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Jean-François Mayer

LA NOUVELLE EGLISE
DE LAUSANNE
ET LE MOUVEMENT SWEDENBORGIEN
EN SUISSE ROMANDE
DES ORIGINES A 1948

SWEDENBORG VERLAG ZÜRICH


Ce volume contient le texte d'une thése pour le doctoral de 3° cycle
en histoire et civilisations. soutenue à l'Université Jean·Moulin
(Lyon III) le 25 juin 1984

La publication de cet ouvrage a été rendue possible grâce à une sub­


vention de la Nouvelle Eglise de Lausanne.

©by J.·F. Mayer

Swedenborg Verlag, Apollostra~e 2, 8032 Zürich

ISBN-3-85927-402-3

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Le Comité de la Société de Lausanne en 1920

A. Regarney-l.achat F. Gaulis Ch. Piguet M. Galland


G. Regamey Mme A. Nicolet
En haut:

le bâtiment de la

Nouvelle Eglise de

Lausanne, rue

Caroline. Au rez-de­

chaussée: à droite,

les fenêtres de la

chapelle; à gauche,

le local du Cercle

Swedenborg (avant

les transformations

entreprises en 1980).

A droite:

Alfred G. Regamey

'i (déb..rt: des ~ 1950).


INTRODUCTION

(••• ) il est de première importance


que la Nouvelle Eglise dans les
pays de langue française possède
dès le début des archives et une
bibliothèque.

Les difficultés qu'ont éprouvées


et qu'éprouvent encore les sociétés
de langue anglaise de la Nouvelle
Eglise pour travailler a la recher-
che des faits du passé et pour
accumuler les documents, doivent
nous servir d'exemple, d'engage-
ment il. ne pas négliger ce domaine
de notre activité.

Nous savons pas expérience com-


bien les générations futures nous
seront reconnaissantes de pouvoir
trouver rassemblées en un seul
lieu, toutes sortes de preuves de
notre vitalité (documents, circu-
laires, manuscrits, livres) qui seront
autant de petites pierres ayant
contribué a bâtir l'édifice, à instau-
rer la Nouvelle Eglise dans nos
pays de langue française."

Alfred G. Regamey,
dans une lettre écrite en 1921 (I)

Combien de Lausannois, passant quotidiennement devant la discrète


façade de ,'immeuble de la Nouvelle Eglise, il. la rue Caroline,
ont-ils ressenti la curiosité d'en savoir plus sur cette congrégation
installée la depuis un demi-siècle? combien ont-ils été incités, un
jour, il. lire Swedenborg après avoir aperçu un de ses livres exposé
dans la vitrine du local attenant?

Un nouveau mouvement religieux qui nous envoie ses missionnaires


ne manquera pas d'attirer l'attention de quelque journaliste flairant
un sujet "sensationnel". Par contre, qui s'intéresse a ces dizaines
de petites communautés paisibles, depuis longtemps implantées dans
nos contrées, au point qu'elles s'y sont enracinées et semblent faire
partie du paysage? mais dont on ne connaît pourtant pas grand
chose... Inépuisable et passionnant terrain pour des chercheurs: Là
commence le domaine de l'historien.

Cependant, s'il s'aventure dans le monde fascinant des minorités


religieuses, il ne lui sera pas toujours possible de mener sa tâche
- 2 ­

à bien: ici, on se méfiera et on lui opposera poliment une fin de


non-recevoir; là, on lui avouera n'avoir rien conservé des témoignages
du passé.

Au seuil de notre étude, nous avons pleinement conscience de notre


bonne fortune, puisque nous n'avons rencontré aucun de ces deux
obstacles: d'une part, l'accueil que nous ont réservé les swedenbor­
giens suisses romands a été chaleureux - ils ont accepté avec enthou­
siasme notre projet, nous laissant entière liberté et nous accordant
leur appui inconditionnel; d'autre part, loin de manquer d'archives,
la Nouvelle Eglise de Lausanne en était plutôt submergée - résultat
de l'inappréciable et persévérante méticulosité de feu le pasteur
Alfred G. Regamey qui, jusqu'à son décès (en 1975), eut le constant
souci de "faciliter la tâche des historiens futurs" (2). C'est à la
mémoire de cet homme (que nous n'avons jamais connu) qu'il convien­
drait de dédier ce travail: sans ses soins, eOt-i1 simplement été
réalisable?

Lorsque nous avons décidé d'entreprendre ces recherches, en avril


1980 (3), nous avons découvert ces archives déclassées, dans un état
d'indescriptible confusion, causé par des circonstances postérieures
â la disparition du pasteur Regamey. Nous dOmes donc commencer
par reclasser entièrement cet important fonds. Nous nous souvien­
drons de ce long et fastidieux été 1980: Sans formation d'archiviste,
nous ne pouvions évidemment pas accomplir des miracles (4). Mais
nous croyons avoir au moins réussi (grâce à un classement thématique
et à "établissement d'un catalogue sommaire) à restaurer un sem­
blant d'ordre, ce qui permet d'utiliser ces nombreux dossiers sans
trop s'égarer (5).

Petit à petit, les limites de notre sujet se précisèrent: il n'était


pas judicieux de nous limiter au seul groupe de Lausanne, comme
nous l'avions envisagé primitivement, mais il fallait aborder la Nou­
velle Eglise en Suisse romande comme un ensemble, avec Lausanne
pour centre - et, par suite de la création d'une Fédération des socié­
tés de langue française de la Nouvelle Eglise, cette histoire ren­
contrait souvent celle du swedenborgisme français (6).

Les archives de la .rue Caroline ne contenaient guère de pièces


antérieures à 1917 (année de -fondation de la SocTété- de Lausafrrié).
Pourtant, on ne pouvait négliger l'action d'un précurseur auquel nous
consacrons un chapitre entier: Charles Byse. Heureusement, il avait
laissé de nombreux livres et articles, sans parler d'intéressants
documents manuscrits étrangers au fonds de la Nouvelle Eglise.

Mais avant Charles Byse? En feuilletant des revues novi-jérusalémites


françaises, anglaises et américaines du XIXe siècle, nous rencontrions
parfois des allusions (très lacunaires, hélas:) à des swedenborgiens
séjournant ou résidant en Suisse romande il y a plus de cent ans.
Si maigres que soient les renseignements laborieusement rassemblés
à leur sujet, il vaut la peine de les résumer à l'intention de nos
lecteurs - sinon, nul autre ne le fera.

Enfin, la découverte inattendue, dans les dossiers de la Nouvelle


Eglise de Lausanne, d'un petit article publié dans la Neue Zürcher
Zeitung en 1937 (7), nous mettait sur la piste d'un extraordinaire
- 3 ­

personnage, swedenborgien hétérodoxe,~~gnion~ dont nous


parlerons un jour plus longuement dans un autre caar~ar chance,
il avait fait imprimer plusieurs de ses écrits (rarissimes aujourd'hui,
pour la plupart) et lalssé des traces dans des <irchives de plusieurs
pays - nous continuons nos recherches a son sujet-,---mais cela dépasse
de loin le swedenborgisme suisse romand.

Cette abondance fort inégale des sources exigeait des méthodes


de travail très différentes d'un chapitre a l'autre: pour décrire les
premières manifestations de la Nouvelle Eglise en Suisse romande
au XIXe siècle, la moindre notation, le plus petit indice, consti­
tuaient autant d'éléments précieux; pour rédiger la biographie de
Bugnion et celle de Byse, nous disposions de sources suffisantes;
mais a partir de 1917, le fonds exploitable paraissait presque trop
copieux: tout au moins donnait-il cette illusion, car une grande partie
des pièces ne présentent qu'un intérêt très médiocre (a l'exception
de quelques dossiers passionnants dans leur intégralité): il fallait
donc savoir choisir et ne retirer que "essentiel... (8)

Il nous a aussi semblé nécessaire de consacrer un premier chapitre


a Swedenborg et a sa doctrine, ainsi qu'a quelques indications histo­
riques sur la Nouvelle Eglise et ses diverses tendances: sans cela,
certains passages de notre travail risqueraient de parattre peu com­
préhensibles - et ces questions ne sont connues que d'un public
très restreint.

Evidemment, on approche différemment une communauté dont ~~


effectifs n'ont jamais atteint la centaine de membres ou une Eglise
établie qui compte sëS--rraèles -par dizaines - dEi--mllliers. Il importe
d'avoir le sens des proportions, et surtout d'éviter l'écueil qui serait
de tomber dans la banale "chronique" d'un petit groupe. Nous avons
poursuivi deux buts qui ne se veulent pas contradictoires: permettre
aux swedenborgiens suisses romands de conserver la mémoire de
leur passé, tout en ne perdant jamais de vue les intérêts d'un cercle
plus large de lecteurs.

On pourrait nous demander s'il valait la peine de consacrer des mois


de recherches assidues à un minuscule mouvement dont rien n'indique
qu'il ait marqué notre histoire? Nous répondons positivement, bien
sUr: d'une part, il est d'intéressantes figures, telles que celle de
Charles Byse, qui ne méritent pas de tomber dans l'oubli; d'autre
part, comme le faisait récemment remarquer le professeur Roland
J. Campiche, "on ne sait (... ) pratiquement rien des communautés
(religieuses minoritaires] implantées en Suisse romande." (9) Or,
nous disposions la d'une occasion exceptionnelle pour étudier de façon
détaillée la genèse et l'histoire d'un groupe religieux "non con­
formiste" dans notre pays. Nous avons bien conscience qu'il s'agit
d'un cas particulier, auquel nul ne se hasarderait a attribuer un
caractère "typique". Mais, sans nier les limites de cette étude, elle
ne peut manquer de nous apporter des enseignements d'ordre plus
général.

D'ailleurs, nous émettons ces remarques surtout afin de prévenir


de possibles objections: pour notre compte, indépendamment de ces
considérations, nous avons trouvé beaucoup de plaisir a étudier les
doctrines de la Nouvelle Eglise, à _fouiller ~es archives in~xp~s
et à reconstituer l'histoire de ce mouvement en Suisse romande.
- 4 ­

Remerciements

Nolis exprimons tout d'abord notre reconnaissance à Monsieur le


professeur Jacques Gadille, toujours disponible pour prêter une oreille
attentive à ceux qui viennent le consulter, auquel nous devons tant
de judicieux conseils.

Nous tenons ensuite à remercier plusieurs membres de la Nouvelle


Eglise: Monsieur et Madame Georges Lerch, Madame Elaine de
Chazal, Madame Solange Cuénod et Madame Madeleine Jaquerod,
qui ont bien voulu partager avec nous leurs souvenirs et leur ferveur
pour les Ecrits de Swedenborg; Messieurs Philippe Galland, Robert
Galland et Daniel Buche, à la confiance et à ('amabilité desquels
nous avons été très sensible; le pasteur Philippe Boulvin et son
épouse, devenus des amis dont le soutien fut inestimable dans les
moments difficiles.

Nous remercions aussi deux chercheurs résidant en France, Messieurs


A1!f!Lê_ ~oyer et Karl-Erik SjQçJen: spécialistes du "swedenborgisme",
ils n10nt pas vu en nous un possible concurrent, mais se sont au
contraire efforcés de nous faire bénéficier de leurs vastes con­
naissances.

Nous remercions en outre Monsieur René Nitschelm (Strasbourg),


pasteur honoraire, qui nous a écrit plusieurs longues et intéressantes
lettres au sujet d'Henry de Geymuller.

Nous remercions également les nombreux bibliothécaires et archi­


vistes qui ne nOLIS ont pas ménagé leur aide; nous ne citerons que
ceux auxquels nous avons eu recours de façon répétée: Mademoiselle
Vérène-Françoise Kaeser (Département des manuscrits de la B.C.U.
de Lausanne), qui a pris la peine de longuement s'intéresser 1iïlotre
projet; Monsieur Pierre Taverney (J ongny), dont l'érudition et l'assis­
tance nous ont épargné bien des recherches dans les ~rchives de
j'Eglise libre; Madame Allemand et Monsieur Bourquin (BibÜ6thê'gue
ires pasteurs. Lausanne), toujours prompts à rendre service et à
faCilltër le travail de ceux qui s'adressent à eux.

Nous tenons enfin à exprimer notre profonde reconnaissance à nos


parents: en nous donnant la possibilité matérielle de mener à leur
terme nos études et en nous offrant des conditions de travail idéales,
ils ont apporté à cette thèse plus qu'ils ne le soupçonnent •••
Chapitre 1

SWEDENBORG ET LA NOUVELLE EGLISE

" Je corn prends qu'on fasse de


Swedenborg son homme; mais il
faudrait pouvoir lui consacrer sa
vie."

William James (1)

Une littérature abondante, au caractère souvent apologétique, a été


consacrée à Emmanuel Swedenborg et aux doctrines qu'il a divul­
guées. Dans cette présentation sommaire, nous ne pourrons guère
que répéter ce qui a maintes fois déjà été écrit (2). Ce rappel paraît
cependant indispensable pour une meilleure intelligence de l'arrière­
plan de notre étude.

1) Vie de Swedenborg (3)

"Emmanuel Swedenborg naquit à Stockholm, le 29 janvier 1688. Son


père et sa mère appartenaient à des familles très-honorables." (4)
Ainsi Edmond Chevrier, au siècle dernier, commençait-il sa biographie
de Swedenborg (5). Le père du futur "Prophète du Nord", Jespèr
Swedberg (1653-1735), issu d'une famille de fermiers et mineurs
dalécarliens enrichis, était alors l'aumônier des cavaliers de la garde
du roi Charles XI de Suède; nommé en 1693 professeur de théologie
à l'Université d'Uppsala, il devint en 1703 évêque de Skara en Westro­
gothie, ayant également sous Sa juridiction la chapelle suédoise de
Londres et les établissements suédois dans les colonies américaines.

Ayant terminé ses études à Uppsala en 1709, Swedenborg, comme


beaucoup de jeunes gens de sa condition, compléta sa formation
par un séjour à l'étranger: en 1710, il se rendit en Angleterre, muni
de plusieurs lettres d'introduction. Après y être demeuré de mai
1710 à la fin de l'année 1712, il voyagea encore en France, en
Allemagne et aux Pays-Bas. Il s'intéressait alors principalement aux
sciences exactes, et en particulier aux mathématiques, ce qui ne
l'empêchait pas de se risquer parfois à composer des vers. Il ne
dédaignait pas le travail manuel: ayant déjà appris à relier des
livres, il prit l'habitude de loger chez des artisans auxquels il "déro­
bait" (selon son expression) leurs métiers respectifs; à Londres, il
s'installa successivement chez un horloger, un ébéniste et un fabri­
cant d'objets de mesure.

Dans une lettre écrite à Rostock en 1714, adressée à son beau-frère


Eric Benzelius, nous trouvons mention de quatorze "inventions méca­
niques" imaginées par Swedenborg (6), parmi lesquelles un sous-marin
- 6 ­

de guerre, un "instrument de musique universel", une horloge d'un


type nouveau, une pompe à mercure et un système d'écluses (7).

Durant sa "période scientifique", Swedenborg paraît avoir été soucieux


de s'acquérir une renommée. Revenu dans son pays en 1715, il Y
/j publia a partir de 1716 le Daedalus Hyperboreus, première revue
scientifique suédoise, consacrée surtout à la mécanique, aux mathé­
matiques et a la physique. Par manque de moyens, ce périodique
n'eut que six numéros.

Mais le jeune savant avait attiré l'attention du fougueux roi


Charles XII (1682-1718). 1ntén::ssé par les recherches de Swedenborg,
il le nomma Assessor Extraordinarius au Collège des mines et utilisa
ses compétences pour tenter de remettre en oeuvre un projet vieux
de deux siècles: unir la Baltique à l'Atlantique par les lacs Venner
et Vetter. Swedenborg se chargea également avec succès d'une opé­
ration difficile de transport de navires par voie terrestre, dans le
cadre des campagnes militaires du souverain.

A la mort de Charles XII, sa plus jeune soeur, Ulrique-Eléonore


(1688-1741) lui succéda sur le trône. En 1719, elle anoblit les enfants
de l'évêque Swedberg (8). En tant qu'aîné survivant, cela valait à
Swedenborg un siège à la Chambre des nobles. Au cours de son exis­
tence, il devait présenter à la Diète plusieurs mémoires relati fs
aux problèmes du moment.

Swedenborg publia en 1718 (en latin) une méthode nouvelle pour


déterminer les longitudes, puis (en suédois) un traité d'algèbre (même
année), un autre sur le mouvement et la position de la terre et
des planètes et un troisième sur le système décimal (1719), enfin
(encore en 1719) un ouvrage sur la profondeur des eaux de la mer
et la hauteur des marées - sans parler de plusieurs traités restés
inédits. Déçu par le manque d'écho de ses travaux en Suède, il
décida de publier à nouveau en latin et d'aller à l'étranger.

En 1721, il repartit donc pour un voyage à travers l'Europe, mais


des problèmes familiaux le contraignirent a regagner la Suède dès
l'année suivante. 11 avait entretemps fait paraître à Amsterdam le
Prodromus Principiorum Rerum Naturalium (sur les principes de la
chimie et de la physique), ainsi qu'un nouveau plan pour construire
des docks et des observations sur le fer et le feu (avec des projets
de cOllstruction de fourneaux), et à Leipzig des Miscellanea Observata
circa Res Naturales et praesertim circa Mineralia, 19nem et ivlontium
Strata.

Pour résumer la suite de la carrière scientifique de Swedenborg,


la métallurgie fut sa spécialité jusqu'en 1734: il publia cette
année-là à Leipzig ses Opera Philosophica et Mineralia. Cette re­
cherche l'av8it amené à s'interroger sur les liens entre l'infini et
le fini: il fit paraître (la même année) le Prodromus Philosophiae
Ratiocinantis de lnfinito et Causa Finali Creationis: degue mecha­
nismo operationis animae et corporis.

Dès lors commença une deuxième phase de sa recherche scientifique,


au cours de laquelle il s'intéressa surtout à la physiologie et à l'ana­
tomie. Durant l'été 1736, Swedenborg recommença à voyager: il
- 7 -

demeura à Paris jusqu'au printemps 1738 et visita ensuite l'Italie.


De retour à Paris en mai 1739, il se rendit à Amsterdam, où il
acheva la rédaction de son Oeconomia Regni Animalis. dont le
premier volume fut publié en 1740. Revenu dans son pays à l'au-
tomne de cette année, Swedenborg y fut élu à l'unanimité membre
de la jeune Académie royale des sciences.

Durant l'été 1743, il quitta de nouveau la Suède pour gagner la


Hollande. Il y révisa son Regnum Animale (envisagé sous l'angle
de l'anatomie, de la physique et de la philosophie). dont il fit
paraltre les deux premières parties à La Haye en 1744. Puis Sweden-
borg se rendit à nouveau à Londres. Outre la troisième partie du
Regnum Animale, il y publia en 1745 De Cultl:l et Amore Dei, qua-
lifié par tous les biographes d'ouvrage de transition.

De retour à Stockholm la même année, Swedenborg repartit pour


la Hollande en 1747, séjourna plusieurs mois à Londres dès la fin
de 1748, puis à Amsterdam et à Aix-la-Chapelle. Revenu en Suède
en 1750, il demeura dans son pays jusqu'en 1758.

Mais Swedenborg avait connu une étonnante évolution intérieure


qu'il nous faut retracer.

fils d'un ecclésiastique, il n'avait pas été indifférent, dès son


enfance, aux questions religieuses. Il écrivit plus tard:

" De ma quatrième à ma dixième année, je pensais continuel-


lement à Dieu, au salut et aux expériences spirituelles des
hommes; à plusieurs reprises je révélai des choses dont
s'étonnaient mon père et ma mère, et qui leur faisaient
dire que des anges sans doute parlaient par ma bouche.
De ma sixième à ma douzième année, je prenais plaisir
â m'entretenir au sujet de la foi avec des membres du
clergé (... l." (9l

Au cours de sa période dite scientifique, les préoccupations spm-


tuelles ne furent jamais absentes chez Swedenborg (10). Les membres
de la Nouvelte Eglise estiment qu'il fut providentiellement préparé
à la mission qu'il serait appelé à remplir (II).

. Pendant qu'il rédigeait le Regnum Animale (et peut-être aussi


l'oecOnOmia), une sorte de flamme, de lumière, de radiation, se
( manifestait parfois, et il y voyait un signe d'approbation de ce qu'il
écrivait (l2l.

Mentionnons aussi, entre autres choses, un curieux phénomène de


respiration interne (13). En outre, il importe de préciser que, dès
1736, Swedenborg consigna par écrit ses rêves, durant plusieurs
années, et s'attacha à les interpréter (14). Enfin, on trouve déjà
l'ébauche de la doctrine des correspondances dans un manuscrit de
1742 (Clavis Hieroglyphica Arcanorum Naturalium et Spiritualium
per Viam Repraesentationum et Correspondentiarum). Cependant,
comme le remarque Alfred Acton, lorsque Swedenborg quitta
Stockholm en 1743, il ne savait pas encore qu'il y reviendrait deux
ans plus tard comme un serviteur du Seigneur dans Son Second
Avènement (15).
- 8 ­

Plusieurs chronologies ont été proposées pour dater les phases de


l'illumination de Swedenborg. D'après sa lettre à Ludwig IX (1719­
1790), landgrave de Hesse-Darmstadt, le Seigneur se serait manifesté
à lui en 1743 (16):
"1
.. et post hoc aperuit mihi visum spiritus mei, et sic me in
mundum spiritualem intromisit, et dedit mihi videre coelos
et mirabilia ibi, tum etiam inferna, et quoque loqui cum
angelis et spiritibus; et hoc nunc continenter per 27
annos." (17)

Introduit dans le monde spirituel Swedenborg parvint graduellement


à se trouver simultanément, en permanence, dans les deux mondes.
Et ce serait en avril 1745 que le Seigneur l'aurait appelé et l'aurait
désigné à la fonction de révélateur. Sa formation n'était cependant
pas encore terminée: il dut étudier les Ecritures (qu'il avait déjà
l'habitude de lire quotidiennement) et commença une explication
du sens spirituel de la Bible (18). Mais, selon certains, ce n'aurait
été qu'en 1747 que Swedenborg serait parvenu à la compréhension
du vrai sens interne (19).

En tout cas, il se lança cette année-là dans la préparation des


Arcanes Célestes, monumentale explication, verset par verset, du
sens interne de la Genèse et de l'Exode. Durant l'été 1749 parut
à Londres (mais sans aucune mention d'auteur, d'éditeur ou de lieu
de publication) le premier volume des huit que comptait l'édition
originale des Arcanes (les suivants furent publiés progressivement
jusqu'en 1756); Swedenborg avait couvert tous les frais. Deux mois
après, quatre exemplaires seulement avaient été vendus: Cela ne
découragea pas notre auteur qui, en 1758, fit paraître, toujours à
Londres, les ouvrages Des Terres dans l'Univers, Du Ciel et de l'En­
~ Du Cheval Blanc, De la Nouvelle Jérusalem et de sa Doctrine
Céleste, Du Jugemem dernier et de la Babylonie détruite.

Swedenborg s'était abrité sous le plus strict anonymat: il fallut


attendre 1768 pour qu'il indiquât un nom d'auteur sur un de ses
ouvrages théologiques. En 1759, un incident attira l'attention sur
ses facultés exnaordinaires: revenant de Londres (où il avait fait
imprimer les cinq livres susmentionnés), il s'arrêta à Gôteborg.
Invité à dîner dans cette ville, il put décrire heure par heure un
incendie qui faisait rage au même moment à Stockholm, à quatre
cents kilomètres de là: Des messagers arrivés de la capitale les
jours suivants confirmèrent l'exactitude des descriptions du voyant:
c'en était fait, désarmais, de son anonymat. Il fut souvent importuné
par des curieux... ou des personnes soucieuses d'avoir des nouvelles
de trépassés!

Malgré ses activités théologiques, Swedenborg continua à se préoc­


cuper - par exemple - des plantes de son jardin et prépara pour
la Diète (1760-1761) plusieurs mémoires (sur la monnaie métallique,
le cours des changes, l'exploitation du cuivre, etc.) (20).

Swedenborg partagea les années qui lui restaient à vivre entre


Stockholm, Londres et Amsterdam. Il publia les Quatre Doctrines
(sur le Seigneur, l'Ecriture Sainte, la vie et la foi), la Sagesse angé­
lique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, la Sagesse angélique
- 9 ­

sur la Divine Providence, la Continuation sur le Jugement dernier


et le Monde spirituel, l' Apocalypse révélée, les Délices de la Sagesse
sur j'Amour conjugal, Du Commerce de l'Ame et du Corps et J'Expo­
sition sommaire de la Doctrine de la Nouvelle EgJise (21).

Les Ecrits de Swedenborg (22) rencontrèrent chez la plupart scepti­


cisme ou indifférence, mais lui attirèrent aussi quelques admirateurs
enthousiastes. Au nombre de ces derniers, deux professeurs de
Goteborg, Beyer et Rosén, qui se virent accusés de répandre un
enseignement hérétique. Après de longues polémiques, le jugement
royal fut rendu en 1770. Il considérait la doctrine swedenborgienne
comme opposée à celle de l'Eglise de Suède. Le roi accordait un
délai de réflexion aux deux hommes pour se rétracter et leur
interdisait tout enseignement théologique en attendant. Swedenborg
protesta vivement contre ce jugement. Remarquons que l'auteur
des ouvrages incriminés ne fut pas condamné lui-même. Mais il avait
des adversaires acharnés (dont son propre neveu, l'évêque Filenius).

Swedenborg terminait alors la préparation du livre qui allait cou­


ronner son oeuvre: La Vraie Religion Chrétienne, contenant toute
la théologie de la Nouvelle Eglise. Cet ouvrage fut publié à Londres
en 1771. Dans cette même ville mourut Swedenborg, le 29 mars
1772, à l'age de 84 ans.

2) Enseignements de Swedenborg: un aperçu (23)

Les récits fascinants de Swedenborg sur ses rencontres dans le


monde spirituel ne doivent pas en faire aux yeux du lecteur une
sorte de spirite, ce qui s'est malheureusement trop souvent produit
- et déjà de son vivant (24). Pourtant, Swedenborg met fréquemment
en garde contre toute recherche de contacts avec les esprits (25).
Il déclare d'ailleurs n'avoir pas été instruit par des esprits, mais
par le Seigneur seul (26).

A côté de ces renseignements sur l'au-delà, nous trouvons surtout


dans les Ecrits de Swedenborg un impressionnant édifice théolo­
gique (27). Nous dirons donc maintenant quelques mots de la
doctrine swedenborgienne (28), dont l'ambition se résume en une
formule célèbre: "Nunc licet intellectualiter intrare in arcana
fidei." (29)

~~ Jésus-Christ, le seul Dieu

Dieu est "la Substance unique, la Substance même, la Substance


première et la Forme unique, la Forme même, la Forme première":

" (... ) cette forme est la forme humaine par excellence,


c'est-à-dire que Dieu est l'Homme Même; (... ) les anges
et les hommes sont des substances et des formes créées
et organisées pour recevoir les Divins qui influent en eux
par le Ciel." (30)

Dieu est ,'Ordre et ne peut aller contre cet Ordre qu'II a créé (3I).
II n'agit donc pas arbitrairement, mais opère selon les lois de Son
Ordre.
- 10 ­

Swedenborg rejette nettement la conception chrétienne traditionnelle


de la Trinité:

" Quod colere tres deos sit colere nullum." (32)

" Quod Theologia in universo Christiano orbe fundata sit super


culturn triurn Deorum.

" Quod Deus unus sit essentia et persona.

Quod in Ipso Trinitas sit, et quod haec non distinguenda


sit in personas." (33)

L'idée de trois Personnes divines conduit au trithéisme (34). Le


Seigneur Dieu Sauveur est une seule Personne dans laquelle il y
a trois essentiels: j'âme, le corps et l'opération (Père, Fils et
Esprit Saint), mais une seule Essence. Swedenborg parle de Divinum
Ips~, Divinum Humanum et Divinum Procedens:

On a l'idée de trois dans une seule personne quand on pense


que le Père est dans le Seigneur et que l'Esprit Saint pro­
cède du Seigneur. Alors, le Trine dans le Seigneur est le
Divin Même appelé Père, le Divin Humain appelé Fils et
le Divin Procédant appelé Esprit Saint." (35)

A la fin de son traité intitulé Doctrine de la Nouvelle Jérusalem


sur le Seigneur, Swedenborg en résume ainsi le contenu:

" 1. Dieu est Un en Personne et en Essence, et ce Dieu est


le Seigneur. II. Toute l'Ecriture Sainte traite de Lui Seul.
III. Il est venu dans le monde pour subjuguer les Enfers
et pOLIr glorifier Son Humain; Il a fait l'un et l'autre par
les tentations admises en Lui, et pleinement par la dernière
des tentations qLli a été la Passion de la Croix: par là Il
est devenu Rédempteur et Sauveur; et par là le méri te et
la justice appartiennent à Lui Seul. IV. Il a accompli toutes
les cl'lOses de la Loi, signifie qu'Il a accompli toutes les
choses de la Parole. V. Par la Passion de la Croix, Il
n'a pas enlevé les péchés, mais Il les a portés comme
Prophète, c'est-à-dire qu'Il a souffert, afin Qu'en Lui fOt
représenté comment l'Eglise avait maltraité la Parole.
VI. L'imputation du mérite n'est quelque chose, que si par
elle on entend la rémission des péchés et la repentance." (36)

Nous voyons là se préciser la doctrine de la Nouvelle Eglise sur


l'Incarnation. Cependant, auparavant déjà, le Divin Humain du
Seigneur s'était manifesté aux hommes: "(... ) l'Etre Infini n'a jamais
pu être manifesté à l'homme sinon par Son Humain." (37)

Jésus-Christ était bien le Seigneur, le Dieu unique, et non un homme


ordinaire; Il est venu dans le monde pour subjuguer les Enfers: "si
les Enfers n'eussent été subjugués, aucun homme n'aurait pu être
sauvé." (38)

L'Humain du Seigneur n'a point été Divin dès sa naissance: la Glori­


fication du Seigneur a consisté à le rendre Divin, afin d'unir ce
- Il ­

Divin Humain au Divin du Père (39). En glorifiant Son humanité


et en enlevant à l'Enfer toute sa puissance, Il a permis aux hommes
de recevoir le Divin Vrai et le Divin Bien:

" (... ) il est évident que le Seigneur par la Passion de la Croix


n'a pas enlevé les péchés, mais qu'II les écarte, c'est-à­
dire les éloigne chez ceux qui croient en Lui, en vivant
selon Ses commandements." (40)

Personne n'est prédestiné à la damnation, car le Seigneur veut le


salut de tous. Mais l'homme demeure libre:

Comme le Seigneur est le Bien dans son essence même,


ou le Bien Même, il est évident que le mal ne peut découler
du Seigneur ni être produit par Lui; mais que le bien peut
être tourné en mal par un sujet récipient, dont la forme
est la forme du mal; (... ) ce sujet reçoit continuellement
du Seigneur le bien, et continuellement il le tourne en la
qualité de sa forme, qui est la forme du mal; il suit de
là que c'est la faute de l'homme s'il n'est pas sauvé." (41)

Toujours pour préserver cette liberté, c'est également une loi de


la Divine Providence que l'homme ne soit point contraint par des
moyens externes à croire et à aimer les choses qui appartiennent
à la religion:

" Personne n'est réformé par les miracles ni par les signes,
parce qu'ils contraignent. Personne n'est réformé par les
visions ni par les conversations avec les défunts, parce
qu'elles contraignent. Personne n'est réformé par les menaces
ni par les chàtiments, parce qu'ils contraignent. Personne
n'est réformé dans les états de non-rationalité et de
non-liberté." (42)

bD les Saintes Ecritures et leur sens spirituel

Pour comprendre la notion de sens spirituel, il faut d'abord savoir


ce que sont les correspondances:

)1 en est peu qui connaissent ce que c'est que les représen­


tations, et ce que c'est que les correspondances, et nul
ne peut savoir ce que c'est, à moins qu'il ne sache qu'il
y a un monde spirituel, et que ce monde est distinct du
monde naturel; car entre les spirituels et les naturels il
y a des correspondances, et les choses qui existent par les
spirituels dans les naturels sont des représentations; il est
dit correspondances parce que les naturels et les spirituels
correspondent, et représentations parce que ces choses repré­
sentent." (43)

(... ) il n'y a absolument rien dans le monde créé, qui n'ait


une correspondance avec les choses qui sont dans le monde
spirituel, et qui ne représente ainsi à sa manière quelque
chose dans le Royaume du Seigneur; de là l'existence et
la subsistance de toutes choses. Si l'homme savait ce qui
- 12 ­

en est, il n'attri,buerait jamais toutes choses à la nature,


comme il le fait ordinairement." (44)

" Personne aujourd'hui, à l'exception de ceux qui l'apprennent


par le Ciel, ne peut connaTtre les choses spirituelles qui
sont dans le Ciel, auxquelles correspondent les choses
naturelles qui sont dans le monde, puisque la science des
correspondances est entièrement perdue." (45)

" Les Anciens ont agi autrement; la science des correspon­


dances fut la principale de toutes les sciences." (46)

Les dimensions limitées de ce survol introductif ne nous permettent


malheureusement pas d'approfondir; un aspect de cette intéressante
question nous retiendra cependant: selon les Ecrits de Swedenborg,
la Parole de Dieu a été communiquée aux auteurs des livres
bibliques d'après les lois des correspondances:

" ('0.)toutes et chacune des choses qui sont dans le sens de


la lettre de la Parole, sont les représentatifs des spirituels
et des célestes du Royaume du Seigneur dans les Cieux,
et dans le sens suprême les représentatifs du Seigneur
Lui-Même; mais comme l'homme s'est retiré si loin du
Ciel (.•• ), il oppose une forte résistance quand il est dit
que la Parole renferme des choses plus élevées que celles
qU'il saisit d'après la lettre (... ); (... J le terrestre, dans
lequel est l'homme aujourd'hui, ne saisit point et ne veut
point saisir ce qui est au-dessus de lui." (47)

" Quoique le langage qui est dans la Parole paraisse simple


devant l'homme, et grossier dans quelques endroits, c'est
le langage angélique même, mais tombé dans le dernier
Idegré),; en effet, lorsque le langage angélique, qui est
spirituel, tombe dans les mots humains, il ne peut pas
tomber dans un langage autre que celui-là, car là chaque
chose représente et chaque mot signifie." (48)

Le sens littéral des Ecritures contient donc le sens spirituel et


le sens céleste (49); grâce à cela, par ce sens de la lettre, il peut
y avoir conjonction avec le Seigneur et association avec les
anges (50). On ne saurai t affirmer avec plus de force l'inspiration
divine de l'Ecriture dans ses moindres parties (51). Cependant, le
canon biblique de la Nouvelle Eglise n'est pas celui des autres
Eglises chrétiennes:

" Les Livres de la Parole sont tous ceux qui ont le sens
interne; mais ceux qui ne l'ont pas ne sont point la Parole.
Les Livres de la Parole, dans l'Ancien Testament, sont:
les cinq Livres de Moise; le Livre de Josué; le Livre des
Juges; les deux Livres de Samuel; les deux Livres des Rois;
les Psaumes de David; les Prophètes: Esaie, Jérémie, les
Lamentations, Ezéchiel, Daniel, Hosée, Joël, Amos, Obadie,
Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Séphanie, Haggée, Zacharie,
Malachie. Dans le Nouveau Testament, les Quatre Evangê­
listes: Matthieu, Marc, Luc, Jean; et l'Apocalypse. Les
autres livres n'ont point le sens interne." (52)
- 13 ­

..
,.

èJ le Monde des esprits, le Ciel et l'Enfer

" L'homme a été ainsi créé qu'il est à la fois dans le monde
naturel et dans le monde spirituel. Le monde spirituel est
celui dans lequel sOnt les anges, et le monde naturel, celui
dans lequel sont les hommes; et comme l'homme a été ainsi
créé, il lui a été donné un interne et un externe; un interne
par lequel il est dans le monde spirituel et un externe
par lequel il est dans le monde naturel. Son interne est
ce qui est appelé l'homme interne, et son externe, ce qui
est appelé l'homme externe." (53)

" L'homme dont l'interne est dans la lumière du Ciel et


l'externe dans la lumière du monde, pense et spirituellement
et naturellement; alors, sa pensée spirituelle influe dans
sa pensée naturelle et y est perçue. Mais l'homme dont
l'interne et l'externe sont tous deux· dans la lumière du
monde, ne pense pas spirituellement, mais matériellement;
car il pense d'après les choses qui sont dans la nature du
monde et qui sont toutes matérielles. Penser spirituellement,
c'est penser les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes;
c'est voir les vrais d'après la lumière du vrai et percevoir
les biens d'après l'amour du bien; puis aussi voir les qua­
lités des choses et en percevoir leur usage, abstraction faite
de la matière; mais penser matériellement, c'est penser,
voir et percevoir ces mêmes choses comme étant insépa­
rables de la matière et pour ainsi dire liées à la matière,
ainsi d'une manière respectivement grossière et obscure."(54)

" Tout homme est en communion avec les anges du Ciel ou


avec les esprits de l'Enfer parce qu'il est né pour devenir
spirituel, et que cela n'est pas possible à moins qu'il ne
soit conjoint avec ceux qui sont spirituels. Toutefois
l'homme, l'ange et l'esprit ne savent rien de cette con­
jonction; et cela parce que l'homme, tant qu'il vit dans
le monde, est dans un état naturel, et que l'ange et l'esprit
sont dans un état spirituel, et qu'en raison de la différence
entre le naturel et le spirituel, l'un n'apparaît pas à l'autre;
d'où il résulte évidemment qu'ils sont conjoints, non pas
quant aux pensées, mais quant aux affections (••. l.

