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Thuasne, Louis (anagr. Hesnaut). Louis Thuasne. Le Roman de la rose. 1929. 1/ Les contenus
Thuasne, Louis (anagr. Hesnaut). Louis Thuasne. Le Roman de la rose. 1929. 1/ Les contenus

Thuasne, Louis (anagr. Hesnaut). Louis Thuasne. Le Roman de la rose. 1929.

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DU HERISSON

|

ROMANS(formai12x19)

LAURENCEALGAN CLARISSEAUBERT.

BALKIS

PERSONNE.

PIERREB1LLOTEY LEPHARMACIENSPIRJTE. RAZ-BOBOUL. ENMARGEDELABIBLE.

MAGALI-BOiSNARDMAADITH. L'ENFANTTACITURNE. EMMANUELBOURCIER.LABELFBA. L'HOMMEDEL'OMBRE.

SU7ANNEDECALLIAS JERRY.

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NONCECASANOVA LALIBERTINE MESSAUNE.

RENÉEDUNAN JOËLDUMAS.

RAYMONDESCHOLIER LESELDELATERRE

LATENTATIONBOURGEOISE.

BA4LOULAMAGICIENNEPASSIONNt.E.(

THÉODORE.ROIDESILES

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LHOMMEBLEUtPiUCorrwd). INTELDEL'ARMEEFRANÇAISE.

LEPRINCETARIEL.

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LALANTERNECHINOISE. LEFOU(PriiZola).

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LEPURGATOIREtPri*Concourt MIENNE. - MOUSSELINE.

ROBERTLE-DtABLE

JEANFAVERY

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LES GRANDS ÉVÉNEMENTS LITTÉRAIRES

Collectionnouvelled'histoirelittéraire publiée sousla directionde

ANTOINE ALBALAT.HENRI D'ALMÉRAS

MM.

ANDRÉBELLESSORT,JOSEPH LE GRAS

ALPHONSESÉCHÉ

PREMIÈRE SÉRIE (1928)

HenriD'ALMÉRAS Ed. BENOIT-LÉVY Jules BERTAUT

René

Félix GADTE LouisGuiMBAUû Joseph LE GRAS Henry LYONNET

Comtesse Jean DEPANGE Mm*de Staël et la découvertede l'Alle- magne.

Le

Tartuffe de Molière.

Les Misérablesde Victor Hugo.

Le Pire Goriotde Balzac.

La Publicationde

Le

DuMESNIL

Madame Bovary.

Mariagede Figaro.

LesOrientalesde Victor Hugo.

Diderotet

l'Encyclopédie.

LeCiddeCorneille.

La

ViedesFleursdu Mal.

Alphonse SÉCHÉ LouisTHUASNE Paul VULMAUD

Le Romande la Rose. Les Parolesd'un Croyantde Lamennais

DEUXIÈME SÉRIE (1929)

AntoineALBALAT HenriD'ALMÉRAS AndréBELLESSORT GabrielBoiSSY René BRAY

Raymond CLAUZEL GustaveFRÉJAVILLE YvesLE FEBVRE

LE GRAS

Joseph

AndréMORIZE

L'Art

poétique de Boileau.

Les Trois Mousquetaires. Le Demi-Monde,de Dumas(ils. Phèdre,de Racine.

Les Fables,de La Fontaine. . Sagesse, deVerlaine. LesMéditations,deLamartine. LeGénieduChristianisme. Gargantua, de Rabelais. Candide,de Voltaire.

Pierre-PaulPLAN ;. Les Confessions,de J.-J. Rousseau.

GilbertAUGUSTIN-THIERRY Les Récitsdes tempsmérovingiens.

Chaque volume Abonnementh la série de douze volumes

9 fr.

100fr.

(L'abonnement dormedroit à l'édition originale)

DE

LE

ROMAN

LA

ROSE

DU MÊME AUTEUR

Johannis Burchardi

ArgentinensisDiarium,

sive rerum urba-

narum

Commentarii (1483-1506).Paris, Leroux, 1883-1885, 3 vol. grand in-8°.

Documentssur les

tirés des Archivesdu duc d'Ossuna.

Paris, Leroux, 1888,

Borgia,

Paris, Leroux, 1885,in-8°, épuisé. Gentile Bellini et Sultan MohammedII.

in-4° avec 8 planches hors-texte, épuisé.

de MohammedII, frère de

Djem'Sultàn,fils

1495).

Bayezid

fin

II

(1459-

Étudesur la question d'Orient à la

du XVe siècle.

Paris, Leroux, 1898, I vol. grand in-8°.

Roberli

GaguiniEpistole et Oraiiones. Paris, Champion, 1903,

Inscriptions et

2 vol. in-16. (Couronnépar l'Académiedes

Belles-Lettres). Étudessur Rabelais.Paris, Champion, 1904,in-16.

Villonet Rabelais. Notes et Commentaires.Paris, Fischba- cher, 1911, grand in-8°. (Couronnépar l'Académie fran' çaise).

François

Villon.OEuvres: édition

critique

avec notes et

glos-

saire. Paris, Aug. Picard, 1923, 3vol.in-8°. (Couronnépar

l'Académie française).

IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

100 exemplaires sur Lafuma pur (il numérotés de là 100.

Copyrightby EdgarMal/ire, 1929.

