Vous êtes sur la page 1sur 10

Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3

Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

LE DIAGNOSTIC ET LA MISE EN CONFORMITE


DES FORAGES PRIVES EN CHARENTE MARITIME

Jacques LEPINE - Syndicat des Eaux de la Charente Maritime


Arnaud BERNARD - Syndicat des Eaux de la Charente Maritime
Anthony MARTIN - Syndicat des Eaux de la Charente Maritime
Hélène NADAUD – GEOAQUITAINE
Gilles MARTIN – GEOAQUITIANE

1 – Historique et contexte règlementaire


En Charente Maritime, 35 000 000 m³/an d’eau souterraine sont prélevés
pour l’eau potable. Les nappes captives, privilégiées pour l’eau potable, sont
également exploitées pour l’irrigation. Sur les 3500 forages d’irrigation, 600
sont susceptibles d'exploiter une nappe captive sans être équipés d'un
tubage et d'une cimentation efficaces assurant l'isolation entre la nappe libre
de qualité médiocre et la nappe captive d'excellente qualité.
Lors des procédures de périmètre de protection, la mise en conformité des
forages privés est la principale mesure de préservation de ces nappes
captives. 120 ouvrages privés répartis autour de 26 captages d’eau potable
devront bénéficier successivement :
• d’un diagnostic débouchant sur le choix de la nappe à utiliser pour
l'irrigation (nappe libre ou captive, réalisation d'un ouvrage
complémentaire captant uniquement la première nappe, retenue de
substitution,……).
• de travaux de mise en conformité qui devront être discutés et validés
par les services de l’Etat afin de vérifier la cohérence de la solution
proposée vis-à-vis des objectifs de préservation et de gestion de la
ressource, des possibilités de réalisation de retenues de substitution.
Sous maitrise d’ouvrage du Syndicat, l’opération bénéficie d’une Déclaration
d’Intérêt Général (DIG). Le coût du diagnostic est intégralement assuré par le
Syndicat. Pour les travaux de mise en conformité éventuels, le propriétaire
devra participer à hauteur de 20 %.
La phase diagnostic des 120 forages est estimée à 0.9 M€ H.T. et les travaux
de mise en conformité (hypothèse haute), à 3 M€ H.T. L’opération bénéficie
d’aides financières du Conseil Général et de l’Agence de l’Eau Adour
Garonne.

2 – Application au domaine Crétacé du Nord-Est de Saintes


Depuis Février 2008, le Syndicat a confié à GEOAQUITAINE le suivi et
l’interprétation des diagnostics de 22 forages privés situés autour de 8
forages d’eau potable exploitant la nappe captive du Cénomanien. Cette
nappe est isolée de la nappe libre du Turonien moyen riche en nitrates et
pesticides par le Turonien inférieur imperméable.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

Sur les 22 forages privés (14 agricoles, 1 pisciculture, 1 domestique, 6


inexploités), la démarche est la suivante :
• analyse de l’eau (pré-diagnostic avec identification des ions
caractéristiques de chaque aquifère),
• dépose des équipements, examen des têtes de forage, caméra vidéo,
diagraphies (gamma-ray, résistivité, micro-moulinet,
température/conductivité), pompages, repose des équipements.
Ces examens ont permis d’effectuer les constatations suivantes :
• la quasi-totalité des têtes de forage ne sont pas cimentées,
(infiltrations directes des eaux de ruissellement),
• les tubages acier et colonnes d’exhaure corrodés,
• une absence quasi-totale de cimentation au droit de l’aquifère du
Turonien, avec des chutes d’eau dans les forages ou des flux
descendants très nets à la vidéo,
• la répartition des débits entre les deux aquifères, quantifiée par micro-
moulinet, avec une excellente corrélation vis-à-vis des analyses
physico-chimiques,
• au moins une dizaine de forages sont exploités avec des dénoyages de
l’aquifère captif.
Sur les 22 forages, 1 seul est conforme. Les travaux de mise en conformité
concernent 17 ouvrages s’adressant principalement au Cénomanien et 2
surtout au Turonien. Les différents scénarii de mise en conformité seront
soumis au propriétaire et aux services de l’Etat.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