"Comme l'homme vit continuellement en communion avec


les habitants du monde spirituel, c'est pour cela même que,
lorsqu'il sort du monde naturel, il se trouve aussitôt avec
ses semblables avec qui il était en communion dans le
monde; de là vient que chacun après la mort s'imagine vivre
encore dans le monde, car alors il vient dans la compagnie
de ceux qui lui ressemblent quant aux affections de sa
volonté." (55l

La mort est simplement la séparation de l'esprit et du corps maté­


riel; mais l'homme conserve après son décès la forme humaine,
ainsi qu'on peut le constater lorsque la vue spirituelle est ou­
verte (56). l'homme se trouve alors non plus dans un corps matériel,
mais dans un corps substantiel (lequel était auparavant enveloppé
dans le corps matériel) (57). Après la mort du corps, l'esprit de
- 14 ­

l'homme apparaît donc comme "un homme quant à toute chose en


général et en particulier", sauf ce corps grossier: "il l'abandonne
en mourant et ne le reprend jamais." (58) En effet, nous révèle
Swedenborg, "c'est cette continuation de la vie qu'il faut entendre
par la résurrection" (59): il n'y aura jamais de résurrection des
corps matériels.

"Tout homme, après la mort, vient d'abord dans le Monde des


esprits, qui tient le milieu entre le Ciel et l'Enfer" (60): la durée
de cet état intermédiaire varie, elle peut être courte pour certains;
"mais personne n'y reste plus de trente ans." (61) De là, l'homme
ira au Ciel ou en Enfer, après qu'il se soit dépouillé progressivement
de ses apparences extérieures et qu'il ait révélé ce qu'il est réelle­
ment dans son interne, c'est-à-dire quel est son amour dominant.
"Chacun vient vers la société dans laquelle était déjà son esprit
lorsqu'il vivait dans le monde." (62)

" Le monde chrétien ignore absolument que le Ciel et l'Enfer


proviennent du genre humain. On croit que les anges ont
été créés au commencement et ont ainsi formé le Ciel.
Le diable ou Satan serait un ange de lumière qui, étant
devenu rebelle, aurait été expulsé avec sa troupe, formant
ainsi l'Enfer. Les anges sont très étonnés qu'une telle foi
existe dans le monde chrétien, où on ne sait absolument
rien au sujet du Ciel, bien que cette connaissance soit
primordiale dans la doctrine de l'Eglise. Vu cette ignorance,
ils ont été ravis de joie de ce qu'il a plu au Seigneur de
révéler maintenant aux chrétiens certaines connaissances
sur le Ciel et sur l'Enfer. (... ) Ils veulent que j'affirme
comme venant de leur bouche qu'il n'y a dans le Ciel aucun
ange qui ait été créé au commencement, ni dans l'Enfer
aucun ange de lumière, devenu diable, qui fut précipité du
Ciel; mais que tous, dans le Ciel comme dans l'Enfer, pro­
viennent du genre humain." (63)

On peut donc dire que "l'homme a été créé pour devenir ange"(64);
Dieu ne condamne personne à la damnation éternelle: "l'esprit
mauvais se précipite de son plein gré en Enfer." (65) Le Ciel n'est
fermé à personne, mais les mauvais esprits ne parviennent tout
simplement pas à supporter son atmosphère: en effet, chacun ne
peut être que dans le plaisir de son amour; or, le plaisir du Ciel
et celui de l'Enfer sont à l'opposé l'un de l'autre (66).

" Presque tous ceux qui viennent dans l'autre vie s'imaginent
que l'Enfer est le même pour tous, et que le Ciel est
semblable aussi pour tous. Cependant, des variétés et des
diversités infinies existent dans l'un et j'autre. Jamais l'Enfer
pour l'un n'est absolument semblable à l'Enfer pour l'autre,
ni le Ciel pour l'un au Ciel pour ['autre." (67)

) le mariage et l'amour conjugal

Les Ecrits de Swedenborg donnent la plus haute idée de ,'amour


conjugal:
- 15 -

"Quod amor conjugialis sit amor fundamentalis omnium


amorum coelestium, et quod sit imago coeli, ita Oomini."(68)

Swedenborg parle ici de l'amour vraiment conjugal, qui "est si rare


qu'on ne sait ce qU'II est, et qu'on salt à peine qu'il existe" (69);
l'origine de cet amour vient du mariage du bien et du vrai (70).

" Son usage est la propagation du genre humain, et par suite


cel1e du Ciel angélique. Comme cet usage a été la fin des
fins de la création, il s'ensuit que toutes les béatitudes,
tous les plaisirs, toutes les douceurs, tous les charmes et
toutes les voluptés qui avaient pu être rassemblés dans
l'homme par le Seigneur Créateur, l'ont été dans cet
amour." (71)

Pour être dans un tel amour, il faut s'adresser directement au


Seigneur, aimer les vrais de l'Eglise et en pratiquer les biens (72).
C'est pourquoi, pour atteindre cet amour, il faut être chrétien (73)
et n'avoir qu'une seule épouse (74): le mariage polygamique d'un
chrétien, déclare Swedenborg, profane le mariage du bien et du
vrai (puisque de ce mariage spirituel sont dérivés les mariages sur
terre) et entraTne ainsi un adultère spirituel (75).

Swedenborg différencie soigneusement de l'amour conjugal l'amour


du sexe, lequel appartient à l'homme externe ou naturel, et est
commun à tout animal; mais l'amour conjugal est particulier à
l'homme, "parce que l'homme seulement peut devenir spirituel";
l'amour du sexe n'est pas l'origine de l'amour conjugal, "il est
l'externe naturel dans lequel est implanté l'interne spirituel." (76)

"L'Eglise et l'amour conjugal sont des compagnons inséparables"(77):


l'état du mariage doit être préféré à celui du célibat; par le voeu
de célibat, l'amour conjugal est rejeté (78). La chasteté est liée
au mariage monogamique chrétien, "l'amour vraiment conjugal est
la chasteté même" dans tous ses aspects (79). Aucun amour humain
ou angélique n'atteint cependant la pureté absolue, mais "la fin
et l'intention de la volonté sont principalement regardées par le
Seigneur." (80)

Comme nous l'avons déjà vu, l'homme vit homme après la mort:
le masculin et le féminin demeurent également (81). L'amour du
sexe et l'amour conjugal persistent après l'entrée dans le monde
spirituel (82): il y a par conséquent des mariages dans les
cieux (83). Après le décès, les époux se rencontrent ordinairement
et vivent réunis pendant quelque temps, comme ils ont été dans
le monde; au fur et à mesure qu'ils se dépouil1ent des externes,
ils constatent s'ils peuvent vivre ensemble et rester des époux (sur
la terre, les mariages se font généralement d'après les externes,
sans perception interne de l'amour); s'ils ne le peuvent, ils se
séparent et il est donné à l'homme une épouse convenable, et à
la femme un mari convenable 184).

Un des aspects principaux du mariage est naturel1ement l'inclination


des époux à se conjoindre; l'amour conjugal conjoint les deux
âmes (85). Pour ceux qui sont dans cet amour vraiment conjugal,
- 16 ­

la conjonction se fait de plus en plus profondément durant l'éternité:


"deux époux dans le Ciel sont appelés non deux anges, mais
un ange." (86)

Vu l'importance accordée â l'amour conjugal dans les Ecrits de


Swedenborg, on n'est pas étonné d'y lire que "l'homme, selon le
manque d'amour conjugal et la perte de cet amour, approche de
la nature de la bête." (87) A l'amour conjugal est opposé l'amour
scortatoire (88). Comme la sphère de l'amour conjugal descend du
Ciel, la sphère de l'amour scortatoire monte de l'Enfer (89). Ces
deux amours sont aussi opposés que l'Enfer et le Ciel: et autant
ceux qui sont dans le Ciel sont dans le conjugium du bien et du
vrai, tous ceux qui sont dans l'Enfer sont dans le connubium du
mal et du faux (90). Ces deux sphères se rencontrent dans le monde
naturel et dans le Monde des esprits (sans se conjoindre), et l'homme
se trouve dans l'équilibre entre les deux, comme il est en équilibre
entre le bien et le mal (équilibre d'après lequel il a le libre arbitre):
mais autant il se tourne vers l'une des sphères, il se détourne de
l'autre (91).

eP le Second Avènement, le Jugement dernier et la Nouvelle Eglise

"Voici, Il vient avec les nuées" (Apocalypse 1:7) n'est pas à entendre
au sens littéral: cela signifie que "le Seigneur se révélera dans le
sens de la lettre de la Parole, et en ouvrira le sens spirituel à
la fin de l'EglIse." (92) "(... ) le Seigneur apparaîtra manifestement
dans le sens spirituel de la Parole." (93)

" Ce Second Avènement du Seigneur est un avènement non


pas en personne, mais dans la Parole qui procède de Lui,
et qui est Lui-Même." (94)

L'Avènement du Seigneur enveloppe deux choses: "le Jugement


dernier, et après ce Jugement une Nouvelle Eglise" (95). Afin de
bien comprendre ce point, il est nécessaire de préciser quelle vision
de l'histoire nous trouvons dans les Ecrits de Swedenborg (96):
depuis la Création, il y a eu sur cette terre quatre Eglises succes­
sives: une avant le Déluge, l'Eglise Adamique (ou Très Ancienne
Eglise); une après le Déluge, l'Eglise Noachique (ou Noétique, ou
Ancienne Eglise); puis une troisième, l'Eglise Israélite; et enfin
l'Eglise Chrétienne (97). Chaque Eglise a elle-même eu quatre états
successifs, ou périodes, qui sont entendus par le mat,in, le jour,
le soir et la nuit (98). Ainsi, tout ce qui est raconté sur Adam
et sa postérité dans les premiers chapitres de la Genèse ne doit
pas être compris littéralement: il s'agit d'une description des états
successifs de la Très Ancienne Eglise (99). Un Jugement dernier
a lieu â la fin de chaque Eglise: en effet, â ce moment, l'équilibre
entre le Ciel et l'Enfer a péri (peu d'hommes viennent dans le Ciel,
beaucoup dans l'Enfer), il s'agit donc de le rétablir (100). Point
très important: le Jugement dernier se produit dans le monde spi­
rituel et non dans le monde naturel (101 J. Cette opération effectuée,
du Nouveau Ciel qu'Il forme, le Seigneur fait dériver une Nouvelle
Eglise dans les terres (102).

Notre terre ne sera donc pas détruite, contrairement à ce que


croient ceux qui ne connaissent pas le sens spirituel de la
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Ii.o-_II-.
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- 17 - L'..ju..~!L""""" )
Parole (103). Mieux encore, le Jugement dernier de l'Eglise Chré­
tienne a déjà eu lieu: il s'est déroulé durant l'année 1757, et
Swedenborg y a assisté (104). Toutes les choses prédites dans
l'Apocalypse sont maintenant accomplies.

Ce Jugement dernier n'a pas eu pour objet ceux qui se trouvaient


au Ciel, en Enfer ou dans le Monde des esprits, mais des esprits
qui avaient vécu après l'Avènement du Seigneur dans un saint
externe sans se trouver dans un saint interne et "s'étaient fabri­
qué une sorte de ciel" (105), entre Ciel et Enfer. Avant le
Jugement, ils avaient en grande partie intercepté la communication
entre le Ciel et le monde, et donc entre le Seigneur et
l'Eglise (106).

La communication rétablie, le Seigneur a pu donner Ses révélations


pour la Nouvelle Eglise (107). Cette Nouvelle Eglise est signifiée
dans l'Apocalypse par la Nouvelle Jérusalem (108); elle succède
à l'Eglise Chrétienne. Swedenborg dévoile alors sa mission:

" Puisque le Seigneur (... ) ne peut Se manifester en personne


devant le monde, et que cependant Il a prédit qu'Il fonderait
une Nouvelle Eglise (... ), il s'ensuit qu'Il doit faire cela
par l'intermédiaire d'un homme qui puisse non seulement
recevoir par l'entendement les doctrines de cette Eglise,
mais encore les publier par la presse.

" J'atteste comme étant la vérité que le Seigneur S'est mani­


festé devant moi, Son serviteur, et m'a chargé de cette
fonction, et qu'après cela, 11 a ouvert la vue de mon esprit
et m'a ainsi introduit dans le monde spirituel (••• ) depuis
le premier jour de cette vocation, je n'ai reçu d'aucun ange
rien de ce qui concerne les doctrines de cette Eglise, mais
(... ) j'ai tout reçu du Seigneur seul pendant que je lisais
la Parole." (109)

" Cette Nouvelle Eglise est la couronne de toutes les Eglises


qui jusqu'ici Ont été sur le globe terrestre, parce qu'elle
adorera un seul Dieu visible, dans lequel est Dieu invisible,
comme l'âme est d"ans le corps; car c'est ainsi et non autre­
ment que la conjonction de Dieu avec l'homme peut être
effectuée." (110)

* * *
Nous avons tenté de résumer ci-dessus quelques points importants
des Ecrits de Swedenborg. Mais on s'en formerait une idée fausse
si l'on n'y voyait qu'une belle construction théologique, car ils ne
cessent de rappeler que le bien penser doit aller de pair avec le
bien faire, "que la religion consiste dans la vie, et Que la vie
consiste à faire le bien" (III).

" Les doctrinaux de l'Eglise qui est entendue par la Nouvelle


Jérusalem sont ceux-ci: 1. Il y a un seul Dieu, en Qui est
la Divine Trinité, et ce Dieu est le Seigneur Jésus-Christ.
l!. La foi salvifique est de croire en Lui. Ill. Il faut fuir
- 18 ­

les maux, parce qu'ils sont du diable et viennent du diable.


IV. Il faut faire les biens, parce qu'ils sont de Dieu et
viennent de Dieu. V. L'homme doit faire les biens comme
par lui-même, mais croire qu'ils sont faits par le Seigneur
chez lui et au moyen de lui." (112)

3) La Nouvelle Eglise

Les Ecrits de Swedenborg affirment nettement l'incompatibilité


entre la foi de la Nouvelle Eglise et celle de la précédente: "elles
ne s'accordent pas dans un' seul tiers, ni même dans un seul
dixième." (I13) Pourtant, Swedenborg n'abandonna jamais l'Eglise
de son enfance; et si, à Londres, il fréquenta parfois la chapelle
morave de Fetter Lane (I14), il continuait à se rendre également
à l'église suédoise et à y participer à la communion. Son assistance
aux offices devint certes irrégulière durant les dernières années
de sa vie, mais il reçut deux jours avant sa mort la communion
des mains d'un pasteur luthérien.

Swedenborg ne fonda donc aucun groupe religieux; au contraire,


il envoyait volontiers ses ouvrages au clergé, sans y trouver grand
écho, ce qui le désappointa beaucoup. On lit dans le brouillon
d'un traité écrit en 1759:

" Quod revelatum sit a Domino de coelo et inferno, de ultimo


judicio quod peracLUm, de spirituali sensu Verbi, ita revelata
est via ad salutem, et de statu hominis post morte m, et
hoc plene et manifeste, ut quisque qui intelligit linguam
latinam scire possit, et hoc ante annum tempus, et communi­
catum; sed usque Ecclesia non id curat; miratur quam
maxime in coelo quod Ecclesia in tali statu sit ut illa quae
sunt ipsa essentialia ejus ne quidem spectentur, sed relin­
quantur sicut res non alicujus momenti, indicium quod
coelestia nihil occupent mentes eorum, nec videantur quando
revelata." (115)

Par conséquent, en 1762, en Suède, Swedenborg ne distribuait plus


ses livres à beaucoup d'évêques, mais seulement à ceux qu'il
considérait comme sapientes et intelligentes (116). Et il écrivait
à Beyer en 1766 que le temps n'était pas encore venu (117).

" Les anges (••. ) percevaient de la tristesse en moi; et ils


me demandèrent d'où venait cette tristesse; je leur dis:
"De ce que les Arcanes aujourd'hui révélés par le Seigneur,
quoiqu'en excellence et en dignité ils surpassent les Connais­
sances divulguées jusqu'à ce jour, sont néanmoins regardés
sur la terre comme n'ayant aucune importance." Les anges
en furent étonnés et ils demandèrent au Seigneur qu'il leur
fOt permis de porter leurs regards sur le monde; et ils les
y portèrent, et voici, il n'y avait que ténèbres." (I18)

Swedenborg accordait une importance particulière à la Vraie Religion


Chrétienne pour susciter l'établissement d'une Nouvelle Eglise dans
toute la chrétienté (I19); et ce fut sans doute dans la même
perspective qu'il envoya à teus les ecclésiastiques hollandais son
- 19 -

Exposition sommaire de la Doctrine de la Nouvelle Eglise lors de


sa parution en 1769.

Ainsi que nous l'avons entrevu, le mot "Eglise", dans le vocabu-


laire swedenborgien, s'applique au moins autant à une période, à
un "age", à une dispensation, qu'à une confession religieuse dé-
terminée; il n'est donc pas certain que le "Prophète du Nord" ait
espéré l'avènement d'une institution ecclésiastique au sens courant.
Mais il se trouva de fervents disciples pour estimer devoir franchir
ce pas. Notre ambition n'étant pas de raconter l'histoire du
mouvement swedenborgien en général, nous nous bornerons à donner
quelques points de repère utiles pour la compréhension de la suite
de notre étude.

a) naissance de la Nouvelle Eglise en Grande-Bretagne (120)

Dans le monde spirituel, explique Swedenborg, "les meilleurs de


la nation anglaise sont au centre de tous les chrétiens" (121). On
ne S'étonnera donc pas que, dans sa forme externe, la Nouvelle
Eglise ai t vu le jour en Grande-Bretagne. Deux noms, représentant
des voies différentes, dominent ces débuts: John Clowes (1743-1831)
et Robert Hindmarsh (1759-1835).

Durant soixante-deux années, jusqu'à sa mort, Clowes fut le recteur


apprécié d'une paroisse anglicane de Manchester. A 30 ans, il
découvrit les Ecrits de Swedenborg et s'employa à traduire plusieurs
d'entre eux du latin en anglais (122). Dans le but de les publier,
il établit en 1782 avec quelques sympathisants ce qu'on appela la
Manchester Printing Society (123).

Robert Hindmarsh, un imprimeur, commença à lire les ouvrages


théologiques de Swedenborg en 1782 et devint tout de suite un
adepte enthousiaste; il chercha à rencontrer d'autres lecteurs à
Londres, mais ne trouva en une année que trois ou quatre personnes
réellement intéressées. En décembre 1783, ils commencèrent à se
réunir régulièrement et adoptèrent peu après le nom suivant: The
Theosophical Society, instituted for the Purpose of promoting the
Heavenly Doctrines of the New Jerusalem, by translating, printing,
and publishing the Theological Writings of the Honourable Emanuel
Swedenborg; le secrétaire en était R. Hindmarsh. L'existence de
cette association fut bientôt connue, et le nombre des membres
du petit groupe augmenta. Jusqu'en 1787, la Theosophical Society
s'attacha à faire connaître les Ecrits à travers le pays. Des cercles
locaux, destinés à les lire et à en discuter, surgirent ici et là.

Il n'y avait alors pas de cultes swedenborgiens; à Londres, plusieurs


adeptes de la Nouvelle Eglise se rendaient aux services célébrés
par Jacob Duché (124), prédicateur anglican éloquent et fort popu-
laire, qui n'avait pas hésité à préfacer une traduction de la Doctrine
de Vie. Grâce à des hommes tels que Duché et Clowes, plusieurs
espéraient l'introduction graduelle et insensible des nouvelles doctrines
dans l'Eglise d'Angleterre - espoirs qui se révélèrent infondés.

Pour d'autres, par contre, il convenait sans plus attendre d'établir


un culte public. Cette proposition, émise lors d'une réunion de la
Société de Londres, le 19 avril 1787, fut rejetée à une faible
- 20 ­

majorité, parce que jugée prématurée. Quelques-uns, cependant,


crurent devoir passer outre; le 31 juillet 1787 marqua le véritable
commencement de la Nouveile Eglise sous sa forme visible: le petit
groupe se rassembla et, par tirage au sort, le père de R. Hindmarsh,
James Hindmarsh (un prédicateur méthodiste) fut désigné pour
officier dans la fonction sacerdotale. Sur les seize personnes pré­
sentes, onze participèrent à la Sainte Cène, puis les cinq autres
(dont R. Hindmarsh) furent, selon leur désir, baptisées dans la foi
de la Nouvelle Eglise.

Le 27 janvier 1788, à l'enseigne de The New Jerusalem Church,


un lieu de culte, desservi par J. Hindmarsh, fut inauguré à Londres.
Ce culte public s'affirmant, le nombre de participants aux réunions
de l'ancienne Société diminua; elles finirent par cesser complètement.

Le problème de l'institution d'un ministère régulier se posa, et il


fut unaniment résolu qu'il ne saurait être dérivé de la "Vieille
Eglise" (J 25). Lors d'une réunion de la Nouvelle Eglise, le 1er juin
1788, parmi les seize hommes présents, douze furent tires au
sort (126) afin de représenter l'Eglise dans son ensemble et ordonner
comme prêtres et ministres James Hindmarsh et Samuel Smith (qui
avait également été prédicateur méthodiste); Robert Hindmarsh
présida la cérémonie (127). Les ordinations ultérieures de la Nouvelle
Eglise trouvent là leur source.

Tout cela ne manqua pas de provoquer des controverses, en parti­


culier avec la Société de Manchester; en 1787 déjà, au moment
de l'instau,ration d'un culte novi-jérusalémite, Clowes était spéciale­
ment venu à Londres pour adjurer ses amis de ne pas se séparer
de l'Eglise établie. Mais, peu d'années après, plusieurs sociétés
locales, y compris celle de Manchester (er. 1791), suivirent la même
voie que Londres (128). Pourtant, il subsista autour de Clowes un
courant "non séparatiste", qui tint des assemblées annuelles dès
1806; les "séparatistes" n'en étaient d'ailleurs pas exclus.

Le lecteur aura remarqué l'origine religieuse des deux prem iers


pasteurs ordonnés dans la Nouvelle Eglise: l'un et l'autre avaient
été des prédicateurs méthodistes, et Wesley en perdit au total six
au profit des nouvelles doctrines. Marguerite Beck Block estime
que, si la majorité des nouveaux convertis avaient été membres
de l'Eglise d'Angleterre, et non de groupes dissidents, l'histoire
de la Nouvelle Eglise en Grande-Bretagne aurait pris un tour bien
différent (J 29).

Une première General Conference swedenborgienne se réunit à


Londres du 13 au 17 avril 1789. La XXIIe résolution de cette
assemblée, considérant que le baptême de la "Vieille Eglise" est
dans l~ foi à trois Dieux et celui de la Nouvelle dans la foi à un
seul, recommande à qui désire devenir membre de l'Eglise de la
Nouvelle Jérusalem de s' y faire rebaptiser (J 30).

La quatrième General Conference (avril 1792) vi t se développer


de vives discussions à propos de la forme de gouvernement
ecclésiastique: fallait-il adopter le système épiscopal? (J 31) Une
majorité le refusa, ce qui provoqua pour quelque temps une scission.
La Conference de 1815 approuva le schéma d'un sacerdoce à trois
- 21 ­

degrés, mais le degré supeneur (Minister Superintendant) ne fut


jamais occupé. En fait, on s'orienta vers "une organisation de nature
mixte" qui "se rapproche du système presbytérien par le synode" (132).

Nous avons cru utile de résumer ici les conditions de la naissance


de la Nouvelle Eglise. La suite de son histoire en Grande-Bretagne
ne relève plus de notre propos. Contentons-nous de signaler la
formation, en 1810, d'une association pour la traduction et la
publication des Ecrits de Swedenborg, toujours active aujourd'hui
sous le nom de Swedenborg Society (133).

En 1982, la General Conference of the New Church comptait


1.949 membres (134).

b) la Nouvelle Eglise dans le Nouveau Monde

Les premières sociétés de la Nouvelle Eglise firent leur apparition


aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie du XVllIe siècle.
En 1817 fut organisée à Philadelphie une General Convention of
the New Jerusalem in the United States of America. Malgré bien
des divergences internes sur plusieurs sujets, la Nouvelle Eglise
américaine connut une croissance réelle tout au long du XIXe siècle,
ainsi ql!le le montre un petit tableau extrait de l'ouvrage de
Marguerite Beck Block (135):

sociétés membres
1820 12 230
1830 28 500
1840 26 850
1850 54 1.450
1860 64 2.550
1870 90 4.150
1880 94 5.100
1890 154 7.095

A la fin du XIXe siècle se produisit un schisme, ayant à son onglne


le mouvement de l'Academy. Plusieurs idées maTtresses de
celui-ci avaient déjà été développées par Richard DeCharms (1796­
(864)1; mais le principal initiateur en fut le fils d'un évêque morave
de Pennsylvanie, William Henry Benade (1818-1905). Face à certains
courants libéraux de la Convention, Benade affirmait l'autorité divine
des Ecrits de Swedenborg, leur infaillibilité; il fut, paralt-il, l'un
des premiers à utiliser la formule: "The Writings are the Word."(136)
II manifestait aussi une profonde préoccupation en faveur de
l'établissement par la Nouvelle Eglise d'un système éducatif distinct.
Benade et ses amis insistaient également sur les trois degrés de
la prêtrise (alors que la Convention avait aboli le troisième deg,ré
en 1849); Benade s'inquiétait de la trop grande intrusion des laics
dans le gouvernement de l'Eglise.

Au cours des années 1870, Benade et ceux qui partageaient ses


vues organisèrent "Academy de la Nouvelle Eglise, dans le but
d'offrir une solide formation théologique au ministêre. Le nom
d' Academy, au sens large, est souvent utilisé aujourd'hui pour
désigner l'ensemble du mouvement qui en est issu.
- 22 ­

En 1883 fut fondée la General Church of Pennsylvania (qui demeu­


rait néanmoins affiliée à la Convention), avec Benade à sa tête
dans la fonction épiscopale. La rupture finale avec la Convention
intervint en 1890: 347 membres firent sécession (137). En 1891,
la dénomination du nouveau groupe devint General Church of the
Advent of the Lord, afin de supprimer la limitation géographique.
Cependant (peut-être à la suite d'une attaque d'apoplexie subie
en 1889), l'évêque Benade développa démesurément des tendances
autocratiques et des théories particulières (138). Tout en lui con­
servant respect et affection, le clergé et les fidèles durent cesser
de le suivre et, sans rien changer à leurs convictions, ils organisèrent
la General Church of the New Jerusalem (139) sous la direction
de l'évêque William Frederic Pendleton (+1927), qui avait été ordonné
au troisième degré de la prêtrise par Benade.

Dans une allocution de 1899, l'évêque Pendleton a résumé les prin­


cipes du mouvement, insistant tout d'abord sur la grande consi­
dération accordée aux Ecrits de Swedenborg:

" The Lord has made His second coming in the Writings of
the New Church, revealing Himself therein, in His own
Divine Human, as the only God of heaven and earth. In
those Writings, therefore, is contained the very essential
Word, which is the Lord. From them the Lord speaks to
His church, and the church acknowledges no other authority
and no other law." (140)

Ce texte en douze points continue en insistant sur la distinction


absolue entre la Nouvelle Eglise et la précédente, "consumated and
dead, with no hope of a resurrection"; il affirme l'autorité de la
prêtrise et la loi d'unanimité dans la vie de l'Eglise; il souligne
la nécessité d'écoles propres il. la Nouvelle Eglise, où les enfants
puissent être élevés dans la sphère et l'environnement de l'Eglise.

Le centre de la General Church se trouve à Bryn Athyn, en Penn­


sylvanie, où des terrains avaient été achetés dès 1893 gràce à la
générosité du richissime John Pitcairn. Bryn Athyn est une petite
localité swedenborgienne (141). Une magnifique cathédrale de style
gothique y a été construite.
--. La General Church a elle-même subi un petit schisme. Depuis les
origines de la Nouvelle Eglise s'était posée la question du statut
des Ecrits de Swedenborg; plusieurs novi-jérusalémites ëéêlarèrent
qu'il fallait les mettre sur pied d'égalité avec l'Ancien et le Nouveau
~ Testament - après la Parole hég.r~Jque et la Parole grecque, la
J Parole latine (142). Ce principe semble avoir été admis par nombre
de membrés de la Nouvelle Eglise, vers le début du siècle (143),
surtout dans la General Church, mais également chez quelques
adhérents isolés de la Convention. Certains conclurent que, si les
Ecrits sont la Parole, ils contien..D~~al~!]!~I!I~.f1_~ns~terne.

Vers la fin des années 1920, des pasteurs de la General Church


commencèrent à diffuser de telles conceptions, en particulier Ernst
Pfeiffer, d'origine suisse alémanique, responsable du groupe de La
Haye. L'influent Theodore Pitcairn (+1973) devint l'un des plus fer­
vents partisans de ce nouveau courant, qui s'exprima à partir de
- 23 -

1930 dans la revue hollandaise De Hemelsche Leer (144). L'une


des principales thèses défendues par ce périodique était formulée
ainsi:

" The Writings of Emanuel Swedenborg are the Third Testa-


ment of the Word of the Lord. The Doctrine of the New
J
Jerusalem Concerning the Sacred Scripture must be applied
to the three Testaments alike."

Plusieurs membres de la General Church admettaient ,'idée d'un


se,!s ~tE;.rn.e des Ecrits de Swedenborg, mais en ajoutant qu'il trans-
JI paraît à travers le sens externe. Le groupe de La Haye a1fait
beàucoup -PlüS-Ioin et insistait Sûr la nécessité de ne pas faire des
Ecrits, promus au rang de Troisième Testament, la doctrine de
l'Eglise:

" ( ... ) by the Doctrine of the Church not the Writings of


Swedenborg are meant, but the vision of these Writings
Hand of th~ W.,.9rd ~~ whÇlle, which the Church gradually
JI in an orderly way acquires for itself." (145)

A la suite de longues controverses, le pasteur Pfeiffer fut démis


de ses fonctions (le 7 avrii 1937) par les autorités de la General
Church. Une centaine de fidèles la quittèrent alors, principalement
à Bryn Athyn, en Californie, aux Pays-Bas et en Suède. Ce mouve-
ment prit ultérieurement le nom de Nova Domini Ecclesia Quae
Est Nova Hierosolyma, et est couramment appelé, en abrégé, Nova
jl Hierosolyma. Il a un évêque depuis 1967, en la personne du Révérend
Philip Nathaniel Odhner.

\ Que ):.~nte aujourd'hui la Nouvelle Eglise américaine? La Gene-


rai 'Convention') of the Swedenborgian Churches (membre depuis1966
du National Council of the Churches of Christ in the United States
of America) a connu, comme la plupart des Eglises "libérales", une
diminution numérique sensible; en 1982, elle avait 2.185 rn.e.m.QIes
.1.... aux Etats-Unis et au Canada (146). La même année, la .Generat
ChUICh) of the New Jerusalem comptait 2.568 membres aux Etat~­
UlJl§~9 dans le reste du monde (147). Les fidèles de .la$va
Hle~lyma sont très peu nombreux.
JI1
Ces divisions juridictionnelles et doctrinales ont parfois entraîné
des rivalités, mais il convient de préciser que les relations sont
généralement courtoises entre les diverses organisations, qui n'hési-
tent pas à collaborer dans certains domaines (édition, etc.). Toutes
ont participé à la New Church World Assembly à Londres en 1970.

cl la Nouvelle Eglise en France et à l'Ile Maurice

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont toujours demeurés les


points forts de la Nouvelle Eglise. Dans le reste du monde, les
implantations novi-jérusalémites se sont parfois révélées instables
et om fréquemment dépendu du soutien matériel des organisations
anglo-saxonnes. Pourtant, il y a eu et on trouve encore sur tous
les continents des swedenborgiens convaincus: aussi bien en Suède,
en Norvège, au Danemark, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas
et en Yougoslavie qu'en Inde, aux Philippines, en Corée, au Japon,
- 24 ­

en Australie et en Nouvelle-Zélande; ou encore au Brésil et en


Guyana, sans oublier l'Afrique du Sud (où l'action missionnaire des
diverses dénominations de la Nouvelle Eglise auprès des populations
noires a produit d'excellents résultats).

Nous y attarder nous éloignerait trop de l'objet de la présente


étude; nous devrons cependant nous arrêter (brièvement) à deux
pays qui, à des titres divers, ont été liés à l'histoire de la Nouvelle
Eglise en Suisse romande: la France (148) et l'Ile Maurice.

On associe fréquemment le swedenborgisme I~nçais) du XVIIIe siècle


à Dom Pernety (1716-1801) et ses "Illuminés d'Avignon" (149), mais
il s'agissait là d'un swedenborgisme défiguré et hétérodoxe.

Vers 1790, il Y aurait eu des adeptes des nouvelles doctrines à Paris,


Strasbourg et Rouen (150). Lorsque Hindmarsh se rendit dans la
capitale française en 1802, il Y trouva un groupe d'une douzaine
de personnes se réunissant occasionnellement (151),

A Paris toujours, vers 1820, une petite dizaine de novi-jérusalémites


se rassemblaient autour de \l~a.:v.0cat Gobert; (152). De 1819 à 1824
furent imprimées, grâce à la générosité ce l'Anglais John Augustus
Tulk (dont nous reparlerons), plusieurs oeuvres théologiques de
Swedenborg, traduites au siècle précédent (dès 1786) par J.P.
,MoëN1721-1807), bibliothécaire à Versailles.

Jean-Jacques Bernard (1791-1828), capitaine d'artillerie, était très


intéressé par le magnétisme et les contacts avec les esprits. Sans
pour autant renoncer à ces pratiques, il s'enthousiasma pour Sweden­
borg, qu'il découvrit en 1820; il répandit les nouvelles doctrines
parmi les officiers de son régiment, le 23e de ligne.

Mentionnons encore quelques noms: ~ouard Ric~ (1792-1834),


converti par Bernard, qui écrivit plUSIeurs- ouvrages en faveur de
la Nouvelle Jérusalem; l'abbé Guillaume Oegger (1789-?), premier
vicaire à Notre-Dame de Paris, qui démissionna en 1826, découvrit
Swedenborg grâce à Gobert et Bernard, et continua cependant à
avoir des visions et à élaborer des projets chi!!1ériques et grandio,.ses
1 de réforme reli ieuse - malgré la réprobation des swedenborgiens
"orthodoxes" (153; ~ Ledrù) (+ 1837), curé de Lèves (près de
• Chartres), qui, révoqué par son évêque, rompit avec l'Eglise romaine
dès 1833 et, soutenu par ses paroissiens, prêcha les doctrines
(
swedenborgiennes (154), publia divers ouvrages et une li turgie
- ses fidèles revinrent au catholicisme après son décès (155).

Mais nous n'avons pas encore cité le plus vénéré re résentant de


la Nouvelle Eglise en France: Jean-François-Etienne Le Boys es
G~ (1794-1864) (156). Juge au tribunal civil de Saint-Amand
lctiêrl de 1827 à 1830, il occupa de 1830 à 1831 le poste de
sous-préfet de l'arrondissement dont cette ville est le chef-lieu,
mais fut destitué parce que trop libéral et se retira de la vie
publique.

1ntrigué par le cas d'un jeune pâtre des environs, Le Boys des Guays
commença à se passionner pour le magnétisme. Mais la découverte
des ouvrages de Swedenborg, à la fin de 1834, l'amena bientôt à
- 25 ­

renoncer à ses expériences et à se consacrer aux nouvelles doctrines.


Le 18 novembre 1837, il ouvrit un culte public dans sa maison:
les réunions avaient lieu tous les dimanches à 15n:;-dS'iiS"ieSaÎon,
et se déroulaient de manière très simple (157); malgré les attaques
que ce~a lui valut de la part de la presse catholique, ce culte ne
r
1 subit jamais d'interdiction; le même salon servait aux baptêmes
1 et mariages, et les funérailles de membres de la Nouvëlle-Eg1ise
attiraient toujours de nombreux spectateurs. Du vivant de Le Boys
des Guays, il y avait une cinquantaine de swedenborgiens à Saint­
''l'Amand, presque tous de condition modeste. Le culte__ fut régulière­
ment célébré da!]L le_ m~me salon jusqu'en 1886, puis ensuite chez

diver-s particuliers (158).