LES ORIGINES DU ROMAN DE LA ROSE

Le Roman de la Rose constitue un des monuments poé-

les plus importants

intrinsèque que

du

âge, autant par sa

a

moyen

par l'influence

profonde qu'il

de trois

française pendant près

unique,

il

deux

comprend

très

ouvrages

ans d'intervalle l'un

clercs,

le

de

premier, âgé

vingt-cinq

aussi

la quarantaine,

et de tendances

singulière,

de sentiments et

d'esprit

que ces conditions défavorables

apparition,

lui ont

ruiner l'oeuvre à son

succès sans précédent et tel,

totalité, ce poème s'imposa

provoqua

à

des admira-

des oppositions

connu dans sa

valeur tiques

exercée sur la littérature

siècles. Sous un titre

distincts, écrits à plus de quarante

de l'autre par deux

de

différents

ans environ, l'autre peu éloigné

de milieu. Chose

qui auraient pu

au contraire assuré un

qu'aussitôt

toutes les classes de la société et

tions enthousiastes et entières comme

violentes et irréductibles.

Ce est li Romanz de la Rose Ou Vart d'Amors est toute enclose, (y. 37-38).

non moins l'art d'aimer

le

naire à sa suite.

cortège des

joies et des

celui de se faire aimer, avec

que

peines que l'amour mène d'ordi-

Le Roman de la

Rose, composé

de 21.780 vers octo-

pour la pre-

syllabiques à rimes plates

dont 4.058 vers

mière partie parue aux alentours de l'année 1237, a

auteur Guillaume de Lorris, frais émoulu des écoles

pour

8

LE ROMAN DE LA ROSE

d'Orléans où l'étude des

culièrement en honneur ; l'autre, de

classiques

latins étaient

beaucoup

parti-

plus

la

importante, compte 17.500 vers écrits entre 1275 et 1280

par Jean Chopinel de Meun-sur-Loire, étudiant de l'Université de Paris, la tête bouillonnante encore de

a

tout avantage à considérer successivement les

qui

avait

l'enseignement qu'il y

reçu.

Dans les conditions où se

le

composent.

le

il

présente

poème,

compris

y

deux parties

Guil-

Le Roman de la Rose, comme l'avait

qu'on

laume de Lorris, est la mise en action du code de 1 amour

courtois tel

que de Guillaume en avaient établi les

comme

le maître incontesté en la matière. Les romans de Chré-

tien de

des Arts d'amour antérieurs à celui

le concevait au commencement du

règles,

chacune d'elles

réputé

XIIIe siècle et

ou moins de celui d'Ovide,

dont la

s'inspirant plus

Troyes

vogue était universelle, et à juste

pas

d'ailleurs que celui d'André

scolastique,

venait d'en

titre, avaient fourni à Guillaume la plupart des éléments

une

de l'amour courtois, bien que notre auteur ne cite

seule fois son nom, le

codifier les lois dans son célèbre traité de Arte honeste

amandi, au commencement du XIIIe siècle.

pas plus

sous une forme

Chapelain qui,

L'amour courtois évoque à l'esprit les idées de poli-

dans les cours

d'élégance qui régnaient

princières

aristocratique du XIIe siècle, et

de

l'esprit

courtois, cette contre-

parallèlement dans

intervient

l'esprit gaulois qui

l'usage

des

bourgeois et du menu peuple

la

souvent en

gauloise-

grossièreté la plus ordurière.

se mani-

dans l'espèce

l'indique,

l'objet sous

XIesiècle,

tesse et

comme dans la société

dérivait directement de

{>artie es fableaux à

des artisans, où il dégénère le plus

ries allant

L'amour courtois, comme son nom

feste dans les

d'adoration dont

l'influence du

avait pénétré les cours

parfois jusqu'à

égards

dus à la femme et

elle commençait

à être

dès la fin du

lyrisme provençal qui,

seigneuriales du nord de la France

LE ROMAN DE LA ROSE

9

où il ne tarda

pas à se répandre et à

s'implanter. Mais la

Sainte,

communication s était tout d'abord faite en Terre

à la croisade. Bien qu'au début de son poème Guillaume

nous assure

et

sur le

nouvelle par le point de vue nouveau sous

sujet, sans doute il faut admettre qu'il la trouvait

que La motirc en est bone e nueve,

de toute une littérature

cela, en dépit

existait

qui

déjà

il l'envi-

lequel

sageait et qu'il se proposait de la traiter ; et, de fait, il y a

réussi, puisqu'il

ressante et, des arts d C'est à cette

culièrement dans

comme une

a su en faire une oeuvre

certains côtés,

personnelle,

inté-

l. Cette littérature

originale

amours est contemporaine du XIIe siècle.

par

époque, en effet, que la femme, plus parti-

la haute société, traitée jusqu'alors

commence à

prendre

quantité négligeable,

dans la France du nord. L'influence des moeurs

chevaleresque et romanesque tout ensemble

encore

vint

développer

que

rang

germaniques et du Christianisme avait donné naissance

à l'amour qui prit le culte

moeurs

racine chez nous et

de la Vierge

Marie. La lente amélioration des

temps,

la

amena ce résultat. Avec le

à la

puissance

à ses farouches

publiques

à

barbarie native s'adoucit au contact d'une civilisation

en progrès, grâce d'une part,

qui parvint

du souverain

vassaux, et de

s'imposer

I.

D'ailleurs,la pensée suivantede

Montaigne est toujours à rap-

peler

Ce sont n plus est non

tendonsde

« Ce n'est pas dansMon* 'igné, maisdansmoi

: « La véritéet la raisonsont communesà un chascun,et ne

à

qui

les a dites

premièrement,qu'à qui

les a ditesaprès.

trouvetout ce

plus

selonPlaton que

selon moi,puisque lui et moil'en'

Pascal,revenantsur la même idée,ajoutait :

même » Et

que je

ne je pas que je n'ai rien dit de nouveau:

que j'y vois ,qu'on

disposition des

la

(1904),p.

de

le croissur

penseraprès eux une chosevraie,et que d'autresencore penseront

matièresest nouvelle.» Cr. mes Étudessur Rabelais

115-J16, note.Et La Bruyère, dansson chapitre Des ouvrages

je

,->uis-jepas

l'esprit,écrivait: Horaceet Despréaux l'ont dit avantvous5

«

votre parole; mais je

l'ai ait commemien.Ne

»

après moi?

