elle mit le serpent sur le sol, et son ventre
traînait par terre, elle percha l'oiseau sur
un morceau de bois que le fils du Zanahary
avait accidentellement laissé tomber du
ciel; elle dressa le bœuf et le chien sur leurs
quatre pattes, elle accrocha le maky au bâton

(i) Lémurien spécial à Madagascar.


sur lequel était posé l'oiseau, et c'est pour-
quoi, dit-on, les maky grimpent toujours
sur les arbres; enfin elle mit l'homme debout
sur ses pieds.
Alors, Ratany, satisfaite de ses œuvres
ainsi que de leur arrangement, se proposa
de leur donner la vie. Mais elle s'y efforça
vainement et dut aller trouver le Ciel pour lui
demander son aide. Mais le trajet était
long Ratany peina fort pour l'accomplir.
A mes.ire qu'elle approchait de la demeure
de Ralanitra, la. chaleur devenait de plus
en plus forte, et une sueur abondante ruisse-
lait sur les membres de Ratany. C'est là
l'origine de tous les cours d'eau, et de
l'immense étendue de l'eau salée car la sueur
contient du sel.
Le Ciel, quand il vit la Terre monter vers
lui, envoya à sa rencontre Razanajanahary,
pour lui demander le but de sa. visite. Elle
le lui dit, et il retourna l'annoncer à son
maître.
Enfin Ratany arriva devant Ralanitra,
elle était si épuisée de fatigue qu'elle ne pou-
vait parler, et les mouvements de sa respi-
ration étaient si forts qu'elle en tremblait.
C'est là l'origine des tremblements de terre,
et c'est à ce moment aussi que la terre
commença à s'agiter.
Quand il vit que Ratany était un peu
reposée, Ralanitra lui dit <
Ratany, que veux-tu que je fasse ?
Je suis prêt à te rendre service ?
J'ai façonné des images auxquelles
j'avais l'intention de donner la vie, mais
je n'ai pu réussir. C'est pourquoi je viens
te prier de m'aider.
Voici donc ce que j'ai à te dire tu as
nni les corps, mais tu pas pas l'habileté
et la science nécessaires pour les rendre
vivants.
Si tu m'aides dans un travail si difficile,
je t'aiderai à mon tour dans les circonstances
où tu pourras en avoir besoin.
Je n'accepte point ta proposition,
car jamais, entends-tu, jamais je n'aurai
besoin de toi.
Ratany haletait encore. Elle demeura
un moment silencieuse, puis reprit
Alors, comment allons-nous faire ?
Tu es la maîtresse des corps, car c'est
toi qui as modelé ces images; mais je serai,
moi, le maître de la vie, car nul autre que
moi ne la donnera.
J'accepte. Fais comme il te plaira.
Alors, selon sa volonté, Ralanitra envoya
sur la terre Razanajanahary pour porter
la vie aux images faites par Ratany.
Razanajanahary s'approcha d'abord du
serpent et demanda son nom particulier.
Je l'appelle biby lava, dit Ratany,
parce qu'il est allongé.
L'envoyé de Ralanitra plaça la vie dans
son corps, et l'animal long se mit à se
traîner ça et là.
Lorsqu'il arriva près de l'oiseau, Razanaja-
nahary fut surpris de retrouver le bâton
qu'il avait un jour laissé tomber du ciel et
demanda ce que c'était.
C'est tombé jadis, dit Ratany, je l'ai
trouvé et l'ai fait mien. C'est pourquoi
je le nomme azo (pris).
L'envoyé de Ralanitra rendit vivant l'oi-
seau qui battit des ailes, voleta, puis revint se
percher sur le bâton. Depuis, les oiseaux
vivent dans les bouquets d'arbres et dans
les forêts, car Razanajanahary mit aussi la
vie dans le bâton. Celui-ci se mit à pousser,
se couvrit de feuilles et par ses rejetons
devint l'origine de toutes les forêts. L'oiseau
reçut le nom de voaroana (placé) parce qu'on
l'avait placé sur un bâton. Mais voaroana finit
par se prononcer plus brièvement vorona.
C'était au tour du bœuf. Avant de l'animer
Razanajanahary demanda son nom qui était
« Mânn Aujourd'hui encore les bœufs font
a Mann », en souvenir du nom donné par Ra-
tanyau premierd'entre eux. Chaque foisqu'un
bœuf mugit, il se souvient de son origine.
Ensuite, l'envoyé de Ralanitra donna la vie
au chien que Ratany appelait Ali. Tant que
Razanajanahary demeura sur la terre, le chien
le suivit pas à pas partout où il allait. Mais
avant de partir Razanajanahary lui ordonna
de rester avec l'homme. C'est pourquoi le
chien ne quitte jamais l'homme. Plus tard le
chien fut comme l'aide de camp de l'homme
(ali-deka)eton abrège ce mot en ali-ka ou alika.
Ratany et Razanajanahary se trouvèrent
fort embarrassés pour nommer le maky, et la
vie lui fut donnée, avant qu'il eut reçu aucun
nom. Il se mit alors à suivre l'envoyé de
Ralanitra pour réclamer une appellation,
et, comme il marchait lentement derrière lui
«
nijaiko nanaraka on l'appela jaiko qu'on
prononce maintenant jako!
Quand Razanajanahary vit l'homme il
fut stupéfait, car c'était le seul être fait
à l'image du Zanahary. En l'animant, il lui
donna le nom de mpanjakan s'ny veloma,
le roi des Vivants. Mais lorsque les hommes
se furent multipliés, on supprima le titre de
mpanjaka, réservé à certains d'entre eux,
et on les appela velona qui devint o~OM<z (i).

(i) Une personne, quelqu'un.


Après avoir animé et désigné par leurs nom~
les animaux et l'homme, Razanajanahary
remonta au deL En partant il répandit
sur la terre ce qui lui restait de vie. C'est
l'origine première de l'air et des vents.
Ratany s'en servit pour animer de nouveaux
êtres qu'elle façonna en forme de femelles
et de femmes. Ainsi se multiplièrent les
serpents, les oiseaux, les bœufs, les chiens
et les hommes. Alors Ralanitra envoya de
nouveau Razanajanahary sur la terre pour
demander à Ratany sa part des êtres animés
c'était l'homme qu'il réclamait. Mais Ratany
répondit au messager
Je n'ai pas engagé ma parole pour
un partage de ce genre. J'ai travaillé et
peiné toute seule pour faire ce que je pos-
sède. Maintenant j'en sais autant que
Ralanitra et je suis capable d'animer les
images que je façonne. Je suis aussi puissant
que ton maître.
Quand Razanajanahary lui eut rapporté
ces parcles, Ralanitra s'irrita et déclara
la guerre à Ratany. La Terre après une longue
lutte fut vaincue, et le Ciel, à partir de cette
époque, reprit peu à peu aux animaux et
aux hommes la vie qu'il leur avait donnée,
laissant les corps à Ratany.
C'est l'origine de la mort.
XLIII

ORIGINES DE L'EAU,
DES MONTAGNES, DES PLAINES.

CONTE BARA
Recueilli à Ivohibé (province de Betroka)

Tout à fait au commencement, dit-on,


il y avait trois Zanahary. L'aîné s'appelait
Katomaratompo, le second Ratomarafefy
et ]e troisième Ratomaranaina. Lorsqu'ils
oulaient faire quelque chose, chacun avait
sa spécialité Ratomaratompo façonnait
les corps, Ratomarafefy les gardait de tout
'lommage, Ratomaranaina leur donnait la
vie.
Quand les Bara font de~ sacrinces, lorsque
par exemple il y a un malade dans la famille,
ils tuent un bœuf à L'Est de la maison,
puis tournent la victime vers l'Est, parce
que, disent-ils, c'est la direction d'où viennent
toujours les Zanahary. Puis ils font cette
prière:
Toi, Ratomaratompo, maître de tous
les corps, nous te faisons une offrande avec
ce bœuf, car c'est toi qui as fait les pieds et
les mains! Toi, Ratomarafefy, qui protèges
de tout dommage, de toute maladie, pro-
tège-nous, protège nos vies, que les Fahavalo
ne nous atteignent pas! Protège-nous, pour
que nous vivions longtemps. Nous t'appelons
aussi, Ratomaranaina, car c'est toi le maître
de la vie et du sang! Ne laisse pas s'en aller
notre vie et notre sang! Voici un bœuf que
nous t'offrons pour racheter notre vie et
celle de nos parents malades.

