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ÉpruÉruÉe
ESSÀIS PHILOSOPH1QUES
3157 SPINOZA
Collection fondée par Jean Hlppollte aôo1
et dirigée par Jean-Lac Marion
l Guures
Éditio.t pubJiée sous la direction de
Pierte-François Moreau

I
Introduction génétale
par Pierre-François MonnLu

PREMIERS ÉCRITS
TRACTATUS DE INTELLE,CTUS E,MENDATIONE
TRAITÉ DE LA NÉT'OruTN, DE L'ENTENDEME,NT
Texte établi par Filippo MrcNrNt
Traduction par Michelle Ber-ssaos

KORTE \'ERHÀNDELING
COURT TRAITÉ
Texte établ,i par Fi-lippo MIcNINI
Traduction par Joël GaN.Lurr

Ouuragepublié aaec le concoars


du Centre national da liure

PRESSES UNIVE.RSITÀIRES DE FRANCE


TRAITÉ DE LA RÉFoRME DE L'ENTE,NDEMENT INTRODUCTION AU TRACIATUS DE INTEI-LECTUS ETIENDANONE

la page, il y ait eu des appels de notes précis au moyen de signes diacriri- réviseurs et, en outre, des interventions de caractère matériel du typo-
ques. On a des raisons de croire que l'autographe de Spinozâ n'avait pas graphe concernant la présentation du texte. I-ns Nagelate Schrifan seraient
encore été < ordine conscriptum >, non seulement au seni qu,i1 n,avait pas le résultat de la traduction de Glazemaket, ainsi que des interventions de
reçu une rédaction définitive, mais aussi au sens quT n'avait pas été mis la personne qui a eu en charge l'édition de I'ensemble de l'æuvre, très
â-u propre (dtscripturz) par l'auteur. De là, la possibilité des confusions ou probablement J. Jelles, qui a composé aussi la préface générale des
de la pluralité des endroits où placer les appels de notes, de la par du (Euures posthames, ainsi quel'Auertissement aa /ecteur au début du TIE.
traducteur et de l'éditeur du texte latin.
2 / La traduction de Glazemaker n'a pas été menée à pattir d,un
texte latin pÉparé pour la publication. Si c'était le cas, pôur ce qui
concerne les annotations, l'ensemble des variantes serait inexplicablê. 5. STRUCTURE DE L'CEUVRE
3 / r'e texte latin et la traduction néedandaise n'ont pas èté colla-
tionnés et contrôlés avant d'être imprimés, mais leur rédàction et ieur $ 1-17: Introduction
publication ont suivi deux parcours parallèles et autonomes, tout en
1 : préambule
étant imprimés chez le même typographe.
2-6 : première phase de la décision
6-10: seconde phase de la décision
10-11 : troisième phase de la décision
H\?OTHESE SUR LA TRANSMISSION 12-1.3 : illusuation de la perspective philosophique
E,T LA CONSTITUTION DES DEUX TEXTES 14-16 : programme d'une vie authentique
17 : les trois règles provisoires de vie

Les erreurs communes aux opera Postbuma et aux Nagerate schriften S 1B-49 : Définition et iustification générale de la méthode
démontrent qu'elles dépendent toutes les deux d,une seile et même 1,8-24:les modes de connaissance
source, qui est, selon toute probabilité, I'autographe de Spinoza. 25-29 : le meilleur mode du connaître
Je préfère penser qu'entre I'autographe et les deux rédâctions il n'y a 30-49 :la méthode avec laquelle nous connaissons par ce genre de
pas eu une copie intermédiaire dont elles auraient été tirées. En effet, connaissance
cette copie aurait dû résoudre, d'une manière ou d'une autre, les problè- 30-32: la meilleure méthode pout rechercher la vérité ne
mes de lecture dont nous avons trouvéla ûace dans certain., ,r"-riunt.r. demande pas une autre méthode qui la iustifie et la fonde
En tout cas, nous devrions supposer encore une révision de cette copie 33-34 I'idée vraie est simultanément réaLté objective et for-
par l'éditeur du texte latin, indépendamment de la traduction et nous melle
n'aurions obtenu aucufr par rappoft à I'hypothèse seron 35 : identité de la vérité et de la certitude
laquelle les deux rédactions 'oantage
dépendent diréctemenr àè l'autographe 36-38: définition de la méthode comme connaissance réflexive
(entia non sunt maltiplicanda sine necessitate). Mais les variantes exaàinées ou idée d'une idée
ci-dessus démontrent aussi que les opera Posthwma ou la rédaction 39-40: les trois parties de la méthode
manuscrite latine préparée pour la publicatio n des opera postbuma n'ont 41,-42: l'idée vraie doit reproduire exactement l'essence
pas été la version utilisée pour les Nagelate scbiften La seule solution pos- formelle
sible.est donc que les opera Po$buma etles Nagelate scltiften dérivent de 43-48 : réponse à trois objections
manière indépendante de l'autographe de Spinoza. Les opera posrhuma 49 : résumé de I'argumentation développée et plan général de la
seraient Ie résultat de la révision du texte de Spinoza par un ou plusieurs méthode

53
TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT INTRODUCTION AU TRACIATUS DE INTEI,I,ECTUS EùIENDATIONE

S 50-90 : Première partie de la méthode : distinction entre l'idée vraie et De lVagelate Schrifnn uan B. d. S. Als Zedekunst, Staatkande, Verbeteinguan't
les autres perceptions, fictives, fausses, douteuses Verstant, Brieuen en Antaoorden. Uit uerscbeide Talen in de l{ederlandsche
50-51 : avertissements gebragt. Gedrukt in 't Jaar 1.677 .
52-65 : de I'idée fictive Iterum edenda curavit,
Benedicti de SpinoTa lpera quae supercunt onnia.
52- 57 : la fiction concernant l'edstence possible praefationes, vitam auctoris, nec non notitias, quae ad historiam
58-64: la {iction relative à l'essence scriptorum pertinent, addidit Henr. Ebrh. Gotdob Paulus, Jenae,
1 802-1 803.
65 : conclusion concernant l'idée fictive
Benedicti de Spinory opera philosophica onnia edidit et praefationem adjecit
66-76 : de l'idée fausse
A. Gfoerer, Stuttgart, 1830.
77- 80: de l'idée douteuse
Ex editionibus principibus
Benedicti de Spinoqa Opera quae supersunl omnia.
81-83: mémoire et oubli denuo edidit et praefatus est Carolus Hermannus Bruder, Lipsiae,
84-90 : distinction entre imagination et intellection
tB43-1846, 1.91.3.

$ 91-i 10 : Seconde partie de la méthode : Ad Benedicti de Spinoqa Opera quae supercunl omnia Supplerneatum. Cortinens
Tractalum hucusque ineditwm De Deo et homine, Tractatum de Iride, Epistl-
91 : la production d'idées claires et distinctes àpartr du seul esprit
et la construction d'un lien entre elles de manière à conduire à las nonnullas inedilas, et ad eas uitanqae pbilosopbi collectanea, Amstelo-
une seule idée dami,1862. Édition due àJ. van Vloten, qui publie pour la première
92: les choses peuvent être conçues soit par leur essence (si elles fois la Korle Wrhandeling découverte depuis peu, mais en suivant le
sont causes de soi) soit par leur cause prochaine (si elles ne sont ms. B, et lui ajoutant une traduction latine.
Spinoqae Opera pbiksophica im Urtext, hrsg. v. Hugo Ginsberg,Leipzig,
pas cause de soi)
93-97 : les conditions d'une bonne définition 1875-1882.
Benedicti de SpinoTa Opera quotqaot reperta swnt. RecognoveruntJ. van Vlo-
98-103: nécessité et difficulté de la connaissance des choses
singulières ten etJ. P. N. Land, Hagae Comitum, 1882-1883, 1895,7914.
104-105: la connaissance des choses externes SpinoTa Apera, im Auftrag der Heidelberger Akademie der STissenschaf-
106-110 : propriété et puissance de I'entendement ten, hrsg. v. C. Gebhardt, Heidelberg [1925], 7972'; Supplementa,
vol. V, hrsg. von C. Gebhardt, C. \finter, Heidelberg,1,987.
(traduit pat Lorenzo Vinciguera) Spinoza, Traité de la Reforne de lEntendenenl, Inttoàuction, texte, traduc-
tion et commentaire de B. Rousset, Yrin,Paits, 1992.
Spinoza, Tractatus de Infel/ectus Emendatione, Introduzione, testo, tradu-
Bibliographie zione e commento di F. Mignini, Quodlibet (Spinozana), Macerata,
2009.
ÉorttoNs
TRADUCÏONS
B. d. S., Opera Postbama, paoran nies post Praefutionem exbibetur, 1,G77 . La
pÉface latine est due à L. Meyer qui a traduit avec quelques varian- Traité de la Refome de lEnnndement et de la meilleure uoie à saiure pourpanenir
tes la préface composée par J. Jelles pour l'édition néedandaise des à /a uraie connaissance des choses, texte, trâduction et notes paf
mêmes CEuuru posthumu (Nagekn Scltriftn). Le volume contient, A. Koyré, Paris, 1979, 1994.
dans I'ordre : Ethica, Tractatus Politicus, Tractatus de Intellectas eruenda- Traité de /'amendement de I'intellect, traduction par Bernard Pautrat, Paris,
tizne, Epirtz/ae, Compendium grammatiæs linguae Hebraeae. t999.

54 55
1355,/31 TRA CTATU S TRAITÉ DE I-A NÉT'ONNNE
DE DE L'ENTENDEMENT
INTELLECTUS EMENDATIONE et de la meilleure voie qui le dirige
Et de via qua optime in veram rerum vers la connaissance de Ia vêrité
cognitionem dirigitur.

Texte établi par Filippo Migni"i Traduction par Michelle Beyssade

4-5, lin tc gclijk van de Middel om het zelfde volmaakt te maken À/L
ADMONITIO ll5r,,'11 A uerfissemenl au ledeu r
ad
LECTOREM hTruté de la Réfotme de I'Entendement (1) etc., qxte nïat te donnons ici dans son
état d'inachèaement, lecteur bienueillant, a été conposé par lauteur iia dfà bien des années. Il eut
Tractatas, qaem de Intellectas Emendatione ett. inperfecturn hic tibi danus, Benede Lcctor,
îoujoun l'intention de l'acheuer, mais d'autres tâches l'en znt enPêché, etfnalenent la mort I'em'
.farn mahw ante annu abAuctorefuit consnipns. In anino serper habuit euru pnfcm; ar, atiis negotiis porta sans qu'il pût l'anener à lafn désirée. Toutefoi:, comme iJ contient nombre de choses admira-
pra?editar, et tandem morte abrcptas, ad optatunfnem perducere non potait. Cum uem multa prae- -bb
et utilu qai, nous n'en doatons nullement, ne serznlPar defaibleproft à quipoarsuit sincère-
clara atqtte ati/ia contineaî, quae Veriîatis sincero indagatori nonparum e refutura uu
ment /a uéritâ, nous n'auons pas uou/u t'en piuer. De plus, afn que tu n'aies pas dt peine à excuser
dab|anut,te iis piuarc nolainus; et, ut etiam maha obtcara, rudia adbuc et inpolita, qrot io tà ltiot
ce qai s'1 reficnnlre slilaenl, çà et /à, d'obscar, d'encore rude et néglqe, nzas aazni uoalu qae hr sois
inde ocmm'rnt, condonare non graueis, horum ne inscias esser, adnonitun *
qaoqae use aoluimus. aassi auerti, pour qae tu n'ignores pas ces circonstanæs. Adieu.
l0 Vah.

1-10. Admonitio - vale : hanc versionem probabiliter L. MeJret exaravit, originalem lectionem
J. Jelles secutus, quam NS sic praebet, p. 406:

BERICHT
aan de
LEZEF.

IY'aaù Lryi dery VerMlùg uan de Vafuing ran 't Verstant m4 't uzlk try bier onolnaakJ n
gLækfulilk aat u cyrtunm, ir aleê anr Mjarcn wn der
ryfdn ,gbrifugscbmm gnnert Z/n mmemn was
dr', dltrukop b na'ken n h mlejm D"k b, furarlhe @fuùn rcrhindat m eindel/k uan fu doot
Note: Pout la commodité des références, le texte latin teproduit la division en p^ta-
ythst*kt, beû bet niet tzt bet gtmtcht ein& kmnm heryn f,Iaq datit daar in ræl wttffijifu n nan
graphes numérotés inuoduite par Brudet dans son édition et généralement utilisée, division
dirgn 41n kgupen, die, gelrk a1 uastelik Lvttmtl,xvn, aan dEtruhA Naspaader nizt lwinig dfuCINfig
<utlm quine figue ni dans les OPni dans les À/L La numétotation est tepotée en marge dans la
tLWn, ry lxbbn ry a datrdnintwillefl bant En @ ddg mkuæl fuiwlxfu, dà1 daûin *tir*, * traduction.
onh;cba@bb n daa uvorkamm, dear de uing:rw ryad ain, ry lxbfui aa u hbr {wi//en fuiicl:m, on riet Les notes de Spinoza sont appelées par des lettres et se tfouvent au bas des pages. Les
nbndigdamin tu nz4n Vamuzl notes explicatives appelées pat des chifftes dans la ttaduction se tfouvent à la fin du texte.

62 63
p57 /sl TRACTATUS TRAITÉ DE IÂ NÉTONUB
De DE L'ENTENDEMENT
INTELLECTUS EMENDATIONE et de la meilleure voie qui le dirb.
Et de via qua optime in veram refl.rn vers la connaissance de Ia vêrité
cognitionem dirigt*.

[] Posquam me erçen-entia docuit omni4 quae in communi via Êe+rcnter occurrunq


Quand I'expérience m'eut enseigné que tout ce qui advient couramment dans la
vana et futilia esse; c'm viderem omnu_,
{} quibus et quae timebam,^nihr neque boni
neque mali in se habere, nisi quatenus ab iii animus movebatur, .o.rrtitui tandem
vie commune est vain et futile, comme je voyais que tous les objets de mes soins et
inqoi- de mes craintes n'avaient en eux-mêmes rien de bon ni de mauvais, si ce n'est dans
rele, p aliquid daretur, quod verum bonum et sui communicabile esseq .t , q.ro ,ôlo, la mesure où l'âme en était émue, je résolus finalement de chercher s'il y avait
l0 rejectis caeteris omnibus, animus afûceretur; imo, an aliquid daretur, quo in rento et
quelque chose qui serait un bien véritable, capable de se communiquer et qui, une
acquisito, continua ac summa in âetermxn ftueter laetitia.
fois tout le reste rcyeté, senit I'unique affection de l'âme; bien plus, s'il y avait
[2] Dico, me tandem nnainùn, primo enim intuitu inconsultum videbatur, propteî rem quelque chose dont la découverte et I'acquisition me feraient jouir pour l'éternité
nrnc incerarrq certam amittere velle. \tdebam nimirum commod4 qu e ex honore ac
di.ritiis d'une joie suprême et continue.
a5suiqtul et q99d ab iis quae-rendis coçbar abstinere, si seriÀ rei arii novae operam
l5 dare vellem; et si fone summa felicitas in iis esset sira penpiciebam me ea debere .ake; Je drs quefnalenentje résolas (2) : à première I'ue en effet, il semblait inconsidéré,
si pour une chose alors incertaine, d'en vouloir perdre une certaine. Je voyais bien les
vero
1l {s-non
esset ni- éti^- surnfiu carerem feliciaæ.
sib eisque antum darem operarn" avântâges que l'on tire des honneurs et de la richesse, et que j'étais contraint de
[3] volvebam igint animo,
an forte esset possibiie ad novr:m institutum aut saltem ad renoncer à leur recherche si je voulais m'appliquer sérieusement à une autre chose
ipsius certitudinem pervenire, licet ordo et coirmune vitae meae institurum flon
mutare- nouvelle. Si famais le bonheur suprême s'y uouvait, je me rendais compte que je
tur; quod saepe frustra tentavi.
devrais en être privé ; si au contraire il ne s'y trouvait pas et si ie m'y appliquais
20 NoT, quae plenrmque in via occum:nt et apud homines, ut ex eorum operibus exclusivement, je serais alors aussi privé du bonheur suprême.
,,.
coligerc liceg tanquam surnmurn bonum aestimantur, Àa lrue; tria rearguntur, 'clivitias
Voici donc la question que j'agitais en mon âme (3) : ne serait-il pas possible,
par chance, de parvenir à une nouvelle règle de vie (4), ou du moins à une certitude à
son sujet, sans changer I'ordre et la règle commune de ma vie ?Je le tentai souvent
en vain.
De fait, ce qui advient la plupart du temps dans lavie, et que les hommes, à en juget
par leurs actes, estiment comme le bien suprême, se ramène à ces trois objets (5) :

4 En æ gelijk van de Mddel om het zelfde volmaakt te maken NS


fort et de methodo ad eum perfi-
cicndurn) 7 upmxi, voor de welken À/-l : a Op, edd. 9 et ,ott on. Ng abi halxtur waot mde_
19b* qæt (it nary. BonuyL verum commr.rnicabile) 14 setiamr emstigiijk (fort, sûo)
À/J 15 pempiciebam azz. À/J 16 summa carerern fericitate: het zelfde... ,oo"Â*ier'deru..,
Ns (fut rpsa debte cercte, sicut in hea 5)
I 17 volvebam igitut animo : ik overwoog dieshalven in
mijn gemoed À/J 78 meae om. NS

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TRACTATUS DE INTELLE,CTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I.{ RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

l35E/61 argue libidinem, His tribus adeo distrahitur mens, ut minime possir la richesse, les honneurs et le plaisir. Tous trois divertissent (6) tellement I'esprit
::]l;1 ],n"rîrem
o(j alro alquo bono cog,tare. qu'il ne peut guère penser à quelque autre bien. En effet, pour ce qui est du plaisir,
. lal Nrr.u quod ad ]ibidinem attineq ea adeo suspendiûr animus, ac si in ariquo bono l'âme s'y absorbe tellement, comme si elle trouvait le repos dans un bien, qu'elle est
quiesceret, qrrc maxime impeditur ne de alio cogiieq sed port illi,r. fr,ritiorroi1 absolument empêchée de penser à un autre; mais aptès la jouissance qu'il donne
,r1--u
seqlgf tristitia, quae, si non suspendit m€nrem, ti.r.n p.n*b"t et hebetat. Hànores vient une tristesse extrême qui, si elle n'absorbe pas I'esprit, le trouble en tout cas et
[5]
ac divitias prosequendo non pârum etiam distrahitur mens, praesertim I'engourdit. La poursuite des honneurs et de la dchesse divertit aussi beaucoup I'es-
ubi hâe non nisi
Pfi)pt€r se queruntur' quia tum supponuntur summum esse 6o.rum. Honore vero multo prit, surtout lorsque celle-ci n'est recherchée que pour elle-même, parce qu'alors elle
adnuc magrs mens drstrahitur;,:ypp""i1,'..ry- semper bonum esse per est prise pour le bien suprême". Quant aux honneurs, ils divertissent I'esprit beau-
se et tânquam
firus uicimus ad q'ern omnia didùtur. Deinde in his non dan*, ri*,-ïHai.r., coup plus encore ; car ils sont toujours pris pour un bien en soi et comme la fin der-
sect quo plus umusque possiderur, .?.-r*i, augenrr laetitia er
tr;torra
consequener magii ac mags nière vers laquelle tout est diriç. De plus, dans ces deux cas, il n'y a pas, comme
inciamur rd utrumque augendum. Si autém r[. itr casu ftustrernur, trrm"somma ori- dans le cas du plaisir, de repentir; au contraire, plus on en possède, plus la joie aug-
tur tristitia Est denique honor magno rmpedÀ..rto,"liq.ro
.à quod, ut ç.o- ,rr.q*-l .ria mente) et par conséquent nous sommes de plus en plus incités à les âugmenter. Mais
id cietum hominum est drrge.raa frg."d" ..iï..t.q.,od'o.rrgo fi,gii-t et quae-
necessario
si rrous sommes en quelque occasion frustrés dans notte espoir, alors naît une tris-
rendo quod rulgo quaenrnt homines.
tesse extrême. Enfin les honneurs sont une gtande entrave, en ce que, pour les obte-
t5
. [6] cum itâque viderem haec oq''a adeo obsare, çominus op@rm novo nir, il faut nécessairement diriger sa vie selon le point de lrre des hommes, c'est-à-
{} instituto
opposita, ut ab uno aut altero .,àss-io esiet abstinendLinr, coçbar
1ï:,T, -,.:9.11se
nqurcre' qud mru esset utilius; nempe. ur dixi, videbar bonum cemrm pro inceno amitære
dire éviter ce que la foule évite et rechercher ce que la foule recherche.
Voyant donc que tous ces objets m'empêchaient tellement de m'appliquer à une
velle' Sed postquam aiiquanrulum hurc rer r'cubuerarr! rrveni primo, si, hisà
omis*, J ,ro*- nouvçlle règle de vie, et même y étaient tellement opposés qu'il fallait nécessaire-
me bonum sua narura incemm, ut cl'ar. .* di.ti, prrr,r-* ."ffb.rq r-nent renoncer soit à ceuxJà, soit à celle-ci, i'étais contraint de chercher ce qui
T:lTlï":""p*r,
or'ussunu'' pro o'certq non s4*.y natura (firum enim bonum quae.èu"4, sed tantum m'était le plus utile (7) ; je sembiais bien, je I'ai dit, vouloir perdre un bien certain
cluoad ipsius consecutionem.
flfl Assidua autem meditatione eo perveni, ut viderâ quod tr:rrq pour uû bien incertain (8). Mais après avoir quelque peu mûri la question, je décou-
modo possim penitus deliberare , mala certa pro bono certo omitterem. vdebam
enim me in vris d'abord que si, abandonnant ces objets, je m'attachais à une nouvelle règle de
vie, j'abandonnerais un bien incertain par sa nafure, comme nous pouvons claire-
ment le conclure de ce qui a été dit, pour un bien incertain non pas, certes, par sa
a. Potaissent hae latius et di-rtincriu: expliai, distinguendo sciticet diaitias qlae q*aennturuelpmptern,
ael nature (car je recherchais un bien stable), mais seulement quânt à son obtention (9).
pmpter h1fluen' ael pnpter libidiren, uel pmptr uaktudinen et augwenttm
scientianrn
et artian; sed hi od saun Puis une méditation assidue me conduisit à voir qu'alors, si seulement ie pouvais
bùm ,tnendtzr, qaia bays kci non rt ltau aùo accxrate inqaià. m'engager à fond, f 'abandonnais des maux certains pour un bien certain (10). Je me

a. On aurait pu expliquer cela plus longuement et en faisant plus de distinctions, selon


que la richesse est rechelchée pour elle-même, ou en vue des honneurs, ou du plaisir, ou de la
santé et du progrès des sciences et des arts. Mais cela viendra à sa place : ce n'est pâs ici le lieu
de faite une enquête si précise.

(r prosequendo: petsequendo
I G 15 etpt4nxi, on. NS n dit niew oogqemerk: Ahc,rl On
cdd, 22 possim :possem Lan G 23bae anrui, de riikdom À$: haec OnLû. Gbh.

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TRACTATUS DE INTI],LLECTUS EMENDATIONB
TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

ltse/71 supr.no vets.an penorlo a ] me cqgr rernediurq quamvis incernurl summis viribus quaerere;
voyais en effet plongé dans un péril extrême et contrâint de rechercher un remède,
ycluti aeger lethali morbo laborans, qui, ubi mortem certam praevidet ni adhibeanu reme- frlt-il incenain, jusqu'à l'extrémité de mes forces, comme un malade atteint d'une
dium, illud ipsum, quamrrs incerturrq summis viribus cogitur quaercre, nempe in eo tota
Çus affection mortelle qui, lorsqu'il voit venir une moit certaine s'il n'emploie un
sPes est sita" Illa autem omnia, quae r.r:lgus sequitur, non tantum nilum conferunt
remède, est contraint de le rechercher, fût-il incertain, iusqu'à l'extrémité de ses for-
rcmedium ad nostrum esse conservandum, sed ètiam id impediunt, et frequenter sunt
ces, puisque là réside tout son espoir. Or tous ces objets que poursuit la foule, non
causa.interitus eorum qui ea possident oet semper causa interitus eotum qui ab iis
seulement n'apportent aucun remède pour conserver notre être, mais ils y font
possidentu.
même obstacle et, souvent cause de la perte de ceux qui les possèdent, ils sont tou-
[8] Permula enim exstant exempla eorum qui persecutionem ad necem usque jours cause de la perte de ceux qui en sont possédésb (rt).
passi sunt propter ipsorum drïtias, et etiam eoruÀ quq ur opes comparareng tot periculis
Il y a en effet de ttès nombreux exemples de gens qui ont souffert la persécu-
s€se eJposuenrng ut tandem vita poenam luerent suae snrltitiae. Neque eorum pauciora
tion jusqu'à la mort à cause de ieur richesse, ainsi que d'autres qui, pour s'entichir, se
sunt ex€mpl4 qui ut honorem assequerentur aut defendereng miserriÀe passi sunt. Innu-
sont exposés à tant de périls qu'ils ont fini p^r payet de leur vie leur folie. Il n'y a pas
metanda denique exsant exemplâ eorum qu! prae nimia libidine, mortern sibi moins d'exemples de gens qui, pour obtenir ou conserver des honneurs, ont souf-
acceletavenrnt
fert de manière très pitoyable. Innombrables enfin sont les exemples de ceux qui ont
[9] videbantur porro ex eo haec {} esse mal4 quod tota felicias aut infelicias in hoc hâté leur mort par excès de plaisir.
l5 solo sita esg videlicet rn qualitate objed cui adhaeràus amore. NarrL propær illud
çod
non anxrtlrr nunqYm orientur lites, nulla erit tristitia si pereag nulla invidia si ab alio porrido-
A la réflexion, ces marx semblaient tenir à ce que tout le bonheur ou Ie malheur
ne dépend que d'une chose, la qualité de l'objet auquel I'amour nous attache. Pour
nt, nullus timor, nullum odium e! ut verbo dicam, nuliae commotiones animi. euae quidem
ce qui n'est pas aimé en effet, i-l ne naîtra jamais de querelles, L n'y aura aucune tris-
omnia contingunt in amore eorum quae perire possunq uti haec omnia de quibus'modo
tesse s'il périt, aucune jalousie sT est possédé par un âutre, aucune crainte, aucun€
locuti sumus. Sed amor eۉ rcrn altffit !\
et infnitam sola laetitia pascit animurrL ipseque haine, en un mot aucun trouble de l'âme. Voilà, certes, ce qui arrive quand on aime
20 .""T. -l.sg!* est expers; quod valde est desiderandum, torisque viribus quaerendum. des choses périssables, comme toutes celles dont nous venons de pader. Mais
[10] verum non absque ratione usus sum his verbis,-nodopsin serin &riberan.Nmn, I'amour pour une chose étemelle et infinie repaît l'âme uniquement de foie, il est pur
qr.umvis haec mente adeo dare perciperem, non poterâm tamen ideo ofitrrem avainam,
de toute tristesse ; c'est cela quï faut ardemment désirer et rechercher de toutes ses
libidinem ajsue gloriam deponere. [11] Hoc unum- videbam, <iuod, quamdiu mens circa
forces.
has cogiationes versabatur, tamdiu illa aversabatur et serio de nôvo cogitabat institr:to; quod
En vétité, ce n'est pâs sans taison que i'ai usé de ces mots : si seulement je poaaais 10
25 m4gno mihi fuit solatio. Namvidebam inarnâlz- nofl esse talis conditionis, ot..-êdii.
sêieusement (12). En effet, si clairement que mon esprit perçût cela, je ne
m'engager
pouvais cependant me dépouiller totâlement de la cupidité, du plaisir et de la gloire.
b. Haec accaratiu stnt demoaslranda.
Voici seulement ce que fe voyais : tânt que I'esprit se tournait vers ces pensées, il se 11

détournait des premiers objets et pensait sérieusement à une nouvelle règle de vie ;
ce fut pour moi un grand soulagement. Car ie voyais que ces maux n'étaient pas
d'une nature telle quTs se refusent à céder aux remèdes. Et bien qu'au début

b. Cela est à démonuer de manière plus ptécise.

1 summis r:'iribus : uit


4. r'oi" vermoogen NS fort. tois .À|n:s, $ 23 totisque viribus
l..r*"T. trlrr uit alle zijn vetmoçn À/J
: 4 quae vulgus sequin:r : naar de welken iry gemene-
liik trachten Â/J (fr. quae vulgo sequimur, y' 3, 1 6) 6 l,# pôssident all indien mar àru mag
spre!<e+slpplc, 14aparxi,on.NS:onzoP,edd. ^ff
16sipereat:zomenhetveriiest Nsfolts
padanrr) 19 ipseque onwi, in. NS: ipsague Op, edd" i2 aÀeo etidero on. NS.

68 69
t.
tl

TRÂCTATUS DE INTELLECTUS E,MENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDIIMENT

1160/81 nollent cedere. Et lquamvis in initio haec intervalla essent rara et per admodum exi- ces intervalles aient été rares et n'aient duré qu'un espace de temps très limité, pour-
guum temporis spatium durarent, postquâm tâmen verum bonum magis ac magis tant, à mesufe que Ie bien véritable me fut de mieux en mieux connu, ces intervalles
mihi innotuit, intervalla ista frequentiora et longiora fuerunt, praesertim postquam vidi devinrent plus fréquents et plus longs (13), surtout quand i'eus observé que le gain
nunmonrm acquisitionem aut libidinem et gloriam tamdiu obesse, quamdiu propter d'argent ou le plaisir et la gloire font du tort tant qu'on les recherche pour eux-
5 se et non tanquâm media ad alia quaeruntur. Si vero tanquâm media quaeruntur, mêÀes et non comme moyens en vue d'auffes choses. Mais si on les recherche
modum tunc habebunt et minime oberunt; sed contra, ad finem propter quem quae- comme moyens, ils autont alors leur limite et ne feront gr.rère de tort ; au contraire ils
runtur multum conducent, ut suo loco ostendemus. contribueront grandement à la fin pour laquelle on les recherche, comme nous le
[12] Iltc tantum breviter dicam, quid per venxn bonum intelligam et simul quid sit montrerons en son lieu.
summum bonum. Quod ut recte intelliga.tur, notandum est, quod bonum et malum et en
Je me bornerai ici à dire brièvement ce que i'entends (14) par vrai bien
12
1(l non nisi respective dicantur; adeo ut una eademque res possit dici bona et mzla même temps ce qu'est le bien suprême. Pour I'entendre correctement, il faut noter
secundum diversos respecfus, eodem modo ac perfectum et imperfectum. Nihil
que bon ef mauvais ne se disent que de manière relative, au point_qu'une seule et
enim, in suâ flatura spectatum, perfectum dicetur vel imperfectum, praesertim post- même chose peut être dite bonne et mâuvaise selon les diverses relations considé-
quam noverimus, omnia, quae fiunt, secundum aeternum ordinem et secundum cer-
rées, de même que padatt et imparfait. Nulle chose, en effet, considérée dans sa
tas Naturae leges fieri.
nafilre, ne sera dite patfaite ou imparfaite, surtout quand nous saurons que tout ce
15 [13] Cum autem humana imbecillitas illum ordinem cogitatione suâ non assequa- qui arrive se produit selon un ofdfe éternel et selon les lois déterminées de la Nature.
tur, et interim homo concipiat flâturatn aliquam humanam sua multo firmiorem, et Mais commè l'humaine faiblesse n'accède pas à Ia pensée de cet ordre et que 13
simul nihii obstare videat, quominus talem naturam acquirat, incitatur ad media l'homme, dans cet état (15), se rePréseflte une nâture humaine beaucoup plus forte
quaerendum quae ipsum ad talem ducant perfectionem. Et omne illud quod potest
que la sienne, sans den voir dans le même temps qui l'empêcherait d'acquérir une
esse medium ut eo perveniat vocatur verum bonum; summun autem bonum est eo
tèle natufe, il est incité à rechercher les moyens susceptibles de le conduire à une
20 pervenire ut ille, cum aliis individuis si fieri potest, tali natura fruatur. Quaenam autem
telle perfection. Tout ce qui peut être un moyen d'y parvenir est âppelé un vrai
illa sit aatura ostendemus suo loco, nimirum esse 'cognitionem unionis quâm mens
bien (16) ; et 1e bien suprême est de parvenir à iouir d'une telle nâture, avec d'auttes
cum tota Natura habet. individus, s'il se peut. Ce qu'est cette natufe, nous le mofitfelons en son lieu : c'est la
[14] Hic est itaque finis ad quem tendo, talem scilicet naturam acquirere eg ut multi connaissance de I'union qu'a l'esprit avec la Nature tout entière' (17).
mecum eam acquirant, conari. Hoc est, de mea felicitate etiam est operam dare ut alii
Voilà donc la fin vers laquelle je tends : acquérit une telie nature et tâcher que 14
25 multi idem âtque ego intelligant, ut eorum intellectus et cupiditas prorsus cum meo
beaucoup I'acquiètent avec moi. Autrement dit, il appartient aussi à mon bonheur
intellectu et cupiditate conveniant.
de faire que bèaucoup d'autres pattageflt ma compréhension des choses, afin que
leur enteÀdemeflt et leur désit s'accordent pleinement âvec mon entendement et
mon désit.
c. Haecfuias suo bn exp/inntun

c. Cela est expliqué (18) plus amplement en son lieu.

