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signe linguistique

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1 « A propos du signe linguistique : arbitraire ou motivé ?

», Actes du colloque « Universaux de la forme sonore », IIIes Journées d’Études Linguistiques (JEL) de Nantes, 23-25 mars 2002. Comme la publication des actes de ce colloque est repoussée à la Saint Glinglin, on peut citer la communication dans sa forme actuelle

A propos du signe linguistique, arbitraire ou motivé
Georges Bohas 1.La conception structuraliste Pour Saussure (1916 in 1995 : 99), le signe linguistique combine un concept et une image acoustique, plus techniquement, un signifiant et un signifié. signe linguistique = concept image acoustique plus techniquement : signifié signifiant Exemple : signifié = « arbre » signifiant [arbr] Le rapport entre ces deux composantes du signe linguistique a été précisé par Benveniste (1939, in 1966) : « Entre le signifiant et le signifié le lien n’est pas arbitraire, il est nécessaire. Le concept (signifié) « arbre » est forcément identique dans ma conscience à l’ensemble phonique (signifiant) [arbr]. » Quelle est maintenant la nature du rapport entre le signe linguistique et la réalité ?

En d’autres termes.2 Ce rapport est arbitraire. » C’est cette relation entre les deux qui constitue la zone de l’arbitraire. Pour schématiser : M O N D E -============================================= zone de l’ arbitraire L A N signifié = « arbre » signifiant [arbr] GUE « Ce qui est arbitraire c’est que tel signe et non tel autre soit appliqué à tel élément de la réalité et non à tel autre. il n’y a rien qui motive que le signe signifié = « arbre » signifiant [arbr] soit appliqué en français à la réalité : signifié = « arbre » signifiant [tri] . comme le montre le fait qu’en français on a : signifié = « arbre » signifiant [arbr] en anglais : signifié = « arbre » signifiant [tri] pour une même réalité.

le laisser sans postérité » : « Être coupé. tranchant (sabre) » : « Qui coupe. r (qui figurent en gras dans le paradigme). on désigne au contraire un objet apparent. t. Je tiens à préciser que les données traitées dans les quatre premiers paradigmes proviennent du Kazimirski. et que leur sens a quelque chose à voir avec « couper ». il [l'arbitraire du signe] implique que la forme du mot n'a aucun rapport naturel avec son sens : pour désigner un arbre.3 Comme le dit Martinet (1993) : « En termes simples. enlevé » : « Qui coupe. peu importe qu'on prononce arbre. » Bien que Saussure ait dit : « Le principe de l’arbitraire du signe n’est contesté par personne ». acceptée par tous. C'est ce qu'on appelle une racine. que l’on peut isoler en enlevant au mot ses préfixes ou suffixes. Par radical. 2. retrancher en coupant. Baum ou derevo. anéantir. enlever » : « Avoir la queue coupée » : « Perdre. c’est cette conception. amputation » On ne peut manquer de remarquer que tous ces mots comportent trois consonnes identiques: b. tree. Ainsi. Sens . que mes recherches sur l’organisation du lexique de l’arabe vont m’amener à mettre en cause. détruire » : « Couper la queue à un animal » : « Priver quelqu'un d'enfants. Contestation Qu’appelle-t-on racine ? Soit le paradigme 0 : batara batira battara ’abtara inbatara bâtirun battârun ’abtaru batrun : « Couper la queue à un animal » : « Couper. retranché. il est bien connu qu'en arabe le verbe à la forme non augmentée se compose d'un radical triconsonantique et que la conjugaison s'effectue par suffixation et/ou préfixation : Accompli Accompli Inaccompli. tranchant (sabre) » : « Écourté. qui a la queue coupée » : « Mutilé » : « Qui n'a pas de postérité » : « Action de couper. ou presque.