Ratomaratompo, Ratomarafefy et Rato-


maranaina avaient des goûts différents l'un
préférait l'eau, l'autre les montagnes, le
troisième les vallées. Ratomaratompo, qui
était l'aîné et avait le pas sur ses frères,
fit d'abord l'eau, et à ce moment-là il n'y
eut que de l'eau. Alors Ratomarafefy éten-
dit les mains et déploya sa force pour tarir
une partie de l'eau et faire les montagnes,
qui se dressèrent hors de l'eau. C'est en
frappant l'eau avec ses mains qu'il la dessé-
cha en partie et fit surgir les hautes terres.
Ratomaranaina, le dernier né, vint à son
tour; il étendit les mains, déploya sa force
et frappa une partie des montagnes; elles
s'aplatirent aussitôt et devinrent des plaines
fertiles.
XLIV

LA TERRE

CONTES SUR LES ORIGINES


~CM~K dans le district d'Ambatondrazaka

Un jour, le fils du Zanahary demanda à


son père la permission de descendre ici-bas.
Le père accéda à son désir. Il partit donc
mais arrivé au terme de son voyage, ne trou-
vant aucune place pour poser ses pieds, il
fut obligé de retourner au ciel et de conter
au Zanahary sa mésaventure. Entendant ce
récit, le Zanahary lança une grande masse
d'étoiles, et, prenant son grand couteau
(l'arc en ciel) partagea cette masse les gros
morceaux formèrent les montagnes, les
parties fendues par la lame du grand couteau
formèrent les vallées, et les restes réduits
en poudre devinrent les plaines.
Telle est, dit-on, l'origine de la terre.
<t

LES ÊTRES VIVANTS

Après quelque temps de séjour sur la terre,


le fils du Zanahary s'y plaisait beaucoup et
il décida d'y demeurertoujours, et de deman-
der à son père des êtres pouvant l'aider à
vivre.
Le Zanahary écouta ~a prière, réunissant
par couple les différentes espèces d'êtres
vivants auxquels il donna à emporter leur
noorriture, il mit le tout dans une grande
sobika (i) fermée et la jeta à travers les airs.
Un bruit effrayant se produisit, ce fut le
varatra (tonnerre). La sobika, heurtant la
terre fut déchirée, tous les Etres vivants
qu'elle renfermait sortirent et on vit
apparaître les bœufs, les moutons, le che-
val, etc.
Parmi ces êtres, certains plurent parti-
culièrement au fils du Zanahary qui les soigna
et les garda près de lui les autres furent mis
en liberté.
Telle fut l'origine des animaux domestiques
et des animaux sauvages.

(i) Grande corbeille.


ORIGINE DE L'EAU
Ces animaux sauvages devinreat bientôt
la terreur de l'habitant de la terre. Il se sentit
seul et versa des larmes abondantes qui
furent l'origine de l'eau.

LE PREMIER COUPLE HUMAIN


Devant sa détresse, le Zanahary lui envoya
une compagne pour le distraire, et s'adres-
sant aux animaux sauvages, il dit < Bêtes
féroces, que certains parmi vous vivent près
de ma baguette En prononçant ces paroles,
il jeta sur la terre une baguette qui s'y im-
planta, devint un arbre, puis une forêt.
« Quant à vous autres, gardez les larmes de
mon fils. Voilà pourquoi les animaux sau-
vages habitent dans la forêt, comme les
sangliers, ou dans l'eau comme les caïmans.

DE L'EMPLOI DES BŒUFS


Un jour les deux époux firent sortir du
parc leurs troupeaux de bœufs et les laissè-
rent brouter librement les herbes dans les
paturages. Par hasard, quelques grains de
riz tombèrent sur les traces des animaux
et poussèrent avec plus de vigueur que ceux
qui étaient semés dans un terrain quelconque.
Ayant observé ce phénomène, les deux époux
préparèrent un morceau de terrain pour la
culture du riz, élevèrent tout autour de
petites digues pour retenir l'eau, ensuite
ils amenèrent leurs bestiaux qui piétinèrent
le champ lequel reçut la semence du riz.
La récolte fut très belle et depuis ce jour,
on employa les bceuis pour aider le cul-
tivateur.

LES MINÉRAUX

Lorsque le fils du Zanahary avait quitté


son père, il portait une baguette en argent
dans la main droite, une baguette de cuivre
dans la main gauche, des souliers en fer et
un chapeau d'or. Un jour qu'il poursuivait
les animaux féroces, il déposa le tout à terre
pour être plus agile. Quand il revint, les
objets avaient disparu, la terre les avait
absorbés.
C'est ainsi, dit-on, que l'on explique l'exis-
tence des minéraux dans la terre.
XLV

RAND IAMBE
OU LE SERPENT A SEPT TÊTES

CONTE
Recueilli à Ankiabe
(province de Ma~O~ÏM~~

Il y avait, dit-on, un homme très riche


appelé Randiambé. Il habitait avec sa famille
et ses esclaves dans un village, près d'un
petit lac. Un jour, il se promena dans la fo-
rêt et trouva un œuf d'unetrès grande dimen-
sion. Il le porta à la maison et le fit couver
par une poule. Au bout d'un certain temps,
de l'œuf sortit un petit serpent qui avait
sept têtes séparées les unes des autres. La
famille et les esclaves désiraient le tuer,
mais Randiambé ne voulut pas. Il le fit
élever dans la maison puis, lorsqu'il commen-
ça à devenir plus gros, il le mit dans le petit
lac non loin du village. Bientôt le serpent
fut énorme et demanda à Randiambé de lui
donner à manger tous les coqs, poules,poulets,
poussins du village. Randiambé les lui
donna car il l'aimait. Après ce fut le tour des
oies, et Randiambé les lui donna aussi,
puis les chiens, les cochons et les bœufs. Un
jour, quand il eut mangé tous ces animaux,
il demanda les esclaves et toute la famille.
c Mange-les tous, avec moi aussi a, dit
Randiambé.
Bientôt le village fut vide. Pourtant un
petit garçon de douze ans et une petite fille
de huit ans qui étaient en promenade furent
épargnés. A leur retour, trouvant le village
vide, ils furent saisis de peur, et se sauvèrent
sur une haute montagne où ils habitèrent
et plus tard se marièrent. Ils eurent un
petit garçon du nom d'Andriambslontso-
labato, parce q~'il était né sur une haute
montagne pleine de pierres. L'enfant devint
hardi et courageux. Un jour, il demanda à
son père e Où est donc notre famille. Pour-
quoi habitons-nous ici sur cette montagne
silencieuse ? »
« Notre village est à l'Est répondit le
père, et il raconta que le grand-père avait
élevé le fananipitoloha (i) dans le petit
lac et que l'animal avait mangé tout le
village, n
Entendant ce récit, Andriambélo forgea
une longue épée qu'il aiguisa, puis il partit
emportant avec l'épée un gros morceau de
suif. Arrivé dans le village, il entra dans la
plus grande maison qui était au milieu. II
alluma du feu et fit brûler du suif. L'odeur
attira le fananipitoloha qui entra dans la
maison. Mais comme chaque tête se présen-
tait successivement l'une après l'autre.
Andriambélo les coupait toutes, et bientôt
le serpent fut mort.
Sa tâche terminée, Andriambélo retourna
chez ses parents et leur annonça la bonne
nouvelle. Tout joyeux, ils reprirent avec leur
fils le chemin du village, pour voirleur ennemi
mort. Ds le trouvèrent, le découpèrent, et
de son corps sortirent toute leur famille,
leurs esclaves et leurs bêtes qui étaient
encore en vie.
Alors, le gra.nd-père dit à son petit-nis
« C'est toi maintenant qui es le chef car
sans ton courage nous serions encore morts ».
C'est ainsi qu'Andriambélo devint le roi
du grand village.
(i) Nom d'un serpent fabuleux à sept têtes, comme
l'hydre à sept têtes.
<t

