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DOSSIER DU MOIS Réussir une évaluation d’entreprise Au-delà de la maîtrise technique, l’évaluateur doit adapter

DOSSIER DU MOIS

Réussir une évaluation d’entreprise

Au-delà de la maîtrise technique, l’évaluateur doit adapter sa démarche à la taille de l’entreprise et à l’objectif de l’évaluation. Il doit aussi savoir arbitrer entre les méthodes : pour les TPE, la prise en compte du lien de dépendance au dirigeant et le choix du type de transaction sont fondamentaux. Pour les entreprises plus grandes, il pourra appliquer la méthode analogique et celle du DCF.

Dossier du mois

Dossier du mois

Réussir une évaluation d’entreprise

1
1

L’évaluation d’entreprise :

 

les essentiels

Une évaluation dépend toujours de trois facteurs

3

Le diagnostic de prise de

connaissance est incontournable

3

L’évaluateur doit se baser sur des comptes contrôlés

6

L’évaluateur doit intégrer le futur de l’entreprise

6

Une évaluation débouche

sur un intervalle de valeurs

7

Le déroulé pratique d’une évaluation

8

2
2

Le diagnostic préalable à l’approche chiffrée

Prise de connaissance

de l’entreprise

9

Les différents diagnostics à opérer

10

Le marché pour éléments de comparaison

13

3
3

Évaluer les TPE : spécificités et méthodes à privilégier

Lien de dépendance et impact du départ du dirigeant

15

Adapter les solutions en fonction de la situation

16

Les méthodes d’évaluation

à privilégier

18

L’enveloppe financière globale

21

4
4

Évaluer les entreprises de plus de 9 salariés

La méthode analogique

22

La méthode du Discounted Cash Flow (DCF)

24

5
5

Conclusion

29

6
6

Les 15 étapes de la mission comptable

31

2 RF COMPTABLE JUIN 2004

Ce dossier a été élaboré par :

Experts comptables et conseils - experts financiers Agnès Bricard Jean-Pierre Colle Gilles de Courcel Élisabeth Lacroix Dominique Ledouble

Avocats

Xavier Delcros

Hervé Chemouli

Le lecteur désireux d’approfondir certains volets techniques de l’évaluation d’entreprise a désormais à sa disposition une base documentaire en ligne, établie en collaboration entre :

– l’Ordre des Experts Comptables de Paris Ile-de-France

www.oec-paris.fr

– la Compagnie des Conseils et Experts Financiers

www.ccefenligne.com

– l’Ordre des Avocats de Paris

www.avocatparis.org

Réussir une évaluation d’entreprise

Dossier du mois

Évaluer les entreprises

4 de plus de 9 salariés

D ès lors que l’entreprise possède une autonomie patrimoniale par rapport à son dirigeant – en général à partir de 10 salariés –, la méthode analogique et la méthode du Discounted Cash Flow sont applicables.

Nous partirons d’un constat: plus la taille de l’entreprise s’accroît, plus son autonomie patrimoniale se renforce.

En d’autres termes, si la très petite entreprise se confond le plus souvent avec la personne du chef d’entreprise, le poids relatif de celui-ci dans la valeur patrimoniale de l’entreprise est cependant inversement proportionnel à la taille de celle-ci. En prolongeant ce raisonnement, nous pouvons considérer que, lorsqu’une entreprise parvient à une certaine taille, sa pérennité trans- cende celle du chef d’entreprise. Dès lors, de nouvelles approches peuvent être envisagées en matière d’évaluation d’entreprise:

– d’une part, la méthode analogique qui s’appuie sur la comparaison avec d’autres entreprises;

– d’autre part, la méthode du Discounted Cash Flow (DCF) qui se fonde

sur ses propres perspectives de développement. Le seuil retenu dans cette étude – plus de 9 salariés – est nécessairement arbi- traire, mais il constitue, sans doute, la limite basse à partir de laquelle l’entreprise acquiert une certaine autonomie par rapport à la personne du chef d’entreprise.

autonomie par rapport à la personne du chef d’entreprise. La méthode analogique Cette méthode procède d’une

La méthode analogique

Cette méthode procède d’une approche globale de la valeur de l’entreprise par comparaison avec des entreprises analogues.

