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Clarissa Reali,

étudiante en Master Concert


dans la classe de Maria Diaconu

Complément du Mémoire de Master


La magie dans la musique
Dans ce complément de mon mémoire, je vais parler d'une manière plus approfondie du
thème de la magie dans la musique et expliciter comment mon experience et mon travail comme
chanteuse sont influencés par celui-ci. Je voudrais comme première chose rappeler le programme de
mon récital, pour pouvoir en parler plus en détail par la suite: les compositeurs qui forment ce
programme sont nombreux et ce parce que je voulais montrer comment le thème de la magie
traverse les époques et les styles. Les œuvres que j'ai choisies sont les suivantes:

– I sonetti delle fate, G.F. Malipiero;


– La belle au bois dormant, C. Debussy;
– Walpurgisnacht, J. Brahms;
– Hexenlied, F. Mendelsohn;
– Be kind and courteus, B. Britten;
– Maponos, F.B. Mâche;
– My kindly friends, Gilbert and Sullivan;
– Sul fil d'un soffio etesio, G. Verdi.

Or, j'ai voulu créer un programme varié, mais en même temps un programme qui représente
la musique du XIX siècle. La chose importante pour moi était de suivre une histoire de magie (qui,
comme on a vu dans le mémoire, peux s'exprimer sous differentes formes). J'ai choisi la musique du
XIX siècle parce qu' elle explore des formes élaborées et riches. En plus, à cette période, la musique
devient expression de l'âme; en quelque sorte, elle poursuit donc le même but que la magie. Donc,
en tant que chanteuse, j'ai voulu structurer le programme de manière cohérente avec le thème de
mon travail de master.

Un des premiers aspects que j'ai considerés a été le texte des morceaux, parce que c'était
indispensable pour avoir un fil rouge qui unissait tous les morceaux entre eux. Donc l'histoire qui est
racontée par les textes et aussi le paysage fantastique créé par les mots .
Pour comprendre, par exemple, quel est le style qu'il faudrait adopter pour chanter les Sonetti delle
Fate de Malipiero, j'ai commencé à rechercher des informations sur le rapport entre D'Annunzio et
Malipiero et comprendre quel genre de composition était utilisé par lui-même. Pendant la recherche
j'ai découvert que le compositeur voulait reproduire la liberté formelle des vers poétiques de
D'Annunzio et l'expressivité fantastique du chant, en évitant la musique descriptive et la musique à
programme. Ensuite, bien que les textes des sonnets soient en italien, j'ai dû traduire beaucoup de
mots, parce que la terminlogie utilisée n'est pas seulement ancienne, mais aussi précieuse. Du coup
j'ai cherché à me rapprocher de la musique de Malipiero comme un narrateur qui raconterait un
conte de fées à des enfants. Or, il semble évident que l'utilisation de timbres différents soit
demandée, sans oublier de maintenir la ligne de chant.
Cette même approche, je l'ai eue avec la chanson de Debussy, La belle au bois dormant,
parce que le but c'est, comme d'habitude, de raconter une histoire. Donc en tant que chanteuse je me
suis rapprochée d'abord de manière “critique” pour comprendre effectivement quelle histoire j'etais
en train de raconter et après de manière “musicale”, en regardant les nuances demandées par
Debussy pour comprendre donc comment interpréter les différentes parties du morceau.
L'accompagnement du piano m'a amenée à chercher un ton héroïque, qui se montre de plus en plus
jusqu'à la fin de la chanson. Dans ce cas, il ne m'a pas inspiré à imaginer grand chose, si ce n'est
l'histoire racontée par E.V. Hyspa. Je mets ici le texte entier du poème:

Des trous à son pourpoint vermeil


Un chevalier va par la brune,
Les cheveux tout pleins de soleil,
Sous un casque couleur de lune.
Dormez toujours, dormez au bois,
L'anneau, la Belle, à votre doigt.

Dans la poussière des batailles,


Il a tué loyal et droit,
En frappant d'estoc et de taille,
Ainsi que frapperait un roi.
Dormez au bois, où la verveine,
Fleurit avec la marjolaine.

Et par les monts et par la plaine,


Montésur son grand destriere,
Il court, il court à perdre haleine,
Et tout froit sur ses étriers.
Dormez la Belle au Bois, rêvez
Q'un prince vous épouserez.

Dans la forêt des lilas blancs,


Sous l'éperon d'or qui l'ecite,
Son destrier perle de sang
Les lilas blancs, et va plus vite.
Dormez au bois, dormez, la Belle
Sous vos courtines de dentelle.

Mais il a pris l'anneau vermeil,


Le chevalier qui par la brune,
A des cheveux pleins de soleil,
Sous un casque couleur de lune.
Ne dormez plus, la Belle au Bois,
L'anneau n'est plus à votre doigt.

Complétement differente a été l'étude des morceaux où les personnages principaux sont les
sorcières: j'ai approfondi un peu plus la recherche sur les histoires, les légendes et les mythes sur les
sorcières, pour avoir une image plus complète. J'ai été fascinée par ces figures magiques et la
musique qui accompagne toujours la description de leur image. En effet, la musique est à
programme: elle décrit des thèmes, des situations, des milieux. Or, si dans le cas de Debussy le piano
accompagne le chant, dans la musique de Mendelssohn et Brahms j'ai eu la sensation que le piano
avait la même importance que le chant. Il y a un vrai échange entre la voix et le piano: parfois c'est
lui qui décrit au mieux la situation, parfois c'est la voix. En tout cas, il est très important de jouer avec
le texte, d'utiliser les consonnes, qui contribuent à créer un imaginaire magique. Donc, on peut dire
que les phrases musicales sont plus courtes et que l'utilisation des effets sonores est fondamentale à
une bonne réussite de la pièce musicale.