CONTE SUR LES ORIGINES DES


ONDINES
Recueilli à ~oA~Mr (province de F'O~~M~

Trois sœurs allèrent, dit-on, se promener


au bord de l'eau et trouvèrent trois œufs
de « tsikétrita n (espèce de passereau).
L'aînée dit « Je ferai cuire le mien » la
cadette « Je ferai couver ma part par une
poule; » et la dernière « Je plongerai celui
qui m'appartient dans un étang. »
Le projet de Faravavy (la dernière) amusa
beaucoup ses aînées pourtant après plusieurs
jours passés dans l'étang, l'œuf fut éclos.
Faravavy s'approcha de l'eau et appela le
poussin
« Atodin
tsikétrika! Atodin tsikétrika! »
< Œuf de tsikétrika, approche-toi de moi. »
De suite l'œuf sortit de l'eau et devint
un grosse poule. Faravavy, toute joyeuse,
caressa sa poule, puis la laissa retourner
dans l'eau. Le lendemain,la jeune fille appela
de nouveau sa poule mais à sa grande surprise
la poule se changea en un gros bœuf. Chaque
jour, Faravavy allait visiter son bœuf.
Les parents étaient bien intrigués par les
absences quotidiennes de leur fille, aussi
ils la. suivirent et l'entendirent appeler le
bœuf qui répondait à sa voix. Us décidèrent
de s'emparer de l'animal. Lorsque Faravavy
revint à la case ils lui dirent
« Ta sœur est bien malade, tu dois la visi-
ter. »
La jeune nlle~rés émue partit de suite,
aussitôt les parents retournèrent près de
l'étang et, imitant la voix de leur fille,
ils appelèrent
« Atodin-tsikétrika,
Atodin-tsikétrika! ap-
proche-toi de moi. JI
Le bœuf ne bougea pas car il ne reconnais-
sait pas la voix de Faravavy il ne vint pas
non plus lorsque la mère parla. Alors une des
deux autres filles, Faniviovo, appela à son
tour, et, cette fois, le bœuf croyant entendre
Faravavy sortit de l'eau. Les parents se
précipitèrent sur lui, l'attachèrent avec une
corde et le tuèrent.
Quelque temps après, Faravavy fut de
retour. Elle salua ses parents et alla de suite
à l'étang où demeurait son bœuf. Elle l'appe-
la comme autrefois, mais en vain, aucun
être vivant ne répondit à sa voix. Désespérée,
Faravavy retourna à la maison et ne voulut
plus prendre aucune nourriture. Un jour,
par hasard, elle trouva des os de bœuf,
et en fut bouleversée se précipitant au bord
de l'eau elle chanta
a Sable, avale-moi, car mon père et ma mère
ne m'aiment pas. Le sable s'ouvrit et avala
Faravavy. a
Telle fut la première ondine.
XLVI

POURQUOI
LES ZAFIRAVARATRA
ET LES ZAFINANTANDRANO
S'ABSTIENNENT DE PÊCHER
ET DE MANGER
DES ANGUILLES

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à A mpazimazava
(province d'Andevoranto)

Le premier homme, dit-on, s'appelait


Tratamby; il était descendu du ciel par une
longue chaîne d'argent, jusque sur une
montagne appelée Ambohiniharrna. située
au fond du Manahanoro. Cette montagne
était peuplée d'Etres, qui devinrent les com-
pagnons de Tratamby.
Un jour, le premier homme pêchant dans
une rivière, retira une énorme anguille:
sitôt qu'elle fut hors de l'eau, elle se changea
en une belle jeune fille que Tratamby prit
pour femme.
Ils vécurent longtemps ensemble et eurent
beaucoup d'enfants. Mais ils eurent une fois
une grande querelle et décidèrent de se
séparer, en se partageant leurs enfants.
L'homme avec ceux qui lui échurent, alla
s'établir au Nord ses descendants portent le
nom de Zafiravaratra. La femme s'installa au
Sud ses descendants s'appellent Zannan-
tandrano. Les Zanravaratra et les Zannan-
tandrano, descendants de Tratamby, s'abs-
tinrent de pêcher et de manger les anguilles.
XLVII

LE VONTSIRA (FURET)
ET LA TORTUE

CONTE BARA

Rasokaky et Ndriambontsira étaient amis


inséparables, dit-on. Un jour ils se rendaient
dans la forêt. Ds rencontrèrent une ruche
et s'arrêtèrent pour s'en emparer. Mais la
ruche étant sur un arbre très haut, les deux
amis ne pouvaient l'atteindre. Ils furent
obligés d'essayerde monter. La tortue grimpa
la première mais elle tomba parce que l'arbre
était lisse, et qu'elle ne savait pas grimper.
Ndriambontsira, à son tour tenta l'aventure,
mais lui, il filait aussi vite que le chat. Quand
il fut hissé sur l'arbre, il s'installa pour
manger le miel. La tortue, au pied de l'arbre,
ne pouvait que se lécher les lèvres, elle avait
beau réclamer, le vontsira ne fit tomber que
la lie (la cire) de ce qu'il venait de manger.
Emportée par la colère, la tortue essaya
de grimper. Elle grimpa cinq fois, mais cinq
fois elle retomba sur le dos. < Tu verras, se
disait-elle tout bas, et tout haut elle disait
à Ravontsira
« Remplis la calebasse, nous allons
rentrer parce qu'il est tard.
Alors le vontsira descendit quand la cale-
basse fut remplie. Pour se venger, Rasokatra
l'engagea à traverser un grand cours d'eau

c'est d'être rassasié. < n


car le proverbe dit <Le châtiment de la faim
m'a trompée, je
me vengerai, se disait la tortue. »
Us arrivèrent au bord de l'eau et quittèrent
leur < salaka (i) pour passer.
<t
Laisse-moi te porter sur mon dos,
dit la tortue au vontsira car tu ne sais pas
nager. Le nigaud fut content et se précipita
sur le dos de son amie.
« Laissons là la calebasse, je reviendrai
la chercher après, car je ne pourrais te
porter avec elle, cela serait trop lourd, a
dit la tortue.
Quand les deux amis furent passés de

(i) Longue toile que les hommes passent entre


les jambes et autour des reins.
l'autre côté, la tortue revint, mais au lieu
de ramener la calebasse, elle s'installa pour
se régaler de miel à son tour.
De l'autre côté Ravontsira (i) maudissait
son compère, mais qu'aurait-il pu faire davan-
tage, il ne savait pas nager! Emporté par la
colère, le vontsira décida de passer le cours
d'eau mais fut entraîné par le courant.
Ce n'est pas moi qui mens, mais les an-
cêtres qui les ont vus.
(i) Ra signifie monsieur, monsieur le Foret.
XLVIII