Une approche globale

avec des entreprises analogues. Une approche globale L’approche retenue est une approche globale en ce
avec des entreprises analogues. Une approche globale L’approche retenue est une approche globale en ce

L’approche retenue est une approche globale en ce qu’elle se rapporte, non

pas à la valeur de chacun des différents éléments constitutifs du patrimoine de l’entreprise considérée (fonds de commerce, terrains et constructions, maté-

mais à la

rentabilité globale générée par la mise sous tension de ces différents éléments considérés comme un tout, c’est-à-dire à l’exploitation.

En d’autres termes, cette approche se fonde sur la rentabilité d’ensemble du patrimoine de l’entreprise, appréciée à travers la capitalisation des para- mètres jugés pertinents pour mesurer sa capacité bénéficiaire: chiffre d’af- faires, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation, résultat net • La mesure de la capacité bénéficiaire de l’entreprise – D’une façon géné- rale, on retiendra que deux grandes catégories de paramètres coexistent:

– ceux qui conduisent à la détermination d’une valeur d’actif économique;

– ceux qui conduisent à la détermination de la valeur des capitaux propres.

riel et outillage, participations financières, valeurs d’exploitation

),

22 RF COMPTABLE JUIN 2004

Réussir une évaluation d’entreprise

Dossier du mois

La première catégorie, celle relevant de la mesure de la valeur d’actif écono- mique, correspond à la prise en compte de paramètres avant frais financiers:

chiffre d’affaires, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation. La seconde catégorie, celle relevant de la mesure de la valeur des capitaux propres, ressort de la prise en compte de paramètres après frais financiers:

capacité d’autofinancement, résultat courant, résultat net.

En raison des différences notables pouvant exister dans la structure financière de deux entreprises du même secteur d’activité et de taille comparable, l’ana- lyse financière privilégie le plus souvent l’emploi des multiples de valeur d’actif économique. En tout état de cause, la liaison entre les deux approches suppose une analyse précise de la mesure de l’endettement de l’entreprise.

• La mesure de l’endettement – Quelle que soit la taille de l’entreprise

concernée, la mesure de son endettement se révèle toujours un exercice dé- licat, car elle se situe dans un contexte dynamique (et non pas statique) et né- cessite le plus souvent des retraitements comptables (effets escomptés non échus, crédit-bail On apportera une attention toute particulière aux entreprises faisant partie d’un groupe de sociétés, car l’arbitrage capital/compte courant pour le finan- cement des besoins permanents de l’entreprise relève essentiellement d’une politique de groupe. De même, il conviendra d’être tout particulièrement attentif à la variabilité du besoin en fonds de roulement, soit que l’entreprise développe une activité fortement marquée par le phénomène de saisonnalité, soit qu’elle anticipe des perspectives de croissance particulièrement élevées.

Une approche par comparaison

particulièrement élevées. Une approche par comparaison 4 • Démarche – Les approches analogiques supposent que
particulièrement élevées. Une approche par comparaison 4 • Démarche – Les approches analogiques supposent que

4

• Démarche – Les approches analogiques supposent que soit préalablement constitué un échantillon de sociétés comparables.

Cette comparabilité portera bien évidemment sur le secteur d’activité de l’entreprise évaluée mais il conviendra, au-delà, de s’assurer du caractère per- tinent de cette comparabilité. Ainsi, et à titre d’exemple :

– deux entreprises du secteur textile ne sont pas nécessairement compa-

rables si l’une a pour activité la production et l’autre la distribution;

– deux entreprises de production dans le secteur textile ne sont pas nécessai-

rement comparables si l’une, titulaire de sa marque, produit pour son propre compte et l’autre, non titulaire de sa marque, ne travaille qu’en sous-traitance.

Par ailleurs, la comparabilité de deux entreprises suppose également que les caractéristiques d’exploitation de chacune d’elles soient comparables: struc- ture d’exploitation, taille de marché, typologie clientèle, taux de croissance L’approche analogique ayant pour objet de mesurer la valeur d’une entreprise

donnée par rapport à la valeur du marché sur lequel cette entreprise se situe, on cherchera à identifier les composantes de ce marché:

– soit par référence à des sociétés cotées,

– soit par référence à des transactions significatives, portant ou non sur des sociétés cotées.

