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HISTOIRE
DU
21E RÉGIMENT
DE
MARCHE
DE
VOLONTAIRES
ÉTRANGERS
ET
DE SES CONTOURS
André Blitte
18-21/03/2021

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RÉFÉRENCES :
Voici quelques documents que nous avons découverts pour établir cette
ébauche d’historique du 21e R.M.V.E. Nous espérons que cet historique pourra
s’étoffer avec le temps.
— La 35e Division dans la bataille 1939-1940 par Robert Dufourg. Imprimerie
Deniaud frères, Bordeaux. 1945.
— Brassard rouge, Foudres D'or. Souvenirs d'un Officier d'État-Major par
Robert Dufourg. Ragot Imprimeur Bordeaux. 1951
— LA 35e D.I. AU COMBAT par Henri de Rolland. Journal militaire suisse. 1948.
— Une captivité singulière à Metz sous l'occupation allemande (1939-1940)
Léon de ROSEN. L’Harmattan. 2000-12-01.
— Testament… par Boris Holban. (Calmann-Lévy) .1989.
— A Thousend Shall Fall par Hans Habe. (Ob tausend fallen) 21 août 1941.
— FRANTZ DELANIS Récit de la guerre 39-40 d'un soldat français et de son
évasion. (1913-2006) CanalBlog.
— Mon lieutenant, un blessé vous demande par André Dufilho. Les Dossiers
d’Aquitaine. 2002.
— Alexandre Citrome. 50 ans de ma vie. Publié par l’Université Concordia :
University Chair in Canadian Jewish Studies.
— Naissance, vie et disparition du 21e R.M.V.E. en 1939-1940. Édité en 1961.
In 8 de 75 pages. Képi blanc. BNF.
— Thiel le rouge, une histoire communiste suisse. Le Temps. Alain Campiotti.
— Thiel le rouge, un agent si discret, film de Danièle Jaeggi, sorti en 2020.
— La Légion étrangère en Argonne en juin 1940, revue Horizons d'Argonne ;
numéros 71-72, pages 11-32 par le Général Bernard JEAN.
— Le Petit Journal de Sainte-Menehould et ses voisins d'Argonne N° 6. Les
combats de juin 1940 à Villers-en-Argonne.
— The french defeat of 1940 par Joel Blatt. New York : Berghan Books, 1997.
— Une enfance juive dans la tourmente du XXe siècle Albert Nouni Szyman.
29 février-2012.
— Kaddish pour les miens. Chronique d'un demi-siècle d’antisémitisme (1892-
1942). Armand Gliksberg.1995. L’harmattan.
— Les Cahiers du Bazadais Numéros 140-147 par société des amis du Bazadais.
Journal de route de mai à juin 1940 (pages 21 à 41) par le capitaine Robert Latrille
dirigeant les transmissions de l’A.D. de la 35e D.I.
— Bulletin de la tramontane association amicale des anciens du 21e régiment
de marche des volontaires étrangers descendants et amis 21e R.M.V.E. (AAA du
21e R.M.V.E.) BNF.
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— Notre Volonté, Bulletin de l’UEVACJEA.
— WWW.memoiredeshommes. sga.defense.gouv.fr.
— Livre d'or du 22e R.M.V.E. : 1939-1945 par amicale des anciens du 22e
régiment de marche de volontaires étrangers. 1976.
— Fred Samuel, Mémoires d'un joaillier, éditions du Rocher, Paris, 1992 (ISBN
978-2268012322) (22e R.M.V.E.).
— Antoine Ponce : Tony Poncet. Ténor de L'Opéra. Une Voix, un Destin par
Mathilde Ponce.
— Les carnets de guerre de Gustave Folcher, paysan languedocien, 1939-1945
(12e Zouave). La découverte, 2013.
— Historique du 14e G.R.C.A. du 1er février 1940 au 23 juin 1940, par le
lieutenant-colonel Gallini. (21e C. A.)
— Avec Le 18e Corps d’Armée. (16e G.R.C.A.) Robert Felsenhardt. Édité par La
tête de Feuille (1973).
— Républicains espagnols en Midi-Pyrénées : exil, histoire et mémoire par José
Jornet, Martin Malvy. Toulouse : Presses universitaires du Mirail (PUM), 2005.
— L’exil des républicains espagnols en France. De la Guerre civile à la mort de
Franco. Dreyfus-Armand, Geneviève. Paris Albin Michel. 1999.
— Les Catalans espagnols en France au XXe siècle. Exil et identités à l’épreuve du
temps. Thèse pour le doctorat de Phryné Pigenet sous la direction de Mme la
Professeur Blanc-Chaléard soutenue le 15/09/2014.
— Denis Peschanski, La France des camps, l’internement 1938-1946, Paris,
Gallimard, 2002.
— Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre. Nicolas Mariot Claire Zalc.Paris
Odile Jacob, 2010.
— Miroir de l’Histoire : numéro 306 page 24. Hitler lisait le courrier de Weygand.
(Les coups bas de l’Armistice).
— Les Régiments Ficelles : Film de Robert Mugnerot. Coproduction : France
Télévisions/Victorimage.
— Journal de route du Brigadier Courtion Brigadier du 8e régiment de Chasseurs
à cheval.
— LIGNE DE FRONT – DE LA DRÔLE DE GUERRE AU DÉSASTRE. Hors-Série n° 10.
Combats autour du CHESNE en mai – juin 1940 Carnets de route du commandant
du II/14e Régiment d’infanterie (36e Division – avec photos et cartes).
— Marianne in chains. Robert Gildea. PAN Macmillan Adult; (2002, 2011).
— Faites sauter la ligne Maginot ! : Roger Bruge. Fayard 1973.
— Le 16e Bataillon de Chasseurs Portés à Tannay et à Perthes. Édition spéciale
réalisée par l’association ARDENNES 1940 à ceux qui ont résisté.

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— 21. A.L.E, chef de bataillon Robitaille, 11e R.E.I. Roger Houzel. Une année
parmi tant d’autres 1939-1940. Manuscrit inédit non publié. Il s’agit des souvenirs
de guerre d’un officier de réserve versé au 21e R.M.V.E. qui de Barcarès à Baalbek
vivra quelques aventures dont la « fuite », en Palestine à la fin de juin 1940.
Robitaille, chef de bataillon, chef d’état-major du chef de corps du 11e R.E.I.
pendant la bataille de France en juin 1940 : après la capitulation du groupement
du Général Dubuisson, il s’évade et part tout droit en direction de Sidi-Bel-Abbès ;
commandant le III/1er R.E.I. à Sidi-Bel-Abbès en 1940-1941 ; commandant le
III/6eR.E.I. au Liban lors des combats de juin 1941.
—Fred Samuel : Rue Royale à Paris : Un Joaillier courageux.
richardjeanjacques.blogspot.com/.../fred-samuel-rue-royale-paris-un.htm... (22e
R.M.V.E.).
— Radiographie d'un pic d'antisémitisme. La crise de Munich (automne 1938).
Emmanuel Debono publié dans Archives juives 2010/1 (Vol. 43). Éditeur Les
Belles Lettres Page 77-95.
— Sabotages – Résistance en Normandie. HTTP//beaucoudray.
Free.fr/sabotages.htm.
— Le 12e Régiment Étranger d'Infanterie dans la bataille de France en 1940 (10
mai- 2 juin 1940). https//www.legionetrangere.fr.
— Libération-Nord Témoignage de Christian Pineau.
— Xavier Vallat, 1891-1972 : du nationalisme chrétien à l'antisémitisme d'État,
Paris, Grasset, 2001.
— Darquier de Pellepoix et l'antisémitisme français, Berg International, 2002.
— Vichy dans la « solution finale », Grasset, avril 2006, 1024 p.
— La France antisémite de 1936. L’agression de Léon Blum à la Chambre des
députés (avec Tal Bruttmann), préface de Michel Winock, Équateurs, 2006.
— L'Antisémitisme de bureau. Enquête au cœur de la préfecture de police de
Paris et du commissariat général aux questions juives (1940-1944) Grasset, 2011,
448 p.
—Les Collabos, Paris. Par Laurent Joly. Éditeur Les Échappés, 2011.
—Naissance de l'Action française, par Laurant Joly. Paris, Grasset, 2015.
—La délation dans les années noires (avec Korn-Brzoza) Perrin 2015.
— La France que je cherchais les impressions d'un Russe engagé volontaire en
France.Joseph Ratz, Librairie A. Bontemps, Limoges, 1945.
—Vichy 1940-1944 Archives de guerre d’Angelo Costa Éditions du CNRS. 1986.
—Vichy et les Juifs Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton. Nouvelle édition
Calmann-Lévy 2015.
—Le carnet de la trahison. Paris Librairie des Sciences et des Arts, 1944.

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—Roman d’espionnage. « The Pétain Plot », John Hefford. Éditeur : Blurb (9
janvier 2019).
—Journal officiel de la République française. Morts en déportation. — Les
Bastilles de Vichy Repression politique et internements administratifs. Vincent
Giraudier, Tallandier. (12 novembre 2009).
— Képi blanc NO 590, mai 1989. Volontaires étrangers 1939.
— « En l’an 670 commence : La Saga des « Hasday » par Marcel Hasday (fils de
Richard Hasday.
—Henri Noguero "Soldat en Alsace-Lorraine" et "Prisonnier de guerre en
Allemagne", ouvrages parus chez l’Harmatan en 2017. Le 49e RI de la 35e Division
est transféré en mai 1940 à la 30e Division Alpine du général Duron. Cette Division
‘’Alpine’’ est rattachée au 43e Corps d’Armée de Forteresse du général Lescanne
appartenant à la 5e Armée du général Bourret. Le 49e RIAlp est fait prisonnier
avec sa Division « alpine » dans les Vosges (sic).
—Georges Loustaunau-Lacau, Mémoires d’un français rebelle, 1914-1948,
Paris, Robert Laffont, 1948, 345 p. et 12 pages de planches (réédité chez J&D à
Biarritz en 1994).
Georges Loustaunau-Lacau, Chiens maudits : souvenirs d’un rescapé des
bagnes hitlériens, Paris, éditions du réseau Alliance, 1960, 96 p.
—C.L. Flavian, « Ils furent des hommes », paru en 1948 aux Nouvelles Éditions
Latines.
—Les Camps de Vichy, Maghreb-Sahara 1939-1944 (Montréal, Éditions du Lys,
2005).
— Correspondance entre un engagé volontaire au 21e RMVE et sa fiancée
durant la « drôle de guerre ». Lharmattan 2018.
—André Suarez : Vues sur l’Europe. Hors commerce, 1936 ; Grasset, 1939 ;
avec une préface de Robert Parienté, 1991.
—Paul Winkler: The Thousand Years Conspiracy. Scribner 1943.
—Grenier Le testament de Sidney Warburg + autres : Projet Pandora.
—Franck Lafossas ADRIEN MARQUET, Secrets et Souvenirs. Dossiers d’Aquitaine
2012.
—Général J.-H. JAUNEAUD « J’accuse le Maréchal Pétain ». Pygmalion. 1977.
—Benjamin Lewinski, De la guerre d’Espagne à la guerre mondiale ,1986.
—GÉNÉRAL Gamelin, SERVIR. Plon, 1946, 1946, 1947.
—Laurence Prempain. Polonais-es et Juif-ve-s polonais-es réfugié-e-s à Lyon
(1935-1945) : esquives et stratégies. Histoire. Université de Lyon, 2016. Français.
NNT : 2016LYSE2147. Tel-01486879.
— Philip Rosenthal. Il était une fois un légionnaire, Albin Michel 1982. Einmal

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Legionâr. 1980.— Jean Grobla : Une famille juive sous l’Occupation nazie, et
même avant : les Grobla à Noirétable. Le Mémorial de la Shoah (17, rue
Geoffroy-l'Asnier 75004 Paris)
— Regards sur 1939-1945 Le haut commandement français. Une organisation
confuse et inadaptée. La Voix du Combattant novembre 2019. Philippe Schmitt.
— Caroline Bitsch. Aryanisation et spoliation des biens juifs à Chantilly entre
1940 et 1944. Les Cahiers de Chantilly n° 10 (mars 2018).
— Pierre et Véronique Salou Olivares, Les républicains espagnols dans le camp
de concentration nazi de Mauthausen, le devoir collectif de survivre, Tirésias.
2016. Collection Ces oubliés de l’histoire.
—David Wingeate Pike, Espanoles en el Holocausto, Amicale de Mauthausen.
Routledge 2006
http://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_sour
ce/SHDGR_16P_D.pdf Dossiers administratifs de résistantes et résistants.
—Riadh Ben Khalifa, « Sur la corde raide, entre résistance et collaboration. Un
Juif hongrois en France occupée », Archives Juives 2011/2 (Vol. 44), p. 102-120.
(Le nom de ce Juif est Dezso Leibovits, 23e RMVE).
—SAUREL (Jacques), De Drancy à Bergen-Belsen, 1944-1945 - Souvenirs
rassemblés d’un enfant déporté, Paris, Édition Le Manuscrit-FMS, 2006.
— La chambre à gaz de Hartheim, Pierre Serge Choumoff, présenté et édité par
Jean Marie Winkler dans las Revue d’Histoire de la Shoah 2013/2 (N° 199) pages
293 à 392.
—"Été 1944, les massacres de prisonniers de Montluc : Bron et Saint-Genis-
Laval". Panneau des Chemins de Mémoire, septembre 2014.
Debuissy Paul Henry Albert Josepph, décédé né le 28 juillet 1887 à Laventie Pas
de Calais, décédé le 15 février 1962 à Thuir Pyrénées Orientasles. Il était le fils de
Dieudonné Jean-Baptiste Josep Debuissy [(1850-....) Agent voyer puis Conducteur
des Ponts et Chaussées (Adjoint de 2de classe du Génie dans l’Armée nationale
(14 novembre 1884, puis sous-ingénieur des Ponts et chaussées] et de Blanche
Marie Massaroli (1851-…), Directrice des Postes à Laventie Pas de Calais. En 1908,
il est instituteur. Marié le 25 janvier 1908 à Laventie Pas de Calais avec Aline
Marsy (1886-1927), il en divorce le 7 juillet 1926. Les deux filles issues de ce
mariage sont Genevieve Julie Blance Debuissy Debuissy (1907-1988) et Suzanne
Jacqueline Debuissy (1912-2006). Sous lieutenant au 155e régiment d’infanterie,
il est nommé en date du 1er août 1914 lieutenant et maintenu à la même
affectation. Il est blessé de guerre au Levant au 155e RI. Il est nommé au 2e REI le
15 février 1926. Officier de la Légion d’honneur, il se marie le 12 avril 1927 à
Meknès avec Suzanne Marielle Bégin. Il est muté au 1er REI le 6 septembre 1927.
Il est muté au 4e REI le 5 janvier 1933. En 1934, il est promu chef de
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bataillon au 4e R.E.I. au Maroc (Marrakech). Le 28 octobre 1936, il se marie à Lille
(Nord) avec Thérèse Paule Marie Vanhoucke… En 1939, il est promu chef de corps
du 21e RMVE (Lieutenant-colonel d’octobre 39 à juin 1940). Il participera à la
Résistance : Service historique de la Défense. Vincennes G.R. 16 P 162810. Nom
du mouvement de résistance MLN ex-MUR Cote (s)
AVANT-PROPOS
En colligeant ces documents, la conviction m’est venue de l'existence d'un
ostracisme dont a eu à souffrir le 21e R.M.V.E. Le Général de la 35e Division et ses
acolytes, notamment l’écrivain Robert Dufourg, considéraient le remplacement
d’un bon régiment de même bonne souche par le 21e R.M.V.E., un régiment de
Juifs et de Rojos, comme la greffe d’une verrue. Il ne faut donc pas s’étonner que
le 21e R.M.V.E. ait été dans la phase critique offert en holocauste (la place de
l’invité selon le terme militaire établi). Point d’orgue, ma conviction ne peut que
se renforcer quand je constate que je n’ai pu trouver aucun document
simplement accessible concernant le sort de Paul Debuissy après qu’il aurait été
livré à la Gestapo par Vichy (?) comme le furent Loustaunau-Lacau et d’autres
sans doute. Je n’ai trouvé que sa nomination au titre de chevalier de l’ordre de la
Légion d'honneur avec la note : « Dossier pas encore communicable sur la base
de données Léonore. » Qu’est-ce qui peut causer un tel silence qui salit et
rapetisse la France ? Simplement y penser, amène un sentiment de peine.
Tout autour de l’histoire de "l’étrange défaite" persiste d’ailleurs l’impression
que des forces obscures s’opposent encore à la connaissance de la vérité. Se
poser sans fard la question, c’est se demander si Debuissy en annulant un repos
de 4 heures prévu pour son régiment malgré sa fatigue, ne s’est pas opposé à un
programme de Vichy effectué avant l’heure ou déjà en cours. Le départ
commandé du train routier du 21e R.M.V.E. et les difficultés des volontaires
étrangers non prisonniers à se faire libérer n’aident pas à effacer le sentiment
d’une étrange défaite.
En 1946, une délégation de la Tramontane rencontra le lieutenant-colonel
Debuissy à Perpignan. Une petite note se trouve sur le Bulletin Notre Volonté de
l’UEVACJEA d’avril 1962 : « Nos peines : LE COLONEL DEBUISSY Cdt du 21e R.M.V.E.
n’est plus. Le Chef du 21e R.M.V.E. qui s’est tant distingué dans les combats contre
l’ennemi est décédé le mois dernier. Nous présentons ici nos condoléances à
toute la famille. » Le nom du lieutenant-colonel Paul Debuissy est inscrit sur le
Monument aux Morts de Laventie sans aucune mention…
Nous éviterons de répéter systématiquement l’origine des longues citations et
emprunts de ce recueil historique. Ces témoignages rassemblés sans aucune
prétention d'historien ne sont pas forcément fiables ni non partisans, mais du
moins seront-ils à la disposition d’éventuels historiens postérieurs, soumis à leur
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jugement et offerts à leurs efforts de rectifications et compléments. L’Histoire ne
suit-elle pas un cercle vicieux où la Déesse Corruption et Trahison tire les
ficelles : ̶-Révolution—Liberté—Corruption—Barbarie—Corruption-- L’homme
est un caméléon ; il l'est parfois pour se protéger, plus souvent encore comme
prédateur, mais si cette sorte de loi statistique peut aider, elle ne suffit pas pour
découvrir la vérité et ne pas commettre d'erreurs : errare humanum est. Que
d’erreurs commet-on sur le chemin menant à la vérité ! « Honni soit qui mal y
pense. » Ce recueil fruit d’un long travail ne manque pas d’incertitudes, d’erreurs
et de partis pris. J’ose croire cependant qu’il constitue une première avancée qui
sera pour une bonne part complétée et corrigée dans le futur notamment par
l’accès aux Archives du Service Historique des Armées et au Bulletin de la
Tramontane (BNF). Il n’est guère imaginable d’écrire l’histoire en général et
l’historique en particulier du 21e R.M.V.E. et de ses personnages sans peindre son
contexte. Ce recueil est donc le résultat de longues recherches de documents
concernant une période critique de l’histoire mondiale. Plus de soixante-quinze
ans après, ce n’est pas encore Vercingétorix, mais tout de même…
Ce récit révèle donc pour une bonne part combien un conflit existait alors d’une
part entre de véritables démocrates mêlés à une poignée d’illusionnés d’un
communisme imaginé à tort démocratique alors qu’il est semblable au fascisme,
d’autre part d’impénitents antidreyfusards, xénophobes, cagoulards, chasseurs
de communistes. Futurs serviteurs de Vichy, ils avaient trouvé dans ces aspects
de leur personnalité des motifs de trahir "l'autre France". L'inimitié de la droite
française envers la 3e République s’étala sous le signe de la Cagoule depuis De
Gaulle ennemi d'Hitler, mais aimant plus Pétain et Vichy que la Gueuse, jusqu'aux
collaborateurs du nazisme et la trahison. Médecins, politiciens, militaires,
bourgeois, patrons, financiers, chefs d'État dans leurs rôles privilégiés dans la
société, ont le devoir de rester des citoyens parmi les citoyens. S'ils s'isolent et
trahissent cette mission, ils sèment le vent et récoltent les tempêtes. Hans Habe
dès 1941 rapportait les paroles du lieutenant Pierre Truffy : «. Nous n’avons
aucune preuve contre aucun de nos généraux corrompus, pas de bordereau
comme dans l’Affaire Dreyfus… » Malheureusement, les Cincinnatus et les Sylla
sont rares et les catastrophes naissent trop souvent à partir de la cupidité, de
l'avidité, de l'orgueil, et de l'obscurantisme innés ou acquis par certains. Que
penser, par exemple, de l’attitude de Pie XI qui salua la victoire franquiste et celle
de Pie XII, attitude qu’on peut qualifier de pétainiste à savoir d’avoir pu faire un
choix moral entre le Charybde nazi et le Sylla communiste ? Trop de « Grands »
paranoïaques passent de Héros à Zoros, puis zéros et finalement salops. Il est
curieux que, malgré ce cycle rituel, ces mégalomaniaques, Hitler, Pétain, Franco,
Mussolini, Staline, etc. (nous en passons d’alors et de plus anciens et de plus
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récents conservent leur bassin d’adorateurs malgré les ravages qu'ils ont
provoqués. Que dire quand un paranoïaque traite ses opposants de menteurs et
de terroristes, ou, pire, quand deux paranoïaques s’affrontent ? Henri de Kerillis
est l'un des deux députés non communistes et le seul élu de droite qui ne sera
pas totalement figé par le concept du péril judéo-communiste (Hitler plutôt que
Blum-Staline); il verra le danger nazi et votera contre les accords de Munich en
octobre 1939, et il écrivit dès 1943 ces paroles prémonitoires en allusion à De
Gaulle :
« Ce que le maréchal Pétain a fait sur le corps mutilé de la République, d'autres
soldats pourraient être tentés de le faire dans l'avenir en abusant de leur prestige
et de la force armée qui leur a été confiée. »
Ainsi, accompli à l'encontre de ceux dont les Pieds Noirs qui l'avaient aidé à
revenir au pouvoir, le retournement de De Gaulle restera à jamais marqué entre
autres par la prolongation néfaste de la guerre d’Algérie suivie du drame des Pieds
Noirs et des Harkis et par l'exécution atroce du lieutenant Roger Degueldre. Arrivé
à sa fin de cycle, comme l’étaient en 1939 trop de généraux français, de Gaulle
est ce général qui avait pourtant résumé dans ses mémoires l’affaire de la défaite
de 1940 par ces mots : "Nos armées, préparées d'une manière absurde et
commandées d'une manière indigne."
Loutaunau Lacau en parlant du réseau de Résistance qu’il avait créé avec Marie
Madeleine Fourcade a décrit page 227 de son livre « Histoire d’un Français
rebelle » l’attitude hautaine des gaullistes. Le même discours a été tenu par des
membres d’un autre réseau de Résistance : LIBÉRATION NORD de Christian
Pineau. Comme ils défendaient eux aussi une relative indépendance, ou
refusaient d’être de simples vassaux descendant des serfs d’autrefois, ils furent
privés de beaucoup de choses : peu de livraisons d’armes, peu de considération.
Cela a été écrit dans diverses publications par certains survivants. Cela
correspond tout à fait à ce que dit Loustaunau-Lacau page 228 de son livre : « Ce
que voulait de Gaulle, c’était la mainmise sur TOUS les éléments de la résistance,
dans un dessein à la fois politique et militaire… » Il y avait déjà du Pétain dans de
Gaulle ! Après avoir supplanté les vichystes en 1945, il enfilera ensuite les bottes
de Pétain et avant de se représenter comme président, envisagera de pousser
Henri d’Orléans jusqu’au trône. Henri se vengera sur toute sa famille pour son
échec personnel.
Si les humains savaient vivre ensemble dans l'harmonie et la tolérance, des
situations d'expulsions humaines massives comme celles ayant suivi les accords
de Yalta seraient inimaginables. Il est pénible de penser que ce syndrome de Yalta
se répétera si, faute d'humanité, trop de paranoïaques sévissant dans ce coin du
monde, l'entente ne se fait pas en Palestine sur une union ou une séparation à
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l'amiable, ni sur la naissance d’un État kurde, alors que tous les États environnants
sont toujours en dispute à l’exception de leur unanimité au sujet de cette
renaissance du Kurdistan, qui réparerait l’ignominie des accords Sykes-Picot de
916 et de Lausanne de 1923. Le proverbe « je suis avec lui contre l’autre et avec
l’autre contre lui » demeure universel et n’a pas de spécificité raciale. En ce qui
concerne le corps mutilé de la République, une situation particulière était
promise pour la zone dite réservée, composée des départements Meurthe-et-
Moselle, Vosges, Haute-Saône, Doubs, Territoire de Belfort, de la majorité de la
Meuse et des Ardennes, des parties adjacentes de l’Aisne, de la Haute-Marne et
du Jura. Les Allemands envisageaient que ces territoires seraient peuplés dans
l’avenir par des colons allemands...
Arrivés en décembre 2018, nous assistons au spectacle pénible des
affrontements des humains de la terre. C’est une planète de la taille d’une puce
si l’on songe à l’immensité de l’Univers, et ils la détruisent en se disputant et
s’entretuant. Y aura-t-il au final un nouveau miracle de l’Arche de Noé, quelques
hommes s’échappant de la mort par un navire spatial? Quand on pense à la
brièveté de la vie. Il est impossible de comprendre pourquoi les humains se
disputent tant le pouvoir et les richesses et se trahissent et s’entretuent au lieu
de s’organiser ensemble pour des règles de vie pacifique sur terre.
Malheureusement persiste la mentalité primitive selon laquelle le loup est un
loup pour l’homme et elle se loge en particulier chez les puissants, Industriels,
banquiers, trusts qui trouvent toujours des sortes d’Hitler pour les servir comme
hommes de main : « puisque je suis plus fort que toi, j’ai le droit de te tuer ». Il
ne faut pas voir la trahison de 1940 comme un phénomène isolé et ne lire que
sous cet aspect étroit « l’étrange défaite » de Marc Bloch et « The Thousand
Years Conspiracy » de Paul Winkler (1943 traduit malencontreusement en 1946
sous le titre étriqué « L’Allemagne secrète »). L’homme est un animal, « Homo
homini lupus est » et ce dicton se vérifie de A à Z dans toutes les directions de
lieux, de temps et de personnages. Le temps des fortunes monstrueuses face à
la brièveté de l’existence demeure omniprésent.
Les recherches croisées dans ‘’Mémoire des Hommes’’, ‘’Listes des prisonniers
de guerre’’, ‘’Mémoire de la Déportation’’, ‘’Morts en déportation’’ ont
grandement aidé à la confection du Chapitre XII personnages du 21e R.M.V.E.,
alors que de simples astuces électroniques comme la variation de x à = ont
simplifié les calculs. Construit par strates successives, ce livre contient donc des
redites gardées volontairement. Aussi bien des personnes dont les proches ont
participé au 21e R.M.V.E. m’ont aidé à la fonction de ce rapport, notamment pour
le document ci-dessous qui m’est arrivé le 1er décembre 2019.
André BLITTE
12
DOCUMENT PAUL DEBUISSY venant de M. Jean Pierre Bourel
Pendant des mois, j’ai cherché dans les boîtes, les valises, susceptibles d’abriter
les photos recherchées de mon Grand-Père. Hélas sans succès !
À l’âge où il faut mettre un peu d’ordre dans ses affaires, mon épouse a
retrouvé dans une enveloppe Kraft, soigneusement rangée dans un cabinet
“italien” à multiples tiroirs, l’objet du délit à l’en-tête de la famille DEBUISSY.
C’est donc avec un immense plaisir et un certain soulagement que je vous
transmets l’ensemble bien maigre de ces souvenirs de famille.
Dans l’ordre :
Séparation d’avec ma Grand-Mère, où il est question de son poste de capitaine
à l’armée du Rhin en 1920
Fiche d’état civil de Paul DEBUISSY
Fiche d’état civil de ma mère
Article de presse locale relatant le 3e mariage, avec l’étalage de ses
décorations....
Un empilement des quelques lettres restantes, où l’on peut remarquer le poste
occupé “chef de bataillon 4e Étranger” à Marrakech, c’était, je pense, en
1934/35, ainsi qu’un PS qui en dit long sur son état d’esprit du moment!
Dans la 2e série de photos, vous avez :
- Le mariage avec ma Grand-Mère en 1908, le couple est au centre.
- Une photo lorsqu’il était en Allemagne à Düsseldorf. À l’époque il avait été
dit à ma mère qu’il était en citadelle...sans doute pour lui cacher le divorce en
cours, elle était née en 1909.
- Commandant, en compagnie d’un Capitaine de son régiment, je pense.
- Une photo de studio faite à Marrakech, datant sans doute de 1935, puisqu’il
semble que son dernier mariage (1936) ait interrompu toute relation familiale.
Voilà vous savez tout, et je regrette de ne pouvoir vous éclairer davantage, mais
déjà, vous pouvez désormais mettre un visage sur l’un des personnages
principaux de “S’il en tombe mille”, et c’est pour moi une énorme satisfaction.
Bien que je ne puisse vous aider davantage, tenez-moi au courant de
l’avancement de vos travaux, dès que paraissent de nouvelles informations. Je
vous en remercie à l’avance.
Ma mère m’avait dit qu’une branche de la famille s’était établie au Canada. En
remontant dans l’arbre généalogique, une famille Beau paraît être passionnée et
dispose peut-être de renseignements complémentaires.
Soyez assuré cher Monsieur de mon admiration pour le travail que vous faites
avec passion et patience.

13
Avec mes sentiments les meilleurs, et le secret espoir de vous lire bientôt.
J-P. BOUREL

L’officier semble avoir 2 gallons et n’est donc pas Debuissy (il était déjà en 1934
chef de bataillon au 4e étranger au Maroc.

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Paul Debuissy

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Les officiers du 4e Éranger en 1934 : Colonel Étienne-Émile CONTE, Lt-Colonel
Fernand GELY, Chef de Bataillon Marie Pierre MERLET, Chef de Batailon Paul-
Octave VINCENT, Chef de Bataillon Paul DEBUISSY, Chef de Bataillon Jacques
LAMBERT, Chef de Bataillon Abel PETET, Capitaine Antoine COLOMER, Capitaine
René CHABLE, Capitaine Gabriel AUTROU, Capitaine Jacques BOYER-RESSES,
Capitaine Jean-Louis GUILLEVIC, , Capitaine Henri BERGER, Capitaine Georges
LECLERC, Capitaine Miguel OLIVE, Capitaine Bertrand MARCELIN, Capitaine
Louis GAULTIER, Capitaine Michel PUVIS DE CHAVANES, Capitaine Jean RAGE,
Capitaine Henri RZEKIECKI dit d’ALEGRON devint Commandant au 11e RI en
1940, il fut tué à Verdunle 18 juin 1940. (C’était un Prince polonais né en Pologne
le 19 janvier 1893). Capitaine André MONTAURIOL, Capitaine Maurice
GENAY.Paul Debuissy
23
Paul Debuissy

24
Sont ajoutés à ces documents, outre la photo initiale (Didier Michon, Aubagne)
cet extrait de Mémoire des Hommes : Paul Henri Albert DE BUISSY né le 28-07-
1887 à Laventie (62 - Pas-de-Calais, France) Carrière Famille résistance déportés
et internés de la résistance (DIR), forces françaises de l’intérieur (FFI), résistance
intérieure française (RIF) Nom du mouvement de résistance intérieure française
MLN ex-MUR Cote) Service historique de la Défense, Vincennes G.R. 16 P 162816
25
Debuissy Paul Henry Albert Joseph né le 28 juillet 1887 à Laventie Pas de Calais.
Fils de Dieudonné Jean-Baptiste Joseph Debuissy )1850-....) et de Blanche Marie
Massaroli.(
Blessé de guerre au Levant le 14 juillet 1920 au 155e R.I.

26
CHAPITRE I Prologues.,

CHAPITRE I : Prologues.
La Retirada.
Franco avait lancé l’attaque finale contre la Catalogne le 23 décembre 1938.
L’étau se resserrait. La zone Centre-Sud (Madrid, Valence, Alicante) restait sous
contrôle républicain quand la ville de Barcelone épuisée tomba le 25 janvier 1939.
Alors commença une fuite massive. En quelques jours, environ 500 000
républicains espagnols civils et militaires désespérés accomplirent la « Retirada ».
Une répression impitoyable (10 000 assassinats) s’abattit sur la Ville catalane.
Pour les exilés, il s’agissait de 270 000 militaires, 170 000 civils et 13 000 blessés
et malades. Ils fuirent vers la France du 27 janvier au 19 février 1939.
Le froid et la neige couvraient les routes et sentiers des Pyrénées. Les
malheureux se présentèrent exténués à la frontière d’un pays qui devait les
protéger. Comble de l’ignominie, ils y furent bloqués plusieurs jours par les
gendarmes jusqu’au 5 février.
Jamais la France n’avait accueilli sur son sol un afflux humain aussi massif et
soudain, mais prévisible. Rien n’avait été préparé pour le recevoir.
Le gouvernement français, outre ses appels du pied répétés à Hitler, avait, déjà
depuis des mois, lâché les « Rouges » et livré la République espagnole aux forces
fascistes, lorsque le 3 février 1939, le sénateur Léon Bérard, un proche de Laval
et de Pétain, se rendit à Burgos pour pactiser avec les factieux et préparer les
accords Jordana-Bérard (25 février 1939) qui sont un véritable Munich
diplomatique : remise aux franquistes de la partie de l’or de la République
espagnole déposé à Mont-de-Marsan (cette remise avait été préalablement
refusée au gouvernement républicain légal en 1938 par les autorités françaises)
et en plus du matériel soviétique avait été bloqué à la frontière.
Pétain nommé avec l’influence de Georges Bonnet le 27 février 1939, s’assurera
diligemment de cet à plat ventre politique, soi-disant fait pour éviter le
rapprochement d’Hitler et Franco.
Le 28 juillet 1939, les franquistes fêtèrent en grande pompe le passage de cinq
camions chargés de 40 tonnes d'or qui passèrent par Behobie à destination de
Madrid. Le 16 juin 1940, Franco proposa alors à Hitler l’entrée de l’Espagne dans
la guerre contre l’attribution du Maroc à l’Espagne.
La droite et l’extrême droite déclenchèrent dans l’Hexagone une campagne
selon laquelle les « Espagnols rouges » étaient une menace pour le pays.
L'historienne communiste Annie Lacroix-Riz (de Munich à Vichy, d'Annie Lacroix-
Riz. Paris. Éditions Armand Colin, 2008) montre combien et comment la France,
ses élites économiques et politiques, ses militaires, sa Cagoule, sa banque
sacrifièrent la République espagnole. La « non-intervention » des puissances
27
CHAPITRE I Prologues.,

L’autorité militaire française est peu favorable aux « rouges ». Ainsi quand il
sera question de les incorporer dans les G.T.E., Groupes de Travailleurs Étrangers,
le Général Antoine Marie Benoit Besson (1876 – 1969) membre du conseil
supérieur de la guerre, ne cache pas ses réticences : « … L’organisation de
chantiers pour de grands travaux d’utilité publique n’est pas de ma compétence.
Je me borne à signaler que la garde des miliciens en dehors des camps
immobilisera des effectifs considérables de G.M.R. et que les sacrifices consentis
pour l’installation des travailleurs seront hors de proportion avec leur rendement.
Le retour de la plus grande partie des miliciens dans leur pays d’origine est la seule
solution qui puisse être raisonnablement considérée. »
Le chef d’état-major de la 16e région militaire n’est guère plus enthousiaste :
« En principe, rien ne s’oppose à ce que les unités de travail soient créées. Il en
existe déjà un petit nombre ; exemple, un bataillon de travailleurs du génie
(ouvriers en bois, charpentiers…) Le nombre de ces unités dépendra des cadres
espagnols dont on pourra disposer et dont on ne connaît pas exactement le
nombre. Elles ne seront pas nombreuses et les Espagnols qui les composeront ne
montreront certainement aucun enthousiasme pour travailler ; exemple : le
camp de Barcarès où ils sont loin de donner satisfaction. En somme, ils ne veulent
rien faire sauf rares exceptions. »
Seule la précipitation des évènements lèvera les ultimes résistances et en mai
1939, les premières Compagnies de Travail seront formées. La démocratie se
fondait en une coquille de noix coincée entre deux icebergs de plus en plus gros.
Les passagers sautaient sur la banquise imaginant devoir se faire dévorer par le
grand méchant loup ou par l’ours polaire ou pour dire autrement ils n’imaginaient
plus disposer que de deux friandises, le chocolat noir et le bonbon rouge, et
choisissaient le chocolat sans voir que les deux confiseries étaient également
toxiques.
Il ne faut pas oublier dans ce processus le rôle fréquent joué par certaines
grandes figures fossilisées par l’ambition personnelle à la période terminale de
leur vie : par exemple le Pétain de 1940 n’a-t-il pas eu sa copie dans le De Gaulle
de fin de règne ? L’arrivée finale de De Gaulle au pouvoir n’a fait qu’au lieu d’être
arrêtée la guerre d’Algérie s’est prolongée de quelques années (1958-1962) ce qui
n’a pas empêché le responsable de ce malheur de virer finalement capot contre
ceux qui l’avaient poussé au pouvoir et de faciliter criminellement le massacre
des harkis et en plus les massacres du 5 mai 1962 à Oran dont il laissera peser les
responsabilités sur le Général Joseph Katz qui n’avait fait que lui obéir, et en plus
de Gaulle flattera le monde arabe et son pétrole en déclarant les Juifs un peuple
orgueilleux.
28
CHAPITRE I Prologues.,

Tout cela ne serait pas arrivé si on avait bien voulu penser un instant que
maintenir deux types de citoyens en Algérie s’apparentait trop à la ségrégation
Noirs-Blancs qui avait sévi au Nouveau Monde.
La France se fascisait aux mains de ses élites réactionnaires, banquiers,
politiciens, militaires, cagoulards, pour des raisons de classe et par peur du
communisme, danger auquel personne ne croyait en Espagne. ». Déjà. Dès Fin
1937. Daladier avait brûlé devant Pétain le dossier des R.G. qui désignait le
Maréchal comme étant la tête dirigeante de la Cagoule. Aussi le gouvernement
de droite de Daladier révéla vite son caractère réactionnaire, préparant ainsi
l’entrée en scène de « Vichy ». Déjà à son retour à la présidence du Conseil en
avril 1938, Daladier avait mis en place des dispositifs d’exclusion par rapport aux
étrangers et Georges Bonnet, patron du Quai d’Orsay avait écrit dans une
dépêche que la France « accueillerait avec plaisir tout régime d’ordre en
Espagne ». S’ajoutant aux frustrations causées par le Traité de Versailles, la
première cause de la guerre de 1940 a été la crise économique de 1929. La
Deuxième en a découlé : l’avidité de l’argent, du profit à tout prix a été la toile
d’arrière-fond responsable des guerres en entraînant la montée des dictatures
dans toute l’Europe. Les banquiers eurent notamment les yeux de Chimène pour
Hitler. S’en suivit pour la France, une situation qui allait être la cause profonde de
sa défaite : elle était en état de fracture sociale, en prémisse de guerre civile.
Tous les milieux de la France étaient contaminés par cette montée des
fascismes ; l’Église de Franve, l’Armée, les fonctionnaires, la Police, l’ordre des
médecins et même la Croix-Rouge n’y échappaient pas.
Pour l'armée, par exemple, la majorité de l'état-major et de nombreux officiers
de carrière étaient réactionnaires, lecteurs de l’Action française, sympathisants
de la Cagoule, ennemis de la 3e République surnommée la gueuse, préférant
Hitler à Blum quand elle n’était pas ouvertement fasciste. Ainsi le docteur Robert
Michon pouvait écrire depuis le camp de Barcarès à sa fiancée le 27 octobre 1938
ceci : « ... Nous sommes ici une trentaine de médecins, dont quelques-uns sont
installés à Paris depuis des années... » Aucune décision ne sera prise pour les
affecter à des positions dignes de leurs compétences. La majorité des
antirépublicains se réjouissants par avance de la défaite, la divine surprise, et y
oeuvrant, subira la guerre et cassera du fantassin pour sauver l'honneur de
l'armée comme le dira Maxime Weygand (1867-1965), général cagoulard
antisémite et stipendié.
En période de crise, de démocratie écrasée entre des icebergs, nombreux
furent ceux de tous bords qui croyaient en elle, mais qui la désertèrent, les uns
préférant l’iceberg du loup (la LVF, Laval essayant de s'accorder à Mussolini contre
29
CHAPITRE I Prologues.,

Hitler, puis avec lui, etc.,) d'autres, plus rares, l'iceberg de l'ours communiste. Par
un jeu de miroir, le monstre Charybde communiste, bien qu’alors passablement
endormi, fut crédité de tous les péchés, tandis que le monstre Scylla, fasciste,
synarchiste et cagoulard, bouillonnait d’activité, tout en se faisant passer pour
inexistant comme s’il n’était qu’un bobard. Les dictateurs présents et futurs
fascistes Hitler, Staline, Mussolini, etc., manœuvraient en semant tour à tour ou
en bouquet le chaud et le froid, et de coups de force en promesses et traités
mensongers de paix culbutaient les frontières. Mentez, mentez, il en restera
quelque chose leur permettait tout.
Les plus forts s’affairèrent à dévorer les plus faibles, démocraties et dictatures
sans distinction. Ainsi, les fascistes nationalistes autrichiens n’ont pas empêché
l’Anschluss et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
L’aveuglement français, lui, était tel que ses gouvernants, Daladier et autres, de
plus en plus réactionnaires s’imaginèrent séduire Hitler et s’allier à lui contre le
communisme et, pire, ils persistèrent à penser ainsi même après la défaite
française de 1940 et même encore jusqu’à la défaite allemande de 1945.
Comme exemple de cet état d’esprit, citons le Général Auguste Lucien (1887-
1963) commandant de la 6e D.I. en 1939-1940. Prisonnier à la forteresse de
Königstein, il fut muté le 25 janvier 1942 à l'OFLAG VI A de Soest, pour prendre le
commandement du camp et prêcher la bonne parole de Vichy aux officiers
français prisonniers de ce camp. Ses ordres donnés consistaient à les inciter à
travailler pour les Allemands et à intégrer la nouvelle Europe.
Sans doute était-il allé trop loin, car il passa devant un tribunal à Soest constitué
de l'ensemble des officiers. Renvoyé à Königstein, il sera jugé pour ces faits à son
retour en France à la Libération (révocation sans pension le 25/02/46).
Encouragés et trompés par Vichy, des officiers français prisonniers, certes une
minorité, rompirent leur statut en acceptant de travailler pour l’Allemagne. Pire,
la majorité de l’état-major français s’endormira fonctionnaire dans « l’armée de
Vichy ». Même en en venant à la Résistance aux Allemands, elle ne lâchera, si elle
le lâcha, le néo-fascisme vichyssois que tardivement, 1943, voir 1944, tels firent
Giraud, Juin et Darlan en Algérie. Pétain, quant à lui crut en Hitler, jusqu’au bout,
même si ses suppôts refileront cette ardoise au seul Laval.
Voici des exemples du comment la patrie des droits de l’homme a accueilli chez
elle les réfugiés fuyant pour la plupart Hitler ou Franco.
Commune de BERNON dans l’Aube :
« Par circulaire du 18/07/1939, concernant le dénombrement des étrangers
bénéficiaires du droit d’asile, je vous informais qu’il n’y avait pas lieu, à cette

30
CHAPITRE I Prologues.,

époque, de contraindre les Espagnols à décider s’ils entendaient réclamer le


bénéfice du droit d’asile.
Monsieur le ministre de l’Intérieur estime que, dans les circonstances actuelles,
il n’y a plus aucun motif pour prolonger cette indécision, et qu’il convient d’inviter
ces étrangers à faire connaître s’ils se considèrent comme réfugiés, ou si, au
contraire, ils se sont ralliés au régime franquiste. En conséquence, lorsqu’un
Espagnol demandera un titre de séjour ou sollicitera le renouvellement de celui
dont il est titulaire, vous voudrez bien l’inviter à vous présenter un certificat de
nationalité délivré depuis moins de six mois.
S’il ne peut produire ce document, il conviendra de le considérer comme ne
jouissant plus de la protection de son pays d’origine. Comme tel, l’intéressé devra,
s’il est âgé de 20 à 48 ans, être soumis aux prestations militaires. Je vous prie, en
conséquence, de me faire connaître avant le 10 février 1940 prochain, les noms
des Espagnols âges de 20 à 48 ans, qui ne voudraient pas produire le certificat de
nationalité prescrit et qui par conséquent se considèrent comme réfugiés.
Signé : Le Préfet J. MOYON »
Un commandement militaire de la main-d'œuvre étrangère est institué dès le
printemps 1939 ; des Compagnies de travailleurs espagnols volontaires sont
constituées dans les régions du Midi, affectées à des travaux intéressant la
défense nationale (aménagement de camps ou organisation défensive des
frontières).
À la mobilisation, 79 Compagnies militaires existent, regroupant près de 20 000
volontaires.
3 000 inaptes ont été maintenus dans les camps. Crémieux-Brilhac (J.-L.) op.cit.,
p. 584 et SHD/(...)
La déclaration de guerre modifie cette organisation : tout étranger de sexe
masculin de 18 à 47 ans ayant demandé l’asile politique doit des prestations à
l’autorité militaire, sous la forme soit de l’engagement militaire, soit de la mise
travail avec le statut de prestataire, soit le maintien en internement ou le départ
de France. Les républicains espagnols n’obtiendront le droit de rejoindre les
R.M.V.E. que le 5 octobre 1939…
La directive du ministre de l'Intérieur aux préfets, datée du dimanche 3
septembre 1939, jour de la déclaration de guerre, est explicite :
« Les dispositions prises en raison des circonstances actuelles ont fait
apparaître, dans certaines régions de notre territoire des besoins nouveaux de
main-d’œuvre agricole.
À la demande de M. le Ministre de l’Agriculture il a été décidé, en conséquence,
d’utiliser, à titre exceptionnel, et provisoire, les ouvriers agricoles espagnols
31
CHAPITRE I Prologues.,

réfugiés, actuellement hébergés dans les formations d’accueil.


Toutefois, un premier prélèvement doit être effectué par les Services du
Ministère du Travail pour les besoins de l’industrie (ouvriers métallurgistes,
manœuvres spécialisés, ouvriers sucriers et distillateurs), et un second par
l’Autorité, pour l’organisation d’équipes de travailleurs. C’est seulement parmi les
réfugiés restés dans les camps non inscrits sur ces deux premières listes que
seront choisis les travailleurs agricoles.
M. le Ministre du Travail se propose de concentrer, dans diverses formations,
certaines catégories de travailleurs spécialisés ; ces transferts seraient effectués
par les soins du Général Ménard, chargé de la coordination des Services
intéressant les réfugiés espagnols.
Les ouvriers recrutés seront envoyés sur les départements demandeurs, puis
dispersés dans le département selon les besoins, par équipes de travailleurs. Ces
Espagnols seront considérés comme des prestataires et non pas comme des
travailleurs libres. Il en résulte qu'ils devront être hébergés collectivement par les
soins des Mairies. Ils seront nourris par les employeurs et recevront de ces
derniers, non pas un salaire, mais une indemnité de 5 francs par jour.
Les travaux terminés dans une commune, l'équipe sera mise à la disposition
d'une commune voisine, etc. Une surveillance attentive de ces étrangers sera
effectuée par les services locaux de police et de gendarmerie. Il conviendra
notamment de s'assurer chaque soir qu'aucune évasion ne s'est produite. Tout
réfugié qui, par sa conduite, son incapacité ou sa mauvaise volonté, se serait
révélé indésirable sera reconduit immédiatement dans une formation
d'hébergement collectif. »
Il faut admirer le langage : un camp de concentration français est une
" formation " : " formation d'hébergement collectif " ou " formation d'accueil ".
En France, on n'interne pas les étrangers dans des camps, on les " concentre
dans des formations ".
Le travailleur forcé n'est bien sûr pas un travailleur libre ; mais c'est un
prestataire ".
Derrière cette directive, qui sent la xénophobie et l'exploitation de la détresse
à plein nez, il y a trois ministres du gouvernement Daladier : Roger Salengro, Max
Dormoy, Albert Sarraut.
Circulaire du lundi 27 septembre 1937 (Ministère de l’Intérieur) :
« Parmi les réfugiés arrivés sur notre territoire après les évènements
d'Espagne et qui sont hébergés actuellement aux frais de la collectivité publique
il se trouve de nombreux hommes valides en état de travailler. Il n'est pas possible

32
CHAPITRE I Prologues.,

pour le gouvernement d'entretenir sur les deniers publics cette catégorie de


personnes, les sommes restreintes consacrées à l'hébergement des réfugiés
devant être affectées par priorité, pour des raisons élémentaires d'humanité, aux
vieillards, femmes et enfants. D'autre part, il ne saurait être question d'autoriser
ces réfugiés à travailler en France. Cette solution aurait, en effet, l'inconvénient
de soumettre la main-d'œuvre nationale à une concurrence inadmissible et de
stabiliser une situation qui doit rester purement temporaire.
Dans ces conditions, et pour remédier au danger que présenterait la présence
sur notre sol d'hommes jeunes, sans ressources et sans travail, j'ai décidé de les
mettre en demeure de quitter notre territoire.
En conséquence, vous voudrez bien inviter ces étrangers à choisir le point de la
frontière d'Espagne par lequel ils désirent quitter la France. »
En lisant à travers les lignes, on voit que les réfugiés masculins espagnols, âgés
de 20 à 48 ans, ne pouvant présenter un certificat de nationalité de moins de six
mois, sont « invités » aux obligations militaires », c’est-à-dire à se battre pour la
France, sous peine d’être renvoyés à la frontière, car sans-papiers. Ils ne peuvent
retourner en Espagne, sachant que derrière les Pyrénées les représailles
insatiables et impitoyables du Général Francisco Franco les attendent
Hitler se servira du même prétexte odieux : 7287 prisonniers de guerre
espagnols de l’armée française étant déchus de leur nationalité seront envoyés
au camp de concentration de Mauthausen où 4761 périront. Un dispositif français
musclé et méprisant accueillit les candidats espagnols à l’exil.
Des camps sommairement improvisés sur les plages du Roussillon internèrent
275 000 personnes. Maltraités et humiliés, les « Rouges » furent parqués dans
l’insalubrité la plus complète et la précarité la plus totale. Ils furent surveillés avec
brutalité par des tirailleurs sénégalais et des spahis marocains qui leur
rappelèrent fâcheusement les « Maures » de Franco, ainsi que par des gardes
mobiles et des gendarmes.
L’installation des structures les plus élémentaires n’y avait même pas été
prévue. De plus, les camps étaient entourés de barbelés hostiles et situés près
des marécages à Barcarès, Argelès-sur-Mer et Saint-Cyprien. Au début, les points
de regroupement n’étaient constitués que de morceaux de plage.
Les moustiques pullulaient le jour. Les grenouilles coassaient désagréablement
la nuit.
L’absence de baraquements, de latrines, de cuisines, d’infirmeries, d’électricité
illustrait l’impréparation. Aucune bâtisse n’existait pour abriter les réfugiés et les
protéger de la pluie et du froid.
Ils ne possédaient pas la moindre couverture et personne n’en disposait.
33
CHAPITRE I Prologues.,

En février 1939, les autorités françaises appelaient encore ces emplacements


des « camps de concentration » comme Dachau ouvert dès 1933 par Hitler.
Admettons que le terme devenu célèbre par la suite n’était pas excessif déjà. Les
militaires républicains furent désarmés. On ne se souciait aucunement de leur
désir de poursuivre la lutte. Pourtant, Franco n’obtint la victoire totale que le 20
mai 1939. Madrid et Valence avaient résisté jusqu’en avril.
Les internés durent aménager eux-mêmes les lieux. Saint-Cyprien accueillit
80 000 hommes et femmes. À Argelès-sur-Mer, 100 000 personnes furent
regroupées dans la promiscuité. Là, les dimensions du camp se limitaient à un
enclos de 150 par 260 mètres.
Le site de Barcarès au nord-est de Perpignan et près de Rivesaltes était mieux
« appareillé ». Il représentait entre un étang et la Méditerranée une longue lande
de sable battue presque en permanence par un vent violent, la tramontane, et
des embruns de mer.
Les réfugiés durent construire eux-mêmes leurs baraques à même le sable. Le
camp était conçu pour 50 000 âmes et il admit jusqu’à 75 000 réfugiés. Il n’y eut
pas assez de baraques pour les contenir. La dysenterie, la gale, les poux, la
détresse, la démoralisation, la dépression et autres misères régnèrent dans ces
camps parmi les exilés.
Il y eut, estime-t-on, 15 000 décès. La plus grande mortalité s’y produisit au
cours des mois de février et mars 1939.
Chaque jour, des gendarmes harcelaient les soldats espagnols. Ils les invitaient
pour ne pas dire contraignaient à choisir entre trois options. Le retour mortel sans
armes chez Franco recrutait peu de candidats. Les « Compagnies de Travailleurs
Étrangers » reçurent un nombre important de ces exilés. Même après-guerre et
jusqu’à la mort de Franco en 1975 de nombreux autres Espagnols seront poussés
à l’exil.
Les autres choisirent l’engagement dans la Légion étrangère. Les « meneurs »
récalcitrants subissaient un sort particulier. Ils étaient remisés dans des parcelles
qualifiées « d’hippodromes ». Elles étaient situées en plein air. Leur périmètre
était délimité par des barbelés. Pour ne pas y geler la nuit, il fallait battre sans
cesse la semelle ou bien trotter.
Des milliers d’ex-républicains intégreront des formations de travailleurs, de
pionniers ou C.T.E.
Trois semaines avant l’offensive allemande, un recensement fut établi le 25
avril 1940. Il décompta 104 000 « ex-miliciens espagnols » réfugiés en France. La
grande majorité avait été répartie dans le civil. 55 000 avaient été placés dans des
Compagnies de Travailleurs au service de l’armée française. 40 000 avaient été
34
CHAPITRE I Prologues.,

directement versés dans l’industrie et l’agriculture. 10 000 avaient signé un


engagement dans la Légion et dans les régiments de marche de volontaires
étrangers. Environ 3 000 individus inaptes au travail avaient été maintenus dans
les camps.
Décédé en 1983, Arthur Koestler est né Artúr Kösztler à Budapest en 1905. Il
devint écrivain britannique juif d’origine hongroise. Sioniste et agent du
Kominform, il opta pour l’anticommunisme en 1938. Il avait écrit en 1941 le
célèbre « Le zéro et l’infini ». Il a été sans doute victime de cet immense succès à
l’instar d’Orwell et son « 1984 ». Inspiré des grands procès de Moscou, le livre a
en effet porté de l’ombre au reste de l’œuvre. Certes, les romans de Koestler par
un côté schématique ont mal supporté le temps. En revanche, les essais et
autobiographies restent brillants et captivants. Koestler avait participé au conflit
ibérique en tant que correspondant de guerre. Cela lui valut trois mois dans les
prisons franquistes en 1937 (LE TESTAMENT ESPAGNOL, 1938.). Ses antécédents
le rendaient « suspect politique ». Ils lui durent son séjour dans un camp français
de la honte. Il s’agit du Vernet en 1939-1940 (LA LIE DE LA TERRE, 1945).
Un autre auteur interné est Lion Feuchtwanger, né à Munich en 1884, maître
du roman historique, à qui nous devons des livres dignes d’être lus dont le « Juif
Süss » (Édition Belfond 2006) et « Diable en France ». Diable en France est
l'unique récit autobiographique de Lion Feuchtwanger, rédigé après son arrivée
aux États-Unis. Il y raconte son internement en 1940 au camp des Milles, installé
en toute hâte par les autorités françaises dans une tuilerie désaffectée voisine
d'Aix-en-Provence. Il évoque les humiliations que la France a fait subir à ces
Allemands et ces Autrichiens antinazis qui avaient, en 1933, choisi notre pays
comme terre d'asile. D'où la cruelle désillusion éprouvée par ces intellectuels de
gauche, fervents admirateurs des valeurs humanistes de la France (Bibliomonde).
Feuchtwanger constata que la politique des réfugiés de septembre 1939 à juin
1940 n’était toutefois pas aussi délibérément radicale que celle des Allemands
envers les Juifs. De cette façon, les gouvernements de Daladier et Reynaud eurent
des politiques xénophobes et anticommunistes voilées à comparer à celles
immédiatement et délibérément hostiles de Vichy. Dès le 22 juillet 1940, Vichy
montrait déjà ses intentions par une loi qui prescrivait la révision des
naturalisations. Le livre de Maurice Vanino « Le temps de la honte – de Rethondes
à L’Île-d’Yeu » expose le rôle fondamental de Pétain dans l’antisémitisme de Vichy.
Armand Gliksberg : Kaddish pour les miens.
La vie de GLIKSBERG Mordka est l’exemple du rôle de l’antisémitisme des
Français. D’origine polonaise et, né à Varsovie le 23 avril 1892 (Pologne), il

35
CHAPITRE I Prologues.,

s’engage à 47 ans au 21e R.M.V.E. ; il est bientôt réformé pour santé précaire. Il
sera interné à Pithiviers comme 32 autres du 21e. Un livre écrit par le seul
survivant de la famille, son fils : Armand Gliksberg : Kaddish pour les miens.
Chronique d'un demi-siècle d'antisémitisme (1892 – 1942) Paris, Les Mille et Une
Nuits, 2004. « Pour les survivants de l’holocauste, le devoir est de témoigner. »
Ces mots ouvrent le livre d’Armand Gliksberg ; et ces mots l’achèvent : « En moi,
la blessure ne s’est jamais refermée, elle s’approfondit, au fil des ans, au spectacle
du monde. » Ce livre bouleversant est le témoignage d’un enfant, d’un
adolescent, d’un homme, dont le père (Mordka, Max), la mère (Ether, Estera) et
la sœur Pauline) ont été assassinés à Auschwitz le 26 août 1942. Sa blessure,
notre blessure, s’approfondit de page en page.
L'antisémitisme en France au début des années trente. Pp. 96 – 97. : En
France, notre vie quotidienne n'était pas non plus exempte de brimades.
Quelques anecdotes cuisantes me sont restées en mémoire. Ma mère avec
coutume de m'emmener faire les courses, rue Saint-Antoine, où des marchandes
de quatre-saisons dignes de Madame Angot tenaient le haut du pavé. Maman
pratiquait en ce temps-là un français approximatif. Un jeudi matin, sans raison,
elle fut traitée par une des matrones de “sale Polak de m.… »
À l'école, place des Vosges, un de mes camarades de classe, Jean Bosquet, me
persécutait continuellement ; son père était gendarme à la caserne des Minimes,
il jouissait d'un certain prestige. Un soir, dans le jardin du square où nous nous
promenions en famille j'eus la malchance de le rencontrer. Il me prit à part et en
simulant un jeu et il m'asséna, sans mot dire, une gifle dont je garde encore la
brûlure. Ma mère indignée bondit vers madame Bosquet qui lui répondit par des
sarcasmes…
Le climat d'hostilité qui entourait les Juifs étrangers n'était pas le fait des seuls
non-juifs. Bon nombre de Juifs français considéraient avec mépris, voire sans
animosité, les « Polaks », ces nouveaux venus qui parlaient peu et mal la langue,
de surcroît avec un accent épouvantable. Pour cette raison, on les tenait pour
responsables du renouveau de l'antisémitisme. Accusation fallacieuse, puisque le
summum de la haine avait été atteint lors de l'affaire Dreyfus, bien avant que ne
commence l'immigration des Juifs de l'Est. Triste ironie du sort, les Juifs de
« souche » furent les premières victimes de ce sursaut de haine causé par
l'arrivée des Juifs polonais.
Antisémitisme et collaboration en France au début de la Seconde Guerre
mondiale pp. 194 – 197. : Être Juif et étranger dans la France occupée. Notre
famille, tous professionnels du cuir, s'étonnait fort de voir les ceinturons,
cartouchières et bottes des simples soldats en peausserie de très bonne qualité
36
CHAPITRE I Prologues.,

On nous avait pourtant assuré que l'Allemagne vivait d'ersatz et que le blocus
allié faisait régner ne terrible pénurie. Amère déception ! La deuxième surprise
fut plus douloureuse. Avant que ne s'exerce une quelconque pression allemande,
les journaux français, anciens et nouveaux, publièrent spontanément des articles
antisémites.
Ceux que nous connaissions déjà, comme Le Matin, Paris-Soir, L'Oeuvre et Le
Petit Parisien se mirent de la partie. Les nouveaux titres ne furent pas en reste,
notamment l'éphémère Dernières Nouvelles de Paris, mais surtout La France au
Travail, quotidien qui fit paraître sous la signature de l'infâme Henry Coston
(1910-2001) des libelles haineux d'une vulgarité affligeante.
Un nouvel hebdomadaire spécialisé dans l'ignominie antisémite, Au Pilori,
dépassa tout ce qu'un esprit, même morbide, peut imaginer. Les appels au
meurtre y voisinaient avec les caricatures reprises de la presse antidreyfusarde.
Dans certains milieux intellectuels (...) Hitler faisait l'objet d'un véritable culte.
Ainsi, le 13 mai 1940, trois jours après le début de l'offensive allemande, Drieu La
Rochelle, coqueluche littéraire du Tout-Paris, écrivait en s'identifiant au Führer :
« Je suis au centre de son impulsion, mon oeuvre, dans sa partie mâle et
positive, est son incitation et son illustration... » Alphonse de Chateaubriand,
dans son journal, La Gerbe, continuait sa prédication. Pour lui, aucun doute
n'était permis : « Hitler est le nouveau Christ... »
Le 20 juillet 1940, place de la République, sur le terre-plein, l'imposante fanfare
de l'armée allemande, formée en carré donna un concert symphonique. Un
officier en grande tenue dirigeait avec brio un orchestre de cent exécutants. Une
foule de spectateurs, d'abord réservée, applaudit de plus en plus fort. Le morceau
final, la célèbre marche de Radetzky, parfaitement jouée, reçut un accueil quasi
triomphal.
L'officier sur son estrade inclina la tête... Très choqué par l'attitude de mes
compatriotes, je m'éclipsai rapidement. Comment ! voilà des Français
sévèrement battus, envahis, qui pleurent de nombreuses morts, leur territoire
occupé, dont deux millions de soldats sont prisonniers et qui, à peine un mois
plus tard, sans rancune applaudissent les vainqueurs ! Dans les mêmes
circonstances, à Bordeaux, le 24 août 1940, un Juif polonais réfugié, Leizer Karp,
un bâton à la main, se jeta sur le tambour-major. Immédiatement appréhendé, il
sera exécuté le 27 août.
Printemps 1941. pp. 226-227 et 232-233. :
En cette période difficile, ma soeur Pauline participait avec beaucoup de
dévouement à l'activité de notre entreprise. Demoiselle très sage, elle attendait
son “prince charmant”. À l'époque, dans nos familles, le statut des jeunes filles
37
CHAPITRE I Prologues.,

était encore inspiré par la peur ancestrale des pogromistes. Plus elles étaient
jolies, plus grande était l'inquiétude des parents !
Début mars, un jeune homme de notre entourage, Albert Rabczyk, bijoutier de
son état, vint demander Pauline en mariage. Le délai convenable passé, ma soeur
étant consentante, mes parents acceptèrent. Hélas, les fiançailles furent de
courte durée. Le 10 mai, Albert, d'origine polonaise, reçut la fameuse convocation
de couleur verte lui intimant l'ordre de se présenter le 14 mai de bonne heure, à
la caserne des Minimes.
Le motif invoqué : « pour examen de la situation » paraissait plausible ; en
revanche, la suite de l'intitulé (accompagné d'un parent ou d'un ami) aurait dû
nous inquiéter. Il n'en fut rien ! Son frère avait lui aussi été « convoqué », leur
vieux père les accompagna donc. Étrangers, certes, mais parfaitement « en
règle », ils n'éprouvaient aucune méfiance vis-à-vis des autorités françaises et ne
voulurent passe dérober. Les gendarmes les arrêtèrent sur-le-champ, sans la
moindre explication. Monsieur Rabczyk père, consterné, revint sur ordre
apporter quelques vivres et des effets personnels.
Le soir même, par train spécial, ces Juifs étrangers « inaugurèrent » les camps
de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Leur arrestation surprise par la police
française nous rappela à la triste réalité : le recensement effectué à l'automne
précédent ne restait pas lettre morte.
De plus, les conditions de détention décrites avec force de sous-entendus par
Albert dans sa correspondance ne nous laissaient aucun doute. La gendarmerie
nationale et la garde mobile qui avaient déjà fait leurs preuves avec les réfugiés
espagnols en 1939 appliquaient avec zèle et sans le moindre état d'âme les ordres
de la hiérarchie. Il n'y eut aucune défaillance...
En juillet 1941
Ma sœur vivait au rythme des lettres de son fiancé : lettres soumises à la
censure des gendarmes français. Albert avait rejoint l'infirmerie du camp,
l'oisiveté lui étant insupportable. Sa formation de secouriste était très appréciée.
Selon ses termes, « il faisait de son mieux pour soulager les souffrances de ses
compagnons ». Cela dura peu. Impatient de liberté, il se porta volontaire pour les
« commandos » de travail au profit des agriculteurs de la région.
Début juillet, l'administration accorda aux familles des droits de visite. C'est
ainsi que Pauline reçut un « laissez-passer » officiel lui permettant de se rendre à
la gare d'Auxy, localité proche du camp. Les soeurs et belles-soeurs d'Albert
étaient du voyage. Une dernière fois, les « fiancés de papier », comme on les
appelait à l'époque, purent se voir. Ce fut court, deux heures plus tard, les
gendarmes « firent leur devoir ».
38
CHAPITRE I Prologues.,

Qu'en pleine guerre, la Sûreté nationale ait monté une machinerie aussi
complexe, au seul motif de brimer des êtres humains, parce que juifs, démontre
bien l'antisémitisme de la hiérarchie.
Kafka était dépassé : l'administration avait réussi à rendre coupables des
innocents. Les allégations et témoignages actuels qui tendent à relativiser la
responsabilité des fonctionnaires préfectoraux de haut rang sont d'une hypocrisie
et d'un cynisme révoltants.
La collaboration des intellectuels français durant l'Occupation ;
pp. 219 – 221.
Le 14 janvier 1941 fut le jour d'une grande première sur les écrans parisiens :
Le Juif Süss du réalisateur allemand Veit Harlan, produit par la firme Terra, est
présenté au public. Annoncé par une campagne publicitaire intense, notamment
par d'immenses affiches dans le métro, le film fut accueilli favorablement. Un
célèbre comédien du Théâtre français, Jean Darcante, en avait assuré le doublage.
L'objectif de la propagande était clair : il s'agissait de vulgariser d'une façon
historique, donc indéniable, la vilenie du Juif, dans le genre déjà rendu immortel
par Shakespeare. Cet antisémite éminent avait agi de même avec Shylock, le
« marchand de Venise ».
Les « braves gens » s'y laissent prendre, le personnage du Juif est présenté
comme au Guignol : il est le fourbe qui doit être rossé par le gendarme, pour le
plus grand plaisir du spectateur. Le Juif Süss de 1940 eut un grand succès en
Allemagne et à l'étranger, attirant au total plus de vingt millions de spectateurs
en Europe. Goebbels avait demandé aux studios fin 1938 de produire des films à
des fins de propagande antisémite. C'est ainsi que quatre films authentiquement
antisémites sortent des studios : Robert und Bertram de Hanz Heinz Zertlett en
1939, Die Rothschild Aktien von Waterloo d'Erich Waschneck, Jud Süss de Veit
Harlan et Der ewige Jude de Fritz Hippler en 1940.
D'autres productions de la même veine, comme Les Rapaces, excitent aussi la
haine antisémite par le cinéma, pourtant merveilleux moyen d'éduquer en
distrayant. À la même époque reparaît le journal Je Suis Partout ; c’est le temps
où les intellectuels français apportent leur pierre à l'édifice de la Collaboration.
Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Alain Laubreaux en assurent la direction. Tous
les auteurs « bien pensants » se précipitent dans les colonnes du journal : Marcel
Aymé, Jean Anouilh, Marcel Jouhandeau, Drieu La Rochelle, le dessinateur Ralph
Soupault, etc. En examinant la bibliothèque d'un ami de ma famille, l'ingénieur
Jacques Gelman, je fus sidéré. En effet, il m'apparut que tous les auteurs présents
sur les rayons étaient passés du côté de l'occupant : Jean Giraudoux, Pierre
Benoit, Henri Bordeaux, Paul Morand, André Gide, Jacques Chardonne, Jean
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CHAPITRE I Prologues.,

Giono, Pierre Gaxotte, Henri de Montherlant, Alfred Fabre-Luce, Pierre Mac


Orlan, Bertrand de Jouvenel.
Les élites qui symbolisaient le pays aux yeux du monde civilisé défiguraient
délibérément la France. Ces grands écrivains pouvaient enfin assouvir leur
aversion commune pour les Juifs. Les « ronds de jambe » de Jean Cocteau, de
Sacha Guitry, de Steve Passeur et autres esclaves de la mode et du
« parisianisme » furent si vulgaires dans la flagornerie et l'allégeance aux
vainqueurs, qu'il serait indécent de rappeler ici leurs débordements. Le cas de
Louis-Ferdinand Céline est particulier. Cet individu avait besoin pour vivre de
« bouffer du Juif » quotidiennement. Sa haine tenait de l'anthropophagie. Une
étude approfondie serait nécessaire pour expliquer les raisons intimes de son
comportement. Cette déviation sadique chez un « médecin » en dit long sur le
personnage. Au printemps 1941, dans La Gerbe, Céline exigeait « un véritable
statut d'exclusion pour les Juifs », celui imposé par le gouvernement de Vichy lui
paraissant très insuffisant. À la même époque, au rayon librairie des Magasins
Réunis, place de la République, je lus par hasard quelques pages du pamphlet Les
Beaux Draps du susdit, qui venait de paraître. La rage, le dégoût, l'indignation, qui
me saisirent ne m'ont jamais quitté.
Le Commissariat général aux questions juives
pp. 221 – 223.
« Le 29 mars 1941, Vichy instaure un Commissariat général aux questions juives
(CGQJ) chargé d'appliquer les lois et réglementations promulguées depuis
octobre 1940 sous le nom de « Statut des Juifs ». C'est l'amiral Darlan, promu
vice-président du Conseil, qui nomme à sa tête le célèbre et honni Xavier Vallat.
Ce fervent catholique et néanmoins antisémite convaincu en assurera la
direction. À tout seigneur, tout honneur. Il était déjà bien connu de ses futures
victimes, par la vulgarité des insultes racistes dont il accablait les députés juifs ou
supposés tels à la défunte Chambre des députés. Déjà avant la guerre, il organisait
des incursions de nervis dans le quartier juif du Marais. Ces tentatives de pogroms
à la française étaient repoussées par les jeunes de la LICA, dirigés par Bernard
Lecache, leur courageux président. Dès sa création, le C.G.Q.J. est submergé de
milliers de lettres de délateurs, le plus souvent anonymes. Il y en eut plus de trois
millions, adressées à toutes les administrations civiles et policières. Toutes les
classes de la société dénoncent qui un voisin, qui un concurrent, qui un confrère,
qui un collègue, qui un employeur, qui un locataire, qui un propriétaire, qui un
futur gendre, qui une future belle fille... Seul dénominateur commun de ces
missives, la religion des victimes. Tous les cas de figure de relations sociales ou
humaines sont passibles de délation.
40
CHAPITRE I Prologues.,

De nombreux israélites, camouflés en « Français innocents », sont démasqués par


des compatriotes zélés qui les signalent immédiatement aux autorités, avec une
bonne conscience qui fait frémir. Certains de ces messages sont dûment signés
par leurs auteurs qui exhibent sans scrupule leurs titres et états de services.
Autour de nous, la crainte d'une dénonciation est permanente, notre
environnement étant particulièrement hostile aux Juifs étrangers. Le
Commissariat n'avait été créé que dans l'intention de légaliser la spoliation des
biens juifs. La séparation des pouvoirs était ainsi parfaitement respectée.
Pendant que Laval, Bousquet, Leguay, Papon, avec l'aide de toute la hiérarchie
préfectorale, pourchassaient les Juifs, Xavier Vallat puis Darquier de Pellepoix
organisaient systématiquement les spoliations. Se débarrasser des personnes est
certes gratifiant, mais s'approprier leurs avoirs est autrement plus lucratif. On
avait inventé le mot « aryanisation » pour couvrir le pillage du patrimoine devant
revenir aux Aryens... français. Inutile de préciser que ces mesures furent très
populaires... Messieurs les hauts dignitaires au képi chamarré liquidaient les Juifs
pour mieux se partager leurs Fortunes... la curée ! Rien que de très habituel
depuis Philippe le Bel. »
Le fichage des Juifs étrangers dans la France occupée
pp. 206 – 207.
« L'élaboration du fichier des « étrangers de race juive », pierre angulaire de la
persécution antisémite en zone occupée, relevait de la responsabilité pleine et
entière des autorités préfectorales et policières françaises. Celles-ci ont, en
connaissance de cause, grandement facilité le « travail » des nazis, qui, sans ce
concours, n'auraient jamais pu mener à bien leur plan d'extermination.
Le 9 octobre [1940], de bonne heure, j'accompagnai mon père au commissariat
de police, avenue Parmentier dans le XIe arrondissement, pour lui servir de
truchement. Né à Paris, naturalisé français en 1930, à l'âge de sept ans, je n'étais
pas concerné par cette mesure. Une foule de coreligionnaires attendait déjà, avec
leurs papiers d'identité en main. À l'époque, les cartes d'étrangers se
composaient d'un dépliant en accordéon d'une dizaine de volets.
Les prolongations de permis de séjour y étaient apposées. Leur renouvellement
bisannuel était obligatoire et se faisait au service des étrangers de la Préfecture
de police, au Quatrième étage. Là, le préposé pouvait, selon son bon plaisir, ne
pas proroger l'autorisation de résider et notifier un arrêt d'expulsion.
Chaque fois, mes parents revenaient totalement bouleversés de cette épreuve,
car, en 1925, ils n'avaient pas opté pour la Pologne, dans l'espoir d'acquérir la
nationalité française. Ils étaient de ce fait apatrides. Le souvenir de Zbonczin*
hantait toutes les mémoires. En effet, les Juifs polonais résidant en Allemagne et
41
CHAPITRE I Prologues.,

se trouvant dans le même cas avaient été expulsés en 1938 dans les conditions
que l'on sait.
Ce fut bref. En quelques minutes, l'employé que nous connaissions bien pour
lui avoir fait certifier divers documents commerciaux apposa le tampon « JUIF »
sur la carte d'identité de mon père. Des caractères de deux centimètres de haut,
en rouge, bien visibles sous la photo. Il nota ensuite sur une liste spéciale tous les
renseignements d'état civil. 148 000 Juifs furent ainsi recensés. Le plus grave était
consommé, les Juifs étaient à la merci de la police française. La suite démontra
avec quelle obstination « l'administration que l'Europe nous envie » s'acquitta de
sa funèbre besogne ».
*Sbonczin :À la page 147 du même ouvrage, on peut lire l'explication à cette
allusion : « En Allemagne, dans la nuit du 27 au 28 octobre 1938, nouveau coup
de théâtre. Les nazis, sur ordre d'Himmler et d'Heydrich, expulsent sans aucun
délai les Juifs d'origine polonaise. Ils sont interpellés à leur domicile et emmenés
manu militari. Le gouvernement polonais en profite pour interdire l'accès à son
territoire à ses ressortissants dont le passeport est périmé ; prétexte dérisoire
pour empêcher le retour des Juifs émigrés. Quinze mille coreligionnaires sont
ainsi parqués dans des conditions effroyables à Sbonczin, ville frontière de Silésie,
dans le no man's land entre les deux pays. »
L'arrestation d'un Juif à Paris en 1941
pp. 237 – 240.
« Dès mon retour [de vacances], le 16 août, ma mère et ma sœur prirent
quelques jours de repos, elles aussi à Meudon. Nous restâmes seuls, mon père et
moi, à notre domicile, 18, boulevard du temple, dans le XI e arrondissement, à
Paris.
Ce 20 août 1941, le temps était magnifique. À 8 heures 30, notre nouveau
contremaître Jekusiel Zarobczyk arriva comme à l'accoutumée. Il n'avait rien
remarqué d'anormal. C'était un homme encore jeune, de trente-cinq ans environ,
qui avait récemment été démobilisé du contingent polonais formé à Coëtquidam.
Toujours de bonne humeur, il fredonnait des chansons de marche françaises,
apprises pendant son incorporation.
Vers 9 heures, la sonnette retentit, mon père ouvre la porte et se trouve devant
un inspecteur français en civil qui le toise : « Gliksberg Mordka ? » Sans aucune
explication, il lui intime l'ordre de se préparer et de le suivre immédiatement. Du
haut de mes dix-sept ans et de ma qualité de Français, je tente de m'interposer ;
pas de réponse. Le policier entre alors dans l'appartement et découvre une porte
de placard conduisant à l'atelier. Il la pousse et trouve Zarobczyk à son travail. Il

42
CHAPITRE I Prologues.,

l'interpelle sur-le-champ. Le malheureux était en blouse blanche, il passe son


veston et sort sans rien dire, avec un triste sourire, mi-sceptique, mi-fataliste.
La thèse selon laquelle les policiers français n'arrêtaient les Juifs que sur liste
est ici solennellement infirmée. En effet, ce compagnon n'était pas domicilié à
notre adresse et n'aurait pas dû être inquiété si l'inspecteur n'avait effectué que
sa « mission ». C'est uniquement par le zèle intempestif de ce fonctionnaire que
notre coreligionnaire perdit la vie.
Nous descendîmes tous trois l'escalier. Mon père emportait la petite valise
habituelle. Son bagage se composait notamment de quelques grandes feuilles de
papier de soie, précaution qui devait, provisoirement, lui sauver la vie. [Le père
pourra échanger ces feuilles utilisées comme papier à cigarette contre de la
nourriture.] Il serrait aussi, en plus de ses papiers d'identité, son attestation
d'inaptitude au service armé. Au début de la guerre, à quarante-sept ans, il s'était
engagé volontaire dans les tristement célèbres régiments de marches de
volontaires étrangers (R.M.V.E.) pour participer à la lutte antinazie. Le conseil de
révision de la caserne de Reuilly l'ayant trouvé de santé précaire l'avait exempté.
Devant le porche, attendait déjà Heftman, notre voisin et ami ; très courageux,
il laissait son épouse et trois enfants en bas âge. À côté de lui, monsieur Schwob,
Français alsacien, que personne dans l'immeuble n'avait jamais perçu comme Juif.
Ancien combattant de Verdun, il arborait sur son veston noir sa médaille militaire
et sa croix de guerre. Complètement hébété, il ne comprenait manifestement pas
ce que lui voulaient ces policiers français qui ne répondaient à aucune question.
Je courus vers la boulangerie rue d'Angoulême et rapportai deux pains « fendus
», grosses miches de deux kilos chacune, pour mon père et ses compagnons.
L'ordre de monter dans les autobus stationnés devant chaque portail fut
donné. Nous nous séparâmes, j'embrassai mon père avec tristesse. Lui, très
digne, habitué depuis toujours à l'injustice du monde envers les Juifs me quitta
avec un pâle sourire. Je reculai alors de quelques pas pour le voir installé à
l'intérieur du véhicule. À ce moment précis, l'un des inspecteurs, me montrant du
doigt, interrogea son collègue :« Et celui-là ?
— Il est avec les autres », répondit-il, en désignant un autre groupe. Cette
méprise me sauva. Prestement, je m'éclipsai en rentrant sous la voûte, hors de la
vue des policiers. Resté seul, décontenancé, j'espérai quelques paroles de
réconfort des voisins non-juifs ou de la concierge. Rien, pas un mot, on arrêtait
des Juifs, c'était normal. Remontant dans l'appartement maintenant vide, je vis
s'éloigner les autobus familiers de la ligne « E », les fameux Madeleine-Bastille,
emmener leurs « cargaisons » d'innocents, condamnés d'avance pour crime de
naissance. »
43
CHAPITRE I Prologues.,

Avec les autres personnes arrêtées, le père d'Armand Gliksberg est conduit à
Drancy où il séjourne jusqu'à ce que sa santé fragile lui permette d'être libéré et
de rentrer chez lui, très affaibli. La famille vit désormais dans l'angoisse d'une
nouvelle arrestation.
De nationalité française, Armand passe finalement en zone libre par le train.
Lorsque ses parents, après beaucoup d'hésitation, se décident à franchir
clandestinement la ligne de démarcation, ils sont livrés par leur passeur qui
touche, des Allemands, 50 francs par personne, sans compter le montant
important qu'il leur avait demandé pour les conduire en zone libre. Déportés,
après un nouveau et bref séjour à Drancy, son père, sa mère et sa soeur meurent
à Auschwitz aussitôt après leur arrivée, le 26 août 1942.
Les républicains espagnols n’étaient pas mieux vus que les Juifs. Malgré leur
hétérogénéité, démocrates républicains, catalans autonomistes, anarchistes,
communistes, ils étaient vus erronément seulement comme des « Rojos », c’est-
à-dire des communistes. L’attitude envers les Espagnols se manifeste dans les
écrits en janvier 1940 de l'adjudant-chef Mazzoni écrit du camp d'instruction du
Barcarès : « si leurs antécédents militaires pouvaient laisser douter de leur
loyalisme, il semble au contraire se révéler comme de très bons éléments et on
peut affirmer que bien encadrés, ces engagés fourniraient de très bons
combattants ». Ainsi, en dehors des 617 réfugiés espagnols qui s’étaient malgré
tout engagés dans la Légion étrangère et qui furent envoyés à l’entraînement à
Sidi Bel Abbès, il y eut, dès février 1940, 2 708 Espagnols enrôlés dans les R.M.V.E..
Extrait des « cahiers de la civilisation espagnole contemporaine » très explicite
sur les mentalités d’alors : « L’incorporation des Espagnols dans ces régiments
répond à un double besoin. Dans la perspective d'une guerre contre l'Allemagne,
les autorités françaises veulent d’abord régler le problème de la surpopulation
des camps. Ensuite, conscientes qu’elles disposent de combattants aguerris
qu’elles peuvent utiliser selon leurs besoins, elles aimeraient mettre à profit leur
expérience militaire. Selon le colonel Morel, (Charles, 1916-2015?) il aurait été
possible de former deux divisions autonomes exclusivement espagnoles, ce qui
aurait représenté un apport qualitatif et quantitatif non négligeable. Les
Espagnols le désiraient indéniablement, mais, comme le remarque le jeune
lieutenant à la Légion Jean-Pierre Hallo, (1915-2000) leur réputation pâtit de la
propagande franquiste, ce qui peut expliquer que leur souhait n’ait pas abouti.
Dès avant 1939, cette réputation n’était déjà guère excellente au sein de la
Légion, où les Espagnols étaient peu nombreux.
Mais après la guerre civile, ils sont typiquement perçus comme des agents
communistes et anarchistes visant à semer le trouble. Par conséquent, le
44
CHAPITRE I Prologues.,

contingent espagnol est limité à 4 000 engagements au total et à un quota de 14


% par unité.
Néanmoins, cette limite est abandonnée à l’été 1939 face à l’afflux de plus en
plus important de candidats espagnols à la Légion. Malgré les réticences des uns
et des autres, les exilés gagnent progressivement le respect de leurs chefs, dont
certains pensent que « bien encadrés, ces engagés fourniraient de bons
combattants ». Ils seront par la suite appréciés à leur juste valeur, pour leurs
qualités de soldats et leur courage. Les témoignages de leurs supérieurs
abondent en ce sens. Pourtant, début 1939, las de la guerre, de nombreux
Espagnols hésitent à s’engager. Pour les inciter à signer, la France forme les
R.M.V.E. sans clairement leur expliciter qu’ils servent dans la Légion à laquelle
beaucoup sont hostiles. En outre, il est préconisé que si les « ex-miliciens »
s’engageaient, ils devraient être isolés. Les conditions de cet « isolement »
n’étaient cependant pas précisées.
La Guerre d’Espagne se termina par un coup d’État
Le 5 février 1939, démissionnaire et démoralisé, le président Manuel Azaña s'était
exilé en France. Comme le montre sa biographie, il ne croyait plus depuis
longtemps à l'utilité de la résistance et il s'était opposé à la stratégie de non-
renoncement de Juan Negrin et des communistes. Il mourut en exil à Montauban
le 3 novembre 1940.
Le coup d’État contre le gouvernement Negrin le 5 mars 1939 fut réalisé par
des responsables politiques et militaires socialistes et anarchistes (Casado,
Besteiro, Cipriano Mera…). Les putschistes installèrent une junte qui dès le 6 mars
arrêta et emprisonna les communistes qui pour beaucoup seront fusillés par
Franco dès son entrée à Madrid le 27 mars 1939.
Les putschistes s’étaient naïvement imaginé que s’ils sauvaient l’Espagne du
communisme, Franco accepterait une « paix négociée » et qu’il les traiterait avec
une plus grande bienveillance. La trahison précipita l’effondrement républicain et
rendit quasi impossible l’évacuation des civils et militaires piégés dans le Centre-
Sud. Franco exigea une « reddition immédiate, totale et inconditionnelle ».
Franco, s’il ne s’engagea pas dans la Deuxième Guerre mondiale, l’Espagne
étant affaiblie, n’en crut pas moins jusqu’au bout à la victoire d’Hitler. Il poursuivit
d’une main de fer à long terme sa politique d’extermination des républicains, sa
« Croisade contre le marxisme et les infidèles, l’Anti-Espagne ». L’oligarchie
financière et économique, la banque, l’Église, l’armée supportèrent son régime
dictatorial jusqu’au bout. Le pape Pie XI, agent du fascisme, avait salué la
« victoire catholique des franquistes ». La guerre avait causé 500 000 tués…

45
CHAPITRE I Prologues.,

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, rejoignant la non-intervention en


Espagne de 1936, les Alliés s’arrêtèrent à la porte des Pyrénées, attitude qui
généra des rancœurs ineffaçables… En Espagne, la droite réactionnaire ne s’est
pas repentie. Demeurée francofasciste, elle mène toujours, au contraire, un
combat d’arrière-garde contre le juge Baltazar Garzon. Mgr Rouco l’accusa de
« rouvrir de vieilles blessures » et les « révisionnistes ».
.La France et les étrangers : la chute des démocraties
Le lundi 11 avril 1938, le chef radical Édouard Daladier abandonna Blum.
Édouard Daladier avait été l’un des premiers artisans du rassemblement de toute
la gauche. Son retour le 12 avril 1938 comme Président du Conseil succédant à
Léon Blum concrétisait la rupture du parti radical avec le Front populaire et son
glissement à droite. Oubliant ses racines jacobines et neutralisant son parti, il
signait lui-même l’arrêt de mort du Front populaire en formant un gouvernement
réactionnaire. Il avait jusque-là soutenu Blum comme la corde soutient le pendu.
Agonisant en avril 1938, le Front populaire fut définitivement enterré en
automne. Demeuré Président du Conseil jusqu’au 20 mai 1940, il s’employa à
flatter le Führer.
Sur le plan extérieur, cela signifiait la fin de la politique antifasciste. Sur le plan
intérieur, loin de bien accueillir les Allemands et les Autrichiens fuyant le nazisme,
le gouvernement xénophobe de Daladier, croyant amadouer Hitler, se mit en
devoir de les surveiller étroitement « dans l’intérêt de l’ordre et de la sécurité… »
De fait, Daladier s’était imprégné de l’idéologie de l’extrême droite :
-Mise en place d’une politique ruraliste.
-Politique de refoulement de l’immigration, création des camps français
d’internement des « indésirables ».
-Remise en cause de la loi des 40 heures, et de manière générale de l’esprit
‘’Front populaire’’.
-Signature des accords de Munich. La France, « Ah, les cons ! » pas prête...
Attaque en règle contre le P.CF.
-Grande tolérance è l’égard de la Cagoule et du réseau Corvignolles.
-Signature des accords franco-allemands Bonnet et Ribbentrop, le 6 avril 1938.
En résumé, le modèle même de la politique de droite (suivie ensuite par Vichy)
sortant le pays du marasme pour le mener à la catastrophe. La lecture des
« Carnets de déportation » de Daladier » confirmé cette attitude droitiste de
Daladier, dont on dit qu'il était prêt à un accord avec Hitler quand Paul Reynaud
jusqu’au-boutiste lui a succédé. Fin 1937, Daladier avait convoqué Pétain dans
son cabinet, 57 rue de Varennes et lui avait montré son dossier sur la Cagoule »,

46
CHAPITRE I Prologues.,

puis lui avait proposé au maréchal de le brûler devant lui : : « Tout le dossier
Pétain fut donc brûlé devant le Maréchal qui serra la main de Daladier et partit
sans commenter la scène.
Son ministre des Affaires étrangères du 10 avril 1938 au 13 septembre 1939
s’appelait Georges Bonnet dont nous avons déjà relevé les propos au sujet de la
guerre d’Espagne (la France accueillerait avec plaisir tout régime d’ordre en
Espagne). Anticommuniste, il rejeta l'idée d'une alliance avec les Soviétiques et
mit en œuvre, tant qu'il fut en fonction, une politique d'apaisement avec
l'Allemagne nazie. Il rapporta le premier juillet 1939 les propos qu’il avait tenus
à l’ambassadeur d’Allemagne, le comte de Welczek :
— « Je lui ai dit qu’il pouvait constater le mouvement d’unanimité qui s’était
fait derrière le gouvernement. Les élections seraient suspendues. Les réunions
publiques seraient arrêtées. Les tentatives de propagande étrangère, quelles
qu’elles soient, seraient réprimées. Les communistes seraient mis à la raison. » Il
était partisan des Accords de Munich (30 septembre 1938), jugeant, rapporte-t-
il, la France impréparée à la guerre d’où son propos à sa descente d’avions : « Ah
les cons ! S’ils savaient ». Cette hostilité à une déclaration de guerre à
l'Allemagne, son pacifisme jusqu’au-boutiste et son anticommunisme
l’amenèrent ainsi dans une certaine mesure dans la voie de la collaboration et de
la révolution nationale. Cependant, lui, il réarma la France, à l’opposé des désirs
des futurs vichystes qui eux complotaient la fin de la Gueuse. Aussi ce ne fut que
lorsque l’Allemagne envahit la Pologne, qu’il se résigna à déclarer la guerre.
Hannah Arendt, dans son livre sur Adolf Eichmann soulignera la politique
xénophobe de Georges Bonnet, ministre français des Affaires étrangères, qui
songea à envoyer dans une colonie française les deux cent mille Juifs étrangers
résidant en France et qui alla jusqu'à consulter à Paris sur ce sujet son homologue
allemand, Joachim von Ribbentrop, le 7 décembre 1938. Non inquiété après la
guerre, Georges Bonnet saura se faire réhabiliter et reprendre une carrière
politique. Il devint maire de Brantôme en Dordogne, où, le 26 mars 1944, des
hommes de la division Brehmer avaient exécuté 26 personnes, dont 25 résistants
ainsi qu'un jeune habitant de la commune.
À gauche comme à droite sévissait en France un état d’hallucination collective.
L’idée de la décadence de la Troisième République exprimait une fausse réalité.
Elle avait été propagée d’un côté et gobée de l’autre. La droite réactionnaire
dominait dans ce dénigrement tant par ses ressources que par sa hantise du
judéocommunisme.
Dès son retour le dimanche 10 avril 1938 à la présidence du Conseil Daladier
mit en place des dispositifs d’exclusion par rapport aux étrangers.
47
CHAPITRE I Prologues.,

Dès le 14 avril 1938, le titulaire de l’Intérieur, Albert Sarraut, demanda à ses


préfets « une action méthodique, énergique et prompte en vue de débarrasser
notre pays des éléments indésirables trop nombreux qui y circulent et qui y
agissent ou qui interviennent de façon inadmissible dans des querelles ou des
conflits politiques ou sociaux qui ne regardent que nous. »
Les décrets des 2 mai et 12 novembre 1938 réglementaient strictement les
conditions de séjour des étrangers. Le décret du 2 mai prévoyant de l’amende à
l’expulsion se voulait une machine de guerre contre les clandestins. Le décret du
12 novembre autorisait l'assignation à résidence des étrangers susceptibles de
porter atteinte à la sécurité. Pour être interné, il n’était pas nécessaire d’être
l’auteur de délits ou de crimes. Il suffisait d’être suspecté de pouvoir porter
atteinte à l’ordre public et à la sécurité nationale. Le décret ordonnait l’ouverture
de « centres spéciaux » pour permettre « une surveillance permanente ».
Finalement, tout réfugié politique de sexe masculin, âgé de vingt à quarante-huit
ans était obligé à contracter un engagement militaire. Ceux qui refusaient
devaient fournir des prestations sous forme de travaux exécutés dans des
formations encadrées. Même antinazis, les exilés du Reich allemand étaient pour
leur part considérés comme des ennemis. Leur seule alternative à l’enrôlement
dans la Légion étrangère résidait dans l’internement. Une fois instaurés et placés
sous l’autorité militaire française, ces « centres de rassemblements » furent
bientôt renommés « camps de concentration ».
Ayant pour prétexte la nécessité de « remettre la France au travail » et aussi à
cause du péril national, de la préparer à la guerre, les décrets-lois de Daladier de
1938-1939 brillaient de clarté. Ils étaient réactionnaires, antisyndicaux,
xénophobes, anticommunistes et antisémites. Ils y gagnèrent le nom de lois
scélérates. Peu suivie, la grève générale, déclenchée le 30 novembre 1938 par la
confédération générale des travailleurs, la CGT, pour protester contre les accords
de Munich et les décrets-lois économiques, échoua.
Dès les premiers mois de 1939, la combinaison des interventions judiciaires,
gouvernementales et patronales donna une ampleur spectaculaire à une
répression fortement teintée de revanche sociale et politique. La classe des
travailleurs subit de dures mesures de répression.
Au début de 1939, la chute de la République espagnole amena un afflux
d’autant de suspects, car les républicains espagnols et ceux des Brigades
internationales étaient pour beaucoup des Rouges et des Juifs eux-mêmes
souvent communistes. Ils durent dès avril 1939 choisir entre l’internement, les
Compagnies de Travailleurs ou l’engagement pour le compte de l’armée française.
Les « unités de prestataires » créées en 1938 pour apporter de la main-d'œuvre
48
CHAPITRE I Prologues.,

à l’agriculture et aux industries devinrent alors des « Compagnies de Travailleurs


Étrangers » ou C.T.E. (Loi du 27 septembre 1940).
En ce même mois d’avril 1939, l’état-major français prit des dispositions
secrètes. En cas de mobilisation, tous les étrangers âgés de 17 à 50 ans et de sexe
masculin seraient rassemblés et répartis en unités de travailleurs. Cette mesure
fut mise en œuvre le premier septembre 1939, deux jours avant la déclaration de
guerre. Il faut préciser que régnait alors en France une véritable psychose de la
« cinquième colonne ».
La France était hantée par la crainte d’une « cinquième colonne » judéo-
communiste et vivait à la fois une xénophobie et un antisémitisme, tous deux
attisés par les journaux de droite, mais aussi de gauche. Les journaux français
anciens, tels Le Matin, Paris-Soir, L'Œuvre et Le Petit Parisien, publiaient
spontanément des articles antisémites et les nouveaux n’étaient pas en reste : Au
Pilori, un nouvel hebdomadaire fondé en 1938 se spécialisa dans l'ignominie
antisémite et dépassa tout ce qu'un esprit même morbide peut imaginer. Les
appels au meurtre y voisinaient avec les caricatures reprises de la presse
antidreyfusarde.
Le Pacte germano-soviétique était signé le mercredi 23 août 1939 et le 20
septembre 1939 Staline dénonçait les décisions anglo-françaises de déclarer la
guerre à l’Allemagne en réponse à l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.
Cela aviva la crainte d’une collusion entre communistes français et communistes
allemands et espagnols réfugiés dans notre pays.
Cette situation poussa Daladier à dissoudre le mardi 26 septembre 1939 le parti
communiste, le mettre hors-la-loi, interdire le journal l’Humanité et à
emprisonner un certain nombre de ses chefs. Menacées par les dictatures, les
démocraties étaient ainsi portées à renoncer à leurs principes. Elles copiaient de
leurs ennemis ce contre quoi elles luttaient. Mussolini était déjà le modèle admiré
par beaucoup et venait maintenant le tour d’Hitler, le « plutôt Hitler que Blum ».
Dès les premiers jours de septembre, 18 000 étrangers furent arrêtés.
L’internement des étrangers porta le plus souvent sur les ennemis les plus
farouches du nazisme ! Peut-être faut-il comprendre là que les périls fascistes et
communistes étaient plus des prétextes qu’une raison. Ils étaient une occasion
pour le gouvernement de droite xénophobe et raciste de Daladier.
Soixante-dix pour cent des étrangers fuyant le nazisme étaient juifs et
l’antisémitisme était fleurissant à cette époque-là en France… À l’aube de la
guerre, sur 320 000 Juifs en France 160 000 étaient étrangers. L’étranger était de
plus en plus associé à l’indésirable au point de se confondre dans un rejet
xénophobe massif. À partir de 1936, les craintes s’étaient amplifiées : les réfugiés
49
CHAPITRE I Prologues.,

en même temps que les camarades bolcheviques du Front populaire pouvaient


chercher à entraîner la France dans une guerre pour leurs propres intérêts.
À la fin de 1938, bien des défenseurs des réfugiés étaient passés dans le camp
opposé et en dépit des exigences militaires et économiques qui avec l’approche
de la guerre encourageaient une politique plus souple envers les réfugiés et
immigrants.
Au contraire, bien stimulée, une croyance hystérique à l’existence d’une
cinquième colonne communiste balaya le pays en septembre 1939 et détourna
l’opinion manipulée et le gouvernement complice du véritable péril, le nazisme.
L’expression « Plutôt Hitler que Blum » et ensuite l’expression « L’autre France »
exprimèrent ce renversement provoqué de l’opinion.
La trahison : Plutôt Hitler que Blum, Staline et la Gueuse
C’est ainsi qu’au mois de mars 1940, le Ministère de l'Intérieur put se targuer
de son bilan dans la lutte anticommuniste pour le trimestre écoulé :
"-2 718 élus déchus.
-11 000 perquisitions.
- 3 400 arrestations.
-1 500 condamnations déjà prononcées.
-700 fonctionnaires épurés.
-555 suspects envoyés dans des centres de surveillance.
-2 500 étrangers internés au camp du Vernet
-620 syndicats dissous.
Une centaine de conseillers prud'hommes déchus de leurs fonctions" (G.
CHAUVY. Le drame de l'armée française P 397) L’avènement du gouvernement du
Front populaire qui aux yeux des « élites » faisait la part trop belle à la gauche
avait amené une grande partie de la droite à la trahison passive sinon active. Le
code magique « Plutôt Hitler que Blum » facilitait de fait cette trahison, que ce
fût par conviction ou simplement par intérêt mercantile.
La trahison passive consistait à ne considérer que la cinquième colonne
communiste et ignorer la cinquième colonne nazie, proche de la Cagoule et de
Corvignolles. Pourtant cette dernière était bien présente. En effet, si la forme
active de cette trahison est perceptible, mais difficile à prouver pour le « haut du
pavé », du moins les preuves existent pour le reste. Le Général Heinz Guderian
(1888-1954) rapporte dans ses mémoires l’apport de renseignements par les « V-
Männer » (agents collaborateurs secrets).
— « Jusqu’au bout, nous avions réussi du côté allemand à nous renseigner
clairement sur le dispositif ennemi et sur les fortifications. Nous savions qu’entre

50
CHAPITRE I Prologues.,

Montmédy et Sedan la très puissante structure de la ligne Maginot faisait place à


un système bien plus faible. »
Le fait n’est pas innocent que, là où le front allait crever à Sedan, la 3e Armée
avait dans sa direction quatre personnages sympathisants de la Cagoule,
Huntziger, Lacaille, Paquin, Massis, ni le fait qu’à Bulson et Verdun la 55e Division
et la 2e Armée installèrent leurs P.C à grands frais. Le Général américain Robert A.
Doughty a écrit ces mots significatifs dans son livre « Breaking Point » :« Le 7
février 1940, le chef d'état-major de la Deuxième Armée approuva le
déplacement du Q.G. de l'armée d'environ quarante-cinq kilomètres de Senuc au
sud-est de Verdun. Le déplacement devait commencer à une date future
indéterminée, peu après une alerte qui accompagnerait le lancement d'une
attaque allemande. »
De février à mai, des soldats travaillèrent sur la préparation du nouveau Q.G.
dans les forts de Regret, Landrecourt et Dugny, qui faisaient partie du cercle des
forts autour de Verdun et qui se trouvaient au sud et au sud-ouest de la ville.
Pour ce mouvement compliqué, les préparatifs comprenaient la pose d'au
moins 117 lignes de communication et de 186 téléphones. Environ 38 tonnes de
fil de communication furent utilisées, ainsi que 9 tonnes de fil de plomb enrobé
avec 56 lignes. On ne peut pas s'empêcher de se demander ce qui serait arrivé si
ce fil et ces efforts avaient été mis à la disposition des unités de première ligne
au lieu d'être utilisés dans l'établissement d'un nouveau Quartier Général. »
L’AST de Münster, service de renseignement et de contre-espionnage de la
Wehrmacht (Abwehrstelle : AST) avec des antennes à Cologne et surtout Trêves,
s’occupait de l’espionnage dans le nord de la France. Le commissaire de police
français René Besson de Longwy qui s’était lié d’amitié avec des membres du
Deuxième bureau fut sa source la plus féconde.
Dans les Ardennes, le SR allemand recruta des footballeurs du F.C.O.
Charleville, Éric Bieber, Armand Feicht, l’Autrichien CharlesMyrka (arrivé en
France en 1932) le Strasbourgeois Woerth (arrivé à Charleville en août 1935) …
Léon de Rosen dans son livre « Une captivité singulière à Metz », raconte que
Robert Burnoust identifia le 30 octobre 1940 un officier allemand parlant
parfaitement le français comme étant un voyageur de commerce dans les
Ardennes avant la guerre.
Pourtant, les Français, soixante-dix ans après commencent à peine à déchirer
le voile avec lequel ils se sont protégés.
Alors que, sous le Front populaire, la gauche pacifiste prenait tardivement
conscience de la défense nécessaire des libertés, la droite cocardière apeurée par
la perspective du communisme et d’une révolution vécut alors la mort précoce
51
CHAPITRE I Prologues.,

de son patriotisme et se fascisa, s’apprêtant à se soumettre au nazisme.


