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page deux 73millionsd’euros,lajolie primedupatrondeSpringer L es Allemands attachent une importance toute particuliè-

73millionsd’euros,lajolie

primedupatrondeSpringer

L es Allemands attachent une

importance toute particuliè-

re aux anniversaires. Les

changements de décennie consti- tuent des événements qu’il convient de célébrer avec faste. Il ne se passe pas un jour sans que les plus importants journaux ren- dent hommage à telle ou telle per- sonnalité allemande ou étrangère à cette occasion. Mercredi 15août, les 70 ans de Friede Springer, la présidente du groupe de presse qui édite notam- ment Die Welt et Bild, ne ris- quaient donc pas de passer inaper- çus.Même AngelaMerkel, qui pré- sidait son conseil desministres de rentrée lematin et s’envolait pour le Canada l’après-midi, a trouvé le temps d’aller féliciter l’ancienne gouvernante des enfants d’Axel Springer, qui allait devenir la cin- quième épouse de celui-ci en 1978. Outre la chancelière, 200 per- sonnalités avaient fait le déplace- ment et, parmi les témoignages de sympathie reçus à cette occa- sion, la lettre très chaleureuse de l’ancien chancelier HelmutKohl et lemessage du premierministre israélien Benjamin Nétanyahou ont fait forte impression.

One-man-show en jogging

En offrant à sa patronne un avoir pour prendre des cours de tango, une danse qui demande, selon lui, à la fois force et tendres- se, Mathias Döpfner, président du directoire, a fait preuve d’un certain humour. Moins toutefois que le 2mai, lorsque, au cours de la cérémonie célébrant le cente- naire de la naissance d’Axel Sprin- ger, il était apparu en jogging et s’était lancé dans un one-man- show parfois irrévérencieux à l’égard du patron disparu. Manifestement, Friede Sprin-

ger ne lui a pas tenu rigueur de sa liberté de ton. On a en effet appris le 17 août que, la veille de son pro- pre anniversaire, cette petite fem- me blonde avait bousculé la tradi- tion et fait un superbe cadeau à son principal employé: deuxmil- lions d’actions du groupe Sprin- ger, dont la valeur se monte à 72,9millions d’euros. Du jamais- vu dans un groupe de presse alle- mand. Entré chez Springer comme journaliste en 1998, Mathias Döpfner, aujourd’hui âgé de 49 ans, en était déjà actionnaire. En 2006, il s’était en effet endetté pour acheter 2% du capital (avec une décote de 27% sur le cours d’alors). Il en détient désormais 3,26%. Si, après son don, Friede Springer ne possède plus directe- ment que 5% du capital, elle est toujours à la tête de la structure qui détient 51,4% du groupe. Le tour de table reste donc parfaite- ment contrôlé. Lemoment choisi pour effec- tuer ce cadeau spectaculaire ne doit sans doute rien au hasard. Le 8 août,Mathias Döpfner avait annoncé que, avec un chiffre d’af- faires de 1,62milliard d’euros (+6,2% sur un an) et un profit de 159,6millions (+5,6%), le premier semestre avait été excellent. 2012 pourrait donc être une année encoremeilleure que 2011. Surtout, à la veille de ses 70ans, Friede Springer, qui n’évo- que jamais sa propre succession, a manifestement voulu envoyer un signal aux investisseurs en associant encore davantage ce dirigeant qui la tutoie en public et rassure les marchés. C’est bien connu: les danseurs de tango aiment rarement valser. p

Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)

L’éveil par Selçuk

Lemaître (Berlin, correspondant) L’éveil par Selçuk Société éditrice du «Monde » SA Président du
Lemaître (Berlin, correspondant) L’éveil par Selçuk Société éditrice du «Monde » SA Président du
Lemaître (Berlin, correspondant) L’éveil par Selçuk Société éditrice du «Monde » SA Président du

Société éditrice du «Monde » SA Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directeur du «Monde », membre du directoire, directeur des rédactions Erik Izraelewicz Secrétaire générale du groupe Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions Serge Michel, Didier Pourquery Directeurs éditoriaux Gérard Courtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs en chef Eric Béziat, Sandrine Blanchard, Luc Bronner, Alexis Delcambre, Jean-Baptiste Jacquin, Jérôme Fenoglio, Marie-Pierre Lannelongue («M Le magazine du Monde ») Chef d’édition Françoise Tovo Directeur artistique Aris Papathéodorou Médiateur Pascal Galinier Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget Directeur du développement éditorial Franck Nouchi Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président

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0123

Dimanche 19 - Lundi 20 août 2012

94852 Ivry cedex 0123 Dimanche 19 - Lundi 20 août 2012 La dette publique, une vieille

La dette publique, une vieille histoire 6/6

L’accord de Londres, signé le 27 février 1953, a permis àla République fédérale d’effacer lamoitié de sa dette, un cas rare en Europe au XX e siècle. Le «miracle économique » allemand est lancé