LE SANGLIER VAINCU
OU L'ORIGINE DU COCHON

CONTE
Recueilli dans le cercle de Maevatanana

Fatigués de fouiller la terre, des sangliers


se vautraient au pied d'un arbre, car il
faisait chaud.
« Si des chasseurs survenaient en ce mo-
ment, dit un vieux sanglier, ils tomberaient
sur nous à l'improviste, nous perceraient
de leur lance, nous frapperàient de leur mas-
sue, nous étendraient tous raides morts.
A quoi bon, nous chercheraient-ils, dit
une vieille laie ? ce sont des pièges qu'ils
nous tendent; ils creusent une fosse profonde
dans le sentier que nous suivons pour fuir,
la recouvre d'herbes et nous y tombons
tous.
Dites,. la. vieille mère, interrogea un
jeune sanglier qui n'avait qu'un petit, que
font-ils de nous quand ils nous ont pris au
piège?
Si nous cherchons à les mordre, ils
nous tuent, mais si, pleins de frayeur, nous
ne bougeons pas, ils nous attachent et nous
conduisent chez eux, retenus par une corde
répondit la laie.
Et que nous font-ils, lorsque nous
arrivons dans leur maison ?
Si nous sommes maigres et pas encore
bons à manger, ils nous donnent une nourri-
ture abondante. Matin et soir, ils nous
offrent du son et du manioc et mettent du
sel dans les aliments qu'ils font cuire exprès
à notre intention pour nous coucher, ils
jettent par terre une molle litière. »
Le jeune sanglier et son petit semblaient
sourire d'aise au récit de ce traitement royal.
Tout à coup, un bruit de pas se fit entendre
toute la bandé prit la fuite. Le premier
moment d'émotion passé, le jeune sanglier
et son enfant tournèrent la tête et virent deux
chasseurs. Ils se souvinrent des paroles de
la vieille laie, et s'arrêtèrent au lieu de fuir,
tandis que tous leurs compagnons avaient
disparu. Les deux chasseurs fort surpris de
voir ces jeunes sangliers qui ne témoignaient
aucune peur, ne les frappèrent pas mais
s'écrièrent en plaisantant
< Pourquoi cette famille nous attend-elle
au lieu de fuir ? a
Le sanglier répondit
c Si nous sommes maigres, on nous a conté
que vous ne nous ferez pas de mal, mais que
vous nous emmènerez dans votre maison,
attachés par une corde.»
Les chasseurs éclatèrent de rire.
< Pour le coup, mon cher, les sangliers
commencent à devenir bêtes, dit l'un d'eux,
en s'asseyant. 'Est-ce que vous vous
figurez qu'une fois dans notre maison, vous
vous échapperez jamais?
-.Vous nous rassasierez, matin et soir,
reprit le sanglier, avec du son et du manioc. a
La joie des chasseurs augmenta. « Savez-
vous, dirent-ils que même si on ne vous tue
pas, si on vous laisse vous multiplier, un
couteau sera toujours préparé au pied du
grand poteau de la case, et tous vos descen-
dants auront le même sort.
Vous mettrez du sel dans les aliments
que vous ferez cuire pour nous, s'écria le
petit marcassin; vous nous donnerez une
molle litière pour nous coucher.
Assez padé, dirent les hommes, ce
sont des sangliers vaincus, et ils les pous-
sèrent doucement pour monter au village.
Cet étrange cortège excita Fétonnement des
gens qui demandèrent
« Hé! Qu'est-ce que cela ?
Ce sont des sangliers vaincus. Messieurs.
Des sangliers vaincus, et comment ?
Des sangliers vaincus par leur gour-
mandise, Messieurs. a
On étouffa de rire en écoutant ce récit et
on se pressa pour voir les sangliers vaincus.
Ne les appelons pas sangliers vaincus,
fit la foule, car ils semblent bons et doux,
appelons-les cochons.
Telle est l'origine des cochons que l'on
nomme Lamboresy (sangliers vaincus).
XLIX

ZANAKAMINANINA<~

CONTE BETSIMISARAKA

Il y avait, dit-on, deux époux qui avaient


plusieurs enfants. Le mari dit à son épouse
«Nos enfants sont très nombreux, nous allons
en rejeter quelques-uns car nous ne pouvons
pas les nourrir tous. Faites ce que vous vou-
drez répliqua la femme.
< Que l'aînée soit rejetée, dit le mari.
Non, c'est mon premier enfant, je ne la
rejette pas, répondit La femme.
Alors, c'est la plus jeune dont nous
allons nous débarrasser. »
A cette petite fille ils donnèrent une mar-
(i) Une autre version de ce conte, assez différente
de celle-ci, a été donnée dans le tome 2 des contes
malgaches publiés chez Leroux.
mite percée, un mauvais couteau et une
vata (i) de riz; le père l'emmena dans une
forêt lointaine.
Restez ici, dit-il, moi je vais chercher
quelque chose par là.
Oui, répondit l'enfant.
Le père partit, quand le soir tomba il
n'était pas de retour et la petite fille pleu-
rait.
Que vais-je faire, car ma famille me
rejette!
Avec des longoza (2) elle construisit une
maisonnette, en fit cuire et en mangea. A
l'aurore elle coupa les longoza environnants
et les replanta. Le riz donné par son père
poussa et produisit un grenier de riz.
Au bout d'un certain temps la petite fille
devint grande et voulut avoir un enfant.
Elle culbuta et mit au monde un bébé du
sexe féminin bien dodu qu'elle appela Zana-
kammanina. Chaque matin, comme les
animaux, elle quittait son enfant et allait
dans la forêt récolter du miel et des pommes
de terre qu'elle rapportait le soir.
Un jour, un homme, ramasseur de caout-
(i) Malle, coffre, mesure pour les grains.
(2) Plante dont les feuilles sont employées souvent
en guise de cuillère, et dont les racines sont comes-
tibles.
chouc, égaré dans la forêt, entra dans la case
et trouva la jeune fille seule.
Etes-vous mariée ou bien êtes-vous
libre ?
Je ne suis pas mariée, et ma mère
ne me laisse pas me marier. Vous devez
partir car ma mère pourrait arriver et certai-
nement vous tuerait.
Si je vous plais, je demanderai votre
rna~T)
Très volontiers, mais dites-moi vos
pensées en échange.
Elle fit cuire du riz pour l'homme. Lors-
qu'il eut mangé, il dit
< Je vais partir et, la semaine prochaine
je reviendrai vous chercher.
A peine avait-il quitté la case que la mère
arriva.
Je sens des odeurs de personnes, dit-
elle.
Je suis seule ici, répondit Zanaka-
mihanina.
Quand le jour fut venu, l'homme arriva
chercher la jeune fille.
C'est bien, dit-elle. Alors elle fit cuire
le riz et parla aux objets de la maison en
ces termes
Ne dites rien à ma mère.
Ils oublièrent de demander le silence au
filohély. (i)
Après avoir mangé, ils partirent,
Le soir vint, la mère arriva et chercha
sa fille. Lasse, elle s'adressa à tous les objets
de la maison.
Non, nous ne l'avons pas vue, répon-
dirent-ils, seul le niohély qui n'avait pas pris
d'engagement parla du départ de la jeune
fille. Un homme, dit-il, l'a emmenée au delà
de la mer.
Je vais les poursuivre,répondit la mère.
Pendant ce temps le couple marchait.
Lorsqu'il. fut arrivé au milieu de la mer
la maman les aperçut et elle cria
Zanakaminanina, retourne-toi donc un
peu vers moi. La fille ne répondit rien,
mais l'hemme parla ainsi
Retourne-toi donc vers elle.
Si je vous obéis, dit la jeune femme,
vous ne me reconnaitrez plus. En même
temps, elle se retourna et un violent coup de
vent emporta ses deux yeux vers sa mère.
Son mari qui la regardait ne vit plus qu'une
femme aveugle.
Je vous l'avais dit, maintenant que
je suis aveugle, je vais retourner.

(i) Petite aiguille.


Non, je ne vous laisse pas partir, nous
allons continuer le chemin.
Tous les deux achevèrent la traversée
de la mer, et arrivèrent de l'autre côté.
Zanakaminanina ne voulut pas entrer
dans la ville et son mari fut obligé de lui
construire une maisonette dans son champ
de manioc. Puis il se rendit à la ville et
tout le monde fut surpris de ne pas voir la
femme qu'il était allé chercher. Son père
demanda
Où donc est ma bru nouvelle ?
Elle est dans le champ de manioc, elle
ne peut pas monter, dit le nls, aussi j'emporte
du riz pour tous deux.
Un jour, le père appela son enfant
Apportez cette paille à Rangahy (i)
pour qu'elle fasse un chapeau.
Le mari remit la paille à Zanakamina-
nina
Voilà de la part de mon père pour lui
faire un chapeau.
Comment pourrais-je, puisque je suis
aveugle, dit en pleurant la pauvre femme.
Alors la boîte dans laquelle la mère avait
conservé les yeux de sa fille se remplit d'eau,