3 intervalla':.r,ta on. NS 15 humana imbecillitas: de zwakke mensch À{1 (pa imbecillis


homo) '!6homo om. N5' 27 esplicantur: zal verklaar worden À/J(erplicabuntur) ,fut adnut
c editoibzs trifui potest

70 71
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEIV{ENT

l}6l/t)l [15] Utque hoc fiat,'necesse est tântùm de Natura intelligere I quantum sufflcit Pour ce faire, il est nécessaire d'avoir de la Nature une compréhension suffi- l5
ad tdem naû.ram acquirendam; deinde formare talem societatem qualis desideranda, sante (19) pour I'acquisition d'une telle nature ; puis de former une société qui per-
ut quampludmi quam fa"illime et secure eo perveniant; porro, danda est opera Morali mette âu plus grand nombre possible d'y parvenir aussi facilement et âussi sûrement
Philosophiae, ut et Doctrinae de puerorum Educatione; et quia valetudo non pâr- que possible. En outre il faut s'appliquer à la philosophie morale, ainsi qu'à une doc-
5 vum est medium ad hunc finem assequendum, concinnanda est integra Medicina; et trine de I'éducation des enfants. Parce que la santé est un moyen non néqligeable
quia ârte multa, quae difficilia sunt, facilia redduntur, multumque temporis et commo- d'arriver à cette fin, il faut donner à la médecine son plein accomplissement; et
ditatis in vita ea lucrari possrunus, ideo Mechanica nullo modo est contemnenda. Sed pârce que l'art facrhte beaucoup de choses difficiles et que nous pouvons ainsi
ante omnia excogitandus est modus medendi intellectus ipsumque, quantum licet, ini- gagner beaucoup, dans Ia vie, en temps et en commodité, il ne faut nullement négli-
tio expurgandi, ut feliciter res absque errore et quam optime intelligat. ger la mécaniqued. Mais âvâflt tout, il faut réfléchit et trouver le moyen de guérir I'en-
l0 [16] Unde quisque jam poterit videre me onures scientias ad unum "ûnem {} velle tendement et, autant qu'on le peut, de le purifier (21) dès le début, afin qu'il téussisse
dirigere, sci-licet ut ad summam humanam, quam diximus, perfectionem perveniarur, à avoir des choses Ia meilleure compréhension possible, exempte d'erreur. Ainsi 16
ct sic omne illud quod in scienti,is nihil ad ûnem nostrum nos promovet anquam inu- chacun pourra déjà voir que je veux diriger toutes les sciences vers une seule
tile erit reficiendum; hoc est, ut uno verbo dicam, omnes nostrae operationes, simul et flr,' Q2): parvenir à la suprême perfection humaine dont nous avons padé. Par
cogitationes, ad hunc sunt didgendae finem. conséquent, tout ce qui dans les sciences ne nous fait en rien avancet vers notre fin
l5 [1] Sed guia dum curarnus eum consequi et operâm damus ut intellecnrm in rectam devra être re,eté comme inutile; autrement dit, en un mot, toutes nos actions
viam redigamus, necesse est vivere, proptereâ ante omnia cogimur quasdam vivendi comme toutes nos pensées doivent être dirigées vers cette fin.
regulas tanquam bonas supponere, has scilicet. Mais pendant que nous travaillons à I'atteindre et que nous nous appliquons à 17
1, Ad captum vulgi loqui et illa omnia opetari quae nihil impedimenti adferunt, ramener I'entendement dans la voie Q3) droite, il faut vivre. Aussi sommes-nous
quominus nostrum scopum âttingamus. Nam non parum emolumenti ab eo possu- contrâiilts avânt tout de poser comme bonnes ceftaines règles de conduite (24), que
20 mus acquirere, modo ipsius captui, quantum fieri potest, concedamus; adde, quod voici:
tali modo amicas praebebunt aures ad veritatem audiendam. 1. Nous mettre à la portée de Ia foule dans nos paroles et en toutes les actions qui
2. Deliciis in tantum frui, in quantum ad tuendam valetudinem sufâcit. ne nous empêchent pas d'atteindre notre but. Car nous pouvoûs en obtenir bien
3. Denique tantum nummorlrm, âut cujuscunque dterius rei quaerere, quantum suffi- des avantages pourvu que nous restions autant qu'il est possible à sa portée;
cit ad vitam et valetudinem sustentandam, et ad mores civitatis, qui nostrum scopum aioutez que nous rencontrerons ainsi des oreilles bienveillantes pour écouter la
25 non oppugnant, imitandos. vérité.
[18] Hisce sic positis, ad primum, quod ante omnia faciendum est, me accingarq ad 2. Jortr des plaisirs autant qu'il suffit (25) pour conserver la santé.
3. Enfin rechercher I'argent ou toute autre chose autant qu'il suffit pour enffetenir
la vie et la sânté, et pour suivte les mceurs de la cité qui ne s'opposent pas à notre
d. Nota, qr4od l)ic tantt/m Mm ennmerarc scientias ad. nostnm scopam necessarias, /icet ad earzm seiett
but.
non attexdam.
Ces règles étant ainsi posées, ie commencerai par m'attacher à ce qui doit être t8
e. Finis in sàentiis est tnirus, ad quem omnes sunt dirigendae,
tout : réformer l'entendement et le rendre apte à avoir des choses I'intelli-
fzult avant

d. Notez que je me contente ici d'énuméter les sciences nécessaires à notte but, sans
m'occuper de leur ordre (20).
e. Les sciences onf une fin unique, vets laquelle elles doivent toutes être dirigées.

7 unvttz on. NS 9-10 quannrm licet, initio expqgandi nnexi, sin. NS: qtantum initio liceg expur-
pndtOP,edà 10a<punxùetscopwnOP,dd. l2postÊnemGvtppLetscopum 13uno
vetbo: met weinig woorden À,/J 23 cujuscunque azz. À/J 23 quantum - 25 imitandos: als
tot d'hondethouding van 't leven, van de gezontheit, en van de zeden der burgetschap, die niet
tqçn onz ooggemerk sttijden, genoechîs NS fort quantum sufûcit ad vitam, valetudinem et mores
civitatis, qui nostrum scopum non oppugnânt, sustentandos)

72 73
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDÀTIONE TRAITE DE I-A REFORME DE I-'ENTENDEN{ENT

1362/101 ernendandum scilicet intellecnrm eumqr.re I aptum reddendum ad res tali modo intelligendas, gence nécessaire pour atteindre notre fin. Pour cela, l'ordre qui nous est naturel
quo opus est, ut nostrum finem asseqwunur. Quod ut fiag exigit ordo, quem nanrraliter habe- exige que je recense ici tous les modes de percevoir dont i'ai usé jusqu'à présent
mus, ut hic resumam omnes modos percipiendi, quos hucusque habui ad aliquid indubie pour affirmer ou nier quelque chose sans en douter (26), afrn de choisir le meilieur
afÊrmandum vel nçgandur4 ço omnium optimum eligam et simul meas vires et naturarn, de tous et de commencer du même coup à connaitre mes forces ainsi que Ia nature
5 quam perficere cupio, noscere incrpiam. [19] Si accurate attendo, possunt omnes ad qua- que je désire porter à sa perfection. A y regarder de près, le mieux est de les ramener 1ô
tuor potissimum reduci: à quâtre.
1. Est percçtio, cluam ex auditu aut ex aliquo srgno ad placitum, quod vocang habemus. 1. Il y a la perception t-irée du our-dire ou de quelque signe qualifié d'arbitùre (27).
2. Est percçtio, quam habernus ab e:çenentiâ lrag4 hoc esg ab experientr4 quae non determi- 2. IIy a la perception acquise par une expérience vague (28), c'est-à-dke pâr une
natur ab intellecn:; sed tzntum ia dicitur, quia casu sic occurrit et nullum aliud habemus expe- expérience qui n'est pas déterminée par i'entendement ; si on I'appelle ainsi, c'est
10 rimentum çod hoc oppugnât, et ideo tanquam inconcussum apud nos manet. seulement parce qu'elle se présente comme cela par hasard et que nous n'expéri-
3. Est perceptio, ubi essentia rei o< alia re conduditur, sed non adaequate; quod fig rcum vel ab mentons rien d'autre qui s'y oppose. C'est pourquoi cela reste en nous comme
aliquo effectu causam colligimus, vel cum conduditur ab aliço universali, quod semper aliqua inéb:o;nlê.
proprieus concomitatur. 3. Il y a la perception où l'essence d'une chose est conclue à partir d'une autre
4. Dariçre perceptio esg ubi rcs percipinr per soJam suam essertiarr\ vel per cognitionem chose, mais de manière non adéquate Q9) ; ce qui a lieu soit quand à partir de
15 swrc proxiflvrc câlrsae. quelque effet nous inférons la cause, soit quand on tire une conclusion de
p0] auâe omnia exernplis illustrabo. quelque universel toujours accompagné de quelque propriétér (30).
Ex auditr-r untum scio mzum natalern diern, et quod ales paj:entes habui, et similia, de 4. Enfin iIy ala perception où la chose est perçue par sa propre essence et par elle
quibus nunquam dubitavi. seule, ou par la connaissance de sa câuse prochaine (32).
Per eryerientiam vagam scio me moritumm: hoc enim ideo affirmo, qi, alios mei
"idi vixerint. J'i-llustrerai tout cela paf des exemples.
20 similes obiisse mofiem, quamvis neque omnes per idem temporis spatium
Je sais par le seul our-dire le jour de ma naissance, et que i'ai eu tels parents, et
neque ex eodem morbo obierint. Deinde per experientiam vagârî etiam scio, quod choses semblables, dont je n'ai jamais douté.
1363/111 oleum sit aptum alimenrum ad nutrien ;dr- h"-*rm, q.rodqr. agua ad èam Je sais par expérience vague que je mourrai : ie l'afftme en effet parce que
j'ai r.'u qu'avaient succombé à la mort d'autres êttes sembiables à moi, bien
qu'ils n'aient pâs tous vécu ie même laps de temps ni succombé à la même
f. Hoc canft, nihil dc caasa intelliginas praeter id qaod in efectu mnsiàaattts. paod satis qpant a( il maladie. C'est encore pai expérience vâgue que je sais aussi que l'huile est un ali-
quod am m a nii gnenlissinis Ergo datur aliquid; etgo datur aliqua
terminis eepl.iælur, nempe his:
n{/,1
ment propre à entretenir la flamme et que I'eau est propre à l'éteindre;
25 potentia etc; uel etiam ex eo quod ipsant rcgatiue expinantEtgo non est hoc vel illud slc. In secand.o casa
aliqùd musae tribaiar pnp*r ffectun, quod ckrv nncipiur, ù in exerQk ostendzmrs; rcran, nihil praetr pnpia,
non aav rci esseniia
f. Lotsque cela a lieu, nous n'avons de la cause aucune compréhension en dehors de ce
que nous considétons dans l'effet. Ce qui se voit assez du fait que la cause n'est alors expliquée
qu'en termes très généraux comme ceux-ci, Donc il 1 a qæ/qze chose, Donc il1 a quelqae pais-
ianîe, etc. ; ou encote du fait qu'on I'exprime de manière n égaive, Donc ce n'est pas ceci, ou cela, ett.
Dans le second câs, on attribue à la cause, en raison de I'effet, quelque chose que I'on conçoit
clairement, comme nous le montterons dans l'exemple, mais rien que des caractères pro-
pres (31), et non l'essence particulière d'une chose.

5 ad quatuor: tot drie 7 ex aliquo signo ad placitum, quod vocant amxi, sim. À/,f naar belie-
^/,tnoemt: ex aliquo signo, quod vocant aÀplacrtum OII a*t 9 alfuà an.
ven hebben, gelijk men't
11 Est perceptio azz. À/J 14 perceptio est on. NS 23 pneter nrr. Stan, eàd, in. NS
^lt
behalven: yoplrrr OP, VL

74 75
TRACTATUS DE INTELLE,CTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

extinguendam apta sit; scio etiam quod canis sit animal latrans et homo animal rationale, et aussi que le chien est un animal qui aboie et I'homme un animal doué de raison, et
ct sic fere omnia novi, quae ad usum vitae faciunt. j'ai appris ainsi presque tout ce qui contribue à I'usage de la vie.
[21] Ex alia vero re hoc modo concludimus. Postquam clare percipimus nos tale cor- Voici maintenânt comment nous tirons une conclusion à partir d'une autre 21
pus sentire et nullum aiiud, inde, inquan, crarc concludimus animam unitam sesse cor- chose: après avoir clairement perçu que nous sentons tel corps, et nul autre, de Ià,
pori, quae unio est causa talis sensationis; sed, quaenam sit illa sensatio et unio, non dis-je, nous concluons clairement que l'âme est unie âu corps, cette union étz;ntla
absolute inde possumus intelligere. Vel, postquam novi naturam visus, et simul eum cause d'une telle sensation ; mais en quoi consistent cette sensation et cette union,
habere talem proprietatem, ut unâm eandemque rem ad magneim distantiam mino- nous ne pouvons le comprendre par là de manière absolues. Ou encore, après avoir
rem videamus, quam si eam cominus intueamur, inde hconcludimus solem majorem appris la nature de la vision ainsi que sa propriété selon laquelle une seule et même
csse quam apparet, et alia his similia. chose lue à grande distance nous paraît plus petite que regardée de près, nous en
I0 [22] Per solam deruque rei essentiam res percipitur quando ex eo, quod aliquid concluons que le soleil est plus grand qu'il n'appauit, et âuties choses semblables à
novi, scio quid hoc sit aliquid nosse, vel ex eo, quod novi eisentiam arimae,sciam eam celles-làh (34).
corpori esse unitam. Eadem cognitione novimus duo et tria esse quinque ej, si dentur
Enûn une chose est perçue pâr sa seule essence quand, du fait que ie connais 22
duae lineae.uni terriae parallelae, eas etiam inter sese parallelas, erc. Ea amen, quae
quelque chose, je sais ce que c'est que connaître quelque chose, ou encore, du fait
hucusque tali cognitione potui intelliçre, perpaucâ fuerunt.
l5 que ie connais I'essence de l'âme, je sais qu'elle est unie âu corps (35). Par le même
[23] Ut autem haec omnia melius intelligantur, unico antum utar exemplo, hoc scili- mode de connaissance nous connaissons que deux et trois font cinq et que, si I'on a
cet' Dantur tres numeri: quaerit quis quaftum, qui sit ad tertium ut secundus ad pri-
deux lignes parallèles à une même troisième, elles sont aussi parallèles entre
mum. Dicunt hic passim mercatores se scire quid sit agendum, ut quarnrs inveniatur,
elles, etc. Toutefois les choses dont jusqu'ici j'ai pu avoir I'intellection pff une
quia nempe eam operationem nondum oblivioni tradiderunt quam nudam sine connaissance de cette sorte ont été en fort petit nombre.
Pour mieux faire entendre.tout cela, je me servirai d'un exemple unique, que 23

g. Exbu*enpbclanùdn'videa,qaodnukwtati.Nanperillamnioncnrihilintelligimrcpraetersn- voici. Soient trois nombres : on en cherche un quatrième qui soit au troisième
2ll sationem ipsam, efeclan sciliæt, ex qtr catÆam) fu q*a nihil intelliginu, nnchdzbauus. comme le second est au premier. Les marchands disent ici bien souvent qu'ils savent
h. Talis nntkio, qilan)it ætta sit, non tamm salis tvta est nii mæime mtibre. Nam, nii oprime mrmt ce qu'il faut fure pour trouver le quatrième: c'est qu'ils n'ont pas encore oublié
sibi, in emru statin incidtxt ubi miril ns ita ahtratu nncipiant, ,10t1 4iltem ?er retum arcntian, sturin ab inagina- l'opération qu'ils ont apprise par our-dire, telle quelle (36), sans démonstration, de
tioæ nnfutfurax Nan il ryod in se tlnilm er, muhiplex esse imaginartw hominet. Nam iis, quz absrrade, la bouche de leurs maîtres. D'autres, de l'expérience de cas simples, tirent une
seorsim et confuse concipiunt, nonina inrponant, qaae ab ipis ad alia nagisfanitiaia signficand*n aurpartur;
25 qto ft, at ltaec inaginentur eodem mod.o ac eas rcs imaginai nlent, qùb*s primam haec nomina inpuTennt
g. Cet exemple fait voir clairement ce que je viens de noter (33): par cette union nous
n'entendons rien en dehors de la sensation elle-même, c'est-à-dire en dehors de I'effet à partir
duquel nous avons conclu la cause, dont nous n'avons aucune compréhension.
h. Une telle conclusion, bien que certaine, n'est pourtant pas assez assurée, à moins
qu'on ne soit au pius haut point sur ses gardes. Car à moins qu'on ne se mette bien en garde,
on tombeta aussitôt dans I'etreur: en effet, quand on conçoit les choses de manière si abs-
traite, et non par leut véritable essence, I'imagination y met aussitôt de la confusion. Cat ce qui
en soi est un, les hommes imaginent que c'est multiple : aux choses qu'ils conçoivent abstraite-
ment, séparément et confusément, ils imposent en effet des noms qu'ils utilisent pour désigner
des choses plus familères. Il en résulte qu'ils les imaginent de la même manière qu'ils ont cou-
tume d'imaginer les choses auxquelles ils ont d'abotd imposé ces noms.

4 inqrcn on. NS 8 hic adnot hponi, in. Appiltn: pst5 sed OP 9 alia: meer andere
17 Dicunt-scirc: De kooplieden weten re zeggen NS (fu.mercatores scirmt
^ll'
dicce..) 20 effecnrm ûlrui, in. À,/J: effectus OP, etrættsAz., G

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TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I.{ RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

ll$4/l2l dcrnonstratione a suis magistis audiverunt. Alii lvero ab erperientia simplicium faciunt
une tègle (37) universelle : là où le quatrième nombre est manifeste de lui-même, par
ardoma universalq scilicet ubi lluarrus nrxnems per se pateg ut ilhjsZ4,3,(ubi o<petiuntur exemple dans le cas de 2, 4,3, 6, ils font l'expérience qu'en multipliant le second par
qud ducto secundo in tertium et producto deinde per primnm diviso, 6at quodens 6; et le troisième et en divisant ensuite le produit par le premier, on a Pour quotient 6, et
cum vident eundem numerum produci" quern s.ine hac operatione noverant esie proportio- comrne ils voient qu'on obtient le même nombre que, sans cette opération, ils
5 nalem, inde condudunt operationem esse bonam ad quartum fl.rnenun pt"p"niô"a.- savaient être le nombre proportionnel, ils en concluent que l'opération est bonne
scrnper inveniendum. [24 S.d mathematici, vi dernonstrationis prop. 19. lib.-7. Euclidis, pour troul'er toufours le quatrième nombre proportionnel. Mais les mathématiciens
sciunt quales numeri inter se sint proportionales, scilicet ex nattua proponionis ejusque sâvent, en vertu de la démonsttation de la proposition 19 du Livte 7 d'Euclide, quels
prcprietatg quod nempe numerus, qui fit ex primo et quano, aequalis sit numero, qd6t nombres sont proportionnels entre eux: ils le tirent de la nature de la ptoportion et
ex secundo et tertio; âttâmer! proporuonalitaæm datorum nurnerofllrn non de sa propriété selon laquelle le produit du premiet et du quatrième nombres est égal
l0 vident eg si videang non vident eam vi iltus piopositionis, sed intuitive, nullam operatia au produit du second et du troisième (38) ; et pourtânt ils ne voient pas la propof-
nern facientes. tionnalité adéquate des nombtes donnés, et s'ils Ia voient, i,ls ne la voient pas en
p5J Ut autem e'r his optimus eligatur modus percipiendi requiritw ut brwiter enume- vertu de cette proposition, mais intuitivement (39), sans faire aucune opération.
remus quae sint necessaria media, ut nostrum finem assequamur, haec scilicer Or, afin de choisir le meilleur de ces modes de percevoir, il nous faut énumérer
1. Nostram naturarr! quam cupimus perûcere, e*acte nosie, et simul tantum de rerum brièvement les moyens nécessaires pour atteindre notre fln. Les voici :
15 natura quantum sit necesse. 1. connaître exactement notfe nâtufe, que nous désirons porter à sa perfection;
2. Ut nde remm differentias convenientias et oppugrwrtias recte colligamus. connaître aussi la nature des choses, autant seulement qu'il est nécessaire
3, Ut recte concipiatur, quid possint pad quid non. 2. pour en dégager correctement ce en quoi les choses diffètent, s'accordent ou
4. Ut hoc conferatur cum natura et potentia hominis. s'opPosent ;
Et ex istis facile apparebit summ4 ad quam homo poæst pervenhe, perfectio. 3. pour concevoir correctement ce à quoi elles se prêtent ou non;
20 [26] His sic corsideratis, videamus qus modus percipiardi nobis sit eligendus. 4. pout confronter cela avec la natue et la puissance de I'homme (40).
. Quod ad p--rimum attinet, per se paæt çod ex audit', prâeterqum çod sit res admo- Et I'on facilement, à partir de là, la suprême perfection à laquelle
dum inceta, nullam percipiamus essentiam rei, sicuti ex nostro exemplo ,pp"..q et *-
ri.t- I'homme^percevt^
peut parvenir.
gularis existenta alicuius rei non noscatur, nisi cognia essentia, ut posæa viâebitw, hinc clare Compte tenu de ces exigences, voyons quel mode de percevoir ii nous faut
condudimus otrurem certitudinem, quam ex auditu habemus, à scientiis esse secluden- choisir.
25 dam. Nam a simplici auditr4 ubi non praecessit ptoptius intellectus, nunquam qus poterit En ce qui coflcerne le premier, il est de soi manifeste que par our-dire, outre que
affici la chose est tout à fait incertaine, nous ne percevons jamais l'essence de Ia chose,
ainsi qu'il ressort de notre exemple ; et comme I'existence singulière d'une chose
n'est connue que si son essence est connue, ainsi qu'on le verra pat la suite (41),
nous en concluons clairement que toute assurance tirée du ouï-dire doit être exclue
des sciences. Par le simple our-dite, en effet, sans intervention de son propre eflten-
dement (42), personne ne pourrâ )amais être affecté.

7 propottionis : evenredighet NS, ubi legitur in margine ptoportionalitas sicat in lirea 9 zz


app,ret: volgt À,/J

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TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRÂITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

l.lô5ll3l l27l'Quoad secundum, nullus etiam dicendus esg quod habeat ideam illius propor- Quant au second', on ne doit pas non plus dire de personne qu'il a l'idée de la 27
tionis, quam quaerit. Praeterquam quod sit res admodum incerta et sine fiÂe, nihil proportion quT cherche. Outre que la chose est tout à fait incetaine et non défini-
tamen unquam. tali..modo quis in rebus naturalibus percipiet praeter accidentia, quae tive, un tel mode en tout cas(44) ne feraizmats rien percevoir dans les choses natu-
nunquam clare intelliguntur, nisi praecognitis essentiis. Unde etiam et ille secludenàus relles en dehors des accidents, qu'on ne comprend jamais clairement sans la
5 est.
connaissance ptéalable des essences. Ce mode doit donc aussi être exclu.
p8] De terrio autem, aliquo modo dicendum, quod habeamus ideam rei, deinde Du troisième, en tevanche, il faut dire en quelque manière que nous avons I'idée
quod etiam absque periculo erroris concludamus; sed tamen per se non erit
de la chose, et aussi que nous concluons sans risque d'etreut; mais pourtant il ne
medium, ut nostram perfectionem acquiramus.
sera pas en lui-même un moyen d'atteindre notre perfection.
[29] Solus, quartus modus comprehendit essentiam rei adaequatam et absque Seul le quatrième mode saisit I'essence adéquate de Ia chose, et sans risque d'er-
l0 erroris periculo; ideoque maxime erit usurpandus. Quomodo .tgo rit adhibendus, ut
reur; aussi faudra-t-il en faire Ie plus grand usage. Quel emploi faut-il donc en faire
r.es inc,ognitae tali cognitione a nobis intelligantur, simulque, ut"hoc quam compen-
pour qu'une connaissance de cette sorte nous donne I'intellection des choses incon-
diose fiat, cutabimus explicare.
nues, et cela, en ouffe, le plus directement (45) possible, c'est ce que nous prendrons
Postquam novimus quaenam cognitio nobis sit necessaria, tradenda est via et
-[30] soin d'expliquer.
methodus, qua res, quae srmt cognoscendae, tali cognitione .ognor."-or.
euod ut Maintenant que nous savons quelle sorte de connaissance nous est nécessaire, il
l5 fiat, venit prius considerandum q"ôd hic non dabitur ùquisitio in infinitu-, ,.ù..t, ,rt
faut enseigner Ia voie et la méthode (46) à suivre pour acquérir une telle connais-
inveniatur optima methodus verum investigandi,
{i opus est alia methodo, ut
methodus veri investigandi investigetur, ei ut seé"ndà methodus investigetur,
sance des choses à connaître. Pour cela, la première observation qui s'impose est
qu'il n'y aurâ pas ici une enquête allant à I'infini, une enquête selon laquelle, pout
{} "pyt est alia tettia et sic in infinitum; tali enim modo nunquam ad veri cogfiitio- trouver la meilleure méthode de recherche du vrai, il est besoin d'une autre méthode
nem, imo ad nullam cognitionem perveniretur. Hoc vero eodèm modo se haËet, ac
20 se habent instrumenta colporeâ, ubi eodem modo liceret argumentari. Nam, ,rt ier-
pour rechercher la méthode de recherche du vrai et, pour rechercher la seconde
méthode, il est besoin d'une troisième, et ainsi à finfini; de cette manière, en effet,
rum cudatur, malleo opus est, et ut malleus habeatur, eum fiei necessr.iln est; ad quod
on ne parviendtatt jamus à Ia connaissance du vrai, ni même à aucune connaissance.
alio malleo, aliisque.in-strumentis opus est, quae etiam ut habeantur, aliis opus erit'ins-
En fait, il en est ici comme dans le cas des instruments matériels (4Q, qui pourraient
trumentis, et sic in infinitum; et hoc modo frustra aliquis ptobare .o.r"r.ù. homines
nullam habere Potestatem ferrum cudendi.
donnet lieu à la même argumentation. Par exemple, pour forger le fer, il est besoin
[31] Sed, queÀadmodum homines initio d'un marteau et, pour avoir un mârteau, i-l est nécessaite de le fabriquer; pour cela il
25 innatis instrumentis quaedam.!?r#^u, q"rm"i9 raboriose er imperfecte, facere qui- est besoin d'un autre marteau et d'autres instruments, et pour avoir ceux-ci à leur
l1h6/14lt verunq iisque confectis alia difficiliora minori labore et perfectius'confe lcerung a'sic tout, il sera besoin d'auttes instflrments, et ainsi à I'infini; et de cette maniète on
s'efforcerait de ptouver que les hommes n'ont aucun pouvoir de forger le fet, mais
en vain. En réalité, de même que les hommes, au début, avec des instruments nâtu-
. t' Hic al'i4unto pnlixias agan
dtam examinabo,
de experientiq et Enpiicorun et rccntiun phiksEhorau pmcedendi metbo-
rels, ont pu faire certâines choses très faciles, bien qu'avec peine et de manière
imparfaite, puis, une fois celles-ci façonnées, efl ont fâçonné d'autres plus difficiles
avec moins de peine et de manière plus parfaite, et ainsi, progressânt par degrés

i. Ici je taitetai de l'expérience de manière un peu plus développée; et j'examinetai la


méthode et la manière de procéder des Empiriques et des philosophes récents (43).

Iillius: van eniç À/J 16 verum investigandi: van de vzaarheit À/J 1,6. r,g aptnxi, on. NS:
w2n o.P' edd. 16 investigandi: æ vinden (fott nvenendt) 27 post F,rnptrco"i" naa, ws a,
alles door ervarentheid willen dm

80 81
TRÀCTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE
TRAITE DE I-A REFORME DE L'ENTENDEMENT

lfadabrn, ab openbus simpliossimis ad insmmenta, et ab instnrmentis ad alia opera et instru-


mcna pergendo, eo Pervenemnt ut tot et tam dif6cilia parvo labore perûcianq ii. .tlr- int+ des ouvrages les plus simples aux instruments, et des instruments à d'autres ouvra-
lcchrs, \i
sua nativ4 facit sibi instrumenta intenectuâia quibus alias rd ,ti, 6., ges et instruments, sont pârvenus à parachever tant de choses et de si difficiles avec
bperaintellecnulia et o<iis opetibus aliairsuumerrt4 seupotàatern uherius ".qoiri o ri. peu de peine ; de même aussi I'entendement, pâr sa propre force nativek, se forme
gradftim petgit, donec sapientiae crimen atringar
-o=lgai des instruments intellectuels âu moyen desquels il acquiert d'autres forces pour d'au-
p4 Qt"d autern intellectus ita sese habeaq facile etit viderg modo inælliganr quid sit tres ouvrages intellectuels' (48), et de ces ouvrâges tire d'autres instruments, c'est-à-
rnvestigandi et quaenam sint illa innata instrumentâ, quibus taitum Jget ad dire le pouvoir de pousset plus loin sa recherche, et ainsi progresse par degrés jus-
ryùodys
alia ex i.is -verum
instrumenta conâcieÀda, ut ulterius procedar Ad quoâ âstendendum sic pro- qu'à ce qu'il atteigne le faîte de la sagesse.
ccdo. Or, qu'il en soit ainsi de I'entendement, il serâ facile de le voir, poun'u qu'on
t0 pI Ido'".'" (rabernus enimideamve',m) est diversum
çid a suo ideato (nam aliud est entende ce qu'est la méthode de recherche du vrai, et quels sont précisément ces ins-
citculus, aliud idea ciru:li; idea errim circuli non ét aùqurd habens peripheriam ei centrum
uti truments naturels qui lui suffisent comme point de départ pour en façonner d'au-
citculus, nec idea coqporis est ipsum corpus); et cum sit quid divàum a suo ideato, erit tres, afin d'aller plus avant. Voici comment fe procède pour le montrer' (49).
etiam per se aliquid rntelligibile. Hoc esg iâe4quoad suam Ëssentiam fomalem, potest esse Une idée vraie (et nous en âvons (50)) est quelque chose de différent de ce dont 33
ob;ectum altetiw essentiae objectivae, et nrsLrs haec altera essenda objectiva erit àûr4 in elle est l'idée. En effet, une chose est le cercle, autre chose I'idée du cetcle ; car I'idée
se
l5 q'xd rcale et grteligibile, et sic indefinite. perrus, ex gr., est qurd reale; vera âutem du cercle n'est pas quelque chose qui a une circonférence et un centre, comme Ie
:P*:g
idea Petri est essentia Petti obiectiv4 et in se
[34]
jio*."- ab ipso peto. cum
çidreale .t cercle, et I'idée du corps n'est pas Ie colps lui-même. Et puisqu'elle est quelque chose
!ta+r: id€aPefti sit +ud reale, habens;,r3r1t o"-*ti^- peculiarera"-nn5 ait aiam de différent de ce dont elle est I'idée, elle sera aussi par elle-même quelque chose d'in-
çià nte[igibile, id
cst.objectum alterir:s ideae, quâe idea habebitin se objàctive omneid quod idà peui haia for- telligible. Autrement dit, I'idée, prise dans son essence formelle, peut être I'objet
maliter;. et runus d:n
.1u".
est ideae Petd, haba iterum ,*-
...*tir.q quae etiam potest d'une autre essence objective (51) et, à son tour, cette autre essence objective sera
20 csse- objecnrm alterius ideae, et sic indefinite. aussi, considérée en elle-même, quelque chose de réel et d'intelliible, et ainsi indéfi-
e""d qoir+* p"rest experi4 âum videt se scire
çid sit Pems, .t etiam scirc se scire, .t.r**
..it s. .*. qù
..4 .t.
unàe corstat quod, ut niment. Pierre, par exemple, est quelque chose de réel ; l'idée vraie de Pierre est I'es-
sence objective de Piere et, en elle-même, quelque chose de réel et d'entièrement dif-
férent de Pierre lui-même. Puisque f idée de Pierre est quelque chose de réel, qui a sa
, .k. Per uim tativam inleligo ilhd quod ia noùis a causis *"lazis <natt> cal.tsatilti quodqaepostea in mea phi-
bEhia xplicabinas.
propre essence particulière, elle sera donc aussi quelque chose d'intell.igible, c'est-à-
dire I'obf et d'une autre idée, idée qui aura en elle objectivement tout ce que I'idée de
l. Hic wcanrîlr uperq in nea phik:Ebia, qaid tint, exptiabian Pierre a formellement ; et, à sofl tour, I'idée qui a pour obfet I'idée de Piere a derechef
m. Not4 quod bic illn lantilm aîabiml4r ostendat id
Eroà nodo dixi, ud etiatn not buczsqzc æctepmîeiirre, sâ propre essence, qui peut aussi êtte l'obiet d'une autre idée, et âinsi indéfini-
cl tinsl alia scitl aaldc neæssaia.
ment. C'est ce dont chacun peut faire I'expérience quand il voit quI sait ce
qu'est Pierre et qu'il sait aussi qu'il le sait et, encore, sait qu'il sait qu'il le sait, etc. D'où
il est manileste que, pouÎ que I'entendement comprenne I'essence de Pierre,

k. Par force native, j'entends ce qui en nous n'est pas causé par des causes extérieures;
nous I'expliquerons plus tard dans ma Philosophie.
l. Je parle ici d'ouvrages; dans ma Philosophie j'expliquerai en quoi ils consistent.
m. Notez que nous ptendtons soin de montfer ici non seulement ce que je viens de dire,
mais aussi que nous avons procédé jusqu'ici coffectement, ainsi que d'autres choses qu'il est
rout à fait nécessaire de savoir.

4 tanh open pawi : oP ante hal:et 8 Ad quod ostendendum : om die te toonen À/J
intellectsalta
(ott Ld qne ostendenda) 10 nam - 12 corpus intriparcntbein pasui 21 et etiam sùe: en
<xrk weet (frt et etiam scit) 22 non srppl. G: on. Op,'Ng Ba VL 22.24 mea ont. NS

83
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE
TRAITE DE LA REFORME DE L'ENTENDEMENT

li67/l5l intelligatur essentia Petri,,non sit necesse rp.*r ideam petri ntelliçte,
I et multo minus
idcam ideae Petri quod idem est, ac si dicerem non esse op's, il n'est pas nécessaire (52) qu'il comprerine I'idée de Piere elle-même, et bien moins
ut sciam, quod sciam me encore I'idée de I'idée de Piere ; ce qui revient à dire que, pour savoir, je n'ai pas
scire, er muito minus esse opus scire guod sciam me ,.d.,
;"; quam ad intelri- besoin de savoir que je sais, et j'ai encore bien moins besoin de savoir que je sais que
gendam essentiam trianguli opus sit essentiam circuli'intelligere. "r4i;
S.JËrrt
5 his ideis; nam, ut sciaÀ me scire, necessario debeo prius - -
--.-
"rio-
darur in je sais, pas plus que pour comprendre I'essence du triangle il n'est besoin de com-
. ;t prendre I'essence du cercle'. C'est [e contraire qui a lieu dans le cas de ces idées:
Hinc pateg qud certitudo nihil sit praeter ipsam essentiam objeaivam;
.[35] id esq pour savoir que je sais, en effet, ie dois nécessairement d'abord savoir.
modus, quo sentimus essentiam formalem, eit ipsa ..nitudo.
unde iterum pateq quod
ad certjtudinem veritatis nullo alio signo sii opus, quâm veram
habere ideam; nam, uti
Il en ressort que la certitude n'est rien en dehors de I'essence obiective elle- J)
ostendimus, non opus.esr, ut sciam,"quod r.ià- même ; je veux dire que Ia modalité sous laquelle flous avofls le sentiment de I'es-
-è ,*..
e" q,iÈ". ;r- patet nemi_
t0 nem Posse scire çid sit summa ceninrdo, nisi qui habet rdr.d;id;^" aut essentiam
sence formelle (54) est précisément la certitude. D'où il ressort aussi que, pour la
obiectiv-am alicujus rei; nimirurrq quia idem .rt ..nit rdo certitude de la vérité, il n'est besoin d'aucun autre signe que la possession de l'idée
., ..ri.r,i. obi..,irr .
vtaie ; en effet, comme nous I'avons montré, fe n'ai pas besoin, pour savoir, de
. [36] cum itaque. veritas
objectivas,
nuilo egeat signo, sed sufficiat t^u.r. .rr.rrti"s renrn
savoir que je sais. De cela il ressort encore que personne ne peut savoir ce qu'est la
auq quod.idem est, ideas, ,r"t o-nË tolatur dubium, ti".
non est method
..q** quod vera plus haute certitude sinon celui qui a I'idée adéquate, c'est-à-dire I'essence objective,
,sveramethodu..iiËiHr,;1ii!;i.,'..::.ïrïïË:f"ï.Ë*.iiiJ:i"ffiî chose ; c'est évident, puisque la certitude et l'essence obiective, c'est tout
illa idem significant) debito ordine "quaerantur. 1:.0""0".
[3f Runus methodus necessarioiebet loqui de ratiocinatione aut de intellectionq id Aussi, puisque la véntê n'a besoin d'aucun signe et qu'il suffit, pour dissiper
esq methodus non est ipsum ratiocinari ad rntelligendum
causas r.-À, .,Lrrr,o minus est
tout doute, de posséder les essences objectives des choses ou, ce qui revient au
td intelligcre câusas rerum; sed est intelligerg même, leurs idées, il s'ensuit que ce n'est pas Ia vraie méthode que celle qui consiste
20 iurd sit vera idea, .rÀ1.^.,..i, percep- àrechercher le signe de la vérité après l'acquisition des idées : la vraie méthode est la
11:tU-lasunsuenao
eiusque naturam ,rt ird. ,ros't l"t uig..ra^pot ir-
uam noscamus et mentem ita cohibeamus, ^l.tigàao,
ut ad illam nofinarn "- i.ri.lligri qrr.
voie à suivre pour rechercher la vérité elle-même, ou les essences objectives des
sunt intelliçnda "m"i" ne mens inu_
auxili4 certas regulas et etiam facienao choses, ou leurs idées (tous ces termes ont la même signification) dans I'ordre
99.19",
tilibus deâtigenu. p8] unde.oritgit*, methodum;r.,ï aiJ.*" requis" (55).
refle-
""i."g",i""em |
La méthode, revenons-y (56), doit nécessairement parler du raisonnement ou 31
de l'intellection. Je précise : la méthode n'est pas I'acte même de raisonner pour
n' Noa qnd b111n n41i7nu: qwnodopina asentia oQeaiaa tobù innata it Nau idprtinet comprendre les causes des choses et bien moins encore I'acte de comprendre les
25 tigationen Naturae, uli balcfiius explicantar'et inul utenditur qaol praew ifuan, nulk
ad iraes
datur afitwatio
causes des choses ; elle consiste à comprendre ce qu'est une idée vraie, en Ia distin-
nequ negatio neqae dla uollntas. guant de toutes les auues perceptions et en étudiant sa nâture, afin que, parlà (57),
o. puid qaaaen in anima sit explicatur fu nea pltiksophia. nous prenions connaissance de notre pouvoir de comprendre et astreignions I'esprit
à comprendre selon cette norme tout ce qu.i est à comprendre, lui fournissant
comme secours des règles déterminées et lui épârgnant âussi d'inutiles farigues.
D'où I'on conclut que la méthode n'est rien d'autre qu'une connaissance réflexive,

ls
n. Notez que nous ne cherchons pas ici comment la première essence objective est innée
rq en nous. Car ceia relèr'e de l'étude de la narute, où ces questions sont expliquées plus ample-
ment, et où I'on montre en même temps qu'en dehors de I'idée il n'y a aucune affitmation ni
négation, ni aucune volonté (53).
o. En quoi consiste cette techerche dans l'âme, je l'explique dans ma Philosophie.