La similitude avec l’attitude de Bazaine en 1870 est frappante : se pensant être
l’incarnation de la France et considérant comme Bazaine tout autre régime
comme illégal, la droite française, va à la trahison.
Elle aimait mieux Hitler que Blum ; chefs militaires en tête comme Pétain et
Weygand, elle jugeait la guerre contre Hitler insensée, car elle voyait le führer
comme le protecteur contre le communisme ; en conséquence, elle jugea la
naissance tardive de la gauche au patriotisme comme un bellicisme responsable
d’une guerre mal préparée et contraire à ses intérêts. Pourtant, « Si vis pacem,
para bellum » et « bêler pour la paix mène à la guerre » auraient dû être les
principes pragmatiques permettant d’assurer la paix. En 1938, le journal de la
droite fascisante Je suis partout écrivait :
— « Mourir pour les communistes ! Mourir pour les Nègres ! Mourir pour les
républicains espagnols ! Mourir pour les Tchèques ! Mourir pour les Juifs ! –
Merci – plutôt vivre pour la France ».
Plus tard, ce fut le refus de mourir pour Dantzig : Marcel Déat, exclu du parti
socialiste pour ses opinions de plus en plus fascistes, affirmera sa position
munichoise et son pacifisme dans « Mourir pour Dantzig ? » article paru le 4 mai
1939 dans l'Œuvre, journal auquel il collaborera durant toute la période de
l'occupation en tant que directeur politique. Ce n’était plus, « Non, vous n’aurez
pas l’Alsace et la Lorraine… » Après la guerre, Georges Albertini, le second de
Marcel Déat bénéficiera d’une curieuse amnistie et ce personnage peu
fréquentable jouera même un rôle politique important de conseiller influent sous
les Républiques III et IV, notamment dans la propagande anticommuniste relevant
de la guerre froide. Georges Albertini, 191-1983, d’abord socialiste et pacifiste
avant la Seconde Guerre mondiale, était comme Déat passé à l'extrême droite et
s’était engagé dans la collaboration. Après guerre, il anima la revue
anticommuniste « Est-Ouest » et il devint une éminence grise de Georges
Pompidou, 1911-1874.
Historien maurrassien, Pierre Gaxotte, 1895-1982, mena aussi jusqu'en 1939
une carrière de journaliste dans des feuilles d'extrême droite. Il écrivit par
exemple dans le journal Candide du jeudi 7 avril 1938, à propos de Léon Blum :
— « Il incarne tout ce qui nous révulse le sang et nous donne la chair de poule.
Il est le mal, il est la mort. »
Le vendredi 30 septembre 1938, il écrivait dans le journal Je suis partout :
— « Quant à nous, il n’y a plus, à nos yeux, que deux partis. Ceux qui sont pour
la France et ceux qui sont pour la guerre. »
Quelques mois plus tard (Noël 1938) Paul Ferdonnet, publiciste stipendié par
52
CHAPITRE I Prologues.,

l’Allemagne nazie, publiait La Guerre juive (Paris. Éditions Baudinière, 1939.) Elle
commençait par ces propos des plus dénués d’ambiguïté :
— « [...] Ces parasites, ces étrangers, ces ennemis intérieurs, ces maîtres
tyranniques et ces spéculateurs impudents, qui ont misé, en septembre 1938, sur
la guerre, sur leur guerre de vengeance et de profit, sur la guerre d’enfer de leur
rêve messianique, ces bellicistes furieux, il faut avoir l’audace de se dresser sur
leur passage pour les démasquer et, lorsqu’on les a enfin reconnus, il faut avoir
le courage de les désigner par leurs noms : ce sont les Juifs. »
Dans ce libelle besogneux, Ferdonnet citait notamment le premier des
pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre,
mis en vente le 28-12-1937, dont le thème central est précisément la
dénonciation du « bellicisme juif » et de la préparation d’une « guerre juive ».
Majoritairement d’origine bourgeoise conservatrice, les officiers d’état-major
souvent monarchistes et réactionnaires participaient à cette façon de penser
destructrice. Ils aimaient la France plus que l’Allemagne, mais ils préféraient Hitler
à Blum. Ils abhorraient les dreyfusards. Ils ne rêvaient que de liquider la mentalité
républicaine du Front populaire. Le succès de Franco les encourageait. Le ver de
la défaite les avait infestés, il aveuglait leur patriotisme.
En outre, ils cultivaient des conceptions militaires éculées datant de la Grande
Guerre. Cette mentalité néofasciste était d’ailleurs répandue dans toutes les
couches sociales françaises. En témoigne le parcours mussolinien de l’extrême
gauche à l’extrême droite par Gustave Hervé qui écrira en 1935 « C’est Pétain qu’il
nous faut » et qui finira plus tard dans un moment de lucidité envers Pétain et
d’illusion envers Hitler par dire ces paroles prophétiques :
— « C’est Pétain qui ira serrer la main que nous tend en vain depuis deux ans
Adolphe Hitler. » (La vérité sur l'affaire Pétain par CASSIUS.) Il n’est pas difficile
pour un extrémiste communiste de gauche d’évoluer vers un extrémiste de droite
fasciste et anticommuniste. Laval, Albertini, Déat ne sont qu’exemples parmi
d’autres ; en effet aux deux extrêmes le mode de pensée est le même. Nous ne
ferons que citer Louis Ferdinand Céline ! Ce grand styliste manifestait un
antisémitisme violent et une admiration ferme du fascisme ! Arrêtons-nous
plutôt à quelques passages du livre du cagoulard Yves Dautun intitulé La batterie
errante et publié aux Éditions Baudinière. Il a été composé en captivité et terminé
dès le 20 août 1940. Les propos représentent bien la mentalité de beaucoup des
Français à l’époque. Elle pouvait parfaitement être superposée à ceux du traître
de Stuttgart :
— « (Page 13.) La France est aux mains des Juifs, vassaux de l’Angleterre. »
« (Page 42.) Si je combattais, en vérité, pour ma patrie, il me déplaisait que ce fût
53
CHAPITRE I Prologues.,

sous les ordres ainsi qu’au bénéfice immédiat de la bande de salopards,


politiciens juifs et maçons, desservants d’une religion que je haïssais. »
« (Page 284.) De ce dur châtiment (la défaite), il fallait désormais qu’elle tirât la
leçon. Déjà, il était important à mes yeux que l’Angleterre, tyran de l’Europe, foyer
de la judéo maçonnerie, bastion de la ploutocratie internationale, sortit du débat
sans griffes et sans dents. Ainsi, deviendrait plus aisée la grande renaissance
spirituelle à laquelle, patriote français, j’aspirais. Un ordre social nouveau, une
transformation de la structure économique du vieux continent, résulterait, je le
pressentais, d’un conflit dont mon pays, pour cruellement qu’il ait été frappé,
saurait, s’il le voulait, tirer d’importants bénéfices. Car, pour édifier un monument
tout nouveau, le vainqueur, de toute nécessité, devrait faire appel au concours
des autres peuples. Sous le signe d’une vaste collaboration, les nations, délivrées
de l’asservissement britannique, seraient appelées à porter leur pierre au nouvel
édifice. »
Il n’est pas étonnant que l’extrême droite, et spécialement l’Action française,
menât le bal de la campagne contre les réfugiés. Toutes les accusations émises
avant le Front populaire selon lesquelles les réfugiés constituaient une cinquième
colonne potentielle et fomentaient une guerre dans leur propre intérêt étaient
maintenant diffusées dans tout le pays. Au moment de la crise de Munich,
l’Action française statua platement que « les Français ne devaient pas se battre,
ni pour les Juifs, ni pour les Russes, ni pour les francs-maçons de Prague » ; elle
déclara que « les émigrés, avec leur rhétorique antiallemande, étaient en réalité
à la recherche du renversement du Reich dans le but d’y recouvrir leur fortune et
leur position. »
L’Action française soutint que la Nuit de Cristal dans la nuit du 9 novembre 1938
et le jour du 10 ne devait pas servir de prétexte à être envahi par les Juifs ni à
déclarer une guerre. Charles Maurras déclara : « Le prestige de la France n’est pas
menacé quand on brûle une synagogue quelque part. On peut les brûler toutes.
Ce n’est pas de nos affaires et ça n’a aucune incidence sur nous. Non à une
intervention diplomatique. Non à une guerre pour les Juifs. »
L’extrême droite suivit le mouvement. Durant la crise de Munich, Je suis
partout, le porte-parole de la jeune extrême droite, se moqua des Juifs allemands
qui s’assemblaient dans les cafés des Champs Élysées :
« À toutes les tables, les combinaisons usuelles, cinéastes, agents de change ne
traitaient que d’un sujet : la France va-t-elle finalement attaquer Hitler ? Ces
individus effrontés, chassés de Berlin ou de Vienne, ne cultivent pas d’autre
espoir que de retourner dans leurs maisons pour rétablir leur domination sur le
Kurfürstendamm ou le Ring. Ils se cramponnent à cet espoir avec frénésie. »
54
CHAPITRE I Prologues.,

Après la fin de la crise, le journal suggéra même qu’on fît payer les Juifs pour la
mobilisation. Ernst Eduard Vom Rath, né à Francfort-sur-le-Main le 3 juin 1909 et
mort le 9 novembre 1938, était un diplomate allemand dont l'assassinat à Paris
par le jeune Polonais Herschel Grynszpan servit en Allemagne de prétexte à la
nuit de violence contre les Juifs, la Nuit de Cristal. Au moment de l’assassinat de
Vom Rath, Lucien Rebatet se moqua des réfugiés, qu’il appela « ces animaux » et
« une bande d’immondes pouilleux, vomie par la Pologne ». Finalement,
cependant, tous les Juifs étaient à blâmer :
« Que les Juifs sentent le besoin de régler leurs querelles avec Berlin, c’est
entièrement compréhensible. Mais qu’ils aient choisi Paris pour ce but, c’est
intolérable. Que les Juifs en soient venus à empoisonner nos relations déjà
difficiles et périlleuses avec Berlin en tirant au revolver sur les diplomates
allemands ici, cela va simplement trop loin. »
Pour s'assurer que justice soit rendue, Rebatet appela les autorités à livrer
Grynszpan aux Allemands. L’antisémitisme était à son apogée dans le monde
entier, comme le monteront l’histoire de l’errance du paquebot Saint-Louis et la
conférence d’Évian où les 33 nations présentes trouvèrent toutes sortes
d’arguments pour ne pas accueillir les Juifs fuyant les persécutions. Parmi les
exemples de ces comportements véreux, citons : le plus malin fut Roosevelt qui
par des listes put choisir l’élite, « prendre la crème et laisser le petit lait », tandis
que Mackenzie King premier ministre du Canada, profondément antisémite, pour
ne pas admettre de Juifs préféra déclarer que le Canada n’avait besoin que
d’agriculteurs ; aussi le Canada admit-il peu de Juifs qu’ils fussent cultivés ou
cultivateurs. L’Australie se déclara contre l’antisémitisme, mais refusa d’admettre
les Juifs de peur d’introduire chez elle l’antisémitisme. La « drôle de guerre » se
caractérisa par l’attentisme. Il provenait de la crédulité persistante des dirigeants
français. Il témoignait de leur penchant vers le fascisme et de leur illusion d’un
arrangement encore possible avec le Führer. Ils oubliaient que les fascismes
finissent par s'entre-dévorer, comme Hitler avec l'Autiche.
À l’opposé, leur peur du communisme était devenue profonde. Elle avait été
stimulée. La cinquième colonne communiste n’était pas de taille, la vraie
cinquième colonne était ce courant réactionnaire. La cinquième colonne n’était
pas représentée par les Rouges dénoncés par la droite. Elle l’était en fait par les
industriels collaborateurs et par tous les individus fascisants de cette droite
obstinément antirépublicaine. Le supposé complot de la « synarchie
judéomaçonnique » masquait le réel complot de la Cagoule fasciste.
Le Général polonais Wladyslaw Sikorski, ami fidèle de la France, mais d’humeur
impétueuse, ne put s’empêcher de prononcer ces paroles dans sa réunion avec
55
CHAPITRE I Prologues.,

Staline à Moscou le premier décembre 1941 (Général Wladyslaw Anders.


Mémoires 1939-1946. Éditions La Jeune Parque. 1945. Page 134) :
— … Les Britanniques ne sont pas comme les Français, que je considère en
quelque sorte comme finis… Les classes inférieures sont peut-être encore bien,
mais les classes supérieures, en majorité, ne représentent pas de valeur réelle.
En 1939, la « grande peur des bien-pensants » cessa pour un temps. Le grand
patronat et sa presse, Le Temps, Le Journal des Débats, oubliant leur obsession
de la guerre et de la révolution, cessèrent leur hostilité inconditionnelle au
gouvernement et reprirent quoique trop tard et pour beaucoup hypocritement
leur position traditionnelle de nationalisme germanophobe.
La contradiction entre la position de la droite française en 1939 avec celle d’un
an avant et celle d’un an après est frappante. Le rétro-virage accompli un an après
confirme de fait que son attitude en 1939 n’était qu’hypocrisie.
La Cagoule était restée active préparant la chute de la République. La
déclaration de guerre suspendit le déclenchement de son coup d'État. La défaite
arrivée, les élites de droite se partagèrent entre le nazisme strict (à Paris) le
Pétainisme collaborateur de Pétain et Laval, le vichysme résistant de Weygand et
d’autres s'illusionnant plus ou moins sur le double jeu de Pétain, et enfin pour
quelques-uns tout de même le gaullisme : La Cagoule elle-même, son but atteint,
plaça telle une organisation franc-maçonne quelques pions dans tous les partis,
mais surtout elle rallia le gouvernement de Vichy, sa création.
La Cagoule disposait de nombreux pourvoyeurs de fonds comprenant, outre
Hitler et Mussolini, de nombreux membres des « 200 familles » à la tête des
grandes entreprises françaises : L’Oréal, les parfums Coty, les ciments Lafarge, les
huiles Lesieur, les peintures Ripolin, Michelin et Renault… Eugène Schueller,
fondateur des firmes Monsavon et L’Oréal, agent de la police allemande pendant
la guerre, tandis que son gendre André Bettencourt était le patron français de la
PropagandaStaffel sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph
Goebbels (1897-1945), de la Wehrmacht et de la Gestapo.
En outre, la Cagoule était soutenue par de hauts cadres militaires que
l'on retrouvera en juin 1940, et après, dans l'entourage immédiat de Pétain.
Cependant, tous les antisémites n’étaient pas des admirateurs d’Hitler.
Certains étaient même violemment germanophobes, ce qui leur évita de tomber
dans l’escarcelle de Vichy.
Citons en exemple le chef de bataillon Diego Brosset qui se rallia au Général de
Gaulle dès le 27 juin 1940 et fut nommé lieutenant-colonel en décembre 1940 et
nommé Général le 1er juin 1943. Voici quelques extraits de ses écrits :
— 3 janvier 1940 : concernant le Général Henry Freydenberg : « j‘ai pensé
56
CHAPITRE I Prologues.,

brusquement que si Freydenberg est juif, toute son attitude s’explique ; il serait
humilié, aussi plat qu’il peut être méprisant, intelligemment méprisant puisque
juif et sans classe. »
— 21 mars 1941 à propos du Général Maurice Falvy : « il y en a qui mériteraient
qu’on leur crache au visage, le Général Falvy, par exemple, général de cabinet,
franc-maçon notoire, responsable de l’avancement dans la défunte armée
coloniale, prisonnier de guerre relâché par les Allemands. »
— 9 mars 1943 : « Ces officiers nous ont apporté des nouvelles de Londres.
L’esprit juif et militant y domine l’état-major de Charles de Gaulle. »
— 25 avril 1943 : « Un réseau militaire et policier a été mis en place pour nous
empêcher de recruter autre chose que des Juifs. Or ils sont nombreux qui
viennent de retrouver la nationalité française et qui peut-être veulent s’engager :
problème de les accepter et de n’avoir qu’une troupe de second ordre. »
— 2 juin 1943 : « On reproche au Général de Gaulle d’écouter un certain René
Capitant qui représente la juiverie d’Alger. »
— 11 août 1943 : « Le désordre que l’on entrevoit est digne de l’enthousiasme
d’un Juif russe décadent, Gaston Palewski, en qui il faudrait voir le prototype
conscient de ce qu’est par inconscience le Français de la lasse dirigeante : l’agent
efficace du désastre. »
— 15 juillet 1944 : « Les trotskystes comme je les appelle, par leur crainte de
se mettre en concurrence avec qui pourrait les égaler ou les battre sur un plan
plus général, deviennent des êtres absolument stériles et stérilisés par
l’importance essentielle qu’ils donnent au passé… Comme en somme ces
hommes sont des esprits assez étroits, ils sont pourtant maniables puisqu’ayant
besoin de la passion à les pousser à faire des choses : il suffit de leur en fournir le
combustible et d’en diriger la flamme. »
L’esprit de ce Général était bien borné, sinon relié au cagoulard Maurice Duclos
dit Saint-Jacques (1906-1981), lui aussi rallié comme agent secret à De
Gaulle.L’explication de « L’étrange défaite » de 1940 par la crise sociale,
économique et politique a été longtemps soutenue.
En 1939, pourtant désillusionnée et démoralisée par les décrets-lois du
gouvernement Daladier, par les pertes de la semaine de quarante heures et de la
semaine des deux dimanches, la classe des travailleurs n’offrit aucune obstruction
aux programmes du pouvoir en place. Malgré des semaines de travail de 60
heures, des semaines de sept jours, malgré l’amplification des taxes, les ouvriers
français ne sabotèrent guère les efforts du gouvernement et la production
française égalisa quand elle ne dépassa pas, par exemple pour l’aviation, celle de
l’Allemagne dans les mois avant l’effondrement de 1940. Tout en soutenant
57
CHAPITRE I Prologues.,

jusqu’en août 1939, veille de la déclaration de guerre une politique profasciste et


amicale avec Hitler, le gouvernement Daladier avait modifié sans totalement les
détruire les réformes sociales du Front populaire. Ainsi, en compensation pour le
monde ouvrier français, Daladier amena une amélioration économique qui
atténua les plaies. Sans l’enthousiasme qui avait marqué le départ pour la Grande
Guerre, mais avec le même patriotisme, les Français de toutes opinions
s’engagèrent au combat. Il n’y eut qu’un et demi pour cent d’insoumis, donc pas
plus qu’en 1914. Il faut donc considérer que la crise sociale et économique n'a pu
amener le pays à la défaite que par les conduites hostiles à la Gueuse des classes
possédantes ou conservatrices, dont la Cagoule était le modèle, et dont
l’existence sera comme confirmée par l’arrivée du régime de Vichy, et comme le
Général polonais Sikorski l'a pensé.
L’évolution vers la raideur et même la terreur fasciste qui caractérisa les
années trente n’était pas exclusive à la France, elle était générale à tous les pays
européens et aussi du monde. À Hitler, Mussolini, Franco, il faut ajouter les noms
de Salazar au Portugal, la terreur clérico-fasciste de Seipel, Dolfuss et Schussnigg
en Autriche, Miklós Horthy en Hongrie, Pilsudski et Beck en Pologne, Antonescu
en Roumanie, monseigneur Tiso en Slovaquie. Les nazis défilaient dans Londres
et même aux États-Unis. Hitler se basa sans doute sur les décisions et
comportements profascistes du gouvernement Daladier pour s’imaginer que la
France ne lui déclarerait pas la guerre, ce qui explique pour une part son
étonnement lorsque cela arriva. L’attitude conciliante de Bonnet et de Néville
Chamberlain est bien l’explication de l’étonnement d’Hitler lorsque la guerre lui
fut déclarée par l’Angleterre, puis la France.
Seuls, quelques-uns montrèrent le péril et la barbarie du nazisme, comme
Jacques Decour, professeur d’allemand et ardent germaniste, résistant fusillé à 32
ans, 1910-1942, qui la dénonça même dès ses débuts en 1932 (articles 1932-
1942, réunis et présentés par Pierre Favre et Emmanuel Bluteau. Éditions La
Thébaïde, Paris, 2012) ; ainsi il écrivit : — « Négation de toute valeur
généralement humaine, de toute vérité, soumission de la culture aux buts
politiques de l’État : nous sommes en présence d’une croisade contre l’esprit, au
nom du principe antihumaniste de la race. Il est logique et normal que le fascisme
allemand considère comme impossibles les œuvres et les hommes qui faisaient
précisément la grandeur de l’Allemagne humaniste, il est logique et normal que
tous ceux qui ont illustré depuis trente ans la culture allemande soient
aujourd’hui dans l’exil. »
Avec Jean Prévost, Jacques Decour est l’un des très rares écrivains qui ont
incarné l’honneur des lettres françaises pendant la barbarie nazie. Tous les deux
58
CHAPITRE I Prologues.,

ont été fusillés par l’ennemi. Entre autres, citons Robert d’Harcourt, écrivain
intellectuel catholique français germanophone : ili dénonça dès 1933 le nazisme.
De nombreux écrivains allemands, à l’opposé des nombreux écrivains français
qui s’assirent complaisamment dans le vichysme, dénoncèrent tôt le nazisme ;
dès la fin des années 20, des Allemands, une minorité certes, ont combattu le
nazisme ; leur lutte s'est poursuivie pendant les douze années de dictature
hitlérienne nous ne citerons ici que Ricarda Houch, Bertolt Brecht, Lion
Feuchtwanger, Stefan Heym, Hermann Kesten, Golo, Heinrich, Klaus et Thomas
Mann, Anna Seghers parmi tant d’autres.
Les « collaborateurs furent en effet légion » parmi les écrivains français :
Le 13 mai 1940, trois jours après le début de l'offensive allemande, Drieu La
Rochelle, coqueluche littéraire du Tout-Paris, écrivait en s'identifiant au Führer :
— « Je suis au centre de son impulsion, mon œuvre, dans sa partie mâle et
positive, est son incitation et son illustration... »
Alphonse de Chateaubriand, dans son journal, La Gerbe, continuait sa
prédication. Pour lui, aucun doute n'était permis :
— « Hitler est le nouveau Christ... »
Quand ce sera le temps de la milice française et des Français engagés dans les
S.S., ils formeront des unités à part entière, assassineront des femmes et des
enfants et participeront à l’élimination massive des Juifs, sous l’uniforme S.S.,
mais avec l’écusson tricolore sur la manche. Après la défaite, ce sera le mardi 14
janvier 1941 en grande première sur les écrans parisiens le film Le Juif Süss du
réalisateur Veit Harlan. À la même époque reparaît Je Suis Partout dont le dernier
numéro était du vendredi 7 juin 1940. Les intellectuels français apportent leur
pierre à l'édifice de la Collaboration. Brasillach, Rebatet, Laubreaux en assurent
la direction. De nombreux auteurs dits Èbien pensants » se précipitèrent dans les
colonnes du journal : Marcel Aymé, Jean Anouilh, Marcel Jouhandeau, Drieu La
Rochelle, le dessinateur Ralph Soupault, etc. ; les auteurs présents sur les rayons
étaient passés du côté de l'occupant : Jean Giraudoux, Pierre Benoit, Henri
Bordeaux, Paul Morand, André Gide, Jacques Chardonne, Jean Giono, Pierre
Gaxotte, Henri de Montherlant, Alfred Fabre-Luce, Pierre Mac Orlan, Bertrand de
Jouvenel. Les élites qui symbolisaient le pays aux yeux du monde civilisé
défiguraient délibérément la France.
Ces grands écrivains pouvaient enfin assouvir leur aversion commune pour les
Juifs. Jean Cocteau, Sacha Guitry, Steve Passeur rivalisaient leurs « ronds de
jambe ». En 1943, Maurice Chevalier était à Tunis pour encourager ceux qui
combattaient les Américains.
Chez les officiers de l’armée française, la mentalité fascisante, la haine des
59
CHAPITRE I Prologues.,

étrangers, des juifs, des communistes ou mieux des Rojos et du Front populaire
pour mieux inclure les adeptes du système républicain, formait un clan largement
majoritaire. Maurice Barthe 1892-1964, qui traînait derrière lui une étiquette
d’officier de gauche, était ainsi rejeté par nombre de ses pères formant une caste
traditionnellement ancrée à droite et sympathisante de l’Action française et de la
Cagoule.
Lors de son commandement au 13e R.I. en 1937, Barthe sera confronté à
l’hostilité de la majeure partie des officiers placés sous son autorité et aussi du
Général Aublet commandant la 36e Division, ami de Decharme et Weygand. Aussi,
lorsqu’en 1940 il sera affecté comme chef de l’infanterie divisionnaire de la 36e
D.I. la même situation se reproduira. L'immense majorité des officiers accueillera
avec enthousiasme l'arrivée au pouvoir de Pétain et la mise en place de la
Révolution nationale. À part pour les hauts dignitaires qui bénéficiaient de
certains privilèges, il est difficile de comprendre cette mentalité réactionnaire
sinon une hérédité de caste chez les officiers de rang ordinaire qui finalement
n'étaient que de simples salariés et encore avec moins de privilèges et libertés
que le monde ouvrier. Naturellement, l’antagonisme continuera au camp de
prisonniers où, tandis que la majorité de ses pairs suivront la politique
collaborationniste des représentants du régime de Vichy, Barthe n’adhérera ni au
maréchalisme crédule voyant en Pétain le bouclier de la France ni à sa Révolution,
en réalité un régime néofasciste et pro hitlérien, c’est-à-dire une contre-
révolution. Au contraire, il se fera remarquer pour ses positions pour De Gaulle
et Giraud et on attitude réfractaire envers les autorités allemandes.
Giraud, compromis avant-guerre dans la Cagoule, venait en effet de s’évader.
Giraud sera le modèle des officiers pétainistes décidant in fine de reprendre le
chemin de la guerre. Et c’est bien aussi le modèle du Général de Lattre de Tassigny
impliqué dans la démarche de régénération morale et spirituelle qui était au cœur
de la Révolution nationale, art de voir la paille et d’ignorer la poutre ; ceci sans
parler des tergiversations du Général Alphonse Juin 1888-1967, qui attendra lors
du débarquement allié le dimanche 8 novembre 1942 en Afrique du Nord que la
France Sud soit envahie pour enfin renoncer le 11 novembre vers midi à sa
politique vichyssoise de neutralité bienveillante avec l’Allemagne.
Pourtant, comme à Montoire le jeudi 24 octobre 1940, la paix n'avait pas été
conclue, avec comme corollaire la libération des prisonniers, l'Allemagne restait
l'ennemi. Par conséquent, la collaboration avec l'ennemi proclamée par Pétain
constituait une trahison, au sens de l'article 75 du Code pénal de l'époque.
Nous verrons plus loin comment les combattants du 21e R.M.V.E. et tout
particulièrement leur chef, lorsqu’ils seront affectés à la 35e Division, subiront
60
CHAPITRE I Prologues.,

jusqu’à l’ignominie les effets de la mentalité réactionnaire qui y régnait.


Anticipons cependant avec le récit suivant très significatif :
Dans son livre A Thousand Shall fall, (S’il en tombe mille), publié aux États-
Unis début 1941, l’écrivain Hans Habe, soldat volontaire au 21e R.M.V.E. eut une
conversation lors de la retraite le 11 juin 1940 avec le lieutenant Pierre Truffy,
alors qu’ils étaient allongés dans un trou d’obus dans le bois de Cernay :
Habe : –. Penses-tu qu’il nous reste encore quelque espoir ?
Truffy : –. Espoir ? Peut-être un miracle. Quoi d’autre ? Comment pourrions-
nous gagner cette guerre ? N’avons-nous jamais parlé de victoire ? Jamais. Nous
ne connaissons pas le mot « victoire », nous ne connaissons que le mot « paix ».
Pendant neuf mois, nos généraux ont rêvé de faire la paix avant que la guerre ne
commence réellement. Pendant neuf mois, ils ont saboté toutes les préparations
possibles. Nous le savions bien, mais que pouvions-nous faire ?
Habe : –. Alors, tu penses qu’ils voulaient perdre la guerre ?
Truffy : –. Non, ils ne désiraient pas la perdre puisqu’ils ne voulaient pas la
commencer. Ils voulaient signer la paix avec Hitler. Ils refusaient d’admettre que
cette guerre était l’opposition entre deux conceptions du monde. Peux-tu
comprendre cela ? Ils —
Habe l’interrompant : –. Alors, ils sont des traîtres.
Le mot lui avait échappé de prime abord et il le regrettait, mais Truffy garda le
regard droit devant lui, sans sortir de son calme. Dans le petit bois derrière, les
petites bombes presque inoffensives émettaient comme des milliers de sirènes
des sifflements insupportables. Truffy : –. Non. Ils sont honnêtes avec eux-
mêmes, car ils admettent que dans cette guerre idéologique, ils sont du côté de
l’ennemi. Ils sont plus honnêtes que nous qui disons que nous combattons pour
la France. Mais ça n’a rien à voir avec la France ni l’Allemagne. Nous n’osons pas
dire que nous sommes prêts à mourir pour une idée. Vois-tu, nous étions fiers de
partir à la guerre sans enthousiasme ni chant, mais sans enthousiasme on ne
peutgagner une guerre. Ce n’est pas une question de plus ou de moins de canons.
La chose importante, c’est que le peuple sache pourquoi il meurt. L’honnêteté de
nos généraux, c’est qu’ils sont fidèles à la trahison qui a commencé à Munich.
Cependant, le général Gamelin dans le premier chapitre de son premier livre
Servir, publié en 1946 rapporte qu’avec Paul Reynaud, « Confrontant nos
positions respectives au cours des évènements qui ont précédé la crise de 1940
et décidé l’un et l’autre à les exposer en toute franchise, nous nous sommes
rendu compte que nous avions été trompés, comme la nation tout entière, par
les mêmes hommes sur la valeur et le caractère desquels nous nous sommes tous
plus ou moins abusés. Personnellement, j'avais été à même de connaître à leur
61
CHAPITRE I Prologues.,

sujet bien des choses ignorées du public, mais j'avais encore des illusions : on
peut juger du point où ils ont envoûté la France par le fait que l'un des Français
les plus avertis s'est ainsi mépris sur leur compte, du moment où le « maréchal »
et le général Weygand se trouvaient reprendre la direction des affaires
militaires... ». Pétain avait déclaré à Gamelin : « Vous savez que Paul Reynaud ne
vous aime pas. » Et : « Je vous plains ». Comme pour le Statut des Juifs, Pétain
utilisait les « compétences ».
Le dimanche 3 septembre 1939, la guerre fut déclarée à l’Allemagne.
C’était trop tard, car avant il y avait eu bien des occasions de le faire, et
maintenant c’était trop tôt, car à partir de 1937 le potentiel militaire allemand
était devenu supérieur au français et la France avait dans son armée une majorité
de généraux cagoulards, autant dire qu’elle partait en guerre les culottes à terre.
La France aurait dû atermoyer jusqu’en 1941 pour combler ses retards.
Avant de partir en guerre, il aurait fallu pour le moins faire comprendre à la
population les conséquences néfastes du pacifisme né du traumatisme des
hécatombes de la Grande Guerre, lui faire comprendre que la diplomatie a son
côté noir quand elle consiste uniquement en des concessions qui mènent
inéluctablement à la guerre ; prendre le temps d’épurer l’armée de ses vieux
généraux antirépublicains ou aux conceptions dépassées, le temps de moderniser
et compléter le matériel de l’armée, de remplacer les idées tactiques désuètes
nées de la Grande Guerre.
Soixante-quinze ans après, les Français ne veulent pas voir ni reconnaître leur
immense bêtise en 1940 et se la cachent comme poussière sous le tapis.
Dans son Blogue, Annie Lacroix Roux montre combien souvent elle s'est
heurtée à la censure, sur les plans de l'éditorial, de la médiatique et des Archives.
Elle raconte le 4 décembre 2013 comment ses recherches sur Eugène Schueller,
agent de l’ennemi, sont devenues sur la chaîne de télévision France 2 une
émission lénitive sur Liliane Bettencourt, ceci afin d’occulter le rôle d’agent de
l’ennemi joué par Eugène Schueller. Aussi, on ne peut pas expliquer autrement
pourquoi le livre d’Hans Habe Ob tausend fallen, A Thousand Shall Fall, S’il en
tombe mille, publié en 25 langues ou plus n’a pas encore été édité en français.
Il est difficile de trouver en effet plus bel exemple d’impérities, voire de trahison
que ces faits qui s’additionnent à d'autres, comme le fait qu'en 1940 où, malgré
l’exemple de la bataille de Pologne, la France opposa au bulldozer allemand un
long cordon de douaniers.
L’incurie de l’administration militaire, la médiocrité suspecte du
commandement et le courage merveilleux des soldats allaient être les
constatations marquantes de l’effondrement de 1940, résultant d’une guerre mal
62
CHAPITRE I Prologues.,

préparée et mal commandée. Conforté dans son attitude velléitaire par l’attitude
lénifiante de Néville Chamberlain et Georges Bonnet, Hitler fut surpris de la
déclaration de guerre qui arrivait en fait au meilleur moment pour lui.
La Seconde Guerre mondiale a vu, créés pour la Légion étrangère :
— 6e régiment étranger d'infanterie — 6e R.E.I. — 1er octobre 1939 stationné
au Levant et inactif sauf lorsqu’obéissant à Vichy, il s’opposera aux FFL.
— 11e régiment étranger d'infanterie — 11e R.E.I.
— Groupement de reconnaissance divisionnaire n° 97, G.R.D. n° 97 (première
appellation G.R.D.I 180) — 1er décembre 1939.
— 12e régiment étranger d'infanterie — 12e R.E.I. — 24 février 1940 : 900
E.V.D.G sont envoyés à La Valbonne pour former le 12e R.E.I. À la création du
12e R.E.I., 900 E.V.D.G., les moins instruits du dépôt de Sathonay sont échangés
contre les 900 E.V.D.G. les plus instruits du camp de Barcarès. Ces derniers sont
prélevés sur les effectifs du 21e et du 22e RMVE.
— 13e demi-brigade de Légion étrangère — 13e D.B.L.E. (première appellation
13e D.B.M.L.E.) — 1er B.M.V.E. (11e B.V.E. du 6e R.E.I.) —1er mars 1940
— 21e régiment de marche de volontaires étrangers — 21e R.M.V.E. première
appellation 1er R.M.V.E. — 29 septembre 1939.
— 22e régiment de marche de volontaires étrangers — 22e R.M.V.E. première
appellation 2e R.M.V.E. — 24 octobre 1939
— 23e régiment de marche de volontaires étrangers — 23e R.M.V.E. — mai
1940.
Répartition : S.H.A.T. (7n 2475). Effectifs des Régiments de marche de la Légion
étrangère :
a) au 15 novembre 1939 : 3 900 E.V.D.G. (Engagés volontaires pour la durée de
la guerre.) 1 300 à titre « normal » ; 5 000 au camp de Barcarès en vue de
constitution des R.M.V.E.
b) au 25 avril 1940 : 27 000 étrangers incorporés, dont 13 200 à la Légion
étrangère : 11e et 12e R.E.I., 13e D.B.L.E., unités spéciales en Afrique du Nord et
au Levant ; 9 700 au 21e et 22e et au 23e R.M.V.E en voie de constitution. Le
Ministère de la Guerre prévoit la création d’un autre régiment, le 24e R.M.V.E.
c) au 1er mai, la Légion étrangère comprenait : en Métropole 7 500 (sans les
dépôts) ; Outremer : 26 000, soit 33 500 ; R.M.V.E. » : 9 700.
d) au total 43 200 hommes.
e) Le dépôt complémentaire des Régiments étrangers, D.C.R.E. est une unité de
la Légion étrangère créée en 1933 et dissoute en 1965
Le Dépôt commun des régiments étrangers (DCRE) était une unité de Légion
étrangère, faisant partie de l'armée française. Elle a été créée le 13 octobre
63
CHAPITRE I Prologues.,

1933 et dissoute en 1955. Il était composé :


-d’un état-major
-d’un bataillon d’Instruction
-d’un bataillon de passage
-des dépôts de Toul, Marseille, Oran et Arzew.
- du dépôt de Sathonay créé le 2/9/39.
LES R.M.V.E. Régiments ficelles et la Légion étrangère: Quatre de ces unités
seront tellement misérablement équipées qu’elles seront appelées les régiments
ficelles ; 21e, 22e, 23e, R.M.V.E. et le 12e R.E.I. Ces « régiments temporaires » sont
composés de trois Bataillons à trois Compagnies, ainsi que de diverses
Compagnies de services : l’une dite de Commandement C.C. ou C.D.T., une dite
hors rang, C.H.R. une dite d’accompagnement ou d’appui, C. A., une régimentaire
d’engins C.R.E. et une cie de Pionniers. Chaque bataillon dispose de son propre
état-major. La Troisième République avait fondé ces formations provisoires par
décrets. Le but inavoué de regrouper les étrangers indésirables se devinait
aisément. La décision N41, datée du 4 mars 1940, et qui concerne le 22e R.M.V.E.,
fait mention du fait que « les régiments de marche de volontaires étrangers sont
des formations qui ne dépendent pas organiquement de la Légion étrangère ». À
l’époque, celle-ci refuse de les reconnaître comme unités Légion à part entière et,
ce, malgré les symboles militaires et identitaires qu’ils partagent : les couleurs
rouges et vertes des épaulettes – inversées par rapport aux régiments Légion, la
grenade à sept flammes, la fête de Camerone célébrée au camp du Larzac par le
22e et le 23e R.M.V.E. le 28 avril 1940. (Le 22e est de retour à Barcarès le 28 avril...)
Le 21e R.M.V.E. célébra le 30 avril 1940 Camerone du 30 avril 1863 avant son
départ. Ce n’est qu’en 1985 qu’une reconnaissance officielle est effectuée.
Au 25 avril 1940, la France disposait de 27 000 étrangers incorporés dans les
régiments de marche de la Légion étrangère dont : 13 200 à la Légion étrangère
(11e et 12e R.E.I., 13e D.B.L.E., et
I- Les unités spéciales d'Afrique du Nord et du Levant).
II- 8 700 aux 21e, 22e, 23e R.M.V.E.
Au 1er mai 1940, la France dispose de 43 200 étrangers incorporés dont :
I Dans la Légion étrangère, 33 500.
a) En métropole 7 500 (sans compter les dépôts).
b) Outremer 26 000.
II- Dans les R.M.V.E. 9 700.
Les R.M.V.E. formèrent aussi des non-combattants : une Compagnie de
Pionniers

64
CHAPITRE I Prologues.,

S.H.A.T. 7N 2475/3 sous dossier 2 : une note du 25 avril 1940, envoyée par le
ministre de la Défense et de la Guerre aux préfets et gouverneurs militaires évalue
à 6 000 le nombre d’engagés volontaires espagnols dans les R.M.V.E. Régiment de
Marche des Volontaires Étrangers ou à la Légion).
S.H.A.T. 34N 375/0 : dans un rapport circonstancié de 18 pages envoyé au
Général de Boissieu le 20 septembre 1973, l’Amicale des Anciens des Unités de
Prestataires donne un chiffre beaucoup plus élevé.
D’après ce rapport, le nombre d’engagés volontaires dans la Légion se serait
élevé à 6 à 7 000 hommes issus de la 26e Division d’infanterie mixte de l’armée
républicaine. Il donne un chiffre équivalent pour les R.M.V.E., les volontaires
provenant du Ve et XVIIIe corps de l’armée républicaine espagnole, soit un total
de 12 à 14 000 hommes. L’écart entre les deux chiffres peut s’expliquer par les
engagements tardifs d’une partie des réfugiés qui, au moment de l’offensive
allemande, décident de rallier l’armée française.
Les Régiments de marche de volontaires étrangers
Les R.M.V.E. sont composés d’E.V.D.G., c’est-à-dire d’engagés volontaires pour
la durée de la guerre.
Les trois R.M.V.E. rassemblaient 9 700 hommes issus de 47 nationalités. Les
trois quarts ne comprenaient pas le français. Si de nombreuses nationalités, dont
des Afghans, des Chinois et des Sud-américains, étaient représentées, parmi les
volontaires, les officiers se méfiaient profondément de deux groupes qui
formaient l'essentiel des effectifs : les républicains espagnols et les juifs de
l'Europe de l'Est.
Les Espagnols rescapés de l’armée républicaine composaient au début 40 %
des engagés ou plus. Ils représentaient au moins 30 % au 21e R.M.V.E.
Les Juifs, toujours d’Europe, souvent des Polonais, formaient le deuxième
groupe. Ces Ashkénazes, c’est-à-dire des Juifs d’Europe centrale et orientale
originaires et de langue germanique constituaient 30 % environ des effectifs du
21e R.M.V.E.
Ce chiffre atteignit 40 % au 22e R.M.V.E. Le 23e R.M.V.E. comportait 60 % de Juifs.
Les Arméniens (15 %) formaient le troisième groupe du 21e R.M.V.E.
Ces chiffres sont approximatifs et très incertains, car sans doute variables selon
les périodes, les pourcentages relatifs des Juifs augmentant et ceux des Espagnols
baissant avec le temps. Ainsi le 1er février 1940, environ 600 hommes passent du
2e au 1er R.M.V.E. et y baissent le pourcentage d’Espagnols.
Le chiffre des Juifs à certains moments aurait dépassé 40 % au 21 e, atteint 60
au 22e et 100 % au 23e. Notre relevé des personnages (chapitre XII) montre que
ce chiffre des Juifs a pu atteindre 40% ou plus au 21e R.M.V.E.
65
CHAPITRE I Prologues.,

Le 1er R.M.V.E. fut créé le 29 septembre 1939 ; le 2e R.M.V.E. fut fondé par décret
le 24 octobre 1939.
Les deux régiments furent renommés le 21e et le 22e le 23 février 1940.
Formé à la suite en mai 1940, le 3e R.M.V.E. fut créé le 10 mai 1940 ne deviendra
le 23e que le 31 mai 1940 (Décision ministérielle numéro 5094 du 13 mai 1940.)
Les trois R.M.V.E. seront suivis par la création sur le territoire métropolitain du
11e Régiment étranger d’infanterie (novembre 1939) et du 12e Régiment étranger
d’infanterie et de la 13e D.B.L.E. et du 97e G.R.D.I (février 1940).
En février 1940, 900 hommes du Centre d’Instruction de Barcarès furent
envoyés au 12e Régiment d’Infanterie nouvellement créé à la Valbonne près de
Lyon.
Un petit nombre sélectionné sur des critères bien définis (moins de 28 ans,
instruction militaire avancée) fut muté à la 13e demi-brigade de la Légion
étrangère qui fut envoyée à Narvik en Norvège.
— le 21e régiment de marche de volontaires étrangers fut créé le 29
septembre 1939 au camp de Barcarès (Pyrénées orientales) occupé jusque-là par
les réfugiés espagnols ; il devient 21e le 25-02-1940.
Composé de 2 800 hommes, dont 30 à 40 % de juifs et 30 % de Rojos, il est
envoyé le 30 avril 1940 en Lorraine sur la ligne Maginot rejoignant la 35 e D.I. qui
le 25 mai est envoyée dans les Ardennes. Le 21e doit le 12 juin se replier sur l'Aire-
en-Argonne avec sa Division. Ostracisé et délaissé à l’aile gauche, il se comportera
vaillamment dans l’espace qu’on voudra bien lui accorder. Malgré une résistance
exemplaire dans les Ardennes, il subira ensuite un sort moralement pénible que
ce livre tente d’exposer. Comme pour les autres troupes des armées de l’Est,
finalement une bonne partie de ses hommes seront conduits à la captivité. Ainsi
il y avait au début de la captivité plus de 1 100 prisonniers du 21e à Metz selon le
baron de Rosen, une vingtaine à Dieuze selon Hans Habe, etc.
Le sous-lieutenant Pold rapporte qu’il est arrivé à Septfonds avec le train
régimentaire et 250 hommes et sous-officiers. À la suite de la signature de
l’armistice, le camp militaire de Septfonds servira de centre de démobilisation
pour les engagés volontaires étrangers. Il y sera formé des Groupements de
travailleurs étrangers, dont le 302e groupement composé de Juifs.
— Le 22e régiment de marche de volontaires étrangers a été appelé d’abord 2e
R.M.V.E, et il a été créé le 24 octobre 1939. Son premier chef de corps, le
lieutenant-colonel Pierre Villers-Moriamé né le 4-1-1886 à Lorient (décédé le 7
mai 1970) sera fait prisonnier et interné à l’Oflag IV D, il sera remplacé par le chef
de bataillon Giovanini Hermann. Appelé d’abord 2e R.M.V.E. composé de 2800
hommes de 47 nationalités différentes, dont 25 % d’Espagnols et 40 % de juifs.
66
CHAPITRE I Prologues.,

Après 7 mois d’instruction et un court séjour au Larzac (du 2 au 19 avril 1940)


il part par train de Rivesaltes le 6 mai 1940 et arrive le 8 mai en Alsace ; il est
incorporé à la 19e Division d’infanterie, dans la région de Mulhouse, exactement
à Burnhaupt le Haut. Il y remplaçait le 71e Régiment d’infanterie. À cette occasion,
il perçut de cette unité les cuisines roulantes et les mitrailleuses de 20 m/m avec
leurs munitions en échange de quelques mitrailleuses Hotchkiss de 8 m/m. Il était
parti en guerre sans jugulaires de casque, sans bretelles de fusil, sans
cartouchières dorsales, sans havresacs (remplacés par des toiles de tente !) et se
débrouilla de bric et de broc à grand renfort de ficelles pour faire tenir les
équipements (Képi blanc mai 1989). Fusils-mitrailleurs, mitrailleuses, canons de
25 sont modernes, mais les armes individuelles sont d’antiques fusils Lebel.
Arrivé en Alsace le 6 mai, le 22e reçoit le 10 mai 1940 l’ordre de mission de
protéger les boucles de la Somme, au sud de Péronne. Il quitte, par voie ferrée,
embarqué à Dannemaire-et-Montreux (Haut-Rhin) dès 2 3heures 30 dans la nuit
du 18 au 19 mai, pour partir en matinée. Le convoi progresse lentement, passe
par Paris et ce n’est que le soir du 19 que les trains stoppent à L’Isle-Adam (Val
d’Oise) et dans ses environs. Le réseau ferré étant bombardé, il quitte le train et
gagne en camions Estrées-Saint-Denis, d’où il continue à pied. Des convois
automobiles prennent en charge les troupes pour les diriger vers le Nord afin de
les amener à Conchy-les-Pots et Boulogne-la-Grasse (communes du département
de l’Oise limitrophes du département de la Somme) où elles stationnent le 22
mai. La 19e Division devant progresser en direction générale nord vers Bray-sur-
Somme, le 21e continue sa remontée et occupe le 23 Tilloloy. Les positions de
combat sont prises le lendemain 24. La marche se fait alors en direction de
Péronne.
Du 22 au 29 mai, le 22e résiste aux coups de boutoir de l’ennemi.
Le 24 mai, vers 10 heures, le 1er bataillon commandé par le chef de bataillon
Volhokoff part d’Hattencourt, le 24 mai, vers 10 heures. En passant par Chaulnes,
Volhokoff demande un peloton du G.R.D. 21 pour éclairer sa route. On ne peut
le lui donner.
Le 25 mai, le I/22 reçoit l’ordre d’attaquer Berny-en-Santerre : monté dans un
side-car, et muni d’un fusil mitrailleur le commandant Volhokoff reconnaît lui-
même Ablaincourt et Pressoir, la distillerie et les premières maisons de
Berny. Une Compagnie est alors engagée dans le village ; mais presque aussitôt
elle est attaquée par l’ennemi. Pour la dégager, le Commandant fait donner les
deux autres Compagnies.
Aussitôt, les canons et mortiers allemands entrent en action. Pour répondre, le
1 Bataillon du 22e Étranger n’avait que ses mortiers. Après une courte
er
67
CHAPITRE I Prologues.,

préparation, les voltigeurs entrent dans le village ; les fusils mitrailleurs les
précèdent et tirent sans arrêt ; derrière eux, les grenadiers nettoient les maisons.
Deux mitrailleuses allemandes gênèrent l’attaque, pendant un bon moment.
Elles furent réduites par les mortiers. Les pertes amies sont de quatre tués et
d’une quarantaine de blessés.
Le même jour, le village de Villers-Carbonnel est occupé par une Compagnie du
41e R.I. soutenue par le II/22, mais il est aussitôt abandonné.
Dans ces actions, le régiment a perdu:
– un officier blessé, le capitaine Houdoy, 3e Compagnie ; – sept sous-officiers
blessés ;
– quarante-neuf volontaires blessés ;
– cinq volontaires tués et trois disparus.
Deux jours plus tard, le 26 mai, le II/22 porta une nouvelle attaque sur Villers-
Carbonnel. « Le bataillon du commandant Carré parut d’abord avoir une tâche
facile et s’empara du village. Les voitures du bataillon suivirent et s’installèrent.
Malheureusement, l’affaire tourna mal. Des éléments ennemis, soutenus par
quelques engins blindés, vinrent de Pont-les-Brie, et contre-attaquèrent. Un repli
rapide s’imposa, dans un assez grand désordre. Une vingtaine de voitures furent
perdues… » 8. Le bataillon dut se replier sur Fresnes-Mazancourt où il se
réorganisa.
Quant au III/22, il attaqua vers Barleux, le même jour, dimanche 26 mai 1940,
ce fut là aussi sans succès et le bataillon fut contraint de revenir dans ses lignes
de départ. L’échec du 2e bataillon sur Villers-Carbonnel l’aurait de toute façon
contraint à abandonner le village, trop isolé au nord. Ainsi le baptême du feu ne
fut pas très probant pour les différents bataillons du 22e R.M.V.E., victimes de
leur inexpérience au combat. Les pertes de la journée s’élevèrent à : – officiers
blessés : capitaine Pithon, capitaine Pourchet, sous-lieutenants Jaunâtre et
Sivitsky, aspirant Mura ; – sous-officiers blessés : 10 ; volontaires blessés : 56 ;
disparus : 130. En fait, plusieurs dizaines, plus certainement entre cent et deux
cents hommes, furent capturés à Villers-Carbonne par les Allemands.
Du 22 mai au 26 mai, il résiste aux coups de boutoir de l’ennemi.
Les derniers jours de mai 1940, le 22e, éprouvé par de lourdes pertes et
submergé, s’installe en ligne de défense entre Fresnes-Mazancourt et Misey ; les
bataillons du 22e R.M.V.E. s’occupent à la mise en défense d’une sorte d’éperon
censé briser toute attaque allemande venant du nord, constitué des trois
villages : Fresnes-Mazancourt – Misery – Marchélepot, sans que l’idée d’une
attaque générale sur Péronne ne soit pour autant écartée.
Les derniers jours de mai 1940 furent occupés, pour les bataillons du 22e
68
CHAPITRE I Prologues.,

R.M.V.E., à la mise en défense d’une sorte d’éperon censé briser toute attaque
allemande venant du nord, constitué des trois villages : Fresnes-Mazancourt –
Misery – Marchélepot, sans que l’idée d’une attaque générale sur Péronne ne
soit pour autant écartée.
Le 4 juin, le 22e reçoit un nouveau chef de corps, le chef de bataillon Hermann
venant du 41e régiment voisin. Les Allemands restés passifs jusqu’au 5 juin se
contentent de contenir les contre-offensives de la 18e D.I.
Le 5 juin, une attaque massive déferle sur les lignes du régiment. Après quatre
heures de combat, l’artillerie française est neutralisée.
Jusqu’au 7 juin 1940, ne disposant plus que de leurs faibles moyens les
bataillons du 22e cèdent l’un après l’autre, faute de munitions, refusant les offres
de reddition et terminant au corps à corps à Marchepot. Le 22e en contenant
l’avance allemande sur la Somme au sud de Péronne a subi de lourdes pertes :
2 199 hommes tués ou blessés et 700 ou 800 prisonniers. Le courage et la
bravoure des engagés volontaires furent reconnus par le chef des troupes
allemandes qui déclara au commandant Hermann : vous vous êtes
magnifiquement défendu. Vous nous avez causé beaucoup de pertes, vous avez
retardé notre marche et vous nous avez forcés à utiliser des renforts que nous
n’avions pas l’intention de mettre en ligne contre vous. »
Le 22e est cité à l’ordre de l’Armée pour avoir stoppé pendant quinze jours
l’avance allemande sur Paris.
Exemple de Résilience antinazie : « Mon père, Erwin Peter Deman, est engagé
dans le 22e R.M.V.E., et fut un des 800 sur 2500 qui ont survécu. D'origine juive
hongroise, il avait 18 ans quand il s'engagea. Emprisonné dans le camp de
prisonniers de guerre Stalag XII (a) à Lindberg, Westphalie et ensuite dans un
camp spécial pour juifs. Il s'en évada en décembre 1940, et put rejoindre la
France. Il s'engagea dans le 1er Bataillon du 1er Régiment de la Légion, sous le
commandement du Commandant Pourcin, affecté à Sidi Bel Abbès. Après le
débarquement des forces alliées en nord-Afrique, il se trouva prisonnier de
guerre des Anglais dans un camp en Angleterre. Il fut recruté par la SOE, et
renvoyé en France, à Rennes, où il créa et géra un réseau pour les évadés (VAR
line), qui s'étendit de Bruxelles à Paris, jusqu'au Pyrénées, mais centré en
Bretagne. En fin de guerre, Peter Deman sera décoré et naturalisé britannique.
Mes excuses pour mon pauvre français, et j'espère que ce petit récit puisse
susciter votre intérêt. ATF40 30 août 2013. »
Erwin Deman, devenu Peter Deman dans les années 1960, né à Vienne
(Autriche) le 30 avril 1921, de parents juifs hongrois vivant à Budapest, et mort à
Rose Green, Chappel, Essex, le 22 novembre 1998, est un agent du service secret
69
CHAPITRE I Prologues.,

britannique Special Operations Executive pendant la Seconde Guerre


mondiale.Erwin Deman naît le 30 avril 1921 à Vienne (Autriche), de parents
juifs hongrois vivant à Budapest. Son père, officier dans la cavalerie dans l'armée
austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale, passe plusieurs années
en captivité au Royaume-Uni et en devient anglophile. Ses parents survivent
l'occupation allemande et la déportation finale des Juifs hongrois menée
par Adolf Eichmann - grâce à un certain Raoul Wallenberg. Au début de la guerre,
Erwin Deman, alors à Lisbonne, se rend en France pour s'engager dans
le 22e Régiment de Marche des Volontaires Étrangers (22e RMVE). Ce régiment
couvre la retraite de la masse de l'armée française sur la Somme en 1940, et
Erwin Deman en compagnie de ses camarades fut capturé par les Allemands. Il
s'évade d'un camp en Allemagne, rentre en France clandestinement, et s'engage
dans la Légion Étrangère qui l'envoie en Afrique du Nord. Au moment du
débarquement des forces alliées, Erwin Deman, accompagné de 3 000
camarades, traverse les lignes — et après un certain temps se trouve recruté par
la SOE, et transporté en Angleterre. En 1943, Erwin Deman (alias « Paul ») crée le
réseau VAR, actif sur la Côte-Nord de la Bretagne et entretenant des liens
réguliers avec les Cornouailles. Il évacue des aviateurs alliés vers l'Angleterre,
d'abord à partir des Côtes-du-Nord, dans les environs de Saint-Brieuc, puis dans
le Finistère près de Guimaec. C'est le réseau VAR qui permet à François
Mitterrand, alias Morland, chef du mouvement de résistance MNPRG de revenir
en France en débarquant près de Plougasnou (Finistère) en février 1944.
« Morland » revient de Londres où il a rencontré le général de Gaulle. Le réseau
VAR est victime d'arrestations quelques semaines avant le débarquement
allié.Après la Seconde Guerre mondiale, Erwin Deman est négociant au Congo
belge.
Dans les années 1960, Erwin Deman change son prénom Erwin en Peter, en
hommage à son camarade B.-J. Harratt (alias Peter) Peter Deman meurt à Rose
Green, Chappel, Essex, le 22 novembre 1998. WIKIPÉDIA.
Un monument aux Morts du 22e R.M.V.E a été érigé à Marchélepot (Somme).
Le 23e régiment de marche de volontaires étrangers fut le 10 mai 1940 créé sous
les ordres du lieutenant-colonel Aumatte au camp du Barcarès ; il était composé
de 2 800 volontaires mal armés et de différentes nationalités, dont des
républicains espagnols et 60 % de Juifs.
Le 3 juin 1940, il reçut l’ordre de quitter le Barcarès, alors qu’il était encore en
cours d'instruction. Il appartint alors à la 17e Division D’Infanterie nominalement
sous les ordres du Général Georges Eugène Lascroux (1885-1956).
Le 6 juin, en soirée, les Allemands franchirent l’Aisne en deux points, à Missy à
70
CHAPITRE I Prologues.,

9 km de Soissons puis à Pommiers de l’autre côté de la ville, la serrant ainsi en


étau. Le 6 juin au soir, les deux divisions du 17e Corps français du Général Noël
(87e Division d’Infanterie d’Afrique Barbeyrac et 28e Division d’Infanterie Alpine
Lestien furent dès lors contraintes de se replier au sud de l'Aisne. Alors que tout
était consommé, le 23e régiment fut mis en ligne pour défendre Soissons. Le 7
juin, ce fut le baptême du feu à Soissons. De violents combats survinrent à
Juvigny, Missy-aux-Bois. Les volontaires du 23e se battirent comme des lions et
ne cédèrent pas un pouce de terrain. Chaque jour, les pertes furent un peu plus
lourdes; mais le plus tragique n'était pas encore là. Par une invraisemblable et
inacceptable erreur de transmission, surtout en temps de guerre, la 17e Division
d'Infanterie avait été, sur ordre, envoyée bien bien trop loin au Nord, et elle
s’était trouvée rapidement non seulement isolée, mais aussi mise à découvert
sur tous ses flancs. Les Allemands s'emparèrent très facilement de toute
l'artillerie et de la moitié de la 17e D.I. Le restant, formant le tronçon Ouest où se
trouvent les étrangers du 23e R.M.V.E., continuera non seulement à se battre,
mais à tenir.
Le 8 juin, Soissons sera pris par la 290e ID.
Le 9 juin le 23e se replia sur le canal de l’Ourcq. Installé en couverture dans la forêt
de Villers-Cotterêts, pauvrement armé, mal équipé, il fut submergé par les
panzers.
Les 15 et 16 juin, il ralentit l’avance allemande et tua le seul général ennemi
tombé pendant la bataille de France, le Général Hermann Ritter Von Speck
commandant la 33e Division d’Infanterie de la Wehrmacht. Pendant deux
semaines, il mena un combat désespéré d’arrière-garde, avec des affrontements
inégaux, en Seine-et-Marne, dans l’Yonne et à Montargis. Il fut chargé de tenter
de contenir à Pont sur l’Yonne l’avance des divisions blindées allemandes qui
déferlaient vers Paris.
Le 25 juin, sept cents survivants se regroupèrent en Haute-Vienne entre
Chartres et Château-Ponsac. Une partie du Régiment se retrouva à Rivesaltes au
nord de Perpignan.
Le 1er juillet, le régiment est dissous. Le 23e R.M.V.E. aura un monument au
village de Missy aux Bois rappelant sa vaillance.
Il comptait 30 % de perte, 30 % de prisonniers, les autres furent démobilisés
dans le midi de la France. L’unité fut dissoute en juillet 1940.
Note sur la 17e D.I. : Le Général Georges -Eugène Joseph Lascroux, (1885-1956)
a été nommé le 5 avril 1940 au commandement de la 17e D.I., mais le 19 mai
1940, il a été nommé chef de mission militaire auprès de l’armée hollandaise du
19 au 27. Le colonel Fernand Marie Chaligne (1995-1943) commandera la 17e
71
CHAPITRE I Prologues.,

Division du 21 au 31 mai 1940. Et le commandant de l’artillerie sera le colonel


Dieu Sevent alors que Lascroux absent a été renommé commandant de la 17e D.I.
Ces va-et-vient ont-ils joué un rôle dans les erreurs commises ?
Le 1er juin 1940, la 17e D.I. semble devenir, la 59e D.I., dirigée par Lascroux, les
chefs d’état-major étant Regnault et Chaligne, et le commandant d’artillerie étant
Dieu Sevant…etc.
Le 12e régiment étranger d'infanterie. 12e R.E.I., régiment ficelle fut créé le 25
février 1940 à La Valbonne près de Lyon sous le commandement du Lieutenant-
Colonel Jean Besson. Il est composé de légionnaires venant de l’Afrique du Nord,
de réservistes ayant servi dans la Légion et surtout d’engagés volontaires
étrangers. Il comprend 84 officiers, 321 sous-officiers et 2 685 caporaux et
hommes de troupe E.V.D.G. (soit 3 090 hommes) dont 30 % de Républicains
espagnols 50 % de Juifs (surtout polonais et allemands), il fut intégré à la défense
de Soissons. Il est mal équipé et donc est un vrai régiment ficelle. Il agit en arrière-
garde sur la Marne et sur la Seine. À l'armistice, il ne compte plus que trois cents
hommes. Il est également cité à l'ordre de l'armée.
Hormis environ 400 légionnaires officiers, sous-officiers et hommes de troupe
venant d’Afrique du Nord et majoritairement réservistes, il accueille
essentiellement des E.V.D.G. À la veille de son engagement, il comptait 84
officiers, 321 sous -officiers et 2 685 caporaux et hommes de troupe. 30 % étaient
des républicains espagnols, 50 % (900 environ) des Juifs polonais et allemands
pour l’essentiel, le reste correspondait à des Italiens et à un bon nombre d’autres
nationalités. Dès février 1940, 900 hommes du Centre d’Instruction de Barcarès
furent envoyés au 12e Régiment d’Infanterie.
À l’évidence, l’état-major n’attendait pas grand-chose de ce régiment et la
dotation en armement est catastrophique, composée de fusils Lebel 7/15 de la
guerre 1914-1918, de fusils mitrailleurs 24/29 de l’époque de la guerre du Rif. Les
armes lourdes (mortiers et mitrailleuses) trop peu nombreuses ne permettent
pas une instruction efficace. Affecté au 12e étranger comme instructeur d’armes
lourdes, le lieutenant Georges Masselot (1911-2012) découvre qu’il doit rédiger
lui-même ses manuels d’instruction et revenir à des méthodes antédiluviennes
de visée pour ses mortiers en utilisant un poids au bout d’une ficelle.
Le régiment est à ce point à court d’équipement que de nombreux soldats
attachent leur barda avec de la ficelle d’où le surnom de régiment ficelle donné
par les Allemands. En dépit des espoirs médiocres mis dans cette unité, elle
combattit avec un héroïsme hors du commun.
Le 11 mai 1940, le 12e étranger fut retiré de l’entraînement au camp de la
Valbonne le 11 mai 1940 et rattaché à la 8e Division d'Infanterie du Général André
72
CHAPITRE I Prologues.,

Marie Francois Dody (1887-1960) appartenant à la 6e Armée du général Robert


Auguste Touchon (1878-1960) dans le secteur de Bar-Le-Duc.
Le 17 mai, il fit mouvent en chemin de fer vers Meaux et débarqua à Nogent
l’Artaud où il subit un premier bombardement aérien sans victime et où des
autobus l’emmenèrent à Villers-Cotterêts. Ensuite, le régiment gagna Soissons à
pied.
Le 26 mai 1940, il reçut l’ordre de défendre Soissons sur l’Aisne. Arrivé à pied le
régiment prit position près de l’Aisne. Les nouveaux légionnaires ne déployèrent
guère de zèle à creuser leurs trous, convaincus que le commandement n’a pas
l’intention de tenir bon.
« Nous perdons notre temps écrit le Sergent François de la 7e Compagnie : ou
le repos total à l’arrière ou l’action à l’avant. Du moins un travail bien déterminé
et organisé et dont l’utilité puisse être comprise de tous. »
Cependant, l’activité aérienne, le trafic incessant de véhicules sur la rive de
l’Aisne tenue par les Allemands et la présence de groupes de reconnaissance
modifièrent les données. Les légionnaires pratiquèrent des meurtrières dans les
murs, placèrent des obstacles divers et des barricades en travers des routes
creusèrent des fossés antichars.
1er juin, début des combats. Les légionnaires ne vivent plus que de rations
individuelles.
5 juin, les stukas commencèrent à bombarder la ville sans en être gênés de quoi
que ce soit par la chasse ou la D.C.A. française. Le sergent François a
écrit :« Vraiment, je n’aurais jamais imaginé une telle chose et bientôt le
sifflement des bombes et le fracas des explosions créent un concert hallucinant,
se rapprochant toujours plus près de nous. Mes hommes se sont terrés comme
ils peuvent, beaucoup doivent regretter de ne pas avoir travaillé avec plus
d’ardeur à se créer un abri ». Le bombardement ne cause aucune perte si bien
que, lorsque l’artillerie ennemie entre en action dans l’après-midi, les légionnaires
ne se pressent guère de se mettre à l’abri. C’est d’ailleurs une indication montrant
que la puissance aérienne allemande n’a pas été un élément si décisif que cela
dans la campagne de France de 1940.
Le 6 juin, la directive du lieutenant-colonel Besson est simple : Tenir à tout prix
sans esprit de recul, l’ennemi ne doit pas franchir l’Aisne. Tous les ponts servent
de points d’appui.
Le 7 juin les commandants des têtes de pont du 12e R.E.I. s’emploient à détruire
les ponts. Les ponts de Pommiers, Pasly, Soissons, Vénizel sautent entre 2 et 4
heures du matin. Après les combats des 6 et 7 juin, le 12e R.E.I. ne compte plus
que 300 légionnaires valides. À compter de ce jour jusqu’au 22 juin, un long
73
CHAPITRE I Prologues.,

calvaire commence pour le 12e R.E.I. qui doit couvrir toujours le repli de la 6e
Armée.
Le 8 juin, les légionnaires du sergent François ont l’impression qu’ils sont
définitivement encerclés et isolés, la moitié du régiment est prise dans la poche
de Soissons pris par la 290e ID allemande. L‘ordre de repli est donné. Les jours
suivants, les restes du 12e Étranger se replient en combattant jusqu’à la Marne ;
les pertes sont lourdes
Le 10 juin, le 12e R.E.I. cantonne sur la rive droite de la Marne.
Le 11 juin, les légionnaires traversent la Marne et font sauter les ponts. Ils
prennent position près de la gare de Nanteuil-Sancy.
Le 12 juin, le combat commence le matin ; il pleut, les légionnaires sont
harcelés par les tirs allemands et par l’artillerie française dont le tir est trop court.
Le capitaine Chatenet, chef de bataillon, donne l’ordre de tenir jusqu’au bout,
sans esprit de recul. Les points d’appui cèdent les uns après les autres.
Entre le 12 et le 16 juin, les restes du 12e R.E.I. reculent, mais combattent
toujours. Le 12e défend les ponts de la Seine avant de reprendre sa marche
inexorable vers le sud.
Le 16 juin, le 12e R.E.I. n’a plus que 180 combattants renforcés par des effectifs
de sa Compagnie hors rang. Il franchit alors la Loire à Gien.
L’Armistice du 22 juin 1940 trouva ce qui restait du 12e Étranger un peu au nord
de Limoges : 300 hommes valides sont serrés auprès de leur colonel et de leur
drapeau. La bravoure et l’héroïsme valurent au 12e R.E.I. une citation à l’ordre de
l’armée. Le 12e R.E.I. est dissous le 25.
Créés mieux équipés et exemptés du titre de Régiments ficelles :
— Le Groupe de reconnaissance divisionnaire ou 97e G.R.D. colonial (Afrique
du Nord), créé par décision ministérielle le 11 novembre 1939 a été formé à
partir’éléments des 1er et 2e R.E.C et du D.C.R.E. de Sidi Bel Abbès ; il débarque à
Marseille le 21 mars 1940 et fait la campagne de France de mai-juin 1940. Il ne
comportait pas ou très peu d’E.V.D.G. Son commandant, le Lieutenant-Colonel
Paul Lacombe de la Tour, (1889-1940) est tué le 9 juin d'une balle de pistolet
mitrailleur en pleine tête au bois de Noroy, à l'ouest de Compiègne.
Citation collective à l’ordre de l’Armée : Sous les ordres du Lieutenant-Colonel
Lacombe de la Tour chargé avec ses seuls moyens organiques, de contenir un
ennemi numériquement supérieur et doté d'engins blindés, a réussi, du 18 au 25
mai 1940, en attendant l'arrivée des premiers éléments d'infanterie amie, à
harceler, à l'empêcher de remplir sa mission, fournissant sur cet ennemi des
renseignements précieux, parvenant à lui détruire plusieurs autos-mitrailleuses et
lui faisant des prisonniers.
74
CHAPITRE I Prologues.,

Le 7 juin, la résistance ayant été reportée de la Somme sur l'Avre, a participé


vigoureusement aux combats d'arrière-garde, détruisant plusieurs engins blindés
ennemis.
Le 9 juin, a couvert le repli de la Division sur l’Oise, contenant l'attaque des
chars adverses et, bien qu'ayant perdu dans cette seule journée son chef, tombé
glorieusement dans la bataille, et plus de la moitié de son effectif, le 15 juin, il a
été engagé de nouveau sur la Seine, et, avec ses derniers éléments, a pris part à
la défense du Cherpuis de l’Indre, infligeant encore dans ces derniers combats des
pertes à l'ennemi.
—Le 11e Régiment Étranger d’Infanterie : Le 6 novembre 1939 était créé le 11e
R.E.I. au camp de Valbonne près de Lyon. Voir chapitre VI.
— La 13e demi-brigade de la Légion étrangère, composée de 2 000 hommes,
dont 30 % de juifs, est engagée à Narvick en Norvège le 13 mai 1940. Après une
victoire fulgurante sur les troupes allemandes, les combattants rembarquent le 7
juin 1940 pour l'Angleterre où une partie choisira Vichy, 31 officiers sur 59 et
l’autre rejoint la France Libre (dont 900 hommes) s’appelant alors le 1er juillet 14e
D.B.L.E. (pour redevenir 13e D.B.L.E. le 4 novembre 1940 (la 13e D.B.L.E. du Maroc
étant dissoute) où elle participe aux Campagnes d'Érythrée, de Libye, de
Palestine, de Syrie (juin 1941) d'Italie et au débarquement en Provence.
Les effectifs plusieurs fois décimés sont reconstitués. La 13e demi-brigade de la
France libre sera citée à l'ordre de l'armée. Un épisode regrettable marque le
séjour de cette unité en Grande-Bretagne. Les Espagnols, des engagés de fraîche
date qui se sont bien comportés en Norvège, sont désarçonnés par l’ambiance
délétère qui règne à la Brigade depuis la défaite de la France et l’Armistice. Ils
manifestent par les refus d’obéissance, la mutinerie et la désertion. Lorsque 300
d’entre eux jettent leurs armes disant qu’ils ne veulent pas aller au Maroc où ils
seraient livrés à Franco, ils sont accusés d’obéir aux ordres du parti communiste
et ils sont livrés aux autorités anglaises qui les incarcèrent. Amenés au port par
les Anglais pour être embarqués vers le Maroc avec la majorité de la brigade qui
n’a pas choisi la France Libre, ils devront se coucher sur le quai pour refuser le
départ.
Avec le recul, on peut estimer que l’accusation de communisme faite aux Rojos
représentait surtout l’attirance vichyste de ceux qui partaient rejoindre la
métropole.
—Le 1er Bataillon de Marche de Volontaires étrangers. Le 1er B.M.V.E. créé à
Barcarès le 1er mars 1940 comportant 50 % d’Espagnolsl arrive à Beyrouth le 15
avril 1940 et à Baalbek le 16, il est affecté au 6e R.E.I. ; 18 officiers, dont 4 officiers
d’active, 1 aspirant, 89 sous-officiers, 651 gradés et légionnaires, effectif porté le
75
CHAPITRE I Prologues.,

23 avril à 19 officiers, 1 aspirant, 89 sous-officiers, 729 hommes de troupe. Les


tentatives de rejoindre les troupes gaullistes en Palestine échouent ; le 13 août
1940, la 3e cie est désarmée et forme une CTE. Ce 13e B.M.V.E. devient le 11e B.V.E.
du 6e R.E.I. le 25 août.1940 et rejoindra Sidi Bel Abbes le 3 décembre 1941. Le
16 octobre est formé un GTE dirigé par l’autorité civile et le reste du B.M.V.E. est
désarmé. Ce transfert est symptomatique du traitement malheureux réservé aux
étrangers E.V.D.G. Le 6e R.E.I., resté fidèle à Vichy mène une lutte fratricide (Liban)
contre la 1re DFL, notamment le 13e DBLE (Demi Brigade Légére de la Légion
étrangère) du 8 juin au 24 juillet 1941. Il est dissous le 31 décembre 1941. Voici
ci-dessous le récit de Szlama SER (Charles Ser) :
« Barcarès-Beyrouth-Roanne Turin Roanne-Turin. Modèle de xénophobie.
Les mutations furent fréquentes entre les différents régiments ficelles et
légionnaires, d’où différents parcours. Nous avons cité à son ordre alphabétique
Léon Citrome (« 50 ans de ma vie ») ; Charles Ser, comme Citrome, a transité du
22e au 21e et ailleurs. Son parcours est représentatif et instructif tant au point de
vue de l'histoire que de la personne, et le voici décrit dans la revue « Notre
Volonté » avec quelques retouches de ma part. (Le texte original est sur le site de
L’UEVACJEA). Dans notre liste de prisonniers du 21e se trouvent des volontaires
venus du 23e et du 22e et vice et versa :
« Engagé volontaire dès le début des hostilités, j’ai été envoyé comme
beaucoup d’autres à Barcarès, Barcarès des vents, de sable et de puces, que le
fascisant Gringoire nous enviait tellement. Je fus incorporé dans la 10e Compagnie
du 22e R.M.V.E., où j’ai retrouvé les camarades Salomon, Walcman, Rubin Kon et
autres. On nous dirigea au baraquement n° 23 où, entre autres connaissances
parisiennes, où se trouvaient déjà le docteur Lewinas et Mendelsohn.
Dans notre baraque, il y avait un Espagnol nommé Antonio, j’ai oublié son nom
de famille. Il ne comprenait guère le français. Le soir, quand nous occupions notre
temps à la chasse aux puces, il fredonnait des choses si tristes que nos cœurs se
serraient. Quelques jours après notre passage au premier bureau, un ordre fut
donné à Antonio de ramasser ses effets et de se préparer à être conduit dans un
camp d’internement des républicains espagnols. Une collecte fut organisée en sa
faveur, et nous avons fortement ressenti le fait de considérer ce combattant anti-
franquiste indésirable dans le combat contre l’Allemagne hitlérienne. J’ai d’abord
été muté au 21e R.M.V.E. et au mois de mars 1940 on m’embrigada, contre mon
gré, dans le 1er Bataillon Étranger d’Infanterie stationnant dans le camp Maréchal
Joffre (1er B.M.V.E. formé à Barcarès). On nous équipa « richement », on nous fit
faire des exercices intensifs, notre bataillon ayant été destiné pour être envoyé
en Finlande. Mais il était déjà trop tard.
76
CHAPITRE I Prologues.,

Le 7 avril 1940, on nous dirigea vers Marseille. Suivant des ordres et contrordres
(nous devions entre autres aller à Narwick) et enfin nous sommes embarqués, le
9 avril, en compagnie des artilleurs français et des troupes coloniales sur le bateau
« Patria » (il sombra quelques années plus tard, dans le port de Haïfa le 25
novembre 1940, avec une cargaison de réfugiés juifs se dirigeant vers la Palestine)
en direction de Beyrouth où nous arrivâmes après neuf jours de voyage au Liban
et en Syrie.
La France concentrait à cette époque, sous le commandement du Général
Weygand, une armée destinée, destinée à intervenir, le moment venu, contre
l’Union soviétique et à occuper les territoires pétrolifères du Caucase. Nous
prîmes nos quartiers dans la ville historique de Baalbek. Nos chefs se succédaient
presque sans trêve.
Avant la capitulation de la France, le Général Weygand a été appelé pour
remplacer le Généralissime Gamelin. Après lui on a eu droit au Général
Mittelhauser. (Il remplace Weygand le 17 mai 1940, il rentre en métropole en
juillet 1940. Lors de l’armistice, il dut régler le retrait des troupes françaises qui
collaboraient avec les Britanniques pour les concentrer sur le Liban et la Syrie).
On a même envoyé chez nous le tristement connu préfet de police Chiappe qui
participa au putsch fasciste de 1934, mais il périt en cours de route, l’avion qui
l’emportait vers Beyrouth étant tombé dans la mer (Jean Chiappe est nommé le
25 novembre par Pétain haut-commissaire de France au Levant, mais l’avion d'Air
France qui le mène au Liban et en Syrie est abattu on ne sait par qui le 27
novembre.
Le Général Dentz Gouverneur militaire de Paris, qui avait eu la mission de
remettre la capitale à l'ennemi le 14 juin 1940 fut, nommé par le régime de Vichy
haut-commissaire en Syrie en décembre 1940. Gracié par De Gaulle, Dentz
mourra le 13 décembre 1945 dans une geôle humide malsaine. Après la débâcle
de la France, un grand désarroi régnait dans notre commandement. On nous
rassembla et nos chefs nous déclarèrent que nous pouvions nous diriger où nous
voulions. Pendant quelques jours, le désordre fut complet. Nombreux furent ceux
qui prirent le chemin de la Palestine qui se trouvait sous mandat britannique.
Enfin le Général Mittelhauser (Commandant du 24 mai au 16 juillet 1940) décida
de se soumettre au régime de Vichy. C’est nous qui devions payer les frais de la
pagaille. Ceux qui avaient quitté les cantonnements furent emprisonnés. On nous
désarma et nous fûmes envoyés en Syrie. La vie y était très dure.
NB : Le Général Eugène Désiré Antoine Mittelhauser rentré en métropole en
juillet 1940 sera l'un des plus fervents admirateurs de Philippe Pétain et
témoignera lors du procès de Riom contre les ministres accusés de la défaite de
77
CHAPITRE I Prologues.,

1940 en chargeant la République qu'il exécrait et en déchargeant l'armée de ses


responsabilités. Né à Tourcoing le 7 août 1973, il décède à Paris le 29 décembre
1949.
Pendant trois mois, nous fûmes soumis à un régime spécial — réveil à 2 heures
30 du matin, marches forcées de 60 kilomètres avec exercice tout en portant
notre équipement. Ensuite nous fûmes incorporés dans des Compagnies de
Travail, les Espagnols dans des Compagnies punitives. Au mois de juin 1941
commencèrent les attaques des Anglais aidés des contingents de la France Libre
contre les troupes de Vichy. On nous a demandé de reprendre les armes, mais
nous avons refusé.
Le 28 août 1941, le reste de notre bataillon a été embarqué sur le Marrakech,
le 6 septembre nous arrivâmes à Marseille. À Aubagne (Bouches-du-Rhône), on
nous incorpora dans des Compagnies de Travail. Je faisais partie du 4e
groupement de travail des Bouches-du-Rhône contre le chômage. Il y avait parmi
nous des Anciens de la Légion étrangère, tous les jours nos rangs augmentaient
de réfugiés de diverses nationalités.
Nous devions construire pour l’organisation allemande Todt une autostrade
reliant Marseille à Toulon pour faciliter le transport des livraisons allemandes
pour l’armée italienne. Ceux qui refusaient de travailler étaient privés des tickets
de ravitaillement. Après de longs efforts, et à l’aide d’un officier patriote du
Centre de Démobilisation de Marseille, un certain nombre d’entre nous, dont
moi-même, réussit à se faire démobiliser.
J’ai appris par la suite que nombre de nos camarades qui ne parvinrent pas à se
faire démobiliser ont été déportés en Allemagne, de même qu’un certain nombre
d’Espagnols envoyés dans des camps d’internement. Pour moi, commença une
nouvelle phase de la lutte antihitlérienne. À Lyon, je contactai les organisations
juives de la résistance. Envoyé à Roanne (Loire) j’y pris la direction des groupes
de combat juifs. À partir du 1er août 1943, nous combattions au sein du maquis
F.T.P.F. du secteur Paul-Vaillant-Couturier. À mon initiative fut constituée avec
l’aide des camarades André Colombé (Dédé) Français, et Antonio Caligaris (Tony)
Italien, la 6e Compagnie F.T.P.M.O.I. du 302eBataillon Roanne Loire. Elle était
composée de 30 jeunes Juifs et d'un certain nombre de combattants de toutes
origines. Cette Compagnie prit le nom de Charles Wolmark, assassiné par les nazis
en 1944.
Nous prîmes part aux combats contre les troupes allemandes battant en
retraite en direction de l'Allemagne. Nous avons pourchassé les Allemands
jusqu'à 50 kilomètres de Roanne.
Fin novembre, nous fumes envoyés la frontière italienne, où on nous incorpora
78
CHAPITRE I Prologues.,

dans le 99e Régiment d’Infanterie Alpine. Nous avons occupé des positions
avancées dans la montagne. L'hiver y était rude, mais le moral était excellent.
Enfin, le 26 avril 1945, nous reçûmes l'ordre de pénétrer en Italie ; nous nous
sommes arrêtés à Turin. Grande fut ma joie quand, en tant qu'adjudant-chef de
l'armée française, je fus convoqué, le 8 mai 1945, vers 15 heures, à l’état-major
du régiment, où je reçus la mission de former une patrouille pour faire sonner les
cloches dans toutes les églises de Turin annonçant la défaite définitive du Reich
hitlérien et la victoire des Alliés. Les cloches sonnaient la victoire, notre auto
avançait lentement, arrêtée continuellement par la foule rassemblée dans les
rues. J'étais fier de participer activement à cet évènement historique. Je ne
l'oublierai jamais. »
L’épopée de Benjamin Lewinsky « De la guerre d’Espagne à la guerre mondiale,
récit remarquable, bon compagnon du précédent (1er BMVE).
Par un beau soir de mars 1984, peu avant ma retraite, je rentrais chez moi avec
un exemplaire de La Vanguardia sous le bras, qu’un client catalan avait laissé
dans sa chambre, en quittant l’hôtel de Nice où je travaillais.
J’étais à cent lieues de me douter que la lecture de ce journal de Barcelone,
allait me bouleverser à un tel point qu’elle provoquerait en moi une émotion si
forte que, cette nuit-là, toute une période dramatique de ma vie allait resurgir
dans ma tête, me ramenant brusquement cinquante ans en arrière, aux
évènements tragiques qui avaient entraîné la brutale disparition de la jeune
République espagnole, écrasée par le fascisme international, sous les regards,
presque indifférents, des pays démocratiques s’abritant derrière une cynique
non-intervention, la conscience tranquille.
Ayant rarement l’occasion de lire la presse espagnole, je lus La Vanguardia de
« cabo a rabo » et tombais soudain en arrêt, sous l’emprise d’une indicible
émotion, en parcourant un article de la rubrique littéraire, où un philosophe
américain expliquait les motivations d’un certain George Orwell, écrivain anglais,
auteur du best-seller «1984», qui l’avaient incité — à la fin de 1936 — à s’engager
dans les Milices du POUM, parti politique de gauche, marxiste et léniniste, de
tendance trotskyste, pour aider les républicains espagnols — désarmés — à se
défendre contre le fascisme.Comment un Français, juif polonais d’origine, dont
la langue maternelle devait être le yiddish, était-il si familiarisé avec l’idiome de
Cervantes et ému à un tel point, par un article à première vue anodin ?
L’explication en est fort simple, car, à la fin de 1936 et à peine âgé de 20 ans,
j’étais le capitaine commandant l’unité internationale du POUM, unité fort
disparate, composée d’une centaine de jeunes catalans, encadrés par des
volontaires étrangers, dont beaucoup étaient des vétérans de la guerre 14/18 et
79
CHAPITRE I Prologues.,

parmi lesquels il y avait une forte section de britanniques dont quelques


personnalités remarquables de l’Independent Labour Party.
J’eus beau tourner et retourner ce nom dans ma tête, George Orwell me restait
complètement inconnu. M’imaginant alors qu’il pouvait s’agir d’un « pen’s name
», je pris le problème à rebours et m’arrêtai finalement sur un syndicaliste fort
connu et respecté — Bob Edwards — et sur un grand échalas d’intellectuel — Eric
Blair — les seuls, à mon avis; ayant les qualités potentielles d’un possible écrivain
parmi mes compagnons anglais, les miliciens qui combattaient avec moi en 1937
et dont je me souvenais parfaitement des noms.
Après ma mise à la retraite, je me rendis un jour à la bibliothèque municipale
de Nice et consultai les titres disponibles de ce mystérieux George Orwell. Une
traduction de son Homage to Catalonia m’attira immédiatement, je la demandai
aussitôt et dès l’avant-propos je vis que je ne m’étais pas trompé. Orwell, mon
mystérieux Orwell n’était autre que mon vieil ami Eric Blair, le seul Anglais à
parler un excellent français et qui m’avait été d’un grand secours lorsque j’avais
des problèmes linguistiques avec mes camarades britanniques.
Dans les Milices espagnoles, au début de la guerre civile, une grande
camaraderie régnait entre officiers et simples miliciens. Les miliciens avaient le
droit de donner leur opinion et les officiers en tenaient souvent compte. Donc, le
livre en main et sachant qui l’avait écrit, je le dévorai d’une traite, étreint par une
émotion incommensurable, car, dès le second chapitre, il me fit une large place
dans son récit. Il me fit revivre nos souffrances de l’époque, nos constantes
privations, la crasse due au manque d’eau et nos combats, nos coups de main
plutôt, car nous manquions d’armes offensives, pas d’artillerie, très peu de
mitrailleuses, le POUM se heurtant constamment au blocage que le PSUC (parti
communiste stalinien) provoquait contre nous dans les hautes sphères « del
Ejercito del Este » (Armée de l’Est).
Ses grands dons d’écrivain me mirent les larmes aux yeux lorsqu’il relata le long
calvaire de George Kopp, mon chef direct, ce colosse au grand cœur, mon grand
ami qui m’avait mis à la tête de la Compagnie de miliciens que je commandais. Je
dévorais les pages et, au fur et à mesure de leur lecture, je réussis à percer le
mystère des évènements des journées de mai 1937 à Barcelone et les raisons de
la dissolution de la 29e Division Lénine du POUM, durant l’été de cette même
année, dissolution à laquelle j’avais assisté, contraint et forcé, dans une caserne
de Barbastro — entre Lérida et Huesca — m’obligeant à suivre les conseils de
mes compagnons d’armes de l’Armée régulière : changer de nom et me rendre
—contrairement à mes désirs — à Albacete pour me mettre à la disposition des
Brigades internationales, pour pouvoir continuer la lutte.
80
CHAPITRE I Prologues.,

Que s’était-il passé en Espagne ? Orwell et Kopp, pourchassés sauvagement


par les staliniens du PSUC, ne purent participer qu’à la première année de la
guerre civile. L’Anglais, la mort aux trousses, obligé de fuir l’Espagne qu’il était
venu défendre contre le fascisme et qu’un ennemi imprévisible — le national-
communisme stalinien qui s’était implanté en Catalogne— menaçait à son tour.
Quant au commandant Kopp, arbitrairement emprisonné, il attendait
stoïquement les douze coups d’un peloton d’exécution de la Tcheka catalane. Je
vais essayer de compléter le récit d’Orwell, ayant eu la chance de sortir vivant du
front d’Aragon en. 1936/1937, des menaces sournoises du parti stalinien durant
l’hiver 1937/1938 et des combats durant l’offensive de Gandesa, à la tête d’une
Compagnie de l’Armée régulière, commandant une unité entièrement composée
d’Espagnols, de la 44e Division Pastor, Bataillon « Mencia ».
Pour moi, tout avait commencé après les flonflons des bals du 14 juillet 1936.
Les lampions à peine éteints, un coup de tonnerre venu d’Espagne m’annonça,
dans les journaux du 19 juillet 1936 que la veille, un Caudillo nommé Francisco
Franco Bahamonde avait provoqué un soulèvement pour écraser la République
espagnole, démocratique et souveraine — autant que légale — car elle était issue
des urnes, contrairement aux usages des nazis et autres fascistes, dont le système
de gouvernement était basé sur la brutalité la plus odieuse.
L’indignation du peuple français, révolté par l’action d’une caste militaire, était
à son comble. Les combats de rues à Barcelone et à Madrid — où le peuple ne
disposait que de ses mains nues pour faire face aux mitrailleuses — faisaient la
une de la presse parisienne et finalement après des journées de combats
sanglants et indécis, la résistance des démocrates espagnols permit de sauver la
moitié du pays, dont les villes les plus importantes.Le Parti communiste français
canalisa les efforts des ouvriers et des intellectuels de gauche, pour former des
Brigades internationales et les diriger sur le front de Madrid où les combats
faisaient rage. Franco reçut immédiatement l’aide logistique des Allemands et
des Italiens. Quant aux républicains, seuls l’Union soviétique et le Mexique leur
envoyèrent une aide, mais pourconsidérable qu’elle fût, elle ne suffisait pas et
les pays démocratiques européens avaient inventé la non-intervention. L’armée
espagnole étant passée au fascisme, la République dut créer des milices de bric
et de broc. Je me tenais au courant de ce qui se passait dans la péninsule voisine
et j’entrevoyais sérieusement la possibilité — moi aussi — de rejoindre l’Espagne
démocratique […]
Désirant me joindre aux républicains espagnols qui faisaient face au fascisme
hitlérien, lequel voulait s’implanter en Espagne et convaincu qu’en aidant les
démocrates espagnols j’aidais mes malheureux coreligionnaires juifs
81
CHAPITRE I Prologues.,

d’Allemagne, spoliés, roués de coups et même assassinés par les nazis, je décidai
de me rendre en Espagne par mes propres moyens.
Un matin de fin juillet 1936, ayant lu dans la presse parisienne qu’un cargo
espagnol — le Cabo San Antonio — effectuait à Marseille un chargement de
matériel et de denrées alimentaires devant appareiller sous peu pour Barcelone,
je pris le premier train du soir pour le grand port phocéen.
La surveillance très étroite exercée par la police portuaire de La Joliette
m’empêcha de me mettre en rapport avec les marins espagnols et, n’ayant pas
beaucoup d’argent, je me rendis — à pied et en autostop — en direction de la
frontière espagnole.
Je mis deux ou trois jours pour atteindre Puerto de la Selva — sur la Costa Brava
— que j’atteignis après avoir franchi, de nuit, les Pyrénées entre Cerbère et Port-
Bou, avec tous les risques que cela comportait, en contournant les nombreux
ravins et en escaladant les rochers des montagnes trop abruptes pour l’alpiniste
néophyte que j’étais.
Arrivé à Puerto de la Selva, je fus pris en charge par des gars du POUM et
conduit à Figueras, où d’autres volontaires étrangers se trouvaient déjà. Ayant
appris que le POUM était un parti marxiste non stalinien, je sympathisai
immédiatement avec mes camarades du partido obrero de unificación marxista
et bientôt nous rejoignîmes Barcelone et fûmes hébergés à l’hôtel Falcon, sur la
Rambla, en face de Novedades. Après être passé par la même filière que celle
décrite par George Orwell dans son livre Homage to Catalonia, j’arrivai sur le
front de Huesca en pleine ébullition. La forteresse médiévale de Monte-Aragon
venait d’être prise d’assaut, ainsi que le col de Estrecho Quinto, libérant ainsi la
route directe de Sietamo à Huesca. Tout le monde crut que Huesca allait tomber
d’un jour à l’autre, mais Huesca ne fut jamais prise et Franco lui conféra le titre
de Huesca La Invicta — Huesca l’invincible —.
L’unité à laquelle j’appartenais contrôlait la zone entre Tierz et Quicena. Je ne
sais si ces villages existent toujours, mais la petite bosse que je conserve sur
l’arcade sourcilière gauche se souvient très bien de la Fábrica de Guano de
Quicen où, à l’aube d’un matin d’octobre 1936, étant de faction, une balle
franquiste frappa ladite arcade, qui se fendit tout net et, tel un boxeur sur le ring,
la face ensanglantée, je poussai un cri, plutôt de surprise que de douleur, avant
d’être emporté vers le botiquín le plus proche, où un practicante, tout étonné de
me voir encore tenir debout, s’exclama « Vaya suerte muchacho ! ».
Pendant que je me remettais de mes émotions, se présenta un jour un énorme
bébé de près de cent kilos et mesurant un mètre quatre-vingt-cinq, à la figure
souriante et aux joues roses, me dépassant de la tête et des épaules.
82
CHAPITRE I Prologues.,

Je partageais ma « casita » avec un vieil anarchiste italien qui s’était réfugié en


France, grande gueule, fort sympathique malgré ses soixante « piges » et dont le
hobby était la cuisine, italienne naturellement, et tous deux nous étions en train
de savourer « ses » gnocchis qu’il venait de préparer, lorsqu’on frappa à la porte.
À mon adelante ! nous vîmes apparaître ce gros bébé qui se présenta, d’une voix
tonitruante et en français : commandant Georges Kopp, belge, de l’état-major de
Rovira qui était le nom du général qui commandait notre 29e Division.
Mon ami Mario Traverso, l’anarchiste, s’empressa de l’inviter à notre banquet
et tout en s’asseyant, le « Comandante » Kopp me regardait attentivement puis,
pointant son index vers moi me dit : Benjamin El Whisky, c’est bien toi ? En guise
de réponse, je lui souris en acquiesçant d’un hochement de tête, connaissant
l’innocente manie de mes camarades catalans qui m’avaient donné ce sobriquet.
Tout en savourant notre repas, Georges Kopp se mit à me parler, sautant d’une
langue à l’autre, en espagnol, en allemand et en anglais. J’étais un peu vert dans
cette dernière langue, mais mon ami Mario nous interrompit en italien en lui
disant de parler français, pour que tout le monde comprenne et Kopp nous
expliqua aussitôt l’objet de sa visite.
S’adressant directement à moi, il m’informa que le POUM occupait sur la route
de Saragosse, dans la Sierra de Alcubierre, un secteur dont il devait relever l’unité
qui s’y trouvait pour l’envoyer à l’arrière, pour un repos bien mérité. Pour cette
relève, il disposait d’une centaine de jeunes Catalans de la région de Lérida et
pour les encadrer il comptait sur trente ou quarante étrangers, principalement
des Belges francophones et des Anglais. Quant aux germanophones, ils étaient
envoyés systématiquement au Bataillon de choc du commandant Ritter, un
antifasciste allemand, ex-officier de l’armée allemande durant la Première
Guerre mondiale.
Le problème de Kopp était qu’il n’avait pas encore d’Espagnol tant soit peu
polyglotte pour « coiffer » cette nouvelle unité et il était à la recherche d’un
étranger parlant espagnol ; ayant entendu parler de moi comme d' « un valiente
franchute, algo polaco y mucho judío » qui parlait le castillan correctement et
assez bien le catalan, il était donc venu me voir.
Drôle d’affaire qu’il me proposait là. Je savais bien manier un fusil, un «
naranjero » (pistolet mitrailleur), une mitrailleuse, éventuellement un petit
mortier de 60′, peut-être lire correctement une carte d’état-major, mais à peine
âgé de 20 ans et jeune ouvrier fourreur je ne me sentais pas de taille à assumer
une telle responsabilité et je le lui dis.Le commandant Kopp était un homme de
décisions rapides et brusquement il me dit : « Tu seras nommé capitaine avant
huit jours et comme tu te sens si jeune j’ajouterai à ta « filiación » (état civil).
83
CHAPITRE I Prologues.,

quatre ans de plus. Je reviens après-demain te chercher pour t’emmener à


Alcubierre. Tu prendras le commandement de la Milice internationale que je te
confierai. Si tu as des problèmes, tu te débrouilleras avec les Anglais ou les
Wallons qui ont fait la guerre de 14/18. Comme tu parles allemand, j’essayerai
de t’envoyer un adjoint, avec de l’expérience, du « Batallón de Choque » du
Commandant Ritter ». Adjoint fantôme que je n’ai jamais vu.
Puis il partit me laissant complètement abasourdi, devant un Mario qui me fit
un cérémonieux salut militaire et comme un vieux taquin qu’il était, il se paya ma
tête en m’envoyant des « auguri ! auguri ! Signore Capitano. Che fortuna, amico
! ». Et voilà comment je fus nommé capitaine, commandant une Milice du POUM.
Nous étions en hiver sur les hauteurs des ingrates sierras des steppes aragonaises
à plus de 1 500 m d’altitude, il n’y avait ni eau pour se laver ni bois pour se
chauffer. Quelques semaines plus tard se présenta un Anglais du nom de Eric Blair
qui, sous le pseudonyme de George Orwell, raconta notre odyssée dans un livre
qu’il intitula Homage to Catalonia.
À l’époque des tragiques évènements de Barcelone — en mai 1937 —, je me
trouvais de nouveau sur le front de Huesca et je n’avais qu’un faible écho de ce
qui se tramait contre le POUM. En lisant le livre d’Orwell, je fis un retour en
arrière et je compris enfin, un demi- siècle plus tard, les raisons qui amenèrent le
Haut-Commandement « del Ejercito del Este » à dissoudre notre 29e Division
Lénine du POUM à Barbastro, en plein été de 1937. Dissolution à laquelle
j’assistai triste et impuissant.
Des officiers espagnols, qui ne s’occupaient que de la guerre et pas de
politique, me conseillèrent de me rendre à Albacete, où se trouvait le
commandement des Brigades internationales. Là aussi, je n’ai réalisé qu’avec un
demi-siècle de retard pourquoi mes amis insistèrent pour que je change de nom
et, pour appuyer leur amicale insistance, ils m’établirent un sauf-conduit pour
Barcelone et l’un d’eux me remit même une lettre d’introduction pour un de ses
amis, le général soviétique Antonov-Ovseyenko qui se trouvait au Consulat russe
de la capitale catalane. Par cette lettre, il recommandait, chaleureusement, son
camarade français — Bernard Launoy — qui désirait combattre sur le front de
Madrid, dans les Brigades internationales. (Je rappellerai que le Vladimir
Antonov-Ovseyenko fut fusillé sur ordre de Staline à son retour en URSS en 1938).
À Albacete, où tous les rouages étaient entre les mains des communistes
français, je me présentai un jour devant le commissaire politique de la base
arrière des Brigades. Il me demanda si je voulais rester à son service, comme
interprète. J’acceptai et je restai à Albacete jusqu’en janvier 1938.
En dehors de mes fonctions d’interprète — surtout avec le personnel espagnol
84
CHAPITRE I Prologues.,

de la base et les passagers ne parlant pas français — j’étais chargé du contrôle


des tickets de repas, dans un mess situé dans notre immeuble, en face de la voie
de chemin de fer.
Un jour, un élégant lieutenant, un Français blond et sympa avec l’air d’un fils à
papa vint me voir au sujet des tickets de repas et me montra ses papiers au nom
de Henri Suhard. Machinalement, je lui demandai si par hasard il ne serait pas le
« fils » du Cardinal Suhard, si célèbre en France. Il me répondit froidement que
non, mais que Son Éminence — frère aîné de son père — était bel et bien son
oncle. Du coup, j’eus un peu honte de ma plaisanterie. Ne voulant pas être en
reste, je lui serrai la main en me présentant : Bernard Launoy, « arrière petit-fils
du Grand-Rabbin de Varsovie ». Le nom était faux, la qualité réelle, mais il crut le
contraire […]
Il m’apprit que sa blessure — contractée sur le front de Madrid — étant guérie,
il était en attente d’une nouvelle affectation. Ce matin-là, le chef d’état-major,
qui était un Yougoslave du nom de Josip Broz (le futur Maréchal Tito) lui avait
proposé la direction du Centre de convalescence de Dénia, près d’Alicante, où se
refaisaient une santé les grands blessés et les grands malades des Brigades
internationales. Des malades du Centre s’étant plaints qu’un marché noir éhonté
s’était organisé — à la tête même de l’administration — l’état-major était à la
recherche d’un intellectuel dont l’honnêteté et la probité ne feraient aucun
doute. Un officier antifasciste, neveu d’un cardinal devait faire l’affaire, Henri
Suhard avait pensé qu’à nous deux nous pourrions nous en occuper
parfaitement. Le lendemain nous partîmes pour Dénia via Murcia, où nous
devions prendre livraison d’une ambulance désaffectée et qui devait nous servir
de camionnette, comme moyen de transport du Centre. On devait également
nous remettre — à Murcia — des médicaments, des cigarettes américaines, des
vêtements, du chocolat et d’autres douceurs pour soulager les souffrances de
nos camarades.
À l’hôpital de Murcia, j’eus le loisir de rencontrer de nombreux médecins juifs,
avec qui je m’entretins en yiddish, et je leur racontai les raisons de mon voyage…
Mais avec la menace franquiste de couper la zone républicaine en deux — de
l’ôté de Tortosa — après avoir confié le centre à un couple de médecins bulgares,
nous partîmes, Henri et moi, pour Barcelone.
Henri Suhard, voyant la partie perdue, rentra à Paris immédiatement. Je l’y ai
retrouvé au début de 1939, puis à la déclaration de la guerre, au moment où il
allait s’incorporer dans son unité.
On m’informa que j’avais été nommé officiellement au grade de capitaine, ma
nomination ayant paru au Diario oficial en même temps que celle d’autres
85
CHAPITRE I Prologues.,

officiers de la 29e Division, les choses s’étant calmées après la dissolution de la


fameuse Division du POUM, dont presque tous les éléments furent incorporés
dans l’armée régulière.
Nous discutâmes de la situation politique et militaire ; ce n’était guère brillant
du côté républicain. Néanmoins, l’offensive — surprise déclenchée par le colonel
Modesto sur l’Ébre dans la région de Gandesa — avait l’air de progresser
favorablement et je me risquai à rester en Espagne croyant aux miracles.
Je me présentai donc à l’état- major « del Ejercito del Este » où on s’empressa
de m’affecter à la 44e Division Pastor. Quelques jours plus tard, je rejoignis mon
nouveau Corps et je pris le commandement d’une Compagnie — entièrement
composée de jeunes Espagnols — du Bataillon Mencia. Un jour, une grande
opération fut montée dans la région de Villanueva de la Barca, au bord du Rio
Segré. Nous devions traverser la rivière, soutenus par quelques blindés, le Rio ne
charriant pas beaucoup d’eau. Toutefois, les franquistes nous jouèrent un sale
tour en ouvrant les vannes d’un barrage en amont du Segré, immobilisant nos
blindés, qui restèrent en rade au milieu de la rivière, notre belle attaque tombait
« à l’eau » dans tous les sens du terme. Quelques heures plus tard, une noria de
bombardiers allemands ou italiens nous cloua sur place nous occasionnant de
nombreuses pertes. Lorsque l’alerte fut déclenchée, j’éparpillai mes hommes
autour d’une église toute proche, précaution qui permit à ma Compagnie de
sortir presque indemne des terribles effets du bombardement.
En novembre 1938, Juan Negrin, le premier ministre espagnol, demanda aux
étrangers de rentrer chez eux, dans le vain espoir que Franco en ferait autant. Il
n’en fut rien. L’armée républicaine se sépara de ses volontaires étrangers, mais
les nazis et autres fascistes restèrent, pour achever leur oeuvre de destruction.
Un matin de novembre 1938, je dis « Adios » à mes « valientes compañeros » et
je partis à pied à travers champs, sous un fort bombardement d’artillerie et sous
une pluie froide et désagréable. À mesure que j’approchais de l’autocar qui tenait
lieu de quartier général à la Division, les obus de « diez y medio » (105) tombaient
à foison. Malgré tout, je parvins sain et sauf à l’autocar du Commandement de la
44e Division, où on me remit les papiers de démobilisation, que j’eus la précaution
de demander au nom de Bernard Launoy, né à Longwy-Haut (Meurthe &
Moselle). J’eus du mal à faire comprendre à l’officier qui devait établir mes
papiers, que la Commission française de rapatriement ne m’autoriserait pas à
rentrer en France, en tant que Benjamin Lewinski né à Varsovie (Pologne). Il finit
par comprendre et m’établit les documents selon mes désirs.
Documents que je déchirai et j’en éparpillai les morceaux sur la voie de chemin
de fer, dès que j’eus dépassé Perpignan, croyant que mon aventure espagnole
86
CHAPITRE I Prologues.,