(i) Chez les Betsimisaraka on désigne la bru sous


le nom de Rangahy
et la mère fut emportée par un coup de vent
près de son enfant.
–Qu'est-ce qui te fait pleurer ainsi?
Je pleure parce que mon beau-père m'a
envoyé de la paille pour fabriquer un chapeau,
et je ne peux la natter puisque je n'ai plus
d'yeux.
Taisez-vous, cela n'est rien. Faites
cuire du riz je vais la. natter vite.
Lorsque le riz fut prêt, la paille était
prête aussi.
Voilà, votre paille est nattée, retirez
le riz du feu car je vais partir.
La mère mangea donc et s'en alla.
A la nuit, le mari revint et fut surpris
de trouver le chapeau de son père terminé.
Qui a fait cette paille, c'est vous ou
une autre ?
C'est moi, dit-elle.
Au premier chant du coq le fils porta le
chapeau chez son père. A la vue de ce beau
chapeau, le père dit
Faites monter ma bru.
Le mari partit alors chercher sa femme.
Mais ceDe-ci se mit à pleurer car elle avait
honte de ses yeux partis.
A ce moment, la boîte qui contenait les
yeux fut de nouveau remplie d'eau, la mère
sut ainsi que son enfant pleurait. Elle se
mit de suite en route et arriva, tout aussitôt
chez sa fille.
Qui vous a fait pleurer, dit-elle ?
Je pleure parce que mon beau-père
veut que j'aille en ville, j'ai honte de n'avoir
pas d'yeux et surtout pas de nattes (i).
Taisez-vous et faites cuire du riz, moi
je vais chercher du raphia et de la paille
dans la forêt.
Quand le riz fut cuit, la mère revint por-
tant le raphia avec lequel elle fit une tente
et des nattes. Puis, elle fixa les yeux de sa
fille dans leur position naturelle.
Voilà donc vos meubles, dit-elle à sa
fille et elle partit.
Des jeunes nlles d'honneurarrivèrent pour
chercherla jeune femme. Elle lia ses meubles
et suivit.
les
Quand elle arriva, on la fit boire du
toaka (2) et on la fit danser pendant toute
la nuit.
Je suis ivre, dit-elle, j'ai envie de
vomir.
Allez vomir ailleurs, répondit son
époux.
Je ne veux pas vomir ailleurs.
(i) Les nattes représentent les meubles que la
jeune fille apporte en dot.
(2) Rhum.
Où donc voulez-vous vomir ?
Je veux vomir sur le lamba de ma belle-
mère. La belle-mère s'approcha et sa bru
vomit dessus.
L'assemblée fut bien surprise car c'était
de l'argent qu'elle rejetait.
La première femme s'avança et, à son
tour, dit
Moi aussi je veux vomir sur le lamba
de ma belle-mère.
De nouveau, la belle-mère s'approcha,
mais cette fois il n'y eut que des résidus de
toaka et de la viande de poule gâtée.
Alors Zanakaminanina dit encore
Je veux me baigner.
Allez vous baigner dans la rivière
avec votre belle-sœur.
Je ne veux pas prendre un bain dans
la rivière, car j'ai l'habitude de me baigner
dans un feu allumé au milieu de la ville.
On alluma donc un feu très vif, et Zana-
kaminanina plongea dedans et le feu devint
une immense étendue d'eau.
La première femme désira aussi prendre
un bain de la même façon, mais aussitôt
qu'elle eut plongé dans le brasier elle fut
brûlée et finit par mourir.
n ne resta donc que Zanakaminanina.
L
LE SOLEIL, LA LUNE
ET LE COQ

CONTE
Recueillid ~4K~M&t? (province de Maroansétre)

Ces trois Etres étaient, dit-on, des frères.


Ils habitaient au Ciel. Le Soleil était l'aîné, la
Lune était la cadette et le Coq le plus jeune.
Chaque jour, la Lune jouait avec le Coq et
faisait semblant de le laisser tomber. Cette
petite distraction exaspérait le Soleil et il
recommandait vainement à la Lune d'être
prudente. Un jour, la Lune tenant mal le Coq
le lâcha et il tomba. Le Soleil fut fort en colère
et il se précipita sur la Lune. La lutte dura
pendant un jour et la Lune fut vaincue;
éperdue elle prit la fuite. Le Soleil la pour-
suivit mais en vain. Depuis ce jour ils ne
1
cessent de courir l'un après l'autre sans jamais
pouvoir s'atteindre.
Voilà pourquoi les coqs ne chantent
pas la nuit mais seulement au lever du soleil,
t avy isoky, mon aîné va venir, a disent-ils.
LI
RASINTSINA

CONTE SUR LES ORIGINES DES MON-


TAGNES, DES COLLINES,DES PLAINES
ET DES VALLÉES
~CM~t~t .lU andrisare

Jadis, dit-on, le tsintsina (l) était un oiseau


aussi grand que le dindon, mais le Zanahary
le rendit plus petit parce qu'il avait excité
la terre et le ciel à se battre. n se promenait
de bas en haut, et disait au ciel
<
Préparez-vous, Ralanitra, car Ratany
viendra vous attaquer. J)
Il disait aussi à Ratany
a Armez-vous bien, car Ralanitra descen-
dra afin de vous battre. e
La terre qui avait mauvais caractère
(i) P~tit passereau.
essaya d'atteindre le ciel, mais elle ne put
pas y arriver et se divisa en quatre parties.
Celles qui s'élevèrent le plus haut furent
les montagnes, celles qui suivirent furent
les plateaux, et enfin les collines.
Quant à celles qui restèrent sans mou-
vement elles formèrent les plaines et les
vallées.
C'est à partir de ce jour, dit-on, que les
montagnes, les plateaux, les collines, les
plaines et les vallées furent créés.
LII

ORIGINE DES ANIMAUX


L'HOMME
LE CAÏMAN ET LE CHIEN

CONTE
7?~CM~/t à Seranantsara
(province d'Andevoranto)

Un roi d'autrefois eut quatre fils Raolona


(l'homme) était le premier né Raobizato
(le caïman) le deuxième Raldmosy (le
sanglier) le troisième, et Mboavitsy (le
chien), le quatrième. Quand le roi mourut,
ses fils, dit-on, divisèrent ses biens le riz
et les bœufs devinrent la propriété de Raolona
l'aîné; les poissons furent la part de Raobi-
zato le cadet; Raldmosy, le troisième eut
le manioc et les patates quant à Mboavitsy,
comme il était tout petit, on ne lui donna
rien èt ses trois frères le nourrirent; d'ordi-
naire il habitait chez Raolona.
Peu après la femme de Raolona conçut
et elle eut l'envie de manger des poissons.
On envoya Mboavitsy en demander chez
Raobizato, qui en donna une grande quanti-
té. Quelques jours plus tard, la femme fut
reprise de la même envie elle alla chez
Raobizato et, comme il était absent, elle prit
des poissons sans en avoir obtenu l'auto-
risation. Quand il fut de retour, ses enfants
lui dirent
La femme de Raolona est venue, elle
n'a rien demandé et elle a pris des poissons.
Raobizato fut fort en colère contre son frère,
mais il dissimula sa rancune.
Ensuite la femme de Raolona voulut man-
ger des patates. On envoya Mboavitzy en
demander chez Rakimosy, qui en donna
en abondance. Mais quelques jours plus tard,
la femme en prit encore, en l'absence de
Rakimosy et sans son autorisation. Rakimosy
cacha son dépit, parce que Raolona était
l'aîné. La femme de Raobizato conçut à
son tour et voulut manger du foie de bœuf.
Raobizato vint en demander à son frère.
Mais Raolona répondit
Tu sais bien que le bœuf est une grande
richesse qu'il faut ménager. Je ne veux
pas tuer un bœuf seulement pour le foie.
Raobizato s'en alla plein d'amertume
et il se disait à part lui
Quand sa femme a conçu, je lui ai donné
ce qu'elle désirait, et je me suis laissé prendre
ce qu elle a voulu. Maintenant ma femme
veut manger le foie du bœuf et il me le refuse.
Je volerai donc son bœuf, car Raolona a
mauvais cœur.
Alors Raobizato entraîna le bœuf, pendant
que celui-ci paissait au bord de la rivière.
Raolona s'en aperçut et dit à Mboavitsy
Raobizato nous a volé un bœuf. Comment
faire pour le tuer?
Laisse-moi aller chez lui; je le tromperai
et nous viendrons à bout de le faire mourir.
Il se rendit au bord de la rivière, appela
le caïman et lui dit
Raolona est très en colère, il te cherche
pour te tuer. Il vaut mieux pour toi l'éviter
en ce moment. Quitte la rivière car il a l'in-
tention d'y jeter des ody pour vous faire tous
mourir. Réfugiez-vous là-bas, en haut de
la montagne.
Quand les faTman~ s'y furent rendus,
Raolona et Mboavitsy mirent le feu aux
herbes tout autour de la montagne, et la
plupart furent brûlés. Les rares qui s'échap-
pèrent firent le serment de manger, partout
où ils les rencontreraient, l'homme, le bœuf
et surtout le chien.
Peu après, la femme de Rakimosy conçut
et voulut manger du riz. Son mari vint en
demander chez Raolona qui ne consentit
pas à lui en donner. Furieux, Raldmosy
alla voler du riz pendant la nuit, le porta
secrètement à sa femme, puis, craignant la
colère de Raolona, se cacha dans les hautes
herbes. Raolona, lorsqu'il s'aperçut qu'on
lui avait volé du riz, consulta Mboavitsy;
celui-ci trouva une nouvelle ruse. Il fit peur
au sanglier et lui conseilla d'aller habiter
pour quelque temps avec sa famille une
petite île au milieu de la rivière. Lorsqu'ils
y furent réunis, les hommes arrivèrent pour
les tuer, et très peu s'échappèrent. Les sur-
vivants firent alors ce serment
Que maudit soit celui de nos descen-
dants qui ne ravagera pas le riz que l'homme
aura planté, et toutes les cultures qu'il
aura faites.
Voilà pourquoi les sangliers dévastent les
rizières des Tanala, et pourquoi les hommes
leur font la chasse avec l'aide des chiens.
LUI