• Sociétés cotées – Par référence, d’une part, à la taille de l’entreprise à éva- luer et, d’autre part, à la localisation géographique des marchés sur lesquels

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elle intervient, on étendra plus ou moins la sélection des marchés boursiers sur lesquels s’engagera la recherche de sociétés comparables.

4 De ce point de vue, si, d’une manière générale, la bourse de Paris représente un marché naturel pour la recherche d’un « comparable » à une société cible française, on doit souligner:

– que sur certains secteurs pointus, ou certaines niches d’activité, l’échan-

tillonnage est trop restreint, voire impossible. Dès lors, il peut être utile d’élargir la recherche à des marchés beaucoup plus vastes, notamment les

marchés nord-américains (NYSE, NASDAQ

– que le marché de la bourse de Paris est lui-même segmenté entre Premier

marché, Second marché, Nouveau marché, et qu’il existe également un Mar- ché libre, la taille des entreprises et surtout la liquidité de leurs titres sur ces différents marchés pouvant être très différentes.

En règle générale, on s’assurera, pour les sociétés composant l’échantillon:

– que le niveau d’information financière nécessaire à leur analyse est suffisant;

– que le degré de liquidité de leurs titres sur le marché est consistant.

Enfin, on soulignera que, si la société à évaluer n’est elle-même pas cotée, il est d’usage, pour déterminer sa valeur, d’appliquer une décote pour illiquidité du titre. • Transactions comparables – Les transactions comparables peuvent porter sur les titres d’une société cotée comme sur ceux d’une société non cotée:

– dans le premier cas, on retiendra une approche en ligne avec celle retenue au

paragraphe précédent et l’on s’efforcera de mettre en évidence, le cas échéant, la «prime» dégagée sur la transaction par rapport au cours de bourse;

– dans le second cas, il convient de souligner que l’information financière sur la so-

ciété retenue comme comparable peut être extrêmement ténue. Cette difficulté est telle qu’elle peut parfois empêcher de retenir cette société dans l’échantillon.

En outre, s’agissant des conditions de la transaction, si les sociétés concer- nées (la société cible et la société retenue pour l’échantillon) ne sont pas co- tées, il est parfois difficile d’en connaître toutes les modalités financières (maintien et modification des contrats de travail du cédant, clauses d’ajuste- ment du prix et échelonnement du règlement du prix

)

;

ment du prix et échelonnement du règlement du prix ) ; La méthode du Discounted Cash

La méthode du Discounted Cash Flow (DCF)

Principes généraux

méthode du Discounted Cash Flow (DCF) Principes généraux La méthode des flux futurs de trésorerie, également
méthode du Discounted Cash Flow (DCF) Principes généraux La méthode des flux futurs de trésorerie, également

La méthode des flux futurs de trésorerie, également désignée sous le terme de Discounted Cash Flow (DCF), est très largement admise en matière d’éva- luation d’actif et traduit financièrement qu’un actif «vaut ce qu’il rapporte». Cette méthode consiste à calculer, par actualisation, la valeur actuelle nette des flux de trésorerie futurs attendus d’une activité. Dans le cadre d’une tran- saction, le montant ainsi déterminé correspond au prix qu’un acquéreur devrait accepter de payer pour un investissement donné, puisque cet investis- sement lui permettra de couvrir le coût des capitaux (dette et fonds propres) qu’il engage. Un des principaux attraits de cette méthode est de mettre en lumière l’en- semble des hypothèses sous-jacentes à une valorisation (croissance, rentabili- té, investissements) et ce, sur une longue période : les flux de trésorerie sont en effet modélisés, puis projetés sur le long terme.

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Réussir une évaluation d’entreprise

Dossier du mois

Dans cette approche, la valeur d’entreprise (VE) correspond à la somme de ses cash flows disponibles prévisionnels actualisés au coût moyen pondéré du capital engagé (CMPC):

n

CFi

VT

 

+

i (1 + CMPC) i

= 1

 

(1 + CMPC) n

n

CFi

VT

 

+

 

– V D

i (1 + CMPC) i

= 1

(1 + CMPC) n

VE =

et

V FP =

avec:

VE:

V FP :

CF:

CMPC: le coût moyen pondéré du capital

la valeur d’entreprise la valeur des fonds propres

le flux de trésorerie (free cash flow) généré par l’exploitation

VT:

la valeur terminale

V D :

la valeur de l’endettement financier net.