était terminée à jamais. Il a fallu que je tombe — près d’un demi-siècle plus tard
— sur La Vanguardia, pour que mon vieux copain — Eric Blair — me fasse revivre
ce drame, une seconde fois.
En quittant l’Espagne, je savais que la démocratie espagnole agonisait et
qu’elle était sur le point de succomber sous les coups de la brutalité des nazis. La
péninsule ibérique — j’en étais convaincu — était jonchée des cadavres des
premières victimes de la Seconde Guerre mondiale, je venais donc de participer
aux prémices des futurs holocaustes.
La République espagnole agonisait, succombant non seulement sous les coups
de ses ennemis, mais victime, également, des coups bas de ses amis, soi-disant
tels et qui l’avaient trahie, les pays démocratiques l’abandonnant à son triste
sort. Ils ne tarderont pas à payer leur lâcheté […]
En 1936 — à Barcelone — avant de partir pour le front de Huesca, j’avais
entamé un réel effort pour apprendre rapidement l’espagnol. Je lisais la presse
catalane, entre autres La Batalla du POUM e la Solidaridadra des anarchistes
(imprimés en castillan) et Treball, en catalan d’obédience (organe du PSUC,
Partido socialista unificado de Cataluña), mais où les socialistes n’avaient pas voix
au chapitre. Toutefois, grâce à l’italien et au français, il m’était plus facile de
comprendre le catalan que le castillan.
La lecture du Treball était édifiante. Ses pages étaient destinées — presque
exclusivement — à dénigrer le POUM et les anarchistes. Ils en oubliaient
complètement le véritable ennemi, Franco et ceux qui aidaient Hitler et
Mussolini, les ennemis jurés de la démocratie espagnole. Parmi mes amis du
POUM, il y avait un éventail d’hommes de gauche, de véritables démocrates tels
que Joaquín Maurín, Andres Nín, Andrade Gorkín, etc. et tous étaient traités de
fascistes. Même Joaquín Maurin qui avait été assassiné en Galice au début de la
guerre civile n’était pas oublié dans leurs sarcasmes.
Début décembre 1938, lors de mon retour à Paris, j’appris le lâchage, la lâcheté
de Munich. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie venait d’être sacrifiée…
Lorsque je partis pour l’Espagne, je tiens à le répéter, j’étais surtout poussé par
ma sensibilité de démocrate et de « jeune » homme de gauche. Mais en voyant
le fascisme allemand intervenir, je voyais que le danger hitlérien, massacrant déjà
les Juifs depuis plus de trois ans, menaçait les démocrates espagnols. Ma
solidarité avec le peuple espagnol était ma façon d’aider les Juifs allemands,
pourchassés, spoliés et massacrés, sans pitié.
Les balles nazies tuaient ceux de ma race en Allemagne et leurs bombes
massacraient les enfants espagnols à Guernica et Almeria. Il était de mon devoir
de Juif, de Polonais et d’homme de sensibilité française, d’aider, autant que faire
87
CHAPITRE I Prologues.,

se peut, les Espagnols, qui couraient le même danger. J’étais parvenu à la


conclusion que le 18 juillet 1936 était, bel et bien, le commencement de la
Seconde Guerre mondiale. Mais il m’était difficile de prévoir qu’un demi-siècle
plus tard, le monde en souffrirait.
Me voilà à Paris, en septembre 1939, à quelques jours de l’automne et je fais
la queue du côté de la Gare Saint-Lazare, dans un drôle de bureau d’embauche.
Oui ! je fais la queue pour aller faire la guerre, une guerre que la France et
l’Angleterre ont été obligées de déclarer à l’Allemagne nazie, la Pologne, mon
pays natal, ayant été envahie, assommée, triturée et écrasée sous les bombes.
Je fais la queue ce matin-là, ayant lu la veille, dans la presse parisienne, que
des régiments de marche seraient formés pour permettre aux étrangers, résidant
en France, de s’engager pour défendre leur nouvelle patrie.
Depuis un mois, moi, je n’ai plus de patrie du tout, les Polonais ne voulant plus
de moi. Au retour d’Espagne, pour renouveler ma carte de séjour – périmée -, la
Préfecture de Police de Paris a exigé de moi un passeport polonais, en bonne et
due forme. Étant arrivé en France en 1925, à l’âge de 9 ans, porté sur le passeport
de ma grand-tante qui m’avait élevé, je n’en possédais pas. Le consul de Pologne
à Paris, consulté, me déclara tout de go qu’il pouvait m’en fournir un POUR UN
VOYAGE ALLER EN POLOGNE, afin d’y accomplir mon service militaire, vu que
j’avais 23 ans et que mes obligations, en tant que citoyen polonais, m’y
astreignaient.
Sachant et avec certitude que Hitler allait envahir la Pologne d’un jour à l’autre,
j’en fis la remarque au consul, qui voulut me jeter dehors. Devant mes
protestations, il appela le sympathique flic qui était de faction devant le Consulat,
à qui j’expliquait mon cas, lui disant que je refusais de me rendre en Pologne pour
me faire massacrer. Finalement, on me remit un papier stipulant que, bien que
né à Varsovie, je ne remplissais pas les conditions prouvant ma citoyenneté
polonaise. En tant qu’apatride, ma carte ds séjour fut renouvelée et je pus,
quelques mois plus tard, m’engager dans les RMVE, c’est-à-dire les Régiments de
Marche de Volontaires Étrangers, pour la durée de la guerre.
Que je le voulusse ou non, j’étais obligé d’être volontaire. Mes origines d’abord
et mes convictions de démocrate m’y obligeaient. Un Juif, né en Pologne et
habitant en France ne pouvait agir autrement. En faisant la queue, je
gambergeais. Il y a moins d’un an que je suis revenu de la guerre d’Espagne où je
suis resté plus de deux ans et demi à combattre les fascistes de tous bords. Les
bombardements, les attaques à la grenade, les privations et la crasse, la crasse
sur la peau et dans la tête des gens. Finalement, je signe mon acte d’engagement
: Benjamin Lewinski, né à Varsovie (Pologne), nationalité : apatride. Puis je
88
CHAPITRE I Prologues.,

demandai : « et maintenant, qu’est-ce que je fais ? » On me répondit : « Vous


serez convoqué pour être incorporé dans deux ou trois semaines. »
J’habitais et je travaillais chez un cousin artisan fourreur, dont la mère, une
sœur de ma grand-mère maternelle, m’avait élevé en Pologne, depuis 1920,
année de l’effroyable épidémie de typhus qui fit, à Varsovie, des dizaines de
milliers de morts. C’était aussi l’époque de la meurtrière guerre d’Indépendance
de la Pologne contre l’invasion bolchevique. Durant cette épidémie moururent
ma mère et mes grands-parents. Quant à mon père, soldat polonais du Tsar, il
était prisonnier des Allemands depuis 1917.
En septembre 1939 – à la déclaration de la guerre – mon cousin fit évacuer sa
femme et ses deux enfants vers Le Mans. Lui et moi étions restés à Paris pour y
travailler et sa mère s’occupait de la maison. Une semaine avant la convocation
de l’Intendance, je décidai d’aller dire au revoir à mes petits cousins que je
considérais comme mes petits frères.
Je partis donc pour Le Mans en enfourchant un vieux vélo. 215 km à parcourir.
Entre Chartres et Nogent-le-Rotrou, je croisais des troupes, anglaises et
françaises, se dirigeant probablement vers l’Est. Je croyais revoir les troupes, les
mêmes équipages de chevaux que dans les films sur la guerre 14/18 tels que « A
l’Ouest rien de nouveau » ou « Les croix de bois ». Je regardais défiler une armée
à peine mieux lotie que l’armée républicaine espagnole. Les franquistes avaient
d’autres armes, un matériel allemand bien plus moderne dont une artillerie
autotractée plus mobile et mieux préparée pour une guerre nouvelle. Depuis
1933, il était visible que les nazis s’organisaient pour prendre leur revanche sur
la défaite subie en 1918. N’importe quel esprit sain pouvait s’en rendre compte,
à condition de bien vouloir le voir !
Lorsque Hitler remilitarisa la Rhénanie, il n’y eut que de vagues protestations
de la part des gouvernements français et anglais. Je me rappelais une
conversation que j’eus avec Orwell en 1937 qui me fit part de son indignation
envers une certaine noblesse britannique qui faisait étalage de son admiration –
ostensiblement – envers Adolf Hitler. Toujours est-il que Hitler, ayant liquidé la
Pologne, se sentant à l’aise du côté slave, grâce à son pacte de non-agression,
faisait venir vers l’Ouest ses divisions blindées pour « s’occuper » derechef de la
rance. Où m’étais-je donc fourré ? De toute façon, je n’y pouvais rien. Rien
d’autre qu’attendre.
Début octobre 1939, je fus convoqué par l’Intendance de la rue de Reuilly et
au cours du même mois, je partis avec des milliers d’autres étrangers, en train,
dans les Pyrénées Orientales dans l’immensité sablonneuse du Camp de
Barcarès, pour y suivre une instruction militaire. Décidément, quand il y a de la
89
CHAPITRE I Prologues.,

bagarre dans l’air, c’est toujours en Catalogne que je me retrouve. En Espagne,


c’était de l’autre côté des Pyrénées et maintenant c’est de ce côté-ci.
À Barcarès (certains disent « au » Barcarès) où nous étions plus de vingt mille
étrangers ayant répondu à l’appel de la France, on nous enseigna rapidement
l’art et la manière de nous faire massacrer à Soissons et à Péronne. Ainsi, Georges
Kopp, mon ami et mon supérieur hiérarchique dans la 29e Division en Espagne,
s’étant échappé de la Tchéka catalane de Barcelone, y a laissé sa santé,
grièvement blessé sur les bords de la Marne. Il est mort des suites de ses
blessures, presque en même temps que son camarade et beau-frère Orwell en
1951.
Pourquoi ne me trouvai-je pas sur les champs de « massacre » entre la Marne
et la Belgique ? Le hasard, ce hasard que, si j’étais croyant, j’appellerais la
Providence. En janvier 1940, mon « instruction militaire » terminée, une note de
service, affichée sur la porte du bureau de ma Compagnie, attira mon attention.
Elle disait, plus ou moins, ce qui suit :
« Un bataillon spécial sera formé par des volontaires étrangers. Il fera partie
d’un corps expéditionnaire destiné aux États du Levant (Syrie et Liban). Les
volontaires peuvent s’y faire inscrire. La liste sera close dès que l’effectif de ce
bataillon sera atteint ».
Naturellement, je fus l’un des premiers à m’inscrire, à l’étonnement de mes
camarades et à la stupeur de ma famille. La liste ne fut jamais close, le quota
n’ayant pas été atteint. Je savais que ma chance était là et je ne me trompais pas.
En février 1940, notre Bataillon fut embarqué sur le Patria et huit jours plus tard
nous débarquâmes à Beyrouth pour être immédiatement dirigés sur Baalbeck,
dans la vallée de la Bekaa où à ce qu’il paraît Dieu installa le Paradis terrestre
pour l’homme, mais dont l’homme fit un enfer qui, tel que celui du Dante, avait
l’air d’un barbecue.
Arrivé à Baalbeck, notre Bataillon fut baptisé IIe BMVE – Bataillon de Marche
de Volontaires Étrangers – et on nous installa dans une très belle et moderne
caserne, proche de la gare, sur la route de Beyrouth. On apercevait, de l’autre
côté de la ville, les magnifiques et très hautes Colonnes de Jupiter.
En 1940, il y avait à Baalbeck d’autres militaires, un Bataillon du 6 e Régiment
étranger d’Infanterie de la Légion. À cette époque, la plupart des légionnaires
étaient des réfugiés antifascistes allemands, polonais, tchèques, yougoslaves et
surtout de nombreux républicains espagnols. En somme, les Régiments étrangers
étaient composés d’éléments qui ressemblaient – à s’y méprendre – aux Brigades
internationales, que j’avais connues en Espagne.
Après le 10 mai, les journaux français de Beyrouth nous apprirent la tournure
90
CHAPITRE I Prologues.,

tragique que prenaient les combats en France. Tous les jours je traduisais, pour
mes camarades espagnols, les comptes-rendus du carnage et de la débâcle. Puis
survint l’armistice de la honte et du désespoir. Mes amis espagnols étaient aussi
désespérés que moi.
Comme l’Angleterre continuait la guerre, beaucoup de volontaires espagnols
désertèrent pour passer en Palestine et continuer le combat avec les
Britanniques. Ils partirent à bord de camions qu’ils réquisitionnèrent à la hâte.
Presque tous furent arrêtés avant d’atteindre la frontière dans le triangle Tyr-
Sidon- Merdjayoun, par les légionnaires du 6e REI et les gendarmes Tcherkesses.
Moi aussi, je désirais ardemment passer en Palestine, mais grâce à un ami
chiite, j’étais au courant de ces arrestations massives. C’est lui qui m’informa de
l’appel du Général de Gaulle et que des milliers de soldats français, de retour de
Norvège, s’étaient rangés sous ses ordres et qu’une bonne partie des colonies
d’outre-mer s’étaient jointes au Général.
Une idée germait dans mon esprit. Je pensais qu’il était préférable de se
présenter aux Turcs, plutôt que de déserter par la voie directe, vers la Palestine,
les « pétainistes » nous attendant au tournant, à la frontière.
Vers la fin juin, j’en parlai avec des amis espagnols, comme moi anciens
officiers de l’armée républicaine. L’idée leur plut et nous commençâmes à
organiser notre fuite « vers l’avant ». Un beau matin, à l’aube, nous
réquisitionnâmes deux camions Citroën et nous partîmes (98 espagnols ainsi que
deux autres juifs) avec deux jours de vivres. Nous fonçâmes en direction de
Homs- Hama-Alep et Abou Kemal où j’estimais que devait se trouver la première
ville turque, non loin de la frontière. Les réservoirs de nos camions étaient pleins
à ras bord, et nous pensions pouvoir atteindre cette frontière sans trop de
problèmes, profitant de la pagaille qui régnait dans l’armée.
Entre Hama et Alep, nous fûmes arrêtés par un barrage, que des militaires
avaient établi sur la route, à peine avions-nous contemplé les magnifiques jardins
sur l’Oronte – chers à Pierre Benoit – les oreilles encore assourdies par le vacarme
de l’immense noria – grâce à laquelle ces jardins sont irrigués – à l’entrée de la
sinistre ville de Hama, dont les femmes vêtues, ou plutôt couvertes, de la tête
aux pieds, de leurs tchadors noirs donnaient à cette cité un air sinistre. Arrêtés,
nous fûmes incarcérés à Homs, dans les locaux disciplinaires du camp des
Polonais, qui eux avaient réussi à passer en Irak, avec les Anglais. Du moins je le
crois. Durant deux mois, nous restâmes emprisonnés. Entre temps, le IIe BMVE
fut dissous… et rejoignit Homs. Dissolution dictée par la commission allemande
d’armistice. Les volontaires continuèrent – comme tous les militaires – à porter
le même uniforme, à conserver leurs armes et à être payés selon leur grade. La
91
CHAPITRE I Prologues.,

seule différence était qu’ils émargeaient sur des feuilles de paie spéciales du
Groupement des Travailleurs Étrangers du Levant (GTEL).
À la fin de l’automne 1940, le GTEL fut ramené à Baalbeck et en janvier 1941 –
pendant que j’essayais d’organiser une autre désertion en escaladant mont
Hermon, pour passer en Galilée par le Golan – j’eus un lamentable accident. Mon
chirurgien était un jeune toubib, le Docteur Huot, qui fut mobilisé au début de la
guerre. Je m’aperçus un jour de manière fortuite qu’il était, comme moi, un
sympathisant de De Gaulle. Il me dit un jour de façon très rapide : Dans la
chambre 12, il y a un blessé palestinien « un juif » qui a peut-être besoin d’aide !
Jusqu’à mon lit de mort, je me rappellerai cet échange émouvant entre deux
Juifs estropiés, moi l’ashkénaze et lui le Sabra Sefarad. Il avait été arrêté par la
police de Vichy, lorsqu’il essayait de faire passer en Palestine des juifs, des
transfuges venant d’Europe via la Turquie. Au moment de l’interrogatoire, il avait
essayé de s’échapper en sautant par la fenêtre du premier étage, s’était fracturé
une jambe et aussitôt emmené à l’hôpital. Il me dit aussi que sa jambe guérissait
plus vite qu’il ne s’y attendait, grâce à l’excellent docteur qui le soignait et qu’il
comptait « s’envoler » de l’hôpital dans une semaine ou deux.
Mes genoux guérissaient lentement, mais ils guérissaient, je commençais à
pouvoir les plier, les rotules et les ménisques répondaient à mes sollicitations. En
mai 1941, je tombai par hasard sur un poste palestinien qui donnait des
informations en yiddish et je sus ainsi que les FFL se trouvaient en Palestine, dans
un camp proche de Haiffa. Du coup, je n’eus rien d’autre en tête que de hâter ma
guérison. Mon idée était de rejoindre mon unité à Baalbeck et – grâce à ma
convalescence – organiser une nouvelle « fugue » pour rejoindre les Forces
Françaises Libres, qui se trouvaient à moins de 200 km à vol d’oiseau.
Arrivé à Baalbeck, avec un mois de convalescence en poche, j’eus tout loisir
d’organiser ma « belle » et je me mis rapidement en cheville avec deux Roumains,
deux Tchèques et un Suisse. Au dernier moment, se joignit à nous un Marocain
espagnol. C’était un « réfugié espagnol », ex-déserteur de la cavalerie maure de
Franco.
Comme les dimanches matin il n’y avait pas d’appel, nous partîmes un samedi
soir, nos musettes bien remplies de boîtes de conserve et nos bidons de deux
litres pleins d’eau. Notre intention était de rejoindre le Mont-Hermon et, si nous
parvenions à l’escalader sans incident, la descente vers la Galilée serait facile et
la réussite de notre « virée » ne ferait aucun doute. Il nous fallut presque une
semaine pour atteindre le sommet du mont Hermon qui culmine à 2 825 mètres.
Heureusement, même au début juin, il y avait de la neige à plus de 2 500 mètres
d’altitude et nous pûmes remplir à nouveau nos bidons, complètement vides.
92
CHAPITRE I Prologues.,

Nous nous déshabillâmes et prîmes un formidable bain de soleil et « de neige


».
Nous nous reposâmes un peu, en attendant que la nuit tombât. Un campement
entouré de barbelés nous arrêta bientôt. Dans la pénombre, nous distinguions
des baraquements – bien alignés – à l’européenne. Ce ne pouvait être qu’un
kibboutz et, brusquement je pris mon courage à deux mains et me mis à crier, de
toutes mes forces et en yiddish, que nous étions sept militaires français, en
uniforme, mais sans armes, dont un juif, originaire de Varsovie et six « Goïms »
(chrétiens).
Bientôt une voix de jeune fille me répondit dans la même langue. Soudain,
plusieurs baraquements s’éclairèrent et des jeunes gens armés nous ouvrirent,
en dégageant les chevaux de frise qui bouchaient l’entrée. Je leur dis, d’une voix
forte Toda Raba ! (Merci beaucoup) et brusquement une jeune fille se sépara du
groupe, courut vers moi et m’embrassa sur la bouche de toutes ses forces.
Le lendemain, tard dans la matinée et après avoir dormi dans une grange, nous
étions bien reposés et bien propres quand la police anglaise vint nous chercher.
On nous interrogea. Puis je rejoignis les FFL La 13e Demi-Brigade de Légion
Étrangère de la 1re Division de la France Libre était une Unité « française »,
cantonnée à Qastina, dans la banlieue de Haiffa.
Le camp français était presque vide, le gros des FFL était déjà en Syrie, dans la
région de Damas.À Qastina ne restaient que quelques bureaux et une Compagnie
sous le commandement du Capitaine Paris de la Bollardière.Ce fut devant lui que
je signai mon acte d’engagement pour les Forces Françaises Libres et pour la
durée de la guerre, et je fus aussitôt affecté à sa Compagnie, dont la plupart des
« anciens » avaient participé au débarquement de Narvik, en Norvège, en avril
1940. À ma connaissance, la 13e DBLE est peut-être la seule unité française ayant
combattu – sans défaillance – durant les six années de la Seconde Guerre
mondiale, jusqu’à la signature de l’armistice. Dans ses rangs ont combattu de
nombreux officiers et soldats, rescapés de la malheureuse armée républicaine
espagnole, avec abnégation et courage. Combien en ai-je vu tomber sous les
coups des nazis durant les quatre années que nous combattîmes ensemble, en
Libye, en Italie et en France.
Au bout de quelques jours, le camp de Qastina se vida des éléments de la
France Libre, nous partîmes pour la Syrie. De furieux combats eurent lieu.
Personnellement, je m’en sortis miraculeusement, un 88 allemand, un obus qui
explose toujours eut pitié de moi en… n’explosant pas ce jour-là, tombant entre
mon ami Kelemen et moi, pendant que nous nous creusions un trou individuel
pour nous protéger. Nous nous relevâmes, plus morts que vifs, couverts de sable
93
CHAPITRE I Prologues.,

de la tête aux pieds, nous regardant, blancs comme des statues de sable avec le
sentiment d’être revenus vivants du jugement dernier.
La Campagne de Syrie terminée et pendant que les combats faisaient encore
rage au Liban, les Russes, qui se croyaient à l’abri, reçurent l’avalanche
meurtrière des hordes nazies, qui cherchaient à s’emparer des récoltes
ukrainiennes et du pétrole de Bakou. L’invasion eut lieu plus tôt que prévu, les
calculs de Staline se révélèrent faux, les « capitalistes » français n’ayant résisté
que quelques semaines, donnant une victoire éclair à la Wehrmacht, qui lui
permit -moins d’un an après – de fondre sur l’Armée rouge, désemparée depuis
trois ou quatre ans, Staline l’ayant décapitée.
Oui ! l’Armée rouge, décapitée par Staline ne put résister au terrible choc des
Allemands et reculait de tous côtés. La terre russe était rougie des flots de sang,
versés par ses enfants, surtout à cause de la malfaisante politique stalinienne
envers cette armée dont les principaux chefs furent lâchement assassinés sur son
ordre. La 13e DBLE se réorganisa avec l’aide des Anglais et les FFL furent
incorporés dans la 8e Armée, en automne 1941. Au début de 1942, nous
quittâmes nos quartiers d’hiver d’Alep que deux ans auparavant je n’avais pas
été capable d’atteindre, et en avant ! pour les tempêtes de sable de Libye, que
les Anglais appelaient The Western Desert. Au début de cette guerre saharienne,
nous n’eûmes que peu de problèmes avec les Italiens de la Division Ariete, mais
lorsque Rommel mit son grain de… sable avec son formidable Afrika Korps, la
vraie guerre commença.
En juin 1942, ce fut un sauve-qui-peut général, une traversée du désert dans
tous les sens du terme. Mon camion de ravitaillement, grâce à une réserve de
fûts d’essence et d’eau, ne s’arrêta qu’à Helouan, dans la banlieue du Caire. Fin
octobre 1942, la 8e Armée, remise à neuf par Montgomery, avec des chars plus
modernes et une excellente artillerie fort nombreuse, une aviation maîtresse du
ciel égyptien, nous reprîmes l’offensive, pour ne nous arrêter qu’en Tunisie – en
mai 1943 – où l’Afrika Korps et les débris des fameuses armées mussoliniennes,
encerclées dans la presqu’île du Cap Bon, durent se rendre et sans conditions.
À cause des luttes intestines en Afrique du Nord, nous, les Forces Françaises
Libres, nous fûmes obligés d’aller en Libye et de retourner dans les sables près
de Tripoli. J’étais persuadé, lorsque les Forces Françaises du Maréchal Juin furent
ramenées des Marches de la Toscane vers le sud de l’Italie, et embarquées dans
les ports de Tarente, Bari, Brindisi et même des ports d’Afrique du Nord, j’étais
persuadé que nous allions débarquer sur les plages yougoslaves où, avec l’aide
de la guérilla de Tito, notre Corps expéditionnaire, fort de plus de trois cent mille
hommes, balaierait facilement les unités allemandes d’éclopés ramenés de
94
CHAPITRE I Prologues.,

Russie en de bien mauvaises conditions.


Si Tito leur infligeait des pertes importantes nous, nous pouvions arriver à
Vienne en moins d’un mois. Pendant ce temps-là, les Allemands, ne sachant plus
où donner de la tête, se replieraient rapidement derrière le Rhin, sur le front
français, feraient remonter vers le Nord les troupes de Grèce, malmenées et
harcelées par la résistance grecque. Les troupes débarquées en Normandie et
celles débarquées en Yougoslavie feraient rapidement leur jonction du côté de
Prague, ou même plus à l’Est et la guerre pouvait se terminer avant la Noël 1944.
Aussi, quels ne furent pas mon étonnement et ma déception, lorsque le 13 août
1944 au soir, le bateau sur lequel j’avais été embarqué avec le 1er bataillon de la
13e DBLE, cingla vers l’Ouest, le lendemain matin notre bateau filait plein Nord,
donc vers le midi de la France, quelque part entre Toulon et Nice pour y être –
facilement débarqués -.
Ma déception fut atténuée par le fait que j’allais enfin retrouver la France, mais
je ne comprenais pas…
Nous étions dans le vrai, mes camarades belges et anglais et moi-même,
lorsque « nos penseurs », les Kopp, Orwell et Edwards nous expliquaient – et avec
quelle clarté – lorsque nous combattions sur le front d’Aragon – que ce 18 juillet
1936 était le commencement de la Seconde Guerre mondiale.
SATHONAY
Le Dépôt Métropolitain des Régiments étrangers, DMRE, fut officiellement créé
le 2 septembre 1939. Il dépendait du DCRE (Dépôt Commun des Régiments
étrangers), une unité de la Légion étrangère créée le 13 octobre 1933 et
administrée par le 1er Régiment étranger d’infanterie.
Quotidiennement, les trains bondés d'engagés volontaires quittaient la gare de
Lyon, les emportant vers Sathonay où se trouvait le dépôt de la Légion étrangère,
première étape avant la prise de contact avec les autorités militaires. Ces
volontaires eurent à subir l'hiver rigoureux de 39-40. Le passage de la vie civile à
la vie militaire fut brutal. En guise de lit, c'était la paille dans les baraquements
et le réveil lourd et glacial qu'un « jus » réchauffait un peu. Rassemblement sur
rassemblement, appel sur appel, visite d'incorporation, photographie de face de
profil, numéro de Matricule, empreintes digitales, etc. Cependant le moral
baissait… Encadré par des légionnaires de carrière, l'accueil était plutôt froid. Civil
il y a peu de temps encore, le nouveau soldat se trouvait face à des « blédards »
qui ne ménageaient ni insultes ni paroles « vertes » à ce bleu, quel que soit son
âge, sa condition sociale, s'il était père de famille, petit commerçant ou grand
industriel.
95
CHAPITRE I Prologues.,

L'uniforme interdisait déjà toute remarque ou réplique et les engagés


volontaires se taisaient, car ils en verraient encore par la suite des « vertes et des
pas mûres » …
Aux premiers jours de la mobilisation, les premiers réservistes et E.V.D.G. furent
dirigés vers le Fort de Vancia, mais ses vieux murs ne pouvaient pas accueillir à la
fois les nouveaux arrivants, l'encadrement du dépôt et les officiers. Les
légionnaires se virent donc être cantonnés dans les villages environnants causant
la surprise de la population locale, car certains d'entre eux parlaient allemand !
Fin septembre, ces légionnaires quittèrent les environs du Fort pour être dirigés
à La Valbonne.
À cette époque transitaient également par Vancia les « cadres blancs » issus du
er
1 Régiment de Tirailleurs algériens versés à la Légion pour pallier le manque
d'officiers et sous-officiers quand serait formé le premier régiment de la série.
Après réorganisation, les nouveaux arrivants, réservistes et E.V.D.G., durent
tout d'abord transiter par le Camp de Sathonay pour y être immatriculés et
recevoir un masque à gaz. Puis ils prirent la direction du Fort de Vancia pour y
signer l'engagement et percevoir un uniforme, enfin ils furent conduits à La
Valbonne pour l’instruction et l'entraînement militaires.
Les légionnaires d'active arrivèrent quelques semaines après la déclaration de
la guerre directement à la gare de La Valbonne pour former le premier régiment
de la série : le 11e R.E.I. D'autres contingents arrivèrent début 1940 pour former
le second régiment : le 12e R.E.I.
Du point de vue de l'Intendance, tout manquait : le couchage, la nourriture, les
divers équipements, l'armement. Les uniformes furent récupérés dans différents
stocks ou prélevés sur d'autres unités métropolitaines. Avant de quitter le Fort de
Vancia, les légionnaires donnèrent leurs vieilles tenues aux nouveaux arrivants et
en perçurent une nouvelle avec un nouveau paquetage plus ou moins complet.
Les mêmes problèmes se posaient au Camp de La Valbonne, les premiers
arrivants quittaient les lieux pour cantonner dans les villages des environs afin de
laisser la place aux nouveaux.
L'apprentissage militaire qui devait se faire au camp se poursuivit dans les
villages où les légionnaires formèrent des Compagnies d'Instructions. Puis ne
transitèrent plus à La Valbonne, que les légionnaires retenus pour être formés
aux différentes spécialisations (armement, FM, mitrailleurs, mortiers, canons de
25 mm antichars, transmission, conduite d'engins) les autres, intégrant
directement les Compagnies d'Instruction.
Tout légionnaire passa théoriquement à l'école de tir au camp, mais
l'instruction resta très sommaire, car les instructeurs manquaient de matériels et
96
CHAPITRE I Prologues.,

de munitions d'entraînement. Cette instruction fut complétée sur les lieux de


cantonnement des Compagnies.
Cette organisation resta la même jusqu'en février 1940 où furent créées des
Compagnies de passages pour les futurs renforts pour le front. À Sathonay, le 11e
Régiment étranger d'Infanterie était formé le 6 novembre 1959 essentiellement
avec des Légionnaires d’active ou de réserve ; le 12e R.E.I. suivit le 25 février 1940,
plus hétéroclite et avec apport de 900 E.V.D.G. venant de Barcarès.
Enfin, le dépôt avait eu en charge de maintenir les effectifs d'une troisième
unité nouvellement formée : la 13e Demi-Brigade de Légion étrangère (13e
D.B.L.E.) créée le 20 février 1940 à Sidi Bel Abbès.
Mais les évènements de juin 1940 ne le permirent jamais. Le seul renfort
qu'envoya le dépôt fut pour le 11e R.E.I. après ses combats du Bois d'Inor et du
Neudant : 90 légionnaires équipés de tenues et équipements neufs modèle 1938.
LE CAMP DE BARCARÈS
La loi française ne permettait pas à un étranger de contacter un engagement
dans une unité de l’armée française. Aussi avait-on prévu un Centre mobilisateur
spécialisé, annexe du dépôt commun des Régiments étrangers de Sidi Bel Abbès,
dont il devait recevoir ses noyaux actifs, et basé au fort de Vantia près de Lyon. Il
commença par mettre sur pied le 11e Régiment d’Infanterie, puis le 12e et
compléta la 13e demi-brigade venue d’Afrique du Nord et qui fut envoyé en
Norvège. Mais il y eut un tel afflux de candidats à l’engagement que la création
d’un deuxième centre d’engagement et d’instruction s’avéra nécessaire. Créé un
mois après la déclaration de guerre, il prit le nom de « Dépôt Commun des
Régiments de Marche de Volontaire étrangers » (D.C.R.M.V.E.) et fut installé au
camp de Barcarès dans les Pyrénées-Orientales. Il reçut la mission de recruter,
former et instruire les 1er, 2e, 3e Régiments de Marche de Volontaires Étrangers
qui par la suite, et pour éviter toute confusion avec les régiments d’active et ceux
formés à Vantia prirent les numéros 21, 22 et 23. Un bataillon autonome destiné
à la Syrie fut aussi créé. À l’issue des combats, 13 Citations à l’ordre de l’armée
furent accordées dont 5 aux régiments étrangers, les 11e, 12e, R.E.I., le 22e
R.M.V.E. et la 13e Demi-brigade. Ainsi, à eux seuls 20 000 fantassins étrangers ont
glané à eux seuls le tiers des distinctions accordées à toute l’Infanterie
Barcarès (66) était alors un petit village sur la côte méditerranéenne. Doté en
temps de paix de tous les désavantages et aucun des avantages de la proximité
de l’Espagne, le village était un endroit de vacances à prix modiques pour la classe
moyenne française. Le témoignage de ces vacances résidait dans le petit
restaurant La Langouste qui Chante et dans un modeste petit hôtel, le seul

97
CHAPITRE I Prologues.,

bâtiment en dur du camp, nommé peu modestement Le Lido qui fut transformé
en casino pour les officiers.
Le camp de Barcarès, éloigné de ce misérable patelin de cinq ou six kilomètres,
se trouvait donc à dix-sept kilomètres au nord de Perpignan. Il était planté sur la
vaste étendue sablonneuse, appelée aussi le Lido, qui séparait l’étang de Barcarès
de la Méditerranée.
Le camp de Barcarès avait accueilli début 1938 les républicains rescapés de la
guerre d’Espagne. Les réfugiés républicains espagnols défaits y avaient construit
directement sur le sable des baraques Adrian. Les trois cents baraques en bois,
emblèmes du logement contraint, étaient rangées les unes à côté des autres. Les
alignements de ces baraques se faisaient le long d’une piste orientée sud-nord.
L’ensemble du camp ressemble plutôt à un camp de prisonniers ou de
concentration.
Les toits étaient recouverts de carton goudronné dont on fait les cabanes à
lapins. Ces cagnas mal isolées n’avaient pas de planchers, pas de tables, pas
d’armoires, pas de poêles. Elles n’offraient aux quarante hommes qui y logeaient
que des abris précaires. À part celui de petites fenêtres, l’éclairage n’existait pas.
On se servait de bougies. »
Témoignage de Pierre Abonyi, le 30 juillet 2010. « Le camp était composé de
baraques en bois en très mauvais état où logeaient au moins cent vingt
personnes. À l’intérieur, c’étaient des bat-flancs avec de la paille. Nous dormions
dans des sacs de couchage gris. Mais, au bout de quelques semaines, ceux-ci
avaient changé de couleur avec les déjections de puces. Ces baraquements ne
comportaient pas de fenêtres et n’étaient pas pourvus d’éclairage. Nous avons
dû installer l’électricité. Les cuisines n’avaient pratiquement pas de toits. Dès que
la Tramontane soufflait, le vent transportait le sable qui se mélangeait à notre
nourriture. Tout ce que nous mangions était rempli de sable. »
Les premiers engagés venant de l’extérieur du camp se présentèrent dès le
début d’octobre 1939. Ils avaient pris le train jusqu’à Rivesaltes. Des cars les
avaient amenés ensuite à Barcarès, puis au camp. Là, ils rejoignaient des
républicains espagnols logés dans des baraquements pourris, dépourvus de
l’hygiène et du confort les plus élémentaires.
En effet, rien n’avait changé au camp de Barcarès à l’arrivée des premiers
Volontaires. Les baraques construites en planches de bois sur le sable par les
Espagnols n’avaient toujours pas de planchers ni de planches.
On couchait sur la paille ; la paille provenait des réfugiés espagnols ; elle servait
de refuge à des milliers de punaises qui semblaient d'ailleurs s'entendre très bien
avec les poux de sable.
98
CHAPITRE I Prologues.,

Hans Habe dit avoir vu depuis de nombreux camps, y compris les camps de
réfugiés après la Deuxième Guerre mondiale, mais, comparés au « dépôt » qui
accueillit les Volontaires pour combattre pour la France, ils étaient tous des
paradis. Toujours pas de lit, ni même de semblant de lit. On couchait par terre, le
baraquement restait perpétuellement sale, on ne pouvait même pas exiger de
l'ordre, enfin c'était vraiment une honte.
Boris Holban, arrivé le 10 octobre à Barcarès, dressa un bilan désastreux des
lieux : les lits sont des sacs bourrés de paille posés sur de simples planches posées
à terre et envahis par les puces. L’extérieur des baraquements n’était pas mieux.
Aucun local sanitaire n’était disponible.
De-ci de-là se dressaient quelques fontaines rudimentaires dont les robinets en
plein vent distribuaient avec parcimonie une eau saumâtre. La saleté régnait
perpétuellement. Même l’hygiène la plus simplifiée posait des problèmes quasi
insolubles.
Les lavages à l’eau de mer n’empêchaient pas les invasions de puces dans les
matelas de céréales. Sans compter les punaises, poux, moustiques et autres
vermines qui les accompagnaient.
Les latrines étaient constituées d’une estrade en planches. Au-dessous
trônaient de gros bidons. Ils étaient vidés manuellement. On les transportait dans
des dépotoirs plus loin sur des brancards.
Alexandre Citrome est arrivé à Barcarès le 26 octobre 1939. Au début, toute
l’organisation du camp laissait toujours à désirer, ressemblant toujours
davantageà un camp de concentration qu'à une caserne. De vives protestations
et un début de révolte des engagés surgirent. Après trois semaines de grogne, ils
obtinrent finalement gain de cause. Un aménagement des lits et des locaux
s’effectua dans le cours du mois de novembre. De chaque côté du baraquement
et sur toute sa longueur, des planches furent fixées à une hauteur d'environ 60-
80 cm et séparées par une allée à même le sable.
Ces châlits de bois devaient faire office de couches à deux étages. Les paillasses
reposèrent au bout du compte sur ces assemblages de bois. Leprogrès de ne plus
coucher sur le sol réconforta les engagés. Les planches étaient nouvelles… On
dormait sur des planches de bois… Ils acquirent le sentiment de ressembler enfin
plus à une armée en campagne. C'était déjà bien mieux que de coucher par terre
avec nos paillasses pleines de puces, des puces en quantités incroyables, de ces
puces comme on en trouve dans les sables des bords de mer, et nous
commencions à ressembler à une armée en campagne.
En même temps, grâce à l’ingéniosité des républicains espagnols et pour le
plus grand bonheur des occupants, l'électricité fut également installée, (8
99
CHAPITRE I Prologues.,

décembre 1939, mais le soir les cables étaient rompus par la tempête...)
remplaçant les bougies malodorantes. Pendant du plafond, deux ou trois
ampoules dispensèrent une faible lumière.
L’évènement fut en buvant plus qu’à l’accoutumée pendant plusieurs jours le
vin rouge qui nous était servi quotidiennement dans des seaux remplis à ras bord
à chaque repas.
On manquait de couvertures, de matériel de couchage et de tout. Au début, il
n’y avait pas assez de gamelles pour tout le monde et la nourriture était précaire,
insuffisante et de mauvaise qualité. Il n’y avait pas de réfectoire. Trois fois par
jour, un vaste récipient était amené dans chaque baraque contenant un liquide
indéfinissable et, assises sur le bord de leurs lits, les recrues tendaient leurs boîtes
d’alu…, de grandes gamelles de prison. Le café noir était servi sans sucre. Le pain
s’accompagnait de camembert. Des sardines complétaient le tout. Le pain livré
cinq fois par semaine était si vert de moisissures que, même si les estomacs
grognaient, les Volontaires préféraient l’enterrer dans le sable. Deux fois par
semaine, il y avait du Singe, de la viande en boîte de métal datant de la Première
Guerre mondiale et qui méritait son nom.
Pourtant, il faut reconnaître qu’avec les protestations, cela s’améliora ; abonda
finalement une nourriture plus que satisfaisante et très saine, d’autant plus que
les Volontaires s’habituaient au changement de leurs conditions de vie. Deux
repas furent servis par jour.
Si les mets ne brillaient guère par la variété, ils étaient constitués cependant de
plats substantiels et toujours mangeables. Ils comprenaient des plats de viande
ainsi que des légumes tels des pommes de terre, des pois cassés ou des haricots
secs.
Ce n'était peut-être pas très varié, mais toujours mangeable et un bon dessert
achevait immanquablement le repas. Ils s’achevaient immanquablement par un
dessert potable. Seuls les plus délicats continuèrent d’estimer cet ordinaire
précaire et sa qualité mauvaise. Après la défaite, sous Vichy, la nourriture devint
bien plus médiocre dans les camps français. Toute une friperie pas très nette,
disparate et laissée pour compte par lesunités mobilisées était arrivée en vrac par
wagons entiers.
La première activité fut de trier, nettoyer et réparer pour que tout devienne à
peu près présentable. Les vêtements se limitaient à de vieux effets le plus souvent
bleu horizon, c'est-à-dire datant de la Première Guerre mondiale. Ils provenaient
des dépôts de différentes armes. Distribués au hasard, ils se déchiraient aux
moindres exercices. À l’intendance, personne ne dénichait d’uniforme complet à
sa taille. Il n’était pas rare de rencontrer un soldat bizarrement vêtu. Le pantalon
100
CHAPITRE I Prologues.,

kaki se trouvait régulièrement trop court ou trop long. Il détonnait avec la vareuse
azur, le calot ou le képi bleu foncé, voire le béret basque. Il était souvent suivi
d’un autre grotesque. Celui-là affichait à l’inverse culotte céruléenne et veste
grise. Il n’y avait pas de chaussures pour tous. Certains en portaient de pointures
trop larges ou trop étroites. D’autres devaient marcher en sabot.
Témoignage du Hongrois Pierre Abonyi, du 22e R.M.V.E. le 30 juillet 2010, se
souvenant de cette époque : « Nous n’avions aucune tenue identique. Pour ma
part, j’avais un pantalon de zouave, une veste de chasseur alpinSeuls le calot et
les bandes molletières étaient de couleur kaki. Pour finir, j’avais une capote bleu
horizon de la guerre 14-18. Quand j’ai eu ma première permission pour revenir à
Paris, la première chose que j’ai faite fut de m’habiller en civil, car j’avais honte
de cette tenue disparate. »
Le terrain sablonneux et une brise chaude arrivant du sud faisaient d’abord
penser à l’Afrique. Les moustiques pullulaient. En réalité, un climat
méditerranéen très rude couvre la région. La chaleur et la sécheresse de l’été y
frappent parfois insupportablement. Associée à un temps ensoleillé, y souffle
aussi un vent violent venant du nord-ouest, glacé et sec et qui s’accélère en
passant entre le Massif central et les Pyrénées, la tramontane. Elle se forme de
façon analogue à celle du mistral dont la force est due à l'étranglement et au
prodigieux couloir d'accélération rectiligne que constitue la vallée du Rhône.
Tandis que l’air chaud s’élève, le froid descend les montagnes. Établie aux mêmes
périodes que le mistral, la tramontane précède son sosie de quelques heures.
Enfin, elle s’arrête souvent avant lui. Elle dure plus de cent jours par année à des
vitesses allant jusqu’à cent vingt kilomètres à l’heure. Avant-guerre, dans le village
de pêcheurs de Port Barcarès, on ne rencontrait qu’un tourisme populaire bon
marché.
Les Volontaires arrivant se présentaient là aux portes de l’hiver. Un afflux
glacial les y réveillait bien avant l’aube. Heureusement, il y eut pour les
réconforter le petit déjeuner. »
Ilex Beller a décrit aussi le pénible hiver 1939-1940 au camp de Barcarès :« Une
longue nuit d’hiver 1939-1940, il fait froid, la “tramontane” se déchaîne sur le
sinistre camp dans la presqu’île couverte de sable. C’est un vent furieux qui
déracine les arbres et soulève les hommes en l’air. Des arbres, il n’y en a pas dans
le camp, alors le vent s’acharne sur le sable et la mer. Comme prises de peur, les
baraques s’enfoncent dans le sable et c’est à peine si on les voit.
L’hiver est plus dur cette année, même ici au Barcarès, près de la Méditerranée,
il gèle à pierre fendre, et la neige a envahi le camp. À l’intérieur des baraques, le
vent danse en soufflant, il amène la neige à travers les innombrables trous.
101
CHAPITRE I Prologues.,

Des deux côtés, tout le long des planches, les soldats volontaires d’origine
étrangère sont serrés les uns contre les autres sur la paille sous des couvertures
déchirées.
Il est six heures du matin. À l’entrée principale du camp, là où se terminent les
fils barbelés, se trouve le poste de garde. C’est une petite cabine en planche
devant laquelle se tient un soldat avec un fusil. Il est enveloppé de hardes et de
bandes jusqu’à la tête.
De la guérite sort un autre soldat habillé d’une espèce de burnous arabe ; de
ses plis sort une trompette. Il se met au garde-à-vous et commence à souffler
“Soldat lève-toi, soldat lève-toi”. Le vent disperse le son à travers le camp, et l’une
après l’autre, les baraques s’éclairent d’une faible lumière. La journée de travail
dans le camp du Barcarès a commencé. »
La première strophe de la chanson les puces de Barcarès était sur un air à la
mode :
Puces, puces, les puces barcaressiennes
Comme le sable au bord de la mer
Comme la neige aux sommets des Alpes
Leurs colonies sont innombrables
Elles constitueraient la plus grande armée du monde
Vents et sables, Puces et moustiques
Le voilà, le « bonheur barcaressien ».
(« Les puces de Barcarès », chanson de Jakob Gromb Kenig du 22e R.M.V.E.)
Il devint clair pour les Volontaires qu’ils étaient bien dans un camp de la Légion
étrangère. La musique jouait « Tiens, v'là du boudin ». À la seule différence que
les engagements avaient été signés pour la durée de la guerre (E.V.D.G), les
R.M.V.E. étaient entièrement bâtis selon les normes de la Légion étrangère.
Les gradés, du colonel en descendant jusqu’au plus bas sous-officier, tous ou
presque étaient d’anciens Légionnaires. Les Volontaires portaient le collet vert
avec la grenade à sept flammes de la Légion étrangère et un capot blanc sur leurs
képis. Ils chantaient « Voilà du boudin », le chant de la Légion et la discipline
correspondait exactement à ces règles.
La réalité, brutale, se chargea de dissiper les illusions d’Hans Habe d’être une élite
de la Légion. L’estampille était celle de la Légion étrangère, mais pas
l’entraînement. Celui qui avait choisi Barcarès comme centre d’entraînement
pour une guerre européenne ne pouvait être qu’un fou ou un saboteur.
Le fin sable méditerranéen était impropre aux exercices. Là où lequel le camp
était construit l’épaisseur du sable rendait impossible l’installation ne serait-ce
que d’une mitrailleuse en position et surtout il était hors de question d’y
102
CHAPITRE I Prologues.,

accomplir des marches, car on s’y enfonçait jusqu’aux genoux. Les exercices de tir
étaient aussi impraticables parce que la tramontane, un vent froid venant des
Pyrénées soufflait sur les sables à longueur de jour et de nuit et renversait les
cibles.
De plus, il n’y avait pratiquement pas d’armes. Pas plus 5 % des fantassins
avaient des « mousquetons », des fusils plus ou moins modernes, le reste avait
des fusils datant de 1891 à 1916. Hans Habe reçut un « Remington » long et effilé,
mais pesant huit kilos. Sa fermeture était rouillée si bien que la balle tombait, si
l'on ne tenait pas l'arme absolument à l’horizontale.
Fred Samuel du 22e R.M.V.E. a fait le tableau de cette misère :
— « Défendus à peine, contre les intempéries, il nous fallait aussi essuyer les
désagréments de chaque variation climatique. Lorsque la tramontane soufflait, le
sable nous cinglait le visage et s'immisçait dans les moindres recoins. Quand le
vent s'apaisait, c'était au tour des moustiques de nous harceler. Pourtant
personne n'aurait songé à se plaindre...
Dès mon arrivée au camp, j'eus la chance de rencontrer un capitaine que j'avais
recueilli un mois auparavant sur la route de Bordeaux. C'est ainsi qu'à ses côtés
je pris la direction de la Compagnie de Commandement en attendant l'arrivée des
officiers instructeurs. J'inscrivais les arrivants et formais Compagnies, Bataillons,
et jusqu'à former un Régiment tout entier.
Cette tâche avait l'avantage de m'occuper l'esprit. J'étais presque content de
me sentir utile. Les officiers arrivaient régulièrement, des volontaires en
provenance de régiments coloniaux ou autres, recrutés par circulaire pour venir
nous encadrer. On commença par nous confier des uniformes : équipements de
chasseurs alpins généralement de petite taille.
Ne trouvant pas de pantalon à mes mesures, j'improvisai un accoutrement dans
le ton. Je découpai mes pantalons sous le genou et nouai à la place les bandes
molletières que nous recevions. Je jugeai à ce bricolage que le métier
commençait à rentrer. Pour les chaussures, grâce à Dieu, j'étais parti avec une
paire excellente, ce qui m'évita de souffrir... »
Les conditions d’existence étaient tout aussi sévères pour les cadres que pour
la troupe. La pauvreté et l’indigence des équipements et de l’habillement
entraînaient un laisser-aller apparent qu’il fallait bien tolérer, comme un certain
débraillé bon enfant. La familiarité ne pouvait être évitée, car tout le monde se
retrouvait autour des mêmes robinets pour la toilette matinale. Le lieutenant
Brothier, un des rares officiers d’active se souvient que son ordonnance espagnole
l’appelait « papa » et que son arrivée dans les baraques, le matin, était saluée par
de joyeux « buenos dias papa » plutôt que par un réglementaire garde-à-vous ».
103
CHAPITRE I Prologues.,

Non portés sur la discipline formelle, les Espagnols n’en avaient pas moins une
solide expérience de la guerre. La décontraction était aussi de mises chez les Juifs
venant d’Europe centrale et dans l’armée d’Israël aussi la familiarité et le débraillé
sympathique feront un bon ménage avec le courage et une efficacité redoutable.
Extraits de l’article de Bernard Edinger paru dans Terre Magazine de l’armée de
Terre

Le poste de garde de Barcarès (Notre Volonté 1999) :


Ilex Beller rapporte un épisode de la vie au camp de Barcarès dans le numéro
20 (janvier-février-mars 2000) de Notre Volonté. « — Dans la baraque de Sroka ;
Sroka a été le premier à arriver dans cette baraque, c’est pourquoi les volontaires
juifs l’appellent “la baraque de Sroka”. Il s’y trouve depuis plusieurs semaines
déjà, mais il porte toujours des habits civils. Il possède seulement un calot
militaire et au lieu de l’appeler calot comme tout le monde, il l’appelle
“Pierichke” :
— “Chaim, tu n’as pas vu ma Pierichke”. Lorsque Sroka regarde dehors et voit le
temps qu’il fait, il dit :
— “Je n’irai pas secouer mes couvertures dehors aujourd’hui ; par un temps
pareil, c’est pécher de faire sortir même les puces”. À la distribution du café arrive
le sergent aux cheveux roux avec une bonne nouvelle.
Vu le mauvais temps, on ne fera pas d’exercice aujourd’hui, tout le monde reste
dans les baraques. On allume le petit poêle en tôle au milieu de la pièce et tout
le monde se rassemble autour. Les groupes se forment d’après les nationalités et
les langues. Les Espagnols sortent de quelque part les pommes de terre et ils les
104
CHAPITRE I Prologues.,

mettent à cuire pour tout le monde. En attendant, ils chantent des flamencos
nostalgiques qui les font languir à mourir. Le groupe juif se réunit autour de Sroka.
On se raconte des histoires, on discute politique. Sur un point, tout le monde est
d’accord : l’Allemagne hitlérienne doit être battue »
Shistler le petit cordonnier : Au Barcarès, on marche énormément. Les sables y
sont profonds et on a vite fait de mettre en pièces ses brodequins. Qui va les
réparer ? Dans tout le bataillon, on n’a trouvé qu’un seul cordonnier, un turc qui
se prénomme Jésus. Or on s’aperçoit vite que le Jésus n’a jamais été cordonnier,
mais tailleur. Alors on repart à la recherche d’un cordonnier. Il y en aurait un dans
la baraque de Srolek, le petit noiraud aux cheveux taillés en brosse.
Ceux qui l’ont connu à Paris se plaisent à dire “qu’il a des mains en or” et que
c’est lui qui faisait les plus belles chaussures de tout Belleville. Shistler est
taciturne et de plus têtu comme une mule… Allez-y, tuez-le… Lui refuse de réparer
nos chaussures. L’histoire est parvenue jusqu’aux oreilles du commandant qui ne
se déplace pas en personne et fait appeler “Shisterl”. Vous auriez dû le voir se
présenter au commandant…, raide comme un piquet et claquant les talons en
saluant “Mon commandant, sur les vingt-cinq ans que compte ma vie, j’en ai
passé quatorze dans des sous-sols humides et mal éclairés à faire et à réparer des
chaussures. Maintenant, c’est la guerre. Je me suis engagé pour me battre contre
les fascistes et je suis ici pour apprendre le métier de soldat et non pour taper des
clous dans les vieilles semelles…
Le commandant a tout de suite compris qu’il n’y avait rien à faire et le “Shistler”
a eu gain de cause. Shistler est très petit, mais c’est un très remarquable soldat.
L’instructeur n’a pas sitôt commencé à nous enseigne une pratique nouvelle que
lui l'a déjà comprise. C’est le meilleur tireur de la Compagnie, et il est capable de
démonter et remonter une mitraillette les yeux bandés.
La semaine passée, il a été nommé caporal et s’est aussitôt cousu deux pastilles
rouges sur l’épaule de sa vareuse. Son grand copain, c’est José, un Espagnol au
crâne rasé toujours souriant qui parle un français mélangé de l’espagnol. Lui aussi
est cordonnier de métier, peut-être est-ce pourquoi ils sont inséparables ?
Chaque soir après dîner, José dit à « Shistler » :
« Zapaterovenga ! ».
Ils mettent leurs capotes et s’en vont faire une longue tournée. Tous deux, assis
sur la carcasse d’une vieille barque de pêche retournée sur le sable, se gorgent
de la beauté du lieu. Le soleil se couche derrière les Pyrénées dont les cibles
neigeuses semblent comme du mercure. Les derniers rayons qui fusent
ruissellent sur les flots en larges rubans flamboyants… José fait un geste de la
main en désignant la mer :
105
CHAPITRE I Prologues.,

« Tu vois, Zapatero là-bas, à quelques heures de bateau, se trouve mon pays


natal un petit village près de Valencia. On y fait les deux récoltes par an. Il est au
bord de la mer et il y a des fleurs partout comme dans un jardin. Notre maison se
cache au milieu d’orangers… Là, ma mère pleure sur mon père que les fascistes
ont fusillé et sur moi qui me traîne ici dans des camps… »
Le ‘Shistler’ contemple les vagues de la mer et dit : « Jamais je n’aurais pu
imaginer que la nature pouvait être aussi belle ! Dire que j’ai passé le meilleur de
ma vie dans des sous-sols infects… que je me suis enfui de Pologne où la vie pour
un juif est insupportable. J’ai trouvé du travail et de la tranquillité en France et
voilà à présent qu’ils arrivent… Je dois me battre contre eux, car il n’y a pas de
place pour moi là où se trouvent des fascistes… »
Autre épisode de la vie au camp de Barcarès raconté par Édouard Arevian :
« La première affaire du triangle », Képi blanc numéro 490, mai 1989
L'affaire Pechiney-Triangle est un scandale politico-financier de la fin des
années 1980. Il s'agit d'une OPA faite par le groupe français Pechiney sur la
société américaine Triangle. Plusieurs personnalités politiques et du monde
desaffaires y ont écopé de peines de prison pour délit d’initié.
Edward Arevian né à Istanbul, Turquie, fils d’un agent de change fait ses études
à Paris dans la fin des années. Il quitte en 1939 la Turquie, sa famille et un métier
d’ingénieur électronicien et s’engage au 21e R.M.V.E. « pour partager avec le
peuple français les mauvais jours, puisque j’avais partagé avec lui tant de bons
moments. » À la fin du conflit, il monte une affaire d’éclairage, Fluorescence, dans
la banlieue de Clermont-Ferrand. Elle était florissante et comptait lorsqu’il se
retira, deux usines et six cents employés.
La première affaire du triangle, fin 1939 à Barcarès est humoristique et n’a pas
réveillé les foudres de la justice. Les volontaires sont arrivés au Barcarès où
l’ambiance est excellente. Ils apprennent le métier militaire. Un jour, vers midi, on
réunit la Compagnie au rapport : « Que tous ceux qui savent jouer de la musique
se fassent connaître. Il leur sera accordé une permission de trois jours pour aller
chercher leur instrument à leur domicile ! » « Moi, dit un soldat, je joue du
saxophone. » Le nom est noté en vue de l’établissement de la permission, « Je
joue du clairon, moi de la flûte, moi du violon. » Pour la première fois de ma vie,
je regrette d’avoir été un cancre en solfège et de ne pas avoir l’âme d’un musicien.
Soudain, j’ai un éclair de lucidité « Sergent, je suis musicien ! » « Quel
instrument ? » - « Le triangle ». Mon nom est inscrit sur la liste. Au baraquement,
c’est la franche rigolade, surtout lorsque j’avoue que je suis incapable de
différencier le la du sol. Quelques jours plus tard, matin de ma permission, je
débarque à Paris. Inutile de vous décrire la foire mémorable de ce séjour dans la
106
CHAPITRE I Prologues.,

capitale. Toutefois en farfelu organisé, je suis allé chez un commerçant de ma


connaissance, place Dancourt. Il fabriquait des saxophones. Je lui ai fait part de
ce que je désirais. Trois jours après, muni de mon triangle, je reprends le train en
direction de Perpignan. Le voyage de retour s’effectue dans un profond sommeil.
Ma première occasion de dormir depuis le début de ma permission à Paris ! La
section m’attendait avec curiosité.
Quelques jours plus tard, il y eut une réunion des musiciens dans une baraque,
dénommée pompeusement « salle de musique ». Il y avait beaucoup de monde.
Celui que je détectai comme le chef de musique avait probablement beaucoup
de talents. Cependant, Espagnol d’origine, son vocabulaire n’excédait pas une
dizaine de mots. Pour s’expliquer avec les musiciens, il disposait d’un adjoint,
également espagnol, ayant quelques notions de Français. L’interrogatoire était
assez laborieux, entre ce que l’on comprenait et ce que l’on croyait avoir compris.
Le candidat était invité à jouer quelques notes d’une partition. Après quoi, il
restait dans la baraque. Dans le cas contraire, il devait quitter les lieux, emportant
son instrument sous les bras. Vers l’heure de la soupe, compte tenu des
explications franco-espagnoles auxquelles s’ajoutait la difficulté de ceux qui ne
parlaient ni français ni espagnol (je crois qu’il y avait cinquante-deux nationalités
au 21e R.M.V.E.), nous fûmes convoqués pour le lendemain. La nuit fut quelque
peu agitée. J’avais fait une bêtise, je me demandais quel en serait le prix à payer.
Les musiciens se retrouvèrent exactement dans les mêmes conditions que la
veille. Beaucoup de palabres. Puis vint mon tour. Je n’ai pas souvenir de
l’importance qui était accordée à ma personne et à mon curieux instrument.
Quoique parlant l’espagnol, je pense que, vu la situation ambiguë, il était
préférable de ne pas « ramener ma fraise ». De surcroît, alors que je parlais
couramment le français, je fis semblant de manier cette langue avec difficulté.
Bref, j’essayais de mettre le plus d’atouts de mon côté afin de me réserver une
éventuelle porte de sortie.
Après une conversation, à l’aide du traducteur, qui traduisait ce qu’il voulait,
faute de comprendre ce que je lui disais (je ne lui facilitais guère le travail), il fut
convenu qu’aucun essai pratique ne pouvant avoir lieu en solo avec un triangle,
je participerais à l’audition générale, lors d’une prochaine réunion. Ce jour-là vint,
hélas… Avez-vous remarqué combien les évènements que l’on désire retarder se
précipitent vers vous avec une rapidité déconcertante ? Le chef de ce qui allait
devenir une excellente clique avait sa mine des grands jours. Le traducteur qui ne
traduisait pas grand-chose était là. Je crois qu’il avait trouvé une bonne planque
pour échapper aux corvées. Des partitions furent distribuées. Pour ma part,
j’arborais un air entendu. J’acquiesçais aux réflexions des uns et des autres. Dame,
107
CHAPITRE I Prologues.,

on était entre musiciens ! Je me trouvais justement à côté d’un jeune architecte


hongrois, qui jouait du violon. Il était de ma Compagnie, même section. J’avais un
jour, dans la chambre, fauché son archet. Je l’avais planqué. Le pauvre garçon le
cherchait partout, suppliait qu’on arrête cette blague idiote et qu’on le lui rendît.
Je n’avais rien trouvé de mieux que de raconter qu’on avait perdu l’archet
d’ARCHIE.
Cela faisait rire les copains, pas du tout notre pauvre architecte. Revenons aux
choses sérieuses. Le chef de la clique prit un tour de commandement que je ne
lui connaissais pas. Cela ne correspondait pas, en effet, à ma conception du
musicien, dont je faisais, dans mon imagination, un personnage doux et calme.
J’entendis enfin « Losse tamboursses y losse claironesse a drots », « Losse
trombosses y todosse losse ostrosse a gausse. » Prudemment, je restai au milieu.
Puis, solennel, il tonna « A moné mandématé gardebou. »
Je n’en croyais pas mes oreilles. C’était de la musique, de la bonne musique,
grâce au langage international de cet art. J’ai toujours eu un faible pour la
musique militaire. Je fus tiré de ma rêverie, la musique s’était soudain arrêtée de
jouer. Je regardai le chef. C‘est moi qu’il regardait « Alors que faites-vous ? » je
balbutiai quelques mots dont j’accentuai l’incohérence. Nous recommençâmes
tout à cause de moi, n’ayant aucune idée du moment où la musique s’était
arrêtée. Je guettai ce que je croyais être l’instance propice. Je me décidai à taper
un grand coup dans le triangle. Catastrophe, la musique s’arrêta sur un signe du
chef. Il vint vers moi, me prit par le bras et me conduisit vers la sortie. Puis il ferma
la porte soigneusement. Probablement de crainte que je revienne.
L’ATTITUDE ENVERS LES JUIFS N’ÉTAIT PAS DES PLUS AMICALES.
Sur une population juive d’origine étrangère de 160 000 âmes, on estime que
plus de 20 000 hommes se précipitèrent dans les bureaux de recrutement pour
se battre fièrement sous le drapeau français, selon Claude Bochunberg. Comme
les Espagnols, les Juifs sont suspectés d'avoir des sympathies pour la gauche,
d'être des « fouilleurs de boues », le récit de Charles Ser précédemment cité n’en
est qu’un exemple, comme le suivant :
Le peintre Ilex Beller (1914-2005) du 22e R.M.V.E et qui auparavant avait
participé à la guerre d’Espagne (voire biographie dans Internert) a écrit ainsi ceci
dans « Notre Volonté » d’avril septembre 1999 page 6 : « Sur les trois régiments
formés à Barcarès auxquels j’ai moi-même été affecté, sur les dix mille volontaires
présents, la moitié, soit 5 000 étaient juifs. Malgré la sympathie manifeste de
nombreux officiers à notre égard, je n’irai pas jusqu’à affirmer que tous les
fonctionnaires et militaires du ministère de la guerre nous ont accueillis avec
bienveillance. J’imagine que parmi ces derniers se trouvaient les futurs
108
CHAPITRE I Prologues.,

collaborateurs de Vichy mécontents de voir que tant de Juifs venaient s’engager


volontairement. C’est probablement le fait de ces mêmes hommes si, après avoir
été incorporés, nous avons été envoyés sur cette presqu’île déserte près du
village de Barcarès dans les Pyrénées-Orientales. »
Le lieutenant Perrott-White recommande d’éviter les Juifs (French
légionnaire par Alfred Perrott-White, 1951 et 1953). Beaucoup sont
communistes, ils lisent tout le temps les journaux, anxieux d'y trouver une
indication de la fin rapide de la guerre et de la victoire sur le nazisme et le
fascisme, tiennent des réunions et publient même un bulletin polycopié. Bien
évidemment, de telles activités sapent toute tentative de créer un esprit de
régiment. Cependant, le jour où un adjudant juif recherche les noms des
meneurs, même les juifs non communistes refusent de collaborer et de jouer le
rôle d'indicateur. En évaluant la troupe, le dernier grief adressé aux Juifs est qu'ils
pourraient constituer trois quarts de la troupe.
Le capitaine Pierre-Olivier Lapie fut avec Pierre Cot, Henri de Kerillis, un des
rares parlementaires à se mettre à la disposition du Général de Gaulle en 1940 Il
fut alors le seul socialiste et de Gaulle fit valoir son ralliement lorsqu'il négocia
l'accord du 7 août 1940 qui fixait les relations de la France libre avec le
gouvernement britannique.
Commandant la treizième brigade, Pierre-Olivier Lapie traita sa demi-brigade
de « troupe d’intellectuels » parce qu’elle comprenait une grande proportion de
Juifs. Il rapporta que ses soldats étaient excellents en études, démarches, calculs,
mais détestables à l’entraînement, à la marche, aux besognes fatigantes.
Notons au passage que le cagoulard de Gaulle était heureux d'obtenir l'appui
de gauchistes pour assurer sa légitimité et ajoutons ici le cas du cégétiste
Christian Pineau fondateur du mouvement Libération-Nord :
À Pineau qui demandait à De Gaulle un message pour les Français, celui-ci
proposait un message accablant la 3e République et non Pétain ; Pineau n'obtint
le message condamnant Vichy et unissant de Gaulle en quelque sorte à la
résistance avant Jean Moulin qu'au pied de son Lysander le ramenant en France.
Ces opinions étaient présentes jusque chez les plus hauts gradés de la
hiérarchie de la Légion et finalement elles influencèrent ultimement les politiques
d’engagement. Dans l’article du Général Bernard Jean sur la Légion étrangère en
Argonne en juin 1940 (21e R.M.V.E., revue Horizon d’Argonne) se trouve cette
lapalissade venant peut-être de Lapie : « Certains bourgeois et intellectuels
citadins pouvaient manquer au départ d’aptitude physique, de rusticité, de sens
guerrier du terrain et même… de discipline. » Certes cela est vrai, mais il y a aussi
l’envers du décor : parfois l’intellectuel en voyant la médiocrité de ses supérieurs
109
CHAPITRE I Prologues.,

était tenté de se révolter et dire : « Je n’aime pas être commandé par des cons ».
La riposte était immédiate bien sûr :« À moi la garde ! », et le gnouf suivait…
Dans les régiments ficelles, les élites ne manquaient pas et les cadres étaient
divers.
Le 10 janvier 1940, la direction de la Légion établit des ordres secrets : La
Légion régulière devait maintenant refuser d’engager des Juifs sous divers
prétextes ; elle pouvait recruter dans les R.M.V.E. qui elle voulait sauf des Juifs.
Un rapport du 10 février 1940 confirmait catégoriquement que la Légion ne
voulait plus de Juifs dans ses rangs.
En février, le Général Charles Noguès répercuta l’ordre de tenir les candidats
juifs hors de la Légion régulière. 900 Juifs devaient être transférés de la Légion
aux R.M.V.E. avec une centaine de non-juifs, ces derniers étant choisis parmi les
moins bons éléments.
Les Juifs polonais ne voulaient pas rejoindre l’armée polonaise formée en
France : Extrait d'un témoignage de Henri Kobrinek paru dans le « Combattant
volontaire juif 1939 -1945 » édité à l’occasion du 25e anniversaire de l’U.E.V.A.C.J.
— « Nous voulons combattre dans l’armée française. » En 1939, après la
pénétration le 16 mars de l’armée hitlérienne en Tchécoslovaquie, beaucoup de
juifs d’origine étrangère firent une demande d’engagement en cas de guerre
éventuelle. C’est ainsi qu’au mois de juillet 1939, je fus convoqué pour le 1er
septembre au camp d'Auvour (Sarthe) pour une période de 3 mois dans l'armée
française au titre d'étranger. Dans ce camp, nous trouvâmes d'autres hommes de
diverses nationalités ; deux jours après le 1er septembre, la guerre éclatait...
À la fin de septembre pendant le rapport, l'adjudant appela les soldats aux
noms spécifiquement juifs ou se terminant par « ski » qui devaient rester sur
place. Quant aux autres, ils devaient rentrer dans leur cantonnement. Nous
restâmes environ 120 hommes. Nous vîmes bientôt arriver le Lieutenant-colonel
commandant du camp. En détail, il nous parla de la défaite de l'armée polonaise
et dit que l'autorité militaire avait trouvé juste de nous honorer comme noyau de
la future armée polonaise en France et que le soir même nous allions être dirigés
dans un autre camp. Le soir, réunis dans nos chambres, nous décidâmes, à la
quasi-unanimité (il y avait parmi nous des non-juifs) de refuser d'aller dans un
autre camp.
Nous avions fait un engagement dans l'armée française et nous estimions
n'avoir pas à être versés dans une autre armée, même du pays d'origine. En signe
de protestation, nous refusâmes le repas de midi et nous envoyâmes une
délégation chez le commandant de la place.
Au bureau, un capitaine, après nous avoir entendus, nous expliqua gentiment
110
CHAPITRE I Prologues.,

qu'à l'armée, il n'existait pas d'explications « collectives » et que c'était


individuellement qu'on devait demander le rapport du colonel. À son retour,
notre délégation soumit à nos camarades le conseil du capitaine...
En quelques instants, tous sans exception portèrent leur rapport au bureau du
colonel... Et, une estafette venait nous aviser que l'un des capitaines nous
demandait que dans chaque chambre soit désigné un homme pour expliquer
notre mécontentement...
Nous expliquâmes que juifs d'origine polonaise nous avions subi des
persécutions économiques, morales et physiques et que la France avait bien
voulu nous accueillir, qu'en reconnaissance de l'hospitalité française, nous
voulions servir sous le drapeau français... Au son du clairon, on nous fit nous
rassembler sur la place. Le commandant, entouré de tous ses officiers de son état-
major, prit la parole et dit :
« L'autorité militaire croyait bien faire, mais après avoir entendu vos griefs elle
comprend vos doléances. »
Il ajouta toutefois qu'un ordre ne se discutait pas, et que nous devions partir
vers 11 heures du soir, nous prîmes le train pour une destination inconnue.
Nourriture et boissons en abondance, et dans les gares, la Croix-Rouge française
qui nous distribuait des boissons chaudes...
Le lendemain, nous arrivâmes à Rennes et de là, nous prîmes le train de
Coëtquidan (Morbihan). Ces casernes de Coëtquidan n'étaient pas comparables
à celle du camp d'Auvours. Quelques bottes de paille en guise de lit... Vers 10
heures, nous vîmes approcher tout un état-major avec colonel en tête...
Le colonel s'adressa à nous : « Soyez les bienvenus dans l'armée française. Du
fait que vous portez l'uniforme français, vous êtes considérés comme Français ; si
quelques-uns d'entre vous ne s'expriment pas correctement en français, qu'ils
disent être Alsaciens. »
Et il ajouta :
« J'ai reçu un message du colonel du camp d'Auvours qui me dit que vous êtes
de très bons éléments disciplinés et travailleurs ; ici, vous êtes affectés au 23e
Régiment de Train » ...
Quelques jours plus tard pendant le rapport de la Compagnie, nous apprîmes
qu'un représentant de l'armée polonaise désirait nous parler. Effectivement, un
après-midi, accompagné de plusieurs officiers polonais et de quelques officiers
français, un commandant polonais nous fit un discours en langue polonaise,
malgré la présence du commandant de la place et bien que quelques-uns parmi
nous, ne comprissent pas cette langue.
Il nous invita à changer d'avis, disant que nous devrions rester à Coëtquidan,
111
CHAPITRE I Prologues.,

qu'ici se formait le noyau de l'armée polonaise.


Notre réponse unanime fut d'opter pour la France... Au bout de quelques jours,
le commandant polonais revint pour nous demander si nous avions changé d'avis.
Nous lui fîmes comprendre que nous n'étions pas contre la Pologne, mais que
notre décision était irrévocable, nous voulions servir sous le drapeau français. En
même temps, l’état-major de la Légion fit les meilleurs efforts pour intégrer les
Juifs dans les R.M.V.E. ; quoiqu’incorporés dans le cadre de la Légion, ces
régiments reçurent leur propre structure de commandement et les règles étaient
différentes pour le personnel. Pour encourager les étrangers à s’engager dans les
R.M.V.E., le gouvernement accorda des dispenses spéciales, telles que
l’exemption du port de la carte d’identité d’étranger, l’extension gratuite des
permis de résidence et l’amnistie temporaire pour l’expulsion et la déportation.
(The french defeat of 1940 par Joe Blatt.)
Pour les convaincre, l’administration française avait créé par un décret du 27
mai 1939 les R.M.V.E. qui permettaient un engagement dans la Légion pour la
durée de la guerre seulement (au lieu des cinq années réglementaires). Les
R.M.V.E. se trouvèrent formés par des républicains espagnols, par des Juifs
d’Europe centrale et par des Juifs polonais qui avaient refusé d’entrer dans
l’armée polonaise, l’antisémitisme y étant virulent.
Il est difficile de faire dans ces décisions la part de l’antisémitisme.
Pourtant, Hans Habe qui servit au 21e R.M.V.E. raconte dans son livre (« Ob
tausend fallen » ou « A Thousand Shall Fall ») que le commandant la 35e D.I., le
Général Louis Decharme, conclut simplement en apprenant la perte de 500
soldats dans la bataille de Sainte-Menehould :
— « 500 Juifs de moins. »
Le Colonel Paul Debuissy (né en 1887) commandant le 21e R.M.V.E. dut rappeler
au Général Decharme (né en 1881) qu’il ne s’agissait pas que de Juifs.
Hans Habe rapporte aussi ce que le colonel Debuissy lui avait rapporté à Noirval
sur le Général Decharme :
— Le Général ; le Général a dit que chaque étranger de moins est une bouche
de moins à nourrir.
Le 14e R.I. de la 36e Division côtoyait au Chesne-Populeux le 21e R.M.V.E.
Lors du récit (cf., bibliographie) du capitaine Raymond, le chef du II/14e R.I., il
est rapporté qu’à la 36e Division le lieutenant-colonel Maurice Barthe qui
commandait l’infanterie de la Division étant politiquement marqué par sa
proximité avec les milieux socialistes était détesté d’une partie des cadres de la
Division, les cadres de l’armée étant traditionnellement à droite.
Raymond lui-même ne semble pas avoir trop apprécié son supérieur Barthe ni
112
CHAPITRE I Prologues.,

Léon Sinaï, le chef de corps du 57e R.I., qu’il accuse d’avoir utilisé « comme carte
de visite » les renforts du 14e R.I. au 57e R.I. dans la bataille de Voncq ni le 21e
R.M.V.E. qu’il accuse de déplacements imprévisibles.
Il n’est pas étonnant qu’après la défaite de nombreux officiers se soient
retrouvés dans le camp vichyste antisémite et favorable à Hitler.
Le racisme méprisant de ces officiers envers les Juifs représente une tare
obscurantiste inexcusable. Les Juifs offraient une capacité de dévouement,
d’abnégation et de ténacité remarquables comme en témoigne bien d’autres
récits.
Le sort réservé par Vichy aux Juifs de France et d’Algérie est accablant pour des
cerveaux encore inaptes à la compréhension de l’affaire Dreyfus. Les
Républicains espagnols n’étaient guère mieux vus.
Malgré leur hétérogénéité, démocrates républicains, catalans autonomistes,
anarchistes, communistes, ils étaient vus erronément seulement comme des
« Rojos », c’est-à-dire des communistes. L’attitude envers les Espagnols se
manifeste dans les écrits en janvier 1940 de l'adjudant-chef Mazzoni écrit du
camp d'instruction du Barcarès : « si leurs antécédents militaires pouvaient
laisser douter de leur loyalisme, il semble au contraire se révéler comme de très
bons éléments et on peut affirmer que bien encadrés, ces engagés fourniraient
de très bons combattants ».
Ainsi, en dehors des 617 réfugiés espagnols qui s’étaient malgré tout engagés
dans la Légion étrangère et qui furent envoyés à l’entraînement à Sidi Bel Abbès,
il y eut, dès février 1940, 2708 Espagnols enrôlés dans les R.M.V.E.
Le courage et la ténacité de ces régiments de volontaires étrangers
compensèrent ce qu’ils manquèrent en formation et matériel ; ils le
compensèrent en courage et ténacité. Tandis que le slogan de l’armée française
était « sauf qui peut », les Juifs et les Espagnols savaient pourquoi ils se battaient.
Les Arméniens avaient les mêmes qualités.
Les régiments étrangers attirèrent comme un aimant ces Arméniens soucieux
d’en découdre au plus vite avec les ennemis de leur seconde Patrie. C’est par
exemple le cas du sous-lieutenant Hughes de Bagratide d’Arekine qui fit l’École
spéciale militaire de Saint-Cyr de 1923 à 1927 (promotion Chevalier Bayard) et
qui s’engagera au 21e R.M.V.E. à plus de cinquante ans ! Les Arméniens
prisonniers refusèrent de se rallier à la Wehrmacht.
Des sources officieuses d’après-guerre portent les pertes du 21e R.M.V.E. le 21
juin 1940 à 80 % de l’effectif. ; 40 à 50 % des officiers et 50 à 60 % des effectifs
paraissent être des chiffres plus justes.
Nous avons le dernier décompte fait le 30 juin 1940 pour les 169 hommes de sa
113
CHAPITRE I Prologues.,

Compagnie, la 10e, présents au départ de Mommenheim, par le capitaine


Duvernay :
Tués 4
Évacués blessés et autres : 30
Disparus. Manquants 35
Prisonniers 63
Restant en ligne le jour de l’Armistice 53/186
Nous avons aussi le relevé du sergent Louis Boulard en ce qui concerne la 5e
Compagnie :
Lorsque le 8 juillet 1940 ils franchissent, prisonniers les portes de la caserne
Lizé à Montigny-lès-Metz, la 5e Compagnie était réduite à 40hommes dont 35
soldats, 5 sous-officiers, et aucun officier. La 9e Cie (Modéna) est réduite è 77
hommes.
Selon notre liste alphabétique (tableau en fin de volume), les « morts durant la
guerre » (tués ou morts de maladies, résistants, prisonniers, déportés) dépassent
les 420 (1er juillet 2019) et sans doute de beaucoup, bien des parcours demeurant
inconnus.
L’ORGANISATION MILITAIRE. AU BARCARÈS
Soixante-quinze pour cent de l’effectif ignoraient la langue française.
Chaque soir, les sections et les Compagnies étaient rassemblées pour le
rapport. Une pagaille indescriptible régnait. La confusion demeurait complète.
Spectacle plus désolant ne pouvait se concevoir.
Les R.M.V.E. appartenaient pour ainsi dire de droit à la Légion étrangère.
Étaient de mise et le port du képi blanc et le chant « Tiens, voilà du boudin ».
En réalité, ils s’apparentaient plutôt à une troupe de partisans en débandade.
Leur dénuement leur valut le nom dérisoire de régiments ficelles.
L’appellation provenant de radio Stuttgart. Les R.M.V.E. se surnommèrent eux-
mêmes « l’armée du Négus ».
Les bandes de toiles des masques à gaz remplaçaient les courroies à fusil. La
toile de sac rouge roulée et portée en bandoulière servait de havresac.
Au début, l’armement se composa uniquement de fusils, la plupart archaïques.
De vieux Lebels de la Première Guerre et même de vieux Remington suppléaient
le manque de Mas 36 et de mousquetons. Ils étaient attachés souvent avec des
ficelles faute de bretelles de cuir.
Seuls un individu saboteur ou un fou pouvaient avoir choisi Le Barcarès comme
camp militaire préparatoire à la guerre. Le sable y empêchait toute marche ou
manœuvre.
On s’enfonçait si facilement dans le sable que l’entraînement était impossible
114
CHAPITRE I Prologues.,

On n’effectuait guère que des marches interminables et épuisantes comme


pour la parade.
À Barcarès, les cours théoriques étaient exclus par impossibilité de se
comprendre. Le plus gros du travail consistait en la manipulation des fusils.
Personne ne pratiquait le tir même d’une seule cartouche. Les armes manquaient
encore. Elles rassemblaient le résidu de tous les rebuts de l’armée. Elles étaient
composées de pièces aussi disparates que les langues et les uniformes. Avec le
temps, l’entraînement devint plus sérieux. Un temps, un seul canon de 25 servit
pour toutes les unités.
Les progrès s’avérèrent lents. Fin mars 1940, avec l’arrivée des uniformes gris,
les tenues kaki permirent une allure uniforme. Les Volontaires se sentirent enfin
faisant partie de l’armée. Sans que ce fût à profusion, le matériel et l’armement
commencèrent à arriver, armes automatiques et mortiers, canons antichars et
mitrailleuses antiaériennes ; alors une véritable instruction put être entreprise.
L’étonnante qualité intellectuelle de beaucoup d’engagés associée à
l’expérience sur le tas des Espagnols permit la formation accélérée de pelotons.
À force de patience, un semblant de hiérarchie fut établi. Des grades
« fonctionnaires » équivalents furent distribués.
La préférence allait à ceux qui parlaient français. La possession de quelques
notions militaires acquises dans d’autres armées représentait aussi un atout.
Lorsqu’une Compagnie disposait d’un lieutenant, d’un sergent et d’un caporal,
elle se sentait choyée.
Les rares cadres connaissaient mal leurs hommes à cause des mutations
continuelles. Les groupes étaient dépourvus d’homogénéité. Par exemple, trois
Hongrois côtoyaient neuf jouvenceaux espagnols et un Portugais
Les chants y représentaient l’unique divertissement. À côté de la chanson "Les
puces de Barcarès", la préférence allait aux musiques de la Légion étrangère. Boris
Holban raconte que le divertissement par excellence pendant ces marches
interminables, c’était de chanter de préférence, les chansons de la Légion
étrangère.
On lui réserva à lui « le Cosaque », la partie « solo ». Il avait la voix nostalgique,
en pensant à son père, le soliste de sa chorale familiale. Un couplet qui
accompagnait souvent les marches lui est revenu à la mémoire :
Solo : Et nous avons des caporaux.
Chœur : Oui, nous avons des caporaux.
Solo : Qui ont des pieds comme des chameaux
Chœur : Qui ont des pieds comme des chameaux
Solo : Tous les matins, ils marchent
115
CHAPITRE I Prologues.,

Pas les chameaux, mais les caporaux.


Tous les matins, ils marchent.
Avec leur sac au dos.
Refrain : Marche, marche, marche
Joyeux bataillon.
Bataillon qui marche,
Au son de la musique
Marche, marche, marche
Joyeux bataillon
Bataillon qui marche
Au son de nos clairons.
Solo : Et nous avons un p’tit sergent.
Choeur : Oui, nous avons un p’tit sergent
Solo : Qui siffle comme un merle blanc…
Et ainsi de suite, avec un couplet et un refrain pour toute la hiérarchie jusqu’au
colonel.
On s’amusait, on rigolait ensemble avec les gradés visés, on oubliait la
fatigue. Les airs de la Légion n’avaient pas toutefois l’exclusivité. On chantait
notamment « Les puces de Barcarès », chanson de Jakob Gromb Kenig du 22e
R.M.V.E. Au café du village, « La Langouste qui Chante », fréquenté le soir par bien
des Légionnaires, on entendait des chants d’Andalousie et des mélodies russes.
La musique du régiment composée uniquement de républicains espagnols
portait les couleurs de la Légion et le régiment célébra le 30 avril 1940 Camerone
du 30 avril 1863.
Le Neuchâtelois communiste Reynold Thiel qui avait participé à la guerre
d’Espagne dans les Brigades internationales s’engagea à Paris dès l’assaut
allemand contre la Pologne le 1er septembre 1939. Il s’était engagé suivant le mot
d’ordre du parti communiste :
Il fallait apprendre le métier des armes en vue de la lutte qui se préparait en
France. Thiel boitait depuis une blessure à un genou en Espagne ; sa grande taille,
il mesurait un mètre quatre-vingt-dix, lui vaudra le surnom de « Double Mètre » ;
il avait étudié le piano. Debuissy lui demanda de former une musique pour le
régiment. Reynold Thiel fit jouer ses relations. D’abord, il convainquit Edwige
Feuillère d’être la marraine du régiment. À Noël, tous les soldats reçurent un
cadeau de la comédienne.
Pour la musique, il fallait des instruments, qui coûtaient cher. Thiel obtint un
don généreux de l’héritière des grands magasins Macy’s, à New York. Comment
fit-il ? Quel rapport y a-t-il entre la millionnaire américaine et ce jeune Suisse
116
CHAPITRE I Prologues.,

qui n’a jamais traversé l’Atlantique ?


Noël Field, le diplomate américain de la Société des Nations était un quaker
que Reynold avait connu à Perpignan. Field aidait les rescapés d’Espagne ; par
penchant politique, il aidait surtout les camarades. Noel Field était un Américain
qui grandit en Suisse et qui, en 1949, disparut derrière le rideau de fer. Dans le
but d’effectuer des purges [Rajk, etc.,], Staline l’accusa de contre-espionnage aux
services des Américains.
Field devint une figure-clé des procès staliniens. Toute sa famille tomba dans le
même piège. Après sa libération, Field décida, apparemment de son plein gré, de
rester en Hongrie et de déclarer sa foi dans le communisme. Son testament final,
rédigé à Budapest et publié dans un journal politique américain, a été intitulé
« Hitching Our Wagon to a Star ». Field décédera en 1972. Quant à Thiel,
démobilisé en avril 1940, il apprend à Paris qu’un mandat d’arrêt a été lancé
contre lui par la police de Vichy. Il change de nom, prétendant avoir perdu son
passeport dans l’exode. Pour un temps, il s’appellera Raymond Thirel. Il quitte
Paris. Il a trouvé un emploi dans son premier métier, la couture. Sa carrière
d’espion communiste s’achèvera dans un accident d’avion en 1963.
La musique du 21e rappelle une autre anecdote au Turc Édouard Arevian, récit
intitulé « Une musique de cheval » et paru dans Képi blanc numéro 490, mai
1989. :
Le commandant Fagard, chef du 2e bataillon, a été gratifié d’un cheval dont le
moins qu’on puisse dire est qu’il ne correspond pas à l’image du cheval d’un
officier de Légion. C’est un énorme bourrin de labour, me faisant penser au
rejeton d’un croisement accidentel entre une jument et un hippopotame.
Il avait le ventre tellement rebondi que le pauvre commandant n’arrivait pas à
descendre ses jambes à l’emplacement normal. Juché sur le dos de cette bête, il
semblait placé sur la crête d’une petite colline. On me fit savoir un jour que
l’honneur me revenait d'être le porte-fanion du bataillon. On me flanqua de deux
soldats. Un à droite, l’autre à gauche. Le trio fit quelques exercices « à vide » pour
s’habituer à défiler dignement. Tout semblait aller pour le mieux. Un jour, je ne
me souviens plus à quelle occasion, il y a eu un défilé. Pas un instant, je n’ai pensé
que je me dirigeais vers une situation catastrophique en toute inconscience. Je
me trouvai en effet avec mon fanion dans l’axe du cheval, à quelques pas. Nous
commençâmes à défiler ; fatalement, mes yeux se portèrent sur le cheval. Il
n’avait pas, hélas, l’allure d’un pur-sang, plutôt d’un vieux danseur de rumba. Où
les choses se gâtèrent, c’est quand la musique se mit à jouer. Alors, à ma grande
satisfaction, ce satané cheval fut pris d’une envie soudaine de faire ses besoins.
Et quels besoins ! En concordance avec sa corpulence et son appétit vorace. Pour
117
CHAPITRE I Prologues.,

éviter de marcher dedans, je fus obligé de faire du zigzag, perturbant


sérieusement une allure censée être plutôt empreinte de dignité. Mes deux
camarades héritaient, bien entendu, d’une bonne part d’éclaboussures.
Après le défilé, nous sommes rentrés en toute hâte changer et nettoyer nos
brodequins. Avec l’optimisme de la jeunesse, nous pensions que c’était un
malheureux hasard qui avait fait coïncider le défilé et les besoins urgents du
cheval. Que nenni ! Nous avons dû bien vite déchanter. Dès le défilé suivant et
aussitôt que la musique entama ses premières notes, ce fut pour moi et mes deux
camarades l’enfer afin d’essayer d’éviter les énormes crottins dont il nous
gratifia. C’était foutu pour le pas cadencé et l’œil fixé à l’horizon. J’étais trop
occupé à fixer l’arrière-train de l’animal, qui semblait disposer de réserves
inépuisables.
Les malheurs de la garde d’honneur prirent fin, grâce au Ciel, avec notre arrivée
à Minversheim (1er bataillon). Le cheval, à notre grande satisfaction, disparut de
la panoplie. On ne le revit jamais. Je me suis toujours demandé si son
comportement, pour le moins bizarre, était dû au fait qu’il aimait trop la musique
ou si c’était parce qu’il la détestait. À ce jour, ceci reste encore, pour moi, une
énigme.
La vie quotidienne se déroulait plutôt monotone.
Après le repas et même après l’extinction des feux, le soir représentait le plus
intéressant moment. De petits groupes se formaient autour des tables devant les
couchettes et selon les affinités.
Pour le plus clair, ils passaient les soirées à discuter sur tous les sujets. Ils
critiquaient le monde, la France, les évènements de partout. Les plus intellectuels
s’égaraient dans les Arts, surtout la littérature, la poésie et le théâtre. Quand ils
étaient fatigués de bavarder, ils entamaient une partie de bridge. Les opinions
étaient plus nombreuses que les nations présentes.
Ainsi, parmi les Hongrois, certains avaient participé à la guerre civile en
Espagne. Les uns s’y étaient impliqués en simples aventuriers et les autres avaient
agi par conviction. Ils s’étaient réfugiés en France avec les républicains espagnols
en compagnie desquels ils se tenaient toujours. Leurs certitudes étaient bien
arrêtées. Ils voulaient continuer la lutte contre le fascisme.
À l’opposé se trouvaient d’autres Hongrois : l’arrivée des lois antisémites dans
leur propre pays leur avait interdit d’y pouvoir mener une vie décente. Ils avaient
débarqué à Paris s’imaginant y respirer la liberté.
Ils étaient nombreux à s’être engagés sans trop réfléchir à la situation
internationale. Leur enrôlement volontaire visait à les sortir du. Le bataillon
venait d’être doté de son matériel des transmissions. En travail clandestin payé à
118
CHAPITRE I Prologues.,

moitié du salaire d’un ouvrier en règle. Ils voulaient obtenir une carte de
travailleur et une naturalisation.
Édouard Arevian a décrit aussi un curieux personnage
Disons au départ que ce personnage ressemble beaucoup, mais seulement par
certains côtés au sergent Émile Durand (voir ce nom) dont Léon de Rosen parle
dans son livre « Une captivité singulière à Metz sous l’occupation allemande ».
Nous reproduisons ici ce récit malgré qu’il se prolonge au-delà de Barcarès :
Planika et sa mule :
C’était, je crois, vers le mois de mars 1940. Le bataillon venait d’être doté de
son matériel des transmissions. En ma qualité de diplômé d’État radioélectricien
sur stations mobiles, j’étais chargé de la réception. L’inventaire fit apparaître du
matériel divers ne pouvant présenter un grand intérêt dans un conflit face à un
ennemi dont il était difficile de sous-estimer la valeur technique. Il y avait,
notamment, un émetteur-récepteur d’un modèle suffisamment ancien pour
permettre à la goniométrie adverse de nous repérer avec précision cinq minutes
après le commencement de nos émissions. L’ensemble fut embarqué dans une
charrette bâchée et propulsée par une vieille mule. Je pense que le tout pouvait,
honorablement, figurer dans un musée. Bête et discipliné, je ne fis aucun
commentaire.
La totalité du matériel, dénommé pompeusement « des transmissions », y
compris la vieille mule, était confiée à un personnage relativement fantaisiste,
insaisissable au figuré, mais aussi au propre. Nul ne savait où il était quand on
avait besoin de lui. Il s’appelait, tout au moins officiellement, Planika.
Nous avions appris, sans aucune confirmation, qu’il avait passé ; une grande
partie de sa vie à la Légion, où il aurait terminé son temps. Il était d’un certain
âge et nul n’a jamais su dans quelles conditions il s’était trouvé au milieu des
volontaires du 21e R.M.V.E. Il ne parlait à personne, ne se joignait à aucun groupe.
Il jouissait d’une relative autonomie. Il n’avait qu’un ami, sa gourde, dont il veillait
scrupuleusement à ne pas laisser baisser le niveau de rouge. Bien entendu, il était
toujours beurré, mais très conscient. Il ne perdit jamais le nord.
L’arrivée de la mule dans sa vie fut pour lui un évènement passionnant. Un peu
comme un homme âgé dont la plus jeune épouse lui donne soudain un fils. Il avait
voué une véritable passion à cette vieille mule, qui semblait d’ailleurs le payer de
retour.
Jusqu’à Minversheim, nous avions, de temps en temps, des apparitions de
Planika. Il passait dans le village avec lenteur. C’était la mule qui décidait de la
cadence des déplacements. Nul ne savait où il était cantonné. Lorsqu’on le voyait,
il prétendait qu’il faisait de l’exercice pour maintenir la mule en forme. Je crois
119
CHAPITRE I Prologues.,

plutôt qu’il allait se taper quelques cannettes de bière, dans un petit bistrot à la
sortie du village.
Le propriétaire avait refusé l’évacuation, prétendant, avec beaucoup
d’optimisme, penserons-nous plus tard, qu’à l’abri de la ligne Maginot, il était
« tranquille comme Baptiste. »
Nous avons dû quitter précipitamment le secteur pour nous porter au-devant
des Allemands, qui avaient énoncé le front nord. Après une longue marche le long
d’uneroute au vu et sous les tirs ennemis, nous avons atteint la région du Chesne-
Populeux, à proximité du canal des Ardennes.
La division avant nous avons gagné un petit bois au bord de la route, où nous
avons creusé des trous pour nous abriter des bombardements et tirs incessants.
Périodiquement, les Allemands arrêtaient le feu pour mettre en évidence un
calicot sur lequel était écrit : « Français, voulez-vous vivre pour la France ou
mourir pour l’Angleterre ? ». On le démolissait à coup de mortiers et la sérénade
repartait. Une chose est sûre, nul ne se serait aventuré de jour sur cette route.
C’était un no man’s land. Pourtant, un jour, cela devait se situer vers midi, je vis
au loin un engin qui se déplaçait lentement dans notre direction. Je pensai
d’abord à un véhicule blindé de ravitaillement. Je me dis que, s’il arrivait jusqu’à
nous sans se faire démolir, il serait le bienvenu. La faim est sans pitié à cet âge.
Puis, au fur et à mesure que la chose se rapprochait de ma vue, je dus me rendre
à l’incroyable évidence : c’était Planika ! Il précédait la mule de quelques pas,
laquelle, comme à l’habitude semblait imposer sa cadence. Cette promenade
dans l’inconscience, d’un soldat et d’une mule tirant une charrette d’une autre
époque, a dû plonger les Allemands dans une grande perplexité. Les faits sont là,
ils n’ont pas fait feu. Lorsque Planika fut à notre portée, nous l’avons tiré à l’abri
des bois. Nous n’avons jamais su d’où il venait et comment il nous avait trouvés.
Mais une chose est sûre, il avait dû faire une longue carrière dans la Légion, car
malgré les bombardements, les difficultés du parcours, auxquelles devaient
s’ajouter les vapeurs de l’alcool, il est en définitive arrivé là où son devoir de soldat
l’appelait. Quelle belle leçon pour nous, les bleus qui venaient tout juste de faire
le baptême du feu !
Extraits de lettres d’Isak Michon ADJOUBEL par son fils Didier Michon :
J'ai bien reçu votre document (Edward Arevian) et je vous en remercie. IL y a un
écho à ce qu'il écrit dans les extraits de lettres suivants de mon père: Lettre du
23 novembre 1939: (à ce moment-là, il est dans le 2e R.M.V.E. 1re Cie).
"...Maintenant, je vais te dire quelques détails de ma chambrée. Le Sergent c’est
un Espagnol, un brave gars, père d’un gosse. On fait des parties ensemble. Nous

120
CHAPITRE I Prologues.,

avons un tailleur, père de 2 enfants, un coiffeur ; un que nous appelons la chique,


un que nous appelons caramel, un que nous appelons lunette, un rouquin poil de
carotte, que nous appelons blondinet ; un ancien sergent de la légion qui
s’appelle Durand et qui est comme nous : il est suisse. Nous avons Mimile,
Casimir, et ainsi de suite. Le voisin que j’ai à ma gauche, il a 4 enfants. Les
cuisiniers sont chez nous.
Bref, il y a de tout, et je te jure qu’il y a des moments où on rigole bien. Nous
avons en plus deux beaux-frères avec lesquels on se marre bien. Bref on ne
s’ennuie pas. Hier soir, j’ai été avec le légionnaire Durand boire un ou deux
Canigou au mess des sous-offs. La liqueur de l’Abbaye de Saint Martin du Canigou
est une liqueur régionale qui ma foi n’est pas mauvaise...
"Lettre du 29 décembre 1939 : "...Cette semaine, nous nous sommes
uniquement préparés au défilé du régiment qui aura lieu demain devant le
général. Le colonel était là tous les jours, à veiller à ce que tout le monde soit
prêt. Nous aurons la musique du premier qui sera en tête ; tu sais on ne se refuse
plus rien. Bientôt, au 2e chez nous, on va aussi constituer une musique..."
Avec « la drôle de guerre » régna finalement un calme déprimant.
Dans le campement de Barcarès, un bon nombre s’interrogea, surtout parmi
les hommes mariés. Leur engagement n’allait-il pas se révéler trop imprudent ?
Quelques-uns réussirent à se faire réformer en fréquentant assidûment
l’infirmerie. Ils se plaignirent, l’hiver aidant, du climat, de l’asthme. Ils toussèrent
plus qu’à leur tour. Les maux d’estomac et les pieds plats servirent aussi
d’arguments.
Sur les 12 000 engagés du dépôt de Barcarès, 2 à 3 000 furent refoulés pour des
motifs divers : âge, aptitude physique insuffisante ou attitude politique douteuse.
Les non-réformés eurent droit à une permission. Ils obtinrent en février 1940 huit
jours dans leurs foyers pour une présence de trois mois au corps.
La majorité se sentait foncièrement plus pacifique que guerrière. Après ce
séjour dans leurs familles, ils réintégrèrent souvent leur Compagnie sans gaieté
de cœur.
Le 25 février, le 1er R.M.V.E. devint le 21e et le 2e le 22e. Le 3e R.M.V.E. prit
l'appellation 23e R.M.V.E. le 31.05.1940 [Décision ministérielle numéro 5094 du
13.05.1940.]
Des engagés furent sélectionnés et prélevés sur les trois régiments.
Certains constituèrent le 1er BATAILLON DE MARCHE DE VOLONTAIRES
ÉTRANGERS. Il était destiné aux territoires français d’outre-mer. Envoyé en Syrie,
il débarqua à Beyrouth le 16 avril 1940. Enfin, nous avons déjà mentionné dans
les pages précédentes que 900 engagés de Barcarès furent en février dirigés sur
121
CHAPITRE I Prologues.,

La Valbonne pour le régiment ficelle 12e R.E.I.