LE CHAT SAUVAGE
ET LE CHIEN

CONTE TAINALA

On raconte qu'un jour, un chien vit un


chat sauvage dans un fossé. Le chat se mit
à parler au chien et dit
Où allez-vous, mon aîné avec votre
gueule pleine portant un hérisson aussi
piquant que le couteau tranchant.
Moi, dit le chien, je me promène, et
vous, que faites-vous ?
Voulez-vous que nous fassions le ser-
ment du sang, répondit le chat.
Le chien y consentit et tous deux furent
amis.
Un jour le chien dit au chat
« Tissons un lamba fait de chanvre et
quand il sera terminé, nous le vendrons
pour acheter un boeuf. »
La chose fut entendue, et le chien acheta
du chanvre cuit.
Que voulez-vous faire, dit le chien
au chat, tisser le lamba ou le vendre après
qu'ilauraété tissé?
J'aimerais mieux le vendre répliqua le
chat.
Le chien se mit à confectionner la toile
si bien qu'au bout de trois jours, l'ouvrage
était terminé.
Vous allez maintenant le vendre, dit
le chien.
C'était justement lundi, jour de marché.
Le chat s'y rendit mais arrivé non loin,
les hommes en le voyant se mirent à crier
«
Voilà bien un chat sauvage vêtu avec un
lamba! x Le chat plein d'effroi se sauva et
revenant près du chien lui dit « Allez vendre
le lamba vous-même, mon ami, car je suis
connu de tous. Quant au bœuf, je l'achèterai.
Le jeudi,le chien alla aa marché et ne revint
chez lui qu'après avoir vendu le lamba.
Le samedi, le chat à son tour alla au mar-
ché avec l'espoir d'acheter un bœuf. Tout le
monde rit de lui, car c'était, disait-on,
« un chat sauvage montant au
marché x. De
nouveau très enrayé le pauvre chat reprit
sa course vers sa demeure, et il dit
Allez-vous en, acheter au marché,
mon aîné, car tout le monde me connaît,
tandis qu'il me convient de garder le bœuf. »
Une seconde fois, le chien alla au marché
pour acheter des bœufs. L'un d'eux était
vache, l'autre taureau.
Quand le chien fut de retour, il dit à son
compagnon de choisir ce qu'il désirait parmi
les deux animaux venant d'être achetés.
Le chat prit le taureau croyant que c'était
une vache. Lorsque le choix fut fait, le chien
prévint son ami que lui, chien, avait pris
véritablement une vache. Le chat crut que
le chien voulait le tromper, ce qui n'était
pas, et resta convaincu que c'était lui, chat,
qui avait la vache.
Cependant après une année, la vache du
chien eut un veau et le chat en fut étonné.
Lorsque le chien fut parti en promenade,
le chat coupa les pieds du veau appartenant
au chien. Il les introduisit dans l'anus de son
taureau, et courut rapidement vers le chien
en lui disant que son taureau allait vêler
et que les pieds du veau allaient apparaître.
Le chien fut émerveillé, mais dès qu'il jeta
un regard sur son taureau il comprit que
c'était les pieds de son veau qui allaient
sortir de l'anus.
C'est dit-on pour cette raison que l'amitié
du chat et du chien n'existe jamais.
LIV

LE RAT TRAFIQUEUR

CONTE
Recueilli à Mandritsare

Un rat, dit-on, allait au pays lointain pour


chercher des richesses. Lorsqu'il eut gagné
deux bœufs, il se mit en route pour les rame-
ner chez lui. Quelques jours après il rencontra
un chat sauvage qui semblait nourrir des
desseins hostiles à son égard. Pour éviter
un grand danger, le rat dit au chat
Mon aîné chat, mon aîné chat
Quoi, répondit le chat sauvage ?
Le roi m'a récompensé en donnant ces
bœufs pour moi et pour toi et m'a dit de les
emmener.
Tu mens, reprit le chat sauvage.
Ils firent le chemin ensemble en condui-
sant les bœufs, mais le rat ne pensait qu'à
se débarrasser du chat sauvage. n cherchait
à imaginer une bonne ruse. Tout à coup,
il dit au chat
Je suis malade, Raydriia~~c~~y, allez
me chercher des fanafody (i), si je mourrais,
vous n'auriez pas ces bœufs car ils seraient
dérobés par d'autres.
Quel fanafody désirez-vous, demanda
le chat?
Une poule qui couve sous un lit,
répondit le rat.
Le chat sauvage partit pour chercher la
poule. En arrivant au village, il vit une poule
qui couvait sous le lit d'une vieille femme,
il l'attrapa. Alors la vieille de se mettre
à crier
« C'est un chat sauvage, voleur de poules
assommez-le. » En entendant tout ce bruit
le rat demanda « Qu'est-ce qui arrive ?
C'est un chat sauvage qui a volé la
poule de la vieille femme, répondit-on.
Qu'il meure, car il est~ voleur, dit-il.
Puis il continua sa route. Un autre jour,
un chien vint vers lui, le rat un peu effrayé
se cacha dans les broussailles et dit au
chien:

(ï) Remède, médicament.


« C'est moi le rat, votre cadet, qui conduit
deux boeufs. Notre roi m'a dit
Ces bœufs sont pour vous et Randriana-
lika, votre aîné nous allons les posséder en
commun, mon cher ami.
Tu mens, reprit le chien, et je vais te
tuer.
Quand je serai mort, vous ne serez pas
plus riche car les bœufs seront pris par
d'autres.
C'est bien, dit le chien, en route,
partons.
Lorsqu'ils arrivèrent au prochain village,
le rat fit semblant d'être malade, comme il
avait fait auparavant.
a Je suis malade, mon cher ami, va me
chercher un fanafody, si je meurs, nos bœuis
seront pris par d'antres.
De quel fanafody as-tu besoin, demanda
le chien ?
Des œufs dans une sobika pendue
au mur devant le lit.
Le chien entra dans une maison et prit
des œufs placés comme on le lui avait indiqué.
Mais le propriétaire des œuis cria
<
C'est un chien voleur d'œufs, assom-
mez-le, assommez-le!
Le rat demanda <. Qu'arrive-t-il ?
C'est nn chien voleur d'œufs, répé-
tait-on.
Qu'il meure, c'est un voleur, dit le
rat. Pais il partit seul et content et arriva
rapidement dans son village.
Ses parents le félicitèrent et le prièrent de
raconter les aventures de son voyage, mais
le rat était fatigué, il préféra se reposer
sur le dos d'un bœuf pendant quelque temps.
Tout à coup, il fut enlevé subitement par
un aigle et ses parents demeurèrent stupé-
faits. En l'air, le rat criait
< Saisissez-moi par ma queue, saisis-
sez-moi par ma queue. p
Personne ne pouvait l'attraper. Alors le
rat fit une suprême recommandation < Ne
quittez jamais les broussailles, ni les trous.JI