Les quatre étapes du DCF

de l’endettement financier net. Les quatre étapes du DCF 4 On peut décomposer la mise en
de l’endettement financier net. Les quatre étapes du DCF 4 On peut décomposer la mise en

4

On peut décomposer la mise en œuvre d’une évaluation par la méthode du DCF en quatre phases qui, sans être totalement indépendantes, correspon-

dent aux éléments les plus importants du modèle. Ces étapes sont les sui- vantes:

– modéliser les flux de trésorerie attendus;

– estimer le flux normatif;

– calculer le coût moyen pondéré du capital;

– déterminer la valeur d’entreprise.

• Modéliser les flux de trésorerie attendus – Les éléments réunis lors du diagnostic stratégique et financier constituent, avec le business plan (prévi- sions d’activité) établi par la société, le point de départ d’une évaluation selon la méthode du DCF. Lorsqu’elles sont disponibles, ces prévisions sont sou- vent établies sur un horizon relativement court (de 3 à 5 ans). Le rôle de l’évaluateur est d’examiner ces prévisions, afin de les critiquer ou de les prolonger si nécessaire. Dans certains cas, il pourra même être amené à établir ou à assister les dirigeants dans l’établissement de ces prévisions. L’objectif recherché, dans cette première étape, est de disposer d’un modèle exempt d’erreurs matérielles et reflétant des hypothèses d’activité réalistes, cohérentes et pertinentes. • Estimer le flux normatif – Après avoir examiné les prévisions établies à 3 ou 5 ans, l’évaluateur doit estimer la performance financière que la cible est en mesure de maintenir à long terme. Ce flux de trésorerie «normatif» va en effet permettre le calcul de la valeur ter- minale, qui correspond à la valeur de l’actif économique de la cible à la fin de l’horizon de prévision explicite. Il est important de souligner que la valeur terminale représente très souvent une part prépondérante (plus des 2/3) de la valeur d’entreprise. Cette proportion élevée s’explique par le fait que les prévisions sont établies sur un horizon relativement court par rapport à la durée de vie des actifs et que les prévisions intègrent leur renouvellement via les investissements.

Le calcul du flux normatif se base en général sur le dernier cash flow des pré- visions, corrigé, dans le cas d’une société industrielle, des éléments suivants:

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Réussir une évaluation d’entreprise

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Dossier du mois

– la croissance du chiffre d’affaires doit être égale à la croissance qu’il est pos- sible de maintenir à long terme. Souvent, on retiendra le même rythme que l’économie, soit environ 2 à 3 % selon le secteur;

– le taux de marge doit tenir compte des éléments du diagnostic stratégique

(arrivée éventuelle d’un concurrent, dérégulation

– la variation de BFR doit être calculée en tenant compte du taux de crois-

sance à long terme;

– les investissements doivent être calculés afin de maintenir le ratio d’intensi-

té capitalistique (actif immobilisé/chiffre d’affaires) à un niveau cohérent avec celui constaté lors du diagnostic financier ou sur les principaux concurrents;

– les amortissements sont fixés comme étant égaux aux investissements, afin

de permettre le calcul de l’impôt sur les sociétés normatif;

– les différents retraitements peuvent conduire à un cash flow normatif sensi-

blement différent du dernier cash flow, notamment lorsque le dernier cash flow a été déterminé en tenant compte d’une croissance forte et d’investisse- ments importants.

