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CHEBAP 2017-2018 février 2020

EB Béton précontraint

Introduction de la précontrainte dans les calculs électroniques


Résumé

1. Introduction
Les calculs par ordinateur sont aujourd'hui indispensables pour les ouvrages complexes,
notamment pour les justifications détaillées. L'introduction de la précontrainte dans ces
calculs pose un certain nombre de questions spécifiques.
Différents types de calculs
- calculs de dimensionnement et détermination de la précontrainte
- calculs d'optimisation
- calculs de vérification en flexion générale – structures à poutres
- calculs de vérification – structures à plaques et coques ou milieux continus 3D
- calcul des effets locaux de la précontrainte (notamment diffusion)
- calcul des sections ELS et ELU
Différents types de logiciels et de modèles
- programmes d'éléments finis
• programmes généraux
• programmes spécialisés dans les structures précontraintes ou dans les ponts
• modèles à barres
• modèles à éléments finis 2D ou 3D
- programmes spécialisés dans certains types de ponts (ex : les programmes de ponts types
du SETRA)
- utilisation de tableurs ou de logiciels de calcul technique et scientifique

2. Les programmes spécialisés dans le calcul des ponts


Les programmes modernes les plus performants sont des programmes à barres (incluant
éventuellement des éléments 2D ou 3D), basés sur la méthode des déplacements. Ils sont
capables de calculer n'importe quel type de structure en réseau de poutres et de câbles, mais
contiennent un certain nombre de fonctions spécifiques aux ponts, et aux ponts en béton
précontraint en particulier, qui rendent leur application particulièrement adaptée à ces
ouvrages :
- description des tabliers de ponts. Poutres continues de section variable (la plupart du
temps) et de fibre moyenne proche de l'horizontale. Il est commode de décrire les poutres
non par leur fibre moyenne – car celle-ci peut se déplacer si l'on modifie les sections –
mais par une fibre repère, liée à la voie portée (par exemple le milieu de la chaussée, qui
est généralement fixé indépendamment de la structure de l'ouvrage). La fibre moyenne est
ensuite déterminée automatiquement comme le lieu des centres de gravité des sections.

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- Description du câblage de précontrainte par sa géométrie et par les paramètres qui


caractérisent le procédé de précontrainte utilisé. Le calcul des tensions est automatique.
- Prise en compte de la cinématique de construction
- Calcul des effets des phénomènes différés (fluage et retrait du béton, relaxation des aciers
de précontrainte)
- Introduction automatique des charges d'exploitation (charges réglementaires, charges
déplaçables) et des actions thermiques spécifiques aux ponts. Calcul de leurs effets
extrêmes.
Il n'est évidemment pas nécessaire d'être un spécialiste de la méthode des déplacements ou de
la théorie des éléments finis pour utiliser ces logiciels. Il est néanmoins indispensable d'avoir
une bonne compréhension et une bonne maîtrise du calcul des structures. Il faut aussi
connaître les possibilités et les limites du logiciel utilisé, les hypothèses, approximations ou
simplifications qu'il comporte, et la signification précise de ses commandes et de ses
fonctions. Si la notice du logiciel est bien faite, toutes ces informations y figurent. Dans le cas
contraire, il y a lieu d'être très prudent et de faire des tests sur des cas élémentaires.

2.1. Description du câblage


- Définition par points et (éventuellement) tangentes.
- Définition par pôles et rayons de courbure, bien adapté au cas des câbles extérieurs au
béton.
Principe de la description
- Lissage du tracé par des courbes d'interpolation
- Précautions à prendre pour la description

2.2 Calcul de la tension initiale


- Calcul des pertes par frottement et par recul d'ancrage
- Introduction de l'action initiale du câble sur la poutre

2.3. Effet des déformations élastiques du béton


- Calcul en section nette
- Prise en compte ou non de l'adhérence

2.4. Effet des phénomènes différés


- Retrait, fluage et relaxation ont différents effets :
• Variation de tension des câbles (pertes différées)
• Effets de ces variations de tension sur la structure (qu'elle soit isostatique ou
hyperstatique)
• Redistribution des efforts dans les structures hyperstatiques (retrait et fluage)
- Calculs en section nette, que les câbles soient ou non injectés. L'adhérence est prise en
compte si nécessaire.

