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CHAPITRE

8
Orthopédie dentofaciale

Avec la collaboration de M.-J. Boileau, F. de Brondeau et F. Darque

Plan du chapitre
■■ Rappels, définitions

■■ Examen clinique d'orthopédie dentofaciale

■■ Quand commencer un traitement d'orthopédie dentofaciale ?

Guide clinique d’odontologie


© 2011 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés
188 Orthopédie dentofaciale

Rappels, définitions
Dimensions en orthopédie dentofaciale (figures 8.1 et 8.2)

Fig. 8.1 Fig. 8.2
Dimensions verticale et antéropostérieure. Dimension transversale.

Classification d'izard (figure 8.3)

Fig. 8.3
Classification d'Izard modifiée d'après E. Lejoyeux.

Classification squelettique de ballard (tableau 8.1)


Elle concerne l'appréciation des rapports antéropostérieurs du maxillaire et de la man-
dibule, sans considération des arcades dentaires.
Rappels, définitions 189

Tableau 8.1
Classification squelettique de Ballard.
Classe I Classe II Classe III
Rapports normaux Mandibule en retrait par rapport Mandibule avancée par rapport
au maxillaire au maxillaire
OU OU
Maxillaire avancé par rapport Maxillaire en retrait par rapport
à la mandibule à la mandibule

Source : figures du docteur de Brondeau.

Rapports interarcades
Rapports antéropostérieurs
Classification d'Angle (tableau 8.2)
La classification est fondée sur « les relations mésiodistales des dents, des arcades et
des mâchoires » qui s'expriment par le rapport entre les premières molaires maxillaires
et mandibulaires.

Tableau 8.2
Classification d'Angle.
Classe I Classe II Classe III
Normalité Occlusion distale de plus d'une demi- Occlusion mésiale de plus d'une
La cuspide mésiovestibulaire de ­cuspide de la première molaire mandibulaire demi-cuspide des molaires
la première molaire maxillaire est par rapport à la première molaire maxillaire, mandibulaires par rapport aux
reçue dans le sillon vestibulaire de de chaque côté, ce qui oblige les autres maxillaires
la première molaire mandibulaire dents à se placer dans la même relation
Les dents postérieures et anté-
rieures aux premières molaires
présentent les mêmes relations

Division 1 Division 2
Augmentation Surplomb normal ou
du surplomb diminué lié à la version
incisif palatine des incisives
supérieures
Si un des côtés est en classe I, la classe II Si un des côtés est en classe I,
est dite classe II subdivision (droite la classe III est dite classe III sub-
ou gauche) division (droite ou gauche)
190 Orthopédie dentofaciale

Surplomb
Écart apprécié, selon le plan occlusal, entre les faces vestibulaires des incisives mandi-
bulaires et les bords occlusaux des incisives centrales maxillaires.

Rapports verticaux
n Supraclusion : uniquement au secteur antérieur, excès de recouvrement incisif.
n Infraclusion :
l secteur antérieur : absence ou insuffisance de recouvrement incisif (infraclu-

sion antérieure = béance antérieure) ;


l secteur postérieur : absence de contacts occlusaux au niveau d'un groupe de

dents cuspidées (infraclusion latérale = béance latérale).

Rapports transversaux (figure 8.4)


n Exoclusion : dent en dehors par rapport à l'occlusion normale avec son
antagoniste.
n Endoclusion : dent en dedans par rapport à l'occlusion normale avec son
antagoniste.

Fig. 8.4
Rapports interarcades transversaux.

Remarque
On utilise plus souvent les termes occlusion inversée (endoclusion maxillaire) et
occlusion exagérée.

Anomalies de la dimension antéropostérieure


Anomalies des bases osseuses
Prognathie
Protrusion d'une ou des mâchoires :
n protrusion mandibulaire = promandibulie ;
n protrusion maxillaire = promaxillie.
Rappels, définitions 191

Remarque
Diagnostic différentiel avec la promandibulie et le proglissement mandibulaire
qui est une anomalie positionnelle et non morphologique.

Rétrognathie
Rétrusion d'une ou des mâchoires :
n rétrusion mandibulaire = rétromandibulie ;
n rétrusion maxillaire = rétromaxillie.

Anomalies dento-alvéolaires
Proalvéolie et biproalvéolie
Projection en avant de la zone alvéolaire des incisives.
(Biproalvéolie : projection en avant des zones alvéolaires des incisives maxillaire et
mandibulaire.)