sg katab + tu šarib + tu kabur + tu 3e pers.4 1re pers. i. Observez que. étendre et allonger quelque chose » ne peut s’empêcher de remarquer que chaque verbe comporte la séquence mt et que tous ont le sens d’« étendre ». sg katab + a šarib + a kabur + a 1re pers. ? Ainsi. √mt’. Le radical est donc bien différent de la racine. j’ai procédé exactement comme lors de l’extraction de la racine : constatation de propriétés phonétiques et sémantiques communes et constantes et conclusion. étendre en long une corde » : « Allonger. u) mais les trois consonnes demeurent. C’est pour des cas semblables qu’a été proposé dans Bohas (1997 et 2000) le niveau de l’étymon. sg ’a+ktub + u ’a+šrab + u ’a+kbur + u écrire boire être âgé Les voyelles diffèrent (a. une corde) » : « Etendre en long (une corde) » : « Tendre. tout individu normalement constitué examinant le paradigme I : matta matâ mata’a mata‘a matana : « Etendre quelque chose en long (p. avec quelques nuances. La racine triconsonantique définie plus haut permet-elle de rendre compte de généralisations. ou les deux. kabur. étendre en long » : « Tendre. √mt‘ et √mtn. Si l’on organise le lexique en posant que la racine triconsonantique est un primitif. étendre et allonger quelque chose » : « Etendre comme un tapis » . étendre en long » : « Tendre. pour peu qu’il se donne la peine d’ouvrir les yeux ou les oreilles. ici mt dont les termes du paradigme I sont des réalisations. Personne ne peut donc nier que le verbe apparaisse sous la forme d'un radical triconsonantique : katab. ce que n’a pas le concept de racine. car tous ces verbes sont rattachés à des racines différentes : √mty. ex . šarib. pour extraire l’étymon. ces constatations relèvent simplement du hasard et rien ne permet d’en rendre compte. il a une existence dans les représentations phonétiques de la langue. de rapports entre les mots que tout un chacun peut observer. ex. en ce que. Ce paradigme peut être développé pour donner le paradigme II : matta matâ mata’a mata‘a matana madda : « Etendre quelque chose en long (p. composé de consonnes et de voyelles. étendre en long une corde » : « Allonger. composé binaire de phonèmes. bien évidentes dans toutes les formes. une corde) » : « Etendre en long (une corde) » : « Tendre.

d et ® ont en commun. une prolongation (de payement) » Ce paradigme manifeste la même unité sémantique que le précédent et l’on retrouve dans chaque verbe le m du paradigme I combiné à t ou d ou ®. Désormais je parlerai d'invariant notionnel pour désigner la charge sémantique commune à tous les éléments issus d’une matrice. le niveau de la matrice. ‹l + + - m b [±consonantal] + [±sonorant] + + - f + + + © + + ‡ + + + t + - d + + - s + + z + + + š + + J + + + ® + - ¼ + + + ¥ + - l + + + n + + - r + + + k + - g + + - q G + + + - › + + + + ™ ‘ ’ + h + + + + + + + (+) (+) + + + + + + + + [±approximant] [±voiced] [±continuant] [labial] [coronal] [dorsal] [pharyngeal] [±anterior] [±distributed] [±strident] [±lateral] [±nasal] + ( +) + + + + . Si l’on s’en tient au niveau de l’étymon.(-) (-) .(-) ( -) Tableau 11 1 Ce tableau a été réalisé par Ch. Il faut donc disposer d’un tableau des traits phonétiques pour travailler à ce niveau. . dresser les jambes en courant (se dit du cheval) » : « Tendre et allonger une chose en la tirant avec force » : « Allonger une corde » : « Allonger le chemin à quelqu’un » : « Accorder un délai. on ne peut aller plus loin. Par contre. tout en observant que la combinaison {m x [coronal] [-continu]} est lié à l'invariant notionnel « tendre. C’est donc que pour exprimer les caractéristiques phonétiques communes de ces formes. ce qui est appelé. à savoir que ce sont des segments [coronal] [-continu].( +) ( +) (+) + + + + - + + + + + + + + + + + + + + + + + + + - + + + + + - + + + + + - + + + ( +) + ( +) + + + + + + + + + + + + + + + ( -) ( -) (+) - + + - + - + - + + - + + - + + - + + - + - + + - + + + . Zeroual et exposé à mon séminaire en 1998. Les parenthèses indiquent que la spécification dépend de la définition adoptée pour le trait. dans Bohas (1997 et 2000).( -) ( -) ( -) ( -) (+) (+) + . on peut exprimer ce que t. Il est bien clair que celui qui ne dispose que de la racine ne peut en aucun cas exprimer ces généralisations phonético-sémantiques pourtant flagrantes. si l’on passe au niveau de l’analyse en traits phonétiques.5 madâ malada ma®®a ma®ala ma®â ma‘a®a : « Etendre en long » : « Allonger. étendre ». il faut passer au plan des traits phonétiques.