21 ad ilbm nofinâm: naat die reçl en naar dzt rechsnoer À/J


27 explicatur: zaJ.,, verirda:rtt
wonden À/J (explicabirur); mea om. NS

84
85
TRACTATUS DE INTELLECTLTS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDBMENT

l36tl/161 xivam, aut ideam ideae; et qurâ non datur idea ideag nisi prius detu idea"
ergo methodus ou I'idée de I'idée ; et parce qu'il n'y a pas d'idée de I'idée s'il n'y a d'abord une idée, il
non dafjtur nlsi ptius deturidea. Unde illa bona erii m.Âodus, q.,". o.r..r&t n'y aura donc pas de méthode s'il n'y a d'abord une idée. Par conséquent, ce serâ
quomodo
mens diriçnda sit ad daae verae ideae noflnân. porro cum Liio, q*. une bonne méthode que cel,le qui montre comment I'esprit doit être dirigé selon la
est inter duas
ideas, sit eadem cum-ratione, qlrae est inter essentias formales idearurn norme d'une idée vraie que nous avons (58). Poursuivons : comme il v a le même
ilatom, inde sequi-
s nr^ qod cognitio reflexiv4 quâe est ideae entis perfectissrrni, prâestantior
erit cognidone rapport entre deux idées et entre les essences formelles de ces idées, il s'ensuit que la
reflexiva caeterârum idearum; hoc est, perfectisiima ea .rit rriethodus
qrrq rd iao. dr* connaissance réflexive qui porte sur l'idée de l'être le plus parfait sera supérieure à la
ents perfectissimi ostendit quomodo mens sit dlrgenda connaissance réflexive de toutes les autres idées ; auttement dit, la méthode la plus
"9."Trt9
[3E E" hit !3te inætfigitur quomodo mers, plua lnæli;genaq atâ simul acquirat irstru- parfaite sera celle qui montre cornment l'esprit doit être dirigé selon la norme de
mentq çibus facilius.pegat inteiligere. Narn, ut o
A.tir li*i.ollig..., debet ante omnia in I'idée que nous âvons de l'être le plus parfait.
10 nobis existere vera ide4 tanquâm-innatum instrumentum, q.,a iit
uécta intellgatur simul Dès lors on comprend facilement comment I'esprit, en comprenant plus de
dirgrerlta quâe est mter taiem petcçtionern et eetef,âs omnes.
eua in re corsistit una choses, acquiert du même coup d'autres instrumeflts à I'aide desquels il lui est plus
methodipars' Et cum per se darum sitmentern eo meiius se intelig;, quo plura de Natura faciJe de progresser dans la compréhension (59). En effet, ainsi qu'on peut conclure
inteiligjt, inde corstat hanc methodi par.tern eo perfectiorem r"*,
Àà" du", i"æ1git, a
d" de ce qui précède, il doit avanr tout exister en nous, comme un instrument inné.
fore perfectissmarrL cum mers-ad cogltiànern nnts perfatissimi âftendit
sive rcflectit une idée vraie, dont 1a comptéhension fait en même temps comprendre la
15 [a0] Deinde, quo plura mens nor'rq eo melius .t ,*.
oir., et ordinem Naturae rnæIigiq différence entre une telle perception et toutes les autres. En cela consiste une pre-
q'ro autem melius suas.vires intelligpg eo facilius potest seipsam dirigere et regtrJas
nerc; et quo melius ordinem Natr.rae inteligit, eo facilius potest
sibi proff mière partie de la méthodè. Et èomme il est évident que I'esprit se comprend d-'au-
ràb irrrr,ilii* .ottiU.r.. lo tant mieux qu'il comprend plus de choses concernant lâ nature, il en résulte que
çibus toa consistit metlodus, uti diximus." cette partie de la méthode sera d'autant plus parfaite que l'esprit comprend plus de
[41] Adde quod idea eodern modo se habet objective ac iprsius idean:m se habet realiter. Si choses, et qu'elle sera 1a plus patfaite quand I'esprit s'applique, ou réfléchit, à la
20 ergo daretur aliquid in Natura nih.il commercii haÉen, *
âûi, rebus, ejus etiam connaissance de l'être le plus parfait. Ensuite, plus l'esprit possède de connaissan-
{} essentia
quae convenire omnino deberet cum fonnali, nihn eti^m octmÀercii haberet
9Pj*i"a cum ces, mieux il comprend et ses propres forces et I'ordre de la narure. Or, mieux il
aliis ideis, id esg nihil de ipsa poterimus concludere. Ei contr4 q*.
trrb.rt commercium comprend ses propres forces, plus il lui est facile de se diriger lui-même et de se pro-
cum aliis rebus, uti. omnia quae in Natura existunt,
9'nt.
essentiae objectivae idem habebuntcommerciurr\ id esq aliae
-,aig*t ,,, et ipsorum etiam poser des règles ; et mieux il comprend I'ordre de la nature, plus il lui est facile de
ideË ex  ddo...rr*, q*" s'abstenir de démarches inutiles. En cela consiste toute la méthode, comme nous
I'avons dit (60).
Aioutez qu'il en est obiectivement de I'idée comme il en est réellement de ce
25 p. Connmian haben un aliis rvbas utpnd*ci mt aliapmdamz.
41
ab atiis, dont elle est I'idée. Si donc Ly avait quelque chose dans la nature qui n'eût aucun
commerce avec d'autres choses, son essence objective, qui devrait s'accorder entiè-
fem€nt avec I'essence formelle, n'aurait elle non plus aucun commerceP avec d'au-
tres idées, c'est-à-dire qu'elle ne donnerait Lieu à aucune conclusion. Au contraire, les
choses qui ont commerce avec d'autres, comme c'est le cas de toutes celles qui exis-
tent dans la nature, seront objet d'intellection, et leurs essences objectives auront
le même commerce, c'est-à-dire que d'auttes idées s'en déduiront, lesquelles

p. Avoir commerce âvec d'âutres choses, c'est être ptoduit par d'autres choses, ou pro-
duire d'autres choses.

9 pergat intelliçre: met te verstaan voongaat NJ inteliçndo)


fort, pergat 20 eapunxt, on. NS':
si datur Ol si daretur G

86 B7
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE
TNATÉ DE I.A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

1169/17l literum habebunt commercium cum aliis, et sic instrument4 ad procedendum


ulterius,
cfescent. Quod conabamur demonstrare. auront à leur tour commerce avec d'autres, et ainsi s'accroîtront les instruments
pour aller plus avant. Ce que nous nous efforcions de démontrer. En outre, de ce
. [4{ Porro er< hoc ukimo, quod diximus, sciliceg çod idea omnino cum sua essentia for- que nous venons de dire, à savoir que l'idée doit s'accorder entièrement avec son
mali debeat convenire, patet iterum ex eo, quod, ut'mens
referat Naturae
5 exemplar, debeat omnes suas ideas producel ab e4 quae ..r.r "or*-o*ino
otigi.r.; et fontem totius
essence formelle (61), il ressort aussi que, pour que notre esprit rapporte (62) entiè-
Naturae, ut ipsa etiam sit fors caeteàmm ideanrm. rement le tableau de la Natute, it doit produire toutes ses idées à partir de ceiie qui
Hi. fote aliquis mirabitur,quod nos, ubi diximus bonam methodum earn rapporte I'origine et la source de la nature tout entière, de sorte qu'elle soit elle-
[€ esse,
quae. ostendit quomodo mens sit- dirigenda ad même aussi la source de toutes les autres idées.
datae verae ideae hoc ratioci-
*d9 probemus; id quod ostendere i,idetw.hoc p.. ..
.rr. "àÀ^,
;;.
Atque adeo
Ici l'on s'étonnera peut-être : ûous avons dit que Ia bonne méthode est celle qui 43
l0 qtaeri poæst utrum nos bene ratiocinemur. Si bene i"ti".i"am*, """
à.beÀs incipere a data
montre comment I'esprit doit être dirigé selon la norme d'une idée vraie donnée, et
idea" et cum incipere a data idea egeat demonstratione, nous le prouvons en raisonnant ; ce qui semble montrer que cela n'est pas connu de
deberemus iterum nostrum rado-
cinium probare, et tum iterum ilùd alterum et sic in infnitum. soi. Aussi peut-on demander si nous raisonnons bien. Si nous raisonnons bien, nous
Sed ad hY respondS quod si devons partir d'une idée donnée, et comm€ un tel point de départ exige une
.t44] çus, fato çodarn" sic processisset natutam investi- démonstration, nous devrions prouver à son tour notre raisonnement, puis ce
gando, scilicet ad datae verae ideae.to*r- alias acqure.rdo
ideas debito ordine, n'nquâm
t5 de sua veritate rdulrgsseg eo quod-veritar, otl o.t!.rai-or,
;p;;;.facig
et etiam
second taisonnement à son tour, et ainsi à l'infini. A quoi ie réponds : si quelqu'un,
sponte omnia ipsi affluxissent. Sed quia hoc nunquam par fe ne sais quelle chance, avait procédé ainsi dans l'érude de Ia nature, ie veux dire
,rt ,"ô conùryig ideo .o"* en acquérant d'autres idées dans I'ordre requis seion ia norme d'une idée vraie
fui illa sic ponere, ut illud, quod non pâsso-or r",o, po.*à;;;;;."sirio acquira_
mus, et simul ut ad probandam veritatem et bonum r"tio.irrir,m, nulis nos donnée, famais il n'aurait douté de la vérité qu'il aurait possédéeq (63), parce que 1a
^pp^rerct" vérité, comme nous l'avons monffé, se manifeste d'elle-même, et aussi tout lui serâit
çgere instrumentis nisi ipsa veritâte et bono ratiocinio. N"^, u"""À.",iocinium
bene
20 ratiocinando comprobavi et adhuc probare conor. Adde, q""â.,i"-
i,o. modo homines
venu d'un cours spontâné (64). Mais puisque celz n'arrive jamais, ou n'arrive que
æsr.ref,ant mediationibus suis internis.' rârement, f'ai été contraint d'avancer les considérations précédentes, pour que nous
[4{ Ratio auterrl cur in Naturae inquisitione raro contingat ut debito otdine ea investi- puissions tout de même acquérir par un dessein réfléchi ce que nous ne pouvons
getur' est proptet ptaejudicia, quorum câusas postea in"nostra avoir par chance, et pour fase appara3tre en même temps qu'afin de ptouver la
Philosophia explicabi-
mus;,deinde, g*,."p": est mâgna et vérité et le bon raisonnement, nous n'avons besoin d'aucun instrument si ce n'est de
25 quod valde est laboriosum; dlnique. ^ccwat:distirr.tiorr.,
.i;;;;;;.tendemus,id la seule vérité et du bon raisonnement. Car c'est en raisonnant bien que f'ai
prop-ter statum refl'n humanarum, qui, ut jam
ostensum est' prorsus est mu,"biris. Sunt adhuc ariae mtiones, approuvé le bon raisonnement et que je m'efforce encore de le prouver. Ajoutez
quâs non inquiri;us.'
qu'ainsi les hommes s'âccoutument également à méditer en eux-mêmes. Quant à la
raison pour laquelle il arrive rârement dans l'étude de la nature qu'on I'explore selon
q. Siai etian bic non dubitamus de nostra aritaîe. I'ordre requis, cela vient des préiugés, dont nous expliquerons les causes plus tard
dans notre Philosophie (65) ; ensuite c'est qu'il faut beaucoup d'attention et de dis-
cernement, comme nous le montrerons plus tard, ce qui exige un grand effort;
enfin cela vient de l'état des affaires humaines, tout à fait instable, comme iel'ai dêià
montré (66). Il y a encore d'autres raisons, que nous ne cherchons pas.
v
*:
'I::
i q. De même aussi que nous ne doutons pas, ici, de la vétité que nous possédons.

4 cx eo oa' NS, t4- G 9 adeo : hier À/J 14 ideas on. NS et ahas nale interprvtauit ueùnfu op
cenandere wijze, dan volçns de behotelijke ordening (fort in nt ideas dcnu) z5 ft51ur. i*^ *t
20 Adde

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89
TRACTATUS DE ]NTELLECTUS ET{ENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

13711/ltll [46] Si quis forte quaetat cur ipse statim ante omnia veritates naturae isto ordine
Si quelqu'un demande, Peut-être, pourquoi j'ai moi-même commencé tout 46

ostenderim (nam veritas se ipsam patefaciQ, ei respondeo simulque moneo ne, propter d'abord par montrer les vérités de la nature dans cet ordrelà (67), puisque Iavêtité
paradoxa quâe forte passim occurrent, eâs velit tanquam falsas rejicere; sed prius se manifèste d'elle-même, je lui téponds en lui conseillant de bien vouloir ne pas les
dignetur ordinem considerare quo eas probemus et tum certus evadet nos verum asse- reieter comme fausses à cause des paradoxes qrri se trouveront Peut-être çà et 1à;
5 quutos fuisse. Et haec fuit câusa cur haec praemiserim. qu'il consente d'abord à observer l'ordre suivi pour 1es prouver, et alors il finira par
devenir certain que nous âvons atteint le vrai. Voilà pourquoi i'ai mis cel2 en
[47] Si postea forte quis Scepticus et de ipsa prima veritate et de omnibus, quas ad
nofinân primae deducemus, dubius adhuc maneret, i.lle, profecto, âut contra conscien- premier.
tiam loquerur, âut nos fatebimur dari homines penirus etiam animo occaecatos a nad- Si par la suite quelque scePtique, Peut-être, demeurait dans le doute sur lâ pre- 47

vitâte âut a praejudiciorum causa, id est, aliquo externo casu. Nam, neque seipsos mière vérité elle-même comme sur toutes celles que nous déduirons en prenant
l0 sentiunt: si aliquid affirmant vel dubitant, nesciunt se dubitare a:ot affumare; dicunt se pour norme la première, c'est assurément qu'un tel homme parlera contre sa cons-
nihil scire; hoc ipsum, quod nihil sciunq dicunt se ignorare. Neque hoc absolute èi.rr.., oo alors nous âvouerons qu'il y a des hommes dont l'esprit aussi est complè-
dicunt: nam metuunt fateri se existere quamdiu nihil sciun! adeo ut tandem debeant tement aveugle de naissance ou du fait des préjugés, c'est-à-dire de quelque
obmutescere, ne forte aliquid supponant quod veritatem tedoleat. [48] Denique, cum influence éttangère. D'abord, en effet, i1s n'ont pas de sentiment sul eux-mêmes ;
ipsis non est loquendum de scientiis; nam, quod ad vitae et societatis usum aninet, s'ils affirment quelque chose ou s'ils doutent, ils ne savent pas qu'ils doutent ou
15 necessitas eos coëgit ut supponerent se esse, et ut suum utile quaererent er, iure- qu'ils affirment ; ils &sent qu'ils ne savent den, et cela même, qu'ils ne_savent rien, ils
jurando multa affirmarent et negarent. Nam si aliquid ipsis proberur, nesciunt an dir.nt qrr'il. I'ignorent; de plus, ils ne le disent pas de maniète absolue, car ils ont
probet aut deûciat argumentatio; si negant, concedunt aut opponunt, nesciunr se peur d'âvouer qu'i-ls existent tout en ne sachant rien, si bien qu'ils doivent finale-
negare, concedere aut opponere; adeoque habendi sunt tanquâm automatâ, quae m€nt se taire pour ne pas risquer d'admettre quelque chose qui â-it senteuf de vérité.
mente omnino carent. En définitive, âvec eux, il ne faut pâs pader de science, car Pour ce qui touche 48

20 [49] Resumamus jam nostrum propositum. Habuimus hucusque, primo, finem ad I'usage de la vie et de la société, ia nécessité les a conttaints à admettre qu'rjs existent,
guem omnes nostras cogitationes dirigere studemus. Cognovimus, secundo, quaenâm à rechercher ce qui leur est utile, à affirmer et à fiief sous sefinent bien des choses.
sit optima perceptio, cujus ope âd nostrâm perfectionem pervenire possimus. Cogno- De fait, si on leur prouve quelque chose, ils ne sâvent pas si l'argumentation est pro-
vimus, tertio, quaenam sit prima via, cui mcns insistere debeat, ur bene incipiat; quae bante ou déficiente. S'ils nient, concèdent ou obiectent, ils ne savent pas qu'ils nient,
est, ut âd nofinâm datae cujuscunque verae ideae pergat, certis legibus, inquirere. concèdent ou objectent. Aussi faut-il les tenit Pour des âutomates, entièrement
25 Quod ut recte fiat, haec debet methodus praestare. Primo, veram ideam a caeteris dépourvus d'esprit (68).
omnibus perceptionibus distinguere et mentem a caeteris perceptionibus cohibere. Reprenons maintenant notte proPos (69). Jusqu'ici nous avons, en premier lieu' 49

posé la fin vers laquelle nous nous employons à diriger toutes nos pensées. Nous
à.rons, e., second lieu, reconnu quelle est la perception 1a meilleure nous permettânt
de parvenir à notre perfection. Nous avons reconnu, en troisième lieu, quelle est au
.oÀ-.tt..-.nt la voie dans laquelle I'esprit doit s'engager pour prendre un bon
départ; cette voie, c'est de menet sa techerche suivant des lois déterminées, afin que
l'eiprit progresse selon la norme d'une idée vraie, quelle qu'elle soit, .que nous
avons (70;.-Pour que cela soit fait correctement, voici ce que Ia méthode doit
assurer : premièrement, distingrrer I'idée vraie de toutes les auttes percePtions
et préserver I'esprit de ces autres Perceptiôns; deuxièmement, fournir des règles

1 cut ipse OP, À/.t C; cur nonipse corr. P, tim. Bx, 11, 3 eas nm.xi, NSbnat : ea OP, G 3 fal-
sas nmxi: fùsa OP 10 dicuntl : voegen 'er noch by (ÉrL addun! 20 habuimus : heb-
[:en À[f (rabemu s) ^ff
21. 22 cognovimus : weten À/.Ç (cognoscimus)

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TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

l17t /lel secundo, uadere rqulas, ut res incognitae ad talern nornam perci piantur. Teniq ordinem
I pour percevoir les choses inconnues selon une telle norme ; uoisièmement, instituer
constituete, ne inutilibus defrtjgernlr. Postquam hanc methdum r,rdlmus, qruno, un ordre pour nous éviter d'inutiles fatigues (71). Une fois cette méthode connue,
lT: T.{d.r- perfectissimam futurarn" ""1-*,
habuerim.rs ideam entis p.rf..ti.rir.ri. u.rd. nous avons l'u, en quattième lieu, que cette méthode sera la plus parfaite quand nous
initio illud erit maxime observandum, ut"bi
quânto ocius ad cogrutionà aris entis perve- aurons atteint I'idée de l'être le plus parfait (72).Par conséquent, dès le début, il fau-
niamus.
dra principalement prendre soin de parvenir le plus vite possible à la connaissance
iaq'e a pnima
[50] kropiamus parte
quae est, uti diximus, distaguere et sepaf,are d'un tei être.
idSm vqaq a caeteris perceptionibus, et cohibere mentem ne &lsas, 6càs et dubias cum
Commençons donc par la première partie de la méthode, qui consiste, nous
vetis.confirndat çod urcr:nque fi.rse hic oçlicarc animus esg ut lectores éetineam in cogitatione
I'avons dit, à distinguer et à séparer I'idée vraie de toutes les autres perceptions et à
rci adeo necessâriâe> .t aiam quia multi r*jt
çi
vel de veris dubiar4 er< eo quod nonZtend. empêcher I'esprit de confondre les fausses, Ies fictives et les douteuses avec les
l() nxrt ad disunctionern quâe est inter veram perceptionern et alias omnes. Aàeo ut sint veluti
vraies ; ce que j'ai en tout cas I'intention d'expliquer ici amplement, afin de retenir
homines qui, cum vigilarent, non dubitabânt se vigilare; sed postquam semel in
*-rrii., les lecteurs dans Ia pensée d'une chose si nécessaire, et aussi pârce que nombreux
u1 putarunt se certo vigilffe, quod postea Frl.,rm ...ê ..pË.i.b".rt, etiam de suis
lppe-ûc sont ceux qui doutent même des idées vraies pour n'avoir pas porté leur attention
vigiliis,dubitarunq quod .qrrg,
sr" .rur,q*- distinxen:nt inter somniurn., ulgilirro sur ce qui distingue la perception vraie de toutes les autres. Si bien qu'ils sont
[51] Inærim rnoneo me hic essendam uniu:culusque percçtionis, o-q* p.rîrirr,r- comme des hommes qui, éveillés, ne doutaient pas d'être éveillés, mais qui, après
:t]am ?usam, ryn quia hoc ad philosophiam pertineg sed tarrtrm taditun m
1.5
avoir cru une fois dans leurs rêves, comme il arrive souverit, qu'ils étaient sûrement
id çod.methodus po_:tu1ât,
id
og qr* É"..pri" fict4 iarsa et âubia .r...*,., o qoo- éveillés, et reconnu ensuite Ieur ereur, se sont mis à douter même de leurs
modg_1lyuquâque liberabimur. Sir ^àtc,
itâ{ue pti-^ i"quiriri" circa ideam ficarn ^y^nTcela parce qu'ils
états de veille ; n'ont jamais fait la distinction entre le rêve et la
Cum omnis percçtio sit vel rei can
- [52] fuam exste"rus consideraae, vel solius essentiae, veille (73). J'avertis cependant que je ne vais pas ici uaiter de I'essence de chaque 51
et trequenuores bcuones contingant circa_ res tanquam existentes consideratas, ideo prius perception et I'expliquer pâr sa cause première, parce que cela relève de la philo-
de hac loquar, sciliçg1 r6i sola existenra fitg*, o t"i, quae in tali acn: nngln,,, ,rrâÇt
,, sru. sophie (4) ; j'exposerai seulement ce qu'exige la méthode, c'est-à-dire à quoi se rap-
:lPP" t " ntelligi Ex gr., 6ngo rerurr\ quern no'"1 ire domurr\ -Ë *-
rr"isete et .slmila" portent la petception fictive, la fausse et la douteuse, et comment nous libérer de
Hic quaero circa quae talis idea versetut..vid.o eâm tantum versari circa possibili4
non chacune d'elles (75). Examinons donc en premier lieu I'idée fictive.
vero circa necessada neque circa impossibilâ
Toute perception est perception soit d'une chose considérée comme existante
p3] Rem impossibilem voco, cujus natr.ua implicat contradictionem ut
\72/201 2s
. ea existat; neces- soit de la seule essence, et la plupart des fictions concernent des choses considérées
sariam, cujus natura implicat contradictioneÀ ut ea non existat; possibilem,
I cujus comme existantes. Je paderai donc d'abord de cette derniète sorte, à savoir de celle
où seule l'existence est obiet de fiction et où la chose, obiet d'un tel acte de fiction,
est ou est supposée être objet d'intellection. Par exemple, je forge Ia fiction que
t. L4& dterfus id qtod de fo1lotberihr rotzbinas, qaar a nbir ckn intel/iganfiq sed ir w ertjctio, qsod dica- Pierre, que je connais, va chez lui, qu'il me rend visite, et choses semblables'. Je
m* eas tala in nrporibus nehstibrc exi:tm.
demande alors: à quoi se râpporte une telle idée ?Je vois qu'elle se tapporte seule-
ment au possible, et non âu nécessaire ni à I'impossible.
J'appelle impossible une chose dont la nature implique qu'il est contradictoire
qu'elle existe ; nécessaire, une chose dont la nature implique qu'il est conmadictoire

t. Voyez plus loin (76) ce que nous noterons au sujet des hlpothèses qui sont pout nous
obiet d'une claite intellection ; il y a fiction en ce que nous disons qu'il existe quelque chose de
tei dans les corps célestes.

2 novimus: kennende À/J (noscendo); vidimus: zien,v-f (vidernus) 6 a


NJ 13 somnium nrmi æ NS drxrrcn: sotnn:m op, etrà ' 1a pdrnâm anui x'NS ryatarc on.
etste:
pnÀmarn oI) edd' 24 ut et exrstat: in wezentrijk æ àjn NS
ltahlsr);
fu. in existendo ticat in naryine NS
Ptt ru;n:a.a Mppt G 1n existendo, sed mvrce

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TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

quidem existentia, ipsa sua natura, non implicat contradictionem ut existat âut non qu'elle n'existe pas; possible, une chose dont I'existence, à considéret sa seule
existat, sed cujus existentiae necessitas aut impossibi.litas pendet a causis nobis ignotis, rnture (7\, n'implique pas qu'il est conradictoire qu'elle existe ni qu'elle n'existe
quamdiu ipsius existentiam fingimus; ideoque, si ipsius necessitas aut impossibilitas, pas, mais dont la nécessité ou I'impossibilité d'existence dépend de causes qui nous
quae a causis externis pendet, nobis esset nota, nihï etiam de ea potuissemus sont inconnues tout le temps que nous forgeons la fiction de son existence;pa;r
fingere. conséquent, si sa nécessité ou son impossibilité, qui dépend de causes extérieures,
[54] Unde sequitur, si detur aliquis Deus aut omniscium quid, nihil prorsus eum nous avait été connue, nous n'aurions même pas pu forger 1a moindre fiction à son
posse fingere. Nam, quod ad nos attinet, postquam 'novi me existere, non possum
sujet.
fingere me existere aut non existere; nec etiam possum fingere elephantem, qui tran-
tnaturam Dei novi, fingere eum existen- Il s'ensuit que, s'il y a quelque Dieu (78) ou quelque être omniscient, il ne peut 54
seat per acus foramen; nec possum, postquam
forger absolument âucune fiction. De fatt, en ce qui nous concerne, une fois que je
I0 tem aut non existentem; idem intelliçndum est de chimâera, cuius narura existere
sais que j'existe, ie ne peux pas forger la fiction que j'existe ou que je n'existe pas' ; je
implicat. Ex quibus pâtet id quod dixi, scilicet quod fictio, de qua hic loquimur, non
ne peux pas non plus forger Ia fiction d'un éléphant passant par le chas d'une
contingit circa aeternas \feritates.
aiguille ; et ie ne peux pâs, une fois connue la natute de Dieu, me le représenter par
[55] Sed ântequam ulterius pergâm, hic obiter notandum est, quod illa differen- fiction existant ou n'existant pas'; la même chose doit s'entendre de la chimère,
tia, quae est inter essentiam unius rei et essentiam altedus, ea ipsa sit inter actualitatem
dont la natute exclut (80) I'existence. De là ressort ce que j'ai dit, à savoir que la fic-
t5 aut existentiam eiusdem rei et inter actualitatem aut existentiam alterius rei. Adeo ut,
tion dont nous padons ici ne concerne pas les vérités éternelles'.
si existentiam ex. gr. Adami tantum per generalem existent-iam concipere velimus,
Mais avant d'aller plus loin, il faut noter ici âu pâssâge qu'il y a la même diffé- 55
idem futurum sit ac si, ad concipiendam ipsius essentiam, ad naturam entis attenda-
rence entre I'essence d'une chose et I'essence d'une autre qu'entte l'existence en acte
mus, ut tandem definiamus Adamum esse ens. Itaque, quo existentia generalius conci-
de I'une et l'existence en acte de I'autre. À tel point qoe, si nous voulions concevoir
pitur, eo etiam confusius concipitur faciLiusque unicuique rei potest zffingç; econfta,
l'existence, pâr exemple, dâdam par le seul recours à i'existence en général, ce serait
1173/2tl 20 ubi panicularius concipitur, clarius tum inteiligitur et ldifficilius alicui, nisi rei ipsi, ubi non
comme si, pour concevoit son essence, nous portions notre âttention sur la nature
attendimus ad Naturae ordinem, affingitur. Quod notatu digrum est.
de I'être, pour donner finalement comme définition: Adam est un être. Aussi, plus
I'existence est conçue de manière générale, plus elle est conçue de manière confuse,
s. puia ns, nodn ea intelligatur, n ipsan nanfrtat, idto tantum egenus exempk ine alia denonstratiane. et plus il est fâcile de I'attdbuer par fiction à toute chose ; au contraire, quand elle est
Iùnqze nit balas nnlradic'tori4 qaae, ut @parca.l esnfaka, tantun opus nænseri, lti rtatin appnebit, qaun defu- conçue de marrière plus particulière, elle est alors plus clairement comptise, et il est
tione cha esrmtiam kquemun plus difficile, alors même que nous ne prêtons pas attention à l'ordre de la nature, de
25 t. Not4 quanuis mthi diant se dsbitan an De*s existat, ilks tanen nihilprader nomm haberc, uel aliryid I'attribuer par fiction à quelque chose d'autre que la chose même (81). Cela mérite
fngn, qaod Dean uocanl id qaod aam Dei natura non conumil atpostea no kn ostendam. d'être noté.
u, Statim etiam ostendan quod nallafxio uersettr circa aeternas ,eritateJ. Per aeteman ueritaten ta/em
intelligo qxae, si ut afirnatiua, nanquam pzlerit erse negatiua. Sic prina et aetuna writas est Deum esse; filn
ar/tem est detenta ueritat Adamum cogiare. Chimaemm non esse est arttfld ueritas; non autem Aàamttrn s. La chose se manifeste d'elle-même à l'entendement; aussi âvons-nous seulement
30 non cogitare. besoin d'un exemple, sâns autre démonstration. Il en sera de même de la proposition conttâ-
dictoire, qu'il suffit de rappeler pour en fure apprakte la fausseté, comme on le vera bientôt
quand nous parlerons de 1a {iction relative à l'essence.
t. Notez que, bien que beaucoup de gens disent qu'ils doutent de l'existence de Dieu, ce
* n'est toutefois pour eux rien qu'un rrom, ou bien ils forgent quelque fiction qu'ils appellent
Dieu; ce qui ne s'accorde pâs avec la nature de Dieu, comme je le montrerai plus tatd en son
lieu (79).
u. Je montrerai aussi bientôt qu'il n'y a jzmus de fiction d'aucune sorte concernant les
vérités éternelles. Par vérité éternelle j'entends une ptoposition telle qu'elle ne pourra iamais, si
elle est affrmative, devenir négative. Ainsi Dieu existe est une védté première et éternelle, mais
Adam pense n'est pas une vérité êternelle. Iz chinère n'exirte pas est une vérité étetnelle, mais non
Adam ne pense pas.

l existentia 04 NS edd.: essennaJ, Bl. 4 de ea an. NS 6 em con CarÀlJhy: nos O!, hoc
W 1G11 existere implicat : strijdigheit van wezendiik te wezen insluit À/J (ûz contrâdicuonem
ocistendi involvit) 27 Satim - vedtaæs on. N$ C insn post 14 veÀtaæs

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TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I.A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

[56] Veniunt jam hic ea considerand4 quae r,rrlgo dicuntur fingi, quamvis clâre intelli- I1 convient maintenant de considétet ici les cas où l'on dit communément qu'il y
gamus rern ita sese non habere uti eam fingimus. Ex. g., quamvis sc.iam terram esse rotun- a fiction, bien que nous comprenions clairement que la chose ne se comporte pas
darn, nihn tamen vetât, quominus alicui dicam tefiam medium globum esse et tânqrxlm comme nous la feignons. Par exemple, bien que je sache que la terre est ronde, rien
medium pomum auriacum in scutelJa" aut solem circum terrâm moveri et similia. Ad haec ne m'empêche toutefois de dire à quelqu'un que la terre est une demi-sphère et
si attendamus, nihil videbimus quod non cohaereat cum jam fictis, modo prius adverta- comme une demi-otange sur une assiette, ou que le soleil se meut autour de la terre,
mus nos aliquando potuisse effare et jam errorum nostrorum esse conscios; deinde, et choses semblables. Si nous y faisons attention, nous ne verrons rien qui s'écarte
quod possumus fingere aut, ad minimum, putâre alios homines in eodem esse errore des fictions précédentes, pourvu que nous remarquions, d'abord, que nous avons pu
aut in eum, ut nos antehac, posse incidere. Hoc, inquarn, fingere possumus, quamdiu nul- nous trompef à un certain moment et être maintenant conscients de nos ereurs, et
Iam videmus impossibilitatem nullamque necessitatem. Quando itaque alicui dico ærram ensuite, que nous pouvoris feindre ou au moins supposer (82) que d'autres sont
non esse roûndâm etc., nihil ,li"d ræ quam in memoriam revoco efforem quem forte dans la même erreur ou peuveflt y tomber, comme nous auparavânt. Cela (83), dis-
habui aut in quern labi potul, et postea flngo aut puto eum cui hoc dico adhuc esse aut je, nous pouvons le feindte, tant que nous ne voyons aucune impossibilité ou néces-
posse labi in eundem errorem. Quod, ut dixi" fir€o, quamdiu nullam video impossibilita- sité. Quand donc je dis à quelqu'un que la terre n'est pas ronde, etc., je ne fais que
tem nullamque necessitatem; hanc vero si intellexissem, nihil pronus fingere potuisserrl et rappeler à ma mémoire I'erreur que j'ai peut-être commise ou dans laquelle j'ai pu
tantum dicendum fuisset me aliquid operatum esse. glisser et, après cela, feindre ou supposer que celui à qui je le dis est encore dans la
15 [57] Superest iam ut ea etiân notemus quae in quaestionibus supponuntur, id quod même effeur, ou peut y glisset: fiction que je forge, ai-je dit, tant que ie ne vois
passim etiam contingit circa impossibiJia, ex. gr. quum dicimus: supponamus hanc aucune impossibiJité ou nécessité. Mais si j'en avais eu l'intellection, je n'aurais pu
candelam ardentem iam non ardere, âut supponarnus eam ardere in aliquo spatio imagina- former absolument aucune fiction, et ce qu'il aurait fallu simplement dire, c'est que
rio sive ubi nulla dantur corporâ. Quorum similia passim supponuntur, quamvis hoc ulti- j'a;- fait je ne sais quelle opération (84).
mum dare rrltelligatur impossibile esse; sed quando hoc fig nil pronus fingitur. Nam Il reste maintenant à signaler âussi les suppositions faites dans les discus- 57
1374/221 20 primo nihil aliud egi quam quod -in lmemoriam revocavi aliam candelam non ardentem sions (85). Cela concerne parfois même des choses impossibles, par exemple quarrd
(aut hanc eandem concepi sine flamma) eq quod cogito de ea candela, idipsum de hac nous disons : supposons que cette chandeile en train de brûler ne brûle plus, ou sup-
inteligo quamdiu ad flammam non attendo. In secundo nih.il aliud fig quam absttahere posons qu'elle brûle dans quelque espace imaginaire, c'est-à-dire où il n'y a aucun
corps. On fait parfois des suppositions semblables, bien que I'on comprenne claire-
ment que cette dernière est impossible ; et rédtté, quand cela se fait, il n'y a pas du
x. Postea, am dcfctione, quat ueralar circa *sntias, kqaentn; ckrv Epmebit qndfctio nanqaan aliqaid tout de fiction. En effet, dans le premier cas, je n'ai fait que rappeler à ma mémoire
nouifacit aut mentipraebet, sed qaod tantum ea, quae sunt in mebm aù in inaginatione, rcwcantar ad memoiam, une autre chandelle ne brrilant pas(ou bien concevoir la même chandelle sans
et q*od cotfun ad omnia siml nns altendit. Rancantar, ex. gn, in memoriam kqæb et aù0ry et a.îil mens flamme) et ce que je pense de cette autre chandelle, je l'entends aussi de celle-ci tant
confuse altendit sine distinctione, pûat arborem kqai. Iden de exi$entia intelligit*t; pracsertim, uti diximus, a.m que je ne prête pas attention à la flamme". Dans le second cas, on ne fait qu'abstraire
adco gennaliter ac ens nacipitur; qaia tun faàte applicatur onnibas, Etae simil in memoria onumtnt, paod
notatu ualde digaum est

x. Plus loin, quand nous paderons de la fiction qui se rapporte aux essences, il appataîtta
claitement que jamais Ia fiction ne produit ou n'offre à l'esprit quoi que ce soit de nouveau;
simplement, ce qui est dans le cerveau ou dans l'imagination est rappelé à la mémoite, et l'es-
pdt s'applique confusément à tout en même temps. Une patole et un arbre, par exemple, sont
tappelés à la mémoire, et comme l'esprit s'y applique confusément et sans rien distinguer, il se
figure un arbre qui pade. La même chose s'entend de l'existence, surtout, comme nous l'avons
dit, quand elle est conçue de manière aussi générale que l'être, parce qu'on I'attdbue alors faci-
lement à tout ce qui se présente en même temps à la mémoire. Ce qui métite bien d'être
noté (86).