LA MISE EN CONFORMITE DES FORAGES PRIVES


EN CHARENTE MARITIME

Hélène NADAUD - GEOAQUITAINE

Application au secteur de Saint-Vaize – Le Douhet


Le Syndicat des Eaux de la Charente-Maritime a confié au bureau d’études
GEOAQUITAINE le suivi et l’interprétation des diagnostics de forages privés
en vue de déterminer les propositions de travaux pour leur mise en
conformité.
Ces investigations ont débuté en février 2008 sur le secteur de Sainte-Vaize –
Le Douhet, situé au nord-est de Saintes. Dans ce secteur, deux aquifères
principaux sont superposés : la nappe libre des calcaires du Turonien moyen
dont les eaux sont riches en nitrates et pesticides et la nappe captive du
Cénomanien moyen et supérieur, à l’origine de très bonne qualité. Elles sont
séparées par les marnes du Turonien inférieur.
8 forages de production d’eau potable sont exploités par le Syndicat. Ils
captent les eaux de la nappe captive. Dans le périmètre d’étude, 22 forages
privés ont été recensés : 14 agricoles, 1 pisciculture, 1 domestique et 6 non
exploités. D’autres ont pu échapper au recensement.
La démarche suivante a été adoptée par le Syndicat :
• une détermination préalable de la qualité des eaux sur tous les forages
(pré-diagnostic avec identification des ions caractéristiques de chaque
aquifère),
• un diagnostic sur les 22 forages : dépose des équipements, examen
des têtes de forage, caméra vidéo, gamma-ray et résistivité, micro-
moulinet, température et conductivité des eaux, tests de pompage,
repose des équipements.
Ces examens ont permis d’effectuer les constatations suivantes :
• un grand nombre de têtes de forage ne sont pas cimentées, avec des
infiltrations directes des eaux de ruissellement,
• les tubages acier ont très mal résisté à la corrosion, avec des colonnes
d’exhaure également en mauvais état,
• une absence quasi-totale de cimentation au droit de l’aquifère du
Turonien est observée, avec des chutes d’eau dans les forages ou des
flux descendants très nets à la vidéo,
• la répartition des débits selon les deux aquifères a été quantifiée par
les micro-moulinets, avec une corrélation excellente vis-à-vis des
analyses physico-chimiques,
• au moins une dizaine de forages sont exploités avec des dénoyages de
l’aquifère captif,
Sur les 22 forages, 1 seul n’est pas à réhabiliter. Sur les autres, des travaux
sont à prévoir : rebouchage (2) ou rééquipement des ouvrages pour ne capter
qu’un seul aquifère (17 Cénomanien et 2 Turonien).
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

REHABILITATIONS DE FORAGES

Bernard LAFARGUE - FORADOUR

1. Réhabilitation simple (entretien d’un forage)


• contrôle du massif filtrant et éventuellement faire un appoint de
gravier
• brossage des tubages à la brosse nylon ou acier suivant les cas
• nettoyage du fond par aspiration à l’air lift
• éventuellement traitement mécanique et chimique
2. Réhabilitation moyenne
• entretien du forage comme la réhabilitation simple
• rechemisage de la chambre de pompage par un tube en inox et
cimenté sous pression entre les deux tubes soit : par tubings ou avec
vanne de cimentation entre double packers (suivant la longueur de la
chambre de pompage à cimenter)
3. Réhabilitation lourde (extraction des crépines par surforage)
• le matériel à mettre en œuvre est le même que pour la réalisation d’un
forage neuf : appareil de forage, pompe à boue, bac à boue avec
vibrateurs, garniture de forage etc…
• matériel complémentaire pour l’extraction des crépines : une colonne
de surforage adapté au Ø des crépines et au Ø du tubage de la
chambre de pompage, les tubes doivent être lisses (sans manchons)
les éléments sont raccordés par filetages à double étage (filetage
hydrill) pour une meilleure résistance mécanique et une parfaite
étanchéité. Un coupe tube, un overshot adapté au Ø intérieur du tube
d’extension des crépines et d’un packer gonflable.
Exemple : pour un forage équipé en chambre de pompage Ø 13’’3/8 et les
crépines en Ø 6’’5/8 dans un forage de 12’’1/4 la colonne de surforage doit être
d’un Ø extérieur de 273 mm et d’un Ø intérieur 243 mm environ.