attacher quelqu'un à quelque chose pour telle ou telle chose. être.‘} ‘abala ∈{f. serrer » : « Etre attaché. Une analyse qui se limite .®} ®unubun raba®a ∈{b. serrer les liens. arrêter quelqu'un » : « Empêcher quelqu'un de faire quelque chose » Les étymons qui la composent comportent tous soit une labiale et une gutturale. soit une labiale et une emphatique. contenir. serrer. ie. s'attacher. envelopper et serrer une chose dans une autre » : « Serrer avec une corde » : « Corde.6 Exercice pratique : Trouver les traits commun . attacher » : « Corde avec laquelle on attache un chameau » : « Serrer avec la main les mamelles d’une femelle quand on se met à la traire » : « Lier les pieds d'une chamelle avec quelque chose » : « Lier. serrer et retenir » : « Lier serrer (les pieds d'un chameau) » : « S'abstenir » : « Retenir.›} ›abala ∈{b. empêcher » : « Lier.®} ®affa ®afana ∈{f. lien » : « Lier.‹} ‹abba ’aba‹a ’ibâ‹un ∈{b.‘} `affa `afasa `afaka : « Lier. câble. serrer avec des liens » « Empêcher quelqu'un d'aller ou de se livrer à quelque chose » : « Lier.¥} ¥abara ‘a¥aba ∈{b. identifier la matrice dans la liste suivante (Paradigme III) : ∈{b.‹} ‹afrun ‹afana ∈{f. pour ainsi dire.¼} ¼affa ∈{f. } abasa abala ablun ∈{b. collé au sol » : « Attacher avec une corde les genoux pliés du chameau à quelque partie supérieure du corps » : « Corde (utilisée à cet effet) » : « Longue corde avec laquelle on attache la tente aux pieux fichés dans la terre » « Lier. attacher à quelque chose » : « Retenir. retenir. arrêter .

attacher à quelque chose » on observe que les deux éléments de la matrice apparaissent dans des ordres différents . si l’on accepte d’entrer dans la problématique développée ici. retenir. par contre.®} ®unubun raba®a : « Lier. factitivité. on peut constater dans le tableau I que les emphatiques et les gutturales ont en commun le trait [pharyngal]. v. être.7 aux phonèmes ne peut pas en dire plus . On peut alors poser la matrice suivante : {[Labial]. empêcher réflexivité >4s'abstenir Des quatre spécifications. la suite du paragraphe. attacher quelqu'un à quelque chose pour telle ou telle chose. et de se servir des traits. Modalité.t}2 2 Pour cette notation. relation métaphorique sont donc des spécifications qui peuvent s'adjoindre à l'invariant notionnel et dont la combinaison constitue la signification du mot. la première ajoute la modalité. collé au sol » : « Attacher avec une corde les genoux pliés du chameau à quelque partie supérieure du corps » : « Corde (utilisée à cet effet) » : « Longue corde avec laquelle on attache la tente aux pieux fichés dans la terre » : « Lier. . [pharyngal]} [-sonant] Organisation du champ notionnel à partir de : « lier » spécifications : modalité >1serrer cause/effet >2attacher factitif+métaphore>3retenir.¥} ¥abara ‘a¥aba ∈{b. Si l’on compare : ∈{b. s'attacher. serrer » : « Etre attaché. pour ainsi dire. serrer les liens. tandis que la troisième et la quatrième ajoutent une relation de type grammatical : factitivité et réflexivité combinées avec une relation de type métaphorique. réflexivité. la deuxième est de type logico-sémantique : « cause à effet ».‹} ‹abba ’aba‹a ’ibâ‹un ∈{b. et l’on peut faire la même remarque pour les étymons du paradigme IV : ∈{b. empêcher » : « Lier. implication.