1953,l’Allemagnedivise

sadettepardeux

allemand est lancé 1953,l’Allemagnedivise sadettepardeux Accord sur la dette allemande, signé à Londres le 27

Accord sur la dette allemande, signé à Londres le 27 février 1953 entre la RFA et 21 pays. AP

E 1951, lorsque Hermann Josef

Abs représente la délégation allemande lors d’une série de conférences à Londres, le ban-

quierestconscientdeladifficul-

n

de la tâche. «Monsieur Abs, si

vous faites du mauvais travail, vous serez pendu à un poirier. Et si vous faites du bon travail, ce sera à un pommier», lui déclare

Fritz Schäfer, le ministre des finances. La boutade, rapportée parM.Abs, ne découra- ge pas pour autant ce conseiller financier du chancelier ouest-allemandAdenauer. Durant deux ans, il négociera des condi- tions avantageuses pour la jeune Républi- que fédérale d’Allemagne (RFA) qui doit rembourser les obligations financières issues du traité de Versailles;les emprunts internationaux contractés durant la Répu- blique de Weimar, dont le paiement des intérêts a été suspendu au début des années 1930; et les aides accordées par les Alliés pour reconstruirele pays. Suite à sa partition au sortir dela guerre, les négociateurs allemands sont confron- tés à un dilemme:la RFA doit-elle assumer l’héritagedesdettesduReich?Oupeut-elle

D’unmontantdepresque

30milliardsdedeutschemarks,

lesdettesd’avant etd’après-guerre

sontramenéesà14milliards

se soustraire à cette responsabilité, étant

donnéquelaRDAestoccupéeparlesSovié-

tiques ? Deux raisons incitent Adenauer à opter pourla première solution. Premièrement, le chancelier, en place depuis 1949, fait du regain de souveraineté de la jeune République l’une de ses priori-

tés.Or,lorsd’uneconférenceaveclesminis-

tres des affaires étrangères des Etats-Unis,

duRoyaume-UnietdelaFrance,enseptem-

bre 1950, à New York, les Alliés ont fait miroiter une révision du statut d’occupa- tion de la RFA si le pays reconnaissait les dettes d’avant-guerre de l’Allemagne. Deuxièmement, Adenauer veut rétablir la crédibilité du pays comme débiteur sur le plan international. Avoir accès à l’em- prunt est indispensable pour pouvoir refi- nancer les entreprises allemandes. En rai- son du défaut de paiement d’avant-guerre, ces dernières sont pénalisées à l’exporta- tion par des problèmes de liquidités et des coûts supplémentaires.Ainsi, au début des années 1950, le pays a encore une balance commercialenégative,lavaleurdes impor- tations dépassant celle des exportations. Lorsque les négociations commencent, la partie est loin d’être gagnée. La déléga- tion allemande fait face aux réticences de

certainspays, commeleRoyaume-Unietla France, concernant les dettes d’avant- guerre,jamaishonorées. Face àl’incapacité de l’Allemagne à satisfaire ses engage- ments, un banquier américain, Charles

Dawes, élabore, aumilieu des années 1920, un premier plan de rééchelonnement. Le paiement des annuités est abaissé et la dette est réaménagée sous la forme d’em- prunts internationaux à un taux de 7%, avec une maturité de vingt-cinq ans. Leur valeur atteint 800millions d’anciens marks. Pendant un temps,l’économie alle- mande se redresse et le pays paie une par- tie de ses dettes. Grâce à ces rembourse- ments, l’Allemagne affiche un net bilan excédentaire de 1926 à 1929. Mais l’embel- lie est brève: suite au krach boursier de 1929,l’économie allemande replonge. En 1930,OwenYoung,patronde General

Electric, élabore un deuxième plan de réé- chelonnement. Les « emprunts Young », d’un montant de 1,2milliard d’anciens

marks,sontémisàuntauxde5,5%etdelon-

gue durée. Mais très vite, l’aggravation des conditions économiques annulel’effet des concessions consenties. En 1931, Hoover suspend le paiement des réparations de guerre pour un an. Et à l’été 1932, les vain- queurs de la première guerre mondiale renoncentà toute indemnitédeguerrelors de la conférence à Lausanne visant à régler la question des réparations prévues par le traité de Versailles. C’est le premier défaut de paiement officiel du Reich. Mais les emprunts de Dawes et de Young, souscrits par des investisseurs de divers pays, restent valables. L’arrivée

