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Université

Paris Descartes 16

Application en EHPAD des principes


de la méthode Montessori pour
améliorer la prise en charge des
résidents atteints de troubles
cognitifs.

Dr COLIN Thierry, Dr COLIN-JACQUET Pascale

DIU formation à la fonction de médecin


coordonnateur d'EHPAD

Directeur de mémoire : Dr NOEL Marie-Hélène, Service


de gériatrie, Maison Hospitalière Saint Charles
1
Remerciements

Nous remercions Madame le Docteur NOEL Marie-Hélène

d’avoir accepté d’encadrer notre travail

Nous remercions l’ensemble du personnel de l’EHPAD

Les Sablons

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Table des matières

I) La maison de retraite « Les sablons »


1) Présentation
a) Histoire
b) Organisation
c) Personnel
d) Déroulement d’une journée
2) Projet d’évolution
a)Formation Montessori

II) La méthode Montessori : Concepts et principes


1) Aspect pédiatrique
a) Maria Montessori
b) Les principes
2) La méthode Montessori adaptée aux personnes âgées souffrant de troubles
cognitifs
a) La démence
b) Différents types de mémoire
c) Origine de la méthode adaptée
d) Principes
e) La gestion des comportements inappropriés

III) Application à la maison de retraite « Les Sablons »


1) Principes mis en application
a) Etre capable de repérer, d’évaluer et d’utiliser les capacités préservées
b) Les gestes de la vie quotidienne
c) Apprendre à créer et gérer des activités
d) Apprendre à gérer les comportements inappropriés
2) Bénéfices, limites et plan d’amélioration
a) Bénéfices ressentis au quotidien
b) Limites

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La méthode Montessori est une méthode d’éducation de l’enfant crée par le docteur

Maria Montessori au début des années 1900. D’abord créée pour venir en aide aux enfants

présentant des troubles de l’apprentissage, cette méthode a ensuite été élargie à tout type

d’enfant, avec un succès considérable. De nos jours, de très nombreuses écoles,

particulièrement aux Etats-Unis, utilisent cette méthode d'éducation qui repose sur un principe

fondateur, celui de l’autonomie de l’enfant : « Aidez-moi à faire seul ».

Durant les années 1970, l’idée est venue au professeur Cameron Camp d’étendre ces

principes éducateurs aux personnes âgées souffrant de troubles cognitifs (tels que les

démences de type maladie d’Alzheimer). Il s’agit d’utiliser les principes fondateurs de la

méthode Montessori et de les adapter aux patients déments, afin de les aider à retrouver une

certaine autonomie pour les gestes de la vie quotidienne.

Ainsi, l’organisme AG&D (Accompagnements en Gérontologie et Développement)

organise des formations destinées à initier le personnel travaillant au contact de personnes

âgées souffrant de troubles cognitifs aux principes de la méthode Montessori adaptée. En

octobre 2015, le personnel de la maison de retraite « Les Sablons », établissement

développant une spécialisation dans l’accueil des patients souffrant d’une maladie

neurodégénérative, a participé à l’une de ces formations.

Dans cet exposé, nous allons d’abord présenter la maison de retraite (infrastructure,

personnel, …). Nous allons ensuite nous concentrer sur les principes de la méthode

Montessori adaptée. Enfin, dans une troisième partie, nous allons présenter les adaptations

mises en place après la formation, les réussites et les échecs rencontrés, les bénéfices et les

limites au quotidien.

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Dans quelle mesure l’application de la méthode Montessori fait-elle progresser la prise

en charge des résidents souffrant de troubles cognitifs ? De quelle façon est organisé le

développement d’une maison de retraite sur la base de cette méthode ? Quels sont les progrès

et les difficultés rencontrés par un personnel appliquant les principes Montessori adaptés ?

Voici les questions auxquelles nous allons essayer d’apporter une réponse au cours de ce

mémoire.

I) MAISON DE RETRAITE « LES SABLONS »

1) Présentation

a)Histoire

La Mutuelle Les Sablons est un établissement privé à but non lucratif, situé au 34 rue

de Saulxures à Pulnoy (54425). Elle a été construite en 2005 suite à un projet conjoint entre

l’OSEP (ou Œuvres Sociales et d’Entraides Protestantes, une association privée dont les

objectifs principaux étaient l’aide aux personnes démunies ou en difficulté temporaire, l’aide

alimentaire et autres aides ponctuelles diverses), la mutuelle Stanislas ainsi que la

municipalité de Pulnoy, pour répondre aux besoins de prise en charge des personnes âgées

dépendantes sur la couronne Nancéienne.

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Le but est alors de créer au sein de la maison de retraite une unité spécialisée pouvant

accueillir des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies

apparentées, avec une prise en charge adaptée concernant :

- L'accueil et l'information des résidents et des familles ;

- Le respect des droits des résidents ;

- Le confort de l'hébergement

- Le maintien de l’autonomie

- L'animation ;

- La qualité et l'organisation des repas ;

- L'aide à la vie quotidienne ;

- La qualité des soins ;

- L'accompagnement de la fin de vie ;

- Les relations avec l'environnement (réseaux gérontologiques)…

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b) Organisation

L’EHPAD « Les Sablons » est conventionnée à l’Aide Sociale et à l’Aide au logement. La

capacité d’accueil se répartit de la manière suivante :

- 81 lits d’hébergement permanent

- 3 lits d’hébergement temporaire, séjour pouvant aller de quelques jours à quelques

mois, souvent à l’occasion de vacances, d’hospitalisation ou de besoin de répit du ou

des aidants proches. Un hébergement temporaire peut éventuellement faire l’objet

d’une prolongation si les conditions d’accueil le permettent. De même, il peut être

proposé comme premier passage avant un hébergement permanent.

- 3 places d’accueil de jour quatre jours par semaine, permettant aux personnes

accueillies de bénéficier des activités et des soins dispensés dans la structure.

L’accueil de jour est spécialement tourné vers les personnes souffrant de la maladie

d’Alzheimer ou pathologies associées.

L’établissement, dans une démarche d’amélioration de sa prise en charge, développe une

spécialisation maladie d’Alzheimer et apparentés dans le cadre du projet

d’établissement. Ainsi, il existe une unité spécialisée pour la prise en charge des personnes

âgées désorientées de 14 lits : UHR, dite CANTOU (Centre d’Activités Naturelles Tirées

d’Occupations Utiles) permettant une prise en charge personnalisée de la personne. Le

CANTOU organise un véritable projet de vie autour de la personne âgée. Il permet de faire

face, de manière globale, à des personnes susceptibles de présenter des troubles cognitifs et

des troubles psycho-comportementaux associés à la démence. Cette unité spécialisée est

située au rez-de-chaussée de l’établissement. Constituée d’une pièce à vivre s’ouvrant d’un

côté sur les chambres et une salle de soin vitrée, de l’autre sur un jardin privé avec parcours

de déambulation, l’unité spécialisée offre une atmosphère accueillante et chaleureuse.