non ordonnée linéairement. A . et donc de l' étymon qui en est issu. et développant cet invariant notionnel. 3. liée à une notion générique. se calmer (feu. au titre de pré-signe ou macro-signe linguistique. guerre. retrancher en coupant » : « Se calmer. radical : (R) étymon développé par diffusion de la dernière consonne. colère) » : « Travailler avec zèle et assiduité à quelque chose » : « Faire quelque chose avec assiduité » : « Médire de quelqu'un » : « Médire de quelqu'un » : « Se rassembler en foule » : « Troupe nombreuse d'hommes » On peut donc conclure que les constituants de la matrice. le sens et le monde. n’est pas manœuvrable sans addition de matière phonétique supplémentaire.¼} ba¼¼a wa¼aba ∈{b. 2.8 batta tabba ∈{b. on va procéder à l’analyse sommaire de deux autres matrices.™} waba™a ™âba ∈{b. ne sont pas linéairement ordonnés. d'une paire de vecteurs de traits phonétiques. un invariant notionnel. de la chaleur. en tant que matériau nécessaire à la constitution du signe linguistique. non ordonnée linéairement. retrancher en coupant » : « Couper. s'éteindre (se dit du feu. matrice : (µ) combinaison. Le lexique de l'arabe s'organise donc en trois niveaux : 1. mais au trait phonétique qui. Etude de deux matrices Pour continuer de montrer que le recours aux traits dans la constitution des matrices permet de rendre compte des relations phono-sémantiques que manifeste le lexique de l’arabe. 3.k} bakka kubba(tun) : « Couper. C’est le niveau où la « signification primordiale » n’est pas liée au phonème. étymon : (∈) combinaison. à l’interne et à la finale) et comportant au moins une voyelle.›} bâ›a ›abâ ∈{b. forme « palpable ». s'apaiser. et continuer de voir comment s'organise la relation entre le son. de phonèmes comportant ces traits et développant cette notion générique. de la colère) » : « S'éteindre. préfixation ou incrémentation (à l’initiale.

expulsion de l'air chez l'homme ou l'animal >3 conséquences (odeurs diverses) Comme cela apparaît dans la liste suivante : ∈f© nafa©a ∈f fa a nafa a fâ a/fawa a/ ∈f› nafa›a ∈fs fasâ/fasawa/ nafasun nafsun ∈f¥ ¥afara : »exhaler » : « Siffler (serpent). le b : ∈b ba a ∈b› ba››a ba›ara bu›ârun : « Etre rauque (voix) » : « Ronfler en dormant » : « Laisser sortir la vapeur (marmite). 1967) pourrait être : .mouvement de l'air : vent. L'invariant notionnel du champ conceptuel dessiné autour des formes lexicales caractérisées par cette structure morphosémantique (Guiraud. haleine. corrélée à la présence de l'invariant notionnel décrit plus haut. principe vital » : « Siffler » Avec l’autre labiale. souffle . souffle. remplir de gaz (balon) » : « Lâcher un vent (qu’on n’entend pas) » : « Respiration. s'évaporer. bouffée » : « Ame. ici cause>conséquence. se répandre (parfum) » : « Répandre son parfum . ce paradigme fait apparaître une autre propriété : le caractère 3 Ce signe indique qu'il existe une relation sémantique. sentir bon ou mauvais » : « Souffler avec la bouche . Cette combinaison traduit un flux sonore correspondant à l'émission d'un courant d'air sans vibrations laryngales. . parfumer à l'encens » : « Vapeur » On peut constater dans tous les cas la présence d'une consonne labiale et d'une fricative non voisée.9 µ { [+consonantique]. siffler (orage) » : « Souffler (vent). quel que soit son point d'articulation. D’autre part. [labial] [-nasal] [+consonantique] [-voisé] } [+continu] autrement dit b et f combinés avec une fricative sourde.