De 1838 à 1848, Le Boys des Guays fit paraltre à Saint-Amand


le périodique La Nouvelle Jérusalem. Revue religieuse et scienti­
fique. Surtout, il se consacra à la tâche gigantesque de traduire
et de publier en français les ouvrages théologiques de Sweden­
borg: (159) En outre, il mit au point des tables analytiques et
des index, écrivit lui-même plusieurs textes et traduisit les Psaumes,
les Evangiles et l'Apocalypse en collaboration avec ~uste
H::I~(l809-1876). A la mort de Mme Le Boys des Guays, en "88"6,
p oins de 40.000 volumes avaient été vendus et 10.000 offerts
(de nombreuses bibliothèques en bénéficièrent) (160).

Le Boys des Guays entretenait des relations avec les membres les
plus éminents de la Nouvelle Eglise en Europe et aux Etats-Unis;
il reçut à Saint-Amand de nombreux visiteurs étrangers.

A Paris, les novi-jérusalémites se rél./nissaient en privé, sous la


direction de Harlé. Un visiteur anglais, en 1874, décrivit la Nouvelle
Eglise française com me inactive (161). Mais les Américains ne se
désintéressaient pas du grS)upe parisien. Des visites de l'évêque
Benadè;) entre 1877 et 1879, auraient provoqué un petit "réveil"
<lai1Sfa communauté (162). D'autre part, grâce à l'intervention de
- Chauncey Giles') (1813-1893), pasteur à Philadelphie, qui---e.0r_t_ait
eàüëOup-d'ilH"ér"êt au développement du mouvement en France (63),
l'anîbassadeur des Etats-Unis à parTSëTrëëtuâ- dëS démarches en
j vue d'obtenir du gouVernëmentrrançais une autorisation po~ des
\ réunions cultuelles publiques, ce qui fut accordé en r8n:---

-
­

A la même époque, l'avocat parisien Çharles H u : (1826-1897)


et son épouse franco-américaine, née [ouise 0 mes (+1923),
commencèrent à devenir très actifs dans les rangs des sweden­
borgiens français. Grâce à leurs efforts fut construit et ouvert en
1882 le premier temple de la Nouvelle Eglise à Paris (12, rue)'\
Thouin, près -crU1'ailthêon). Uiïe---"SôClétê biblique de la Nouvelle
Eglise chrétienne, dite Nouvelle Jérusa-reiil"--rü7 organisée en 1887,
et une "Société française de la Nouvelle Eglise chrétienne, dite
Nouvelle J érusalem-n-l'année suivante. Charles Humann fut ordonné
pasteur en 1889 par le plus âgé des laies de la congrégation; il
était secondé dans son ministère par; J. -6écembr10

Des dissensions (auxquelles la personnalité des Humann ne semble


J1!:i avoir été étrangère) affectèrent bientôt le groupe. Ferdinand
Hussenep{+1933) organisa en 1898 à Paris un autre _cercle qui devait
se placer sous la juridiction de la General Church; J. Décembre
- 26 ­

dirigeait à la même date une Société swedenborgienne de France.


Il avait cessé de prêcher à la rue Thouin; Hussenet l'y remplaça
et, en--!2Q!._~nc_ore,--il y présidait d:ux ._~ervices-Ear mois. Mais le
( temple dut bIentôt être vendu (et se Vit transformeen cinémato­
graphe), tandis que la bibliothèque attenante était ~e. _

En 1910, le groupe de Hussenet demeurait le seul à avoir un culte


public. En 1912, (R~bert FloQ) (1859-1938) devint pasteur du 1er
degré; Mme Humann s'attaèha ses services. En 1919, on trouvait
donc à Paris deux petites congrégations: la première affiliée à
la General Church, la seconde rattachée à la Convention. Nous
aurons l'occasion d'en reparler.

Eloignons-nous maintenant de l'Europe, pour présenter sommairement


les origines de la Nouvelle Eglise à l'lle.-Maurice (I64). Un certain
.·GëOrge Herbert Po~ professeur de la~s et swedenborgien,
s'était Installe à Adelaide (Australie) en 1840. Nom mé en 1846 au
Collège royal de Curepipe, il fut ainsi le premier à introduire les
doctrines novi-jérusalémites à l'Ile Maurice. Lorsqu'il retourna en
Australie, en 1850, il laissa derrière lui guelques fervents lecteurs
des Ecrits, dont un pauvre peintre, (Louis-Emile Miche~ qui s'em­
pressa d'écrire à Le Boys des Guays pour lUI comman~r ...Q..~s
oUV~,?.z~ En 1854, Michel envoya plusieurs de ces livres àLE~mond
de Chaz.al> un riche planteur qui menait'"- une vie patriarcale,' entouré
deses-- douze enfants, et qui employait sur ses vastes propriétés
un millier de travailleurs indiens. Edmond de Chazal accepta avec
conviction les nouvelles doctrines et se fit dés '100-üi1 devoir de
lèSpi=opager.

1 il
'Ill entra ainsi en correspondance avec Le Boys des Guays, ~~el

fit don d'importantes sommes. pour financer ses publications.

En 1858, il établit chez lui un culte de famille. Avec quelques

autres zélés néophytes, il fonda le Il janvier 1859 une Société de

l'Eglise de la Nouvelle Jérusalem de Maurice. En septembre 1861,

il commença à publier un mensuel, L'Echo de la Nouvelle Jérusalem;

( mais les difficultés financières en firent cesser la parution après


72 numéros: les coQts d'impression étaient extrêmement élevés et
Edmond de Chazal n'avait cessé de combler les déficits de ses
proRres peniers.
'l', r r
.> .... ~ ~5
L'activité intense de la Nouvelle Eglise à Maurice, surtout après
la création de l'Echo, entralna bien des critiques de la part des
clergés catholique romain et anglican. Cela n'empêcha pas le groupe
de se consolider: il comptait 75 membres (y compris les enfants
baptisés) en 1863. Les participants aux divers cultes familiaux se
retrouvaient une fois par mois pour un culte commun à Port-Louis.
La Société acquit en 1876 un immeu~le oQ-.lgrent alllém!~e

Il salle de cultes et une bibli~!.h~que; elle obtint une constitution


légale par une ~ancêCfël871.

Edmond de Chazal (qui avait toujours exercé l'office de chef de


culte, en l'absence de ministre consacré) entra dans le monde spi­
rituel le 12 février 1879. Contrairement à ce que certains pré­
voyaient, l'Eglise de la Nouvelle Jérusalem à l'lle Maurice lui sur­
vécut (un deuxième lieu de culte fut même inauguré en 1907 à
L.... \.'éurepi~) et existe encore aujourd'hui. Au fil des générations, la
- 27 ­

famille de Chazal continua â compter des swedenborgiens convaincus


- et elle ne fut pas étrangère â l'établissement de la Nouvelle Eglise
à Lausanne, comme nous l'expliquerons plus loin•.•

* * *
Si les adeptes des doctrines révélées â travers Swedenborg furent
souvent de qualité, remarquablement dévoués et présents un peu
partout dans le monde, leur nombre n'a jamais, on le voit, atteint
des chiffres élevés. Cette évidence ne doit cependant pas tromper:
sans vouloir l'exagérer, l'influence de Swedenborg a certainement
dépassé le cadre des associations cultuelles qui se réclament de
la Nouvelle Eglise.

" J'ai eu plusieurs conversations


avec les anges sur l'état de l'Eglise
dorénavant; ils m'ont dit qu'ils
ne savaient pas l'avenir, parce
que savoir l'avenir appartient au
Seigneur seul; mais ils savaient
que cet esclavage et cette capti­
vJté.-. danS:-lesqueIS éfalt_p~èm­
m~nt l'homme d~--ITglise, ont
1été enlevés; et que maintenant,
d'îiprès le libre qui lui a été rendu,
il peut mieux percevoir les vrais
intérieurs s'il veut les percevoir,
et ainsi devenir intérieur s'il veut
le devenir; mals qüe néanmoins
ils avaient bien peu d'espoir â
l'égard des hommes de l'Eglise
Chrétienne (••• l."

Du Jugement dernier et de
la Babylonie détruite, N° 74
Chapitre 11

SWEDENBORGIENS ISOLES

EN SUISSE ROMANDE

AU XIXe SIECLE

Sans doute y eut-il tôt des lecteurs de Swedenborg en Suisse


romande, mais ils n'ont pas laissé de traces. Tout au plus la revue
de Le Boys des Guays laisse-t-elle incidemment entendre qu'il se
trouvait des adhérents aux doctrines de la Nouvelle Eglise à Genève
dans la dernière décennie du XVIIIe siècle (1). De même, en 1801,'
à Lausanne, un ecclésiastique non identifié déclarait avoir embrassé
les croyances noVï:Jéi-üsaTéinites "" ­

I) John Augustus Tulk

Nous voyons pourtant curieusement associ~a__Su1sse romande


])-=­ l'un des pionniers de la Nouvelle Eglise...' John Augustus Tulki) "one
of the most intelligent and cordial recipièiHsorthe new doctrines
in Great Britain" (3), avait participé déjà aux premières réunions
de lecteurs des Ecrits à Londres, en 1783. Tulk possédait quelque
bien et était dévoué: son adhésion à la société naissante renforça
notablement cette dernière (4). Lorsqu'un groupe séparé des
dénominations religieuses existantes fut créé en 1787, nous retrou­
vons Tulk parmi les premiers membres (5); son nom figure également
dans la liste des signataires des résolutions de la première Confe­
'J rence, en 1789 l6kJ! E~~ipa ~l~-E~a~~.-Ll~ rédaction_des
premier_s .pérJodiques ~Qe I~Nouvelle EgBse: New jerusalem Maga­
zine T1790), Aurora (1800), Intellectual Repository (1812) (7). Il fi­
nança plusieurs publications, soutint généreusement aussi bien la
London Printing Society (dont il présida le premier comité en
1810 (8)) que la Manchester Printing Society; il mit au point
lui-même un index de l'Apocalypse expliguée (9).

Tulk, q':!i avait lu ·qu.§rante fois les Arcanes Célestes (10), ne se


limita pas au domaine"'anglo-saxoï1: il aida Tafel à publier les
'I­ traductions allemandes des Ecrits et, surtout, acheta à la veuve
l - . de n:-P.- Moë0 les manuscrits des traductions en ffançais êI'ÏlnebOrme
parfle--cIëSOeuvres de Sweaèfi15Ofg;-comme nous Mf'vons déjà signalé,
Tulk fit ensuite imprimer à ses frais (à Bruxelles) plus!eurs de ces
volumes (Il).

En 1820, Tulk voyagea à travers la Suisse et y eut surtout des


contacts avec des swedenborgiens de cantons alémaniques (dans
la région de Saint-Gall), Une lettre envoyée de Genève à un
correspondant anglais, le 9 septembre 1820, nous apprend quelles
furent ensuite les activités de Tulk:

" ln our subsequent travels through Switzerland, we have le ft


- 29 -

in most of the principal towns sorne traces of our VISlt,


having distributed books chiefly among booksellers, to the
amount of 4 or 500 copies, exclusive of catalogues. At
Lausanne, we found 2-.--!~çh.. ve,in of spirituality preparing
for the reception of future truths. Th-e Writings here are
respected, though little known for want of books. They had
heard of the printing at Bruxelles, and sorne having seen
the Heaven and Hell, and the Theology, in french, are
interested for the appearance of the fl.rcana." (J 2)

A quoi Tulk faisait-il allusion en décrivant la situation lausannoise


comme si favorable à la propagation des nouvelles doctrines? Nous
l'ignorons (13). Toujours est-il que, pour cette raison ou pour une
autre, T.l!!&.-avec sa famille et sa suite (14), vint s'installer dans
le canton de Vaud ëiî)uin 1822; il était alors-âge-dePliTS" de
70 ans déjà. Elïdëhors d'Ur1 voyage en Italie en septembre 1822,
il semble qu'iL_R-a.lL.P~\!L.-qyitté le canton avant septembre 1825.
Durant son séjour,' il ne manqua pasd'offrir les traductions fran-
çaises des Ecrits de Swedenborg aux personnes bien disposées dont
il f aisai t la connaissance (J 5).

Il semble que Tulk, dont la vie est mal connue, retourna alors en
Grande-Bretagne, où il rencontra COegger (qui venait de s'évader
d'une maison de santé) en 1828 et -lui prêta plusieurs ouvrages de
Swedenborg (16).

Le registre des permis d'établissement a conservé la trace d'un


nouveau séjour de Tulk à Lausanne en 1836, et peut-être y
./ ,~
décéda-t-il en 1.§42 (17).

Quel fut le résultat de l'activité de Tulk? Sans doute la diffusion


de livres qu'il assura suscita-t-elle en Suisse romande quelques voca-
tions novi-jérusalémites individuelles; mais elle n'entraîna la
'L naissance d'aucun groupe. (Le Boys des Guayi)déclarait certes (dans
le numéro du 21 mars 1839 de faf\loUVëlle Jérusalem)' avoir déjà
Jl~~latiolls avec la Suisse. Mais le swedenborgien suédois
U. de Reuterswerç!/ qui séjourna à Avenches (canton de Vaud) en
18J9 et 1840, lui écrivait pendant l'été 1839:

" Je n'ai trouvé que fort peu d'oreilles disposées à prêter


attention aux nouvelles doctrines parmi le peuple des Alpes,
trop- ahsar:bé encore ~~~~ire_s politi~~e.l_~até~!les
pour aVOlue temps de penser à Dleu.~ CecI ne regarde ëepen-
dant pas les néo-calvinistes, dits méthodistes, qui s'agitent
beaucoup ici. Ils s'étendent toujours davantage, et en s'épu-
rant petit à petit, ils font de grands progrès vers le bien,
ce qu'on ne peut nier sans être fort injuste. Les seuls
1 membres de notre Eglise que j'aie rencontrés dans ceJ)aYs-
\ ci, l'ayant parcouru en tous sens, se trouvent dans les envi-
rons de Saint-Gall." (18)

2) Le pasteur Jaquier

Né à féchy (canton de Vaud) le 14 novembre 1806,r...I:ienri la~lJ,lie4


après avoir fait des études de théologie à Homerton College (près
- 30 ­

de Londres), exerça un ministère au service de l'Eglise protestante

Iii ~ à .Paris. Il ~ rencontra un Anglaist 1fichar~"""';) sw~borgien ~on­


vamcu.---éta.bh de RUIS de longues annéesdans IL<:él~le ~alse.
S'étant lié d'amitié avec Jaquier, Richardson s'efforça de l'amener
à la foi de la Nouvelle Eglise et finit par y parvenir. Vers cette
époque (fin 1839 ou début 1840), Richardson et Jaquiù découvrirent
l'existence d'autres novi-jérusalémites dans la même ville - les
correspondants parisiens de Le Boys des Guays.

Dès 1840, Jaquier, non dénué de talent pour la prédication, com­


mença à faire état de ses convictions, au grand émoi d'un certain
nombre de protestants (I9). Les menaces de se voir privé de son
poste ne ['empêchèrent pas de persévérer. Sa situation devenant
difficile, il accepta en 1841 une invitation à occuper un poste de
paste!:!l-à BaY2Ene, 00 il avait déjà résidé (20).

A la fin de février 1846, Jaquier se rendit à Vevey, 00 on lui avait


,proposé un autre poste (21). Le 3 mars, il écrivit à D~, prési~ent
du_Çgnse.!l d'Etat vaud~is, qu'il était "très satisfait de vevey et
( de ses habitants" (22) et qu'il allait donc démissionner à Bayonne
pour venir s'installer en Suisse. Le Conseil d'Etat nomma offici~lle­
ment Jaquier au second poste de pasteur de Vevey le 30 avril 1846;
ilenrraeil--fonc-tions le 3 mai (23).--

Jaquier mena apparemment à Vevey une existence sans ennuis (24).


On ne trouve aucune trace de remous causés par ses conceptions
swedenborgiennes, qu'il n'hésitait pourtant pas - semble-t-il
à développer (25). Il écrivait lui-même en 1858:

" Je prêche sans entraves les célestes doctrines, chaque


dimanche en chaire, à 800 ou 900 personnes, et chaque
semaine à 70 catéchumènes. Depuis onze ans que je suis
là on ne m'a fait aucune observation, et je n'ai éprouvé
nulle contrariété." (26)
'-..0 En citant ces lignes,( Chevri~. devait cependant bien avouer que,
~l parmi les auditeurs deJ-!!I!!ffir, "pas une seule personne n'a adhéré
t
l au;((fQctrines de la Nouvelle Eglise" (27) - sansooute Jaquier les
propagëait-il sans mentionner le nom de Swedenborg; il admettait
que ses paroissiens n'étaient guère disposés "à recevoir nos saintes
doctrines" (28). Il désirai t pouvoir se consacrer uniquement à la
Nouvelle Eglise, mais sa situation familiale l'en empêcha (29).

Jaquier reçl!lt souvent des VIsites de membres de la Nouvelle Eglise:


en 1856, Le Boys des Guays vint le voir. Vers la fin de son exis­
tence, Jaquier occupait une partie de ses ~oisirs à composer un
ouvrage sur les doctrines swedenborgiennes (30). II mourut le 9 mai
1858, fidèle jusqu'aux derniers instants à la foi novi-jérusalémite.

3) Une réunion swedenborgienne à Vevey en 1858 (31)

CD
--- ".
Dès 1853, Ç..Lf.l. Tafel')(Tubingue), le célèbre traducteur des Ecrits
de Swedenborgeillangue allemande, prit l'habitude d'effectuer une
tournée en Suisse chaque été aiin d'y rendre visite à ses core~igion­
na ires (32).
- 31 ­

Le 5 septembre 1858, après avoir participé ~ la onzième convention


annuelle de la Nouvelle Eglise allemande à Stuttgart, II poursuivit
le soir meme sa route, faisant halte à Ulm, puis dans la région
de Zurich. Le 7 septembre, il atteignit Berne, oil il rencontra
plusieurs dames et demoiselles novi-jérusalémites, dont Mlle Philip­
' pine de Struve, membre dévouée ~de la Nouvelle Eglise (33). Elle
(
était la soeur d'un diplomate russe', A. de Struvé, avec lequel Tafel
s'entretint également (pour tenter dè le-'colîs6Ier, grace aux célestes
doctrines, de l'affliction oil venait de le plonger la mort d'une nièce);
/ il avait été nommé en février chargé d'affaires de la Légation
\, impériale de Russie ( 3 4 ) . ­

Le 9, Tafel arriva à Vevey, oil il semble que le petit monde des


swedenborgiens résidant en Suisse aimait se retrouver. Plusieurs
fidèles de la Nouvelle Eglise l'y attendaient. Mme de Manuel, soeur
de Mlle de Struve, était là avec sa famille. Egalement présent,
( un visiteur américain, et non des moindres: Jonathan YQ.\!.ng
l Scammon, prospère businessman et fondateur, en 1843, de la Société
- de la Nouvelle Eglise de Chicago (35); accompagné de son fils et
de deux de ses filles, il effectuait un long séjour en Europe et
en profitait pour rencontrer des swedenborgiens; il se proposait
de passer l'hiver à Vevey.

L'enthousiasme de cet éminent représentant de la Nouvelle Eglise


américaine semble avoir été communicatif:

" She [Mme de Manuel] and her family were much pleased
to make the acquaintance of such a crue Newchurchman.
All these r~rs were soon brought by him to the
acknowledgement, that the New Church cannot come to
her full growth without an external form suited to her
doctrine; and that they should at leasthave a mlssionary­
preacher, who should preach for them from time to time,
and administer the Holy Supper." (36)

Le 12 septembre 1858 fut célébré à Campagne-Empereur, près de

Vevey, le premier culte de la Nouvelle Eglise en Suisse romande;

on s'y servit de la liturgie swedenborgienne al.!!llnaPde et de

_ ~ l'hymnaire américain (comme l'avait suggere' Scammon). Seize ou t

..-> dix-sept person"ilis étaient présentes: outre Tafel et ceux que nous

avons déjà cités, il y avait là Mlle M. Durhelm (Berne), le Français

Chevrier et ,deux nobles russês dont nous ne connaissons pas les

noms. Tafel p-rèClïasur - leëïüi!torzième chapitre de l'Evangile selon

Matthieu; plusieurs de ses auditeurs prirent part à la Cène.

La semaine suivante, après une excursion à Chamonix avec la


famille Scammon, Mlle Durheim et les dê~Russes,~ Tafe!) revint
1 - à Vevey et célébra, le dimanche 19 septembre, un secôITcl service
- religieux, à nouveau à Campagne-Empereur. Le proprIetaire de la
maison y assista et déclara avoir préféré le sermon (sur le
huitième chapitre de l'Evangile selon Matthieu) à ceux qu'il avait
l'habitude d'entendre à Vevey (37). Nous ne savons s'il y eut des
cultes ultérieurs dans la région au XIXe siècle.
- 32 ­

~ 4\. Madame Matthey-Prévo't, et la Nouvelle Eglise a Neuchâtel (38)


0::::::::::
Jusqu'a maintenant, tous les swedenborgiens que nous avons ren­
contrés en Suisse romande étaient des étrangers (sauf Jaquier: mais
il avait vécu de longues années hors de son pays), app'artenant plutôt
a la haute ~té. Nous allons présenter ici un cas très dlrréi'"ènt.

Le 28 juin 1852, Le Boys des Guays reçut une lettre datée du 23


et envoyée de Corcelles (près de Neuchatel); cette missive s'ouvrait
par ces mots:

" Vous voudrez bien m'excuser, Monsieur, si je vous adresse


ces quelques lignes, n'ayant pas l'avantage d'être connue
' de vous. C'est pour vous dire que, par la divine miséricorde
( du Seigneur, j'ai le bonheur de posséder un bon nombre des
ouvrages de Swedenborg, concernant la nouvelle doctrine
et les révélations qui lui ont été faites par le Seigneur.
C'est en 1843 qu'une circonstance toute providentielle nous
fit découvrir a mon cher époux et a moi que nous pouvions
avoir ces ouvrages à Paris (... ).

" Nous possédions depuis long-tems [sic] "Les Merveilles du


Ciel et de J'Enfer" ce qui nous faisait désirer vivement
de nous procurer d'autres ouvrages du même auteur, mais,
jusqu'a cette époque, toutes nos démarches avaient été
vaines."

Ils firent alors venir plusieurs volumes, ainsi que la revue La Nou­
velle Jérusalem; ils acceptèrent apparemment sans réserves les
nouvelles doctrines. Le mari de la correspondante de Le Boys des
Guays était parti pour le monde spirituel en 1847; la revue ayant
cessé de paraître en 1848, la veuve se trouva dans un grand isole­
ment et une complète ignorance des activités et développements
de la Nouvelle Eglise.

" Nous sommes un très petit nombre ici; à part trois personnes
qui lisent avec fruit mes ouvrages de Swedenborg je ne
puis compter sur personne d'autre. Ce n'est pas toutefois
que je me permette de porter un jugement sur qui que ce
soit: le Seigneur seul connaît l'intérieur de l'homme."

Elle demandait a Le Boys des Guays quelques nouvelles; car, malgré


son isolement, elle ne se désintéressait pas des progrès du mouvement
swedenborgien:

" Je suis une vieille femme, âgée de 68 ans et sans enfants;


je possède une petite fortune qui suffit "à-- mon entre­
tient (sic), mais sans aucun superflu. Je désire lorsque le
Seigneur trouvera bon de terminer ma vie terrestre faire
un petit leg [sic] pour la propagation de la Nouvelle
Doctrine, ainsi pour l'avancement du règne du Seigneur sur
la terre." (39)

Elle priait donc Le Boys des Guays de lui indiquer la meilleure


voie a suivre pour que ce legs trouve un usage conforme a sa
destination.
- 33 -

La signataire de ces lignes se nommait Emilie Matthey-Prévot (40).


Elle était née au Locle le 22 octobre 1784. "De modeste condition,
mais instruite", nous dit Chevrier (41), elle n'a évidemment pas
laissé de traces dans les archives, et il n'a même pas été possible
de découvrir sa profession, ni celle de son mari.

Nous n'avons pour seule source d'information que l'épisodique


correspondance échangée avec Le Boys des Guays (42). Car ce
dernier ne tarda pas à lui répondre. Après un long et vibrant éloge
de la Miséricorde et de la Divine Providence du Seigneur qui fait
naItre une circonstance propice pour nous conduire sur la véritable
voie du salut lorsqu'II nous trouve convenablement disposés, Le Boys
des Guays exprimait son inébranlable espérance en répondant
( aux questions de sa correspondante sur l'état de l'oeuvre en
France (43) et terminait en lui donnant quelques conseils juridiques
avisés pour le legs envisagé (44).

Mme Matthey lui écrivit à nouveau, envoyant par la même occasion


une pièce d'or pour aider l'ancien jugeaeSiiTnt-AmarÏëï d~ans 'ses
pu15liC~- Dans sa réponse, avec beaucoup d'honnêteté et de
délicatesse, Le Boys des Guays interrogea sa coreligionnaire
neuchàteloise pour s'assurer qu'il puisse accepter le legs sans aucun
scrupule: n'y avait-il pas parmi les héritiers des nécessiteux "aux-
quels le legs causerait un préjudice notable"? (45)

La réponse satisfit Le Boys des Guays, puisque Mme Matthey sou- ,


lignait l'union qui régnait dans sa famille et I~u~g~, dans sa contrée, J
de faire deLlegs RQ..U~PI.Q.P ..2 Kation dUoct.!'.Ï~s relig~euses. Elle
donnait également quelques indications sur une autre swedenborgienne
à ç~s, CMJ..~ Henriet..~~ ... ...êég~.1n}, le frère valétudinaire de cette
dernière, prénommé Henri, partageait les mêmes-colivictions (46).
Le Boys des Guays répondit de manière à forti fier les novi-
jérusalémites neuchatelois dans leur foi et à réconforter Henri
Béguin souffrant, l'assurant qu'il recevrait les consolations néces-
saires pour supporter dans cette vie les épreuves permises par la
Divine Bonté du Seigneur "pour notre plus grand bien dans la vie
éternelle". Sa conclusion nous importe surtout:

" Là, dit le Seigneur, ou... deux ou trois sont assemblés en mon)! .
no~ je suis au milieu d'e.ux. 1\ y a donc- Eglise à Co~s; 1- "':5
que votre Eglise prospère!" (47)

Un nouvel échange de correspondance eut lieu l'été suivant; le


9 août 1853, Mme Matthey adressa à Le Boys des Guays un don
de 20 francs que "le Seigneur dans sa bonté m'accorde de pouvoir
vous envoyer". Elle ajoutait ce témoignage:

" Je dois vous dire Monsieur et cher frère! que je lis les
Arcanes Célestes avec toujours plus d'intérêt, de plaisir
et de compréhension; non que je comprenne tout, mais tout
ce que je comprends met tellement en évidence l'amour
du Seigneur envers tout le genre humain que c'est admirable
au-dessus de toute expression." (48)

Les trois swedenborgiens de Corcelles se déclaraient également


touchés (',~ la qualification r<!EgITSf0 que Le Boys des Guays
- 34 -

avait bien voulu donner "à l'union qui existe entre nous par la con-
formité de nos principes religieux" (49).

En 1854, Mme Matthey envoya à Saint-Amand une nouvelle offrande


pour la publication des Ecrits (50).

En 1855, elle put annoncer à son correspondant l'addition d'une


nouvelle soeur au petit groupe de Corcelles; dans sa réponse, Le
Boys des Guays l'informa qu'elle recevrait prochainement la visite
~ de la swedenborgienne suédoise', t\~fredèrika'-C:hrenborg:::J1793­
1873) (51). Vers la même époque, Mrne-MatthëY rê'üSSlta--persuader
un libraire de Neuchâtel, Jules Gerster, de recevoir chez lui un
dépôt des livres de Swedenborg en français (52).

185~ fut l'année de l'unique voyage de Le Boys des Guays en


Sutsse (53). Sa visite â Mme Matthey fut marquée par un incident
inattendu. Laissons-le nous le narrer lui-même:

" Vers la fin d'aoQt, nous partîmes, ma femme et moi, pour


visiter nos amis de la Suisse. Nous nous trouvions â Neu-
châtel le 3 septembre, au moment où le château fu~ p.ris, \ '
par suite d'un complot, et nous' déJeunions re--même jour) U
dans un' village, if ûne lieue de là, chez des amis de la Nou-
velle Eglise, lorsqu'une col~n~ ~',~~ur_gé~yalistes se diri- ~
geant vers Neuchâtel traversa le vf11age en y commettant
des dévastations, ce qui nous obligea â y passer la nuit;
mais le lendemain, le château ayant été repris, nous
rentrâmes â Neuchâtel." (54)

1 Le Boys desGuays rencontra le conservateur de la bibliothèque


''1 ft de (~euchâte}.q~ accepta volontiers d'accueillir dans ses rayons
une série complète des ouvrages de Swedenborg en français.

" Le bon accueil fait â cette offre me suggéra l'idée de doter


g aussi ~ des ouvrages de Swedenborg; c'est pourquoi
dès notre arrivée dans cette ville, nous allâmes visiter la
bibliothèque publique, et l'offre gue je fis au bibliothé~ire
JI fut agréée a~ .QLgrands rel!!-erciements. Il en fut de même
lorsque nous visitâmes une autre bibliothèque très-importante,
c. qui appartient â la société--ae-recture;Çomposée de plus
de trois cents membres; mon offre d'une collection des
ouvrages de Swedenborg fut acceptée avec des témoignages
de vive gratitude." (55)

Le Boys des Guays rendit aussi visite â des swedenborgiens â Berne,


Vevey et Yverdon (56).

Nous n'avons guère d'indications sur les swedenborgiens neuchâtelois


au cours des années suivantes. Nous savons que Mme Matthey quitta
son habitation de Corcelles en l858 - déménagement peu lointain,
puisqu'elle s'installa dans la même commune, â Cormondrêche (57).
-~
Elle décéda (des suites d'une pleurésie) dans ~a nuit du 20 au
21 novembre 1860 à Berthoud (canton de Berne), où elle effectuait
un séjour chez J!ne amie et d'où elle fut transportée â Cormon-
drèche:- Conformément -aux volontés de Mme Matthey, son nev~u
--
- 35 ­

et exécuteur testamentaire, Ulysse Droz, versa à Le Boys des Guays


j\ un legs -cl'ë 600- franc's pour aider le traducteur dans ses tra­
vaux (58). Touchante contribution helvétique à cette oeuvr~

découvre Swedenborll: à Lausanne

V9l)§_les années 1860 était installé à' Florence le pasteu~.Alfr~d


E. Forg) anciennement épiscopalien, entré dans la Nouvelle"""'Eglise
-e-nlB46. Dans la même ville résidaient quatre ou cinq familles
swedenborgiennes américaines (dont leSCùfj:>teur -Hiram Powers); t <­
des cultesyétaient régulièrement célébrés ("59). -- ­

En 1868, Ford rel;.Ut.-de Lausanne une lettre datée du 4 aoOt, signée -.;",J)

par un certain Loreto Scocia) pasteur de l'Eglise évangélique ita­


lienne (?), qui exprim~ie-désir d'être informé sur les doctrines

de la Nouvelle Eglise.

Né en 1836, Scocia était docteur en droit; mais ses liens avec le


mouveme~eunL!l<'llie" l'obligèrent à fuir son pays. le vi~talors
en France, où il se convertit au 'méthodisme (en 1860 ou 1861).
Après une préparation au ministère, il retourna en Italie pour y
prêcher ses nouvelles croyances (à Parme, Milan, Pavie, Bergame,
'etc.), non sans succès. Mais il traversa une grave crise. sp!rituelle;
l un de ses amis lui ouvrit les yeux sur les "absurdités des doctrines
prétendument orthodoxes". Considérant alors l'Eglise méthodiste
corn me une organisation-...Qppressive--p6TIr ....rësj5fit~l'int~J!!.gence et
1la liberté évangélique, il en démissionna. En mai 1868, il vint

s'établir à ~ausa~, où résidaient des parents de son épouse (née

Grafselerl; il y exerça l'activité de professeur de langues (60), tout

en poursuivant sa recherche de la vérité (61).

Scocia avait déjà quelques idées générales sur Swedenborg lorsque,

au début du mois d'aoOt 1868, une-ge ses connaissances ang~aises,

un certain Dixon, lui parla du pasteur Ford et lui communiqua

l'adresse de ce dernier - qui lui indiqua comment se procurer à

Paris les Ecrits en français.

La lecture de Swedenborg enthousiasma Scocia et lui ouvrit de

nouveaux horizons: 'Ses' réticences sur certains points s'évanouirent

vite, et il devint un adepte convaincu des doctrines novi­

jérusalémites, se proposant, dans une lettre adressée le 1er octobre

1868 déjà au pasteur Ford, de les propager en Italie parmi les


Italiens (62).

Geto Scoci~entreprit dès 1869 une activité de traducteur des

ECr'its en Italien, en commençant par La Nouvelle Jérusalem et

sa Doctrine Céleste (63). En 1870, il aurait tenté d'organiser à

Lausanne une éphémère petite société de la Nouvelle Eglise, grou­

pant quatre familles (64).

I\DèS 1871, Scocia diffusa activement en Italie même les doctrines


) swedenborgiennes à partir de Turin. Mais cela ne relève plus de

notre sujet. Scocia mourut il Florence (où il avait élu domicile en

11875), le 11 juin 1902, après une vie d'apostolat au service de la

Nouvelle Eglise.
- 36 ­

6) L'éVêqu~~ swedenborgien hétérodoxe et globe-trotter (65)


':!3J
Sans doute y eut-il en Suisse romande bien des lecteurs de Sweden­
borg n'ayant laissé aucune trace dans les archives ou les périodiques
novi-jérusalémites. Tel fut le cas de c~-Ràbe~ dont la famille
possédait le château d'OJ;on depuis 180i-(6-6).C5r, en 1839, un très
jeune instituteur fut nommé régent à Oron-le-Châtel, où il demeura
une année et où Mme Roberti l'initia superficiellement aux doctrines
célestes (67). Elle ne pouvait imaginer quelles allaient en être
les conséquences•••

François-Louis Bugnion, car c'est de lui qu'il s'agit, était né le


25 novembre 1822 à Belmont-sur-Lausanne. Fils d'instituteur, il
suivit la même voie et fut admis en 1838 à l'Ecole normale (68);
un an plus tard, il obtint son premier poste à Oron. Si sa précoce
sympathie pour le swedenborgisme date de cette époque, il ne devint
novi-jérusalémite que bien des années plus tard.

De 1840 à 1842, il semble que Bugnion enseigna dans un institut


destiné à la "réforme d'enfants vicieux" (orphelins pour la plupart)
à Gourze (69). En juin 1842, Il fut nommé instituteur à Cully. Il
prépara à ce moment un petit ouvrage sur le Valais (70). Reven~nt
d'une course dans ce canJ:on, au printemps 1843, Bugnion fit halte
à Bex -chezle"" pasteur Descombaz. Le frère de ce dernier était
l mort à @~ [en Bessarabie, tout près de la mer Noire, à l'em­
bouchure du Dniestr), où s'était installée en 1823, à l'initiative
de quelques Vaudois, ~ petite colonie s'adonnant à la vini­
culture (7T):-Depuis 1837, à la demande des colons, Descombaz
cherchait pour Chabag un pasteur qui pat également remplir le
rôle d'instituteur: il crut discerner en Bugnion ulLin,gltuteur ~te
à exercer la fonction d'évangéliste. Bugnion se sentant une vocation
pour le ministère (72), il accepta vite cette proposition (73).
Jeanne-Suzanne Lambelet, à laquelle il était, promis en mariage
depuis plus d'un an, se montra plus Iiês'ltante, malS finit par
a~ret-de lêSüÏvre. Les noces eur;enL li~-l.2-iujn..L843, et
les jeunes époux arrivèreiitàc1i~g en septembre.

Bugnion se mit sans tarder à l'o~rage, enseignant et prêchant dans


un local CIe la maison communale qui servait à la fois de chapelle
I{ et de salle d'~e. 11 mit au point un ca~sme (qu'il ne-f'lut
imprimer), favofiSa le bilinguisme (français-allemand) dans l'éduca­
tion, célébra chaque soir un culte de fam~lle, etc. (74)

Malgré cette intense activité, Bugnion n'était pas en régie avec


les lois russes, qui exigeaient qu'un prédicateur eOt"" ~a
consécration! Où l'obtenir, puisqu'il n'avait pas fait d'études théo­
10giques?Il'~e tourna vers des milieux non conformistes' et se rendit
'\ à Genève (75)-;-ouTrl'ütC:~é-cfans" l'Eglise de la Pélisserie, 1ft
le 6 novembre 1845 (76), par Henri-Louis Empaytaz (1790-1853),
l'ancien compagnon de la baronne de Krüdener (77); Empaytaz avait
lui-même reçu la consécration des mains de Jean-Frédéric
Oberlin (1740-1826), le c€lèbre "apôtre du Ban-de-Ia-Roche"... et
admirateur de Swedenborg: (78)

Bugnion rentra alors en Russie méridionale (mais en passant,


semble-t-il, par Alexandrie, Smyrne et Constantinople [79]). En 1846
- 37 ­

~ et 1847, il dirigea l'édification d'un temple à ~g~ Son établisse­


ment dans cette localité l'obligea à accepter-Ta:~nationalité russe
(sans renoncer à sa qualité de citoyen suisse); cela le plaça" sous
la juridiction du Consi.stoire de Saint-Pétersbourg, et il fut réordQ!.l!lé ) t t.
par le surintendant fJenitzer.