Rétroalvéolie et birétroalvéolie
Inclinaison linguale de la zone alvéolaire des incisives.
(Birétroalvéolie : inclinaison linguale des zones alvéolaires des incisives maxillaire et
mandibulaire.)

Anomalies de dimension verticale


Anomalies des bases osseuses
Déséquilibre de la croissance verticale entre la région antérieure et postérieure de la
face (figure 8.5).

Fig. 8.5
Construction architecturale de la face antérieure et postérieure.
Source : Rapport du 62e congrès de la Société française d'orthopédie dento-faciale : la dimension verticale en orthopédie dento-faciale.
Orthodontie Française 1989 ; vol. 60.
192 Orthopédie dentofaciale

Hypodivergence
n Elle peut être due à un excès de la dimension verticale postérieure ou un défaut
de la dimension verticale antérieure (figure 8.6).
n Termes associés :
l skeletal deep bite (Sassouni) : terme anglais ;

l antérorotation (Bjork) : terme réservé aux tendances d'évolution.

Fig. 8.6
Hypodivergence.

Hyperdivergence
n Elle peut être due à un défaut de la dimension verticale postérieure ou un excès
de la dimension verticale antérieure (figure 8.7).
n Termes associés :
l skeletal open bite (Sassouni) : terme anglais ;

l postérorotation (Bjork) : terme réservé aux tendances d'évolution.

Fig. 8.7
Hyperdivergence.
Rappels, définitions 193

Anomalies dento-alvéolaires
Supra-alvéolie
Excès de développement vertical des procès alvéolaires.
Infra-alvéolie
Insuffisance de développement vertical des procès alvéolaires.

Anomalie de la dimension transversale


Anomalies des bases osseuses
Exognathie
Excès de développement transversal d'une mâchoire.
Endognathie
Insuffisance de développement transversal d'une mâchoire.
Latéromandibulie
n Terme à préférer à ceux de latérognathie mandibulaire ou d'asymétrie morpho-
logique de la mandibule.
n Développement inégal des deux hémi-mandibules entraînant, le plus souvent,
une position décalée du menton et/ou du point incisif mandibulaire par rapport au
plan sagittal médian (déviation des médianes incisives au repos et en OIM).

Remarque
Diagnostic différentiel avec la latérodéviation (= latéroglissement ou latéropo-
sition mandibulaire) : déplacement latéral de la mandibule en OIM, alors qu'à
l'ouverture il y a concordance des milieux.

Anomalies dento-alvéolaires
Exo-alvéolie
Excès d'inclinaison vestibulaire des procès alvéolaires latéraux.
Endo-alvéolie
Excès d'inclinaison linguale des procès alvéolaires latéraux.

Anomalies de développement des bases osseuses


n Micrognathie : développement insuffisant d'une mâchoire (on parle de micro-
mandibulie ou micromaxillie).
n Macrognathie : développement globalement exagéré d'une mâchoire (on parle
de macromaxillie ou macromandibulie).
194 Orthopédie dentofaciale

n Brachygnathie : dysmorphie caractérisée par une longueur insuffisante d'une


mâchoire (on parle de brachymaxillie ou brachymandibulie).
n Dolichognathie : dysmorphie caractérisée par une longueur excessive d'une
mâchoire (on parle de dolichomaxillie ou dolichomandibulie).

Anomalies de nombre
n Par excès : dents surnuméraires (dents de forme atypique), dents supplémentai-
res (dents identiques aux dents habituelles), excès multiples.
n Par défaut : agénésie (absence d'une ou plusieurs dents), oligodontie (diminu-
tion congénitale du nombre de dents, au moins six dents absentes) et anodontie
(absence congénitale de tous les germes dentaires).

Anomalies d'évolution
Dent incluse : dent dont le sac folliculaire n'est pas en communication avec la cavité
orale environ 2 ans après la période normale d'éruption.

Dysharmonie dentomaxillaire (ddm)


n Anomalie caractérisant l'insuffisance ou l'excès de place sur l'arcade pour l'ali-
gnement des dents à un moment donné.
n La microdontie relative et la macrodontie relative (M. Château) en sont les formes
cliniques.

Dysharmonie dentodentaire (ddd)


Il s'agit d'une mauvaise proportion entre des dents au sein d'une même arcade ou
entre les dents maxillaires et les dents mandibulaires.