5 frais mrcxi rx NS het voorgedachæ : dta:s OP, edd.

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TRACTATUS DE, INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA, RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

cogitâtiones a corporibus cirurmjacentibus, ut mens se convef,tat ad solam candeJae, in se ses pensées des corps environnants, pour que I'esprit se tourne vers la seule contem-
sola specatae, ut posteâ concludat candelam nullam habere câusâm ad platicin de ia chandelle considérée seule en elle-même, afin de conclure ensuite que
sui ipsius destructionern Adeo ug si nulla esserrt colpora circumpcatia candela lnæ. ac la chandelle ne contient pas la cause de sa propte desttuction; si bien que, s'il n'y
etiam flamma marrerertimmutabiles, aut similia Nufla igitur dâhrr hic fictiq sed vverae ac merae avait pas de colps environnants, cette chandelle, et âussi la flamme, demeuretaient
æsertiones. sans changement ; ou âuttes choses semblables. Il n'y a donc ici aucune fiction, mais
[58] Transeamus iam ad fctiones, qwrc versanftrt circa essentias solas, vel cum a]iqua des assettions vrâies, purement et simplementr (87).
acu.ulitate sive existerrtia simul Grca çus hoc maxime venit considerandum, quod, quo mens Passons maintenant aux fictions qui se rapportent aux essences, âux essences
minus intelligit et tamen plura percipiq eo majorem habeat potentiam fingendi, et quo seules ou aux essences accompâgnées d'existence en âcte. Voici la principale obset-
plura intelligiq eo magis illa potentia diminuatur. Eodern o< gr. modo quo suprâvidimus nos vation à faire à leur suiet: le pouvoir qu'a I'esprit de fotget des fictions est d'âutânt
10 non posse fingere, quamdiu cogrtâmus, nos cogiure et non cogiare; sic aiarrL posuryam novi- plus grand qu'il a moins d'intellections tout en ayânt pourtant plus de perceptions, et
mus nafi.ram corporis, non possunus fingete muscam infiniurrL sive, postguam novimus ce pouvoir diminue d'autant plus qu'il a plus d'intellections (89). De même que, par
natr:r:rm "animae, nofl possurnus fingere eam esse quadraarq quamvrs omnia vabis possimus exemple, nous I'avons'"'u plus haut, nous fle Pouvons Pas,Tant que nous pensons,
efhri Sed, uti diximus, ço minus homines nofl.rnt nânmlm, eo facilius multa possunt fin- forgerla fiction que nous pensons et que flous ne peflsons pas (90), de même aussi,
çre, veluti arbores loqui, homines in momento rnuari in lapides, in fontes, apparere in spe- une fois connue ia nature des co1ps, nous ne pouvons forger lz fiction d'une
15 culis specta" nihil fieri âliquid etiam Deos in bestias et homines muati, ac infinita.i* gotoi.
mouche infinie, ou encore, une fois connue la natute de l'âme, nous ne pouvons for-
alla-
ger la fiction qu'elle est canêe", bien que nous puissions en paroles énoncer n'im-
porte quoi. Nous I'avons dit, moins les hommes connaissent la nature, plus il leur
est fâcile de forger quantité de fictions : que des arbres padent, que des hommes se
y. Iùn etian dc l4potheibas inh/ligmd*n, qaarfmt ad etrtos mot*s upËtandtn, qui conaenitttt cnm cae-
changent subitement en pierres, en soufces, que des spectres apparâissent dans des
lorun phaenornnis, nisi quod ex iis, si notibus cadestibss aP?licentuC nataram carbmm concludant, qtlae tarTten
miroirs, que le rien devienne quelque chose, et même que des dieux se changent en
alia potest esn, praueûim cun ad explicandan tales moTus ntitar aiar musae posint nncipi.
bêtes et en hommes, et une infinité d'autres fictions de ce genre (91).
z. Saepe coatingit hominmt hanc lacem anim ad smm nemoriam rcaocan et imal aliqum Lvry,olvam
inaginen foman. Cum uem hatc d*o sintl @raaertantuti faxilz putat re inqiflari el fngen aninan cl\nftam,
t
qdz nomn a ipsa nol àstingait Hicpastuk û kclons non sintpraccipites ad hoc rcfutanàm, qt404 ti spem, ttott
y. La même chose doit s'entendre aussi des hypothèses faites pour expliquer de cettains
facient, nodo ad exenpk qaan accllrate attendanl et insl ad ea qilae Jequr,ffittar.
mouvements qui s'accotdent avec les phénomènes obsewés dans les cieux, à ceci ptès que. si
on les applique âux mouvements célestes, on en conclut la nature des cieux, qui cependant
peut être différente, étant donné surtout qu'on peut concevoit bien d'autres causes pout expli-
quer de tels mouvements (88).
z. II arnve souvent qu'un homme rappelle à sa mémoite ce mot à'ârze et forme en même
temps quelque image corporelle. Or, comme ces deux reptésentations se font en même temps,
il se figure facilement qu'il imagine et forge une âme colpotelle, patce qu'il ne distingue pas le
nom de la chose elle-même. Je demande ici que les lecteurs ne s'empressent pas de téfuter ce
point, et ils ne le feront pas, ie I'espète, pounrr qu'ils considètent avec la plus gtande attention
les exemples, ainsi que la suite.

1 5 infinita : meer À/.f 20 ana 9epe ald. À/,f Hier stâat aan te merke n, dat (fot. Nota bene, quod
simt in nota b infra) 21 reptaesentantur: hem vootkomen NS (fort ptaesentanut M offer.nn:lr)

98 99
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE IA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

hcr
[59] Atiquis forte putabit quod fictio fictionem terminat, sed non intellectio; Certains croiront peur-être que ce qui met un terme à la fiction, c'est la fiction,
€Ët, firxi aliqud et quadam libertâte volui assentiri id sic in rerum natura existere, non l'intellection ; autremenr dit, qu'une fois gue lu forgê la fiction d'une chose et
F)squam
hoc'cfficit ut postea non possimus id alio modo cogttafe. Ex. gr., postquam firxi (ut cum iis qu'usant d'une certaine libeté j'ai voulu accorder gu'elle existe ainsi dans Ia nature,
k4rar) nanram coryoris ulerq mihique ex mea libertate persuadete volui eam sic realiter cela fait que nous ne pouvons plus ensuite penser la chose autrement. Par exemple,
otirtcrc, non arnplius licet muscam v. g' inûnitam fingere, et postquâm finxi essentiam une fois que j'ai (pour parler leur langage) forç telle fiction sur la narure du corps et
nnimac, eam quadrare non possun, etc. [60] Sed hoc examinandum. Primo, vel nçgant vel qu'en vertu de ma liberté j'ai voulu me persuader qu'elle existe ainsi réellement, il ne
conccdunt noi atiquid posse inælligere. Si concedung riecessffio id ipsurr\ çod de ficnone m'est plus possible de forger, par exemple, la fiction d'une mouche in{inie, et une
diCgnt, ctiam de inielieAione dicendum erit Si vero hoc negang videamus nos, qui scimus fois que j'at fotgé une fiction sur I'essence de I'âme, je ne peux la rendre
non aliquid scire, quid dicant. Hoc scilicet dicunt, ânimâm posse sentire et multis modis per- carrée, etc. (92). Mais il faut examiner ce point. D'abord, ou bien ils nient, ou bien ils
CiçrCrc non se ipsdn neclue rcs quae e:dsnmt, s€d tântum ea quae nec in se nec ullibi sun! hoc concèdent que nous pouvons avoir quelque inteliection. S'ils le concèdent, il faudra
dq anint m possg sola iua vi, creare sensationes aut ideas, quae non sunt t€rtun, adeo ut ex nécessairement dire aussi de I'intellection ce qu'ils disent de la fiction. S'ils le nient,
pettc aam tarquârn Deurn considerent Poro dicunt nos, aut aninum nosUarq Alern habere
-libcrAUq
voyons, nous qui sâvons que nous sâvons quelque chose, ce qu'ils disent. Or voici
ut rr.osmeq aut sg imo suam ipsam libertatern cogat Nam postquam ea aliquid 6n- ce qu'ils disent : que l'âme peut avoir de multiples sensarions et perceptions, non pas
xit et æsensum ei praebuig non potest id alio modo cogiUire aut fingere, a etiam ea ûctione d'elle-même ni des choses qui existent, mais seulement de ce qui n'existe ni en eIè ni
cogjtur, ut Aiam tali modo cogitetur, ut prima fictio non oppugnetur; sicut hic etiam cogun- nulle pârt; âutrement dit, que l'âme peut par sa seule force créer des sensations ou
tw absurda, quae hic recenseo, admittere, ProPter suam fictionem; âd quae explodenda des idées qui ne sont pas celles de choses réelles, si bien qu,ils la considèrent quelque
non dcfatigabimur ullis demonstrationibus. Sed eos ifl suis deliriis linquendo, cuabimus ut peu comme un Dieu. De surcroît, ils disent que nous avons, nous ou notre âme, une
or vcbis, çae cum ipnis fecimus, aliquid vai ad nosûram rern haudamus, nempe hoc. liberté de telle nature qu'elle nous contraint nous-même, ou contrâint notre âme,
t611 "Nlens, curn ad rern ficam a sru
rrah:cr ûlsam attendit ut eam persitet _et inteligât: bien plus, sa propre liberté elle-même. Cat une fois qu'elie a forgé Ia ficrion de
bonoque ordine ex ea deducat qry1e sunt deducenda, facile I falsitatem pa_tefaciet; et si quelque chose et lui a accordé son assentiment, elle ne peut en fotmer une âutre
rcs fiatâ sua natufa sit lvera, cum mens ad eam attendit u1 ç2m inlslligat et ex eâ pensée ou une autre fiction, et cette fiction lâ contraint même à être pensée elle aussi
bono ordine incipiat deducere quae inde sequuntuf, feliciter perget sine ulla inter- de maniète à ne pas s'opposer à la première fiction. C'est ainsi qu'ils sont aussi con-
ruptione, sicut vidimus quod, ex falsa fictione modo allata, statim ad ostendendâm traints d'admettre ici, à cause de leur fiction, les absutdités que ie viens d'énumérer ;
cius absurditatem et âIias inde deducus praebuit se intellectw' [62] Nuilo ergo modo pour rejeter de telles absurdités, nous ne nous donnerons pas le mal de la moindre
démonstration. Nous les abandonnerons à ieur dél-ire, en âyânt soin de recueillir de
cet échange de paroles quelque chose de vrai qui importe à notre objet. Voici: 61
i
a, Qtanuis hoc expnientia ùùar conchden et qris dicat id nihil ere, quia d.efcit d.enonstratia, eam, qtis quand I'esprit s'applique à une chose fictive et, de sa nature, fausse, pour Ia soupeser
thidoral, tic habeat, Can in natura nihit pusit dai quod lw leges opptrgnet, sed nm omttia senndum ceftal Et$ et ia comprendre, et en déduire en bon otdre ce qui doit en être déduit, il lui sera
m
l$ .frtl, tt ættos, cet'tis lcgfbus, saos pndamnt ffeavs inuftagabili nncatenatione, hirc seqaibr qnd anima, ubi facile de tendre manifeste sa fausseté; et si la chose fictive est, de sâ nature, vraie,
nn @nîipil, paget nQectiw mden efeaasfonnan. Wdc inJra ubi dt idtaJàI.:a bqaor quand l'esprit s'y applique pour la comprendre et commencer à en déduire en bon
ordre ce qui en découle, il continuera avec bonheur sans être interrompu (93). C'est
ainsi que I'entendement, nous I'avons \'r.r, partant de la fiction fausse mentionnée à
l'instant, s'est aussitôt porté à en monffer l'absurdité et celle de ses conséquences".
?,
'i
'I
,i a. J'ul'air de tirer cette conclusion de I'expérience, et l'on dira qu'elle ne vaut rien parce
que la démonstration fait défaut. Mais si I'on y tient, la voici. Puisqu'il ne peut rien y avoit dans
la natute qui s'oppose à ses lois et que toutes choses se font conformément à ses lois détermi-
nées de sotte qu'elles produisent, par des lois déterminées, leurs effets déterminés dans un
enchaînement irréfragable, il s'ensuit que l'âme, quand elle conçoit une chose avec vérité,
continuera à former objectivement les mêmes effets (94). Voyez plus bas, là où je pade de
I'idée fausse.
(r crm quadrare non possrxn: kan ik haar niet langer vietkant verdichten À/.J L5 cogiætx nr-
nrr, ruz. NJ dit op zodanige wijze te denken: cogitenmr OP, ut etiam alia tali modo mgltentur
C; 19 16l] antu 17 kd pwh Br L9 adnot a. hb p:tti, in NS: lorl 17 demonstrationibus parzrzT
( )P 22 incipîat comxi, im. À/.1 incipi OP, edd.; quae inde sequunturuz.
^/J

100 101
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITE DE I-A RÉFORME DE L'ENTE,NDEMENT

timendum erit nos aliquid fingere, si modo clarc et distincte rem percipiamus. Nam Nous n'aurons donc nullement à craindre de forger une fiction, poun'u que oz
si fote dicamus homines in momento mutari in bestias, id valde generaliter dicitur, nous percevions la chose clairement et distinctement. Car s'il nous arrive de dire que
adeo ut nuiius detur conceptus, id est idea, sive cohaerentia subjecti et praedicati in des hommes se changent subitement en bêtes, cela est dit de manière tout à fait
mente; si edm daretur, simul videret medium et causâs, quo et cur tale quid factum sit. gênérale, si bien qu'il n'y a dans l'esprit aucun concept, c'est-à-dire aucune idée,
5 Deinde nec ad naturam subfecti et praedicati attenditur. Porro, modo prima idea non âutrement dit aucune liaison (95) entre sujet et prédicat ; s'il y en avait, I'esprit verrait
sit ficta et ex ea càeter^e omnes ideae deducantur, paulatim praecipitania fingendi en effet en même temps le moyen et les causes par quoi et pourquoi une telle chose
evanescet, s'est produite. En outre, on ne prête pâs non plus attention à la nature du sujet et du
[63] Deinde, cum idea ficta non possit esse clan et distincta, sed solummodo prédicat.
confusa, et omnis confusio inde procedat, quod mens rem integram aut ex multis Poursuivons : pourvu que la première idée ne soit pas une fiction et que toutes 63
10 compositam tantum ex parte noscât, et notum ab ignoto non distinguat;ptaetete , les autres idées en soient déduites, le penchant à forger des fictions disparaîtra peu à
quod ad multa, quae continentur in unaquaque re, simul attendat sine ulla distinctione, peu (96). En outre, comme une idée fictive ne peut pâs être claire et distincte, mais
[64] inde sequitur, primo, quod si idea sit alicujus rei simplicissimâe, eâ non nisi clara seulement confuse, et comme toute confusion provient de ce que l'esprit ne prend
et distincta poterit esse; nâm res illa non ex parte, sed tota, aut nihil ejus innotescere qu'une connaissance partielle d'une chose formant un tout ou composée de nom-
debebit. Sequitur, secundo, quod si res, quae componitur ex multis, in panes omnes breux éléments, sans distinguer le connu de I'inconnu, et, de plus, s'applique en
15 simplicissimas cogitatione dividatur et ad unamquamque seorsim attendatur, omnis même temps, indistinctement, aux nombreux éléments contenus en chaque
tum confusio evanescet. Sequitur, tertio, quod fictio non possit esse simplex, sed quod chose (97), il s'ensuit en premier lieu que si une idée est celle d'une chose absolument
fiat ex compositione diversarum idearum confusarum, quae sunt diversarum rerum simple, elle ne pourra être que claire et distincte; car cette chose se fera nécessaire-
atque actionum in natura existentium, vel melius, ex attentione bsimul sine assensu ad ment connaître, non pâs partiellement, mais tout entière ou pas du tout (98). Il s'en-
tales diversas ideas. Nam, si esset simplex, esset clara et distincta, et per consequens suit en second lieu que si une chose composée de nombreux éléments est divisée pâr
7 /25j 20 vera; si ex compositione idearum distinctarum, esset etiam earum I compositio clara la pensée en toutes ses pafties les plus simples, et si I'attention se porte à chacune
séparément, âlors toute confusion disparaîtra. Il s'ensuit en troisième lieu qu'une fic-
tion ne peut être simple ; elle vient de la composition de diverses idées confuses, idées
b. NB qndfctio, in se Eeaatu, non mtitum dffirat a sonnio, nii qaod in somniis non oferantar
de diverses choses et actions existant dans la nature, ou, pour mieux dire, de I'atten-
caqsae, qtlae tigilartibus lpe seflrt/iltlt oferxnnr, ex qaibw collig*nt illa repraesenlamina illo tenporc rot
tion portée simultanément, sans assenriment (99), à de telles idées diversesb. Car si
rcpraesentari a nbas exTra se constitatis. Enor autem, tlt statim a?parebit, est uigilando somniare; et si sit
elle était simple, elle serait claire et distincte, et par conséquent vraie ; et si elle venait
admodam manifestut, dlliiilm aocatar.
de Ia composition d'idées distinctes, leur composition serait également claire

b. Remarquons que la fiction, envisagée en elle-même, ne diffère pas beaucoup du têve,


si ce n'est que ne s'offrent pas dans les rêves les causes qui s'offrent à I'homme éveillé, grâce
aux sens, et dont il conclut que ces représentations ne ptoviennent pâs, à ce moment-là, de
choses situées hors de lui (100). Quant à l'ereur, ainsi qu'il tppzraîtta bientôt, elle consiste à
rèver éveillé; et quand elle est tout à fait manifeste, on I'appelle délire.

13 Nam- 14 debebit on. NS 14. 16 Sequitr:r ozz. À/J

102 103
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

et distinctâ, ac proinde vera. Ex. gr., postquam novimus nâturam circuli ac etiam natu- et distincte, et par suite vrare. Par exemple, une fois connue la nature du cercle ainsi
ram quadtati, jam non possum ea duo componere et circulum facete quadtatum, aut que la nature du carré, je ne peux plus composer ces deux nâtures et forger un cercle
animam quadratam et similia. carcê ou une âme cartée, et choses semblables.
[65] Concludamus iterum breviter et videamus quomodo fictio nullo modo sit Concluons encore une fois brièvement, et voyons commeÂt il faut bannir toute 65
timenda, ut ea cum veris ideis confundatur. Nam, quoad primam, de qua prius locuti crainte de confondre la fiction avec les idées vraies (101). En effet, pour ce qui est
sumus, ubi scilcet res clare concipitur, vidimus, quod si ea res, quâe clate concipitur, et du premier genre de fiction, dont nous âvons padé d'abord, à savoir lorsque la
etiam ipsius existentia sit per se aeterna veritas, nihil circa talem rem poterimus fingere; chose est claitement conçue, nous avons'"r: que si ia chose clairement conçue est en
sed, si existentia rei conceptae non sit aeterna veritas, tantum est curandum, ut exis- soi une vérité éternelle et que son existence I'est aussi, nous ne pourrons forger sur
tentia rei cum ejus essentia conferatur, et simul ad ordinem nattJr^e attendatur. une telle chose aucune fiction ; mais si I'existence de la chose conçue n'est pas une
10 Quoad secundam fictionem, quam diximus esse simul âttentionem sine assensu ad vétité éternelle, tT faut seulement prendre soin de confronter l'existence de la chose
diversas ideas confusas, quae sunt diversarum refllm âtque actionum in natura existen- âvec son essence et de prêter en même temps attention à l'otdre de la nature. Pour
tium, vidimus etiam rem simplicissimam non posse fingi, sed intelligi, et etiam rem com- ,t ce qui est du second genre de fiction, dont nous avons dit qu'il consiste en une
*
positam, modo ad partes simplicissimas, ex quibus componitur, attendâmus; imo, nec u attention portée simultanément, sans assentiment, à diverses idées confuses de
ex ipsis -llas actiones, quâe verâe non sunt, 4os posse fingere; nam, simul cogemur r diverses choses et actions existant dans la nature, nous avons vu également qu'une
l5 contemplati, quomodo et cur tale quid fiat. t,
chose absolument simple ne peut être obfet de fiction, mais seulement d'intellec-
îl
[66] His sic intellectis, transeamus iam ad inquisitionem ideae falsae, ut videa- tion ; de même une chose composée, poun'u que nous ptêtions attention âux pâr-
mus circa qwre versetur et quomodo nobis possimus câv€re ne in falsas petceptiones {r.
ties les plus simples dont elle est composée. Bien plus, nous ne pouvons même pas
incidamus. Quod utrumque non erit nobis jam difficile, post inquisitionem ideae t' forger à partir d'elles des fictions d'actions qui ne sont pas r.raies, câr nous serons

20
flctae. Nam inter ipsas nulla alia datur differentia, nisi quod haec supponat assen-
sum, hoc est (uti ,am notavimus), quod nullae offeruntur causae, dum repraesenta- f
I
T
contraints de considérer en même temps comment et pourquoi se produit quelque
chose de tel.
mina ipsi offeruntur, quibus, sicut fingens, possit colligere ea non orid a rebus extra se, Cela êtant bien compris, passons maintenant à I'examen de I'idée fausse, afin de 66
et quod fere nihil aliud sit quam oculis apertis, sive dum vigilamus, somniare. Versatur voir à quoi elle se rapporte et comment nous pouvofls nous garder de tomber dans
itaque idea falsa vel (ut melius loquar) referrur ad existentiam rei, cuius essentia des perceptions fausses. Deux tâches qui ne nous seront pas difficiles maintenant,
cognoscitur, sive circa essentiam, eodem modo ac idea frctz. après i'examen de I'idée fictive. Car elles ne diffèrent entre elles qu'en ce que f idée
25 [67] Quae ad existentiam refern:r, emendatur eodem modo ac fictio. Nam si natura fausse suppose l'assentiment; âutrement dit (comme nous l'avons déjà noté), au
rei notae supponat existentiam necessariam, impossibile est ut circa existentiam illius moment où des représentations s'offrent à I'espdt (102), aucune câuse ne s'offre lui
rei fallamur; sed, si existentia rei non sit aeterna veritas, uti est eius essentia, sed quod permettant de conclure, comme celui qui fotge une fiction, qu'elles ne viennent pas
l37r!/261 necessitas aut impossibilitas existendi pendeat a causis atemis, tr.rm I cape omnia eodern de choses hors de lui; et ce n'est guère autre chose que rêver les yeux ouverts,
modo ço diximus, cum de fictione selrno esseq nam eodem modo emendatur. c'est-à-dire à l'état de veille. Aussi, I'idée fausse se rapporte ou (pout mieux dire) se
réfère (103) à I'existence d'une chose dont I'essence est connue, ou bien porte sur
une €ssence, tout comme I'idée fictive.
Celle qui se réfère à I'existence se corrige de la même manière que la fiction. Si 67
en effet la nature de la chose connue suppose l'existence nécessaire, il est impossible
que nous rlous trompions sur son existence ; mais si I'existence de la chose n'est pas
une vérité éternelle, comme I'est son essence, et que (104) la nécessité ou f impossi-
bilité d'exister dépende de causes externes, qu'on suive en tout les explications don-
nées quand il était question de la fiction, cat l'effeur se corrige de la même manière.

2 possum: konnen À,{ possumus G 4 iterum: van 't begin NS Wû. ab initio) zo-
27 illius rei om. NS; rei on. NS

104 105
TRÂCTATUS DE INTELLF,CTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

p8] Quod attinet ad alteram, quae ad essentias refernrr, vel etiam ad actiones, tales per-
Quant à l'autre, qui se réfère aux essences ou aussi aux actions, de telles percep-
cqrtiones necessado semper sunt con6.rsae, compositae er< diversis confi.rsis percçtionibus tions sont toujours nécessairement confuses, composées de diverses percepdons
reruminnaturaexistentium,utcumhominibuspersuadeturinsilvis,inimaginiÈus,it bnotir.t ii confuses de choses existant dans Ia nâture, comme lorsque les hommes se laissent
caetrds adesse numina dari coryor4 e>r quomm sola compositione fiat ititabcnx; cadavw ii persuader que des divinités sont présentes dans les forêts, les images, Ies animaux et
ratiocinaa ambulare, loqui; Deum decipi et similia Sed ideae quae sunt clârâe et distincae les autres choses ; qu'il y a des corps dont la seule composition produit I'entende-
nunquâm posslrrit esse falsae. Nam ideae ierum, qu†clare et distincte concipiuntur, sunt f ment; que des cadavtes raisonnent, marchent, padent; que Dieu est uompé et cho-
vel. simpJicissimae vel compositae ex ideis simplicissimis, id esq a simplicissimis ideis ê ses semblables. En revanche, les idées claires et distinctes ne peuvent jamais êre
deductae. Quod vero idea simplicrssima .ro.t g**jt esse fals4 potait unus'quisque viderg i fausses. Car les idées de choses qui sont conçues clairement et distinctement sont ou
modg sciæ quid sit verum sive intellecnrs, et simul bien absolument simples ou bien composées d'idées absolument simples, c'est-à-
çid âlsurn
10 [69] Narq quod id specat çod fonnam veri constituig cenum est cogjationem veram a dire déduites d'idées absolument simples. Or, qu'une idée absolument simple ne
ngn.tTPq p:: denominæionem extrinsecarr! sed maxime po iiuin"or- disrngut puisse être fausse, chacun pourra le voir, pounrr quT sache ce qu'est le vrai,
fa]sa
Nam si quisâberordine concçrt ûbticam aliquarra qumvis alis Ëbrià nunquam o<stiteritnec ou (105) I'entendement, et du même coup ce qu'est le faux.
unqram eratitura siq ejus nihilominus cogitatio vera esq et cogitatio eadem est, sive ii
*qr f En effet, quant à ce qui constitue la forme du vrai, iI est certain que la pensée
fabrica s<isat sive minus; et contr4 ri digoit dicit Petn:rq ex gr., o<især{nec amen scit petrum vraie se distingue de Ia fausse, non pas seulement par une dénomination extrin-
.,I
15 existere, i[â c%itaûo respgcn: rlliw âlsa esg ve! si mavis, .ron ot -,.rr, petnrs revea sèque, mais principalement (106) pâr une dénomination intrinsèque. Car si un
+umvis
existaq nec haec enunciatio, Petrus existig vera €st, nisi respectu rlius qui certo scit Petrum ouvrier a procédé selon I'ordre pour concevoir un ouvrâge, même si un tel ouvrage
o<isære. n'a iamas existé et ne doit non plus famais exister, cette pensée ne laisse pas d'être
Pl y"a. *;* in ideis dad aliçrd reale, p€r $od verae a 6lsis jisdsguunur. il
. errcd qur- d
vraie et, que I'ouvrage existe ou n'eiste pas, la pensée est la même. Au conuaire, si
dern jam investigandum etig ut optimÀ vedatis nomram habeamus (ex dâà€ enim ;2e ideâe & quelqu'un dit, par exemple, que Pierre existe, sans pouftant savoir que Pierre existe,
notrna:o: nostras cogitationes debere deærrninare diximus, methodumçe cogrritionem * cette pensée-là, relativement à lui, est fausse ou, si I'on préfère, n'est pas vraie, même
esse reflexivam) et proprietates intellects noscânus. Nec dicendum tta.rc arri*ti^^ o {
si Pietre existe effectivement; et cet énoncé, Pierre existe, n'est vrai que relative-
cogjtatio vera.est res cognoscere per ptimas suas cm.Nas, in qucr quidon a meflt à celui qui sait avec certitude que Pierre existe.
99 ""tU.WS
âlsa
$d9 dltrqre.t, p{oxt eandern syqna o<plicui cogiaâ" enim ve'" edâm didfllr, q,rL .r.-- D'oir il suit qu'il y a dans les idées quelque chose de réel par quoi les vraies se 70
tiam alicujus pnncip-ii objective invohig quod causam non habet et per se er in se cognosci- distinguent des fausses. C'est bien cela qu'il faudra maintenant examiner, afin
l37e/271 2s tur. [1] Quâre forma verae cogiationis in eadern I ipsa cogiurione sine relatiËne ad d'avoir la mei-lleure norme de vérité (nous avons dit en effet que flous devons déter-
miner nos pensées à partir de la norme d'une idée vraie donnée et que la méthode
est une connaissance réflexive) et de prendre connaissance des propriétés de I'en-
tendement. Et il ne faut pas dire que cette différence vient de ce que la pensée vraie
consiste à connaître les choses par leurs causes premières, en quoi, certes, elle diffé-
rerait grandement de Iâ fausse, telle que fe l'ai expliquée plus haut (107). Car on dit
vraie également la pensée qui enveloppe obfectivement I'essence d'un principe,
lequel n'a pas de cause et est connu par soi et en soi (108). Aussi la forme de la 71

19 datae mrai: dav. OP, NS, enà '25 c:rJrern on NS

106 10'l
TRACTATUS DE INTE,LLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT
t
alias debet esse sita; nec obfectum ranquam causam agnoscit, sed ab ipsa intellectrx pensée vraie doit-elle résider dans cette pensée même, sans relation à d'autres. Elle
potentia et nâturâ pendere debec Narq si sçponamus inællectum ens aliçod no'"rrm perce- ne reconnaît pas non plus comme cause un objet, mais doit dépendre de ia puis-
pisse, çod nunquâm exstitig sicut aliqui Dei intellecnrm concipiunt ffrtequam r€s crearet sance même et de la nature de I'entendement. Si en effet nous supposons que l'en-
(quae sane percçtio a nullo obiecto oriri potuit), et ex tali petceptione alias legitime dedu- tendement â perçu quelque être nouveau qui n'a jamais existé (109), ainsi que cet-
cere, ofilnes illae cogrationes verae essent et a nullo objecto extemo detenninaae, sed a sola 'b tains conçoivent I'enteûdement de Dieu avzntla création (perception qui n'a pu, à
inællecnrs poæntia et rraturâ dep€nderert Qrurc id, quod fonnâm verae cogitatonis constituig fr
âi coup sûr, provenir d'aucun objet), et que d'une telle perception il en déduise légiti-
in ipsa eadern cogiatione est quafferdurn et ab intellectrx natura deducendurn '+ mement d'autres, toutes ces pensées seraient vraies, sans être déterminées par âucun
[2] Hoc igitr:r ut investigetur, ideam aliquam veram ob oculos poftrmus, cuius objectum objet extérieur; elles dépendraient de la seule puissance et de la natute de I'entende-
maxime certo scimus a vi nostra cogiandi pendere, nec obiecnrm aliçod in runrra habere; ment. C'est pourquoi ce qui constitue la forme de la pensée vraie doit être cherché
ln uli enim idea ut ex iarn dictis pateg facilius id, quod volumus, investigare poterimus. Ex. dans cette pensée même et déduit de la nature de I'entendement.
gr', ad formandum concetum globi Êngo ad libitum câr.$ârr\ nempe sernicircr.rlum c.irca Donc, pour mener cet examen, plaçons sous nos yeux quelque idée vtaie dont
centrum rotari et ex rotatione globum quasi oriri. Haec sane idea vera esg et quamvis scia- nous sâvoTrs avec Ia plus grande certitude que son obiet dépend de notte force de
mus nullumin naturaglobum sic unquam ortum fuisse, esthaec amenveraperceptio et facil- penser, et qu'elle n'a aucun obiet dans la nature ; c'est sur une telle idée, comme il
limus modus formandi globi concçtum. Jam notandum hânc perceptionern affitmare serni- ressoft de ce qui vient d'être dit, que nous Pouffons plus facilement examinet ce que
15 circr:lum tota4 quae affimratio falsa esseg si non esset junca conceptui globi vel causae nous voulons. Par exemple, pour former le concept de sphère, fe forge (110) à mon
talem motum determinântis, sivg absolutg si haec affirmatio nuda eiset Narn, t'm mens gré la fiction d'une cause: un demi-cercle tourne autour de son centre et la sphère
entum terideret ad affinrrandum solum sernicitculi moturrL çi
nec in sernicirculi conceptu est cornme engendtée pat cette rotation. Cette idée est assurément vraie et, quoique
il
continent, nec ex conceptu cirusâe motum deteminantis oritur. Quale âlsius in hoc solo nous sachions qu'aucune sphère n'a jamais été engendrée ainsi dans lâ nature, c'est

onsistig çod ali+rid de aliqua re affitrnen:r, quod in ipsius, çem formavimus, conceptr.r, non ry là pourtant une perception vraie et la manière la plus facile de former le concept de
continetur, ut motus vel quies de semicirculo. Unde sequitur simplices cogitationes non sphère. Il faut noter maintenant que cette petception affirme que 1e demi-cercle
posse non esse veras, ut simplo< sernicircrni monrs, quantitatis etc. idea.
Quicqr:rd ba7 affrt- $+. tourne, affirmation qui serait fausse si elle n'était jointe au concept de sphère ou à
mationis contineng earum adaequat conceptufi\ nec ultra se extendig quare nobis licet ad celui d'une cause déterminant un tel mouvement, c'est-à-dire, absolument parlant, s.i
libitr.rm sine ullo eroris scn-pulo ideas simplices forïrarc. cette affirmation était isolée (1 11). Car I'esprit ne tendrait alors qu'à affirmer le seul
[3] Superest igitur untum qtlâerere, quâ potentia mens nostra eas formare possit, et mouvement du demi-cetcle, mouvemeflt qui n'est pâs contenu dans le concept de
quousque ea potentia se exterdâq hoc enim invento, facile videbimus summârr! ad qr:am demi-cercle et qui ne résulte pas non plus du concept d'une cause déterminant Ie
mouvement. Aussi ia fausseté consiste-t-elle en cela seul qu'au suiet d'une chose on
;i affirme quelque chose qui n'est pâs cofltenu dans le concept que nous en âvons
;;
formé, comme le mouvement ou le repos au sujet du demi-cercle. D'où suit que les
pensées simples fle peuvent pâs ne pâs être vraies (112), comme f idée simple du
demi-cercle, du mouvement, de la quantité, etc. Ce qu'elles contiennent d'affirma-
tion est adéquat (113) à leur concept et ne s'étend pas au-delà; ce poutquoi il nous
est permis de former des idées simples à notre gré sans Ia moindre crainte d'erreur.
Il ne reste donc qu'à chercher par quelle puissance notre esPrit peut les former 73
et iusqu'où s'étend cette puissânce : cela trouvé, nous verrons facilement la connais-
u
T. sance la plus haute à laquelle nous pouvons parvenir. Il est en effet certain que cette