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Les accès intérieur et extérieurs sont entièrement sécurisés. L’équipe spécialisée au

CANTOU fonctionne en autonomie pour la prise en charge en respectant le rythme de vie, les

habitudes, et les hobbies du résident selon le projet de vie personnalisé.

Les autres chambres de l’établissement sont réparties sur deux étages, donnant sur un

balcon. Elles sont agencées en cinq unités de vie de 14 chambres, disposant chacune d’un

salon ouvert. Dans chaque unité, deux chambres sont communicantes pour permettre l’accueil

éventuel de couples. Chaque unité dispose d’une salle de soin permettant d’octroyer les soins

nécessaires à chaque résident.

Les espaces collectifs présents au sein de l’établissement permettent aux résidents de se

retrouver ensemble afin d’éviter l’isolement et l’ennui et de favoriser le lien social. Au rez-de-

chaussée, le jardin thérapeutique est accessible à tous, aux résidents, à leurs familles, ainsi

qu’aux personnes leur rendant visite. Des goûters, des pique-niques, des repas (type barbecue,

repas des voisins..) y sont organisés. Au 1er étage, la résidence dispose d’une grande salle de

restaurant avec possibilité

d’aménager une salle

séparée pour les

« invités ». Un salon de

musique permet diverses

activités (lecture du

journal, musique, TV..)

tandis que le grand salon

est un lieu ouvert sur

l’accueil, permettant aux

résidents et aux familles

de se retrouver pour discuter. Un salon est également réservé aux personnes concernées par

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l’accueil de jour. De même, la présence du salon de coiffure contribue au bien-être des

personnes accueillies. Dans les autres étages, les salons intermédiaires thématiques (jeux de

cartes, bibliothèque…) situés dans les ailes du bâtiment sont des lieux de détente pour les

résidents.

L’unité protégée est autonome et a la particularité de disposer d’un office alimentaire,

salon/salle à manger pour assurer une prise en charge adaptée des personnes y résidant.

L’unité située en rez-de-jardin bénéficie d’un accès au jardin sécurisé facilitant les

promenades thérapeutiques.

L’UHR, le restaurant et la salle de télévision sont des espaces climatisés.

La maison de retraite Les Sablons est idéalement située près de Nancy, à quelques pas

d’un grand parc, et à proximité des commerces. L'établissement profite ainsi d'un

emplacement privilégié exploité au quotidien pour limiter le sentiment d’isolement des

personnes accueillies et favoriser leur ouverture vers l’extérieur.

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c/ Le personnel :

L’établissement emploie 51 personnes réparties selon l’organigramme suivant :

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MUTUELLE LES SABLONS
PRESIDENT CILLA DANIEL

Date de mise à jour : 16-août-16 Directeur 1 ETP 6 etp

med cide cpta acc rh


Médecin coordonnateur Psychologue Cadre de santé COMPTA Hôtesse acc. A.R
COLIN Thierry 0,50 etp GULIA Hélène 0,50 etp Sébastien GRANDEMANGE 1 etp LEBLOND Priscila 1 etp FELTIN Ghislaine 1 etp HOR Domi

ide1 as01 ergo n1 asl01 anim1 ling


IDE AS Ergothérapeute ASDNUIT1 GOUVERNANTE Animatrice1 Quali
ANTOINE Virginie 1etp AUBRY Angélique 1 etp MELAT Marion 0,50 etp BENADJILA Redwan 1 etp ALCOVERRO Virginie 1 etp GUTHFREUND Christel 1 etp VINCON Virg
can0 anim
ide2 as02 n2 asl02
1 2
IDE AS AS ASDNUIT2 ASL2 Animatrice2 Ling
BOUR Delphine 1 etp BOSCHETTI Stracy 1 etp TUPINIER Johanna 1 etp AUBERT Caroline 1 etp DIEUDONNE Sandrine 0,50 etp AMARAL Myriam 1 etp LELUT Ga
can0
ide3 as03 asl03
2 n3
IDE AS ASG ASDNUIT3 ASL3 TOTAL 2 ETP TOTAL 1
FELOUAH Mahadjouba 1 FERNANDES Anabela SCHUDDINCK Laetitia 1
POIREL Delphine 1 etp METRYKA Manon 0,70 etp
etp 0,80 etp ETP
can0
ide4 as04 n4 asl04
3
IDE AS AS ASDNUIT4 ASL4
MOUCHOT Delphine 1 etp GENEVOIS Sandrine 1 etp AUCLAIR Denise 0,50 etp GENIN Mallory 1 ETP GUENIN Brigitte 1 etp

can0
as05 4 asl05
TOTAL 4 etp AS AS total 4 etp ASL5

LEMOINE Katia 1 etp BOYAT Evelyne 0,60 etp DUMONT Sophie 1 etp

can0
as06 asl06
5
AMP Agent de soins ASL6
HERMANN Corinne 1 etp ROLLIN Evelyne 1 etp BOTTIECHIO Cécilia 1 etp
can0
as07 asl07
6
AS Agent de soins ASL7

LEG Sandrine 1 etp GOOSSENS Débora 1 etp PEDRO Roza 1 etp

asl08
AMP ASL8
Agent de soins

CLEMENT Elisabeth 1 etp ERSOY Nagihan 0,9214 PETIT Muriel 1 etp


etp
as09 asl09
AMP ASG ASL9

OLIVEIRA Fatima 1 etp LARIVIERE Nadège 0,70 etp


MORCEL Annick 1 etp
as10 asl10
AMP ASL10

TURKMEN Guluzar 1 etp n3 PANCAMO Sara 0,70 etp

total 10 ETP Total 7,3214etp ASL 11


LEHALLE Sandrine 0,70 etp

ASL 12
ABRAHAM Aline 0,70 etp

ASL
TOTAL 51 PERSONNES
BERNASCONI Myriam 1 etp

3 Organigramme 2016.xls Mac

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d) Déroulement d’une journée

L’organisation d’une journée se fait de la manière suivante :

- Le matin est dédié aux soins, particulièrement nursing et accompagnement dans les

gestes de la vie quotidienne, ainsi que le service du petit déjeuner en chambre. En fin

de matinée, des animations hebdomadaires ciblées sont proposées, telles que lecture

du journal, chant, atelier mémoire…

- Le déjeuner est servi en salle de restaurant, avec une aide éventuelle pour les résidents

les plus dépendants. Le début d’après-midi est dédié au calme et au repos.