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- Méthode d'évaluation des effets différés : calcul par pas de temps en utilisant le principe
de superposition
- Effet du fluage
• Fluage sous contrainte constante
• Principe de superposition
• Retour de fluage
• Méthode du temps équivalent
- Limites de la méthode
• Les modèles à poutre supposent, lorsque l'on fait des calculs linéaires, une
distribution plane des contraintes, ce qui ne permet pas de tenir compte du retour de
fluage
• Pour pallier cet inconvénient, on peut faire le calcul du fluage par fibre, ou calcul
non linéaire.
- Effet du retrait : le calcul ne pose pas de problème car le retrait est considéré comme
indépendant de l'état de sollicitations.
- Effet de la relaxation des aciers (uniquement sur les pertes)
• Relaxation à déformation constante
• Déformation variable : méthode du temps équivalent.

2.5. Méthodologie du calcul par pas de temps


- Principe de superposition
- Prise en compte du vieillissement des matériaux

2.6. Structure des données et enchaînement des calculs


Données à fournir par l'utilisateur
- Description de la structure (tablier)
• Géométrie de la fibre repère et des sections (on peut aussi décrire directement le
modèle mécanique : géométrie de la fibre moyenne et caractéristiques des sections,
le volume de données est moindre mais toute modification de coffrage peut entraîner
une modification complète du fichier de données)
• Géométrie du câblage
• Caractéristiques des matériaux
- Description de la cinématique de construction
• Bétonnages (ou pose d'éléments préfabriqués)
• Mise en tension de câbles
• Modifications des liaisons avec le milieu (appuis provisoires ou définitifs que l'on
met en place ou dont les caractéristiques sont modifiées ; création, modification ou
suppression de liaisons internes)

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• Application de charges provisoires (matériel de construction) ou définitives


• Si un calcul fin des effets différés doit être effectué, on doit préciser la date de toutes
les opérations.
- Il convient de bien distinguer :
• Le bétonnage, qui est l'application d'une charge morte
• La prise du béton, qui consiste en une modification de la rigidité de la structure sans
modification des sollicitations
• Le décoffrage, ou le décintrement qui modifient la façon dont les charges sont
transférées, sans que les charges elles-mêmes soient modifiées. En général, cette
opération modifie les sollicitations.
- Description des actions en service et de leurs combinaisons.
Enchaînement des calculs
- Calculs préliminaires
• Construction d'un modèle mécanique (coordonnées des nœuds et propriétés des
barres) dans le cas où la structure est décrite, au moins en partie, par sa géométrie.
• Calcul des tensions initiales (tenant compte des pertes par frottement et rentrée
d'ancrage) le long de chaque câble.
- Calcul de la construction
• Pour chaque phase de construction, détermination de l'effet de cette phase, du
nouvel état de sollicitation et de déformation (principe de superposition) et de la
nouvelle matrice de rigidité.
• Entre deux phases successives, en cas de calcul fin des effets différés, le programme
évalue l'évolution des efforts, des déformations et de la rigidité sous ces effets
différés. Si nécessaire, il peut insérer automatiquement des dates intermédiaires pour
effectuer le calcul pas à pas sur des intervalles de temps suffisamment courts.
• Prise en compte éventuelle d'actions variables pouvant se combiner aux actions
permanentes pendant la construction (température, vent…).
• Le processus aboutit à la détermination de l'état de la structure en fin de
construction. Le calcul des effets différés par pas de temps se poursuit jusqu'au
temps "infini" pour disposer également de l'état de la structure une fois les effets à
long terme stabilisés. On peut éventuellement avoir besoin de conserver des états
intermédiaires, notamment pour évaluer l'évolution des déformations au cours du
temps.
- Calcul des effets des actions variables en service
• Effets action par action
• Combinaisons et enveloppes

2.7. Simplifications possibles dans les calculs


Calculs de poutres. La courbure du tracé en plan a généralement peu d'influence sur les efforts
dans le tablier (c'est le cas si les portées ne dépassent pas une fraction, de l'ordre du dixième,
du rayon de courbure en plan). On peut donc très souvent la négliger et se contenter d'un