Ç5 deducere mr. W : deduceret OP 7 eadem on. NS 10 poterimus azz.À/J 22 nec ulvz


se extendit azr. À/J 25 summam - 1 1Q1 cognitionem : het begrip van 't geen zien, tot de welke wy
orue kennis konnen btengen NS @d, sutnnarn, ad quam possumus perducere cognitionem)

108 109
TRACTÂTUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITE DE L{ REFOR"\IE DE LEr.\TENDEMENT

l,llt0/2ttl Possumus pervenùe, cogni I tionem. Certum enim est hanc ejus potentiam se non puissance de I'esprit ne s'étend pas à I'infini. Car lorsque nous affirmons d'une
o<tendere in infnitum. Narrl cum aliçid de aliqua re affifinamus, quod in conc€ptq quern
chose quelque chose qui n'est pas contenu dans le concept que nous en formons,
de ea forrnamus, non continetu, id defectum nostrae perceptionis indicaq sive quod Âuti-
cela indique un manque en notre perception, c'est-à-dire que nous avons des pen-
latas quasi et truncatas habernus cogitationes sive ideas. Motum enim semicirculi irlrnm or.
sées ou idées en quelque sorte mutilées et ffonquées (114). Nous âvons vu en effet
5 vidimr:s, ubi nudus in menæ est, eum ipsum autern venrr\ si concçtr:i globi jungatur vel
que le mouvement du demi-cercle est faux quand il est isoié dans I'esprit, mais vrai
concePtui alicuius causae talem motum determinantis. Quod si de natura entis cogitantis
s'il est joint au concept de la sphère ou au concept de quelque cause déterminant un
sit, uti pdma ftonte videtur, cogitationes veras sive adaequatas forrnare, certum est id€as iru-
tel mouvement. Que s'il est de la nature d'un être pensant, comme ii semble âu pre-
daequaas ex eo tântum in nobis oriri, quod pars sumus alicujus entis cogitantis, cuius
mier abord, de former des pensées vraies, c'est-à-dire adéquates, i.l est certain que les
quaedam cogitationes ex toto, quaedâm ex pârte tantum nostrârn mentern consdtuunu
idées inadéquates naissent en nous de cela seul que nous sommes une panie de
10 f4l S.d çod adhuc venit considerandum et çod circa fictionern non fuit operae pre- quelque être pensant dont ceftâines pensées en leur totalité, d'autres en partie seule-
tium noarg .t ubi maxitna danr deceptio, esg quando contingit ut quaedarr\
W e'-futrùo.- ment, constituent notre esprit (115).
tione offen:ntu, sint etiam in lntellecna hoc es! quod clare et distincte concipiantur, quod
Mais i1 faut encore observer quelque chose qu'il ne valait pas la peine de notet à 74
tum, quamdiu distinctum a confi.rso non distinguitur, certitudo, hoc es! idea vera cum
propos de la fiction, et c'est le cas où l'on se trompe le plus gravement: quand il
non distinctjs commiscenr. Ex. gr., quidam Stoicorum forte audiven:rrt nomen ânimâE et
arrive que certaines choses qui s'offrent à f imagination sont aussi dans I'entende-
15 euarn $od sit immoralis, quâe tantum confi:se rnaginabantra inrâginabanûr aiam simd et
ment, c'est-à-dire sont clairement et distinct€ment conçues. Car alors, tant que le
inæ[içbant, corpora subtilissima caetea omnia pene&arc et a nu]lis penetrari. Cum haec
distinct n'est pas distingué du confus, la certitude, c'est-à-dire I'idée vraie, est mêlée
omnia simul imaginabantur, concomitante certiudine hujus axiomatis,statim certi reddeban-
aux idées non distinctes. Par exemple, certains des Stoïciens ont entendu à I'occa-
trr menffin esse subtilissima illa coryor4 et subtilissima {} cory"o non dividi etc.
sion le mot d'âme et aussi qu'elle est immortelle, choses dont ils n'avaient qu'une
[5] Sed ab hoc etiam liberamur, dum conâmur ad normam datae vene ideae omnes imagination confuse; ils imaginaient aussi en même temps, tout en le comptenant,
20 nostss perceptiones cavendo, uti initio diximus, ab iis, +qs or auditu aut ab ope-
que les coqps les plus subtils pénètrent tous les autres et ne sont pénérés Par aucun.
denûâ v4ga habemus. Adde çod alis deceptio ei< eo orinu, quod res nimis abstracte conci-
Comme ils imaginaient tout cela en même temps, en y joignant la cert-itude de cet
plur.p rram Per se satis darum esq me illud, quodin suo vero objecto concipiq alteti non posse
axiome, ils devenaient aussitôt certains que I'esprit consiste efl c€s corPs très subtils
applicae Oriar denique etiam ex eo, quod prima elementa totius naturae non intelligung
et que ces co{ps très subtils ne sont pas divisés, etc.
unde, sine ordine procedendo et rururtm cum abstractis, quâmvls sint vera axioÀata,
De cela aussi nous nous délivrons en nous efforçant d'examiner toutes nos Per-
/291 25 confundendo, se ipsos confundunt ordinemque nâturae pewer I tunt. Nobis autem, si
ceptions selon la norme de I'idée vraie que nous âvons, nous gardznt, comme nous
quam minime absffacte procedamus et a primis elementis, hoc est, a fonte et origine
I'avons dit au début, de celles que nous tirons du our-dite ou par expérieflce vague.
naturâe, quam primum fieri potest, incipiamus, nullo modo talis deceptio
erit metuenda. [6] Quod autem affinet ad cogrritionem originis naturae, Ajoutez que si I'on se trompe ainsi, c'est qu'on conçoit les choses de maniète trop
-irrl-. abstraite ; car il est de soi suffisamment clair que ce que je conçois dans son véritable
obfet, fe ne puis l'appliquer à quelque chose d'autre. Cela provient enfln aussi de ce
qu'on ne comprend pas les éléments premiets de toute la nature ; par suite, procé-
dant sans ordre et confondant Ia nafure avec des abstractions, quand bien même ce
seraient des axiomes vrais, on tombe soi-même dans la confusion et I'on pervertit
I'ordre de la nature (116). Quant à nous, si nous procédons de manière aussi
peu abstraite que possible et si nous commençons aussitôt que possible par les pre-
miers éléments, c'est-à-dire par la source et I'origine de la nature, nous n'aurons
âucunement à redouter de nous tfomper ainsi. Et en ce qui concerne la

15imaginabanturetiamsimul comxiexNsZybeelddenzichookmetenenirlenve$tonden:
edd. 1.8 xpunxi, on. NS: 'ùJa Op, edd,
imagirubantur etiam, et simul intelligebant OP,

110 111
TRACTÂTUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE IÀ RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

est timendum ne eam cum absffactis confundâmus. Nam, cum aliquid abstracte conlaissance de I'origine de la natute, il n'est nullement à craindre que nous lâ 76
concipitur, uti sunt omnia universalia, semper latius comprehenduntur in intellectu, confondions avec des abstractions. Lorsqu'on conçoit quelque chose de manière
quâm revera in natura existefe possunt eorum particularia. Deinde, cum in natura abstraite, comme c'est le cas pour tous les universels, ces concepts s'étendent tou-
dentur multa quorum differentia adeo est exigua ut fere intellectum effugiat, tum jours dans I'entendement plus loin que ne peuvent existet réellement dans la natute
facile (si abstracte concipiantur) potest contingere ut confundamur. At, cum origo les choses particulières qui leur correspondent. De plus, comme il y a dans la nature
Naturae, ut posteâ videbimus, nec abstracte sive universaliter concipi possig "nec bien des choses dont la diffétence est si mince qu'elle échappe presque à I'entende-
latius possit extendi in intellectu qufin revera est, nec ullam habeat similitudinem cum ment, il est alors facile (si on les conçoit de manière absuaite) de tombet dans la
mutabilibus, nulla circa ejus ideam metuenda est conclusio, modo normam veritatis confusion (117). En tevanche, I'origine de la nature, nous le verrons plus tard, ne
(quam jam ostendimus) habeamus. Est nimirum hoc ens unicum, dinfinitum, hoc est, peut être conçue de manière abstraite et universelle, elle ne peut s'étendte dans I'en-
l0 est omne esse et pfaeter quod nullum datur esse. tendement plus loin qu'en téalité', elle n'a âucune ressemblance avec les choses
[7] Hucusque dê idea falsa. Supetest ut de idea dubia inquimmus, hoc est, ut inqui- changeantes ; aucune confusion n'est donc à redouter concernânt son idée, pourvu
râmus quaenâm sint ea, quae nos possunt in dubium pertrahere, et simul quomodo que nous ayons Ia norme de lavêité (que nous avons déjà indiquée). De toute évi-
dubitatio tollatur. I-oquor de vera dubitatione in mente et non de eâ quam passim vide- dence c'est un être unique, infinid ; âutrement dit, c'est la totâlité de l'être, en dehors
mus contingere, ubi scilicet verbis, quamvis animus non dubitet, dicit quis se dubitare.
de quoi il n'y a aucun être.
15 Non est enim methodi hoc emendare, sed potius pertinet ad inquisitionem perti- Voilà pour l'idée fausse. Il nous reste à examiner l'idée douteuse, c'est-à-dire à 77
naciae et ejus emendationem.
examiner en quoi consiste ce qui peut nous entraîner dans le doute et, du même
[78] Dubitatio itaque in anima nulla datur per rem ipsam de qua dubitatur; coup, comment le doute est dissipé. Je pade du doute effectivement éprouvé dans
hoc est, si tantum unica sit idea in anima, sive ea sit vera sive falsa, nulla dabitur l'esprit, et non de celui que nous voyons couramment survenit (120) quand, en
dubitatio neque etiam certitudo, sed tantum talis sensatio. Est enim in se nihjl paroles, sans que l'esprit doute, quelqu'un dit qu'il doute. Ce n'est pas en effet à la
20 aliud nisi talis sensatio; sed dabitut per aliam ideam, quae non adeo clara ac méthode qu'il appartient de réformer cette âttitude, mais plutôt à I'examen et à la
distincta est, ut possimus ex ea aliquid certi citca rem de qua dubitatur, réforme de I'entêtement.
Ainsi, il n'y a aucun doute qui vienne en l'âme par la chose même dont on 78
doute ; autrement dit, s'il n'y a dans l'âme qu'une seule idée, qu'elle soit vraie ou
c. Hoc suprajan dnmonslratum est Si enin ta/e ens non Nisteftl, n&nq&alnpossetprvdaci; adeoqae ment qu'elle soit fausse, il n'y aua aucun doute, ni certitude non plus, mais seulement tel
pl*: potset intelligerc qilam ndtua Praestar, rlaod stpra fahan esse ûrxtitit
à. Ifaec non sunt altributa Dei, quae utendunt ipsitts essentiam, at in Philosophia ostendam. ou tel sentimeit (121). En elle-même, elle n'est en effet rien d'autre que sentiment
de ceci ou de cela. Mais le doute viendra pâr une autre idée, qui n'est pas suffisam-
ment claire et distincte pour que nous puissions en conclure quelque chose de
certain concernant la chose dont on doute; âutrement dit, I'idée qui nous fette

c. Cela a déjà été démontté plus haut. Si en effet un tel être n'existait pas, il ne pourrait
jamais ête produit; si bien que l'esprit pourtait comprendte plus que la nature ne pourtait
offrir, et l'on a établi plus haut que c'est faux (118).
d. Ce ne sont pas là des attributs de Dieu qui montrent son essence, comme ie le monte-
rai dans la Philosophie (119).

4 adeo - effug1at : zeer klein is, en nauwelijks ventaan kan word en (for.L vùde est exigu4 et fete inæl-
lechlm effr€ig 5 confrrndamur: confirndantur crm Br., in. NS zy velrnrt worden,
edd. 6 c hic posui, nniecturamKaQaaius: a OP ubi ryfeÉur ad 1,0 es:ê t habeamus : volgen À/J
@A teneamus) 9 d conwi: z OP 13-14 videmus contingere: hoten NS (fort audimus)

112 r13
v
fi TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE

.182/301 conduderq I hoc est, idea, quae nos in dubium conficig non est dara et distincta k gr" ri dans le doute n'est pas clure et distincte. Par exemple, si I'on n'a jamais pensé à une
çis nunqum cogtaverit de sersuum fa.lla"i4 sive experientia sive quomodocunque sit, nun- tromperie de s sens, que ce soit pour en avou fait l'expérience ou tout autrement, on
quam dubitabit an sol major aut minot sit quam appareq iflde rustici passim miranfi.u, crrn ne doutera iamais si le soleil est plus grand ou plus petit qu'il n'apparaît; aussi est-il
audiunt solem multo majorem esse quam globum ærrae. Sed'cogiando de fallacia sensuum courant que les paysans s'étonnent quand ils entendent dire que le soleil est beau-
5 oritur dubitatio, et si çis, post dubitâtionen\ veram cogritionern sensurm et coup plus grand que le globe teff€stre. Mais que I'on pense à une tromperie des
quomodo per eonun instnmenta res ad distantiam repraesententur, tum dubitatio iterum sens" (122), et le doute naît. Et si, après avoir douté, on a acquis une connaissance
tollitur. vraie des sefls et de la façon dont, par I'entremise des organes des sens, Ies choses
[9] Unde sequiuu nos non posse veras ideas in dubium vocare er< eo quod forte aliquis sont représentées à distance, alors le doute est à son tour (124) dissipé.
Deus deceptor existag qui vel in maxime certis nos falliq nisi quamdiu nullam habemus D'où il suit (125) que si nous pouvons révoquer en doute les idées vraies en 79
10 claram et distinctam <Dei> ideam, hoc esg si attendamus ad cognitionem quam de origine pensânt qu'il eiste peut-être quelque Dieu trompeur qui ûous abuse même dans les
omnium rerum habemus, et nihT inveniamus quod nos doceat eum non esse deceptorem choses les plus certaines, c'est seulement aussi longtemps que nous n'avons aucune
eadem illa cognitione qu4 cum attendimus ad naturam triangulL invenimus ejus tres angulos idée claire et distincte de Dieu (126), c'est-à-dire seulement si nous portons notre
aequales esse duobus rectis; sed si alem cognitionem Dei habemus qualern habernus uian- attention sur lâ connaissance que nous âvons de I'origine de toutes choses et si nous
gul, ûm omnis dubitatio tolliu:t Et eodern modq qro possumus pen'enire ad ulem cogni- ne trouvons rien qui nous aPprenne que Dieu n'est pas tfompeur Pâf une connais-
15 tionem trianguli, quamvis non certo sciamus an aliquis summus deceptor nos fallag eodern sance semblâble à celle qui nous fait trouver, quand nous Portons notre attention
aiam modo possumus pervenite ad alem Dei cognitionem, quamvis non certo sciamus an sur la nature du triangle, que ses trois angles sont égaux à deux droits ; mais si nous
dehff $xs summus decçtor eg modo eam habeamus, suficia ad tollerxiarq uti dixi, ornnem avons une connaissance de Dieu telle que nous efl avons du triangle, alors tout
dubitationem quam de ideis claris et distinctis habere possumus. doute est dissipé. Et de même que nous pouvons parvenir à une telle connaissance
[80] Potro, si quis tecæ pnrcedatinvestjgando qrae pnus suntinvestiganda nulla intemrpa du triangle, bien que nous ne sachions pas âvec certitude si quelque souverain tom-
20 concatenatione refl.un, et sciat quomodo quaestiones sint deteminânda€ antequam ad peur nous abuse ou non, de même aussi nous Pouvons parvenir à une telle connais-
ean:m cognitionern nunquâm nisi certissimas ideas, id est, dâras et distiflctas sance de Dieu, bien que nous ne sachions pas avec ceftitude s'il y a ou non un sou-
habebir Nam dubitatio nihil âliud est qrum suspensio arrimi circa aliquam affirmationem verain tromperu ; et Pourvu que nous âyons cette connaissance, elle suffra, comme
aut negationem <rei>, quam afûrmaret aut negaret, nisi occurreret aliquid, quo ignoto, je I'ai dit, pour dissiper tout doute que nous pouvons avoir sur les idées claires et
cognitio ejus rei debet esse imperfeca. Unde colligitur quod dubitatio semper oritur ex distinctes.
25 eo, quod res absque ordine investigentur. Allons plus loin (127) : si l'on procède correctement dans l'étude de ce qui doit
être étudié d'abord, sâns âucune intemrption dans l'enchaînement des choses, et si
I'on sait comment déterminer les questions avant de s'attacher à leur solution, on
Id ut, scit sensus aliqaando u duepisrc; sed hoc tantum confuse scit; nam nescit qaomod.o sensas n'atra jamzlLs que des idées très certaines, c'est-à-dire claires et distinctes. Car le
fallant. doute n'est rien d'autre que la suspension d'une zfftrmaaot ou d'une négation que
I'esprit effectuerait s'il ne se présentait quelque chose dont I'ignorance rend néces-
sairement imparfaitela connaissance de la chose en question. D'où I'on conclut que
le doute naît touiours de ce que les choses sont étudiées sans otdre.

e. Ptécisons : on sait (123) que les sens nous ont quelquefois abusés ; mais cela, on ne le
sait que confusément, car on ne sait pas de quelle façon les sens ûompent.

3 lnde on. NS 4 e nnwi : l: OP 6 itenm on. NS 1,0 Dei srppl G ex NS: on. OL Br,
14- pstrcæs add. NS zo bliift de twijtrelrrg, rin. G @, (fox. nm dubiatio manet) 23 tei
1,3

snpplctti, van't geen, 't welk À,lJ: om. OP, G 2627 ita adnotatio babeur in OP: NS, G ins. post
5 dubitatio.

t1,4 115
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

1383/311 [81] Haec sunt quae promisi tradere in hac prima paræ methodi. Sed, lut nihii omittam 'i Telles sont les questions que f 'ai promis de traiter dans cette première partie de 81
eorurn qu†ad cognitionem intellecnrs et ejus vires possr:nt conducere, tradam etiam pauca la méthode. Mais pour ne rien omettre de ce qui peut contribuer à la connaissance
de memoda et oblivione. Lrbi hoc maxime venit considerandum, quod memoda corrobo- g$ de l'entendement et de ses forces, j'ajouteru quelques mots sur la mémoire et l'ou-
retur ope inællecn:s et etiam absque ope intellectr:s. Narn, quoad pdmr:r.t, quo res magis est fl bli. Ici la principale observation à faire, c'est que la mémoire s'affermit avec I'aide de
5 intelligibilis, eo facilius retinetur, et contr4 ço minu, eo facilius eam obliviscimur. Ex. gr, si ,{ l'entendement, et aussi sans I'aide de I'entendement. D'abord, en effet, une chose
ft
tradam aliari copiam verborum soluon:rrl ea multo dificilius retinebit quam si eadem verba in v
rl est reteflue d'autant plus facilement qu'elle est intelligible ; et inversement nous I'ou-
fomra narrationis tradam. blions d'autant plus facilement qu'elle I'est moins. Par exemple, si je donne à quel-
[82] Corroboratur etiam absque ope intellecnx, scilicet a vi qua imaginatio, aut sensus qu'un une multitude de mots sans Iien, il les retiendra beaucoup plus difficilement
quem vocaf,rt cofilrnun€f4 afficinr ab aliqua re singulari corporeâ Dico dngulavm, imagjrutio que si je lui donne les mêmes mots sous forme de Écit.La mémoire s'affermit aussi
10 enim tantum a singuJaribus afficinr. Narq si çis lguiq e>. gr., uriam tannrm fabulam amato- sans I'aide de I'entendement, à savoir par la force avec laquelle l'imagination, ou le
riam, eam optime retinebit, luamdiu non legerit plurcs alias ejus geneds, quiâ turn sola viget sens dit commun (128), est affectée pâr une chose singulière corporelle. Je dis ingu-
in n4gtnationq sd si plutes sint ejusdem generis, simul omnes imaginâmur et fâcile confi.rn- liàrc : l'imzgjnation n'est en effet affectée que par les choses singu-lières. Par exemple,
duntur. Dico et:am m/naamma solis corporibus afficitwimaginatio. Cum itaque memoria
si quelqu'un n'a jamais lu qu'une seule comédie galante, il la retiendra parfaitement
ab inællectu corroboretur, et etiam sine intellectu, inde concluditur eam çid diversum esse
tant qu'il n'en aura pas lu plusieurs âutres du même genre, parce qu'elle est alors
15 ab intellectr:, et circa intellectum in se spectatum nullam dari memoriam neque oblivionem.
seule à s'imposer dâns l'imagination ; mais s'il y en a plusieurs du même geflre, nous
[83] Quid eqo ent memoria? Nihil aliud quam sensatio impressionum cerebri, simul cum les imaginons toutes à la fois et elles se confondent facilement. Je dis aussr corporelle:
ad deærminatam durationem tensationis. Quod etiarn osteridit rerniniscenua
car llmagination est affectée seulement par les corps. Si donc la mémoire s'affermit
narq ibi anima cogitat de illa sensationg sed non sub continua duratione, et sic idea istius
grâce à i'entendement et aussi sans l'entendement, on en conclut qu'eiie est queique
sensationis non est iPsa duâtio sensationis, id est, ipsa memoria. An vero ideae ipsae ali-
chose de différent de I'entendement et que, concernant l'entendement pris en lui-
20 quam patiantur cornrptionem, videbimus in Phlosophia. Et si hoc alicui valde absurdum t:
Ii même, il n'y a ni mémoire ni oubli. Que sera donc la mémoire ? Rien d'autre que la
videatut, sufficiet ad nostrum propositum ut cogitet quod, quo res est singLrlarior, eo âcilius
sensation d'impressions du cerveau, accompagnée d'une pensée visant à détermi-
1384/321 retineatur, sicut er< exernplo comdiae modo allato pateL Porro, quo rrs in lællgibilioa eo net (129) la durée de la sensationt. Ce que montre aussi la réminiscence. Dans ce cas,
etiam facilius retinenr. Unde maxime singulârern et snuûlrnodo trtelligibilem non poterimus
en effet, 1'àrne ala pensée de cette sensation, mais sans la situer dans la continuité de
non tetinere.
la durée; et ainsi I'idée de cette sensation n'est pas la durée propre à la sensadon,
c'est-à-dire n'est pas à proprement pader mémoire. Quant à savoir si les idées elles-
25 f. Si wn dlîatio it indetemiflata, nenoria /w rci est inpnfiAa, qaod quitque etian uidcbr a nah.ra didj- mêmes sont suiettes à quelque corruption, nous le verrons dans la Philo-
cisse. Saepe enin, tt ali,csi melias avdanas itt eo qtd dicit, mganu qtaxda et ubi id contigerit paamuis etian sophie (131). Si cela vous paraît totalement dénué de sens, il suffira pour notre pro-
ideae ipsae suam babeanl dlrationem in meiltq lamefi, otm assreti simss daralionem determinare ope ali@lt pos que vous pensiez que plus une chose est singulière, plus il est facile de la retenir,
,ileflssrae mltur, qnd etian ope inagittationisft, ifuo nulkn adbac memoiam abstnamas, quat itp*az ttutis. comme le met en évidence l'exemple de la comédie mentionné à I'instant; si I'on
a)oute que plus une chose est intelligible, plus il est facile également de la tetenir, il
en résuite que nous ne pourrons pas ne pâs retenir une chose au plus haut point
singulière et purement inlslligible (132).

f. Si au conuaire la dutée est indéterminée, 1a mémoire de la chose est imparfaite : tout le


monde semble l'avoit appris naturellement. Souvent, en effet, pour mieux croite quelqu'un
dans ce qu'il dit, nous demandons quand et où cela est arrivé. Les idées eiles-mêmes ont bien
aussi leur propre durée dans I'esprit, mais comme nous sommes habitués à déterminer la durée
à l'aide d'une mesure de mouvement, ce qui se fait aussi à l'aide de I'imagination, nous n'obser-
vons jusqu'ici aucune mémoire qui soit le fait de l'esprit pur (130).

12 confundunrur : en verwarren hen À/J @rl. conftndimus) 75 f nnexi: d OP

11,6 117
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE
TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

.[8]l Sic-rtaqug distinximw inter ideam veram et câeteras perceptiones, ostendimwç9 Ainsi donc nous âvons distingué I'idée vraie de toutes les autres petceptions et
çod ideae fræe,falsae et caeterae habeant suam originem ab imagjnation€, hoc esg a
çibus- nous avons montré que les idées fictives, fausses, et l€s autres, tirent leur origine de
dam sensationibus fornritis (ut sic loçar) atque solutis, quae nôn orir:rtw ab ipsa merrtis
I'imagination, c'est-à-dire de certaines sensations fotuites (pour ainsi dire (133)) et
Potent4 sed a cawis exçtemis, prout coryus, sive somniando sive vigilando, varios accipit sans lien, qui ne proviennent pâs de la puissance même de l'esprit, mais de causes
motus. Vel si placeq hic per imaginationem quicquid velis cape, modo sit
çid divenum àb extérieures, selon que le corps, qu'il rêve ou qu'il veille, reçoit divers mouvements ;
intellectu, et unde anima habeat rationem patientis. Perinde enim est $xcquid capias, post-
ou si I'on préfère, qu'on entende ici par imagination tout ce que I'on voudra, pourvu
quaT novimus rzgum esse et a quo arrima patinu, et simul etiam novimus
-eandern Trid ço- que ce soit quelque chose de différent de I'entendement, et qui confère à l'âme un
modoope intellecn:s ab eadern libemmur. Quare etiam nemo miretur me hic nondum pro.
rôle passif. Peu importe en effet la manière dont on I'entend, dès qu'on sait qu'elle
bane dari colpus et alia necessari4 er tamen loqur de imaginationg de co4rore et eius
est queique chose de vâgue et qui rend l'âme passive (134), et qu'on sait aussi par là-
10 corstitrrtione. N*pg ut dixi, est pednde +rld opirtq posû+râm novi esse çA vagum etr
même comment s'en libérer avec I'aide de I'entendement. Que personne ne s'étonne
[8! At ideam veram simplicern esse ostendimus aut or simplicibus compositam, et quae
donc que ie ne prouve pâs encore ici qu'il y â un corps (135), et autres choses néces-
ostendit quomodo et cur aliquid sig aut factum siq et quod ipsius effecnx obiectivi in
saires, tout en padant de I'imagination, du corps et de sa constitution : peu importe,
anima ptocedunt ad rationem fonrralitatis ipsius objecti Id quod idem est quod veteres dixe- je I'ai dit, comment je I'entends, dès que je sais qu'elle est quelque chose de
runt, flernpe veram scientiam procedere a causa ad effecnrs; nisi quod nunquarq ù
15
çod sciarn"
conoï)erunq uti nos hig animârn secundum ceras lges 4gentem et quæi aliquod automa
ïi: vâgue, etc.
i.
Du moins avons-nous montré que I'idée vraie est simple ou composée d'idées
spiribrâle
simples, qu'elle montre comment et pourquoi quelque chose existe ou s'est produit,
p{ U@quanumininitio licuigacquisivimusnotitiamnosuiintellectus et talemnormam E
t, et que ses effets objectifs procèdent dans l'âme en râpport avec l'êue formel de son
verae ideag ut jam non vereamur ne verâ cum falsis aut fictis confundamus. Nec etiam id
iit: objet ; ce qui revient à ce qu'ont dit les anciens, à savoir que la science vraie ptocède
cur quâ€dam intelligamus quae nullo modo sub imaginationem cadr:n! et alia .i de la cause aux effets, à ceci près que jamais, que je sache, ils n'ont conçu l'âme, ainsi
sint in tn'raginatione quae prorsus oppugnant intellecnrn, alia denique cum intellectu
que nous le faisons ici, comme agissant selon des iois déterminées, et pour ainsi dite
conveniang quandoquidem novimus operationes illas, a quibus imaginationes producun-
comme un automate spirituel (136).
tur, fied secundum alias lçgss, pl'o$us divenas a legjbus intellecn-rs, et animam circa irnâgna
Par là nous avons acquis, autânt qu'il était possible audépart,la notion (137)
tionern tantum haberc rationem patientis. Ex quo etiam constat, quam facile ii in
ffi de notre entendement, et une nofine de I'idée vraie telle que désormais nous ne
craignons plus de confondre Ie vrai avec le faux ou le fictif. Nous ne nous deman-
detons pas non plus pourquoi nous avoTrs l'intellection de certaines choses qui ne
tombent d'aucune façon sous I'imagination, pourquoi il y a dans I'imagination
des choses qui s'opposent complètement à I'entendement, et d'autres enfin qui
s'accotdent avec I'entendement, puisque nous sâvons que les opérations qui
produisent les imaginations s'effectuent selon d'autres lois, complètement diffé-
tentes des lois de l'entendement, et que i'âme, s'agissant de I'imagination, n'a
qu'un rôle passif. Ainsi l'on reconnaît avec quelle facilité ceux qui n'ont pas

3 (ut sic loquar) atque solutis: en (om zo te spreken) losse À/$ atque (ut sic loquar) solutis
C 6 hat:eat rationern patientis: adl ganscheliik 7 patitur: aàl gnschehlk
21 illas om. NS ^/J
^/J

118 119
F;tt
TMCTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

l3tl5/331 lmagnos effores possunt delabi, qui non âccurate distinxerunt inter imagrnationem et distingué soigneusemeflt I'imagination et I'intellection peuvefit glisser dans de graves
intellectionem. In hos, ex. gr., quod extensio debeat esse in loco, debeat esse finit4 cujus .ÎÏeo.i. Dans celles-ci par exemple : que l'étendue doit être dans un l-ieu, qu'elle doit
partes ab invicem distinguantur realiter, quod sit primum et unicum fundamentum être finie, que ses parties sont réellement distinctes les unes des autres, qu'elle est le
omnium rerwn, et uno tempore majus spatium occupet quam alio, multaque ejusmodi premier et l'unique fondement de toutes choses; qu'elle occupe à un certain
5 dtz, quae omnia prorsus oppugnant veritatem, ut suo loco ostendemus. mo-.ttt plus d'espace qu'à un autre, et bien d'autres choses de ce genre' qui sont
[88] Deinde, cum verba sint pars imaginationis, hoc es! quod, prout vage ex aliqua toutes complètement opposées à la vétrté, comme nous le
dispositione colporis compofl.mtur in memori4 multos conceptus tngamus, ideo non lieu (138).
dubitandum quin etiam verba, aeque ac imaginatio, possint esse causa multorum De plus, comme les mots sont une partie de l'imagination, je veux dire que c'est 88
magnorumque errorum, nisi magnopere ab ipsis câveâmrs. [89] Adde quod sint consti- selon qulils se composent vâguemeflt dans la mémoire en vertu de quelque disposr-
10 tua ad libitum et captum r,rrlgi, adeo ut non s.int nisi signa renrm, prout sunt in irnagina- tion du corps, que nous forgeons bon nombre de concepts (139), il ne fait pas de
tiong non âutem prout sunt in intellectu. Quod dare patet ex eo, quod omnibus iis, quae doute qu'ilJpeuvent aussi, tout âutant que I'imagination, câusef de multiples et gra-
antum sunt in intellectu et non in imaginatione, nomina imposuerunt saepe negativa, uti ves effèufs, à moins que nous nous mettions séfieusement en garde contre eux.
sunt incolporeum, infinitum etc.; et etiam multa, quae sunt revera affrrmaiv4 negative Aioutez qu'ils ont été formés selon lâ fantaisie et le point de I'ue de la foule (140), si
exprimunt et contra, uti sunt increarum, independens, infinitum, immortale etc., quia bien qu'ils ne sont que les signes des choses telles qu'elles sont dâfls I'imagination, et
15 nimirum horum contraria multo facilius imaginamu, ideoque prius primis hominibus non tèIes qu'elles sônt dans l'entendement. Voici ce qui le met en pleine évidence : à
occurrefl.rnt et nominâ positiva susufpârunt li.
tout ce quièst seulement dans I'entendement et non dans I'imagination, on a imposé
r
[90] Vitamus pr eterc aliam magnam causam confusionis, et quae facig quominus des termes souvent négtifs, comme incolporel, infini, etc., et même on exprime de
intellectus ad se reflecta: nempe, curn flon distinguimus inter imaginationem et intel- ii
.T: manière négative bien des choses qui sont en réalité positives, et inversement,
lectionem, putamus e , quae faciJius imaginamur, nobis esse clariora, et id, quod imagi- comme incréé, indépendant, infini, immortel (141), etc., parce que nous imaginons
20 ftlmur, putâmus intelligere. Unde, quae sunt poslponenda anteponimus, et sic verus bien sûr beaucoup plus facilement leurs contraires et que Pour cette raison ceux-ci
ordo ptogrediendi pervertitur, nec aliquid legitime concluditur.
hPoro, ut tandern ad secundam parærn huius methodi perve se sont pfésentés d'abord aux premiers hommes et ont accapaté les termes positifss.
l3tl6/341 [91] Iniamus, proponâm, Nous évitons en outre une âutre cause importante de confiusion, et qui 90
primo, nostrum scopum in hac methodo, ac deinde media, ut eum attingamus. Scopus
empêche I'entendement de réfléchir sur lui-même: quand nous ne distinguons pas
imagination et intellection, nous cfoyons que ce que nous imaginons plus facilement
est plus clair pour nous, et ce que nous imaginons, nous croyons en avoir I'intellec-
g. Malta afirnanas €t negamr/s, qaia natara auùorum id afimarc et ltegarc Patitt/r, flzn aerv rcrun
25 natura; adeoqtq hac ignorata, facile aliqaidfalsan pro tvm saneftnt$.
tion. Par suité, nous mettons avânt ce qui doit venir après ; ainsi le véritable ordre de
progression est perverti et il n'y a pas de conclusion légitime (142)'
h. Prauipaa hujuspartis rugula est, ut expinaparte seqtlitt/r; rccensm omnes iùas, quas expum inallecta -
in robis inaenimts, at eae ab iis, qaat imaginamur, distinguartuq qtod expropiefatibas unizsctjatqze, nempe Poursuivonr. Po,.rt ariver enfin à la seconde partie de cette méthodeh (143), je 91

inaginationis et inallearc, eit eliciendtlnr. présenterai d'abord le but qui est le nôtre dans cette méthode, et ensuite les moyens

g. Il y a beaucoup de choses que nous affirmons et nions parce que la nature des mots s'y
prête, mais non la nature des choses ; aussi, dans l'ignotance de celle-ci, nous prendrions faci-
lement pout vtai quelque chose de faux.
h. La règle principale de cette partie, comme il suit de la ptemiète partie, est de recenser
toutes les idées que nous tfouvons en nous issues de I'entendement pur, pour les distinguer de
celles que nous imaginons ; ce qui devra ètre dêgagê à partit des ptopriétés respectives de
f imagination et de l'entendement.