• Calculer le coût moyen pondéré du capital

Le coût du capital représente la rentabilité exigée par l’ensemble des investis- seurs pour un actif. Ces «investisseurs» apportent principalement deux types de financement:

– les capitaux propres sont rémunérés via des dividendes et donnent accès à

la propriété de tous les éléments composant le patrimoine de l’entreprise;

– la dette financière est la partie des dettes de l’entreprise qui porte intérêt:

emprunts, comptes courants, etc. S’ajoutent parfois à ces deux catégories de financement des moyens de finan- cement «intermédiaires» dénommés dettes mezzanines, à travers notam- ment des emprunts obligataires (convertibles en actions ou non). Le coût moyen pondéré du capital, ou CMPC, représente le coût qui résulte de la possibilité, pour les investisseurs, d’arbitrer entre plusieurs actifs et de baser leur choix sur le risque que présentent les revenus futurs de cet actif. Ainsi, plus un actif produira des revenus volatils, plus il sera «risqué» et plus la rentabilité exigée sera élevée (les investisseurs qui recherchent un placement plus sûr ont la possibilité de choisir, sur le marché, un actif présentant un risque moindre). Cet équilibre entre risque et rentabilité constitue le socle de cette méthode.

En résumé, les flux de trésorerie générés par l’entreprise peuvent se décom- poser comme suit:

)

;

L’évaluation par les flux de trésorerie

Cash flows

Flux de trésorerie avant intérêts et remboursement de dette

Flux de trésorerie après intérêts et remboursement de dette

Rémunération

Actionnaires et créanciers

Actionnaires

Taux

Valorisation

Coût moyen pondéré du capital (CMPC)

Valeur d’entreprise (V E ) = Valeur des fonds propres (V FP ) + Valeur de l’endettement financier (V D )

Coût des fonds propres (Kcp)

Valeur des fonds propres (V FP )

Calcul du CMPC. Le CMPC correspond à la moyenne pondérée des res- sources utilisées par la société:

CMPC = K CP

V FP

V D

+ K D (1 – IS)

V FP + V D

V FP + V D

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Réussir une évaluation d’entreprise

Dossier du mois

avec:

V FP : la valeur des fonds propres

V D :

K CP : le coût des fonds propres K D : le coût de la dette financière. Le facteur (1 – IS) reflète l’économie d’impôt liée à la charge d’intérêts, les flux de trésorerie tenant compte d’un impôt à taux plein.

La pratique actuelle de l’évaluation d’entreprise repose majoritairement sur le modèle du MEDAF qui permet de décomposer:

– le coût des fonds propres,

– le coût de la dette financière.

Estimation du coût des fonds propres (K CP ). Le coût des fonds propres est une question qui fait l’objet de nombreux débats. Ce modèle permet d’estimer la rentabilité exigée par un actionnaire selon la formule suivante:

K cp = Rf + (Rm – Rf) ß cp

avec Rm: le risque de marché

la valeur de la dette

Rf:

le taux sans risque

ß:

le coefficient de sensibilité au risque

4

L’estimation de ces différents paramètres représente une difficulté importante du DCF et requiert, dans la plupart des cas, d’avoir accès à des bases de don- nées financières, même si ces informations tendent à être assez largement dif- fusées. Le taux sans risque (Rm) correspond à la rémunération qu’on peut attendre d’un investissement en obligations sans risque: on peut ainsi retenir le taux des OAT à 10 ans. La prime de risque correspond à la rémunération du risque systématique de l’ensemble du marché actions (Rm – Rf), pondérée par un coefficient de sen- sibilité au risque (ß) destiné à tenir compte de la volatilité de l’entreprise par rapport au marché. Le coefficient ß d’une société cotée est défini par référence à la volatilité de son cours de bourse par rapport à l’évolution du marché. Cette mesure peut être obtenue directement sur les bases de données financières. Pour les sociétés non cotées, il est impossible de procéder par analogie avec le ß mesuré sur des sociétés cotées. Toutefois, cette approche n’est pas né- cessairement adaptée aux sociétés non cotées, en raison de leur faible diver- sification, de leur dépendance par rapport à quelques clients et hommes-clés, de la difficulté de négocier les titres de ces sociétés (liquidité), etc.

Estimation du coût de la dette (K D ). K D doit correspondre au coût à long terme de la dette. Lorsque l’on considère une société isolée, sauf cas particu- lier, le coût constaté est une approche satisfaisante, mais on retiendra que le coût de la dette varie sensiblement avec le niveau de l’endettement.

• Déterminer la valeur de l’entreprise – Dans le modèle du DCF, la valeur d’entreprise est égale à la somme de tous les flux de trésorerie d’exploita- tion, c’est-à-dire à la fois ceux de l’horizon explicite et ceux attendus au-delà (le flux «normatif»). Il faudrait donc prolonger à long terme le plan d’affaires en répétant chaque année le «flux normatif» augmenté du taux de croissance attendu à long terme.