- L’après-midi est d’avantage dédié à l’animation collective, qu’elle soit manuelle,

culturelle, ludique ou musicale. Des rencontres intergénérationnelles avec les enfants

de la crèche attenante à l’établissement sont organisées trois fois par semaine et se

terminent par un goûter pris en commun.

L’établissement autorise la présence des familles et amis pendant la journée ou la nuit,

au chevet de leur parent âgé. Un local peut être mis à disposition pour qu’ils puissent

rencontrer l’équipe, se détendre et se reposer. La salle de restaurant est ouverte aux familles

avec la possibilité de recevoir des invités selon les désirs des résidents. Une table leur est

préparée à cet effet.

Un animateur à temps plein est présent au sein de la structure afin d’organiser les

activités quotidiennes. Il est le garant de la vie sociale et contribue à l’intégration des

résidents ainsi qu’au maintien de leur dynamisme.

Des ateliers thérapeutiques existent tous les jours, traitements non médicamenteux des

résidents atteints de syndrome démentiel (atelier animation animale, art thérapie, gymnastique

sur chaise...)

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2) Projet d’évolution

a) Formation Montessori

La maison de retraite étant particulièrement orientée dans la prise en charge des

patients souffrant de troubles cognitifs en lien avec la maladie d’Alzheimer ou apparentés, le

personnel a participé d’octobre 2015 à septembre 2016 à une formation particulière, organisée

par AG&D, concernant la méthode Montessori adaptée aux personnes âgées présentant des

troubles cognitifs. D’une durée de trois jours de sept heures d’intervention, cette formation

avait pour but de présenter les grands principes de la méthode Montessori adaptée aux

personnes âgées d’après le professeur Camp, et les possibilités d’application dans la vie

quotidienne. Dans le cadre de la méthode Montessori, chaque intervenant auprès du patient a

un rôle important, ainsi, tout le personnel, du directeur à l’agent d’entretien, a participé à la

formation.

Ainsi, dans le contexte de maladie d’Alzheimer où les perspectives thérapeutiques

médicamenteuses sont limitées, il s’agissait de permettre la mise en place d’un projet de

thérapie non médicamenteuse destinée aux personnes âgées présentant des troubles cognitifs

(en accord avec les recommandations de la HAS).

Cette formation a d’abord présenté les grands principes de la démarche de Maria

Montessori et leurs adaptations aux problématiques de la personne âgée démente. L’accent a

été mis sur l’importance de repérer, d’évaluer et d’utiliser les capacités préservées, même

lorsque les déficits sont sévères.

A l’aide de mises en situation, jeux de rôles et exercices pratiques, les participants ont

pu apprendre à utiliser une approche adaptée de la méthode Montessori dans les interactions

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avec les personnes concernées, l’objectif étant de favoriser leur initiative et leur engagement

(activités individuelles ou en groupe).

Enfin, la formation a mis l’accent sur la gestion de comportements problématiques,

fréquents au contact de résidents souffrant de troubles cognitifs et la mise en place de

solutions concrètes et adaptées.

Pour finir, le personnel a pu réfléchir, en concertation, autour des actions pouvant être

réalisées au sein de l‘EHPAD et de leur mise en pratique. De nombreuses idées sont nées de

cette réflexion.

II) LA METHODE MONTESSORI : CONCEPTS ET

PRINCIPES

1) Aspect pédiatrique

a) Maria Montessori

Maria Montessori est née le 31 août 1870 en

Italie. Elle est issue d’une famille bourgeoise, et très

rapidement ses parents envisagent pour elle une

carrière d’enseignante (la seule carrière possible pour

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une femme à cette époque). Brillante, passionnée par les mathématiques, elle refuse de suivre

cette voie toute tracée et décide de devenir médecin, malgré le désaccord de ses parents. Sans

le support de sa famille, elle s’inscrit en faculté de médecine et décroche une bourse pour

pouvoir suivre ses études. Elle devra lutter pour avoir le droit de faire des études de médecine

en tant que première femme en Italie. Elle devient médecin en 1896, sa thèse de doctorat

portant sur un sujet de psychiatrie.

Le docteur Montessori débute alors une carrière de pédopsychiatre auprès d’enfants

souffrant de retard de développement psychomoteur, tout en s’intéressant en parallèle à la

pédagogie. Elle découvre alors les écrits des médecins français Itard (1774-1838) et Séguin

(1812-1880), deux pédagogues français célèbres pour leur travail avec des enfants souffrant

de troubles cognitifs, et en vient à la conclusion qu’on peut apporter une aide plus grande à

ses enfants par l’éducation plutôt que par des soins médicaux purs. Elle développe alors sa

méthode d’éducation, basée majoritairement sur les principes de liberté et d’autonomie.

Les résultats sont tels que certains enfants, considérés alors comme « fous »,

réussissent des examens aux côtés d’enfants à développement normal. Le docteur Montessori

décide alors d’étendre sa méthode d’éducation à tous les enfants, quelles que soient leurs

capacités cognitives, au sein d’une maison d’éducation. Le succès est tel que sa renommée

devient mondiale, et Maria Montessori décide alors de former des éducateurs et de mettre par

écrit les clefs de sa méthode.

Au fil des ans de nombreuses écoles suivant le même principe éducatif voient le jour.

Aujourd’hui, il existe plus de 8000 écoles Montessori dans le monde, réparties dans plus de

50 pays au sein de chaque continent. L’approche Montessori est la pédagogie la plus utilisée

dans le monde. En France, on dénombre une centaine d'écoles Montessori, et de nombreux

projets de création.

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b) les principes

. « Ce n’est pas l’enfant qui est inadapté, c’est ce qu’on lui propose, la manière dont on

s’en occupe, son environnement qui ne lui offre pas les stimulations dont il a besoin

pour se 
 développer » Maria Montessori

La méthode Montessori repose sur des principes simples, élaborés à partir d’une

notion centrale fondamentale, celle de liberté. En effet, le docteur Montessori estime que

chaque enfant peut apprendre par lui même, à son rythme, dès lors qu’il se trouve dans un

environnement propice avec un éducateur sachant s’adapter à lui et le stimuler, en mettant en

valeur les potentialités de l’esprit absorbant.

De cette notion découle celle d’autonomie, l’enfant étant invité à repérer lui même ses

erreurs. Il ne s’agit pas uniquement de bien ou de mal faire, mais plutôt de répéter l’activité

afin de s’exercer, de se perfectionner. Chacun a son propre potentiel qui se développera si on

lui donne un environnement approprié si on respecte son histoire, sa personnalité propre et

son propre rythme d’où l’importance de l’ambiance préparée soigneusement pour que

l’enfant, par des expériences répétées autant de fois qu’il le souhaite, soit « acteur » de son

propre développement. Il est donc important que l’enfant ait la liberté de mouvement et le

libre choix des activités ce qui va permettre le développement de l’autonomie et de la

responsabilisation.