METHODOLOGIE POUR LE SURFORAGE


Première opération :
Descente du coupe tube dans le tube d’extension à environ 10 m sous le
raccord gauche qui lui a un Ø supérieur au Ø des crépines et du tube
d’extension.
Découpe du tube en rotation avec une pression de 40 à 50 bars, durée de la
coupe environ 10 minutes (la coupe est terminée à la chute de pression de la
pompe à boue).
Remontée du coupe tube au jour et descente soit un overshot ou un packer à
l’intérieur du tube découpé, encrage de l’outil et remontée du tube au jour.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

Deuxième opération :
Descente de la colonne de surforage sur la tête du poisson et mise en boue
du forage.
Entrer délicatement la couronne de surforage dans le poisson en rotation
lente et sans poids.
Une fois que la colonne à surforer est coiffée descente en rotation et
circulation en respectant les paramètres suivants : débit et pression de la
boue, couple de rotation de la colonne, les crépines peuvent être déviées
mais comme elles sont souples une fois le gravier enlevé elles glissent bien à
l’intérieur de la colonne et surtout contrôler le volume de gravier évacué.
A la fin du surforage faire une circulation de la boue pour s’assurer que tout
le volume du gravier est bien remonté et remontée de la colonne de
surforage au jour.
Troisième opération :
Descente soit un overshot ou un packer à l’intérieur de la tête du poisson,
encrage de l’outil et remontée des crépines au jour.

AUTRE TECHNIQUE POUR EXTRAIRE DES CREPINES SUR UNE FAIBLE


PROFONDEUR ET DANS UNE FORMATION CALCAIRE
Première opération :
Détruire le fond des crépines avec une fraise et faire environ 1 m en dessous
des crépines pour libérer le massif filtrant.
Deuxième opération :
Par aspiration à l’air évacuer le massif filtrant par la base des crépines.
Troisième opération :
Extraction des crépines par la méthode citée précédemment.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

CHEMISAGE DE FORAGE PAR SERTISSAGE INTERNE

Michel SEGUIN - HYDRO INVEST

La technique de chemisage par sertissage interne consiste à descendre une


chemise (acier ou inox) dans l’ouvrage puis à la sertir le long de la paroi
interne de l’ancien tubage.
L’intérêt principal de cette technique réside dans la très faible perte de
diamètre intérieur (inférieure à 10 mm) et l’élimination des opérations
lourdes de cimentation.
Le sertissage est réalisé à l’aide d’un outil hydraulique télécommandé
suspendu à un câble jusqu’à 150 m de profondeur ou sur un train de tiges
pour les profondeurs plus importantes.
Cette technique offre également d’autres applications comme la pose de
patch, l’étanchéité et la tenue de pied de chemisage conventionnel cimenté,
la modification ou la réparation de porte-crépine, etc…
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

GESTION D’UN CHAMPS CAPTANT

Philippe MEVELEC - Ville de Tours

La ville de Tours s’alimente en eau potable à partir de 45 captages disposés


sur trois îles de la Loire. L’aquifère sollicité est la nappe d’accompagnement
du fleuve ou nappe alluviale.
Le site de l’île Aucard, le plus ancien, est exploité depuis le début du 20ème
siècle.
La qualité des matériaux constitutifs des alluvions, leur granulométrie et leur
stratigraphie confèrent à l’eau filtrée une excellente qualité tant sur le plan
bactériologique que physico-chimique.
Alors que l’épaisseur des alluvions (10 à 15m) et l’éloignement des puits aux
berges est faible, l’eau filtrée est significativement de meilleure qualité que
celle de la Loire.
La filtration mécanique qu’assurent les alluvions au passage de l’eau ne suffit
pas à expliquer cette différence. Elle résulte en fait de l’activité biologique
qui se développe naturellement lorsque les vitesses de filtration sont lentes,
conférant au système une fonction de filtre biologique.
Si l’activité biologique est bénéfique à la qualité des eaux, son
développement est nuisible à la productivité des ouvrages. Les amas
bactériens qui résultent de la prolifération des micro-organismes colmatent
plus ou moins rapidement les puits, qu’ils soient équipés de drains
rayonnants ou de crépines verticales.
Si ce phénomène était déjà bien identifié dès les années 30, sa localisation,
son importance étaient mal connus. Quant aux moyens de le prévenir, ou de
tenter d’y remédier, ils restaient très empiriques.
Il avait toutefois été observé qu’un nouveau puits productif pouvait être
réalisé à quelques mètres d’un ouvrage dont les capacités s’étaient réduites.
La solution consistait donc à abandonner les anciens puits et à construire de
nouveaux ouvrages. Cette stratégie a perduré jusqu’à la fin des années 60.
Il devint alors difficile de construire de nouveaux ouvrages à l’île Aucard.
Suivant la même logique, on décida alors d’équiper une autre île, l’île aux
vaches, pour compléter la ressource.
Alors que la consommation est encore en augmentation sensible au début
des années 80, le colmatage s’installe sur les puits de l’île aux vaches,
forçant la recherche de solutions.
Au milieu des années 80, la localisation et l’importance du colmatage sont
cernées tandis que des études hydrogéologiques sont menées sur les deux
sites pour préciser la perméabilité des alluvions, leur nature et les zones les
plus productives.
De 1988 à 2000, de nombreuses tentatives visant à décolmater les puits ont
été menées, en régie ou confiées à des entreprises spécialisées, sans résultat
probant.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