3 distinguantur ran trZ: distingur.rntut OP, L C 1.4 sr.nÊ on. NS 16 hic posui signun adnot.
gsin.N$abiignrnalnot halryturante TTvit:rm.us 22hcorrexi:e OP 24m,:la,-25 sunere-
mus in tu\ttl post 16 usntpanntpstit OP, G 28 intellectus comxi ex NS vetstzmt : intellectionis ON
Pàl

121,
TRACTATUS DE, INTELLECTUS EMENDATIONE
TRÀITÉ DE LA RÉFORME DE L,ENTENDEMENT

iaque est datas et


listincas halrerc
ideas, ales videliceq quâe ex purâ mentg et non ex fortuitis
d'y accéder. Le but, donc, est d'avoir des idées claires et distinctes, c'est-à-dire telles
motibus-corpons factae sinc Deinde, omnes ideae ad .r.r^- ù redigantur, conabimur eas
qu'elles proviennent de I'esprit pur et non de mouvements fortuits du corps.
tali modo concatenare et ordinate, ut mens nostra, quoâd .jus fiei potesg referat objec-
Ensuite, pour famenet toutes les idées à une seule, nous nous efforcerons de les
tive formalitatem naturâe, çoad toum et ejus paræs.
çoad enchaîner et de les ordonner d'une façon telle que notre esprit, autant qu'il se peut
5 [94 Quoad primurq ut fam tradidim":, *qrjdt* ad nostrum u.ltimum ûnern, ut res
concipianrt vel per soiam suam essentiam vel per proximam suâm câusarn. Sciliceg si res sit faire, rapporte objectivement l'être formel de la nafure, en sa totalité et dans ses
in se, sivg ut rulgo dicittu,.causa su! tum per iolarn suam essentiam debebit intelligi Si vero parties.
res non sit in sg sed requirat câusam ut existaq rum per proximam En ce qui concerne Ie premier point, comme nous I'avons déjà exposé (144), il
.r.,.à- d.b.t .*m est requis pour notre {in dernière qu'une chose soit conçue ou bien par sa seule
intelligu nân, re\rer4 togritio effecnx nihil aliud est qû-
p"rf..ti"to causae cogmtionem essence ou bien par sa cause prochaine. A savoir: si la chose est en soi ou, comrne
10 acquirere.
on dit communément (145), cause de soi, elle devra alors être comprise par sa seule
[93] Unde, ntrnquâm nobis licebiq quamdiu de inquisitione remm agimq ex absuzctis ali-
condudere; et magnopere cavebimus, ne misceamus e4 quâe tan"hm sunt in intellectq ess€nce; si au contraire la chose n'est pas en soi, mais requiert pour exister une
çid cause, alors elle devra être comprise pâr sâ câuse prochaine. Car en vérité connaîfte
qg fu
$* sunt in re. Sed optima coacluso erit depromenda ab essentia aliqua paniculari
affirmativ4 sive a vera et lçgitima definitione. Narrrab xiomatibus solis univenÀbus non l'effet n'est rien d'auffe qu'acquédr une connaissance plus parfaite de la causei.
15 potest intellectus ad slngularia descendere, quandoquidem axiomata ad infinita s€ g)ftendlurt, Aussi ne nous sera-t-il jamais permis, tant qu'il s'agit d'étudier les choses réelles, 93

nec intellechrm mr4ad unum quâm ad aliud ri"g"lro. conternplandum determinant. de conclure quoi que ce soit à partir d'abstractions ; et nous prendrons grand soin de
p4 Qur€ recta inveniendi via est erdau alicpa definitioire cqgiationes formare; quod eo feli- ne pas mêler ce qui n'est que dans I'entendement avec ce qui est dans le réel. La con-
cius et facil-ius procedet,.quo rem-aliquam melius deûnivâmus. clusion la meilleure devra être tirée de quelque essence particulière afftmaùve (146),
Quare cardJ totius hujus c'est-à-dire d'une définition véritable et légitime. Des seuls axiomes universels, en
secundae methodi panls in hoc solo versatur, nempe in conditionibus bonae definitionis
20 cogroscendis et deinde in modo eas inveniendi. PriÂo, itaque, de conditionibus definitionis effet, I'entendement ne peut descendre aux choses singulières, puisque les axiomes
s'étendent à une infinité de choses et ne déterminent pas I'entendement à considérer
^g?Jn. une chose singulière plutôt qu'une autre. C'est pourquoi la bonne voie de décou-
- pq Defnitio,.ut dicaar perfec4 debebit intirnam essortiam rci erpÏcare, et câvere ne qus
loco propna quaedam usurpernus. verte consiste à se donner quelque définition comme point de départ pour former
Ad çod erylicandurrL ut alia exernpla omittam, ne vidâ
aliorum errores velle detgere, adferam annrn o<ernplum alicuius rei Àstracae, quae perinde des pensées ; ce qui s'accomplira avec d'autant plus de bonheur et de facilité que
t7 /351 25 est çomodocunque deûniaar, circrni scilicet
I Quod" à a.n"iat lr esse ûguram cuius
I aïffi nous aurons donné d'une chose une meilleure définition. C'est pourquoi I'axe de
toute cette seconde partie de Ia méthode concerne exclusivement la connaissance
des conditions d'une bonne définition, puis la manière de les trouver. Je uaiterai
i. My, Q*od binc @paruat rihil nos ù Natara posse </cgltine> inntligar, qain inat ngnitionetzt prinac donc d'abord des conditions de la définition.
cazsae, sitt Dei, anplioran nddanus. La définition, pour être dite parfaite, devra expliquer l'essence int-ime de la 95
chose et prendre soin de ne pas lui substituer ceftains caractères propres. Pour
expliquer ce point, laissant de côté d'auttes exemples pour ne pas avoir I'air de rele-
ver les erreurs des autres, j'apportetai seulement l'exemple d'une chose abstraite
qu'il est indifférent de définir d'une manière ou d'une autre : l'exemple du cercle. Si
on Ie définit comme une figure dans laquelle les lignes menées du centre à la

i. Notez qu'il en résulte manifestement que nous ne pouvons tien comprendre véritable-
ment de la Nature sans par là même accroître la connaissance de la cause ptemière, c'est-à-dire
de Dieu.

8 ut eistat: om wezentlijk te zljn NS (in natg. causa existendi) 9 i cornxi: f op


14 a-xio-
matjbus correx. G: axiomatis oP 18 cardo - 19 partis: de gtotvest van het tweede van
-
deze middel (fon. catào secundae hujus methodi) 26 legitim"e sappleti ex NS utettelijk, of
behotehik, sin. G

122
r9
{
TRACTÂTUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE ]jj TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

l,i circonférence soflt égales, tout le monde voit qu'une telle définition n'expl-ique pâs
lineae, a centro ad circumferentiam duct e, sunt aequales, nerno non vida talem detnitio-
nem minime explicare essentiam circuli, sed tantrm ejus aliquam proprietâtem. Et quam- du tout I'essence du cercle, mais seulement une de ses propriétés. Et bien que,
vis, ut dixi, ùca figuras et caetera entia rationis hoc parum referaq multum tamen refen circa
.{
comme je l,ai dit, s'agissant de figures et de tous les aures êttes de raison, cela
d importe perr, cela impàrte beaucoup en tout cas- lorsqu'il s'agit d'êtres physiques et
errtia phpica etrufu nimirurr! quia propdetaæs rerurn non intelliguntur, quamdiu ean:m r6,
essentiae ignorantur. Si autem has praeterrnittimus, necessârio concâterntionem intellectus, Tr réeis (1af : effectivement, on ne comprend pas les propriétés des choses tant qu'on
li
quae natufâe concrten rtionem referre debeq pefvert€mus et a nostro scopo pnrrsus aberra- :i ignorè lerrrs €ss€nces. Or, si nous les négligeons, nous pervertirons nécessairement
bimus. Ut itaque hoc vitio liberemur, erunt haec observanda in definitione. lËnchaînement de I'entendement qui doit rapporter l'enchaînement de la nature, et
ll' nous nous écarterons tout à fait dJnoue but. C'est pourquoi, Pouf nous délivrer de
[96J Si res sit creata: i
1. definitio debebig uti diximus, comprehendere causam proximam. Ex. gr., circulus, secun- ce défaut, il faudra dans la dé{inition fespecter les conditions suivantes.
10 dum hanc legem, sic esset defniendus: eum esse fguram quae describinr a linea quacunqug Si la chose est créée (148) :
€lrtrernitâs est fix4 alia mobilis; guae definitio clare comprehendit causam proxi- 1. La définition devra, nous I'avons dit, comprendfe la cause prochaine. Par
ffi.* exemple le cercle, selon cette règle, devtait être_défini comme suit: c'est une figure
2. Talis requilitur concqnrs rei, sive definitiq ut omnes proprietates rer, dum sol4 non auæm décrià par toute ligne dont unJextrémité est fixe et l'aure mobile. Il est clair que
cum aliis coniuncr4 spectatr-u, ex ea condudi possinq uti in hac definitione cfuculi videre est. cette définition comprend la cause prochaine (149).
1-5 Nam ex ea cbte concluditur omnes lineas a centro ad citcumferentiam ductas aequales 2. Le concept on défittitio.t de là chose doit être tel que toutes les propriétés de
esse. Quodque hoc sit necessadum reçisitum deûnitionis, adeo per se est attendenti manifes- la chose, quand on I'envisage seule et non jointe à d'autres, puissent en ê11e con-
tum ut non videatut operae pretium in ipsius demonstratione morari, nec etiam ostendere ex .lo.r, co-*. on peut le .,oÈ drn. notre définition du cercle . En effet, on en conclut
hoc secundo requisito ofir\em definitionem debere esse affirmativam. foquot de affirma- ciairement que to;tes les lignes menées du centre à,la circonférence sont égales. Que
tione intellectiv4 parum curando verbalem, çae, propter verborum p€nwiârr\ potedt for- ce soit là un réquisit nécesiaire de la définition, cela est de soi si manifeste à qui est
asse aliquando nçptive er<pdmr, quârnvis atrrnative inte[igâû]r. attentif qu'il ne vaut pas la peine, semble-t-il, de s'attarder à le démontrer, ni non
[9] Defnitiorus vero rei inoeaae haec sr:nt requisita plus de izuevoir, a partir dJ ce second réquisit, que toute définition doit être affir-
1. Ut omnern causam secludag hoc es! obiectr:m nullo alio pn€ter suum €sse çgeat âd sui me souciant peu de la-verbale, qui pouffa
-atirre. Je parle de ltaffirmation mentale,
explicationern peut-êtfe parfois, du fait de la pénude de mots, s'exprimer sous fotme négative, bien
2. Uç data efus rei deûnitione, nullus maneat locus çaestioni, an sir qu'on l'entende de manière affrrmative.
25 3. Ut dJa quoad menterrg habeat subsantiv4 quâe possint adjectivarl hoc esg ne per ali- Quant à la définition de la chose incréée, les réquisits sont
les suivants.
qua abstracta erplicetur. 1. Qu'elte exclue toute cause (150), c'est-à-dire que I'obiet n'ait besoin pouf son
1388/36) 4. Et ultimo (quamvis hoc notare non sit valde necessarium) lrequùitur, ut ab ejus explicâtion de rien d'autre que de son être propre'
definitione omnes ejus proprietates concludantur. Quae etiam omnia âttendenti 2. Qu'une fois donnée la dé{inition de cette chose, il n'v ait plus lieu de poser la
âccurate fiunt manifesta. question : existe-t-elle ?
3. Qu'elle ne comporte, mentalement, aucun substantif- qui puisse être adfec-
ti;é(151), c'est-à-dire qu'elle ne s'explique pas pâr des abstractions'
4. Et pour finir ftien qu il ne soit pas absolument nécessaite de le noter), il est
,.qoi. q,r. to.ries les'propriétés dè la chose se concluent de sa définition. Tout
celà arssi devient manifeite à celui qui y prête soigneusement attention.

3 castera on. NS 76 pet se on. NS 28 concludanrur: verklaart worden À/J

1,24 125
TRACTÂTUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT

_ [98]_Din etiam quod optima conclusio erit depromenda ab essentia aliqua pani- J'ai dit aussi que la conclusion la meilleure devra être tirée de quelque essence 98
culari ,66t-rorra; quo enim specialior est idea, eo distinctior ac proinde .i"rior ..t. particulière affirmative; en effet plus une idée est spéciale, plus elle est distincte, et
Unde cogmtio panicularium quam maxime nobis quaercnda est. par conséquent plus claire. Aussi devons-nous rechercher le plus possible la
[99] Quoad ordinem vero, et ut omfles flostrae perceptiones ordinentur et connaissance des choses particulières.
uniantur, requiritur ug quamprimum fieri potest et ratio postuJaq inquiramus an detur En ce qui concerne l'ordre, et pour ordonner et unifier toutes nos percep-
quoddam ens, et simul quale, quod sit omnium rerun caus4 ut ejus essentia objectiva sit tions (152), il est requis, dès que faire se peut et que la raison I'exige, que nous cher-
etiam causa omnium nostrarum ideamm, et tum mens nostta, uti diximus, quam chions s'il y a un certain être, et en même temps quel il est, qui soit la cause de toutes
maxime referet naturam; flârn, et ipsius essentiam et ordinem et unionem habebit choses, de softe que son essence objective soit aussi la cause de toutes nos idées ; et
objective. unde possumus videre apprime nobis esse necessarium ut semper a rebus alors notre esprit, nous I'avons dit (153), tappofiera le plus possible la nature, câr il
t0 physicis, sive ab entibus realibus, omnes nostras ideas deducamus, progrediendo, en a:ut^, sur le mode obiectif, et I'essence, et I'ordre, et I'unité. De là nous pouvons
quoad ejus fieri potest, secundum seriem causarum, ab uno ente reali ad ali,rd ens voir qul nous est âvant tout nécessaire de déduire touiours toutes nos idées de
reale, et ita quidem, ut ad âbstracta et universalia non transearnus, sive ut ab iis aliquid choses physiques, c'est-à-dire d'êtte réels, en progressânt, âutant que faite se peut,
reale non concludamus sive ut ea ab aliquo reali non condudantur: utrumque enim selon la série des causes, d'un être réel à un autre être réel, et cela, bien sûr, sans pas-
verum pfogressum intellectus intemrmpit. ser à l'abstrait et à l'universel, ni pour en conclure quelque chose de réel, ni pour le
l5 [100] sed notandum me hi.' per seriem câusarurn et realium entium non ntelligere conclure de quelque chose de réel (154) : dans les deux cas en effet, on interrompt le
seriem rerum singularium mutabiliurr\ sed antummodo seriem rerum fixârum aeterna- véritable progrès de I'entendement.
mrnque. Seriem enim rerum singulatium mutabilium impossibile foret humanae imbecillitati Mais il faut noter qu'ici, par Ia série des causes et des êtres réels, ie n'entends pas 100
æsequi, cum popter eâf,utn oûurctn flrmenrn superantem multitudinem, tum propter infi- la série des choses singulières chângeantes, mais seulement lâ série des choses flxes
nias circumstantias in una a eadern ne, quarurn unâquaeque potest esse caus4 ut res existat et éternelles. Il serait en effet impossible à la faiblesse humaine de saisir la série des
aut non existag quandoquidem eanrm existentia nullam habet connexionem culn eârur- choses singulières changeantes (155), tânt à cause de leur multitude innombrable
dern essentia" sive (ut jam diximus) non est aetema vedtas. [01] venrmenimvero neque qu'à cause des circonstances infinies touchant une seule et même chose, circonstan-
etiam opus est ut eanrm setiern intelligamus, siçidem remm singulâdum mutabilium essentiae ces dont chacune peut être cause de son existence ou de sa non-existence ; car I'exis-
non sunt-dçromendae ab earum serie sive ordine existendi, cum hic nihil aliud nobis praebeat tence de ces choses n'a aucune connexion avec Ieur essence ou, si I'on veut (comme
praeter denominationes extrinsecas, relationes aut ad summum circumstantiai: quae nous I'avons déià dit), n'est pas une vérité éternelle (156). Mais en vérité, il n'est pas
-fixis
omnia longe absunt ab intima essentia rerum. Haec vero tantum est petenda a non plus besoin d'en comprendte Ia série, puisque les essences des choses singuliè-
res changeantes n'ont pas à être tirées de leur série, c'est-à-dire de leur ordre d'accès
à I'existence, lequel ne nous offre rien d'autre que des dénominations extrinsèques,
des relations, ou tout au plus des circonstances; et tout cela est bien éloigné de
I'essence intime des choses. Cette essence, au contraire, ne doit être demandée

9 rppnme on. NS

126
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDÀTIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE I,'trNTENDEMENT

1389/371 atque aetemis re I bus, et simul a legibus, in iis rebus tanquam in suis veris codicibus ins- qu'aux choses fixes et éternelles, ainsi qu'aux lois qui y sont pour ainsi dire codifiées
criptis, secundum quas omnia singularia et ûunt et ordinantur. Imo, haec mutabilia sin- comme dans leur vrai registre, Iois seion lesquelles toutes les choses singulières se
gularia adeo intime atque essentialiter (ut sic dicam) ab iis fixis pendent, ut sine iis nec produisent et s'ordonnent (157). Bien p1us, ces choses singulières changeantes
esse nec concipi possint. Unde haec fixa et aeterna, quamvis sint singularia, tamen, ob dépendent si intimement et, dirais-je, si essentiellèment (158) de ces choses fixes
5 eorum ubique praesentiam ac latissimam potentiam, erunt nobis tanquam universalia, qu'elles ne peuveflt sans celles-ci ni être ni être conçues. Aussi, ces choses fixes et
sive Benera definitionum terum singularium mutabilium et câusâe proximae omnium éternelies, tout en étant singulières, seront cependant pour nous, à cause de leur pré-
sence en tout lieu et de leur puissânce très étendue, comme des universaux ou des
t102] S.4 cum h<rc ita sig non parum difficultatis videtur subesse ut ad horum singula- genres (159) pour les définitions des choses singulières changeantes, et les câuses
rium cognitionem pervenire possimus; nam, omnia simul concipeie res est longe prochaioes de toutes choses (160).
10 supra humani intellectus vires. Ordo autem ut unum ante aliud intelligatur, uti diximus, Cela étant, une difficulté, et non des moindres, semble sous-jacente à l'effort de 102
non est petendus ab eorum existendi serie, neque eiLam z rebus aetemis: ibi enim connaissance de ces choses singulières. Les concevoir toutes à la fois est en effet
omniâ hâec sunt simul natura. Unde a\aatxilta necessario sunt quâerendaprzeterllla bien au-dessus des fotces de I'entendement humâin. Or I'ordre à suivre pour com-
quibus utimur ad res aeternas earumque leges intelligendum; attamen non est huius prendre une chose avant une autre ne doit pas être demandé, nous l'avons dit, à la
Ioci ea tradere neque etiam opus est, nisi postquam remm aeternamm, earumque série de leurs existences, ni non plus aux choses éternelles. Là en effet toutes ces
15 infallibilium legum, sufficientem acquisiverimus cognitionem, sensuumque nostrorum choses sont pn î î;re simultanées. Aussi faut-il nécessairement rechercher d'autres
natura nobis innoruerit. secours, en plus de ceux dont nous nous servons pouf comprendre les choses éter-
[103] Antequam ad rerum singularium cognitionem accingamur, tempus erit ut ea nelles et leurs iois. Cependant ce n'est pas ici le lieu d'en traiter, et il n'en est pas non
auxilia tradamus quae omnia eo tendent, ut nostris sensibus sciamus ud et experi- plus besoin tânt que nous n'aurons pas acquis une connaissance suffisante des cho-
menta certis legibus et ordine facere, quae sufficient ad rem, quae inquiritur, determi- ses éternelles, ainsi que de leurs lois infaillibles> et tânt que la nature de nos sens ne
20 nandam, ut tandem ex iis concludamus, secundum quasnâm rerum aetemarum leges nous sera pâs connue. C'est avant de nous attacher à la connaissance des choses sin- 703
facta sit, et intima ejus natura nobis innotescât, ut suo loco ostendam. guliètes qu'il sera temps de traiter de ces secours: tous visent à nous apprendre à
[104] Hic, ut ad propositum rev€rtar, tântum enitar tradere quae videntur neces- user de nos sens et à fatte, suivant certaines lois et avec ordre, les expérimenta-
saria ut ad cognitionem refl.xn aetetnarum pervenire possimus, earumque definitio- tions (161) qui suffisent à déterminet la chose cherchée, pour en conclure enfin
nes formemus conditionibus supra traditis. Quod ut fiat, revocandum in memoriam selon quelles lois des choses éternelles elle a été produite et en connaîtte la nature
25 id quod supra diximus, nempe quod, ubi mens ad aliquam cogitationem attendit ut intime, comme je le montterai en son lieu. Ici, pour revenir à mon propos, je m'ef-
ipsam pelpendat bonoque ordine ex ea deducat quae legitime sunt deducenda, si ea forcerai seulement d'exposer ce qui semble nécessaire pour que nous puissions par-
falsa fuerit, falsitatem deteget; sin âutem vera, tum feliciter perget sine ulla inær- venir à la connaissance des choses éternelles et pour que nous formions leurs
1390/38) ruptione res veras inde de lducere. Hoq inquam, ad nostrâm rem requiritur. Nam, ex définitions suivant les conditions ci-dessus exposées.
Pour cela, il faut rappeler à la mémoire ce que nous avons dit plus haut (162), à 104
savoir : lorsque l'esprit s'applique à quelque pensée pour l'apprécier et en déduire en
bon ordre ce qui doit en être légitimement déduit, si cette peflsée est fausse, il en
décèiera la fausseté; et si elle est vraie, alots il continuerâ, sâns être jamais inter-
rompu, à en déduire avec bonheur des choses vraies. Cela, dis-je, est requis pour

128 129
TRACTATUS DE INTELLECTUS BMENDATIONE
TRA]TÉ DE I.A RÉFORME DE L,ENTENDEMENT

nullo <alio> fundameno cogitationes nostme detenninari queunt [105] Si igjtw rcrn notre obfet. Car il n'y a pas d'autre fondement à partir duquel nos pensées puissent
être déterminées (163). Si donc nous voulons pousser I'investigation jusqu'à la chose
omnium ptimam investigare velimus, necesse est.lari aliquod firndamentum, quod nostras
qui vient avant toute âutre, ce qui est nécessaire, c'est un fondement qui y dirige nos
cogitationes çs dirigat. Deinde, quia methodus est ipsâ cognitio reflexiva, hoc fundamen-
pensées. Et puisque la méthode consiste en la seule connaissance réflexive, ce fon-
tum, quod nostras cogitationes dfuigere debeg nullum aliud potest esse quam cognitio ejus
dement qui doit diriger nos pensées ne peut être que la connaissance de ce qui cons-
çod fonnam vedtatis corstitr-riq et cognitio intellecnis ejusque proprietanrm et virium. Hac titue la forme de la vêÀté, ainsi que la connaissance de I'entendement, de ses pro-
enim acquisita, frrndamentum habebimus â quo nostrâs deducernus, et viam
ptiétés et de ses forces. Celle-ci acquise, en effet, nous aurons un fondement gtâce
qua intellectrx, prout eius fen capacitas, pervenire poterit ad rerum aeternarum cognitionern,
habita nimirum ratione virium intellecus.
auquel nous déduirons nos pensées, et la voie par laquelle I'entendement, dans la
mesure de sa capacité, pouffa parvenir à la connaissance des choses éternelles;
[106] Quod si vero ad raturam pertineat veras formare ideas, ut in pdma
compte tenu, bien sûr, des forces de I'entendement.
10 paræ ostensurr\ hic jam inquirendum qrrld per vires et potentiam intellectus inælligamus.
Maintenant, sT appartient àIa naure de la pensée de former des idées vraies,
Quoniam vero praecipua nostrae methodi pârs est vires intellecnrs ejusçe naturam optime
inteligere, cogimur necessatio (per ea quae in hac secunda pârte methodi tradidi) haec
comme on I'a monué dans la première partie, il faut ici chercher ce que nous com-
prenons par forces et puissance de l'entendement. Or, puisque la principale partie
deducere ex ipsa cogitationis et intellectus definitione.
de note méthode consiste à comprendre parfaitement les forces de l'entendement
[10! Sed hucusque nullas regulas inveniendi defnitiones habuimus; et çia eas tadere et sâ nature, nous sommes nécessairement contraints (en vernr de ce que j'ai exposé
15 non possumus, nisi cognita natura sive definitione intellecnx .|sq* p"torta hinc sequinu
dans cette seconde partie de la méthode) de le déduire de la définition même de I'en-
quod vel definitio intellecnx per se debet esse dara vel nihn intelligere possumus. Illa amen per
se absolute dara non esq affâmer\ quia ejus proprietates, ut omnia qu†ex intellectr,r habe-
tendement et de la pensée. Mais jusqu'ici nous n'avons pas eu de règle pout trouver 707
mus, dare et distinae percipi nequeunt msi cognita earum rlatur4 ergo definitio intellectus
les définitions, et puisque nous ne pouvons en donner sans connaître la nature,
per se innotescet si ad ejus proprietates, quas dare et distincte intelligimus, attendârnus. c'est-à-dire la définition, de I'entendement ainsi que sa puissance, il s'ensuit ou bien
tn que Ia définition de I'entendement doit être claire par elle-même, ou bien que nous
Intellectus igitur proprietates hic enumeremus eâsque perpendamus, deque nosttis innatis
ninstrumentis
agere incipiamus.
ne pouvons rien comprendte. Cette définition, cependant, n'est pas claire absolu-
proprietaæs, quas praecipue notâvi et dare intelligo, hae swrl
ment par elle-même. Toutefois (164), puisque les propriétés de I'entendement,
[08] Intellecnx comme tout ce que nous tenons de l'entendement, ne Peuvent être clairement et
1. Q""d certitudinem involvag hoc esg çod sdât res ita esse formaliter ut in ipso objective distinctement perçues sans que leur nature soit connue, il en tésulte que la définition
continentur.
2. Quod quaedam percipiat, sive quasdam formet ideas abso llute, quasdam or aliis. de I'entendement se fera connaîue par elle-même si nous portons notre attention
et/391 2s
N*pg quarrtiatis ideam forrnat absoluæ nec ad alias arendit cogitationes; motus vero ideas sur les propriétés de l'entendement que nous comprenons clairement et distincte-
noq nisi attendendo ad ideam quantitatis. ment, Recensons donc ici les propriétés de I'entendement, apprécions-les, et com-
mençons à traiter de nos instruments innésk.
Les propriétés de I'entendement que j'ai principalement remarquées(l66) et que
108
k. Wde supra,pag. 365. i66 et nqq. ie comprends clairement sont les suivantes :
1. Il enveloppe la certitude; autrement dit, il sait que les choses sont formellement
telles qu'elles sont contenues en lui objectivement.
2. Il perçoit certaines choses, c'est-à-dire forme certaines idées, absolument, les
autres à partir d'autres idées. C'est bien absolument qu'il forme I'idée de quantité,
sans avoir égard à d'autres pensées ; mais les idées du mouvement, il ne les forme
qu'en ayant égard ù I'idée de quantité.

k. Voir plus haut $ 39-40 et sq. (165).

1 a\o stppl G sin. N3 detetrniruri anw. Ç sin. NS.: mninan OP 11, optirne on.
72meùtcdr on. NS 21, k mut g OP
^/J

130
t31
TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE I-A RÉFORME DE L'ENTENDETVIENT

3. Qu"s absolute fonrrag infinitatern erprimunÇ at deterrninaus ex aliis fbnrrat ldeam enim 3. Celles qu'il forme absolument expriment I'iniinité ; et celles qu'il forme à partir
quantitatis, si eam per causam percipig nrr-r quantitatern deærrninat' ut cum ex mou alicuius d'auffes sont déterminées. Soit en effet I'idée de quantité : s'il recourt à une cause
pï"i -rp*, ex mànr fineae vero planurn, exmotu pr:ncti lineam.otfui percipiq quae pour la percevoir, alors i.l détermine la quantité. Par exemple, quand il perçoit
çia.rr, i*...pti"nes non inserviunt ad intelligendam, sed tantum ad determinandam qu'à partir du mouvement d'un plan on engendre un volume ; à partir du mouve-
quantitatem. Quod inde appâret, quia eas quasi ex motu oriri conopimus, cun tamen
-perceptaqr:andtate,
ment d'une ligne, un plan; à partir enfin du mouvement d'un point, une ligne.
Àot o not percrpiaur nisi et morum edam ad formandam lineam in Ces perceptions ne servent pas, bien srir, à comprendre la quantité, mais seule-
infinitum .ônti.t t^t possumus, quod minime Possemus facere, si non haberemus ideam ment à la déterminer. Et voici ce qui le rend manifeste: nous les concevons
inûnitae qrantitatis. comme engendrées par le mouvement, alors que pourtant on ne perçoit pas le
4. Ideas positivas prius forrLar quam nçgativas. mouvement sans percevoir d'abord la quantité, et de plus nous pouvons Pour
5. Res nbn tam iub durat-ione, quam sub quadam specie aetemitatis percipit et nrrmeto former une ligne prolonger le mouvement à I'inûni, ce que flous ne pouttions
infinito. Vel potius, ad res percipiendas nec ad numerum nec ad dr:rationern âtterdiq cum absolument pas faire si nous n'avions pas I'idée de quantité infinie.
autern fes û4gt"firq o. r"b ...t" nunefo, determinata dutatione et qu2ntitâte percptr 4. Il forme les idées positives avant les idées négatives.
6. Ideae, quâs"clârâs et distinctâs forrnamus, ita ex sola necessitaæ nostrae nanrue sequi viden- 5. I1 perçoit les choses non pas tânt sous I'aspect de (167) ia durée que sous i'aspect
nr, ut absôhæ a sola nostra potenta pendere vldeârrtuq confusae autem contia' Nobis enim d'une certaine forme d'éternité et d'un nombre infini. Ou plutôt, pout percevoir
15 invitis saepe forrrantur. les choses, il n'a égard ni au nombre ni à la durée ; mais quand il imagine les
7. Ideas i.*rt, q*, intellectus ex aliis format, multis modis mens determinâre potest ug choses, il les petçoit sous I'aspect d'un certain nombre, d'une durée et d'une
ad determinandnrn, .". gt., planum ellipseos, fingit stylum chordae adhaerentem ùca duo quantité déterminées.
centra moveri, vel concifit in6ttit" porr.t eandem sernpef et certam âionern ad daWn a]t- 6. Les idées que nous fotmons claites et distinctes paraissent suivre de la seule
quam rectam lineam h"b."ua vel cônum plano aliço obliço sectr:rr! ita ut angulus indina- nécessité de notre nature, en ce sens qu'elles sembient dépendre absolument de
tionis major sit angulo verticis coni, vel aiiis inûnitis modis. notre seule puissance. C'est Ie contraite pour les confuses; elles se fotment en
8. Ideae,'quo ph-:rperfeoionrs alicujus objecti erldmunt, eo Perfectiofes sunL.Nafii. fâbfurr\ effet souvent malgré nous.
+u fr"u- aliçod o<cogra"it, non iA admiramur ac illurrl qLu æmplum aliquod lnsgre 7. L'esprit peut déterminer de multiples manières (168) les idées des choses que
er<cogiarnt I'entendement fotme à partir d'auffes : ainsi, pour déterminer Par exemple une
surface elliptique, i-l feint qu'un poinçon appliqué contre une corde se meut
âutour de deux centres, ou bien il conçoit une int-rnité de points ayant touiours le
même rapport déterminé âvec une dtoite donnée, ou un cône coupé par un plân
oblique de façon telle que I'angle d'inc[naison soit plus grand que l'angle au som-
met du cône, et il y a une infinité d'autres manières (169).
8. Les idées sont d'âutant plus parfaites qu'il y a plus de perfection dans l'objet
qu'elies expriment. Car I'ouvrier qui a conçu une chapel.le excite moins notre
admiration que celui qui a conçu un temple magnifique.

1, ldeam-2 determinat Ideam enim quantitatis, si per causam percipit, tum eam Pet quaflfltâtem
determinat nn C, in. NS

132 t33
I TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L'ENTE,NDEMENT

1392/401 tt09j I naiWe quae ad cogiationern refenrntru, ut amor, lræri.ta *", nihil moror; nffrL Je ne m'artête pas à toutes les autres sortes de pensée, comme I'amour, la
nec ad nostnrm institutum pmesens faciunt nec etiam possunt concipi nisi petcçto intel- joie, etc. : elles ne concernent pas notre projet actuel (170), et l'on ne peut même pas
lecnr Nara percçtione omnino sublata" ea omnia tolluntur. les concevoir sans percevoir d'abord I'entendement. Car si la perception est entière-
[10] Ideae falsae et fictae nihï positinrm habent (ut abunde ostendimus) per quod falsae ment supprimée. eLles le sont toutes aussi.
5 aut ficae dicr-rrnrq sed solo defecnr cognitionis ut ules corsiderântur. Ideae ergo fâlsae et Les idées fausses et fictives n'ont rien de positif (nous 1'avons abondamment 110
fictae, quâtenus tales, nihil nos de essentia cogitationis docere possung sed haec petenda ex montré) qui les fasse qualifier de fausses ou de fictives ; c'est seulement à cause d'un
modo recensitis proprietatibus positivis. Hoc esg iam aliquid cofirnune statuendum esq o< mânque de connaissance qu'elles sont considérées comme telles (171). Par consé-
quo hâe propriùtes necessariô sequântur, sivg quo dato, hae necessario dentur, et quo quent, les idées fausses et fictives, en tant que telles, ne peuvent rien nous apprendre
sublato, haec omnia tollantur. sur l'essence de Ia pensée ; celle-ci doit être demandée aux propriétés positives qu'on
vient de recenser. Autrement dit, il faut maintenant établir quelque chose de com-
mun d'où suivent nécessairement ces propriétés, c'est-à-dite tel que, s'il est donné,
10 Rdi4ua darilcmntur ces propriétés le soient nécessairement aussi, et s'il est supprimé, tout cela le soit
aussi (172).

Le reste mânque.