Examen clinique d'orthopédie dentofaciale


Examen exobuccal
Examen exobuccal de face
Il permet d'étudier :
n la dimension transversale : observation de la forme générale de la face et de la
tête ;
n la symétrie :
l forme de la ligne sagittale médiane,

l développement des deux hémifaces,

l parallélisme ou convergence des lignes horizontales ;


Examen clinique d'orthopédie dentofaciale 195

n la dimension verticale :
l rapport des hauteurs de deux étages de la face,

l aspect (accentuation ou effacement) des plis faciaux,

l existence ou non d'une occlusion labiale au repos.

Examen exobuccal de profil


Il permet d'étudier :
n la dimension antéropostérieure :
l forme du profil général : convexe plat ou concave,

l situation du profil sous-nasal par rapport aux plans frontaux,

l forme du profil sous-nasal et position des lèvres par rapport aux lignes

esthétiques,
l observation des reliefs composant le profil : nez, lèvres, menton,

l forme de l'angle nasolabial,

l importance de la distance cervicomentonnière ;

n la dimension verticale :
l rapports des hauteurs des deux étages de la face,

l rapport entre hauteur faciale postérieure et hauteur faciale antérieure,

l aspect (accentuation ou effacement) des plis faciaux,

l obliquité du plan mandibulaire.

Examen endobuccal
Bases osseuses
Forme, concordance (profondeur et forme de la voûte palatine).

Zones dento-alvéolaires
Forme des arcades, leur symétrie et l'orientation des procès alvéolaires.

Relations occlusales
n Études des relations transversales :
l relation des secteurs latéraux (occlusion normale, inversée, exagérée) ;

l concordance des médianes interincisives entre elles et avec le plan sagittal

médian.
n Étude des relations antéropostérieures :
l relations molaires (classe d'Angle) ;

l relations canines ;

l relations incisives (surplomb k ou ().


196 Orthopédie dentofaciale

n Étude des relations verticales :


l secteurs latéraux : recouvrements, béances ;

l secteur antérieur : k ou ( du recouvrement.

Dents
n Formule dentaire :
l anomalie de nombre ?

l retard dentaire ?

l inclusion ?

n Forme des dents (dysharmonie dentodentaire).


n Position des dents :
l dystopies ;

l diastèmes ;

l encombrement.

n État dentaire (caries, abrasions…).

Parodonte
Hygiène, typologie parodontale, parodontopathies, brides, freins…

Examen fonctionnel
Ventilation, déglutition, mastication, troubles du sommeil.

Quand commencer un traitement


d'orthopédie dentofaciale ?
L'orthodontie peut s'envisager à tout âge. Afin de déterminer l'âge optimal de traite-
ment, le praticien doit connaître les facteurs de décision thérapeutique.

Facteurs de décision thérapeutique


Dysmorphie
n Face aux nombreuses dysmorphies et à leur complexité, il est impossible de pro-
poser une « attitude type ».
n Se référer à la fiche clinique (figure 8.8a) et à son annexe explicative (figure 8.8b)
réalisées afin de synthétiser les signes révélateurs des anomalies et favoriser le
dépistage et la prévention des déviations de croissance.
n Le diagnostic de certaines dysmorphoses (comme celles de la dimension trans-
versale ou d'un syndrome de classe III) doit conduire à commencer un traitement
d'autant plus précocement que l'anomalie est importante.
Quand commencer un traitement d'orthopédie dentofaciale ? 197

Fig. 8.8
Fiche clinique guide de dépistage des dysmorphies en orthopédie dentofaciale.
a. Fiche.
198 Orthopédie dentofaciale

Fig. 8.8
Suite.
b. Annexe.
Source : de Brondeau F, M. Sampeur-Tarrit M. Les signes d'appel et facteurs de décision thérapeutique en fonction de l'âge en orthopédie
dento-faciale. Journal d'Odontologie Pédiatrique 2005 ; vol. 12, no 1 (modifié à partir de Pascaud AS. Dépistage précoce et prise en charge
des dysmorphies en ODF pendant la denture mixte. Th Chir Dent Bordeaux 2004 ; 2 ; 47, 2004).
Quand commencer un traitement d'orthopédie dentofaciale ? 199

Croissance
Il s'agit d'un phénomène complexe, qui se déroule par paliers successifs, que le prati-
cien doit évaluer selon son potentiel et sa direction avant d'envisager une thérapeuti-
que orthopédique.