10

LE ROMAN DE LA ROSE

l'autre, à l'action bienfaisante de

tant bien moyens

pacifiques.

l'Eglise qui réussit,

par

des

mal, à (aire sentir sa médiation

inviolable et

mais

que

exclusivement

Ce. fut d'abord la

permanente,

inopérante,

Paix-de-Dieu, de nature entière,

pratique

privilège qu'avaient

d'un tiers. De là, des

par suite, d'une valeur toute théorique,

irréalisable dans la

fut alors substitué la Trêve de Dieu, celle-ci

ser au

: il fallut en rabattre. Il lui

pour s'oppo-

les hommes libres de vider

les armes, sans avoir recours À l'arbi-

guerres

incessantes

déci-

qui

et des villes et

leurs querelles par

trage

maient la

maintenaient dans le

conséquence,

concessions en concessions, cette abstinence de

fut réduite à

population des campagnes

pays

un état d'insécurité où, comme

paralysée. De

guerres

toute vie active se trouvait

quarante jours. Depuis Philippe Augmte

pouvoir royal s'efforça

de faire

pré-

sous des

s'opposèrent aux hosti-

peines sévères,

Louis XI, le

jusqu'à

valoir sa volonté. Louis IX et Charles V

autant

qu'ils purent,

seigneurs

Au

temps

en

lités entre

mit définitivement les rois hors de

noblesse le droit exorbitant de tirer

terriens. Louis XI, de sa main de fer,

et enleva à la

page

l'épée à son bon

guerres privées

à la

se

« assurément »,

requête d'une on apprécia

Le

de saint Louis, les

paix imposée

plaisir.

trouvèrent réduites et limitées par 1'

vocable ayant le sens de

des

aussitôt

progrès

de sociabilité

et si monotone des châteaux où, à

féodales du midi, les fêtes et les réceptions

devinrent à la

de toutes sortes,

noblesse locale, et dans

les exercer séductions légitimement de leur

où elles avaient végété jusqu'alors.

présence. Cette

institution dont

parties

les avantages dans les moeurs fit

se

qui

généralisa promptement.

à

peu place

à un

peu transforma la vie

si esprit triste des cours

jusqu'alors

l'exemple

somptueuses

mode, agrémentées par

des divertissements

joutes et tournois, où prenait part la

les femmes

lesquelles

purent

l'ascendant de leurs charmes comme

esprit,

et sortir enfin de l'isolement

LE ROMAN DE LA ROSE

11

Le était en

les commencements de la féodalité, la femme était donnée en mariage pour des raisons de dot, d'intérêt ou de conve-

nance, politique sans que

ses goûts : c'était, en ce cas, un véritable

la femme,

alors

d'obéir sans se

pas à intervenir. Beaumanoir écrivait en 1283

mariage tel qu'il

grande partie

était

pratiqué

à cette

époque,

la cause de cette situation. Dans

l'on eût consulté en rien ses

de douze ans,

l'âge

enfant. Son rôle était

autrement le châtiment ne tardait

que

le mari

que

ni

aspirations

marché et non plus un sacrement. A noter que

en France, pouvait être mariée dès

qu'elle

n'était encore

qu'une

plaindre,

pouvait corriger

« resnablement

sa femme, mais ne.devait la battre

» 1. Jusqu'au XIIe siècle, la femme avait

de tenir un fief. Devenait-elle

été déclarée

veuve, il lui fallait,

convoler au

de ses soutiens naturels, il lui était

le

Nécessité le fief. On

pourra arguer que ainsi, avait un réel intérêt à

incapable

sur l'ordre

de son seigneur suzerain,

privée

plus

vite : était-elle toute jeune fille, et

enjoint de se marier,

lui donnant à choisir entre trois chevaliers.

avant tout de « servir '» la mineure, en se mariant le faire, puisqu'elle s'atta-

seigneur

oblige, il importait

I. «raisonnablement». — «En pluseurs cas pueent li hommeescusé

fonta leurfamés,ne ne s'endoit la

Justiceentremetre:

(est permis) bien a l'hommea batre sa famésansmort et

mehaing,quantelle le mesfet, si corne quant cle est en voiede

des grùUqu'il

car il loit

sans

fere foliede son corsou quant ele desmentson mariou maudit,ou quantele ne veut obeïra ses resnablescommandemens que preude-

famédoitfere: en touscaset en semblablesest il bienmestiers(besoin)

li

marischastieresde sa faméresnablement.Mais puis qu'eles

preudefamesde leur cors,ellesdoiventestre déportées moult

sont que

d'autresvices; et ne

et

de cel vice,exceptémort ou

Coutumesde

pourquant selonle vice,li

marisla doitchastier

reprendreen toutesmanières qu'il verraque bonsera pour li oster

mehaing. > Philippe de Beaumanoir,

Beauvoisis,édit.Am.Salmon,Paris»1900,t. II, chap.vil,

1631,p. 334. — Cette théoriede P. de Beaumanoir s'apouie sur

parcourir le Romancero/rançots de Paulin

desfaitsnombreux.Ilsuffitde

Paris,pour être édifié. (Paris,1833,in-8°,p. Il, 14, 15,29, 37-38, etc.)