Les travaux effectués en 2000 sur l’un des puits verticaux donnèrent
d’excellents résultats et la technique fut progressivement étendue à la
plupart des ouvrages de l’île Aucard.
Il est envisagé de l’étendre maintenant aux ouvrages de l’île aux vaches.
Les différentes tentatives, inefficaces ou fructueuses, visant à rétablir la
productivité des ouvrages de captages seront abordées à l’occasion de la
présentation orale. La technique de réhabilitation des puits à filtre « Cuau »
sera tout particulièrement développée.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

GEOTHERMIE A ORLY
UN FORAGE DE TYPE PETROLIER AU CENTRE DE LA VILLE

Jean-Michel JOUBERT - ANTEA


Jean-Yves AUSSEUR - ANTEA

Dans le sous-sol de la région parisienne, situé entre 1 500 et 1 800 mètres


de profondeur, l'aquifère du Dogger renferme une eau dont la température
est généralement comprise entre 60 et 80°C. Depuis 1984, l’OPAC du Val de
Marne exploite cet aquifère par deux doublets de forage alimentant un
réseau de chaleur de 18 km desservant des logements d’Orly-Choisy-le-Roi et
des bâtiments communaux.
En 2005, suite à un incident technique, le doublet ORLY II a été fermé.
L’OPAC a alors décidé de réaliser deux nouveaux puits, un d’extraction et un
de réinjection, à l’emplacement même du doublet défectueux, au centre ville
d’Orly sur le parking d’un centre commercial.
L’OPAC a donc confié à ANTEA une mission de maîtrise d’œuvre (conception
et travaux) pour la réalisation de ce nouveau doublet. La puissance de
production attendue est de 10 MW maximum (soit 45 000 MWh annuels) ce
qui correspond à un nombre d'équivalents logements de 5 000.
Les ouvrages ont été dimensionnés pour pouvoir exploiter un débit de 300
m³/h à 76 °C. Avec ces volumes d’eaux chaudes prélevés, l’OPAC assure un
taux de couverture de 86% par la géothermie de son réseau de chaleur. Cela
permet d’éviter chaque année l’émission de 15 000 tonnes de CO². Les deux
nouveaux forages sont entièrement tubés et cimentés face aux terrains
aquifères supérieurs du Tertiaire, ainsi que face à la Craie du Secondaire,
face aux sables de l'Albien et du Néocomien. L’eau du Dogger, salée, est
intégralement réinjectée dans sa formation d’origine.
À ces profondeurs, l’eau est fréquemment salée et chargée en sulfures. Pour
limiter la corrosion, un inhibiteur adapté à la chimie des eaux est injecté en
permanence en fond de puits de production. La maintenance d’une telle
installation consiste donc à injecter régulièrement cet inhibiteur de corrosion,
changer la pompe d’exhaure environ tout les 5 ans, réaliser les diagraphies
de contrôle et effectuer un suivi physico-chimique de l’installation.
Le coût de réalisation, d’équipement et de raccordement des ouvrages est de
10,5 millions d’euros dont une subvention de l’ADEME de 1,4 million
d’euros.
Les deux forages déviés ont été exécutés par COFOR à partir de la même
plate-forme d’environ 5 000 m². Les deux têtes de puits sont distantes de 1
m et les ouvrages partent en déviation pour écarter d’environ 1 500 m le
point de prélèvement du point d’injection au Dogger.
La réalisation d’un forage géothermique dévié est en continu, 24h/24 et 7j/7
et s’apparente à celle d’un forage pétrolier : les techniques utilisées, les
matériels sont similaires.
La mise en place de l'appareil de forage sur le site implique l'amenée
d'environ 80 semi-remorques sur une durée de 10 jours environ.
Colloque AHSP – Institut EGID Bordeaux 3
Le forage d'eau au XXIe siècle – Bordeaux – octobre 2008

C'est le premier doublet géothermique en aquifère profond réalisé depuis


une vingtaine d'année en France métropolitaine.