Ainsi, l’éducateur a une action plus périphérique, en agissant d’avantage sur

l’environnement que sur l’enfant lui même. Il s‘agit par exemple de parler moins fort pour

inciter l’enfant à faire de même, plutôt que lui ordonner de le faire. L’utilisation d’objets de

différentes textures, formes, odeurs, couleurs, est nécessaire, permettant à l’enfant de

développer ses cinq sens, ainsi que sa dextérité.

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De même l’éducateur doit faire une démonstration de la tâche à effectuer une fois, puis

laisser l’enfant expérimenter par lui même, progresser à son rythme. En effet, d’après le

docteur Montessori, une intervention de l’éducateur pour faire une tâche à la place de l’enfant

est délétère, dans le sens où elle fait perdre confiance à l’enfant en ses capacités de pouvoir

réaliser la tâche. « Parler moins, montrer plus ». De ce fait, la notion de patience de

l’éducateur est également fondamentale, chaque enfant devant apprendre à son rythme.

2) La méthode Montessori adaptée aux personnes âgées souffrant de

troubles cognitifs

a) la démence

La démence est un syndrome défini par : (Collège national des enseignants de neurologie)

une altération durable d’une ou plusieurs fonctions cognitives (ou fonctions intellectuelles :

mémoire, attention, langage, gnosies, praxies, raisonnement, jugement, etc.) évoluant depuis

au moins 6 mois, et suffisamment importante pour retentir sur la vie quotidienne.

Les démences sont un problème majeur de santé publique pour plusieurs raisons. Tout

d’abord, la prévalence est en augmentation régulière, la morbidité majeure, en particulier en

ce qui concerne la perte d’autonomie du patient, le coût socio-économique est massif. La

démence est une maladie chronique incurable, dont les traitements médicamenteux sont très

restreints. Les thérapies non médicamenteuses ont donc une place centrale dans la prise en

charge des patients atteints.

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b) Différents types de mémoire et différents exercices pratiques.

« aider ceux qui sont à la recherche d’activités et qui ne peuvent en trouver » Maria
Montessori.

Il existe deux principaux types de mémoire : la mémoire à court terme et la mémoire à

long terme.

a) La mémoire à court terme est une mémoire de stockage bref des informations et de

capacité limitée (par exemple, retenir un numéro de téléphone avant de le noter). La mémoire

de travail correspond à la capacité à manipuler les informations maintenues en mémoire à

court terme. La mémoire à court terme est évaluée par le test de l'empan à l'endroit, verbal

(répétition d'une série de chiffres ou de mots énoncés au rythme d'un par seconde par

l'examinateur) et visuel (l'examinateur touche successivement une série de cubes disposés

devant lui selon une séquence prédéfinie et le patient a pour consigne de reproduire cette

séquence spatiale). La mémoire de travail est évaluée par l'empan à l'envers, verbal (répétition

d'une série de chiffres ou de mots énoncés par l'examinateur dans l'ordre inverse) et visuel

(l'examinateur touche successivement une série de cubes disposés devant lui selon une

séquence prédéfinie et le patient a pour consigne de reproduire cette séquence dans l'ordre

inverse). Si la mémoire à court terme est longtemps conservée chez les patients déments, la

mémoire de travail est plus rapidement altérée.

b) Les processus de mémoire à long terme sont de deux types. Tout d’abord, la

mémoire procédurale, qui concerne des processus implicites : c'est la mémoire du « savoir-

faire ». Par exemple, faire du vélo ou jouer d'un instrument de musique ; en pratique clinique

courante, la mémoire procédurale n'est pas évaluée. Enfin, la mémoire déclarative, qui

concerne des processus d'accès conscient à l'information et qui comprend : la mémoire

épisodique, se référant à des expériences s'intégrant dans un contexte spatial, temporel et

18
affectif particulier (mémoire du « où? quand? comment? » ; par exemple, un trajet effectué à

telle date et à tel endroit) et la mémoire sémantique se référant à des faits, des savoirs

(mémoire du « quoi », par exemple : la Manche est un nom de mer, le fémur est l'os de la

cuisse…) connus de la majorité ou partagés par un groupe culturel (profession, loisirs,

religion..). Il s'agit d'une connaissance qui, pour être évoquée, ne nécessite pas de se référer au

contexte de son acquisition (« où » et « quand » a été appris le concept « fémur »).

Chez les patients souffrant de démence

type Alzheimer, l’anomalie principale est

un trouble de la consolidation en mémoire

épisodique. La plainte mnésique est, de

loin, le symptôme conduisant à évoquer le

diagnostic. Il s’agit d’un oubli à mesure

(par exemple, le patient fait répéter

plusieurs fois la même chose) témoignant

de l’incapacité à former un souvenir

durable à partir d’un événement vécu (c’est le trouble de la consolidation en mémoire

épisodique). Il n’est pas rare que le patient minimise la plainte (« anosognosie ») alors que

l’entourage s’en inquiète. Au fil du temps, les autres types de mémoire sont atteints. Ainsi,

plus les souvenirs sont proches, plus ils sont touchés par les troubles de mémoire. Au stade

sévère, seuls restent les souvenirs lointains qui eux subsistent longtemps.

C’est lors de l’atteinte de la mémoire procédurale que les patients perdent rapidement

leur autonomie.

L’idée de la méthode d’éducation Montessori est de faire travailler la mémoire

procédurale en faisant réaliser aux résidents les activités. Ainsi, les capacités résiduelles

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sont préservées dans la mesure du possible, et certains patients peuvent récupérer des

gestes de la vie qu’ils avaient l’habitude de faire mais que, faute de pratique, ils avaient

oubliés.

Sur cette base, l’utilisation des capacités de lecture est très importante. En effet, la

lecture est un automatisme très longtemps préservé, et un outil très puissant pour minimiser

les déficits. Le simple étiquetage de l’environnement permet aux résidents de s’orienter plus

facilement, et l’étiquetage des objets peut permettre aux résidents de comprendre l’utilité de

ceux-ci. Il est bien sûr très important de prendre en compte les troubles visuels, s’assurer que

la police d’écriture est de taille suffisante et que le contraste est bon (Arial 40 minimum sans

italique).

c) Origine de la méthode adaptée

« Des activités constructives et porteuses de sens constituent notre but, nos objectifs

et notre défi. Tout ce que ces gens dont nous nous occupons auront ou n’auront pas c’est

ce que nous leur donnerons ou ne leur donnerons pas. » P Cameron Camp

L’adaptation de la méthode Montessori aux personnes

âgées est née de l’impulsion du professeur Cameron J. Camp.