1,34 1,35
Notes auTractatus
de Intel/ectus Emendatione
Notes sur l'établissement du texte
par Filippo Mig-ni

Le -cors-litre

Le sous-tiffe de À'/J suppose une version latine (à savoir : Et de Àtethodo ad ean perficiendtn) qut
n'a rien en commun avec le sous-titre de OP. Or, ce detnier ne peut être mis sur le compte
d'une libetté prise pat le traducteur. Deux hlpothèses sont alots possibles : 1 / absent dans
l'otiginal, le sous-titre trrut êté ajouté par les rédacteurs de OP et de Àif les uns indépendarn-
ment des âutres ; 2 / le sous-tite original aurait été celui transmis par À11; modifié après la tra-
ducdon par un réviseur du texte latin, il aurait été expiicitê ad eun persipiendzn en foncnon dela
méthode (dirigitur) et de I'action qu'exptime la perfection de l'entendement (in ueram reram rcgni-
tionen).

[ 1 (64,7)

qùbls et qaae timeban : NS ttad.,ttt uoor de welken, en die ik næsde, montrant ne pâs zvoir lu a qùbas
(couramment p^t les éditeuts), mais plutôt qtibas (daa\.,Bn hsant qaibus, la phrase
^cceptê
acquiert un sens différent, mais qui est satisfaisant si l'on distingue entre lâ ( crâinte pout des
biens que i'on pense perdte> (qaibus) et <la crainte pour des maux que I'on pense acquérir>
(quae). On peut en effet observer que la distinction ente la ctainte de perdre un bien et la

#
w
crainte d'acquérit un mal est expressément faite dans l'affirmation qui suit, selon laquelle tou-
tes ces choses (qùfut et quae tineban) n'ont en elles-mêmes iren neqae boni neqae mali, si ce n'est
ô:.
en tant que par elles animus mouebahtr,

[ 4 (66, 23)
.rE. bae : en tad,ttsant bae par rijkdon, Glazemaker démonue avoir lu hae, c'est-à-dire les dchesses,
ffi
ft, et non baec (ces choses), comme le veut OP. La leçon de À/J doit être préférée à la lbis en
w taison de la téférence explicite et directe de la note à hae dela ligne 8, et parce que I'explication
de la note concetne seulement les richesses et non les honneurs, dont on pade aux lignes 9-1 1.
La leçon haet pourtut être considérée une fausse lecture du réviseur ou bien encore une
coquille.

t37
PREMIERS ECRITS NOTES AU TRACL4T-IJ'S NN T;TrcU-AC7-US E|I,ENDATIONE

[ 6 (66, 15)
confirme pas la leçon àe OP en qu€stion ici, mais qui au contraire exprime la nécessité de sa
corecdon. Elle en synthétise les deux moments : celui de Ia méthode, qui constitue le début de
filuo inititato: deu raisons m'ont conduit à expulser alictti. 1. / Glzzemaker traduit exâctement
I'activité philosophique, et celui de la limite qui lui est inhétente
comme dans deux auttes occurrences (3, 1.9 ; 4,22), où OP donne la leçon nowm institillila. lqaoitun t;cu1.
2 / l n texte nous met devant seulement àelux ittstitata : fe commute uitae institutum, âuquel l'âu-
teur veut se soustrùe, et un institutam altetnrtif, défini par le but qu'il entend poursuivre - par- s 1e (74,7)
venir à un bien stable et durable. Iæs deux inrtittia sotrt à ce point exclusifs I'un de l'autle, que
ab uno atrt alteru necessaio esset abstinendan (4,19-20). I1 ne semble donc y avoir aucune place pout adpkànn, quod ucant: puisquT ne Fait aucun doute que adplacitun se téfère à la narure du
un quelconque auûe institutam, signe, dont il souligne I'indiffétence objective (peu impàrte celui que l,on aura choisi), et pas à
sa_dénomination, qnd uocant (comme I'on dit) a pour fonction d'expliquer la formuleinusuelle
ad p/aritun. Le texte de oP a posé queiques difficultés aux éditeurs'et âux
traducteurs, que
s e (68,14) H. H. Joachim a résumées unsi: <"euod uocant ad placitaù' is obscure, but means (I rhink),
'the so called chosen sign" > foachim, 1958,p.27). Dans le traité (ainsi que dans E, TTp, Tp,
ex eo haec esse mala: Ia leçon de À/Jest ptéférable, car le texte n'entend pas montrer d'où sont
Epp) I'erpressio n ad placitan n'est plus employée, tandis que l'on rencontie trois fois ad libitan
issus (orta esse) haec mala (substanttf), mais pour quelle raison (ex eo) ces choses (baec), à savoir les
Q5'15.29;31,'11). onûouveiaformule adptaàtan chèzBacon (Noaumorganun,165, 15;
dchesses, leplaisitetleshonneurs (illanakde4,29),sontnala (adjectif.Laraisonestqueces
218, 1,2;275,25).
faux biens sont périssables (igne 20), et donc ils tendent périssable également I'amour qui s'y
joint (4, 23-25). IIs sont ainsi mala si on les techerche pour eux-mêmes, mais non en tant que
moyens pôur parvenit à de vrais biens. Dans un tel contexte, .-,y'4 est tfompeut, parce qu'il î 30 (80,16)
laisse supposer queles mala en question sont les conséquences des cois faux biens communé-
lptls ert: deux raisons permettent de considéter la leçon de À,/Jcomme authentique: 1/le
ment recherchés par les hommes, plutôt que ces faux biens eux-mêmes. Ayant compris le
texte expose l'atgument del'inqrisitio in infnban qui est à exclure. Il est nécessaire que l,atgo-
textedanscesens,ilestvtâisemblâbleque,paranalogieaveclalignelT (nanquamoientzr/ites),
le réviseur ait inûoduit Ie vert:e orior et assimilé ces maux aux dangers, aux persécutions et aux
ment soit donné positivement (optts est), cr.,st I'on lisait nun lprs est, le ta/i enin n)do qut"ne
morts dont il est question dans les lignes précédentes (4, 9-14). conduit à aucune connaissance n'aurait âucun sens. 2 / La leçàn ptoposée est confirmèe par
I'exemple des instruments corporels, respectivement ùdeà ,odo liceret argumentai.
L'argument, qui reproduit de manière spéculaite celui "r*quèh
qui èst employé pour la méÀode, est
î e (68, le) construit positivement, c'est-à-dire sans négtion : ttfem4n radaur, na//ei opls est.L'atgtment
doit êue formulé de manière positive précisément pour pouvoir êre exchi en raison àe I'ab-
ip:eqre : NS ne traduit pas ipsaqw et rêfère exPerc à anlr (Jr[aar de liefde tot d'eewige er oneindige qaak surdité à laquelle il conduit. on peut donc supposer que nin ut été aioutêpar le réviseur tombé
uoed de gæst net blfabE alleen, en is aan alle droeJheit aitge:laten). Je ctois que laleçon ipseque, Éf&êe dans une lertiofadlior.
ù anory doit êue ptéférée à ipsaque, rêfêtêe à laetitia, et cela pour deux raisons : 1 puisqu'il
/
vient d'être ptécisé que l'âme est remplie de sola laetitia, sans mélange de tristesse, l'ajout serait
pléonastique ;2 / patce que dans les lignes qui précèdent il a été question d'un amour (celui [ 4t (86, 20)
pour les choses pétissables), dans leguel contingunt (igne 20), avec la laetitia, aussi des passions
si laleçon cordgée, si elle était maintenue, évoquerait une situation conceptuelle contra-
tristes : préciser qu'un tel âmour (tourné vers un objet immuable) est exempt de toute tristesse .datz.r:
, elle suggérerait la possibilité qu'une essenceàbjective (ou idée) soit donnée or, cette
a donc un sens. 9i.toi.. ;
hypothèse est exclue pat ie contexte, étant donné sa corrélation avec l'essence formelle et
I'impossibilité, dans la natute (14,28), qu'une essence formelle n'ait aucune relation avec d,au-
î t5 (72, 8-9) tres essences formelles. Le texte, en vérité, n'entend pas souligner s'il se donne ou pas une
essence objective qui coresponde à une essence formelle n'ayani aucune relation av.. à'"otr",
initio exparyandi:la version néerlandaise (uoor qo aeel men kan, itt 't begin qriueren) peut ètre consi- essences formelles, mais exclusivement le parallélisme parfait entre essence formelle et
dérée comme correcte pour les raisons suivantes : 1 / dans le contexte, initio renlorce ante essence objective. Dans un tel contexte I'incise, outre que ûompeuse, est donc parfaitement
onnia qloi précède (7, 9), tout en ptécisant que lâ purification est nécessaire au début du che- superflue.
min, parce qu'une petite eûeur au commencement d'un processus de connaissance devient
une grande erreur à Ia fin. 2 /Le début de l'entreprise philosophique est spécifiquement
concetné par une limitation de la purification de l'entendement (qtlantilm licet), cat poul que [ 51 (e2,14)
cette purification se fasse I'exercice de I'entendement est de toute façon requis ; or, n'étant pas
Plmam : l'zutear précise qu'il n'entend pas exposer une docttine philosophique des idées, fon-
encore purifié, l'entendement doit procéder avec une précaution extrême à travets sâ propre dées sur la description de leur essence et de leut cause ptemière; une telè explication, en effet,
auto-anâiyse, en se fondant sur une idée vraie donnée et sur le principe de l'auto-évidence du telèverait de la philosophie et non de la doctrine de la méthode. cependant, puisque la
vtu. 3 / En ce sens il convient d'interpréter la phrase quantan in initio licait (30, 24), qui ne méthode également tequiert une quelque explication causale, on peut penser qu'e[à peut être

138
139
PRF.MTRRS Écnns NOTES AU TRACTATUS DE INTELLECTUS EMENDATIONE

donnêe per causam proximam. On en a une conftmation extérieute dans 1'Ép. 37 à Bouwmees- s 80 (114,23)
ter, dans laquelle on lit que pout satisfaire les exigences de la méthode ( nzfl est lpas natllram
menlisperpiman eJas caasam clgnlsære, (O4, 189,5-8). rei: j'au intêgrê pour les taisons suivantes : 1 ,/ I'obiet de l'investigation droite, qu'il faut
conduire dans i'otdre dû (méthode) sont les rer Q4-25 et 30). 2 / La phtase qaam afirrnaret aal
negaret, rêf&êe à afimationen aû regationem, non seulement n'est pas usuelle, mais semble ne
î 56 (e6, 5)
pas avoit de sens. Une chose est d'affitmer ou de nier quelque chose, autre chose est d'affir-
: \a nécessité de coriger dictis pat fctis se fonde sur trois ârguments : 1 ,/ la difficulté d'ex- mer une affirmation ou de nier une négation. 11 semble donc que le qaam de la ligne 28 doit
fxis
pliquer la traduction de Glazemaker (het aaoryedacha), tout en attribuant au traducteur la Plus être référé à l'objet de I'affitmation ou de la négaaon. 3 / elas rei de la ligne 29 ne se téférerast à
grande liberté. 2 / La àitfi,cultê de comptendte Ia rêférence aux choses déjà dites (dictis) sut la tien s'il n'était pas précédé pat rei àlaltgne 28, respectivement à lâquelle chose l'on puisse dire
fiction dans le contexte en question. 3 / La log1qte du texte: I'auteur entend expliquer ce /as.4 / Pat ailleurs, une confitmation quele qaam de la ligne 28 ne se réfère pas à afimtatio attl
genre de fiction par la connexion et la cohérence avec ce qui a àêjà étê imaginé ou feint aupa- negatio nots vient de À/,1 qui traduit <reD , qmm par uan 't geen, 't welk et ne traduit pas elas de \a
nv^nt (/)et allrgedachn), afin d'éviter de comprendte la fiction présente comme une invention hgne 29.
absolue de I'esptit ou un acte pur de la voionté. En tevanche, un tei gente de fiction serait
impossible si elle n'avait pas été précédée de I'erreur de celui qui feint (d'où la nécessité d'une
cohauio can janfxis), ou encore si l'on jugeait impossible de communiquet une teiie fiction à [ 8e (120,24-25)
d'autres.
/
Je considère ce texte comme la note g pout les raisons suivantes : 1 à cause du témoignage
/
de À/Jet patce que de cette façon on reconstruit intégralement la série des notes.2 Patce qule
[ 60 (100, 15) ce passage est sans connexion littérale avec ce qui précède, et intenompt le lien logique avec le
patagtaphe suivant, où I'absence d'une distinction entre imagination et entendement, qui, dans
cogitetar : la leçon de OP (cogiannr) n'est pas défendable à cause de l'absence d'un suiet pluriel.
le paragraphe précédent, concerne seulement I'usage des mots, est expressément indiquée
Pour cette taison Gebhardt inttodtisitrn alia; mais cela n'a pas de justification dans le texte et
comme câuse de confusion. 3 / Dans le manuscrit l'annotation était probablement ajoutée en
est superflu, dans la mesure où le verbe au singulier impetsonnel exprime de manière adéquate
marge, sâns référence explicite. De là son assomption dans le texte de la part de OP, etla Éfê-
le concept, et qu'il est plus facile de supposer l'ajout de lalettte n in cogitetur qte l'oubli d'un
tence discutable dans À/-Ç. La note semble devoir être plutôt mise en relation avec le discouts
alia. Glazemaker aussi semble avoirlt cagitetar.
sur I'affitmation ou la négation, et elle a le carâctère d'un éclaircissement nécessaire et synthé-
tique. Appuhn conserve cette note dâns le texte, tout en pensant que la phrase < est
s 70 (106,le) probablement une note jointe au texte après coup > (211).
datae : OP et NS reportent la leçon data.Je ptêfère corngerpzr datae pour deux taisons : 1 / une
notme donnée de l'idée vraie n'est pas possible, pârce que la norme n'est pâs extrinsèque à I el (120,28)
l'idée vraie, mais, au contraite, intrinsèquement constituée par I'idée waie en tant que vraie et
en tant que donnée. Une notme donnée ne se donne p^s, c r la méthode est ce qui doit la intellectuts: je préfère corriget conformément à la leçon À,/.J, cat, alors que le terme inaginatio
montrer sur le fondement de I'idée vtaie, en tant qu'une idée vraie est donnée: methodas non indique à la fois la faculté d'imaginer et I'acte d'imaginer, une telle ambivalence n'existe pas
dabitur, ni:i pius detur idea (14,2).2 / Dans ce qui ptécède et dans les 1 1 lieux où, outre celui-ci, entre intellectas Qa faculté de comprendte) et intellectio ('acte de comptendre). Or, de même qu'il
1I appatût,le terme norma n'est jamais accompagnée de I'adjectif data; en revanche on ten- est évident que dans le contexte de cette note inaginatio indique la faculté d'imaginer, puisque
contre cinq fois la formule ad dalae uerae ideae norwam (1.4,3-4; 14,8; 1'5, L5-1,6; 16,26-27 ; I'on techetche ses propriétés comme plus tard l'on rechetchera les propriétés de I'entende-
26,23) avec les variantes ad datae ideae Entis petfexissini nornan (14,8) et ad nornam datae ralas- ment et non de l'intellection, de même il est évident que I'autographe contenatt intellectus et non
ct/fique uerae ideae (1,6,26-2l.Dans les autres cas, il s'agit toujouts de la norme constituée par in*llectionis. La correction a pu être suggérée au réviseur pat les deux lieux de la même page où
I'idée vtaie ou par la vérité :13,25 ad illan nomtam, c'est-à-dite celle constituée par l'idée vraie ; il est fait référence à la nécessité de distinguer irter imaginationem et intellectionen Q. 2 et 21) ; il
76,8 ad nomam prinae, c'est-à-due ueritalis ; 27, 1'3 nomtan ueiTatis ; 30, 25 norwam verae ideae semble avoir oublié cependant les deux autres lieux, où I'on fait téférence aux choses qui sont
ou ne sont pas in intelleùa et in imaginatilne (. 12-14) et à ia faculté cettaine de l'entendement
76 (/12, 5) (intellectas) à la ligne 30.
î
confsndamar : suivant la leçon de NS (ry ueraart worden) et :une correction précédente de Bruder
et de Moten-Land, Gebhardt a juç devoit accotder le verbe zvec malta et condpiantur. Mais, I 108 032, 1-2)
puisque cette corection ne s'impose pas, bien au contraire, confandanar àe ia ligne 10 est le
pendant naturel du confitndamur de ia ligne 5, et que la v^i^îte du texte néerlandais peut âisé- Idean - detenninat,'la leçon À/.t suivie pat Gebhardt, est erronée au moins pour deux raisons :

ment être attribuée au ffaducteur (il est facile de prendre un n pour nfl,ie pÉfère maintenir la 1,/ #firmet que l'idée de la quantité est déteminée par une quantité détetminée n'a pas de
leçon de OP. sens, car l'idée peut êûe déterminée seulement par une auûe idêe,2 / I-æ thème n'est pas celui

140 141
PREMTERS Écnrrs

de la détermination de l'idée, mais de 1a détetmination de la quantité, comme on le lit explicite-


ment à la ligne 8-9. Le texte tend à affirmer que si I'entendement perçoit I'idée d'une quantité
grâce à l'idée d'une autre quantité qui en est la cause, alors la quantité est nécessairement déter-
minée, parce que cette idée est fotmée grâce à une aute idée et non absolument; en tevanche,
les idées qui sont fotmées absolument expriment de l'infini. Notes au Traité
(traduit de l'italien par Lorenzo Vinciguerra)
de la Réforne de I'Entendement
Michelle Beyssade

7. Enendatio. La traduction usuelle par réforwe n'est pas pleinement satisfaisante, mais
aucune autre ne lui est préférable pour rendre un tetme dont le sens a divets aspects. I,e S 16,
avec l'expression modss medendi innllemts ipsanqw,,. expxrgandi (e moyen de guérir I'entende-
ment et de le pudfiet), poutrait lui faire préfétet purifcatior oa paryation. Mas prifcation aiotte-
tait une connotation de spiritualité religieuse etpatgation pÀilégierait excessivement la conno-
tation médicale du terme. Emendatio désigne la cotrection à apporter à un texte aussi bien que
le remède à donner à un malade. Mendum àésigne d'abotd I'etreur ou la maladresse d'un texte.
Cf. le sens d'emendare dansla ptéface avx Opera posthzna de Spinoza, ligne 4. L'idêe de réforme
est celle qu'impliquent les tites des ouvrages deYiète, De Enendatione aeqaationm, et de Hob-
bes, Examinatio et emendatio mathematicae hodierwaa Les occurences d'emendatio dansle TIE pev
vent être tendues par râJorme et celles d'emendare px réfotrzer ou corriger. Puifcation et p*ifer ne
conviendraient pas ; prlrgatizn et pilrger encote moinl Amendemeflt et amendar, tetenus dans une
ttaduction técente, offtent I'avantage d'être fotmés sut la même ncine qu'enendatio et pout-
raient supplanter le tiue classique.
2. L'attocitation souligne en le dêpl*çantle tanden (finalement) qui annonce la dutée et la
succession des moments d'une expérience vécue et réfléchie.
3. Volueban anino. Rémintscence du langage épique, transmise peut-être pat Sénèque.
Cf. pat exemple lettre 24 à Ladlias: in animo uoluta. Les ptemiètes pages du ZE empruntent
beaucoup au vocabulaire de Sénèque, notamment des lettres à Lucilius . Cf. pat exemple pour
les $ 1 et 7 lettre 74, ketitiaJn/itur maxima continua saa, et lettre 82, assidua neditatio. Commoda estle
terme retenu par Sénèque pout désigner les préfétables de la doctrine stoïcienne.
4. inçitt'tttm.Leterme implique à la fois l'idée de pro jet et celle d'organisation, qui dominent
touf à touf dâns ses cinq occurrences. Il vaut pouttant mieux le ttaduite toujouts pat la même
expression pout identifiet cette notion importante dans les premières pages du TIE.
5. haec tia. Regtoupement ttaditionnel, patmi d'autes, et susceptible de variations.
Cf. dristote, Etltqae à NicomaEre, I, 3 ; Sénèque, I-ettre 66 à Lscilias. Cette tripatition se
retrouve dans l'Ethiqw, fV,44, scolie. La valeut sociale plutôt que motale que désigne honorest
mieux rendue par le pludel honneun. Par compensation, le pluriel diuitiae est ttaduit pat un
singuliet, qui ne modifie pas le sens.
6. disTrabitur. Spinoza emploie trois fois en quelques lignes ce tetme ttès fort: l'espdt est
tiré en tous sens. Cf. Eth.,Iil, déf. du désit, explication : ut homo diuersimode trahatar. Cf. aussi
TTP, chzp.XYl
7. L'utile seta le critère du choix. La notion d'utile est à mettre en rapport avec l'idée de
conservationdenoffeêteetdesalut. Cf. KV,II,26,\5;Eth.,IV,déf. 1 et2etIV,24.

r43
PREMIERS ECRITS NOTES AU TRACIATUS DE INTEI,LE'-TUS E]LENDATIONE

8. Rappel de la première vision du choix (cf. $ 2), éprouvé maintenant comme inévitable 22. A compzret avec Descartes, Regnlae ad directionen ingenii, règlel.
après l'échec des tentatives de conciliation entre le mode de vie commun et la recherche d,un 23, ria : première occurence, dans le texte du Ttaité, de ce terme qui figure dès son sous-
autte bien. tttte. Methodas, plus technique, inten'iendra plus tard, joint à uia ($ 30), et sem alots beaucoup
9. N{on.rent central de la délibération: I'analyse de la cettitude, qui distingue ie point de plus ftéquent (33 occurrences contre 7 pour ùa).
I'ue de la natute du bien et celui de son obtention, permet le progtès de 1a délibétatio.r.t ort . 24. Cf. leltrelT,àBouwneester(70juin1666),fin.Lesttoisrèglesquisuiventpeuventêtre
la voie au dénoucment de la crise. mises en rappott avec.[es trois objets communément appréciés, cf. $ 3. Leur énoncé marque la
10' Renversement de l'évaluation, suspendu toutefois à une condition: le bien certain fin du premier moment de llntroduction.
quant à sâ nature reste incertain quant à son obtention. Deliberare aune signifrcation plus large 25. tantun... quanttm.., szficit, comme aux $ 14 et25,avn sens restrictif, mais qu'il ne
que délibérer en frânçâis; I'accent peut être mis soit sur la réflexion soit sut la décision à convientpâsd'accentuet.LasagessedeSpinozan'estpasunascétisme,cf. Eth.,lY,45scohe.
laquelle celle-ci conduit. Le $ 10 invite à ptivilégier ce second aspect. 26. indabie, sans en douter. Pout Spinoza, l'absence de doute n'est pas la certitude,
11 . Cf. Aristippe de Cytène : <Je possède Lar's, mais je n,en suis pas possédé. >
cf. $ 78.
12. L'autocitation n'est pas absolument exacte, mais elle est fidèle âu sens. spinoza L'ensemble des $ 18-29 sur les modes de perception, qui constitue le second moment de
tevient sur la condition énoncée au $ 7. La difficulté est dans le passage à l'acte. cf. nln., w, l'introduction (cf. $ a9), est à comparei avec KV,Il, chap. 1,2 et 4, et Etb. pdncipalement II,
préface,Éù., IY,7,'!4et17,scolie,oùSpinozacitelaparoled,bvidi Vdeoneliorapmboqre, 40, scolie 2 ; 47 et 42. Les À,/J annoncent tiois modes, mais en énumèrent ensuite quatre. On
deteiora sequr, Je aois le rueilleur et je l'appmute, etyfais k pire. comptend le potissimum qui exprime une ptéfétence, non un impétatif.
13. Demière phase de l'expérience: l'engagement dans la recherche du bien védtable, 27 . Le texte des OP, quod uocant ad pkcitan, pourrait être conservé. Il peut avoir le même
par son exetcice même, éloigne et détache des maux certains, et dissipe peu à peu I'incertitude sens que le terte des À/,S ou un sens un peu diffétent: [quelque signe] < que I'on tetient arbi-
quant à I'obtenrion du bien. Le chercher est déjà le posséder. trairement >.
1'4. intelligau. Cette ptemiète occurrence du verbe intelligere mârque, à I'intérieur du 28. experieûia uaga, expêience vague, c'est-à-dire errante, sans fin (cf. $ 27), non détet-
préambule (premier moment d'une intoduction selon le a9), un changement de ton. Au minée par l'entendement. L'expression est reprise de Bacon, cf. par exemple organam,I,
$
récit d'une expérience dont les phases sont ie plus souvent inttoduites pat le verbe uid.ere, suc- 100 ; cf. aussi l, 82 sur les catactètes de cette expédence vague. Ici Spinoza ne ^/ru*m
semble pas dis-
cède, avec I'intellection, une anticipation de la Philosophie. La doctdne de Spinoza sur le bien ttngoer expeientia et expeimenttm: alizd (omis, il est vmi, dans les À'/.5) le met sur le même plan
et le mal est remarquablement constante. Sur la relativité du bien et du mal, gréparée pâr tout qt'experientia, Il en sera autrement au $ 103. L'expérience ne se réduit pas à I'expérience vagre.
ce qui ptécède et dès le $ 1, cf. KII,I, chap. 10, 1I, chap.-4; CM,I, chap. 6 ; Étb.,I, appendice, 29, non adaequate. Ptemiète occutrence du vocabulaite de l'adéquation. Le terme n'est pas
[Y, préhce, déf. 1 et 2, pr. 68. sur la r.ie en société, cf . Étrt., ry,34-37. sur I'ordre d.lâ ,r"ru.e, dé{ini, mais évoque la plénitude d'une connaissance qui s'égalerait à son objet.
cf. Eth., l, 16, 25 et corollaire, 28, 29, 33. 30. Les exemples du $ 21 permettent de reuouver dans la note f les deux cas du troisième
La traduction du verbe intelligere ptêsente des difficultés insurmontables. Il est impossible mode de perception. Aussi l'appe1 de note, placé dans le texte latin, selon l'usage, avant ce que
de le ttaduire toujours par enlendre, qui signifie aussi ouii. Aussi préféreta-t-on sourient caa- la note vise à compléter, doit-il être teporté après l'énoncé des deux cas.
prendre, et patfois connaître s'11 est clair qu'il s'agit d'une connaissance d'entendement, Aaoir l,in-
31. pnpria.I-e même terme est empioyé au S 95. Cf. KV,l, chap.3 S 1. Cf. aussi la défini-
tellection de estune uaduction exacte, qui permet de garderlapatentê a,ec intellectas: on peut la
tion du ptopte par Àristote, Tapiqaes, I, 5. Spinoza distingue-t-il dans le TIE prEriun et pnpi(
retenir quand elle n'entraîne pas une construction trop loutde. lar? La question est discutée.
, 1,5. innin, pendant ce temps, en attendânt, souligne que la concepdon d,une nature 32. À rapprocher de la bonne définition $ 95 sq.
humaine supérieure comme modèle (cf . Elh.,IV, préface : exemplar natarae imattae) est liée à la 33. Dans la note précédente, le premier exemple illustre en effet le premier cas du troi-
faiblesse humaine et à sa méconnâissance de I'ordre de la nature. sième mode de perception. Spinoza vise ici Descartes et sa preuve de I'union de l'âme au
1'6' temm bonnn. Cette expression, appliquée ici à ce qui est un moven pour le bien corps. Ce mode de perception est à I'opposé de la vraie connaissance, qui procède de la cause à
suprême, n'a pas le même sens qu'au $ 1. I'effet. Cf. $ 85.
1,7 . L'zccent est mis sur la connaissance . CF. KV,II, chap. 22 Éth., IV, 28 V,
; ; notam- 34. Malgré quelques difficultés, on peut voir dans cet exemple l'illustration du deuxième
ment 20, scolie et 27. cas du troisième mode de petception. Au sujet du soleil, cause de notte vision, nous concluons
18' Le temps ptésent semble indiquer que la doctrine est élaborée au moment où la note claitement quelque chose sut sa grandeur (une propriété) à partit de quelque chose d'univetsei
est ajoutée âu texte. (a connaissance de la propriété génétale de la vision). Mais I'essence particuliète de la chose
1'9. tant*m..' qsant tm sufiàt. cf. plus loin $ 25 tantan... qilafltrm sit necesse.Il n'y a pas lieu
. nous échappe.
d'allet au-delà de ce qui esr nécessaire et suffisant. cf. Éth., II, préface , sohmmoà0. if. aussi On pourrait maintenir I'appel de note h tel qu'il est placé dans les OP, avant qaaenam sil
Kl Il, chap.22. illa sensatio, et rapporter la note h à l'exemple précédent. La connaissance de l'union de l'âme et
20. La note souligne le caractère scienrifique des disciplines comprises dans le pro- du coqps, dans le troisième mode de perception, est inadéquate, et rierr ne la garattst (non .ratis
gramme tracé. tuta est) conttele risque de tetombée dans la pensée imaginative, dont le langage vient accroîffe
21'. nedear, s ?tlryarc: vocabulùe médical, inspiré de Bacon (que Spinoza connaît et cri- la confusion. N'ayant pas accédé à la pensée de cette union comme unité de deux attributs
tiquedanslalettre2,àoldenburg).cf.parexemple Nouamorganum,I, 115,il,32.L'idéed'une d'une unique substance, nous imaginons une multiplicité de colps unis à une muluplicité
médecine de I'esprit est courânte à l'époque. d'âmes.

144 1,45
pREMTERS ÉcRrts
NOTES AU TKACTATUS DE INTEILECTUS EMENDATIONE
35. Cf-. la docttine de Spinoza dans Éth.,II, 11 et 13, cotollaire.
36. nada, expliqué par (sans démonstration>. Le même terme se retrouve vement tout ce que sofl idéat compotte formellement. Iæ couple formel-obiectif, d'origine
.
alots par < isolée >.
$ 72, traduit
scolastique, se trouve aussi chez Descartes. Mais Descartes I'applique à l'idée, alors que chez
37 . axioma : le te.-e est utilisé aussi par Bacon en un sens pius large que |usage actuel. Spinoza I'essence objective comme I'essence fotmelle concernent la chose, qu'elle soit mode
Cf. Nowm organam,I,25, 1,05, 106. de I'attribut étendue ou de l'attribut pensée.
38. L'exemple illusre ici seurement le deuxième cas du uoisième mode de percepuon. 52. Iæ redoublement de I'idée est possible, mais non nécessaite. Le second savoir n'est
39. inlritiue. Seule occurrence de ce terme dznsle TIE, qui ne,comporte noà plu. ,rcon pas nécessaire.à la plénitude du premiet.
terme de la même ramile. L'Éthique paae de science inruitive qÉtn., it,40,
scoÉe 2) et de
53. Cf. Eth.,II,49.
connaissance intuitive (IV, appendice, chap.4,v, 36, scorie). Le quatrième
Éode de percep- 54. modut quo scntirztus essentiamfotmahm. Sentift est souvent synonyme de percipen. Cf. $ 60.
tion est une vision directe, sans opétation, sans détour par une proposition univetseile, L'idée est padois dite sensatio, cf , $78. Sentire esseûiamforma/en est avoir une perception ou idée.
de la
proportionnalité de ces nombres-là. Margré le caractèrè abstraii qui sera reconnu Moùts qao : la certitude est une modalité de I'idée, une manière de sentit ou de percevoir, c'est-
plus loin
($ 95) aux objets mathématiques, l'exempie met bien en rumière la différence
..rt . rà. qrr^t . à-dire d'affirmer (tentire, c'est sentir et opiner, être de tel ou tel sentiment), différente dela sen-
modes de petcçtion, de même qu'au 72 la fotmation du concept de sphète utio tsolée du $ 78, qui n'est pas cetitude. La certitude est éptouvée dans I'idée vtaie, elle n'est
$ mettra en évi-
dence la puissance de .l'entendement. rien en dehors de l'idée vraie. La premiète propriété de I'entendement ($ 108) est à tapprocher
40- Les points 2, 3 et 4 sont des propositions subordonnées qui complètent la deuxième de cette analyse. Cf. Éth.,43 et scolie. Cf. aussi httre 76, àA. Bngh: uram index sui eifaki, et
pattie du point 1, <connaître la nature des choses autant seurement qo'il est nécessaire...> TTP, chap.II, Geb. III, p. 30.
et
précisent le but de la connaissance de la narure au-delà duquel il n'estias
nécessaite de pour- 55. debito ordine: première des rois occurences de cette expression,absente del'Étbiqre.
suivre. ce qui est nécessaire est aussi suffisant, cf. 14. Le càntenu del;Étbiqae
estici esquissé. Lavraie méthode est ici identifiée à la rechetche du vrai. L'objet de sa recherche est la
$
41. Cf. S 52 sq. sut la fiction. vérité elle-même et non le signe de lavêtitê.
56, Rrrszs: une certaine distance va appamître entre l'exercice de la connaissance et un
1?. lnlriils intelhctus pe:t signifier aussi I'enrendement proprement dit.
43. spinoza pense à l'É,cole de médecins des rr. et lr sieiles, dont Sextus Empiricus aspect, ou une partie, de la méthode (cf. $ 39). Ce pourquoi la méthode seta dite plus loin
a
tiré son nom et, parmi les philosophes récents, à Bacon. ($ 38) idée de I'idée ou connaissance réflexive; cf. ie derniet mot du $ 39, reflectit.
44. tamen. Les ttaducteurs Iaissent souvent tomber ce tamen effectivement sulprenant, car 57. tlt inds....'à rapprocher de Deirde... ($ 40). < En cela consiste toute la méthode. >
Ia,proposition ne s'oppose en rien à Ia ptécédente. Tamen invite ici, comme btsqiil 58. ad datae uerae ideae notnam, < selon la norme d'une idée vraie que nous avons >. Cf, $ 33
a or, ...rs
adversatif, à concentrer I'attention sur ce qu'il intro<luit. Sur les limites de l,app'on ltabemw enim ideam aeram. Datur stgnfte il1 a. Cl. entre autres exemples S 5, 30, 47. Cette idée
de I'expé-
rience, cf. Lêtttu 10, à S. de Vries, mars 1663. vraie n'étant pas à proprement parier donnée à I'entendement, même s'il n'a qu'à La, d,êgaget,
, 45. conpendios' Seule occutrence de ce rerme, absent del'Éthiq*e. L'exigence de rapidité ttadrite data ùera idea pat <<we tàée vraie donnée > dès la ptemiète occurtence de cette expres-
et d'économie est impotânte chez Spinoza. Ct 49 et 99. sion risquerait d'odenter le lecteut dans une mauvaise ditection. Une fois ce risque éliminé,
$
46. nerhodas, Première occuffence de ce terme qui seta désormais ftéquent. lotsque I'expression revient, < donnée > peut se substituer à < que nous avons ).
Ici com-
mence le ttoisième moment de l,introduction 59. C'est ce que Spinoza voulait montrer. Cf. $ 32, fin.
Gf. S 49).
47 . La comparaison avec les outils se ûouve chez Bacon, qui exptime 60. Cf. aussi $ 49.
.-_ une tout auue idée
oUanan, préface ; I, 2) e,t c,hez Descartes (Regatae ad direxioneà ingenii, ,ègk
WIf, AT X, 61. S'agit-il de l'essence fotmelle de I'idée ou de l'essence formelle de l'idéat? La ques-
\\1ray
397) Spinoza avait sans doute lu le texte des RegalÀdontdes copies .it"."t"i"rit dans tion est discutée . La rêî&ence à ce qui vient d'être dit, c'est-à-dire probablement au début du
ies pro-
vinces-unies._Dans cette page très heureusemeni élaborée, Spinoza s'inspire probabrement (
S 41 ( il en est objectivement de l'idée comme il en est réellement de ce dont elle est I'idée > )
du
passaç de la Règle MII, tout en.faisant preuve d'indépendance dans le style et la pensce. poutrait faire penchet vers la seconde interprétation, et I'on pourrait tradr:Jrte s*a essentiaJonnali
Il ne
faudrait pourtant pas forcer la différencè entre Spinoza et Descartes, pat < l'essence fotmelle qui lui cortespond >.
48. opera intelhdaalia: expression de Bacon, ihez qui on rouve zussi in$rumenta mentis et
62. rertn. La traduction du vetbe refem (cf. aussi $ 91 et 99) doit éviter de suggérer que
nsdae mentis rires. l'idée représente, reproduit ou reflète I'objet, et qu'elle est seconde par rapport à lui ou causée
49. rI paraît plus naturel,. dans ra ttaduction, de placer après ( monfter > l'appel de note pat lui, ce qui est contraire à la doctdne spinoziite. Ce qu'on appelle le parallélisme çcf. Éth.,
mis après ldra àans le texte latin. La note ajoute en efiet que Spinoza montrera
arrssi d'"rrtr.s
II, I est ici anticipé, sans son fondement ontologique.
choses. 63. Cf. S 80 < le doute naît toujours de ce que les choses sont étudiées sans ordte >.
50. Habcmus cstim idezm ueraa, spinoza veut dire qull y a du vrai dans nos idées, ou des 64. Cf. $.61 et 104.
idées vraies en nous. Nous ne .o--és pas en dehors du vrai de l'idée
; vraie, nous en avons. Il 65. Cf. Etb.,I, appendice.
vaut mieux éviter une traduction qui laisserait croire que nous avons une idée
vraie et une 66. cf. s 3,4,9.
seule. 67. Passage problématique, interprété diversement et souvent tenu pour coffompu. Veri-
51. Lldée prise dans sa réalité propre peut être I'objet d'une auûe idée. L'essence for- tater flatlîae: cette exptession tenvoie peut-êue à un autte ouvrâge quele TIE, auquel elle ne
_-
melle de quelque chose est son êtt..tr roi coÀme mode d'un des attributs. L'essence convient guère. Spinoza pense peut-être à sa Philosopbie. Isto ordine : I'expressioo désigne-t-elle
objective
de quelque chose est son être en tânt qu'objet d'une idée. L'idée vraie compofte
en eile otlecri-
un âutre ordre que ùbito ordiæ? S'agit-il de I'ordre suivi dans le TIE ou, plutôt, de celui d'un
âutre our-rage, Ia Philosopltie?