fas expriment les diverses expirations. esprit. ce que Nicolaï (1982 et 1987) a appelé la courbure. à « respiration. On entend par mimophonique qu’il existe entre la matière phonétique de la matrice et son invariant notionnel une analogie. l'objet ou l'état du monde réel dont le signe tient lieu (vu que l'objet/référent peut être concret ou abstrait) une analogie.). On a vu qu'à partir du « souffle » (concret) se dégage le sens d'« âme ». le caractère motivé de la relation entre le son et le sens. Pour une étude approfondie et anti-métaphorique. la relation mimophonique est facile à saisir. L'invariant générique de son champ conceptuel est simplement mimophonique et consiste en la forme ∩ disposée de diverses manières. on a vu comment passer de « lier » à « empêcher » et à « s'abstenir ». On constatera en latin une dérive analogue pour obligo entre 1.10 mimophonique des étymons. obliger »5. si fa . qu’il existe entre la matière phonétique de la matrice et l'objet du signe linguistique. les bases physiologiques de cette analogie sont de trois types : « acoustique. engager. inspiration. « attacher à. joues) est modifiée . âme ». cinétique. c’est pourquoi il est déjà possible d’en donner une esquisse assez détaillée. La mimophonie de cette matrice résulte du couplage de deux propriétés articulatoires. Nyckees (1998 : 148 et suiv. sentiment. ce qui comporte d’ailleurs des éléments cinétiques ». en préparation et Bohas et Serhane. comme cela a été dit précédement. en préparation). ipso facto. [fig] « lier. On entend par « mimophonique ». « fermer d'un lien » et 2. De même. (p. c’est parce qu’en les prononçant. fa›. là où l’articulation reproduit un mouvement . Il en va de même en latin4 où spiritus passe de « souffle de l'air. l’une externe et l’autre interne. je souffle. on fait apparaître. Les acceptions abstraites se dégagent des concrètes par des procédés repérés depuis longtemps dans d'autres langues et que tout le monde accepte sans broncher. . Ici. dans la mesure où l’apparence du visage (lèvres. contre ». v. B µ {[labial]. air ». [dorsal]} [ -son] L'étude de cette matrice est assez avancée (voir Serhane. là où les sons reproduisent un bruit . En d’autres termes. 125) Quand on fait apparaître le caractère mimophonique d’un étymon. Comme le disait Guiraud (1967). L’externe est l’arrondi 4 5 C’est à dessein qu’on se limite au Gaffiot que chacun peut consulter. visuelle.

Comme on peut le remarquer dans le tableau des traits. à savoir un g. les emphatiques comportent elles aussi le trait . [dorsal] n'inclut pas seulement k.11 visible de la position des muscles buccaux lors de l’articulation des phonèmes disposant du trait [labial] . comme le prononcent les Cairotes. Le schéma suivant. extrait de Ladefoged (1975 : 50) est particulièrement éloquent : Ici encore. dans le lexique. l’interne tient à la forme même que prend la langue lors de l’articulation d’une dorsale comme k et q. une dorsale. le fait que le j manifeste les propriétés sémiques de q et k confirme qu’il est bien. q et g .