12

LE ROMAN DE LA ROSE

chait un défenseur de ses droits ; mais l'atteinte à la

dignité

du mariage n'en existait

conditions, se limitait le plus souvent « au strict accom-

plissement

moins 1. Ce dernier, dans ces

» 2, et favorisait

pas

d'une fonction

physiologique

d'autant l'amour libre. Les filles nobles, sacrifiées à la

fortune de leur aînée, entraient au couvent ; les cadets

allaient grossir l'armée des clercs et se tenaient, bien

que,

le

souvent, sans vocation religieuse, à l'affût des

et des

cher-

ecclésiastiques

grasses prébendes,

galanterie et le libertinage

société,

un dérivatif à

constituée comme elle

l'amour ne

incompatibilité

qui parut

au début du XIIIesiè-

plus

bénéfices

que

chant dans la

ce

l'était. On arriva bientôt à conclure

pouvait

pelain

curieux et

cle, en s'autorisant d'une décision de la comtesse de Cham-

pagne

cours d'amour 3.

leur refusait la

aller de

pair

que avec le mariage, et André le Cha-

dans son très

avait codifié cette

précieux

dont il

recueil

sera parlé plus loin à propos des prétendues

Cette législation de l'amour courtois existait

Guillaume de

Lorris entreprit

de

depuis plus

dans de nombreux écrits,

d'un siècle, et figurait déjà

lorsque

Roman de la Rose : il se

qui

son

à ces différentes sources

rédiger

reporta allèrent se fondre d'une manière plus ou moins •

poème.

ouvrages

relatifs à la littérature

sensible dans son

erotique

Un des plus anciens

et

qu'a

certainement dû connaître Guillaume

l'appui

de ce

qui

a été dit

ci-dessus touchant le célibat par contrainte. C'est un

est ici mentionné, car il vient à

1. Léon Gautier, La Cheoakrie,p.

344.

2. Ernest Langlois,Origines et sourcesdu Romande la
3.

Roset» P-

3.

Quelqu'un ayant demandéà la comtessede Champagne si l'amour

gens mariés,celle-ci,après

avoir mûrement

« Nousdisonset affirmons,que l'amour

Amore

153.

pouvait exister entre

étudiéle cas,avait répondu :

ne sauraitétendreson pouvoir entre époux. Car lesamantss'accordent

entre eux toutes choses spontanément, sans avoir à obéir à nulle

contrainte. » Andreae Capeflani de

LE ROMAN DE IA ROSE

13

court poème latin anonyme et sans titre sur les manus-

crits, qu'on est convenu d'appeler

L'auteur, un clerc, a très habilement donné

le Concile de Remire-'

1

mont.

toutes les apparences de la réalité à ce concile fictif où

le débat

en amour du clerc ou du chevalier. L'auteur a choisi

vaut mieux

sur la

de savoir

porte

question

qui

de ce débat le monastère bénédictin de Remi-

Vosges,

dont les

religieuses jouissaient

répu-

comme siège

remont dans les

au

tation ce que confirme une bulle

du 7

de vue de la moralité de la plus fâcheuse

de

d'Eugène

point

;

III, en date

mars 1151, aux archevêques

qu'aux évêques

leurs

Cologne et de Trêves,

suffra gants. Le pape leur

contribuer à la recons-

truction du couvent qui venait d'être détruit par un incen-

die que la rumeur

Dieu, ajoute la bulle,

discrète, la défaveur notoire

reflétant ainsi, sous une forme

ainsi

demande leur aide

pécuniaire pour

publique

attribuait à un

qui

prise

de

jugement

entourait lesdites reli-

dans sa

signification

poème,

gieuses 2. Plus loin, on relève dans cette même bulle

l'expression conversatio carnolis, appliquée aux mêmes

personnes et qui doit être

littérale, sans crainte de les calomnier ; le texte du

comme on en pourra juger bientôt, ne laissant aucun

du monastère avaient comme amants

étaient autorisés à les visiter en

leur qualité

qui

ministère spirituel dans les couvents de femmes. La séance

1. CharlesOulmont,Les Débatsdu Clercet du Chevalierdansla

doute

Les

à cet égard. religieuses

les clercs de Toul

qui

d' « hebdomadaires », nom donné aux

prêtres

se relevaient chaque semaine pour l'exercice du

littérature poétique du

donné,de page 93 à 100,le textedu Concilede Remiremont d'après

celuide G. Waitzdans le Zeitschriftfur deutschesAllerthum,t.

p. 160-167 (Leipzig, 1849), d'après le rns. 1081de la

Trêves.Oulmonta collationné l'imprimé sur le ms., et en a donné

moyen-âge,Paris, 1911,in-8°. # L'auteura

101-107.

VII,

bibliothèque de

fa

la

en fac-similédansOulmont,p. 56 bis.

traduction française,p.

2. Letextede la

bulle (Bibl. nat.lat.n. acq.2547,n° 23) est reproduit

14 .

LE ROMAN DE LA ROSE

du concile, exclusivement consacrée à l'amour, se

au

les clercs de Toul à l'intention

filles amoureuses seules

dames à qui les

n'y ont pas

chevronnée' de l'amour dès 1

l'on n'en fait

portière

passe

Tous les hommes en sont exclus, sauf

printemps.

il se tient. Les

desquels

sont admises mais les vieilles

;

plus rien,

y

de la jeunesse ne disent

goûts

accès. La

plus

est une certaine Sibille,

âge le plus tendre, et à qui

accroire.

La séance est ouverte par la lecture des enseignements

La lec-

galant

morceau est Eve de

Danubrium, experte

témoignage de ses compagnes.

des chants d'amour.

Après quoi,

la

d'Ovide, le « maître exquis », en guise d'Evangile.

trice de ce

en l'art d'amour, au

Deux de ces dernières, répondant au nom d'Elisabeth,

préludent par

prési-

dente, réclamant le silence, demande aux assistantes de

bien vouloir déclarer, sans en rien dissimuler, de vie et leur conduite intime. Elisabeth des

leur genre

Granges déclare avoir servi Amour et avoir fait toutes ses volontés.