Titulaire d’un doctorat en psychologie, le professeur Camp a

particulièrement étudié la cognition et le vieillissement au cours

de son cursus universitaire. Parallèlement à ses études, il était

marié et père d’une petite fille de deux ans. Or, celle-ci souffrait

d’un handicap lui posant des problèmes d’apprentissage. C’est en

l’observant au sein d’un centre de protection de l’enfance que le

20
professeur fut initié au « matériel Montessori » mis à disposition des enfants, puis plus tard à

l’ensemble des principes de la méthode, qu’il utilisera chez ses autres enfants. A cette époque,

le professeur Camp commence également à s’intéresser à la mémoire. Il réalise des travaux

comparatifs entre les capacités mnésiques des adultes jeunes et âgés, ainsi que sur les

différents types de mémoires utilisés majoritairement à chaque période de la vie. Au fil des

années, alors souvent au contact de personnes âgées souffrant de troubles cognitifs, l’idée

d’adapter les principes de la méthode Montessori afin de prendre en charge les troubles du

comportement des patients déments naît.

d) Principes

«Tout ce que nous faisons, du moment où nous nous levons jusqu’au moment de

notre coucher, peut être considéré comme un ensemble d’activités. Toute personne peut

être plus ou moins fière de ce qu’elle a accompli durant une journée et ce sentiment de

succès ou d’échec affecte son estime d’elle-même. La satisfaction que nous éprouvons à

l’égard de notre propre vie ainsi que l’idée que nous nous faisons de notre propre valeur

sont grandement déterminées par les activités que nous réalisons quotidiennement. Ceci

reste vrai lorsqu’une personne est atteinte de troubles cognitifs. Il est donc nécessaire que

le malade effectue quotidiennement des activités nombreuses, stimulantes sociales et qui ne

le mettent pas en échec mais contribuent au contraire à le valoriser. » Pr Cameron Camp.

A tout âge, avoir des activités est un besoin fondamental, qui définit le cours de la vie

(le travail, les loisirs ..). Lors du vieillissement, et particulièrement lorsque la personne âgée

souffre de troubles cognitifs, il existe une perte d’autonomie vécue comme un échec, qui

entraîne une réduction des activités, conduisant à une baisse de l’estime de soi et à une

21
modification de l’humeur, le tout créant un cercle vicieux qui entraîne à terme l’arrêt total des

activités. L’absence de stimulation du cerveau est alors source d’aggravation des troubles

cognitifs.

Ainsi, la méthode Montessori adaptée aux personnes âgées présentant des troubles

cognitifs a pour but final la réhabilitation des patients aux gestes de la vie courante. Cela

passe par la création ou l’adaptation d’activités, pouvant susciter l’intérêt des personnes afin

d’améliorer leur engagement. De façon parallèle à la méthode Montessori chez l’enfant,

l’autonomie et l’indépendance sont des principes centraux de la méthode. La différence

principale réside dans le fait que l’enfant apprend. Le patient âgé, lui, réapprend des gestes

qu’il a connus mais qu’il a oubliés. Pour coller au maximum à la méthode, l’activité doit être

organisée de façon à ce que le patient ait envie de participer, et non qu’il se sente forcé. Il est

alors nécessaire de suivre quelques règles d’intervention :

1) la personne : Il est nécessaire de tenir compte de l’histoire de vie, des goûts et des

dégoûts possibles. Il faut proposer des activités en fonction des habiletés

préservées (sensorielles, motrices, sociales, cognitives..) et des habiletés altérées.

2) L’environnement : L’environnement est essentiel. Il faut choisir un lieu adapté

pour l’activité et bien délimiter la zone de travail, tout en diminuant les

distracteurs.

3) Le matériel : Il est nécessaire de préparer le matériel avant l’activité. Les objets

utilisés doivent faire référence au quotidien, être reconnaissables et visibles

(contraste). De plus, le matériel doit être librement manipulable, présenté de

22
gauche à droite et de haut en bas. La police d’écriture, si besoin, doit être suffisante

(Arial 40 minimum sans italique).

4) L’accompagnant : Si la méthode Montessori laisse des degrés de liberté au

patient, en l’encourageant à faire seul, l’accompagnant a tout de même un rôle très

important de facilitateur. Il ne doit pas intervenir pour corriger le malade, au risque

de lui faire perdre confiance en ses capacités. Il est donc nécessaire de parler moins

et de montrer plus : c’est le principe fondateur de la méthode Montessori. Il faut

toujours montrer chaque étape de chaque activité, parfois chaque étape une seule

fois ou parfois indépendamment chaque étape plusieurs fois. Répéter jusqu'à ce

que la personne soit capable de l’imiter tout en adaptant sa vitesse à celle de la

personne concernée. L’intervenant doit se rappeler qu’il n’y pas qu’une seule

bonne façon de réaliser une activité. Au départ, il faut toujours inviter la personne

à pratiquer l’activité et proposer plusieurs activités différentes, de façon à laisser le

choix. Il est plus judicieux de proposer plusieurs activités définies plutôt que de

demander à une personne ce qu’elle aimerait faire ce jour, car pour un patient

dément il est très difficile de répondre à une question ouverte. Le rituel de fin est

également important : par exemple, demander : « avez-vous aimé cela ? Voudriez-

vous refaire cela une autre fois ? ».

L’intégration sociale est également très importante. En effet, le but final n’est pas

uniquement d’obtenir des effets positifs sur les capacités individuelles, mais également de

renforcer les liens sociaux et la sensation d’appartenance. Il ne s’agit pas simplement

d’améliorer les conditions de vie, il s’agit de créer un environnement où il fait « bon vivre »

pour le patient. Les personnes présentant des troubles cognitifs, même sévères, pourront alors

23
interagir positivement avec leur environnement tout en s’engageant dans des activités

porteuses de sens leur offrant un rôle social.

Maria Montessori stipulait que l’apprentissage de chaque enfant est susceptible de

varier en fonction des moments de la journée, de l’activité, de l’état d’esprit de l’enfant. C’est

également vrai chez la personnage âgée et c’est pour cela qu’il est nécessaire de respecter le

rythme de chacun afin d’obtenir des résultats satisfaisants.

e) la gestion des comportements inappropriés

Travailler avec des personnes âgées souffrant d’une démence de type maladie

d’Alzheimer signifie aussi apprendre à gérer les comportements inappropriés.

Chez la personne âgée démente, les troubles du comportement sont dans la grande

majorité de type « déficitaire ». Ils se manifestent sous la forme d'un retrait, d'une apathie

d'une adynamie, d'une régression, d'une démotivation globale, d'une indifférence à soi-même

et à l'environnement, voire d'une somnolence quasi constante. Contrairement aux troubles de

comportement de type « perturbateur », ces troubles passent souvent inaperçus: en effet, ils ne

dérangent pas l'entourage humain dans la même mesure que les troubles perturbateurs.