d’Hitler au pouvoir ralentit les paiements, qui reprendront par la suite. Aprèsl’éclate- ment de la seconde guerre mondiale, seuls quelques pays commela Suisse etla Suède sont remboursés. Lorsque Hermann Josef Abs entame en 1951 les négociations avec les alliés, la question des engagements découlant pour l’Allemagne des emprunts de Dawes et de Young est encore ouverte. Les dettes d’avant-guerre sont estimées à 13,5milliards de deutschemarks. Durant les négociations, leur valeur est revue à 9,6milliards, en raison notamment de l’abandon de la référence à l’or et de la chute du dollar. Au final, leur valeur est ramenée à 7,3milliards de deutschemarks, soit une remise de plus de 45%. Quant aux dettes d’après-guerre, chiffrées entre 15 et 16milliards de deutschemarks, elles sont rabattues à 7milliards, soit une remise de plus demoitié. Elles seront payées en tran- ches annuelles d’un peu plus de 200mil- lions,qui s’ajoutentà cellesde340millions par an pourles emprunts d’avant-guerre. Avec l’essor économique de la RFA durantles années 1950, cesmontantspeu-

vent être versés aisément. Le montant annuel d’un demi-milliard de deutsche- marksverséparl’Allemagneen 1953corres- pond à 4% du total de ses exportations. Les derniers emprunts de Dawes ont été rem- boursés en 1969, ceux de Young en 1980. Maisla questiondu règlementdela det- te allemande n’est pas résolue. La RFA ne s’estimait pas responsable d’assumer tou- tes les sommes dues par le Reich.Mais une

clause de « réunification» garantissait le remboursement des intérêts supplémen- taires si le pays était réunifié. Les derniers paiements correspondant à ces intérêts furent effectués en 2010. A l’issue de la conférence de Londres, la RFA est ainsiparvenueà diviser pardeuxle poids de sa dette, avec le consentement de ses créanciers. Partant d’un montant de près de 30milliards de deutschemarks, les dettesd’avant et d’après-guerresont rame- nées àmoins de 14milliards, résumel’his- torienne Ursula Rombeck-Jaschinski, auteure d’un ouvrage sur cette question. Cette remise de dettes, d’une ampleur rareenEurope auXX e siècle,estscelléeavec l’accord signé le 27 février 1953 à Londres entre la RFA et 21pays ayant pris part aux négociations. Outre les Etats-Unis, la plu- part des pays européens ainsi quela Suisse en font partie. L’accord, qui sera ratifié par une loi le 24 août de la même année, sera reconnu par une douzaine de pays supplé- mentaires, y compris Israël en 1955. Comment la RFA a-t-elle pu obtenir des conditions si favorables? La réponse tient en partie à l’argumentation d’Adenauer et de son conseiller économique: il ne faut pas mettre en péril le «miracle économi- que» naissant de la jeune République, un

argumentquifaitmoucheauprèsdesAmé-

ricains.Cesderniersveulentcomptersurla RFA, comme client mais surtout comme rempart contrele bloc communiste. Enfin,la capacité de négociateur d’Her- mann Josef Abs, qui a siégé dans une tren- taine de conseils d’administration et finira par présider la Deutsche Bank dans les années 1960,ajouéun rôle-clé.Lebanquier parlait plusieurs langues étrangères. S’y ajoute son pragmatisme lors des négocia-

tions. Dans un article publié en 1959, où il

revientsurlaphased’avantl’accorddeLon-

dres, il est frappant d’observer qu’il rai- sonne comme un comptable. Cette appro- che, tout comme la distance qu’il a gardée avecle régime nazi ajoute à sa crédibilité. Cette remisede dettespeut-elle servirde

modèle actuellement? On peut observer

quel’accorddeLondres,peuconnu,faitpar-

ler de lui à chaque crise importante liée à l’endettement.Au milieu des années 1980,

ilasouventétécitéenexempleparlesadep-

tes d’un effacementd’uneplus grande par-

tiedeladettedespaysenvoiededéveloppe-

ment. L’Allemagne, faisaient-ils valoir, n’a jamais dû rembourser plus de 5 % de la valeur de ses exportations à partir de 1953, alors que de nombreux pays du tiers- monde ont dû y consacrer plus de 20%.

Récemment, l’aggravation de la crise de la dette en Grèce et en Espagne a ramené cetaccordsurledevantdela scène.Laremi- sededettesoctroyéeàl’Allemagnea favori- sé rapidement l’économie du pays, dit-on. Mais on entend aussi un argument plus inattendu: en 1946, l’Allemagne avait été condamnée à payer 7milliards de dollars à laGrèce à titrede réparationpourl’occupa- tion du pays, un montant non réglé par l’accord de Londres. Toutefois, en accep- tant la réunification allemande dans le cadredu traitédeMoscou,laGrèces’estpri- véedelapossibilitéde réclamerdes répara- tions, a fait ensuite valoirl’Allemagne. Selonune interpellationdéposée auPar- lement européen en février par Daniel Cohn-Bendit, cette dette vaudrait aujour- d’hui plus de 80milliards d’euros compte tenu des intérêts. Cette somme permet- traitàla Grècede rembourserunepartiede sa dette. Si les chances d’obtenir gain de cause sontmincespourla Grèce,ce dernier épisode démontre qu’enmatièrede dettes, l’Histoire n’estjamais terminée. p

Yves Hulmann zurich (« Le Temps »)