Elle ajoute, sans doute

de l'amour

que dit-elle, nous

homme. Nous ne connaissons que ceux qui sont de notre

ordre :

par antiphrase, qu'elle ne connaît

« Nous conformant à la

règle,

d'aucun

la théorie.

n'avons

accepté la compagnie

Sic servando regulam, Habendam eligimus, Nhi talis hominis,

Elisabeth de

nullam viri

copulani

sed nequecognovimus,

qui

sit nostriordinis.

ensuite la

Faucogney prend

Elle

parole.

proteste de son amour pour

gracieux, courtois, généreux

à tous les hommes. ce n'est pas méfaire :

les clercs. Ils sont avenants et

et bons : nous les

préférons

Quant à rompre des voeux stupides,

Vota stulta frangere non est nefas facere.

Il n'y a cause de damnation, ni transgression si l'on

LE ROMAN DE LA ROSE

15

à: fait

contrainte ; on

néglige croire là-dessous

un voeu

qu'on

par

peut en

l'expérience des gens compétents :

Nulla est dampnoth, Sivotumnegligitur credendumest

Experto

sedneque transgressio quodstulte promitlitur :

cui benecertum est1*

Elle

poursuit,

permis

non sans

quelque impudeur : « Nous

n'avons

premières

être du clergé.

couper tés

roses qu'à ceux là seulement que nous savons

de cueillir des fleurs et de

Tel

est notre sentiment, telle sera notre

intention :

payer aux clercs, à leur gré, ce qui leur est dû. »

Sed

His tantum concessimus

flores colligerei

Hec nostra

Clericis ad libitum

professio

rosas

quos de

erit

primas carperé

clero novimus;

et intentiq

persolvere debitum.

Et Elisabeth de conclure

toute son admiration

que va aux clercs, et son hostilité déclarée aux chevaliers.

Eve de Danubrium est du même avis

l'éloge

la

que

préopi-

du clerc qui est hpbile homme,

et

toucher votre

lards-là une telle joie* est sottise à nous, et un oppobre

nante. Elle fait

plaisant

et affable. Que chacune de

«

vous prenne un amant à un chevalier de

gail^

s'y tienne. Ne permettez jamais

gorge

ou votre cuisse. Donner à ces

pour notre réputation. » ,

.

1. Il est curieuxde rapprocher de cesdéclarationsduesà dé

<jui

militent

pour

différerla

jeunes

religieusespassablementévaporéesl'opinion de graves

déclarant,dans un acte relatif au grand Schismeet où sont

les raisons

qu*

résultatpireque

théologiens

exposées

soustraction < d'obédience,

« en matièrede serments,de voeuxet de lois,c, qui tourneà un

ce qui est, n'obligeen rien». Cet acte,datéde l'année

Cambray,Philippe,

1329.

1407,est signé par Pierre d'Aifiv, cardinalde

tkhé de Saint-Denis,Gerson, chancelierde Paris, et Jacques de

Norman.Martène,Thésaurusnovusanccdolotum,in-fol.,t. Il, col.

16

LE ROMAN DE LA ROSE

Ne vos detis vilibus Tactum nostri corporis

nec unquam militibm

vel colli

velfemoris.

Ces chevaliers sont des bavards, des vantards et des

médisants 1. Rien de tel chez les clercs. Et Eve de décider

les

religieuses qui

ont accordé leurs faveurs à des

pénitence si elles ne veulent

se termine

poème

par

rebelles et cela, sous

promesse, toute-

récipiscence.

que

chevaliers devront faire

pas

être exclues du monastère. Le

religieuses

l'excommunicationdes

les anathèmes les

fois, de pardon,

Ce petit

ici

signalé

peu

plus à celles

terrifiants avec

qui

viendront à

poème de deux cent trente huit vers n'est

qu'il ouvre la série des débats sur

que parce

le clerc et le chevalier,bien que n'ayant eu qu'une influence

très

en

deux

par néfastes au

sensible sur le Romande la Rose,si même il peut

des

prononciation

en montre les effets

de vue de la morale sociale.

revendiquer une. Mais la protestation énergique

du Concile contre la

religion

protagonistes

contrainte des voeux de

point

Un autre débat, poème également en latin, en quatrains

offre cette fois avec le Roman de

points

très

de

appréciables

et Florae 2.

syllabiques monorimes,

Guillaume de Lorris des

comparaison : c'est YAltercatio Phtjllidis

1. Le textedansOulmont,LesDébats, ,p. 107.

2. Ce

passage est à rapprocher de la

tiradede Tartufeà Elmire:

« Tousces galans de Courdontles femmessontfoies

Sont bruyans dansleursfaitset vainsdansleurs paroles

De leurs progrès sanscesseon lesvoitse

Ils n'ont

targuer,

point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer,

Et leur langue indiscretteen qui l'onse confie,

Deshonorel'auteloù leurcoeursacrifie. Maisles gens commenousbrûlentd'un feu discret, Avec quipourtoujours on est seurdu secret. Le soin que nousprenonsde nostrerenommée

Répond de toutechoseà la

Et c'esten

De l'amoursansscandaleet du

personneaimée,

nous qu'ontrouve, acceptant nostrecoeur,

plaisir sans peur. »

Molière,Le Tartufe ou l'Imposteur,acte III, se. III; Paris, Jean Ribou,1669.p. 51>

LE ROMAN DE LA ROSE

17

La première aime un clerc, Flora un chevalier. L'action

une belle matinée de

printemps. Chacune

ne pouvant

querelle

rappelle d Oiseuse

en

ses

se

des contendantes de vanter son choix, et,

s'entendre, elles décident de soumettre leur

au Dieu d'Amour. Le endroits la

plusieurs

passe par

de ce dernier

palais

description du jardin

charge

du Roman de Guillaume. Le Dieu

de rendre leur sentence : elle ne saurait

l'auteur du poème étant un clerc. Ils déclarent que le

clerc est plus apte

pas

ce débat ; mais,

juges

être douteuse,

à l'amour :

Ad amorem clericum dicunt aptiorem. Il n'existe

de

de

moins de quatre versions françaises

portent pas si elles sont antérieures ou

du Roman de la Rose. D'un côté, comme

comme elles ne

date, il est difficile de dire

postérieures à la première partie

on y remarque

se deman-

les

détails;

Aiglen-

Chapelain.