LE CAMP DU LARZAC
En avril 1940, les trois régiments séjournèrent successivement au camp du
Larzac : À Barcarès, le terrain ne favorisait pas l’entraînement, car il manquait de
variété et d’espace. On apprenait simplement à marcher au pas cadencé et à faire
de longues marches avec un barda de trente kilos sur le dos. Le 21e demeura au
Larzac du 2 jusqu’au 18 avril. Le 22e y partit le 18 et revint au Barcarès le 30 avril.
Ils devaient s’y familiariser avec les canons légers et les mortiers.
Le mauvais temps contraria les manœuvres. Il raccourcit la préparation
militaire. Pour le 21e, il n’y eut guère que quelques longues marches et deux
manœuvres plus ou moins ratées et qualifiées d’offensive, sans participation de
l’aviation et des chars et avec des quantités plutôt limitées de mitrailleuses et de
munitions. De Rosen a pourtant écrit :
« Ces exercices, très intéressants, furent d’autant plus appréciés qu’ils étaient
pratiqués dans un paysage sauvage et beau. »
Revenus du Larzac le 18 avril 1940, les légionnaires du 21e R.M.V.E. apprirent
qu’ils allaient monter incessamment au front et dans les jours qui suivirent, ils
furent équipés de tenues kaki neuves.
Dans son livre le capitaine Robert Dufourg rapporte que le 21e R.M.V.E. était
arrivé en Alsace débarquant de quatre trains à Brumath et Hocchfelden « sans
cuisines roulantes, sans canons antichars, sans voiturettes ni mitrailleuses, sans
bretelles de fusils, sans havresacs, les hommes emportant leur paquetage dans
des couvertures roulées ». On avait pu constituer trois régiments. La guerre éclair
ne donna pas au quatrième le loisir de naître.
ORGANIGRAMME DU 21E R.M.V.E.
Le 21e RMVE compte, à sa création, 2 800 hommes et se compose outre son État-
Major des unités régimentaires classiques (compagnie de commandement C.C.
ou CDT, compagnie hors rang ou C.H.R., compagnie régimentaire d'engins ou
C.R.E., compagnie de pionniers, C.P. (13e Pionniers) ainsi que de trois bataillons
d'infanterie). La compagnie de Pionniers sera supprimée le 6 juin. Chaque
Bataillon a son État-Major et sa Compagnie d’Accompagnement ou d’Appui.
(C.A.A. ou C.A.B. ; Compagnie d'Appui de Bataillon). Outre son E.M. chaque
compagnie est formée de cinq sections, la 5e section étant appelée S.C. ou
section de commandement. Le premier bataillon comprend les compagnies 1, 2
et 3 plus la première compagnie d'accompagnement ou d'appui ou C.A. 1 ; le
deuxième bataillon a sur le même modèle les compagnies 5, 6 et 7 et la C.A. 2 ou
compagnie d'accompagnement 2 ; même schéma pour le troisième bataillon :

122
CHAPITRE I Prologues.,

compagnies 9, 10, 11 et C.A. 3 ou compagnie d'accompagnement 3.


La C.C. assure la vie quotidienne du régiment et regroupe des spécialistes dans
des domaines variés : transmissions, mécanique, cuisine, observateurs,
pionniers… La C.C. n’a pas une vocation de combat. Elle est déclinée en
compagnie d’Accompagnement dans les bataillons.
La C.H.R., rattachée à l’état-major du régiment, est la Compagnie Régimentaire
qui regroupe le fonctionnement administratif, la logistique et le commandement
du Régiment. Elle ravitaille les Bataillons en ligne en matériaux divers et de
défense. On y trouve le secrétariat du colonel et de son petit état-major, les
cellules traitant de l’approvisionnement en matériel, habillement, nourriture, un
peloton de pionniers pour les travaux de protection, la section de brancardiers
qui est en même temps la musique du régiment. Pour commander, il faut assurer
les liaisons vers les supérieurs et les subordonnés, et naturellement une équipe
de téléphonistes y a sa place.
La C.R.E. est équipée d’armes collectives – mitrailleuses, mortiers, canons
antichars de 25 mm… Elle est en général motorisée (avec des exceptions). Elle est
déclinée en Sections Engins dans les Compagnies d’Accompagnement.
Chaque BATAILLON a son État-Major et sa Compagnie d’Accompagnement ou
d’Appui. (C.A.A. ou C.A.B. ; Compagnie d'Appui de Bataillon) et cinq sections, la
5e étant la S.C. (Section de Commandement).
OFFICIERS :
Lieutenant-colonel 1
Commandants de bataillon 4
Capitaines : 21
Lieutenants 34
Sous-lieutenants 17
Aspirants 04
Total 87
ÉTAT-MAJOR P.C à Mommenheim
Chef de Corps Lieutenant-Colonel Paul Debuissy – 6/10/39
Lieutenant-Colonel Albert Martyn—11/09/40
Chef d’État-Major Capitaine Eugène Le Guillard – 18/2/40-Officier-Adjoint
Capitaine Guy Cohn-1/1039 (9e RCA Angers)
Liaison ID et Officier Z (Gaz) Capitaine Jean Lagarrigue-6-11-1939
Renseignements Lieutenant Jean Saint-Martin-5-10-39 du 7e RTA
Officier de Détail Lieutenant Jean Girou-Najou=6-10-39 CM 91
Service sanitaire Médecin-capitaine Maurice Joseph Vidal
+ à la formation du bataillon Capitaine Georges-Joseph Menuat
123
CHAPITRE I Prologues.,

ÉLÉMENTS RATTAQUÉS À L’ÉTAT-MAJOR


1– Compagnie de Commandement : C.C. ou C.D.T
Capitaine Paul Billerot-6-2-40
Lieutenant Louis Imbach-6-10-39 CM 91
Lieutenant Henri Causse (Motos)-5-10-39- CM92
Lieutenant Barthélemy Castaner (Pionniers) -6-10-39 Sathonay
Lieutenant ?
Lieutenant Jean Didier (vétérinaire) ou Yves Didierjean
Adjudant Jean Lesfauries Chef des télégraphistes
Adjudant Fernand Darroussat
Sergent-Chef Gärtner
Sergent Alfred Kervran
Sergent Haab : probablement Hans Habe (Békessy)
2— Compagnie Régimentaire d’Engins : C.R.E.
Capitaine Georges Berlet-1-10-1939
Lieutenant Marcel Henri Jean Pecquereaux- 6-10-39 C.M. 91
Sous-Lieutenant Robert Dujols
3— Compagnie Hors Rang ou C.H.R.
Capitaine François Octobon-30-10-1939
Lieutenant Roger Gaudry-6-10-39 venant du C.M. 91
Approvisionnement Sous-lieutenant Charles Pold.
Sous-lieutenant Théodore Ponomareff.
Lieutenant Pierre Boutrone (vétérinaire).
4— 13e Compagnie (Pionniers)
Capitaine Abel François Borvo.
Sous-lieutenant Nicolas De Medem (remplace le S/L Blonstein vers 5-9 juin)
Aspirant ?
PREMIER BATAILLON
À Minversheim
1-État-Major :
Chef de bataillon Léopold Mirabail. -2/11/39 venant du 3e R.T.A.
Capitaine adjoint-major Henri Bigot.2/11/39 venant du D 172 Agen.
Lieutenant adjoint Marc Briant.6/10/39 C.M. 91.
Médecin-lieutenant Georges Rousse-23/3/40 DI 162.
Médecin auxiliaire Machtou.
2— Première Compagnie
Lieutenant Jean Gay -6/10/39 C.M.91.
Lieutenant Jacques Dupont 4/3/40 DI 12.
124
CHAPITRE I Prologues.,

Sous-lieutenant Lucien Élie Blonstein (remplace De Medem).


Aspirant Albert Charpentier.
3— Deuxième Compagnie
Capitaine Félix Adolphe Henri Gaillard-10/4/40 venant du 71 B.A.F.
Lieutenant Maurice Becaud-6/10/39 C.M. 91
Lieutenant Jacques Deshayes 4/4/40 246e RI (prendra le commandement de
la 3e cie le 18 juin).
Lieutenant Eugène Jean Charles Houtard 8/4/40 81e B A F.
Sous-lieutenant Constantin Dessino.
4— Troisième Compagnie
Capitaine François Joseph Benac. +tué le 14 juin 1940.
Lieutenant Charles Lintignac. Remplacera Benac. Blessé le 19 juin (décédé ?).
Lieutenant Norbert Léon Paul Calix 6-10-39 / C.M. 91 / Blessé le 14 juin.
Sous-lieutenant Nicolas Obolenski (Prince…)
5 -C. A. 1 (Compagnie d’Appui 1)
Lieutenant Pierre François Belissent-6/10/39 C.M. 91 (remplace capitaine
Amédée Modéna à compter du 29 mai.)
Lieutenant Louis Frédéric Marie Neveu- 6/10/39 C.M. 91.
Lieutenant Jean Charlot.
Lieutenant Serge Yonine.
DEUXIÈME BATAILLON
À Eckendorf
1-État-Major
Chef de bataillon ; commandant Ludger Fagard. -4/11/39 (C.M.I. 145)
Capitaine adjoint-major : Joseph Pourquié-21-10/39 C.M. 145 Sathonay
Lieutenant adjoint : Pierre Truffy 6/10/1939 C.M. 91
Médecin-lieutenant : Lieutenant Guinds D ?
Médecin Paul Marie Joseph DUMAS venu du 404e régiment de D.C.A. le 8
juin.
2— Cinquième Compagnie
Capitaine Louis de Brem +-12-2-1940 venant du DI 162
Lieutenant Henry Milcamps 2/4/40 21e RI
Sous-lieutenant Arthur Huschak + (voir biographie !)
Sous-lieutenant Pierre Odry remplace De Brem tué le 9 juin 1940.
Aspirant Simon Hornstein
3— Sixième Compagnie (186 H0MMES)
Capitaine André Camille Bardet- 2-4-40 venait du 21e RI à Chaumont.
125
CHAPITRE I Prologues.,

Lieutenant Jacques Sossine-12/2/40 Agde


Lieutenant Wladimir Rosenschild Paulyn 13/2/40
Sous-Lieutenant Jean Henri Gabriel Éd. Decottignies, 28/2/40 Depot 13
Henri VALÉE 6-10-39, C.M. 91
4— Septième Compagnie
Capitaine Louis Grec- 20-10-39 venant du 155e RI
Lieutenant Roland Busseau-6/10/39 C.M. 91.
Sous-lieutenant Alexandre Sentzoff – 12/2/40.
Sous-lieutenant Alexandre Krashenimnikoff
5— C. A. 2 (Compagnie d’appui 2)
Capitaine Jean Roger Trussant-2-11-1939 D 172 Agen
Lieutenant Jean Nénon-5/10/39 C.M. 172
Lieutenant André Coscoquela, 5-12-39 C.M.I 172L
Lieutenant André Masselot-9-4-40 102e RI
Lieutenant Constantin Borovsky
Adjudant Paul Bouquet de La Jolinière
Sergent-chef Comptable Leroy
TROISIÈME BATAILLON
À Mommenheim
1-État-Major
Chef de Bataillon : Cdt Charles Poulain 17-1-40 Sathonay.
Capitaine Georges Ravel à compter du 17-6-40
Capitaine adjoint-major Joseph Maurice Farges puis Pascal Henri Doubaud
Officier adjoint Lieutenant Jean Saint-Marc-5-10-39 C.M. 172
Médecin-lieutenant Jean Buvat-31/3/40 Hôp Val de Grâce
Assistant- médecin William Amsellem Adjudant
Lieutenant Jean Glouchkoff Officier adjoint-8-2-40 D 93bis
Adjudant chargé des transmissions Fernand Douet
Adjudant chargé du ravitaillement Guillot
2— Neuvième Compagnie
Capitaine Henri François Eugène Sabadie 24-3-1940 venant du 13e Zouave.
+puis : Capitaine Amédée Modéna le 29 mai (capitaine Sabadie blessé le 26
mai)
Lieutenant Henri Dugros-5-10-39 C.M. 172 Marmande
Lieutenant Wladimir Smirnoff (commande la 9e Cie le 26 mai)
Sous-lieutenant René Gaston Lineres Guiart-21/1/40
Sergent-chef Simon
Adjudant de Compagnie Lefèvre
126
CHAPITRE I Prologues.,

Sergent-chef Comptable Baudelet


3— Dixième Compagnie
Capitaine Félicien Duvernay- 8-4-1940 venant du 124e RI
Lieutenant Georges Monteil- 5/10/39 C.M. 172 Marmande.
Lieutenant Guy Paul Delphin René Surpas.
Sous-lieutenant Vladimir Krasnoussoff (blessé et évacué).
Adjudant Albert Pereira.
Aspirant Jean Alfred Eugène Defoy.
Adjudant de Compagnie Lavaud.
Sergent-chef Comptable Reyer.
4— Onzième Compagnie
Capitaine Ravel (Georges Ravel de Biesville), 26/1/40 DIM de Marseille.
Lieutenant Marc Saumureau-6/10-39 C.M. 91.
Sous-lieutenant Arnold François de Cuniac. +
Sous-lieutenant Basile Roudometov. +
Adudant chef Robert Michel.
Adjudant de Compagnie Leroy.
Sergent-chef Comptable Paquet.
5 — C.A. 3 (Compagnie d’Appui 3)
Capitaine Pascal Henri Doubaud -9-10-1939 venant du C.M. 145, puis :
Lieutenant Audibert Jean-François -1/5/40, venant du 72e B.A.F. (7).
Lieutenant Pierre Bernard Dulion 5/10/39 C.M. 172 Marmande.
Sous-lieutenant Dimitri Firsk (blessé le 13 juin).
Adjudant Roger Blanc.
Adjudant André Pouraud ou Pourreau Comptable C.A. 3.
Aspirant Antoine Beille (blessé le 27 mai).
Sergent Chef Popot.
Bien des vides demeurent à combler dans cet organigramme. Par exemple,
C.L. Flavian dans son livre "ils furent tous des hommes" a écrit : "...Le Dr
Janco, médecin du 21e étranger et baroudeur enragé..." (Buvat ? Guinds ?)
Par ailleurs, la liste des prisonniers de guerre N 17 m'a incité à accepter
certains noms (chapitre XII) au risque de corrections futures.
Le Chapitre I correspondait à la naissance du 21e R.M.V.E et ses contextes. Le
chapitre II : contient :25 mai 17 juin = Vie du 21e R.M.V.E. et ses contextes.
Retraite.17-21 juin Vie du 21e R.M.V.E. et ses contextes. Débâcle.
Le Chapitre III contient Les derniers jours, 21 juin.et après!.. = Disparition
du 21e R.M.V.E.

127
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.


Le 21e R.M.V.E. au sein de la 35e Division.
Le 21e R.M.V.E. compte, à sa création, 2 800 hommes et se compose des
unités régimentaires classiques :
— Un État-major (E.M.)
— Une Compagnie de Commandement (C.C.)
— Une Compagnie hors rang (C.H.R.)
— Une Compagnie de Pionniers (13e C.P.)
— Une Compagnie régimentaire d’engins (C.R.E.)
— Trois Bataillons d'infanterie.
Probablement, le total pour les trois bataillons était alentour de 2100 hommes.
Avant le départ au front, le 21e reçut un nouvel équipement, lourd,
encombrant, inadapté, mais neuf. Cependant, l’armement et les munitions
n’avaient pas changé.
Le départ pour la zone des Armées (Alsace).
À l’aube du 28 avril 1940, le 21e R.M.V.E. quitta à pied Barcarès sous un ciel
pluvieux et il embarqua sur le train le 30 avril et le 1er mai 1940 sans incident à
Rivesaltes. Il rejoignait la 35e Division d’infanterie du XIIe Corps de la 5e Armée
Bourret sur la ligne Maginot en Alsace.
Il y remplaçait à compter du 1er mai 1940 le 49e R.I. de Bayonne qui quittait la
35e Division et qui, affecté le 12 mai à la 30e Division Alpine du Général Duron,
devint le 49e régiment d’infanterie alpine.
Le 30 avril 1940, 21e et 22e s’étaient croisés à Rivesaltes ; récit d’Ilex Beller du
22e, dans Notre Volonté : « Pendant trois semaines, nous (le 22e) avons
manœuvré dans le camp du Larzac. Nous n’avons rien appris de nouveau, mais
ç’a été l’occasion d’être débarrassé des puces "barcaressiennes", d’habiter
comme de vrais soldats dans une véritable caserne, de dormir sur de vraies
paillasses. En comparaison avec les conditions de vie de Barcarès, les manœuvres
ont été pour nous une sinécure. Mais un ordre est arrivé de retourner à Barcarès,
nous refaisons vite les bardas et reprenons la route.
Il pleut de nouveau et nous sommes tout trempés quand nous montons dans
les wagons à bestiaux. Arrivés à Rivesaltes nous en descendons pour parcourir à
pied les seize kilomètres qui nous séparent du camp, mais dans les rues voisines
de la gare une surprise nous attendait : nos camarades de Barcarès, les 3 000
volontaires du
21e régiment sont là qui attendent le train en partance pour le front. Ils sont
habillés de neuf, avec de longs manteaux et des casques de fer. Seuls les bardas
128
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

et les ficelles, et les armes individuelles n’ont pas changé. On reconnaît à peine
les visages. Permission nous est accordée d’aller prendre congé de nos camarades
qui partent… »
En quittant la gare de Rivesaltes le 30 avril 1940, Le 21e R.M.V.E. voyagea dans
des wagons à bestiaux, passa par Narbonne, Saint-Jean de l’Osne, Lyon, Bourg-
en-Bresse, Gray, Vesoul, Épinal, Sarrebourg, Saverne, Brumath (Bas-Rhin). Le
capitaine Farges, adjudant-major du 3e bataillon, malade, avait été évacué sur
l’hôpital de Gray au passage dans cette ville le 1er mai et été remplacé dans se
fonctions par le capitaine Doubaud. Le régiment quitta Épinal par quatre trains le
2 mai (départs à 0 heure 21, 1 heure 21, 6 heures et 7 heures) et par un train le 3
(départ à 0 heure 21.)
Au bout d’un temps ressenti interminable, le 21e aboutissait dans le Bas-Rhin
dans la journée du 2 mai 1940. Il débarqua plus précisément ses éléments entre
7 heures 30 et midi à Brumath, ville située au nord de Strasbourg.
Le 21e R.M.V.E. commandé par le lieutenant-colonel Debuissy avait son P.C à
Mommenheim. Le chef d’état-major était le commandant Le Guillard. L’officier de
liaison était le capitaine Lagarrigue.
L’autoroute n’existait pas en 1940.
Le premier bataillon était à Minversheim et était commandé par le
commandant Mirabail. Le 2e bataillon à Alt-Eckendorf était commandé par le
commandant Fagard. Le 3e bataillon à Mommenheim était commandé par le
commandant Poulain. Ce dernier, tombé malade, exténué par les marches, sera
remplacé le 17 juin durant la retraite par le capitaine et baron Ravel de Biesville.
À leur arrivée à Brumath dans le Bas-Rhin les Bataillons furent répartis comme
suit : le 1er Bataillon à Alteckendorf et Minversheim, le 2e bataillon à
Minversheim, et le 3e Bataillon à Mommenheim (9e et 10e Cies) et Wittersheim
(11e Cie, C.A.3 et E.M.).
Le régiment n’avait pas encore de canons antichars, de mitrailleuses, de
roulantes, de voiturettes. Par contre, le 21e disposait d’une centaine de
camionnettes et de camions neufs, alors qu’à ce point de vue, le matériel roulant
de la 35e Division donnait le spectacle lamentable d’une rétrospective allant pour
certains camions jusqu’à la Grande Guerre. Les équipements du 21e R.M.V.E.
furent heureusement quelque peu complétés.
L’antinomie entre le 21e R.M.V.E. et la 35e Division entre autres.
Le 21e fut assez mal accueilli par la 35e Division d’infanterie du Général
Decharme. Le Général Decharme qui le 1er mai avait fait des adieux touchants à
son 49e R.I. à Uhlwiller, localité du canton de Haguenau située à environ dix
kilomètres du chef-lieu et 6 à 7 kilomètres au nord-ouest de Pfaffenhoffen, la ville
129
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

des 5 f, n’était pas là pour accueillir le 21e R.M.V.E.. Militaire réactionnaire,


xénophobe, antisémite (son fils aurait porté l’uniforme allemand), Decharme
n’appréciait guère le sale coup qu’on venait de jouer à sa Division.
Un soir, revenant d’une visite au Corps d’Armée à l’heure du dîner, le Général
Decharme s’était montré être de fort mauvaise humeur, cela ne lui était pas
naturel.
C’est au dessert seulement que n’y tenant plus, il donna la raison de sa
maussaderie : on lui enlevait brutalement son 49e R.I. et on le remplaçait par un
régiment de volontaires étrangers de formation récente. Decharme avait protesté
sans succès.
Le Général Duron commandant la 30e Division alpine était un ancien sous-chef
d’État-Major du Général Gamelin. Ayant vu le 49e R.I. en manœuvres dans les
Vosges, il l’avait demandé pour lui et obtenu (Robert Dufourg).
De fait, en remplacement d’un de ses meilleurs régiments d’active, le 49e
Régiment d’infanterie, la Division Decharme se voyait attribuer un régiment
pauvre en armement et en équipement, à effectifs complets certes, mais avec
une instruction insuffisante et des cadres parfois trop âgés.
Les hommes n’avaient pas encore de havresacs ; ils enroulaient leurs
paquetages dans les couvertures et les toiles de tente. Ils n’avaient pas de
bretelles de fusil et utilisaient à la place les bandes des masques à gaz. À analyser
plus profondément on doit penser que les antinomies étaient autres que celles
avancées et somme toute remédiables. Pour l’essentiel le fond du problème était
purement idéologique : la troupe du 21e R.M.V.E était majoritairement formée
d'antifascistes : 30 % étaient des Espagnols républicains qui avaient combattu le
Général Francisco Franco. Un autre 30 % à 40 % était constitué surtout des Juifs
d'Europe centrale, certes de tous âges et certains à la recherche de la nationalité
française, mais pour la plupart antihitlériens et antifascistes et finalement la
moyenne d'âge n'était que de 27-28 ans. Surtout donc, le Général Decharme
n’était pas politiquement favorable aux Juifs et aux Rojos, communistes ou pas,
constituant le 21e R.M.V.E sinon il aurait avalisé le dénuement de ce régiment.
On ne peut que constater que les cadres de la 35e Division étaient, pour la
majorité comme Decharme et comme parmi toute l'armée française d’active de
l'époque, des conservateurs plus proches de l'Action française, de la Cagoule et
de Franco, Mussolini et Hitler que de Blum et du Front populaire.
Ces défenseurs de la patrie ne comprenaient pas qu’on ne se fut pas allié ou au
moins entendu avec Hitler qui était pour eux le bon côté, l’ennemi du mauvais,
les Juifs étrangers qui voulaient la guerre pour retrouver leurs biens en Europe et
les communistes et les Juifs nationaux comme Blum et son Front populaire. Pour
130
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

eux les volontaires espagnols, les Rojos de la République espagnole étaient tous
des communistes qu’il ne fallait pas secourir et Franco était le défenseur des
valeurs occidentales face à l'obscurantisme communiste.
Du même souffle, ils ne comprenaient pas et ne voulaient pas la guerre contre
Hitler, le bouclier contre le communisme ; leur âme était chez l'ennemi. Cette
attitude des responsables militaires de 1940 n’était qu’une répétition de l’hérésie
qui les avait amenés à des comportements honteux dans l’affaire Dreyfus.
Mais à comparer, l’affaire Dreyfus n’avait été qu’un drame miniature et cette
fois la catastrophe allait être générale. On ne peut après la lecture du livre d’Hans
Habe écrit au printemps 1941 douter de l'antisémitisme du Général Decharme et
de sa conduite ignominieuse envers le colonel Debuissy et le 21e R.M.V.E... Quant
à son comparse, l'officier d'État-Major Robert Dufourg, malgré toutes les
précautions prises dans son livre Brassard Rouge Foudres D'or paru en 1951, il est
possible de le saisir entre les lignes : il ne comprend pas la raison de cette guerre.
Son autre livre aussi, « Adrien Marquet devant la Haute Cour, Janmaray, Paris,
1948, 254 pages », le situe bien : Adrien Marquet avait été ministre d'État, puis
ministre de l'Intérieur dans les gouvernements Pétain et Laval. Robert Dufourg,
personnage haut en couleur était resté fidèle au maréchal Pétain et à Adrien
Marquet.
De son côté, Decharme, ami de Weygand et d’Aublet, faisait partie de ces
nombreux officiers réactionnaires, antisémites et anticommunistes, mais surtout
admirateurs d’Hitler et contempteurs de la 3e République. Mais il ne faut pas
oublier qu’à la fin des années trente, l’Europe était très fascisante depuis la
Roumanie et la Pologne jusqu’au Portugal pour l’espace, et de la droite à la gauche
pour les hommes qui avaient perdu le sens de la démocratie et ne raisonnaient
plus qu’en termes de deux friandises empoisonnées, le bonbon rose communiste
et le chocolat noir nazi, soit la peste et le choléra. Rares furent les vrais
démocrates qui échappèrent à l’attrait des dictatures fascistes représentées par
le nazisme hitlérien et par le communisme stalinien ; beaucoup des « bien-
pensants » de tous bords agirent mal et se retrouvèrent dans le mouvement
fasciste.
Il n’y eut que quatre-vingts députés pour refuser les pleins pouvoirs à Pétain,
et encore tous ne le firent pas pour le bon motif. Ils n’avaient pas prévu la folie
hitlérienne… Choisir le bonbon rose communiste n’eut d’ailleurs pas été meilleur
pour la démocratie. Exemple : l’écrivain juif Stefan Heim, protégé par sa
notoriété, après avoir choisi le communisme, se définira finalement comme
socialiste critique et fustigera un parti qui « prétend représenter la classe
ouvrière, mais n'est fait que de tyrans petits-bourgeois », confirmant ainsi la
131
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

similarité des extrêmes, le communisme n’ayant de communiste que le nom.


En Syrie, beaucoup trop de militaires restèrent fidèles à l’État néofasciste
français, c’est-à-dire à Vichy et à Pétain, ignorant le terme « Français libre ».
Suite au transfert officiel de 12 Curtiss P-40F Warhawk de l’USAAF (United
States Army Air Forces) au Groupe de Chasse II-5 La Fayette le 9 janvier 1943 à
Casablanca, deux pilotes rejoignirent subrepticement Vichy avec leurs avions
américains (M. Verrier. Arènes du ciel). Les militaires qui se ravisèrent par la suite
entrèrent à l’ORA, certains le firent avec beaucoup de réticence à accepter l’union
des mouvements de résistance parrainée par Jean Moulin, émissaire de De
Gaulle, sans doute à cause de la présence des communistes.
Certains militaires eurent une conduite plus exemplaire. À la 36e D.I., outre le
colonel Barthe, le lieutenant-colonel Léon Sinaï reçut fin 1941 la Croix de
commandeur de la Légion d’honneur pour la conduite de son régiment, le 57e R.I.
appartenant à la 36e Division, lors des combats de Voncq. Incorporé sous Vichy
au 1er régiment de France, il s’engagea très tôt dans la Résistance. Limogé par
Vichy, il poursuivra ses activités clandestines et finalement il sera arrêté par la
Gestapo en mars 1943. Déporté, il mourra d’épuisement en mars 1945.
À la gauche du 21e R.M.V.E. dans les Ardennes, à part ces cas, la 36e Division du
Général Aublet, qui occupait notamment le Chêne-Populeux, avait la même
origine et la même mentalité qu’à la 35e Division, à savoir qu’avec Hitler, bouclier
contre le communisme, tout allait finir par s’arranger.
Seul le lieutenant-colonel Maurice Barthe avait des attaches avec la légitimité
républicaine, il avait réprimé en 1934 les émeutes autour du Palais Bourbon.
Aussi, lorsqu’il se trouva nommé chef de l’infanterie de la 36e Division, fut-il
détesté et boycotté par ses pairs sympathisants de l’Action française et de la
Cagoule. Pendant ses cinq années de prisonnier, il refusera de collaborer avec les
représentants de Vichy et prendra parti pour De Gaulle et Giraud.
Voici les portraits d'André et Jacques Dufilho et de Loustaunau-Lacau afin de
« meubler la panoplie des officiers et sous-officiers plus ou moins réactionnaires
ayant passés par la 35e Division :
Jacques Dufilho, 1914-2005 (le frère du docteur André Dufilho) était un artiste
comédien, qui fut soldat en 1940 au 29e G.R.D.I. (35e D.I.) et publia ses mémoires
en 2003 intitulées Les Sirènes du bateau-loup. D’opinion catholique traditionaliste
et monarchiste légitimiste, il se plaisait à afficher son culte du maréchal Pétain.
C’était un acteur de talent : à près de 80 ans, dans le film de Jean Marbœuf, sorti
en 1993, il a incarné Pétain avec un mimétisme hallucinant, retrouvant même
dans la voix les échos chevrotants du vieux Maréchal.
Il était par ailleurs partisan de l’Action française ; celle-ci fondée en 1898 par
132
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Henri Vaugeois et Maurice Pujo sur une position antidreyfusarde étsit devenue
monarchiste sous l'influence de Charles Maurras et de sa doctrine du
nationalisme intégral, dite également « maurrassisme ». Ainsi, d’une rhétorique
nationaliste, républicaine et antisémite, l’Action Française avait évolué vers une
idéologie nationaliste, antisémite, contre-révolutionnaire, antirépublicaine et
anti-individualiste, sur fond de positivisme et de transformisme. Finalement, le
mouvement revendiqua une monarchie traditionnelle, héréditaire,
antiparlementaire et décentraliste.
Son frère André Dufilho, 1911-2003, était médecin au 123e R.I. de la 35e
Division d'Infanterie. Selon son livre "Mon lieutenant un blessé vous demande", il
ne comprend pas plus que Robert Dufourg les raisons de la guerre. Le 21e R.M.V.E
est pratiquement inexistant dans son livre ; il y est plutôt question de Loustaunau-
Lacau qu’il regrette de n’avoir pas plus connu. André Dufilho est aussi l’auteur
d’un récit, « Docteur, un cheval vous attend », témoignant d’une médecine
« totale » pratiquée dans la belle et rude vallée des Aldules entre 1937 et 1953,
livre qui en dix éditions successives est devenu un classique du Pays basque.
Loustaunau-Lacau, né à Pau en 1894, fils d’officier, entre en 1912 à l’école de
Saint-Cyr. Après avoir participé à la Grande Guerre, il sort avec le brevet d’état-
major en 1924 dans la même promotion que Charles de Gaulle. Il participera aux
États-Majors de Weygand, Lyautey, Pétain.
Dans les années 30, homme politique d’extrême droite, antisémite, il fonde
l'Union militaire française afin d’aboutir à l’union de toutes les droites, dirige le
périodique l’Ordre national ainsi que les revues Barrage et Prestige et il anime un
groupement anticommuniste, antinazi et antisémite, La Spirale, sous le
pseudonyme de « Navarre ». En 1936, alors qu’il est membre de l’état-major de
Pétain il fonde le mouvement Corvignolles qui est censé, il le soutiendra toujours,
se limiter à l’élimination des cellules communistes dans l’armée, mais extension
ou pas de la cagoule dans l’armée elle en partage l’idéologie, dont la chute de la
gueuse, Loustaunau-Lacau est démis en février 1938 de ses fonctions militaires
par le gouvernement Daladier, qui le présente comme un « officier d’aventure ».
EXTRAITS du livre Mémoire d’un Français rebelle
¨Page 159 : "Persécuté pendant la guerre par Daladier et après la guerre de la
part du parti communiste et du Parquet de la Seine."
FÉVRIER 1937, un certain "Hanus", mort par la suite en déportation, officier de
réserve qui surveille les communistes au 26e RI de Nancy lâche tout et donne le
code, les documents et les Instructions de Corvignolles. Daladier se sert de cet
évènement "pour donner un os au parti communiste '', dont il aurait besoin pour
les élections. Il met Loustaunau à la porte de l'Armée, mais ce n’est qu’un os, car
133
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

dès cette année 1937, Daladier brûle le dossier Cagoule de Pétain en présence
de Pétain, ce suivront en 38 les accords Ribbentrop-Bonnet et en 39 de Munich.
1937-1939 : Loustaunau, après diverses rencontres se sert des fonds venant
du maréchal Franchet de l'Esperey pour sa "croisade contre les anti-bonheurs'' :
il crée 2 revues "Barrage'' et ‘’Notre ''prestige'', il se servira dans son livre
d'articles qu'il a publié dans ces 2 revues pour établir quelle était alors son
attitude face à la catastrophe prévisible.
2 SEPTEMBRE 1939. La guerre arrivait, il obtient, après un mois de démarches
sa réintégration dans l'armée, au 2e bureau de la 9e armée Corap, mais le cabinet
de Daladier veille et il le mute au 123e R.I. Il y est alors le commandant du 3e
bataillon.
J.O. DU 25 AU 31 OCTOBRE 1939, il devient chef de bataillon breveté de d’état-
major ; il rejoint alors l'État major du régiment, où il y est spécialement chargé
de "sonder'’ la troupe (dépistage des communistes).
20 MARS 1940, Le général Decharme de la 35e D.I. perd son chef d'État-major
Caumia Baillenx muté et il nomme Loustaunau passé alors colonel comme Chef
d'état-major de la division ;
Le 22 MARS 1940, Vendredi-Saint cependant, arrivent au siège de l'E.M. de la
e
35 D.I. un colonel d'artillerie flanqué de 4 sous-officiers qui arrêtent Loustaunau
et l'envoie au fort de Mutzig près d’Obernai : motif singulière histoire de
corruption concussion trahison dénoncée par Loustaunau qui affirme que
Daladier (histoire rapportée page 172 à 182) veut le faire taire. L’attitude
ambivalante de Pétain avec Loustaunau par la suite aurait-il un rapport avec le
ossier cagoule brûlé par Daladier ? Pétain, à contre-courant de son entourage,
lui fournit des fonds.
12 MAI 1940, dimanche jour de la Pentecôte, Loustaunau est acquitté grâce à
quelques appuis, dont celui du colonel Groussard commandant en second de
Saint-Cyr en 1940. Georges Groussard est un officier de la Coloniale, qui avait été
très actif avant-guerre dans Corvignolles contre les réseaux communistes de
l'armée. Antigaulliste, Groussard finira comme Loustaunau-Lacau par travailler
pour l’Intelligence Service. Libéré Loustaunau travaille dans un groupe
d'Instruction de Compiègne qui essaie de reformer des divisions.
9 JUIN 1940 : il rejoint le 12e Zouave (3e D.I.N.A.) où il enregistrera à son
curriculum la destruction de 22 chars de Guderian dans les combats du 13 et du
14 juin 1940. Il est commotionné et gravement blessé avec son chien Porthos le
14 juin 1940 et il est hospitalisé et prisonnier à l'hôpital-prison de Châlons-sur-
Marne. ; il parvient, par un coup de bluff, à se faire libérer le 16 août 1940 Il
rejoint ichy en septembre et il est reçu par Pétain. Vichy lui offre un poste
134
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

intéressant : délégué général de la Légion française des combattants.


Il entend poursuivre le combat et entame à Vichy des activités de
renseignement et d’action souterraine, il agit à la fois dans un sens tout à la fois
antiallemand, anticommuniste et antigaulliste. Croyant comme son ami
Groussard que le régime nouveau préparait la revanche, il se lance aussitôt dans
l’action contre l’occupant.
Révulsé par l’entrevue de Montoire du 24 octobre 1940, il tenta de remplacer
Xavier Vallat à la tête de la Légion. Il tenta de recruter pour la Légion des agents
qu’il trouva parmi les anciens de Corvignolles et de la Spirale, c’est-à-dire au sein
de la droite nationaliste de l’armée. Alors qu’il était foncièrement antiallemand,
il offrit en août 1940 ses services à l’ambassade du Reich : « je suis prêt à former
avec mes amis un nouveau gouvernement. » Il propose alors de se rallier à
l'occupant en vue de l'instauration d'un régime "totalitaire"Quel était son but ?
Voulait-il fomenter un complot contre Vichy comme le fit plus tard à l’été 1943 le
cagoulard Jacques de Bernouville de la même mouvance d’extrême droite et qui
ira vers la Milice et la S.S. avant de se réfugier au Québec ? Le plus plausible est
qu’il pensait proposer à Hitler une alliance comme le fit le Maréchal Pétain
jusqu’au bout. Sans doute, nanti de ses antécédents guerrriers de chasseur de
communistes, il se croyait plus capable d’obtenir d’Hitler cette alliance, ce qui
veut dire que si personne ne voulait mourir pour Dantzig, certains étaient prêts à
mourir pour Hitler au nom de leur idéologie anticommuniste et anti-gueuse. Mais
Loustaunau-Lacau fut révoqué de la Légion le 13 novembre 1940 à l'instigation
de Xavier Vallat qu’il avait tenté de remplacer à la tête de la Légion
Ignoré d’Hitler, rejeté par Vichy, Loustaunau-Lacau, avec le colonel Groussard,
tenta alors de jeter des ponts entre Pétain et De Gaulle.
Ce dernier dans une lettre datée du 13 janvier 1941 répondit à son condisciple
de l'École de guerre :
« Toutes les finasseries, tergiversations, cotes mal taillées sont, pour
nous, odieuses et condamnables. Ce que Philippe a été autrefois ne change rien
à la façon dont nous jugeons ce qu'est Philippe dans le présent. » Dans son livre,
Loustaunau ne parle pas de cette lettre de De Gaulle. Il n’est pas tendre pour ce
dernier qui selon lui voulait mettre la main sur tous les éléments de la résistance
dans un dessein politique et militaire et conclut que de Gaulle aurait pu avoir une
attitude plus fraternelle à l’égard du réseau Alliance et de ses quatre cent vingt
fusillés ou massacrés. Le projet de Loustaunau-Lacau, était-il le plan d’un
cagoulard plus que celui d’un résistant et était-il irréaliste dans ses demandes et
ses moyens ? Malgré leurs dénégations sur leur appartenance à la Cagoule, il n’est
pour le moins certain que Pétain et son ordonnance Loustaunau avaient pour le
135
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

moins des connexions et des intérêts communs avec elle.


L’Intelligence Service, en manque de relais français, accepta de le soutenir
Loustaunau. Une rencontre à Lisbonne le 14 avril 1941 scelle la naissance
d’Alliance-Navarre un mois plus tard. Le réseau appartient au premier contingent
de déçus du régime. Une de ses forces a été de conserver des relais dans l’appareil
militaire et diplomatique de Vichy.
Passé en Afrique du Nord, il est arrêté pour dissidence par le Général Weygand
en mai 1941. Évadé, il reprend le maquis en France. Arrêté par la police française
le 18 juillet 1941, interné à Clermont-Ferrand, Évaux-Les-Bains (Creuse) et autres
lieux avant d’être livré par Vichy à la Gestapo le 31 mars 1943, il demeure six mois
dans les caves du capitaine de la Waffen-SS Hugo Geissler, et y subit cinquante-
quatre interrogatoires.
Son réseau Alliance pendant ce temps assure le départ du Général Giraud en
Algérie par sous-marin début novembre 1942 et devient un élément important
du réseau giraudiste auquel il s’intègre définitivement le 1er juin 1943 pour ne
rejoindre le BCRA (Bureau central de renseignement et d’action de la France libre)
qu’au printemps 1944 au moment de la fusio des services d’Algérie avec ceux de
la France Libre. Loustaunau Lacau de son côté est déporté en juillet 1943 et arrive
au camp de Mauthausen le 15 octobre 1943. Il parvient à survivre à
l’internement, puis à la marche forcée imposée par les gardiens du camp lors de
l'effondrement de l'Allemagne nazie. Il est libéré le 5 mai 1945 par le 41 st Recon
Squad de la 11th Armored Division 3rd US Army et rejoint Pau le 9 mai. Il se portera
aussi à la défense de Pétain en écrivant une lettre au Général De Gaulle. Au Procès
du Maréchal ouvert le 23 juillet 1945, il se déclara « écœuré par le spectacle des
hommes qui, dans cette enceinte, essaient de refiler à un vieillard presque
centenaire l'ardoise de toutes leurs erreurs ». Il n’avait pas compris que Pétain
dont il partageait le sectarisme était l’erreur suprême, le complice d’Hitler,
l’homme aux multiples assassinats, et lui-même responsable de nombreux morts
juifs et autres en déportation, ou plutôt il l’approuvait ; en outre, il accusait
toujours Daladier et le Front populaire sans compter que Daladier lui-même est
accusé aussi d’avoirt voulu contenter Hitler, cela jusqu’à l’arrivée au pouvoir du
jusqu’en boutiste Paul Reynaud, arrivée qui rendit caduque les ententes secrètes
entre les anti-gueuse et Hitler et retarda le coup d’État Pétain,
. En juin 1947, incorrigible conspirateur, Loustaunau-Lacau sera arrêté ainsi
que le comte de Vulpian et le Général Maurice Guillaudot : ils étaient impliqués
dans une rocambolesque histoire de complot de droite, complot dit du plan
bleu… Après six mois de prison, il fut libéré en février 1948 : non-lieu. L’excuse,
sinon le prétexte, fut encore corvignollesque : n’en voulant pas au gouvernement,
136
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

il voulait simplement le débarrasser de ses communistes...


En 1948, il publia ses mémoires, Mémoires d'un Français rebelle chez Robert
Laffont. Élu député des Basses-Pyrénées le 17 juin 1951le 17 juin 1951,
Loustaunau-Lacau est mort à Paris le 11 février 1955, en pleine réunion de
l’Assemblée nationale quelques jours après sa nomination au grade de Général et
le jour même où cette nomination apparaissait au journal officiel. Resté constant
dans son idéologie réactionnaire, pour ne pas dire antidémocratique, l’antisémite
Loustauna-Lacau démontrait ainsi la meilleure méthode pour n’avoir ni remords
ni sentiments de culpabilité. N’avait-il pas démontré la même soit-disant
incohérence ou grandeur d’âme, lorsqu’il défendit Pétain à son procès, alors que
le régime de Vichy l’avait livré à la Gestapo ? Il est toujours plus facile de
pardonner à ses amis qu’à ses ennemis. Cette obstination butée, pléonasme
nécessaire, dans l’hérésie se comprend quand on constate que tous ces résistants
giraudistes antigaullistes arrivés pour beaucoup à la deuxième heure et parfois à
la dernière heure ne rêvaient sans aucun doute que d’une seule chose : ils
croyaient que, grâce à un autre antigaulliste appelé Roosevelt, et aussi la
mésentante existant entre Churchill et De Gaulle ils allaient pouvoir avec Giraud,
Darlan ou un autre, pérenniser le régime de Vichy en retournant leur veste de
servitude de l’Allemagne vers les États-Unis. Il ne faut pas oublier que Roosevelt
avait annoncé dès le 26 juin 1940 qu’il ne reconnaissait qu’un gouvernement
français, celui du maréchal Pétain. Pourquoi l’anti-allemand Pétain alors lui qui
avait fait le don de sa personne à la France, n’a-t-il pas rejoint l’Afrique du Nord
alors que là les conditions et en plus le débarquement américain lui étaient
favorables ? Cela éveille le soupçon d’un Pétain ayant pris le pouvoir dans les
fourgons d’Hitler pour éliminer la république ; en prétendant ne pas quitter
l’hexagone soi-disant parce qu’il donnait son âme à la France, en réalité, il ne
pouvait peut-être pas la quitter, car Hitler vivant pouvait sans doute « tirer sur le
fil à la patte » par lequel il tenait attaché comme un pantin ce nouveau Bazaine.
Loustaunau-Lacau, était un personnage intelligent, habile et et tricheur de bonne
foi, comparable à un grand violoniste, qui, étant un psychorigide rétrograde
incapable de reconnaître les bonnes partitions, serait à la fois l’avaleur et le
distributeur de couleuvres et la couleuvre elle-même ; tel je me représente
l’habile et retors Loustaunau-Lacau.
https://www.monument-mauthausen.org/37788.html.
L’affaire Corap. La farce fatale Huntziger-Gamelin versus Corap-Georges est un
évènement charnière de la guerre qui amena le transfert de la 35e Division dans
les Ardennes. En 1938, Corap faisant une manœuvre de lutte contre les chars,
Gamelin lui dit : « Alors on s‘amuse mon Général. »
137
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Il faut dire qu’Huntziger était le poulain de Gamelin et cela, sans doute, mis à
part son manque de poigne sera la plus grosse erreur de Gamelin. Sans parler de
la suite, le « gracieux » Gamelin fera du « Grogneux » Corap, ami du « grogneux »
Georges, le bouc émissaire, et du « Gracieux » Huntziger, son ami, l’innocent.
Gamelin fut trahi, Georges et d’autres n’ont pas suivi ses ordres. Paul Reynaud n’y
verra que du feu, sa maîtresse était ami de mme Huntziger. Le Général Huntziger,
plutôt beau, courtisan, poli et courtois, flatteur et carriériste, était dès l’avant-
guerre destiné à un grand avenir, celui même de maréchal peut-être. La guerre
venant, il dénia la vérité sur son armée pour plaire, pour ne pas dire tromper et
trahir, vérité qui était la dangerosité et la faiblesse de son secteur placé dans un
endroit critique. L’armée Corap, manifestement trop faible malgré les
avertissements et plaintes incessants de son Général, avait vu son flanc droit
laissé totalement à découvert par la décision après le franchissement de la Meuse
à Sedan du Général Huntziger de replier sa 2e Armée, sur la ligne Maginot.
En prémisse à la guerre, le Général Corap, personnage plutôt laid et grincheux,
obèse, cru dans ses manières et son parler, le contraire du gracieux Huntziger,
avait son avenir derrière lui, mais il disait la vérité ; sa 9e Armée n’avait d’une
armée que le nom, elle manquait de tout.
Corap n'avait eu de cesse d'alerter Gamelin qu'il n'avait pas les moyens de
retenir un assaut blindé, pas de mines, des casemates inachevées et la nécessité
de déployer ses troupes en arc de cercle pour occuper la rive gauche de la Meuse
belge allait encore amoindrir ses forces. Le général Gamelin se désintéressa des
Plaintes de Corap et George les négligea. L’inévitable survint : le Général Corap
n'ayant plus de liaison vers Sedan, débordé au nord et menacé au centre, ordonna
pour sauver de l’encerclement ce qui restait de ses troupes un repli précipité sur
la frontière française.
Cet ordre de repli dégarnit la 1re Armée qui résistait en Belgique et l’obligea à
abandonner ses positions sur la trouée de Gembloux. En virant vers l’ouest les
panzers achevèrent d’anéantir la 9e Armée Corap à qui on n’avait apporté comme
secours que le remplacement de son chef par le Général Giraud ! L’effet domino
n’avait pas tardé sur la 9e puis sur la 1re Armée. De plus, Huntziger au lieu de
reporter toute son énergie sur sa gauche menacée, alors qu’il avait tout de même
un meilleur état-major et une meilleure armée que Corap, agrandit l’échancrure
en se repliant sur la ligne Maginot. Huntziger ouvrit la porte aux Allemands et
Georges en fit tout autant en leur ouvrant le corridor.
Le 12 mai 1940 à 14 heures 30, il avait mis à la disposition du 21e C. A., un
groupement composé de la 3e D.I.M., la 3e D.C.R. et à 15 heures, il avait fait venir
le 6e G.R.D.I comme protection contre d’éventuels parachutistes…
138
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 13 mai, le 6e G.R.D.I. aura mission de barrer les itinéraires nord-sud d’une


ligne La Cassine — Stonne — Mont Damion, en liaison avec les 5e et 2e D.L.C.
Huntziger en effet avait, aussitôt commencée la bataille de la Meuse à Sedan,
c’est-à-dire en soirée dès le début de la nuit du 13 au 14 mai, déménagé son état-
major de la 2e Armée (chef d’état-major colonel Lacaille) invoquant un
bombardement qui n’avait pas existé, de Senuc pour les forts situés autour de
Verdun : Landrecourt, Regret, Dugny.
Le 14 mai à midi, le P.C de la 3e D.I.M. s’installa aux Petites-Armoises et y fut
rejoint dans le cours de l’après-midi par le P.C de la 3e D.C.R.
Mal planifiée, la contre-offensive de la 3e D.C.R. en l’absence d’Huntziger fut
annulée dans la journée du 14 mai, la 3e D.I.M., la 3e D.C.R. et la 5e D.L.C. furent
réparties par le Général Jean Flavigny en bouchons défensifs sur un front de
20kilomètres. Le matin du, 14, lancés dans une mission de sacrifice sans attendre
la 3e D.C.R et la 3e D.I.M. deux unités de chars F.C.M. 36 (le 7e B.C.C. et le 4e B.C.C.
et deux régiments d’infanterie pauvrement équipés (le 213e R.I. et le 205e R.I.)
avaient déjà été décimés.
Huntziger a eu tout faux, d’abord en étant sans doute depuis des années le
mauvais conseiller de Gamelin, ensuite en n’appuyant pas les rouspétances de
Corap, enfin en élargissant l’échancrure, oublieux de son devoir de secourir son
voisin de gauche, Corap qui avait une mission absolument impossible. Huntziger
fera de Corap un bouc émissaire et les mauvaises langues racontent même qu’il
se livrera par la suite à un léger toilettage des archives afin d'asseoir sa position.
En dernier ressort toutes les décisions prises par Huntziger seront favorables aux
Allemands. Huntziger, dont l’État-major fleurait bon la Cagoule, n’aurait-il pas
réalisé sournoisement ce que le général collaborateur Bridoux fera ouvertement
par la suite ? Huntziger était une autre de ces couleuvres comme Loustaunau-
Lacau, mais qui laissera des traces bien plus visibles et sérieuses ; sans doute, il
avait encore moins de droiture que ce dernier. Huntziger étant sans doute le plus
retors si l’on admet qu’il a su leurrer Gamelin, de Gaulle et pourquoi pas (?)
Loustaunau-Lacau.
L’Organisation du haut commandement françcais était confuse compliquée et
inadaptée en 1940 lors de la déclaration de guerre et aucun remède n’y fut
apporté durant la drôle de guerre. Il n’existait aucun État-Major général et
simplement Gamelin passa de commandant en chef des forces terrestres à « chef
d’état-major général de la défense nationale. Ce titre et ces attributions de
Gamelin étaient pourtant illusoire car il n’établissait aucun lien hiérarchique
subordonnant les commandants « Mer » et « Air » sinon un droit de regard qui lui
permettait de contrôler la bonne préparation et le bon accomplissement des
139
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

miissions fixées. Quant au titre de commandant en chef sur toutes forces


terrestres, il est tout aussi équivoque. Même s’il s’exerce sur tous les terrains et
inclus le commandement du corps expéditionnaire britannique, un arrêté
ministériel pris le 1er septembre 1939 donne au ministre de la défense nationale
la responsabilité de la zone de l’Intérieur sur la création, le rassemblement et la
mise en condition des ressources et des effectifs.
En outre, la chaine de renseignement échappe en partie à Gamelin : les
attachés militaires dépendent du ministre des Affaires étrangères. Leurs rapports
soumis au Quai d’Orsay transitent par le ministre de la Défense nationale avant
de passer enfin au commandant en chef.
Pour corser le tout, Gamelin a nommé Georges commandant en Chef du front
Nord Est, se réservant les autres fronts si bien que le Grand Quartierv général est
scindé en deux, le GQG de Gamelin s’installant au fort de Montreuil 77) à 40 km
de Vincennes et à 30 km de la Ferté où s’est installé Georges et son État-Major, ce
qui avec l’Intérieur à Paris fait un quadrilatère de trafics incessants. Cette
dispersion des lieux, des pouvoirs et des responsabilités cette inertie résultant
d’années de marchandages, tractations partages et non choixs’exprimera dans le
communiqué de Gamelin du 19 mai 1940 en pleine débacle : « Sans vouloir
intervenir dans la bataille en cours, qui relève du commandant sur le front du
Nord Est, et approuvant toutes les directives qu’il a prises, j’estime
qu’actuellement... » Il est difficile d’évaluer la part vouluue, choisie ou subie par
Gamelin dans cette gabegie aux racines profondes amenant chutes, ressauts aux
destins divers de gloire et de trahisons.

La carte de la situation le 21 mai est en faveur de l’intention de Gamelin de


couper la « besace » allemande en demandant aux troupes françaises encerclées
d’oublier les Anglais dont l’intention de rembarquer était déjà évidente et, au lieu
140
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

d’effectuer des replis démoralisants, de concentrer tous leurs efforts de sur un


axe allant de la Manche vers Mézières-Sedan tout en tentant un repli au sud
isolant sans les affronter les blindés allemands trop avancés et aussi, deuxième
volet de la maneuvre, de pousser vers l’Est vers Sedan à partir de divisions
prélevées sur la ligne Maginot (Par ailleurs, Gamelin n’avait pas de réserves dit-
on, pourtant dans son livre « « Servir » », il se demande pourquoi Gerges n’a pas
utilisé comme il le lui demandait, 21 divisions disponibles pour boucher la trouée
de Sedan. La manœuvre de Gamelin eût été au moins la tentative d’une autre
bataille de la Marne. Mais Raynaud démissionnant Gamelin sans prendre la
précaution nécessaire vu la situation extrêment critique de lui laisser tenter sa
maneuvre en attendant que Weygand ait fini d’évaluer la situation.
Les journées prises par Weygand pour se rendre compte précipitèrent la
défaite. Mais Gamelin qui était considéré à l’époque comme le plus intelligent des
Généraux. Était-il trop intellectuel et pas assez terre à terre ? Avait-il le défaut de
vouloir complaire à tous plutôt que concrétiser ses propres idées ? N’avait-il pas
mesuré comme bien d’autres la profondeur du mouvement de trahison sous-
jacent ? Et pour cette fois, aurait-il agi, qu’il est douteux cependant qu’il eût pu
vraiment réussir, confronté qu’il était à une abondance de généraux antisémites
préférant Hitler à Blum et détestant la « gueuse » ? Si on peut admettre qu’il n’est
pas le grand responsable de la dissolution de la chaine d’autorité, on doit au
moins alors admettre qu’avoir ignoré ou complètement négligé ou minoré le
cancer cagoulard qui rongeait ses subalternes et leur avoir fait confiance a été sa
plus grande erreur. Sans imagination ou par calcul vicieux, donc, l'Armée française
a continué jusqu'à la défaite sa "bataille méthodique" éminemment prévisible
avec ses tentatives de "colmatage" et incompatible avec la rapidité de l’ennemi.
Cette tactique, valide certes, était rendue inefficace et suicidaire du fait de
l’impréparation adéquate de l’Armée et de l’attitude délibérée de ses généraux.
Cette faiblesse de Gamelin est bien illustrée dans le livre de Loustaunau-Lacau :
Gamelin à une manœuvre de chars à l été 1937 au camp de Sissonne avait bien
vu la faiblesse des fantassins face à la charge d’une meute de Chars B1 bis et
qu’avec eux on pouvait répondre à l’invasion allemande de la Belgique en les
lançant dans la trouée d’Aix-la-Chapelle afin d’atteindre la Ruhr et Trèves et
contourner ainsi la ligne Siegried, mais Gamelin ne prépara rien de cette idée
pleine de bon sens, qui aurait évité la défaite. Reynaud inconscient des idéologies
maurrasso-cagoulardes de certains en les appelant dans son ministère leur
ouvrait la porte du coup d’état hypocritement déguisé.
La fin de la bataille de Stonne approchait ; la 35e division fut alors appelée dans
des conditions qui ne permettaient plus, contrairement au dernier plan de
141
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Gamelin, que des mesures de colmatage. Citons en préfiguration deux


évènements d’alors :
Le 23 mai à 8 h, le P.C du I/67° RI, situé dans un ravin des lacets de la route des
Grandes Armoises à Stonne reçoit à 8 h une salve d’obus qui l’anéantit (5
rescapés sur 25).
Le 23 mai 1940, le 21e C. A., à 9 heures 30, a mis à la disposition de la 3e D.I.M.
la 1re Brigade de Spahis composée du 6e Spahi algérien et du 4e Spahi marocain
pour la déployer sur la ligne ferme d’Uchon-bois de Fay-Oches, ceci en barrière
de sûreté en arrière de l’infanterie de la 3e D.I.M., et en protection du dispositif
d’artillerie. Cela n’empêcha pas les Allemands de pénétrer dangereusement dans
les lignes au point de s’emparer le 23 à midi des bois de Bontemps, Pré Naudin et
de Tannay au point que le matin l’artillerie française au bois d’Uchon en vint à
« tirer à zéro » l’ennemi étant à quelques centaines de mètres des canons. La
côte 276 et la ferme Uchon sont de part et d’autre de la route Grandes-Armoises
au Chêne-Populeux. Environ à mi-distance d’une ligne imaginaire entre Tannay et
Sy.
Le 24 mai 1940, un vendredi, à 22 heures, l'ordre numéro 26, 21 h 15, du 21e
Corps d’Armée ordonnant l'abandon du massif du Mont-Dieu arriva aux P.C de la
3e D.I.M. et 3e D.C.R... Vers 23 h 30, l'ordre de repli de la 3e D.I.M. était reçu aux
P.C des régiments. Le repli s’effectua dans la nuit dès la réception de l'ordre,
couvert sur la cote 276 par une croûte de cavaliers qui ne se replièrent qu'en
dernier lieu. Il se fit par un couloir étroit de deux kilomètres environ avec comme
xe principal la ferme Correrie, cote 222, Sy, bois de Sy, Petites-Armoises, Brieulles.
L’arrivée de la 35e Division dans les Ardennes : défense sans recul.
Le Général Decharme grâce à l’appui d’Huntziger, le chef de la 2e Armée, obtint
que la contre-attaque de sa division arrivée épuisée fût annulée et convertie en
une idée de « défense sans recul ».
De fait, la 35e Division n’avait pas manifestement ce qu’il fallait pour mener
l’offensive sur Sedan, offensive qu’il aurait fallu déjà faire en prenant le risque de
prélever pour cela de nombreuses divisions inactives sur la ligne Maginot ; cela
pouvait encore en dernier recours poser une menace contre le plan allemand.
La 35e Division était trop faible pour contrattaquer et elle ne pouvait que
contenir en se plaçant à l’aile gauche de la 2e Armée entre le Chesne-Populeux et
le bois de Sy. Elle le fit en terrain découvert et dénué de travaux défensifs.
Le 21e R.M.V.E. arriva la plus épuisée des unités de la 35e Division sur la ligne
de front. Il avait souffert plus que les autres des problèmes de camionnage et il
avait quelque retard ; il fut placé le plus à gauche de la Division, entre Le Chesne-
Populeux avec le canal des Ardennes et Sy. Il installa son P.C à la ferme Saint-
142
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Denis et changea ce lieu trop exposé le 29 mai pour un endroit dans la forêt de
Noirval.
Depuis l’arrivée de la 35e Division dans les Ardennes jusqu’au 10 juin
En Alsace, c’était encore la drôle de guerre, maintenant le 21e R.M.V.E. allait
connaître la vraie guerre. Une fois débarqué à Saint-Mihiel, le 21e régiment
effectua des marches et contremarches harassantes de trente à cinquante
kilomètres s’étalant sur deux jours. Le mouchard suivant le jour ses mouvements,
le régiment devait marcher la nuit, du soir jusqu’à 3 heures du matin.
Il pleuvait, faisait froid, les signes du printemps avaient comme disparu. Ils
traversaient des villages vides où flambaient des maisons bombardées. Pour
s’alléger, les soldats jetaient une bonne part de leur équipement dans les fossés.
Les régiments de la Division furent en place dès le matin du 25 mai 1940 sauf
le 123e R.I. et les 2e et 3e bataillons du 21e R.M.V.E. qui n’arrivèrent qu'après le
lever du jour et le 1er bataillon du 21e R.M.V.E. encore plus en retard : à 4 heures
du matin, il était encore en bivouac en forêt à deux kilomètres au sud-ouest de
Boult-aux-Bois ; il traversait alors Boult-aux-Bois en direction de Belleville et
Châtillon-sur-Bar. Sa 3e Compagnie essuya alors les tirs ennemis.
Le premier bataillon n’arrivera pas sur son emplacement, le chemin des Mulets
au sud de la ferme Saint-Denis, avant 9 heures le 25 mai quand le jour était là
depuis longtemps.
Mmais heureusement cet emplacement était « en réserve ». Cependant la
C.D.T. et la C.R.E passant par la route et non par les bois, subiront aussi les
bombardements (voir récit de Hans Habe) .1 er Bataillon du 21e R.M.V.E. du 21 mai au 10 juin 1940 :
Le 21 mai 1940, précédé à partir du 18 par le 2e et le 3e bataillon, le 1er bataillon
quittait dans l’après-midi à pied le dernier son cantonnement du village de
Minversheim pour s’embarquer en train à Hochfelden vers 20 heures dans la nuit
du 21 au 22 mai. Les camionnettes du bataillon avaient été détachées sous le
commandement du lieutenant Maurice Bécaud et été réunies aux autres
camionnettes du régiment pour un train spécial.
Le 22 mai vers 8 heures du matin, il débarquait en gare de Saint-Mihiel (il y
avait été précédé vers 1 heure du matin par le 2e et le 3e bataillon) accompagné
de la Compagnie de Commandement et de la Compagnie Régimentaire d’Engins.
Le 2e et le 3e bataillon qui avaient précédé le 1er à Saint-Mihiel étaient déjà partis.
Il fera bivouac provisoire sous couvert du bois de Chauvoncourt. Le capitaine
Henri Bigot malade était alors évacué accompagné du médecin-lieutenant
Georges Rousse sur l’Hôpital de Commercy (il rejoindra au P.C de Bazancourt le
31 mai).
Le 22 mai vers 13 heures, le bataillon part pour son installation en bivouac dans
143
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

les bois au nord de la route de Pierrefitte à 5 kilomètres de Chauvoncourt


. Arrêté dans un bois de Saint-Mihiel, le régiment reçut pour la première fois la
visite du Général Decharme qui venait l’inspecter.
Le Colonel Debuissy fut à la hauteur selon Hans Habe :
— Mon Général, sur mes 2000 hommes, 800 n’ont pas de fusil. Devront-ils
combattre l’ennemi à mains nues ? (Il entendait sans doute parler uniquement
des trois bataillons.)
Le 22 mai à la nuit tombée, nouveau départ pour installation en bivouac gardé
dans bois ouest d’Érize-la-Grande (environ 32 kilomètres de Saint-Mihiel à Érize-
la-Grande).
L’itinéraire est le suivant : Fresnes, Rupt-devant-Saint-Mihiel, Pierrefitte,
Longchamps.
À Longchamps, la 2e et la 3e cie continuent pour se mettre en bivouac dans un
bois à l’ouest d’Érize-la-Grande vers 3 heures du matin.
La 1re Compagnie est détachée pour défendre le P.C de la Division à
Longchamps.
La C.A.1 et l’E.M. continuent par Chaumont jusqu’à Érize-la-Petite (P.C du
régiment).
Ce premier soir, le premier bataillon a donc marché jusqu’à trois heures du
matin.
23 mai vers 4 heures du matin, arrivée à Érize-la-Grande. Pluie ; vers midi, ordre
est donné de rassembler tout le bataillon en cantonnement dans le village.23,
mai vers 13 heures, Mirabail appelé au P.C de la Division (Longchamps) où il a un
entretien avec le Général Delaissey, commandant de l’infanterie de la 35e
Division. Ordre de départ pour le soir.
23 mai vers 17 heures, embarquement en camions sur croupe dominant Les
Marats. Itinéraire : Lisle-en-Barrois — Labeycourt – Givry-en-Argonne – Noirlieu
– Somme-Yèvres.
Arrivée vers 19-20 heures au cantonnement de Somme-Yèvres. (Trajet de 48
kilomètres environ d’ouest en est entre Érize-la-Grande et Somme-Yèvres.)
Le 24 mai à 4 heures du matin, signal d’alerte.
Le bataillon est embarqué en camion vers 8 heures ; itinéraire Dampierre,
Sainte-Menehould, Ville-sur-Tourbe, Cernay, Grandpré, Le Morthomme. Le
Morthomme situé à quatre kilomètres au nord de Grandpré en autocar (65
kilomètres) est atteint à 7 heures. Bivouac dans le bois de Morthomme. Mirabail
voit le Général Decharme. Le Colonel donne ordre de remplacer temporairement
e capitaine Henri Bigot par le capitaine Félix Gaillard comme adjudant-major
du bataillon.
144
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 24 mai à 9 heures du soir, le bataillon part à pied pour Boult-aux-Bois par


Briquenay.
Le 25 mai à 4 heures du matin, le bataillon arrive et s’installe en bivouac dans
la forêt de Boult, à deux kilomètres au sud-ouest de Boult-aux-Bois, lisières route
Boult à Vouziers.
Le 25 mai vers 8 heures du matin, ordre de départ pour installation défensive
sur la lisière bois sud de la ferme Saint-Denis (Chemin des Mulets). Marche
d’approche par Boult-aux-Bois – Belleville – Préventorium.
Le premier bataillon du 21e R.M.V.E., encore en forêt à deux kilomètres au sud-
ouest de Boult-aux-Bois, traversait alors Boult-aux-Bois en direction de Belleville
et Châtillon-sur-Bar. Sa 3e Compagnie essuya alors les tirs ennemis.
À Belleville, premiers obus, 1 mort, deux blessés. Les Compagnies 1, 2, 3
gagnent leur position par bois. La Compagnie d’Appui 1 et la C.R.E. par la route de
Châtillon, comme le raconte Hans Habe.
Le 25 mai vers 19 heures, le premier bataillon n’arrivera sur son emplacement
alors que vers le jour est là depuis longtemps ; heureusement sa position aux Bois
des Mulets est en retrait vis- à-vis celle des deux autres bataillons.
Le G.R.D. était présent. Compte-rendu fut donné au P.C du bataillon à la ferme
Saint-Denis. Le sous-lieutenant de Medem, inutilisable fut affecté au
ravitaillement.
Les trois Compagnies, 1, 2 et 3 gagnèrent la position par bois. La C.A. 1 par la
route de Châtillon. Le regroupement du bataillon était accompli sur la position
indiquée vers 19 heures.
Le Groupe de Reconnaissance de la Division s’installa sur sa position. Compte-
rendu verbal fut donné au P.C du bataillon (ferme Saint-Denis)
Du 25 mai au 29 mai, le 1er bataillon resta en bivouac en réserve de Division au
chemin des Mulets.; 27-28 mai : Organisation défensive.
Le premier bataillon resta en bivouac au Chemin des Mulets en réserve de
Division. Les autres bataillons étant en première ligne, puis :
Du 29 mai au 3 juin, le 1er bataillon remplaça le 3e bataillon aux Petites-
Armoises, P.C à la ferme de Bazancourt. Il occupera le secteur ferme
Bazancourt-Petites Armoises — coude du canal des Ardennes. Le 29 mai matin,
le P.C du régiment quitta la ferme Saint-Denis et se porta dans le bois de Noirval.
Dans l’après-midi du 29 mai, le Général Delaissey, accompagné du Colonel
Debuissy, du commandant Le Guillard et du capitaine Lagarrigue, vint donner lui-
même à Mirabail les consignes de relève du 3e bataillon et ses instructions au
sujet de la défense des Petites-Armoises. Mirabail demanda au colonel la relève
u capitaine Amédée Modéna. Relève accordée. Le lieutenant Belissent prit alors
145
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

le commandement de la C. A. 1.
Relève à la nuit du 29 mai. Le P.C du 1er bataillon alla à la ferme de Bazancourt.2e
Cie + groupe franc + 2 S.M., point d’appui des Petites-Armoises.
1re cie + 1 S.M. appuyée au canal (liaison avec le 2e bataillon). Boqueteaux
devant voie ferrée désaffectée.
3e cie Pont sur le ruisseau et dans les boqueteaux entre 1re et 2e Cies. C. A. 1 à
la ferme Bazancourt – 1 S.M. Canons de 25 et mortiers
30 mai :
Au petit jour, Mirabail visite les Petites-Armoises. Il y voit le capitaine Roux du
11e R.I. et le capitaine Félix Gaillard (commandant de la 2e Compagnie du 1er
Bataillon).
31 mai :
Le Capitaine Henri Bigot est de retour de l’hôpital de Commercy et rejoint le 1er
Bataillon au P.C de Bazancourt.
31 mai – 3 juin :
Aménagement de la position défensive. Travaux intenses surtout la nuit. Pose
de champs de mines aux Petites-Armoises.
Le 3 juin : Lee 1er bataillon est remplacé aux Petites-Armoises par le 2e bataillon
(commandant Fagard) et il retourne au Chemin des Mulets. Les bombardements
y sont plus fréquents ; quelques tués et blessés surtout dans l’équipe sanitaire.
Les séjours en 1re ligne passent de 3 à 5 jours. Organisation de la défense. Le sous-
lieutenant de Medem passe à la Compagnie de Pionniers à la place du sous-
lieutenant Blonstein qui est affecté à la 1re Cie au moment de relever le 3e
bataillon sur le canal des Ardennes. Ordre de décrochage.
Du 3 au 10 juin Il sera de nouveau au bois des Mulets. Le 1er bataillon est
remplacé aux Petites-Armoises par le 2e bataillon (commandant Fagard) et il
retourne au Chemin des Mulets. Les bombardements y sont plus fréquents ;
quelques tués et blessés surtout dans l’équipe sanitaire.
Les séjours en 1re ligne passent de 3 à 5 jours. Organisation de la défense.
5, 6, 7, 8, 9 juin : Organisation de la défense.
Le 10 juin, après 22 heures, le 1er bataillon devait remplacer le 3e sur le canal
des Ardennes. Le repli l’empêche de s’installer au secteur Le Chesne — canal des
Ardennes, car l’ordre de décrochage arrivé avant, le bataillon décroche et se porte
à la Croix aux Bois. Installation du bataillon.
Hans Habe a écrit avoir parlé au lieutenant Jean Gay vers 21 heures 30 alors
que la 2e Cie (premier bataillon) se repliait sur la route du Chesne à Châtillon.
Ensuite Habe aurait parlé à un camarade de la 7e Compagnie (2e Bataillon) puis le
docteur Bernard Barati, observateur au 21e R.M.V.E., se faisait confirmer le départ
146
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

du 3e bataillon. Le troisième bataillon n’aurait reçu l’ordre de décrochage


immédiat qu’à 0 h .35.
Ce n’est qu’après cette heure qu’Habe et ses deux vompagnons, le docteur
Barati et Malagrida ont quitté leur poste d’observation

Bois du Chesne. Le chemin des Mulets.

De gauche à doite (ouest-est), Le Chesne, Les Petites-Armoises, Sy, Les


Grandes-Armoises

Forces en présence du 25 mai au 11 juin


147
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 2e Bataillon du 21e R.M.V.E. du 21 mai au 10 juin 1940 :


En l’absence du journal de marche du bataillon, les renseignements suivants
sont tirés du journal de la C.A. 2. (Capitaine Roger Trussant) et du récit du sergent
Louis Boulard.
21 mai 1940
Le soir à 11 heures, la 5e Cie embarque à la gare d’Hochfelden, destination le
front de l’Aisne. (Boulard).
22 mai 1940 :
Gaillard, C.A.2 : Le matin à 1 heure, embarquement à Hochfelden (Alsace) par
chemin de fer. Boulard, 5e Cie : Débarquement vers midi à la gare de Saint-Mihiel
sous une pluie fine. La 5e Cie prend la route de Bar-Le-Duc, laissant celle de
Verdun à droite. Elle campe dans un bois (Chevoncourt ?) de 2 heures du soir à 8
heures du soir et à 9 heures reprend sa route.
Gaillard, C.A. 2, en après-midi débarquement à la gare de Saint-Mihiel et
mouvement vers Nicey.
23 mai :
La 5e Cie arrive à Villotte-sur-Aire et y reste toute la journée. La C.A. 2 fait de
son côté mouvement de Nicey à Rosnes par camions.
24 mai : 5e Cie Boulard : Départ le matin pour arriver à Érize-La-Grande à midi.
À 17 heures, départ en camions pour arriver à Sommaisne à 22 heures.
Après une heure passée couchés dans une grange, départ en camions, mais
pour revenir se recoucher au même endroit une heure après.
Gaillard : La C.A. 2 démarre aussi le matin, mais en camions jusqu’à
Morthomme-Beffu (Ardennes). Le soir même, la C.A. 2 fait mouvement vers le
Chesne-Populeux par Briquenay et Châtillon-sur-Bar.
25 mai :
5e Cie Boulard : Départ en camions à 9 heures du matin et arrivée à 1 heure de
l’après-midi devant le bois de Morthomme. Arrêt dans un bois voisin. Départ
pédestre à 5 heures de l’après-midi. La situation devient difficile à cause de la
cohue sur la route encombrée par les voitures, camions, etc.,
Le matin : débarquement à Morthomme – Beffu (Ardennes).
Après nouveau campement près du village de Morthomme, la marche peut
être reprise à 11 heures du soir : mouvement vers Le Chêne-Populeux. Par
Briquenay et Châtillon-sur-Bar.
26 mai – 3 juin :
5e Cie Boulard : arrivée devant Châtillon-sur-Bar à 2 heures du matin. Reprise
de la marche et à 4 heures du matin apparition de « Dudule » qui ne les lâchera
plus. Arrivée dans le bois du Chesne et sur le canal des Ardennes.
148
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Séjour du 2e bataillon en première ligne Bois du Chesne, canal des Ardennes


depuis le Chêne-Populeux jusqu’au coude du canal.
3 juin :
Le 2e bataillon quitte le la zone du canal pour le Chemin des Mulets.
4, 5, 6 juin :
Repos du 2e bataillon dans les bois du Chêne Chemin des Mulets.
7-8 juin :
Prise de secteur au coude du canal, Petites-Armoises, ferme Bazancour.
9 juin :
Attaque allemande déclenchée au matin sur le 2e bataillon. Après violente
préparation d’artillerie, mais sans engins blindés. Attaque repoussée.
L’ennemi laisse sur le terrain ses morts et ses blessés dont certains sont faits
prisonniers à la nuit.
Le capitaine Louis de Brem commandant la 5e Cie est tué.
10 juin :
Violente action d’artillerie, mais sans attaque d’infanterie.
11 juin :
Tard dans la nuit du 10 au 11 juin. Ordre de repli immédiat.
Le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. du 21 mai au 19 juin 1940 :
Le 8 mai 1940, le 3e bataillon, recevant la visite du général Decharme s’est vu
remette son fanion. Durant son séjour en Alsace, il a vécu des patrouilles, des
gardes, des exercices de tir, des incursions et mitraillages de l’aviation ennemie
sans subir de pertes. Le troisième bataillon sera du 25 mai au 29 mai-1er juin dans
le secteur Bazancourt — Petites-Armoises — coude du canal, dans le secteur bois
des Willeux du 1er au 3 juin, dans le secteur Le Chesne-Canal des Ardennes du 3
au 10 juin.
22 mai 1940 :
Embarquement du bataillon à 6 heures 30 en gare de Hochfelden. Arrivée en
gare de Saint-Mihiel dans l’après-midi. Itinéraire suivi Saverne – Sarrebourg –
Lunéville – Neuves-Maisons – Toul – Commercy – Saint-Mihiel. Bivouac provisoire
dans les bois au nord-ouest de Chauvoncourt. Puis, à la tombée du jour,
mouvement du bataillon à destination des bois situés à l'ouest de Belrain où il
bivouaquera. P.C. de l’E.M. à Érize la brûlée.
Le 23 mai à cause des pluies diluviennes, le bataillon quitte les bois situés à
l’ouest de Belrain et gagne les locaux inoccupés de Belrain, puis rejoint dans
l’après midi sur ordre du Régiment le cantonnement d’Érize-la-Brûlée.
Le 23 mai vers 22 heures, il part en camion pour Noirlieu, Somme-Yèvres. Au
moment du départ destination changée pour le bois de Bourgogne situé près de
149
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Morthommele Morthomme.
Le 24 mai en matinée, le 3e bataillon arrive au bois de Bourgogne situé à un
kilomètre de Morthomme.
Le 24 mai soir : départ pour les tranchées de la ligne de front, après avoir reçu
des ordres vocaux au P.C du colonel. Itinéraire Briquenay – Boult-aux Bois –
Belleville – Châtillon-sur-Bar. Arrêt de 1 heure 30 dans le bois du préventorium de
Belleville.
Le 24 mai à 22 heures, ordre a été donné à la 3e D.I.M. de quitter le bois du
Mont-Dieu par un corridor large de deux kilomètres environ à mi-distance d’une
ligne imaginaire entre Tannay et Sy et menant au bois de Sy.
L’ordre atteint les unités vers 23 heures 30. La 35e Division doit s’installer en
première ligne dans des conditions extrêmes, plus particulièrement pour le 3e
Bataillon du 21e R.M.V.E.
Le 3e bataillon doit en effet occuper le secteur exposé Petites-Armoises, coude
du canal des Ardennes, ferme de Bazancourt.
Le 25 mai à 0 heure 20, les Allemands sont maîtres de Tannay et poussent vers
les Petites-Armoises.
Le 25 mai matin, l’arrêt dans le bois indiqué ci-dessus ne permet au 3e bataillon
d’arriver après une marche de nuit sans incident qu’au lever du jour à 8 heures à
quelques kilomètres du canal des Ardennes. À hauteur du bois des Wileux, les
éléments se dirigent sur leurs emplacements respectifs.
La 9e Cie sur les Petites-Armoises.
La 11e Cie vers le coude du canal des Ardennes.
La 10e Cie en réserve en avant de la ferme de Bazancourt où est installé le P.C
du bataillon, son observatoire se trouvant à la corne du bois des Alleux. Les
éléments de la C.A. 3 sont répartis dans le secteur suivant le plan de feux.
L’installation est couverte par des éléments de divers groupes de
reconnaissance (G.R.) qui se trouvaient sur les emplacements dans la partie ouest
du secteur et en lisière de la route le Chesne-Stonne dans la partie Est. Mais ils
doivent se rendre en plein jour sur leurs emplacements au bord du canal des
Ardennes à son coude. Ils doivent enjamber des morts sur le terrain et dans des
tranchées : des chasseurs relevés (8e Régiment de Chasseurs à Cheval) leur
signalent avoir subi l’horreur ces derniers jours, l’enfer. Les Allemands avaient
deviné la relève et infiltré un groupe franc. Pris entre deux feux ils furent tous
tués.
Le 25 mai 1940 en journée
L’occupation des emplacements s’est effectuée sous le bombardement de
l’artillerie ennemie déclenché en représailles tout particulièrement sur le village
150
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

des Petites-Armoises et sur le coude du canal des Ardennes. C’est le baptême du


feu ; les soldats, qui marchaient à travers des champs où des vaches non traitées
depuis plusieurs jours beuglaient lamentablement, doivent se disperser dans les
buissons.
Le sous-lieutenant de la 11e Compagnie, le sous-lieutenant Basile Roudometoff,
qui était resté au P.C du bataillon est tué ainsi que le lieutenant Dulion et il y a
plusieurs blessés... Activité aérienne allemande.
Le 25 mai après le bombardement qui a duré deux heures durant lesquelles le
3e bataillon a perdu encore le Hongrois Ferenczi et le Suisse Kipfer, les Allemands
tentèrent de franchir le canal et furent repoussés. Après avoir rassemblé ses
troupes à la hâte, le colonel Debuissy ordonna au troisième bataillon du
commandant Poulain de repousser les Allemands au Chesne-Populeux. Alors, dès
le premier affrontement, le capitaine, le baron Ravel de Biesville, réussit avec le
légionnaire, le sergent Salvador Gattegno, à la tête de sa 11e Compagnie à forcer
les Allemands cinq fois supérieurs en nombre à se retirer de deux kilomètres. Ils
s’emparèrent de la moitié sud du Chesne et firent sauter le pont sur le canal.
La section Pereira du 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. (4e section, 10e Cie, Adjudant
Albert Pereira) est détachée au Moulin-Neuf en raison de l’importance de ce
point. De son côté, la 9e Compagnie du capitaine Sabadie encadre le village des
Petites-Armoises. Le village lui-même restera tenu par la 9e Cie du 11e R.I.
(capitaine Roux) jusqu’au 29 mai.
Des travaux défensifs sont très poussés en présence de l’activité de l’infanterie
ennemie qui cherche à s’infiltrer.
Citons ici le récit de Léon de Rosen concernant l’arrivée à l’approche du canal
par le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. :
« Le 25 mai 1940, après une marche de nuit, nous arrivâmes à quelques
kilomètres du canal des Ardennes où nous devions relever des unités françaises.
Nous marchions à l’aube, à travers champs. Des vaches, non traites depuis
plusieurs jours, beuglaient lamentablement. C’est là que nous subîmes le
baptême du feu. Notre arrivée fut accueillie par un copieux bombardement qui
nous dispersa dans les buissons.
Il y eut quelques blessés et un mort : le lieutenant Roudometoff qui
commandait une des sections de ma Compagnie (11e Cie). Ma bicyclette était
restée au P.C du régiment. Je ne la revis plus. Le soir venu, nous fûmes répartis
tout au long du canal des Ardennes.
Quelques mètres seulement nous séparaient de l’ennemi qui occupait la berge
du canal du côté opposé à la nôtre. Les soldats que nous avions relevés avaient
creusé des trous tout le long de la berge que nous occupions et nous pûmes nous
151
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

y abriter. Il n’était pas question de se promener sur la berge au-dessus des trous.
Un malheureux qui le fit, par distraction, fut immédiatement tué d’une balle dans
la tête.
Dans la journée du 25 mai, après nous avoir encore bombardés pendant plus
de deux heures, bombardement au cours duquel mes amis Ferenczi de
nationalité hongroise et Kipfer de nationalité suisse, furent tués, l’ennemi tenta
de franchir le canal. Il fut repoussé par les volontaires qui se battirent
magnifiquement. »
Le 25 mai soir, le soir venu le 3e bataillon fut réparti au long du canal. La relève
au bord du canal s’effectuera à la nuit tombée dans le silence le plus complet.
Le 25 mai à 22 heures, les éléments G.R.D.I. (Monument dédié aux 13e, 64e,
76e, 93e G.R.D.I. et 12e, 14e, 22e G.R.C.A. à Stonne) qui se trouvaient en contact
avec l’ennemi se retirent.
Le 25 mai à 22 heures préavis est donné à la 3e D.I.M. qu’elle devra quitter le
bois du Mont-Dieu par un corridor large de deux kilomètres menant au bois de
Sy. L’ordre atteint les unités de la 3e D.I.M. entre 23 heures 30 et 0 heure 30, les
éléments avancés des G.R. qui se trouvaient en contact avec les forces ennemies
se retirent dès 22 heures et le bataillon prend le contact à son compte. ; des
travaux défensifs sont très poussés en présence de l’activité de l’infanterie
ennemie qui cherche à s’infiltrer
Le 25 mai vers 23 heures, l’ordre atteint la 3e D.I.M. d’avoir à retraiter entre 23
heures 30 et et 0 heure 30.
Le 25 mai à 0 heure 30, l’ordre de repli atteint les unités de la 3e D.I.M. Elles se
replient derrière la 35e D.I. Les chars restants de la 3e D.C.R. se regroupent dans
les bois sud-ouest de Boult-aux-Bois, avant de rejoindre la zone de Grandpré le
31 mai pour remise en état. L‘artillerie de la 3e D.I.M. restera au service de la 35e
D.I. jusqu’au 7 juin.
Le 26 mai, dans la matinée, se produisent de violents bombardements par
l’artillerie ennemie, plusieurs morts et blessés, dont le lieutenant Pierre Bernard
Dulion de la C.A. 3 (blessé le 26, il décédera le 27) et le capitaine Sabadie de la 9e
Cie (blessé, mais qui décédera aussi).
Le lieutenant Wladimir Smirnoff prend le commandement de la 9e Cie. Au cours
de la journée, les Allemands lancent quelques attaques sur nos positions, mais
toutes sont repoussées.
Le 26 mai, les troupes allemandes se montreront fort prudentes du côté La
Berlière-Oches, mais par contre, elles progresseront encore sur les collines
situées entre Tannay et les Petites Armoises, hors de la vue de nos artilleurs à
Belleville.
152
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 27 mai 1940,
Nouvelles attaques et bombardements allemands sur le sous-quartier de la 11e
Cie (coude du canal). Tués et blessés dont l’aspirant Antoine Beille de la C.A.3 très
grièvement blessé. Le service sanitaire est débordé par suite de l’absence du
médecin-lieutenant Jean Buvat faisant fonction de médecin-chef du régiment.
Les éléments avancés ennemis s’approchent du village des Petites-Armoises et
s’installent à la carrière située au sud-ouest de la côte 201 et sur les pentes
dominant les Petites-Armoises.
Nous maintenons toutes nos positions et les consolidons en les organisant.
(Dans le Pré-aux-Moines, les travaux défensifs ont dû être effectués en
superstructure par suite de l’état marécageux du terrain.)
En raison d’infiltrations possibles, l’intervalle entre la 9e et la 11e Cie est occupé
par les éléments avancés de la 10e Cie (cie réservée).
28 mai :
Devant la ténacité de notre résistance, l’activité de l’ennemi se ralentit. Notre
poste d’observation nous signale que les Allemands s’organisent sur les pentes de
Tannay et creusent des éléments de tranchées, effectuant des bétonnages.
Notre artillerie alertée déclenche des tirs particulièrement meurtriers dont les
résultats sont confirmés par la venue de très nombreux brancardiers.
Le Général Delaissey commandant l’ID arrive en side-car au P.C du bataillon
suivi d’un deuxième side-car transportant un commandant du génie pour
information concernant les péniches situées sur le canal des Ardennes. Cette
visite n’est pas passée inaperçue et a occasionné un violent bombardement de la
ferme de Bazancourt provoquant 3 morts et plusieurs blessés au P.C
La journée est marquée par des tirs d’artillerie de part et d’autre.
29 mai :
Activité des deux artilleries. Deux sections de Fusiliers-Voltigeurs du 11e R.I. qui
tenaient le village des Petites-Armoises se retirent et la défense est organisée
avec les éléments restants sur place.
Le 30 mai, vers midi :
Une patrouille ennemie qui cherchait à s’infiltrer dans nos lignes a été surprise
et anéantie, alors qu’elle tentait de regagner ses lignes, laissant trois morts sur le
terrain, dont un officier et un sous-officier.
Des armes diverses (mitraillette, pistolet mitrailleur, grenades) des cartes au
1/20 000 portant des indications sur les emplacements des armes automatiques
et des batteries d’artilleries allemandes furent le butin laissé dans nos mains.
30 mai à la nuit :
Visite du Colonel et arrivée des officiers du 1er bataillon à la nuit pour
153
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

reconnaissance du secteur en vue de la relève du lendemain. Le cours de la nuit


est parsemé de tirs d’armes automatiques de part et d’autre.
Après cinq jours de combat, le 21e R.M.V.E. avait déjà vingt-trois tués (dont
Lejzar Sandbarz et le capitaine Louis de Brem, tués le 30 mai) soixante-cinq
blessés et trois disparus.
Boris Holban au 3e bataillon note qu’après cinq jours de combat le
ravitaillement se fait mal. Il n’y a pas assez de fromage pour tout le monde : il est
lancé loin des tranchées… Seul celui qui bondit hors des lignes peut s’en emparer.
Mourir pour un fromage… Et dire qu’il se trouvait toujours des amateurs !
31 mai :
Le bataillon est relevé au début de la nuit par le 1er bataillon et il se rend au bois
des Wileux (environ 1 km au nord de Noirval et à vol d’oiseau à 1,8 km à l’ouest
de Belleville et Châtillon) où il arrive sans incident au petit jour du 1er juin.
1er juin :
Installation dans le bois, construction d’abris : nettoyage du bivouac, mise en
état des armes.
Dans la nuit, violents bombardements de l’artillerie ennemie sur le bois : dégâts
matériels, pas de blessés.
Le capitaine Amédée Modéna prend le commandement de la 9e Cie.
2 juin :
Installation d’éléments de la surveillance à la lisière nord du bois. Continuation
des travaux d’aménagement. Dans la soirée, reconnaissance d’officiers dans le
secteur occupé par le 2e bataillon en vue de la relève du lendemain.
3 juin :
Préparation pour la relève de la soirée. Départ vers 22 heures pour prendre
position au bord du canal (zone entre Le Chesne exclu et le coude du canal). La
relève s’effectue sans incident.
La 10e Cie occupe le sous-quartier ouest (partie en bordure du canal) la 4e
section gardée en réserve dans le bois situé au sud-est du Chesne. La 11e Cie est
placée dans le sous-quartier occupant la bordure du canal et le Bois carré au sud
de ce dernier, en liaison avec le 1er bataillon à l’Est.
La 9e Cie est mise en réserve dans les bois au sud du canal des Ardennes.
4 juin :
Aménagement et organisation du quartier (installation de réseaux de défense
inexistants jusqu’à ce jour). Amélioration des tranchées creusées dans la berge du
canal et modification du plan de feu. À la 10e Compagnie, au cours d’une
reconnaissance, deux guetteurs sont tués. L’ennemi exécute des émissions à la
radio (parlées et musicales) Reconnaissance de la ligne d’arrêt Bazancourt –
154
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Maison-Rouge.
5 juin :
Continuation des travaux de défense. Échange de tirs d’artillerie.
Les Allemands bombardèrent violemment le secteur, notamment pour le 21e
aux Petites-Armoises et à la ferme de Bazancourt et ses abords et toute la région
du bois du Chesne. L’artillerie ennemie fit des ravages.
Le 5 juin, le 21e R.M.V.E. compte 35 tués et soixante-dix-sept blessés.
6 juin :
Continuation des travaux de défense. Reconnaissances diverses.
7 juin :
Continuation des travaux de défense. Reconnaissances diverses. Réception de
l’ordre de jour de la 35e D.I. ci-après :
« Soldats de la 35e, la bataille est engagée, vous veillerez et vous tiendrez s’il le
faut jusqu’à la mort. Vive la France ! »
8 juin :
Une attaque par chars d’assaut est annoncée comme prochaine. Toutes
dispositions sont prises pour y résister avec succès.
9 juin :
Une attaque ennemie se déroule sur la partie ouest de la 36e D.I. (57e R.I.) qui
la repousse et fait de nombreux prisonniers (800 environ). Bombardement des
Petites -
Armoises (quartier du 2e bataillon) qui brûlent toute la nuit. Activité de l’aviation
ennemie. Le 21e R.M.V.E. subit ce jour-là vingt-et-uns tués et cinquante-sept
blessés pour un total ardennais de cinquante-six tués et cent trente-quatre
blessés du 26 mai au 9 juin.
Voici ce que raconte le commandant du II/14 R.I. de la 36e D.I. sur ce 9 juin dans
ses carnets de route (revue Ligne de Front Hors Série N° 10 mai-juin 2010) : « À 3
heures 30, un violent bombardement nous réveille. La préparation se fait à notre
gauche sur le 57e R.I. et à notre droite sur la 35e D.I. Le roulement est continu et
me fait penser aux préparations de la dernière guerre. À 4 heures 30, les premiers
bombardiers passent. Les vagues se succèdent de 5 minutes en 5 minutes… ils ne
bombardent plus en piqué comme dans les premiers temps, mais se contentent
de survoler l’objectif et lâchent leurs projectiles À 5 heures… Nouvelle alerte,
l’ennemi a attaqué au lever du jour et a réussi à passer le canal des Ardennes dans
le secteur du 57e R.I…. Nous risquons d’être encerclés… »
10 juin dès le matin 7 heures
Nouvelle attaque allemande dès le matin 7 heures sur le même objectif que la
veille après une forte préparation d’artillerie : le 57e est bousculé et une poche se
155
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

forme au sud du canal des Ardennes.