Cependant ils peuvent mettre en danger la vie du patient dans la mesure où ils contribuent

grandement à la perte d’autonomie, conduisant à la grabatisation. De même ce type de trouble

est fréquemment accompagné d’une diminution d’alimentation contribuant à la fragilité du

patient. Il est donc très important d’organiser des activités pour susciter l’intérêt d’une

personne âgée démente. C’est pourquoi dans la méthode Montessori l’organisation d’activités

est le principe central.

24
Les troubles perturbateurs : par exemple agitation, déambulation, agressivité, cris,

impatiences, fugues ou errance, comportements culturellement inappropriés, désinhibition

sexuelle, ablation ou détérioration des perfusions ou des pansements, posent des problèmes

bien plus ardus à l'entourage familial et soignant. Devant un tel comportement problématique,

il faut tout d’abord cerner avec exactitude le problème et son contexte d’apparition. Il faut

étudier la personne avec notamment ses capacités préservées afin de pourvoir lui proposer une

activité en se basant sur ces capacités et ses affects, dans le but de la calmer et de mettre fin à

son agitation.

III) APPLICATION DANS LA MAISON

DE RETRAITE « LES SABLONS »

1) Principes mis en application dans la maison de retraite

a) Etre capable de repérer, d’évaluer et d’utiliser les capacités

préservées.

L’éducation par la méthode Montessori nécessite une participation entière de la

personne concernée. De ce fait, dans la maison de retraite, une place croissante a été accordée

à chaque résident, afin de prendre en considération son histoire personnelle, ses goûts, ses

habilités préservées ou celles qu’il lui manque. Ainsi, au moment de l’admission dans

25
l’établissement, les informations du projet de vie ont été renforcées, reprenant des

informations générales sur l’identité, les habitudes de vie juste avant l’entrée dans l’EHPAD,

les éléments marquants de l’histoire de vie, les activités susceptible de susciter l’intérêt du

résident. Ainsi, chaque résident se verra proposer des activités personnalisées.

De même, au moment de l’admission, une évaluation complète du résident est réalisée,

sur la base du questionnaire AGGIR, afin de prendre en compte le degré de dépendance de

celui-ci. Le temps nécessaire d’ aide individuelle au résident est estimé pour l’organisation du

service.

A l’aide d’un MMS, les capacités cognitives du résident sont également évaluées.

Un test de lecture est maintenant réalisé (image ci jointe), afin d’évaluer la plus petite taille de

caractère que le résident est capable de lire sans erreur ou difficultés (très important car à

prendre en compte lors de l’étiquetage de

la chambre du patient).

Enfin, une évaluation gériatrique

standardisée est également réalisée chez

chaque résident, permettant une approche

plus globale, multidisciplinaire de la

personne âgée, afin de repérer les facteurs

physiques, cognitifs, psychosociaux et

environnementaux pouvant affecter la

santé du résident.

26
b) Les gestes de la vie quotidienne

« La plus grande source de découragement réside dans la conviction qu’une personne est

incapable de faire quelque chose. » Maria Montessori

Rappelons que dans l’approche Montessori, chaque geste réalisé par le patient est

considéré comme une activité. Le rôle de l’aide-soignante, de la psychologue, de

l’ergothérapeute et de l’infirmière est dans ce cas central, puisque ce sont elles qui vont

proposer aux résidents les activités corporelles et mentales.

Depuis la formation Montessori, la prise en charge du résident a été modifiée. Par

exemple, la gestion du petit déjeuner est différente : celui-ci est servi en plateau repas dans la

chambre, les résidents ayant la possibilité de prendre leur petit déjeuner seuls à l’heure qu’ils

souhaitent (respect des habitudes de vie).

Le résident est également encouragé à s’habiller seul : pour l’aider, le linge est plié

dans l’ordre de l’habillage. De même, lors de la toilette, la participation est demandée en

utilisant maintenant une

approche plus adaptée dans les

interactions avec les personnes

concernées. La répétition de ces

gestes de la vie quotidienne

permet au résident de retrouver

les automatismes perdus.

De même, l’orientation

dans l’espace a été améliorée en indiquant de façon claire le chemin vers les différentes pièces

du bâtiment. L’orientation temporelle est travaillée en affichant à chaque moment la date,

27
l’heure, la saison et le temps. En ce qui concerne les gestes de la vie quotidienne, le but est

d’installer ou de maintenir une routine rassurante. L’ergothérapeute joue un rôle essentiel, en

fournissant aux résidents un matériel permettant de les aider dans la réalisation de leurs

activités. Par exemple,

l’ergothérapeute des Sablons

s’est consacrée, après la

formation Montessori, à

l’étiquetage complet du

bâtiment afin de permettre aux

résidents de s’y retrouver.

Sur la base des items de l’échelle IADL, des idées sont nées pour améliorer

l’autonomie des résidents. Par exemple, lors des sorties au marché le dimanche, certains

résidents, par groupe de trois, se voient attribuer un budget de vingt euros, avec lequel ils

doivent acheter de quoi préparer un repas qu’ils partagent à l’heure du déjeuner.

L’utilisation du téléphone de manière autonome est également encouragée. De même

les résidents peuvent parfois participer à la préparation des repas, en particulier au cours d’une

activité épluchage très appréciée par les résidents.

Au sein du CANTOU, l’unité spécialisée Alzheimer, de grandes modifications ont

également eu lieu. En effet, le petit déjeuner est maintenant pris en autonomie plus ou moins

complète en fonction des possibilités des résidents. Avant la formation, le petit déjeuner était

servi à chaque résident à table. Maintenant, un buffet a été mis en place ou les résidents se

servent eux même. Pour les aider, les produits proposés sont tous étiquetés car, comme

rappelé plus haut, les capacités de lecture sont très longtemps préservées.

28
c) Apprendre à créer et adapter des activités.

« Faire, pour la plupart des gens, est synonyme d’être en vie »

Suite à la formation Montessori, les modifications les plus importantes ont été

apportées sur l’organisation des animations. Les activités proposées le sont dans un cadre

calme, en diminuant les distracteurs. Pour favoriser le sentiment d’appartenance, les résidents

ont pu eux-mêmes participer à la décoration de leur salle de détente, lors d’une animation

proposant de découper et de coller au mur des papillons de papier. De même, ils sont

encouragés à décorer leur chambre de la manière la plus personnelle possible, pour créer un

environnement rassurant. Des photographies des activités passées sont également affichées

dans les espaces communs.