Im. n. 1. F. Mendelssohn, Hexenlied, pag. 1

Ce concept est particulierement vrai pour le morceau de F.B. Mâche: Maponos. L'élément, le
plus étrange est la langue. En fait le texte est en celte et le sujet principal est le dieux Maponos. Il
faut savoir que dans l'ancienne religion celtique, Maponos ou encore Maponus est un dieu de la
jeunesse, surtout connu dans le nord de la Grande-Bretagne mais aussi en Gaule. Puis à la période
romaine, il fut assimilé à Apollon. En fait il fut amené par la mère Modron en l'au-delà, où en
passant toute sa jeunesse il a la capacité de rester jeune. Maponos est mentionné sur la tablette de
défixion portant une inscription en gaulois qui a été trouvée dans la source des Roches de
Chamalières (Clermont-Ferrand, Musée Bargoin).
Très probablement le texte de ce morceau est une invocation au dieux Apollon, un rituel qui se sert
de mots et rythmes differents. J'ai cherché à imaginer, dans mon processus d'étude de cette musique
très particulière, que le compositeur a voulu évoquer ce qui était typique dans les chants de
l'ancienne époque. C'est-à-dire que les changements de tempo, les accelerando, l'utilisation des
accents et aussi les passages entre des intervalles plus courts et des intervalles plus longs, est
fonctionnel à la description d'un rituel. À noter est aussi l'accompagnement, qui est fait seulement par
un tambourin. On avait dit, en fait dans mon premier travail de mémoire, que les mots étaient la
chose la plus importante dans les rituels. Le choix de Mâche d'accompagner la voix seulement avec
un instrument à percussion, se revèle très sage et conforme aux usages du temps.
Aborder à un morceau comme celui-ci n'est pas facile. D'abord, j'ai écouté un enregistrement
pour comprendre comment pouvait être interpretée la pièce musicale que j'ai choisie. Puis, j'ai
cherché à comprendre s' il y avait des mots plus importants que d'autres et surtout quelle était la
prononciation exacte de chaque parole. Pour moi a été importante, aussi, la compréhension précise
du rythme, pour qui elle ne soit pas, aussi un empêchement pour le travail d'interprétation. En fait,
j'ai pris la décision de comment interpréter ce morceau en regardant la mélodie chantée par la voix:
je crois qu' utiliser la voix lyrique c'est correct que dans la partie finale. Donc, chanter avec une voix
plus “populaire” dans la première partie du morceau est plus adapté à cette création musicale de
F.B. Mâche.

Im. n. 2. F.B. Mâche, Maponos, pag. 5


Dans cette première partie on peut voir tous les changementes de rythme et aussi de tempo,
ainsi que les petits intervalles, qui justifient mon choix d'utiliser, d'abord, une voix moins lyrique.
Dans la deuxième partie, par contre, la tessiture est plus aiguë et donc elle demande une voix plus
solide.

Im. n. 3. F.B. Mâche, Maponos, pag. 12.

Moi, je pense que la perception de comment cette pièce peut représenter un rituel ancien est
vraiment très intuitive. Par conséquent, c'est aussi très facile de comprendre que la composition de
Mâche reflète le thème que j'ai choisi pour mon travaille de master.
Un air completement différent est l'air de Gilbert & Sullivan: My kindly friends...Happy young
heart. J'ai inséré cet air dans mon programme, parce qu' il est très peu connu, comme l'opéra qui
s'appelle The Sorcerer. Cette opéra est en deux actes et l'histoire parle de la création d'un philtre
d'amour, qui doit permettre aux protagonistes de pouvoir se marier. Cette opération voit la présence
d'une sorcière, qui va aider les personnages à créer le philtre.
Or, la chose intéressante, pour moi, c'est la dimension d'opérette et la dimension comique, qui
caractérisent l'histoire entière. En fait, quand on parle de thèmes comme la magie noire, les
caracteristiques d'un opéra sont toujours les mêmes: le mystère, la peur, l'incertitude des événements,
etc. Mais dans la composition de Gilbert & Sullivan, l'aura de mystère est complètement inexistante.
En plus, si on regarde la pièce musicale, on peut noter que le tempo de l'air est le “tempo de
valzer”. Il est vraiment inhabituel de trouver un tempo comme celui-ci pour une histoire qui parle de
sorcières et de philtres magiques. Ce tempo, donc, nous montre que le sentiment principal est celui du
jeu et de danse. Le plan sur lequel est placée la sorcellerie est un plan semiserio, qui ne prévoit pas
de vraisemblance.
J'ai pensé qu' il pouvait être intéressant d' insérer un air de cette typologie, parce que il est insolite
et non conventionnel.
Ce type de programme est certainement inhabituel et en effet l'étude de tous ces morceaux
a été compliquée et intense, soit pour mémoriser tous les textes, soit parce qu' il contient beaucoup
des changement de styles. Pour moi, c'était important de créer quelque chose de personnel et de
choisir des airs pas trop connus. Le challenge que je me suis proposée pour la création de ce
programme est exigeant, je crois, mais en même temps, il est toujours intéressant de pouvoir
travailler sur des mélodies si differentes entre elles.
Je crois avoir exploré le thème de la magie, dans un côté peu commun et d'avoir apporté ma vision
personnelle dans un programme bien conçu et cohérent.