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Réussir une évaluation d’entreprise

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Dossier du mois

En pratique, une solution plus courante consiste à calculer la valeur de ce «flux norma- tif» (C FN ), en utilisant une simplification arithmétique: en effet, on peut facilement dé- montrer que la somme d’un flux de trésorerie croissante à un taux et actualisé à un

taux de

(1 + g)

C FN

(1 + CMPC)

.

(CMPC – g)

est égale à

Dès lors, la valeur terminale (VT) est égale à

C FN

(CMPC – g) .

Attention
Attention

Il convient de souligner que ce montant doit être actualisé au même taux que le dernier cash flow de l’horizon explicite.

Synthèse

Selon la méthode du DCF, la somme des cash flows actualisés et de la valeur ter- minale actualisée est égale à la valeur d’entreprise, qui correspond donc à tous les cash flows attendus de l’activité de l’entreprise.

Valeur d’entreprise

Valeur d’entreprise Déterminée par le DCF

Déterminée par le DCF

+ Actifs «hors exploitation»

Il faut ajouter la valeur des éléments exclus du business plan: une participation non consolidée, par exemple, ou un terrain non exploité. Les éléments destinés à être cédés seront valorisés pour leur montant net d’IS et de frais de cession.

– Intérêts minoritaires

La valeur réelle des intérêts minoritaires doit être déduite, car elle revient à d’autres actionnaires Un examen minutieux du périmètre de consolidation est à prévoir !

– Dettes financières

À déduire si la société est endettée, mais à ajouter si elle dispose d’un «trésor de guerre».

= Valeur des fonds propres

d’un «trésor de guerre». = Valeur des fonds propres Ce qui revient in fine aux actionnaires

Ce qui revient in fine aux actionnaires

Cette méthode est très utilisée actuellement car elle repose sur une idée simple: une entreprise n’a de valeur que si, un jour, elle rapporte de l’argent.

Toutefois, elle a ses limites puisqu’elle repose sur la capacité de l’entreprise à réa- liser réellement ses prévisions. Par ailleurs, en fonction du pourcentage du capital visé dans la transaction, il y a lieu de s’interroger sur l’existence d’une prime de contrôle.

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Réussir une évaluation d’entreprise

Dossier du mois

Conclusion

QUATRE POINTS FONDAMENTAUX À RETENIR

 

La démarche d’évaluation

Une bonne évaluation d’entreprise repose sur une véritable démarche de travail dont les principales étapes ont été exposées dans le dossier. La démarche est aussi importante que le résultat dans la mesure où c’est elle qui oblige l’évaluateur et le chef d’entreprise à rechercher avec sérieux et lucidité les forces et les faiblesses de son affaire. Régulièrement effectué, ce salutaire exercice évite en particulier les désillusions parfois cruelles du vendeur une fois mis en face du marché, c’est-à-dire d’un acheteur sans complaisance. La qualité de l’expertise doit apporter une sécurité appréciable lors des 500 000 transmissions d’entreprises à venir. Il s’agit donc d’une prévention-anticipation qui doit limiter le nombre de défaillances d’entreprises liées à une transmission non opportunément menée.

La maîtrise des méthodes retenues par l’administration fiscale

Si la jurisprudence a fixé de longue date la nécessité d’une approche multicritère pour l’évaluation des titres de sociétés, force est de reconnaître que l’administra- tion fiscale fait de ce principe une lecture réduite, se refusant en particulier à ad- mettre, au nom du principe de non-immixtion dans la gestion, les évaluations fondées sur des prévisions de cash flows. Il faudra sans doute encore du temps et des efforts pour faire évoluer cette situation. En attendant, la bonne maîtrise des méthodes retenues par l’administration fiscale est indispensable pour se prémunir contre une contestation éventuelle ou pour préparer des éléments de réponse cré- dibles et ce, afin de limiter les contentieux qui sont sinon souvent «lourds».