Le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. reçoit l’ordre d’envisager éventuellement une
défense en bretelle face à l’ouest. Une reconnaissance immédiate des
emplacements est effectuée pour l’exécution de cet ordre.
Activité intense de l’aviation ennemie, échange de tirs d’artillerie.
10 juin dans la soirée, vers 21 heures 30 :
Un ordre préparatoire de repli prévu en deux temps arrive au P.C du 3e
bataillon ; éléments de 1re ligne demeurant sur place et faisant croûte jusqu’au
lendemain soir ; éléments de réserve (9e Cie) se repliant avec le 1er bataillon sur
La-Croix-aux-Bois.
Peu après un compte-rendu de la 10e Cie du capitaine Duvernay informe le
commandant Poulain que le 14e R.I. décroche en totalité ce même soir à partir de
22 heures. Un compte-rendu est fourni au régiment mentionnant ce fait.
11 juin à 0 heure 35, l'ordre nous est donné, de décrocher immédiatement en
totalité.
La 35e Division du 20 mai au 10 juin 1940 :
20 mai matin le P.O.C, (poste orienteur de cantonnement) part avec deux
voitures de liaison pour Lérouville.
Le 21 mai journée départ des 57 trains de la 35e D.I. à partir des différentes
gares de chargement : Hochfelden, Brumath, Metzwiller, Haguenau,
Bouxwiller.avec Lérouville pour destination.
L’État-Major part de la gare d’Hochfelden à 2 heures.
Le Q.G. et, avec les troupes qui le composent, a droit aux trois premiers trains.
Les départs se font d’heure en heure pour Lérouville.
De Lérouville, les gares de débarquement étaient réparties entre Bar-le-Duc,
Commercy, Longeville, Sampigny. Saint-Mihiel.
Le 21 mai dans l’après-midi, le P.C de la 35e Division fonctionnait à la mairie de
Nicey-sur-Aire. La 35e D.I. est dans le territoire de la 2e Armée et celle-ci semble
ne pas vouloir la connaître.
Le 21 mai au soir, ne sont arrivés dans la zone de stationnement que les trois
premiers trains transportant le Q.G. et les troupes rattachées au Q.G.
La nuit du 21 au 22 mai, la division s’installe en bivouac dans sa zone de
cantonnement dans les bois, les agglomérations étant souvent la cible des
bombardiers ennemis, autour de Nicey-sur-Aire, de Pierrefitte, de Longchamps,
des Érize, de Rambluzin et Benoitevaux.
Le 23 mai en matinée, vers 11 heures, le chef d’escadron Maury du train arrive
à Nicey-sur-Aire.
Il apporte un changement important : la zone de stationnement de la 35e D.I.
156
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

est portée au sud, de Sainte-Menehould à Villers-en-Argonne, région de


Passavant-en-Argonne pour la rapprocher du front.
Les trains qui ne sont pas encore arrivés (cie auto, le 214e R.A.D., le parc
d’artillerie divisionnaire, etc.) seront détournés vers les gares de la nouvelle
destination.
Les éléments auto et hippomobiles déjà arrivés à Nicey-sur-Aire feront
mouvement de nuit par leurs propres moyens. Les fantassins seront embarqués
en camions fournis par le régulateur routier et transportés sur-le-champ au sud
de Sainte-Menehould.
Les embarquements commencent à 14 heures pour le 11e R.I.
Ils sont suivis de ceux du 123e R.I. La 35e D.I. se trouvant alors en réserve du
G.Q.G., mais située sur le territoire de la 2e Armée, on a alors lieu de penser
qu’après quelques jours destinés à son regroupement, elle sera affectée à la 6 e
Armée (Général Touchon) supposée boucher le trou béant causé par
l’effondrement de l’armée Corap et le repli de l’armée Huntziger vers l’Est.
L’armée Corap avait été laissée manifestement trop faible malgré les plaintes
incessantes de son Général en plus son flanc droit avait été laissé totalement à
découvert par la décision intempestive du Général Huntziger après la bataille de
la Meuse à Sedan de replier sa 2e Armée, sur la ligne Maginot.
Le 23 mai vers 18 heures cependant, le régulateur revient avec de nouveaux
ordres. Il a détourné ses camions qui, au lieu de gagner le sud de Sainte-
Menehould, sont dirigés vers une nouvelle zone de regroupement située au nord
de Grandpré et de l’Aire dans la région ouest de Buzancy, dans le triangle
Germond, Authe, Autruche.
Le régulateur routier annonça que toute la 35e Division devait suivre ce
mouvement et qu’elle serait immédiatement engagée sur le front aux abords de
la zone de débarquement.
Le 23 mai en soirée, convoqué d’urgence à 20 heures auprès de l’état-major de
la 2e Armée et de là au P.C du 21e C. A., fonctionnant à Senuc (Général Flavigny)
le Général Decharme se vit confirmer l’ordre d’attaquer. En son absence, l’état-
major de la 35e Division reçut par téléphone vers minuit l’ordre de préparer pour
le lendemain les conditions qui avaient déjà été indiquées par le régulateur
routier.
Le 24 mai matin, lorsque le Général Decharme revient à Nicey-sur-Aire, la
35eDivision se trouve étirée sur une centaine de kilomètres...
Premièrement : la plus grande partie des fantassins dont les camions ont été
détournés la veille au soir ont bien été débarqués dans la zone d’Authe-Autruche-
Germont.
157
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Deuxièmement, des camions n’ayant pas été détournés, quelques éléments,


dont la Compagnie de Pionniers de la D.I., des trains de matériel et de personne
(Compagnie hippo et auto), ont été débarqués dans la région de Passavant. Les
uns comme les autres sont dépourvus de leurs équipages et de leurs trains.
Troisièmement, d’autres éléments sont restés à Nicey-sur-Aire autour du Q.G.
(la 6e Compagnie appartenant au 2e Bataillon du 21e R.M.V.E. et le G.S.D. (groupe
de soutien au déploiement) ont été oubliés par le transporteur).
Quatrièmement, d’autres éléments (214e R.A.D. et P.A.D.) sont encore sur la
voie ferrée.
Le 24 mai dans l’après-midi, le Général Decharme transfère son P.C au village
de Termes (Ardennes) à 1 km. 6 de Senuc.
Le 24 mai en soirée, le village des Termes étant bombardé, le P.C se transporte
à Marcq à 5 km. 3 au sud-est de Grandpré.
La nuit du 24 au 25 mai, marche de nuit ; l’arrivée sur les lignes de position se
fait le jour venu. Il est accueilli par un très violent tir d’artillerie ennemie.
Les premiers éléments sont arrivés vers 4 heures du matin et ont établi des
liaisons avec à gauche le 57e R.I. et le 14e R.I. de la 36e Division du général Aublet
et le 14e G.R.D.I. qui tient une position charnière au confluent de l’Aisne et du
canal des Ardennes, et avec à sa droite, le 36e R.I. de la 6e D.I. du général Auguste
Eugène Lucien (1887-1965) qui occupe Oches avec ses trois bataillons.
Le 25 mai, le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. et le 1er bataillon du 123e R.I.
n’arrivèrent sur leurs emplacements le 25 mai qu'à 8 heures du matin. Il faisait
jour. De ce fait, ces deux bataillons subirent de lourdes pertes.
Le total des tués et blessés le 25 fut de 400 pour la Division. Le Premier Bataillon
du 123e R.I. affiche 63 tués ou blessés en 24 heures et le 2e 9.
Ces premières journées furent particulièrement dures pour la 35e D.I.,
notamment aux Petites-Armoises et à la ferme de Bazancourt et ses abords et
toute la région du bois du Chesne pour le 21e, à Sy pour le 11e R.I. et à la côte 253
pour le 123e R.I. Aucune journée à part cette du 16 juin ne coûtera plus cher en
tués et blessés.
Les Allemands bombardèrent violemment le secteur, notamment Bazancourt
et ses abords et toute la région du bois du Chesne
Dans le bois de Belleville battu par l’artillerie allemande, le Général Decharme
est approuvé par le Général Huntziger venu de Verdun.
Il obtient finalement du Général Flavigny commandant le 21e C. A. de renoncer
à l’attaque, et en remplacement de s’installer « sans esprit de recul ».
Les 25 et 26 mai, les fantassins allemands firent des attaques particulièrement
mordantes.
158
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Les fantassins de la 35e Division appuyée par des concentrations violentes


d’artillerie ne perdirent pas un mètre de terrain.
Le 27 mai, le Général Decharme prenait le commandement du secteur en
relève du Général Bertin-Boussu de la 3e D.I.M. et déplaçait son P.C dans un bois
proche de Briquenay.
D’ouest en est, les positions sont réparties :
Le P.C du 21e installé à la ferme Saint-Denis sera déplacé dans le bois de Noirval
proche du sanatorium de Belleville. Le 2e Bataillon du 21e R.M.V.E. tenait un
secteur en pointe, Le Chesne, la côte 163, le canal des Ardennes ;
Le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. défend le coude du canal des Ardennes, les
Petites-Armoises, la ferme Bazancourt.
Deux sections du 11e Régiment d'Infanterie restent au village des Petites-
Armoises jusqu’au 29 mai.
Le premier Bataillon du 21e R.M.V.E. arrivé en retard, c'est-à-dire dans la soirée
du 25 se place au Chemin des Mulets à la gauche immédiate du 11e R.I.
Le 11e R.I. à la droite du 21e R.M.V.E., tient Sy et installe son P.C à la Guinguette,
puis à Brieulles.
Le 123e R.I. est situé à la droite du 11e R.I. entre Sy et Oches. Il installa son P.C
au Mont des Grues.
Le G.R.D.I. 29, unique réserve de la division est en bivouac dans les bois au
nord de Morthomme.
Les Pionniers sont à Briquenay. Les régiments d’artillerie de la Division (14e et
214e R.A.D.) garderont en appui jusqu’au 7 juin l’artillerie de la 3 e D.I.M. (42e et
242e R.A.D.) et de la 3e D.C.R. (319e R.A.T.T.T.).
Cette artillerie puissante tant qu’elle demeurera se révélera être un fort
soutien et un réconfort pour les fantassins.
Le 14e R.A.D. est divisé en trois groupes d’appui, le Premier pour le 21e R.M.V.E.
à gauche, le Deuxième pour le 11e R.I. au centre, le Troisième pour le 123e R.I. à
droite. Ils partageront dans la débâcle le sort des régiments d’infanterie qu’ils
appuyaient.
Le 29 mai, deux jours après la prise par le Général Decharme du
commandement du secteur de Briquenay, l’entrée en ligne du Corps d’Armée
Coloniale, le C.A.C., commandé par le Général Freydenberg, arrivant de Lorraine,
modifia l’ordre de bataille de la 2e Armée. Le 21e C. A., qui avait sous son
commandement quatre divisions, se vit retirer les deux divisions de sa auche,
c'est-à-dire les 36e et 35e D.I. Il appuya donc à droite, laissant au C.A.C. la gauche
de la Deuxième Armée. Le C.A.C. s’installa à Senuc et la 35e resta sous son autorité
jusqu’au 13 juin.
159
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le lieutenant-colonel Gallini dans son Historique du 14e G.R.C.A. raconte cette


journée historique du 25 mai 1940 :
« — Le 21e R.M.V.E. devant relever mon sous-secteur de gauche arrive en retard
quand le jour est levé depuis longtemps.
Il m'est impossible dans ces conditions de pousser les unités de relève sur leurs
emplacements de combat, elles doivent rester à l’arrière dans les bois. Mais les
états-majors de régiment et de bataillon poussent en pleine vue jusqu’aux P.C
sans la moindre précaution.
Arrivés sur place, les hommes qui les accompagnent semblent ignorer les
principes élémentaires de défilement.
Les Allemands bombardent violemment le sous-secteur, notamment la ferme
Bazancourt et ses abords et toute la région boisée du bois du Chesne. Les
nouveaux arrivants éprouvent leurs premières pertes au feu en officiers et en
hommes.
Le colonel du 21e R.M.V.E. établit son P.C à la ferme Saint-Denis. Au cours de la
journée, l’infanterie allemande ne renouvela pas ses attaques. Au début de la
nuit. Les unités sous mes ordres, groupement à cheval du 14e G.R.C.A. et 1er demi-
régiment du 8e régiment de chasseurs à cheval, sont relevées dans d’assez bonnes
conditions par le 21e R.M.V.E. » Voir historique du 14e G.R.C.A. chapitre VI.
Le Brigadier Courtin dans son histoire du 8e Régiment de Chasseurs à Cheval
raconte comment l’arrivée en plein jour du 21e R.M.V.E. (3e bataillon) déclencha
les tirs de l’artillerie allemande :
« Le 24 à l’aube, les Chasseurs avaient creusé des trous au bord du coude du
canal (confluent du ruisseau de la Lateuse et de la Bar) avec des pelles-bêches de
l’armée. Un duel d’armes automatiques avait cessé avant midi, mais le
bombardement vint le doubler en fin de matinée se poursuivit une grande partie
160
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

de la journée :
… Le lendemain de cette journée assourdissante du 24 mai, le duel des deux
artilleries se poursuivit. Entre les chutes d’obus, ce fut la recherche des points
d’eau forts rares en ce milieu. Le ruisseau ne coulait plus (confluent du ruisseau
de la Lateuse et de la Bar) et n’avait de l’eau que dans quelques trous où se
débattaient des crapauds. Force-nous fut d’en boire…
La nuit suivante fut calme, mais avec le soleil les obus ennemis se remirent à
tomber.
Nos 75 répondaient vigoureusement, mais cela ne nous soulageait guère. Sans
bouger de nos trous, la matinée du 25 mai passa.
Tout à coup, dans le courant de l’après-midi, l’artillerie allemande se déchaîna
littéralement. Heureusement, le tir se déplaça sur notre flanc, “il y a quelque
chose d’anormal, pensai-je” en constatant le pilonnage qui s’effectuait et j’eus
bientôt le mot de l’énigme en voyant surgir parmi les touffes de saule,
nombreuses dans cette région, des petites colonnes de fantassins.
C’était un régiment de volontaires étrangers qui venait nous relever. Au lieu
d’attendre la nuit, ceux-ci n’avaient pas hésité à venir prendre position à la vue de
tout le monde. Ils allaient pouvoir, en se comptant, constater que leur manque
de prudence leur avait coûté cher.
Chez nous, même, un léger émoi allait se manifester, car les projectiles
allemands suivant la troupe qui arrivait sur nos positions se rapprochaient
dangereusement de nous. Enfin, le tir adverse se calma et notre sous-lieutenant
en profita pour m’envoyer avec quelques hommes porter nos outils au P.C du
commandant... »
Robert Dufourg de son côté, a écrit que les premières journées,
Le 25 notamment, furent particulièrement dures, notamment aux Petites-
Armoises pour le 21e, dans le bois de Sy pour le 11e R.I. à la côte 253 pour le
123e.Les trois régiments subirent des pertes cruelles en hommes de troupe et
officiers, près de 400 tués et blessés. Cependant, on se mit à l’ouvrage : on creusa
des trous, des tranchées, des abris et bientôt les ravages du tir ennemi cessèrent
Pour sa part, le 21e R.M.V.E. aura en cinq jours vingt-trois tués, soixante-cinq
blessés et trois disparus.
Les 25 et 26, les Allemands venaient au contact des lignes françaises et les
accrochages étaient incessants. Les fantassins de la 35e D.I., appuyés par des
concentrations violentes de notre artillerie résistent sur place sans abandonner
de terrain.
À partir du 27, il n’y a plus d’attaques, les Allemands se contentant de tâter les
avant-postes français. Mais l’aviation et l’artillerie allemande demeurent très
161
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

actives. L’artillerie française répond coup pour coup, mais incontestablement le


ciel appartient aux Allemands.
Le 7 juin 1940, la Compagnie de Pionniers du 21e R.M.V.E., en surnombre
théorique dans les effectifs de la Division, lui était retirée et enlevée en camion
pour une destination inconnue et, à peine mise à la disposition de la Division, une
Compagnie antichar polonaise lui était enlevée.
Le 8 juin, la Division reçut toutefois en compensation une batterie motorisée
de D.C.A. (Lieutenant Dumas du 404e régiment de D.C.A.).
Dans la nuit du 8 au 9 juin, le 21e R.M.V.E. fut matraqué par une violente
préparation d’artillerie, naturellement suivie d’une attaque sur tout le front de la
D.I.. Le 9 juin donc, à l’issue d’un bombardement massif de l’artillerie et de
l’aviation, l’ennemi attaque en force toute la 35e D.I. Au 21e R.M.V.E. le capitaine
de Brem commandant la 5e Cie (2e bataillon) est tué. Le régiment compte à ce
jour vingt et un tués et cinquante -sept blessés.
Le 10 juin, l’attaque allemande reprend plus violente encore et appuyée par
l’artillerie et l’aviation encore. Le 21e R.M.V.E tient bon et cette résistance sera
commémorée par un monument à Noirval à six kilomètres au sud du Chesne.
Les 9 et 10 juin, la 35e D.I. résista sans reculer. Bombardements et attaques
d’infanterie se succédèrent plus particulièrement dans le secteur du 123e R.I. et
de son voisin de droite, le 36e R.I.C. appartenant à la 6e D.I. Les pertes furent
importantes.
LA CONFÉRENCE DE BRIARE DES 11-12 juin et la Directive de Weygand
Après le désastre de Sedan le 12 mai 1940, Gamelin qui était selon la version
officielle victime d’avoir commis la grande faute d’avoir avalisé et suivi à la lettre
la conception de la « bataille méthodique » née de la Grande Guerre, conception
apparemment dépassée, mais encore soutenue par la grande majorité du Haut
État-Major français, dut avouer à Reynaud le 15 mai qu’il n’avait pas de réserve.
Gamelin était tout sauf un imbécile et il choisit de mettre fin à la bataille
méthodique et de lancer les troupes de l’Est et de l’Ouest sur Mézière et Sedan.
Il n’eut pas l’heur de tenter cette manœuvre, car d’une part ses généraux lui
désobéissaient ei Paul Reynaud de son côté commettait une double boulette en
s’adjoignant deux « fossiles », en plus sympathisants ou membres de la Cagoule :
le 15 mai, il nommait Pétain, alors ambassadeur en Espagne, Vice-Président et
remplaçait Gamelin par le vieux Maxime Weygand. Un débat existe encore
aujourd’hui pour comprendre s’il prit cette décision par inconséquence ou
double-jeu : politiquement, il penchait à droite comme Pie XII. Il en profita aussi
pour ôter le 16 mai à son rival Édouard Daladier le porte-feuille de la guerre.
Appelés au gouvernement, Mandel et le Général à titre provisoire de Gaulle
162
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

formaient un contrepoids insuffisant à ces partisans du renoncement.


En voulant jouer l’équilibriste, Reynaud avait introduit le ver du défaitisme dans
le fruit. De Gaulle aurait sûrement déjà fait un bon Général en chef « à titre
provisoire », car il voyait plus grand que l’hexagone. Que sertait-il arrivé si
Daladier président n’avait pas été renversé en mars 1939 et remplacé par
Reynaud. Il se situait encore plus à droite que Reynaud et avait tenu un rôle
majeur dans la politique xénophobe de la 3e république : « ... la IIIe République et
sa politique xénophobe qu’il conviendrait de pointer, puisqu’elle prépara un
terrain favorable aux camps d’internement de l’Etat français de Vichy. Bien avant
Pétain, rastaquouères, Juifs ou non, étrangers, persona non grata étaient
tracassés, harcelés par les préfets de France-la-doulce (roman de Paul Morand,
1934). Toujours privée d’âme, l’administration appliquait alors les règlements et
les circulaires du gouvernement Daladier... » (Quand Daladier disait
« Welcome » par Anne Valleys). Selon l’écrivain Christian Greiner, Reynaud
était le partisan des Anglais qui nous trahissait et Daladier était partisan
de trahir les Anglais par un accord séparé avec Hitler : « une fois la guerre
enclenchée en septembre 1939, le parti du président Daladier, favorable tout
comme Pétain et Laval à une éventuelle négociation en ce sens avec Hitler et à
une paix séparée, ce qui aurai rendu la trahison" militaire inutile, fut remplacé le
22 mars, soit moins de deux mois avant la bataille, par celui des "jusqu’au-
boutistes" mené par Paul Reynaud, allié indéfectible des anglo-saxons. Prise de
position compréhensible, puisqu’il y a tout lieu de suspecter qu’il bénéficia pour
son élection de l’intervention des services secrets britanniques, qui surent
acheter les voix de quelques députés. Et l’on comprend l’écoeurement de
Daladier qui lui abandonna son fauteuil de président du Conseil, alors qu’il avait
pourtant remporté ce vote interne au Parlement, avec une voix d’écart. 3° Enfin,
parce que les conventions secrètes passées entre Hitler et les comploteurs
devaient logiquement partir du principe que le Führer se contenterait de battre
le Corps expéditionnaire britannique puis, dans sa foulée, bombarderait
l’Angleterre sans s’en prendre aux troupes françaises repliées derrière la
Somme... » C’est dire que Daladier dans un autre Munich remplaçant la
conspiration des généraux par la conspiration politique voulait amoindrir la
catastrophe de la guerre en ouvrant plus tôt porte à la catstrophe du Régime de
Vichy. Quelle naïveté de croire qu’hitler pour une fois aurait tenu parole ! Tôt out
tard il devait sûrement ne pas tenir parole. Arrivé de Syrie le 19 mai et ayant trop
atermoyé, Weygand dès le 25 mai insista auprès des politiciens pour qu’ils
demandent un Armistice. Le Général de Gaulle, entré le 6 juin au gouvernement
comme sous-ministre de la guerre et devenu sous-secrétaire d’État, reçut la visite
163
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

du général Werygand. Celui-ci lui aurait déclaré à propos d’une poursuite


éventuelle de la guerre hors de la métropole : « L’Empire ? Mais c’est de
l’enfantillage ! Quant au monde, lorsque j’aurai été battu ici, l’Angleterre
n’attendra pas huit jours pour négocier avec le Reich. Ah ! si les Allemands me
laisseraient les forces nécessaires pour maintenir l’ordre… »
De Gaulle suggéra par la suite à Reynaud de remplacer Weygand qu’il juge par
trop défaitiste et il alla même sonder à ce sujet le 10 juin à Arcis-sur-Aube
Huntziger qui s’y était fait recycler comme Général commandant d’Armées du
Centre. De Gaulle comettait une boulette à son tour : il ne pouvait pas trouver
pire choix que le cagoulard Huntziger.
Dès le 12 juin, le Général Weygand dépourvu de réserves avait en effet pris la
décision de jeter l'éponge et à la suite de la conférence de Briare en attendant la
signature d'un armistice inévitable. Il avait ordonné le 12 juin matin d'exécuter
l'instruction personnelle et secrète « NI 1444/3 FT » du 12 juin 1940 ; c’est le
document le plus important de 1939-1940, celui qui impose à l'armée française
de rompre le combat et de se replier sur le centre du pays, l’ordre de repli général
sur la ligne « Caen, Mayenne, Tours, Loire, Clamecy, Dijon » et dans son esprit
cette directive n’était sans doute pas destinée à continuer la guerre, mais
seulement liée à la nécessité d’avoir suffisamment de troupes pour écraser une
rébellion communiste.
Même si le 25 mai le Général Weygand avait compris qu’il était défait, ce n’est
que le 12 juin matin, suite à la conférence de Briare, soit bien tard, qu’il avait émis
l’Instruction personnelle et secrète n° 1444/3 FT, instruction qui imposait à
l'armée française de rompre le combat et de se replier sur le centre du pays.
Aucune exception n'était prévue : les ouvrages de la ligne Maginot seraient
sabordés et les régiments de forteresse devraient battre en retraite. Les forces
inoccupées dans l’Est derrière la ligne Maginot reçurent de Weygand le 12
juinmatin alors que l’encerclement s’achevait cet ordre de repli qui, même s’il
parvenait tard, représentait l’ultime ressource.
Les partisans de la défaite le jugèrent parvenu trop tard. Ainsi Prételat (André-
Gaston (1874-1969) et d’autres, peut-être pour se blanchir reprochèrent à
Weygand d’avoir donné cet ordre le 12 au lieu du 5. En outre, ils ne manquèrent
pas d’invoquer des moyens de transport anachroniques, voire inexistants ; le fait
même de cette assertion confirme a contrario qu’il était alors encore possible
pour beaucoup d’échapper aux camps de prisonniers. Prételat avait demandé à
Weygand le 26 mai d’évacuer la ligne Maginot ; plus tard, il confia que Weygand
avait opposé alors son refus. Aussi Prételat aurait été furieux quand cet ordre
arriva le 12. Un point de convergence les réunissait pourtant : la nécessité de
164
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

garder suffisamment de troupes pour mater un éventuel soulèvement


communiste et c’est ce qui préoccupait le plus ces généraux, plutôt que le combat
contre les nazis. L'annulation de l’ordre de repli eut enoutre une incidence
politique : Weygand, qui n’envisageait que la défaite et souhaitait l’armistice au
plus vite, insista encore plus auprès du gouvernement pour qu’il demande
rapidement cet armistice avant que l'armée allemande déferle sur l'ensemble du
territoire français.
Weygand, même s’il voyait la guerre comme un conflit entre Français et
Allemands envisageait dès le 25 mai la nécessité de demander l’armistice, car il
savait que sa ligne de combat, résister sans esprit de recul, ne tiendrait pas. En
attendant l’inévitable, il était prêt à continuer si nécessaire le combat autant que
ce peut, avant d’obtenir raison, c’est-à-dire l’Armistice.
Aussi Weygand retourna probablement sa veste le jour même où il émit sa
directive, qui ne fut appliquée que par Freydenberg. Probablement et
rapidement informé par Huntziger de la démarche faite par De Gaulle le 10 juin à
son égard et chambré par Pétain lui faisant miroiter un poste dans un
gouvernement d’ordre nouveau écrasant le péril juif et communiste, l’extrémiste
de droite et ennemi de la Gueuse, Weygand n’eut pas de difficulté à virer capot :
il sacrifia les troupes de l’Est et le risque de devoir poursuivre la guerre outremer,
pour plutôt participer à la réalisation d’un régime néofasciste. Là, peut-être,
réside le fondement de la haine de De Gaulle envers Weygand et le point d’orgue
du coup d’État mijoté depuis avant même la déclaration de guerre.
Paul Reynaud démissionna le 16 juin, après le refus des ministres d’adopter
son projet d’union franco-britannique. Pétain, président du Conseil, formait son
cabinet et annonçait le même jour dans une allocution radiodiffusée qu’il fallait
cesser le combat. Le même jour, le Général De Gaulle simulait un enlèvement et
partait pour l’Angleterre. Chacun avait choisi son camp.
Le coup d’État était réussi. Ses racines remontaient à loin : le mur d’argent,
les industriels et les banquiers qui avaient ralenti l’armement et soutenu Hitler et
bien d’autres. Au fond, Reynaud, quelle qu’ait été l’influence de sa maîtresse,
avait le même visage que le pape Pie XII et l’Église : intolérance absolue envers
le fascisme communiste, tolérance complète contre les crimes des autres
fascismes, prétendument de peur d’aggraver leurs méfaits. Le 28 juin 1940,
Reynaud subit un accident de voiture dans lequel sa maîtresse, la comtesse
Hélène de Portes (1902-1940) trouva la mort.
L’encerclement et le sacrifice des troupes de l’Est étaient là pour donner aux
conjurés le temps d’asseoir leur régime et de traiter avec Hitler en lui offrant de
s’épargner la conquête du sud de la France ainsi que de devoir poursuivre la
165
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

guerre en Afrique.
Un ordre nouveau allait pouvoir être créé dans une France croupion. Les
colonies françaises allaient donner à cet État une apparence de légalité. Hitler le
comprit bien quand il n’accorda pas le Maroc à Franco en échange de son aide.
Outre d’avoir été dans le camp des perdants de 1940 pointés du doigt, mais en
vain, par Vichy au procès de Riom, Gamelin, militaire de salon, après la guerre
n’aura pas meilleur sort que Weygand. Malgré ses erreurs, au moins, il n’a pas dû
trahir, et on peut bien pour cela lui pardonner d’avoir peut-être et, qui sait,
commencé la guerre avec une méthode de combat pour l’heure dépassée et
menant apparemment à la défaite inéluctablet à la défaite, alors qu’avec le recul,
la défaite semble plus avoir été une question de trahison plutôt que de méthode
et, surtout, diplomate plutôt qu’homme de terrain, de s’être laissé abuser par ses
commensaux sur l’état de préparation de l’armée et de ne pas avoir réalisé
l’ampleur de leur collusion avec la Cagoule qui les a mené à la trahison. Il a été
démissionné alors qu’il voyait mieux que ses généraux la meilleure riposte
possible. l sera après la guerre encore « riomisé », accablé de tous les défauts, on
lui cherchera même des poux dans ses mémoires. Bonne façon sans doute pour
beaucoup de s’exonérer de la responsabilité de la défaite, eux les traîtres par
choix politique.
La majorité des généraux de 1940 portaient la même couleur politique
hostile à la République et, répétons-le, avec eux, la France était partie en guerre
« les culottes à terre… » Ainsi, certains en croyant être l’élite de la Nation et les
possesseurs du droit à la diriger n’en étaient que la lie. Opinions et croyances mal
gérées peuvent ainsi conduire droit aux pires crimes.
La retraite de la 35e Division du 11 au 14 juin
Dans l’après-midi du 10 juin 1940, le Général Decharme fut appelé au Corps
d’Armée Colonial. Les Allemands étaient à Châlons-sur-Marne et la gauche de la
Division était menacée d’être tournée. Les Allemands traverseraient la Suippe le
10 au soir à Bétheniville à 20 kilomètres à l’est, nord-est de Reims ; le front de
Champagne était rompu. L’ordre fut donc de profiter de la nuit pour partir dans
le plus grand silence, afin d’aller se regrouper une trentaine de kilomètres en
arrière sur l’Aire à la hauteur de Grandpré. Le repli devait être fait en deux bonds.
Premier bond dans la nuit du 10 au 11 par Boult-aux-Bois vers le défilé de la
Croix-aux-Bois. Deuxième bond dans la journée du 11 depuis ce défilé jusqu’aux
environs de Montcheutin et d’Autry. Il fallait que le 12 au matin toute la Division
fût passée sur la Rive-Sud de l’Aire. Revenu à son Q.G., Decharme avait transmis
l’ordre de repli aux chefs de corps réunis autour de lui. Ainsi, tous les corps furent
avisés le 10 avant la chute de la nuit, ainsi, c’est à 9 heures 30 du soir qu’Hans
166
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Habe interpelle le lieutenant Jean Gay qui retraite sur la route du Chesne à
Châtillon avec le premier bataillon. Le journal de marche du bataillon parle d’un
décrochage à 22 heures pour s’installer à la Croix-aux-Bois et ajoute qu’après une
marche de nuit par Longpré et Vaux-Les-Mourons, il s’installe vers midi dans le
bois d’Autry.
Cependant, selon Habe, la Compagnie de Commandement a retraité de jour le
11 et a quitté la route au sud de Séchault par un crochet vers l’ouest et Reims, ce
qui l’écartait à 15 kilomètres et plus à l’ouest du 1er bataillon et faisait croire à une
contre-attaque.
D’ailleurs selon Habe, Decharme vient rencontrer Debuissy dans le bois de
Bouconville à 7 kilomètres à l’est de Manre le soir du 11 juin après 22 heures et y
tient des propos incroyables de contre-attaque. Serait-ce le début de la jambette
faite au colonel Debuissy et de son régiment ?
Au passage à niveau de Manre, Habe avait dans la journée fait connaissance
avec le 18e B.I.L.A qui avait été mis à la disposition de la 35e Division fin mai.
Le 11 au petit jour, toute la 35e D.I. avait quitté sa position. Trois bataillons
étaient en retrait pour soutenir la retraite. Le repli fut effectué avec tellement de
rapidité et de prudence que pendant toute la matinée du 11, l’ennemi ne
s’aperçut de rien et continua de bombarder des positions abandonnées.
La 35e D.I. retraita en combattant sur trois axes :
1 à gauche, c’est le Groupement Debuissy, soit le 21e R.M.V.E. appuyé par le
premier groupe du 14e R.A.D. Il suit la lisière à l’ouest de l’Argonne, par la Crois-
aux-Bois et Sainte-Menehould.
2 Au centre, c’est le groupement Pamponneau avec le 11e R.I. appuyé par le 3e
groupe du 14e R.A.D. Il a comme itinéraire la route qui traverse l’Argonne nord-
sud par La Harazée, Les Islettes, Lachalade.
2 bis : Le 18e B.I.L.A. et le Centre d’Instruction divisionnaire forment un
groupement de marche indépendant sous les ordres du lieutenant-colonel
Martyn. Il ne sera pas engagé avant le 14 juin. Il utilise l’itinéraire du centre ainsi
que le 214e R.A.D. et la Compagnie de Pionniers.
3 À droite enfin, c’est le groupement d’Olce avec le 123e R.I. renforcé par la
BDAC (BDAC : (Bataillon de défense antichar rattaché à l'artillerie divisionnaire)
du 14e R.A.D. et par le 2e groupe du 14e R.A.D. Il marche entre l’Argonne et la
Meuse par Varennes et Clermont. Quant au 29e G.R.D.I., il est divisé à partir du
12 juin en trois éléments, un sur chacun des axes : capitaine de Carrere à gauche ;
capitaine Jeanjean au centre ; capitaine de Lestrange à droite. En regardant, ces
trois parcours sur la carte, il est évident que le 123e R.I., le régiment qui avait été
le plus pressé les 9 et 10 juin, a une descente plus directe et plus aisée vers le sud
167
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

sur Clermont que le 11e R.I. sur Les Islettes et le 21e R.M.V.E. sur Sainte-
Menehould.
Le 21e R.M.V.E. dessinait un arc de cercle plus vers l’extérieur et en plus, s’y
ajouta un mouvement vers l’ouest jusqu’à Manre.
La faute en revient au commandement de la Division qui avait mis sa troupe la
plus âgée, la moins entraînée et la moins bien armée à la position la plus difficile.
Il n’y a rien là qui pouvant justifier le renvoi du colonel Debuissy le 13 juin au soir,
mais plutôt l’erreur de son général.
Déjà fortement éprouvé, le 21e R.M.V.E. alla du 11 juin au 22 juin de décrochage
en décrochage, marchant de nuit, combattant de jour. Les pertes finales seront
de l’ordre de 50 % réparties entre blessés, tués, disparus.
Le capitaine Félicien Duvernay dans son relevé fait en captivité compte pour sa
10e Cie 169 légionnaires au départ de Mommenheim, 53 encore en ligne au
moment de la reddition.
Du 21 au 22, les trois bataillons seront entre Colombey-les-Belles et Allain.
La retraite était difficile. Après le décrochage de chaque soir, on marchait
péniblement par les routes encombrées, sans sommeil, sans repos, n’ayant eu
que le temps de prendre quelques repas froids au hasard du combat et du
ravitaillement, jusqu’à l’aube pour voir arriver en camions, quelques instants
après, les premiers éléments ennemis qui n’avaient pas suivi pendant la nuit, mais
qui s’étaient reposés et restaurés, qu’on avait ravitaillés en vivres et munitions et
qui, au matin, sans aucune fatigue puisqu’ils étaient transportés, revenaient au
contact.
Durant la retraite, le 17, le commandant Poulain, malade, fut évacué et
remplacé à la tête du 3e bataillon par le capitaine de la 11e Compagnie, le
capitaine Ravel de Biesville.
Repli du 1er Bataillon du 21e R.M.V.E. du 10 juin au 14 juin
Le 10 juin, depuis son repli vers 22 heures 30 jusqu’à Sainte-Menehould, le
parcour du 1er bataillon fut principalement celui-ci : Petites-Armoises,
Bazancourt, Noirval, Châtillon-sur-Bar, Quatre-Champs, Toges, La-Croix-aux-Bois,
Falaise, Bagot, Monthois, Séchault, Cernay-en-Dormois, Ville-sur-Tourbe, Malmy,
Vienne-la-Ville, La-Neuville-au-Pont, Sainte-Menehould.
Le 11 juin matin, le 1er bataillon est en rideau de protection sur la route de Boult-
aux-Bois à Vouziers (environ 7,7 km).
Son P.C est au centre du dispositif à la Croix aux Bois. Le bataillon est renforcé
par la 7e Compagnie Louis Grec du 2e Bataillon et la 9e Compagnie Amédée
Modéna du 3e Bataillon.
De Boult-aux-Bois vers Vouziers sont alignés successivement 7e Cie Grec, 1re cie
168
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

(lieutenant Gay), 3e cie (capitaine François Bénac), 2e Cie (capitaine Félix Gaillard),
9e Cie Modéna, C.A. 1 (lieutenant Belissent, canons et mortiers surtout au
débouché de la route de Quatre-Champs.
Le 11 juin à 21 heures, le 1er bataillon devait être relevé à 21 heures par le
G.R.D.I 29, mais contrordre : le bataillon devra décrocher à minuit à découvert.
Le 11 juin à minuit le 1er bataillon décroche sans être couvert.
Le 12 juin vers midi, après une marche de nuit par Longwe et Vaux-les-Mourons
le 1er bataillon s’installe au bois d’Autry vers midi. Le P.C du régiment est au bois
de Bouconville. La journée du 12 juin se déroule sans grand problème.
Le 12 juin vers 20 heures le 1er bataillon quitte le bois d’Autry.
Le 13 juin vers 3 heures du matin le 1er bataillon arrive à Vienne-la-Ville. L’ordre
de la division est celui d’un repos dans les granges de la ville durant 4 heures. Le
bataillon à peine installé, contrordre du colonel Debuissy : Se porter
immédiatement sur Sainte-Menehould et organiser la défense du front nord de
la ville.
Le 13 juin vers 8 heures, arrivée du 1er bataillon à Sainte-Menehould.
Dispositif de défense : 1re cie (Lieutenant Jean Gay, Lieutenant Jacques Dupont,
Sous-lieutenant Lucien Élie Blonstein. Aspirant Albert Charpentier : pont sur la
route de Moiremont et jardins en bordure nord de la ville. 2e Cie + S. M. : à droite
de la 1re Cie (Face à Planasse). (2e Cie = Capitaine Félix Gaillard. Lieutenant
Maurice Becaud. Lieutenant Jacques Deshayes. Lieutenant Eugène Houtard.
Sous-lieutenant Constantin Dessino).
3e cie et C. A. 1 = Plateau piton â l’intérieur de la ville = butte du château (3e Cie
= Capitaine François Joseph Bénac. Lieutenant Charles Lintignac. Lieutenant
Norbert Léon Paul Calix, sous-lieutenant Nicolas Obolenski) (C. A. 1 = lieutenant
Pierrte François Belissent. Lieutenant xxxx ? Lieutenant Louis Frédéric Marie
Neveu. Lieutenant Jean Charlot, Lieutenant Serge Yonine.) Canons de 25 au
carrefour de la grande place = place d’Austerlitz en direction route de Châlons.
Ici, un calcul simple permet de constater qu'après 4 heures de repos, le 1er
bataillon n’aurait quitté Vienne-la-Ville qu’entre 7 et 8 heures et sans la protection
de la nuit et si tout se passait bien, sans mauvaise rencontre ni bombardement
(12 km par Neuville-au-Pont) il aurait atteint Sainte-Menehould entre 11 heures
et midi soit juste avant ou en même temps que l’attaque des Allemands sur ses
façades ouest et nord de la ville à 13 heures). Cela justifie pleinement l’ordre de
Debuissy !!!
Comme le 2e bataillon n’arriva à Sainte-Menehould que vers 11 heures et plus, il
y a tout lieu de penser que, n’eût été le contrordre du Lieutenant-Colonel
Debuissy, le 21e R.M.V.E se serait trouvé entièrement encerclé, comme l’a été s
169
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

10e Compagnie du capitaine Duvernay qui heureusement a su malgré tout


s’exfiltrer.
Pourtant les généraux Decharme et Delaissay de la 35e Division, ainsi qu’Henri
de Rolland du 29e G.R.D.I accusent le 21e R.M.V.E. de repli prématuré. Il doit s’agir
d’une méconnaissance de la situation, sinon d’une mauvaise foi ou intention.
Pour l’encerclement général des troupes de l’Est, le 21e R.M.V.E. était en
première loge…
Le 13 juin vers 10 heures, Debuissy donne l’ordre d’étendre le 1er bataillon vers
l’est, direction La-Grange-aux-Bois, sans doute à cause du retard du 2e bataillon.
La 3e Compagnie se porte sur route des Islettes au sommet de la côte sortie de
Sainte-Menehould. Le P.C du bataillon était au coin de la grande place d’Austerlitz.
Ordre est donné de faire sauter les ponts de l’Aisne.
Le P.C du régiment est à Verrières. Demande de munitions. Pas de réponse.
Affolement au P.C Visite de Mirabail au colonel au P.C à Verrières pour cette
question. Affolement au P.C.
Le 2e bataillon arrive enfin à Sainte-Menehould vers 11 heures : exténué, mais
arrivé, il reçoit l'ordre de Debuissy de se porter immédiatement en avant vers
Moiremont (distance 5 à 6 km).
Le Général Delaissey présent pour examiner la situation fait stopper le bataillon
avec ordre de se reposer deux heures et avec ordre au commandant Fagard du 2e
bataillon de mettre à la disposition du 1er bataillon tous les éléments dont il
pourrait avoir besoin.
Le Général Delaissey se fait remettre l’ordre écrit de départ précipité ordonné
la dernière nuit par Debuissy. Il rapporte à Fagard que le colonel Debuissy est
condamné dans l’esprit du Général. Le récit du sergent Louis Boulard raconte ce
qu’il en fut de ce repos du 2e bataillon, tout au moins pour la 5e Compagnie (voir
Boulard dans liste alphabétique).
Le 13 juin vers 13 heures, les Allemands attaquent Sainte-Menehould. Si le 2e
Bataillon avait eu le temps d’avancer sur Moiremont, il aurait eu des chances de
sauver la batterie d’appoint qui se trouvait là et retarder les Allemands. Et dire
qu’on a imputé la perte de cette batterie à Debuissy comme un des éléments de
son limogeage bien qu’il ne fût pas le responsable des retards. Ou bien le Général
Delaissey était un incompétent (notamment quand il envoie la 5e Cie à la
recherche des Allemands) ou bien il suivait, ce qui est pire et plus probable, la
ligne de pensée du Général Decharme. Hans Habe charitablement expose que
« peut-être la désorganisation et le manque d’informations étaient tels que le
Haut Commandement ne savait pas si nous étions la dernière unité en retraite ou
peut-être il ignorait que les Allemands étaient sur nos talons… »
170
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

La section du Lieutenant Maurice Becaud est portée à la sortie ouest de la ville


et doit faire sauter le pont d’Austerlitz. C’est par là que l’ennemi est censé devoir
donner son effort principal.
La Compagnie Pierre Odry du 2e Bataillon est mise à la disposition du lieutenant
Maurice Bécaud (2e Cie 1er bataillon) et dirigée vers la croupe sud-ouest. Mollesse
du mouvement. Retard.
Hans Habe voit comme crime de Sainte-Menehould le fait que le pont de
pierrre pres de la place d’Austerlitz n’a pas été coupé, pourtant le journal du
bataillon confirme la destruction quoique tardive du pont de pierre de la place
d’Austerlitz et celle du pont de la rue Drouet ainsi que le pont sud l’a été,
empêchant le repli vers le sud. Mais le pont de Moiremont ne l’a pas été
permettant ainsi l’entrée des Allemands par le nord. Il faut dire qu’Habe a vu
descendant la rue Margaine, les tanks allemands accompagnés de motos avec
sidecar. Le journal du bataillon parle d’immixtion des Allemands dans la ville en
venant à la fois du nord et d’ouest.
Le récit du légionnaire François Kammer-Meyer confirme le retard de la
destruction du pont de pierre. Avec son canon de 25, il a criblé d’obus la première
automitrailleuse allemande qui se présentait sur le pont. Il faut donc croire que
les Allemands sont entrés surtout dans Sainte-Menehould plus au nord de la ville,
le pont de Moiremont n’ayant pas été détruit. Le combat devenu pressant, c’est
d’ailleurs la 1re cie en lisière nord de la ville qui est particulièrement éprouvée
(sous-lieutenant Blonstein tué).
Le journal du bataillon dit pourtant que l’ennemi a commencé à pénétrer dans
les rues de la ville d’ouest et nord-ouest. Les mitrailleuses et mortiers sur le
plateau intérieur de la ville faisant un excellent travail. Les deux canons de 25, pris
sous le feu d’autocanons ennemis arrivés à la coupure pont sauté route de
Châlons sont détruits.
À ce propos, voici ce que raconte le Hongrois François Kammer-Meyer
surnommé Pierre Santa accompagné à son canon de 25 par l’Espagnol Maurice
Renonès (il ne mentionne pas de 2e canon de 25) :
« À l’ouest, l’ennemi approchait sur la rive droite de l’Aisne. Un mortier
l’accueillit, mais fut neutralisé par un tir d’obusier. Les servants ne s’étaient pas
déplacés assez rapidement après chaque salve. L’un fut tué sur le coup, l’autre
blessé. Une automitrailleuse s’engagea sur le tablier du pont… Santa (son surnom)
n’eut besoin que de deux obus pour l’immobiliser. Il continua quand même de la
cribler jusqu’à épuisement de ses munitions. De cette façon, inutile de traîner la
pièce. En l’absence de brancardiers, il hissa avec de l’aide le mutilé sur le mulet…
Il jeta un ultime regard d’adieu à son arme désormais inutile. Il en démonta la
171
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

culasse et la balança dans la rivière ».


Le pont a donc dû être coupé après cette action par la section en retard du
lieutenant Maurice Becaud 2e Cie 1er bataillon accompagné du lieutenant Pierre
Odry 2e Cie du 1er bataillon. À noter qu’Ilex Beller dans son récit parle d’un seul
canon de 25 et de 2 obusiers et que son récit est plus en accord avec celui de
Kammer-Mayer (1 obusier et 1 canon) qu’avec celui (2 canons et obusiers) du
journal de marche.
Les chars allemands n’ayant pu passer par là, leur invasion s’est faite du nord
au sud, plutôt que sur la face ouest de la ville ; ils sont venus du nord par la rue
des Prés pour descendre la rue Margaine. De fait, nous avons vu qu’à la lisière
Nord de la ville la 1re cie du 1er bataillon n’a pu tenir, d’autant que par la décision
de Delaissey le 2e bataillon n’avait pas gagné sa position en lisière nord ni pu
s’assurer du pont de Moiremont et encore moins de la « batterie » oubliée à
Moiremont.
Le 13 juin vers 16 heures l’ordre de repli de la Division est apporté par le
capitaine Jean Lagarrigue sans passer par le régiment (désobéissance à son chef
direct). Il faut se porter route des Islettes face au nord, la droite appuyée sur La-
Grange-aux-Bois et le 11e R.I. et face à l’ouest jusqu’à la voie ferrée ou liaison avec
le 2e bataillon.
Isek Beller rapporte que le premier bataillon a alors perdu presque la moitié
de son effectif et qu’un groupe de mitrailleurs où se tenait son ami Srolek couvrait
la retraite avec une vieille mitrailleuse Hotchkiss.
À 16 heures, une balle allemande a traversé le cœur de Srolek auprès du
cimetière de Sainte-Menehould (Rue basse du Château). Le lendemain, 14 juin,
alors que la bataille est à La-Grange-Aux-Bois, des réfugiés, des paysans
l’enterreront sur les lieux même où il a donné son dernier souffle. Ils n’ont pu
déchiffrer son nom sur les papiers militaires déchiquetés par les balles.
Le mouvement est amorcé vers 17 heures, sous un bombardement intense. Le
décrochage est difficile à cause de la pression violente de l’ennemi. Combats de
rues.
Le 13 juin dès 18 heures, le bataillon est en place sur nouvelle position. Manque
la Section Mitrailleuse Neveu qui n’a pu décrocher à temps. Éléments du 2e
bataillons dispersés dans le 1er. Le 2e bataillon ne prend pas la place qui lui est
assignée. Pas de liaison avec lui sur la voie ferrée. Nuit calme. Apparemment, les
effets néfastes de la décision de Delaissey se poursuivent…
Le 14 juin dès le point du jour, l’ennemi s’étant infiltré par voie ferrée attaque
le 1er bataillon par-derrière à la hauteur de la section de commandement. Le
Groupe franc est complètement décimé. Bataillon refoulé sur le 11e R.I. à La-
172
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Grange-aux-Bois.
Très dur combat sur la barricade qui coupe la route. Au cours de la matinée à
La-Grange-aux-Bois, nombreux morts, blessés et disparus.
Le capitaine Benac de la 3e cie grièvement blessé (il décédera ?) reste aux mains
de l’ennemi. Blessés encore de la 3e cie, le Lieutenant Nicolas Obolenski et le
Lieutenant Calix. Autre officier blessé : le Lieutenant Yonine de la C.A. 1. Le
combat continue avec éléments du 11e R.I. et de la 10e Cie (Capitaine Duvernay,
3e bataillon).
L’ordre de repli nous vient du 11e R.I. Aucun ordre de notre régiment depuis la
veille ou depuis le commencement du combat de Sainte-Menehould. Le colonel
Debuissy sachant sans doute qu’il a été désavoué est comme « absent » sinon
qu’il est dit qu’il était proche du lieutenant Causse, lorsque ce dernier fut tué, et
qu’Habe l’a vu près du pont sud. Mirabail est seulement avisé que le P.C du
régiment se porte à Passavant.
Le 1er bataillon se replie sur Passavant. Là, Mirabail trouve un nouveau colonel
qui commande le régiment, le Lieutenant-colonel Martyn. Le Lieutenant-colonel
Debuissy a été évacué en ambulance, malgré ses protestations : il reconnaissait
sa fatigue, mais niait être malade. Il avait quatre ans de moins que son successeur,
mais ce dernier recevait là en bout decarrière la sucette qu’on lui avait promise :
Robert Dufourg dans son livre « Brassard Rouge Foudre d’or » en témoigne
imprudemment sans fard. Hans Habe dans son livre Ob Tausend Fallen a fait en
1941 un portrait peu flatteur de Martyn… (voir plus loin).
Le 14 juin vers 20 heures après une halte de 2 heures, départ de Passavant.
Repli du 2e Bataillon (Capitaine Trussand de la C.A. 2) 10-14 juin :
11 juin : Tard dans la nuit du 10 au 11 juin. Ordre de repli immédiat.
Le décrochage (commencé de nuit) peut avoir lieu (se continuer) en plein jour
sans que l’ennemi s’en aperçoive, grâce à un brouillard épais. Le 2ebataillon se
regroupe à Boult-aux-Bois, stationne ensuite au sud de La-Croix-aux-Bois. Il
franchit l’Aire et prend position entre Montcheutin et Vaux-lès-Mourons.
12 juin : En l’absence du journal du 3e bataillon du commandant Ludger Fagard,
le compte-rendu du capitaine Trussand est étrangement muet sur ces journées
cruciales du 12-13 juin. Nous en savons plus grâce au récit du sergent Louis
Boulard (voir ce nom dans la liste alphabétique).
Le 2e bataillon reste sur sa position entre Moncheutin et Vaux-les-Mourons. Il
fait mouvement dans la nuit du 12 au 13 et arrive à Sainte-Menehould dans la
matinée du 13 (22 km entre Vaux lès-Mourons et Vienne-la-Ville + 10 km de
Vienne-la-Ville à Sainte-Menehould soit 32 km.) On peut estimer que le 2e
bataillon ne serait pas senti autant fatigué à son arrivée à Vienne-la-Ville et
173
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Sainte-Menehould si on n’avait pris qu’un demi-repos la journée du 12.


Si la D.I. ordonnait les repos, elle devait être responsable de l’avoir trop
prolongé à Vaux-lès-Mourons, d’où un trajet trop long jusqu’à Sainte-Menehould.
Notons de plus que le sergent Boulard situe alors la 5e Compagnie encore plus à
l’est, à Sommepy… L’ordre de départ de Dubuissy a sans doute sauvé alors ce
bataillon de l’anéantissement.
13 juin : Après sa marche dans la nuit du 12 au 13 le 2e Bataillon arrive à Sainte-
Menehould dans la matinée du 13 vers 11 heures. Positions changées plusieurs
fois en cour de journée. Sans doute la conséquence, comme le montre le récit du
sergent Louis Boulard, de la mauvaise décision de Delaissey qui fait reposer le
bataillon pour fatigue (!) Attaque allemande dans la soirée (information erronée
ou post-bataille, puisque les Allemands ont attaqué Sainte-Menehould à 13
heures selon le journal du 1er bataillon…)
14 juin matin : Le 2e bataillon se trouve en partie rive est de l’Aisne, en partie
route de Sainte-Menehould à La-Grange-aux-Bois avec le 1er bataillon. Le
lieutenant Constantin Borovsky de la C.A. 2 est tué. Une attaque allemande
repousse le 1er bataillon et le 2e bataillon vers le sud.
14 juin en fin de journée le régiment reforme ses bataillons à Passavant à
Passavant-en-Argonne. Le colonel Martyn remplace le colonel Debuissy. À défaut
du journal du 2e bataillon, le peu que nous voyons ici va dans le sens d’un gâchis
dû à l’ordre de Delaissey de reposer le 2e bataillon au lieu de le laisser prendre
position alors que l’ennemi était sur le point d’attaquer. Donc, attitude
inqualifiable du Général Delaissey (1881-1955) : il désapprouve le départ
précipité ordonné depuis Vienne-La-Ville par Debuissy, se fait remettre l’ordre
écrit de Debuissy et pire, il arrête le 2e bataillon et le met au repos dans la ville !
Curieux repos d’ailleurs ; la 5e Cie doit rechercher l’ennemi ! Quant à reformer le
régiment à Passavant, on sait par Mirabail que le 1e bataillon à ordre de départ
de Passavant seulement 2 heures après y être arrivé et par Modéna qu’il était
question de dissoudre le 21e RMVE...
Plus encore, pour Delaissay, il semble qu’il exécute de basses œuvres, car il
affirme au commandant Fagard du 2e bataillon que Debuissy est condamné dans
l’esprit du général. Quel role a joué Fagard dans le retard et l’éparpillement de
son bataillon qui à la Grange au Bois n’occupera même pas son emplacement
prévu (rap-Mirabail) ? D’après le récit du capitaine Latrille qui dirigeait les
transmissions de la 35e D.I., il se permettra d’assister Decharme à Passavant pour
étriller » Debuissy, complaisant ainsi à Decharme en plus d’effacer sa propre
bourde.
La 5e Compagnie n’est pas au rendez-vous de Passavant (sergent Boulard)
174
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

… Repli du 3e Bataillon 21e R.M.V.E. du 10 au 14 juin :


Le 3e Bataillon se replia par la Croix-aux-Bois, Les Mourons, Vaux-les-Mourons,
Moncheutin, Autry, Condé-lès-Autry, Sainte-Menehould, Verrières, Passavant,
Chaumont-sur-Aire. Érize-la-Petite, Érize-la-Grande, Érize-la-Brülée, Gimécourt
(où fut tué le commandant d’Olce)…
11 juin : Le décrochage s’est effectué dans l’ordre suivant : 9e Cie, 11e Cie, 10e
Cie, sans éveiller l’attention de l’ennemi. Itinéraire de repli : Châtillon-sur-Bar –
Noirval – Quatre-Champs (village en feu) – Toges – La Croix-aux-Bois – Longwé. Le
bataillon s’établit dans les bois situés au sud de ce dernier village où il est pris à
partie par l’aviation ennemie.
Dans l’après-midi, ordre est reçu de se porter à proximité du P.C du régiment
placé 3 km plus au sud en bordure de la route de Vouziers à Grandpré (RN 46). La
9e Cie est à la disposition du 1er bataillon pour protéger le repli du régiment.
Depuis 8 jours, un gros centre de ravitaillement d’infanterie et surtout d’artillerie.
Quatre-Champs reçoit dès 7 heures du matin une pluie d’obus de 105, percutants
et incendiaires. Il brûle (cne Raymond du 2/14e R.I., 36e D.I.).
La justification du décrochage résulte dans le fait que le gros des troupes
ennemies qui n’avaient pu percer notre front s’est porté vers Rethel où l’Aisne a
été franchie et se prépare à nous prendre à revers en utilisant la route Rethel –
Vouziers.
Le 11 juin vers 18 heures, le 3e bataillon, sur ordre, se porte sur la ligne Vaux-
lès-Mouron — Les Rosiers par l’itinéraire Olizy – Mouron – Vaux-lès-Mouron. La
11e Cie, sa droite en liaison avec le 2e bataillon occupant le village de Mouron
comme tête de pont, avec ordre de se replier, au moment de la destruction du
pont, sur Vaux-lès-Mouron, où elle doit s’installer sur la voie ferrée depuis la gare
incluse jusqu’au bois situé à l’ouest.
La 10e Cie se place à la gauche de la 11e Cie jusqu’aux Rosiers. Le P.C du bataillon
se trouvait au château des Rosiers. Le P.C du régiment dans les bois de
Bouconville. L’attaque sur le 57e R.I. de la 36e Division a permis aux Allemands de
créer une poche de part et d’autre de l’Aisne en direction de Vouziers qui
approche le 10 à 14 heures de la route Vrizy à Vrandy, localités à environ 4 km de
Vouziers, mais c’est à 48 kilomètres m plus à l’ouest que Guderian profitant de la
nuit du 9 au 10 fait traverser l’Aisne par sa 39e PZK sur un pont du génie à Château-
Porcien à I0 km à l’ouest de Rethel.
12 juin matin : Les Compagnies en ligne effectuent leur installation définitive
en exécutant de sérieux travaux de campagne. La 9e Cie a rejoint dans la matinée
Elle est placée en réserve dans les bois situés à l’est du château des Rosiers. La
tête de pont couvrant le village de Mouron se retire au sud de l’Aisne et le génie
175
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

fait sauter à 9 heures le pont de la 2e D.I.) situé à 48 km à l’ouest de Vouziers.


Le 12 juin en fin d’après-midi, par suite de la présence de l’ennemi, l’ordre est
donné de se replier sur le bois d’Hauzy, près de Malmy.
La 10e Compagnie protégera le décrochage qui s’effectuera à 18 heures. Des
éléments de la 6e D.I.C. situés à notre gauche se trouvent au contact avec l’ennemi
descendant de Monthois. Itinéraire de repli : bois d’Autry-Autry-
Condé-les-Autry-Servon-Méricourt-Malmy (situé à environ 5 km ouest, nord-
ouest de Vienne-la-Ville).
13 juin arrivée vers 3 heures du matin : Arrivée à Malmy de nouveaux ordres
sont donnés prescrivant au bataillon de grouper ses éléments dans le village
même et d’y prendre un repos de 4 heures avant de se rendre sur de nouveaux
emplacements dans la région sud de Sainte-Menehould (village de Verrières).
Le 13 juin dans la nuit, départ, le repos ayant été annulé par Debuissy. Le sous-
lieutenant René Guiart de la 9e Cie est laissé à Malmy avec un groupe de combat ;
sa mission est d’attendre la 10e Cie pour l’aiguiller sur Verrières.
La 10e Cie a décroché le 12 juin à 22 heures 45 de la ferme de Joyeuse (à 1,5 km
à l’ouest de Vaux-lès-Mouron) avec sa gauche au contact ; après Servon, elle
utilisera la voie ferrée pour tenter de rejoindre plus vite le bataillon ; ne le
trouvant pas, elle continuera en direction générale de Sainte-Menehould par des
itinéraires défilés jusqu’à la Neuville-au-Pont où elle sera sérieusement prise à
partie par des éléments blindés ennemis installés sur la route nationale 382
(route 982 allant de Vouziers, km 0 à Vitry-le-François, km 93).
Le 3e bataillon subira de nombreux tués et blessés et de grosses pertes de
matériel notamment une chenillette et un canon de 25 au cours des
franchissements des trois ponts sur l’Aisne tous détruits.
Le bataillon n’a pas pris de repos, celui-ci ayant été annulé par Debuissy et privé
de ravitaillement, il suit l’itinéraire Malmy – Merzieux – Vienne-la-Ville (où le
apitaine Guy Cohn et un officier du génie font sauter le pont après le passage du
bataillon) – Moiremont – Sainte-Menehould – Verrières.
Le colonel Debuissy nous donne comme mission de défendre le village de
Verrières ; puis un nouvel ordre nous est donné d’appuyer sur notre gauche pour
se porter au sud de l’Auve, la droite près de Sainte-Menehould, la gauche près de
Dampierre-sur-Aure (8 km ouest de Sainte-Menehould).
Au cours de la reconnaissance à Argers par le chef de bataillon (commandant
Poulain) et son capitaine adjoint-major (Doubani) des tirs d’armes automatiques
décèlent la présence de l’ennemi. Le colonel est aussitôt avisé : le bataillon prend
immédiatement des emplacements de combat près de la route nationale 382,
Sainte-Menehould – Vitry-le-François (au nord-ouest de Verrières). La liaison avec
176
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

la 6e D.I.C. à l’ouest n’a jamais pu être assurée, Dampierre-sur-Auve n’ayant jamais


pu être atteint. Des groupes épars de combattants se replient vers le S.E., nous
avisant de l’approche de l’ennemi.
Pour permettre au bataillon de s’installer, le groupe motocycliste du régiment
avait pris position près de la route indiquée ci-dessus. Durant l’installation, des
engins blindés ennemis débouchent des pentes S.E. d’Argers en direction de
Verrières essayant de contourner Sainte-Menehould. Ils n’insistent pas sur notre
front, se heurtant à une âpre résistance et prennent la direction de Vitry-le-
François. Au cours de cet engagement, le lieutenant Henri Causse est tué. Le sous-
lieutenant Dimitri Firsk blessé.
Le 13 juin à 18 heures 15, l’artillerie d’appui direct du régiment quitte ses
positions au sud de Verrières, et le P.C du régiment est porté de Verrières à
Passavant. Le médecin-lieutenant Jean Buvat rejoint le bataillon. Une trentaine
de bombardiers ennemis passent sur nos emplacements se dirigeant vers le sud-
est et l’avion de reconnaissance continue de nous survoler tout en nous
mitraillant. La liaison à notre droite est effectuée au pont sur l’Aisne de Verrières
avec le 21e R.I.C. (il ne s’agit pas du Pont-du-Moulin de Bas, mais bien du pont de
la Frappée). Le bataillon privé de la 10e Cie forme le hérisson en se regroupant au
nord de Verrières.
À la tombée de la nuit, les troupes ennemies arrivent en contact sur ces
positions qu’elles n’arrivent pas à entamer.
14 juin matin :
La liaison avec la gauche s’avérant impossible, le bataillon s’assure qu’elle existe
toujours avec la droite.
Le capitaine adjoint major (Doubani) constate que le pont de la Frappée sur
l’Aisne a sauté et qu’il n’existe plus de moyen de passage sur l’autre rive. Il
parvient cependant à joindre le commandant du 2e bataillon (Fagard) du 21e
R.M.V.E. Des instructions sont données à l’adjudant-chef Robert Michel pour
construire une passerelle de fortune avant le lever du jour. Pendant
l’établissement de cette passerelle, l’ennemi s’étant infiltré le long de la voie
ferrée mitraille la section occupée à ce travail.
Le 14 juin vers 6 heures 30, l’ennemi après une courte préparation d’artillerie
se porte à l’attaque de nos positions essayant l’enveloppement par les ailes.
Le chef de bataillon Poulain avait déjà dépêché deux agents de liaison au P.C du
Régiment et comme aucun ordre ne lui était parvenu, ne disposant de plus que
d’une quantité infime de munitions, il décide de porter les éléments légers de son
bataillon sur la rive droite de l’Aisne et ses éléments lourds sur les hauteurs sud
de Verrières.
177
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

La section de Cuniac est chargée d’assurer la protection du décrochage qui


s’effectue sous le feu des armes automatiques de l’adversaire. Le passage de
l’Aisne est très difficile, le bataillon ne disposant pas de moyens de
franchissement. Un ordre de repli sur la rive droite de l’Aisne, donné par la D.I.
qui aurait dû nous parvenir le 13 juin à 19 heures, c’est-à-dire avant la destruction
du pont de Verrières, aurait permis de regrouper la totalité du bataillon derrière
la rivière, mais malheureusement, le chef de bataillon ne l’a jamais reçu.
Les éléments lourds (C.A.), appuyés par les voltigeurs chargés de leur
protection, ayant occupé leurs nouveaux emplacements cherchent par leurs feux
à aider le repli de la section de Cuniac et à ralentir la progression ennemie. Au
cours de l’exécution de sa mission, la section de Cuniac a été complètement
encerclée et n’a pu rejoindre le bataillon.
La pression de l’ennemi s’accentue alors de plus en plus et les munitions
manquent totalement, aussi la fraction du bataillon située à l’ouest de l’Aisne se
replie sur Villers-en-Argonne et se met à la disposition du chef de bataillon chargé
de la défense de ce village pour continuer le combat.
Le 14 juin en après-midi : Après reconnaissance des nouvelles positions et
commencement d’installation, ordre est donné aux éléments du bataillon par le
lieutenant-colonel Martyn qui a remplacé le lieutenant-colonel Debuissy à la tête
du 21e R.M.V.E. de rejoindre immédiatement Passavant. Martyn (Albert), 19-10-
83, Calais, lieutenant-col., 21e R.M.V.E. Of. VI À, commandant le 2e bataillon du
123e R.I. avait été nommé Lieutenant-colonel début mai 1940.
Le bataillon se regroupe dans ce village, où les hommes harassés prennent un
léger repos. La 10e Cie n’a pas encore rejoint le bataillon.
Le 14 juin vers 19 heures, les éléments regroupés vont bivouaquer dans les bois
situés autour de la ferme de Brouenne où la 10e Cie nous a précédés.
La 10e Compagnie, après le franchissement de l’Aisne le 13 juin, se regroupe
aux lisières est de Neuville-le-Pont. Le capitaine Félicien Duvernay essaie
d’appuyer sur Moiremont pour échapper à la poursuite de l’ennemi qui vient en
direction générale du nord-est. La cie antichar qui occupe Moiremont est
dépassée par les éléments ennemis avant que le village ait pu être atteint.
Toute la 10e Cie s’engage immédiatement à travers la forêt et, après une marche
difficile, débouche sur la route nationale n° 3 entre La-Grange-aux-Bois et Les
Islettes, où elle se met à la disposition du lieutenant-colonel Pamponneau
commandant le 11e R.I. qui l’affecte à son 2e bataillon (commandant Nicolaï qui
succédera à Pamponneau le 16 juin à la tête du 11e R.I.).
Le 14, entre 2 et 5 heures, la 10e Cie va dégager deux canons de 25 en mauvaise
posture.
178
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 14 juin à 6 heures, le lieutenant Georges Monteil avec une section (1re


section) monte renforcer une Compagnie aux Vignettes près des Islettes.
Le 14 juin à 7 heures, l’aspirant Jean Defoy avec une section (3e section) est mis
à la disposition d’une Compagnie dans La-Grange-aux-Bois.
Au cours de l’attaque de ce village, le reliquat de la 10e Cie est engagé sous les
ordres de son capitaine Félicien Duvernay pour appuyer l’action dans La-Grange-
aux-Bois et permettre aux unités du 11e R.I. d’en décrocher. La 10e Cie se replie
avec le commandant Nicolaï sur Futeau et Brizeaux d’où le Général Delaissey la
dirige sur le prochain bivouac du bataillon. Le Lieutenant Georges Monteil est
porté disparu (prisonnier).
Dans les journées du 13 et 14, la 10e Cie a perdu ou laissé sur le terrain une
centaine d’hommes. Le capitaine Félicien Duvernay dans son relevé fait en
captivité compte pour sa 10e Cie 169 légionnaires au départ de Mommenheim,
53 encore en ligne au moment de la reddition.
L’attaque allemande sur Sainte-Menehould
Elle survint aussi tôt que vers 13 heures à la fois sur la façade ouest et sur la
façade nord-ouest de la ville.
Le dispositif du 1er bataillon était le suivant :
Le P.C du bataillon est sur la Grande Place (Austerlitz).
La 1re Compagnie est dans les jardins en bordure nord de la ville et au pont sur
la route de Moiremont.
2e Compagnie et une section mitrailleuse à droite de la 1re Compagnie (face à
Planasse) 3e Compagnie et C.A. 1 sur le piton à l’intérieur de la ville (butte du
château). Canons de 25 au carrefour de la place d’Austerlitz, en direction de la
route de Châlons.
Le 13 juin vers 10 heures, Debuissy donne ordre d’étendre le 1er bataillon vers
l’est, direction La Grange-aux-Bois, décision sans doute prise en raison du retard
du 2e bataillon. Si l’on en croit le récit du légionnaire François Kammer-Mayer qui
était à la tête d’un des canons de 25, le pont de pierre de la route de Châlons
n’était pas encore sauté lorsqu’une mitrailleuse allemande s’engagea sur son
tablier, mais il la détruisit en l’arrosant de tirs. Le journal du 1 er bataillon
mentionne simplement que la section du lieutenant Maurice Becaud envoyée à
la sortie ouest de la ville était arrivée avec retard, mais finalement le pont a sauté.
Voici ce que raconte le Hongrois François Kammer-Mayer surnommé Santa
accompagné à son canon de 25 par l’Espagnol Maurice Renonès :
« À l’ouest, l’ennemi approchait sur la rive droite de l’Aisne. Un mortier
l’accueillit, mais fut neutralisé par un tir d’obusier. Les servants ne s’étaient pas
déplacés assez rapidement après chaque salve. L’un fut tué sur le coup, l’autre
179
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

blessé.
Une automitrailleuse s’engagea sur le tablier du pont. Santa n’eut besoin que
de deux obus pour l’immobiliser. Il continua quand même de la cribler jusqu’à
épuisement de ses munitions. De cette façon, inutile de traîner la pièce.
En l’absence de brancardiers, il hissa avec de l’aide le mutilé sur le mulet. Il jeta
un ultime regard d’adieu à son arme désormais inutile. Il en démonta la culasse
et la balança dans la rivière. »
Le pont a dû être coupé après cette action par la section en retard du
lieutenant Maurice Becaud de la 2e Cie du 1er bataillon. Les Allemands semblent
donc avoir envahi Sainte-Menehould surtout du nord au sud, le pont au nord vers
Moiremont n’ayant pas été coupé et Hans Habe raconte leur descente dans la rue
Margaine et la destruction du pont sud interdisant au régiment de se replier sur
Verrières si ça avait été son intention.
Au nord de la ville, les combats furent particulièrement violents ; la 1re
Compagnie est particulièrement éprouvée et le lieutenant Blonstein est tué. Les
ennemis commencent à s’infiltrer dans les rues de la ville.
Le décrochage se fait vers 17 heures sous bombardement intense et à 18
heures le bataillon est regroupé sur sa nouvelle position. Il manque la section
mitrailleuse Neveu qui n’a pu rejoindre.
Le 13 en soirée le 1er bataillon suivi du 2e se replie pour être au contact du 11e
R.I. sur la route allant de la Grange-aux-Bois aux Islettes.
Le 14 juin dès le point du jour l’ennemi s’étant infiltré par la voie ferrée, attaque
le 1er bataillon par derrière à la hauteur de la section de commandement. Le
groupe franc est complètement décimé, le bataillon est refoulé sur le 11e R.I. à la
Grange-aux-Bois.
Le sergent Boulard dans son récit pour la 5e Compagnie rapporte qu’elle a perdu
en cours de route tous ses officiers et qu’elle n’a plus qu’un effectif de 40 lors de
la capture et à l’arrivée à la caserne du Lizé à Metz. Du 21 au 22, les trois bataillons
seront entre Colombay-les-Belles et Allain.
LE CRIME DE SAINTE-MENEHOULD
Hans Habe, dans son livre « Ob tausend fallen » soutient que Decharme
méprisait les Volontaires étrangers par xénophobie, antisémitisme et
anticommunisme et qu’il voulait se servir d’eux comme « chair à pâté ».
Je n’oserais pas dire que c’est à ce titre que ce livre n’a pas encore connu
d’éditeur en France. Il ne nous en faut pas moins avancer les arguments en faveur
de l’opinion d’Hans Habe.
L’arrivée de Loustaunau-Lacau à la 35e D.I. était-elle vraiment un hasard et non
des retrouvailles ? D’abord officier d’état-major de la 35e Division, il avait été
180
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

relevé le 26 mars 1940 pour réapparaître chef d’état-major du 123e en mai.


Le colonel Debuissy ne se serait-il pas plaint au Général Decharme dans la forêt
de Sainte-Menehould du manque d’armement de ses hommes ? Le colonel
Debuissy n’aurait-il pas dit à Hans Habe à Noirval s’être battu avec le Général
Decharme parce que ce dernier avait montré une attitude raciste (?) envers les
étrangers ?
Hans Habe mentirait-il dès 1941, quand il raconte ce qu’il a entendu du Général
le 11 au soirdans le bois de Bouconville dans la région de Manre ? Rappelons-le.
« — À peine avais je parlé qu’à travers les feuilles nous entendîmes les officiers
accueillir le Général. Il était arrivé avec son ordonnance et un autre officier. Il
parla à haute voix. Il parlait distinctement et nous pouvions entendre chaque
mot ;
— Oui, répondit-il à la question du colonel, la Russie a déclaré la guerre. La
Roumanie et la Turquie non, mais elles mobilisent. La progression allemande a
été stoppée. Presque tout le Rhin allemand est en feu. Les Anglais ont bombardé
la Ruhr avec huit cents avions. Nous leur avons servi leur propre médecine. »
Voilà qui est grave, car cette histoire écrite aussi tôt que le début de 1941 par
Hans Habe ne saurait avoir été inventée. S‘il est plausible de penser que
Decharme était lui-même très mal informé… On peut plutôt imaginer que
Decharme ait voulu volontairement tromper Debuissy, ne serait-ce comme
argument que les propos tenus par Dufourg le 12 de bon matin, le jour, rappelons-
le, où l’Instruction personnelle et secrète n° 1444/3 FT, de Weygand instruction
qui imposait à l'armée française de rompre le combat et de se replier sur le centre
du pays allait capoter dans le même temps.
Dufourg avait dès le 12 juin matin fait comprendre au lieutenant-colonel
Martyn, lieutenant-colonel de fraîche date, mais l’officier le plus ancien dans le
grade le plus élevé, qu’on ne lui donnerait pas le commandement du 123e R.I. Le
récit de cet évènement se trouve à la page 275 de Brassard rouge poudre d’or.
Souvenirs d’un Officier d’État-Major.
Dufourg y révèle le rôle crucial qu’il a joué dans la mise au rencart du colonel
Debuissy ; ayant quitté Senuc, Dufourg rejoint le 12 juin matin le nouveau P.C de
la 35e Division, installé à l’Hôtellerie de l’Argonne à Vienne-le-Château, P.C
fonctionnel dès 8 heures du matin. Comment pouvait-il ignorer les propos tenus
par Decharme la veille au soir, propos sans doute destinés à endormir Debuissy
avant le coup de Jarnac déloyal.
Comme le colonel Bélascain commandant le 123e R.I. était tombé malade et
avait été évacué sanitaire le 8 juin, le lt-colonel Martyn se présenta le 12 juin de
bon matin au capitaine Robert Dufourg, officier d’E.M. de la 35e D.I. Il croyait bien
181
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

être l’élu de droit pour commander le 123e R.I., mais le capitaine Dufourg pour lui
faire digérer la pilule lui fit comprendre qu’il aurait bientôt la direction du 21e
R.M.V.E. Le commandant D’Olce qui attendait ses galons de colonel avait en effet
accompli magnifiquement l’intérim et il avait été choisi pour commander
définitivement le 123e R.I.
Dufourg dans cette histoire complaisait à son Général dont il connaissait
l’antipathie envers Debuissy et peut-être servait-il en D’Olce un ami.
Compensation peut-être pour Martyn, Decharme ajoutera la cerise sur le
Sunday en le décorant devant la troupe lors de la reddition. Pourtant, selon Hans
Habe, le comportement de Martyn n’était pas exemplaire…
Voici d’ailleurs le récit intégral de Dufourg : « Dans la matinée, le colonel
Martyn venait au P.C. Depuis le départ de Briquenay, il avait terminé sa mission
de mettre en état de défense les villages de notre zone. Il était sans emploi et
venait demander du travail.
Évidemment, il eut désiré prendre le commandement du 123e R.I., rendu
disponible par l’évacuation de son chef de corps, mais le régiment était promu au
commandant D’Olce, dont nous attendions avec impatience la promotion et qui
par intérim, le commandait magnifiquement.
Je n’étais pas sans savoir qu’au 21e R.M.V.E tout n’allait pas au gré du général.
Le colonel en était âgé (1887, 53 ans) et fatigué. Je fis entrevoir au colonel Martyn
(1883, 57 ans !) un remplacement possible. Quarante-huit heures après les
évènements me donneraient raison. Rattachée au groupement ouest, avec le 21e
R.M.V.E. la batterie de réserve générale, avait été oubliée à Moiremont sans
résistance. ».
Voilà comment Dufourg flatta un Général affaibli (gazé 1914 et souvent en
bronchite) et fit avaler la pilule au colonel Martyn de voir un commandant passer
avant lui… Il paraît bien dans ce contexte qu’imputer l’histoire de la perte de la
batterie ne fût qu’un prétexte, l’occasion rêvée d’accomplir une décision mûrie à
l’avance ou plutôt sa justification a posteriori. Cette décision de relever Debuissy
(1887, 53 ans) dans les conditions de débâcle que l’on sait était donc due à
l’inimitié de Decharme pour Debuissy et donc une opération des plus mesquines
pour ne pas dire méprisable et indigne d’un général qui eût mieux fait de trôner
à Limoges.
Le lieutenant-colonel Martyn, fraîchement promu, avait été désigné pour
commander le 615e régiment de pionniers de l’armée des Alpes, mais il avait pu
tre conservé pour commander le 123e R.I. pendant la permission du colonel
Belascain, mais ce fut d’Olce qui effectua l’intérim. À la mort du commandant
Dolce, tué le 16 juin, le commandant Coudrin du premier bataillon prit le
182
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

commandement de ce qui restait du 123e R.I.


Dans la nuit du 12 au 13 juin, alors que la journée du 12 s’est passée sans
incident, un nouvel ordre arrive à la 35e D.I., prescrivant un nouveau repli sur les
bois d'Hauzy, Saint-Thomas, Vienne-le-Château, Four de Paris, Varennes, repli
bientôt accéléré par une note disant de ne marquer qu'un temps d'arrêt sur la
ligne prévue et de gagner Sainte-Menehould, les Islettes, Clermont en Argonne.
Pourtant, la Division qui a prescrit au 21e R.M.V.E. un repos de 4 heures ne
songe pas à l’annuler, bien au contraire, comme le montre l’attitude du Général
Delaissay qui se fait remettre copie de l’ordre de Debuissy annulant le repos…
Que comprendre de ce traitement différent, sinon que le régiment le plus
immédiatement menacé a tout l’air d’avoir été sacrifié ? Debuissy n’aurait-il pas
perçu le 13 juin à Vienne La Ville que les bobards de Decharme dans le bois de
Bouconville étaient destinés è l’endormir et que son régiment ètait
intentionnellement sacrifié. Les Propos de Delaissey à Ste Menehould ainsi que
ses directives contradictoires au 2e bataillon qui devait couvrir le nord de Ste
Menehould et Moiremont semblent le confirmer.
Comprenant l’urgence de se trouver le plus rapidement possible à Sainte-
Menehould le colonel Debuissy annula vers 3 heures du matin la période de 4
heures de repos prévue par la division, et cela malgré la grande fatigue de son
régiment.
L’essentiel du 1er Bataillon du 21e R.M.V.E. à qui l’on avait ordonné un crochet
vers Manre à l’ouest où il avait rencontré le 18e Bataillon de Chasseurs, les Joyeux
(18e B.I.L.A. dans le document Dufourg, en réalité "B.I.L.", car formé en
métropole, à Verdun) n’arriva à Vienne-la-Ville où l’attendait un repos de 4 heures
que tard dans la nuit du 12 au 13, soit vers 3 heures du matin.
Il sera déjà 3 heures du matin le 13, quand il quittera Vienne-la-Ville après une
courte pause pour rejoindre à 13 kilomètres de là Sainte-Menehould qu’il
atteindra vers 8 heures du matin. Le 2e bataillon stationné entre Montcheutin et
Vaux-les-Mourons reçut tard dans la nuit le matin du 13 l’ordre de Debuissy de se
porter sur Sainte-Menehould (30 à 42 kilomètres). Il n’arriva à Sainte-Menehould
le 13 que vers 11 heures du matin, exténué certes, mais arrivé. Il devait se porter
sur Moiremont.
Le 3eBataillon du 21e R.M.V.E. arrive à Malmy le 13 vers les 3 heures du matin
où l’attendait un repos de 4 heures ; il reçoit de Debuissy l’ordre de se porter
immédiatement sur Verrières (17 à 19, 5 kilomètres). Le 3e Bataillon du 21e
R.M.V.E. n’arrivera à Verrières que dans la matinée du 13. Il lui manquait les
sections de la 10e Compagnie qui en arrière-garde, finalement se retrouvèrent
avec le 11e R.I. et le 123e R.I. à La Grange aux Bois et aux Vignettes (cf. rapport
183
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

de Georges Lazarescou).
Le 13 juin matin. Le dispositif de la 35e Division est alors le suivant :
Le P.C de la division est à Futeau et ses services à Brizeaux.
Le 21e R.M.V.E. est à l’ouest (â gauche) sur l’Aisne, à Sainte-Menehould. Il doit
assurer la liaison avec la 6e D.I.C., mais cette liaison ne pourra être assurée ; le 2e
Bataillon du 5e R.I.C.M.S. a été pratiquement anéanti le 13 entre 8 heures 15 et 9
heures 30 à la ferme Du Bellay entre Auve et Tilloy-et-Bellay. Le 11e R.I. est au
centre sur la Biesme. Le 123e R.I. est à l’est entre la Biesme et l’Aire.
Le 13 juin à Sainte-Menehould vers 11 heures, au moment où le 2e bataillon
arrive dans la ville le Général Delaissey annule l’ordre de Debuissy qu’il dit perdu
dans l’opinion de Decharme et met le 2e bataillon au repos pour « examiner la
situation » ignorant sans doute que les Allemands allaient attaquer la ville vers 13
heures. De plus, il se fait confirmer et remettre une copie l’ordre de Debuissy pour
le départ précipité vers Sainte-Menehould.
Le Général Delaissey en dénigrant ainsi Debuissy dans cette situation de crise
commettait plus qu’une maladresse, mais une faute grave et pourquoi ne
présumerait-on pas qu’il est le vrai responsable du non-secours porté à la batterie
de Moiremont du fait qu’il a empêché le 2e bataillon de rejoindre les places qui
lui étaient désignées pour la protection nord de la ville etdu fait que durant les
combats de Sainte-Menehould les éléments de ce 2e bataillon ont embarrassé le
1er bataillon dans ses manoeuvres.
Fait aggravant, Delaissey qui fait stopper le mouvement du 2e bataillon vers sa
position au nord de la ville et à Moiremont Moiremont pour, à la place, « le
reposer » n’a été, pour au moins la 5e Compagnie, qu’une caricature : Delaissey
l’envoie ici et là trouver où sont les Allemands ! Il enmêle en même temps le 1er
bataillon par ces diversions.
Qu’a montré là le Général Delaissey ? Qu’il était pour le moins comme
Decharme en retard sur la vitesse des évènements. Pour le moins que ce Général
avait la vision courte et oeuvrait au train d’un fonctionnaire en temps de paix
comme s’il gérait une colonie de vacances. Pour le plus, il collaborait au plan anti-
Debuissy et antisémite de Decharme, ce qu’il montrera d’ailleurs à Passavant lors
de la rencontre Decharme-Debuissy.
Robert Dufourg à la page 47 de son livre, La 35e Division dans la
bataille exprime à sa façon les raisons de retirer le 21e R.M.V.E. de la ligne de feu
et de lui ôter son colonel :
« — Ce changement de dispositif fut causé par l’obligation, après les combats
de Sainte-Menehould et de Verrières, de retirer de la ligne de feu le 21e R.M.V.E.
dans la soirée du 13 pour l’envoyer en Deuxième échelon afin des’y reformer en
184
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

48 heures… » ?
Cette argunentation est plutôt un a-posteriori difficile à gober pour une
décision déjà prise à l’évidence avant même la bataille de Sainte-Menehould,
avec confirmation d’aiilleurs de ce fait par l’attitude de Dufourg le 12 juin matin à
l’Hôtellerie de l’Argonne et celle de Delaissey le 13 à Sainte-Menehould avant
même le début du combat. Malheureusement pour Delaissey et Decharme, les
faits ont la tête dure et leurs comportements durant cette période du 13 au 14
sont explicites. À ce propos, on ne peut que retenir la conduite bizarre du Général
Decharme au pire moment de la bataille.
Ayant passé la nuit du 12 au 13 à son P.C de Vienne-le-Château, il a le 12 au soir,
envoyé Dufourg à Futeau pour y prévoir l’installation et le fonctionnement du P.C
de la Division. Le P.C est fonctionnel à Futeau le 13 matin, mais suite à de
nouveaux ordres, il est en voie de réalisation dans l’avant midi à 8 kilomètresplus
au sud, à Brizeaux où les éléments lourds sont déjà arrivés.
Le 13 juin matin à 6 heures, Decharme n’ayant pas rejoint son P.C de Brizeaux,
le lieutenant-colonel Gallini ne peut rencontrer à Brizeaux que le chef d’état-
major Jobin. Mis au courant de la situation par Jobin, celle-ci lui parut confuse ; il
alla donc à Beauzée-sur-Aire au P.C du 21e C. A. où il attendit longtemps avant
qu’enfin le Lt-Colonel Bonvalot le mette au courant de la situation.
Le 13 juin matin, Decharme arrive à Brizeaux à pied à cause de l’encombrement
des routes. Il est accompagné de son chef d’état-major qui est sans doute allé à
son devant.
Le 13 vers midi, Gallini de retour du 21e C.A., peut enfin rencontrer Decharme
qui alors seulement lui demande de « boucher le trou » avec ses G.R., mais il est
trop tard, Gallini est appelé ailleurs et il ne peut plus rien pour la 35e Division.
Parti alors pour Passavant dans l’après-midi du 13, Decharme y attend Debuissy
depuis 19 heures du soir jusqu’à 5 heures du matin le 14. Il suivra l’évacuation de
Debuissy jusqu’à Commercy durant l’avant-midi, il ne sera de retour à son P.C de
Brizeaux, que le 14 vers midi (Gallini n’a pu atteindre Decharme à Brizeaux qu’en
fin de matinée, et rappelé à midi auprès de son G.R.C.A, il a pris immédiatement
congé de Decharmei).
Peu de cela n’apparaït clairement dans le livre de Robert Dufourg. Sinon qu’en
pages 276-277 de son livre il a plutôt écrit :
« Le P.C de la 35e D.I. était fixé pour la journée du 13 juin, à Futeau, où venait
d’arriver notre Q.G. lourd. Aussitôt, le Général m’expédiait à Futeau pour y prévoir
l’installation et le fonctionnement du P.C Le Général décidait de passer la nuit à
Vienne-le-Château avec la plus grande partie de son état-major. » Durant cette
Debuissy période, en poussant de l’avant sa troupe fatiguée, et trop faible pour
185
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

soutenir la poussée allemande avait agi bien sûr en Légionnaire : marche ou


crève. Il n’en reste pas moins que l’attaque précoce des Allemands sur Sainte-
Menehould confirme que sa décision répondait bien aux évènements et qu’ainsi
il put sauver une bonne partie de son Régiment. Fait curieux, nous disposons des
journaux de marche des bataillons 1 et 3, mais pas de celui du 2e. Fagard, dont on
ait le retard et les éparpillements du bataillon, est aussi cité en fin de livre de
Dufourg comme commensal de Decharme au camp de prisonniers.
Autre fait curieux : Le journal de marche du 1er bataillon rapporte que le
capitaine Lagarrigue responsable de la liaison entre la division et le régiment
apporte les ordres de la D.I. vers 16 heures au 1er bataillon sans passer par le
régiment. Il est vrai, certes, qu’on est en plein combat de rue, et que le repli
s’effectuera difficilement à partir de 17 heures. Il apparaît cependant bien par le
comportement du Général Delaissey à Sainte-Menehould, que Debuissy a été
écarté sans ménagement. Comme par hasard, Lagarrigue est un officier du 21e
R.M.V.E. dont Dufourg donne un portrait flatteur… Le capitaine Jean Lagarrigue,
officier de liaison du 21e auprès de la division, s’est inscrit comme officier d’état-
major de la 35e D.I. sur la liste des prisonniers ! Né le 25-6-95, il était de deux ans
l’aîné de Dufourg et il était directeur d’une banque paloise… Comme prisonnier
de guerre, il ne mentionnera donc pas le 21e R.M.V.E., mais l’état-major de la
division…
Il est difficile de croire que Decharme se rendant attendre Debuissy le 13 en
soirée et ne revenant à son P.C de Brizeaux après un détour par Commercy qu’en
fin de matinée le 14 avait alors une conscience précise de ce qui devait être son
urgence prioritaire de Général de Division au pire des combats. Il est vrai que dès
l’arrivée du 21e R.M.V.E. en Alsace, Decharme l’a considéré comme un invité
indésirable non pas tellement à cause de son sous-équipement, mais parce qu’il
était constitué d’étrangers juifs, rojos et communistes opposés à son idéologie
propre.
Si les 12, 13 et 14 juin, il semble par son activité trainante qu’il était peu
directement concerné par la catastrophe qui se dessinait sur le terrain, on peut
pourtant penser qu’il avait toute chance déjà de connaître l’annulation de la
directive de Weygand et que dans ces circonstances il n’était pas fâché de voir à
ce moment-là à la fois le 21e R.M.V.E. occuper dans la débâcle la place de l’invité
et l’occasion d’agir contre Debuissy.
Enfin, selon le contexte historique, l’ordre secret de Weygand du 12 juin qui
confirme que la bataille est perdue et qu’il faut se replier si possible vers le centre
de la France rend moralement indéfendable le fait de limoger le colonel Debuissy,
alors que celui-ci venait de corriger les ordres de repos, ordres malencontreux qu
186
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

entrainaient une arrivée trop tardive à Ste Menehould, le 21e étant talonné par
l’ennemi. Et en imminence d’encerclement. À ce propos, j’inserrerai en point
d’orgue à la fin du chapitre XIII un curieux rapport demandé au lieutenant
Lintignac à la fin de 1945 et surtout sur celui du capitaine Modéna qui révèle
qu’ayant raté l’anéantissement par encerclement du 21e régiment de marche,
Decharme avait encore l’intention de le dissoudre et de s’aproprier son train
routier, une fois Debuissy limogé.
Pourquoi démettre Debuissy alors que la débâcle était déjà évidente ? Sinon
satisfaire ses antipathies personnelles envers Debuissy et ses engagés volontaires
et contenter les aspirations de Martyn déçu. La décision de démettre le colonel
Debuissy est déjà perceptible (dans les livres de Dufourg : ses propos au colonel
Martyn) le matin du 12, alors que Decharme le 11 au soir dans le bois de
Bouconville noyait Debuissy sous des balivernes. La motiver spécieusement par
des faits ultérieurs à cette date est pour le moins inélégant et il n’est pas de doute
dans mon esprit que Debuissy comme Corap sera réhabilité. En attendant, tout
cela corrobore fâcheusement le livre de Hans Habe, où il parle de la xénophobie
de Decharme et du « Crime de Sainte-Menehould ».
La signification de la scène de Commercy racontée par Habe est formelle et
définitive : De fait, ce que raconte Hans Habe début 1941 ne laisse pas de place
au doute ; voici donc ce que furent les propos tenus à Commercy par Pierre
Champon, et Louis Decharme tels que rapportés par Hans Habe :
— Champon. : Le colonel Martyn a rejoint son poste.
— Decharme. : Ce Debuissy m’a donné assez de troubles.
— Champon. : Il voulait résister à tout prix.
— Decharme. : Tous ces Légionnaires étrangers sont des politiciens intrigants.
— Champon. : Que dois-je écrire sur mon rapport ?
— Decharme. : Je ne sais pas.
— Champon. : Il m’a dit qu’il protesterait contre sa destitution sous motif de
maladie.
— Decharme : Je crois que cet homme m’a causé assez de désagrément. Il s’est
complètement assimilé à la fripouille qu’il commande. Pourriez-vous trouver
quelque chose, quelque chose d’incriminant à mettre dans votre rapport ?
— Champon. : Non, j’ai fouillé tous ses effets, mais ils ne contenaient rien à
redire, sauf —
— Decharme. : Sauf ?
— Champon. : Une bouteille vide.
— Decharme. : Avait-elle contenu de l’alcool ?
— Champon. : Peut-être.
187
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

— Decharme. : Excellent. Rapportez que ses excès alcooliques ont nécessité


son renvoi d’urgence.
La véracité de ces propos tient au fait qu’ils ont été rapportés par écrit au début
de 1941 par Hans Habe… Habe ne dit pas de quelle source il les avait reçus suite
à l’évacuation sanitaire de Debuissy. On peut soupçonner sans preuve qu’il s’agit
du médecin qui a pratiqué l’évacuation sanitaire, Rousse ou Buvat ou le médecin
de l’état-major Vidal ou d’un infirmier.
Louis Decharme, gazé en 1914, très touché par sa captivité, sera rapatrié en
mai 1941 en raison de son mauvais état de santé, il mourra en 1956.
Pierre Louis Célestin Michel Champon 1882-1940, Général du 12e
Corpsd’Armée du 5 juin 1940 au 21 juin 1940 devait décéder dès 1940 au Gelag
[1882-1940].
Résumons : Fatigues de Decharme déjà signalées par Dufourg et son
rapatriement en mai 1941 pour raison de santé… Champon mort en 1940 au
Gelag à 58 ans… Delaissey né en 1881 est mort en 1955… Debuissy, 1887-1962,
était donc plus jeune que ces Généraux et leur survécut. Le lieutenant-colonel
Martyn lui-même est né aussitôt que 1883.
Seul Robert Dufourg, né en 1897 et mort en 1987 pouvait se targuer d’être plus
juvénile que Debuissy…
L’hypothétique réorganisation du 21e R.M.V.E.
Il n’existe pas d’évidence tangible selon Habe de réorganisation du 21e R.M.V.E.
Les régiments se sont regroupés sans plus comme ils l’auraient fait de toute
façon. Les journaux de marche du régiment montrent des déplacements, mais
pas de changement de fond sauf que le 21e, qui n’avait été ni réapprovisionné ni
alimenté depuis le décrochage du Chesne, reçut un ravitaillement alimentaire
partiel dans la nuit du 14 au 15 juin. En fait, la seule réorganisation évidente est
que les trains des trois bataillons du 21e R.M.V.E. partirent le 14 juin directement
pour quelque part, droit au sud entre Perpignan et Montpellier, en réalité
Septfonds, d’où la nécessité de marcher.
Réorganiser le 21e R.M.V.E. eut été de l’embarquer dans ses camions pour un
point proche, mais à l’écart des combats pour le reformer et le réapprovisionner
avec un véritable repos au lieu de le remettre immédiatement à marcher.
La disparition des camions (voir le rapport du sous-lieutenant Charles Pold) est
bien l’aspect le plus évident de cette soi-disant réorganisation à Passavant (ou à
Pretz-en-Argonne à 16 km au sud-est de Passavant ou comme dit Dufourg à
Sampigny) : si quelqu’un avait voulu que le 21e soit réduit à l’usure totale et pas
seulement de ses souliers, il n’aurait pas pu mieux réussir.
Extrait du livre de Robert Dufourg « Brassard rouge et Foudres d’or, souvenirs
188
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

d’un officier d’état-major, 1939-1945 » à la page 304 : 17 juin 1940 :


« Le 21e R.M.V.E. qui n’avait pas combattu la veille pouvait par contre mettre en
ligne ses trois bataillons quoiqu’à effectifs très réduits et privés de la plus grande
partie de leurs trains »
Il y est bien dit privé de leurs trains le 14 et le 14 le colonel Debuissy ayant à
Sainte-Menehould le 13 perdu le contrôle de son régiment, n’était plus
responsable.
À noter que le 21e R.M.V.E. qui avait les camions les plus neufs de la 35e Division,
ne semblait guère jusque-là en avoir vu la couleur tant à la montée au front que
lors de la débâcle. Cette disparition des camions survenait au moment le pire de
l’épuisement du régiment… Qui aurait dû être sanctionné pour cette perte du
train le 14 ? Ce sujet est traité en fin de ce chapitre.
Répétons aussi que, quoiqu’il eût des handicaps évidents, le 21e R.M.V.E avait
été placé à l’endroit sans doute le plus critique, c’est-à-dire sur la gauche de la
Division face à Stonne et cet emplacement le plus exposé se concrétisera encore
durant la retraite, notamment lorsque la couverture par la 36e Division et la 6e
D.I.C. fit défaut et aussi lorsque des éléments retardateurs du régiment (3 sections
de la 10e Compagnie du 3e Bataillon) perdirent le contact avec leur unité. Qui doit
être jugé responsable de cette déconfiture sinon le Général ?
En guise de repos et de réorganisation, le 1er bataillon quitta Passavant à pied
deux heures après son arrivée… Les éléments du 3e bataillon aussi quittèrent
après un bref repos Passavant le 14 à 19 heures pour la ferme de Brienne (12
kilomètres) où ils retrouvèrent la 10e Cie… Et le 2e bataillon quitta aussi Passavant
la nuit même du 14 au 15, alors que des éléments de la 5 e Compagnie étaient
déjà à Souilly (Récit de Louis Boulard). Il est difficile de parler de réorganisation
dans ces conditions. Ainsi entre Sainte-Menehould et les Islettes se retrouvèrent
au contact du 11e R.I. les bataillons 1 et 2 du 21e ainsi que la 10e Cie de son 3e
Bataillon.
Comme déjà noté, présente au Chesne-Populeux à la gauche du 21e R.M.V.E.,
la 36e D.I. s'était repliée précipitamment vers le sud sans garder le contact avec
son voisin. Le dernier contact entre la 35e et la 36e Division eut lieu dans la journée
du 11 juin 1940, à Senuc (Robert Dufourg Brassard rouge et poudre noire, bas de
page 272).
Le 3e Bataillon du 21e R.M.V.E., le plus à gauche, comme déjà noté ne put
prendre contact avec la 6e D.I.C. Que le 11 juin au soir il était encore question
d’une offensive vers l’ouest, pourrait être une raison plausible pour laquelle le
Général Decharme freinait le repli du 21e, mais il devait savoir aussi que la division
coloniale qui devait remplacer la 36e D.I. avait aussi filé vite vers le sud, et qu’à la
189
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

gauche du 21e était un trou béant qu’il n’était pas de taille à combler. Alors que
Debuissy, avait sans doute compris à son arrivée le 13 juin matin à Vienne-la-Ville
le danger que courait son régiment, c’est en fin de matinée le 13 mai à Sainte-
Menehould que Delaissey critique indûment le repli précipité ordonné par
Debuissy et c’est seulement le 13 en après-midi apparemment que Decharme prit
conscience ou tint compte de lasituation qu’il sollicita Gallini de « boucher le
trou » avec son G.R.D.I., mais celui-ci était déjà appelé ailleurs… Le C.I.D., le 18e
B.I.L.A. et le 3e R.I.C. ne pouvaient faire mieux que le 21e R.M.V.E et il aurait mieux
valu qu’il s’agisse là d’une addition et non d’un remplacement. Ce constat n’a pas
empêché Decharme et Delaissey de condamner et renvoyer indûment Debuissy
alors que celui-ci venait de sauver, au moins en grande partie, son régiment. C’est
en effet grâce à lui que le 1er Bataillon du 21e R.M.V.E. est arrivé à 8 heures à
Sainte-Menehould au lieu de midi alors que les Allemands ont attaqué la ville à
13 heures.
C’est aussi grâce à lui que le 3e bataillon était sur place à temps à l’ouest de
Verrières et que, coupé de liaison, le commandant Poulain ait pu le replier de sa
propre autorité sur Passavant ; malheureusement, son arrière garde, la 10e
Compagnie dirigée par le capitaine Duvernay ne put rejoindre ; mais si elle arriva
trop tard pour sauver la batterie de Moiremont, elle réussit du moins un miracle
en rejoignant la ligne Sainte-Menehould-La Grange aux Bois et les Islettes où elle
s’est retrouvée avec les bataillons 1 et 2 au contact du 11e R.I. et où survinrent de
durs combats avec de lourdes pertes.
C’est la faute à Delaissey, si le 2e bataillon a été mis au repos à Sainte-
Menehould alors que les Allemands étaient aux portes nord et ouest et qu’il n’a
pas aidé, mais handicapé le 1er bataillon dans sa défense de Sainte-Menehould,
en y créant la confusion et le désordre.
Le 21e R.M.V.E avait à combattre aux pourtours de Sainte-Menehould et
Verrières. Le 13 juin, l’élément le plus marquant fut surtout la dure bataille de la
ville de Sainte-Menehould ainsi que celle de la Grange-aux-Bois, avec
vraisemblablement une perte d’effectifs de quatre cents hommes.
Le nombre de tués a été élevé ; les chiffres de 56 tués dans les Ardennes et de
100 tués à Sainte-Menehould ont été avancés. Notre décompte provisoire est de
423 morts de toutes causes durant la guerre, avec les décédés en camps de
captivité et de concentration et dans la résistance. La réalité dépasse sûrement
ce chiffre et est impossible à connaître, car bien de parcours sont inconnus, les
nécropoles ne disant pas tout.
Un témoignage indirect nous vient peut-être du grand nombre de noms
d’engagés non retrouvés ni sur les tombes des champs de bataille ni dans la liste
190
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

des prisonniers (le nombre donné par De Rosen des prisonniers présents à Metz
est d’environ1100) et le sous-lieutenant Charles Pold rapporte 250 hommes
environ arrivant à Septfonds avec le train régimentaire.
Certes, le mépris de Decharme envers le 21e R.M.V.E eut au départ un bon côté
pour ce régiment et un mauvais pour d’autres, le 18e B.I.L.A. et le 21e R.I.C.,
sacrifiés ; le colonel Cazeilles du 21e R.I.C. fut tué le 15 à Rembercourt en
chargeant à la baïonnette à la tête de son régiment. Mais un sort particulièrement
cruel frappa les Espagnols envoyés à Mauthausen, ainsi que les familles juives et
les engagés démobilisés qui se trouvèrent sans protection en France et furent
souvent livrés aux nazis par Vichy.
Donc, il y a bien eu « crime » à Sainte-Menehould comme Habe le raconte, mais
ce crime touchait autant à la fois Debuissy et ses hommes. Decharme ne
participera pas au gouvernement de Vichy. Ce sera un Résistant de la dernière
heure dans l’O.R.A., organisation de la résistance de l'armée créée le 31 janvier
1943 à la suite de l'invasion allemande en zone « libre » en novembre 1942.
L’O.R.A. aura certes ses martyrs, mais pour ces vichyssois, si certains furent des
résistants dès la première†heure, pour d’autres il a pu s’agir d’un calcul prudent
parfois tardif comme ce sera le cas du Général Juin, une sage précaution d’autant
plus que l’Amérique était entrée dans la guerre.
En effet le Président Franklin D. Roosevelt ayant signé sa déclaration de guerre
contre l'Allemagne et l’Italie le 11 décembre 1941 en réponse à la déclaration
germano-italienne. Pear Arbour avait été attaqué le 7 par les Japonais. D’ailleurs,
de plus, certains de ces vichysto-résistants de l’O.R.A. s’accrochèrent encore
longtemps à l’espoir de pérenniser le Régime de Vichy en particulier grâce à
l’appui de Roosevelt et le destin fatal de Jean Moulin intrigue.
Louis Decharme reprenant le combat, entretint alors à Paris des contacts avec
les cadres de l'armée, alimentant des réseaux de renseignements en informations
et travaux clandestins en vue d'une revanche future, en particulier avec les
généraux Olry, Frère, Keller et Delestraint, en liaison avec l'ORA. Ses actions
discrètes et opérantes lui valent d'être convié par le Général de Gaulle à
l'accompagner lors de la célèbre marche des Champs-Élysées conduite avec les
généraux Leclerc, Kœnig et Juin le 26 août 1944 pour se rendre au Te Deum
célébré à Notre-Dame pour la libération de Paris.
Par ailleurs, il nous faut noter le comportement de Martyn durant la retraite.
Sur ce point, Robert Dufourg est en contradiction totale avec le baron de Rosen
et Hans Habe qui, tous deux, ont écrit leurs textes « à chaud » à l’automne 1940
et au début 1941. On perçoit le même point de vue dans les propos du baron de
Biesville recueillis par de Rosen et ceux d’Hans Habe dans ses livres. Était-ce de
191
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

dépit ou résultat d’une culture politique commune à bien des officiers français de
1940 : Dufourg dès le départ de son livre « Brassard rouge poudre d’or » déclarait
ne pas voir de raison à la déclaration de guerre.
Il aurait dû plutôt en percevoir l’inévitabilité et se demander pourquoi la France
civile et militaire n’y était pas prête. Ces officiers en gérant cette guerre comme
si elle n’était pas la leur voulaient-ils plus soigner leur carrière en bons
fonctionnaires ou pire abattre la République plutôt que se soucier de l’issue du
conflit ? Le pétainisme leur allait comme un gant. Cela fait songer à l’attitude de
Weygand qui, jugeant le 25 mai que la guerre est perdue, prolongea
lessouffrances du fantassin et meubla les camps de prisonniers de ses soldats
« pour l’honneur de l’armée ».
La lecture du livre de Hans Habe, « Ob tausend fallen », qui n’a pas encore été
édité en France donne une façon légitime de voir les faits… Cela dit, les deux livres
de Roger Dufourg apportent des précisions de première main.
VOICI DES ÉLÉMENTS EXTÉRIEURS QUI SOUTIENNENT L’IDÉE D’UN COMPLOT
que l’historienne Lacroix-Ruz a intitulé « Le choix de la défaite ».
N’oublions pas l’ascension de Loustaunau Lacau au sein de la 35e D.I. En effet,
cet homme avait été chassé de l’armée pour avoir formé une organisation,
Corvignolles, proche de la Cagoule civile dont le but apparent était la chasse aux
communistes dans l’armée et le but réel le renversement de la Troisième
République. Xénophobe, antisémite, il avait célébré Franco en 1939 dans une
réunion.
Démis de l’armée en février 1938, il est réintégré en septembre 1939 et nommé
Chef de bataillon puis chef d’état-major du 123e R.I. en février 1939, il est (à la
place du Lieutenant-colonel Caumia-Baillenx muté le 20 mars) promu Chef d’État-
Major de la 35e Division, mais il est arrêté au front dès le 22 mars 1940 et
emprisonné à la forteresse de Mutzig près d’Obernai.
Libéré le jour de la Pentecôte, dimanche 12 mai 1940, grâce à quelques appuis,
dont celui du colonel Groussard commandant en second de Saint-Cyr en 1940 et
cagoulard. Georges Groussard en effet est un officier de la Coloniale, qui avait été
très actif avant-guerre dans les réseaux anticommunistes de l'armée, Corvignolles
en était l’essentiel, dirigé par Loustaunau-Lacau et possiblement lié au maréchal
Pétain et à la Cagoule. De fait, il est difficile de croire Loustaunau-Lacau déniant
son appartenance à la Cagoule, ne serait-ce qu’à constater qu’il lui a fallu avoir un
art de dissimulation et un culot extrême, handicapé qu’il était par son pedigree
caricatural d’extrémiste et ses fréquentations. Loustaunau-Lacau fut affecté à la
6e Armée, blessé le 15 juin et fait prisonnier, il s’évadera. Plus loin, n’oublions pas
l’attitude et le rôle du Général Charles Huntziger dont toutes les décisions
192
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