montagne. D'autre part. fesses. édifice construit en voûte . gonfler grossir La relation avec B. du reste. les deux mamelles développées (se dit d’une fille) » : "Fille qui a des seins ronds" : « Derrière. tertre.12 [dorsal]. ce qui constitue un sous-ensemble des données de l'arabe classique collectées dans le Kazimirski que l'on trouve dans Bohas 2000.1. qabqaba ’abjar : « Enfler » : « Corpulant. et si cette théorie est fondée. comme on pourra le constater. chaînes de montagnes » nabkatun. est facile à établir : Quand une partie du corps enfle ou grossit. mais. colline » mankibun : « Elévation de terrain » qubbatun : « Coupole. qabâ /qabawa/: « Voûter. [dorsal]}. Wehr. et c'est donc simplement pour abréger que je me restreins ici aux mots impliquant q. k et g. que l'on travaille sur un gros tas de données ou sur un petit. fesse. tous les exemples que je cite dans l'étude de ces deux matrices sont dans le dictionnaire d'arabe moderne de H. voûte jabalun : « Montagne. mont . tertre.1. monts. cambrer. C'est bien le cas. obèse » B. Forme ∩ : convexe B. comme on pouvait s'y attendre.1. en gén. L’organisation sémantique B. Enfler. ventre. pour que l'on ne me dise pas que je travaille sur un niveau de langue archaïque. talon ‘aqibun ku‘bun ka‘aba rukba falaka mufallik kafalun qi fun : « Talon » : « Mamelle (de la femme) » (on reviendra sur cet exemple) : « Avoir les deux mamelles déjà développées et arrondies : « Genou » (on reviendra sur cet exemple) : « Etre arrondi. nabakatun : « Colline qui se termine en pic .1 Parties du corps : seins. avoir le sein déjà arrondi. on s'aperçoit vite que l'organisation est la même.1. puisqu’elles peuvent toutes les deux être des réalisations de la matrice {[labial]. coupole.2. donner la forme d’une coupole » qabwun : « Voûte » najafun : « Dune. La forme ∩ dans le relief et la construction : tas. monticule » . colline.3. croupe » : « Crâne » B. elle dessine la forme ∩. on doit donc retrouver dans la combinaison des labiales et des emphatiques les mêmes sèmes que dans celle des labiales et des dorsales. rond (se dit des mamelles) . tête. comme je l'ai montré ailleurs (Bohas 2000). voûte . bosse.1.

tortu » ma‘qûfun : « Courbé. tombe. contourné. cambrer » ’a‘qafu : « Courbé. Forme ∪ orientée ⊃ : trou. plié. Objets creux (sacs. sac de voyage . qulbun : « Puits » qâba /qawaba/: « Creuser (la terre) » qabara : « Enterrer.1. de la maison) » jufratun : « Trou » ’ajwafu : « Creux. vallée.2.1.2. Creux dans la nature (vallée. Forme ∪ : concave La courbure est maintenant inversée et l'on obtient la forme ∪ qui apparaît dans : creux. cavité .II : « Rendre creux en dedans . Cavité du corps jawfun jirâbun waqbun faq atun : « Ventre » :Scrotum : « Cavité de l'oeil. intérieur (ex. faire un tombeau à quelqu’un » qabrun : « Tombeau. plier. ployer » ‘aqafa : « Courber. tordu.13 B. comme on va le montrer en détail. Courber (éventuellement : dessiner [avec son corps] cette forme ∩) : infirmités impliquant cette forme : être voûté. panier. outre. B. ensevelir .2. récipients) jirâbun qirbatun qâlabun : « Sac en cuir. concave vide » kabâ :Vider un bateau » (noter cette relation entre creux et vide) B. voûté (vieillard) » B.4.2. cambré . citerne » jawbatun : « Trou » jâbiyatun : « Bassin » birkatun : « Etang » waqbun : « Creux. plié. fosse. caverne . creuser. orbite » : « Anus » B. II : « Se jeter la face contre terre. et dans les ustensiles : sac. se prosterner en appuyant les mains contre la terre (en priant) » qabâ / w/ : « Courber. sépulcre » jâfa /jawafa/ F.4. puits) jubbun : « Puits . cavité » qalîbun .2.2. pl. besace » : « Grande outre » : « Moule dans lequel on verse l’airain fondu » B.3. ou l'inverse : cambré (∪) (convexité/concavité) jabâ /jabaya/ F. sac de berger. puits. rendre concave » jawfun : « Creux.