En 1848, Bugnion publia une brochure sur La Prédestination; il y

ci ta Swedenborg, en prenant parti contre les conceptions calvi­

nistes (80).

'.} En 1851, il s'installa (IOdess~ (tout en continuant à s'occuper de

Chabag) et réussit à y fâlre- rapidement construire un grand temple

et une salle d'école. Il avait à cette époque une activité pastorale

débordante, se rendant régulièrement dans diverses localités (81).

n'avait guère été heureux (82); so~~


lors de son retour à Chabag en 1845.
En 185'"3, fe conseil de l'église de Chabag le pria de se remarier,
pour donner à ses paroissiens l'exemple d'une vie calme et d'un
foyer tranquille. Bugnion accepta, mais demanda ail conseiL.d..e lui
trouver une c'!!lfli.date. Une certaine Wilhelmina d'Erlach fut choisie,
e"'flè paStêur l'"éPôüsa à Odessa (83). Seul "petit" problème: Bugnion
avait, pour son précédent mariage, obtenu Que le Consistoir_e évaIllé­
iIQUè de Saint,PétersQourg prononç1\t .dlo'orce, mais c~ procé­
të:.
dure n'avait pas été engagée en Suisse, où il restait toujours légale­
ment uni à sa première épouse, ce qui affola un peu le négociant
suisse qui faisait office de vice-consul à Odessa: (84) Le divorce
ne devait intervenir à Lausanne qu'en 1866! (85) Dans son pays
riâtiif,""" cette affaire porta gravement- ànëïnte à la réputation de
Bugnion (86).

Ses ennuis ne faisaient pourtant que commencer. Il connut quelques

difficultés avec une partie de sa communauté à Odessa et un petit

groupe hostile à Chabag (87):

" Ces braves gens s'entendirent entre eux et se mirent à la


recherche de tout ce qu'il pourrait y avoir de griefs ou
de violations des lois russes durant mes huit années de
ministèreau milieu d'eux~ et ils en trouvèrent jusqu'à
seize (••• )." (88)

Tout cela se produisait dans une période de tension internationale,

ce qui rendait les autorités plus sourcilleuses. De surplus, à en

croire Bugnion, le surintendant flenitzer, qui ne l'aimait pas,

poussait cette "poignéeël'TndiVicfus" (89T.' Mais il faut bien dire que

ces histoires (et celles qui suivirent) ne furent pas toujours très

claires; il est difficile de deviner la vérité (90).

En août 1855, il parut préférable à Bugnion de partir vers,le


Cal!case (où on lui avait proposé un poste)... échappant ainsi de
'peu à un ordre d'internement à Akkerm an: (91) Il s'installa à
ç "J~arassJ(colonie fondée par des Ecossais en 1806), passant ainsi sous
la juridiction du Consistoire de Moscou (92).

Ses ennuis recommencèrent pourtant (93). En 1857, un départ

précipité lui évita de justesse une arrestation à Saint-Pétersbourg,

- 38 ­

puis à Moscou. Rattrapé enfin, en juin, alors qu'il avait quitté


Karass, une pluie aussi torrentielle que providentielle lui permi t
de fausser compagnie en pleine nuit à ses gardiens.

Bugnion s'installa ensuite dans une localité de la rive droite de


.-D la Volga; il y fut arrêté le 17 octobre -1857, mais réussit à ?enfüir
lïiïe f6is arrivé à Odessa, puis à franchir la frontière grâce à des
complicités. Il n'eut alors rien de plus pressé que de s'aboucher
avec un boyard bulgare soupirant après l'émancipation de son pays
\ et, le pastëur se muant en conspirateur, il élabora un plan pour
1\ fa~e.s~autés danubiennes et de la Bu1garlëllrî-Etat-- iodé­
1 pendant sous protectorat britannique, les soustrayant ainsi à l'in­
fluence de la Russie et empêchant cette dernière d'atteindre
Constantinople par ce chemin! Bugnion prétendit avoir reçu pour
ce plan l'appui de Sir Go~s!on, ministre de la Grande-Bretagne à
Berne; mais, au Foreign ·Office, Lord Clarendon se serait montré
plus sceptique••• (94)

La suite de l'existence de Bugnion ayant souvent été aussi aven­


tureuse, parsemée de projets plus ou moins irréalisables, fertile
en rencontres diverses et en innombrables voyages (95), le sûÎvre
pas à pas dans cette vie peu commune dépasserait trop le cadre
de notre étude. Négligeant donc la relation de plusieurs pérégrina­
tions, nous ne nous arrêterons désormais qu'à ce qui se rapporte
aux convictions swedenborgiennes du personnage.

groupe congrégationaliste lui avait offertl:i"fl poste de pasteur. Bien


entendu, des frictions ne tardèrent pas à se produire (96). Les
prises de position de Bugnion en faveur de la modération dans
l'usage des viandes et du vin provoquèrent des polémiques (97)
- outre des questions plus théologiques.

"(••• ) je comprenais le christianisme comme un système


sublime qui plane au-dessus de ces mesquines coteries et
partis qui déchirent le corps du Christ en une foule de
sectes (••• ) je méditais avec plaisir les écrits dans le genre
de ::'fauter, Stilling et Swedenborg (••• ):" (98)
.--..
En effet, Bugnion devenait de plus en plus swedenborgien. Or, nous
l'avons vu, il y avait à cette époque des fidèles de la Nouvelle
Jérusalem à j'Ile Maurice, dont le plus éminent était EQITLQD<L.s!e
~al. Bugnion imagina d'unir ses paroissiens et les swedenbo~giens,
malgré l'oppositIOn de leurs vues théologiques. Résultat: quelques
novi-jérusalémites seulement se placèrent sous sa houlette... mais
son initiative entraîna un schisme dans sa propre congrégation!

Une quarantaine de personnes s'assemblèrent quand même, le


12 octobre 1859, pour créer 1"'Eglise du Seigneur". Bugnion fut
placé à sa tête; on lui adjoignit sept diacres (conformément à
Actes 6). Pour recevoir l'autorisation de diriger une Eglise, il dut
se faire naturaliser. britannique.

( Après la rupture, Bugnion bénéficia certes de "hospitalité d'Edmond


'III de Chazal, mais celui-ci se refusa toujours à recOQua\tre en lui
'\ '1 un authentique ministre de ~a Nou'yelle ..Eglise (99). Le pieux
- 39 ­

planteur swedenborgien exposa son opinion dans une lettre de


septembre 1860:

"He [Bugnion) instituted external worship without an


acquaintance with ail the doctrines, and without a pre­
paratory internai conviction. He preached from-i:fieworks
ofSwedëi1borg; ouf at the same time extolled the views
of_di.xers of the most progressive commentators upon the
, Scriptures (100). In a word, i t is a constrained Qosi tion
between the Gld Church and the New. Tlle na~Sweden-
'borg constantly occurs in their writings, in ,t,heir books, in

/l~
their conversation, but in an erroneous manner, and in a
way opposed to the trutli -()~doctrine (••• ).' They pretend
i ) to go bÇlck to the puilty -of the ApostoJic ClJ.!!;ch; that -their ,r
(
teaê~are sCriptural; theIr church, they say, is a Pt.e­
paration for the descent of the New Jerus.?lem; neverfFïélêss,
it is evident that their interior idea is, to be regarded as
the founders of a new order of things." (101)

En juin 1861, Bugnion s'établit avec sa famille à l'Ile de !la Réunion.,:)


Quelque temps plus tard (fin 1861-début 1862), ses fidèles CIe
Maurice (bientôt suivis par ceux de la Réunion) lui demandèrent
de recevoir une ordination d'un ministre de la Nouvelle Eglise.
Bugnionréj5ônait qu'il accéderait ainsi à l'épiscopat (il commençait
â se présenter comme "évêque honoraire de l'Eglise du Seigneur"):

" Dans le fond, cet acte consistait simplement à reconnaltre


ce que j'étais de fait, car j'a-.Yais été revêtu de _ce troisième
degré au Caucase déjil., et j'en avais reçula consécration
par imposItion des mains." (102)

Bugnion prétendit plus tard avoir reçu pas moins de douze fQis
de telles impositions des mains au cours de son existence- (103),
mais il semble qu'il assimila abusivement, dans quelques cas, de
simples bénédictions à une consécration ou une ordination••• (104)

Bugnion partit donc pour Londres afin de s'y faire admettre dans
le clergé de la Nouvelle Eglise. Mais il s'arrêta tout d'abord il.
Rome, où il fut peiné par le manque de dévotion (105) et écrivit,
le 10 aoUt 1862, dans la basilique Sajnt~Pie[ry m,--.!!.ne adresse de J'
"françois-Louis Bugnion, par la Divine Miséricorde évêque de
l'Eglise du Seigneur, ~u Pontife de Rome Pie IX et il. son Sacré
Collège"!;;

"Vous venez de proclamer que le pouvoir temporel est


nécessaire à votre autorité spirituelle; vous affirmez ne
pouvoir conduire sQrement les ames au ciel si la domination
d'un coin de terre ne vous est garantie.

" A l'OUle d'une telle décision, l'Esprit du Seigneur_ m'~m_ené


d'I!-'L_QQ!n~oigné~ _globe, d'une _9.~stance de quatre mille
l
I~u~, pour vous donner, au Vatican~me, un dernier et
s2lennel avis, et proclamer subséquemment, par la voix J'
(
universelle de la presse, que le Juge est à la porte, vous
conjurant de revenir à Jéhovah votre Dieu;" (106)

- 40 ­

Bugnion exhortait en outre le pape à accepter l'herméneutique de


Swedenborg; mais il jugea quand même plus prudent d'aller faire
imprimer son "Adresse" en Suisse•••

Bugnion profita ensuite de son passage à Paris pour tenter_d'obt~nir


,1 que le gouvernement~ fJ]lnçSilLiavorise son ministêre, le reconnaisse
offlCiertement et tûT octroie uneCOriëëSslon pour établir une colonie...
indifféremment en Nouvelle-Calédonie ou en Cochinchine-:- (107)
Malgré une introduction bienveillante de l'administration réunionnaise,
ses démarches fürent infructueuses (108). Pour le chef de cabinet
du ministre, la réponse à donner était claire: Bugnion appartenait
à une dénomination "fantaisiste". "Combien y a-t-il deprQt.e.gants
de sa communion? - Lui seul." (109) L'opinion de l'évêque de
Saint-Denis n'était pas moins tranchée:

"C'est un illuminé. Il suffit de causer deux minutes avec


lurpour s'en apercevoir." (110)

A Londres, enfin, le 31 aoQt 1862, dans l'église G'Argyle~quare,


Bugnion adopta officiellement les doctrines de la Nouvelle Eglise
et fut béni par le pasteur Bayley (III). Sur le chemin du retour,
il rendit visite à Le Boys des Guays, avec lequel il était déjà en
-correspondance (112) et auquel il demanda avec insistance d'_IlPposer
1sa signatu~~ur ~Qll-.J:I!21ôme de m!!)lst~e ( 113).
Bugnion commença à user systématiquement du-::t--i-He d'évêque qu'il
s'attribuer. Il croyait une \..hiérarcb~ ~pj~pale
) 1estimait pouvoir
nécessaire pour une organisation ecclésiastique et considérait la
succession apostolique directe (que seule l'Eglise d'Orient possédait
sans contestation, selon lui) "comme indispensable pour qu'un
(
- ecclésiastique soit réellement prêtre" (114). Edmond de Chazal
n'approuvait pas du tout ces vues épiscopaliennes et commentait:

" Nulle part jusqu'ici, partout où a été constitué le nouveau


sacerdoce, les titres d'é~que ou au~res dignités de la vieille
Eglise"n'ont été adoptés dans une société quelconque établie
1\ soùs les auspices de la Nouvelle Jérusalem." (115)

L'éventualité de l'instauration d'un épiscopat n'avait pas fini de


provoquer d'acerbes polémiques dans la Nouvelle Eglise...

En juin 1864, Bugnion arriva Cê.üX Inde§! et voulut s'installer à Pondi­


chéry, où le gouverneur lui fit courtoisement comprendre qu'il ne
pouvait l'autoriser à prêcher sur le territoire des établissements
français (116). Les possessions britanniques se révélèrent plus
accueillantes. Au début de l'année 1865, Bugnion se fixa à Yercaud,
dans les monts Shervaroys, où il envisageait de-'créer __uQe __ colonie
chrétienne, -' "la meilleure prédication possible pour produirë--une
inflüënce marquée et durable sur les Hindous" (117). S'étant plus
ou moins informé sur les croyances de l'hindouisme, il fit publier
le 7 février une adresse aux habitants de l'Inde, dans laquelle on
pouvait lire par exemple:

" En étudiant la Bible au moyen du langage des correspon­


dances, vous serez étonnés de la profondeur et de ['harmonie
de ce livre divin, ainsi que de l'immensité de l'amour de
- 41 ­

Jéhovah, le Parabrahma qui nous y parle: Vous vous écrierez:


'Nous attendions une nouvelle loi cinq mille ans après la
mort du dernier Bouddha; voici cette nouvelle loi: la loi
de Madurah; les cinq mille ans sont accomplis:'" (118)

Ces tentatives d'inculturation avant la lettre n'empêchaient pas


Bugnion de s'intéresser au swedenborgisme en Occident. Un habitant
, de Madras avait abondam.ment répandu les ouvrages de ~!T!?~e \
~ (1823-1906), cUrieux swedenborgien hétérodoxe, fondateur J
aux Etats-Unis d'une Brotherhood of the New Life (119). Pasteur
universaliste, puis spiritualiste, Harris était devenu prédicateur de
la Nouvelle Eglise en 1857, mais avait déjà eu auparavant des
communications avec le monde spirituel. 11 prétendit révéler le sens
céleste des Ecritures (avec la bénédiction de Swedenborg:). Son
enseignement insistait entre autres sur la bisexualité de Dieu, la
polarité masculin 1 féminin, etc.

Bugnion se demandait comment concilier les écrits de Harris et


ceux de Swedenborg. Après le décès de Mme Bugnion, ~~8,
il décida d'all~r renconJ.!:...er Harris ~ ~lem~l1=ErLe,_près de Brocton.)
Il vaut la peine de donner de larges extraits de son récit de
l'entretien:

" Après m'avoir contemplé un instant en silence, il [Harris)


me serra fortement dans ses deux bras et m'y retint long­
1 temps (•.• l. Bientôt après, comme nous ~ étions assis l'un _à Jil

côté de l'autre, Harris tomba en-éxtase et (... ) il dit:

( 'De que11ë merveilleuse prbtëCtTon-ëèt homme a été entouré \


dans sa vie: Comme son ange gardien est beau:' Puis, après
une pause: 'li appartient intérieurement à l'ordre du Clergé.)
Toutefois, sa carrière comme prédicateur est presque ter­
minée; il est destiné à organiser une confrérie (Brotherhood)
pour les contrées de l'Est, c~aepart~nt au type Th~e;
à cet effet sept anges lui sont donnés pour guides en ce
- moment mênïë;--leüi's noms sont Amoleo et Amoletta,
Hymettus et Hymetta, Odorus et Odoretta, et Stead­
\ fast (••• ).'

"Sur ce Harris sortit de son extase et rentra dans sa '}


chambre. f9iij;ha'i10 étaIt ému aux larmes, car, disait-il,
'il n'avait ]am"àTs vu Harris pris d'autant de sympathie pour
personne auparavant.'" (120)

A partir de ce moment (1869l, Bugnion introduisit largement dans


sa doctrine des conceptions harrisites et tenta de suivre la voie
qui lui avait été si solennellement indiquée (121). 11 s'orienta
désormais vers la création d'une confrérie similaire à celle de Harris.

Négligeons les nombreuses péripéties des années suivantes, car elles


Ont eu à voir avec le swedenborgisme. ReJ!.ouvons Bugnion en
Austr.§.!.je puisqu'il débarqua à Sydney en octobre 1873 et yorganTsa
presque - aussitôt un- petTfgroU"pè novi-jérusalêmite (122). Mais
Bugnion avait maintenant des buts plus ambitieux:

1\ Une Confrérie de la Nouvelle Vie, étant établie au nord


de l'Australie, peut y devenir un puissant levier danslës
- 42 ­

,mains du Seigneur pour diriger l'influx de la Nouvelle


Jérusalem vers ceux que la Providence a préparés pour
franchir l'étroit passage qui sépare les deux âges." (123)

Les possibilités d'Implantation dans la région choisie se r~t


favorables. Mais le début de l'année 1875 voit Bugnion à ,~~;laJJ
où il était allé recevoir des révélations sur "le sens fé~
la Parole de Dieu". En effet, la Parole est la manifestation
dé Dieu même, qui est m,asculin et ..Jémini~ ,si le côté l!!_asculin
est, l'uo~~lês pour ouvrir le Royaurtre-ues Cieux, le côté .(émInlJl
'l est la seconde~çes-slés. La Parole n'a encore produit q--ue-Si
j
. peu d'effets parce que seul le côté masculin a été prêché (124).
On remarque bien là l'influence âes idées de Harris.

De plus en plus, Bugnion pensait pouvoir aller au-delà de Swedenborg:

"Swedenborg reconnait

seulement'

spfrftuel,

" De là vient que je n'ai~~ voulu prendre officiellement


le nom de Nouvelle r1érusal~pour les Eglises qui ont été
placées sous ma direction pastorale, non seulement parce
que différentes sectes de !.i~es ont pris ce nom depuis

'3
Hindmarsh, mais encore'parée que je ~~~ qu'il y a main-
tenant mieux que cela, car c'est en~ que le Seigneur
J
est connu (... )." (125) ­

L'Eglise de Sion sera donc "la vraie nouvelle Eglise", dont la


Fraterni té établie en Australie formera le noyau (126).

Grâce à sa ténacité (et à quelques amis influents [127]), .-.fu!~Cln


réussit, le 28 mars 1876, à passer une très avantageuse CQIl.Vention
avec-fe-gouvernement australien en vue d'une immigration à large
écnelle(prévuê'jUSqû'âCôTîcurrence de 40.00~adu.1tes:) (128).

Les documents manquent pour reconstituer ce qui se passa ensuite:


des émigrants furent-ils réellement recrl!.Eés en Russie et empêchés
de partir par le gouvernement? (129) N'ôliS ignorons jusqu'à quel
point ce projet était solide, et nous ne savons pas si la colonie
de Sion connut un début de réalisation (130).

Bugnion mourut le 17 mai 1880 - pas dans son lit, bien sOr: à bord
du vapeur "Euxine", au large de Naples...

* * *
Aventurier tombé dans l'oubli, Bugnion représente un cas extra­
ordinaire, tout à fait à part dans l'histoire du swedenborgisme suisse;
bien que son existence hors du commun n'ait guère eu pour cadre
la terre romande, nous avons donc cru devoir lui consacrer quelques
pages.

C'était à Bugnion, justement, que Le Boys des Guays écrivait le


9 aoOt 1862:
- 43 -

" Je ne connais aucune localité suisse où il y ait de congréga-


tion de la Nouvelle Eglise. Quelques personnes, avec qui
j'étais en relattons, ont quitté ce monde depuis quelques
années." (I 31)

Voilà qui nous parait décrire très précisément la situation.


A l'exception du minuscule cercle des quelques humbles sympathi-
sants rassemblés durant quelques années autour de Mme Matthey,
le petit monde swedenborgien que nous voyons défiler en Suisse
romande au XIXe siècle présente un caractère cosmopolite; il
___manque cette stabilité propiceà TfenracTiiëment d'une EglISe. Nous
découvrons, ici ou là, des swedenborgiens, mais aucun mouvement
se réclamant des révélations du Prophète du Nord.

Pour que la situation changeât, il fallait une action persévérante,


susceptible de laisser une empreinte durable. Nous allons suivre
maintenant l'itinéraire de l'homme que la Providence destinait à
préparer le terrain•••
Chapitre III

UN VULGARISATEUR DE SWEDENBORG

EN SUISSE ROMANDE

CHARLES BYSE

" (••• ) il nous faut une révision totale


et courageuse du système chrétien."

Charles Byse (1)

" A Londres on m'appelle 'l'apôtre


de Lausanne'."

Charles Byse (2)

Sans l'action de défrichement accomplie par Charles Byse, peut-être


n'y aurait-il jamais eu de Nouvelle Eglise organisée en Suisse
romande; l'importance du personnage justifie que nous lui accordions
un chapitre entier. Celui que Jean Meyhoffer a qualifié de
"personnalité originale du protestantisme de langue française" (3)
fut lié à plusieurs courants de pensée; il nous faudra donc résumer
d'abord sa longue vie, en insistant sur sa période sweden­
borgienne (4).

1) Vie de Charles Byse

Charles Byse naquit à Vevey le 12 octobre 1835. Sa mère (née [sot)


mourut alors qU'il n'avait que 11 ans; son père, Samuel Byse, dans
les affaires, se trouvait généralement à Paris et semble ne s'être
guère occupé de ses enfants. Le jeune orphelin fut accueilli par
Mme Socin-Johannot, veuve du pasteur de langue allemande de
Vevey; il trouva là une famille d'adoption. Les Socin ayant quitté
Vevey pour Bâle, il les y accompagna et y acheva ses études
secondaires, de 1850 à 1854. Il se trouva ainsi dans un milieu pieux
et cultivé, où l'on lisait la Bible chaque jour; il place sa
"conversion" - "du reste peu marquée", précise-t-i! (5) - en 1852..

En 1854, il commença des études de théologie à Lausanne, à la


faculté de la jeune Eglise libre du canton de Vaud (6), tout en
exerçant ['activité de précepteur pour gagner sa vie. Parmi ses
professeurs, il subit particulièrement l'influence de Samuel
Chappuis (1809-1870), qui avait été l'ami d'Alexandre Vinet.
Le 4 octobre 1858, Byse soutint une thèse sur le ministère selon
le Nouveau Testament (7), qui lui valut le diplôme de licencié.
- 45 ­

Il passa en Alsace les années 1858 à 1860, comme précepteur à


Guebwiller. Puis il voulut compléter sa formation dans les presti­
gieuses facultés de théologie allemandes et effectua ainsi un
semestre à Berlin et un autre à Erlangen, durant l'année universi­
taire 1860-1861 (8), se consacrant surtout à l'étude des langues
sémitiques.

al années de ministère en France (1861-1872)

De retour en Suisse, pendant l'été 1861, il apprit son appel comme


pasteur à Paris, au Faubourg Saint-Antoine. Il arriva en octobre
dans la capitale française:

" (••• ) je fus examiné (... ) par plusieurs pasteurs indépendants,


assez sommairement; on admit que j'étais "converti" et l'on
me reçut sans difficulté. Quelque temps après, je fus
consacré, par ces mêmes pasteurs, dans la petite chapelle
du Faubourg Saint-Antoine (...). L'oeuvre comprenait quatre
classes d'école, un culte pour les gens du quartier et une
Eglise naissante. (... ) Comme les membres de l'Eglise avaient
individuellement des convictions baptistes, je présentai leurs
enfants à Dieu. Ce fut une belle cérémonie. C'est ainsi
que la Providence favorisa mon baptisme, dès le début. Je
me suis confirmé dans ce point et n'ai jamais aspergé de
petits enfants." (9)

Autre fait significatif d'une indépendance d'esprit qui commençait


déjà à s'affirmer chez le jeune pasteur: il y avait chaque année,
au mois de mai, des conférences pastorales générales; lorsqu'elles
prirent la décision d'exclure de leur sein les libéraux, Byse fut l'un
des deux seuls opposants à cette mesure (10).

Très satisfait de sa communauté, qui se développa sous sa direction,


Byse rencontrait aussi toutes les personnalités de la société pro­
testante parisienne, suivait un cours d'arabe de Renan, était le
correspondant du Chrétien évangélique (Lausanne). Après trois années
au Faubourg Saint-Antoine, il accepta une tache d'évangélisation
dans le quartier du Marais. Puis, à la fin de l'année 1866, Byse
fut nommé rédacteur en chef des Archives du Christianisme (journal
fondé en 1818 par Frédéric Monod):

" J'avais horreur de la polémique et j'étais bienveillant pour


les autres journaux; il y avait pourtant une division tranchée
entre évangéliques et libéraux (ce dernier terme me semble
mal choisi). Les matières dogmatiques attiraient aussi mon
attention. L'ancienne orthodoxie était représentée par Krüger,
Pozzy, etc., mais la théologie du juste milieu (Ed. de
Pressensé, Bersier, Dhombre et consorts) était fort peu
précise, trop large et trop étroite à la fois. J'étais du côté
de ces théologiens avant d'avoir trouvé la boussole que m'a
fournie le Prophète du Nord." (Il)

Les Archives cessèrent de paraître fin juin 1868; Byse devint alors
second pasteur de l'Eglise libre de Nîmes, où le pasteur A. Soulier
avait besoin d'un assistant pour entreprendre une action à Mont­
pellier; l'oeuvre dans cette ville produisit d'excellents résultats.
- 46 ­

A Paris, en 1866, Byse avait fait la connaissance de Fanny Lee,


alors âgée de 17 ans, fille d'un chirurgien londonien renommé (Henry
Lee). Byse semble avoir assez rapidement envisagé un mariage avec
cette jeune fille profonde et intelligente. Envoyé au printemps 1870
en Ecosse pour y représenter l'Union des Eglises libres de France
aux assemblées générales des Eglises nationale, libre et presbyté­
rienne unie, Byse saisit cette occasion pour demander la main de
Fanny Lee: le mariage fut célébré à Londres le 14 juillet 1870.

De retour à NTmes, Byse y multiplia ses activités. Alors qU'il par­


ticipait au Synode de l'Union à Mazamet (Tarn), du 18 au 26 octobre
1871, il se fit baptiser par immersion par le pasteur Robineau (Paris),
"en sentant moins le devoir pour moi-même qu'afin de donner plus
de valeur aux baptêmes que je pourrais conférer", précisa-t-il plus
tard (12). Il afficha à nouveau ses convictions baptistes lorsque
naquit sa fille Violette: elle ne fut pas baptisée, mais simplement
"présentée" au Seigneur et à l'Eglise, le 3 décembre 1871.

Dès 1870, à NTmes, l'opposition de certaines personnes attachées


à l'''ancienne orthodoxie" avait com mencé à se mani fester à
l'encontre du ministère de Byse; cela déboucha sur de vives polé­
miques et des accusations de rationalisme après qu'il se fut prononcé
publiquement contre l'inspiration littérale de la Bible et eut déclaré:

" Le protestantisme a pu revêtir dans un siècle de mort


spirituelle des formes autoritaires, jurant avec son esprit
primitif: le jour vient, s'il n'est déjà venu, où cette théologie
étroite et vieillie volera en éclats sous un souffle jeune
et généreux." (13)

Il en résulta une provisoire scission au sein de l'Eglise libre de


NTmes (14); dans cette situation pénible, M. et Mme Lee ayant
proposé à leur gendre de venir prendre la co-direction d'une fonderie
de caractères d'imprimerie, il accepta et quitta Nîmes le 10 avril
1872. "J'ai toujours eu l'esprit un peu trop chercheur et indépendant
pour être un pasteur de tout repos", devait reconnaTtre Byse (15).

b) Londres (1872-1873): découverte de l'immortalité conditionnelle

Ce changement de vie fut mal jugé par certains: Byse aurait-il


été motivé par l'appât du gain?

" Non; mais j'espérais pouvoir réaliser mon rêve d'un ministère
libre. Je pensais que le dépôt de la fabrique à Paris
que je dirigerais - pourrait m'assurer un profit suffisant
pour me permettre d'évangéliser librement et d'une façon
toute désintéressée. Voilà quel était mon but; mais, il faut
l'avouer, j'avais l'air de courir après la fortune, de quitter
l'Union des Eglises libres de France pour me vouer à
l'industr,ie... Ma décision fit un tort immense à ma répu­
tation." (16)

Byse se rendit vite compte que l'affaire dont on lui avait proposé
de s'occuper périclitait. Il décida qu'il reprendrait ses activités
pastorales à la fin de l'année qu'il s'était engagé à accomplir.
- 47 ­

Mais le séjour a Londres eut des conséquences importantes: Byse


y rencontra Emmanuel Petavel-Olliff (1836-1910) et Edward
White (1819-1898). Pasteur d'origine neucMteloise, Em manuel
Petavel (17) vivait depuis quelques années dans la capitale britan­
nique et s'apprêtait a publier son ouvrage La Fin du Mal (18); il
allait ainsi s'affirmer comme l'un des hérauts du conditionalisme,
école selon laquelle l'âme n'est pas naturellement immortelle:
l'immortalité est conditionnelle, tous survivront jusqu'au jugement,
mais seuls les régénérés bénéficieront de la vie éternelle - ce qui
écarte la notion d'un châtiment éternel (19).

Ce fut le début d'une solide amitié avec Petavel (20). Ce dernier


introduisit Byse auprès d'Edward White, célèbre défenseur de la
doctrine de l'immortalité conditionnelle en Grande-Bretagne (21).
Byse se prononça en faveur de cette théorie (22); il s'employa a
la diffuser, notamment en traduisant en français le livre d'Edward
White (23).

c) ministère en Suisse (1873-1878):


fondation de la Société vaudoise de théologie

Quittant Londres en avril 1873, Byse passa quelques semaines a


Paris; mais aucune proposition d'engagement ne s'étant présentée,
il décida de rentrer en Suisse. Le 2 juillet, il reçut l'autorisation
de s'inscrire au registre des ministres de l'Eglise libre du canton
de Vaud. Byse accepta un poste a Bex, où sa réputation de pasteur
peu conformiste l'avait précédé:

" Je subis un examen de quelques dames de l'Eglise, peu


rassurées sur mes antécédents et mes doctrines. Je tiens,
en effet, a être accepté par l'unanimité de mes futures
ouailles." (24)

En 1875 parut un petit pamphlet anonyme, intitulé Le rationalisme


dans l'Eglise libre du canton de Vaud, où se trouvaient mis en
accusation Astié (professeur a la Faculté de théologie de l'Eglise
libre) - qui avait déclaré trois ans auparavant ne se rattacher
ni au courant du christianisme évangélique ni a celui du christia­
nisme libéral et vouloir emprunter a chaque tendance ce qu'elle
avait de bon (25) - et Byse - qui avait émis des doutes sur l'idée
du Saint-Esprit conçu comme troisième personne de la Trinité, indé­
pendante du Père et du Fils.

Byse répondit il cette attaque, dans une lettre publiée par le


Chrétien évangélique; il repoussait l'accusation de rationalisme (tout
en désirant faire usage de la raison dans les choses de la foi, il
se refusait â placer la raison humaine au-dessus de la Révélation):

" Je crois il tout l'enseignement biblique sur le Père, le Fils


et le Saint-Esprit. Incapable de le sonder jusqu'au fond,
mais le méditant avec adoration, je le sens parfaitement
en accord avec les exigences de ma pensée, qui se trouve
de beaucoup dépassée et admirablement satisfaite.

" Toutefois il me sera permis de distinguer entre la Bible


et la tradition. Le dogme actuel de la Trinité ne se
- 48 ­

rencontre pas tel quel dans les livres inspirés. (••• ) La


doctrine qui était orthodoxe avant les deux premiers conciles
oecuméniques, de Nicée et de Constantinople, ne le fut
plus après. (... )

" Si ce dogme a été conservé par les réformateurs et s'est


perpétué jusqu'à nous, il n'en est pas moins une construction
élevée sur l'élément scripturaire, un essai d'explication et
de systématisation de paroles mystérieuses; essai respectable
sans doute, mais que nous avons le droit et le devoir de
juger à la lumière de l'évangile lui-mî'!me. (... )

" Ce que je me suis permis de faire, c'est de contester que


la doctrine reçue soit, sur ce point, entièrement conforme
aux paroles du Sauveur, notre seul Maltre infaillible, et
à l'enseignement des auteurs sacrés. J'estime, pour ma part,
qu'on a dépassé l'Ecriture, qu'en prolongeant les lignes on
est tombé dans l'exagération. Ce que j'ai proposé, c'est
de remettre ce dogme à l'étude (... )." (26)

Une preuve de plus, s'il en était besoin, de l'indépendance d'esprit


de Byse. Cela s'ajoutant à ses vues sur l'immortalité conditionnelle,
la Commission synodale de l'Eglise libre vaudoise se résolut, après
mare réflexion, à lui écrire une lettre fraternelle l'invitant à plus
de prudence afin de ne pas ébranler la foi des faibles et de ne
pas encourager l'incrédulité, et lui faisant remarquer enfin que le
rebaptême de jeunes gens déjà baptisés enfants ne s'accordait pas
avec les institutions de l'Eglise libre (27). Cette démarche de la
Commission synodale demeura très discrète, rien n'en fut divulgué
publiquement (28).

Ces polémiques ne doivent cependant pas masquer l'activité très


constructive de Byse à la même époque. A son retour en Suisse,
il avait été frappé de constater que les professeurs et pasteurs
des différentes Eglises "n'avaient pas l'occasion d'échanger leurs
vues sur les questions qui les préoccupaient, et de travailler en
commun pour se mettre au clair" (29). Byse se souvenait de ses
années parisiennes:

" Nous avions en hiver une Société de théologie qui nous


réunissait avec les pasteurs nationaux du parti orthodoxe
(... ) Il régnait une grande cordialité entre les pasteurs libres,
réformés et luthériens." (30)

Cela lui donna l'idée de créer en terre vaudoise une association


du même type. Or Paul Chapuis (+1904), pasteur à L'Etivaz (mais
au service de l'Eglise nationale) était animé d'intentions simi-'
laires (31). Henri Narbel (pasteur de l'Eglise nationale à Gryon),
Adamina (pasteur de l'Eglise libre à Château-d'Oex) et les deux
précités se rencontrèrent le 8 mars 1875 chez Charles Byse, à Bex,
et lancèrent une circulaire en vue de la fondation d'une société
de théologie:

" Nos luttes ecclésiastiques étant, grâce à Dieu, terminées,


nous pouvons maintenant diriger notre attention sur des
questions plus fondamentales." (32)
- 49 ­

Sans doute cette initiative répondait-elle à un réel besoin: à la


séance constitutive de la Société vaudoise de théologie, à Lausanne,
le mardi 13 avril 1875, on comptait une bonne centaine de partici­
pants, dont cinquante-quatre donnèrent immédiatement leur adhésion;
à la fin de l'année, le nombre des membres s'élevait à quatre-vingt­
deux. La Société eut dès lors des réunions régulières (33).

Charles Byse conserva toujours un vif intérêt pour la Société, dont


il fut le vice-secrétaire de 1875 à 1877. Après un nouveau séjour
de quelques années à l'étranger, il la retrouva affaiblie, en 1885,
et présenta, le 26 janvier 1887, un mémoire sur le thème "Des
moyens de vivifier la Société vaudoise de théologie", qui marqua
le début d'un regain d'activité. Byse y exerça encore les fonctions
de vice-secrétaire (1887-1889), de vice-président (1889-1891), de
président (1891-1893) et de caissier (1893-1895).

Ce rapide résumé de la vie de Byse entre 1873 et 1878 serait trop


incomplet si l'on ne mentionnait un dernier fait, très personnel,
mais important: envahie par des doutes, Fanny Byse traversa une
douloureuse crise intérieure en 1876:

"Après une longue période d'angoisses, de luttes et de


souffrances, elle dut finalement s'avouer, puis dire à son
mari qu'elle ne croyait plus... Ce coup, qu'il avait vu venir
depuis des semaines, Charles Byse le soutint avec courage,
patience et amour. Tous deux, le coeur endolori, mais la
main dans la main, allèrent vaillamment de l'avant. Elle
quitta son groupe de jeunes garçons de ['Ecole du dimanche,
mais continua à aider son mari de son mieux. Il se rendit
compte peu à peu que ses doutes étaient purement intellec­
tuels, mais n'affectaient pas ses sentiments ni sa vie. (... )
la différence des idées ne brisa (... ) pas la communion des
coeurs. Il se sentit néanmoins privé de sa collaboration dans
ses ministères subséquents." (34)

d) intermède parisien (1878-1880): premier contact avec Swedenborg

A Paris, un comité présidé par le doyen Lichtenberger (35) avait


décidé de créer un Journal du Protestantisme français, destiné à
promouvoir l'unité des protestants de France au détriment des
intransigeants de l'un et l'autre bord. Le 15 mars 1878, Lichten­
berger offrit à Byse le poste de rédacteur en chef (36). Byse
accepta et quitta Bex en aoQt 1878 (37).