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modèle plan. De même, la pente longitudinale peut être négligée : on peut considérer que la
voie portée est horizontale. De plus, décrire une fibre moyenne horizontale (donc rectiligne)
n'a généralement pas d'incidence notable sur les efforts, à condition de représenter avec soin
la précontrainte.
Description simplifiée des câbles de précontrainte. On peut décrire les câbles en simplifiant
leur tracé et en regroupant les câbles d'une même famille. On peut notamment ne donner que
leur excentricité verticale. Il faut néanmoins tenir compte de l'effet des déviations horizontales
sur les pertes par frottement. Cela peut se faire par exemple en majorant le coefficient de
déviations parasites k. On peut aussi éviter tout calcul de pertes en fournissant au programme
une tension utile uniforme sur toute la longueur du câble et tenant compte forfaitairement des
pertes.
Calculs de fluage (simplifiés par rapport au fluage "scientifique"). L'effet sur les pertes de
précontrainte peut être évalué forfaitairement en donnant une tension utile instantanée et une
tension utile différée. La redistribution des efforts par fluage peut être évaluée de manière
simplifiée en considérant l'état de sollicitation de la structure en fin de construction d'une part,
et l'état de sollicitation qui règnerait si toutes les actions permanentes étaient appliquées sur la
structure complète.

2.8. Les résultats – Utilisation et interprétation


Les sorties graphiques des résultats sont d'une importance considérable à tous les stades du
calcul.
Les principales justifications vis-à-vis des états-limites de service consistent à vérifier que les
contraintes normales respectent des valeurs limites. Mais on ne peut pas se contenter
d’examiner les contraintes normales extrêmes sous les différentes combinaisons à étudier. Il
est indispensable de pouvoir vérifier la vraisemblance et la cohérence des résultats. Pour cela,
des sorties plus détaillées sont nécessaires.
Des précautions sont à prendre pour les calculs de contraintes (arrêts de câbles, encoches, etc.)

3. Programmes généraux
Il s'agit de programmes aux éléments finis de barres, plaques, coques ou éléments
volumiques.
Ces programmes ne permettent pas toujours l'introduction des câbles par leur tracé et leur
tension à l'origine. Il faut alors, par un calcul préalable, déterminer les pertes de précontrainte
et introduire l'effet des câbles dans la structure par la méthode externe.
Attention aux calculs d'effets de la précontrainte par la méthode externe, qui peuvent être
entachés de graves erreurs si l'on ne prend pas de précaution. Le système de forces
représentant l'action de chaque câble doit avoir pour résultante le torseur nul. Il faut faire très
attention aux fibres moyennes courbes.

4. Utilisation de tableurs ou de logiciels de calcul technique


L'utilisation de tableurs ou de logiciels de calcul technique et scientifique (Mathcad, Scilab,
etc.) va de l'automatisation de calculs manuels simples jusqu'à des applications très complexes
de calcul de structures. Ils sont aujourd'hui dotés d'outils très puissants de représentation
graphique.
Domaine de prédilection :

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- Etude de poutres continues droites à plan moyen


- Analyse des poutres continues par la méthode des foyers. Techniques d'intégration
numérique pour le calcul des effets hyperstatiques.
- Plutôt adaptés au dimensionnement, mais rien n'interdit de les utiliser pour des
vérifications complètes.
- Utilisation possible de la méthode interne pour introduire la précontrainte.
Précautions à prendre :
- Discrétiser le tablier de manière assez fine, surtout s'il est de section variable. Cette
recommandation est également valable si l'on utilise un logiciel de calcul de structures.
Même si ce logiciel permet de décrire des barres de section variable, les lois de variation
n'ont pratiquement aucune chance de correspondre avec celles de la poutre étudiée.
- Attention à la description de la précontrainte extérieure.
- Attention à la méthode externe pour décrire l'action de la précontrainte. La méthode
interne est largement recommandée, les risques d'erreurs sont bien plus faibles.
- Vérification de la validité des résultats. Il faut toujours – quel que soit le moyen de calcul
utilisé et pas seulement en cas de programmation sous Excel ou Mathcad – vérifier les
résultats obtenus en les recoupant par différentes approches. Il faut tester le modèle de
calcul sous des cas simples vérifiables par calcul manuel. Il faut examiner d'un œil
critique les sollicitations sous les différentes actions appliquées. Le tracé des courbes de
moment et d'effort tranchant est pour ce faire très utile.