Pamphilus

latin du

remarque dans

Chrétien de

dépit

Troyes du suc-

apparition, elle ne

plusieurs autres,

adapta-

des passages qui manquent dans le latin, on peut

der si elles ne

ou détruit. Deux

plan que

YAltercatio diffèrent seulement

par

l'ouvrage

d'André le

Lorris se relèvent encore dans le

qu'avait

pas

que

;

proviendraient pas d'un prototype égaré

poèmes français conçus sur le même

l'un, Florence et Blancheflor; le second, Hueline et

Une. Toutes ces traditions de l'amour courtois viennent

se résumer dans

Des

points

nombreux de ressemblance avec Guillaume de

XIIesiècle et ne sauraient être fortuits. On

ce dernier l'influence d'Ovide

avait traduit en français vers 1160 mais en

cès

tarda

au XIIIe siècle ; l'une de Maître Elie, une deuxième de

Jacques d'Amiens, une troisième, d'un anonyme, inti-

eu sa traduction dès son

perdue.

à être

Elle fut suivie de

tulée la Clef d'Amours ; mais elles sont

tions très larges, où les auteurs se sont permis toute liberté.

plutôt des

P-'l. L'éditioncritiquede ce poème a été donnéeen dernier lieu par

Oulmont,Les

Débats

107.

THUASNE

2

18

LE ROMAN DE LA ROSE

Le

latin du

poème

Pamphilus,

en tout

De Amore date du

XII 0 siècle. Il fut traduit en français le siècle suivant, vers 1225, par Jean Brasdefer, de Dammartin en Goële,

Le Pamphilus

comporte

quatre personnages :

Galathée, la Vieille et la Déesse d'Amour,

personnificationsallégoriques de

sujet,

le

développementmême

du

pour une jeune fille plus

Pamphile,

Vénus et

On les retrouve chez Guillaume de Lorris dans l'Amant

et la jeune fille qu'il courtise, dans la Vieille et dans

autres

second plan imposéespar

quelques

est féru d'amour

Pamphile pche que

pensées

lui, aussi n'ose-t-il lui déclarer ses secrètes

la marche pour à

à ses fins. Rencontrant Galathée,

qu'il peut à peine

cette dernière lui accorde un

Pamphile

ne

et sa souffrance, et s'adresse-t-il à Vénus

indique

venir à sort secours. Celle-ci lui

suivre

pour arrive^

Pamphile est; saisi d'une émotion telle

soutenir sur ses jambes et lui exprimer ce qu'il ressent ;

assez toutefois,

baiser et la faveur de la revoir.

temps

une vieilleproxénète à

conseil et appui contre bonne rénumération de ses ser-

vices. La Vieille sait si bien

à

perd pas de

se

puisque

et, se rappelant les conseils d Ovide, il va trouver

qui

il raconte son cas et lui demande

s'y prendre qu'elle réussit

chez elle

sous prétexte

Pamphile

après,

convaincre la jeune fille, l'attire

de lui donner des fruits, la laisse seule avec

était aux écoutes, et se retire. Elle revient peu

est

accompli.

et se lamente et accable la Vieille de

qu'il n'y a pas Heu de prendre la

avant de

qui

mais trop tard quand l'irréparable

pleure

sanglants ; celle-ci, très calme, laisse passer l'orage,

lui dit

Galathée

reproches

et

chose si fort au

tragique, que tout peut s'arranger en épousant Pamphile

et,

petite commission

partir, elle ne manque pas de rappeler la

promise

; Heureux

grâce

à moi, ne

m'oubliez pas ! Per me /e/ices, este mei memçre^l »*

1. Pamphile ou l'Art d'êtreaimé,comédielatinedu dixièmesiècle,

A.

Baudoin,Paris,1874,in-'2-

(VersU|80.)

21-23.

En voir

.

publié par

l'analyse dans Langlois,Origines ,p,

LE ROMAN DE LA ROSE

19

Ces différents

ouvrages vinrent se résumer dans

Chapelain, oui

plus complet

le De Arte honeste amandi d'André le

qu'on

»!

est, comme le dit Gaston Paris, « le code le

de l'amour courtois tel

Romans de la Table Ronde.

le voit en action dans les

L'ouvrage d'André le Chapelain

date très vraisembla-

blement des

grandes dames aux décisions desquelles il se réfère, telles

qu'Aliénor d'Angleterre, morte en

;

Marie de

de

premières années du XIIIe siècle, car les

en 1194

1192; Ermengart

en 1194

de

; Marguerite

en 1198 Aéliz de

;