étaient toujours favorables aux Allemands. Huntziger conduira la délégation


française signataire de l’Armistice à Rethondes. Il participe à la Commission
d’Armistice qui se tient à Wiesbaden, mais le courrier qu’il reçoit de Weygand se
retrouve le jour même sur la table d’Hitler. Je me demande s’il n’en savait pas
trop et si son accident d’avion ne venait pas de « ses » amis. Cela le placerait
victime d'une purge stalinienne en quelque sorte. Les généraux de la 35e Division
renvoyés pat Huntziger étaint plutôr républicains.
Récemment, j’ai été sidéré en voyant sur un film à la télévision comment il a
figé quand un Allemand l’a accueilli par le Heil Hitler lors de sa visite à Berlin. Le
Général Huntziger ne prit que des décisions toujours favorables à l’Allemagne. Il
saura mettre sur le dos du Général Corap le résultat de ses fautes. Il est
cosignataire de la loi antisémite qui renvoya notamment neuf généraux juifs de
l’armée.
On peut percevoir pourquoi les gamelles furent données à Corap et Gamelin…
À la demande de Laval dont il était proche, Huntziger prend le poste de ministre
de la guerre en septembre 1940. Prêt à collaborer militairement avec l’Allemagne,
il signe le 28 mai 1941, les protocoles de Paris qui accordent d’importants
avantages aux Allemands : possibilité d’utiliser des aéroports et de l’équipement
militaire pour aider la rébellion irakienne, le droit d’acheminer par le port de
Bizerte le matériel nécessaire à l’Afrikakorps de Rommel et de disposer de la base
sous-marine de Dakar. En juillet 1941, en accord avec Darlan, il suspend
l’interdiction pour les soldats français de se battre hors du territoire national,
permettant ainsi la création de la Légion des Volontaires français. Huntziger
serait-il le Bazaine de 1940 ?
Donc, Huntziger suivit la ligne de pensée de la Cagoule. On peut penser qu’il en
était membre, ce qui fait soupçonner qu’il ait pu trahir. À défaut de preuve, du
moins l’épisode du courrier de Weygand de Vichy à Wiesbaden se trouvant le
même jour sur le bureau d’Hitler ne peut que faire naître un point d’interrogation.
De plus, devenu ministre de la guerre le 25 février 1941, Huntziger, assisté de
Paquin et Lacaille, en profita pour "nettoyer" les archives du ministère comme
l’atteste Michel de Lombarès :
« … Je n'ai pas retrouvé ce document dans les archives de la 2 e Armée. Elles
avaient été « revues » par le trio précité lorsqu'il était à la tête du Ministère des
Armées (1940-1941). Mais ce document a existé. »
Jean-Claude Streicher, dans une biographie de 241 pages parue en 2015 « Le
Général Huntziger, l'"Alsacien’’ du maréchal Pétain » rappelle qu’Huntziger
s’employait à Vichy à créer des structures susceptibles de faciliter une éventuelle
reprise des combats, mais contre qui, quel ennemi intérieur ou extérieur ?
Comment le Colonel Louis Baril, 1896-1943, des SR après son passage à Londres
193
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

sous la « protection » d’Huntziger a-t-il pu être arrêté à son retour ? Un double


jeu d’Huntziger ? Baril, hostile à la collaboration sera muté en Algérie.
N’oublions pas en contrepoint le comportement du Général Freydenberg lors
de cette défaite : il dépassa le record d’Huntziger de Senuc à Verdun par la
distance entre son état-major et son armée. Drôle de façon de montrer sa volonté
de combattre pourrait-on penser, mais peut-être avait-il compris la nature du
complot tramé contre la République et refusait-il d’y jouer un rôle. Ne s’en serait-
il pas soustrait en appliquant à la lettre la directive de Weygand ? Le fait qu’on ne
l’ait pas inquiété par la suite laisse à penser qu’il en avait trop à dire. Henri
Freydenberg, né en 1876, avait fait carrière dans les troupes coloniales. En
septembre 1939, rappelé de sa retraite, il avait pris le commandement du corps
colonial, puis le 5 juin 1940, remplaé le Général Huntziger à la tête de la IIe Àrmée.
Huntziger devenait commandant du 4e Groupe d'Armée du centre. Le 12 juin,
devant la pression des forces allemandes, Freydenberg porta son P.C à
Chateauvillain situé en Haute-Marne à 180 kilomètres de ses unités qui étaient
au contact des Allemands, comportement étrangement semblable à celui de son
prédécesseur, Huntziger.
Le 13 juin, Freydenberg ordonna au Général Flavigny, chef du 21e C. A. de se
replier « sans préoccupation d'alignement ». Le lendemain, 14 juin, il renouvela
l'ordre. Enfin, Freydenberg porta son P.C à Bourbonne-les-Bains sur les arrières
de la IIIe Armée du Général Condé. Celui-ci a écrit :
— « J'apprends que Freydenberg est à Bourbonne-les-Bains, loin derrière moi
et au milieu de ma zone, à 160 kilomètres de la droite de son front. C'est renoncer
à exercer son commandement dans les circonstances où il se trouve. » Les ordres
donnés le 15 juin par Freydenberg au Corps d’Armée Colonial du Général Carles
et au 21e C. A. furent de « se replier le plus vite possible sans se préoccuper des
voisins ». Cela respectait la directive de Gamelin !
Lorsqu'il apprit ces ordres, le Général Roucaud [1re D.I.C.] s'exclama :
— « La 2e Armée s'est repliée très loin et n'a guère de contact avec ses Corps
d’Armée. Le Général Freydenberg en sait assez cependant pour se mettre à l'abri
et pour recommander au Corps d'Armée Colonial de foutre le camp ! »
Le 15 juin, à Besançon, Freydenberg demande au Général Prételat de le placer
en réserve de commandement. Cela peut bien signifier aussi qu’il savait ce qui se
tramait et ne voulait pas y participer. Prételat refusa. Malgré tout, l'état-major de
la 2e Armée suivra Freydenberg et arrivera à Louhans le 17, à Saint-Galmier, le 18,
à Tournon, le 19 juin, et le jour de l'Armistice, il se trouvera dans un séminaire à
Aubenas. Replacé dans les cadres de réserve en juillet 1940, Freydenberg
décédera le 20 août 1975 à l'âge de 99 ans. Le Commandant Valluy chef du 3e
194
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

bureau du 21e C. A. de Flavigny a écrit : « Plusieurs milliers d'officiers en retraite


savent désormais que la 2e Armée a fui. » Probablement Freydenberg était-il bien
au courant de l’ordre de repli vers le centre ordonné par Weygand le 12 juin (les
ouvrages de la ligne Maginot seront sabordés et les régiments de forteresse
doivent battre en retraite. Aucune exception n'est prévue) et aussi bien avait-il
compris le coup d’État qui se tramait et ne voulait pas être complice ; aussi a-t-il
simplement obéi opportunément à cet ordre de repli. Répétons-le : ceux qui
critiquent Freydenberg n’avaient-ils pas réellement eu connaissance de l’ordre de
Weygand mystérieusement mis au rencard ou suivi à la traîne ? Que Freydenberg
n’ait pas été questionné ni inquiété après guerre laisse rêver : en avait-il trop à
dire ?
À bien y penser, avec les Généraux et autres ennemis de la République qui
pensaient sans doute déjà à Vichy (Weygand, Huntziger, Decharme, Aublet,
Lucien, Loustaunau-Lacau, Dufourg, Delaissey, Lucien, Blanchard…) et la
mentalité qui régnait à l’état-major de la 35e D.I., il n’est pas étonnant que
Decharme et ses congénères aient considéré le 21e R.M.V.E. comme un ramassis
à tout le moins suspect de Juifs et de communistes et tout juste bon à servir de
chair à pâté comme le 18e B.I.L.A. et que la directive de Weygand ait été
« oubliée ».
Le Général Lucien est le personnage typique de ces comportements : à droite
de la 35e D.I. se trouvait notamment le 36e R.I. appartenant à la 6e D.I. Le Général
Auguste Lucien commandait cette Division. Un geste assumé le situe bien : il fut
envoyé par Vichy à l’Oflag VI A pour convaincre les officiers prisonniers de
renoncer à leur statut et de travailler pour l’Allemagne…
Reste que certains comme Freydenberg ont donné des ordres de repli
sanssouci de continuité, semblant ainsi respecter la directive de Weygand et que
d’autres en majorité ont semblé ignorer cet ordre où affirmer qu’on ne pouvait
l’accomplir. Cela demeure un indice qui nourrit l’idée d’un complot.
La condamnation après-guerre du Général Dubuisson pour collaboration avec
l’ennemi serait-elle un élément de réponse ? Serait-il à l’origine du fait que les
unités de l’Est n’ont pas suivi l’instruction de Weygand ? Il est difficile de
l’imaginer en sacrifié, responsable ou bouc émissaire. Il doit s’agir plutôt de sa
collaboration avec l’ennemi lors de l’Armistice et peut-être après (?)
À diverses dates, tôt pour certains, tard pour d’autres, parmi ceux qui avaient
erré, et ils étaient nombreux à gauche comme à droite, beaucoup se rallièrent,
mais pas tous à la lutte contre Hitler. À ce propos de « droite », il faut signaler que
royalisme et conservatisme ne sont pas des synonymes obligatoires de fascisme
ou nazisme. Beaucoup de royalistes entrèrent en résistance :
195
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

« Il faut rappeler que, sans parler de De Gaulle, réputé avoir eu, à certains
moments de sa vie, une sympathie pour la monarchie et même la Cagoule, bon
nombre de combattants de la France libre en eurent aussi : de Lattre de Tassigny,
Leclerc, Montsabert, Edmond Michelet étaient royalistes ainsi que l'homme qui a
tiré sur Pierre Laval, Colette ; et celui qui, à Alger, a tué Darlan, Bonnier de la
Chapelle ; bien des écrivains qui ont rejoint la Résistance étaient également
royalistes : Claude Roy, Debu-Bridel, Daniel Cordier, Claude Morgan, mais ils n'ont
jamais été regroupés sous cette étiquette ».
À cette énumération très incomplète de l'historien Marc Ferro, il faut pour le
moins ajouter le nom d’Honoré d'Estienne d'Orves, lieutenant de vaisseau rallié
à De Gaulle dès 1940. (Hérodote .net.) et se poser des questions sur d’autres plus
ou moins tardifs et plus suspects (André Bettencourt ?)
En conclusion, le colonel Debuissy et son régiment ont été victimes de ce que
certains appelleraient un hocus pocus, d’autres une arnaque et d’autres enfin,
puisqu’il est question de Sainte-Menehould, d’un coup de pied de cochon et que
cela n’était pas le résultat de seulement une action locale, mais au contraire
participait d’un complot d’envergure qui allait amener le régime de Vichy. À cause
des préjugés et de l’inconduite de Decharme et de ses acolytes, le 21e n’accumula
pas autant de gloire que le 22e R.M.V.E. et le 12e R.E.I.
LE 21e R.M.V.E. À LA BATAILLE DE SAINTE-MENEHOULD
L’attaque allemande sur Sainte-Menehould s’est faite vers 13 heures à la fois
sur la façade ouest et sur la façade nord-ouest de la ville.
Le dispositif du 1er bataillon était le suivant :
Le P.C du bataillon est sur la Grande Place (Austerlitz). La 1re Compagnie est
dans les jardins en bordure nord de la ville et au pont sur la route de Moiremont.
2e Compagnie et une section mitrailleuse à droite de la 1re Compagnie (face à
Planasse).
3e compagnie et C. A. 1 sur le piton à l’intérieur de la ville (butte du château).
Canons de 25 au carrefour de la place d’Austerlitz, en direction de la route de
Châlons.
Le 13 juin vers 10 heures Debuissy donne ordre d’étendre le 1er bataillon vers
l’est, direction La Grange-aux-Bois, décision sans doute prise en raison du retard
du 2e bataillon. Si l’on en croit le récit du légionnaire François Kammer-Mayer qui
était à la tête d’un des canons de 25, le pont de pierre de la route de Châlons
n’était pas encore sauté lorsqu’une mitrailleuse allemande s’engagea sur son
tablier, mais il la détruisit en l’arrosant de tirs.
Voici ce que raconte le Hongrois François Kammer-Mayer surnommé Santa
accompagné à son canon de 25 par l’Espagnol Maurice Renonès :
196
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

« À l’ouest, l’ennemi approchait sur la rive droite de l’Aisne. Un mortier


l’accueillit, mais fut neutralisé par un tir d’obusier. Les servants ne s’étaient pas
déplacés assez rapidement après chaque salve.
L’un fut tué sur le coup, l’autre blessé. Une automitrailleuse s’engagea sur le
tablier du pont.
Santa n’eut besoin que de deux obus pour l’immobiliser. Il continua quand
même de la cribler jusqu’à épuisement de ses munitions. De cette façon, inutile
de traîner la pièce.
En l’absence de brancardiers, il hissa avec de l’aide le mutilé sur le mulet. Il
jeta un ultime regard d’adieu à son arme désormais inutile. Il en démonta la
culasse et la balança dans la rivière. »
Le pont a dû être coupé après cette action par la section en retard du
lieutenant Maurice Becaud de la 2e Cie du 1er bataillon.
Le journal du 1er bataillon mentionne simplement que la section du lieutenant
Maurice Becaud envoyée à la sortie ouest de la ville était arrivée avec retard, mais
finalement, le pont a sauté.
Les Allemands semblent donc avoir envahi Sainte-Menehould surtout du nord
au sud. Hans Habe raconte leur descente dans la rue Margaine et la destruction
du pont sud interdisant au régiment de se replier sur Verrières si ça avait été son
intention.
Au nord de la ville, les combats sont particulièrement violents ; la 1re
Compagnie est particulièrement éprouvée et le lieutenant Blonstein est tué. Les
ennemis commencent à s’infiltrer dans les rues de la ville.
Le décrochage se fait vers 17 heures sous bombardement intense.
À 18 heures, le bataillon est regroupé sur sa nouvelle position. Il manque la
section mitrailleuse Neveu qui n’a pu rejoindre.
Le 13 en soirée le 1er bataillon suivi du 2e se replie pour être au contact du 11e
R.I. sur la route allant de la Grange-aux-Bois aux Islettes.
Le 14 juin dès le point du jour l’ennemi, s’étant infiltré par la voie ferrée, attaque
le 1er bataillon par derrière à la hauteur de la section de commandement. Le
groupe franc est complètement décimé, le bataillon est refoulé sur le 11e R.I. à la
Grange-aux-Bois.
Dans la nuit du 14 au 15 juin l’infanterie régiment 77 allemand traversera en
silence la ville de Sainte-Menehould.
LA DÉBÂCLE DU FRONT DE L’EST
Les 13 et 14 juin, dans la défense de Sainte-Menehould et ses abords, le 21e
R.M.V.E. perdit 400 hommes, dont cent tués ou blessés ou plus. Decharme
197
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

remplaça à sa gauche le 21e R.M.V.E. par le groupement Martyn, soit le C.I.D 35


et le 18e B.I.L.A. et en plus y reçut l’appui du 21e R.I.C.
Le Général Huntziger venait de détacher le 21e Régiment d’infanterie coloniale
de la 3e D.I.C. afin de le rattacher à partir du 11 juin 1940, à la Division Decharme.
Ces unités allaient se sacrifier à la place du 21e R.M.V.E. du côté de Passavant.
Cet endroit le plus directement exposé n'offrait pas de toute évidence de chance
pour ces unités de réussir mieux que le 21e R.M.V.E., même avec la présence du
21e R.I.C.
Les Allemands étaient déjà à l'approche de Verrières ; lorsque le lieutenant
Causse du 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. s’était avancé le 13 juin pour évaluer la
mise en place du 21e R.I.C. il fut immédiatement tué.
Conscient de l’imminence d’être encerclé, le 3e bataillon s’était replié
précipitamment sur Passavant. Pourtant, la nuit venant, le village de Verrières ne
sera occupé, comme le confirme Hans Habe, que le 14 Juin par les Allemands.
La 3e D.I.C. comprenait les unités suivantes : 1er R.I.C., 21e R.I.C., 23e R.I.C., 3e
R.A.C., 203e R.A.L.C., 73e G.R.D.I, II/311e R.A.
Depuis le 10 juin, le 21e R.I.C. était resté à Verrières et Villers-en-Argonne et
n’avait pas encore été engagé. Le II/21e R.I.C. allait mener un combat glorieux de
sacrifice à Villers-en-Argonne :
Le Général Huntziger venait de détacher le 21e Régiment d’infanterie coloniale
afin de le rattacher à partir du 11 juin 1940, à la Division Decharme. Cela
n’empêcha pas que, les Allemands étaient déjà à l’approche de Verrières, lorsque
le lieutenant Causse du 3e Bataillon du 21e R.M.V.E. s’avança le 13 juin pour
évaluer la mise en place du 21e R.I.C. il fut immédiatement tué.
Conscient de l’imminence d’être encerclé, le 3e bataillon s’était replié
précipitamment sur Passavant. Pourtant, la nuit venant, le village de Verrières ne
sera occupé, comme le confirme Hans Habe, que le 14 Juin par les Allemands. Se
sacrifièrent à la place du 21e R.M.V.E. du côté de Passavant le 18e B.I.L.A., le
C.I.D. 35, et le 21e R.I.C. Ce fut la débâcle, l’éclatement de la 35e D.I.
La débâcle vue de la 35e D.I.
Le 13 juin matin, la 2e Panzerdivision de Guderian est à Vitry-le-François ; le 14
juin, elle sera à Saint-Dizier (Saint-Dizier est à environ soixante kilomètres au sud
de Sainte-Menehould).
— P.C D.I. à Futeau et Brizeaux (Services). Futeau est à treize kilomètres à l’est
de Sainte-Menehould la Biesmes passant à Futeau voit son cours suivre la limite
Marne/Ardennes.
— À l’est, le 123e R.I. entre la Biesmes et l’Aire.
— Au centre, le 11e R.I. sur la Biesmes.
198
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

— À l’ouest (à gauche) chargé de la liaison avec la 6e D.I.C., le 21e R.M.V.E. ;


donc, le Général Decharme est à l’opposé de son régiment le plus immédiatement
menacé… André Dufilho note à la page 136 de son livre que le 13 juin le 2e
bataillon du 123e R.I. occupe les hauteurs bordant au sud la route des Islettes à
Clermont, en liaison à gauche avec le 11e R.I. Le 1er bataillon défend Clermont face
au nord appuyé à gauche au 2e bataillon. Il s’étend à droite jusqu’à la section
d’Éclaireurs motocyclistes du régiment qui fait liaison à Aubréville (placé au nord-
est) avec la 6e D.I.
Le 14 juin les Allemands sont entrés dans Verdun et Paris. Paul Reynaud fait
appel à Roosevelt.
Le 15 juin, le 21e R.M.V.E. fut catalogué comme étant « désorganisé » et réduit
à des bataillons de 400 hommes, 1100 et 1200 hommes (1 300 hommes selon
Dufourg page 52).
Si l’on compte que le 21e avait 2 800 hommes à l’origine, et si l’on compte de
la suppression de 300 hommes le 6 juin de sa Compagnie de Pionniers, et une
perte de 400 hommes à Sainte-Menehould cela laisserait 2 100 hommes, si on
estime être ajoutés encore à effectifs plus ou moins complets la Compagnie de
commandement, C.C., du capitaine Billerot et la Compagnie Régimentaire
d’Engins, C.R.E., du capitaine Berlet (Compagnies de 200 hommes à l’origine) et
la Compagnie Hors Rang, C.H.R. (1 300 +200 CDT+200 CHR+200 CRE+200 CP
=2100), mais l’effectif restant était sans doute d’environ 1 700 hommes il y avait
donc un déficit supplémentaire de 300 à 400 hommes.
On sait par Robert Dufourg que, le 15 juin, le train du 21e R.M.V.E était parti se
réfugier a-t-on dit quelque part entre Montpellier et Perpignan… En fait, le
rapport du sous-lieutenant Charles Pold indique qu’avec 50 véhicules du train il
parvint à Septfonds avec environ 250 hommes et sous-officiers. Au début, le train
avait dû se replier, car il risquait une capture immédiate ; la suite est plus confuse,
les officiers responsables disparaissant. C’est sans doute avec le renvoi de la
Compagnie de Pionniers un des éléments expliquant la difficulté, à évaluer les
pertes du 21e R.M.V.E.
Le 11e R.I. était réduit à 50 % de ses effectifs, 1 500 hommes.
Le 18e B.I.L.A a encore 300 hommes (il n’en aura plus que 150 le 17). Le 123 e
R.I. et le G.R.D.I. 29 étaient les seuls réputés avoir encore une valeur. Le 123e R.I.
était réduit à 7 Compagnies.
Le risque d’enroulement de la 35e D.I. qui était à l’extrême gauche des armées
de l’Est était irréductible et la 35e D.I. heureusement renforcée par le G.R.C.A. 14
du colonel Gallini et d’une Compagnie de chars légers supporta le maximum de
l’attaque ennemie.
199
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1940, le 21e R.M.V.E. quitta Passavant-en Argonne


dans la nuit. Le 1er bataillon a eu droit à 2 heures de repos à Passavant selon le
rapport de Mirabail. Le régiment accomplit ce jour-là d’abord le trajet Grigny,
Guimont, Aubercy, Triaucourt (Seuil-d’Argonne) Pretz-en-Argonne, Sommaisne,
Rembercourt-aux-Pots (devenu Rembercourt-Sommaisne.). Installation défensive
du 1er bataillon nord et nord ouest de Chaumont gare et position. Mais, le
régiment était-il à peine arrivé à Rembercourt-aux-Pots, qu’il reçut l’ordre de
retraiter encore comme toute sa division.
Ce furent Chaumont-sur-Aire, Longchamps-sur-Aire, Pierrefitte-sur-Aire, Rupt-
devant-Saint-Mihiel, Koeur-la-Grande, Koeur-la-Petite, Sampigny. Ce trajet, du 15
au 16 juin 1940, avait dépassé les 50 kms.
À l’aube du 16 juin 1940, la 35e D.I. présentait :
À sa gauche, le groupe à cheval du G.R.C.A. 14 et le G.R.D.I. 14 sur la route de
Bar-Le-Duc et en arc de cercle autour de Petit-Rumont défendant le nœud routier
et le 3e escadron du G.R.C.A. 14 et une Compagnie de chars flanqués à leur droite
sur les croupes 321 et 341, établis en profondeur.
Au centre, le 11e R.I. et le 18e B.I.L.A., le 1er escadron du G.R.C.A. et une Cie de
chars recherchent dans les bois du Fays une liaison avec le 11e R.I. et le 18e B.I.L.A.
La journée du 16 juin fut désastreuse :
La Division fut déchiquetée avec de nombreuses pertes en tués, blessés,
prisonniers. Elle dut retraiter sur la forêt de Vaucouleurs vers la Meuse afin d’y
trouver un appui. L’écoulement devait s’y faire par deux itinéraires.
L’itinéraire A s’engageait dans la forêt des Koeurs, empruntait la tranchée
verte conduisant à Courcelles-aux-Bois (à environ 15 kilomètres de Commercy)
évitait cette localité et contournait le bois de Belchêne par le nord pour rejoindre
la grande route Saint-Mihiel à Commercy à hauteur de Brassette sur la Meuse.
L’itinéraire A bis longeait par l’ouest le bois de Levoncourt et par Menil aux Bois
débouchait sur la grande route au sud de Sampigny. En fin de journée du 16, ce
dernier itinéraire, sous le feu de l’ennemi ne fut plus utilisable pour une colonne
de quelque importance.
Ce schéma des replis en ligne des divisions de l’Est confirme que la directive du
11 juin 1940 pour le 12 matin de se replier sans souci d’alignement sur une ligne
Dijon-Caen n’a pas éré appliquée. Schéma à côté : manœuvre d’encerclement par
la Wehrmat.
Le 16 juin au soir, les débris de la 35e D.I. en retraite vers la Meuse se trouvaient
sur la route de Saint-Mihiel à Commercy.
Le 21e R.M.V.E. quitta Sampigny (Meuse) dans la soirée même du 16 juin 1940.
Le trajet passa par Lérouville, Commercy, Void-Vacon, Vaucouleurs.
200
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 17 juin matin, le 21e R.M.V.E. était au sud de Montigny-lès-Vaucouleurs, puis


dans les bois à l’est de Rigny-Saint-Martin. Il reçut immédiatement l’ordre de se
porter dans la forêt de Vaucouleurs.
Il est sans amélioration, car ses moyens n’ont pas changé, du moins il s’est
regroupé depuis l’éclatement lors de la bataille de Sainte-Menehould. Par contre,
bien qu’il n’ait plus livré de combats, il a beaucoup marché et marché depuis
Sainte-Menehould et Passavant et il est exsangue comme toute la Division. Le 3 e
Bataillon du 21e R.M.V.E. s’installa en tête de pont sur la hauteur à l’ouest de
Vaucouleurs.Sa mission était de faciliter l’écoulement des débris de la 35e D.I. qui
avait de nombreux disparus et qui devait traverser la Meuse.
Durant la nuit du 17 juin, le 21e R.M.V.E fut harcelé et subit de lourdes pertes.
Malgré tout, il se sortit avec honneur de sa mission à Vaucouleurs.
Voici la situation le 17, dans la région de Vaucouleurs ;

Ce schéma des replis en ligne des divisions de l’Est confirme que la directive du
11 juin 1940 pour le 12 matin de se replier sans souci d’alignement sur une ligne
Dijon-Caen n’a pas éré appliquée. Schéma à côté : manœuvre d’encerclement par
la Wehrmat.
Le C.I.D. a disparu, capturé, etc.
Le 11e R.I. n’a regroupé que 400 hommes, le reste capturé, etc. Son chef de
corps. Le lieutenant-colonel Pamponneau a été tué.
Le 123e R.I. dispose encore de 1 200 hommes. Il est divisé en 7 Compagnies de
Voltigeurs et une Compagnie d’Accompagnement. Son troisième Bataillon
(capitaine Duvignères) a presque entièrement été fait prisonnier le 16 juin et le
gros du 2e bataillon a subi le même sort. Le chef de corps du 123e Régiment
d’infanterie, le commandant d’Olce, a été tué.
Le 18e B.I.L.A. est réduit à 150 hommes.
Le 21e R.M.V.E dispose de 1 300 hommes en 3 bataillons.
Le G.R.D.I 29 est réduit à 50 % de ses effectifs
Seule l’artillerie est presque intacte ; elle n’a perdu que 7 pièces depuis les
201
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Ardennes.
Le 21e R.M.V.E depuis Sainte-Menehould, n’avait pas combattu ; il avait été
harcelé, marché et marché et subi des pertes. Le changement de colonel avait-il
réellement amélioré le régiment comme il est dit et en quoi ?
Le soir du 17, le 21e R.M.V.E. gagna le bois d’Ansiate à l’est d’Allain, sauf un
bataillon désigné pour garder le fort de Blénod-lès-Toul et où il ne restera pas
d’ailleurs.
Le 17 juin encore, le maréchal Pétain annonçait qu’il fallait cesser le combat.
Trois des quatre célèbres forteresses lorraines, Verdun, Metz et Nancy étaient
allemandes. Seule, Toul était encore française.
Le 20 juin, le 21e R.M.V.E. apprit qu’il était rattaché au groupement du Général
Dubuisson. Le 20 et le 21, les bataillons 1 et 3 du 21e R.M.V.E. se tenaient donc en
lisière sud-ouest du village d’Allain.
Le 21 juin, les débris de la 6e D.I.C. du Général Gibert livrèrent à Barisey-au-
Plain et Barisey-la-Côte l’ultime combat de la défense de cette ville. La division
n’avait pratiquement plus d’artillerie, son 5e et son 6e R.IC.M.S. et son 43e R.I.C.
avaient perdu au combat et durant la retraite les deux tiers de leurs effectifs et
presque tout leur armement lourd. Ainsi, le 43e R.I.C. était passé de 3 000 à 500
hommes. Le 76e G.R.D.I du lieutenant-colonel du Paty de Clam (pas celui de
l’affaire Dreyfus !) était passé de 534 à 95 cavaliers.
Le 21 juin, le 21e R.M.V.E. aura fondu alors à 50 % de ses officiers et 60 % de ses
effectifs (1 680 sur 2 800, reste 1 120 ?).
Selon Léon De Rosen, il y eut au moins 1 100 Volontaires étrangers du 21e
R.M.V.E. prisonniers à Metz. Hans
Habe en signale 12 à Dieuze (13 avec lui).
Le 22 juin vers 6 heures du matin, l’ordre est donné à l’ensemble de la 35e
division de cesser le feu et de détruire les armes.
La 35e D.I. à son arrivée en Alsace avait été mise à la disposition du 8e Corps
d’Armée du Général Frère ; le 25 mai, elle était sous les ordres du 21e Corps
d’Armée, C.A. 21, du Général Flavigny ;
-le 28 mai, elle passa sous les ordres du Corps d’Armée Colonial C.A.C. du
Général Henry Freydenberg jusqu’au 5 juin, puis du Général Carles (1881-1943) ;
le 13 juin, elle retournera au 21e Corps d’Armée, C.A. 21 ;
-pour finir, le 19 juin, elle sera sous les ordres du groupement Dubuisson.
La débâcle vue du 1er Bataillon du 21e R.M.V.E. (Mirabail)
14 juin dès le point du jour, l'ennemi s’étant infiltré par voie ferrée attaque le
bataillon par derrière à la hauteur de la section de commandement. Groupe franc
totalement décimé. Bataillon refoulé sur le 11e R.I. à La-Grange-aux-Bois.
202
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Très dur combat sur la barricade qui coupe la route. Le capitaine Benac de la 3e
cie grièvement blessé reste aux mains de l’ennemi. Blessés encore de la 3e cie :
Lieutenant Nicolas Obolenski et Lieutenant Calix. Autre officier blessé :
Lieutenant Yonine de la C.A. 1. Le combat continue avec éléments du 11e R.I.
Ordre de repli du 11e. Aucun ordre de notre régiment depuis la veille ou le
commencement du combat de Sainte-Menehould. Je (Mirabail) suis avisé que le
P.C du régiment se porte à Passavant. Repli du bataillon sur Passavant. Là, je
trouve un nouveau colonel qui commande le régiment, le Lieutenant-colonel
Martyn. Le Lieutenant-colonel Debuissy a été évacué. Halte de 2 heures. Départ
de Passavant vers 20 heures. Au cours de la matinée à La-Grange-aux-Bois,
nombreux morts, blessés et disparus.
Bivouac pour la nuit dans le bois de Brouenne vers Pretz-en-Argonne
(treize kilomètres pour la grande Brenne et seize kilomètres entre Passavant et
Pretz-en-Argonne). Le modus operandi du repli des bataillons du 21e R.M.V.E
après les combats du 13-14 juin sera semblable à celui ayant précédé ces dates,
sinon qu’il fut retiré de sa position au creux de la tenaille allemande déployée dès
le 12, car si avec la percée au Sud les Allemands fonçaient déjà au Sud-Est vers la
Suisse, du côté nord, l’ennemi qui ne s’était aperçu qu’assez tard la veille du
décrochage du 21e
C.A. avait rattrapé l’avance que les fantassins français avaient prise et fonçait
énergiquement droit au Sud, refoulant devant lui les éléments retardateurs. Il n’y
a rien là pour prétendre à une soi-disant réorganisation ni pour justifier le renvoi
du colonel Debuissy.
Tout concorde plutôt avec le récit de Hans Habe, récit qui trouve une
confirmation (involontaire !) dans les deux livres de Robert Dufourg sur la 35e
D.I. : confidence de Dufourg à Martyn le 12 juin de bon matin…
15 juin : Départ vers 8 heures sur Koeur-la-Grande. Installation défensive dans
bois vers Vaubécourt vers midi. À 14 heures, départ sur Vaubécourt – Remiremont
– Rembercourt-aux-Pots-Chaumont-sur-Aire (treize kilomètres). Installation
défensive ouest et nord-ouest de Chaumont, gare et position.
Section du Lt Houtard, 2e Cie, détachée à Longchamps-sur-Aire pour appui de
batterie antichar de division. On ne la reverra plus au bataillon.
Vers 23 heures, le bataillon est relevé par deux sections du 123e R.I. et il part
sur Pierrefitte-sur-Aire où il bivouaque vers 3 heures du matin dans un bois avant
Rupt-devant-St-Mihiel (Trajet de Chaumont-sur-Aire à Rupt-devant-St-Mihiel. =
14 km).
16 juin : Départ vers 8 heures sur Koeur-la-Grande et Sampigny où arrêt vers
midi et bivouac dans les bois. (Rupt-Devant-Saint-Mihiel à Sampigny = 13 km.)
203
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Départ vers 17 heures par Lérouville – Void (Commercy – Void (Rupt-devant-St-


Mihiel à Void, environ 32 km).
17 juin : Bivouac vers 3 heures du matin dans bois entre Void et Vaucouleurs.
Départ vers 8 heures pour Vaucouleurs et Montigny-les-Vaucouleurs ou
bivouac et départ Vaucouleurs-Rigny, ou bivouac dans les bois en bordure route
Rigny – Blénod-lès–Toul. (Void à Blénod-lès–Toul (= 27 km).
18 juin : Départ vers 8 heures. Itinéraire : Blénod-lès-Toul – Crezilles – Allain.
Bois d’Ochey. Arrivée vers 13 heures au bivouac, repos. Le Lieutenant Deshayes
prend le commandement de la 3e cie. (Blénod-les-Toul – 0chey = dix kilomètres)
Vers 22 heures, ordre qui met le 1er bataillon à la disposition de la 6e D.I.C. Il
partira à 9 heures du matin pour Allain, où recevra ordre du commandant de
Rolland du G.R.D. de la Division (G.R.D. 29). Visite dans le bois au commandant
de Rolland vers minuit.
19 juin : 4 heures, départ comme prévu. Arrivé à Allain, je prends contact avec
Rolland. Ordre primitif : se porter sur Barisey par Bagneux (Ochey=Allain = 5 km).
Vu le changement de situation signalé par G.R., se porter sur Colombey-lès-Belles
et en organiser la défense ouest à cheval sur route de Vaucouleurs (Allain-
Colombey-les-Belles = deux kilomètres 7). Le 1er Bataillon du 21e R.M.V.E. s’installe
à l’ouest du village de Colombey-lès-Belles et au village de Colombey-lès-Belles
dans le Sud toulois (Meurthe-et-Moselle, 54). Installation terminée vers midi.
3e cie du lieutenant Deshayes. En avant de la gare à gauche de la route.
2e Cie du capitaine Félix Gaillard à la droite de la route.
1re cie du lieutenant Jean Gay à la gare de Colombay.
C.A. 1 sans canons ni mortiers. Récupère sur place quelques F.M. et munitions.
Dès installation. Bombardement intense de la gare et positions. Cie Deshayes
particulièrement éprouvée. Lieutenant Charles Lintignac (3e cie) blessé etévacué.
Nuit calme.
Le jeudi 20 juin 1940, dès le matin, les éléments de couverture du bataillon sont
bousculés ou faits prisonniers. Le bataillon passe en 1er échelon et prend contact
avec l’ennemi. Manœuvre de débordement amorcée tout de suite par l’ennemi
vers la gauche. Il coupe route de Neufchâteau et essaie de gagner croupe de
Crepey. Bataillon manoeuvre en conséquence .2 e Cie reste en place et contrôle
route de Vaucouleurs. 1re cie se porte au sud-ouest du village. 3e cie au sud vers
route de Crépey. C.A.1 aux abords de la gare et gare.
Le 20 juin dans l’après-midi le P.C du 1er bataillon subit un violent
bombardement. Combat tout l’après-midi. Colonel Ditte commandant l’ID de la
5e D.I.C. vient sur place se rendre compte de la situation. Ordre de tenir coûte que
coûte.
204
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

Le 20 juin vers 18 heures mouvement d’encerclement stoppé. Nuit calme.


21 juin matin après une nuit calme au contact de l’ennemi, le premier Bataillon
du 21e R.M.V.E. reçoit à 4 heures du matin l’ordre de se replier de Colombey à
Allain. Décrochage sans incident. L’ennemi retourne sur ses bases de départ de la
veille sur Barisey. Le 1er bataillon reçut l’ordre de se porter sur la ligne Allain-Ravin
Est d’Allain (ce repli du premier bataillon vers le nord l’envoyait directement dans
un piège, car il s’y trouvait coupé de tout).
Le dispositif de défense du village fut modifié comme suit : le premier bataillon
s’établit sur la ligne indiquée ci-dessus dans l’interstice laissé par le 128e R.I.,
cependant que le 3e bataillon reçut la mission de défendre le Sud et l’Ouest du
village d’Allain. À 18 heures, des éléments ennemis sont signalés à 900 mètres au
sud-ouest du village. L’avance ennemie fut encore endiguée, mais ce fut le dernier
combat du 21e R.M.V.E.
À 19 heures, un bombardement ennemi intense s’abat sur le village qui jusque-
là épargné subit de lourds dommages : le sergent Anton de la 10e Cie est blessé.
À 24 heures, ordre de repli sur Allain. Décrochage sans incident. L’ennemi
retourne sur ses bases de départ de la veille sur Barisey. Installation du bataillon
à Allain vers Crepey, à gauche du 3e bataillon installé au village d'Allain depuis la
veille. Le colonel Ditte met le 3e bataillon du Capitaine Ravel sous les ordres du
commandant Mirabail. Le soir. Violent bombardement du village.
Le Colonel Ditte demande compte-rendu du combat de Colombey et
propositions de récompenses. Le Capitaine Bigot, malade, est évacué sur Crepey.
Il sera fait prisonnier…
Le 21 juin à 19 heures 45, l’ordre est donné d’éviter l’accrochage et à 20 heures
55 l’ordre est donné de cesser les hostilités.
Le 21 juin vers minuit ordre de suspendre les hostilités. Détruire armes
automatiques et préparer à rendre inutilisable les armes individuelles.
22 juin :
On dépose armes. Reste sur place. Vers 8 heures, je reçois, à l’entrée d’Allain,
le colonel et chef de bataillon ennemi. Décidons de rester sur place
espectivement jusqu’à nouvel ordre. Note du colonel Ditte rendant bataillon à la
35e D.I. le félicitant de sa belle tenue au combat de Colombey. Nuit au bivouac.
Bruit d’armistice. On est, paraît-il, prisonniers d’honneur.
Les Officiers gardent leurs armes. Vers 15 heures, ordre du régiment :
mouvement sur Thuilley-aux-Groseilles. Traversée du village. Rencontre avec le
Général Decharme. Je lui présente le bataillon.
Rassemblement du régiment à la sortie de Thuilley vers Nancy. Bivouac.
Inspection du régiment par le Général Decharme qui exprime sa satisfaction
205
CHAPITRE II VIE DU 21e R.M.V.E

pour la belle tenue du régiment. Nuit au bivouac.


23 juin : Midi. Ordre de mouvement vers Nancy. En route, les hommes
déposent leurs armes sur le bord de la route et sous l’œil de l’ennemi. Maizières
– Bainville-Sur-Madon où arrêt. On sépare hommes et officiers.
Rassemblement des officiers dans champ entouré de barbelés et gardé par
sentinelles. On nous désarme. On nous enlève cartes et boussoles. Vraiment
prisonniers. La captivité commence… il est 18 heures environ.
La débâcle vue du 2e Bataillon du 21e R.M.V.E.
15 juin dans la nuit :
Mouvement de Passavant-en-Argonne vers bois d’Habera (3 km à l’est de
Pierrefitte. 38 km ! Il n’est plus question de fatigue !)
16 juin :
Mouvement du bois d’Habera à forêt de Void (35 km !).
17 juin :
Mouvement de forêt de Void à forêt de Rigny-St-Martin (15 km)
18 juin :
Mouvement de bois de Rigny-St-Martin aux bois d’Ochey (entre Allain et Ochey,
environ 22 km)
19 juin :
Prise de position aux lisières ouest des bois d’Ochey.
20-juin :
Statu quo. Le 2e bataillon est au bois d’Ansieta.
Le 21 juin, le 2e bataillon du commandant Fagard reçoit la mission de défendre
Colombey aidé d’éléments sans grande cohésion du 128e R.I., du 42e régiment de
pionniers et du 65e Bataillon régional.
Le 21 juin vers treize heures un bataillon allemand attaque Colombey, mais
l’escadron à cheval du 61e G.R.D.I commandé par le capitaine Verdier arrivé dans
la nuit à la lisière nord-ouest du bois de Colombey ouvre le feu de ses
mitrailleuses et de ses FM à cinq cents mètres et l’ennemi surpris par ces tirs qui
le prenaient par le flanc reflue en déroute sur un petit bois. (D’après le lieutenant-
colonel Gallini.)
22 juin :
Vers 6 heures du matin. Recevons ordre de cessez-le-feu. Un armistice avait été,
paraît-il, signé – ordre apporté au 2e bataillon par l’officier de liaison à la division
(Lagarrigue). Le régiment fait mouvement vers un plateau situé à l’est de Thuilley-
aux-Groseilles.
23 juin :
Prise d’armes et revue par le Général Decharme, Général de division. Le
206
CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.,

régiment fait mouvement en direction de Nancy. En cours de route. Des officiers


allemands demandent aux commandants d’unité de faire déposer les armes à la
troupe.
Les armes sont déposées sur le bord de la route et détruites. En fin de journée,
le régiment arrive à Bainville-sur-Madon. Les officiers sont séparés de la troupe.
Internement.
La débâcle vue du 3e Bataillon du 21e R.M.V.E.
14 juin : Le 3e bataillon se regroupe dans le village de Passavant ; leshommes
harassés prennent un léger repos. La 10e Cie n’a pas encore rejoint le bataillon.
Le 14 juin vers 19 heures, le 3e bataillon quitte Passavant pour les bois autour
de la ferme de Brouenne où il a été précédé par sa 10e Cie.
Dans la nuit du 14 au 15 juin : le 3e bataillon privé de ravitaillement depuis son
décrochage du Chesne (nuit du 10 au11) en reçoit en partie.
Après un repos de 4 heures, le bataillon reçoit l’ordre de se rendre dans un bois
situé à l’ouest de Rembercourt-aux-Pots et suit l’itinéraire ci-après : Vaubecourt –
Lisle-en-Barrois. (Passavant-Vaubécourt = quatorze 4 km. Vaubécourt-Lisle en
Barrois = cinq kilomètres. Lisle en Barrois-Rembercourt aux Pots (= 6 km.7.) À son
arrivée sur ses emplacements et après liaison avec le colonel, ordre lui est donné
de se diriger sur Érize-la-Grande. (Rembercourt aux Pots-Érize-la-Grande (=
7 km.4.)
Le 15 juin après-midi, arrivée à Érize-la-Grande qu’il atteint dans le courant de
l’après-midi, sa mission étant de défendre la Voie sacrée. Dispositif du bataillon :
la 9e Cie à Érize-la-Grande en liaison au sud avec le 11e R.I. occupant les lisières
àl'ouest du village ; la 10e Cie appuyée à la Voie sacrée au nord d’Érize-la-Grande ;
la 11e Cie en liaison avec la 10e Cie jusqu’au village d’Érize-la-Petite exclu, avec à
sa droite le 2e bataillon.
Le 15 juin à 22 heures 15, le bataillon est relevé par un bataillon du 123e R.I.qui
doit occuper les lisières ouest du bois de la Jurée situé à l’est de nos
emplacements. Le Bataillon se dirige alors sur le bois d’Habena par l’itinéraire
suivant : Érize-la-Petite – Chaumont – sur Aire – Longchamps – sur Aire – ierrefitte
-sur-Aire – Le bois d’Habena en bordure de la route nationale n° 402 (3 km 700 à
l’est de Pierrefitte) où il bivouaque (trajet de 14,4 km).
16 juin au matin : le 3e bataillon reçoit l’ordre de se rendre dans les bois à l’est
de Sampigny. Itinéraire : Rupt-devant-St-Mihiel – Koeur-la-Grande – Koeur-la-
Petite — Sampigny (19,2 km).
16 juin après un repos de 5 heures le bataillon sur nouveaux ordres, se dirige
sur la forêt de Vaucouleurs en bordure de la route nationale 64. La Division a été
regroupée et devait prendre un très long repos en raison de l’extrême fatigue des
207
CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.,

hommes.
17 juin matin à 7 heures 30, un nouvel effort est demandé au bataillon qui doit
se rendre sous la pluie à Montigny-lès-Vaucouleurs. Le commandant Poulain,
exténué par le travail et les marches nocturnes, est évacué. Le commandement
du bataillon est pris par le capitaine Ravel de Biesville.
17 juin dans l’après-midi, le 3e bataillon reçoit l’ordre de se porter dans la forêt
de Meine au sud-est de Rigny-St-Martin. Au passage à Vaucouleurs, le colonel
donne l’ordre de s’installer en tête de pont entre Vaucouleurs et Chalaines pour
assurer le repli derrière la Meuse de la 35e D.I.
Le lieutenant Pierre Boulard affecté spécial aux Taneries Veuve Paul Duc et cie
à Challaines demande son incorporation au 21e R.M.V.E. Il est affecté à la 11e Cie.)
Sa mission terminée, le bataillon rejoint la forêt de Meine en bordure de la
route nationale n° 60 où il arrive après minuit.
18 juin dès 4 heures du matin, l’artillerie ennemie nous prend sous ses feux, en
particulier dans les bois situés au nord de la route de Blénod-lès-Toul. Ordre nous
est donné de nous rendre dans les bois d’Allain. Le mouvement est exécuté à 6
heures 45 par l’itinéraire Blénod-lès-Toul – Crézilles – Allain – Bois d’Allain, où
nous arrivons à 16 heures. Le bataillon bivouaque à l’est de la route d’Ochey.
19 juin matin, le 3e bataillon du 21e R.M.V.E. quitta à 9 heures du matin le bois
d’Allain pour le village d’Allain afin d’en assurer la défense. À 10 heures, il était
installé sur le pourtour du village. Le P.C s’installa dans une maison en bordure
est du village. L'ennemi a repéré son mouvement et, quelques minutes après
l’installation, commence un bombardement à coups d’obus longs.
19 juin en après-midi, le bombardement s’est apaisé, mais des avions
bombardent au loin et des incendies s’allument à l’horizon. Le 3e bataillon assure
la défense d’Allain face au sud et au sud-ouest. Il prend le dispositif suivant : 9e
Cie sortie sud, aux abords de la route n 74 vers Colombey-lès-Belles ; 10e Cie,
sortie sud-est, route de Crepey ; 11e Cie, sortie ouest, route de Bagneux (le
bataillon est à la disposition de la 6e D.I.C.). Des travaux sérieux sont effectués
autour du village. Dans la soirée, l’artillerie ennemie bombarde les issues du
village. Pas de pertes.
20 juin : Continuation des travaux de défense des issues du village. Des troupes
coloniales viennent s’installer dans les bois d’Anciota et d’Allain situés au nord et
à l’est du village.20 juin : bombardements intermittents de l’artillerie ennemie sur
le village qui fait 3 blessés à la C.A. 3.
21 juin : Le 1er bataillon venant de Colombey-lès-Belles (qu’il avait abandonné
sur ordre) vient renforcer la défense du village d’Allain. Il s’installe sur la route
Allain-Crepey du ravin du village à la route nationale n° 174 incluse.
208
CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.,

La 9e Cie resserrant son dispositif sur la droite.


La 11e Cie conserve ses emplacements à cheval sur la route de Bagneux.
La 10e Cie venant s’établir sur la droite de la 11e Cie, face à l’ouest, battant les
glacis en direction de Bagneux et de Crézilles.
Continuation des travaux de défense, renforcements des barricades aux issues.
Dans le courant de la matinée, le village est à nouveau bombardé.
L’après-midi, le bombardement redouble d’intensité par suite de l’approche de
l’ennemi.
Le 21 juin vers 18 heures des éléments ennemis importants sont signalés à 900
mètres au sud-ouest du village ; le commandant prend toute mesure pour
resserrer le dispositif et rappelle qu’il faut tenir coûte que coûte, avec interdiction
de se replier. L’avance ennemie fut encore endiguée, mais ce fut le dernier combat
du 21e R.M.V.E.
Le 21 juin à partir de 19 heures, le bombardement ennemi s’intensifie encore,
et se dirige avec précision sur le village même qui épargné jusque-là, est
particulièrement endommagé. Le sergent Anton de la 10e Cie est blessé.
Le 21 juin à 21heures 45, un ordre du colonel Ditte, commandant la 6e D.I.C.,
prescrit d’éviter l’accrochage.
Le 21 juin à 22 heures 45, un nouvel ordre annonce la cessation des hostilités.
Dans la nuit du 20 au 21, le service de l’intendance a occupé la boulangerie
d’Allain pour fabriquer du pain destiné aux troupes, mais, par suite des
bombardements, il a abandonné cette fabrication pour se mettre en sécurité et il
a quitté Allain.
L’adjudant-chef Ferdinand Douet, aidé de quelques boulangers pris dans les
Compagnies assure alors cette fabrication qui permet de ravitailler les diverses
unités sur place et la population civile du village.
La 10e Cie abat du bétail fournissant en viande le 1/21e et la Cie de
commandement.
22 juin vers minuit : Le bataillon reçoit l’ordre de procéder à la destruction des
armes automatiques et à la mise hors d’usage des armes individuelles. Les cies
(9, 10, 11) sont regroupées et bivouaquent sur leurs anciens emplacements de
combat.
Des officiers allemands venus en automobile se présentent à l’entrée du village
(route de Colombey) pour s’informer de nos conditions de reddition. Le chef de
bataillon Mirabail, commandant du 1/21, fait connaître que des pourparlers sont
en cours entre le commandement allemand et le Général Dubuisson,
commandant les divers groupements encerclés avec nous.
Le 22 juin au début de l’après-midi, ordre nous est donné de nous rendre à la
209
CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.,

clairière nord de Thuilley-aux-Groseilles, où a lieu le rassemblement du régiment.


Le Général de la DI le passe en revue et réunit les officiers pour leur exprimer sa
satisfaction sur la tenue du régiment et sur sa conduite au cours de la campagne.
Le régiment bivouaque dans la clairière.
23 juin dans la matinée, le régiment se rend à Bainville-sur-Madon par
l’itinéraire Maizières-Bainville. En cours de trajet, les hommes de troupe
déposent leurs armes sur l’un des bas-côtés de la route, les officiers sont autorisés
à garder les leurs. À l’arrivée à Bainville-sur-Madon, les soldats sont séparés de
leurs officiers et dirigés dans un pré en bordure du Madon.
Les officiers sont parqués dans une prairie au nord de Bainville-sur-Madon, où
leurs armes, cartes, boussoles, etc. leur sont retirées.
Avant la débâcle et la débâcle vues du train du R.M.V.E (Visite de M. MICHON.
M. à Aubagne
[Rapport du Sous-Lieutenant Pold, Charles, Officier de ravitaillement du 21°
Régiment de Marche des Volontaires Étrangers C.H.R. (Aubagne)
Du 24 mai 1940 au 10 juin, la C.H.R. sous le commandement du Capitaine
OCTOBON, était stationnée à LE MORTHOMME (Ardennes)
Ma section avait pour mission de ravitailler les Bataillons en ligne en munitions
et matériaux de défense.
En liaison avec le P.C.R. par moto, je recevais tous les jours deux fois les ordres
du chef d’E.M. (Chef de Bataillon LE GUILLARD) me prescrivant de fournir le
nécessaire avec mes camionnettes, au courant de la nuit. Le jour, j’allais me
ravitailler aux divers P.A.D.-P.R.I.-P.R.V.E.-P.R.I. stationnés à l’arrière.
Le 10 juin, la C.H.R. se portait sur VILLE-SUR-TOURBE (dans les bois longeant la
voie de chemin de fer) le même jour (très tard) elle se déplaçait dans le bois de
CHATRICE au sud de SAINTE- MENEHOULD entre VILLERS et PASSAVANT.
Le 13 de bon matin, la C.H.R. recevait l’ordre de s’installer dans le village de
CHARMONTOIX LE ROY où elle arrivait vers 9 heures. Les voitures et les hommes
furent installés dans les maisons du village et le tout camouflé à la vue des avions
qui survolaient constamment la Région. Les hommes prenaient leur repas vers
midi. Alors mouvement insolite et toujours progressant de militaires, Artilleurs
en particulier, avec leurs chevaux, sans pièces, beaucoup en bicyclettes et en
voitures de toutes sortes attelées, des autos, beaucoup à pied. Le P.C du Colonel
se trouvait alors à VERRIÈRES, avec lequel j’étais en liaison normale jusqu’à midi
du 13 juin, heure à laquelle j’ai reçu l’ordre écrit de la main du Chef d’E.M. LE
GUILLARD, de fournir immédiatement un tiers de la dotation pour chaque
Bataillon (une camionnette pour chaque Bataillon, le tout à livrer au P.C à
VERRIÈRES). Les trois voitures chargées comme prescrit ont été envoyées vers 13
210
CHAPITRE II Vie du 21e R.M.V.E.,

heures, sous le Commandement et Sergent-Chef BARRONNET, mon Adjoint, qui


m’a rejoint le soir à VARNAY en me rendant compte qu’il n’a pu rejoindre le poste
de Commandement à VERRIÈRES.
Ce 13 juin, vers 15 heures, le Capitaine OCTOBON se mettait à crier, en courant
dans le village « VITE LES CHAUFFEURS, EN VOITURE, EN ROUTE, fichez le camp
nous sommes encerclés ! » J’ignore par qui il avait été renseigné et par quel ordre
il devait quitter le village de CHARMONTOIX. Pour éviter une panique que je
voyais se déclarer parmi les hommes, j’ai demandé au Capitaine de ne pas
procéder de cette façon, mais de dire calmement que nous devions nous replier.
Avec beaucoup de peine je suis arrivé à grouper les voitures en colonne derrière
ma voiture de liaison et de former le convoi à la sortie du village ; il arrivait alors
d’autres camionnettes du Régiment, les voitures de ravitaillement et
d’allègement des Bataillons qui avaient reçu l’ordre de joindre la C.H.R. et à se
joindre à ma section. Mon convoi comportait alors 70 voitures…
La fin de ce document de 8 pages est ainsi : à notre arrivée à SEPTFONDS les
officiers et hommes du détachement ont été traités de façon abominable, des
insultes telles que « Déserteurs, Lâcheurs, Lâches, etc. » nous ont été prodigués
à volonté par des gens qui eux-mêmes n’ont jamais entendu un coup de feu…]
De ce rapport du lieutenant Pold, on déduit que le train régimentaire était à 8
kilomètres au sud de Passavant où se regroupaient les bataillons du régiment.
Octobon aurait-il décidé seul par panique le repli au sud où obéissait-il à d’autres
motivations ? À noter comme indice de réponse la notion de véhicules envoyés
depuis les bataillons… La suite du rapport de Pold souligne la pagaille de la
débâcle, le train régimentaire se trouvant finalement sans officier. Voici les
extraits relevés par M. Didier Michon : « Quelques transcriptions
complémentaires du document de Charles Pold qui je crois peuvent aider
résoudre l'énigme :
Page 2 :
… Le Capitaine me donna l’ordre de partir avec mon convoi sur la route de BAR-
LE-DUC et de me porter sur le village de CHARDONNE en passant par
LAHEYCOURT, la route pour CHARDONNE était encombrée par plusieurs
centaines de charrettes de cultivateurs qui se repliaient, impossible de prendre
cette route, j’ai continué sur VARNAY où j’ai regroupé mon convoi…. Je signale
en passant que l’E.M. de la 2e Armée déménageait à mon arrivée à LAHEYCOURT,
pour se replier sur BAR-LE-DUC…
… J’ai appris que le Capitaine OCTOBON... se serait porté, dans la voiture du chef
de Bataillon FAGARD sur le P.C de la 35e D.I. pour chercher des ordres. Je n’ai plus
revu ni le Capitaine ni le Lieutenant.
211
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Le sergent Chef BARRONNET avait rencontré sur la route du P.C les Officiers
suivants : Médecin-Capitaine VIDAL, Pharmacien-Lieutenant BOUTROUE et le
Lieutenant MASSELOT, ces derniers avaient l’ordre, paraît-il, du Colonel (Martyn)
à se diriger sur l’arrière... » (2019 : cela donne è réfléchir, cf Modéna ci-après).
De son côté, le capitaine Modéna nous révèle une information qui semble bien
expliquer la raison profonde du retrait du train régimentaire et encore plus
résoudre la question qui nous préoccupe (trahison) :
« … Passavant-en-Argonne, 14 juin à 16 heures environ. Je fais panser ma
blessure. Le lieutenant-médecin-chef par intérim me propose l’évacuation étant
donné mon état. Mais je tiens d’abord à voir le commandant Poulain que l’on dit
être dans le village. Celui-ci nous réunit et nous informe qu’il est question de
marcher au repos vers Foucaucourt, je ne me souviens plus bien du nom, où le
Régiment doit être dissous. Il nous informe aussi que le lieutenant-colonel
Debuissy qui nous commandait s’est vu retirer le commandement du Régiment
lequel a été confié au lieutenant-colonel Martyn. Je proteste énergiquement
contre la dissolution dont on nous menace, mes hommes s’étant bien battus. Je
déclare qu’ils ne méritent pas ce traitement et qu’ils n’auront pas besoin de moi
pour ce genre d’activités : que dans ces conditions j’accepterai l’évacuation qui
m’est proposée. Mais apprenant dans la soirée que cette menace dedissolution
n’était pas confirmée et après un bon repos, je décide de rester à la tête de ma
Compagnie et malgré ma blessure… » Voilà donc le pot aux roses découvert ; en
même temps que de relever de son commandement Debuissy, Decharme avait
également donné l’ordre dedissoudre le 21e R.M.V.E. de faire partir le train
régimentaire dans un premier temps sur la route de Bar-Le-Duc dans le but de le
réaffecter aux autres régiments. Mais les circonstances et le chaos en décidèrent
autrement. Il suffira de rappeler ici les bobards de Decharme à Debuissy le 12 juin
1940 alors que le P.C du 21e était situé dans le bois de Bouconville (livre d’Hans
Habe ‘’Shall a Thousend Fall’’)
« Oui répondit-il (Decharme) à la question du colonel, la Russie a déclaré la
guerre. La Roumanie et la Turquie non, mais elles mobilisent. La progression
allemande a été stoppée. Presque tout le Rhin allemand est en feu. Les Anglais
ont bombardé la Ruhr avec huit cents avions. Nous leur avons servi leur propre
médecine. » Pold ira alors chercher un peu partout des instructions sur la conduite
de son convoi, mais n’en trouvera aucune ; il perdra son convoi qui ne l’attendait
pas pour finalement le retrouver à NEUFCHÂTEAU, et en reprendre le
commandement, jusqu’à une seconde fois le reperdre et le retrouver et va
cheminer tant bien que mal jusqu’à Vichy où :
« À VICHY le bureau de la Place m’a dit de continuer sur CLERMONT-FERRAND ;
212
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

À CLERMONT-FERRAND, n’ayant pu obtenir d’autres ordres j’ai décidé de


chercher à rejoindre le Dépôt des R.M.V.E à SEPTFONDS, où je suis arrivé le 19
juin vers 20 heures. J’avais alors encore 40 camionnettes et deux camions, plus
les deux voitures de liaison, celle de PONOMAREV et la mienne, environ 250
hommes et sous-officiers…. J’ai pu sauver et ramener au Dépôt la caisse du
Régiment et la Comptabilité de la plus grande partie des Cies. »
Mr Didier Michon en a conclu : « Mon sentiment est que Pold est face au chaos
provoqué par l'avance allemande et qu'il fait au mieux pour conduire son convoi
dans un lieu plus sûr sans jamais pouvoir recevoir les instructions dont il a besoin,
les liaisons entre les P.C et unités étant impossibles. Il est dubitatif par rapport à
l'ordre du Colonel de se replier vers l'arrière, car les petits points qui suivent le
texte "à se diriger sur l'arrière..." sont dans son document. Pourtant Barronnet a
dit « Martyn ».
Nous avons à ce sujet déjà cité Le Commandant Valluy chef du 3e bureau du 21e
C. A. de Flavigny : « Plusieurs milliers d'officiers en retraite savent désormais que
la 2e Armée a fui. »
Ajoutons ici qu’il a aussi écrit : « Freydenberg était de race juive, mais le régime
de Pétain préférait faire porter la défaite sur la troupe, racaille issue du Front
populaire, plutôt que sur un général ; fut-il juif ! » Il faut plutôt se demander
pourquoi Freydenberg n’a pas subi le procès de Riom, ni autres vilénies,
contrairement à Gamelin ; ne serait-ce pas parce qu’il en savait trop ? Nous
touchons là à un point crucial de la Trahison : l’annulation au moind de fait de
l’instruction de Weygand pour les troupes de l’Est d’avoir se replier dès le 12
matin sur une ligne Dijon-Caen. Seuls la 2e Armée de Freydenberg ou pour le
moins lui et son état-major ont respecté cet ordre. Le train du 21e lui semble bien
avoir été dirigé vers le sud seulenent afin de dissoudre le 21e et affecter ses
véhicukes aux autres régiments de la Division, a semble-t-il avoir suivi cet ordre,
mais ce nÉEst qu’une apparence. Mais (voir chapitre V) on y note l’antagonisme
de Pold avec ceux plus réalistes que lui dans cette situation trouble déjà perçue
par Hans Habe dans le bois de Bouconville et discutée entre lui et le lieutenant
Truffy dans l’école de Verrières. C’est comme si pour le reste des armées de l Est,
elles obéissaient à l’ordre de demeurer encerclées. On comprend qu’une fois ce
point de désordre arrivé, Pold ne pouvait plu recevoir de directives pour ramener
le train à son régiment ni le contraire.
Notons que le 22 juin en soirée, le Général Decharme en disant adieu à sa 35 e
Division a donné l’accolade au lieutenant-colonel Martin cité à l’ordre de l’armée.
Foin de commentairese..., Après avoir donné (La 35e Division dans la bataille) la
perte de la 10e batterie Hulot du 14e R.A.D, comme motif du renvoi de Debuissy
213
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

par Decharme dans la soirée du 13 Robert Dufourg a écrit Dans Brassard... page
281 : « ... le général Decharme releva le colonel du 21e de son commandement, il
était du reste physiquement très fatigué ; il le fit évacuer et confia le matin du 14
juin le commandement au colonel Martyn qui depuis deux jours était à la tête
d’un groupement provisoire formé du 18e bataillon d’Afrique et du CID. En même
temps, le général décidait de retirer du front le régiment étranger pour l’envoyer,
si possible, en réorganisation à l’arrière de nos lignes... »
Cela ne tient pas la route, face aux écrits de Modéna, Pold et Hans Habe. Le
coup de pied de cochon est bien évident, venant d’officiers orientés
politiquement...

214
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

CHAPITRE III : Disparition du 21e R.M.V.E.


Les derniers jours
Le 17 juin 1940, le groupement blindé Gudérian atteignit la frontière suisse.
L’ordre de repli donné trop tard, et surtout pas obéi, 500 000 hommes étaient pris
au piège en Lorraine et s’alignaient le 18 juin 1940 pour une dernière bataille
entre Meuse et Rhin.
Le désastre de Dunkerque avait eu son petit miracle : le retour de soldats
anglais en Grande-Bretagne avec leurs armes individuelles.
Le désastre de Sion-Toul-Colombey eut aussi son petit miracle, polonais cette
fois. Le 17 juin, cependant, alors que le gouvernement français dépose sa
demande d’Armistice, au milieu du sauve-qui-peut général, des soldats polonais
et français tombaient toujours sous les balles allemandes. Jusqu’au 21 juin, la
première division des grenadiers polonais basée au départ à Colombey-lès-Belles
exécuta les ordres de l’état-major. Pourtant le matin du 21, en diffusant l’ordre
codé « 4444 » le Général Duch se soustrayait à l’autorité française. Cet ordre
stipulait qu’il ne fallait pas se rendre à l’ennemi, mais au contraire qu’il fallait
poursuivre ailleurs et par tous les moyens le combat.
Les armes furent détruites, et tous ceux qui le purent tentèrent d’échapper à
l’avancée allemande. Plusieurs milliers passèrent en Suisse où à travers la France
occupée, ils rejoignirent l’Angleterre.
Fidèles à l’ordre « 4444 », ils poursuivirent le combat sur d’autres champs de
bataille jusqu'à l’anéantissement de l’armée nazie.
Du 14 au 21 juin, entre la Ligne Maginot et les Vosges, près de neuf cents
soldats périrent, des milliers d’autres, furent faits prisonniers et croupirent dans
les camps allemands pendant cinq années.
À eux seuls les 220 000 hommes encerclés dans le triangle Toul, Colombey-lès-
Belles, Sion, et faits prisonniers constituaient à eux seuls plus du sixième des
soldats qui seront conduits en captivité pour cinq longues années en Allemagne.
Ils allaient rejoindre les 150 000 prisonniers de Dunkerque.
Le cessez-le-feu
Le 20 juin 1940, la capitulation du Général Lucien Loizeau, commandant le 6e
Corps d’Armée et ancien gouverneur militaire de Metz, n'est pas une capitulation
du fait du manque de vivres, mais plus une lâcheté comme ont commises d'autres
généraux si non la plupart en 1940. Pour information, ce Général ne savait même
pas qu’il y avait un dépôt de vivres plein à craquer à Épinal.
Le 21 juin, de son poste de commandement situé à Viternes, le Général
Dubuisson fit savoir à l'ennemi qu'il était prêt à déposer les armes. Il en informa
215
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

ses chefs de corps à 22 heures.


Le matin du 22 juin vers une heure, le colonel Placiard, chef d’état-major du
groupement Dubuisson (et le colonel Cusin de l’I.D. de la 3e D.I.C. et le capitaine
Fouquet se rendirent au Q.G. du Général allemand Hans-Valentin Hube (1890-
1944) commandant la 16e ID, ils rapportèrent des conditions honorables. Le
cessez-le-feu fut sonné à cinq heures et dès six heures l’ordre était donné.
Le samedi 22 juin 1940, à 4 heures 30 du matin le 21e R.M.V.E. est réveillé avec
ordre de détruire ses armes automatiques et mettre hors d’usage les armes
individuelles.
Le samedi 22 juin 1940 à 6 heures ordre était donné au 21e R.M.V.E. de cesser
le feu.
Le 22 juin vers 6 heures du matin, l’ensemble des troupes en position de la 35e
D.I. a reçu l’ordre de cesser le feu. Ce jour-là, l’Armistice sollicité le 17 par Pétain
allait être conclu dans le wagon 2419 de Rethondes en forêt de Compiègne. La
35e D.I. était l’une de ces douze divisions ayant perdu soixante-quinze % de leurs
hommes. Hitler avait choisi ce site comme revanche symbolique de l’humiliation
de 1918.
Le matin du 22 juin, à neuf heures, le Général Dubuisson avisa ses
commandants de l’Armistice. Cependant, durant la journée, le Général Hube fut
désavoué par ses chefs qui imposèrent une reddition pure et simple, sans
condition.
Le 22 juin à 10 heures du matin, le commandant Ravel est mis en contact avec
deux Allemands entrés dans le village pour le rencontrer.
Le 22 juin à 15 heures 40, le 21e R.M.V.E se mettait en route vers l’est, direction
Thuilley-les-Groseilles. Arrivé le soir aux lisières des bois de Thuilley pour y
bivouaquer pour la nuit. En huit mois, il a perdu 50 % de ses officiers et 60 % de
ses effectifs. Thuilley-aux-Groseilles est un village de Meurthe-et-Moselle situé à
vingt-sept kilomètres au sud-ouest de Nancy.
Le 22 juin à 17 heures, le Général Decharme fait l’inspection à l’improviste du
21e régiment ; il réunit les officiers pour leur dire quelques mots d’adieu et donne
l’accolade à la troupe. Il déclare que les soldats du 21e ont « vaillamment
combattu ».
Le 22 juin à 19 heures, le Général Decharme passa en revue sa division. La
guerre est finie. Il faut tout ramasser. Nous aurons le sort réservé aux troupes
combattantes au moment de l’Armistice. On allait se diriger vers un centre de
démobilisation. La joie régnait. Soulagés, les soldats étaient convaincus d’une
libération rapide. S’ils les avaient connues, les conditions de l’Armistice auraient
pu les alerter. Ils n’étaient pourtant que simplement écrasés par le sentiment de
216
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

la défaite, sans s’inquiéter plus loin. En fait, ils demeuraient naïvement confiants
en leur commandement. Dans toutes les unités d’ailleurs, ils se rendirent
docilement, isolément ou sous les ordres de leurs chefs. L’ennemi se contenta de
leur indiquer les points de rassemblement.
Une faible minorité écouta les conseils discrets d’officiers de la Wehrmacht. Elle
s’éclipsa en revêtant des vêtements civils. À 19 heures, le Général Decharme
passe en revue les restes de sa Division.
Le 23 juin matin, le Général Decharme passait encore une dernière revue des
troupes de la 35e D.I. Il ne restait plus que 252 officiers sur 600, 5 900 hommes
sur 16 000, 1 900 chevaux sur 4 000, effectifs qui avaient quitté l’Alsace le 20 mai
précédent. Il donnait l’accolade à Martyn cité à l’ordre de l’armée.
Dans la soirée du 22 et le matin du 23, le Général Dubuisson fit aussi ses adieux
aux troupes. Il fit sortir alors son ordre général numéro 5 ainsi conçu :
I — Après s’être battues magnifiquement pendant plusieurs semaines, les
troupes placées sous mon commandement, décimées, ont été rejetées sur les
parcs et convois accumulés et mises dans l’impossibilité de résister sur place et
de manœuvrer. Après avoir fait tout leur devoir jusqu’au sacrifice complet, elles
ont été dans l’obligation de cesser toute résistance.
II- Ces troupes comprennent :
— 42e C. A. (51e et 58e D.I.)
— Le commandement supérieur de Verdun.
— L’état-major et le groupe à cheval du 14e G.R.C.A.
— La 6e D.I.N.A.
— La D.L.B.
— La 6e D.I.
— La 35e D.I.
— La 3e D.I.C.
— La 6e D.I.C.
Les effectifs en combattants de chacune d’elles réduits à l’extrême sont un
témoignage évident de la violence des combats qu’elles ont eu à subir. Leurs
régiments ont droit au respect et à la considération du pays. Je salue leurs morts
dont le sacrifice a mérité la haute estime de l’ennemi qui a accordé aux officiers
le droit de porter leurs armes.
III- Ces troupes doivent aujourd’hui donner l’exemple de la tenue et de la
discipline. Officiers et sous-officiers doivent suivre le sort de leurs hommes. Les
troupes doivent faire confiance à leurs chefs dans le revers comme dans le succès.
Elles doivent en restant unies et disciplinées rester dignes de la France et penser
au devoir qui les attend dans le relèvement de la Patrie. »
217
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

La reddition, le 23 juin 1940


L’autorisation pour les officiers de porter leurs armes sera vite annulée
lorsqu’ils seront captifs sous prétexte qu’un attentat avait été commis par un des
leurs contre un officier allemand. Cette autorisation d’ailleurs avait été obtenue,
non pour une question d’honneur, mais, pour contrôler la troupe en raison de la
crainte et l’obsession dominantes et omniprésentes parmi les cadres de l’armée
vaincue, d’une rébellion communiste. Le comportement docile des soldats
rendait la mesure inutile. 220 000 soldats français avaient été encerclés dans le
très petit triangle Sion, Toul, Colombey-lès-Belles. Ils allaient rejoindre les 150 000
prisonniers de Dunkerque.
Après leur dernière revue des troupes, les généraux Louis Decharme, Delaissey,
François Claude Philippe Delaissey, 1881-1955 (G.B.R. Général de Brigade de
l’Infanterie coloniale). François Delaissey et le colonel Girard de Langlade
quittaient leurs officiers d’état-major vers 10 heures devant la mairie de Thuilley
et gagnaient Nancy avec leurs voitures pour être acheminés sur la citadelle de
Mayence, puis celle de Koenigsberg-sur-Elbe. Le Général Decharme avait désigné
le lieutenant de Sérigny pour l’accompagner. Le Général René Paul Dubuisson,
1879-1964, restera en captivité du 23/06/40 au 09/05/45. Il sera condamné à 4
ans de prison en 1949 pour collaboration. J’ai trouvé ce renseignement sur le site
anglophone Generals of World War II. Il faudra bien qu’un jour les Archives
s’ouvrent. En l’absence actuelle d’informations du côté français, je me permets
une hypothèse : cela a-t-il voir avec la non-application stricte de l’Instruction de
Weygand ? C’est peu plausible.
Le dimanche 23 juin 1940, après une nuit paisible, au réveil des bruits
pessimistes circulent : l’Armistice ne serait pas encore conclu et de prisonnier sur
parole, la division deviendrait prisonnière effective. L’Armistice a en réalité été
signé le 22 juin 1940 à 18 heures 50, heure d'été allemande, dans la forêt de
Compiègne.
Le 21e, le 22e et le 23e R.M.V.E. ont été déclarés officiellement dissous dans le
camp de Septfonds à partir du 22 juin 1940, le jour même de l’Armistice.
Le 23 juin à midi, les soldats captifs du 21e R.M.V.E épuisés de fatigue, de soif
et de faim entreprirent depuis Thuilley-aux-Groseilles leur marche pénible de
quelques kilomètres vers la reddition.
Le 23 juin à 8 heures le lieutenant-colonel Gallini du 14e G.R.C.A. fit ses adieux
à ses hommes et entendit une messe en plein air dite par l’aumônier, le Révérend
père Le Droumaguet. Derrière les voitures transportant les officiers d’état-major
de la division,

218
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Le 23 juin à 11 heures précises, il était avec son G.R.D.I le premier aux avant-
postes allemands à l’entrée du village de Maizières. Là, les hommes étaient dirigés
à un carrefour par un chemin allant à gauche et les hommes par un chemin allant
à droite.
Le 23 juin à midi, les soldats captifs du 21e R.M.V.E épuisés de fatigue, de soif
et de faim entreprirent depuis Thuilley-aux-Groseilles leur marche pénible de
quelques kilomètres vers la reddition.
Le 23 juin vers 18 heures, une surprise attendait le 21e à Maizières, village situé
cinq kilomètres avant Bainville-sur-Madon. Ils durent déposer les armes
individuelles qu’ils sabotèrent en les démontant et en les jetant ici et là. Seuls les
officiers conservèrent leurs revolvers.
Au 11e R.E.I., les légionnaires le 22 juin songent d’abord à dormir afin de
récupérer et d’être en condition de reprendre le combat. Apprenant la reddition,
le commandant Gaultier, chef du 3e Bataillon, réunit des Compagnies et laisse
chacun de ses hommes, libres de filer individuellement pour traverser les lignes
allemandes. Il reste dans sa ligne : il préfère l’honneur.
En soirée, le commandant Clément convoque ses bataillons et son chef d’état-
major, le commandant Robitaille. La consigne est vite donnée : fermer les yeux si
des légionnaires s’échappent. Chaque officier est libre devant sa conscience de
sa propre décision. Mais il doit en rester un par Compagnie pour ne pas
abandonner les hommes.
La convention de capitulation prévoit une mesure inacceptable pour une unité
de Légion : rendre les armes. Armes, véhicules, matériel sont sabotés. Les
munitions sont enterrées. Les moteurs des camionnettes tournent sans huile
niveau. Depuis le 1er juin, 226 hommes ont été tués.
Thuilley-aux-Groseilles :
Le 23 juin au matin, en colonnes, la 6e D.I.N.A. prend la route de Toul oùl’attend
l’internement. Le 11e R.E.I. ferme la marche. Les armes, munitions, matériels,
véhicules furent sabotés. Sur les 3000 légionnaires à monter en ligne et le renfort
de 98 hommes fournis par le Dépôt de Sathonay, il ne resta que 578 Légionnaires
formant la queue de la colonne de prisonniers qui se dirigeait sur Toul. Sur les 79
officiers, il n'en restait que 23. 11 avaient été tués et 17 blessés. Au total, moins
de 200 Légionnaires resteront prisonniers en Allemagne !
« — Vous fermez les yeux si des Légionnaires s'échappent. Chaque officier est
libre devant sa conscience de sa propre décision. Mais il doit en rester un par
Compagnie pour ne pas abandonner les hommes. » (Source : « Histoire de la
Légion étrangère de 1831 à nos jours » de Pierre Montagnon.) Les armes,
munitions, matériels, véhicules furent sabotés. Sur les 3000 légionnaires montés
219
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

en ligne et le renfort de 98 hommes fournis par le Dépôt de Sathonay, il ne resta


que 578 Légionnaires formant la queue de la colonne de prisonniers qui se
dirigeait sur Toul. Sur les 79 officiers, il n'en restait que 23. 11 avaient été tués et
17 blessés. Au total, moins de 200 Légionnaires resteront prisonniers en
Allemagne !
Le 23 juin à midi, les soldats captifs du 21e R.M.V.E épuisés de fatigue, de soif
et de faim entreprirent depuis Thuilley-aux-Groseilles leur marche pénible de
quelques kilomètres vers la reddition.
Le 23 juin à 8 heures le lieutenant-colonel Gallini du 14e G.R.C.A. fit ses adieux
à ses hommes et entendit une messe en plein air dite par l’aumônier, le Révérend
Père Le Droumaguet. Derrière les voitures transportant les officiers d’état-major
de la division.
Le 23 juin à 11 heures précises, il était avec son G.R.D.I le premier aux avant-
postes allemands à l’entrée du village de Maizières. Là, les hommes étaient dirigés
à un carrefour par un chemin allant à gauche et les hommes par un chemin allant
à droite.
Le 23 juin vers 18 heures, une surprise attendait le 21e à Maizières, village situé
cinq kilomètres avant Bainville-sur-Madon. Ils durent déposer les armes
individuelles qu’ils sabotèrent en les démontant et en les jetant ici et là. Seuls les
officiers conservèrent leurs revolvers.
Le camp de Bainville-sur-Madon
Le 23 juin à 18 heures 30, la troupe du 21e R.M.V.E est conduite de Maizières à
Bainville-sur-Madon. Elle trouve à son arrivée un long couloir d’accès formé par
une unité mécanisée allemande hostile et armée jusqu’aux dents. Ellel trouve à
la place du centre de démobilisation une grande prairie au bord du Madon.
C’était un immense camp qui avait été prestement entouré de barbelés et
flanqué de miradors et qui se trouvait déjà rempli de prisonniers de diverses
armes et nationalités : français, sénégalais, marocains… La prairie réservée à
l’internement de la Troupe est encadrée de mitrailleuses de 87 kg montées sur
rail braquées autour. Les officiers sont séparés de la troupe et devront passer la
nuit sous tente dans un enclos. Les officiers étant séparés de la troupe, c’est
l’adjudant-chef Michel qui en prendra le commandement le 24 juin 1940.
Les officiers séparés immédiatement de la troupe durent néanmoins rester
internés sur place 48 heures dans un enclos aux abords. La baraque qui se
trouvait au milieu de la prairie ne pouvait guère contenir que quelques-uns des
800 officiers prisonniers là. Sous prétexte qu’un attentat aurait été commis par
un des leurs contre un officier allemand, on leur enleva leurs armes individuelles.

220
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

De Rosen, rapporte un évènement survenu le 24 juin 1940 auquel il assista. Un


Oberlieutenant a fait monter dans sa voiture. Les deux colonels français les plus
anciens en âge (Martyn, 1883) et en grade (Corniquet, 1885). Le rapport est
orageux. Il semble que les deux colonels soient très égoïstes. D’ailleurs, le
lendemain, ils se battaient pour un quart de café (probablement de Rosen avait
eu ce renseignement final du capitaine Ravel).
Dans son livre Brassard rouge…, Robert Dufourg nous livre le nom du colonel
d’artillerie coloniale. C’était le plus ancien des officiers supérieurs, Corniquet.
Liste N° 49 : Corniquet (Jules), 11-10-85, Médréas, lieutenant-colonel 3' R.A.C. Of.
VI A. ; même, liste : Martyn (Albert), 19-10-83, Calais, Lieutenant-colonel. 21e
R.M.V.E. Of. VI A. Et, connaissant la description du lieutenant-colonel Martyn faite
par Hans Habe, nous croyons jusqu'à preuve du contraire qu’il était le deuxième !
Voici encore un propos de Léon de Rosen qui détruit l’image idyllique faite par
Robert Dufourg concernant les officiers ; de Rosen écrit à la page 22 de son livre :
« Je crois que les hommes se comportent mieux que les officiers. Leur manque
de dignité est inimaginable. » Même constat en date du 7 juillet, page 29 : « Le
capitaine (Ravel) me dit toute sa souffrance de voir parmi ses camarades un
manque total de dignité : comme au début, on se battait à la distribution de pain
ou de café, l’effarant égoïsme de la majorité, les discussions continuelles, chacun
imputant à l’autre une part de responsabilité et se jugeant parfaitement net de
toute faute… »
La nuit du 24 au 25 juin 32 000 prisonniers demeuraient dans le camp au bord
du Madon, classés par régiments. Il s’agissait de pouvoir les dénombrer. Ils
couchaient par terre, trempés jusqu’aux os : il plut toute la nuit du 24 au 25.
L’hygiène la plus élémentaire ne put être maintenue et la nourriture fit défaut.
Par débrouillardise, on pousse hypocritement un cheval dans un ravin pour qu’il
se casse la patte et qu’après accord des Allemands, on le tue et on le débite. Les
Allemands ne tardent pas à remarquer ce manège et l’interdisent sous peine de
mort.
Le 25 juin, Troisième jour, départ des officiers pour habiter au pied du Fort de
Pont-Saint-Vincent une caserne vide. Par la suite, divisés en deux groupes, ils
furent internés à Nancy, les 15 et 27 juillet. Finalement, le 29 juillet, ils furent
envoyés à l’Oflag VI A de Soelst en Westphalie.
Le 25 juin départ aussi de la troupe
Pour habiter au fort saint Vincent même.
Le fort de Pont-Saint-Vincent.
Le mardi 25 juin 1940, le 21e R.M.V.E. reçut avec d’autres unités l’ordre de
221
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

quitter le camp au bord du Madon.Il partit à midi pour sans le savoir le fort de
ont-Saint-Vincent. Les officiers furent internés dans les casernes de Pont-Saint-
Vincent et la troupe au fort du même nom.
Une halte au fort de Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle) aurait pu
s’effectuer dans des conditions humaines si la propreté avait pu être maintenue ;
mais le fort était une véritable petite ville souterraine humide. La
Boue aidant, tout est bientôt transformé en un cloaque où les pieds s’enfoncent.
Les murs suintent l’humidité dans ces caves obscures.
La pitance est maigre, se limitant à une soupe quotidienne pas bien grasse, à
l’orge ou au rutabaga, les prisonniers maigrirent à vue d’œil. Une quasi-famine
régnait et seuls ceux qui acceptèrent de travailler touchèrent des suppléments,
dont de la viande et du pain.
Alentour, une odeur pestilentielle se répandit dans le camp. Les mouches
envahirent le terrain. Des cas de dysenterie apparurent. Les gardiens, braves
pères de famille au début, furent vite remplacés par des geôliers plus jeunes et
moins amènes.
La surveillance se resserra. Ils instaurèrent une discipline de plus en plus
contraignante. Rassemblements, appels et fouilles se multiplièrent. Le travail, des
corvées occasionnelles bénévoles de routine au départ, devint obligatoire ; des
corvées de 200, 400, 600, 800 hommes pour des besoins divers : pose de barbelés
autour du camp, nettoyage, récupération dans les bois et triage de matériel. Les
sentinelles et leurs supérieurs avaient conforté les internés dans leur idée
erronée : les rapatriements viendraient après les quelques jours nécessaires à la
réorganisation des voies de communication, prétendaient-ils. Curieusement,
cette croyance naïve persista chez beaucoup de prisonniers pendant plusieurs
années malgré les déboires successifs et Radio-Bobards ne cessa pas de
fonctionner.
À partir du jeudi 4 juillet 1940, le Fort Saint-Vincent se vide par groupes de 5
000 hommes. Le matin du 5 juillet, deux cents hommes jusque-là considérés
plutôt comme des planqués de la Compagnie de Commandement du 21e R.M.V.E.
doivent marcher dix kilomètres, puis être éloignés à 80 kilomètres avec, comme
corvée, de ramener chacun trois chevaux en deux étapes de 40 kilomètres. Au
retour, le soir du samedi 6, ils sont exténués.
La marche sur Metz
C’est pourtant là que commença, à partir du 4 juillet avec des départs par
paquets de 5000, le calvaire pour tous : une marche interminable de quatre-Vingt
kilomètres en deux jours sous un soleil de plomb. Des Allemands à cheval et en
222
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

motocyclettes conduisaient des gens en uniformes mal rasés, mal lavés,


amorphes et qui tenaient à peine debout. Heureusement, des civils pourvurent
au ravitaillement, nourriture, boisson et savon : la population civile repoussée
pendant la traversée des villages attendait à la sortie formant une haie des deux
côtés de la route. L’accueil chaleureux de la population encouragea les
malheureux.
Le détachement Tschiember : Le premier détachement du 21e, était
commandé par l’adjudant Tschiember. Il partit du Fort-Saint-Vincent le jeudi 4
juillet 1940. François Kammer-Mayer de la C.R.E. du régiment en faisait partie. Au
fort de Queuleu, point d’arrivée, le corps de garde à l’entrée portait, remarqua-t-
il, une inscription « Wache » (garde) qui fit rire les prisonniers : — « Oh, la
vache ! » Pendant ce temps, des camions allemands portant plaque WH (« double
vache ») sillonnaient les routes de France. Personnellement, à l’âge de 6 ans et
demi, le 22 juin 1940 environ, j’étais assis à Breuil-Barret, Vendée, sur le muret au
carrefour de la Départementale 49 (maintenant route du Général de Tassigny) et
je répétais en regardant passer les camions allemands filant vers le sud : « Des
doubles vaches… Encore des doubles vaches… » Sans doute, l’expression était
commune alors.
La Caserne du Lizé : Le détachement deux du 21e commandé par l’adjudant
Michel quitta Fort-Saint-Vincent le mardi 9 juillet 1940 à 5 heures 30 du matin ; il
passa par Pont-Saint-Vincent ; une vaste passerelle en bois réunissait les deux
extrémités du pont qui avait sauté ; il traversa Neufchâteau et ses grandes usines
silencieuses au bout d’une longue côte, il y avait soleil et la chaleur était grande.
La traversée de bout en bout de la forêt de Haye fut un moment agréable. Le
franchissement de la route Nancy-Toul par le détachement Michel se fit aux Cinq
Tranchées.
Il arriva sur Frouard-Pompey, lieu où depuis six jours la population civile
organisait des distributions de vivres aux prisonniers. On quitta Pompey, on
longea la Moselle. On déjeuna à Marbache dans un champ. Ensuite, ce fut
Belleville, Dieulouard. L’arrivée se fit vers 18 heures aux portes de Blénod-les-
Ponts-à-Mousson où l’on passa la nuit du 9 au 10 dans un champ où les 5 000
prisonniers s’engouffrèrent lentement. Durant ce temps, les Bavarois aimables
furent remplacés le 9 par des Prussiens brutaux.
Le 10 juillet 1940, lever à 3 heures 30 et départ à 5 heures ; traversée de Pont-
à-Mousson. On suit toujours la Moselle par Champey-sur-Moselle, Arnaville,
Noveant-sur-Moselle, Dornot. On s’arrête pour déjeuner à Ancy-sur-Moselle ;
nouveau départ à 14 heures 30, direction Metz par Ars-sur-Moselle et Moulins-
Arrivée à Moulins-les-Metz à 17 heures 30. Repartis immédiatement, arrivée à
223
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

19 heures la caserne Lizé à l’extrémité est de Metz, mais dans Metz, là où il n’y a
pas si longtemps le Général de Gaulle était colonel. Le 16 juillet, le détachement
Tschiember quitte le fort de Queuleu et rejoint le détachement Michel à la
caserne Lizé. L’adjudant Michel prit la direction des deux groupes. Une discorde
sournoise s’installera entre les deux détachements.
Le Fort de Queuleu
Le jeudi 25 juillet 1940, la caserne du Lizé devant être occupée par 6 000 S.S., le
21e R.M.V.E. quittait le quartier Lizé à 14 heures pour le fort de Queuleu rebaptisé
pour l’évènement Frontstalag 212 actif du 20 juillet 1940 au 2 décembre 1940 et
qui deviendra le stalag XII-E jusqu’en janvier 1942, et un camp d’internement (S.S.
Sonderlager) en octobre 1943 jusqu’au 14 août 1944. Les stalags XII faisaient
partie de la circonscription (Wehrkreis) XII de Wiesbaden. Le livre du baron Léon
de Rosen « Une captivité singulière à Metz » est d’une aide précieuse pour cette
période tant pour ses renseignements individuels que collectifs. Il montre
comment la vie se passait à Queuleu avec beaucoup de détails, notamment les
spectacles organisés par les prisonniers.
La dispersion du 21e dans les divers bâtiments du fort se produisit parmi
d’autres unités elles aussi désunies. La nourriture était juste suffisante. L’endroit
étant entouré de miradors et fils de fer barbelé et électrifié, les possibilités
d’évasion s’étaient amincies désespérément à part les corvées à l’extérieur
bientôt instaurées.
Au bout de 15 jours, de nombreux cas de dysenterie se déclarèrent.
Rapidement commencèrent des départs des « Kriegsgefangenen » sous-
alimentés et abattus pour l’Allemagne. Beaucoup perdirent alors leurs dernières
illusions d’un retour rapide au foyer. Le « Peuple des Seigneurs » (Herrenvolk) les
avait vaincus par l’épée. Ils relevaient maintenant de la création de l’espace vital
(Lebensraum) pour la grande Allemagne (Gross Deutschland). Elle nécessitait en
effet la réquisition d’une masse de deux millions d’esclaves travailleurs bon
marché. L’esclavage sur les lieux de travail étrangers risquait de se prolonger.
Le 2 août, 1 500 prisonniers qui ne sont pas des Volontaires étrangers, sauf cent
du 21e pour compléter la liste, quittent le fort de Queuleu, ignorant qu’ils sont
envoyés en Pologne.
Le 3 août, le 21e R.M.V.E. amputé de 100 hommes, soit 1 000 Volontaires
étrangers, reste temporairement seul au fort de Queuleu. Les Volontaires ne sont
plus noyés dans la masse des autres unités et une atmosphère de crainte s’installe
parmi les Espagnols, les Juifs, etc. Le 7 août, il a fallu donner la liste des Juifs et
des Bretons.
Les 9 et 10 août, heureusement, de nouveaux arrivages se produisent, plus de
224
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

2 000 prisonniers, dont un grand nombre venant du Lizé.


Le 17 août, 1500 hommes, dont environ 250 volontaires étrangers partent en
Allemagne.
À partir du 24 octobre approximativement 200 hommes, dont un groupe le 4
décembre, sont détachés au Fort Saint-Julien du village de Saint-Julien à deux
kilomètres du centre de Metz.
Le 8 décembre, quand tout le Bloc B de Queuleu part pour l’Allemagne, il ne
reste plus guère du 21e à Metz approximativement que les 200 hommes détachés
au Fort Saint-Julien, dont Boris Holban et Léon de Rosen. Boris Holban s’évadera
le 11 janvier 1941 et de Rosen s’évadera le 14 janvier 1941 et, quelques semaines
après, les prisonniers restants du fort Saint Julien furent envoyés en Allemagne.
Sort réservé aux volontaires espagnols prisonniers.
Comme leurs camarades français, la plupart des Volontaires étrangers furent
d’abord expédiés dans les stalags d’Allemagne. Les Volontaires et Légionnaires
étrangers espagnols faits prisonniers par la Wehrmacht furent d’abord conduits
en Allemagne dans un stalag, mais ensuite, privés du statut de prisonnier de
guerre, ils furent déportés en majorité dès la deuxième moitié de 1940. Ils avaient
été considérés dès le 4 août 1940, après que Franco les ait déchus de leur
nationalité espagnole, comme étant des « Rots Spanier » (rouge espagnol), c'est-
à-dire comme faisant partie des individus politiquement dangereux et voués,
pour cette raison, à la mort. Les 9 000 volontaires espagnols reçurent le triangle
bleu des apatrides et furent envoyés dans les camps de concentration d’Hitler,
dont le double camp de Mauthausen-Gusen, et ils y furent utilisés pour des
travaux forcés. Localisé en Autriche, à 20 km de Linz, le camp de Mauthausen
avait été créé le 8 août 1938. Il fut libéré le 5 mai 1945 par la 11e Division blindée
américaine, avec la collaboration de la résistance organisée à l’intérieur du camp.
Il comptait 49 camps annexes permanents (comme Gusen) et 10 kommandos
ayant existé pour quelques semaines seulement.
Des milliers de prisonniers espagnols travaillèrent dans les carrières de pierre
de Mauthausen et Gusen. Ils construisirent ce qui devait devenir le plus grand
broyeur en pierre de l'Europe. Au moment où le broyeur en pierre passa à l'action
en 1941, environ deux mille de ces Espagnols étaient morts dans sa construction.
Selon l’historienne Geneviève Dreyfus-Armand, à la date du 10 février 1940,
période charnière de la drôle de guerre, les Espagnols représentaient 2709
engagés dans les R.M.V.E. (soit près de la moitié des effectifs de ces unités) et 617
s’étaient engagés dans la Légion étrangère. Nous savons que sur plus de 7.000
Espagnols déportés à Mauthausen, seulement 2 000 survécurent dont:
Anselmo Trujillo dont voici le parcours
225
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Gurs, souvenez-vous en 2003, n° 93, page 8 et 9 : NOS PEINES. Le vieux chêne


s’est abattu, Anselmo Trujillo Terrer n’est plus. La nouvelle du décès de
l’infatigable lutteur a meurtri tous ses amis. On ne verra plus sa forte silhouette
dans les réunions, les cérémonies où il maintenait obstinément le souvenir du
combat des républicains, de son combat pour la démocratie en Espagne, pendant
les longues années de feu et d’exil. De grande culture et d’immense mémoire,
cédant aux sollicitations imprévues, il déclamait sans préparation et sans peine
aucune des dizaines de veines de Machado, Lorca et de tant d’autres. Infatigable
lutteur oui, car comme beaucoup de ses frères d’armes, miliciens de la
République, les années de 1936-45 l’ont vu dans de nombreuses batailles, mais
aussi dans beaucoup de camps. Né à Santa Cruz de Ténérife (Canaries, Espagne)
le 11 novembre 1914, il milite très tôt contre la dictature du Général Primo de
Rivera.
À la proclamation de la IIe République, le 14 avril 1936, il rejoint les Jeunesses
socialistes et la U.G.T. Le 18 juillet 1936, il participer au coup de feu contre les
putschistes. L’arrivée d’un détachement d’artillerie donne la victoire aux fascistes.
Arrêt, il est envoyé à Villa Cisneros, dans les sables sahraouis où les prisonniers
sont fusillés par petits groupes.
Profitant d’un soulèvement de tribus qui vide quasi totalement la garnison, il
parvient avec sept de ses camarades, à convaincre les soldats du camp à s’évader.
Habillé en lieutenant franquiste et avec l’aide des évadés et de la garnison ralliée,
il s’empare d’un bateau français de ravitaillement. Ils longent, jusqu’à Dakar, les
côtes d’Afrique dans les eaux territoriales françaises. À plusieurs reprises les
avions italiens, alliés de Franco, les survolent, mais ne les bombardent pas dans
la crainte de provoquer un incident diplomatique. Arrivé à Marseille, il se dirige
vers Barcelone et s’incorpore dans l’armée républicaine en mai 1937. Il participe
à de nombreuses opérations de sabotage derrière les lignes du front de Madrid,
puis d’Aragon, Huesca, Teruel, et à la bataille de l’Èbre. Survient alors la Retirada
devant la puissance de feu de l’ennemi. L’exil commence pour lui le 14 février
1939 à Prata de Mollo, village français des Pyrénées-Orientales, et n’aura plus de
fin... C’est la période des camps : Barcarès et Gurs (îlot J, baraque 9).
Indomptable, il repart défendre la démocratie dans l’armée française en
octobre 1939. Comme tous ses camarades, il refuse d’être mercenaire dans la
Légion étrangère et s’engage gratuitement et pour la durée de la Guerre, dans les
Régiments de Marche de Volontaires étrangers, créés pour cette occasion. Affecté
à la 35e DI, son régiment, le 1er R.M.V.E. prend de plein fouet l’offensive allemande
de mai 1940 dans l’Est de la France. Légèrement blessé, il est fait prisonnier.