C'est pourquoi depuis ce jour les rats


demeurent dans les endroits cachés.
LV

LE SANGLIER
ET LA GRENOUILLE

CONTE
Recueilli à Mandrilsare

Les sangliers, dit-on, mangeaient souvent


des grenouilles alors le chef des grenouilles
se mit en colère contre le chef des sangliers
et lui dit ·
<c
Tu manges tous nos enfants et nos pa-
rents nous allons nous battre; réunis tes
camarades et je réunirai les miens. Demain,
venez tous sur cette colline entourée de
marais. »
Ce discours fit grand plaisir au sanglier,
car il espérait croquer beaucoup de gre-
nouilles. II convoqua ses camarades.
Le lendemain, tout le monde était au ren-
dez-vous.
Les grenouilles cernèrent les sangliers et
coassèrent fortement a Reheto, Reheto JI
(attaquez, attaquez)
En entendant toutes ces voix, les sangliers
furent épouvantés et prirent la fuite. Alors,
les kibobo (i) dirent toutes ensemble « Bobo-
bobo, baboy, baboy JI (capturez, capturez)
La peur des sangliers redoubla, et ils accé-
lèrèrent leur fuite. Les takatra (2), à leur tour,
criaient « Taky, taky, takaro, takaro »
(atteignez, atteignez)
Les cailles disaient aussi « Safeleho, sa-
feleho (entourez-les, entourez-les)
Devant un tel vacarme, les sangliers anolés
se dispersèrent, mais le tsintsina se mit aussi
à crier « Ty, ty, inty, inty » (voilà, voilà)
Alors, perdant tout à fait la tête, les san-
gliers se réunirent tous et s'enfuirent dans
la forêt.
Les pintades qui jusqu'ici étaient restées
siler.cieuses dirent « Tsarao, tsarao » (jugé,
jugé)
La peur des sangliers s'apaisa et ils réso-
lurent de toujours vivre dans la forêt.
Voilà pourquoi depuis ils y demeurent.

(i) Espèce de caille.


(2) Oiseau de l'espèce du héron qui a la propriété
fie faire de son nid une habitation.
13
LVI

LA KANKAFOTRA
ET LA VITSY

CONTE
Recueilli à Antsimiasy (district d'Ankazobé)

La Kankafotra et la Vitsy, étaient, dit-on,


deux sœurn. Elles n'avaient pas d'enfants.
Un jour, elles allèrent rendre visite à Zanaha-
ry et lui dirent
« Nous sommes bien tristes, car nous n'a-
vons pas d'enfant, voulez-vous nous en
donner un à soigner.
Je vous donne le Taontaonkafa, "épon-
dit le Zanahary, à condition que vous
veilliez sur lui. a
Les deux sœurs furent bien heureuses et
retournèrent chez elles, mais il leur fallut
aller chercher leur nourriture et laisser seul
le Taontaonkafa. A leur retour, quelle ne fut
pas leur surprise en ne trouvant plus leur
enfant. Désolées, elles allèrent prévenir le
Zanahary. Celui-d, très fâché dit
t Pauvres veuves, pourquoi avez-vous
perdu mon enfant ? Toi, Kankafotra, que
préfères-tu ? être tuée tout de suite où ap-
peler chaque année le Taontaonkafa ?
D'après votre volonté, répondit la
Kankafotra, je préfère appeler chaque année
votre enfant.
Et toi, Vitsy, tu devras chercher le
Taontaonkafa dans les fleuves, les rivières, les
ruisseaux, et tu porteras toujours le deuil. a
C'est pour. cela que la Kankafotra chante
chaque année « Taontaonkafa! Taontaon-
kafa a Elle appelle le Taontaonkafa, fils
de Zanahary, tandis que la Vitsy suit en vain
les cours d'eau pour retrouver le fils du
Zanahary et se couvre de plumes bleues
en signe de deuil.
LVII

LE CHIEN, LE SANGLIER
ET LE CAÏMAN

CONTE BARA

Il y avait, dit-on, trois frères, qui s'appe-


laient ~langa, Manolabahy et Baolava;
et qui demeuraient ensemble. Après la mort
de leur père ils ne furent plus d'accord, se
disputèrent et même se battirent. D'après
certains contes, voici comment ils se sépa-
rèrent.
Baolava dit « Allons demeurerdans l'eau. M

~lais les deux autres n'acceptèrent pas cette


proposition et répondirent
«
Là, nous ne pourrions faire vivre notre
femme ni nos enfants.
Moi qui suis simple, dit Manolabahy,
je pense que nous pourrions nxer notre
demeure dans la forêt. a
Les deux autres repoussèrent cette idée,
et Manga reprit
«
Nous n'y trouverions aucune nourriture,
si vous m'approuvez, attachons-nous aux
gens, de cette façon nous vivrons facilement.
Non, nous ne serons jamais d'accord, ré-
pliquèrent les deux autres, que chacun
choisisse sa destinée. B
Alors, Baolava plongea dans l'eau et
devint le caïman Manolabahy se dirigea
vers la forêt et devint le sanglier, tandis
que Manga cherchant à s'attacher à quel-
qu'un devint le chien. Puis le jour fut
soir et Manga alla passer la nuit dans un
village à l'ouest de la demeure de Ravoay.
Arrivé au bord de l'eau il allait quitter son
salaka (i) pour traverser la rivière, lorsqu'il
se rappela que son frère était maître du gué;
alors il l'appela et lui proposa un salaire pour
le faire passer. Ravoy le transporta de
i'autre côté.

(i) Longue toile que les hommes passent entre les


jambes et autour des reins.
LVIII

ORIGINE
DE LA RIVIERE MATITANA

CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Befotaka (province de Vatomandry)

Autrefois, dit-on, la terre avait été façon-


née par le Zanahary en forme de dos de
tortue. Longtempsaprès il y eut deux hommes
Ramahasiza et Fatrapitanana. L'un habitait
au Nord, l'autre au Sud. Chacun voulait
posséder la terre tout entière, et ils se
mirent à l'amonceler en tas, l'un au Nord,
l'autre au Sud. C'est l'origine des montagnes
et des vallées. Ils avançaient peu à peu
l'un vers l'autre et finirent par se rencontrer
sur les bords de la rivière Matitanana.
Après les salutations d'usage, ils s'inter-
rogèrent
Qui êtes-vous ? dit Fatrapitanana.
Je suis Ramahasiza.
Moi, je suis Fatrapitanana. Et où
allez-vous ?
Je veux posséder la terre tout entière.
Aussi je viens au-devant de vous pour vous
attaquer.
Moi aussi, je viens pour me battre avec
vous.
Eh bien! essayons nos forces. Nous
allons nous tenir le bras.
Soit. Qui d'entre nous va commencer ?
Sera-ce moi ?
J'y consens.
Alors Fatrapitanana saisit le bras droit
de Ranahasiza, le serra fortement, puis
le tira avec tant de vigueur qu'il l'arracha.
n le jeta ensuite dans la rivière. Ramaha-
siza se lamentait et s'exclamait ainsi
Maty tamako ê! Maty tanana!
(Mort mon bras Mort mon bras )
Voilà pourquoi on donne à cette rivière
le nom de Matitanana.
LIX