29
Parce que l’animation consiste à proposer chaque jour des activités diversifiées et

cohérentes avec les besoins de chacun, elle représente une activité globale, transversale et

multidisciplinaire faisant intervenir, en collaboration, l’animateur référent, l’ergothérapeute,

le psychologue et les équipes soignantes. L’élaboration du planning des animations

hebdomadaires est réalisée de manière à proposer aux résidents un ensemble d’activités

variées et adaptées à leurs

attentes ainsi qu’à leurs

capacités. Dans ce cadre, deux

à trois animations sont

organisées chaque jour. La

diversité des activités

proposées a été élargie depuis

la formation. Ainsi, les

activités proposées son tant

ludiques que thérapeutiques

avec par exemple :

- Une lecture quotidienne et interactive du journal,

- Des ateliers cuisine (ateliers épluchage, préparation DIU formation à la fonction de

médecin coordonnateur d'EHPAD pâte à crêpes…),

- Des ateliers interactifs

- Des jeux de société (bridge, scrabble...)

- De la gym douce

- Des ateliers chants

- Des quiz ou remue-méninges permettant une stimulation cognitive

30
- Des sorties extérieures tant culturelles que gastronomiques (théâtre, cinéma,

conférences, opéra, illuminations, restaurant, visite du zoo, …)

- L’utilisation du jardin thérapeutique dans le cadre des animations et lorsque le temps

le permet,

- Des kermesses, journées portes ouvertes, des échanges avec les partenariats (lycées

professionnels, MJC, associations culturelles, centres sociaux, écoles…) afin de

diversifier les animations.

- Une activité massage de détente et de bien-être des mains et du visage.

Un exemple d’activité organisée est présenté en annexe 1

Les capacités préservées de chaque résident sont utilisées à bon escient. Par exemple, les

résidents autonomes avec des troubles cognitifs modérés vont dans les chambres de résidents

31
atteints de DMLA pour leur lire tous les jours un chapitre d’un livre choisi en concertation.

De même, l’écriture et l’envoi de courrier se fait par groupe de 3 résidents (dont un avec des

troubles cognitifs graves, un avec des troubles cognitifs modérés et un sans trouble cognitif)

Les ateliers mémoire ont également une place centrale au sein de l’établissement. Si les

animations proposées (et particulièrement celles qui suivent la méthode Montessori adaptée)

font travailler la mémoire procédurale par la répétition des gestes, les ateliers mémoires

permettent de travailler la mémoire à court terme, la mémoire de travail, et éventuellement la

mémoire sémantique. Ces ateliers sont organisés au moins deux fois par semaine.

32
d) apprendre à gérer les comportements inappropriés

La gestion des comportements de type « perturbateur» passe par l’organisation de

nombreuses activités. Le résident n’est pas forcé de participer, il y est invité, ce qui souvent

augmente l’investissement. La vie en collectivité permet également de limiter l’isolement.

Ces comportement inappropriés sont pris en charge au cas par cas. Voici l’exemple d’un

patient qui souffrait de façon répétée d’épisode de désorientation, au cours desquels il était

très agité et n’écoutait pas le personnel. La solution proposée sur la base de la formation

Montessori a été celle-ci: Lui préparer une étiquette, collée à son fauteuil afin qu’il puisse la

consulter à tout moment. Cette étiquette (voir photo jointe) contient les informations qui lui

posent le plus souvent problème.

33
e) amélioration des troubles de la déglutition :

Selon Xavier Cormary, orthophoniste et expert de la dysphagie des personnes âgées, 60%

des personnes de plus de 60 ans font des fausses routes, même avec l’alimentation mixée.

Mixer les aliments n’est donc pas une excellente solution à ce problème. D’après Xavier

Cormary, il est important de garder une alimentation « plaisir », qui crée des souvenirs chez la

personne âgée, or, le fait de mixer les aliments diminue à la fois le plaisir et l’identification.

34
Selon lui, la solution passe par la conservation des goûts et des textures, les troubles de la

déglutition étant couverts par le réapprentissage du geste de porter l’aliment à la bouche avec

le couvert, ce permet de préparer le pharynx à la déglutition par le biais de l’avancée de la

bouche vers l’aliment. Ainsi le corps, le buste, la tête sont impliquées dans le processus de

déglutition, ce qui améliore le passage des aliments. Cette approche est de plus conforme aux

principes de la méthode Montessori, puisque la personne âgée bénéficie de plus d’autonomie

durant ses repas.

2) Bénéfices, limites et plan d’amélioration

a) Bénéfices ressentis au quotidien

- Gratifiant pour le malade : Comme répété plus haut, le fait de réaliser une

tâche à la place d’une personne âgée est souvent source de découragement pour celle-

ci. En appliquant les principes de la méthode Montessori, le résident réalise ses gestes

en autonomie. Il s’améliore lui-même, peut ressentir ses progrès, et cela lui offre la

sensation rassurante qu’il peut réaliser une tâche seul. En découle une amélioration de

l’estime de soi.

- Gratifiant pour la famille : Les familles sont souvent désemparées face à la

perte d’autonomie de leur parent. Les voir progresser est une source de réconfort.

On peut prendre l’exemple d’une résidente qui avait l’habitude de peindre en tant que

loisir. Un jour, en lui laissant en autonomie un pinceau et une toile, en l’invitant à

l’utiliser quand bon lui semblait, en quelques instants les automatismes sont revenus et

elle pu trouver un grand plaisir à peindre de nouveau. La famille a été très émue par ce

35
progrès, car cela leur a permis de se remémorer des souvenirs, et de voir que malgré

les troubles cognitifs de la résidente, des progrès sont possibles.

- Gratifiant pour le soignant et l’accompagnant : Certes la méthode

Montessori nécessite que le soignant prenne plus de temps par résident, mais à

moyen et long terme il existe un gain de temps sur certains soins (l’habillage en

autonomie par exemple). Voir un patient qui était totalement dépendant réaliser

quelques tâches seul est gratifiant pour le soignant ou l’accompagnant qui se sent

utile dans la progression.

- Modifie la perception et les représentations portées sur la démence : pour

le soignant, l’animateur, le personnel en général et la famille, il existe une

modification de la perception de la démence. En effet, l’entourage d’une personne

atteinte de démence type maladie d’Alzheimer est souvent désemparé, d’une part

devant la dégradation progressive des capacités intellectuelles, ainsi que devant

l’absence de traitement curatif et la faible efficacité des traitements médicamenteux

symptomatiques. De même, les représentations populaires de la démence au

quotidien (dans les films, séries télévisées..) sont souvent négatives. Grâce à ce genre

de méthode d’éducation, qui peut être considéré comme un traitement non

médicamenteux des troubles cognitifs, les familles, mais aussi les soignants, prennent

conscience que la perte d’autonomie n’est pas une fin en soi et qu’il existe des

solutions.