Byse s'expliqua très franchement sur ses principes et soutint


l'immortalité conditionnelle dans les colonnes du Journal (38). Mais
il s'aperçut vite qu'il deviendrait difficile de continuer: "Ma
rédaction plaisait parfois, et parfois déplaisait." (39) Il n'y avait
pas de groupe assez fort pour soutenir le périodique: seule une
minorité désirait réellement la réconciliation entre orthodoxes et
libéraux. Après neuf mois (le dernier trimestre 1878 et le premier
semestre 1879), le rédacteur en chef préféra se retirer. Le Journal
ne survécut d'ailleurs que huit ans.

Byse séjourna encore quelques mois dans la capitale française,


prêchant dans divers lieux de culte. Sans qu'il s'en doutât, cet
- 50 ­

intermède parisien allait, quelques années plus tard, avoir pour


conséquence une profonde modification de ses orientations reli­
gieuses. Laissons-lui la parole pour nous raconter dans quelles
circonstances providentielles:

" ( ... ) cet hiver [1879-1880J je prêchai le dimanche à


Jouy-en- Josas, dans la chapelle fréquentée surtout par la
famille Mallet. J'y allai pour la première fois le 28 dé­
cembre. Une '/oiture vint me prendre à Versailles chaque
dimanche. J'allais ensuite déjeuner au château des Côtes
chez M, et Mme Alphonse Mallet. Cet arrangement était
da à l'énergie de ma femme; --·qui ne voulait pas que je
m'enrhumasse. Je fis ainsi connaissance avec le baron Mallet,
qui eut une grande influence sur moi en me faisant connaître
S""ed~nb9rg. Voici comment la chose arriva. M. Mâlletme
ramenait dans son coupé de la chapelle au château. Un jour
il remarqua que je ne prêchais pas comme les autres, qu'il
y avait donc des différences entre les pasteurs évangé­
liques (40). Il en conclut qu'il pouvait se hasarder à me
parler de ses convictions personnelles. Il les cachait plutôt,
ayant des expériences compromettantes pour sa haute posi­
tion. Il était à la tête de la Banque Mallet, régent de la
Banque de France, président de Ïa e-mnpagnie générale
d'assurances sur la vie, etc., etc. Les livres de ce genre
étaient soigneusement renfermés dans une bibliothèque qu'il
avait dans son cabinet, où j'eus plus tard avec lui des
conversations fort intéressantes. Je parle ici de Paris et
de sOP. apP,!rt~ment rue d'Anjo.u._ Saint-Honoré, à côté de
ses bureaux. La banque-étaIi:- du reste rcliée par une cour
à la grande maison Mallet sur le boulevard Malesherbes.
Plusieurs familles de ce clan y habitaient." (41)

Le baron Alphonse Mallet (+1906) était en effet l'un des plus fer­
vents swedenborgiens français. En avril 1885, il présenta Byse à
Edmond Ch~vrier (+1897) qui, avec son épouse (novi-jérusalémite
convaincue également), partageait son temps entre Bourg-en-Bresse
et Paris (42). On peut dire que Chevrier fut l'un des héritiers
spirituels de Le Boys des Guays. Mme Chevrier et le baron Mallet
collaborèrent pour réviser la traduction du traité de Swedenborg
sur Le Ciel et l'Enfer. Byse entretint toujours des relations très
cordiales tant avec Alphonse Mallet qu'avec les Chevrier.

Dans l'immédiat, cependant, d'autres préoccupations ne devaient


guère laisser à Byse le loisir de se plonger dans l'étude des Ecrits
de Swedenborg. Mais la graine était semée...

e) ministère en Belgique (1880-1885): un procès en hérésie (43)

Vers novembre 1879, Byse reçut des propositions du Consistoire


de l'~glise de la n!~e.t.1iard, à Bruxelles: "issue d'une congrégation
fondée en 1834, [elle] avait accepté, bien que très attachée à son
indépendance, de s'agréger en 1854 à l'Eglise chrétienne mission­
naire belge." (44) Cette dernière avait une organisation presbyté­
rienne, mais 1"'Eglise Belliard" conserva une mentalité congréga­
tionaliste. Elle avait subi plusieurs crises graves, entraînant chaque
fois le départ du pasteur: le poste n'était donc pas convoité (45).
- 51 -

L'Eglise chrétienne mIssIOnnaire belge avait adopté comme confession


de foi la Confessio belgica, rédigée au XVIe siècle par Gyy_d~ ~r~s.
Ce document détaillé (37 articles) pouvait difficilement etre accepté
sans nuances. La possibilité de ne pas partager toutes ses affirma-
tions sur les points secondaires était prévue: il revenait alors au
Comité administrateur de juger si ces réserves étaient admissibles.

Or, l'article XXXVII affirmait en des termes particulièrement nets


l'éternité des peines (46). A la veille de publier la traduction
française de Life in Christ, Byse se trouvait évidemment en
désaccord sur ce point et tint à informer loyalement de ses opinions
l'Eglise qu'il allait servir:

" ( ... ) sur bien des points, je comprends les choses un peu
autrement que nos pères et je ne pourrais naturellement
pas signer sans restrictions une confession de foi du
XVIe siècle." (47)

Ses objections furent admises par ses correspondants - qui, mal-


heureusement, ne prirent pas la peine d'en informer le Comité
administrateur et le Consistoire.

Le 12 janvier 1880, Byse fut nommé à l'unanimité par l'Eglise


Belliard (où il était venu precher à Noë!). Son installation solennelle
eut lieu le 1er mars 1880.

Si ses paroissiens l'accueillirent avec joie, il n'en allait peut-être


pas de même dans les instances dirigeantes de l'Eglise chrétienne
missionnaire belge, dont le secrétaire général lui avait écrit le
29 novembre 1879, après avoir eu vent du projet de Byse de
répondre à l'appel de l'Eglise Belliard:

" Jusqu'à ce jour, cher frère, vous n'avez trouvé nulle part
votre place réelle et l'entreprise à laquelle vous vous etes
dernièrement associé donne à penser que votre vocation
au ministère est hésitante et votre doctrine un peu accomo-
dante." (48)

Il lui était reproché aussi, dans la même missive, de trop se livrer


à des discussions théologiques oiseuses.

Les ennuis commencèrent vite, plus précisément dès la parution


de la traduction de l'ouvrage de White, qui valut à Byse d'etre
dénoncé comme hérétique par la Conférence pastorale de Liège,
en juillet 1880: Mais le Consistoire de la rue Belliard prit son
parti.

En octobre 1881, à Bruxelles, une conférence théologique examina


les conceptions d'Edward White, que Byse fut le seul à défendre.

A partir de janvier 1882, il étudia à fond avec le Consistoire


l' immortali té selon la Bible, durant huit semaines. Le 16 avril 1882,
il commença une série de sept sermons sur le conditionalisme (qu'il
n' avai t jusqu'alors pas prêché en public). Il annonça dans la presse
que ces conférences avaient pour but de présenter "une conception
nouvelle du christianisme", ce qui causa un vif émoi.
- 52 ­

Le Synode, réuni du 17 au 20 juillet à Bruxelles, repoussa en bloc


les doctrines soutenues par Byse et l'invita à étudier à nouveau
la question. Le 25 septembre, Byse lut devant l'assemblée générale
de l'Eglise Belliard un rapport prônant non la soumission, mais la
résistance. La majorité de sa congrégation l'approuva. Le 23 octobre,
la communauté de la rue Belliard donna sa démission de l'Eglise
chrétienne missionnaire belge.

Réuni en session extraordinaire le 1er novembre 1882, le Synode


condamna Byse et le raya du registre des pasteurs. On lui reprocha
de s'être défendu en arguant de la liberté laissée par la Constitution
sur les points secondaires, alors qu'il voyait lui-même dans l'immorta­
lité conditionnelle une question fondamentale (49); on aurait accepté
de respecter les opinions personnelles de Byse, mais pas sa manière
de les enseigner "en leur donnant une place qui en change com­
plètement la portée" (50).

La congrégation n'étant pas propriétaire de la chapelle (51), elle


se trouva obligée de déménager en avril 1883, poursuivant son
existence indépendante et célébrant ses cultes dans de très modestes
locaux, toujours sous la direction de son pasteur controversé.

Mais le petit groupe connaissait des difficultés financières et se


trouvait fort isolé. Byse était au bord de l'épuisement et eut de
surplus la terrible douleur de voir mourir dans ses bras sa fille
Hélène, âgée de 10 ans, le 18 mai 1885 (52). Il décida donc de
quitter Bruxelles (53); ses paroissiens ne voulurent pas d'un autre
directeur spirituel, et il leur promit pour sa part de ne jamais
reprendre des fonctions pastorales - il tint parole. Tristement, la
famille Byse abandonna Bruxelles, le 1er juillet 1885. La congré­
gation prononça sa dissolution; ses membres rejoignirent peu à peu
l'Eglise chrétienne missionnaire belge. Conclusion de Charles Byse:

" En somme il est bien difficile, pour un esprit épris de


liberté, d'être pasteur dans une Eglise de professants. Or
je ne pouvais pas l'être dans une Eglise nationale ou multitu­
diniste. A cela s'ajoutait le fait que j'avais des principes
(le baptisme, par exemple) qui ne sont pas encore acceptés
généralement dans les Eglises évangéliques. Je ne parle pas
des doctrines de Swedenborg, que je commençais à peine
à connaître (•.• )." (54)

* * *
Jusqu'à ce point, il nous était possible de suivre plus ou moins
chronologiquement l'itinéraire de Byse. Au contraire, à partir
de 1885, il n'y a plus de délimitations chronologiques nettes, et
plusieurs secteurs d'activité s'enchevêtrent. Nous continuerons donc
notre présentation thématiquement.

f) cultes indépendants et conférences chrétiennes

fatigué et déprimé Byse s'installa à Lausanne, où il retrouva de


vieux amis et une ambiance plus sereine. Il habita désormais dans
le Pays de Vaud; âgé de 50 ans, il avait encore devant lui
- 53 ­

quarante années d'existence années fertiles, nous allons le


voir!

Le "procès en hérésie" de Bruxelles avait naturellement eu des échos


jusqu'en Suisse: Byse éveilla donc une certaine curiosité et ne
manqua pas de diffuser les vues conditionalistes. En novembre 1886,
il prononça devant un auditoire nombreux une série de cinq confé­
rences sur le thème "Etre ou n'être pas". Le 19 décembre 1886
eut lieu une mémorable discussion contradictoire à la chapelle de
Martheray, à Lausanne; présidée par le célèbre philosophe Charles
Secrétan (1815-1895) - qui avait de la sympathie pour Byse - ,
elle opposa Byse et Petavel à deux autres pasteurs (l'un de l'Eglise
nationale, A. Porret, et l'autre de l'Eglise libre, Paul Chatelanat).
Byse corn menta:

" C'est probablement la dernière fois que l'éternité des peines


fut soutenue en public dans le canton de Vaud. (••• ) La vic­
toire est remportée. Notre doctrine a désormais droit de
cité dans l'Eglise." (55)

Byse donnait des leçons de français et d'histoire dans des écoles


et pensionnats. Il n'abandonnait pas son vieux rêve d'un ministère
indépendant et gratuit. Désireux d'exposer régulièrement l'évangile
et constatant qu'on ne lui offrait pas de prêcher dans les chapelles
de Lausanne, il inaugura, le 27 mars 1887, dans la salle du Musée
industriel, devant un auditoire d'environ quatre-vingts personnes,
un culte chrétien (tous les dimanches à 16h., pour ne coTncider
avec l'heure d'aucun autre service), sous sa seule responsabilité.
C'était un véritable culte, avec des chants et prières. Le 4 no­
vembre 1888, lors de la reprise de ces réunions après la pause
estivale, on compta une centaine de participants.

Byse souhaitait cependant associer l'Eglise libre à son entreprise.


Il effectua des démarches dans ce sens, au début de l'automne 1889,
mais "tout fut vain." (56) Paul Chatelanat, président du Conseil
de l'Eglise libre de Lausanne, reconnut certes, dans une lettre du
12 octobre 1889, que Byse n'agissait pas dans un esprit de con­
currence déloyale:

" Mais vos cultes étant, par la nature même des choses, une
oeuvre individuelle, nous ne saurions, pas plus aujourd'hui
qu'à l'origine, en assumer en rien la responsabilité. Si nous
le faisions, d'une part nous gênerions votre liberté, de l'autre
nous dépasserions la mesure de ce qui nous est permis
comme représentant de l'Eglise libre vaudoise." (57)

Byse reçut ces lignes comme un refus catégorique et définitif ­


ce qui ne l'empêcha pas de continuer à entretenir d'excellentes
relations avec les pasteurs lausannois. Il fut également appelé plus
d'une fois en tant qu'expert pour les examens de grec, d'hébreu
et d'exégése de l'Ancien Testament à la Faculté de théologie.

En 1892 et 1893, les cultes furent remplacés par des Conférences


chrétiennes. Interrompues pendant six ans, elles reprirent en 1899,
à la Pentecôte: mais Byse en consacrait désormais une partie à
parler de Swedenborg et de ses doctrines...
- 54 ­

g) les Conférences apologétiques (58)

Tout cela ne suffisait pas à l'infatigable Charles Byse. Totalement


abstinent lui-même depuis 1886 (59), déjà actif dans la Croix Bleue,
Byse (qui devait devenir en 1899 président du Comité général des
Sociétés antialcooliques du canton de Vaud) aida __!Ln i-~J,!n§ étllsJ.@.nt
en théologie, Gustave Regamey, à fonder en 189L\!.I)~_socjété E~l!r
encourager dès l'enfance l'abstinence de boissons alcooliques,
l'Espoir; nous en reparlerons au chapitre suivant. Cela illustre la
variété des préoccupations de Byse. Mais la création (toujours en
1892) des Conférences apologétiques retiendra surtout notre attention.

Byse avait annoncé son intention de lancer un tel cycle de confé­


rences lors d'une séance de la Société vaudoise de théologie, le
31 aoQt 1891, à Chexbres. Dans une certaine mesure, au départ,
les Conférences apologétiques étaient conçues comme une "éma­
nation" de la Société vaudoise de théologie, dont il s'agissait de
faire sentir l'influence à l'extérieur. le but principal était cependant
de lutter contre l'incrédulité croissante dans les milieux cultivés
de la société. Byse croyait en effet à la nécessité de créer des
oeuvres spécialisées; pour celle-là, il reprenait à son compte l'expres­
sion utilisée en 1888 par le pasteur Adamina: "mission intérieure
pour le public instruit". Byse voulait réaliser la même chose qu'avec
les Conférences chrétiennes, à un niveau supérieur. "le but immédiat
des orateurs ne serait pas de convertir les âmes, mais plutôt
d'éclairer les intelligences." (60)

les Conférences apologétiques débutèrent le 4 mars 1892, dans


la grande salle de l'Hôtel de Ville. Elles devinrent une véritable
institution lausannoise. Un "Avis pour les conférenciers" précisait:

" (... ) [elles] s'adressent exclusivement aux intellectuels qui


nient ou qui doutent. Elles traitent l'auditeur avec sympathie
et respect.

" Elles ont pour but de légitimer non le christianisme histo­


rique, mais l'Evangile dans sa parfaite spiritualité, soit en
faisant voir son accord avec les profonds besoins de j'âme,
soit en réfutant les objections dirigées contre lui." (61)

Byse étant allergique à la conception multitudiniste de l'Eglise,


il jugeait important d'organiser des réunions pour les non-convertis,
à côté des cultes destinés, eux, aux fidèles. Au début du siècle
suivant, après qu'il eut été nommé président de la Commission des
réunions de conversation de l'Eglise libre (il en avait été secrétaire
dès 1898), Byse proposa un projet de réforme du culte dans le même
esprit: il y aurait eu le dimanche matin un culte pour les chrétiens,
de 9h.30 à IOh.30, puis, de Ilh. à 12h., une conférence ou prédication
à l'intention des gens du dehors.

" Il s'agissait d'un côté de développer la vie et le zèle des


chrétiens, par des assemblées plus simples, plus cordiales
et plus mutuelles; de l'autre, d'exercer sur les gens du
dehors une action plus réelle, plus large et plus décisive,
en les attirant par des séances spécialement préparées pour
eux." (62)
- 55 ­

Les Conférences apologétiques eurent lieu régulièrement (avec deux


séries la même année - la 3e et la 4e - en 1894), puis furent
interrompues en 1923, après la 31e série: a ce moment, il y avait
déja eu 136 conférences, présentées par 53 conférenciers. La respon­
sabilité en fut alors confiée au pasteur Chavannes (Genève), Byse
demeurant président d'honneur. Après la mort de leur vénérable
fondateur, en 1925, elles s'intitulèrent Conférences apologétiques
Charles Byse. A la veille de l'été 1926, elles cessèrent définitive­
ment, au profit des Amis de la pensée protestante, dont l'objectif
était similaire (63). Le petit fonds de roulement fut versé sur le
compte destiné a subventionner la réédition des oeuvres de Vinet.

h) intérêt pour des courants spirituels "marginaux"

La curiosité d'esprit de Byse ne négligea pas les mouvements


occultistes et néo-spiritualistes de l'époque. En avril 1885, il fit
la connaissance de Saint-Yves d'Alveydre (64) a Paris:

" Il m' a dès lors témoigné une fidèle et précieuse sympathie.


(... ) Nul, avec Victor Hugo, ne m'a fait comme lui l'impres­
sion d'un homme de génie." (65)

Byse devait le voir pour la dernière fois en avril 1904, a Versailles,


où Saint-Yves s'était retiré (66).

Byse rencontra aussi plusieurs fois le Dr Encausse, plus connu sous


son pseudonyme de Papus (67), qui lui parut "très fort aussi", mais
néanmoins "bien inférieur" a Saint-Yves (68).

Byse porta une attention particulière au développement de la Société


théosophique fondée par Mme Blavatsky (69). Il craignait que la
"théosophie hindoue", qui lui apparaissait comme "le plus spécieux
succédané du christianisme", devlnt "un dangereux rival pour le
protestantisme déja moribond" (70). Byse rejetait fermement les
théories de la Société théosophique, selon lesquelles le Christ aurait
transmis un enseignement ésotérique a des disciples choisis: le
Nouveau Testament "ignore absolument l'ésotérisme" (71).

Dans un autre registre, Byse étudia beaucoup la Christian Science


diffusée par Mary Baker-Eddy (72). A la fin de 1904, il renonça
même pour quelque temps a lire Swedenborg afin de pouvoir pleine­
ment se consacrer a l'examen de ce système - non parce que le
Révélateur suédois l'avait déçu, mais pour des raisons très person­
nelles: vingt-huit ans après avoir cessé de croire, Mme Byse venait
de retrouver des convictions religieuses grâce a la Christian
Science (73), a laquelle elle resta fidèle jusqu'a sa mort (dans la
nuit du 5 au 6 avril 1911). Byse publia sous forme de brochure
un Exposé objectif de la Christian Science (74), apprécié dans les
milieux scientistes chrétiens à l'époque. Après le décès de son
épouse, il se livra a une étude beaucoup plus critique, intitulée
Le Scientisme et Swédenborg (75).

il Charles Byse et Emmanuel Swedenborg


Swedenborg fut le fil conducteur de la seconde partie de ['exis­
tence de Byse. Lorsque le baron Mallet lui avait fait connaTtre
- 56 ­

les Ecrits de l'illustre Suédois, le pasteur était trop absorbé par


la publication de la traduction française de Life in Christ.

" En Belgique je ne fus pas assez libre pour étudier a fond


le système swedenborgien.

" A mon retour a Lausanne au contraire, en 1885, je pus


approfondir cette doctrine encore inconnue dans nos milieux,
et je ne tardai guère a faire bénéficier de mes travaux
la Société vaudoise de théologie (••• )." (76)

Il Y présenta en effet sa première étude sur Swedenborg, "Le Christ


et la Trinité", le 27 juin 1892. Byse n'était pas arrivé du jour au
lendemain a des convictions swedenborgiennes; il lui avait fallu
plusieurs années de réflexion:

" Quant aux doctrines de Swedenborg, je suis convaincu de


la principale le 7 mai 1891, jour de l'Ascension. En effet,
d'après lui-même, le swedenborgianisme, dont on l'accusait
de son vivant, consiste essentiellement dans son explication
sur la Trinité et le Seigneur." (77)

Nous ne nous soucierons pas pour l'instant des particularités de


la position de Byse a l'égard des nouvelles doctrines, ni du rôle
qu'il assignait a Swedenborg: nous nous y attarderons assez longue­
ment en étudiant la pensée de Charles Byse. Nous nous bornerons
a retracer brièvement son itinéraire novi-jérusalémite.
Byse crut devoir essayer d'intéresser à Swedenborg tes pasteurs
et les théologiens tout d'abord. Sa conférence de 1892 devant la
Société vaudoise de théologie ne fut pas la dernière. Il attira
plusieurs fois encore l'attention de ses collègues sur le message
du Prophète du Nord. Ceux-ci rendirent certes hommage "au charme
du style de M. Byse" (78), mais avec beaucoup de réserves sur ses
propositions. On lit ces lignes dans le compte rendu des activités
de la Société pour les années 1905 a 1907:

" Swedenborg est certainement un ma'iade, ce qui ne l'empêche


pas d'avoir composé un système dont la belle ordonnance
et la grandeur étonnent et séduisent." (79)

Prêts à admettre l'existence de certaines expressions susceptibles


d'une interprétation spirituelle, surtout dans les écrits des Prophètes
et l'Evangile selon Jean, les membres de la Société de théologie
se refusaient "a adopter les procédés herméneutiques de Swedenborg,
qu'ils envisagent moins comme un prophète que comme 'un rationa­
liste illuminé'" (80).

Lorsque Byse reçut pour une séance chez lui la Conférence frater­
nelle, le 24 février 1896, et y lut un travail sur le Ciel selon
Swedenborg, il fut "mal accueilli par la généralité des assis­
tants" (81). A l'occasion d'une nouvelle réunion du même type, deux
ans plus tard, il récidiva en traitant de l'Ecriture Sainte:

" Pas un mot d'éloge pour Swedenborg. Plusieurs objections


au contraire. Je tiens à noter ce manque de sympathie pour
- 57 ­

des doctrines qui, j'en suis sOr, seront beaucoup mieux


accueillies plus tard. Toutes les nouveautés rencontrent ce
traitement. On les repousse d'abord comme antibibliques,
fausses ou absurdes; ensuite on reconnaTt qu'elles ont quelque
apparence de vérité, quelque chose de bon; on finit par
dire qu'on y a toujours cru. (••• ) J'ai suscité le plus d'oppo­
sition, moi qui ai seul représenté publiquement Swedenborg
depuis tant d'années. Encore cette opposition a-t-elle été
plutôt une indifférence absolue, de sorte que je n'ai pas
à m'en plaindre. On a fait sur ce que j'avançais la conspi­
ration du silence; c'était beaucoup plus aisé que de me
réfuter au point de vue de ['exégèse, de "histoire et de
la philosophie, ce qui aurait nécessité une étude complète
de la nouvelle conception." (82)

L'accueil fut parfois plus sympathique, mais sans suites concrètes.


Cependant, tout se déroulait courtoisement: Byse n'eut jamais à
subir, à Lausanne, des controverses du style de son "procès en
hérésie" bruxellois. Ses collègues ne partageaient pas ses orienta­
tions, mais ils ne l'excommuniaient pas pour autant - au contraire,
nous l'avons vu, il continuait à avoir sa place dans les activités
de son Eglise (le fait qu'il ne cherchait pas à exercer un ministère
pastoral ordinaire facilitait sans doute les choses). Cette tolérance
mérite d'être soulignée (83).

Byse ne s'adressa pas seulement aux pasteurs et théologiens: à l'âge


où la plupart des gens prennent leur retraite, il s'engagea dans
une vaste entreprise: vulgariser Swedenborg:

En 1897 déjà, il réunissait chez lui une vingtaine de personnes pour


lire ses travaux sur le Ciel et le Monde des esprits (84). Il effectua
ses premières interventions publiques sur Swedenborg en mai et
juin 1899, dans le cadre de ses Conférences chrétiennes. Il publia
peu après le texte de ces allocutions sous la forme d'une bro­
chure (85) dont l'impression fut financée par le baron Mallet (86).

" Ce genre était très nouveau à Lausanne, où l'on était peu


mystique; aussi n'eus-je que 33, 40, 50 à 70 ou 80 audi­
teurs." (87)

En juin 1901, ces conférences et les suivantes parurent sous le titre


Le Prophète du Nord (88). Premier ouvrage swedenborgien de Charles
Byse, il connut un certain succès et lui valut une notoriété dans
les milieux anglo-saxons de la Nouvelle Eglise.

Cette même année 1901, Byse organisa à son domicile, tous les
quinze jours, des réunions d'étude sur Swedenborg. Il se forma
progressivement autour de lui un petit auditoire: des âmes en
recherche, mais aussi des swedenborgiens convaincus - il Y avait
en effet déjà dans la région quelques lecteurs des Ecrits.

fallait-il donc créer un groupe religieux indépendant? La question


se posa vite, à l'instigation d'un Américain alors en séjour en Suisse,
Ronden-Pos. Byse rapporte qu'une réunion eut lieu à ce propos le
27 février 1902:
- 58 ­

" J' interroge les personnes présentes pour savoir si elles


désirent quitter l'association religieuse a laquelle elles appar­
tiennent. Nul n'est disposé a cela, sauf les swedenborgiens
décidés (89). Cet Américain insiste de façon prématurée
pour que nous formions une Eglise Nouvelle. A sa demande
un petit culte aura lieu le dimanche a 10h. chez M. Bauern­
heinz. Etant alors a Clarens, il [Ronden-Pos] n'y assistera
point. Ce semblant de Nouvelle Eglise ne pouvait réussir.
Il dura peu. Je n'y suis jamais allé." (90)

Ronden-Pos, "ce bizarre Yankee" (91), retourna en Amérique... et


passa a la Christian Science:

Byse entretenait d'excellentes relations avec divers swedenborgiens


a travers le monde et recevait avec plaisir ceux qui passaient a
Lausanne: des Anglais et des Américains, et bien sOr aussi ses amis
français - Byse était allé rendre visite aux Chevrier a Bourg et
y assista aux funérailles d'Edmond Chevrier en aoOt 1897; par la
suite, il rencontra encore plusieurs fois Mme Chevrier et sa fille,
tant a Lausanne qu'a Bourg. Il connaissait également Fedor
Goerwitz, pasteur de la Nouvelle Eglise a Zurich, qu'il alla voir
dans cette ville en 1907 (Adolph Goerwitz devait succéder a son
père l'année suivante). Parmi les nombreuses relations sweden­
borgiennes de Charles Byse, citons encore un nom: le Dr Lucien
de Chazal (lIe Maurice), qu'il put rencontrer en Suisse en 1914;
le Dr de Chazal procura a Byse une aide financière pour la
publication de ses livres.

En 1910, Byse fut invité a participer a l'International Swedenborg


Congress, réuni à Londres à l'occcasion du centenaire de la Sweden­
borg Society (92). Cette brillante assemblée (4-8 juillet 1910) donna
"un grand stimulant au pasteur et aux mouvements qui se dessinaient
à Lausanne" (93). Le Il novembre 1910, Byse inaugura, aux Galeries
du Commerce, des Conférences Swedenborg, devant un auditoire
d'une centaine de personnes; il ouvrit par ces mots sa première
allocution dans ce cadre:

" Un financier panslen [le baron Mallet], auquel je dois beau­


coup de reconnaissance, m'a signalé un danger il y a quelque
trente ans. Il m'a prévenu que, si je parlais ouvertement
de Swedenborg, je risquais de passer pour fou. Malgré ce
prudent avis, j'ai consacré à ce "Grand Inconnu" de nom­
breuses séances et un volume dès longtemps épuisé, Le
Prophète du Nord, sans m'inquiéter de ce qu'on pourrait
penser de l'état de mon cerveau. (... ) en com mençant
aujourd'hui une série de conférences sur Swedenborg, je
crois n'avoir plus rien à craindre au point de vue de ma
réputation." (94)

Alors âgé de 75 ans, Byse fit pourtant paraître, de 1911 a 1913,


sous le titre général de Swédenborg, pas moins de cinq volumes
contenant le texte de ses conférences (95). Il écrivait dans la pré­
face du dernier:

" Ce tome cinq termine une sene qu'on peut regarder comme
complète, car elle donne une idée précise, quoique sommaire,
- 59 -

d'Emmanuel Swedenborg, de son systême théologique et du


mouvement religieux qui se rattache à son nom. Ayant depuis
plus de trente ans étudié ses ouvrages, étant au fait de
la littérature qui le concerne et n'appartenant point à une
Eglise Nouvelle, je puis parler de lui avec une connaissance
de cause et une impartialité qu'aucun écrivain de langue
française n'a réunies jusqu'à présent. Du reste, nul n'a tenté
une oeuvre pareille." (96)

Byse n'en resta pas là: au cours des années suivantes, il écrivit
encore plusieurs ouvrages destinés à vulgariser des aspects particu-
liers de l'oeuvre de Swedenborg.

L'auditoire de Byse à ses Conférences Swedenborg avait cependant


diminué: plus que neuf personnes le 21 février 1912. Il cessa alors
de donner ces cours, "n'ayant pas été secondé par les vrais sweden-
borgiens, dont un au plus assistait à chaque séance" (97). Pourtant,
à la suite de trois conférences pour présenter "Swedenborg en
raccourci", en 1914, l'un des auditeurs, JY1li<~Mmin, parvint à
intéresser suffisam ment de monde pour constituer, le 12 mai, un
Groupe Swedenborg (98); Byse ['anima jusqu'à sa dissolution, le
7 avril 1920.

Lorsqu'il fut question, en 1914, d'organiser des cultes réguliers de


la Nouvelle Eglise, Byse se montra une fois de plus réticent: il
n'avait pas renoncé à régénérer le protestantisme grâce à Sweden-
borg. De même, il n'adhéra pas tout de suite à la Société de la
Nouvelle Eglise de Lausanne fondée en 1917 (nous passons rapide-
ment sur ces événements, car il en sera assez longuement question
au chapitre suivant). II fréquenta cependant la petite congrégation
et ne refusa pas sa collaboration, en particulier sous la forme de
nombreux articles (environ quatre-vingts) pour le mensuel Le Messager
de la Nouvelle Eglise (99). Et quand le premier Congrês des sociétés
et des membres de langue française de la Nouvelle Eglise se réunit
à Lausanne, du 29 au 31 juillet 1920, ce fut bien sOr Byse qu'on
nomma président d'honneur; il déclara dans son allocution d'ouverture:

" J'étais auparavant seul, rencontrant toutes sortes de diffi-


cultés: matérielles, financiêres, morales et religieuses.
Cependant je n'ai jamais désespéré. (••• )
(... )
" Aujourd'hui, je suis entouré d'un pasteur et de sa famille,
d'une Nouvelle Eglise, d'une Société constituée, d'institutions
organisées et d'un Congrês international. C'est un merveilieux
développement. Je ,'attribue non pas à ma grosse artillerie,
mais au Seigneur qui a donné réussite à mes faibles efforts
pour sa gloire. J'ai toujours cherché à bien comprendre
l'Evangile et à l'exprimer fidêlement. J'ai enfin trouvé de
cet Evangile une conception absolument spiritualiste, qui
ne contredit ni la science ni la raison." (lOO)
"
A ce moment, Byse n'avait pas encore adhéré officiellement à la
/

Nouvelle Eglise. Pour finir, il s'y décida et donna, quelques mois


avant sa mort, sa démission de l'Eglise libre (lOI).
- 60 ­

Le 26 février 1925, Charles Byse acheva son long et fructueux


cheminement terrestre pour entrer dans le monde spirituel.

2) La pensée de Charles Byse et la Nouvelle Jérusalem

Le vulgarisateur de Swedenborg n'accepta pas sans nuances les


enseignements du Prophète du Nord: lorsqu'il le découvrit, il avait
déjà développé des vues personnelles auxquelles il n'entendait pas
renoncer. Mais n'y eut-il pas aussi, dans la première partie de son
existence, des éléments l'ayant préparé intérieurement à recevoir
les nouvelles doctrines?
~ ----. ..........

a) l'influence d'Henry de May

Le passé théologiquement peu conformiste de Byse facilita sans


doute son ralliement aux croyances swedenborgiennes. Mais il ne
faut pas négliger une influence intellectuelle à la fois discrète et
profonde, à laquelle doit être associé le nom d'Henry de May.

Henry de May ne fut jamais un personnage célèbre. Né en Autriche


le 8 aoQt 1818, issu d'une famille patricienne bernoise, il semblait
destiné à la carrière militaire lorsqu'un accident, à la fin de son
adolescence, le priva de l'usage d'une jambe. Ayant reçu une
instruction assez chaotique, il tenta plus tard d'en combler les
lacunes; il peut être qualifié d'autodidacte. Chrétien convaincu,
il s'iIl!-ér~s~.~~~~hilosoph!-.e.

En 1862, Henry de May s'installa dans une petite propriété à


Achern, en forêt-Noire. Là, il se consacra àl~J"~~~_lI"grand
ouvrag~'il _mé9L~_1l:it, qui parut en 1870 sous le titre L'Univers
visible et invisible ou le Plan de la Création. Malgré son infirmité,
\ Henry de May dut_ se r.endre à Bue.!!9s Ai~s afin d'y _Sll--y"v~es
) débris d~ sa fortune à la suite d'un investissement malheureux;
il y ~t le 19 novembre 1871 (à cause d'une épidémie).

Alors qu'il se trouvait à Paris, Byse avait fait la connaissance de


ce philosophe et effectua deux courts séjours à Achern, en 1868
et 1869. Henry de May aurait même été disposé à engager Byse
comme secrétaire, mais ce dernier décliiïâ -l'offre: - Il ëorrlgea
néanmoins, du vivant de l'auteur, une partie des épreuves du livre
d'Henry de May; il tenta d'en faire imprimer une traduction
anglaise et rédigea plus tard l'introduction de la seconde édition
française, révisée par ses soins (102). Enfin, Charles Byse mit au
point une sorte de résumé de cet ouvrage, essayant de reconstruire
le système en le dégageant d'aspects secondaires et en substituant
un plan plus naturel "à l'ordre évidemment défectueux que notre
philosophe a cru devoir suivre" (103).

Malgré son admiration pour Henry de May, Byse ne se sentait pas


automatiquement solidaire de toutes ses opinions (104). Pourtant,
l'influence du philosophe bernois sur le pasteur vaudois fut réelle:
Byse déclare avoir été amené par la pensée d'Henry de May à la
croyance en l'immortalité conditionnelle (105). Mais ce n'est pas
tout:
- 61 ­

" Je fus charmé l...) par la richesse et ['originalité des aperçus


énoncés par M. de May, surtout par l'idée fondamentale
de son système, je veux dire le principe de l'analogie servant
à révéler le monde des esprits par l'étude scientifique et
rigoureuse de la création matérielle. Certains dogmes essen­
tiels du christianisme me semblaient aussi compris par notre
philosophe d'une manière plus rationnelle et plus profonde
que par nos meilleurs théologiens et corroborés avec un
singulier bonheur par des arguments tirés de la nature. Enfin
comment un disciple de Vinet n'aurait-il pas salué avec
admiration la trop rare alliance d'une foi positive et chaleu­
reuse avec la plus large pratique du libre examen dans le
domaine de la religion?" (106)

Cette analogie dont Henry de May fait le principe fondamental


de son système, rappelle évidemment la doctrine des correspondances
présentée par Swedenborg. Mais, tandis que Swedenborg a vu le
monde d'en haut grâce à l'ouverture de ses sens spirituels et est
ainsi capable de donner de nombreux détails à ce sujet, Henry
de May "se fonde exclusivement sur la nature" et doit, avec pru­
dence, se contenter d'assertions de caractère général l [07): partant
du postulat que "le monde visible est l'image exacte et parfaite
de l'univers invisible" (108) - mais refusant cependant qu'à tout
objet terrestre corresponde dans le monde supérieur un objet spécial:
seul le type importe (109) - , Henry de May, en logicien, tire les
conséquences de ses prémisses et décrit les principaux contours
du monde spirituel à partir de son étude des phénomènes phy­
siques (IIO); d'un monde à ('autre, l'élément change, mais les lois
demeurent (1 Il).