II: « Pelotonner. s'écarter du chemin » : « Biaiser.2.1. espace entre deux choses . cercle B. y faire un trou » Trou percé dans un mur. bander et remettre (un os) » : « Ceinture ornée » : « Ceinture de femme enrichie d’ornements » : « Envelopper (le mort) dans un linceul » : « Vertèbre » et habits qui B. .2. Ouvrir la main.4. Synthèse 1 ∩∪ = ⊕ : rond. de la. Si l’on ne considère que les deux extrémités de la courbure. se dégage la notion d'écart et d'ouverture fajâ / w / : « Ouvrir (la porte) » fajwatun. cour. des boules » : « Peloton . pl. fajawâtun : « Interstice. boulette » Comme en français : faire un écart : dévier du droit chemin physiquement ou moralement. s'écarter de la ligne droite » : « S'écarter.V janaf FVI : « Dévier. grosse boule . creux formé par la paume de la main » B. Extensions sémantiques B.3. biaiser6 nakaba F.3. dévier de la voie droite » B. espace entre les murailles d'une maison » fajja : « Marcher les jambes écartées » faraja : « Ouvrir. Objets circulaires ou cylindriques. caverne » Tunnel » Percer un trou » B. on passe à s’écarter du droit chemin. entrouvrir (une porte) » farjun : « Ouverture. De l’écart. mettre en forme de boulettes. enquêter » être enfoncé dans son orbite (se dit des yeux) Trou » Grotte.3. boule.14 naqaba naqbun tanqîb waqaba waqbatun kahfun nafaqun faqara :« :« :« :« :« :« :« :« Percer un mur. la bouche (dessiner un ∪ ou un ⊂) fakka kaffun : « Ouvrir (la main pour laisser tomber ce qu’on y tenait) » : « Paume de la main.1. approfondir.4. sexe de femme » B. Membres du corps ronds ou cylindriques entourent une partie du corps > entourer jabara aqabun iqâbun kafana faqaratun : « Panser.4. excavation » Le fait de creuser.3. boules quffun kabba kubbatun 6 : « Pannier ou bateau rond » F.3.

traduction 1999 : 145) … « au signe arbitraire de Saussure. d’une clôture (une maison) » F. qui représente le premier des deux principes du fonctionnement du langage. cerner de tous côtés » mukannafun : « Entouré. roue. ciel.3. ce n’est pas par hasard que les sens de concave. Toutes les données qui viennent d’être analysées montrent au contraire que le signifiant est motivé. clos de tous côtés » B. ce n’est pas par hasard que {f. sphère céleste. En d’autre termes.4. convexe. cercle. Synthèse 2 : ∪∩ l’entrelacement. structuralisme. roue de chariot . sphérique . corps céleste » B. } suggère l'acte de « souffler ». tout corps globuleux. » . couronne (de là : entourer. grammaire générative. roue d’une machine à irrigation » : « Calice d'une fleur » : « Entourer quelque chose. éd. Toute la linguistique récente. Rond. 1995 : 100). et qu’il a une attache avec lui dans la réalité. se rouler en spirale (se dit d’un serpent) » kaffatun : « Plateau de la balance » kifâfun : « Bordure » kafa’a : « Tourner autour » kanafa : « Entourer d’une haie. Conclusion On peut constater que les implications de cesanalyses remettent en cause la conception structuraliste du signe linguistique. faire un cercle autour pour voir ou examiner quelque chose . a repris la position saussurienne concernant le signe linguistique : « Premier principe : l’arbitraire du signe » (Saussure. C’est cette relation entre les deux qui constitue la zone de l’arbitraire. Dans la reformulation de Benveniste : « Ce qui est arbitraire c’est que tel signe et non tel autre soit appliqué à tel élément de la réalité et non à tel autre ». 1916. X : « Poulie . qu’il n’est pas arbitraire par rapport au signifié. rond et entrelacs ont quelque chose à voir avec le trait [dorsal] : c’est justement parce que la langue revêt la forme convexe. le tissage. ainsi que neurosciences cognitives7. encercler) bakratun qanbun kaffa F. la torsion et fabrication de cordes sont une autre forme de synthèse des deux courbures abaka : « Tisser » abkatun : « Tissage » 4. VIII : « Entourer. c’est parce qu’en prononçant la séquence de sons f on souffle .15 falakun : « Globe. réalise la courbure.5. dans l’articulation de 7 Pinker (1994.