226
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Si les Français, traités comme des prisonniers de guerre sont envoyés dans des
stalags, les Espagnols – rouges – eux, sont voués à la mort. Arrivé à Mauthausen,
Anselmo ruse. Aidé par un interprète Alsacien, ancien des Brigades
internationales incorporé dans la Wehrmacht, Anselmo se fait passer pour un
Français et parvient à faire douter ses gardiens. Il est envoyé dans un stalag.
Toujours déterminé, il tente une évasion et échoue dans un camp disciplinaire où
il souffre particulièrement du froid, de la faim et de l’épuisement par le travail
forcé. Beaucoup de ses camarades ne peuvent résister... Lui tient.
En janvier 1945, c’est la marche de la mort lors de l’évacuation du camp devant
l’avancée des Russes. Puis nouvelle évasion lors d’une halte et rencontre avec
l’avant-garde de soldats soviétiques kalmouks. Il devient gardien de prisonniers
allemands à Minsk et se retrouve à Odessa en attente d’un bateau pour la France.
Il échouera finalement en zone soviétique en Allemagne avant de prendre un
train pour Paris et Oloron-Ste-Marie, où l’attend sa famille.
Son premier travail d’homme à nouveau libre sera... le démolissage du camp de
Gurs !
Si cette volonté farouche de lutte pour la Liberté et pour la survie est une
constante chez beaucoup de Républicains confrontés aux deux guerres, qui ont
broyé leur génération, on doit bien admettre qu’Anselmo Trujillo a mené ce
combat à des niveaux rarement atteints. Ne renonçant jamais malgré la démesure
des forces contraires, il s’est toujours levé pour défendre son idéal démocratique.
Membre de l’Amicale du camp de Gurs dès l’origine, il a maintenu sa flamme
avec fougue, sa gentillesse. Le vieux chêne s’est abattu, mais son exemple
demeure. (Les italiques correspondent à mes modifications
. Quant aux Espagnols des C.T.E.-G.T.E., ils furent livrés à Hitler par les officiers
français réactionnaires qui dirigeaient les camps. Les Compagnies de Travailleurs
Étrangers, majoritairement espagnols, furent créées en France par le décret du
12 avril 1939 par le gouvernement Daladier.
Après l’Armistice, une loi datant du 27 septembre 1940 institua la
démobilisation pour les C.T.E. impliquant aussi les Volontaires Étrangers qui
n’avaient pas été capturés. Les Compagnies de Travailleurs Étrangers devinrent
des Groupements de Travailleurs étrangers. En réalité, ils furent laissés à la merci
des arrestations. Les évaluations actuelles des historiens espagnols tournent
autour de ces deux chiffres : 40.000 Espagnols capturés, 30.000 déportés. Avec
l’accord de Vichy, des Espagnols furent enrôlés comme travailleurs forcés par
l’organisation Todt, entreprise publique du IIIe Reich. On estime qu’en 1944,
191.000 étrangers travaillaient en France à la construction du Mur de l’Atlantique
pour l’organisation Todt et qu’au total, 15.000 Espagnols réfugiés en France et
227
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

livrés par la police française ont été internés dans des camps de travail Todt.
D’autres Espagnols sont encore livrés par la police de Vichy, arrêtés comme
résistants, et ils sont répartis après 1942 entre différents camps nationaux-
socialistes, les femmes étant déportées essentiellement à Ravensbrück. Situé
près de Furstenberg, dans le nord de l'Allemagne, le camp de Ravensbrück est
créé en 1938 et libéré le 30 avril 1945, par l'Armée russe. Il compte 31 camps
annexes et kommandos extérieurs. Les Espagnoles déportées à Ravensbrück
portent le triangle rouge des prisonniers politiques. Elles sont en effet
considérées comme des résistantes françaises…
Le 20 août 1940, 927 Espagnols réfugiés à Angoulême sont arrêtés et envoyés
par train à Mauthausen. Les hommes restent dans le camp, tandis que les
personnes non sélectionnées sont renvoyées en France avant d’être livrées à Irun
à la police franquiste. Les plus jeunes hommes de ce convoi ont formé à
Mauthausen “ le commando Poschacher ” du nom de l’entreprise qui les
exploitait. Grâce à eux, les clichés volés au laboratoire des S.S. par les membres
de la résistance espagnole du camp ont pu être cachés jusqu’à la libération dans
la maison de Madame Poitner, résistante autrichienne. Plus de 50 % des
Espagnols des camps ne reviendront pas.
Les soldats arméniens constituaient parmi les Volontaires étrangers (environ
47 nationalités différentes) un effectif d’environ 15 % parmi les Volontaires
étrangers ; leur pays est déchiqueté, la Russie se payant la part du lion, et il est
difficile de les comptabiliser en une seule nationalité, si bien qu’ils n’apparaissent
pas dans notre tableau final.Au début de l'année 1941, les Allemands
entreprirent de réunir au Stalag XI-A (Altengrabow près Magdebourg) les
Arméniens faits prisonniers dans les rangs de l'armée française. Entre 1 200 et 1
500 prisonniers furent rassemblés. Une bonne partie demeura au camp central,
groupée en détachement particulier, mais non isolée du reste. À plusieurs
reprises, les Allemands essayèrent de faire pression sur ces soldats d'origine
arménienne pour les gagner à leur cause. Ils leur firent adresser la parole par des
Arméniens fixés en Allemagne et ralliés au 3e Reich. Il s'agissait soit de rejoindre
les rangs de la Werhmacht, soit à tout le moins d'accepter un état de travailleurs
civils qui les désolidariserait de la masse et pour finir de la France. Des menaces,
des vexations, quelques brutalités même vinrent fréquemment appuyer ces
propositions.
En de telles circonstances, l'attitude fut digne de tous éloges. La fidélité à la
France qui les avait accueillis en 1920 et 1921, où ils avaient leurs affaires, leur
famille fut leur unique principe, il leur dicta à l'unanimité une réponse négative
ux propositions allemandes qui leur furent faites jusqu'en 1942. Une résistance
228
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

active s'élabora dans leurs rangs. Un des principaux animateurs en fut un sous-
officier de carrière, l'adjudant Kilidjian Baruir, qui eut de ce fait bien des fois maille
à partir avec les services allemands. Finalement, lassés de ces perpétuels échecs
dans leurs tentatives d'ébranler la fidélité des Arméniens captifs à la France, les
Allemands décidèrent en 1943 le transfert d'un bon nombre d'entre eux dans la
région berlinoise où ils furent transformés de force en travailleurs civils.
L'adjudant Kilidjian. (Liste N° 85 Kilidjian Bamir, 5-5-04, Karahissan, sergent RI
Stalag XVII A) fut emprisonné un certain temps et ne dut qu'à un heureux
concours de circonstances de pouvoir rentrer sain et sauf en France. C'est dans
ces conditions que la captivité s'acheva, sans avoir entamé l'attachement des
soldats français d'origine arménienne à la cause de leur pays d'adoption. Lettre
du R.P.D. Dubarle, l'homme de confiance du Stalag XI A.
Les combattants juifs prisonniers, bien qu’humiliés, astreints tous les jours au
travail eurent la chance qu’Hitler ait omis à leur égard de violer totalement la
Convention internationale de Genève protégeant le statut militaire. Tant qu’ils
portèrent l’uniforme, ils n’eurent pas à porter l’étoile jaune. Les prisonniers juifs
n’en avaient pas pour autant l’affection de leurs camarades français : voici un
extrait du livre de Léon de Rosen à propos du médecin-capitaine Lucien
Grumbach (Liste N° 17 : Grumbach Lucien, 25-2-08, Sarreguemines, capitaine
Médecin, G. S. D. 35.) alors prisonnier à Metz : « Le capitaine Grumbach est venu
déjeuner chez nous. Dieu sait comment, il s’est arrangé, il serait libéré d’ici
quelques jours. Quand les médecins de Queuleu ont appris la nouvelle, ils ont été
saisis de grande fureur. Même le docteur Cunin est allé au stalag se plaindre,
insistant sur le fait que Grumbach comme capitaine d’active et juif avait moins
que tous les autres les qualités requises pour se faire libérer. Rien n’y fait et le
capitaine Grumbach partira quand même ! »
"La Vie à BAUMHAUER, camp disciplinaire des prisonniers de guerre" de Léon
Salomon que nous trouvons dans le Bulletin de l’UVEACJ Notre Volonté de
décembre 1972 est un récit qui décrit bien le sort réservé aux prisonniers juifs. Le
voici in extenso : « Le 30 avril 1940, le 21e R.M.V.E. quitta Barcarès. Le 2 mai, nous
arrivions à Brumath. À plusieurs reprises, nous avons changé de cantonnement,
mais c’était encore et toujours la drôle de guerre. Le 21 avril, nous quittions
Hochfelden pour Saint-Mihiel (Meuse). C’était le front. Nous menions des
batailles contre les nazis, chaque jour amenait son lot de morts et de blessés. Je
fus blessé le 17 juin à Blénod-les-Toul (Meurthe-et-Moselle), mais il n’y avait plus
de possibilités pour m’évacuer, puisque notre Division avait été encerclée. Les
combats durèrent jusqu’au 22 juin, jour où notre régiment dut cesser la bataille
près de Colombey-lès-Belles.
229
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Le matin, nous reçûmes l’ordre d’arrêter le feu et de rester sur place. On nous
annonça que nous étions considérés comme des prisonniers d’honneur et nous
avions droit à un défilé d’honneur. Le Général Decharme, commandant la 35e D.I.,
nous salua et fit l’éloge pour notre attitude héroïque au cours des dures batailles.
Le 23 juin, en longues files, sous la surveillance des soldats allemands, nous
sommes partis pour Nancy (en réalité le Fort de Pont-Saint-Vincent !) où nous
avons séjourné jusqu’au 10 juillet dans des conditions pénibles. Ensuite, nous
avons été enfermés dans le fort de Queuleu à Metz, transformé en Frontstalag.
Très rapidement, des groupes clandestins se forment et recherchent des
contacts avec la population lorraine, qui nous aide. Quand les Allemands
commencèrent l’évacuation des Lorrains, nous réussîmes avec l’aide de la Croix-
Rouge, à faire évader un groupe assez important de prisonniers.
Je voudrais mentionner particulièrement sœur Hélène qui se distingua par son
dévouement à notre cause. Par la suite, en tant que résistante, elle a été
assassinée par les occupants (Léon Salomon est encore dans l’erreur). À Metz, un
monument en son honneur a été érigé.
Chaque évasion provoquait des répressions, mais cela ne nous arrêtait pas dans
l’organisation d’autres évasions.
Au mois de décembre (9 décembre), on nous envoya en Allemagne, au Stalag
de Limbourg (Stalag II A et aussi au Stalag XII B : Frankenthal) où l’on sépara les
Juifs des autres prisonniers. On nous installa dans des baraques spéciales et après
un certain temps, nous fumes envoyés à Baumholder. C’était un camp
disciplinaire, avec un régime particulièrement dur pour les Juifs. Nous arrivâmes
à Baumholder par une froide nuit d’hiver — le thermomètre marquait 30º au-
dessous de zéro. Un sous-officier des S.S. nous reçut avec ces mots : « Finis les
beaux jours. »
On nous installa dans des écuries ouvertes, le sol couvert d’une épaisse couche
de glace. Il n’y avait pas de lits ni de paille. Nous nous couchâmes directement à
même le sol. Pendant trois jours, nous fûmes isolés en attendant l’épouillage, au
cours duquel nous restâmes dehors, nus dans un froid glacial. Ensuite, nous avons
fait connaissance avec notre chef de camp, le S.S. Hoflus, que nous appelions
entre nous « Pflaume » (il se servait de ce mot comme injure). C’était une brute
sadique. Il punissait le moindre manquement à la discipline par de longues heures
d’exercice du genre : « Courir ! Coucher ! Debout ! », et cela dans la cour de neige
et avec l’accompagnement de coups et d’injures.
Dans son livre "Les grandes vacances" (Prix Goncourt 1947), Francis Ambrière
consacre un chapitre à ce camp, qu’il qualifie comme un des plus terribles. On
nous installa, nous les Juifs, dans des baraques à part. Cent personnes dans une
230
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

promiscuité effrayante.
Une discipline dure, des perquisitions fréquentes, des inspections de propreté.
Pour un peu de poussière dans un coin de la baraque, on subissait des punitions
pénibles. Les prisonniers portaient (instituée un mois après l’arrivée à
Baumholder) une croix blanche sur la poitrine et sur le dos de leurs vêtements.
Très souvent, on nous empêchait l’accès des baraques-lavabos, tout en exigeant
une propreté minutieuse. C’est à nous qu’étaient destinés les travaux les plus
durs. À midi, à la cantine, nous recevions un peu de soupe, sans avoir le droit de
nous asseoir même s’il y avait des places vides. Tous les non-juifs mangeaient
assis.
Il régnait une atmosphère de terreur : une nuit, un prisonnier fut tué par les
gardiens, lorsqu’il sortit de la baraque pour satisfaire des besoins physiologiques.
Contrairement aux accords de Genève, les sous-officiers juifs ont été contraints
aux travaux, parfois les plus insalubres.
La brute S.S. qu’était le commandant du camp profitait de chaque occasion
pour nous humilier et nous injurier. Un jour, au cours d’une réunion au camp, il
demanda au sous-officier juif Maurice Stern (aujourd’hui secrétaire général de
K.K.L. en France, Keren Kayemeth LeIsrael Jewish National Fund) près de quelle
cuisine roulante, il avait gagné ses galons militaires. Maurice répondit
courageusement que ce n’était pas en s’acharnant contre de malheureux
prisonniers de guerre à l’arrière du front.
Parmi les non-juifs se trouvait un certain nombre de collaborateurs du groupe
"Trait d’Union", diffusant un journal du même nom (journal prêchant la
collaboration, imprimé à Berlin. Même après le débarquement de Normandie, il y
aura encore dans les camps des croyants d’une union de Pétain avec l’Allemagne
et les Anglo-Américains pour une croisade anticommuniste). Malgré toutes ces
difficultés, nous étions en contact avec les prisonniers non-juifs, notamment avec
l’organisation de résistance, avec laquelle nous collaborions.
En 1943, on m’envoya avec un groupe de Polonais non-juifs dans un camp
militaire de travail à Wochern, près de la frontière luxembourgeoise. Nous avons
pris contact avec les habitants de la petite ville luxembourgeoise voisine du camp,
qui nous transmettaient des informations de divers fronts. C’était après
Stalingrad, l’espoir renaissait. Après le débarquement en France en 1944, au cours
de l’offensive de Rundstedt, nous nous trouvions tout près du front. Dans notre
village, il y avait un certain nombre de prisonniers américains. Nous les aidions en
leur procurant médicaments et vivres. Le commandement du camp a essayé de
nous renvoyer en Allemagne centrale. En tant qu’homme de confiance de notre
kommando, j’ai conseillé à mes camarades de nous opposer à cette décision.
231
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Nous nous sommes cachés dans les bois et je me suis adressé à l’Orts.Führer du
village pour qu’il nous aide, sinon les Américains lui demanderaient des comptes.
Huit jours plus tard, les Américains nous délivraient. »
La Communauté juive en zone occupée et zone libre :
Le 1er octobre : 1940, est décrété le recensement des juifs en zone occupée :
Il est rappelé que toutes les personnes de religion ou race juives sont tenues de
se présenter, avant le 20 octobre, à la préfecture (2e division) pour
l'arrondissement de Caen. Falaise, et aux sous-préfectures de Bayeux, Lisieux et
Vire pour les autres arrondissements, afin d'y souscrire la déclaration prévue par
l'ordonnance du 27 septembre 1940 du chef de l'administration militaire en
France.

En conséquence de cette déclaration, toute entreprise commerciale ou


industrielle juive devra être désignée comme telle par une affiche spéciale de 20
sur 40 centimètres, rédigée en langues allemande et française, imprimée en
lettres noires sur papier jaune et comportant l'inscription suivante : « Jüdisches
Geschäft, Entreprise juive ». Ces affiches sont à la disposition des intéressés à la
préfecture et aux sous-préfectures.
Le Maroc et l’Algérie devenus extension naturelle de la France pétainiste verront
dès le 31 octobre 1940, puis le 10 août 1941 promulgué le statut des Juifs avec
quelques modifications. Cependant les Dhimmy marocains ne relevant pas de la
juridiction française furent moins persécutés,
Le 21 mars 1941, la création du commissariat général aux questions juives dont
les locaux sont à la fois à Paris zone occupée (installé place des Petits-Pères, dans
le bâtiment de l'ancienne banque Léopold Louis-Dreyfus) et Vichy zone libre et
dans des directions régionales, est avec le 2e statut des Juifs du 2 juin 1941 qui
comporte l’obligation faite aux juifs de zone libre de se faire recenser, la
porteouverte à l’Holocauste par le régime de Pétain : arrestation des Juifs et leur
livraison aux Allemands par la police de Vichy.
232
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Autres Extraits du journal de l’UVEACJ : Ceux qui, grièvement blessés,


échappèrent à la captivité et furent démobilisés ne furent pas, plus tard, à l’abri
de la double répression de l’occupant et du gouvernement de Vichy qui affectait
tous les Juifs de France. Ils subirent les rafles, les internements et les
déportations. Lors de l’armistice, il avait été convenu que la situation des
militaires étrangers ayant servi dans l'armée française ou à ses côtés et celle des
ressortissants des pays étrangers ayant cherché un asile en France ferait l'objet
d'un accord ultérieur, fondé sur les principes d'honneur et d'humanité. Il ne
restait plus qu'à démobiliser. Ils le furent, mais au lieu de les renvoyer dans leurs
foyers, comme on fit en France avec les malheureux restes de l'armée française
dont ils avaient si largement partagé les épreuves, l'ordre vint de Vichy de les
désarmer et de les maintenir, non pas sous les drapeaux, mais sous l'uniforme.
On les dessaisit de leurs pièces d'identité et l'ont inscrit sur leur livret militaire
« Démobilisé et affecté au groupement des travailleurs étrangers, en exécution
des ordonnances de la note N°... du 22-9-1940 du Général de Division... »
« Certificat de bonne conduite accordé le 22-9-1940. Rayé des contrôles du N°...
R.E.I. le 22-9-1940 et incorporé ledit jour dans les unités de travailleurs
étrangers ». Tout l'odieux arbitraire de Vichy apparaît dans ces formules
« Démobilisé », « Rayé des contrôles et incorporé, mais non libéré ». Ce n'étaient
plus des militaires, c'étaient des « civils » encadrés militairement ; ce n'étaient
plus des engagés volontaires, c'étaient des travailleurs étrangers. Dix mois
d'abnégation et de sacrifices leur valurent d'être condamnés à quatre ans de
travaux forcés. Pour Vichy, ils avaient perdu leur titre de combattant français, ils
n'avaient plus que la qualification d'ennemi de l'Allemagne ; leur livret militaire
ne portait-il pas que leur engagement avait été à titre étranger pour la durée de
la guerre « contre l'Allemagne » ; et cela, aux yeux de Pétain, dénotait un mauvais
esprit, antieuropéen, alors que s'amorçait une politique qui tendait vers la
collaboration et favorisait la xénophobie... Ceux qui protestaient contre l'indigne
traitement réservé aux volontaires qui avaient servi la France se firent répondre
« qu'ils avaient servi l'ancienne France ». À d'autres qui demandaient de
rejoindre leur famille, on objectait :« vous vous êtes enrôlés pour la France de
Blum, d'Herriot, de Daladier, votre présence est indésirable en France... »
Cette position présentait pour Vichy quelques avantages ; il devenait possible
de livrer aux occupants les ressortissants allemands d'abord, et, ensuite les
autres, qualifiés de travailleurs volontaires qui, « rendus à la vie civile » ne
pouvaient plus invoquer la protection de la convention de Genève et de la
CroixRouge... L’inconvénient est qu’elle créait deux France.
Si le statut militaire des Juifs malgré une discrimination (Judennbaraks) sauva
233
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

bien des prisonniers juifs, leurs familles en France seront parmi les premières
victimes de la police de Vichy ;
La première rafle à Paris, dite du « billet vert » selon la couleur de la
convocation faite, eut lieu à Paris le 15 mai 1941.
Sur environ 5000 Juifs qui tombèrent dans le traquenard, 1500 étaient des
Volontaires étrangers. À la rafle du Vel’ d'Hiv’ entre les 16 et 17 juillet 1942 plus
de 13 000 personnes, dont près d'un tiers étaient des enfants, ont été arrêtées
dans Paris et sa banlieue ; presque toutes ont été assassinées, moins de cent ont
survécu à leur déportation. Les volontaires espagnols prisonniers furent envoyés
en grand nombre à Mauthausen et bien peu en revinrent.
L’absence d’Allemands en zone libre jusqu’en novembre 1942 n’a pas pour
autant empêché l’arrestation et la livraison de 10 000 Juifs et « la mort dans les
camps français de la zone libre de plus de 3 000 Juifs par la faim, le froid, la misère
physiologique. » Serge Klarsfeld.
Certes certains se comportèrent bien et refusèrent de participer aux
arrestations de Juifs; ainsi le général [Pierre Robert de Saint Vincent (1882-1954),
le 29 août 1942, à la suite de la grande rafle des Juifs en zone non occupée reçut
l'ordre de mettre des gendarmes à la disposition de l'intendant de police
Marchais pour procéder au convoyage de 650 Juifs de la zone non occupée à la
zone occupée. Il déclara alors : « Jamais je ne prêterai ma troupe pour une
opération semblable ». Le surlendemain, il était relevé de ses fonctions 5 par le
ministre de la Guerre du gouvernement de Vichy, le général Bridoux. Son
limogeage est annoncé dans la presse sans que les raisons en soient données.
Par exemple, à son retour du stalag, le volontaire du 22e R.M.V.E. Szulim Malach
trouva son logement vide, il ne revit jamais plus sa femme et son enfant. Tel sera
aussi le sort d’anciens des R.M.V.E. qui n’avaient pas été capturés en 1940 et de
grands mutilés de guerre. Autre exemple, le docteur Loran Kieselstein, Roumain
né le 28/03/1910, recruté R.M.V.E., SBC (75), matricule 5904, était caché à
Fuveau, Bouches du Rhône, sous l’identité discrète docteur Laurent et des papiers
parfaitement imités avec sa femme Berta née en 1912 et sa fille Madeleine née
en 1942. Le maire Barthélemy Félix, dit Bamban fit arrêter le docteur Laurent par
le plus odieux des stratagèmes, en lui donnant un rendez-vous à cinq heures du
matin en mairie pour lui donner un soi-disant laissez-passer. Ce n’était pas ce
fourbe qui était là, mais la Gestapo qui a emmené sans ménagement la famille
vers les camps de la mort, père d’un côté, mère et fille de l’autre... L’avocat le plus
habile de la place d’Aix à l’époque, payé à prix d’or, a su éviter au criminel d’être
fusillé et de finir sa vie en toute quiétude comme sacristain de l’église Sainte Rita
è Nice. Un an plus tard, le père qui avait réussi à s’évader revint au village et y
234
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

resta plus de six mois dans l’espoir de recevoir des nouvelles de sa famille, en
vain. Il s’installa comme médecin à Paris. Il mourut en Corse le 29 décembre 1997.
Jfbr.fuveau@wanadoo.fr.
Les Juifs et la naissance d’Israël : D’Abraham à Simon Drucker.
Isidore DRUCKER est né le 19 août 1930 à Paris, où il a vécu 59 rue Notre-Dame-
de-Nazareth. La seule photo que nous avons de lui est celle d’un bébé. Il a été
déporté par le convoi 22 du 21 août 1942.
Son père, Abraham, a été déporté par le convoi 4 ; sa mère, Thérèse, par le
convoi 15 ; et son frère aîné, qui a survécu, par le convoi 22. Il s’agit dans ce texte
d’Abraham Drucker (Abraham DRUCKER né le 05-01-1901 à Kulikow, Pologne)
père de Simon Drucker et non d’Abraham Drucker, le père de Michel Drucker.
Dans quel régiment de Légion était-il ? Témoignage extrait du livre « La guerre
d’indépendance d’Israël. Témoignages des volontaires français et
francophones », Éditions Machal, 2006, Simon Drucker : « Être en vie à 21 ans me
semblait une sorte de victoire » NB : aussi témoignage vidéo (Mémoires de la
Shoah – Simon Drucker). Né en 1924 à Paris, Simon Drucker vit avec ses parents
originaires de Pologne et son petit frère Isidore. Le père de Simon, sans-papiers,
fabrique des casquettes dans un atelier de la rue des Blancs-Manteaux :
— Il nous arrivait souvent d’avoir faim, mais nos parents nous donnaient
tellement d’amour, de tendresse, que dans les pires moments – et même plus
tard devant la mort – l’espoir ne nous abandonnera jamais, déclare Simon.
Après 1936, le père de Simon régularise sa situation et crée son entreprise de
commerce ambulant. Lorsque la guerre éclate, Abraham Drucker, né le 5 janvier
1901 à Kulikow (Pologne), décédé le 30 juin 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le
25 juin 1942 à Pithiviers (Loiret) le père de Simon s’engage dans la Légion
étrangère (Seine Bureau central, Mle 15836). Il combat en 1940 et est démobilisé
après la défaite, en zone libre. Il rejoint sa famille sur Paris et est arrêté le 13 mai
1941 lors de la rafle de la caserne des Minimes, place des Vosges, par des
gendarmes français, et enfermé au camp Pithiviers. Le 25 juin 1942, il est déporté
de Pithiviers à Auschwitz d’où il ne revient pas. Moins d’un mois plus tard, Simon,
sa mère et son frère Isidore sont à leur tour arrêtés à leur domicile lors de la rafle
du Vel’ d’Hiv’ par le même gendarme qui faisait traverser les enfants dans la rue
la veille.
— Je n’oublierai jamais la matinée du jeudi 16 juillet 1942. Il faisait beau et les
enfants n’avaient pas classe. Dès cinq heures du matin, la police français encercle
la rue Notre-Dame-de-Nazareth. La rue résonne de supplications, de cris, de
pleurs, de hurlements. À peine réveillées, à peine habillées, des familles entières

235
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

sont jetées à la rue. On nous emmène à pied dans un garage de la rue de


Bretagne. Il y a parmi nous des enfants en bas âge des vieillards qui marchent
difficilement, des malades encadrés par des policiers en uniforme ou en civil
devant des passants éberlués, compatissants ou indifférents, mais tous paralysés
par la peur. Du garage, des autobus nous conduisent au Vel' d’Hiv’. Nous y restons
plus de deux jours dans des conditions d’hygiène effroyables, avant d’être
transférés, toujours en autobus, jusqu’au camp de Beaune-la-Rolande, dans le
Loiret. Le 5 août, ma mère est déportée. À l’idée de nous laisser seuls, mon petit
frère et moi, elle est prise d’une crise de désespoir. Elle résiste aux gendarmes en
hurlant : “Mes enfants, mes enfants, que vont-ils devenir ?” Les gendarmes la
tirent avec brutalité, sous nos yeux. Mon petit frère est déporté le 19 août et moi
le 2 septembre. »
Simon Drucker a un parcours particulier. Il connaît onze camps d’extermination
ou de concentration (Osterod, Sallstedt, Elrich, Ottmuth, Kosel, Auschwitz,
Birkenau, Dora Nordhausen, Tzebinza, Buna-Monowitz) et sept prisons en
Allemagne (Erfurt, Leipzig, Halle, Kassel, Chemintz, Sarrebruck). Simon réussit à
s’évader du camp de Tzebinza, en Haute-Silésie avec trois camarades.
— À l’époque de notre évasion, le camp n’était pas encore en construction et
était sans clôture électrifiée.
Repris par la Gestapo et remis au S.S., il est envoyé à Auschwitz puis à Buna-
Morowitz. En 1945, il est évacué vers l’Allemagne. Il s’évade une nouvelle fois,
grâce à un bombardement dans la campagne. Enfin, il est libéré le 8 mai par les
Américains en Allemagne.
Il revient sur Paris, mais ne retrouve personne de sa famille. Il retourne dans
l’appartement de ses parents occupé par de nouveaux locataires.
—Être en vie à 21 ans me semblait une sorte de victoire, même si je n’avais pas
tellement envie de vivre.
Il se tourne alors vers Israël où d’anciens déportés essaient de débarquer et où
les combats commencent. — Aider des rescapés des camps de la mort à qui on
refusait un refuge me semblait un devoir impérieux, et donnait un sens à ma vie,
et éventuellement à ma mort, explique Simon. Il s’est donc rendu s’engager à
Paris.
Arrivé à Marseille, il embarque à bord de l’Atzmaout, « un rafiot dont on se
demandait s’il n’allait pas sombrer d’un moment à l’autre ». Au moment de son
arrivée à Haïfa, il ressent une grande émotion :
— Je pensais que depuis 2000 ans, à travers les persécutions, les pogroms, les
camps de la mort, des Juifs avaient vécu ce moment en rêve. Et nous, nous le
vivions.
236
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Regroupés au camp d’Atlit, les volontaires sont soumis à un entraînement


intensif et reçoivent une arme.
— Si en m’engageant à Paris, j’avais surtout pensé à mourir pour une cause, je
sentis vite grandir en moi le désir de vivre. Il reçoit un fusil Skoda, récupéré sur
les nazis en Tchécoslovaquie, une croix gammée était gravée sur la crosse. Au
contact avec l’ennemi, le doigt sur la détente, je me disais que je faisais partie du
destin d’Israël que j’avais fait le serment de défendre. L’unité de Simon, que David
Ben-Gourion est venu voir, est engagée à Julis puis à Beersheba où les combats
étaient durs. Plusieurs Machalnikim sont tombés lors des combats.
— Mon lieutenant, un garçon très doux, qui s’appelait Tsvi et avait survécu aux
persécutions en Europe, a sauté sur une mine au cours d’une patrouille et est
mort sous nos yeux. Je n’ai jamais oublié les Machalnikim morts au combat, et
dans mon souvenir, leur mort donne un sens à celle de tous les jeunes morts dans
les camps nazis.
Démobilisé en 1949, il revient sur Paris où il rencontrera sa future femme.
— Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, je ressens la fierté d’avoir été
associé à ce sauvetage et je revois comme si j’y étais le défilé de l’Indépendance
en mai 1949 à Tel-Aviv.
Simon Drucker a écrit à Paris en octobre 1998 un autre récit plus long « Shalom,
and Shana Tova » sur les évènements de sa vie.
Citons encore ceci par Samuel Pintel, secrétaire général de l’Amicale des
déportés de Bergen-Belsen :
En mai et juillet 1944, quatre convois composés de femmes et d’enfants de
prisonniers de guerre juifs considérés comme otages furent déportés depuis le
camp de Drancy au camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne les
2, 3 mai, 21 et 23 juillet 1944.
Ces convois comportaient au total 258 déportés. Il y avait 177 femmes de
prisonniers et 77 enfants, dont Albert Biegelman, Madeleine Bolla, Francine
Christophe, Victor Pérahia, Léon Placek, Denise Schumann, Raymond Weitzmann
et Maurice Zylberstein.
15 enfants de prisonniers de guerre furent déportés sans leurs mères, dont
Rosette et sa sœur Paulette Widawski.
Francine Christophe et Victor Pérahia furent arrêtés dès le mois de juillet 1942
et internés dans des camps français ou emprisonnés. D’autres enfants, raflés plus
tard, ont rejoint le camp de Drancy, lieu de rassemblement avant la déportation.
Trois enfants décédèrent au camp de Bergen-Belsen. La petite Yvonne Salamon y
naquit au mois d’octobre 1944.
Le 10 avril 1945, 5 jours avant la libération du camp par l’armée britannique,
237
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

les internés furent évacués avec d’autres par un convoi ferroviaire pour endurer
la dernière épreuve d’un trajet d’errance qui trouva son terme le 23 avril près de
la localité de Tröbitz sur l’Elbe, avec l’arrivée de l’avant-garde de l’armée
soviétique, avançant à marche forcée vers Berlin. Beaucoup d’enfants furent
atteints du typhus.
L’action de Vichy en zone libre à l’encontre des volontaires étrangers.
On était loin du discours d’un officier français au 21e R.M.V.E. : « Volontaires
étrangers, vous partez au front, comme sont déjà partis des milliers de vos
compatriotes. La France vous est reconnaissante de votre geste sublime. Elle
n’oubliera jamais votre sacrifice volontaire. Tous les Français partent
obligatoirement au front, mais vous le faites librement, volontairement.
Vous partez dans les régiments d’étrangers, mais la France vous considère d’ores
et déjà comme ses fils. »
Le récit de C.L. Flavian, « Ils furent des hommes », paru en 1948 aux Nouvelles
Éditions Latines l’expose explicitement :
Page 2e 20 ; « Enfin les ordres et les modalités pour la démobilisation des
volontaires étrangers arrivèrent. On devait procéder au licenciement immédiat
des cadres et des hommes de troupe français. Il n’en était pas de même pour les
engagés étrangers ; pour pouvoir être libérés, ils devaient avoir un certificat de
travail et prouver qu’ils étaient capables d’assumer les frais de leur existence. Ces
deux conditions étaient pratiquement impossibles à remplir pour des hommes
qui n’étaient pas français et venaient de faire 13 mois de campagnes, mais la
raison invoquée était, paraît-il, d’ordre public.
Tous les volontaires, non démobilisés, durent être versés dans des camps que
l’on appela “camps de travailleurs étrangers”. Ils y furent transformés
automatiquement en bagnards. Voici donc quelle fut l’attitude de Vichy à l’égard
des volontaires étrangers qui combattirent fidèlement et loyalement dans les
rangs de l’armée française. Voilà la reconnaissance d’un gouvernement vis-à-vis
de dizaines de milliers d’hommes accourus de partout pour la défense d’une
patrie d’adoption. »
Des amicales des Anciens Combattants volontaires étrangères naissaient dans
les différentes régions de la zone libre et :
Page 32 « Au début de 1941, une délégation d’anciens volontaires se présenta
chez moi, me demandant d’accepter la présence de l’Amicale (des Alpes-
Maritimes). Leur argument était que seul un officier avait l’autorité suffisante
pour les mettre tous d’accord et défendre efficacement leurs intérêts. En effet,
leur situation était souvent compliquée. Ces anciens soldats rendus rusquement

238
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

à la vie civile et sans grande aptitude pour ce genre d’occupation, étaient


devenus pour Vichy des « métèques » encombrants. Ils aggravaient aussi leur cas
du fait qu’ils avaient été volontaires pour la guerre contre l’Allemagne, avec
laquelle à présent nous devions collaborer.
De grands blessés, des amputés, trépanés, de grands décorés n’obtenaient
même pas un permis de séjour à Nice et n’avaient pas droit au travail comme tous
les hommes. Le préfet des Alpes-Maritimes les considérait presque comme des
indésirables dangereux. Plus d’un me répétait souvent la phrase de leur colonel
au moment de partir au combat : "Pour vous, volontaires étrangers, la France n’a
qu’un seul mot ‘ Reconnaissance". Et voici comment le Gouvernement de Vichy
mettait ce mot en pratique.
Devant cette situation, j’acceptai ce que l’on me demandait, et c’est ainsi qu’au
mois d’avril 1941, je devins Président de l’Amicale régimentaire des anciens
combattants volontaires (Région Alpes-Maritimes) »
En mai 1941, la Fédération des Amicales des Anciens Volontaires étrangers était
créée avec son siège à Limoges et à sa tête « Un officier au magnifique passé
militaire, le Général Goudouneix, grand officier de la Légion d’honneur,
possesseur de trois croix de guerre et d’innombrables citations. » (Goudouneix
Marie-Jean-Georges Général de Brigade né le 14 janvier 1881, mort 22 novembre
1966).
C.L. Flavian fut nommé directeur régional de la Fédération pour les Alpes-
Maritimes. En novembre 1941, le Général Goudouneix convoquait à Agen les
différents Directeurs régionaux de la Fédération dont le. « Brave colonel Debuissy
». Ajoutons au récit de Fulvian que Goudouneix, successeur du lieutenant-colonel
Puaud à la Fédération des amicales des volontaires étrangers fut informé en
décembre 1942, par le Commissariat général aux questions juives, confirmé par
le secrétaire auprès du chef du gouvernement, en mars 1943, que les anciens
volontaires juifs ne pouvaient s’y inscrire que par dérogation. Le 17 juillet 1940,
le dépôt commun des Régiments de marche de volontaires étrangers au camp de
Barcarès était transféré au camp de Septfonds (Tarn et Garonne), commandé par
Edgar Puaud qui apportera toute son aide aux volontaires, notamment aux Juifs.
En juillet 1942, dans une manœuvre que j’imagine avoir été faite en dépit des
apparences pour contourner Vichy et protéger et sauver les Juifs, le colonel
Puaud soumit au maréchal Pétain un plan pour le « reclassement et la
rééducation morale et professionnelle des étrangers en France. Ce plan, qui
impliquait la ségrégation des Juifs « indésirables », prévoyait l'établissement à
Madagascar et en Indochine de Juifs soigneusement sélectionnés dont l’activité
serait liée à l'agriculture et à l’achèvement de la « mission morale » de la France
239
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

en ramenant les Juifs de France à l’agriculture, tout cela en attendant la solution


internationale, après la guerre, du « problème juif ».
Entrevue avec deux survivants espagnols du camp de Mauthausem.
Procédures judiciaires – 08-04-2009. Deux des survivants espagnols de
Mauthausen regrettent que tant de leurs compatriotes prisonniers soient morts
sans reconnaissance.
"Les Allemands nous ont assassinés, mais c'était Franco qui voulait nous
exterminer."Ramiro Santisteban et Jesús Tello, les survivants du camp de
Mauthausen.sont les premiers ressortissants espagnols à prendre part à une
procédure judiciaire contre les nazis. Ramiro Santisteban (R.S.) de Cantabria et
Jesús Tello (J.T.) de Saragosse, maintenant dans leurs années quatre-vingt et des
témoins dans l'affaire Haute Cour contre quatre membres de la SS, ont survécu à
cinq ans de captivité à Mauthausen (Autriche) et 64 ans d'oubli. Il n'y a pas
d'amertume dans leurs paroles, mais ils se plaignent du manque d'intérêt des
gouvernements démocratiques durant toutes ces années.
Q. : — Qu'est-ce que vous espérez voir des autorités judiciaires espagnoles
dans la procédure qui viennent de commencer ?
R.S. : — Pas beaucoup. Elle arrive très tard. Très peu de républicains allés dans
les camps sont encore en vie. Des centaines de survivants espagnols des camps
sont morts sans quelque reconnaissance que ce soit. Ils sont allés de l'autre côté
sans la satisfaction de savoir que leur pays se souvenait d'eux ou ait fait quoi que
ce soit à propos de ceux qui les ont tués.
La démocratie a oublié les Espagnols qui sont passés par les camps nazis. Avec
Franco, cela était compréhensible, mais même depuis qu'il est mort rien n'a été
fait.
J.T. : — Oui, il est venu trop tard. Nous avons été les oubliés et nous continuons
à l'être. Ils n’ont jamais frappé à nos portes. Les gouvernements démocratiques
ont juste fait quelques gestes, comme lorsque Zapatero a visité Mauthausen.
Q. : — Alors, que voulez-vous demander à la démocratie espagnole ?
R. S. : Après tout ce temps et avec presque tous les prisonniers espagnols morts,
je demande seulement qu'ils en finissent avec les symboles du franquisme. Pour
nous, il est horrible de voir des statues du dictateur ou des symboles de cette
époque. À Berlin ou à Rome, il serait impensable de voir des statues d’Hitler ou
Mussolini.
Q. : — Quelle est la pire chose au sujet de vos cinq ans à Mauthausen ?
J. T. : La pire chose est, comme cela nous est arrivé, de voir les membres de votre
famille dans le camp. Santisteban était avec son père et son frère et j’étais avec

240
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

mon père. Dans de telles circonstances, vous souffrez plus de ce qui arrive à vos
proches que de vos propres douleurs et difficultés. Il est préférable d'être seul de
sa famille et juste en compagnie d'autres prisonniers.
R. S. : — La douleur est multiple. Vous souffrez en votre propre nom et celui de
vos proches. Je vis mon père puni peu de temps après son arrivée au camp. Il a
passé trois mois dans la section disciplinaire, ce qui équivalait à être condamné à
mort par épuisement à force de transporter les pierres d'une carrière. Je ne
pouvais rien faire. Ce fut la pire chose.
Q. : — Quelle était votre routine dans le centre de concentration ? J.T. : Travailler
et continuer à travailler dans la carrière jusqu'à ce que vous tombiez. Depuis
quatre heures moins le quart du matin jusqu'à la nuit, avec rien à manger sauf un
peu de pain ou une pomme de terre. Étant dans un « Kommando des jeunes »,
nous avions de meilleures conditions que les autres.
Q. : — Comment avez-vous réussi à survivre ?
R. S. : — Nous nous sommes habitués à vivre tous les jours avec la mort. Nous
étions arrivés très jeunes et très sains et nous avions traversé la guerre civile.
Cela nous a aidés. La stabilité mentale nous a aussi été importante, pour pouvoir
rejeter chaque jour toutes nos pensées noires, chaque jour le désespoir et pour
vivre chaque jour à la fois. Mais cela fut difficile. Nous avons passé cinq années
en pensant chaque jour qu’il pourrait être notre dernier ; chaque jour, la fumée
que nous pouvions voir sortir du crématoire nous le rappelait.
J.T. : — Et la chance est importante. La chance de ne pas tomber malade, parce
que toute maladie signifiait la mort. Même un rhume pouvait signifier la fin. La
chance de ne pas être détesté par l'un des chefs de camp. Et la chance de ne pas
être fusillé ou gazé dans un groupe qu’ils avaient décidé de faire disparaître.Q. :
— Avez-vous été puni à tout instant ?
RS. : — Nous avons tous été punis. Les nazis utilisaient les punitions et
humiliations pour leur propre divertissement. Un garde m'a presque tué parce
qu’à la carrière j’avais chargé un prisonnier avec une roche qu’il jugeait trop
petite. Il m'a battu avec une pioche et m'a frappé à l'arrière du cou avec la crosse
de son arme pendant un quart d'heure. Je tremblais de peur alors qu'il me disait
qu'il allait me tuer.
J.T. : —À Mauthausen, chaque chose était diabolique, le mal était absolu. La
mémoire m’est toujours restée de combien la vie humaine peut être évaluée à
moins que rien. Les conducteurs des camions nazis n’essayaient même pas de
freiner si un prisonnier plié vers le bas sous une charge de 30 kilos de roches
traversait leur chemin. Ils l'écrasaient. La vie ne valait rien. Si vous entriez dans
les six mètres du périmètre d'un garde, même accidentellement ou par mégarde,
241
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

il avait la permission de vous tuer. Et ce qui est pire, il obtenait un jour de congé
supplémentaire pour l’avoir fait.
Q.. : —Les Espagnols ont-ils été traités différemment des autres internés ?
RS. : — Non, nous avons subi le même sort que les autres. Mais la solidarité entre
les Espagnols était énorme. Les autres nationalités ne sont pas comme ça.
J.T. : — Il n'y a jamais eu un informateur ou un collaborateur chez les Espagnols
à Mauthausen. Le reste des prisonniers enviait notre solidarité.
Q.. : Qu'est-ce que Franco avait fait des Espagnols dans les camps nazis ?
RS. : — Le gouvernement espagnol a fait tout son possible pour faire que nous
tous, républicains, disparaissions dans les camps d'extermination. Les Allemands
nous ont tués, mais c’était Franco qui voulait nous exterminer. Les nazis ont
demandé à Serrano Suñer ce qu'ils devaient faire avec nous et le dictateur n'a
jamais répondu, en leur donnant un contrôle absolu sur nos vies.
J.T. : —Franco était comme Ponce Pilate. Sa connivence avec les nazis a été
prouvée par toutes sortes de documents historiques.
Citons encore ce témoignage de Kurt Werner Schaechter dépeignant la
conduite de Vichy hors métropole, témoignage paru dans notre Volonté en 1990.
« J’ai servi en 1939-1940 au 3e bataillon du 3e R.E.I. à Fez au Maroc. Engagé
volontaire pour la durée de la guerre à 17 ans, j’ai été la plus jeune recrue du
bataillon. C’est justement ce 3e bataillon du 3e R.E.I qui a combattu à Narvik en
Norvège sous les ordres de Monclar — colonel à l’époque — et remporté l’unique
bataille gagnée par l’armée française dans cette « drôle de guerre », bloquant
comme on sait toute une division allemande du Général Dietl. Quelques semaines
après l’armistice et les évènements de Mers-el-Kébir où la flotte française avait
été bombardée par la marine britannique, le climat était nettement hostile et la
perfidie d’Albion redevenue l’ennemie de toujours, alors que la droite
européenne, dont se prévalait aussi Vichy, miroitait un Ordre nouveau. Ainsi, tous
ceux qui à quelque titre que ce soit, lors de la guerre civile d’Espagne ou ailleurs
avaient combattu le fascisme ou s’étaient engagés dans l’armée française pour le
combattre étaient redevenus des ennemis, des apatrides, des indésirables, des
francs-maçons, des Juifs, des démocrates ou des ploutocrates, nous nous
trouvions dans le mauvais camp et on ne se cachait pas pour nous le faire
comprendre clairement et durement. En septembre 1940, la commission
d’armistice germano-italienne en Afrique du Nord ayant exigé que tous les
engagés volontaires de ce bataillon et du 3e R.E.I., donc combattants de la guerre
d’Espagne, réfugiés allemands, autrichiens, tchécoslovaques et hongrois, mais
aussi antifascistes italiens lui soient remis, tous ceux du 3e R.E.I. correspondant à

242
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

ce critère y compris ceux du 3e bataillon ayant combattu en Norvège furent alors


internés dans les camps du Maroc (prévus pour les prisonniers allemands) par
ordre du Général Noguès, commandant au Maroc et en exécution d’instructions
spéciales de Vichy. Tous les grades et insignes du régiment nous furent alors
enlevés et, considérés comme bagnard, toute la journée, nous dûmes effectuer
des travaux de terrassement.
Quelque temps après des officiers de la Légion nous firent rassembler et nous
dirent que la commission d’armistice germano-italienne en Afrique du Nord avait
exigé qu’on leur livre tous les sujets engagés volontaires allemands, autrichiens,
hongrois, italiens.
Et bien que nous ne fussions plus sous commandement de la Légion étrangère,
celle-ci s’y était opposée, ceci étant contraire à toutes les habitudes et au code
d’honneur des officiers de la Légion. Ils nous assurèrent alors que nul ne serait
livré aux pays de l’axe contre son gré, mais qu’ils avaient dû consentir à ce que
des officiers de la commission d’Armistice puissent se rendre dans le camp.
Effectivement, quelques jours plus tard, des officiers allemands et italiens en en
uniforme se présentèrent devant les hommes rassemblés et nous invitèrent en
allemand et en italien à les suivre pour rejoindre le grand combat des forces de
l’Axe, nous disant que ceci effacerait aussi la honte de nous être engagés dans la
Légion étrangère. Démarche qui eut peu de succès, trois hommes seulement
sortirent du rang après bien des hésitations.
Après le départ des officiers de la commission d’armistice, tous les anciens de
la guerre d’Espagne furent immédiatement isolés et internés dans une autre
partie du camp à peu de distance. Puis on nous fit savoir sans ambages que nous
serions envoyés au camp disciplinaire de Colomb Béchar. Ainsi, toujours dans
l’uniforme de l’armée française, nous étions devenus des bagnards, des Bat AF.
C’est alors que les anciens combattants de la guerre d’Espagne se révoltèrent.
Le commandement militaire fit donner la cavalerie, je crois des spahis qui
chargèrent du plat du sabre. Puis tous ces hommes furent enchaînés par dix ou
20 aux pieds et aux poignets par de longues chaînes cadenassées et ils furent
dirigés immédiatement sur Colomb Béchar. En toutes langues européennes,
montrant leurs mains et pieds, ils crièrent la honte d’être traités de la sorte.
Après le débarquement américain en Afrique du Nord, tous ces hommes
déportés à Colomb Béchar furent mobilisés à nouveau et firent la campagne
d’Italie et d’Allemagne dans la 2e Armée. Après la guerre, j’ai retrouvé deux de
mes amis qui avaient été grièvement blessés, l’un à Monte Cassino, l’autre dans
la bataille de Colmar.
La conduite de la France de De Gaulle après la libération, la voici :
243
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Les archives de l’Autrichien Kurt Werner Schaechter nous le disent : Après la


guerre, le gouvernement de De Gaulle tint des individus en internement dans des
camps officiellement fermés, des centaines d’étrangers, dont au moins 3
Britanniques, séjournèrent dans un camp d’internement près de Toulouse durant
quatre années afin de camoufler des stigmates de la Collaboration. Les
documents photographiés illégalement par Schaechter démontrent la
collaboration des fonctionnaires français avec les nazis jusqu’à neuf années après
la libération de la France et aussi avec quelle énergie ils cachèrent cette
collaboration. Kurt Werner Schaechter, Autrichien immigré en France en 1938 à
17 ans avec ses parents juifs est mort, à 86 ans, le 31 août 2007 à Alfortville et
l'annonce n'en a été faite que par quelques lignes parues dans le carnet du
Monde. Il a été légionnaire au 3e R.E.I, puis Résistant. Au printemps 1942, avant
même l'invasion de la zone libre par les Allemands, les gendarmes français
arrêtent ses parents Émile et Margarethe. Ils sont internés dans deux camps près
de Toulouse, puis acheminés par les convois de la SNCF n 50 du 4 mars 1943 et
n 75 du 30 mai 1944. Margarethe est gazée à Auschwitz et Émile tué à coups de
hache à Sobibor. Alors qu’il fait des recherches sur la déportation de ses parents,
Schaechter, en 1991, déniche illégalement dans les archives départementales de
Haute-Garonne, à Toulouse, des documents accablants sur les camps
d'internement du Sud-Ouest.
La Kurt Werner Schaechter Collection dans les Hoover Institution Archives a été
acquise en 2007 et consiste en 12 000 photocopies faites par Schaechter de
documents d’Archives françaises.
Au cours de son règne, d’ailleurs, De Gaulle laissa parfois poindre quelques
racines cagoulardes, antisémitiques et autocratiques qu’il masquait bien. Ainsi
donc, Zosa Szajkowski n’est pas le seul à avoir pillé les archives françaises et nous
devons honorer ces deux hommes pour leur contribution à la connaissance de la
vérité. Ces documents sont d’une valeur inestimable : sous une loi votée en 1979,
la plupart des archives de la France en temps de guerre sont gardées sous scellés
pour une période entre 60 et 150 ans après la date où elles ont été écrites, belle
façon du pays supposé des droits de l’homme de se déshonorer ainsi en cachant
ainsi sa crasse sous le tapis. L’affaire est trop sérieuse pour que je ne la répercute
pas ici :
Britanniques secrètement gardés dans les camps français d'après-guerre
(paru en 2004). Après la Libération le gouvernement de De Gaulle a maintenu
internées des personnes de nombreux pays dans des centres officiellement
fermés pour cacher la collaboration. Le gouvernement de Charles de Gaulle, ne
faisant pas mieux que Giraud et Darlan l’avaient fait au Maghreb, a tenu des
244
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

centaines d'étrangers, dont au moins trois Britanniques, dans un camp


d'internement près de Toulouse pour un maximum de quatre ans après la fin de
la Deuxième Guerre mondiale selon des documents tenus secrets. Les
documents, dont une partie est constituée par 12.000 photocopiées réalisées par
un Juif d'origine autrichienne, révèlent dans quelle mesure les autorités
françaises ont continué à collaborer avec leur ex-occupant nazi parti en fuite alors
même que la France était enfin libérée. Ils montrent aussi que, ne fois la guerre
était finie, la France a fait des efforts extraordinaires pour cacher autant de
preuves possibles de cette collaboration tardive.
Les documents forment une masse de registres, des télégrammes et des
manifestes que Kurt Werner Schaechter, un commerçant à la retraite, a copiés et
photocopiés en 1991 à partir des archives nationales de la préfecture de
Toulouse.
Ces documents sont particulièrement précieux, car en vertu d'une loi de 1979,
la plupart des archives de guerre de la France sont sous scellés pour une période
de 60 à 150 ans après qu’ils ont été écrits. « Ceci est une histoire inédite du côté
obscur de la Libération de la France il y a 60 ans, nous a dit, à son domicile à
Alfortville, en banlieue de Paris, Kurt Werner Schaechter, un ancien vendeur
d'instruments de musique. Des fonctionnaires français ont été impliqués dans un
scandale national qui a continué jusqu'en 1949 à savoir le traitement méprisable
de civils alliés et neutres internés pendant la guerre. »
Monsieur. Schaechter, l'année dernière (2003) a utilisé une partie de ces
documents pour tenter de forcer la SNCF de chemins de fer français à admettre
sa responsabilité dans le transport de 76.000 Juifs vers les camps de la mort nazis.
Exaspérés, certains historiens français ont dit que leur accès privilégié aux
archives classifiées a été compromis. Mais d'autres ont soutenu la campagne
pour un accès plus libre aux documents relatifs à une partie du passé de la France
qu'elle a longtemps préféré ignorer. De loin les plus compromettants de ces
documents récemment découverts sont ceux qui semblent montrer que le camp
Noé, à 40 km au sud de Toulouse, a continué à fonctionner en secret pendant
plusieurs années après la guerre. Noé était l'un des 300 camps mis en place à
partir de 1939 pour tenir les Juifs, les communistes et d'autres militants « anti-
français », tsiganes, criminels de droit commun et des ennemis étrangers.
Beaucoup de ces détenus ont été rapidement expédiés alors que la France était
progressivement libérée à l'été 1944, mais, dit M. Schaechter, tout le monde n’a
pu l’être dans le temps où les bombardements alliés des lignes de chemin de fer,
et l'intensification des combats sur le terrain y faisaient obstacle, et, finalement,
beaucoup n’ont tout simplement pas pu être alors déportés.
245
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Officiellement, les seuls camps encore ouverts après 1945 étaient là pour loger
une poignée de Roms, d’apatrides ainsi que des Français collaborateurs. Mais M.
Schaechter affirme que ses documents indiquent qu'une « section spéciale » du
camp Noé est restée active au moins jusqu'en 1947. Parmi ces documents se
trouve une lettre datée du 23 février 1946, écrite par le directeur du camp pour
le préfet à Toulouse. Il cherche à « attirer l'attention urgente sur “la situation
financière de plus en plus délicate de Noé”, ajoutant que les sommes saisies sur
les avoirs de ceux à l'abri “dans le camp” ne sont plus suffisantes pour couvrir les
coûts de maintenance de l’institution et de l'alimentation des détenus ». Les
comptes du camp montrent que les détenus étaient encore obligés de payer pour
leur « logement » en septembre 1947.
Se trouvent aussi parmi ces documents des lettres provenant du service
d’inspection des camps d’internement dépendant du Ministère de l’Intérieur et
de la préfecture qui demandent le nombre des « internés administratifs » encore
détenus dans les camps de département. Ces lettres sont datées du 5 et du 29
mars 1949, soit trois ans après que le dernier camp d'internement de la France
métropolitaine ait été officiellement fermé.
Des photocopies des registres du camp de Noé de 1945, 1946 et 1947 montrent
que parmi les détenus d'après-guerre de Noé, se trouvaient des citoyens de
Suisse, Suède, la Hollande, Belgique, Espagne, Portugal, Argentine et Brésil, ainsi
que trois Britanniques : Abdul Hussan, né en 1901 à Port-Louis, Maurice ; Leonard
Wynne, né à Londres en 1891 ; et Alfred Smith, né à Manchester en 1888. Le
camp est délivré par les maquisards le 19 août 1944. Il continua de fonctionner
avec les mêmes gardiens, étant utilisé officiellement pour l'internement de
collaborateurs, mais. M. Schaechter pense que les détenus par Vichy n’ont pas
été libérés à la fin de la guerre, et que cela a été occulté, car cela aurait été trop
embarrassant :
« La dernière chose que de Gaulle voulait, quand il essayait de construire
l'image d’une France victorieuse et héroïque, dit-il, était de révéler la vraie
mesure de sa collaboration en libérant des camps français des internés venant de
pays neutres et alliés. »
Des documents montrent également que des fonctionnaires français ont
continué d’envoyer à une mort quasi certaine des détenus de toutes nationalités
en les expulsant en Allemagne alors même que la France était libérée. Un registre
conservé montre qu’en 1944, le camp de Noé renfermait encore des détenus de
5 nationalités, dont trois Américains et 13 Britanniques âgés de 21 et 55, et un
autre britannique âge plus de 55 ans.
Le 24 juin 1944, deux semaines après le débarquement des Alliés sur les plages
246
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

de Normandie, le commandant du camp écrivait à la préfecture de Toulouse :


« J’ai l'honneur de vous informer que le 22 de ce mois neuf citoyens britanniques
ont été transférés à ce camp. Leurs noms comprennent William Rogerson, né à
Manchester en 1874 ; Edward Josephs, Londres, 1898 et Walter Slack, Hull
1891. » Le 26 juin, le commandant a informé la préfecture qu'il avait quatre
‘invités’ américains :
« Moore Sumner Kirby, né à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, en 1895,
Herbert Lespinasse, Stamford 1884 ; Gerald McLanghin, Detroit, 1898 ; et James
Smith, Los Angeles 1904. »
Certains de ces Britanniques et les Américains ‘regroupés’ à Noé, à la veille de
la libération étaient de riches résidents de la Côte d'Azur ; Sumner Kirby avait
épousé Leonida, princesse Bagration-Muhranskaja — plus tard, l'épouse de
Vladimir, un grand-duc des Romanov — à Nice en 1934. D'autres, comme Joseph
Edwards et Thomas Berridge, étaient des agriculteurs ou des ouvriers agricoles.
Beaucoup, sans doute, étaient du dernier transport des étrangers à quitter la
station de départ de Noé le 30 juillet 1944. Ce ‘transfert’ est mentionné dans un
télégramme du commandant du camp daté du 28 août — deux jours après un
million d'hommes et de femmes françaises se pressaient sur les Champs-Élysées
parisiens pour le défilé de la victoire et pour acclamer Charles de Gaulle.
M. Schaechter croit de plus que plusieurs d’entre eux sont morts à Dachau ;
ainsi, Sumner Kirby notamment est mort le 7 avril 1945 dans le camp de
concentration près de Leau Bernberg, Allemagne. Mais qu’est-il finalement arrivé
aux nombreuses personnes âgées et aux infirmes, qui restaient ? Certaines sont
marquées ‘transférées’. D'autres ont été déplacées en 1947 dans les camps de
Pithiviers ou Rivesaltes, à la fois officiellement fermés. Certains sont signalés
comme : « perdus d'accord avec M. Casse ». Et ce que cela signifie, on ne sait pas.
Référence : Lundi 4 octobre 2004 23.55 BST The Guardian : Sujet : Seconde
Guerre mondiale. France. Charles de Gaulle. Europe. Jon Henley à Paris.
Voilà donc les faits qui confirment que ; juste après-guerre, de Gaulle a vite
chaussé les bottes de Pétain et autres. Cela s’est vite reflété dans la nature des
partis qui se référèrent à lui. Parmi les godillots qui facilitèrent le retour du
Général de Gaulle au pouvoir en s’opposant à Mendès France, un libéral
cherchant un moyen de réformes politiques et économiques, à créer entre la
France et ses anciennes conquêtes des liens fondés sur l’égalité, sur le respect
mutuel et non plus sur une domination impériale, les Pieds Noirs apparaissent
comme ceux qui payèrent le prix le plus fort lorsque de Gaulle retranché dans son
moi se retourna contre eux, après avoir étiré la guerre d’Algérie, inutilement ;
mais tous les Français engagés dans cette guerre eurent à payer aussi.Après avoir
247
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

brillé au firmament, les grands hommes pour la plupart n’ont pas la grandeur de
Cincinnatus. Leur orgueil les entraîne à s’accrocher jusqu’à la décrépitude.
Lorsqu’il nous reste de l’admiration et de la peine pour eux, ils méritent d’être vus
selon la sentence de Corneille : « Le Cid bravo, Agésilas hélas, Attila holà. »
Cependant, lorsqu’ils ont commis trop de mal et éveillé notre mépris, la séquence
des ministres est la plus justifiée : « Premier ministre, ancien ministre, ex-
ministre, has been", crapule. » La deuxième séquence sied bien à Pétain et assez
bien à De Gaulle.
Pour les « petits », passer de héros à moins que zéro prît souvent des allures
dantesques de descente aux Enfers. Joseph Darnand et Edgard Puaud en sont les
exemples ; en suivant Pétain dans la voie de la collaboration, ils s’engagèrent sous
uniforme de l’ennemi pour combattre le diable communiste alors même que le
diable nazi occupait une moitié de la France et contrôlait l’autre. L’orgueil,
l’ambition, l’amoralité ou des convictions tordues et l’aventurisme étaient parmi
les facteurs variés de leur égarement cauchemardesque. Inversement, d’autres
surent habilement blanchir leur casier judiciaire où s’exfiltrer à l’image des
criminels nazis qui rejoignirent l’Argentine avec la complicité de l’Église
catholique, Vatican (Monsreigneur Houdal et Pie XII) et membres de l’ordre des
Franciscains.
Une atmosphère de trahison entoure l’historique des Armées de l’Est.
Le Général Jean a écrit un article « La Légion étrangère en Argonne en juin
1940 », article paru dans les Éditions du centre d’études argonnais.
Il ne s’agissait pas de la « Légion étrangère » au sens strict, mais bien du 21e
R.M.V.E. Nous avons extrait de cet article les journaux de marche du 21e R.M.V.E
qu’il contenait, ainsi que le rapport Obolenski sur le comportement héroïque du
capitaine Benac et les lignes suivantes :
« Première Guerre mondiale, dans les premiers temps de la stabilisation du
front en Argonne, dans la boue de l’hiver 1914 à 1945, les Légionnaires
garibaldiens du 4e régiment de marche du 1er étranger ont combattu et subi de
lourdes pertes en Argonne, contribuant héroïquement au maintien des positions
françaises en forêt de La Chalade. Dans les derniers jours de la défaite de 1940,
d’autres volontaires étrangers – de ceux qui affluèrent par milliers en octobre
1939 pour participer à la défense de la France – ont participé en Argonne aux
dernières résistances contre l’irrésistible élan blindé d’une Wehrmacht
dominatrice et sûre d’elle-même. Ils se sont battus dans Sainte-Menehould et La
Grange-aux-Bois avant d’être durement balayés et rejetés dans la forêt voisine.
Autant les garibaldiens de 1914, en bonne condition tant physique que

248
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

psychologique, étaient témérairement offensifs, autant les Légionnaires de


circonstance de 1940, fragments d’une armée française bousculée et malmenée
depuis un mois, étaient harassés, exténués par d’incessantes marches en repli,
manquant de munitions – voire de vivres – et acculés à des actions défensives
dans un contexte de débâcle, ils en étaient inévitablement moins motivés.
Ces volontaires étrangers en Argonne étaient ceux du 21e régiment de marche
de volontaires étrangers (21e R.M.V.E.)
Créé en octobre 1939, ce régiment – composé – outre l’état-major et les quatre
unités régimentaires C.C., C.H.R., C.R.E., Cie de pionniers – de trois bataillons à
trois Compagnies à quatre sections (en réalité cinq ; Sections1-2-3-4-S.C, la 5e
étant la Section de Commandement) était à effectif de 2800 hommes en plusieurs
dizaines de nationalités. Initialement regroupés à Sathonay (La Valbonne) ces
volontaires furent ensuite dirigés sur le Barcarès (Rivesaltes). Leur instruction fut
conduite alternativement au camp du Larzac et de Barcarès.e 30 avril 1940, le
régiment fut acheminé à Brumath (Bas-Rhin) en renforcement de la ligne
Maginot. La percée allemande dans les Ardennes amena son transport d’urgence
au Morthomme-Beflu (4 kilomètres de Grandpré) le 25 mai. Incorporé à la 35e
Division d’infanterie. Il fut immédiatement au contact, en défensive entre Le
Chêne-Populeux et Les Petites-Armoises ; il y subit des pertes le 26.
Dans la nuit du 8 au 9 juin, il fut matraqué par une violente préparation
d'artillerie, naturellement suivie d’une attaque sur tout le front de la Division.
Repoussée, l’attaque allemande recommença le lendemain, de manière plus
violente et avec l’appui de l’artillerie et de l’aviation. Le régiment tint bon. À
Noirval (6 kilomètres au sud du Chesne), un monument commémore le ferme
courage du 21e R.M.V.E. ».
Il faut se demander si l’arrivée tardive du 21e R.M.V.E. dans les Ardennes et à
l’endroit le plus périlleux du front n’est pas un coup monté du Général Duharme.
Bien qu’étant le régiment le plus déficient en armement. Le 21e R.M.V.E a été
placé par Decharme à l’endroit le plus directement exposé entre Le Chesne et
Petites-Armoises. Premières lignes le long du canal, derrière, des prés parfois fort
humides, sauf dans la partie la plus au Sud (près de Maison Rouge). Avec un
armement rouillé datant au mieux de l’autre guerre, le 21e R.M.V.E. avait une
capacité de feu réduite. Pour la nourriture, il fallait souvent se débrouiller
(popote à Boult aux Bois !). N’était-ce pas une bonne occasion d’en voir
disparaître un bon nombre ? Autant de bouches de moins à nourrir ! disait
Decharme à Sainte-Menehould à propos des Juifs… Lors du repli, c’est encore le
21e R.M.V.E. qui servit d’arrière-garde. Ce fut un carnage à Sainte-Menehould et
aux Islettes. Bien sûr, rien ne prouve la trahison. Pourtant la suite des
249
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

évènements semble s’y accorder. Il semble utile de préciser les évènements qui
menèrent à ce désastre. :
Après avoir percé le 13 mai à Sedan (19e Corps blindé de Guderian) la
Wehrmacht, qui borde maintenant la Manche, de Dunkerque (totalement évacué
le 6 juin) à la Seine, fonce vers le sud. L’ennemi du 21e R.M.V.E., qui appartient au
groupe d’armées Von Runstedt – et à la XIIe Armée Von List – est le corps blindé
de Guderian composé de quatre Panzerdivisionen – dont deux les 1re et 2e
dynamiques et irrésistibles, ont effectué la percée de Sedan le 13 mai, et de deux
divisions d’infanterie ayant rompu le front de Champagne (La Suippe à
Bétheniville – 20 kilomètres à l’est, nord-est de Reims est franchie le 10 juin au
soir). Ces divisions déferlent vers le sud-est en vue de prendre à revers le Groupe
d’Armée 9 qui tient encore solidement la ligne Maginot. Du fait de la rupture du
front de Champagne, à l’ouest, le 21e R.M.V.E. amoindri par des pertes
importantes reçoit l’ordre de décrocher et de sereplier sur l’Aire. Ce repli
s’effectue le 10 juin vers le défilé de la Croix-aux-Bois et, le 11, de ce défilé
jusqu’aux environs de Moncheutin et d’Autry.
Le 12 juin, l’enfoncement du front de Champagne impose un nouveau repli du
R.M.V.E. (jusqu’à Vienne-la-Ville pour le 1er bataillon), où le commandement
prévoit un repos de 4 heures.
Mais, contrairement à cette directive, dès l'arrivée du 1er bataillon de son
régiment dans ce village, le 13 à 3 heures (du matin) le chef de corps (Debuissy)
envoie immédiatement (malgré la fatigue) le 21e régiment assumer les défenses
des lisières nord et ouest de Sainte-Menehould et la ville elle-même.
Cette mesure est condamnée par Decharme et Delaissey malgré qu’ils sussent
que les Allemands étaient sur les talons du 21e (cf. récit du colonel Gallini).
Pourtant il est normal de penser que si le 21e n’avait quitté Vienne-la-Ville que
vers 7-8 heures du matin, ou bien il aurait été encerclé et anéanti dans Vienne-
la-Ville, ou bien le voyage de jour jusqu’à Sainte-Menehould aurait tourné à la
catastrophe, les Allemands ayant pratiquement anéanti le 2e bataillon du 5e R.I.C.
le 13 entre 8 heures 15 et 9 heures 30 à la ferme de Neuf Bellay, entre Auve et
Tilloy-Bellay à une quinzaine de kilomètres seulement à l’ouest de Sainte-
Menehould et se manifestant à Verrières et Sainte-Menehould vers la mi-
journée : Le 3e bataillon fut obligé de se replier et Sainte-Menehould fut attaqué
dès 13 heures… S’il était parti tard, le 21e R.M.V.E. même s’il avait réussi le trajet
vers Verrières et Sainte-Menehould, serait arrivé dans la ville presque en même
temps que les Allemands et il en aurait été balayé encore plus facilement et
même encerclé. Nous rejoignons là la thèse du « crime de Sainte-Menehould »
du livre de Hans Habe ; antisémite et xénophobe, anticommuniste et Weygando
250
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

vichyste, Decharme voyait le 21e R.M.V.E. comme un ramassis de pouilleux juifs


et communistes bons à sacrifier pour le bien de ses « vrais » régiments ; il devait
tout de même ressentir plus ou moins consciemment qu’agir ainsi
complaisamment envers l’idéal fasciste confinait à la trahison.Dans ce contexte,
l’attitude des généraux Delaissey et Decharme neutralisant puis éliminant
Debuissy encourage le doute à leur égard. Debuissy éliminé, ne s’agissait-il pas
ensuite de mener en laisse son régiment de bons à rien jusqu’à la défaite et les
remettre aux mains allemandes ? Decharme a fait que le 21e, pourtant plus prêt
et donc plus solide que le 22e et le 12e R.E.I n’a pas eu la gloire de ce dernier.
Le sentiment perçu qu’il y a bien eu trahison ne repose pas seulement sur ces
éléments locaux, mais aussi sur l’histoire de la conférence de Briare les 11 et 12
juin, la directive émise par Weygand et son revirement : avoir émis le 12 juin matin
une directive menant è continuer la lutte sa directive le 12 juin matin et que dès
le jour même n’en parla plus prête à s’interroger. Le 21e R.M.V.E. appartient alors
à la 2e Armée de Freydenberg, successeur d’Huntziger et plus particulièrement à
la 35e D.I. du Général Decharme. Freydenberg a répercuté à plusieurs reprises ses
ordres de repli au sud, soit l’essentiel de la directive de Weygand et personne n’a
obéi.
Pourquoi Freydenberg n’a-t-il pas été poursuivi ensuite ? N’en savait-il pas
trop ? La petite histoire rapporte que de Gaulle était allé demander à Huntziger
(quelle bourde !) de remplacer Weygand pas assez énergique. Une conclusion
s’impose : le projet contre la Gueuse était en action et Pétain incluait dans
ceprojet la décision de laisser aller les hommes des armées de l’Est vers les camps
de prisonniers, tandis qu’il négociait avec Hitler. Pétain n’eut sans doute aucune
peine à obtenir du réactionnaire et anticommuniste Weygand qu’il change d’idée.
La rupture du front de Champagne en l’absence de volonté d’échapper à
l’encerclement amena la 35e D.I. comme les autres armées de l’Est à des reculs
successifs jusqu’à leur reddition.
La 35e Division se replia donc frontalement en Argonne sous le couvert de son
29e G.R.D.I. (13) sur les trois fronts nord-sud de l’Aisne, de la Biesme et de l’Aire.
Au Chesne, c’était la 36e D.I. qui était en contact à gauche du 21e R.M.V.E., mais
avec la retraite, ce n’est plus le cas. En liaison théorique (!) avec le corps colonial
(6e D.I.C.) et, conforté au sud par la présence du 21e R.I.C. qui, installé loin du
contact avec l’ennemi à Verrières et Villers, depuis le 10 juin, n’a pas encore été
éprouvé, le 21e R.M.V.E. devait retarder l’ennemi sur l’Aisne de Sainte-Menehould
à Verrières, puis dans le massif de l’Argonne, mais le contact à sa gauche avec le
6e D.I.C. était inexistant…
À propos de cette « inexistence » de la 6e D.I.C., le chef de bataillon Raymond
251
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

du II/14e R.I. de la 36e Division note dans ses carnets de route – Ligne de front
H.S. N° 10, page 78 – en date du 12 juin : « À Cernay, nous franchissons la fameuse
ligne d’armée que la 6e Division d’Infanterie coloniale, D.I.C., a soi-disant
organisée et derrière laquelle nous sommes censés nous mettre à l’abri. Il n’y a
identiquement rien… »
La 36e D.I. qui s’est repliée par Quatre-Champs, Vouziers Monthois, Cernay-en-
Dormois, Ville-Sur-Tourne, La-Neuville-aux-Ponts, Sainte-Menehould entre le 13
juin (II/14e R.I.) à Villers-en-Argonne. Le dernier contact d’États-Majors entre la
35e et la 36e D.I. se fera le 11 juin matin à Senuc. La liaison entre le 21 e R.M.V.E.
avec le 6e D.I.C. ne pourra d’ailleurs se faire, le 2e bataillon du 5e R.I.C. étant
pratiquement anéanti le 13 entre 8 h 15 et 9 h 30 à la ferme de Neuf Bellay située
ntre Auve et Tilloy-Bellay à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Sainte-
Menehould en bordure de la RN 3 entre Chalons et Sainte-Menehould.
Cette dislocation du front de Champagne pourtant montrait que la situation
était désespérée, mais pas finale. Le camp de la trahison n’imaginait pas que la
guerre allait être mondiale et que leur désir "plutôt Hitler que Blum" allait être
brisé par Hitler. L'anecdote que relate le Général de Guillebon résume bien le
tout :
Un beau soir, deux soldats de Leclerc en goguette, n'ayant pas salué dans la
rue deux officiers, élèves du cours d'État-Major de Rabat, on en vint aux
invectives et puis aux coups. Le colonel qui commandait le cours demanda au
Général Leclerc d'expliquer l'incident devant les officiers du cours légitimement
choqués par ce manque d'égards. On se doute qu'il était dans l'intention de ce
colonel d'embarrasser Leclerc. Messieurs, un acte d'indiscipline très grave a été
commis par deux de mes hommes envers deux d'entre vous. Je viens vous dire
qui sont ces soldats et ce qu'ils ont fait pendant que vous, officiers de carrière,
attendiez tranquillement en famille que d'autres se battent pour la France. Ces
hommes ont été volontaires en Norvège. Ils ont été volontaires en juin 1940 pour
continuer la lutte qu'ils ont menée victorieusement depuis l'Égypte jusqu'à Tunis.
Quand, au lendemain de leur victoire, après un long exil, ces hommes sont enfin
arrivés chez eux, dans cette Afrique du Nord française, quand ils avaient affaire
dans un de vos bureaux, que voyaient-ils au-dessus de la tête de l'officier français
qui n'avait rien fait et qui souvent leur manifestait de l'hostilité ? Que voyaient-
ils ? Le portrait du maréchal Pétain ! Eh bien, messieurs ! pour mes hommes,
Pétain c'est Bazaine.
La disparition du 21e R.M.V.E vue de l’E.M. de la 35e division
Extraits du rapport du Capitaine BATAILLE, membre de l'État-Major de la 35e DI).

252
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Le 11 juin, le 21° R.M.V.E. et le 11e R.I. sont regroupés de part et d'autre de


SENUC. Ordres donnés le 12 pour le 13 juin : la DI retraitera en 3 groupes : - à
l'Ouest — aux ordres du Lt Colonel commandant le 21e R.I. — par Moncheutin —
Servon — Vienne-la-Ville : 21° R.M.V.E. +1 groupe du 14° RA + 601° Bataillon
antichars- au Centre : aux ordres du Lt Colonel commandant le 11° R.I. — par
Senuc-Lançon-Binarville- Vienne le-Château : 11° R.I. + 3° groupe du 14° RA - à
l'Est - aux ordres du Chef de Bataillon commandant le 123° R.I. par Marcq-Cornay-
Varennes 123° RI +2° groupe du 14e R.A. + batterie antichar.
La situation va se compliquer à l'Ouest. En fait, la 6e D.I.C. a décroché largement
à notre Sud (Ses éléments étant d'ailleurs dissociés) et notre flanc Ouest est
découvert. Les Allemands qui avancent rapidement avec blindés et motorisés sur
l'axe Vouziers-Sainte-Menehould vont talonner le repli de notre groupement
Debuissy (21e R.M.V.E.).
Le groupement de Carrère (Ouest) du 29e G.R. n'a pu encore à 10h30 prendre
liaison avec le groupement Debuissy (1). Des motocyclistes allemands sont à La
Mare aux Boeufs ; des éléments motorisés ennemis poussent par la rive gauche
sur l'Aisne de Servon. Le Lt Colonel Debuissy, pour des raisons encore mal
expliquées — mais probablement parce qu'apprenant la menace sur son flanc, il
craint pour la sécurité de son groupement — n'a pas marqué l'arrêt de 4 heures
prévu dans la région de Vienne la Ville. Repartant de cette zone à 3 heures, le 13
juin, il arrivera vers 8 heures avec des troupes fatiguées aux abords de Sainte
Menehould où les Allemands ont déjà des éléments.
Dans la soirée du 13 juin, la situation de la division, à l'Ouest, s'est encore
aggravée. En effet, à la tombée du jour, l'ennemi attaque Verrières par le Nord,
l'Ouest et le Sud. L'élément qui tenait cette localité (fractions régimentaires et un
bataillon du 21e R.M.V.E., harassé par la marche épuisante de la nuit précédente),
paraît s'être laissé surprendre et a reflué rapidement sur la lisière de la forêt
tenue par le 21e R.I.C. Les fractions regroupées sont rassemblées au point du jour
à Passavant où le général commandant la Division avait porté, le 13 au soir, en
soutien, des coloniaux du groupement temporaire du Lt Colonel MARTYN. Le
214e RA était depuis la veille, dans la région de Passavant, en mesure de tirer en
avant de la trouée de Villers en Argonne et d'appuyer la défense du point d'appui
des Islettes.
Au jour, le 14, l'attaque allemande part sur notre front Ouest ; elle est
particulièrement violente au saillant des Chalandes qui est tenu par des fractions
des 2 bataillons du 21e R.M.V.E. ; vers 3 h, malgré la très belle défense de certains
groupements (Compagnie Gay-Compagnie Duvernay -groupe franc du Lieutenant
Deshayes), les unités sont dissociées et rejetées, avec pertes sérieuses, dans la
253
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

forêt. À 8h30, les Allemands attaquent La-Grange-aux-Bois : découverte par le


repli du 21e Étranger ; la 2e Compagnie du 11e R.I. doit céder assez rapidement la
localité.
L'attaque se porte ensuite sur le front Nord du Bois communal et du Bois des
Germeries occupé par le gros du 1/11e R.I. (1re Compagnie-6e Compagnie-CAB/1).
Elle est préparée par un bombardement des lisières.
16 juin : Mort du Commandant d'Olce à Gimécourt + Capitaine Knessmann+
Lieutenant Fety par éclatement de deux obus dans le porche de l'église où ils
setrouvaient. Blessés : Lieutenant Chaubet (Renseignements) — Lieutenant
Courpron (Transmissions) — Lieutenant Guiu.
17 juin : regroupement en forêt de Vaucouleurs où le 21e R.M.V.E. les a précédés.
Il a quitté Sampigny le 16 à 19 h. Il est passé sur la rive droite de la Meuse à 19 h.
Le 21e R.M.V.E. et le 18e B.I.L.A. sont regroupés en forêt Ouest de Rigny St Martin.
L'encerclement des troupes est en cours de réalisation. Il ne reste plus qu'une
voie libre au SE (Vézelise => Charmes=> Moselle=> Épinal) Bruits d'armistice...
demande d'arrêt des combats de Pétain... Découragement. -
18 juin : Le 21e R.M.V.E., 2e et 3e Bat – (le 1er est resté au fort de Blénod) est dans
les bois d'Ansiota à l'est d'Allain. Combats à Toul -Résistance du 1/21e à
Colombey.
Le 20 juin, Vézelise est pris. Avance ennemie sur Toul (dans le dos des troupes !) :
l'encerclement se précise. Le 21e R.M.V.E. et le 18e B.I.L.A. barrent la route de
Colombey à Pont-Saint-Vincent - Allain - Bois d'Ansiota.
Le 21 juin : attaque allemande. À 13 h : préparatifs de reddition (drapeau brûlé)
-rassemblement à Thuilley aux Groseilles.
Dans la nuit du 21 au 22, envoi d'un parlementaire pour une suspension d'armes.
Accord le 22 à 8 h pour un cessez-le-feu. Immobilisation des troupes F et D.
L’examen de ce rapport de l’E.M de la 35e division qui m’est parvenu en
novembre 2017 n’a rien pour atténuer la conviction que je m’étais faite
auparavant : Le dénuement du 21e R.M.V.E. n’était pas pourtant la raison
prédominante de son mauvais accueil par la 35e division qui avait aussi ses
faiblesses, notablement dans l’entraînement de ses appelés, son parc de
véhicules et de chevaux, dans l’habillement et l’armement. Le mal profond de ces
officiers de la 35e Division, dont le général (Decharme, Massis, Jobin, Dufourg…),
était qu’ils étaient pour la plupart antisémites xénophobes et membres ou
sympathisants de la Cagoule, si bien qu’ils s’occupèrent plus à isoler,
consciemment ou pas le 21e , qu’à l’associer vraiment à la Division ; du moins,
254
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

c’est le sentiment qui ressortait déjà à la lecture des documents de Robert


Dufourg, André Dufilho et Henri de Rolland, voire même que toute la troupe de
la 35e division était loin de partager la doctrine politique cagoularde de ses chefs
et que même se perçoit dans ce rappoprt du capitaine Bataille une certaine
empathie pour Debuissy et sa troupe . À l’étude des documents récupérés, il est
remarquablement symptomatique de voir dans les rapports d’état-major de la
Division le 21e R.M.V.E. souvent mis de côté ; le 11e et le 123e d’une part, le 21°
R.M.V.E. d’autre part.
Le repos de 4 heures demandé au 21e Régiment par la Division et la situation
particulièrement difficile où il se trouvait sont confirmés dans ce rapport et il
n’est pas difficile d’en induire qu’on offrait, bon débarras, ce régiment aux
moyens limités en pâté à la poussée allemande.
Plutôt qu’avouer ces arrière-pensées racistes, il était plus facile de condamner
Debuissy, même à le remplacer par plus âgé, mais plus servile.
Des 1.850.000 prisonniers de guerre résultant de cette guerre mal préparée et
mal conduite, près de la moitié d´entre eux entrèrent en captivité après que
Pétain, dans l´attente d´un traité de paix imminent, eût appelé à cesser le
combat. Dans les premières semaines, 275.000 prisonniers de guerre furent
libérés, dont les prisonniers originaires de l´Alsace et de la Lorraine annexées
(pour se retrouver peu de temps après enrôlés de force dans la Wehrmacht), les
blessés, les malades, des fonctionnaires et des agriculteurs ou ouvriers agricoles.
Les 90.000 prisonniers non métropolitains, pour la plupart de couleur, des
colonies françaises et d´Afrique du Nord ainsi que 110.000 autres prisonniers de
guerre restèrent d’abord dans les Frontstalags en France.Environ 1.580.000
prisonniers français furent transférés en Allemagne, et Pologne entre l’été 1940
et mars 1941, y compris 450.000 cultivateurs et ouvriers agricoles, dans les 28
camps pour officiers (Oflags) et 69 camps pour hommes de troupe (Stalags) des
dix régions militaires (Wehrkreise). Ils représentent environ 10 % de la population
française masculine adulte de l’époque ce qui porta durablement préjudice à la
production agricole et industrielle française. 95 % des prisonniers de guerre
furent immédiatement transférés des Stalags dans 82.000 commandos de travail
dans l´industrie, l´agriculture ou l´artisanat ayant eux-mêmes souvent leur propre
camp, de taille variable, ou furent affectés à des commandos mobiles : Bau- und
Arbeitsbataillons. Au début de l’année 1941 sont libérés les pères de famille de
quatre enfants mineurs, des frères aînés de quatre enfants de certaines
catégories de fonctionnaires, d’agriculteurs et d’artisans (menuisiers,
charpentiers, cimentiers, ferrailleurs) nécessaires au redémarrage de l’économie
Ces hommes « en congé de captivité » doivent s’enregistrer dans la
255
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Kommandantur la plus proche.


Avec « La Relève » en fin de l’année 1942, 250 000 travailleurs français devaient
rejoindre l’Allemagne, dont 150 000 spécialistes. En juin, ils sont 12.000
volontaires, en juillet 23.000, en août 18.000. À la fin de l’année, ils sont 240 000.
Par la suite, les échanges, un prisonnier de guerre contre trois volontaires ne se
feront que goutte à goutte. Les Allemands libèrent de préférence les blessés, les
malades et les inaptes à l’économie de guerre allemande.
Avec « Le S.T.O. » (Service du travail obligatoire, entre février 1943 et juillet 1945
700.000 Français furent déportés en Allemagne et en Pologne dans les usines de
guerre. 250.000 prisonniers de guerre durent également travailler pour le Reich
à partir de 1943 après avoir été « transformés » de gré ou de force en travailleurs
civils. Le nombre des prisonniers de guerre français détenus dans des camps
allemands diminua au fur et à mesure pour atteindre 940.000 fin 1944. Ce chiffre
correspond à 70.000 évasions réussies, 90.747 remises en liberté dans le cadre
de la « Relève » et 324.000 autres remises en liberté pour des raisons diverses.
21.000 français prisonniers de guerre trouvèrent la mort ou sont portés disparus
jusqu´en 1944. La dernière année de guerre coûta la vie à 37.000 prisonniers
supplémentaires. Lorsque l´on décida en 1942 d´emmener les prisonniers de
guerre soviétiques survivants en Allemagne et de les forcer au travail au lieu de
les laisser mourir de faim dans les Frontstalags (comme tel avait été le sort de 2
millions d´entre eux auparavant), la part relative des Français parmi les
prisonniers de guerre retenus en Allemagne diminua. Avant janvier 1942, les
Français avaient représenté presque 70 % des prisonniers de guerre en
Allemagne. Les deux tiers environ des Français prisonniers de guerre furent
retenus cinq années entières en captivité en Allemagne.
À la fin de 1944, alors que la France est presque entièrement libérée par les
Alliés, environ deux millions de Français se trouvent encore en Allemagne et la
plupart travaillent plus ou moins pour le Reich. Parmi eux, on dénombre environ
un million de prisonniers de guerre. Une catégorie à part de 200.000 hommes est
celle des anciens prisonniers de guerre qui ont choisi le statut de « travailleur
libre », soumis aux lois nazies. Par ailleurs, 600.000 travailleurs du STO forment
la troisième catégorie. Quant aux travailleurs partis plus ou moins
volontairement, ils sont environ 40.000. À cela, s'ajoute une autre catégorie de
« travailleurs » pour l'Allemagne : les Alsaciens ou Lorrains, filles et garçons (S.T.O
et uniforme allemand). Quant aux travailleurs partis en Allemagne plus ou moins
volontairement, ils sont environ 40.000. À cela, s'ajoute une autre catégorie de
« travailleurs » pour l'Allemagne : les Alsaciens ou Lorrains, filles et garçons (S.T.O
et uniforme allemand).
256
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

Quant aux volontaites étrangers, des Espagnols et des Juifs, beaucoup périrent
dans les camps de concentration et plus à partir de la France, Drancy notamment,
la « porte d’entrés d’Auschwitz » qu’à partir des camps de prisonniers.
L’ombre de la trahison plane sur cete triste défaite de 1940. Dès l’été 1940 déjà
Marc Bloch écrivait son « Témoignage 40 » où il plaçait le fardeau de la
catastrophe autant sur le dos des syndicats que sur celui du pacifisme
réactionnaire. La publication sous le titre « L’étrange défaite » en 1947 évoquait
déjà plus la mot « trahison ». Il faut dire que dans l’intervalle, le procès
interrompu de Riom avait fait osciller la balance dans cette direction. Et que dès
1944 avait été publié « Les dessous de l’armistice par un témoin ». 10 juin 1940
dans une lettre à Paul Reynaud, Weygand déclara qu’il « était loin d’avoir perdu
tout espoir » et l’instruction secrète 1444/FT du 11 juin ordonnant pour le 12
matin le repli sans alignement sur une ligne Dijon-Caen le démontre, mais
surviennent la protestation du général Prételat connu pour avoir eu des rapports
avec la Cagoule et surtout l’intervention le même 11 de De Gaulle près
d’Huntziger, autre commensal de cette Cagoule. Le 12, les troupes de l’Est ne se
replient pas, sauf le général Freydenberg et son état-major, et elles sont
encerclées! Est-ce là l’éclosion du supposé complot? Pour le 12 juin en soirée,
l’écrivain Hans Habe rapporte dans “A Thousand Shall Fall” que le général
Decharme de la 35e D.I..a tenu au colonel Debuissy du 21e R.M.V.E dans le bois
de Bouconville des propos étranges qui ne peuvent relever que de l’ignorance ou
de l’incompétence ou de la malveillance. Le 13 matin au réveil, les volontaires
réalisaient déjà qu’ils avaient été floués. Un lien avec l’instruction secrète ?
L’histoire de la dissolution envisagée du 21e après l’éviction de Debuissy et le
rapport du lieutenant Pold sur le repli du train régimentaire ne font que conforter
la suspicion.
Lors du procès Pétain, le document Alibert de novembre 1942, ne fut qu’un
pétard mouillé même s'il dévoilait que ledit Alibert faisait partie de la cagoule,
ainsi que Darlan, Huntziger, Déat, et autres, et que le maréchal Pétain était leur
drapeau; et que leur intention était de prendre le pouvoir pour instaurer un
régime sur le modèle de Franco, en utilisant les services de celui-ci et au besoin
l'appui d'Hitler). Par contre, en 2010, le document Klarsfeld montrant
l’antisémitisme de Pétain remit tout en question, sinon un retour à la case départ.
Pourtant, on n’a pas manqué encore de semer le doute ! Jacques Alibert, le fils
de Raphaël Alibert, garde des Sceaux à l'origine du statut des juifs, pourrait être
le mystérieux donateur du document, soulignant ainsi en représaille un certain
propos de son père qui avait été « oblitéré ».
Et que penser du général Maxime Weygand? Réactionnaire antisémite
257
CHAPITRE III Disparition du 21e R.M.V.E.,

forcené, Maréchaliste inconditionnel et partisan radical de la « révolution


nationale », Weygand a notamment signé une terrible note de service, la
tristement fameuse 343QJ du 30 septembre 1941, dans laquelle il interdit aux
enfants juifs de fréquenter les écoles primaires et secondaires. Son témoignage
au procès Pétain se ressent de son arrogance. Etc.
Que peut-on penser d’Huntziger qui a dans les Ardennes a « ouvert la porte »
aux blindés allemands et de Georges qui a tout fait pour leur ouvrir un couloir en
ralentissant et sabotant la manœuvre de Gamelin.
Que penser d’André Bettencourt, 1919, 2007, qui de collaborateur s’est retrouvé
douteusement résistant et déporté et faire une belle carrière politique, alors que
le Juif hongrois Deszo Leibovits dans un parcours apparenté a eu toutes les peines
à faire reconnaître que son double-jeu répondait à la morale?
Un faisceau d’indices orientent obstinément la boussole vers la réalité de la
trahison et même les dénis en deviennent une preuve pas leur multiplicité. Les
documents s’accumulent; en 2012, encore, des documents venant d’Adrien
Marquet, l’ami d’Abetz et de Robert Dufourg étaient trouvés. etc.

258
Chapitre IV Documents.

CHAPITRE IV Documents.
Ce chapitre provenant du Centre de Documentation de la Légion étrangère, des
documents transcrits par Mr Didier MICHON. Ne nous étant parvenu qu’en 2018,
nous n’avons pas voulu reprendre les chapitres précédents malgré les répétitions
et contradictions.
Premier Bataillon rapport Mirabail Journal de Marche
CADRES DU BATAILLON
État-Major
Chef de Bataillon Mirabail
Capitaine adjoint Bigot
Lieutenant adjoint Briand
Médecin lieutenant Rousse
Médecin auxiliaire Machtou
re
1 Compagnie
Commandant de Cie Lieutenant Gay
Chefs de section Lieutenant Dupont
S/Lieutenant Ponomarev
Aspirant Charpentier
2e Compagnie
Commandant de Cie Capitaine Gaillard
Chefs de section Lieutenant Deshayes
Lieutenant Becaud
Lieutenant Houtard
e
3 Compagnie
Commandant de Cie Capitaine Benac
Chefs de section Lieutenant Obolenski
Lieutenant Lintignac
Lieutenant Calix
C.A.1
Commandant de Cie Capitaine Modéna
Chefs de section Lieutenant Belissent
Lieutenant Yonine
Lieutenant Charlot
Lieutenant Neveu
30 avril 1940. Départ en Alsace : Embarquement à Rivesaltes vers 20 heures.: au
départ il n’y a pas de voiturettes de mitrailleuses ni de mortiers, ni de cuisine

259
Chapitre IV Documents.

roulante. Les 14 camionnettes Peugeot du bataillon sont réunies avec toutes


celles du régiment dans un train spécial. Le Lieutenant Deshayes commande le
détachement des camionnettes du bataillon; seule la voiture légère de tourisme
Peugeot est embarquée avec le bataillon. Itinéraire : RIVESALTES – NARBONNE –
SÈTE – NÎMES – TARASCON – AVIGNON -LYON -GRAY – VESOUL – ÉPINAL –
LUNÉVILLE – SAVERNE -BRUMATH,
2 mai Débarquement du bataillon à Brumath vers midi. Sur le quai, le général
Delaissey accompagné du Capitaine Lagarrigue, officier de liaison du régiment à
la D.I., me remet les cartes de la région et l’ordre de cantonnement à
ALTECKENDORFF. Marche sur Alteckemdorff par Mommenheim (P.C. du
Régiment et Minversheim. Installation en cantonnement. Tout le bataillon
largement cantonné dans village. P.C. à la mairie, poste de police en face.
Logement personnel chez le pasteur Mr Müller.
2 au 20 mai. Pendant cette période : Aménagement du cantonnement. Travaux
et services de D.C.A. Instruction de la troupe. Prise d’armes devant la gare pour
présentation au général commandant la division. 3 reconnaissances : 1 à Laubach
pour relève éventuelle. 2 pour études de projet de défense : Weyersheim et
Molsheim. Réception de voiturettes mitrailleuses et cuisines roulantes en très
mauvais état. Constitution du groupe franc du bataillon sous le commandement
du Lieutenant Deshayes. 1 section environ de volontaires est mise en substance
à la 2e Compagnie. La Section Mitrailleuses du lieutenant Neveu et le Service des
Vivres Obolenski détachés à Hochfelden pour D.C.A. et services. En subsistance à
la C.P.D. durant le séjour à Alteckendorf, le Sous-Lieutenant de Medem, chef de
la section de dépannage du régiment, est puni de 30 jours d’arrêts de rigueur,
relevé de ses fonctions et affecté à la 1re Compagnie à la place du Sous-Lieutenant
Ponomarev qui prend le commandement de la section de dépannage. Le Sous-
Lieutenant de Medem enfermé dans sa chambre ne fait rien à la Compagnie.
20 mai. Départ d’Alteckendorf dans l’après-midi. Embarquement du bataillon en
gare d’Hochfelden vers 20 heures. Camionnettes réunies à celle du régiment dans
train spécial. Détachement des camionnettes du bataillon (Lieutenant Bécaud).
22 mai Débarquement en gare de Saint-Mihiel vers 8 heures. Bivouac provisoire
sous couvert de Chauvaucourt. Capitaine Bigot malade, transporté par voiture de
liaison, accompagné par le médecin-lieutenant Rousse à l’hôpital de Commercy.
Départ vers 13 heures pour installation bivouac dans le bois nord route de
Pierrefitte, 5 km environ de Chauvoncourt. Départ du bataillon à la nuit tombée
pour installation en bivouac gardé dans le bois ouest d’Érizé la Grande. Itinéraire
Fresne-Rupt devant Saint-Mihiel. - Pierrefitte – Longchamps. La 1re Cie détachée
pour la défense du P.C. de la division, 2e et 3e Cies gagnent par Longchamps les
260
Chapitre IV Documents.

bois ouest d’Érize la Grande. E.M. et C.A.1 continuent par Chaumont- Érize-la-
Petite (P.C. du Rgt) et arrivent le 23 mai vers 4 heures à Érize-la-Grande. Pluie.
Vers midi ordre de rassembler tout le bataillon en cantonnement dans le village.
Vers 13 heures, je suis appelé au P.C. de la division (Longchamps). Entretien avec
le Général Delaissey. Ordre de départ pour le soir. Vers 17 heures,
embarquement en camions sur croupe dominant Les Marats. Itinéraire Lisle-en-
Barrois-Laheycourt, Givry-en-Argonne-Noirlieu-Somme-Yevre. Arrivée vers 19
heures. Cantonnement.
24 mai Alerte vers 4 heures. Embarquement du bataillon vers 8 heures.
Itinéraire : Dampierre-Sainte-Menehould-Ville sur Tourbe-Cernay- Grandpré- Le
Morthomme. Bivouac dans le bois du Morthomme. Vu général Ducharme. Ordre
du colonel, capitaine Gaillard remplace momentanément capitaine Bigot comme
adjudant-major du bataillon. Vers 21 heures, départ pour Boult aux Bois par
Briquenay.
25 mai Vers 4 heures arrivée et installation bivouac dans forêt de Boult lisières
route Boult à Vouziers. Vers 8 heures ordre de départ pour installation défensive
en lisière bois sud de la ferme St Denis (chemin des mulets). Marche d’approche
par Boult aux Bois-Belleville-Préventorium. Premiers obus, 1 mort, 2 blessés
légers. Bataillon gagne position partie par bois (1re, 2e ,3e Cies), partie par route
Chatillon (C.A.1). Regroupement du bataillon sur position indiquée vers 19
heures. G.R.D installé sur position. Compte rendu verbal au P.C. du régiment
(ferme St Denis). S/Lt de Medem inutilisable, affecté au ravitaillement.
26 mai Bataillon en bivouac gardé, réserve de division. Installation en sous-bois.
2e bataillon au contact sur canal des Ardennes. 3e bataillon aux Petites Armoises
et ferme Bazancourt.
27-28 mai Organisation défensive.
29 mai Au matin, P.C. du régiment quitte ferme Saint-Denis et se porte dans le
bois de Noirval. Dans l’après-midi le général Delaissey accompagné du Colonel,
du Cdt Le Guillard et du capitaine Lagarrigue vient me donner personnellement
les consignes de relève du 3e bataillon et ses instructions au sujet de la défense
des Petites-Armoises. Je demande au colonel relève du capitaine Modéna
Accordée. Le Lt Belissent prend le commandement de la C.A.1. Relève à la nuit.
P.C. ferme de Bazancourt. 2e Cie + groupe franc + 2 S.M. point d’appui des Petites-
Armoises. 1re Cie + 1 S.M. appuyée au canal (liaison avec 2e Bataillon) boqueteaux
devant voie férrée désafectée.3e Cie sur le ruisseau entre 1re et 2e Cie. Ferme
Bazancourt C.A.1 – 1 S.M, canons et mortiers.
30 mai Au petit jour, visite des Petites Armoises. Vu Cne Roux du 11 e R.I. et Cne
Gaillard (2e Cie).
261
Chapitre IV Documents.

31 mai Cne Bigot retour de l’hopital de Commercy rejoint au P.C. de Bazancourt.


31 mai-au 3 juin Aménagement de la position défensive. Travaux intenses
surtout la nuit. Poses de mines aux Petites Armoises.
3 juin Bataillon relevé par 2e bataillon (Cdt Fagard). Retour au bois du chemin des
mulets. Bombardements du bois plus fréquents et plus intenses. Quelques tués
et blessés surtout parmi l’équipe sanitaire. Durée séjour en ligne : 5 jours au lieu
de 3.
4-5-6-7-8-9 juin Organisation de la défense. Le Sous-Lieutenant de Medem passe
à la Cie de Pionniers à la place du Sous-Lieutenant Blonstein qui est affecté à la
1re Cie au moment de relever le 3e bataillon sur canal des Ardennes. Ordre de
décrochage.
10 juin Décrochage du bataillon vers 22 heures pour se porter à la Croix aux Bois.
11 juin matin, installation du bataillon en rideau de protection sur route de Boult
aux Bois à Vouziers. Bataillon renforcé par 7e Cie GREC du 2e bataillon et 9e Cie
Modéna du 3e bataillon. Centre du dispositif et P.C. du bataillon à la Croix au Bois.
De Boult aux Bois vers Vouziers et dans l’ordre, 7e Cie GREC – 1re Cie -3e Cie – 2e
Cie - 9e Cie Modéna. C.A.1, canons et mortiers surtout au déboucher de la route
de Quatre Champs. Bataillon doit être relevé par G.R.D. à 21 heures –
Contr’ordre. Bataillon décrochera à minuit sans être couvert.
12 juin. Le bataillon s’installe en bivouac dans le bois d’Autry vers midi après
marche de nuit par Longwe-Vaux les Mourons. Départ du bois d’Autry vers 20
heures.
13 juin. Arrivée vers 3 heures du matin à Vienne la Ville. Ordre de repos dans les
granges du village durant 4 heures. Bataillon à peine installé. Contrordre du
colonel. Se porter immédiatement sur Sainte-Menehould et organiser défende
de la ville. Arrivée vers 8 heures. Dispositif de défense :
1re Cie Pont route Moiremont et jardins bordure nord de la ville.
2e Cie + 1 S.M à droite de la 1re Cie.
3e Cie et C.A.1 plateau piton à l’intérieur de la ville. Canons de 25 carrefour grande
place en direction de Châlons.
Vers 10 heures ordre d’étendre le bataillon vers l’est, direction La Grange au Bois.
3e Cie se porte sur route des Islettes au sommet de la côte sortie de Sainte-
Menehould. P.C. du bataillon coin de la grande place. Ordre de faire sauter les
ponts de l’Aisne.
P.C. du régiment à Verrières. Demande de munitions. Pas de réponse. Visite au
colonel au P.C. pour cette question – affolement du P.C. 3e bataillon à Verrières.
2e bataillon arrive à Sainte-Menehould exténué vers 11 heures (2019 :10 heures
selon le rapport du Lt Odry qui confirme les ballades imposées alors par Delaissey
262
Chapitre IV Documents.

après annulation de l’ordre donné par Debuissy, cf.…). Reçoit ordre


(DEBUISSY...)de se porter en avant vers Moiremont. Général Delaissey présent
pour examiner la situation fait stopper le 2e bataillon pour se reposer avec ordre
au commandant Fagard de mettre à ma disposition tous les éléments dont je
pourrais avoir besoin. Général se fait confirmer et remettre l’ordre écrit de
départ précipité de Vienne la Ville la nuit précédente. Le colonel est condamné
dans l’esprit du général.
Vers 13 heures attaque ennemie, s’amorce par l’ouest et le nord. Je fais sauter
les ponts (2019 : pont de pierre près de place d’Austerlitz et pont rue Drouet, mais
le pont des Maures vers Moiremont sortie Nord de Sainte-Menehould ne sera pas
détruit...), c’est par là que l’ennemi va donner sa force principale. Cie Odry du 2e
bataillon, mise à ma disposition, dirigée sur croupe Ouest (2018 : adjointe à
section Bécaud...). Molesse du mouvement. Retard. Contact devient plus
pressant (2019 : Delaissey a malencontreusement contrecarré les décisions prises
par Debuissy) – combat plus violent – 1re Cie particulièrement éprouvée. S/Lt
Blonstein tué. Ennemi commence à pénétrer dans les rues de la ville : ouest et
nord-ouest. Mitrailleuses et mortiers sur plateau intérieur de la ville font
excellent travail. Les deux canons de 25 pris sous le feu d’auto canons ennemis
arrivés à la coupure pont sauté route de Châlons sont détruits. (2019 : confronter
avec récit Kammer-Mayer).
Vers 16 heures ordre de repli apporté par le Cne Lagarrigue de la division sans
passer par le régiment : se porter route des Islettes face au nord, la droite
appuyée sur la Grange aux Bois (11e RI). Et à gauche face à l’ouest jusqu’à la voie
ferrée où liaison avec le 2e bataillon. Mouvement amorcé vers 14 heures sous
bombardement intense. Décrochage difficile à cause de pression de l’ennemi.
Combats de rues. Vers 18 heures, bataillon en place sur nouvelle position.
Manque la section mitrailleuse Neveu qui n’a pu décocher à temps. Mortiers
détruits. Éléments du 2e bataillon se sont dispersés dans le premier. 2e bataillon
ne prend pas place qui lui était assignée. Pas de liaisons avec lui sur voie ferrée.
Nuit calme.
14 juin. Dès le point du jour, ennemi s’étant infiltré par la voie ferrée, attaque le
bataillon par l’arrière à la hauteur de la section de commandement. Groupe franc
complètement décimé. Bataillon refoulé sur le 11e R.I. à La Grange aux Bois. Très
dur combat sur la barricade qui coupe la route. Cne Benac (3e Cie) grièvement
blessé est aux mains de l’ennemi. Blessés encore 3e Cie Lieutenant Obolenski et
Lieutenant Calix. Ordre de repli du 11e RI. Aucun ordre de notre régiment depuis
la veille où au commencement du combat de Sainte-Menehould je suis avisé que
le P.C. du régiment se porte à Passavant. Repli du bataillon sur Passavant. Là je
263
Chapitre IV Documents.

trouve un nouveau colonel qui commande le régiment : le colonel Martyn. Le


colonel Debuissy a été évacué. Halte de 2 heures.
Vers 20 heures : Départ de Passavant. Au combat de la matinée à La Grange aux
Bois, nombreux morts, blessés et disparus. Aux officiers blessés cités plus haut
ajouter Lieutenant Yonine de la C.A.1. Bivouac pour la nuit dans le bois de
Broennes vers Pretz en Argonne.
15 juin. Dès le matin, les éléments de couverture du bataillon sont bousculés ou
fait prisonniers Section du Lieutenant Houtard, 2e Cie, détachée à Longchamps-
sur-Aire pour appui de batterie antichar de Division. On ne la reverra plus au
bataillon.
Vers 23 heures, le bataillon est relevé par deux sections du 123e R.I. et il part
sur Pierrefitte-sur-Aire où il bivouaque vers 3 heures du matin dans un bois avant
Rupt-devant-St-Mihiel (Trajet de Chaumont-sur-Aire à Rupt-devant-St-Mihiel. =
14 km).
16 juin : Vers 8 heures départ sur Koeur-la-Grande et Sampigny où arrêt vers midi
et bivouac dans les bois. Départ
Vers 17 heures départ par Lérouville – Void (Commercy – Void
17 juin : vers 3 heures du matin bivouac dans bois entre Void et Vaucouleurs Vers
8 heures départ pour Vaucouleurs et Montigny-les-Vaucouleurs ou bivouac et
départ Vaucouleurs-Rigny, ou bivouac dans les bois en bordure route Rigny –
Blénod-lès–Toul.
18 juin : vers 8 heures. Départ, Itinéraire : Blénod-lès-Toul – Crezilles – Allain. Bois
d’Ochey. Arrivée vers 13 heures au bivouac, repos. Le Lieutenant Deshayes prend
le commandement de la 3e cie.
Vers 22 heures, ordre qui met le 1er bataillon à la disposition de la 6e D.I.C. Il
partira à 9 heures du matin pour Allain, où recevra ordre du commandant de
Rolland du G.R.D. de la Division (G.R.D. 29). Visite dans le bois au commandant
de Rolland vers minuit.
19 juin : 4 heures, départ comme prévu. Arrivé à Allain, je prends contact avec
Rolland. Ordre primitif : se porter sur Barisey par Bagneux. Vu le changement de
situation signalé par G.R., se porter sur Colombey-lès-Belles et en organiser la
défense ouest à cheval sur route de Vaucouleurs. Le 1er Bataillon du 21e R.M.V.E.
s’installe à l’ouest du village de Colombey-lès-Belles et au village de Colombey-
lès-Belles dans le Sud toulois (Meurthe-et-Moselle, 54). Installation terminée vers
midi.
3e Cie du lieutenant Deshayes. En avant de la gare à gauche de la route.
2e Cie du capitaine Félix Gaillard à la droite de la route.
1re cie du lieutenant Jean Gay à la gare de Colombay. C.A.1 sans canons ni
264
Chapitre IV Documents.

mortiers. Récupère sur place quelques F.M. et munitions. Dès installation.