- Contribue à donner une meilleure image de la maison de retraite : Cela

est d’une importance non négligeable pour envisager un développement sur le long

terme. Si la progression des résidents peut parfois être difficile à estimer pour la

famille, l’organisation de nombreuses activités, diverses, originales, et adaptées à

36
chacun est très appréciée et contribue à la bonne image de l’établissement.

b) limites

« Un tel changement social ne peut pas venir des idées ou énergies d’individus isolés

mais seulement de l’émergence lente et régulière d’un nouveau monde au cœur de

l’ancien » Maria Montessori

37
-l’organisation : il serait utopique de dire que du jour au lendemain, la

gestion entière de la programmation des activités a été modifiée, ou que la façon

d’aborder les résidents pour les faire participer à une activité est maintenant

complètement différente.

Dans l’idéal, chaque atelier animation devrait se dérouler à quatre ou cinq

résidents au maximum dans l’optique de pouvoir consacrer assez d’attention à chacun.

A part au sein du PASA où le nombre de personnes par animateur est respecté, le reste

des animations se fait avec plus de résidents que souhaitable.

-la formation continue : Dans un but de pérennisation de la méthode

Montessori, il serait peut être nécessaire d’organiser des ateliers de rappel ou des

courtes formations pour que l’ensemble du personnel n’oublie pas les grands fils

conducteurs. De même il faut penser que le nouveau personnel, y compris les étudiants

stagiaires qui ont un contact relativement important avec les résidents, doit être formé

à son tour.

-le temps :Au cours de l’application au sein de l’établissement des principes

de la méthode Montessori, le principal problème rencontré a été celui de la gestion du

temps. Chaque geste de la vie quotidienne étant considéré comme une activité à part

entière, le temps consacré pour que le résident apprenne à son rythme est par

conséquent très important. Habituées à réaliser elles-mêmes les soins, les infirmières

et aides-soignantes ont dû elle aussi apprendre à laisser faire le résident. Cela est vrai

pour l’ensemble des salariés de l’EHPAD, du personnel de l’accueil, jusqu’à l’homme

d’entretien. Cela nécessite une grande patience afin de ne pas brusquer le résident, et

le temps habituel attribué à chacun est augmenté. Après quelques mois d’application

des principes Montessori, il semblerait que pour garantir un temps d’attention

38
suffisant, le personnel doive être plus important. En ce qui concerne l’organisation des

animations, le problème est identique.

-le financement : La gestion du budget de l’entreprise est également à

prendre en compte. En effet, les activités devant être nombreuses et variées, elles

représentent un coût non négligeable pour la maison de retraite. Il est important

d’équilibrer les dépenses pour ne pas que le coût de la maison de retraite augmente

pour les familles des résidents. De même le matériel utilisé représente un coût au

moment de l’achat, même si l’utilisation à long terme de ce matériel permet de le

rentabiliser.

Conclusion : En quelques mois, le fonctionnement de la maison de retraite « Les

Sablons » a fortement été modifié par l’application des principes de la méthode Montessori.

Grace à la formation ayant réuni une grande partie du personnel de la maison de retraite, les

grands fils conducteurs ont pu être intégrés par le plus grand nombre au départ, ce qui a

permis une organisation rapide d’activités répondant aux principes.

D’un point de vue global, le personnel paraît satisfait des progrès effectués grâce à la

méthode. Certes, il existe de nombreuses pistes d’amélioration. Par exemple, il pourrait être

bénéfique d’organiser des activités individuelles, même si cela nécessiterait un investissement

de temps encore plus important. Mais sur le fond, la transition entre l’ancien fonctionnement

de la maison de retraite et l’actuel s’est faite sans réelle difficulté.

Il serait également éventuellement judicieux d’organiser de nouveaux ateliers de

formation du personnel, afin de réaliser des « piqûres de rappel », toujours utiles lorsqu’il

s’agit d’un changement de grande ampleur.

39
ANNEXE 1 :
Ateliers Automne/Hiver :

Dans le cadre d’ateliers manuels et créatifs que nous aimerions mettre en place au sein du

PASA, nous avons besoin de matériel de base et de pouvoir organiser une ou deux sorties à

l’extérieur.

Matériel de base :

- Jarres en verre
- Pots en verre
- Colle
- Papiers de couleurs
- Bougies simples
- Fil de pêche
- Perles
- Fils de coton
- Peinture pailletée en bombe
- Petits pots de jardin

Ce matériel serait acheté dans le cadre de sortie en course au magasin Action sur la zone

d’Essey.

Nous aimerions organiser cette sortie de manière régulière : une fois par mois ou toutes les

6 semaines pour compléter notre matériel d’activité. Quelques résidents pourraient venir,

faire leur liste, chercher le matériel et le payer. Nous prévoyons 2 accompagnants et 3

résidents pour cette sortie en course. Cette sortie sera prévue un mardi matin, jour où nous

sommes 3 personnels au PASA, ainsi 2 personnels iraient en sortie avec les résidents

autonomes et l’autre personnel resterait avec les résidents qui ne peuvent pas y aller.

Budget à fixer ensemble, entre 20 et 30 euros seront suffisants.

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Nous utiliserions nos voitures personnelles si cela est possible.

Sortie dans les bois pour ramasser :

- Brindilles
- Feuilles mortes
- Pommes de pin
- Branches de bois

Cette sortie serait organisée un après-midi dans un bois environnant afin de ramasser ce

dont nous avons besoin. A prévoir le Vendredi 14 Octobre, modifiable en fonction de

l’avancée de l’automne et de la météo.

Nous prévoyons 2 accompagnants et 4 résidents relativement autonomes à la marche.

Comme pour les courses, le 3ème personnel resterait au PASA avec les résidents qui ne

peuvent pas venir. L’horaire serait de 13h à 15h pour être de retour au départ du 3 ème

personnel et afin de laisser le temps aux résidents d’accueil de jour de gouter avant de

repartir.

Nous utiliserions nos voitures personnelles si cela est possible.

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BIBLIOGRAPHIE

LIVRES

- Collège des enseignants de Neurologie, 4ème édition,


édition Elsevier Masson, 2016, 573p, ISBN 2294743865

- Maria Montessori, Eduquer le potentiel humain


édition Desclée de Brouwer, 1947, 126p, ISBN 2220080323

- Jérôme Pelissier, Ces troubles qui nous troublent


édition Eres, 2010, ISBN 2749212677

SITES INTERNET

- Association Montessori de France


https://montessori-france.asso.fr/

DOCUMENTS

- AG&D, La méthode Montessori adaptée

Formation dispensée au personnel de la maison de retraite

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