Flandres,

France, en 1206,

Narbonne,

Champagne,

pouvait

sont mentionnées

qui

on ne

comme des personnes sur l'identité

se

méprendre et dont le souvenir

tous. André le Chapelain

pédan-

injustement

de

de

pénétrer

y

de

était

que certains

tisme, nous permet, grâce à ses confidences,

dans ces ments de

présent à la

mémoire de

accusent fort

critiques

cours seigneuriales éprises de tous les raffine-

l'esprit

et de

l'élégance, très fermées d'ailleurs

des

poètes et des clercs, triés attitrés de l'amour courtois. derniers était Chrétien de à la demande de Marie de

que

2

et où n'avaient accès

sur le

Le plus Troyes

volet, les propagateurs

connu qui avait

parmi ces composé,

fille du roi Louis VII et d'Aliénor de Poi-

dont elle lui avait fourni

tiers, Champagne, le Conte de la Charrette

le

sujet, mais, en outre, l'esprit,

congénères que

qui

ne sont

le « sen », ainsi

princesse

qu'il

et de

le dit lui-même. C'est à la cour de cette

ses nobles

dans lesquelles toutes les questions de l'amour et de la

galanterie

quintescenciée étaient, proposées,

se tenaient ces réunions fameuses

pas sans évoquer

temps),

discutées

(toutes réserves

le souvenir de

et résolues, et

faites quant à la différence des

l'hôtel de Rambouillet, au XVIIesiècle, où trônaient la marquise Catherine de Vivonne et sa fille, la célèbre

1. G.

Paris,LAILittérature fr. au

moyen-âge(1888),§ 104,p. 152.

2. Romanta,t. XII (1883),p. 528 et suiv,

20

LE ROMAN DE LA ROSE

devenue

tard duchesse de Mon-

simples

amusements

que prenaient les

judi-

Julie d'Angenne,

tausier. Mais au XIIIecomme au XVIIe siècle, ces discus-

sions

de société,

arbitres dans les

ciaire, est-il besoin de le dire, comme

d'amour » a

C'est donc à des jeux d'esprit, et rien de plus, que

bornée la

fictifs nous ont été transmis

Et comment en aurait-il

s'est

certains critiques.

le titre de « cours

plus

constituaient de

académiques

analogues aux décisions

jeux-partis,

pu

sans aucune sanction

le faire croire à de

des

grandes

pu

dames dont les arrêts

juridiction

par André le Chapelain 1. être autrement, quand on

jugement

d'un

sait que, dans toute affaire soumise au

de ces

être fait mention du nom des parties ; ce

aréopages féminins, il ne devait, en aucune façon,

règles

eût été à

qui

mêmes de l'amour courtois. Il y avait

l'encontre des

qui

une question d'étiquette qui aurait disqualifié à jamais

les aurait enfreintes.

celle

En dehors de quelques manuscrits dont celui de la

Nationale (lat. 8758), on ne connaissait

édition de

d'André le Chapelain qu'une

à

Dortmund en 1610, sous le

Capellatii régit,

ouvrage,

fort

E.

Trojel

donna, de ce même

2 une

édition critique très soignée,

Copenhague,

imprimée et maniable, précédée d'une savante

mais chose

singulière, l'éditeur

prononcés

de

jugement exécutoires,

lesquels

Bibliothèque de l'oeuvre

Dethmar Mulher, publiée

titre d'Eroiica seu Amatoria AnJreoe

lorsqu'en 1892,

à

bien

introduction,

affirme sa croyance à l'existence des cours d'amour, ou

du moins à des

concernant des amants « en chair et en os »,

avaient soumis leurs différents à cette juridiction imagi-

1. LivreII,

chap.Vlll,De

multiset variisiudiciisAmoris.C'est là

la que fameusethéoriedesCoursa sont rapportésplusieursjugements Amours». «

p. 25.

2.

E. Trojel.Haunioe,1892,in-8°.

sur lesquels on a échafaudé Langlois,Origines et sources ,

Andrew capellanirégitFrancorumde Amorelibritrès,recensuit

LE ROMAN DE LA ROSE

21

naire. Il est vrai

devait trouver dans Pio Rajna

un

partisan

il est vrai \

de

que Troj'el

(Le Coiti d'Amore, Milan, 1890, in-12),

opinion, pour d'autres motifs,

son

L'auteur

Troyes,

anonyme de La Clef d'Amour (xuic siècle),

considère

que, lorsque l'on parle d'amour,

imitation de YArs amatoria d'Ovide, et aussi de Chrétien

de

il ne saurait être question de mariage :

Des maris ne me

parlés mie.

Ce n'est que chochonnerie2.

Femme Est aussi

par mariage prise

comme en prison mise,

quel

se soumete

3

Car il convient

A tout ce qui au mari hete

C'est la

théorie de l'amour courtois,

dire

situation

que, lorsqu'un

le

mariage,

s'éteignait

par survivre et

l'incom-

pure

que

patibilité de l'amour et du mariage : on poussa

paradoxe jusqu'à

même le

amant venait à la flamme de aussitôt. Dans

régulariser sa

l'amour

ne pouvait

Chapelain, de

règles

d'amour, que le divin dieu d'Amour lui-même était dit

avoir

(liv. II, chap. VIII, p. 295).

La

n'est pas une excuse valable » ; la onzième « qu

vient pas d'aimer celles dont la

au mariage

sur la réprobation de l'amour, l'auteur dévoile les vices

engage le commerce de ces dernières et à

des femmes et

regulis amoris, sont comprises

le chapitre

VIII du livre II d'André le

les trente et une

de sa propre bouche, et avoir adres-

mariage par

amour

il ne con-

promulguées

sées par écrit à tous les amants

première

déclare

que

« la cause du

pudeur est d'aspirer

Chapelain

». Dans le troisième livre d'André le

vivement son ami Gautier à fuir

surtout à son

songer salut 4. Fauriel prétend, à tort, que dans toute cette théorie

1. Cf. Romania.t. XIX (1890).p. 372.

2.