État de la denture
n Denture temporaire :
l peu de possibilités orthodontiques ;

l privilégier les thérapeutiques fonctionnelles.

n Denture mixte :
l envisager de favoriser les phénomènes d'éruption ;

l prévenir des inclusions par des extractions dirigées ou des mainteneurs

d'espace ;
l possibilités d'appareils extra-oraux ou multi-attaches sectoriels pour une thé-

rapeutique orthopédique ou orthodontique.


n Denture permanente :
l thérapeutique orthopédique : envisageable en fonction de la croissance

résiduelle ;
l thérapeutique multi-attache :

– des dysharmonies dentomaxillaires,


– des anomalies dentaires (agénésies, inclusions dystopies),
– avec indication d'extractions dans certains cas.

État du parodonte
n L'indication d'un traitement d'orthodontie peut être le moyen de rétablir un
contexte parodontal plus favorable.
n En cas de parodontopathies, le traitement ODF ne débute qu'après assai-
nissement parodontal (traitement possible sur un parodonte réduit mais non
pathologique).

Facteurs psychologiques
n Avant 6 ans : le peu de maturité du jeune enfant ne lui permet pas une com-
préhension suffisante pour envisager une démarche interceptive précoce. À cet
âge, les habitudes déformantes doivent être signifiées mais non systématiquement
supprimées.
n Entre 6–12 ans : c'est lors de la deuxième enfance et de la préadolescence, que
les enfants seraient les plus coopérants.
n Entre 12–18 ans : période où la coopération du patient est la plus aléatoire.
200 Orthopédie dentofaciale

Esthétique
Envisager cet élément de pronostic et de décision thérapeutique sous l'angle du
patient, de son entourage et du praticien.

Périodes thérapeutiques
De la naissance à 6 ans
n Attitude préventive.
n Dépister les signes d'alarme des dysmorphoses, des troubles fonctionnels
(particulièrement les insuffisances ventilatoires) qui nécessitent une inter-
vention précoce afin de rétablir un cadre fonctionnel, garant d'une croissance
équilibrée.

De 6 à 10 ans
n Place importante de la dysmorphose qui constitue un facteur d'indication d'une
thérapeutique orthopédique lorsqu'il faut déplacer les bases osseuses.
n L'état de la denture, la possibilité de favoriser l'évolution des dents sont des fac-
teurs à considérer (avec possibilité de réalisation d'extractions pilotées).
n Le potentiel de croissance ne se pose pas et le praticien dispose de toutes les
possibilités thérapeutiques : orthopédie, rééducation, orthodontie interceptive ou
encore abstention.

De 10 à 18 ans
n Nécessité et difficulté d'évaluer la croissance restante afin d'envisager une théra-
peutique orthopédique.
n Traitement orthodontique (avec ou sans extraction de dents permanentes).

À l'âge adulte
n Traitement orthodontique classique (voire chirurgico-orthodontique) de la dys-
morphie lorsque le parodonte le permet.
n Traitement orthodontique parfois plus limité s'intégrant dans une approche
pluridisciplinaire.

Dans les deux cas, l'état du parodonte doit être assaini et conditionne les possibilités
de traitement orthodontique.
À tout âge, il faut aussi prévenir, dépister et traiter les syndromes d'apnées hypopnées
obstructives du sommeil (SAHOS).
Pour en savoir plus 201

Pour en savoir plus


Bassigny F. Manuel d'orthopédie dento-faciale. Paris : Éditions Masson ; 1991.
Château M. Orthopédie dento-faciale. T. 1. Bases scientifiques. Paris : Éditions CdP ; 1993.
Château M. Orthopédie dento-faciale. T. 2. Clinique. Paris : Éditions CdP ; 1993.
Société française d'orthopédie dento-faciale. Dictionnaire d'orthognathodontie. SFODF (actualisation
permanente par la commision de terminologie).
De Brondeau and Sampeur-Tarrit, 2005 De Brondeau F, Sampeur-Tarrit M. Les signes d'appel et fac-
teurs de décision thérapeutique en fonction de l'âge en orthopédie dento-faciale. Journal d'Odontolo-
gie Pédiatrique 2005 ; 12(1).
Pajoni D, Foucart JM. 20 Questions d'internat en ODF. Éditions Sid ; 1997.
Lejoyeux E. Esthétique du visage. Encycl Méd Chir (Elsevier, Paris). 23-460-C-20.