Sur cette question des correspondances entre le monde naturel et


le monde spirituel, Byse affirme l'identité des conceptions d'Henry
de Mayet de celles de Swedenborg, lequel a cependant développé
cette idée générale "d'une façon plus scientifique et beaucoup plus
complète" (112). L'influence d'un autodidacte bernois oublié avait
donc préparé Byse à accepter cet important point doctrinal (113).

b) Swedenborg pour reconstruire le protestantisme

En 1899, Byse séjournait à Paris durant la période pascale:

" Le Vendredi saint 31 mars, j'entends à l'Oratoire M. Lache­


ret; j'y dors. M. Decoppet donne la cène; quelques mots
pessimistes de lui. Le temple est sombre; il y a peu
d'hommes dans l'auditoire. L'impression totale est triste.
J'en conclus que le protestantisme est mort." (114)

En une phrase abrupte, Byse résumait une conviction profonde


- et plus complexe - , qu'il avait commentée ainsi, en 1892:

" Quand je rentre en moi-même, j'y trouve deux sentiments


principaux, profonds, absorbants. Le premier, c'est la foi
en Jésus-Christ, l'assurance joyeuse que son Evangile est
la grande puissance de Dieu pour la régénération de
l'homme, de l'homme de toutes les races et de tous les
temps. Le second, c'est la pénible conviction que notre
- 62 ­

christianisme courant a besoin d'une réformation radicale


pour être l'héritier légitime de la religion des apôtres; que
r-
a sans cette réforme dans la Réforme, sans cette revision
générale, noùs resterons incapables-- de faire brèche dans
la forteresse papiste, de convertir les gens du monde, de
persuader les libres penseurs, de prendre notre pl~~~a
!ête de la croisade qui se poursuit en faveur de touS les
opprimés, d'exécuter en un mot le mandatparticUITer-ooIÏt
fioussommes chargés par le chef de l'Eglise à l'égard de
notre génération." (I15)

Réformer la réforme: cette idée maTtresse, Byse la reprit dans


de nombreux textes et exposés. Il déplorait le désarroi doctrinal,
le vague théologique (I16). Mais d'où pourrait surgir l'impulsion
rénovatrice?

" N'attendons pas que cette revis ion radicale vienne des fa­
cultés de théologie ou des Eglises existantes. Les écoles
théologiques tiennent trop au mélange des opinions, à l'indé­
pendance des professeurs, aux bons rapports avec le public,
pour se compromettre en prenant position dans le sens indi­
qué. Quant aux Eglises, elles sont conservatrices, prudentes
avec excès; (... ) elles n'admettent qu'avec une extrême len­
teur les innovations les plus légitimes.

" Rien n~se__Lera donc, si des individus ou des groupes res­


treints l.n~n't se mettre sur la brèche. Par bonheur ce
n'est pas aussi dangereux de nos jours que dans le passé.
Les Eglises ne nous excluront pas facilement de leur sein.
Grace au chaos doctrinal que j'ai signalé, nous sommes libres
de changer d'avis et même de nous égarer." (I17)

Byse avait pensé découvrir dans l'immortalité conditionnelle "un


germe vital, un principe de régénération pour la théologie et la
prédication contemporaines" (118). Mais les révélations de Sweden­
borg lui fournirent un fondement beaucoup plus solide encore, à
, ses yeux, pour une refonte radicale du protestantisme sur des points
aussi importants quelacompréhenslon de Dieu;' du Christ et des
Ecritures.

" Sans rompre avec le protestantisme, qui fait de si louables


efforts pour se régénérer, j'ai été condui t par l'étude et
par l'expérience à lui préférer le système swedenborgien,
qu'on pourrait appeler une réforme dans la Réforme, et
~ que d'ailleurs je n'acèepte non Dlu~r"-qŒë sous bénéfice
d'inventaire.

" Mon point de vue est donc une sorte d'éclectisme trés large
et très positif, d'accord quant à l'essentiel avec le credo
de la "Nouvelle Eglise", mais assez différent de la théologie
qu'on prêche dans nos chaires, qu'on enseigne dans nos
facultés et dont s'inspire notre presse religieuse." (119)

Byse voyait de grands avantages à l'adoption des doctrines novi­


jérusalémites: par exemple, l'affirmation du sens interne des Ecri­
tures n'était-elle pas la seule solution pour mettre ces dernières
- 63 ­

"à l'abri des attaques violentes et meurtrières dont elles sont depuis
longtemps l'objet"? (120)

" Me sera-t-il permis de dire que nos théologiens s'entendent


mieux à démolir qu'à reconstruire? Swedenborg au contraire
est un grand constructeur. Non content de remodeler l'une
après l'autre les doctrines chrétiennes, il les réunit en un
tout parfaitement lié. Et, si je cherche à rendre compte
de sa tendance, voici l'observation qui s'impose à moi:
- L'écrivain suédois prend aux différentes écoles ce qu'elles
ont de meilleur. II donne alternativement raison aux catho­
liques et aux protestants, aux trinitaires et aux unitaires,
aux panthéistes et aux théistes, aux positivistes et aux idéa­
listes, aux rationalistes et aux mystiques, conciliant les
points de vue les plus opposés dans une sY.!lthèse· qui, loin
d'être faite de compromis, est évidemment ·le résultat d'une
intuition plus compréhensive de toutes les réalités." (I2 I)

c) Swedenborg est-il infaillible?

Nous l'avons lu, Byse n'acceptait le système swedenborgien "que


sous bénéfice d'inventaire". Le baron Mallet lui avait d'ailleurs
déclaré, en 1899, que "Swedenborg n'est pas infaillible; il s'agit
de prendre ses principes et de les appliquer." (I22)

Tenant le Prophète du Nord en très haute estime (123), Byse


n'entendait pas renoncer pour autant à ses options théologiques
antérieures:

" Les pasteurs de la Nouvelle Eglise acceptent ~ les en­


seignements religieux de Swedenborg, y compris ce qU'il
a vu et entendu dans l'au-delà; je me réserve au contraire
le droit de la critique, convaincu qu'aucun homme, sauf
Jésus-Christ, n'est infaillible. C'est là, au fond, ce qui me
distingue d'eux. Je me prononce d'ailleurs assez résolument
pour l'ensemble de ce système, que je proclame supérieur
à tout autre." (124)

" (•.• ) quelle que soit mon admiration pour Swedenborg, je


ne m'incline jamais devant lui comme devant une autorité
sans appel. Je crois avoir agi selon son esprit en soumettant
cet enseignement à une sévère critique. Ce travail m'a con­
duit, sur plusieurs sujets, à des conclusions différentes des
siennes. Ainsi l'âme naturellement et nécessairement immor­
telle - avec l'éternité de l'enfer et des réprouvés eux­
mêmes comme conséquence de ce dogme - doit être, à
mon sens, remplacée par l'immortalité facultative et la
destruction des impénitents. Ainsi encore la notion sweden­
borgienne des sacrements (baptême et sainte cène), dont
ressort plus ou moins celle de l'Eglise, me semble dépassée
de beaucoup par le point de vue auquel l'étude et l'expé­
rience m'ont amené.

" (.•• ) les assertions de mon auteur (••• ) ne portent assurément


pas toutes le même cachet de probabilité (.•. )." (125)
- 64 ­

Appartenant à l'humanité pécheresse, Swedenborg ne pouvait être


infaillible, puisque l'influx divin prend la forme de celui qui le
reçoit:

" Aucun prophète, aucun apôtre, aucun humain n'a compris


ni transmis dans toute sa pureté la parole divine qui lui
était adressée." (126)

Byse souligne la nécessité de séparer soigneusement les doctrines


de Swedenborg et les faits qu'il rapporte concernant le monde spiri­
tuel: dans des ouvrages comme Le Ciel et l'Enfer, le voyant suédois
parle "non en dogmaticien, mais en explorateur"; il n'a pas forcé­
ment tout vu, il pu trop généraliser ou tirer "de faits réels des
conclusions hâtives" (127). La dogmatique de Swedenborg doit être
jugée par les mêmes critères que celle de n'importe quel autre
théologien, ses visions la confirment, mais ne la légitiment
pas (128).

" Tout en déclarant à plusieurs reprises qu'en matière doctri­


nale il répète fidèlement ce qui lui a été révélé par le
Seigneur (jamais par les anges), et qu'à l'égard du monde
suprasensible il rapporte seulement ce qu'il a perçu par
ses sens spirituels, Swedenborg n'a aucunement l'intention
d'exercer sur nous une pression morale pour nous faire
accepter ses vues, car nul ne respecte plus chez autrui la
liberté de la pensée." (129)

Dans la perspective de Byse, Swedenborg s'est contenté "d'affirmer


ses convictions personnelles"; à nous d'éprouver sa doctrine, "sans
autre ambition que de trouver le vrai" (130).

Le long passage cité à la page précédente a mis en relief les deux


principaux points de désaccord avec le Prophète du Nord. Sur la
question sacramentelle et ecclésiologique, Byse n'a nulle part expli­
cité ses objections. Il en va autrement de l'immortalité condition­
nelle, dont il s'était vigoureusement affirmé le partisan à travers
la traduction du livre d'Edward White et divers écrits (131). La
découverte de l'oeuvre de Swedenborg n'entraîna pas une évolution
des positions du pasteur dans ce domaine, ainsi qu'il le déclara
encore en 1911:

" (••• ) ma position n'a pas changé. Je n'ai été ébranlé ni par
les arguments des universalistes, ni par ceux de Sweden­
borg (... l." (132)

En admettant l'éternité de l'Enfer et l'immortalité des hommes


par nature, Swedenborg "ne s'élève pas" à la conception de l'im­
mortalité conditionnelle, "pour ainsi dire inconnue de son
temps" (133). Outre les ,!!"gu~nts déjà mentionnés PO!!L_!:~J.~er
l'autorité des Ecrtts de Swedenborg, Byse raisonne sur un autre
point: peut-êtrë-SW:edenborg a-t-Il conservé l'idée de l'âme immortelle
simpl1ement parce qu'il n'a "jamais entendu dire que la cessation
d'existence est la vraie punition des pécheurs fixés dans le
mal" (I34)? "Tout en devançant de beaucoup les théologiens de son
siècle", il serait "resté emprisonné dans le dogme philosophique
universellement professé par l'Eglise" (135). L'idée des peines
- 65 ­

éternelles "ne résulte pas d'une étude originale et plus approfondie


de cette abstruse question" chez le Prophète du Nord, "elle est
un héritage du passé":

" Cette servitude inconsciente vis-à-vis de la tradition l'a


entraTné à quelques erreurs, qu'il n'aurait pas commises
s'il avait été au bénéfice des consciencieuses études faites
par les théologiens et les philosophes au cours du siècle
qui vient de finir.

" Il nous serait facile aujourd'hui de corriger dans le sens


indiqué le système de Swedenborg, en prolongeant les lignes
qu'il a lui-même tracées (136). Sans doute je ne m'attends
pas à ce que la Nouvelle Eglise prenne officiellement une
décision aussi hardie; mais ce qui me paraYt possible et
désirable, c'est que l'éternité des tourments ne soit pas
rangée au nombre des dogmes essentiels de cette honorable
dénomination, et que ses membres puissent conserver sur
ce point secondaire toute l'indépendance de leur Jugement
personnel." (137)

Vers la fin de sa vie terrestre, Byse se serait cependant rallié aux


vues de Swedenborg sur tous les points, y compris l'immortalité
conditionnelle; mais il était alors déjà trop affaibli pour prendre
la plume et s'expliquer sur ce revirement (138).

d) quelle (Nouvelle) Eglise?

Selon Byse, l'union de l'Eglise et de l'Etat est un mal, mais le


multitudinisme est un mal pire encore (139); il sympathise cependam
aussi tifèil-avec l'activité des groupes religieux fondés sur le multi­
tudinisme qu'avec ceux qui relèvent du "professionnisme", mais il
croit la seconde forme "plus capable de grouper une Eglise chré­
tienne digne de ce nom" (140) - ce qui va bien sOr de pair avec
ses convictions baptistes (141).

On ne sera pas trop étonné d'apprendre que Byse se prononce égaie­


ment en faveur de la "Ia"îcisation" des Eglises:

"(H.) nous devons encore "F_él'udier l'idée de prêtrise qui


s'associe aisément à la profession pastorale et travailler
à combler le fossé qui sé"par-e-"îes la"îques"etle clergé." (142)

Il constate avec regret la division du protestantisme en Eglises


nationales, parce qu'il en résulte un amoindrissement de l'universalité
de l'Eglise (143). Comment procéder pour parvenir à une plus grande
unité?

" (... ) les croyants sont accoutumés à des opinions si diffé­


rentes qu'ils ne se réuniront sans doute "pcililt"'pour former
une seule Eglise, comme (!ê Chri~~yî'auralt voulu. ~o!y ~l
ne se réalisera donc pas c61ïfJilètement. Mais une F~dération
des Eglises réformées pourra suffire, et c'est à quoi nous
devons viser, ainsi qu'à une Société des nations (... )." (144)

Byse découvrit avec joie dans les groupes swedenborgiens et


- 66 ­

scientistes (145) des modèles d'Eglises ouvertes "Il toute race, toute
langue et toute nation" (146).

Byse déplorait beaucoup la SCISSIon survenue au sein du mouvement


novi-jérusalémite entre la Convention et la General Church:

" Je n'ai pas Il chercher ici ce qu'elle [la General Church]


avance pour légitimer sa séparation des autres Eglises du
même type; je constate seulement qu'elle forme la première
secte, la seule secte, portant un nom particulier et en riva­
lité avec les associations existantes qui se rattachent Il
Swedenborg." (147)

" Cette division de la Nouvelle Eglise me paraIt déplorable


et nous en souffrirons toujours. Il serait si beau de savoir
que les swedenborgiens forment une seule unité:" (148)

Il rencontra Il plusieurs reprises des représentants de l' Academy;


il apprécia leur profonde connaissance des Ecrits de Swedenborg
et se plut Il souligner le caractère sérieux et savant de ce groupe
religieux, mais gonta moins son côté "épiscopal" et "clérJçal" (149)
- cela était en effet peu compatible avec l'TdéàT -de lalcisation des
Eglises prôné par Byse, convaincu de surplus" qae--l'e'sprit français
ou suisse romand ne se plierait jamais Il une forme ecclésiastique
aussi sacerdotale. La General Church ne correspondait pas Il la
Nouvelle Eglise rêvée par Byse, qui laisserait "Il chaque, s,oçt~té­
locale et Il chaque membre la plus large liberté possible" (150).

* * *
Esprit trop indépendant pour accepter sans restrictions Swedenborg,
Byse diminuait singulièrement l'autorité des Ecrits qu'il voulait utili­
ser'pour-râ'refontedescroyances -protwantës. Mais sans doute
cela échappa-t-il Il beaucoup de ses lecteurs et auditeurs; sa grande
oeuvre reste d'avoir su rendre plus familiers le nom et le message
du Prophète du Nord.

" Plus j'y réfléchis, plus je demeure


persuadé que les initiateurs reli­
gieux - Mme Eddy comme Sweden­
borg - ont un rôle de premier
ordre Il jouer. Le christianisme
est si corrompu, il a si peu réussi
Il imprimer sur la conscience des
masses les premiers éléments de
la moralité, que nous avons un
urgent besoin de ces perturbateurs.
Craignons de les méconnaItre:"

Charles Byse (151)


Chapitre IV

LA NOUVELLE EGLISE EN SUISSE ROMANDE

AU XXe SIECLE :

PANORAMA HISTORIQUE

"(.•• ) si Swedenborg avait été un


pauvre fou ou un misérable malade,
on ne s'expliquerait pas que Dieu
eût fait prospérer son oeuvre à
un tel degré. (... ) sa mission a
eu des résultats extraordinaires.
Ses nombreux ouvrages sont tra-
duits et répandus dans les princi-
pales langues (... ) une Nouvelle
Eglise s'est formée peu après sa
mort sur le fondement de ses
doctrines. Cette Eglise, qui im-
prime énormément, est en train
d'envahir le monde. Déjà elle a
deux centres, l'un en Angleterre,
l'autre en Amérique; un troisième
vient de se fonder à Lau-
sanne (... )."

Charles Byse (I)

Il nous paraTt nécessaire de présenter d'abord un bref aperçu histo-


rique; ce cadre une fois fixé, il sera plus aisé, dans les chapitres
suivants, d'examiner des aspects particuliers: les contours esquissés
ici se préciseront alors, des personnages et des faits prendront leur
relief...

1) Lausanne

Charles Byse eût-il désiré créer une Eglise swedenborgienne indépen-


dante, son âge avancé ne lui en aurait plus laissé la force. Il fallait
une autre impulsion et des énergies jeunes - une conjonction de
facteurs. Comment se produisit ce p!:Qvidentiel concour~.-Sle ...s:!!:~ns­
t~es, qui entraTna l'implantation durable d'une communauté novi-
jérusalémite en terre vaudoise?

a) installation â Lausanne de swedenborgiens de j'Ile Maurice

Le premier service religieux présidé à Lausanne par un ministre


de la Nouvelle Eglise fut le mariage _.qe M!l.lJri~~ .. Galland avec
Raymonde de Chazal (fill~~:.....!:~rte de Chazal),bénLJl.ar:..._~asf~ur
- 68 ­

/-- .. "
Go~_jZurich) le (II septembre 1912.' A partir de cette date,
on rencontre souvent '"Crans l'histoire~ mouvement swedenborgien
en Suisse romande des noms de personnes ou de famUies venues
d~ l'Ile_.,M..?urice: de Chazal, bien' sOr - mais aussi de Saint-Pern,
Ma)'er, Rouillard••• Au point que, en 1927, Maurice Galland pouvait
iégitlmement écrire:

" Nous ne dirons pas que les doctrines de la Nouvelle Eglise


aient été importées a Lausanne _de l'Ile Mauriçe, maCs peu
s'en faut, car notre histoire "est' intimement liée a de nom­
breux amis de ce beau petit pays, sans lesquels il est pos­
sible que nous n'eussions pas encore de société organisée
dans notre ville." (2)

_ En 1912) arriva a Lausanne Mme Léon de Saint-Pern (née Evelrne


Mayer):- Soucieux de voir une congrégation ;ovi-jérusalémite -èOnsti~
tuéedans cette ville, le Dr Lucien de Chazal (petit-fils d'Edmond
de Chazal) l'avait chargée "de 'sé'
'mettre-ën c·ommùriîeâtioii avec
différen'ts' centres de la Nouvelle Eglise a l'étranger en vue de faire
venir un pasteur" (3).

Elle se trouva bientôt activement soutenue dans ses efforts par


~ Pierre de Chazal. (+1942), qui vint s'installer a Lausanne en 1914,
~t
y -.:iejoignant sa_ fille (Mme . ~alland). "[111 enù"a-en contact avec /
le p'étlt groupe qui se réunissait dans les salons de M. Byse pour /
étudier Swedenborg et il n'eut de repos qu'il n'ait çonvaincu chacun ~
de la nécessité d'organiser des cultes et (... ) une société cultuelle
distincte"(4)"" - malg~laréaêdon "négative de Byse face a une
telle initiative (5). ~--- _ . ---­

En mai 1914, Ernest Deltenre (Bruxelles), pasteur de la General


chui-ëh~lel5ï'a--unc-u~ au domicile de Mme Rouillard, "culte
auquel fut invité le groupe de M. Byse" (6); un confrère de Deltenre,
E.E. lungerich, vint prêcher une fois a Lausanne au cours de
l'été (7). Mentionnons également les cultes célébrés a l'automne
1914 par le pasteur Charles-AuKl!~~"~_J'.!l!ssbaum, de passage â Lau­
sanne, en route vers l'Ile'Màurice (8). Enfiiî;- le Dr Lucien de Chazal
séjourna quelques mois a Lausanne en 1914-1915 et présida aussi
quelques cultes.

Entretemps, Pierre de Chazal avait trouvé un pasteur: Gaston-Isa"fe


Fercken, retiré a Nantua. Ce n'était pas un inconnu pour lessweden­
borgïens m-iluriëiells;---lT vaut la peine de résumer sa curieuse
carrière (9).

De père hollandais et de mère française, il avait été pasteur épisco­


palien durant dix ans et était ensuite entré dans l'Eglise des Frères
(Church of the BrethrenJ. En 1895, il fut chargé ~cr'êer--une
mission en Turquie, dans la région d'Izmir. Des difficultés provoquées
par le baptême d'orphelins arméniens l'obligèrent â quitter le pays.
Le comité des missions de son Eglise lui suggéra alors de commen­
cer une oeuvre en Suisse; la même année (en 1899), Fercken réussit
a mettre sur pied un groupe dans ,la région genevoise et un autre
a_9Yol1naX (Ain) (10). En 1906, il abandonna 1',Eglise des Frères
et deviili:- swedenborgien. Mais il connaissait déja la Nouvelle -Egl'(se
depuis plusieurs années, puisqu'i 1 avait rendu visite a Charles Byse
- 69 ­

en 1899 (II) et offert ses services aux swedenborgiens mauriciens


dès 1902. Refusée a ce moment, cette proposition fut acceptée
en 1906, apL~~ ..J3!.__~.!!~on de Fercken au ministère de la Nou­
velle Eglise (le 28 octobre). Fercken occupa ces fonctions pastorales
jusqu'en mars 1914; il laissa a ses fidèles de l'Ile Maurice des
impressions mitigées (13).

Néanmoins, en l'absence d'autre solution, Pierre de Chazal demanda


plusieurs fols""â-"rercKeiïde-'Vei-air' a Lausanne' pour des ëuftès.
Le début de la -guerre, en aoOt f9l4, empêcha temporairement ces
visi tes (14).

" Ce n'est qu'en septembre 1915 que, poursuivanc.ay.ec...t.é.!!.acité


• ":0 son idée, M. Pierre de Chazal réussit, ~près maintes
démarches, a_--.2bt~:rjJr·ae l'Eglise Génér-ale de l'Académie
de Bryn Athyn qu'elle assurât un traitement a ~, Fercken
pour qu'il vienne s'établir a Lausanne\15l:---sous sapro"pre
'.:+1 responsabilité et ayant recueilli quelques fonds, M. de Chazal
l~, pour une heure le dimanche matin et un soir de la
semaine, une salle aux Galeries du Commerce. Nous pOmes
y avoir régulièrement des cultes et des causeries. Il y avait
(
quelques chaises et un lutrin a musique comme chaire. Les
auditeurs de M. Charles Byse vinrent aussi a ces cultes
et c'est ainsi que se forma le noy'!u de ce qui devait devenir
plus tard la Société de Lausanne." (16)

Par la suite, "désireux d'avoir une salle a ne pas partager avec


d'autres, on en loua une plus petite, également aux Galeries du
Commerce, puis, vu l'état des finances, une troisième et une
quatrième toute petite et a bon marché parce que située au
nord." (17) Les cultes rassemblaient en moyenne une vingtaine
de personnes.

Il semble que l'enthousiasme des premiers fidèles rencontra une


certaine inertie de la part de Fercken, guère désireux d'édifier
une organisation. Après un an et demi, le groupe décida d'aller
plus avant et de ne plus se cQl1.tenter d'assister seulement a des
cultes. Nous arrivons ainsi au,"'Z5 février:... 1.9,.!2) (1 8), date historique
pour le mouvement swedenborgien en SUIsse romande: vingt-six
personnes se réunirent a Lausanne, au domicile d~_ Gustave Regamey_
(Jumell~~_~). Ayant discuté de l'aêtTvTtéeïïtï'eprisé-par'Fercken, )
~s conclurent: /
ù/
" Ce ministère ne semble pas devoir aboutir dans sa conception
a la formation d'lin groupement bien organisé. Il nous semble,
en particulier, incomplet. ~N'y aurait-il pas lieu, par consé­
q.!J~Jlt, de compléter--;' le travail soit de tV["-Byse, soit de
M. Fercken, par la fondation a Lausanne d'une école du
dim?!l.~e pour la jeunesse, par l'organisation de "-reli"illo""'ns
pratiques a l'usage des néophytes et surtout par la publica­
tion d'un journal spécial de propagande?" (19)

- - Un comité de sept membres fut nommé; il comprenait ç!J§!.~~e


E..~~y, Pierre de Chazal, Jules Martin, Maurice Galland, Fernand
Gaulis, . Gustave Piguet et Alfred J~,~Ka_me'y',:-J,~t (20). Nous allons
présenter individuellement ces personnages. .

=t­
'-l ­
'..... do /(;., li
t:.
. . . . ., /) r- t2...

- 70 ­

b) gui étaient les premiers fidèles?

~ Acclamé présiçle.llt le 25 février 1917, Gustave Regamey annonça


"sa détermination de rompre avec les concePTIOiïS-religieuses et
doctrinales de la Vieille Eglise, ce qui le privera sans doute de
la joie qu'il a eue jusqu'à maintenant de pouvoir se consacrer à
la prédication de l'Evangile dans l'Eglise dont il a fait partie (.•• ).
Il compte donc sur notre appui pour commencer une oeuvre spiri­
tuelle nouvelle." (21)

Celui qui s'affirmait d'emblée comme le futur pasteur du jeune


groupe avait déjà une expérience du ministère. Né le 25 juillet
{1871 (et décédé le 18 janvier 1935), Gustave Regamey avait fait
) ses études à la Faculté de théologie de l'Eglise libre à Câüsanne
et y avait obtenu sa licenœ--le 17 juin 1897 (22), tout ennferiant
de front bien d'autres activités. Charle~ Byse relate:

" Le 25 décembre 1891, j'eus la visite d'un jeune homme (••• )


qui commençait ses études à la faculté libre. Gustave - Rega­
mey' venait me consulter dans le désir de créer une société
analogue aux Bands of Hope d'Angleterre. Je me mis volon­
tiers à sa dispos~tiow' pour autant que mon expérience pouvait
lui servir. Doué) d',un réel génie d'organisation, il avait déjà
pensé à la (manière dont il devait modifier l'institution
anglaise po~;'l'adapter à notre tournure d'esprit." (23)
Î/
L'association L'Espoir (société d'abstinence de boissons alcooliques
pour enfants) fUt-fondée le Il janvier 1892 dans la maison de Byse.
Sous la dynamique direction de ce dernier et de G. Regamey,
L'Espoir s'étendit vite à toute la Suisse romande protestante et
c9_nn~~ un <:!.éve.loQp~,:!_ent -'~~~ré: dix ans après sa fondation, le
mouveriïehtcomptait 180 sections regroupant 8.026 enfants: (24)

Bién qu'admis le 2 septembre 1897 à être inscrit comme candidat


au ministère de l'Eglise libre (25), Gustave Regamey se sentait
trop absorbé par son action au service de la prévention de
l'alcoolisme: il n'occupa aucun poste pastoral dans l'Eglise libre
vau<l91~.~_et. !0 ~ Jamais,__ ~ç,Q!!.~~.çration (ni--d'iïiiS une-autre
Eglise protestante), ainsi(jü'Tï l'expliqua lui-même:

" J EL11.l?. ..!!1~ suis pas fait consacrer pasteur pour pouvoir être
accueilli par toutes les Eglises où j'ai pu aller fonder des
groupes de Bands of Hope, ce que je n'aurais pas pu aussi
bien faire si je m'étais rattaché à une Eglise particulière.
Je me suis ensuite occupé pendant quelques années d'une
mission évangélique à Chexbres, une petite localité du canton'
de Vaud, puis j'ai accepté un poste de pasteur en france,
à Maubeuge, où je suis resté quatre ans. J'ai voulu alors
me faire consacrer en france, mais on me demandait pour
cela d'aller soutenir une nouvelle thèse de théologie à
Montauban ou bien de servir cinq ans dans l'Eglise. (... )
Pendant le temps où j'ai été pasteur à Maubeuge, j'ai été
mis au bénéfice de la délégation pastorale de la part de
la Commission synodale de l'Eglise, ce qui m'a permis de
remplir toutes les fonctions de pasteur et de distribuer les
sacrements." (26)
- 71 -

A son retour en Suisse, en 1913, il fonda à Lausanne le Collège


Providence, "collège préparatoire aux écoles officielles de la
ville" (27). En outre, il remplaçait chaque dimanche des pasteurs
pour des prédications. Certains facteurs semblent pourtant avoir
contribué à le détacher progressivement de son Eglise dès ce
moment (28); surtout, il reprit contact avec Charles Byse, dont
Swedenborg était devenu la préoccupation essentielle: Gustave
Regamey se sentit lui aussi attiré par les lumières de la Nouvelle
Jérusalem. Présent à la réunion constitutive du Groupe Swedenborg,
le 12 mai 1914, il Y fit office de secrétaire (29); il rencontra le
Dr Lucien de Chazal lors du séjour de ce dernier à Lausanne (30);
il encouragea enfin Pierre de Chazal à organiser des cultes indépen-
dants pour la Nouvelle Eglise (31). Sa décision de rompre avec
l'Eglise libre en 1917 fut donc ['aboutissement logique d'une évo-
lution (32). Il put déclarer devant la 98e assemblée générale de
la Convention américaine:

" Avant que de connaTtre les enseignements de la Nouvelle


Eglise, j'étais un chrétien bien disposé sans doute, mais
sans grand enthousiasme. (... ) Aujourd'hui je possède un
idéal." (33)

Gustave Regamey était convaincu d'avoir découvert chez Swedenborg


"la solution de la plupart des problèmes qui se posent à l'esprit
chrétien, la réponse aux aspirations les plus secrètes de l'âme
humaine, rien qui soit en désaccord avec les enseignements de la
Parole de Dieu" (34). Les nouvelles doctrines lui inspirèrent jusqu'à
sa mort une ferveur inébranlable (35). ----
_ / ',?--;;-f
'~ - Nous avons déjà mentionné le rôle de (Pierre de Chazal (qui S'établit
quelques années plus tard à Nice); évoquônsmalïïfenant son g~'!S!!:~,
1:'
.,_.... Maurice Galland (1887-1956), autre figure de proue de hi-"Nouvelle
Eglise en SUisse romande, aussi enthousiaste que Gustave Regamey,
quoique dans un registre différent.

fils d'Alfred Galland (fondateur de la Banque Galland et vice-consul


britannique à -~causanne), il devint en 1909, après des stages à
l'étranger, le collaborateur---dë "-SO}1~re (à la mort de ce dernier,
en 1937, le gouvernement britannique chargea Maurice Galland de
la direction du consulat de Lausanne, fonction qu'il occupa jusqu'en
1947). Il joua un rôle important dans le monde des affaires et
atteignit à l'armée le grade de colonel.

Amené à la Nouvelle Eglise par son épouse (36), il fut l'un des
membres les plus actifs et les plus fidèles du groupe de Lau-
sél.l1ne (37), dont il devint le président en 1925. Au sein---C1e~la
fédération des sociétés dë- langue française de la Nouvelle Eglise
(dont nous parlerons au chapitre suivant), il remplit de manière
remarquable la tâche difficile de trésorier. A ses débuts en Suisse
romande, la Nouvelle Eglise bénéficia grandement de la collaboration
entre deux hommes tels que Gustave Regamey et Maurice Galland:
le premier toujours prêt à se lancer dans de nouvelles activités
et à échafauder des projets grandioses, le second animé d'une même
foi profonde et apportant, à travers une stricte gestion, la dose
de réalisme nécessaire pour éviter la débâcle financière (38).
- 72 ­

\J:. jules Martin (décédé à 89 ans le Il aoOt 1939) travailla durant

pli:iS<ie-quarante ans comme employé des chemins de fer. Il se

trouva au nombre de ceux qui encouragèrent Pierre de Chazal à

faire venir un pasteur.

" Mais ce fut bien longtemps avan( déH~/ qu'il appritl;/à con­
naTtre les écrits de la Nouvelle Egnse et les enseignements
de Swedenborg et les accepta. Il s'été!it même rendu _.à
Zurich vers la fin du siècle derniér pour y fiiireoériir"Son
~iage'-15ar un' pasteur de la Nouvelle Eglise;-comme- il
n'existait pas encore de société à Lausan-rie. Il fréquenta
également les conférences du pasteur Byse sur Swedenborg
(••• ) et les réunions du Groupe Swedenborg (39) (••• l." (40)

jules Martin représente donc un exemple de ces quelques sweden­


borgiens convaincus, !!1a.:~.Q~s, qui existaient déjà en -Süisse
romande avant que Charles Byse y entamat son action. Parmi les
vingt-six personnes qui assistaient à la réunion ciu 2.5 février 1917,
on trouve au moins un autre cas similaire: (Anna Nicolet-PariS)
(décédée le 15 juin 1930), swedenborgienne depws- les dê15lïtaes
années 1880; elle dirigeait un atelier de peinture sur porcela.ine
réputé et fut à l'origine de l'Ecole du dimanche de la Nouvelle
Eglise de Lausanne (41). Aussi présents le 25 février: son fils, jean
Nicolet (ingénieur, puis opticien; décédé à l'age de 74 a~ le
22-'dêcembre 1970), qui fut sa vie durant un membre très actif
de la Nouvelle Eglise; sa fille, Hélène (plus tard Mme Buche).

"ç - Vernand Ga_~ (décédé le 10 mai 1924) s'était illustré comme


peintre paysagiste (42). Il semble que ce fut (au moins en partie)
Byse qui le gagna à Swedenborg (43l.

r AlfreJl._~gamey-Lachat)(décédé le 6 septembre 1937) était~ . .frère


~----- de Gustave..JS.egamey (et souvent son collabor.ateur). II ne doit pas r. '­
'-, être-ë::onfondu avec le fils de ce dernier, (AÎfred C:-Regamey, dont' (',
iîOïJs reparlerQ.ns. Instltütêur liJs<ÎU'~ 193-2;--"A:-- Regamey-Laéflat
"lf apporta son concours à de nombreuses publications scolaires (44).

C1 Quant à ~~tave e.ig~ il reçut une formation de chimiste. Il fut


député radical au Grand Conseil vaudois (/937-1939) - et, durant
de longues années, secrétaire de la Nouvelle Eglise de Lausanne.
Sa mère, (AïïCë···Pigyet-Truanl(décédée le Il janvier 1945, à l'age
de 84 ans), assistait également à la réunion du 25 février 1917;
son père, Charles Piguet-Truan, remplit la fonction de président
de la Société de Lausanne à partir de 1923 et quitta ce Inonde
le 2 juin 1925. La famille Piguet avait découvert Swedenborg grâce
aux causeries et conférences de Charles Byse (45).

Parmi les vingt-six _Rionniers présents le 25 f~_vrier 1917, relevons


encore les noms ~lain~~~ Chaza'l) et de (!Vfaurice de Cha~ Ce
dernier devint pasteur ae la Nouvelle Eglise (il effectua ses études
de théologie en Grande-Bretagne et fut consacré à Southport le
17 juin 1925) et s'affirma comme un talentueux prédicateur (il avai t
également une formation scientifique et étudia plus tard la· méde­
cine). Il exerça à divers moments son ministère en Suisse, en france
et à l'Ile Maurice - nous aurons à le mentionner à nouveau dans
le cours de cette étude.
- 73 ­

c) les débuts de la Société: difficultés avec le pasteur fercken

Dès février 1917, on pouvait prévoir une rapide dégradation des


relations entre fercken et le groupe qu'il av~it pour tâche de diriger"
spirituellement. En effet, Gustave Regamey, qui n'était pas ministre
de la Nouvelle Eglise, ne donnait-il pas l'impression de se placer
quasiment sur le même pied que le pasteur en titre? et il annonçait
en outre qu'il célébrerait des cultes dans la même salle que lui
(mais le dimanche soir) dès le 15 avril:

" Monsieur le pasteur fercken nous dit approuver nos inten­


tions, mais comme nous n'avons aucun mandat pour nous
occuper de son ministère, notre oeuvre marchera de pair
avec la sienne sans pour cela se confondre avec elle. Pour
plusieurs raisons (••. ), nous préférons d'ailleurs qu'il en soit
ainsi." (46)

Tout cela constituait bel et bien un désaveu implicite de l'activité


de fercken.

" Le premier culte de M. Regamey eut lieu. La salle était


absolument pleine (... l. M. fercken n'était pas des nôtres,
nous avons su depuis qu'il était à l'Armée du Salut, ce qui
a causé une grande surprise à ceux qui l'y ont vu en sachant
qu'il y avait un culte chez nous (... l." (47)

La rupture intervint vite: à l'issue de son culte du dimanche


29avril, fercken, apparemment en colère, indiqua à ses auditeurs,
sur un ton sec, avant la prière finale', qu'il n'assurerait désormais
plus les instructions du vendredi. Cela bouleversa le petit groupe
et Gustave Regamey écrivit à fercken le lendemain:

" A mon grand regret, la décision que vous avez prise de


renoncer aux études du vendredi soir vous a aliéné la con­
fiance de la majorité des membres et amis de l'Eglise." (48)

Dans une lettre collective adressée à fercken pour lui faire part
de leur tristesse, dix-sept fidèles émettaient des accusations plus
précises:

" La moisson est grande à Lausanne, vous semblez ne pas


en tenir com pte.
( ... )
" Vous refusez de venir dans nos demeures particulières éclai­
rer les amis que nous vous amenons sous prétexte que la
présence des membres de l'Eglise vous gêne. Vous ne voulez
pas de nous dans vos conférences à Genève pour la même
raison.