4. Liberterliui: de

maquignonhage.

3.

plat t.

Reprobalioneamoris,p. 3)3 à 361.

22

LE ROMAN DE LA ROSE

de l'amour rien

n'appartient en propre à l'auteur,

d'opinions

et de doctrines

héroïque

et

alors

féodale.

le

troisième ; car celte fois, il écrit en son nom et ce sont

ses propres opinions, non déguisées, qu'il développe libre- ment *.

venait

années après

Margival,

la mort de ce dernier, et avant 1328, Nicole de

l'auteur du dit de la Panthère d'Amours 2, mentionnait

encore en accroître la

n'y faut voir que l'extrait

qu'il

les hautes classes de la société

les deux

premiers

répandues parmi

Cette

opinion peut être exacte, pour

livres du traité d'André le

Chapelain, mais non pour

En 1290, le traité latin d'André le

français

Chapelain était tra-

qui

duit en vers

par Drouart la Vache, ce

réputation. Quelques

une version du livre «

c'est-à-dire le traité d'André le

Fleur d amour \

Gautier » 3,

qu'on appelle en françois

N. de

Chapelain,

Margival

dénommé aussi

avait sans doute

Margival

que

la version de son ami Drouart 5. N. de

connu

ne cache par pas son admiration pour le Roman de la Rose :

Qui veult d'amors a

chiej venir,

Dedens le rommant de la Rose

Trouvera la scienceenclose.

1. Histoirelitl. de la France,t.

2.

3.

Édité par Todd (Soc. des

Gautierest l'amià qui

XXI,p. 000. anc.textes fr.), Paris, 1883.

Andrédédieson ouvrage de Arlehoneste

l'imprimé de

Trojel,

amandi,Bibl.nat. lat. 8758,fol. 2 v° ;# et de

1. — A lafindu livreIII,André ajoutait: «Si ceschoses qu'à l'insis-

plussévère

pourras rien ignorer dé ce qui

ad nimiamtuae

concernel'Artd'amour. » Si haec

p.

tanceexcessivede ta demandenousavons rédigées avecla

réflexion,amiGautier,tu t'appliques à percevoir d'uneoreille attentive,

tu ne

igitur quae

conscripsimus, Gualteri amice,attentacuraverisaure percipere, nit

petitiohis instantiam vigilicogitatione

reprobationeamoris,

tibi poteritin

p. 313.

4.

amorisartedeficere. » Liberierliusde

Bibl.nat.,lat. 8758,fol. 119 « qui etiamliberaliononiihedicitur

FlosamorisP.

5. C'estce que supposéTodd,p. XXIV

LE ROMAN DE LA ROSE

23

La porraSi si tu veus, attendre Comment vrais amans doit entendre

A setvir Amors sans me0aire

(v. 1032-37).

Le traité d'André le

Chapelain sous sa forme didactique,

n'a rien de rebutant à la il est au contraire des

faits et d'indications précieuses polir l'histoire des idées

plus intéressants ; il est plein de

lecture, comme on a pu l'écrire ,*

de tous

points

ce

jugement

auto-*

eil, au même

Spéculum majus

capitales

et des moeurs, et justifie

que

risé de R. Bossuat s « Le Tràctatus de Amore

titre

le Trésor de Brunet Latin ou le

pensée d'une

de Vincent de Beauvais, une de ces oeuvres

se reflète la

le secret d'une civilisation 1.

grande époque, où s expliqué

»

Le poème

de Guillaume est Un Art d'amour

le traité

qui reflété didactique

forme quelque peu mystique

Chapelain.

sous une

d'André le

sentir, mais surtout ce

L'influence d'Ovide sV fait aussi

qui,

la société dont

sa situation mondaine et là

esprit, peut passer pour un

par de son

emprunté

au temps de Saint Louis

formait l'idéal des hautes classés de

Guillaume de Lorris, tendance aristocratique

représentant qualifié. Le cadre du récit est

au

songe c'est celui

mais il en avait déjà rencontré l'emploi dans dé hombreuseé

oeuvres du moyen âge, comme dans le Débat dé l'Atné

et du

Songé d'Enfer, le Songé dé Pairàdii

de

Scipion de Cicéfon, commenté par MaCrobe i qu'évoque Guillaume au début de son roman }

dans le

ouvragée.

personne

aimée

Corps,

et dans d'autres

L'allégorie de là rose poUr désigner

sans la

et avait comme

sonnifications. Là

exemples, notamment chez Prudence et Martianus Càpellà ; mais il avait dû y apporter des modifications

nommer, était également d'un Usagé courant,

côhèéquèncé

naturelle

de

l'emploi

per-

encore» Guillaume avait trouvé déë

24

LE ROMAN DE LA ROSE

en les faisant servir au développement psychologique de

son

des sentiments

la nature de la fleur aussi

poème ; ces personnifications ne pouvant revêtir

purement humains, inconciliables avec

des tendances

;

expriment-ils

favorisent ou combattent

poursuite

de la

l'entreprise de l'Amant de la Rose. 11en résulte

part,

conquête

contraires : d'une

Danger, Honte, Peur, Jalousie, Male-

qui

mieux mieux

par

pour

l'Amant

le dénouement tant souhaité

passion amoureuse, Oiseuse, inspiratrice

enfin Raison, dédoublement de la

erotique,

fictif et

imaginaire, représentant

Tiberge,

qui

dans sa

celui des alliés,

représenté par Courtoisie, Bel-Accueil ; de l'autre, celui

deux groupes

des ennemis où

Bouche, Chasteté s'escriment à

empêcher

qu'encouragent le Dieu d'Amour et Vénus, expression

même de la de l'instinct

personne morale de l'Amant, et