146
147
pREMTERS Écnrrs NOTES AU TRACTATUS DE INTEI-IECTUS EMENDATIONE

68. Réfutarion vigoureuse, classique (cf. Lucrèce, De rerum natura,Iy,469 sq.) du scepti-
cisme_.^Spinoza ne pense pas. seulemeni aux Sceptiques de l,Antiquité.
84. ne aliqaid aperattlril esre: exptession généralement reconnue comme peu clatte, Aliquid
6.9. Après avoir_répond'à trois objectioni spi.t""" fait une mise
étant tout à fait indéterminé, Spinoza veut probablement dire qu'il ne sait comment dési-
,
plan de ce qui précède (une longue introduction)
au point qui éclaire ie gner cefte opétation qui n'est pas une fiction. A rapprocher du $ 58 : nous pouvons tout dite,
d. qui va .. suivre. c'est-à-dire n'importe quoi.
70. En premierlieu: $1-16. En second Ïeu:"i lg_29. En troisième lieu:
$ $ 30_4g. 85. quaestiones. Il s'agit des questions qui sont I'objet de recherches et de discussions dans
71. Premièrement: $ 50-90. Deuxièmement: ( or-la. Troisièmement:
$ 9"9-sq. spinoza les sciences. Cf. Descattes Règhs pour k dirutiot d.e I'espit, t'ègle XII, AT, X,428-430.
annonce ici les tois points qu'il se propose de traitit dans la suite.
72' En quatrième lieu : cf' $ 38 et 39. vidimus qrartq à un temps passé, fait suite 86. L'explication de la fiction que Spinoza commence à ptoposer ici sera ptécisée au
à cognozi-
mzs tertio, et achève le rappel de ce qui précède. s 64.
73. Spinoza pense à l'atgument scèptique du rêve, et peut-être à Descartes 87. Alors que dans les cas précédents, Spinoza déplaçait la {iction, maintenant il nie que
.
raison de douter. Mais Descartes finalemenidistingue le rêve
qui en fait une
ces suppositions soient des fictions. Ces expériences fictives, ou plutôt idéales, à partir de sup-
etla veille (cf. ]féditation u!,et
la phrase suivante ne s'applique pas à lui. positions impossibles, faisant abstraction des conditions réelies, sont parfois invoquées par les
74. Cf. Ethique,II. savants pour prouver quelque chose de vtai et éclairer un phénomène, par exemple, ici, la
75. Cf. bttre 37, à Bonnmeestea 10 juin 1666. ( Ir est avant tout nécessaire combustion. Spinoza a dans I'espdt un problème examiné par Descartes dans les Pindpu de la
de disunguer
entre l'entendement et l'imagination, c'est-à-dke enffe les idées Ph,ilasopbie, 1lI, 22 et IV, 95-101.
vraies et les autres, a slrroir l.s
fictives, les fausses, les douteuses et d'une manière générale toutes cenes 88. La conception des hypothèses scientifiques que Spinoza indique ici au passage est à
qu aefà"ae"t a. r^
seule mémoire. Pour le comprendre, autant du màins que l'exige rapprocher de celle de Descanes. Cf. Principu de k PbilotEhie,IIL 15, 19, 43-46 etIY,199-207.
t"
-etrrodË, il nLst pas
besoin de connaîtte la naturede.r'esprit pat sa.^rrr. prË-ièr.;î
suffit a. JJrrÀjp"r rrrr. Cf. la ptésentation qu'en donne Spinoza dans les Pincipes de k Phiksopbie de Ducartu...,Ill,
O.r;ttOO"n t,biskiola)^de I'esprit ôu d., p"rc.ptions, de la manjère préambule.
Bl.-tT .r,sei[é. pa,
bâcon ) A du $ 84 : peu importe la manièrà dont on comprend l'imaginition. 89. Spinoza n'oppose pâs toujours, comme ici,perripere et intelligere. Sur le tapport de pto-
76. Cf.-rapprocher
note y. portionnalité inverse entre l'aptitude à imaginer et l'aptitude à comptendre cf. TTP, chzp.IL
77, Laphrase esr curieusemert construite, mais la pensée de spinoza est 90. L'exemple donné plus haut ($ 54) concernait i'existence, non la pensée.
craire: quant
au possible, lâ nârure, c'est-à-dire l'essence de ra chose, nimpliqrre 91. Les exemples donnés impliquent une critique de la mytholog.ie antique et de cettaines
ni ion e"istence J r" .ro.r-
existence. cf. les définitions spinozistes du nécessaire, de i'impossible croyances des religions juive et chrétienne. Cenains de ces exempies se retouvent dans l'É#z-
.t a,, fo..ili. a".r.
CM,7, chap. 3 et Éth.,I, 33, scolie 1 ; IV, déf. 3 et 4. qzc, 1,8, scolie 2. Sur les spectres, cf. learcs 52-54-56, à Boxel.
78. Première occurrence^de Deas dans l'ouvrage (à l'intédeur d'une supposition). 92. Spinoza considère une objection possible à sa thèse selon laquelle l'intellection réduit
79' Dans I'examen des fictions concernant leJ.rr..rces. Sur les mots'comme la fiction et y met un terme. Il expose l'objection dans le langage de ceux auxquels il s'oppose;
âccasion
d'erreurs cf. $ 88. c'est ainsi qu'il pade de la liberté d'assentiment. Cette liberté est une thèse cartésienne, mais la
80. implicat ss. ent. contradictianem docuine exposée concernant la fiction n'est pas celle de Descartes. I1 est possible que Spinoza,
I-es quatre exemples donnés sont de t)?es différents. Il s'agit
. qui dans tous les cas d,une fic- sans viser en particulier tel ou tel philosophe, veuille dissiper l'.idée d'un monde autonome de
1on porterait sur I'existence. Mais les à.r.," premi.n .*.mp1., concernent la fiction susceptible de se développer sans fin.
des vérités de
fait' les deux derniers concernent des vérités d^'essence. Ainsi que re montre 93. Le vtai se tévèle par la possibilité qu'il offre d'une déduction sans inteffuption.
r" .rot. ,., qoi
pose comme une vérité étemelie <La chimère n'existe pas r, la
chimère est ici quelque choie Cf. $ 104 où I'on rerouve les mêmes termes :Jeliciterpergel sine tili irrerfllptilfre; alors que le faux
dont I'essence même exclu ]existence: pa, e*.-ple'o' cercle catté (et non
une se trahit pat les absurdités qui en découient tôt ou tard et qui mettent un te(me à la pensée.
Cf Cll, I, chap. 1 et 3. Cf. Descartes, Eitretien orri Brruou, AT, V, 160'. L,exemple a.sirène).t,ete- Une idée fotgée par I'esprit peut se révéler vraie. Par exemple : la fiction d'un demi-cercle tour-
phant passant par le chas d'une aiguiiie srnspire de ra Bibte. < Il
est prus f".ilË a u., .rra- nant autour de son centte, cf. $ 72.
pâsser pâr le ttou d'une aiguille qu,à un riche d,entter dans
T:"o_d. le tovaume de Dieu> 94. c'est-à-dite à former les idées, ou essences objectives, de ces effets. La démonstration
(À{atthieu, 19).
s'appuie sur la correspondance entre I'enchaînement des choses et I'enchaînement des idées,
81' La méconnaissance de I'ordre de la natute favotise la fiction. Celle-ci a
toutefois des cf. $ 41-42 (cf. aussi Ethiqae, lI,7) et sur la nécessité de l'enchaînement des choses dans 1a
limites si nous évitons de penset I'existence de maniète générale
et abstraite. Cette remarque nature (cf. Etbiqae, I, 29).
est à meffr€ en rapport avec la notion d'essence particulièie aFfirmative,
.f. 5 93 .t la. ôi. 95. cohaetvntia, seule occurrence dans le TIE. Terme stoïcien, dont le sens est à Ia fois
la récapitulation du $ 65 : il faut toujours conftàter l'existence "rssi
d,une chos! a'ec son essence.
-" physique et logique: il désigne aussi bien la cohésion des phénomènes de la nature
Sut le rapport entre essence et existence, cf. KI1,I,préface,
$ 5 et Étb.,it,a,if.à.- (cf. I-euru 32, à Oldenbug 20 nov.1665, et TTP, chap. XVI, Geb. III p. 191) et la cohérence des
8f. Putan. Yenant aptès ftgere et précédé de a) nirinnt, putan a ici un sens
-
n'impl.ique-aucune croyance à l'objet de ia représentation. De Âême dans 1., .rot", *
faible, qui termes dans un syllogisme. En ce dernier sens, il évoque l'adéquation. Ici la fiction esr énoncée
.t r. sans que I'esprit pense une liaison cohérente entre le sujet et le ptédicat. Ceux-ci sont associés
83. É1ar désigne ce qui ptécède immédialement. La fiction, en 1,o..o.r.r,.",
t;u1 fo.,. *. l,.r^ de manière passive (cf. note x) ; il n'y a pas de véritable acte de I'esprit, (( âucun concept >,
comme possibie, et non, comme on le croit comm...ré-.ni, sr* 1" .otorr_
t''ayty eensée
dité de la Terre. cf . Ethiqw,II, déf. 3 : l,e concept est une action de l'esprit. Employé en son sens physique par
Descartes dans les Principia philosopbiae, lI, 54, cohaerentia est traduit par liaison.

148
149
NOTES AU TRACT'4ru| DE INTEI-IECTUS ENIEN"DATIONE
PREMTERS Écnns

et emendatio mathemaliue hodiernae publiée en 1660' et déià dans le Da


pailatin: il faut compter sur le temps. De même en ce qui concerne les affects, lier dans son Examinatio
,96. 1, $ 5 et 6, $ 13) publié en 1655' Certes' connaîfte
pat les causes ne
cf. Ethiqae, V, 7 et 20, scolie. ârpor, (f.par exemple I,
À^is'Ii connaissance par la cause met en pleine lumière
97. L'iàêe est alors mutilée et confuse, inadéquate. *fht p". à définir la pensée"vraie ;
poirru.r.. d. p.n.., qui constitue la forme de la pensée vraie'
98. Cf. Descartes, Règlespotr la dirrction de l'espit, règle XII,,4f X,420.La remarque pré- ..,,a
il1. oodo, opiosê à1anaa' À,apptocher de nd) (ttaàuit alots par <telle quelle>) riaa
cédente sur la confusion n'a pas encore excepté le simple ; la res integra pouuut êffe une chose
demanstratione au $ 23.
simple. Mais I'explication de la confusion a pour conséquence (sequitar) I'impossibilité de la
1,1,2. C'est à. que Spinoza se ptoposait d'établit à la fin du $ 68' Les -exemples donnés
confusion dans le simple. simple. Âussi bien le $ 63 parlait de ns inplicis-
semblent impliquer une cefiaine ,.Ltirite du
99. La note b contribue à éclairer ce point importânt, qui peut surptendre, peut-être
simae.
dégagé ici pat Spinoza pour s'opposer aux tenânts de la liberté d'assentiment dont il est ques- trouve adaequate (1 fois) et
1,13. adaeqtare, seule occutrence de ce vetbe' Mais on
tion au $ 59. L'absence d'assentiment s'explique par Ia présence de petceptions qui I'excluent. I' axiome 6; lettre 60' à
adaequtas ç+ fâis;.-Sur I'adéquat et Ie vrai, cf' Éthiqtte' II' déf'
4 et
A comparer avec Ethiqae, ll, 17, scolie.
Tschimhaas.
100. Cf. Étttiqae, II, 17, scolie : < Et pour commencer d'indiquer ce qu'est l'erreur... qui suit-éclairent Par contrâste
Ces adiectifs et l'explication.donnée sur l'exemple
>>

C'est aussi ce que fait Spinoza ici. Cf. aussi Etbique,II,35 et scolie;49, scolie.
lii,.
<.mutilées et confuses r>'
101. Dissiper toute crainte de la fiction en montrant comment l'éviter: tel était le but, I'idée d'adéquatio.r. À .o-pu,it zvec Éthiqu'.Il' 35
115. Explication ont;ogique, que dÉveiopperal'Éthiqw' cf' II'
11' corollaite' Cf' aussi
souligné dans cette récapitulation, visé pat Spinoza, comme le médecin qui montre au patient
kttre 32, à Oldenbttrg 20 novembte 1665'
comment il peut éviter Ia maladie et ne pas la cnindre, Ici se manifeste la connotation médi-
'116. Cf. kttre 12, à L. Mqtaa 20 av:l:i,l 7663'
cale du terme emendatio, note h: dans le 3' mode de
102. ipsi ne peut représenter que I'esprit, qui est aussi le sujet non exprimé àe possit. Cette Sur le lien entre imaginaJon et abstraction cf' $ 55' Cf aussi
oerception. I'inadéquation est iiée à l'abstraction'
négligence dans le style vient peut-être de ce que la phtase, qui renvoie à la note b, a été ajoutée ' ifZ. Cf. Ethiqtle, II, 40, scoLie I sut les notions gÉnétales'
après coup. de.la note'
103. Referre semble impliquer un point d'application plus détetminé gue t'ersari. 118. La plr.. d. l'^pp"l d. note est incertaine; de même la signification
Dieu, non des âttributs' comme le sont la Pensée et
'104. nd.qzod, après re..., qaod est une redondance, dont les écrits de Spinoza donnent 119. Ce sont des propriétés de
Cf. atssi KV,I,1,9, note 1'
l'Étendue. Cl 1a théorieàe là det'inition de la chose inctéée S 97.
d'autres exemples. Cf. J. H. Iæopold, De Spinoqae elocatione dicendique genere, p.9. - iO. qaan passim ridenas cotttingere' Ces tetmes semblent viser des fotmes passagères et
105. Cette équivalence s'éclairera plus loin, S 70-71. susceptible toute-
106. La dénomination extrinsèque Q'accord avec l'objet) n'est pas exclue, mais c'est sur- ,rrp.rn.i"tt'., - qooique obstinées -îe doute, plutôt que 1e doute sceptique'
même critique. cf. 47 : < un tel homme parler" contre sa conscience. >> cf. Descar-
tout,,et fondâmentalement, un calâctère interne à la pensée vraie qui la distingue de la fausse. fois de Ia $
même ne persis-
Ct. Ethiqry II,43, scolie. Cette thèse essentielle est ici mise en évidence par des exemples. Le irr, a Ayoorlrlr*r,point 13 , u IL ttt sont sceptiques que de nom' et Peut-être parti pris >
ptemiet est à râpptocher de l'exemple du temple dans Ia lettre 9, à S. de I,'ies, fêvrter 1,663.1Ê ,"*-il.î".t. i'f,atésie oir ils sont de douter de tôotes ihoses que par volonté et
par sendment' Senin est sÔuvent àssociê à pertipere àans ce Traité
121. sensatio, ttaduit
second, concetnant la pensée vraie d'une existence, est plus paradoxal, et fait encore mieux Cela ne veut pâs
ressotir I'intériodté du caractète vrai d'une pensée. .o--. a"rr, lninlqor.L'iàée est petception ou sensation de quelque chose'
êtte de tel ou tel sentiment, êue
107. Cf. $ 53. L'ignotance des causes tend possible la fiction, et par suite I'erreur. àjJ" f"lif Jy pa, ,ffir-^tio n. Sr)tirc si'grrifr" ,.nti..et opinet,
^ essentian fontalen ($ 35) '
108. Cf. la définition du 4" mode de perception: une chose est connue pat sa seule J,"riJ qr.. L'lie. .r, sensat)0, et 1a certiËde est molns qao sentimtts
trômperie sens' qui nous jette dans le
1,22, Lanote e précisequ" tttte pt"sét d'une des
essence ou par la connaissance de sa cause ptochaine.
doute. n'est pas claire et distincte. et en quoi'
Cette phrase contient la seule occurence du motlincipiart da;nsle TIE. Ce qrt est mis en
évidence sur le cas du principe est affirmé de toute pensée vra-ie. Le catactère intrinsèque de la
izz. Srlt^V*emesuiet (qtis)quecigitaueritetfubitabitdtnslzphraseptêcêdenteetatrtt-
vérité d'une pensée exclut même la considération de son rapport à d'autes pensées. Toutes siveit àans la suivante.
Le premiei étât de non-doute
124. iteran,à son tour. L'ânaiyse fait se succéder trois états'
nos idées vtaies, et pas seulement I'idée de Dieu, expriment par elles-mêmes la puissance de l'idée confuse qui a enttaîné le doute est cla-
I'entendement. Si elles se produisent les unes des autres à patir d'un principe connu par soi, a été dissipé p^. l. do.,.. Ilt"in,.'1uttt (orsque

c'est parce que, plus fondamentalement, elles sont produites par I'entendement, et expriment rifiée; le doute, à son tour' est dissipé'
notamment ( Par certitude
Sur l,ensemble d" t,"rr"Çr. do àoot., .f. Etbiqae,ll,4g, scolie,
toutes la puissance de l'entendement. C'est ce qui constitue la forme du vrai. Cf. Eth,, II, 5. )' et la réponse à la
nous entendons quelque .ir'o.. a" po,itiË tt non la privation de doute
109. L'exemple de I'ouwier donné au $ 69 peut illustrer cette autonomie de l'idée vraie,
qui n'est pas causée par un objet extédeur. L'exemple présent, supposition impossible pour 2' objection. - r^ i__^-+^^ purs-
de.grande,importance'
Spinoza, est donné à des fins pédagogiques pour penuader les tenânts de la thèse d'un Dieu 125. Cette conséquence est en réalité un autte exempie, mais
lis idées claires et distinctes. Spinoza
créateur. qu,il s,agit de montrer comment ptend finr:n doute sut
par Atnauld
710. fngo. Cette idée forgée résistera à l'épreuve de la déduction et manifestera ainsi sâ io.,.r. i?i sa réponse à r"bi;;;"; du cercle adressée^à.Descâftes, eIl patticulier dans
f+ 7,V11,214,1x,166)' La réponse de Spinoza est longuement développée
vérité. Cf. $ 61 et 104.
i., "Uj.l,i"*,i
iioip$ di n intmopn;e'd, ôrrroiff dtnintrés nbn k nétbode géonétiqae.1* p11.,pas
inttoduc-
Pour la réflexion sur la forme de la pensée vrrre,la géométde est un domaine ptivilégié. de Descattesl ne satisfait tout le
,i." ICJU- I, 147 sq.): *1,-,i.qo. cette réponse [celle
Spinoza s'attache à l'aspect génétique de la définition, mis en évidence par Hobbes en pardcu-

151
150
PREMTERS Écnrrs NOTES AU TRAOlruS DE INTELIECTUS EMENDATIONE

monde, j'en donnerai une autre... > Cf. aussi 77?, chap. VI et n. 6 (Geb. III, p. 84 er252-253). 140. Cf. $ 19 sut le 1". mode de petception. CÎ.B2Lcon, Nouun 0r8at11tr/1,I, 43 : les idoles de
En fait, l'analyse de Spinoza est une explicitation de la téponse de Descartes. la place publique.
126. I-.e. texte donné dans les OP (sans Daz) poutrait être maintenu. Dans ce cas, la phtase 1.41. Incorpont, mis tout à l'heure à côté à'infri, rc se rettouve pas ici. c'est qu'il
y a dans
qui suit, introduite par hoc est, exp|qrerait que, tant que nous ne savons pas que Dieu n'est pas le mot infni, qtrrrt risque d'ereur, un degré de plus (etiam, et mème) ' Infni àésigne nêganve'
"o
trompeur, nous n'avons aucune idée claire et distincte, car I'idée d'un Dieu ttompeut jette le ment qu;lque chose de ptsitif, alors que (et contra, et inversement) ce qui est désigné positive-
ment (fnl àst nêganf. Incorporet désigne aussi négativement quelque chose de p osildf, m
soupçon, et donc quelque obscutité et confusion, sut toute idée : ce n'est pas seulernent la cer- ls c0rp0-
titude qui nous fait alors défaut, mais même la clartê et la distinction. Certes, c'est I'absence rel, de fnr, désigne queique chose de positif'
àIt d:ffêrence
d'une idée claire et distincte de Dieu qui fait que nous n'avons aucune idée claire et distincte ; 142. tegitirza: conforme àux lois de I'entendement et à l'ordfe requis. L'entendernent est
empêché de"téfléchir sur lui-même, c'est-à-dire de metffe en ceuvfe la méthode, qui est
d'où l'addition des À/L Mais le texte des ON tel quel, se justifie. une
1,27 . lci Spinoza va se sépater de Descartes : il n'accorde pas au doute la même fonction
connaissànce réfl exive.
que Descartes. 143. Cf. $ 49 <Deuxièmement, fournif des règles pour petcevoit les choses inconnues
128. Tel est en effet le vocabulaire scolastique, utilisé pat Descattes (cL Méditation II, AT, selon une telle norme ).
VII, 32, l. 18-19 ; Traiti de I'Honne, AT,XI,176,l.30-31 ; Description da corps hmai4 AT,Xl, 1.44. Cl. $ 1 9 et 29 sur le 4" mode de percepdon. La hn detnière, à laquelle se subotdonne
227,t. 16-1T. le but de cette méthode, a été précisée aux $ 13 et 14.
129. c'est-à-dite, ainsi que la note f pefinet de le ptéciser, délimiter, localiset dans le 145. Spinoza pr.rrâ i.i ..i dirt^... Par rappoft à une expression co=1ntel objet de dis-
Dispu-
temps. La téminiscence, dont la phrase suivante dit qu'elle n'est pas à proprement parler cussions a"poi. t,a"tiq"ité (cf. notamment Proclus, Elementalio theol.ogica \ 46 ' Starcz,
mémoire parce que ce qui est retenu n'est pâs situé dans (non stb) la durée continue, confirme tationes netElysicae, l, i. t, n. 27 ; Descartes, Méditati,ns nétapfutsiqttu, 1rc et 4€ obiections et
par contraste que cette détermination est essentielie à la mémoire. réponses). ô"-tt. réti..nce s'accorde avec le $ 70 (e pdncipe est sans cause) et le $ 97
(a défi-
Sur l'imagination et 1â mémoire, compârer avec Éthiqre,Il, 17, scolie; 18, scolie. niton de la chose incréée exclut toute cause). Caasa st'ri désigne improprement un être sans
130. Cf. Etbiqae,7I,44, scolie etV,27. Sur le problème de la mémoite intellectuelie, ."o... À la différence du Traité de ta Refonze de lentendemenT, Ie Coart Traité et lEthtqw
cf. Descattes à Mercenne, 1" avnl 1640 ; à HrEgens, 10 octobre 1.642 ; àAmauld,letttes de juin et emploient cette expression sans réticence (cf. notamment Caurt Traité' I, chap. 1, $ 10 i Ethi
juillet 1648. Entretiet auec Baman, AT,Y,'!50. qoi l, aet.l, proi. 25 scoJie) : c'est que Spinoza lui donne alors un sens positif, comme
131. Cf. KV. II chap.26, g 8; Érh..Y,23,scohe. I' av att fait Descartes.
132. A tapprocher du $ 76, fin. 146. Cette notion, ptéparée par les S 55, 75 et 76, fle se retrouve pas dans les autres
133, Spinoza use du langage commun. Pour lui, tour âffive nécessairement. ouvrages de Spinoza. Cf. S 96 < Toute définition doit êtte affirmative >'
134. Vague, c'est-à-dite non déterminé par I'entendement. Cf. $ 18 sut le 2'mode de per- f47. C"r'd..rr adjectifs sont ici synonymes. Cf. $ 99 a rebus phlsicis siae ab entibus realibu ;
géomé-
ception. L'entendemenq lui, agit selon des lois déterminées et selon une norme. L'opposition ces êtres réels sont opposés aux êtres de raison ou absttaits, comme sont les figules
de l'activité à la passivité est essentielle chez Spinoza (c1. Éthiqxe, III, déf. 3, ptop. 1 ; V, 20, triques.
scolie ; 40, cotollaire). 148. Dans f9tbique, Spinoza n'usera plus du langage de la ctéation'
L^ kttre 37, à Boawnæster (10 juin 1666), regtoupe aussi sous I'imagination les idées fictives, 149. C,est en efiet une définition génétique, à la différence de celle du $ 95. La géo-
un
fausses et doutetses.Dansl'Etbiqm (II, 40, scoiie 2) la connaissance du 1". genre, qui regroupe métrie, qui nous fait prendre conscience-de Ia puissance de l'entendement (cf. $ 72), offre
deux sottes de petception, par expérience vague et par signes, est appelée aussi imagination. modèle de définition.
135. Cf. \ 51. Dans |'Etbiqm, Spinoza établira I'existence du corps (I, 13 et corollaire) 150. Ce n'est donc pâs une définition génétique, à la différence de celle d'une chose
avant d'expliquer I'imagination (II, 17 et scolie). créée. Dans Ia knre 60, à
'fcbimhalt, Spinoza cànsidèie que la définition de Dieu dans l'Etbiqae
136. autonate tpirilwl en ce sens que 1'esprit n'obéit qu'à ses ptopres lois. Spirituel efface g, déf. 6) exprime, de même que la bonne définition du cetcle, la cause efficiente. 11 ptécise:
lIdée de mécanique aveugle que le terme âutomate (emplolé au $ 48 pout qualifiet les Scepti- nj" ai.à une cause efficiente aussi bien intetne qu'extetne. > Il pense tlotsla caasa sai de
ques : < des automates entièrement dépourvus d'esprit >) peut évoquer. L'audace de l'exptes- "."r,
manière positive, et non, comme dans le TIE, de manière seulement négative.
sion est atténuée par qusi. Leibniz utilisera cette expression (cf, Slstème noauem dt la nature et de 151. Cf. KV, chaP. 1, $ 9 note.
la commtnicatiott des sabstances $ 15 ; cf. aussi Monadokgie, $ 18, < des automâtes incorporels >). 752. Cf . $ g1 : n Ënsuiie, pouf famener toutes les idées à une seule... >> ; cf. aussi $ 49 :
"t3T. notitia (seuie occurrence de ce terme), une notion, une approche, qui n'est pâs une <uoisièmement, instituer r.r oidr....r. Ce <ttoisièmement) est-il devenu le 2"d point de la
véritable connaissance de notte entendement, par I'essence ou pat la cause. 2"ù part!.e?
138. Ces ctitiques, qui visent tantôt les Épicutiens ou les Stoiciens, tanrôt Descartes, 153. Cf. $ g1 et g5. Cf. aussi s 42. cf. Éthique,Il,7 < L'ordre et la connexion des idées
annoncent en effet certaines thèses spinozistes. Cf. Cotart 'fraitti,I, chap. 2 S 18-22 ; Éthique,I, sont ies mêmes que l'ordre et la connexion des choses >'
13, corollaire ; 15, scolie. Cf. aussi leure 12, à L. Meya 20 avril1663. 154. Tel esile défaut du 3'mode de petception' cf' $ 19 et n' f'
139 . Conceptas fnganus : canæptlts a ici un sens latge. Ob jet de ficdon (fngarus), il n'est pas 155. Il s'agit de l,infinité des modes finis que sont 1es choses existantes. Cf. $ L07 eamn
un acte de l'espnt. Vage, vaguement: d'une manière qui n'est pas déterminée par l'entende- ærie siue ordine eà$endi (cf. Éthiq*e,1,1.6,25 corollabe,23). Spinoza souligne Ia
complexité de la
ment. Cf. Etbiqw, II,49, scolie << L'essence des mots et des imâges est constituée par les seuls détermination.
mouvements cotporels, qui n'enveloppent en aucule façon le concept de la pensée. > 156. Cf. $ 53 sq'

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PREMTERS Écnns NOTES AU TR,IC-TAruS DE INTEI-LECTUS EMENDATIONE

157. Àpartirdel'Éthique,ll,del^tettre64,àSchutkr,du29 juilIet1675,ainsi queduCoar.t 1.67. sab: sousl'aspect àe.Cf.Éthiqtte, notammentll,44,cotollaire2 Y,22;29et
Traité, \ chap. 8 et 9, on peut penser que les choses fixes et éternelles sont les attributs de la scolie; 30, 31, scolie ;36. Cf. lettre 12, à L. MryerQ août 1663).
^ùssi les idées qu'il forme absolument, cat elles sont simples.
nature divine (a pensée et l'étendue), auxquels f idée de série invite à ajouter les modes infinis 168. Ce n'est pas le cas pour
immédiats (l'entendement absolument infini, le mouvement et le repos). Les lois seraient les 1,69. Cf.l'ouvrage de Ftans van Schooten, que Spinoza connaissait: De otganica cottricanm
modes infinis médiats (pout l'étendue, la <figure de tout l'univers>>, facies talias aniuersi, sectionam in plano duciptione Tractata: (1'646).

l'ensemble de tous les râpports de mouvement et de repos qui règlent les déterminations des 170. Ces modes de pensée sont étudiés dans le Coaft Traité etdtnsl'Ethiqae, c'est-à-dire
choses existantes). Sur la loi, cf. Traité théokgico-politique, chap. IV: ( C'est pâr analogie que le dans la < Philosophie >.
mot de loi se voit appliqué aux choses natutelles. > Spinoza use ici de I'analog1e (tanqaam in sais 1,71. Cf Ethique,II,33,35 et scolie. Dans Ie Traité, cf. $ 62 sq.
uris codiribas) sans en étre victime. 1.72. Telle est la notion, pour ne pâs dite la définition, spinoziste de I'essence, cf' -E#., II,
158. essentialinr. Spinoza avance avec précaulion ce terme assez ï^te, absent de l'Étbiqae, àéf.2.
et dont on a ici la seule occurrence dans le Traité,prêprêepatl'expression d'essence intime. Il
faut aussi ptéciser que ces choses fixes et éternelles, dont dépendent et qu'enveloppent les
choses singuliè,tes changeantes, ne constituent pas I'essence de celles-ci. Cf. Cauû Traité, II,
pÉft,ce, \ 5 ; Etltique, II, àéf . 2 (ici on ne peut dire uice uersa),Il, 10 scolie et 37.
159. Cf. Cbart Traité,I, chap. 7, $ 10 < comme s'ils étaient leur genre >. Cf. aussi I, chap. 8
et I'expression de nature nâfllrée univetselle. Ce sont des cârâctèles communs à toutes les cho-
ses singuliètes changeantes, partout présents, mais seulement comne (tanquam) des universau
ou des genres parce que ce sont des choses singulières, non absffaites du réel. Cette mise en
évidence d'une universalité non abstraite semble être une approche des notions communes de
l'Etttique, cf. 1I, 37 -38-40 et scolies. Au début du scolie I j quand Spinoza dit avoir autrefois
médité sur ces questions, il fait probablement ailusion âux ré{lexions du Traité de k ReJànne de
/'entendement.
1 60. À cause de leur puissance très étendue. Elles sont donc comprises dans la définitron

de toutes les,choses singulières. Sut Dieu comme câuse prochaine, et non éloignée, de toutes
choses, cf. Ethiqae,1,28, scolJe.
1,67. experinenta. Il ne s'agit plus de l'expérience vague. E^?erinefltum a ici un sens plus
précis qu'au $ 19. A rapptocher de Descartes, Discours de la néthode,Yl;AT,Y7,63-65. Sut l'at-
tention de Spinoza à l'expérience cf. note i et hltre 6, à Oldenbarg. Sur les limites de I'appel à
l'expédence, cf. Pincipes de k phik:Ehie d.e Descartu démontrés nhn la néthade géonéhiqw, II, 6,
scolie (fin) et lettre 10, à S. de Vriu, mars 1663.
162. Cf S 61.
1,63. Le texte des Operaporthuna, Nam ex nalkfundamenta rugitationes nostrae tentinai qaeunt,
contloversé et cotrigé de diverses manières, peut pouftant être conservé. Ex nil/ofandanenta
teûninari qiletlltt teprend sine a//a intemtptione, et 1â phrâse est à rapprochet du $ 71 : < La forme
de la pensée vraie... ne teconnaît pâs pour cause un ob,et >, ( toutes ces pensées seraient vraies,
sans être déterminées pâr aucun objet extérieut > (a nullo oblecto externo d.etemtinatae). Tetminai ex
signifie une détermination extérieure. Il n'y a den de tel pour la pensée vraie. Si elle se fonde
sut quelque chose, ce n'est pâs sur quelque chose qui lui serait extérieur. La phtase suivânte
reconnaît une autre fonction au fondement: non pas limitet, mais diriget. Maintenu sâns cor-
rection, le texte des OP peut êtte traduit ainsi: < Cat nos pensées ne sauraient trouver hors
d'elles un fondement qui soit leut terme. )
164. Ici s'inttoduit la solution de l'aporie qui vient d'êre énoncée. Ceres, la dé{inition de
l'entendement n'est pas claire absohmentpar elle-même. Ëlle peut toutefois s'éclaircit non pas
absolument par elle-même, mais à partir de (en relation avec) la connaissance claire de proprié-
tés de I'entendement.
165. La note tenvoie aux pages des O. P. qui corespondent aux $ 29-30 et sq.
166. Rematquées âu cours des analyses précédentes. Cf. notamment S 35, 38, 72, 85,
86, 89.

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