" Vous avez même dit à plusieurs d'entre nous que vous
regrettiez d'avoir quitté ,'ancienne Eglise et d'être entré
dans la nouvelle.
( ... )
" En raison de votre attitude indigne de dimanche, nous
- 74 ­

venons vous dire qu'à l'avenir nous cessons toutes relations


avec vous." (49)

Une réunion tenue..Ie 4 mai consacra la r\lpture et attribua de facto


à Gustave Regamey 'la fonf.t~on de pasJ~ur du petit groupe (50):

" Après une sérieuse discussion, une grave décision est prise:
le culte de M. fercken du dimanche est supprimé. Après
un intervalle d'un dimanche, pour que chacun se recueille
avant de recommencer dans une atmosphère éclaircie,
M. Regamey veut bien se dévouer pour l'Eglise et lui consa­
crer son temps le dimanche matin pour un culte.
( ... )
" Nous renverrons à M. le pasteur fercken les effets qu'il
possède dans la salle de cultes.

" La paix reviendra, nous le pensons, dans l'Eglise après cette


douloureuse amputation. Par mille faits, M. fercken nous
avait montré qu'il n'aimait pas la Nouvelle Eglise et ne
s'y sentait pas chez lui; ce qui n'a pas peu contribué à
nous détourner de lui." (51)

Fercken tenta de causer divers ennuis à la congrégation sweden­


borgienne de Lausanne: i1_~ssaya d'abord d'ouvrir _un~ autre salle
de cultes, en mai 191i (52):- apparemment sans grand succês; à
l'automne 1917, il écrivit à un pasteur de l'Eglise libre de Lausanne
(en le priant de faire circuler la lettre parmi ses collègues) pour
l'établir juge de la situation et se plaindre d'avoir é!é__ ~YJ!ls:é au
profit de G. Regamey (53); il semble qu'il persistait JQ],Ijours __Q.?J}s
une sourde opposition à la fin de l'année 1918 (54). Nous perdons
ensuite sa- Tràëe; --Ii abandonna la General Church en 1919 (55) et
mourut à Yverdon, le 15 mars 1930, à l'àge de 75 ans (56).

d) choisir son camp: à quelle organisation s'affilier?

En elle-même, l'affaire Fercken n'eut pour la Nouvelle Eglise de


Lausanne qu'une importance limitée et appartint vite au passé.
Indirectement, pourtant, on constate rétrospectivement qu'elle eut
des conséquences non négligeables: outre la place qu'elle offrit
d'emblée à G. Regam.ey, elle ne fut pas étrangère aux choix juri­
dictionnels effectués ultérieurement par les novi-jérusalémites
lausannois.

fercken ayant été assisté financièrement par les milieux de la


General Church, allait-on définitivement se placer sous l'égide de
ce mouvement, ou plutôt se tourner vers la Conference britanmque
ou la Convention américaine? Concrètement, le problème se présen­
tait sous un double aspect: IOde qui Gustave Regamey recevrai t­
il s,!_..ÇQ.!!§écr:.~tion pastorale? (57) 20 qui soutiendrait pécuniairement
l'oeuvre entrepri'se à Lausanne? (58)

Quelques membres de la General Church avaient rendu visite à


Byse en 1914 (59) et, avec Pierre de Chazal, avaient voulu le
pousser à aller plus loin; vu le caractère indépendant du vieux
pasteur, cela l'avait plutôt indisposé à l'égard du groupe de Bryn
- 75 -

Athyn (60). La General Church semblait désireuse de préparer à


Lausanne une implantation solide; l'évêque N.D. Pendleton écrivait
à Mme Nicolet en 1916:

" Permit me to assure you, my dear madame, that we are


disposed to do ail we can for the society in Lau-
sanne (... )." (61)

A ~ ~ega~ey, il affirmait quelques semaines plus tard:

" 1 am much interested in the efforts being made to spread


the knowledge of the Writings of Emmanuel Swedenborg
by Pastor Byse. It is however necessary that more be done
than the mere spreading of this knowledge. The Church
of the New Jerusalem must be established and this is a
labor that must follow." (62)

La question de l'affiliation à une des grandes organisations novi-


jérusalémites se posa dés la réunion du 25 février 1917:

" M. P. de Chazal demande que l'on précise l'attitude que


le groupement que l'on fonde observera vis-à-vis de l'Eglise
Générale de Bryn Athyn qui s'est dépensée si généreusement
pour répandre les nouvelles doctrines dans notre ville.

" M. Regamey propose que pour le présent nous observions


à l'égard de cette Eglise l'attitude que doit nous dicter
à la fois la reconnaissance que nous avons pour nos fréres
de l'Académie et la prudence nécessaire à la constitution
d'un groupe de la Nouvelle Eglise dans notre ville. Pour
réussir, il lui semble qu'il est absolument nécessaire de
n'être contraint par aucune organisation ecclésiastique qui
ne répondrait pas entiérement à la mentalité de notre popu-
lation." (63)

Allusion, sans doute, à la structure épiscopale de la General Church.


Pour prendre une décision, on attendait un peu la réaction de Bryn
Athyn, laissant provisoirement de côté la question d'appartenance
et consacrant tous les efforts à l'administration du petit
groupe (64). Pourtant, cinq de ses membres appartenaient à la
General Church (65); quant à Pierre de Chazal, il penchait nette-
ment de ce côté (66). Mais Gustave Regamey décrivait probablement
la réalité dans une lettre d'aoat 1917:

" A Lausanne la plupart des membres sont favorables à la


Convention. (••• ) Nous ne voudrions pas prendre parti dans
le différent [sic) qui sépare l'Academy de la Convention.
Nous n'avons pas de raisons d'être avec les uns plutôt
qu'avec les autres. Nous voudrions servir autant que possible
au contraire de trait d'union, car nous voyons combien cette
division est contraire aux vrais intérêts de l'Eglise. L'idéal
serait donc d'être avec les uns et les autres et même d'être
secondés par chacun pour accomplir notre oeuvre en pays
de langue française." (67)

L'évêque Pendleton ayant écrit à quelques personnes de Lausanne


- 76 ­

qu'il ne pouvait se prononcer au sujet du conflit avec Fercken et


qu'il avait l'impression que le groupe voulait se retirer de son
cercle (68), le Comité décida, en septembre 1917, de lui demander
de continuer son soutien, en remplaçant Fercken par un autre
pasteur (69). Plusieurs fidèles signèrent donc une lettre à l'évêque
pour prier la General Church d'accueillir G. Regamey dans les rangs
de son clergé, précisant par la même occasion:

" Si nous avons voulu nous séparer de M. Fercken, nous n'avons


jamais pensé un instant à nous retirer de sous votre égide,
bien au contraire." (70)

Affirmation sans doute exagérée... Le Comité revint à la charge


le mois suivant, dans une lettre officielle où transparalt le désir
de rassurer Bryn Athyn sur l"'orthodoxie" du noyau lausannois.

" Nous tenons (... ) à vous dire que nous sommes absolument
indépendants de M. Byse qui n'est pas un de nos membres
et qui comme par le passé organise, chaque mercredi soir,
tout à fait en dehors de nous (71), des conférences sur
Swedenborg et ses doctrines.
( ... )
" Nous aurions (...) grand besoin d'un appui financier régulier
pour nous aider à continuer à développer '"ie programme qùe
nous nous sommes proposés." (72)

L'évêque de la General Church se trouvait dans une position déli­


cate; après avoir laissé entendre d'abord que l'affiliation à son
Eglise n'avait qu'une importance relative (73), il finit par faire
savoir clairement que d'une part il n'y avait ni fonds ni pasteur
disponibles pour l'oeuvre de Lausanne (74) et que d'autre part
G. Regamey ne pouvait être considéré comme pasteur:

" M. Regamey has not as yet been ordained into the mlnJstry
of the New Church, nor has he requested or received from
us a license to do ministerial work pending ordination;
therefore he is not in any way under my episcopal super­
vision. The same is true of the Church in Lausanne over
which he presides." (75)

Cette réponse parut dure (76). En réalité, l'évêque Pendleton ne


pouvait en donner une autre. Theodore Pitcairn résuma parfaitement
la situation en écrivant plus tard à -un-correspondant:

" You may have been prejudiced against the General Church
by the feeling of sorne of the Lausanne New Church people
that the General Church did not give them the assistance
they desired. They desired that the assistance given to Mr.
fercken be given to their society and when this was not
done they felt that the General Church had sided with Mr.
fercken against them. This misunderstanding doubtlessly
would not have arisen had the bishop been able to get to
Europe as he expected; but the war has made his visit
impossible.
- 77 ­

" The General Church has not unlimited funds at its dispo­
sai (..• ). lt would have been against all the precedents of
the General Church to have given money to a society for
the support of a minister whom we know very little.
( ... )
" On the other hand it would have seemed unjust to have
cut off the support we were glvlng to another mini~~er
without being intimately acquainted with the circumstances
of the case.

" 1 liked what 1 saw of the Lausanne New Church very much
and [ sympathize with their difficulties; but [ feel they
have been somewhat unreasonab[e in what they have
expected of the General Church." (77)

Les dés étaient jetés: la General Church n'aurait pas de filiale


en Suisse (78). Tout en continuant à se vouloir quelque temps au­
dessus des querelles théologiques intestines du mouvement sweden­
borgien (79), la Nouvelle Eglise de L,ausanne pencha de plus en plus
du côté de la Convention et de ~ Conference:) Pour inciter ces
deux organisations à accorder leur appui, on sut jouer habilement
sur le risque de voir le groupe se rattache-r5irîôn à la -General
Church: --­

" Je tiens à vous dire confidentiellement que j'ai résisté


jusqu'à ce jour aux sollicitations qui nous ont été faites
pour que nous nous adressions à Bryne [sic] Athyn afin d'être
secourus financièrement par l'Académie.

" Il me répugne de nous affilier à cette branche de [a Nou­


velle Eglise pour être au bénéfice du subside qu'elle consen­
tirait à nous offrir. Nous ne sommes pas en état de juger
sainement de la raison d'être de ce groupe pour prendre
position pour ou contre lui. C'est la grande raison pour
laquelle j'espérais que le Seigneur nous viendrait en aide
d'une autre manière." (80)

Le généreux Dr Lucien de Chazal, non content de renflouer inlas­


sablement les calsses-de--Ia-'<1"fouvelle Eglise mauricienne, désirait
soutenir la propagation des doctrines célestes en Europe francophone
(nous y reviendrons au chapitre suivant). Or, il était faro!ic_l}~ent
oppost à la General Church: si l'on voulait bénéficier de son aide,
il était eXClu de se placer sous la tutelle de Bryn Athyn. Mais
n'allait-on pas accuser la Société de Lausanne de se montrer ingrate
à l'égard de la General Church et de marcher "avec le plus
offrant"'? (81)

" Notre intention n'est pas de tourner le dos à Bryn Athyn


parce que M. le docteur Lucien de Chazal nous offre une
subvention à condition de nous affilier à Londres. D'autre
part, nous ne croyons pas avoir contracté- une dette
d'honneur envers Bryn Athyn qui continue à payer (82) un
pasteur [ferckenl dont nous ne voulons plus les services
et qui cherche à entraver nos progrès par tous les moyens
possibles." (83)
- 78 ­

Restait le problème de la consécration de Gustave Regamey au


ministère. Dès février 1918, les membres de la Nouvelle Eglise de
Lausanne demandèrent à la Convention et à la Conference de bien
vouloir la lui accorder (84); ces deux organisations semblaient en
effet favorablement disposées à l'égard de l'oeuvre entreprise en
Suisse romande. Le récit des longues négociations en vue de cE!t.te
consécration n'aurait aucun intérêt pour le lecteur (85): qu'il suffise
de dire que Gustave Regamey, invité à Washington par la General
Convention of the New Jerusalem pour assister à sa 98e session,
y fut consacré le II mai 1919.

e) affermissement de l'oeuvre

Malgré sa faiblesse numérique, le petit groupe enthousiaste de Lau­


sanne ne cessait de multiplier les projets et les activités: en mai
1917 parut le premier numéro d'un mensuel, Le Messager de la Nou­
velle Eglise (publié sans interruption jusqu'en février 1941); le
dimanche 5 mai 1918, on inaugura une nouvelle salle de cultes (rue
de Bourg 25); en 1919 fut fondée la Ligue de jeunesse de la Nouvelle
Eglise de Lausanne et créée une Agence des publications (pour la
diffusion et l'édition de littérature swedenborgienne); enfin, la jeune
Société de Lausanne parvint à organiser, du 29 au 31 juillet 1920,
le premier Congrès des sociétés et des membres de langue française
de la Nouvelle Eglise, avec des participants venus du monde entier:
Nous reparlerons de chacune de ces initiatives. Pour le moment,
indiquons seulement que, durant toute cette période, le Comité de
la Nouvelle Eglise de Lausanne se réunissait presque chaque
semaine:

La Société fut constituée de manière régulière le 17 février 1918;


les !:.!..~gt.:flnq _~!,~es présentes signèrent la déclaration suivante:

Les soussignés, après avoir pris connaissance des doctrines


de la Nouvelle Jérusalem, déclarent vouloir s'en inspirer
pour la conduite de leur vie. Ils prennent l'engagement de
travailler, sous la direction du Seigneur, à l'instauration
de la Nouvelle Eglise et la propagation de ses enseigne­
ments." (86)

Le jour suivant, le culte rassemblait cinquante-sept participants (87);


au cours de l'année 1918-1919, quatorze enfants fréquentèrent régu­
lièrement l'Ecole du dimanche (88). Modestes, ces débuts étaient
quand même encourageants - et d'intéressantes perspectives se pré­
sentaient parallèlement dans d'autres régions. Mais tout cela n'allait
pas sans entraîner un énorme surcrott d'occupations pour Gustave
Regamey; il lui devenait de plus en plus difficile d'assumer la direc­
tion du Collège Proviq~n_ce (89). Il lui semblait que l'Eglise ne serait
susceptible de se développer davantage qu'à partir du moment où
il pourrait s'y consacrer plus complètement (90). Jointes aux maigres
ressources du groupe de Lausanne, les génér~<~~§«Jlub~ns reçues
de swedenborgiens étrangers lui permirent de réaliser ce projet;
il-<renonça définhiveilient à - son collège en 1920 (91). Le dynamique
pasteur ne fit jamais fortune au service de la Nouvelle Eglise et
subit plus d'une fois des restrictions financières (92), mais put au
moins, désormais, se consacrer à plein temps à la propagation des
célestes doctrines.
-- 79 ­

Plusieurs membres de sa famille le suivaient, â commencer par


son épouse, Marie 8._egamey (née Eberlé, orpheline très jeune, elle
s'unit à G. Regamey enT897; eTIe---ê1é-céda le 23 juillet 1961, à l'âge
de 90 ans); le Christian Science (qu'elle n'accepta cependant jamais
intégralement) constitua pour elle le pont qui l'amena à la Nouvelle
Eglise (93). Deux des fils de Gustave Regamey, Antony et Alfred,
partirent en 1920 aux Etats-Unis pour s'y préparer au ministère,
à j'Ecole de théologie de la Convention (qui paya leur voyage et
leurs études) - à la grande joie de leur père:

" Ce n'est pas deux, c'est dix fils que je voudrais pouvoir
consacrer au Seigneur pour ce travail, car des portes
s'ouvrent un peu partout maintenant après la guerre." (94)

Consacrés l'un et X__~Lt~e à Washington le 13 mai 1923 par le pasteur


Worcester, preSIdent de la Convention, ils revinrent en Suisse.
Antony Regamey (1899-1976) n'y resta pas longtemps, puisque (entre
autres à cause du manque de fonds pour assurer la subsistance de
plusieurs pasteurs en Suisse) il se rendit à la fin de l'année 1925
en Grande-Bretagne et émigra ensuite aux Etats-Unis, où il eut
une longue et féconde carrière pastorale.

P~r contre, Alfred G. Regamey (né à Carouge le 15 avril 1902;


déèé'dé- à LatÎsan-ne le 14_ ~S:~ITlbœ_-l.915) passâ -toute-wnëXiStëïice
aü-·servlceaè--la-i\louveÏle Eglise en Suisse romande. Demeuré céli­
bataire, il se dépensa sans compter et nous aurons encore souvent
à évoquer son action.

f) développements ultérieurs

Après le Congrès de 1920, on peut dire que la Nouvelle Eglise est


fermement établie à Lausanne: elle bénéficie d'un noyau solide et
fidèle, elle entretient un réseau de relations internationales, elle
joue enfin un rôle central dans la fédération des sociétés de langue
française. Nous nous contenterons ici d'évoquer brièvement quelques
étapes de son existence jusqu'en 1948.

A l'automne 1923, Gustave Regamey partit s'installer à Genève


(nous y reviendrons bientôt). Norman E. Mayer (+ 1956), son suffra­
gant, qui avait été consacré à -Blackpool 1;;---21 juin 1923 et apportait
depuis 1921 sa collaboration pour la mission de Genève et l'Ecole
du dimanche de Lausanne, fut appelé à remplacer G. Regamey
comme pasteur de l'Eglise de Lausanne (A.G. Regamey ,'assistant
pour l'Ecole du dimanche et assurant une prédication par mois).
Avant de devenir pasteur, N.E. Mayer avait fait des études de droit
et reçu une formation d'avocat. De santé délicate, il avait souvent
besoin de repos. A la fin de 1923 déjà, il dut partir à Nice pour
se soigner (remplacé pendant ce temps par les pasteurs Regamey).
Théologien compétent et très pieux, il n'avait pas une mentalité
d"'entratneur" (95).

" Sous le ministère de M. Mayer, ,'activité de notre Société


se transforme un peu; quelques conférences publiques et
de propagande sont données dans notre salle de cultes, mais
notre nouveau pasteur s'occupe surtout de l'instruction en
profondeur dans les doctrines." (96)
Statistiques de la Société de la Nouvelle Eglise de Lausanne

Abréviations: MO (moyenne des auditeurs lors des cultes), ME (nombre


de membres inscrits), NR (membres inscrits non résidents); nouveaux
membres: CO (convertis [personnes nouvellement intéressées aux Doc­
trines]), TR (transferts d'autres sociétés de la Nouvelle Eglise), EC
(catéchumènes de l'Ecole du dimanche), TO (total des nouveaux
membres au cours de l'année); diminution: OS (démissions), DT (déména­
gements), OC (décès); différence par rapport a l'année précédente:
H (en plus), (-) (en moins).

nouveaux membres diminution


MO ME CO TR EC TO OS DT OC _ + _ (-)
1923-24 20-35 37 -­ -­ -­ -­ -­ 5 1 -­ 6
1924-25 30 40 -­ 1 3 2 6 -­ -­ 3 3
1925-26 30-35 48 2 1 7 1 9 -­ -­ 1 8
1926-27 30 49 2 2 -­ 1 3 -­ 1 1 1
1927-28 26 40 6 -­ -­ 1 1 -­ 10-­ -­ 9
1928-29 25 36 6 -­ -­ -­ -­ 1 3 -­ -­ 4
1929-30 28 37 6 1 -­ 1 2 -­ -­ 1 1
1930-31 28 39 8 1 1 1 3 -­ -­ 1 2
1931-32 28 43 12 -­ 4 1 5 -­ 1 -­ 4
1932-33 28 48 12 -­ 2 3 5 -­ -­ -­ 5
1933-34 28 49 11 1 -­ 1 2 -­ 1 -­ 1
1934-35 28 48 11 -­ 3 -­ 3 -­ 4
1935-36 23 47 12 -­ -­ 1 1 -­ 2
1936-37 23 49 12 -­ -­ 2 2 -­ -­ -­ 2
1937-38 24 53 15 5 -­ -­ 5 -­ -­ -­ 4
1938-39 31 53 13 ? ? ? ? ? ? ?
1939-40 35 61 14 5 4 -­ 9 -­ -­ 1 8
1940-41 28 65 14 4 -­ 2 6 -­ -­ 2 4
1941-42 25 55 11 -­ -­ -­ -­ 7 (a) 3 -­ -­ 10
1942-43 26 60 14 4 -­ 2 6 1 -­ -­ 5
1943-44 23 62 16 3 -­ -­ 3 1 -­ -­ 2
1944-45 24 63 17 1 -­ 2 3 -­ -­ 2 1
1945-46 25 51 6 -­ -­ 1 2 (?) 8 (b) 5 1 -­ 12

(a) 2 démissions et 5 radiations


(b) 2 démissions et 6 radiations

N.B.: rappelons que les radiations ne constituaient pas une sanction,


mars "officialisaient" simplement un état de fait (absence totale d'inté­
rêt a l'égard de la Nouvelle Eglise, etc.).
- 81 ­

En 1926, la santé de N.E. Mayer était si sérieusement atteinte


qu'il envisagea de réduire ou"d'abandonner ses activités pastorales,
son médecin lui ayant enjoint de changer de profession; mais le
Comité l'encouragea à persévérer (97).

Le 1er avril 1928, N.E. Mayer quitta Lausanne pour aller s'occuper
de la Nouvelle Egliseâ PaTis. Alfred G•. Rega~ey_lui succ.éda _~'à
titre provisoire" (98). Ce :'provisoire" devait durer... près d'un
dê"mi--;.iêèiê! -sil'ooexcê'pte la période d i avrn-""T939 à mai 1940,
dGFantlaquelle ~"~ de Chaz-al, eut la charge de la Société de
Lausanne (99).

On ne peut énumérer ici les centaines de conférences et autres


réunions organisées au cours de ces années. Mais il faut mentionner
un fait important: l'installation dans des locaux adéquats et perma­
nents - ce qui n'est certainement pas étranger a la solidité du petit
groupe jusqu'à aujourd'hui. Le souci d'acquérir un bâtiment ou de
construire un temple s'était manifesté très tôt. A la fin de l'année
1920,1a fédération des sociétés de langue française avait voulu
acheter l'immeuble abritant le Collège .Providence (Jumelles 6);
presserltis pour fi na rÎcerTopé r'aHo n, les respo'nsables de la Convention
répondirent que leurs ressources ne le permettaient pas (100), et
on renonça donc au projet. En attendant mieux, grâce à un don
de Marc de Chazal, on put transformer en 1924 la salle de la rue
de Bourg:· "chaiSes remplacées par des bancs, nouvelle tapisserie,
vitraux (confectionnés par Jean Nicolet) - ainsi qu'un autel, grâce
à un legs de f ernand Gaulis (100.

Le 9 avril 1930, à l'occasion d'une soirée organisée sous les auspices


de la Ligue de jeunesse, on recommença à envisager sérieusement
la construction d'un temple à Lausanne: l'architecte Georges Lerch
(né en 1906, il adhéra à la Nouvelle Eglise-en" 192S-êt- ën dèrneüre
encore l'un des membres fidèles) lança un appel en faveur d'une
telle réalisation (102).

Au début de l'année 1932, le loyer du local de la rue de Bourg


augmenta de 50% (103). Le 24 novembre 1932, le Conseil d'adminis­
tration de la fédération des sociétés de langue française décida
~"!!çlli!.!.~.i!ion, à des conditions avantageu~es,,__de l'immeuble de -ia
rue Carollne·-2iTëOi....S truit en 1877); la fédération proposa à la
Société-dë·-C8ûSanne de louer le rez-de-chaussée pour y aménager
une salle de cultes (104) - proposition acceptée avec enthousiasme
par une assemblée générale extraordinaire réunie le 14 février 1933,
"heureuse de penser que notre société sera bientôt vraiment 'chez
elle"':

" Cette décision marque certainement une nouvelle étape dans


le développement de notre Eglise de Lausanne (... l." (105)

Après des transformations (effectuées sous la direction de Georges


Lerch), les !Jouveaux locaux furent inaugurés le 10 septembre 1933,
à l'occasion du l2esynodedè-raFédératioô;--re même ]ou-j:;" Alfred
G. Regamey fut officiellement installé comme pasteur de la Société
de Lausanne par Ad. L. GoerwiH. (Zurich), pasteur général de la
Convention p.our l'EurQ.pe continentale (106).
- 82 ­

Au cours de i'entre-deux-guerres, la situation financière de la Nou­


velle Eglise de Lausanne ne fut jamais facile. Les comptes bou­
clèrent souvent par un déficit. Le départ à l'étranger de quelques
membres fortunés suffisait pour compromettre les ressources (107).

En outre, après l'élan des premières années, la croissance semble


ralentir: la Société de Lausanne s'affermit et se stabilise, mais
elle grandit peu. Considérant la seconde décennie d'existence du
groupe (1927-1937), Gustave Piguet écrivait en 1937:

" Moins fertile en événements variés que la précédente, elle


parait en avoir été la suite naturelle, comme le fleuve assagi
fait suite au torrent fougueux. Elle aura été plutôt une
période de travail interne, rendue plus difficile et plus ardue
par l'atmosphère de crise mondiale qui date de 1930 et
dont nous ne voyons pas encore la fin.

" Cette décade semble de ce fait se prêter moins que la pré­


cédente au labeur religieux, à l'extension du Royaume de
Dieu parmi les hommes. Notre oeuvre d'affranchissement
spirituel en souffre, les résultats obtenus ne paraissent pas
en rapport avec la somme des efforts déployés d'année en
année. Notre effectif était de 49 en 1927, et il s'est main­
tenu au même chiffre en 1937, départs et décès ayant été
compensés par des adhésions nouvelles." (108)

A partir de 1939 (108), le ministère de (~aurice de Cha2.aDs'accom­


pagna d'un regain de conférences devant des auditoires extérieurs
à la Nouvelle Eglise. Son but avoué était de se consacrer "au travail
missionnaire, de préférence au sein d'une société déjà exis­
tante" (110). Ses talents d'orateur auraient-ils pu relancer la crois­
sance de la Société de Lausanne? Impossible de le dire, car la durée
de l'expérience fut trop courte: devant l'aggravation de la situation
internationale, Maurice de Chazal (sujet britannique) quitta la Suisse
en mai 1940 (III).

Durant les années de guerre, dans l'isolement (112), à Lausanne


comme ailleurs en Suisse, la Nouvelle Eglise poursuivit sans inter­
ruption ses activités. A la fin des années 1940, Lausanne demeurait
le vrai centre du swedenborgisme suisse romand, l'endroit aussi
où la participation aux services religieux et aux réunions diverses
était la plus forte (113). A elles seules, cette continuité et cette
persévérance représentaient déjà un beau résultat.

2LJlenéve

A partir de 1916, le pasteur fercken avait donné des conférences


sur Swedenborg et les doctrines novi-jérusalémites à Genève (114).
Il eut la satisfaction de célébrer, le dimanche 1er avril 1917, le
premier culte de la Nouvelle Eglise dans cette ville, en présence
de vingt-sept personnes, mais il ne semble pas y avoir eu de suites
concrètes (115).

Par contre, Gustave Regamey caressai t dès 1919 des projets précis
pour Genève, puisqu'il déclara cette année-là, à Washington:
- 83 -

" La "Ligue des Nations" va se constituer. Si, comme tout


nous porte à le croire, la ville de Genève (••• l devient le
siège central de cette Ligue, il est de toute nécessité que
de cette localité rayonne également l'influence des enseigne-
ments de la Nouvelle Eglise. Genève est à très peu de dis-
tance de Lausanne. C'est vous dire l'importance qu'il y a
pour chacun de vous d'appuyer les efforts que nous avons
entrepris pour propager dans notre contrée les sublimes
doctrines de la Nouvelle Jérusalem.
( )
"( l notre petit pays (... l a déjà été choisi comme le siège
central de la Croix-Rouge, va l'être comme le siège de
la "Ligue des Nations", et le sera peut-être un jour comme
le siège de la Fédération internationale des sociétés de la
Nouvelle Eglise." (116)

Em porté par son enthousiasme, Gustave Regamey assignait un pro-


gramme bien ambitieux à la poignée de swedenborgiens suisses
romands et à une ville où la Nouvelle Eglise ne s'était jamais
implantée jusqu'alors. Comment le mettre en oeuvre?

a) la constitution d'un groupe à Genève

A défaut d'un noyau originel comme celui de Lausanne, on béné-


ficiait de la présence à Genève d'une novi-jérusalémite convaincue:
Madeleine Jeanmonod (+ 1936l. Fille d'un officier de l'Armée du
Salut,ell'ê avâ1r-coiüïUï8Nouvelle Eglise à Bruxelles et en devint
membre en 1913. Elle effectua ensuite un séjour aux Etats-Unis,
à Bryn Athyn. Revenue en Suisse, elle assista aux réunions gene-
voises du pasteur Fercken et entra en contact avec la Nouvelle
Eglise lausannoise (117l. Ses séjours dans le milieu swedenborgien
de Lausanne lui causaient une joie profonde; après l'un d'eux, en
aoGt 1919, elle écrivait à G. Regamey:

" Je ne souhaite que de pouvoir être utile à l'Eglise et en


particulier à l'oeuvre missionnaire proprement dite (... l.
(...l
" Je compte bien (... l, une fois mes études terminées, mettre
une partie de mon temps sinon de ma vie au service de
la Nouvelle Eglise, d'une façon ou d'une autre.

" En attendant, je suis prête à faire tout ce qui sera en mon


pouvoir pour vous seconder dans la fondation de l'oeuvre
missionnaire de la Nouvelle Eglise à Genève (... l." (118)

Bien des années plus tard, A.G. Regamey affirma que l'on pouvait
considérer Madeleine Jeanmonod "comme l'instigatrice du mouvement
qui se constitua à Genève" (I19l. Elle aida discrètement et efficace-
ment Gustave Regamey pour le décharger de nombreuses petites
tâches: louer des salles pour des réunions, distribuer des programmes,
aménager un local...

La première conférence de G. Regamey à Genève eut lieu le


17 novembre 1919, à la Salle Centrale; elle y fut suivie de quelques
- 84 ­

autres, qui réunirent en moyenne une quarantaine d'auditeurs. Des


causeries furent ensuite organisées tous les quinze jours dans un
local de l'Eglise méthodiste italienne, aimablement et gratuitement
mis à disposition par le pasteur Charbonnier (120).

En entreprenant un effort missionnaire à Genève, le Comité de


la Nouvelle Eglise de Lausanne n'avait pas pour but d'y fonder
immédiatement une société, mais d'y créer le noyau susceptible
de devenir ensuite une petite congrégation (121). Pourtant, en
avril 1920 déjà, Gustave Regamey' estima le moment venu de tenter
d'établir a Genève un groupe -(je la Nouvelle Eglise (122); pendant
l'été de la même année, plusieurs personnes émirent le désir d'y
avoir des cultes réguliers dès le mois d'octobre (123).

On ne pouvait imposer à G. Regamey cette charge supplémentaire.


En avril 1921, on demanda donc a ',Norman Mayer' de venir s'occuper
de la Nouvelle Eglise à Genève, tout en terminant ses études de
théologie par correspondance (124). 11 fut nommé en septembre
1921 (125). En même temps, une salle de lecture (avec un local
pour cultes et conférences) fut louée à la Grand'Rue 10 et inaugurée
le 17 décembre 1921.

On obtint des résultats décevants, bien en deçà de ce que l'on avait


espéré: le soir de l'inauguration, vingt-cinq auditeurs seulement
assistèrent à la conférence donnée par:: N.E. Mayer etf..G. Regamey~'
La situation ne s'améliora pas au cours des semaines suiviiirïtés: - ­

" [Les] cultes n'attirent guère plus de sept à dix personnes


et, plusieurs fois, M. Mayer ne se trouve en présence que
---_
de deux ou trois audireürs:-"Ti26j---
.•--~_.---
­

La salle (une arrière-boutique de librairie, avec vitrine sur rue)


"était sombre, sommairement meublée", ce qui n'encourageait pas
les visiteurs. En outre et surtout, il manq.l:!.ai.L à Genève "le nQY_au
solide et fidèle" qui avait permis la
-c.réation-(je·--îa-·SOC!été de
Laûsanne (121). Enfin, il apparut vite que Norman Mayer n'avait
pas un tempérament adapté à cet ingrat travail de pionnier. Gustave
Regamey estima que l'établissement d'un pasteur à Genève devenait
nécessaire et, acceptant de se dévouer une fois de plus, il se pro­
posa pour cette tâche dès février 1922 (128). Dans l'immédiat, on
jugea être allé trop vite en besogne et devoir "éclairer la population
locale avant de célébrer des cultes"; on décida donc de mettre
l'accent sur des causeries hebdomadaires (129).

Devant des résultats toujours plus médiocres durant les mois sui­
vants, G. Reg-ârrieysèritli';'en-aeilftI9:r:t; que son installation à
Genève devenait urgente (130). Reconnaissant la nécessité d'une
implantation fixe dans cette ville, le Comité décida sans plus tarder
de l'approuver (131). Gustave Regamey déménagea en octobre. Ayant
supprimé provisoirement les cultes, il présenta chaque semaine des
conférences qui rassemblaient un auditoire de vingt-cinq à trente
personnes; un cours sur le sens interne de l'Apocalypse attira une
vingtaine d'inscriptions.

En 1923, Antony Regamey, revenu des Etats-Unis, put seconder


son père à Genève; puis il quitta la Suisse, en 1925, pour occuper
- 85 ­

un poste de pasteur en Angleterre, à Besses (près de Manchester).


Son frère Alfred le remplaça alors (jusqu'à sa propre nomination
à Lausanne, en 1928), prêchant tous les quinze jours (en "alternance
avec G. Regamey) dans la cité de Calvin.

Entretemps, le travail avait été intense: cultes le dimanche matin,


cultes-conférences (de caractère plus populaire) le dimanche soir,
thés-causeries pendant l'hiver..• Au cours des quatre premiers mois
de l'année 1924, plus de quatre-vingts services religieux ou confé­
rences eurent lieu à Genève sous les auspices de la Nouvelle
Eglise: (132) Gustave Regamey pensa que la situation était mOre
pour passer au stade suivant: le 24 février 1924, la Société de
Genève se constitua régulièrement avec dix-sept membres fondateurs
(vingt-sept membres quatre mois plus tard). Dans une ville où beau­
coup de dénominations religieuses étaient déjà représentées, peu
de gens y prêtèrent attention:

"( ... ) la naissance de la Nouvelle Eglise n'a pas beaucoup


impressionné le public religieux genevois et encore moins
la masse des incrédules, des libres penseurs et des
agnostiques qui forment la grosse majorité de la popula­
tion (••• ). Mais la Nouvelle Eglise se devait à elle-même
de s'affirmer à Genève, puisque Genève s'honore à juste
titre, depuis quelques années, d'avoir été choisie comme
le siège de la Société des Nations." (133)

b) projet d'un bureau international de la Nouvelle Eglise

Nous avons déjà vu affleurer à plusieurs reprises, chez les sweden­


borgiens suisses romands, cette forte conscience du caractère de
plaque tournante de Genève - surtout chez Gustave Regamey, qui
exprima dès 1926 le désir d'y créer un "bureau international
d'informations de la Nouvelle Eglise", à condition de pouvoir "compter
sur l'appui d'amis du dehors" (134):

" Ce bureau aurait pour mission de renseigner sur les buts


et les moyens d'action de la Nouvelle Eglise, les visiteurs
étrangers qui viennent à Genève à ['occasion des nombreux
congrès internationaux tenus dans cette ville (••• )." (135)

Tout le monde s'accorda pour trouver l'idée excellente: les pasteurs


du continent européen, réunis à Stockholm en' septembre 1927, se
montrèrent unanimement favorables et ~romirent d'intéresser leurs
fidèles à cette initiative (136); les organisations américaine et
anglaise manifestèrent également leur intérêt (137).

Un mémoire fut soumis au Synode réuni à Genève en juillet 1929;


['assemblée jugea le projet opportun et fit part à la Convention
et à la Conference de son souhait d'en voir la réalisation pro­
chaine (138). Cette requête rencontra un écho sympathique, puisque
la Convention nomma même un comité spécial pour étudier les
possibilités (I39).

Dans· l'esprit des auteurs du projet, le bureau devait non seulement


attirer l'attention du public sur la Nouvelle Eglise, mais aussi servir
de lien entre les diverses associations régionales et sociétés locales
- 86 ­

à travers le monde (140). Un secrétariat permanent aurait été


chargé de constituer un centre de documentation et d'information:
bibliothèque circulante, librairie, renseignements sur la Nouvelle
Eglise dans tous les pays, exposition missionnaire permanente, convo­
cation de congrès Internationaux tous les sept ans et de camps
de vacances avec cours, agence de presse, etc. (141)

" Nous ne pratiquerons (..• ) pas une politique d'isolement. Nous


nous Intéresserons à tout ce qui pourra contribuer à élever
le niveau moral et intellectuel des peuples, aussi bien que
leur niveau spirituel et religieux. A la lumière de nos
sublimes doctrines, nous appuierons de notre sanction morale,
par la plume comme par la parole, tous les grands mouve­
ments internationaux de libération des peuples et des indivi­
dus. Nous nous efforcerons pas tous les moyens dont nous
disposons d'Inspirer et d'influencer la politique dans le sens
de ce qui est bien et vrai.
( ... )
" Toutes ces choses, nos sociétés locales sont trop faibles
pour les entreprendre. Mais ces questions devraient être
étudiées par le bureau central international que nous désirons
créer." (142)

Il ne s'agissait plus d'un simple bureau, mais d'un. projet de société:


C'était grandiose - et démesuré. On reconnaTt là l'emprèTiïiede
Gustave Regamey, dont la pensée n'était pas insensible à des visions
d'avenir "utopiques" (143). Le bureau international de la Nouvelle
Eglise ne vit jamais le jour-(44):' Malscette inilIèt1vé-prouve-la
foi et le "dynamisme des'" swedenborgiens suisses romands: même
après plusieurs années difficiles, ils ne doutaient pas que tout fat
encore possible et qu'un avenir glorieux se préparât pour la Nouvelle
Jérusalem••.

c) évolution du groupe et particularités

Certaines caractéristiques distinguaient-elles la Société de Genève


de celle de Lausanne? Oui, à commencer par la composition du
groupe: si nous consultons la liste des membres en 1934, nous décou­
vrons une nette disproportion entre les sexes: pour 21 membres
féminins, 4 adhérents masculins: alors que la même année, à
Lausanne, la congrégation comptait 29 femmes et 20 hommes (145).