LES HOMMES CELEBRES

CONTE DEVINETTE
Recueilli à f<ï~a/<ïM~?M
(province de faya/aMg'a~M~

D'après une histoire d'autrefois, les habi-


tants sur le littoral oriental étaient rares,
à l'exception de deux tribus dans lesquelles
vivaient deux hommes ayant chacun une
réputation différente l'un célèbre par la
taille et l'autre par la force.
Celui qui était célèbre par sa taille était
un géant nommé Darafify habitant au nord
de la province de Tamatave, dans une
demeure appelé ampanotoamaizina qui est
encore connue. H y cultivait deux rizières
qui maintenant sont remplacées par de
grandes étendues d'eau.
L'autre homme s'appelait Fatrapitana et
habitait au Sud. Leur réputation se propa-
geant d'une tribu à l'autre, excita leur
jalousie réciproque, aussi décidèrent-ils de
se connaître ann de vérifier la vérité des
récits répandus sur l'un et l'autre. En rase
campagne ils se rencontrèrent par hasard
Fatrapitana dit
« D'ou viens-tu, et où vas-tu ? Pour quel
motif fais-tu un tel voyage ?
Je viens du Sud et je me dirige vers le
Nord pour voir un géant nommé Darafify,
dit Fatrapitana.
Tu l'as devant toi, reprit Darafify!
Je suis ce géant. Et toi, quel est le but de ton
voyage demanda le géant ?
Je vais voir un homme très fort appelé
Fatrapitana.
Tu ne trouveras pas un autre Fatrapi-
tana que celui auquel tu t'adresses! B
La lutte s'engagea de suite, elle fut très
violente.
Darafify ayant étendu le bras vers Fatra-
pitana dit
« Tiens-le et prouve-moi ta force. »
Chacun voulait être le plus fort. Darafify
faisait tous ses efforts pour se délivrer de
l'étreinte de Fatrapitana, il donna un coup
si violent que son bras fut arraché et emporté
dans la mer en même temps que Fatrapi-
tana
Fatrapitana était donc mort dans la mer.
Damniy sur la terre.
Voilà pourquoi on nomme cet endroit,
Malitanana, mot qui signine « mourant en
tenant la main a.
On demande lequel de ces deux person-
nages avait le plus de force ?
LX

ANKAMANTATRA (REBUS)

Recueillis à Vohémar ~~OPtM~ Vohémar)

Trois frères, dit-on partaient à la recherche


d'argent. Longtemps après, ils retournèrent
au village chacun ayant gagné quelque
chose. Voici ce qu'ils avaient gagné
Le premier, un homme le second, un bœuf
et le troisième un chien.
En traversant une rivière ces trois êtres
génèrent les trois frères qui se donnèrent
beaucoup de peine pour les passer. En arri-
vant sur l'autre rive les trois êtres n'étaient
plus qu'un seul
RÉPONSE
C'est un bouc qui est l'animal possédant
les trois caractères indiqués, c'est lui aussi
qui donne beaucoup de peine à ceux qui
veulent lui faire traverser une rivière.
L'homme que le premier fils a gagné,
c'est la barbe du bouc.
Le bœuf que le second a gagné, ce sont
les cornes du bouc.
Et le chien d'Ifaralahy (dernier) c'est
la queue du bouc.
Voici la preuve les trois frères n'ont
gagné qu'un seul bouc, pour lui faire traver-

1.
ser la rivière, Andriamatoa (premier né)
le tenait par la barbe; Andrianaivo le tenait
par les cornes, et Faralaly le tenait "par la.
queue.

~j.j~~
I~ES
TABLE MS MATIERES
TABLE RES
I1Io"TRODUCTIOX
i. Ravaratra et~a~oro~oro.
1

2. Origine du taba&.r* i

pierres.
3. Origine des montagnes, des vallées
5

et des

5. De l'origine du riz.
4. Origine des hommes et des Lému-
arbres.
riens. Culte des
6. Origine de l'homme et de la mort. 17
Zanahary.
caïmans.
7' La fille du
8. Origine des
8

11
13

19

9. Métamorphose. 22
26

driama.nitra.
10. Le fils de Vazimba et la fille d'An-
29
(Lavandra).
du
Yi. L'origine et l'ody
riz, de l'oie de

l'eau.
hommes.
mer.
12. Origine des
13. Origine de
i~. Origine de la terre, des lagunes et
de la
32
39
42

vivants. 44

mer.
13. Origine des êtres
i6. Le bœuf, le chien et le sanglier.
mariage.
17. Origine de la
45
46
49

la femme.
i8. Origine du
ï9. De la suprématie de l'homme sur
20. Les deux époux.
l'esclavage.
50
54
56
21. Origine de 59
23. Origine des Vazaha.
22. Or:gine des Andriana et du peuple

24. Histoire du commencement du


63
6&

monde, origine des hommes, des

terre.
montagnes, des lacs et des mers.
25. L'homme, les animaux et les oi-
seaux descendirent d'abord sur
la
26. Le Zanahary donne au premier 1
69~

75.

bœuf.
couple humain les outils et le riz
27. Origine des animaux domestiques.
28. Origine du
20. Origine de la vie et de la mort.
77
81
87
89

sources.
30. Origine du premier couple humain,
des animaux, des plantes, des
l'âme.
31. Origine de la vie et de
32. Origine du premier couple humain
92
95.
97

terre.
33. Origine du soleil, de la lune, du
nuage, de la foudre et du trem-
blement de
Madagascar.
34. Début du règne des femmes à
99.
102
vallées.
35. Originedes hommes, des montagnes
et des
foudre.
36. Le riz fécondé par la
107
109~
37. La terre, le maïs et l'homme. 111I
Vahajo.
l'âme.
38. L'origine du tabac et de l'arbre à

monde.
39. Origine de 119~
116

40. Origine du 122


41. L'origine de la terre, des êtres
contes des anciens.
vivants et inertes, d'après les
124.
42. Origines de la vie et de la mort chez

44. La
45
terre.
les animaux et chez l'homme. 126
plaines.
43. Origines de l'eau, des montagnes,

têtes.
des
Randiambé ou le serpent à sept
46. Pourquoi les Zafiravaratra et les
133
136
140

guilles.
Zafinantandrano s'abstiennent
de pêcher et de manger des an-
tortue.
146

cochon.
47. Le Vontsira (furet) et la
48. Le sanglier vaincu ou l'origine du
Zanakaminanina.
148

151
49.
coq.
Rasintsina.
50. Le soleil, la lune et le
51.
155
163
165

chien.
52. L'origine des animaux, l'homme,
le caïman et le
chien. 167

54. Le rat tranqueur.


53. Le chat sauvage et le
grenouille.
55. Le sanglier et la
171
174
178 .<.
56. La Kankafotra et la Vitsy. 180
57. Le chien, le sanglier et le caïman.. 182
58. Origine de la rivière Matitana.
59. Les hommes
60. Ankamantatra
célèbres.
(Rébus).
184
186
189-
{~ '> ;'¡

1930.–Fomteaay-anx-Rosea.
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XVIL
Les CAonfs et les Traditions popnfofrcs des JLnnc-
mites, recueillis et traduits par G. DïmouriER. In-18. épuisf

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XVL Les Contes populaires du Poitou, par Léon PiNE~c.

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XVIIL Le Folk-Lore du Poilou, par Léon PoŒAU.
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XXIL Chansons et /e~M du Laos, par P. LEFEVRE-PoNTALis
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XXIIL NonDfaïa: contes &erMrM, recueillis, traduits et
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popo/oïrey grecs, recueillis et traduits par
épuisé 60 fr.
Romanceiro po~uooM. Chants populaires du Por-
tugal, traduits et annotés par le comte de PuYMAiGRE.
20 fr.
IIL Contes populaires oZtono/s, recueillis et traduits par
IV.

VI.
In-18.
Aug. DozoN.
et traduits par
V. Contes populaires slaves, recueillis et traduits par
L. LÉGER.
20 fr.
Con~s populaires de la Kabglie du Djurdjura, recueillis
J.RivrÈRE.Ïn-18. 20 ïr.
épuisé
Contes indiens,. traduits du bengali par L, FEER.

In-18.
In-18 20 <r.
VIL Contes arabes, traduits par René BASSET. In-18 ~poM~

In-18.
VIII. Con~s français, recueillis par E. Henry CABNOT.
In-18 ~paM~ 60 ~r.
IX. Con/cs <fe !a Sen~ount~, recueillis par MB&KGER-
FÉRAUD. 20 fr.
X. -Les Voceri de fZ~ de Corse recueillis par Frédéric
XL
ORTOM.
In-18.
Contes des PMoen~xncc de fonftçnRe
parBÉRENGER-FÉRATyD.
In-18.
aMS~Bt;
<&t
~patse~
XIL Con/es populaires berbères, recueillis, tradaîts et
~pïu~

annotés par RenéBAssET.


XIII-XIV.
in-18. 20 ft.
Contes et Romans de fE<~p<e c&raMMne, par
E. AMEUNEAU. 2 volumes 40 ïr.

tMO. FMteMy-anï-Roses. Imp. des PresMS Univenittitec de Fmmee.


LOPtS BEtLBNAND. 1.652.