sur une dernière conséquence de l’organisation que je propose. courber ». Ultime conséquence J’insisterai. elle ne motive pas ce lien en arabe seulement. il a bien un lien mimophonique : l'invariant notionnel : la courbure signifié ∩ « courbure » signifiant{[labial]. [dorsal]= ∩ de la langue} [-son] ⊕ des lèvres qui fait le lien entre le signifiant.16 tous ces mots dont les dénominateurs communs. sont sous-tendus par la matrice : µ {[labial]. Donc. au moins partiellement. pour finir. les signes linguistiques sont conventionnels. le signifié et le monde. mais ces signes peuvent être motivés ou arbitraires. la forme du mot a un rapport naturel avec son sens (à savoir son référent) pour paraphraser Martinet à ma manière. rukba = « genou » et la réalité. concernant le débat sur l’origine des langues. En effet. En d’autres termes entre les mots : ku‘b = « mamelle ». comme l’une des 27 racines mondiales qui étayent l’hypothèse de l’origine unique des langues . selon les langues. sans aucune parenté génétique. un grand nombre d’arguments en faveur d’une origine commune des langues tombent. Il faut donc poser le débat dans la perspective tracée par Fonagy (1993) : appartenant à un système. formels et sémantiques. ayant montré que dans les cas étudiés ici. à l’arbitraire postulé par De Saussure. jawf = « ventre ». 5. [dorsal]} [-son] qu’ils véhiculent cette notion. Il n'est donc pas arbitraire que tel signe et non tel autre soit appliqué à tel élément de la réalité et non à tel autre. [dorsal]} [-son] et la courbure. dirais-je pour paraphraser Benveniste à ma manière. A partir du moment ou la motivation mimophonique se substitue. kifl= « fesses ». quand Ruhlen (1994) donne BU(N)KA « genou . si la mimophonie motive le lien entre µ {[labial]. L'arabe est alors une langue où les signes sont maximalement motivés. mais dans bien des langues.

la théorie des matrices et des étymons. elbow Old Uighur bük/bök Written Mongolian böken Evenki buku Tobelo buku Proto-Algonquian *wâk Warrao oboka Sapiboca embako meaning knee bent To twist hump of a camel bent. [dorsal]} [-son] b k comme dans comme rukba et ku‘b et kifl. au sens définie au début de cet exposé. elle est inutile. de par ses objectifs et les conclusions qu'elle engendre. l'articulation de k implique la réalisation du schéma de la page 12 où la relation [dorsal]/courbure est explicite.17 du monde8. De même que l'être humain a probablement émergé en des lieux différents.B. j’observe que je retrouve ici des manifestations de la matrice mimophonique µ {[labial]. il n'y a pas à poser pour autant que ces langues proviennent d'une langue mère commune. la mimophonie. Certes. crooked knee bend elbow elbow .et que cette mimophonie suffit à justifier qu’elle revête dans toutes ces langues le sens de la courbure : l’hypothèse d’une origine commune n’est alors nullement nécessaire. Simplement. Nul besoin de postuler une langue mère commune. Voici quelques exemples donnés par lui : language word Omotic boq Sanskrit bhugnà English bow. s’inscrit dans un débat vieux comme le monde – le langage humain est-il conventionnel ou non ? Mais nul « cratylisme » naïf dans cette démarche : seulement la découverte et la description d’un système où un sémantisme constant et général est articulé autour d’un jeu phonétique simple. tout en procédant sur des données progressivement de plus en plus larges. en mongol et en proto-australien. suffit à rendre compte de cette relation : simplement. dans un travail d’une abstraction de plus en plus grande. Si la courbure du genou s'exprime par bk en arabe. et si elle n'est pas nécessaire.. ainsi en va-t-il pour le langage. BIBLIOGRAPHIE 8 N.

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