Bombardement intense de la gare et positions. Cie Deshayes particulièrement
éprouvée. Lieutenant Charles Lintignac (3e cie) blessé et évacué. Nuit calme.
Jeudi 20 juin : Dès le matin, les éléments de couverture du bataillon sont
bousculés ou faits prisonniers. Le bataillon passe en 1er échelon et prend contact
avec l’ennemi. Manœuvre de débordement amorcée tout de suite par l’ennemi
vers la gauche. Il coupe route de Neufchâteau et essaie de gagner croupe de
Crepey. Bataillon manoeuvre en conséquence.
2e Cie reste en place et contrôle route de Vaucouleurs. 1re cie se porte au sud-
ouest du village. 3e cie au sud vers route de Crépey. C.A.1 aux abords de la gare
et gare.
Dans l’après-midi le P.C. du 1er bataillon subit un violent bombardement. Combat
tout l’après-midi. Colonel Ditte commandant l’ID de la 5e D.I.C. vient sur place se
rendre compte de la situation. Ordre de tenir coûte que coûte.
Vers 18 heures mouvement d’encerclement stoppé. Nuit calme.
Vendredi 21 juin
Matin, après une nuit calme au contact de l’ennemi, le 1er Bataillon du 21e
R.M.V.E. reçoit à 4 heures du matin l’ordre de se replier de Colombey à Allain.
Décrochage sans incident. L’ennemi retourne sur ses bases de départ de la veille
sur Barisey. Le 1er bataillon reçut l’ordre de se porter sur la ligne Allain-Ravin Est
d’Allain (ce repli du premier bataillon vers le nord l’envoyait directement dans un
piège, car il s’y trouvait coupé de tout). Le dispositif de défense du village fut
modifié comme suit : le premier bataillon s’établit sur la ligne indiquée ci-dessus
dans l’interstice laissé par le 128e R.I., cependant que le 3e bataillon reçut la
mission de défendre le Sud et l’Ouest du village d’Allain.
À 18 heures, des éléments ennemis sont signalés à 900 mètres au sud-ouest du
village. L’avance ennemie fut encore endiguée, mais ce fut le dernier combat du
21e R.M.V.E.
À 19 heures, le soir un bombardement ennemi intense s’abat sur le village qui
jusque-là épargné subit de lourds dommages : le sergent Anton de la 10e Cie est
blessé. Ordre de repli sur Allain. Décrochage sans incident. L’ennemi retourne sur
ses bases de départ de la veille sur Barisey. Installation du bataillon à Allain vers
Crepey, à gauche du 3e bataillon installé au village d'Allain depuis la veille. Le
colonel Ditte met le 3e bataillon du Capitaine Ravel sous les ordres du
commandant Mirabail. Le Colonel Ditte demande compte-rendu du combat de
Colombey et propositions de récompenses. Le Capitaine Bigot, malade, est
évacué sur Crepey. Il sera fait prisonnier…
19 heures 45, l’ordre est donné d’éviter l’accrochage et à 20 heures 55 l’ordre est
265
Chapitre IV Documents.

donné de cesser les hostilités.


Vers minuit ordre de suspendre les hostilités. Détruire armes automatiques et
préparer à rendre inutilisable les armes individuelles.
Samredi 22 juin : On dépose armes. Reste sur place.
Vers 8 heures, je reçois, à l’entrée d’Allain, le colonel et chef de bataillon ennemi.
Décidons de rester sur place respectivement jusqu’à nouvel ordre. Note du
colonel Ditte rendant bataillon à la 35e D.I. le félicitant de sa belle tenue au
combat de Colombey. Nuit au bivouac. Bruit d’armistice. On est, paraît-il,
prisonniers d’honneur. Les Officiers gardent leurs armes.
Vers 15 heures, ordre du régiment : mouvement sur Thuilley-aux-Groseilles.
Traversée du village. Rencontre avec le Général Decharme. Je lui présente le
bataillon.
Rassemblement du régiment à la sortie de Thuilley vers Nancy. Bivouac.
Inspection du régiment par le Général Decharme qui exprime sa satisfaction
pour la belle tenue du régiment. Nuit au bivouac.
23 juin : Midi. Ordre de mouvement vers Nancy. En route, les hommes
déposent leurs armes sur le bord de la route et sous l’œil de l’ennemi. Maizières
– Bainville-Sur-Madon où arrêt. On sépare hommes et officiers. Rassemblement
des officiers dans champ entouré de barbelés et gardé par sentinelles. On nous
désarme. On nous enlève cartes et boussoles. Vraiment prisonniers. La captivité
commence… il est 18 heures environ.
Lettre du lieutenant André Coscoquela de la section d’engins 2e bataillon :
Aiguillon, le 25 juillet 1942
Coscoquéla André, instituteur à Nicole, par Aiguillon (Lot et Gar.) À Monsieur
l’Adjoint administratif principal Stoeklé.
Chef du bureau liquidateur de la Légion étrangère.
Répondant à votre note du 22 juin 1942 sous le n° 10.881 E.P., j’ai l’honneur
de vous faire parvenir.
a) Une lettre explicative relative au rapport fourni.
b) Un rapport sur les évènements survenus depuis le 8 juin 1940.
c) Un plan montrant la position de ma section le 9 juin 1940.
Le rapport ci-joint est sensiblement le même que celui que j’ai fourni au
Colonel Debuissy dès mon retour de captivité.
Ce rapport n’a pas été établi sur place, car mon carnet de notes a disparu
durant mon évacuation. D’autre part, ma blessure ayant provoqué la perte
partielle de la mémoire, je ne signale que des faits dont le souvenir est resté
précis (emplacements des pièces, des P.C. du chef de bataillon de la C.A.2). Les
heures de décès du caporal HENROTEAUX et du volontaire DESMARETS étaient
266
Chapitre IV Documents.

marquées sur une feuille restée dans une de mes poches. Sans cela je n’aurais pu
m’en souvenir.
Les renseignements concernant mon évacuation m’ont été donnés par le
médecin-lieutenant DUMAS du 2e Bataillon, que j’ai revu à l’Hôpital de Chaumont
durant ma captivité.
Le canon de 47 antichar que j’ai marqué sur le plan appartenait à une batterie
d’artillerie. Il devait interdire la route des Petites-Armoises à Vouziers à tout
engin blindé.
Le lieutenant de réserve Coscoquéla André.
Compte rendu de fin d’opérations relativement à la campagne de 1940 au 21e
R.M.V.E. dressé par le lieutenant Coscoquela André, commandant la section
d’Engins du 2e Bataillon.
Situation de la Section.

267
Chapitre IV Documents.

La Section utilise les emplacements occupés par la section d’engins du 1°


Bataillon, bataillon relevé par le 2.
a) Le groupe de mortiers Brandt de 81mm est aux Petites-Armoises, au nord
cimetière. Il a été mis à la disposition du capitaine Brem, commandant le point
d’appui. Ce groupe est sous lee ordres du sergentConstantin Economou.
b).Un canon antichar S.A. de 25mmest placé entre la voie de 60 et la route. Il
défend les points situés au sud des Petites-Armoises sur la route de Vouziers. Il
est Sous le commandement du caporal Henroteaux. Un canon de 25 du même
type est placé à 300m environ du sud de la ferme de Bazancourt. Il est sous le
ommandement du caporal Villalba. Il défend la route des Petites Armoises à
Bazancourt.
Nuit du 8 au 9 juin et journée du 11 juin
Pendant la nuit du 8 au 9, je visite les emplacements de mortier et de 25. Tout
est normal. Les travaux d’organisation du terrain se poursuivent durant toute la
nuit (amélioration des épaulements, des abris, pose de réseaux et de mines
antichars).
Vers 4 h 30 du matin, après avoir visité les pièces de ma section, je rends compte
du travail exécuté au capitaine Trussant, commandant de la C.A.2, qui est à son
P.C., à 150 m environ au sud de Bazancourt. À ce moment précis, une note du
Chef de Bataillon, commandant FAGARD, nous informe qu’une attaque ennemie
avec des chars peut se déclencher au lever du jour. Immédiatement, je fais
prévenir le canon situé au sud de Bazancourt et je vais moi-même à l’autre
canon, près de la petite voie ferrée. J’y trouve l’adjudant Maneyrol, chef du
groupe de 25.
Le bombardement ennemi commence un peu avant le lever du jour et, comme
nous sommes dans la zone bombardée et que les obus tombent autour de nous,
je reste là. Je surveille à la jumelle. L’observation devient difficile, car la fumée
des obus diminue considérablement la visibilité.
Vers 5 h 20, le caporal Henroteaux est tué à la pièce. Il est remplacé; par le
volontaire Desmarets (Demaret) qui est tué vers 5 h 30. Ensuite le volontaire Da
Silva est blessé.
Nous restons trois : l’adjudant Maneyrol, le volontaire Cauchie et moi-même.
Pendant que l’adjudant Maneyrol observe. Cauchie et moi-même assurons le
service de la pièce : le premier comme chargeur, moi comme tireur.
Rien d’anormal pendant quelques minutes. Mais le bombardement semble
devenir plus violent. La cadence de tir paraît plus rapide. Soudain un obus doit
tomber à proximité de notre emplacement, je ne peux préciser. Nous fûmes
probablement projetés par la déflagration.
268
Chapitre IV Documents.

Je reviens à moi au Poste de Secours du Bataillon, situé à la ferme de


Bazancourt, mais aucun souvenir ne me reste.
Renseignements recueillis plus tard, soit en captivité, soit après mon
rapatriement. J’ai revu le médecin-lieutenant Dumas pendant ma captivité à
l’hôpital militaire Damrémont à Chaumont (Haute-Marne). Il m’apprend alors
que l’adjudant Maneyrol, commotionné comme moi-même, fut évacué le soir
même du 9 juin. J’appris plus tard encore, lors du retour de captivité du capitaine
Trussant, que le volontaire Cauchie resta à la pièce bien que légèrement
commotionné. Par ma fiche d’évacuation, j’ai eu des renseignements suivants :
Évacué le 9 juin 1940.
Entré à l’H.O.E. n° S.P. 8059 le 10 juin 1940.Sorti de l’H.O.E. n° 10 SP. 8059
Entré à l’hôpital Saint-Nicolas à Verdun le 10 juin 1940.
Sorti de ce même hôpital le 11 juin 1940.
Entré à l’hôpital Saint-Jean, pavillon Grosdidier, à Commercy, le 11 juin 1940
Sorti de ce même hôpital le 13 juin 1940.
(Évacué dans le train sanitaire 318 dirigé sur Moulins le 13 juin 1940.
Fait prisonnier dans le train sanitaire le 16 juin 1940 à 7 h du matin à Poison-
Beneuvre (ligne de Châtillon–sur-Seine à Is-sur-Tille).
Entré à l’hôpital militaire français Damrémont à Chaumont (Haute Marne) le 21
Juin 1940. Présenté à des commissions franco-allemandes de réforme le 26
juillet, le 29 août et 9 septembre 1940.
Rapatrié comme blessé le 15 septembre 1940.
Présenté à l’État-Major de la subdivision d’Agen le 20 septembre 1940.
Passé devant la commission de réforme de Toulouse le 28 janvier 1941 (Invalidité
25 %). Démobilisé le 16 février 1941 à Agen (Lot-et-Garonne). Service civil repris
le 17 février 1941.
La guerre de 1939-40 était finie pour moi.
Fait à Aiguillon, le 25 juillet 1042 Le Lieutenant de réserve signé Coscoquela.
Addendum : François Kammer-Mayer et Maurice Renonès au canon de 25,
bombardés le 5 juin à l’emplacement au sud de Bazancourt près du petit pont eurent
1 blessé « léger » : Le casque bosselé par les éclats, un des pourvoyeurs riait et
pleurait de soulagement. Moins chanceux, un autre grimaçait de douleur, l’épaule
touchée. Il fut réconforté de bonnes paroles :
— Veinard ! Comment as-tu joué ta partie dans cet abri douillet pour gagner le
« billet e sortie »?
JOURNAL DE MARCHE de la 5e Cie du 21e R.M.V.E. Rapport Odry.
2e Bataillon 5e Cie rapport Odry :
LETTRE MANUSRITE Ouarzazate, le 8 janvier 1942.
269
Chapitre IV Documents.

Le Lieutenant Odry du 2e R.E.I. À Mr Le Chef de Bureau de liquidation des


R.M.V.E. Sidi Bel Abbes. En réponse à votre correspondance 2035 du 18-12-
41, j’ai l’honneur de vous adresser :....
JOURNAL DE MARCHE de la 5e Cie du 21e R.M.V.E. Rapport Odry.
1-/ un extrait de ma fiche d’affectation au 2e R.E.I.
2-/ le journal de marche de ma Compagnie (5e Cie du 21e R.M.V.E.)). Journal ne
relatant que les opérations auxquelles a pris part la Compagnie, sans indiquer
sauf pour les officiers les noms des tués et des blessés. Le journal régimentaire
ayant en effet dû être égaré au cours de la retraite, je ne me suis plus rappelé
avec assez de précision des noms lorsque j’ai refait ce dernier au cours de ma
captivité. Il m’est impossible pour la même raison de vous fournir la liste des
hommes ou des gradés ayant mérité des citations, mais j’ai fourni cette dernière
au cours de la captivité vers décembre 1940 au Lt Colonel Martyn qui
commandait le Régiment. Ce dernier a dû la transmettre avec les autres citations
du 21e RMVE à Vichy par l’intermédiaire des autorités allemandes.
À part 3 ou 4 citations je n’ai pourtant encore rien vu paraître dans l’officiel
pour le 21e R.M.VE. En ce qui concerne mon séjour en Allemagne, je suis arrivé à
l’Oflag VIA à Soest en Westphalie le 1er août 1940 venant de Nancy. Après m’être
évadé une première fois à la mi-décembre, une seconde fois fin mars, et ayant
été repris les deux fois respectivement à Trêves et Herber (Herve?), (près
d’Eupen), j’ai été changé de camp le 24 avril et envoyé à l’Oflag IV C à Colditz en
Saxe. ; Le camp renferme des évadés de toutes nationalités (français, belges.
Hollandais, anglais, polonais (aussi pour les français tout au moins que des
officiers israélites ou soupçonnés d’être des « ennemis du peuple allemand » !!
Après une troisième tentative à la mi-juin j’airéussi à me sauver une 4e fois le
14 octobte et j’étais (2 mots illisibles) libre 23 du même mois
JOURNAL DE MARCHE DE LA 5E COMPAGNIE (2e Bataillon)
21 mai La Cie quitte ses cantonnements de MINVERSHEIM pour HOCHFEDEN
pour s’embarquer en train
Effectif approximatif : 140 gradés et hommes
Encadrement Officiers : Capitaine DE BREM
Lieutenant ODRY
Lieutenant MILCAMP
S/Lieutenant HUSCHAK
22 mai 1 heure 50, départ du train.
Itinéraire : Saverne - Pont-Saint-Vincent - Saint-Mihiel
Débarquement à Saint-Mihiel et installation dans les bois de Haute Charrière.
22 heures 30- Départ pour NICEY où la Cie bivouaque. Elle est de garde de P.C de
270
Chapitre IV Documents.

la D.I. 35.
23 mai Vers 20 heures embarquement en camions – Cantonnement à VAUMONT
(Fresne-au-Mont?) dans les granges.
24 mai 9 heures : nouvel embarquement en camions vers 12 heures.
Débarquement 1 km avant le MORTHOMME.
20 heures 30 : montée en ligne.
Itinéraire : BRIQUENOY – BOULT AUX BOIS – BELLEVILLE-SUR-BAR –
CHATILLON-SUR-BAR – et installation dans les bois de LA TULLE (arrivée vers 2
heures) (La Tuile ? dans le Bois du Chesne).
25 mai vers 4 heures le Bataillon gagne en une route exposée aux vues de
l’ennemi le bois du Chesne (près du Chesne-Populeux sur le canal des Ardennes).
On essuie les premiers tirs d’artillerie. La Cie a son premier blessé. La 5e est en
réserve de Bataillon et s’installe défensivement pour tenir les lisières N. du bois
du Chesne. Son dispositif chevauche sur celui d’éléments du 14e G.R.D. et du 14e
R.I.
26 mai La Cie modifie plusieurs son dispositif par suite des départs du 14e G.R.D.,
puis au 3 juin du 14e R.I. En même temps, elle travaille à édifier une L.A. dont le
tracé passe à 1 km environ en arrière de son emplacement actuel. La 3e Section
est mise à disposition de 3e Bataillon pour contribuer à tenir la L.P.R.
En plein jour, elle est attaquée par une patrouille : 1 sergent et 1 homme sont
tués, 1 adjudant-chef et 2 hommes blessés. Elle est relevée par la 1re Section.
De plus au cours de cette période, la Cie a quelques tués et blessés du fait des
tirs d’artillerie.
3 juin à 23 heures : relève par la 9e Cie – La 5e Cie gagne CHÂTILLON-SUR-BAR qui
forme un point d’appui en arrière des premières lignes.
6 juin vers 22 heures : départ pour les PETITES-ARMOISES que la Cie renforce de
2 sections de mitrailleuses et d’une section de 25 est chargée de tenir.
9 juin après une préparation d’Artillerie de 2 heures environ et un
bombardement des arrières par vagues d’avions l’attaque allemande se
déclenche. Devant le front de la Cie, les Allemands sont presque aussitôt stoppés.
Ils subissent des pertes importantes, refluent en arrière ; et seul le groupe franc
de leurs Bataillons (30 hommes environ) arrive à s’approcher à une quarantaine
de mètres de notre ligne où il se terre dans un fossé.
Il sera complètement détruit par le tir du 60 ; un seul survivant blessé sera trouvé
par une patrouille envoyée un peu plus tard et ramené dans nos lignes.
Le Capitaine DE BREM est tué au cours de la préparation d’artillerie ; le Lieutenant
ODRY prend le commandement.
10 juin : harcèlement par l’artillerie ennemie ; le village brûle. Les pertes pour ces
271
Chapitre IV Documents.

deux journées s’élèvent pour la Cie à une dizaine de tués et une vingtaine de
blessés.
11 juin à 3 heures, repli immédiat sur ordre du Bataillon qui indique un itinéraire
avec BOULT-AU-BOIS comme point final. Le décrochage en plein jour à l’insu de
l’ennemi grâce au brouillard.
Vers 17 heures La Cie a rejoint le Bataillon.
Après un court repos de 2 heures, de nouveau le signal du départ est donné
Itinéraire : AUTRY – CONDÉ LES AUTRY – SERVON – MELZICOURT – LA-CROIX-
AUX-BOIS – LONGWÉ – OLIZY – VAUX-LÈS-MOURON.
12 juin La Cie s’installe au petit jour en lisière des bois derrière l’Aire. Elle tient
un front d’environ 1 km. Reste sur sa position.
18 heures 30 ; départ ; trajet dans la nuit MOUCHETIN – AUTRY – CONDE-LES-
AUTRY – MELZICOURT – St THOMAS-EN-ARGONNE - VIENNE LA VILLE –
MOIREMONT –SAINTE-MENEHOULD.
13 juin La Cie vers 10 heures, arrivée à Sainte-Menehould.
Installation dans les bois à 1 km de la ville. À peine installé, le Bataillon retourne
à Sainte-Menehould pour essayer de regagner Moiremont. Contre-ordre arrive
de Sainte-Menehould à peine dépassé. La Cie est mise à disposition du 1er
Bataillon pour défendre une lisière du village. Après ces cgangements de position
dans la journée, accrochage en soirée par l’ennemi. Repli sur ordre du Bataillon ;
la Cie regagne les bois du matin.
14 juin La Cie se trouve en partie rive est de l’Aisne, en partie sur la route de
Sainte-Menehould combat à la GRANGE-AUX-BOIS avec le 1er bataillon. Une
attaque allemande repousse le 1er bataillon et des éléments de la cie vers le sud.
Le S/Lieutenant HUSCHAK est blessé.
Après-midi repli. Le Bataillon gagne TRIAUCOURT où l’on cantonne.
15 juin 8 heures : départ – VAUBECOURT – REMBERCOURT-AUX-POTS - ERIZE la
PETITE- CHAUMONT-SUR-AIRE – PIERREFITTE ; bivouac dans les bois.
16 juin KOEUR-LA-GRANDE – KOEUR-LA-PETITE – SAMPIGNY – LÉROUVILLE –
COMMERCY – VOID et bivouac dans le bois au nord de cette localité.
17 juin VAUCOULEURS – MONTIGNY-LES-VAUCOULEURS – RIGNY – SAINT
MARTIN et bivouac dans les bois.
18 juin BLENOD-LES-TOULS – CREZILLES, puis retour au fort de BLENOD les TOUL,
et de nouveau CREZILLES – ALLAIN et bivouac dans les bois d’OCHEY.
19- 20 juin La Cie ne bouge pas des bois d’OCHEY.
21 juin L’ennemi a encerclé dans ce secteur quelques divisions de la IIe Armée
(Groupement FLAVIGNY). Son artillerie est assez active. Dans la nuit du 21 au 22
la Cie a 3 tués et 2 blessés.
272
Chapitre IV Documents.

22 juin Armistice local.


15 heures : Départ pour THUILLEY-LES-GROSEILLES et bivouac près du village.
23 juin : Départ pour BAINVILLE-SUR-MADON et internement.
Des 140 gradés et hommes qu’elle comprenait au départ, la Cie n’en compte plus
que 35 environ.
Comme pertes certaines, elle a subi un peu plus d’une vingtaine de tués et d’une
quarantaine de blessés que l’on a vu tomber.
Le reste est constitué par des traînards, des égarés, des hommes enfin qui sont
tombés sans que leur perte ait été signalée au Commandant d’Unité.
Addendum : Récit parallèle à consulter : voir Boulard (Louis).
EXTRAIT DU JOURNAL DE ROUTE DE LA C.A. 2 DU 21 R.M.V.E. Cne Trussand
Rapport du Capitaine TRUSSANT)
22 mai 1940 : Matin 1h. Embarquement de la Cie à HOCHEFELDEN (Alsace) par
chemin de fer. Après-midi : débarquement à SAINT-MIHIEL et mouvement vers
NICEY.
23 Mai Mouvement de NICEY à ROSNES et embarquement en camions.
24 Mai Matin : Débarquement à MORT-HOMME-BEFFU (Ardennes). Soir :
Mouvement vers le CHENE-POPULEUX, par BRIQUENAY & CHÂTILLON S/BAR.
25 Mai : Arrivée dans les Bois-du-CHENE et sur le canal des ARDENNES, aux
abords est du CHENE-POPULEUX.
26 mai-3 juin : Séjour en première ligne.
4,5,6 juin ½ repos dans les BOIS du CHESNE.
7-8 juin : Prise de secteur aux PETITES-ARMOISES.
9 juin : Attaque allemande déclenchée au matin sur le 2e Bataillon après violente
préparation d’artillerie, mais sans engins blindés – Attaque repoussée – l’ennemi
laissant sur le terrain morts et blessés dont certains sont faits prisonniers la nuit.
10 juin : Violente action d’artillerie ennemie, mais sans attaque d’infanterie.
11 juin : Tard dans la nuit du 10 au 11 juin, ordre de repli immédiat. Le décrochage
peut avoir lieu en plein jour sans que l’ennemi s’en aperçoive grâce à un
brouillard épais. Le bataillon se regroupe à BOULT-aux-BOIS, stationne ensuite au
sud de la CROIX-aux-BOIS, franchit l’Aire, et prend position entre MONTCHEUTIN
et VAUX-LÈS-MOURON.
12 juin : La Compagnie reste sur sa position.
13 juin : La Compagnie fait mouvement dans la nuit du 12 au 13 et arrive à Sainte-
Menehould dans la matinée du 13. Positions changées plusieurs fois en cours de
journée. Attaque allemande dans la soirée.
14 juin : La Compagnie se trouve en partie rive est de l’Aisne, en partie route de
Sainte-MENEHOULD à la GRANGE-aux-BOIS avec le 1er bataillon. Une attaque
273
Chapitre IV Documents.

allemande repousse le 1er Bataillon et des éléments de la Cie vers le sud.


En fin de journée le Bataillon et le Régiment se reforment à PASSAVANT-en-
ARGONNE, le colonel MARTYN remplace le colonel DEBUISSY.
15 juin : Dans la nuit du 14 au 15 juin mouvement de PASSAVANT-en-ARGONNE,
vers BOIS d’HABERA (3km à l’EST de PIERREFITTE).
16 juin : Mouvement de BOIS d’HABERA à forêt de VOID.
17 juin : d° de forêt de VOID à forêt de RIGNY-ST-MARTIN
18 juin : d° de forêt de RIGNY-St-MARTIN aux BOIS d’OCHEY (entre ALLAIN &
OCHEY)
19 juin Prise de position lisières Ouest des BOIS D’OCHEY
20 juin d°
21 juin d°
22 juin Vers 6h. du matin recevons ordre de cesser le feu, un armistice étant,
paraît-il, signé – ordre apporté par l’officier de liaison à la Division. La Compagnie,
avec le Régiment fait mouvement vers un plateau situé à l’est de THUILLEY aux
GROSEILLES.
23 juin : Prise d’armes et revue par le Général DECHARME, Général de Division.
Le régiment fait mouvement en direction de NANCY. En cours de route des
officiers allemands demandent aux commandants d’unités de faire déposer les
armes à la troupe. Les armes sont déposées sur le bord de la route et détruites.
En fin de journée, le régiment arrive à BAINVILLE S/MADON. Les officiers sont
séparés de la troupe.
Lettre du Capitaine Jean Roger Trussand : Situation des effectifs de la C.A. 2.
Expéditeur : TRUSSANT JEAN ROGER 15 Septembre 1941 Ste LIVRADE S/LOT (Lot-
&-Garonne)
Le CAPITAINE TRUSSANT JEAN ROGER
Commandant la C.A.2 du 21° R.M.V.E.
à Monsieur le COMMANDANT du DÉPOT de la LÉGION ETRANGÈRE
(Section des Régiments de Volontaires Étrangers) à SIDI-BEL-ABBÈS
J’ai l’honneur de donner la situation d’effectif de ma Compagnie à la date du 23
juin 1940 (date d’internement). Situation reconstituée approximativement pour
la troupe, mon contrôle de Compagnie ayant été perdu en cours de combat. Je
n’ai plus les livrets matricules.
PETIT ÉTAT MAJOR.Commandant FAGARD, prisonnier le 23 juin 1940, puis
rapatrié en mai 1941 Capitaine POURQUIE, Adjudant-Major, prisonnier le 23 juin
1940, rapatrié en Août 1941 Lieutenant TRUFFY, Lieutenant-Adjoint, prisonnier
le 23 juin 1940 -– en captivité Oflag VIA à SOEST Médecin-Lieutenant DUMAS,
prisonnier le 14 juin 1940 – serait libéré ?
274
Chapitre IV Documents.

OFFICIERS de la C.A.2 ou AFFECTES C.A.2


Capitaine TRUSSANT, commandant la C.A.2, prisonnier le 23 juin 1940. Rapatrié
Août 1941 Lieutenant MASSELOT, disparu le 13 juin 1940 ; mais serait rentré
avant l’armistice.Lieutenant BOROVSKY (Russe) grièvement blessé le 14 juin1940
aux abords de la Grange-aux Bois (Marne) et laissé sur le terrain. Aucune nouvelle
de lui depuis cette date. Lieutenant NÉNON, prisonnier le 23 juin 1940 – en
captivité OFLAG VIA à SOEST Lieutenant COSCOQUELA, blessé le 9 juin 1940 –
prisonnier puis rapatrié.
TROUPE C.A.2
Position Prisonniers Tués (≠)Blessés Disparus Evacués indéterminée.
S/Officiers 15 0 2 10 2
Caporaux & hommes 56 5 10 126 13 22
Totaux- ---- ------ ---- 71 5 12 136 15 22
Total : 261
(≠) blessés ou malades avant l’ordre de repli du 10 juin
N.B. Les disparus sont supposés sains et saufs. Ce sont des gens ayant perdu leur
unité en cours de déplacement, soit involontairement, soit de leur propre
initiative sans autorisation. Ils sont présumés prisonniers ou rentrés avant
l’armistice.
Position indéterminée : Il s’agit du groupe des brancardiers avec lequel je n’avais
aucun contact. Même chose que pour les disparus. Leur chef, l’Adjudant-
Médecin BOUQUET de JOLINIERES (qui paraissait avoir été abandonné par ses
hommes) a été interné avec les officiers du Régiment le 23 juin 1940 à BAINVILLE-
S/MADON, puis dirigé sur destination inconnue. Ce médecin est compris dans le
tableau ci-dessus.
ETAT NOMINATIF DES TUÉS & BLESSÉS
TUÉS
Caporal VAN HOOLAND : Mort aux Petites Armoises le 9 juin 1940 – inhumé au
cimetière de NOIRVAL (08) (Charles Urbain Frédéric VAN HOOLANDT)
Volontaire Robert HULPIAUX : Mort à Ferme de Bazancourt le 9 juin 1940 –
inhumé au cimetière de NOIRVAL
Volontaire Benjamin SPERLING. (SZPERLING)
Caporal HENROTAUX. (HENROTEAUX)
VOLONTAIRE DESMARETS (DEMARET)
À ma connaissance il n’y a pas eu d’autres tués. Cependant, il se peut qu’il y en
ait eu isolément, le 14 juin matin, aux abords de la Grange-aux-Bois, mais cela est
peu probable.
BLESSÉS
275
Chapitre IV Documents.

Adjudant MANEYROL : commotionné et évacué le 9 juin


Sergent ANTON TUBAN Andres : blessé le 6 juin BOIS du CHENE – Evacué Sergent-
Chef RIGAUD
a été vu par plusieurs soldats, légèrement blessé le 14 juin matin aux abords de
la Grange aux Bois – Disparu.
Caporal FRANZISKAKIS Phocion : blessé le 14 juin près la Grange aux Bois – serait
prisonnier
Caporal SEMACH Henri: blessé aux Petites-Armoises le 9 juin 1940 – Evacué.
Volontaire ANTIPOFF (?) d° Alexandre
d° MICHEL (?) d°
Haïm Michel BAROUCH
d° LVOSCHI Abram d°
d° WISER (?) d°
d° MEYER Edgar d°
d° DA SILVA (?) d°
Joao DA SILVA?
d° BRAD Nicolas : aurait été vu blessé le 14 juin 1940 – Disparu.
d° NEMIROVSCKI (Abram): Blessé vers le 1er juin – Bois du CHENE –
Évacué, Même réserve que pour les tués.
Lettre du Capitaine Jean Roger Trussant : Citations
Le 15 Septembre 1941 Ste LIVRADE S/LOT (Lot-&-Garonne)
Le CAPITAINE TRUSSANT JEAN ROGER
Commandant la C.A.2 du 21° R.M.V.E.
À Monsieur le COMMANDANT du DEPOT
De la LEGION ETRANGERE
(Section des Régiments de Volontaires Etrangers) À SIDI-BEL-ABES
1°) - J’ai appris en captivité que certains militaires de mon unité, blessés le 9 juin,
et par la suite évacués ou rapatriés avaient obtenu des citations.:
- Lieutenant COSCOQUELA Armée
- Volontaire LVOSHI ((Lvocschi) (Armée ?)
- d° NEMIROWSCKI (Médaille Militaire ?)
Si d’autres militaires de mon unité se trouvent dans ce cas, je vous demande de
me les faire connaître.
2°) – Etant en captivité, le Colonel MARTYN a établi 2 dossiers de propositions,
l’un (proposition à l’armée au C.A. à la Division) transmis à une commission
française, l’autre (citations à la Brigade et au Régiment) qu’il devait rapporter à
sa rentrée de captivité. Sur le premier dossier les citations suivantes ont été
accordées :
276
Chapitre IV Documents.

- Lieutenant BOROVSKY – Armée ° du 25/5/41


- Caporal VAN HOLLAND – Division " (VAN HOOLAND)
- Volontaire HULPIAUX - " " "
- " SPERLING - " " " (SZPERLING)
-.Caporal HENROTAUX - " " " (HENROTEAUX)- --
-.Volontaire GOUNTCHEW –° " (Blagoe GOUNTCHEV)
- BERCHTOLD - " " " (? BERCHOLC?)
- Sergent VERLAET - " " " (Henri...)
---------------- J’ai l’honneur de rendre compte que sur l’état de proposition
soumis au Colonel, des noms ont été omis à la transcription, notamment :
a) Volontaire DESMARETS (DEMARET)tué le 9 juin 1940, aux PETITES-ARMOISES
(en même temps que le caporal HENROTAUX, tué et cité à la Division) et pour
lequel je renouvelle ma proposition de citation à la Division : " Le 9 juin 1940, au
cours d’un bombardement violent de l’artillerie ennemie sur la position occupée
par son unité, a continué à assurer auprès canon de 25 le service d’observation
dont il était chargé. A été mortellement frappé à son poste".
b) Caporal RASSINE (RACINE)pour lequel avait été fait la même proposition que
pour le sergent VERLAET, (cité au Régiment) je demande une citation au
Régiment : " Au cours d’une attaque allemande exécutée le 9 juin 1940, contre le
village des PETITES-ARMOISES, a assuré d’une façon remarquable le service de sa
mitrailleuse. A pris sous son feu des formations ennemies qui ont été obligées de
refluer en désordre en subissant des pertes importantes. Il a contribué ainsi à
l’échec de l’attaque allemande".
3°) Le dossier des Citations (Brigade et Régiment), emporté par le Colonel
MARTYN à sa rentrée de captivité (Mai 1941) a-t-il été remis au Dépôt ? Dans le
cas contraire, faut-il renouveler les propositions précédemment faites ?
4°) Après avoir revu, en zone libre, dès mon rapatriement, le Lieutenant
COSCOQUELA, j’ai l’honneur de demander 2 nouvelles citations :
Sergent ANTON TUBAN, blessé le 6 juin 1940 – évacué actuellement en zone
libre : Au Régiment, : "Excellent gradé, donnant un bel ensemble de courage et
de dévouement. Blessé le 6 juin 1940 ; alors qu’il assurait le service de sa pièce
anti-chars, sous le bombardement de l’artillerie ennemie".
Caporal FRANCESCAKIS Phocion blessé le 14 juin et prisonnier le même jour. Au
régiment : "Le 14 juin 1940, au cours d’une attaque allemande a continué à
assurer le service de sa pièce, malgré un feu violent de mousqueterie et de
mitrailleuse. À été blessé".
5°) Pourrai-je par la suite faire des propositions lorsque j’aurai des
renseignements contrôlés et plus précis sur certaines fractions de mon unité. En
277
Chapitre IV Documents.

effet, au 14 juin matin, j’avais perdu : - 3 Chefs de Section et l’Adjudant de


Compagnie (blessés) et un Chef de Section disparu : Lieutenant MASSELOT).
Lettre du Capitaine Jean Roger Trussand du 11 novembre 1942.
À Monsieur l’Adjoint Administratif des R.M.V.E. J’ai l’honneur d’accuser
réception de vos lettres des 4 et 11 novembre 1941
I – Contrôle nominatif de la Cie, inclus copie du contrôle de mon unité reconstué
tel qu’il devait être au 21 mai 1940 au moment où le régiment a quitté l’Alsace
pour être engagé dans les Ardennes. J’a copié les renseignements que j’avais sur
les grades de la troupe
II – Versements effectués par le sergent-chef Leroy
Inclus copie d’une lettre qu’il m’a adressée le 19 novembre. Le versement a été
fait au dépôt de CAUSSADE (Tarn-&-Garonne).
L’adresse de LEROY est : 26, rue Aldebert – MARSEILLE
Je lui fais confiance dans ses déclarations.
III – Demande de texte de citation
J’ai fait cette demande pour le volontaire - HULPIAUX Robert Mle 1286 tué le 9
juin. Lorsque vous aurez le texte, je vous serais reconnaissant de l’adresser si
possible, à son épouse : - Mme Robert HULPIAUX-BLARY 15 rue de Tinchon,
VALENCIENNES (Nord)
IV – Demandes de Citations
Je vous remercie d’avoir transmis ces demandes au Colonel DEBUISSY. Je suppose
que vous n’avez pas omis de transmettre les demandes pour :
- Volontaire DESMARETS – tué le 9 juin (DEMARET)
- Caporal RASSINE (RACINE)
(Citations omises dans le 1er dossier établi par le Colonel MARTYN, à la suite d’un
oubli de transcription).
V – Propositions en Cours (Brigade, Régiment) ÉTABLIES EN CAPTIVITE PAR LE
COLONEL MARTYN ET DONT LE DOSSIER EST RENTRE AVANT LUI, EN FRANCE, AU
MOMENT DE SON RAPATRIEMENT.
Le 18 Octobre, j’ai écrit au Colonel MARTYN pour lui demander si le
nécessaire avait été fait au sujet de ce dossier. Je n’ai pas eu de réponses. Je ne
sais pas s’il y a lieu de renouveler les demandes de citations au Régiment à la
Brigade, et vous serais obligé si vous pouviez entrer en relations avec le Colonel
MARTYN pour avoir ce renseignement. Il serait déplorable, que par suite de
difficultés de correspondance d’une zone à l’autre, ou par indifférence, ce dossier
reste dans l’oubli.
VI – ERREUR DE RENSEIGNEMENT
Dans les renseignements précédemment donnés, j’avais indiqué le Lieutenant
278
Chapitre IV Documents.

ROUDOUMETOFF (Russe) comme étant inhumé à NOIRVAL, alors qu’il est en


réalité inhumé dans le cimetière de CHATILLON S/BAR (Ardennes). Je m’excuse
du travail que je vous donne, et vous présente mes sentiments les meilleurs.
Signé R. Trusssant
Lettre du Sergent Chef Leroy au Capitaine Trussand
Le 19 Novembre 1941 Mon Capitaine,
J’ai bien reçu votre réponse à ma lettre et je vous en remercie. Je n’ai pas sous
la main le relevé des sommes que j’ai remises au dépôt, mais je me rappelle
approximativement leur montant : j’ai versé à l’adjudant-chef NUSSELT (au dèpot
de Caussade (T et G) environ 6 000 frs qui représentent 3 500 à 4 000 frs de solde
pour les militaires de la Cie et un peu plus de 2000 frs de boni ordinaire.
Par ailleurs, la quinzaine de prêt en cours lors de notre dislocation, c’est-à-
dire celle du 1er au 16 juin, ne m’a pas été versé en numéraire, mais elle
représente en droits environ 25.000 frs de boni qui ont été portés à l’actif de la
Cie, le cahier d’ordinaire ayant été arrêté avec un boni d’environ 28.000 frs
La petite somme restée entre vos mains doit atteindre au maximum 500 frs.
Je crois me souvenir que cette somme avait été conservée par vous sur le
montant du boni depuis notre départ d’Alsace. À l’origine elle devait être de
1.000 frs, mais vous m’avez remis fin mai, je crois, 500 frs. Il se peut au surplus
que le montant en ait été remis par vous à COURBIS (comptable adjoint), mais je
ne puis vous donner aucune précision sur ce point. Par ailleurs, le montant réel
détenu par vous n’atteint plus aujourd’hui 500 frs. En effet, nous avions
l’habitude de régler sur le boni les frais de bureau de la Cie ; or, à l’armistice il y
avait environ 275 frs de frais de bureau en suspens. Les factures ont été remises
au dépôt et le remboursement doit vous en être effectué.
Si vous n’étiez pas en possession de cette somme au moment de votre
entrée en captivité il est certain, à mon avis, qu’elle devait se trouver dans votre
cantine ouverte au Dépôt. Les bagages n’ont pas été laissés à notre disposition,
et d’après ce que j’ai vu au dépôt, je ne pourrais garantir l’intégrité des
opérations de remise et d’inventaire des bagages (un incident caractéristique est
en effet survenu pour la 6° Cie qui n’avait pas eu la précaution de conserver les
clefs de ses cadenas). De toute façon, l’importance de cette somme est minime,
et je puis vous dire que la C.A.2 est une des seules Cies qui ait pu solder
intégralement des comptes. Signé : Leroy.
Commentaire manuscrit du Capitaine Trussant :
≠≠ ≠≠ Ceci concerne une somme qui aurait été en mes mains, mais qui n’était pas

effectivement en ma possession, au moment de mon entrée en captivité ; soit


279
Chapitre IV Documents.

que cette somme ait été confiée au Comptable adjoint, soit qu’elle ait été laissée
dans ma cantine, rentrée au Dépôt. Je n’ai plus de souvenir exact sur ce point.
Lettre du Capitaine Jean Roger Trussant datée du 25 juillet 1942
Une date manuscrite a été ajoutée au crayon sur ce document : 25 juillet 1942
Le Capitaine deRéserve TRUSSAND Jean Roger Ex-
Commandant de la C.A.2 du 21e R.V.E. À
Monsieur le Chef du Bureau Liquidateur desRégiments de Volontaires
Etrangers A SIDI-BEL-ABBES
J’ai l’honneur de renouveler les demandes faites par mes lettres du 15 septembre
et 19 décembre 1941, concernant les propositions faites par moi en faveur de
certains militaires de mon unité, dont certaines citations omises à la transcription
dans un dossier établi à l’Oflag VIA. Une de ces citations a été notamment faite
pour un volontaire tué à son poste de combat le 9 juin 1940. J’ai essayé de me
mettre en relations avec les Colonels MARTYN et DEBUISSY, mais je n’ai rien pu
obtenir de positif. N’avez-vous rien reçu pour ces militaires. Dans la négative,
dois-je m’adresser par votre intermédiaire ou directement à la commission
spéciale siégeant je crois à Vichy. Je vous remercie à l’avance des renseignements
que vous pourriez me donner. Signé R. Trussand Ajout manuscrit du Capitaine
Trussand Excusez mon insistance. Il semble qu’on doive pouvoir faire quelque
chose pour des soldats qui ont fait proprement leur devoir et y ont laissé la vie.
HISTORIQUE DU 3E BATAILLON Poulain Ravel
Centre Documentaire de la Légion étrangère… (Visite de M. Didier Michon au
Centre...2018).3e bataillon toutes Cies rapport Poulain Ravel.
Encadrement du 3e Bataillon le 30 avril 1940 au départ pour la zone des
armées.
Chef de Bon Cdt Charles Poulain
Cap Adjt Major Cne Joseph Maurice Farges.
er
Puis Cne Pierre Pascal Doubaud à partir du 1 mai 1940.
Officer adjoint Lt Jean André Saint Marc.
Médecin Med-Lt Jean-François Buvat.
Médecin auxiliaire Adjt Salomon (William) Amsellem
Adjt (transmissions) Adjt Fernand Douet.
Adjt (ravitaillement) Adjt Guillot
9e Cie
Cne Henri François Eugène Sabadie, blessé 26 mai, dcd le 29.
Puis Amédée Modéna (Vers 29 mai-21 juin).
Lt Henri Paul Dugros
Lt Theodor Smirnoff.
280
Chapitre IV Documents.

S/Lt Rene Gaston Lineres Guiart


Sgt-Chf Simon
Adjt de Cie Lefèvre
Sgt-Ch. Comptable Baudelet
10e Cie
Cne Félix Duvernay.
Lt Georges Monteil
S/Lt Vladimir Krassnoussof
Asp. Jean Alfred Eugène Defoy
Adjt Albert Pereira
Adjt de cie Lavaud
Sergt-Ch. Comptable Reyer
11e Cie
Cne Georges Ravel de Biesville.
Lt Marc Saumureau
Ss/Lt Arnold François de Cuniac
Ss /Lt Basil Roudometoff
Adjt/Ch. Robert Michel
Adjt de Cie Leroy
Serg-Ch Comptable Paquet
C.A.3
Cne Henri Pascal Doubaud
Puis Lt Jean-François Audibert à partir du 1er mai 1940.
Lt Pierre Bernard
Dulion
S/Lt Dimitri Firsk
Asp. Antoinr Henri
Beille
Adjt Roger Blanc
Adjt André Pouraud.
Serg-Chef Popot
Le 3e bataillon de Barcarès à la montée au front.
Formation du Régiment le 6 Octobre 1939 au Camp du Barcarès (Pyr.Or.). Le 3e
Bon est successivement commandé par le Lt Saumureau, le Cne. Doubaud (8
octobre 1939), le Cap. Octobon (15 octobre 1939), le Cne. Berve (22 octobre
1939), le Cdt Poulain. Les volontaires arrivent au Bataillon à partir du 20 octobre
1939. Habillement, équipement. L’instruction se poursuit jusqu’au 30 avril 1940.
281
Chapitre IV Documents.

Entre temps séjour au Camp du Larzac (Aveyron) du 1er au 30 Avril 1940.


30 avril 1940
Départ du camp de Barcarès (Gare de Rivesaltes) pour la zone des Armées
(Narbonne, St Jean de l’Osne, Lyon, Bourg en Bresse, Gray, Vesoul, Epinal,
Sarrebourg, Saverne, Brumath (Bas-Rhin)). Le Capitaine Farges (Adjudant Major)
malade est évacué sur l’hôpital de Gray (le 1er mai 1940) au passage dans cette
ville. Le Capitaine Doubaud prend les fonctions d’Adjudant Major (1er mai 1940).
2 mai 1940
Débarquement à Brumath (Bas-Rhin) à 7h30. Les 9e et 10e Cies sont cantonnées
à Mommenheim, la 11e, la C.A.3 et l’État-Major du 3e Bon à Wittersheim. Le Bon
détache des éléments de la C.A. pour la défense anti-aérienne des deux
cantonnements et assure des postes de surveillance aux issues, ainsi que des
patrouilles anti-parachutistes. Dans les divers cantonnements organisation de la
défense passive.
8 mai Visite du Général Decharme, Cdt la 35e D.I. et remise du fanion au 3e Bon.
12 mai Réalisation de tir à Mittelhausen
15 mai
Reconnaissances et études diverses sur des secteurs défensifs par l’E.M. du Bon
à Weyersheim.
17 mai Reconnaissances et études diverses sur des secteurs défensifs par l’E.M.
du Bon à Ernolsheim Pendant le séjour dans cette région, incursions de l’aviation
ennemie en particulier sur les cantonnements de Mommenheim. Attaques et
ripostes à la mitrailleuse, pas de victimes. Perception incomplète des déficits en
matériels.
22 mai Embarquement du Bon à 6h30 en gare de Hochfelden, arrivée en gare de
Saint-Mihiel dans le courant de l’après-midi. Itinéraire suivi : Saverne-Sarrebour-
Lunéville-Neuves Maisons-Toul-Commercy-Saint-Mihiel. Bivouac provisoire dans
les bois situés au NW de Chauvoncourt. À la tombée du jour mouvement du Bon
à destination des bois situés à l’W de Belrain. P.C. de l’E.M. à Erize la Brûlée.
23 mai À la suite de pluies diluviennes le Bon gagne les locaux inoccupés de
Belrain, puis rejoint sur ordre du Régiment, le cantonnement d’Erize la Brûlée
dans l’après-midi. À 22 heures, embarquement en camions avec comme
destination Noirlieu, Somme-Yevre. Au moment du départ changement de
destination pour le bois de Bourgogne situé près le Morthomme.
24 mai Arrivée dans la matinée dans le Bois indiqué. Le soir départ pour les
tranchées, après avoir reçu des ordres verbaux au P.C du Colonel. Itinéraire :
Briquenay-Boult aux Bois-Belleville-Châtillon sur Bar- Arrêt de 1h30 dans le bois
du Préventorium de Belleville.
282
Chapitre IV Documents.

25 mai L’arrêt dans le bois indiqué ci-dessus, ne nous permet pas d’arriver au
lever du jour. 8 heures : À hauteur du Bois des Wileux, les éléments du Bon se
dirigent sur leurs emplacements. La 9e Cie sur les Petites Armoises, la 11e vers le
coude du Canal des Ardennes, la 10è en réserve en avant de la ferme de
Bazancourt où est installé le P.C du Bataillon, son observatoire se trouvant à la
corne nord du Bois des Wileux. Les éléments de la C.A. sont répartis dans le
secteur suivant le plan de feux. L’installation est couverte par des éléments de
divers G.R. qui se trouvaient sur les emplacements dans la partie W du secteur et
en lisière de la route Le Chesne-Stonne dans la partie Est. L’occupation des
emplacements s’est effectuée sous le bombardement de l’Artillerie ennemie tout
particulièrement sur le village des Petites Armoises et sur le coude du Canal des
Ardennes. Le S/Lt Roudometoff de la 11e Cie est tué. Activité aérienne allemande.
À 22 heures les éléments avancés des G.R. qui se trouvaient en contact avec les
forces ennemies se retirent et le Bon prend le contact à son compte ; des travaux
défensifs sont très poussés en présence de l’activité de l’infanterie ennemie qui
cherche à s’infiltrer. La section Pereira de la 10e Cie est détachée au Moulin Neuf
en raison de l’importance de ce point. La 9e Cie encadre le village des Petites
Armoises, lui-même tenu par la 9e Cie du 11e R.I. (Capitaine Roux).
26 mai Dans la matinée, violents bombardements par l’artillerie ennemie ; morts
et blessés dont le Lt Dulion de la C.A. tué et le Cap. Sabadie légèrement blessé,
mais décédera le 29 (le Lt Smirnoff prend le commandement de la 9e Cie). Au
cours de la journée les Allemands lancent quelques attaques sur nos positions,
mais toutes sont repoussées.
27 mai Nouvelles attaques et bombardements allemands sur le sous quartier de
la 11e Cie. Tués et blessés dont l’aspirant Beille de la C.A. très grièvement touché.
Le service sanitaire est débordé par suite de l’absence du Médecin Lt Buvat
faisant fonction de Médecin-Chef du Régiment. Les éléments avancés ennemis
s’approchent du village des Petites Armoises et s’installent à la carrière située au
S.W. de la côte 201 et sur les pentes dominant les Petites Armoises. Nous
maintenons toutes nos positions et les consolidons en les organisant. (Dans le
Pré aux Moines les travaux défensifs ont dû être effectués en superstructure par
suite de l’état marécageux du terrain). En raison d’infiltrations possibles
l’intervalle entre la 9e et la 11e Cies est occupé par les éléments avancés de la 10e
Cie (Cie réservée)
28 mai Devant la ténacité de notre résistance, l’activité de l’ennemi se ralentit.
Notre poste d’observation nous signale que les Allemands s’organisent sur les
pentes de Tannay et creusent de éléments de tranchées effectuant même des
bétonnages. Notre artillerie alertée déclenche des tirs particulièrement
283
Chapitre IV Documents.

meurtriers dont les résultats sont confirmés par la venue de très


nombreuxbrancardiers. Le Général Delessay, Cdt l’I.D. arrive en side-car au P.C.
du Bataillon suivi d’un deuxième side transportant un Commandant du Génie
pour information concernant les péniches situées sur le Canal des Ardennes.
Cette visite n’est pas restée inaperçue et a occasionné un violent bombardement
de la ferme de Bazancourt provoquant trois morts et plusieurs blessés au P.C
Dans la journée, tirs d’artillerie de part et d’autre.
29 mai Activités des deux artilleries. Deux sections de F.V. du 11e R.I. qui tenaient
le village des Petites Armoises se retirent et la défense est organisée avec les
éléments restant sur place. Une patrouille ennemie qui cherchait à s’infiltrer dans
nos lignes a été surprise et anéantie laissant trois morts sur le terrain dont un
officier et un s/officier. Des armes diverses (mitraillette, pistolet mitrailleur,
grenades), des cartes au 1/20.000 portant des indications sur les emplacements
des armes automatiques et des batteries d’artillerie allemandes furent le butin
laissé entre nos mains.
30 mai Visite du Colonel et arrivée des officiers du 1er Bon, à la nuit, pour
reconnaissance du secteur en vue de la relève du lendemain. Au cours de la nuit,
tirs d’armes automatiques de part et d’autre.
31 mai Le Bon est relevé au début de la nuit par le 1er Bon et se rend au bois des
Wileux où il arrive sans incidents au petit jour (1er juin).
1er juin Installation dans le bois, construction d’abris ; nettoyage de bivouac,
mises en état des armes. Dans la nuit, violents bombardements de l’artillerie
ennemie sur le bois : dégâts matériels, pas de blessés. Le Cne. Modéna prend le
commandement de la 9e Cie remplaçant Sabadie mort le 29.
2 juin Installation d’éléments de surveillance à la lisière nord du bois.
Continuation des travaux d’aménagement. Dans la soirée reconnaissance
d’officiers dans le secteur occupé par le 2e Bataillon en vue de la relève du
lendemain.
3 juin Préparation pour la relève de la soirée. Départ vers 22 heures pour le
quartier du Canal (entre le Chesne exclu et le coude du canal). La relève s’effectue
sans incidents. La 10e Cie occupe le sous-quartier W (partie en bordure du Canal).
Une 4e section en réserve dans le bois situé au S.E. du Chesne, la 11e Cie est placée
dans le sous-quartier E. occupant la bordure sud du Canal et le bois carré au sud
de ce dernier en liaison avec le 1er Bataillon à l’est. La 9e Cie est mise en réserve
dans les bois au sud du Canal des Ardennes.
4 juin Aménagement et organisation du quartier (installation de réseaux de
défense inexistants jusqu’à ce jour. Amélioration des tranchées dans la berge du
Canal et modification du plan de feux. À la 10e Cie au cours d’une reconnaissance
284
Chapitre IV Documents.

deux guetteurs sont tués. L’ennemi exécute des émissions à la radio (parlées et
musicales). Reconnaissance de la ligne d’arrêt : Bazancourt-Maison Rouge.
5 juin Continuation des travaux de défense- Échange des tirs d’artillerie.
6 juin Continuation des travaux de défenses. Reconnaissances diverses.
7 juin Continuation des travaux de défenses. Reconnaissances diverses.
Réception de l’ordre du jour de la 35e D.I. ci-après : « Soldats de la 35e, la bataille
est engagée, vous veillerez et vous tiendrez s’il le faut jusqu’à la mort. Vive la
France ! »
8 juin Une attaque par chars d’assaut est annoncée comme prochaine. Toutes
dispositions sont prises pour y résister avec succès.
9 juin Une attaque ennemie se déroule sur la partie W de la 36e D.I. (57e R.I.) qui
la repousse et fait de nombreux prisonniers (800 environ). Bombardement des
Petites Armoises (quartier du 2e Bataillon) qui brûlent toute la nuit. Activité de
l’aviation ennemie.
10 juin Nouvelle attaque sur le même point que la vieille après une forte
préparation d’artillerie ; le 57e R.I. est bousculé et une poche se forme au sud du
Canal des Ardennes. Le Bon reçoit l’ordre d’envisager éventuellement une
défense en bretelles face à l’W. Une reconnaissance immédiate des
emplacements est effectuée pour l’exécution de cet ordre. Activité intense de
l’aviation ennemie, échange de tirs d’artillerie. Dans la soirée (vers 21h30) arrive
au P.C. un ordre préparatoire de repli, prévu en deux temps (Eléments de 1re ligne
demeurant sur place et faisant croute jusqu’au lendemain soir ; éléments de
réserve (9e Cie) se repliant avec le 1er Bon sur la Croix aux Bois). Peu après un
compte-rendu de la 10e Cie nous informe que le 14e R.I. décroche en totalité ce
même soir à partir de 22 heures. Compte-rendu est fourni au Régiment
mentionnant ce fait et ordre nous est donné à 0 h 35 de décrocher en totalité
immédiatement.
11 juin Le décrochage s’est effectué dans l’ordre suivant : 9e, 11e, 10e Cies sans
éveiller l’attention de l’ennemi. Itinéraire de repli : Chatillons/Bar-Noirval-Quatre
Champs (village en feu) -Toges-La Croix aux Bois-Longwé. Le Bataillon s’établit
dans les bois situés au sud de ce dernier village où il est pris à partie par l’aviation
ennemie. Dans l’après-midi, ordre est reçu de se porter à proximité du P.C du
Régiment placé à 3 km environ plus au sud en bordure de la route de Vouziers à
Grandpré (R.N. 46). La 9e Cie est à la disposition du 1er Bon pour protéger le repli
du régiment. La justification du décrochage réside dans le fait que le gros des
troupes ennemies qui n’avaient pu percer notre front s’est porté vers Rethel où
l’Aisne a été franchie et se préparait à nous prendre à revers en utilisant la route
Rethel-Vouziers. Vers 18h le Bon, sur ordre, se porte sur la ligne Vaux les
285
Chapitre IV Documents.

Mourons-Les Rosiers par l’itinéraire Olizy-Mouron-Vaux les Mouron. La 11e Cie


sa droite en liaison avec le 2e Bataillonon occupant le village de Mouron comme
tête de pont avec ordre de se replier, au moment de la destruction du pont, sur
Vaux les Mouron, où elle doit s’installer sur la voie ferrée depuis la gare incluse
jusqu’au bois situé à l’W. La 10e Cie se place à la gauche de la 11e Cie jusqu’à «
Les Rosiers ». Le P.C du Bon se trouvant au Château des Rosiers. Le P.C. du
Régiment dans les bois de Bouconville.
12 juin Les Compagnies en ligne effectuent leur installation définitive en
exécutant de sérieux travaux de campagne. La 9e Cie rejoint dans la matinée et
est placée en réserve dans les bois situés à l’Est du Châteaux des Rosiers. La tête
de pont couvrant le village de Mouron se retire au sud de l’Aisne et le génie fait
sauter le pont à 9 heures. En fin d’après-midi, par suite de la présence de
l’ennemi, l’ordre est donné au Bon de se replier sur le bois d’Hauzy, près de
Malmy. La 10e Cie protégera le décrochage qui s’effectuera à 18 heures. Les
éléments de la 6e D.I.C. situés à notre gauche se trouvent au contact avec
l’ennemi descendant de Monthois. Itinéraire de repli : Bois d’Autry-Autry-Condé
les Autry-Serven-Malmy.
13 juin Vers 3 heures, arrivée à Malmy, où de nouveaux ordres sont donnés
prescrivant au Bon de grouper ses éléments dans le village même et d’y prendre
un repos de 4 heures, justifié par l’extrême fatigue des hommes.
À 4h35 le Bon repart sur un nouvel ordre annulant le repos de 4 heures pour se
rendre sur des nouveaux emplacements dans la région au sud de Sainte-
Menehould (village de Verrières).
Le S/LT Guiart de la 9e Cie est laissé à Malmy avec un groupe de combat ; sa
mission est d’attendre la 10e Cie pour l’aiguiller sur Verrières. (La 10e à décroché
de Ferme Joyeuse avec sa gauche au contact à 22 h 45 (12 juin). Après Servon elle
utilise la voie ferrée pour tenter de rejoindre plus rapidement le Bataillon; Ne le
trouvant pas elle continue en direction générale de Sainte-Menehould, par des
itinéraires défilés jusqu’à le Neuville au Pont, où elle sera sérieusement prise à
partie par des éléments blindés ennemis installés sur la Route Nationale 382.
Tués et blessés et grosses pertes de matériel au cours des franchissements des
trois ponts sur l’Aisne tous détruits, notamment une chenillette et un canon de
25. Le Bataillon n’ayant pas pris de repos et privé de ravitaillement, suit
l’itinéraire Malmy, Berzieux, Vienne la Ville (où le Capitaine Cohn et un officier
du Génie font sauter le pont après son passage), Moiremont, Sainte-Menehould,
Verrières. Le Colonel nous donne comme mission la défense du village de
Verrières ; puis un nouvel ordre nous est donné d’appuyer sur notre gauche pour
se porter au sud de l’Auve, la droite près de Sainte-Menehould, la gauche près
286
Chapitre IV Documents.

de Dampierre sur Auve. Au cours de la reconnaissance à Argers par le Chef de


Bataillon et son Capitaine Adjt Major, des tirs d’armes automatiques dirigés sur
le village décèlent la présence de l’ennemi. Le Colonel est aussitôt avisé. Le
Bataillon on prend immédiatement des emplacements de combats près de la
Route Nationale 382, Sainte-Menehould-Vitry le François (N.W. de Verrières). La
liaison avec la 6e D.I.C., à l’ouest n’a jamais pu être assurée, Dampierre su Auve
n’ayant pas été atteint ; des groupes éparts de combattants retraitant vers le sud
est nous avisent de l’approche de l’ennemi ; pour permettre au Bon de s’installer,
le Groupe Motocycliste du Régiment avait pris position près de la route indiquée
ci-dessus. Durant l’installation, des engins blindés ennemis débouchent des
pentes S.E. d’Argers en direction de Verrières essayant de contourner Sainte-
Menehould. Ils n’insistent par sur notre front se heurtant à une âpre résistance
et prennent la direction de Vitry le François. Au cours de cet engagement le Lt
Caussé est tué. Le s/Lt Firsk blessé. À 18h 15 l’artillerie d’appui direct du Régt
quitte ses positions sud de Verrières à la suite de quoi le P.C du Régt est porté de
Verrières à Passavant. Le Lt Médecin Buvat rejoint le Bataillon. Une trentaine de
bombardiers ennemis passent sur nos emplacements se dirigeant vers le sud-est
et l’avion de reconnaissance continue à nous survoler tout en nous mitraillant. La
liaison à notre droite est effectuée au pont sur l’Aisne, de Verrières avec le 21 e
R.I.C. Le Bataillon privé de la 10e Cie forme le hérisson en se regroupant au nord
de Verrières. À la tombée de la nuit les troupes ennemies arrivent au contact sur
ces positions qu’elles ne parviennent pas à entamer.
14 juin La liaison avec la gauche s’avérant impossible, le Bataillon s’assure que
celle-ci existe toujours avec la droite. Le Cap. Adjt Major constate que le Pont de
Verrières sur l’Aisne a sauté et qu’il n’existe plus aucun moyen de passage sur
l’autre rive ; il parvient toutefois à joindre le Cdt du 2e Bataillon du 21e R.M.V.E...
Des instructions sont données à l’Adjudant-Chef Michel pour construire une
passerelle de fortune, avant le lever du jour. Pendant l’établissement de cette
passerelle l’ennemi s’étant infiltré le long de la voie ferrée mitrailla la section
occupée à ce travail. Vers 6 h 30 l’ennemi, après une très courte préparation
d’artillerie se porte à l’attaque de nos positions essayant l’enveloppement par les
ailes. Le Chef de Bataillon ayant déjà dépêché deux agents de liaison au P.C. du
Régiment et aucun ordre ne lui étant parvenu, ne disposant de plus que d’une
quantité infime de munitions, décide de porter les éléments légers de son
Bataillon sur la droite de l’Aisne et ses éléments lourds sur les hauteurs de
Verrières. La section de Cuniac est chargée d’assurer la protection du
décrochage, qui s’effectue sous le feu des armes automatiques de l’adversaire.
Le passage de l’Aisne fut très difficile, le Bataillon on ne disposant pas de moyens
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Chapitre IV Documents.

de franchissement. (Un ordre de repli sur la rive droite de l’Aisne, donné par la
D.I., qui aurait dû nous parvenir le 13 juin à 19 heures, c'est-à-dire avant la
destruction du pont de Verrières aurait permis de grouper la totalité du Bataillon
derrière la rivière, mais malheureusement il n’a jamais touché le Chef de
Bataillon). Les éléments lourds (C.A.) appuyés par les voltigeurs chargés de leur
protection ayant occupé leurs nouveaux emplacements cherchent par leurs feux
à aider le repli de la section de Cuniac et à ralentir la progression ennemie. Au
cours de l’exécution de sa mission, la section de Cuniac a été totalement
encerclée et n’a pu rejoindre le Bon. La pression de l’ennemi s’accentuant de plus
en plus et les munitions manquantes totalement, la fraction située à l’W de
l’Aisne se replie sur Villers en Argonne et se met à la disposition du Chef de
Bataillon chargé de la défense de ce village, pour continuer le combat.
Après reconnaissance des nouvelles positions et commencement d’installation,
ordre est donné aux éléments du Bataillon, par le Lt Colonel Martyn qui a
remplacé le Lt Colonel Debuissy à la tête du 21e R.M.V.E. de rejoindre
immédiatement Passavant. Le Bataillon se regroupe dans ce village où les
hommes harassés prennent un léger repos. (La 10e Cie n’a pas encore rejoint le
Bataillon). Vers 19 heures les éléments regroupés vont bivouaquer dans les bois
situés autour de la ferme de Brouenne par l’itinéraire Passavant-Triaucourt-
Ferme de Brouenne, où la 10e Cie nous a précédé. (Cette Compagnie, après le
franchissement de l’Aisne le 13 juin s’est regroupée aux lisières Est de la Neuville
au Pont. Le Cne Duvernay essaie d’appuyer sur Moiremont pour échapper à la
poursuite de l’ennemi qui vient qui vient en direction générale du N.W. La Cie
anti-chars qui occupe Moiremont est dépassée par les éléments ennemis avant
que le village ait pu être atteint. Toute la 10e Cie s’engage immédiatement à
travers la forêt, et après une marche difficile débouche sur la Route Nationale
N°3 entre la Grange aux Bois et les Islettes, où elle se met à la disposition du
Colonel Cdt le 11e R.I. qui l’affecte au Bataillon on du Cdt Nicolaï. Le 14 entre 2 et
5 heures la 10e Cie va dégager deux canons de 25 en mauvaise posture. À 6 heures
le Lt Monteil avec une section monte renforcer une Cie aux Vignettes près des
Islettes. À 7 heures, l’aspirant Defoy avec une autre section est mis à la
disposition d’une Cie dans la Grange aux Bois. Au cours de l’attaque de ce village
le reliquat de la 10e Cie est engagé sous les ordres de son Capitaine pour appuyer
l’action dans la Grange aux Bois et permettre aux unités du 11e R.I. d’en
décrocher. Le Lt Obolensky du 21e R.M.V.E. est grièvement blessé au cours d’une
contre-attaque. La 10e se replie avec le Cdt Nicolaï sur Futeau et Brizeaux d’où le
Général Delaissey la dirige sur le prochain bivouac du Bataillon. Le Lt Monteil est
porté disparu. Dans les journées du 13 et 14 la 10e Cie a perdu ou laissé sur le
288
Chapitre IV Documents.

terrain une centaine d’hommes). 15 juin Dans la nuit le ravitaillement nous


parvient en partie. Le Bataillonon en était privé depuis son décrochage du Chesne
(nuit du 10 au 11). Après un repos de 4 heures le Bataillon reçoit l’ordre de se
rendre dans un des bois situés à l’ouest de Rembercourt aux Pots et suit
l’itinéraire ci-après : Vaubécourt-Isle en Barrois. Arrivé sur ses emplacements et
après liaison avec le Colonel ordre lui est donné de se diriger sur Érize-la-Grande
qu’il atteint dans le courant de l’après-midi, sa mission étant de défendre la Voie
Sacrée. Dispositif du Bataillon : la 9e Cie à Érize-la-Grande en liaison au sud avec
le 11e R.I. occupant les lisières W. du village ; la 10e Cie appuyée à la Voix Sacrée
au Nord d’Érize-la-Grande, la 11e Cie en liaison avec la 10e jusqu’au village exclu
d’Érize-la-Petite, avec à sa droite le 2e Bataillon. À 22h15, le Bataillon est relevé
par un Bataillon du 123e R.I. qui doit occuper les lisières W du Bois de la Jurée
situé à l’Est de nos emplacements. Le Bataillon se dirige alors sur le bois
d’Habeyra par l’itinéraire suivant : Érize-la-Petite, Chaumont s/Aisne, Lonchamp
s/Aire, Pierrefitte s/Aire, le bois d’Habeyra en bordure de la route nationale
N°402 (3K 700 à l’Est de Pierrefitte) où il bivouque.
16 juin Au matin le Bataillon reçoit l’ordre de se rendre dans les bois à l’Est de
Sampigny. Itinéraire Rupt devant Saint-Mihiel, Koeur la Grande, Koeur la petite,
Sampigny. Après un repos de 5 heures, le Bataillon sur de nouveaux ordres se
dirige sur la forêt de Vaucouleurs en bordure de la Route Nationale N° 64. La
division a été regroupée et devait prendre un très long repos en raison de l’état
d’extrême fatigue des hommes.
17 juin Un nouvel effort est demandé au Bon qui doit se rendre sous la pluie à
Montigny les Vaucouleurs, par Vaucouleurs. Le Cdt Poulain exténué par le travail
et les marches fournis est évacué. Le Commandement du Bataillon est pris par le
Cne Ravel. (Dans l’après-midi le Bataillon reçoit l’ordre de se porter dans la forêt
de Meine au sud est de Rigny St Martin. Au passage à Vaucouleurs le Colonel
donne au Battaillon l’ordre de s’installer en tête de pont entre Vaucouleurs et
Chalaines pour assurer le repli derrière la Meuse de la 35e D.I. (Le Lt Pierre
Boulard affecté spécial aux Tanneries Vve Paul Tuc et Cie à Chalaines demande
son incorporation au 21e R.M.V.E. il est affecté à la 11e Cie). Sa mission terminée
le Bataillon rejoint la forêt de Meine en bordure de la route nationale N°60 où il
arrive après minuit.
18 juin Dès 4 heures du matin l’artillerie ennemie nous prend sous ses feux, en
particulier dans les bois situés au Nord de la route de Blénod-les Toul. Ordre nous
est donné de nous rendre dans les bois d’Allain.
À 6h45, le mouvement est exécuté par l’itinéraire : Blénod les Toul-Crezilles-
Allain-Bois d’Allain où nous arrivons à 16 heures. Le Bataillon bivouaque à l’Est
289
Chapitre IV Documents.

de la route d’Ochey.
19 juin Le Bataillon reçoit l’ordre de se porter au village d’Allain et d’en assurer
la défense face au Sud et au S.W. Il prend le dispositif suivant : 9e Cie sortie sud,
aux abords de la route N°74 de Colombey les Belles ; la 10e sortie sud est, route
de Crépey ; 11e Cie sortie W route de Bagneux. Le Bataillon est mis à la disposition
de la 6e D.I.C. Des travaux sérieux de défense sont effectués autour du village.
Dans la soirée l’artillerie ennemie bombarde les issues du village, pas de pertes.
20 juin Continuation des travaux de défense du village. Des troupes coloniales
viennent s’installer dans les bois d’Anciotta et d’Allain situés au Nord et à l’est du
village. Bombardements intermittents de l’artillerie ennemie qui fait 3 blessés à
la C.A.
21 juin Le 1er Bataillon venant de Colombey les Belles (qu’il avait abandonné sur
ordre) vient renforcer la défense du village d’Allain. Il s’installe sur la route
d’Allain-Crepey, du ravin Est du village à la Route Nationale N°174 incluse. La 9e
Cie resserrant son dispositif sur la droite. La 11e Cie conserve ses emplacements
à cheval sur la route de Bagneux. La 10e Cie venant s’établir sur sa droite face à
l’W battant les glacis en direction de Bagneux et de Crézilles. Continuation des
travaux de défense ; renforcement des barricades aux issues. Dans le courant de
la matinée le village est à nouveau bombardé ; l’après-midi le bombardement
redouble d’intensité par suite de l’approche de l’ennemi.
Vers 18 heures des éléments ennemis importants sont signalés à 900 m au S.W.
du village ; le commandement prend toutes mesures pour resserrer le dispositif
et rappelle qu’il faut tenir coûte que coûte, avec interdiction de se replier.
À partir de 19 heures le bombardement ennemi s’intensifie encore, dirigé avec
précision sur le village même, qui épargné jusque-là, est particulièrement
endommagé. Un seul blessé, sergt Anton de la 10e Cie.
À 21h45 un ordre du Colonel Ditte Cdt la 6e D.I.C. prescrit d’éviter l’accrochage.
À 22h 55 un nouvel ordre annonce la cessation des hostilités. Dans la nuit du 20
au 21, le service de l’intendance occupe la boulangerie d’Allain pour fabriquer du
pain pour les troupes, mais par suite des bombardements il abandonne cette
fabrication pour se mettre en sécurité et quitte Allain. L’adjudant-Chef Douet
aidé de quelques boulangers pris dans les Cies assure alors cette fabrication, qui
permet de ravitailler les diverses unités sur place et la population civile du village.
La 10e Cie abat du bétail fournissant en viande le 1/21e et la C.C.
22 juin Le Bataillon reçoit l’ordre de procéder à la destruction des armes
automatiques et à la mise hors d’usage des armes individuelles. Les Cies sont
regroupées et bivouaquent sur leurs anciens emplacements de combat. Des
officiers allemands venus en automobile se présentent à l’entrée du village (route
290
Chapitre IV Documents.

de Colombey) pour s’informer de nos conditions de reddition. Le Chef de


Battaillon Miraibail Cdt le 1/21 fait connaitre que des pourparlers sont en cours
entre le commandement allemand et le Général Dubuisson commandant les
divers groupements encerclés avec nous.
Au début de l’après-midi ordre nous est donné de nous rendre à la clairière nord
de Thuilley aux Groseilles, où a lieu le rassemblement du Régiment. Le Général
Cdt la 35e D.I. passe celui-ci en revue et réunit les officiers pour leur exprimer sa
satisfaction sur la tenue du Régiment et sur sa conduite au cours de la campagne.
Le Régiment bivouaque dans la clairière.
23 juin Dans la matinée le régiment se rend à Bainville sur Madon par l’itinéraire
: Maizières-Bainville. En cours de trajet les hommes de troupes déposent leurs
armes sur l’un des bas-côtés de la route, les officiers sont autorisés à conserver
les leurs. À l’arrivée à Bainville sur Madon les soldats sont séparés de leurs
officiers et dirigés dans un pré en bordure du Madon. Les officiers sont parqués
dans une prairie au Nord de Bainville où leurs armes, cartes, jumelles, boussoles
etc.., leur sont retirées.
3e Bataillon 9e Cie rapport Modéna.
Saint Brévin l’Océan le 19 septembre 1942. Amédée Modéna Directeur. Agence
Trechu St Brévin l’Océan L. A. Capitaine de Réserve à la Légion étrangère Cmdt la
9e Cie du 21e R.M.V.E. À Monsieur l’Adjoint Administratif principal STOECKLE.
Chef du Bureau liquidateur de la Légion étrangère. Sidi Bel Abès.
S/C DE Monsieur le Général Chef de la Délégation du Secrétariat d’État à la
Guerre. Bureau central du courrier Paris.N°12334 E.P. N°de transfert du Bureau
Central du courrier de laa délégation du Sous Secrétaire d’État à la Guerre à Paris.
44.202 D/C/T.O.
Conformément à votre demande, par votre demande du 22 juin 1942, reçue le
20 août écoulé, j’ai l’honneur de vous adresser inclus :
1°Un C.R. de fin d’opération de la campagne 1940 à la tête de la 9eCie du 21e
R.M.V.E.
2°Une copie certifiée conforme du certificat de blessure reçue au cours de ces
opérations.
C.R. de fin d’opération 9e Cie 3e bataillon Capitaine Modéna :
J’ai l’honneur de vous résumer ci-dessous, au jour le jour, la fin des opérations
auxquelles j’ai participé à la tête de la 3e Cie du 21e R.M.V.E.
1er juin. C’est le premier jour où je prends sur ma demande le commandement
de la 9e Cie au bois de Châtillon-sur-Bar. J’ai quitté la veille, à ce même bois en
position de Réserve, la C.A.1 par suite de dissentiment avec le commandant
Mirabail, Chef du premier bataillon. La séparation a eu lieu à mon honneur, le
291
Chapitre IV Documents.

Commandant Mirabail me rendant hommage en ces termes en me remettant


l’ordre de transfert : « Vous voyez, Capitaine Modéna, que personne ne doute de
vos qualités militaires. » La 9e Cie avec tout le 3e bataillon a été relevée dans la
nuit du 31 mai au 1er juin. À part le Capitaine Sabadie, blessé le 26 mai et évacué,
elle compte 19 hommes hors de combat dont le sergent Paul Sébastien Savin tué
à l’ennemi. Selon les dires du Capitaine Duvernay, Commandant la 10e Cie, il y
aurait eu un peu de flottement après l’évacuation du Capitaine Sabadie et le
Capitaine Duvernay aurait eu à refouler, revolver au poing, des hommes de la
section du Lieutenant Henri Dugros, qui avaient quitté leur poste de combat. Le
lieutenant Dugros, l’officier le plus ancien, s’était vu retirer le commandement
de la Cie au profit du lieutenant T E Smirnoff. Le commandant Poulain, Chef de
bataillon, n’avait adopté cette mesure que momentanément. Mais le moral de la
Cie n’est pas atteint. Je m’en rends vite compte après avoir interrogé les Officiers,
les Gradés et les hommes des groupes les plus éprouvés. Je suis en mesure de
donner quelques heures après au Général Delaissey, commandant l’I.D. venu en
inspection l’assurance que cette Cie fera toujours et partout son devoir.
3 juin La Cie reçoit la mission de relever à Châtillon-sur-Bar une Cie du 11e R.I. en
position de soutien.; Tirs intermittants de l’artillerie ennemie. La Cie ne subit pas
de pertes.
4 juin Le 3e bataillon relève le 2e au Canal des Ardennes et au bois du Chêne. La
9e Cie relève la 5e (Cne de Brem). Mission : une section (la 1re Lt Dugros en ligne,
détachée auprès de la 11e Cie (Cne Ravel) ; une section, la 3e Lt Smirnoff en
soutien avec une section de la C.R.E., Lt Pecquereau) près des Marans au nord du
bois du Chêne; deux sections, la 2e Sous-Lt Guiart et la 3e, Sergent-chef Simon à
disposition du bataillon, pour les travaux d’une ligne de soutien.
5 au 9 juin. Tirs d’artillerie ennemie. Eux inspections que je fais à la nuit à la 1re
section, en ligne avec la 11e Cie me permet de constater le bon moral des
hommes, malgré le mauvais exemple du capitaine Ravel commandant la 11e Cie
qui dort la nuit dans sa cagna, bottes retirées.
10 juin. Au retour d’une reconnaissance avec le capitaine Doubaud, Adjoint au
bataillon, jusqu’au secteur soutenu par le 14e R.I. (36e D.I.), en vue d’installer
éventuellement un dispositif en bretelle entre les deux unités, je reçois l’ordre de
faire marche avec ma Cie à 21 h., sur le bois de la Noue Catherine, (côte 139, 4
km environ à l’est de Vouziers) face à la ferme Chemillot. Itinéraire par Châtillon-
sur-Bar etla Croix au Bois. La 9e Cie tiendra l’aile gauche du dispositif adopté par
le Régiment et sur ordre du commandant Mirabail. Ce dispositif s’étendra de
Boult au Bois jusqu’à la côte 139. La 1re section, rejoindra en faisant marche avec
la 11e Cie, après avoir décroché du canal des Ardennes.
292
Chapitre IV Documents.

11 juin, 6 heures. La Cie prend position à la côte 139. Je fais assurer


immédiatement la liaison avec l’unité voisine qui se trouve avec le 14e R.I., sous
un violent bombardement de l’artillerie et de l’aviation ennemie. Cette dernière
attaque à la bombe par vagues successives. Le 14e R.I. subit des pertes. Un
déplacement commandé par le Chef de Bataillon Mirabail est exécuté au couvert
des bois sous le bombardement avec calme et bon ordre. Le Lt Dugros, ayant
rejoint à la tête de la 1re section prendra la liaison avec la 2e Cie du 21e R.M.V.E.
Le front de la Cie est de 700 mètres environ. Belle tenue du Sergent Natanson qui
tiendra toute la journée avec son groupe, en liaison avec le 14e R.I. dans une
position particulièrement harcelée par l’artillerie ennemie.
11 juin. 20 h. Le Capitaine Bigot, Adjoint au Cdt Mirabail me remet l’ordre de
décrocher à 21 h et de faire marche par Longwe, Olizy et Mouron, sur Vaux-les-
Mouron. Le 3e Bataillon doit être couvert à Olizy, mais à Olizy la 9e Cie poursuit
seule la marche sur Vaux les Mouron, le reste du Bataillon étant parti. Seul le Lt
Nénon de la 7e Cie (2019 ; Nénon de la C.A.2?) est dans le village et cherche son
unité.
12 juin. 7 h. Arrivé à Vaux-les-Mouron. Je me remets avec ma 9e Cie aux ordres
du Cdt Poulain Chef du 3e Bataillon. Mission reçue : la 9e Cie prendra position
avec deux sections en ligne, dans les Marais au Nord-Est de Château des Rosiers,
en liaison avec la 10e Cie à l’est et avec une Cie de Tirailleur Sénégalais (20 R.?).
Ce sont les 3e et 4e dections, Sergent-Chef Simon et Lt Smirnoff, qui prendront
position en ligne après la reconnaissance que j’aurai exécuté avec les
commandants des unités voisines. Les 1re et 2e Sections, Lt Dugros et S/Lt Giart
seronr en réserve à la disposition du Bataillon.
12 juin 17h. Ordre m’est donné par le P.C. du Bataillon de décrocher et de faire
marche vers le bois de Malmy en Argonne. La 9e Cie s’installera dans ce bois (en
position défensive en liaison avec les autres unités du Bataillon. Itinéraire : Autry,
Servon Canal (Servon Melzicourt?), Malmy en Argonne
12 juin 18.h Le repli bruyant et animé d’un Escadron de Cavalerie fait déclencher
un tir violent de l’artillerie ennemie, suivi d’une attaque d’infanterie. Mais il
pleut, le terrain est difficile et les Allemands sont stoppés sur les lignes des
Sénégalais et de la section Smirnoff. Pour parer à toute éventualité, je place les
Sections Dugros et Guiart en fer à cheval couvrant la route et le Château. J’envoie
le cycliste Gomez informer le P.C. du bataillon que le décrochage de la 9e Cie aura
lieu avec un peu de retard, afin de ne pas découvrir subitement le flanc des
Tirailleurs Sénégalais. Belle conduite de la section Smirnoff en particulier et de
tous les hommes en général qui en cette circonstance ont tenu leur place avec
calme et sang-froid.
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Chapitre IV Documents.

13 juin 3 h. Après une marche de nuit rendue très pénible par la pluie et la fatigue
des hommes qui en cette journée n’ont guère eu le temps de se reposer, marche
au cours de laquelle les hommes perdront souvent contact et au cours de laquelle
j’eus sans cesse à faire la navette le long de la colonne et donner l’exemple de
mon endurance, nous atteignons Malmy en Argonne. Contrairement aux
dispositions précédentes, l’ordre nous est donné de cantonner dans les granges
pendant 4 heures.
13 juin 5 h. Le Capitaine Doubaud, Adjoint au bataillon me donne l’ordre écrit
suivant : « La 9e Cie fera marche aussitôt sur Verrières sous Sainte-Menehould
par Vienne la Ville et Moiremont). Elle laissera à Malmy un Officier et un groupe
chargés d’attendre la 10e Cie et de la diriger sur Verrieres. Je désigne pour cette
mission le S/Lt Guiart et le groupe du Sergent Natanson, Cet Officier et ce groupe
ne me rejoindront jamais et ne pourront pas remplir leur mission, on ne sait à la
suite de quelles circonstances. La 10e Cie, Cne Duvernay, (sauf l’adjudant Pereira)
ne les vit pas et ne rejoignit pas Verrières, mais Sainte-Menehould (2019, en fait,
lorsque la 10e Cie débouche sur Moiremont. Les Allemands sont là et ils ont
capturé la batterie motorisée du Lt Dumas, batterie du 404e D.C.A. confiée au 21e,
forte de 6 canons de 25 contre avions. La 10 Cie, à travers bois, pourra briser
l’encerclement et déboucher sur la route nationale n°3 entre La-Grange-aux-Bois
et Les Islettes.) Les hommes n’ayant pu prendre que deux heures de repos
marchent comme des automates. Leur fatigue est très grande. La 9e Cie s’étire sur
la route suivie suivie de la 11e Cie, mais à Sainte-Menehould je la regroupe
entièrement et nous atteignons les abords de Verrières vers 13 heures.
L’AFFAIRE DE VERRIERES :
Cinq cent mètres avant Verrières, environ, le Cdt Poulain nous fait donner l’ordre
de faire halte, en attendant les instructions. Je fais dire à l’Adjudant Lefèvre de la
Section de Commandement de la Cie, qui passe sur la route, avec la camionnette
du ravitaillement (sur l’ordre du Lt-Colonel Debuissy, les Adjudants de Cie avaient
été affectés à ce service) de faire distribuer immédiatement les vivres. Celui-ci me
fait répondre qu’il a l’ordre par le Colonel de se rendre d’abord à Verrières, mais
qu’il va revenir au plus vite. Nous ne le reverrons plus et après ces marches
épuisantes de nuit, succédant aux journées au contact de l’ennemi, nous ne
serons pas ravitaillés.
13 juin 14 h. environ. Le commandant Pouilain assisté du Capitaine Doubaud, son
adjoint, me donne l’ordre de disposer ma Cie en ligne sur les crêtes qui couvrent
Verrierres, face au Nord-Ouest, sans m’étendre jusqu’à Argers où sont signalés les
Allemands. MISSION : Défendre le village de Verrières, en liaison à droite, c’est-à-
dire au Nord avec la 11e Cie (Cne Ravel), pas de liaison à gauche, c’est-à-dire à
294
Chapitre IV Documents.

l’Ouest. Ces deux Cies aux effectifs réduits de près de moitié, forment donc un
rideau de 1 km de front environ. La C.A.3 devra renforcer cette ligne. J’adopte
pour las 9e Cie le dispositif suivant : face à l’Ouest vers Argers, en bordure de la
route et d’un champ de blé, au point le plus délicat puisque sans liaison, la section
du Lieutenant Smirnoff ; au Nord, en liaison avec la 11e Cie la Section du Lt
Dugros ; au Centre entre les Sections de ces deux officiers, les 2e et 3e Sections
(Sergent Devimeux et Sergent Chef Simon). Le P.C. de la Cie sera à proximité de la
Section Devimeux. Le mortier dans un bosquet au basde la côte. C’est en revenant
de placer les Sections Smirnoff et Devimeux que je rencontre les Lieutenant
Causse et Saint-Martin de la Section Motocyclette du Régiment. Le Lieutenant
Causse me recommande autant que possible la position où se trouve le Lt
Smirnoff, le danger lui paraissant venir de l’Ouest. C’est aussi mon avis et je
m’apprête à faire serrer les Sections Simon et Dugros sur Smirnoff. Au moment
où je le quitte (Causse), je l’entends s’écrier : « qu’on me donne un F.M. que je
descende cette sauterelle ». Il s’agit d’un avion ennemi volant à basse altitude. Je
n’ai pas fait 100 mètres que débouche de la vallée un gros tank français (un 22
tonnes probablement), suivi d’une chenillette entourée de Sénégalais et de
soldats de l’Infanterie Coloniale, les uns armés, les autres sans armes. Parmi eux
ne se trouve pas un officier. En même temps une rafale de balles en provenance
de la direction Ouest passe au dessus de nos têtes. Elle est tirée par une colonne
motorisée ennemie qui fera quelques vicimes puisque j’apprendrai le lendemasin
qu’elle a tué le Lieutenant Causse, mon agent de liaison au bataillon le caporal
Joseph Franco, etc Je donne aussitôt l’ordre au conducteur du tank de marcher
vers l’ennemi et j’essaie de grouper quelques hommes l’entourant. Le conducteur
me répond affirmativement de la tête sans s’arrêter, fait environ une
cinquantaine de mètres sur la route, puis oblique brusquement à gauche et
dévale la pente qui mène à Verrières suivi de presque la totalité des Sénégalais et
des Coloniaux. Ils disparaîtront vers Villers-en-Argonne. Sur ces entrefaites,
l’artillerie ennemie, alertée par l’avion sans doute ouvre un feu violent et martèle
les arêtes. Subitement, sous ce bombardement, toute la ligne de la 10e Cie fléchit
et dévale la pente vers Verrières entrainant les hommes de la section Dugros. Je
suppose que la 11e Cie a été attaquée par des ennemis venant de Sainte-
Menehould, mais il n’en est rien. Je dépêche auprès du Capitaine Ravel le Cycliste
Gomez ; puis le Sergent Soudieux pour lui demander où il compte se défendreafin
de conserver la liaison. Il me fait répondre : « sur la route de Sainte Menehould-
Verrières ». Le sergent Devimeux qui le rencontre dans le village où je l’ai dépêché
pour récupérer tous les hommes pouvant trainer me dit que le Capitaine Ravel lui
a tenu ces propos : « là haut ce n’est pas tenable, je décroche·. À ma question
295
Chapitre IV Documents.

précise, le Sergent Devimeux me dit que c'est bien le Capitaine Ravel,


commandant la 11e Cie qui lui a parlé et qu’il le connait bien.
Je modifie la disposition de la 9e Cie aussitôt comme suit : la Section Smirnoff fera
face à l’Ouest, tandis que les hommes du sergent Devimeux (reste de la 2e Section,
anciennement commandée par le S/Lt Guiart, et les hommes du Sergent Chef
Simon feront face au Nord Ouest en liaison avec la liaison Dugros qui se mettra à
l’alignement avec la 11e Cie.
Je suis blessé à ce moment par un éclat d’obus à la jambe droite. Bien que la
douleur soit violente et qu’elle m’immobilise un bon moment sans connaissance,
je ne quitte pas ma place de combat (ci-joint copie certifiée conforme du certificat
d’origine de blessure). Aidé du Sergent-Chef Hinschberg, (Hirschberg ?), des
Sergents Soudieux et Devimeux, je rassemble tous les hommes égarés et je les
place en ligne entre les Sections Smirnoff et Simon. Il y a quelques hommes des
5e, 7e et 10e Cies, l’Adjudant Albert Pereira de la 10e, un autre adjudant que je
crois etre de la 5e si mes souvenirs sont exacts, et deux coloniaux.
Le Commandant Poulain vient à moi à ce moment. Il me montre interloqué à ma
question si le repli de la 11e Cie a été commandé. Comment, dit-il, Ravel s’est
replié ? Il me donne alors l’ordre d’aligner ma ie dans le verger des pommiers qui
borde le village afin de faire un front moins étendu. Je fais aligner la Section
Smirnoff.
13 juin 16 h. Le bombardemen a cessé, l’Infanterie allemande n’a pas attaqué et
la colonne motorisée a disparu depuis longtemps. Belle conduiteddu Sergent
Marcel Defigier qui ramène un blessé sous le feu, du Sergent-Chef Hinschberg,
des Sergents Devimeux et Soudieux.
13 juin 20 h. Le calme a persisté et les hommes ont pu se reposer un peu et se
substanter avec ce qui leur reste de vivres de réserve. Les Allemands se
manifestent par quelques fusées et des rafales de mitraillette, comme à
l’ordinaire. Je renforce la section Smirnoff par le prélévement d’un Groupe sur la
section Dugros et en allant rendre compte je renconte le Lt Saint Marc Officierde
renseignement du Bataillon, au moment où une rafale est tirée dans notre
direction. Il me demande si je défie les balles et m’informe qu’il est sans nouvelle
du reste du Bataillon.
14 juin 2 h. Aucun incident notable. En faisant un tour d’inspection de la ligne de
ma Cie, je passe pae le P.C. du Bataillon installé non loin de la section Dugros. Le
commandant Poulain me dit être sans nouvelle d’un motocycliste envoyé au P.C.
du régiment depuis la veille à 20 heures. Il suppose qu’il a été fait prisonnier.
14 juin 5 h. Le Cdt Poulain réunits les Commandants de Cie, il y a là le Capitaine
Ravel pour la 11e Cie ; le lieutenant Audibert pour la C.A.3, le lieutenant
296
Chapitre IV Documents.

Pecquereau pour la section de C.R.E. et moi pour la 9e Cie. Le Cdt Populain nous
dit : c’est un peu un Conseil de guerre que nous tenons. Je suis sans nouvelle du
Colonel depuis hier 20 heures. Il est probable que nous allons être attaqués tout
à l’heure. Nous résisterons avec les moyens que nous avons. Si l’accrochage dure,
avant de bruler les dernières cartouches, nous tacherons de sortitr de l’étreinte
par échelons, car nous sommes aux trois quarts encerclés. Je donnerai d’abord
l’ordre de décrocher à la 9e Cie qui se trouve à la gauche du bataillon et le plus
près du village. Donc, Modéna, vous vous porterez au-delà du villasge. La 11e Cie
prendra alors la place de la 9e et fera front jusqu’à ce que je lui donne l’ordre de
écrocher à son tour. Nous tacherons de joindre Passavant en Argonne où doit se
trouver le reste du Régiment.
Le Capitaine Ravel intervient et dit : « si vous m’en croyez, n’attendez pas
l’accrochage, nous ne sommes pas en état de résister ».
Le Cdt Poulain répond, énervé : « je vous en prie Ravel, ne me bousculez pas. Ma
situation n’est pas différente de la vôtre et chacun doit prendre ses
responsabilités. Il ne sera pas dit que nous nous sommes repliés sans combattre.
Brûlez vos papiers pour qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi dans le cas
où nous soyons faits prisonniers. »
En regagnant ma Compagnie, je donne les instructions en conséquence. Une
heure ne s’est pas écoulée que l’artillerie ennemie ouvre un feu d’enfer. Mais
heureusement pour nous ce tir est concentré 250 mètres en avant de nos lignes
et malgré sa violence il ne nous occasionne pas de pertes.
14 juin 7h30 environ. Attaque en force de l’infanterie d’assaut allemande. Celle-
ci avance au cri de Heil Hitler : on entend les Officiers et les Sous-Officiers crier
leurs ordres à haute voix. Mais ces troupes sont stoppées par notre feu que nous
ouvrons d’ailleurs à bonne portée, c’est-à-dire à 350-400 mètres. Les Allemands
paraissent surpris de notre résistance. On voit surgir de nouvelles vagues
d’assaut, mais on les voit aussitôt se coucher à terre et de sous les fourrés
crépitent les mitraillettes et les mitrailleuses, tandis que leurs mortiers tirent sur
nous, mais tirent long. Le sergent Dienne de la C.A.3 renforce précieusement le
feu de notre Cie par sa mitrailleuse. J’avais donné l’ordre de ne tirer que quand
on verrait bien distinctement les Allemands et je dirigeais moi-même le feu.
J’avais lieu d’être satisfait des résultats. Une section ennemie avait été très
nettement fauchée par nos feux. Les Allemands qui nous défiaient en attaquant
traversaient maintenant les espaces découverts en courant de toutes leurs
jambes et se mettaient le plus vite possible à l’abri. Mais leur feu augmentait
d’intensité.
Je vais de Smirnoff à Devimeux, de Devimeux à Dienne et de Dienne à Pereira.
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Chapitre IV Documents.

Tous les hommes de ces Chefs de Section se battent bien avec sang-froid. Le point
névralgique du bataillon, c’est son aile gauche dont j’ai la garde. En effet, si
l’ennemi arrivait à atteindre le village, nous serions cette fois entièrement cernés.
C’et donc de ce côté que je me tiens presque constamment, c’est à ces hommes
qui défendent la position la plus exposée, que je tiens à me montrer debout
derrierre eux, ou sur un genou parmi eux, leur indiquant les groupes ennemis à
battre de leurs feux, allant des uns aux autres et cela malgré ma blessure qui
m’oblige à marcher en boitant et à m’appuyer sur une canne.
Soudain, pendant que la fusillade fait rage, j’entends crier mon nom. C’est le
cycliste Gomez, détaché auprès du P.C. du bataillon qui remplace le caporal
Franco tué la veille. Il me dit : « Mon Capitaine, ordre du commandant,
commencez le repli. Mais je trouved dangereux de commencer à faire replier mes
groupes avant que les premiers éléments de la 11e Cie qui doivent nous remplacer
soient arrivés à notre hauteur et je m’apprête à en informer le P.C. du Bataillon
qui se trouvait à 150 mètres environ sur ma droite à hauteur de la Section Dugros.
Il faut que nos feux soient remplacés par les feux de la 11e Cie afin que l’ennemi
ne profite du vide que ma Cie pourrait laisser. Mais je n’aurai pas le temps d’en
informer le Commandant :
En arriere de ma ligne passe obliquement la route de Sainte-Menehould à
Verrières... Sur cette route, la 11e Cie, Capitaine Ravel en tête, se replie dans une
formation qui est loin d’être ordonnée, et au pas accéléré. Le P.C. du Bataillon a
été transporté au-delà du village. En hâte donc, je place le groupe Devimeux avec
un F.M. face à la route de Sainte Menehould-Verrières pour parer autant que
possible à toute prerssion pouvant venir du front tenu précédemment par la 11e
Cie et je donne au Lt Smirnoff l’ordre de continuer un feu nourri. Ma Cie, où ce
qui en reste, le Lt Dugros ayant suivi la 11e Cie dans son repli, forme pendant un
moment un demi-cercle autour du village, face au Nord et à l’Ouest.
Lorsque je vois qu’il n’y a plus d’éléments du bataillon sur la route Sainte
Menehould-Verrières, je fais commencer le décrochage par groupes, le lieutenant
Smirnoff m’étant dans cette tâche difficile un précieux auxiliaire. Le décrochage
se fait d’ailleurs en continuant le feu, si bien qure les Allemands ripostent sans
donner l’assaut. Ils s’apercevront que nous leur avons échappé quand ils nous
verront sur les côtes Sud-Est, juste au-delà du village. À ce moment ils font feu de
toutes leurs armes. Le Commandant Poulain crie l’ordre suivant : « 11e
Compagnie, faites front sur la droite, 9e sur la gauche. » Et c’est le repli, le gros
des Allemands est retardé dans le village. Le combat cesse et reprend avec les
patrouilles d’avant-garde ennemies. Au hasard du repli, je recueille des hommes
d’autres Cies et j’en perds des miens. La vallée attire les hommes. Je reste à un
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Chapitre IV Documents.

certain moment avec quelques hommes autour de moi. Sauf l’Adjudant-Chef


Michel que j’entrevois sur un autre mamelon, à un certain moment, les restes de
la 10e Cie ont disparu dans le fond de la vallée et l’adjudant Michel ne me semble
disposer que de quelques hommes de cette Cie.
Je perds de vue au cours du repli les Lieutenants Smirnoff et Dugros. Le premier
luttera pour son compte jusqu’au moment où il rencontrera la 11e Cie. Le second
est resté dans le sillage du Cne Ravel depuis Verrières. Le, Sergent-Chef
Hinschberg (Hirschberg ?), le Sergent Boudieux et leurs hommes ont
constamment combattu à mes côtés. L’Adjudant-Chef Douet, du Bataillon,
’apporta son aide pendant une grosse partie du repli. Quant à l’Adjudant Pereira
de la 10e Cie, il disparut à travers bois, n’entendant pas mes appels.
Nous arrivons ainsi aux avant-postes du 21e R.I.C. près de Châstrices. J’y recueille
l’Adjudant Pourreau de la C.A.3 et quelques hommes de la 10e Cie. Nous nous
retrouvons un peu plus tard, la 11e Cie et la 9e Cie sur la Haute Chevauchée (2019 :
la route de ?).
Le Commandant Poulain, le Capitaine Doubaud et d’autres Groupes ont rejoint
Passavant par un autre chemin. En cours de route ce même Cne Ravel est
interpellé par le Général Decharme commandant la Division.
Je fais remarquer au Cne Ravel qu’il n’a pas exécuté à Verrières la manœuvre
commandée par le Chef de Bataillon, mais il me répond que ce sont des choses
qui réussissent à la Place d’Armes et encore.
14 juin à 16 heures environ. À Passavant-en-Argonne, je fais panser ma blessure.
Le lieutenant-médecin-chef par intérim Buvat me propose l’évacuation étant
donné mon état. Mais je tiens d’abord à voir le commandant Poulain que l’on dit
être dans le village. Celui-ci nous réunit et nous informe qu’il est question de
marcher au repos vers Foucaucourt, je ne me souviens plus bien du nom, où le
Régiment doit être dissous.
Il nous informe aussi que le lieutenant-colonel Debuissy qui nous commandait
s’est vu retirer le commandement du Régiment, lequel a été confié au lieutenant-
colonel Martyn. Je proteste énergiquement contre la dissolution dont on nous
menace, mes hommes s’étant bien battus. Je déclare qu’ils ne méritent pas ce
traitement et qu’ils n’auront pas besoin de moi pour ce genre d’activités : que
dans ces conditions j’accepterai l’évacuation qui m’est proposée. Mais apprenant
dans la soirée que cette menace de dissolution n’était pas confirmée et après
unbon repos, je décidais de rester à la tête de ma Compagnie et malgré ma
blessure… »
15 juin. 7h. Ma température étant à peine 38 degrés, je persiste dans ma décision
et nous marchons sur Érize-la-Grande et notre Cie relève la Cie de pionniers de la
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Chapitre IV Documents.

Division.
15 juin, 21H 30, Nous quittons Érize-la-Grande, d’où les Allemands sont à 500
mètres, leurs fusées délimitent leurs lignes. Nous n’avons pu tirer que quelques
coups de feu, notre provision de cartouches étant limitée. L’ordre de décrocher
nous arrive au moment où le Bataillon du 123e prend position en relève, mais
dans un bois en arrière du village. Nous bivouacons dans le bois de Pierrefitte.
16 juin. Journée de retraite. La Cie fera sa marche avec le Bataillon au milieu
d’une cohue invraisemblable de soldats de toutes armées auxquels sont mêlés es
civils. Nous passons à Sampigny, Koeur la Grande, Koeur la Petite, Commercy et
nous bivouaquons dans le bois de Void.
17 juin. Marche sur Vaucouleurs et Montigny. L’après-midi,