L’importance du cadre juridique

 

La rédaction du cadre juridique qui accompagnera la transaction lors d’une cession revêt une grande importance, tant en ce qui concerne les promesses que les actes mais aussi les clauses de garantie d’actif et de passif lors de cessions de titres, aujourd’hui pratique très courante, et les clauses de différend (arbitrage ou recours aux tribunaux) pour régler les éventuels litiges futurs dans les meilleures conditions.

L’évaluation au service de la prévention permanente

 

Il faut aussi accepter l’idée que, sans pour autant se soumettre à la volatilité des marchés boursiers, la valeur de l’entreprise fluctue avec l’environnement écono- mique et financier et en fonction de ses performances passées et surtout futures. Quand les taux d’intérêt baissent de près de deux points ou quand la croissance du marché sur lequel évolue l’entreprise se réduit d’autant, comment ne pas en tenir compte dans la valeur? D’où la nécessité de «points» réguliers pour détec- ter les variations de valeur et en profiter au bon moment. La prévention perma- nente dans les entreprises pourrait aussi être appréhendée de façon plus dynamique avec une évaluation annuelle de l’entreprise afin de:

répondre à l’inquiétude légitime du chef d’entreprise s’il constate une érosion de la valeur,

permettre au chef d’entreprise de prendre la décision de vendre son entreprise au plus «haut».

JUIN 2004 RF COMPTABLE 29

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Réussir une évaluation d’entreprise

4

Dossier du mois

QUEL SERA DEMAIN LE MARCHÉ DE L’ÉVALUATION?

 

Le domaine des évaluations, de plus en plus étendu, va continuer à se développer du fait :

de l’entrée en vigueur des normes IFRS, avec l’approche de la juste valeur pour

les immobilisations et les acquisitions d’entreprises, qui privilégient la méthode des DCF;

de l’’épargne salariale et bientôt de l’épargne-retraite, pour laquelle toute en-

treprise non cotée dans laquelle sont investis les fonds des salariés devra être éva- luée régulièrement. La confiance que les partenaires sociaux mettent dans la

valeur fixée par l’expert ne doit pas être déçue. Le président Dominique Le- double anime un groupe de travail au Conseil supérieur de l’Ordre des experts comptables sur ce thème;

de nombreuses transmissions à titre gracieux dans le cadre des donations-par-

tages en faveur des héritiers;

 

des transmissions à titre onéreux que l’on attend nombreuses également, du

fait de la génération du « baby-boom » des années cinquante aujourd’hui prête à céder;

de la mise en œuvre des clauses compromissoires conduisant à des procédures

de médiation et d’arbitrage ;

 

de l’obligation de calculer les parités dans le cadre des fusions sur la base d’une

évaluation de l’absorbée et de l’absorbante (instruction fiscale du 4 août 2000).

À ces missions «de conseil» s’ajoutent des missions «d’audit» qui consistent à pro- céder, en tant qu’expert indépendant, à une analyse critique des évaluations faites par les banquiers, l’administration fiscale ou simplement les conseils de parties ad- verses et ce, souvent en vue de la transmission d’une entreprise de bonne taille.

QUE FONT LES PROFESSIONNELS POUR S’Y PRÉPARER?

Face à une croissance des besoins du marché, l’Ordre des experts comptables a souhaité se doter, en synergie avec la Compagnie des conseils et experts financiers et l’Ordre des avocats, de nouveaux moyens au service des enjeux de développe- ment des entreprises. Une base documentaire en ligne est apparue être l’outil le plus approprié. Ce n’est que l’un des outils disponibles: s’y ajoutent les formations proposées par nos orga- nisations professionnelles et les nombreuses animations offertes tant aux praticiens qu’aux chefs d’entreprise. Il faudra aussi sans doute aller plus loin et rétablir si, possible, ce qu’il est convenu d’appeler l’asymétrie de l’information: certains intervenants financiers et l’adminis- tration fiscale détiennent des données de référence extrêmement riches qui ne sont pas accessibles à tout un chacun. Les notaires ont su collectivement consti- tuer une base de référence sur les prix des transactions immobilières; il reste à faire un effort identique en matière de cessions d’entreprises : un chantier mobilisa- teur pour l’interprofessionnalité et l’occasion pour le marché de la transmission de devenir ainsi plus fluide et plus riche. Les professionnels ne doivent pas hésiter. Ils doivent s’engager dans les États Gé- néraux des évaluations.

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