La Société de Genève semble avoir incarné un swedenborgisme par­


fois moins "orthodoxe" que celle de Lausanne (durant la période
antérieure au décès du pasteur G. Regamey): ainsi, un dispensaire
de guérison par imposition des mains y fonctionna quelque temps
(nous reviendrons longuement, dans un autre chapitre, sur les vives
polémiques suscitées, par cette affaire). En outre, la Nouvelle Eglise
de Genève semble avoir été beaucoup plus encline à inviter des
représentants d'autres mouvements spirituels à venir s'adresser à
ses membres. Peut-être les particularités du contexte genevois
expliquent-elles partiellement ces faits; mais il faut surtout y voir,
croyons-nous, le fruit des préoccupations de Gustave Regamey.
Enfin, tandis que l~~p.fié!~__d,e L~usanne comp_tait plusieurs membres
au bénéfice d'une~_tradition famil!ale. n2v!:jér~~I~mlte.,~êJatè5TTg:ue
Statistiques de la Société de la Nouvelle Eglise de Genève

Abréviations: MO (moyenne des auditeurs lors des cultes), ME (nombre


de membres inscrits), NR (membres inscrits non résidents); nouveaux
membres: CO (convertis [personnes nouvellement intéressées par les
Doctrines]), TR (transferts d'autres sociétés de la Nouvelle Eglise),
EC (catéchumènes de l'Ecole du dimanche), TO (total des nouveaux
membres au cours de l'année); diminution: OS (démissions), DT (déména­
gements), OC (décès); différence par rapport à l'année précédente:
(+) (en plus), (-) (en moins).

nouveaux membres 1 diminution


CO TR EC TO OS DT OC +) (-)
1924-25 21 4
1925-26 3 3 3
1926-27 2 2 5 2 5
1927-28 7 9 3 5
1928-29 3 3 2
1929-30 2 2
1930-31 2 3
1931-32 2 2 3
1932-33 2 2
1933-34
1934-35 8 8 2 5
1935-36 2 2
1936-37
1937-38 2 2 2
1938-39
1939-40 4 4 4
1940-41
1941-42
1942-43 1 3 (a)-- 2
1943-44 1 1 -- 2 2
1944-45 1 -- -- 2
1945-46 2 13 (b)-- 11

(a) 3 radiations
(b) 3 démissions et 10 radiations

N.B.: rappelons que les radiations ne constituaient pas une sanction,


mais "officialisaient" simplement un état de fait (absence totale d'inté­
rêt à l'égard de la Nouvelle Eglise, etc.).
- 88 ­

(qui associaient donc la Nouvelle Eglise ê. certaines positions,


certains aspects extérieurs, certains comportements), les membres
de Genève étaient pour la plupart des convertis de fraîche date.

Mentionnons une dernière singularité: ê. Genève, les cultes dominicaux


rassemblaient nettement moins de monde que les conférences et
réunions d'étude (146). Pour tenter d'attirer encore plus d'auditeurs
ê. ces dernières, on tenta, pendant deux mois, en 1928, de les
organiser dans une salle plus confortable et "neutre"; mais cela
ne modifia en rien la fréquentation (147).

Le 18 janvier 1935, un grand coup frappa la Société de Genève:


le départ subit pour le monde spirituel de son infatigable animateur,
cGustave Regamey:\
'----- .. - _. --­
" il avait eu la visite d'une dame qui s'intéressait ê. Sweden­
borg et l'avait raccompagnée chez elle. C'est en rentrant
chez lui, dans la rue des Eaux-Vives, qu'il a été emporté
par une crise cardiaque." (148)

Malgré cette perte, les membres du petit groupe décidèrent, le


27 janvier, de persévérer; (Alfre~ ~~gamei) fut désormais le
pasteur de la Société de Genève, tout en continuant ê. exercer la
même fonction à Lausanne (149).

En 1939, au début de la guerre, il y avait ê. Genève des centaines


d'appartements ê. louer, des locaux spacieux pour un loyer modique;
les membres de la Nouvelle Eglise en profitèrent pour dèménager,
de la rue de la Confédération 22 (où ils étaient installés depuis
1923) au numéro 3 de la même rue. Dans un immeuble modernisé,
la nouvelle salle de cultes était tranquille et pouvait contenir
soixante ê. quatre-vingts personnes (150). On espérait que ces locaux
neufs permettraient d'attirer plus de monde; mais il fallut vite
déchanter (l5\). ­

Ensuite, guère d'événements notables dans l'histoire de la Nouvelle


Eglise ê. Genève - elle y poursuivit cependant ses activités régulière­
ment et avec ténacité. En février 1949, la Société dut abandonner
son local et, dans l'attente d'en trouver un nouveau, les réunions
eurent lieu chez des membres. Le groupe s'installa ensuite à la
rue de l'Université 6, où il demeura de 1950 à 1964; puis, après
un~lloJlvel intermède, rue Chaponnière 5, en 1967.' Depuis Qé-'Ciéces
du pa~t.~.9L~:9.~ Reg.?.!!1,ey,erï· 197$:;> la Nouvelle Eglise n'existe plus
a-"Genève et les derniers membres viennent assister aux cultes à
Lausanne.

Jetant un regard sur cinquante années .. d'existence ininterrompue


de son Eglise ê. Genève, Alfred G. Regamey concluait avec nostalgie:

1) "En 1924, nous sommes partis pleins d'enthousiasme. Mon


père était si enthousiasmé par les nouveTlesooctrines qU'il
avait découvertes, qu'il était convaincu que bientôt toute
la ville de Genève serait conquise et il nous entraînait tous
ê. sa suite. Peu ê. peu nous avons freiné et Rerdu la plupart
~ de nos illusions." (152) -­
... _-~-
- 89 ­

Les statistiques établies après ce demi-siècle d'activité parlent


d'elles-mêmes: entre 1924 et 1974, 9 baptêmes, 5 confirmations
et 6 mariages furent célébrés dans la Société de Genève, qui
enregistra au cours de la même période 38 décès. Pour compenser
les pertes dues aux départs pour le monde spirituel, démissions et
déménagements, la Nouvelle Eglise genevoise ne pouvait compter
que sur un très faible renouvellement interne et dépendait presque
entièrement de conversions et nouvelles adhésions - telle était sa
principale faiblesse par rapport à la congrégation lausannoise.
Soumises à de telles conditions, beaucoup d'autres communautés
religieuses ne survivraient pas longtemps; les résultats ne peuvent
donc nous surprendre.

3) Vevey

Si l'on ne s'arrêtait qu'aux gains numériques, mieux vaudrait miséri­


cordieusement passer sous silence la tentative d'implantation de
la Nouvelle Eglise à Vevey... Nous pensons pourtant qu'elle mérite
notre attention, car elle constitue un intéressant exemple d'action
missionnaire menée en vue de l'extension du mouvement en Suisse
romande.

a) vers la mise en oeuvre d'un vieux projet

Après le Synode de 1924, la Fédération des sociétés de langue


française de la Nouvelle Eglise voulait préparer une campagne
missionnaire le long des rives du Léman: "Lausanne se propose spé­
cialement Vevey et Montreux, et Genève les localités entre Lausanne
et Genève." (153) Le Comité de Lausanne décida donc, en
septembre, d'organiser des cultes à Vevey (dans l'appartement d'une
amie de la Nouvelle Eglise) en les annonçant dans les journaux;
il accorda un petit crédit dans ce but (154). Mais rien ne se fit,
à cause des difficultés financières, ainsi que l'expliqua peu après
Maurice Galland:

" (. .. ) il serait possible d'ouvrir un champ d'action à Vevey;


(••• ) nous pourrions avoir dans cette localité au prix minime
de Fr. 40.- par mois une très jolie salle pouvant contenir
une centaine de personnes, avec vitrine sur rue où nous
pourrions exposer nos livres de doctrine. Avec quelques
milliers de francs, nous pourrions y créer une oeuvre intéres­
sante, donner des conférences annoncées par la voie des
journaux, avoir un culte chaque dimanche (.•• ). II nous serait
facile également d'entreprendre sans grande peine le même
travaH à Nyon, Morges, Yverdoll, Neuchâtel, mais nous
sommes obligés d'y renoncer, faute de fonds néces­
saires." (155)

A l'automne 1932, le Comité des missions de la Fédération proposa


d'entreprendre durant l'hiver de donner une série de conférences
dans certaines localités romandes, mentionnant Nyon, Vevey et
Neuchâtel com me les plus intéressantes (156); à nouveau, un petit
crédit fut alloué, mais, comme en 1924, le projet ne connut
apparem ment aucun début de réalisation.
- 90 ­

Les dirigeants suisses de la Nouvelle Eglise ne sOllgeaient pas seule­


ment il étendre leur mouvement; ils estimaient aussi qu'une activité
missionnaire il Vevey pourrait encourager les organisations anglaise
et américaine à augmenter leurs contributions, ainsi qu'ils le firent
remarquer en essayant de relancer le projet en 1934 (157). Mais
le décès de Gustave Regamey, quelques mois plus tard, ayant laissé
à son fi ls Alfred la responsabili té des deux groupes existan ts, on
ne pouvait évidemment pas envisager de le charger encore plus.

b) une cam pagne missionnaire

La situation changea lorsque Maurice de Chazal commença à


s'occuper de la Société de Lausanne. En juillet 1939, lors d'une
session du Collège des pasteurs de la Fédération, A.G. Regamey
souligna que la présence d'un second pasteur en Suisse romande
devait correspondre à un accroissement du champ d'activité et
suggéra donc d'accomplir à Vevey un travail de défrichage (158).

En janvier 1940, Maurice de Chazal donna une série de conférences


à Vevey (159), puis quatre causeries en février, "avec un succès
croissant" (160) - résultats si encourageants, semble-t-il, qu'il alla
également parler à Morges et à Renens en avril (161). Mais en
mai, comme nous l'avons déjà dit, Maurice de Chazal quitta la
Suisse, ce qui provoqua la suspension de cette action missionnaire.
Pourtant, au vu des premiers succès, A.G. Regamey était décidé
à ne pas abandonner l'oeuvre entreprise à Vevey, malgré le surcroît
de travail que cela représentait pour lui:

lt Dès la reprise de l'activité en automne, [ill se rendit occa­


sionnellement dans cette ville où il eut quelques entretiens
au domicile d'une personne amie et où fut examinée la
question d'organiser une nouvelle série de conférences.
Celles-ci ont recommencé dès le mois de janvier de la pré­
sente année [19411 et ont maintenant lieu régulièrement
chaque mercredi soir à l'Hôtel des Trois Rois. Elles sont
fréquentées par une moyenne de 35 auditeurs. Ce sont celles
sur les prophéties ou sur la guerre du point de vue chrétien
qui ont attiré le plus de monde (162). Ce qui frappe, c'est
la fidélité avec laquelle elles sont suivies par certaines
personnes." (163)

Tout cela paraissait prometteur (164). Les résultats de la première


année étaient excellents pour une petite ville comme Vevey. Mais
les statistiques montrent une sensible diminution de ,'auditoire dès
la deuxième saison (165):

nombre nombre moyen


de conférences d'auditeurs
1940-41 21 30,5
1941-42 24 17
1942-43 15 15
1943-44 22 12

A.G. Regamey s'interrogea sur les causes de ce désintérêt croissant


après de si beaux débuts et tenta d'y remédier:
- 91 -

" Les premieres conférences furent bien SUIVIes jusqu'à ce


que la guerre nous imposa l'obscurcissement dès 8h. du soir.
Mais au cours de l'hiver 1943-44 et malgré un relachement
dans l'obscurcissement, la moyenne des auditeurs diminua
encore.

"Comme plusieurs adhérents (166) semblaient préférer les


cultes aux conférences et que ceux-ci pouvaient difficilement
être célébrés dans une chambre d'hôtel avec son atmosphère
de va-et-vient (167), il fut décidé, au début de l'été 1944,
de louer un local indépendant à notre usage exclusi f." (168)

On en trouva un, tranquille et au centre de la ville (3, rue du


Léman); aménagé durant l'été, il fut inauguré le 17 septembre 1944,
en présence de plusieurs participants venus de Lausanne et
Genève (169).

c) une congrégation minuscule et éphémère

On résolut de célébrer deux cultes par mois à Vevey (le dimanche


à 18h.), et A.G. Regamey commença à assurer une permanence
chaque mercredi après-midi. Les objets et livres exposés dans la
vitrine sur rue étaient changés toutes les deux ou trois semaines.
En 1944-1945, il Y eut 36 conférences et 18 cultes. Curieusement,
quelques personnes auraient préféré se borner à des réunions reli-
gieuses privées, à leur domicile, et cessèrent donc de venir. On
reçut par contre plus de visiteurs occasionnels, mais la moyenne
des auditeurs ne changea pas et les cultes furent peu fréquen-
tés (170). Au cours de la saison 1947-1948, les conférences, cultes,
études bibliques et autres séances attirèrent en moyenne huit à
neuf participants••• (171)

Rarement société de la Nouvelle Eglise fut plus minuscule que celle


de Vevey, qui atteignit quatre membres à son apogée (après trans-
fert de deux fidèles qui avaient appartenu auparavant à la Société
de Genève):

Vaillamment, sans céder à un découragement qui eOt été compréhen-


sible, <: A.G. Regaml?D et une poignée de convaincus s'efforcèrent
de maintenir la flamme de la Nouvelle Jérusalem dans la petite
cité lémanique, s'accrochant aux moindres indices qui pouvaient
permettre de ne pas perdre tout espoir. Pour finir, il semble que
['on conservait le local surtout â cause du rôle qu'était susceptible
de jouer la vitrine comme instrument de propagande (172).

Aucun effort ne parvint à modifier la situation: que l'on publiat


ou non des publicités payantes dans les journaux pour annoncer les
réunions, la fréquentation demeurait inchangée (173).

En 1954 vint le coup de grace: la moyenne des auditeurs baissa


encore un peu (six à sept) - et, par conséquent, également les
ressources provenant des quêtes (174) - , Mlle Nellie Goodbehere
(qui avait fidèlement assuré l'entretien du"1OCar- ei---tel1ll1a
perm.anence de la bibliothèque deux fois par semaine) quitta la Suisse
pour retourner en . Angleterre et une hausse de loyer (très modique
au derriêüï"anrr fut-annoncée (175). (Affi~d _ G. Regamè"J) dénonça le
- 92 ­

bail pour la fin de l'année: la discrète Nouvelle Eglise veveysanne


avait vécu.

* * *
Doit-on s'apitoyer devant de si modestes résultats numériques? ou
plutôt admirer la foi des membres de la Nouvelle Eglise? Nous l'avons
constaté, même la guerre dans les pays avoisinants (avec "isolement
qu'elle entraînait pour la Suisse) ne put ralentir l'activité, puisqu'il
y eut tentative de créer une congrégation supplémentaire (176).

Certes, en regardant les choses de l'extérieur, les fruits de tant


d'efforts paraissent dérisoires. Nous croyons pourtant devoir adopter
une optique différente: si j'on abandonne un instant le terrain
purement statistique, on s'aperçoit que la progression n'est pas aussi
négligeable qu'on j'imaginait au premier abord. Au début du siécle,
la Nouvelle Eglise n'existait pas en Suisse romande, il n'y avait
que quelques lecteurs isolés des Ecrits et auditeurs de Charles Byse;
en 1948, non seulement la NouveHe Eglise est organisée, mais
encore - fait capital - elle possède à Lausanne un immeuble, un
lieu de culte; elle se trouve fermement établie.

Un aspect moins positif, cependant: la présence en Suisse romande


d'un seul pasteur actif - et pour de longues années. Impossible au
même homme de réunir toutes les qualités et de plaire à chacun.
Il y avait là une limita}Jon potentielle - _sans parler des risques de
routine. Le départ de lMaurice de Chazaî) au début de la guerre
constitua un fait regrettàbre;- car, à'en--ruger par divers témoignages,
il avait les capacités nécessaires (en particulier les talents d'orateur)
pour mener une action missionnaire en vue de l'extension du
mouvement.

Le lecteur aura déjà compris pourquoi nous avons mis la Société


de Lausanne en évidence dans le titre même de cette étude:
première congrégation novi-jérusalémite créée en Suisse romande,
elle demeure la seule existante aujourd'hui; elle représente le centre,
l'élément de stabilité. Nous pensons que cela s'explique avant tout
par l'aspect familial de la Nouvelle Eglise de Lausanne (absent à
Genève et à Vevey). Les doctrines célestes conquièrent ici et là
des individus isolés; mais (comme pour toute religion, sans doute)
la continuité du groupe repose en grande partie sur des structures
de (ïarënté.· Ce n'est pas pour rien que certains paftonymessont
intimenlë-nt associés à la Nouvelle Eglise, et nous avons vu quel
rôle capital joua la famille de Chazal dans la constitution de la
Société de Lausanne (177).
Chapitre V

UNE PERSPECTIVE INTERNATIONALE

(••• ) il rêgne toujours et partout


un génie commun entre les peuples
d'une même langue (... )."

Vraie Religion Chrétienne, W 813

On ne peut étudier la Nouvelle Eglise en Suisse romande aprês 1917


sans considérer les efforts missionnaires du mouvement en direction
d'autres pays francophones et ses liens avec des organisations
novi-jérusalémites étrangêres. Tels seront les deux objets de ce
chapitre.

J) La fédération des sociétés de langue française


de la Nouvelle Eglise

A là fin de 1917, Gustave Regamey écrivait à Oswald Prince


(General Conference):

Nous avons de grands projets en perspective. Nous voudrions


tout d'abord commencer par bien établir la Nouvelle Eglise
à Lausanne, ville qui nous paraît être un centre intellectuel
et religieux d'où nous pourrions ensuite rayonner dans les
pays de langue française. Nous voudrions plus tard grouper
en un faisceau les membres de la Nouyelle Eglise de langue
française (france et Suisse romande) et fonder la branche
franco-suisse de l'Eglise de la Nouvelle Jérusalem." (I)

Estimant que les rares petits groupes swedenborgiens en Suisse et


en france ne parvenaient pas à s'affirmer et à se développer par
suite d'un manque de cohésion et d'organisation (2), les pionniers
de la Nouvelle Eglise de Lausanne manifestaient donc dês le début
de leur activité le désir de rassembler leurs coreligionnaires franco­
phones "en une seule famille" (3) - en attendant de voir un jour
le travail coordonné systématiquement sur tout le continent
européen (4).

a) préliminaires et objectifs

Au début de 1918, Gustave Regamey confiait aux lecteurs du


Messager:

Nous espérons organiser aprês la guerre un congrês de la


Nouvelle Eglise sur le continent, soit en france, soit en
Suisse française, afin de donner une impulsion nouvelle à
['oeuvre que nous poursuivons." (5)
- 94 ­

En février 1919, une assemblée de la Nouvelle Eglise de Lausanne


résolut de convoquer un congrès pour le mois de septembre (6); on
décida ensuite de le reporter à juin 1920 (7).

" Il s'agit de profiter du renouveau des temps actuels pour


fonder l'Association générale des membres de la Nouvelle
Eglise de langue française.
( ... )
Elle aura pour but de travailler à l'instauration de la
Nouvelle Eglise dans les pays de langue française.

" Elle se constituera sur le modèle des associations de la


Nouvelle Eglise d'Angleterre et d'Amérique, tout en
s'adaptant le plus possible au caractère et à la mentalité
de nos populations latines." (8)

Pleins d'enthousiasme, les membres de la jeune Société de Lausanne


se mirent au travail pour organiser cette importante réunion. Gustave
Regamey précisait:

" Jusqu'à ce jour, aucun lien spécial n'a uni les sociétés de
la Nouvelle Eglise de France, de Belgique et de Suisse
française. (... ) Jusqu'à maintenant ces sociétés fondées et
patronnées les unes par la Conférence d'Angleterre, les
autres par la Convention et l'Eglise Générale d'Amérique
relevaient directement, chacune, des associations d'outre-­
mer qui les aidaient financièrement parlant.
Il
Il Y aura un grand avantage à ce que ces sociétés se
fédèrent entre elles et forment désormais une association
indépendante, autonome, ayant pour but spécial de satisfaire
aux besoins spirituels de nos pays français. Seule une
association spéciale pourra s'intéresser, comme il le faudra,
à tout ce que nécessite la propagation des doctrines de
la Nouvelle Jérusalem au sein de nos populations latines.
Seule elle pourra fournir un travail missionnaire efficace
et fonder des sociétés nouvelles." (9)

On relève dans cette déclaration deux points importants: première-­


ment, la future association entendait unir en son sein des groupes
locaux issus tant de la General Church que des autres mouvements;
deuxièmement, cette fédération serait indépendante. Ces perspectives
ne pouvaient manquer de susciter des réserves du côté des grandes
organisations anglo-saxonnes. Gustave Regamey s'efforça donc de
les rallier à son point de vue:

Il faut que nos pays français possèdent eux aussi une associa­
tion autonome et indépendante, et nous aimons à croire
que le plus .grand bonheur des associations de la Nouvelle
Eglise d;Amérique et d'Angleterre qui jusqu'ici ont patronné
l'oeuvre de nos sociétés particulières, sera de nous laisser
nous unir et de nous aider à fonder la branche française
de j'oeuvre. Pour ce faire elles sacrifieront avec joie le
plaisir qu'elles pourraient avoir de posséder des sociétés
de langue française régies par leur propre constitution.
- 95 ­

Elles envisageront avant tout les intérêts supérieurs de


l'oeuvre. Elles comprendront qu'il importe que, dans chaque
pays, l'oeuvre soit dirigée dans un esprit qui corresponde
il sa propre mentalité. Elles comprendront surtout que, dans
un temps où les ressources financières sont loin d'être
abondantes, il est de notre devoir d'unifier les dépenses." (10)

L'idéal unitaire se trouvait il la base même du projet de fédération:


cette dernière devai t devenir "un trait d'union pour rapprocher les
diverses factions de la Nouvelle Eglise dans un esprit de communion
fraternelle" (Il). Pour la réussite de l'action missionnaire dans les
pays francophones, la disparition (au moins localement) de cette
situation de concurrence paraissait indispensable (12): on tenait
beaucoup il inclure les membres de la General Church afin de ne
pas offrir l'image d'une Eglise divisée (13). Sans prendre parti dans
les controverses séparant les deux courants, on laisserait il chaque
pasteur "sa liberté d'interpréter les doctrines au mieux de ses
lumières spiri tueIles" (14).

Position généreuse, mais peu réaliste et sous-estimant l'importance


de la fracture. En outre, malgré leur désir d'éviter des "discussions
stériles", les auteurs du projet de fédération penchaient indubitable­
ment du côté de la Convention (15).

Pourtant, les espoirs de la Société de Lausanne parurent d'abord


fondés. Deux pasteurs de la General Church étaient concernés:
Hussenet il Paris et Deltenre il Bruxelles (16). Nous ne pouvons
relater ici en détail les péripéties des négociations. Au début de
1920, tant Deltenre que Hussenet (et surtout ce dernier) semblaient
bien disposés. En février, le représentant bruxellois de la General
Church écrivait il G. Regamey: --­

" J'estime que le dissentiment qui existe en Amérique entre


les deux Corporations de notre chère et glorieuse Eglise
ne peut être un objet il importer en Europe." (17)

Peut-être les swedenborgiens lausannois prirent-ils trop vite cette


atttitude conciliante pour un acquiescement, car, au mois d'avril,
Deltenre faisait savoir il Hussenet, après avoir rencontré Regamey
pour la première fois:

" J'ai reçu sa Visite il y a quelques semaines. C'est un fort


brave homme, dont les intentions sont excellentes, mais
qui, malheureusement, a été endoctriné par la Convention
et la Conférence, et qui est incapable de se dégager de
ces influences délétères, ses connaissances doctrinales étant
très superficielles et rudimentaires." (I8)

Hussenet s'empressa de communiquer cette missive au groupe de


Lausanne - ce qui prouve qu'il avait sans doute réellement
l'intention de rejoindre la future fédération. Entretemps, il avait
d'ailleurs demandé il l'évêque Pendleton l'autorisation de s'y affllier;
le chef de la General Church lui répondit qu'une telle décision ne
pouvait être prise il la légère et le pria donc de venir en discuter
il Bryn Athyn. Il accepta, "pour y plaider chaleureusement la cause
de la Fédération" (19). Ayant appris ce qui se passait, les dirigeants
- 96 ­

de la Convention chargèrent G. Regamey de se rendre à Paris pour


dissuader Hussenet d'entreprendre ce voyage; mais Hussenet estima
ne pouvoir refuser l'invitation de l'évêque (20). Ce que l'on pouvait
prévoir se produisit: ane fois à Bryn Athyn, après une réunion avec
Eldred lungerich (General Church) et Harvey (Convention), Hussenet
fit marche arrière et annonça sa décision de persister dans la ligne
doctrinale de la General Church. Harvey écrivi t à Regamey:

" (••• ) we all came to the conclusion that the only possible
way for the Academy and your Federation to work with
munual respect, would be without any organic unity between
them. We all appreciate your fine catholic spirit in trying
to make your Federation constitution broad enough to cover
both systems, those of the Academy on the one side, and
the Convention and Conference on the other. We wish that
the differences were not so radical, but so long as they
are, we feel that the uniting together would seriously hamper
both your Federation and the Academy Societies, and wou Id
be impossible if you still desire to retain direct affiliation
with Convention and Conference." (2 I)

Comme le fit pertinemment remarquer l'évêque Pendleton, connais­


sant les liens entre la Société de Lausanne et la Convention,
renoncer aux champs missionnaires en Europe francophone au profit
d'une fédération organisée par le groupe lausannois eOt équivalu,
du point de vue de Bryn Athyn, à les céder à un rival (22). De
toute façon, vu le nombre infime d'adeptes, le terrain était bien
assez vaste pour permettre aux deux mouvements de coexister et
d'agir profitablement.

Le programme du Congrès indiquait déjà que Hussenet présiderait


le culte du 31 juillet. 11 ne resta plus qu'à le remplacer par un
autre officiant et à jeter les bases d'une fédération sans la partici­
pation des sociétés de langue française de la General Church. Petite
déslliasion pour la Société de Lausanne; mais, avec un peu de recul,
on constate que tout cela ne porta guère à conséquence (23).

b) le Congrès et la Fédération

Les contributions reçues pour le Congrès de 1920 s'élevèrent à


3.199 fr. 05 et provinrent tant de Suisse, de France et de l'Ile
Maurice que d'Angleterre, d'Espagne, d'Afrique du Sud, des Etats-Unis
et du Brésil (24). Du 29 au 31 juillet, plus de quatre-vingts
novi-jérusalémites se retrouvèrent à Lausanne pour fonder la Fédéra­
tion des sociétés de langue française de la Nouvelle Eglise (25).
Les organisations soeurs avaient envoyé des représentants: Paul
Sperry (Convention), Joseph Deans et E.J. Pulsford (General·
Conference), L.B. de Beaumont (Swedenborg Society) - sans parler
de personnes venues de l'étranger à titre individuel. Le pasteur
Goerwitz (Zurich) étaIt bien sOr aussi présent, ainsi que Mme
Humann. Les séances administratives alternèrent avec des conférences
enthousiastes sur la Nouvelle Eglise et ses principes (26):

li l'ampleur et l'universalité même des changements qui se


succèdent avec une étonnante rapidité, pour ne rien dire
de leur tendance commune, prouvent assez que le temps
- 97 ­

est enfin venu où, selon ce qui est écrit, le Seigneur 'fera
toutes choses nouvelles', de sorte que 'les anciennes seront
oubliées et ne viendront plus à l'esprit' (Es. 65:24)." (27)

Cinq comités furent nommés: un Comité central (président: G. Rega­


mey), un Comité des études, un Comité des missions, un Comité
des finances et un Comité de propagande parmi la jeunesse. Le
rôle de Lausanne était prépondérant - au point que, durant quelques
mois, en 1920, le Comité de la Société de Lausanne et celui de
la Fédération se réunirent ensemble, ayant une activité "intimement
liée" (28).

La Nouvelle Eglise de l'Ile Maurice adhéra également à la Fédéra­


tion, puisque francophone. Mais, autant certains de ses membres
soutinrent généreusement la Société de Lausanne, puis la Fédération,
autant le groupe mauricien en tant que tel participa peu aux
activités de la nouvelle organisation (29): l'éloignement et la diffé­
rence de contexte l'expliquent aisément; ce rattachement ne pouvait
être qu'assez théorique.

La Fédération joua un rôle de coordination et d'unification pour


les quelques sociétés qu'elle regroupait. La convocation régulière
de synodes - manifestations toujours très appréciées par les
membres (30) - permit de développer des liens et d'assurer une
certaine cohésion (31). Durant l'entre-deux-guerres, il y eut quinze
synodes (32): huit à Lausanne (et un à Chexbres), trois à Genève,
un à Paris, un à Strasbourg et un à Bruxelles.

c) une structure lourde

On peut cependant se demander si les nécessités pratiques et le


petit nombre de fidèles justifiaient une organisation aussi per­
fectionnée que celle de la Fédération. En 1924, on tira d'ailleurs
ce premier bilan:

" Bon nombre de comites qui ont été constitués et élus en


1920, seraient embarrassés sans doute de nous dire combien
de séances ils ont eues, ou de nous faire un rapport sur
l'activité qu'ils ont déployée. Ne répondant à aucune réalité,
ils n'ont rien eu à faire, hélas:" (33)

" On peut constater un contraste assez frappant entre la


grosse charpente de notre organisation et le petit nombrè
des-membreS -qui----ra:---iupportent ou qui devraient la
su pporter." (34)

" Il importe que nous réalisions que nous sommes trop peu
pour soutenir un poids aussi lourd, notre--ôrganisa-tion-, silns
qu'à --ra-rongu-e il nous êël'ase:un effort missionnaire plus
ir1'tense est néëëSSaire-àus~(35)

Persuadés de gagner bientôt aux célestes doctrines de nombreux


adeptes, nos fervents novi-jérusalémites avaient d'emblée adopté
pour _ la Fédération la structure d'une grande Eglise (36). En 1931,
le rapport de la Société de Lausanne le relevait avec humour:
Statistiques de la Fédération

Abréviations: GE (Genève), LA (Lausanne), EG (L'Eguille [Charente]),


PA (Paris-Province), ST (Strasbourg), BR (Bruxelles).
Ces tableaux ne comprennent pas les statistiques de la Société de
la Nouvelle Eglise de l'lie Maurice.

1) nombre de membres inscrits (résidents et non résidents)

N.B.: on doit comparer ce tableau il celui de la moyenne des présences


alIX cultes; en effet, certains des membres peuvent être non résidents
ou inactifs, tandis que le tableau des présences donne une image réelle
de la participation aux activités des sociétés locales.

GE LA EG PA ST BR
1923-24 27 37 6 21
1924-25 30 40 5 20 -­ -­
1925-26 25 48 4 15
1926-27 30 49 5 13
1927-28 28 40 5 14
1928-29 30 36 5 13
1929-30 28 37 4 16
1930-31 25 39 4 22
1931-32 24 43 5 23 10
1932-33 25 48 5 28 10
1933-34 25 49 5 30 6 6
1934-35 30 48 5 28 7 6
1935-36 30 47 5 29 7 5
1936-37 29 49 5 30 "7 "5
1937-38 31 53 4 30 7 5
1938-39 31 53 -­ 31 7 ?
1939-40 35 61 -­ ?

2) moyennes des présences aux cultes

GE LA PA
1923-24 24 27 18
1924-25 30 30 23
1925-26 28 32 19
1926-27 29 30 13
1927-28 28 26 10
1928-29 27 25 16
1929-30 18 28 12
1930-31 15 28 10
1931-32 12 28 10
1932-33 15 28 Il
1933-34 15 28 13
1934-35 18 28 12
1935-36 18 23 12
1936-37 20 23 8
1937-38 15 24 8
1938-39 15 31 7
1939-40 18 35 ?
- 99 -

" Il pourra sembler étonnant à quelques-uns d'entre vous que


l'on trouve toujours, au sein de notre petite société, tout
le personnel de ces comités et commissions aussi nombreuses
que variées, qui existent ou se créent à l'occasion d'un
synode. Mais, il faut bien le dire, c'est a peu de chose près
toujours la même petite demi-douiaine de-mem15res-quj-sont
partout a la brèche sans s'en porter····pTiis-·ïï1al et, tels les
grenadiers d'Offenbach traversant les décors, ils reparaissent
de l'autre côté de la scène avec un autre déguisement." (37)

Tout le monde ne prenait pas toujours les choses avec autant de


philosophie: en 1923, Ct-!9!:Il1}!:n Mayei"- pensait sans doute à cette
disproportion de l'organisation ~ar rapport a la réalité du mouve-
ment, lorsqu'il menaçait de S'élever' publiquement contre. le ~J~.1uff";
) de son côté, MaüïTèe- Galland remarquait que la fédération n'avait
) "rien à fédérer" et que l'on employait en Europe frarië-oph6iïê-·-êjlî8tre
pasteurs "pour une centaine de personnes au maximum"! (38) Le
dynamisme d'une poignée de fidèles ne pouvait faire illusion long-
temps; et les champs missionnaires hors d'e Suisse ne devaient pas
se révéler aussi fructueux qu'on s'y était attendu...

2) Action en France

Il ne saurait être question de retracer ici ['histoire de la Nouvelle


Eglise en France durant les années qui nous intéressent. Nous ne
nous y arrêterons que dans la mesure où il existait des rapports
avec la Suisse.

a) Mme Humann et Hussenet: un lourd héritage

Dans le premier chapitre, nous avons brièvemenlt exposé la situation


peu brillante de l'Eglise de la Nouvelle Jérusalem dans la capitale
française vers 1920; elle y étqit partagée en deux groupes, l'un
plus ou moins dans l'orbite de~~HumaJl~ l'autre affilié a la
General Church sous la direction de\.~erdinand HusSe~Q

Séjournant a Paris au début de 1918, ~e de ..Çhaz;;}) brossait un


tableau peu encourageant de t'activité d~steu~

" ( ...lil n'y a personne qui aille j'écouter. Il lit toujours des
sermons ardus d'une voix basse et monotone (... ) de plus
le culte est fait dans un salon privé, chez Mme Humann,
et celle-ci avec la meilleure intention du monde n'a jamais
fait que des bêtises depuis 40 ans qu'elle s'occupe de l'Eglise
en France. Je crains fort que la scission d'ici soit de sa
faute, en grande partie tout au moins."

" [Mme Humannl est convaincue que la première chose a faire


pour établir la Nouvelle Eglise c'est d'abord d'établir la
séparation de l'Eglise française d'avec l'Eglise romaine, en
conséquence de quoi elle se fait gruger pat---un--aD6éq:;)'1
vient même assister aux cultes et qui a--eu le toupet de
nommunier le dimanche après Noël tout. vêtu de sa soutane!
-. Ce que Je conSIdère [comme] une horrIble profanatIon. J'ai
- 100 ­

pu causer avec ce curé, c'est un papiste dans toute la force


du terme!" (39)

Le constat dressé par Gustave Regamey un an et demi plus tard


paraît encore plus accablant:

" j'ai pu me rendre compte en visitant quelques personnes


a Paris que presque tous les membres de la Convention
autrefois ont quitté a cause de Mme Humann qui veut tou­
jours et à tous imposer sa manière de voir. Or Mme Humann
s'est montrée incapable de diriger l'oeuvre. Ses relations
avec le groupe Lamartine, les prêtres catholiques et les
occultistes qui ont fréquenté son salon, l'ont déconsidérée
et ont jeté un grand discrédit sur la Nouvelle Eglise a Paris,
discrédit qu'est venue accroître la saisie du temple et sa
transformation en un cinématographe. N'avait-elle pas confié
la charge de président de la Société biblique de la Nouvelle
Eglise au médecin Papus, le chef du mouvement spirite a
Paris, un individu qui se livrait a des séances occultes au
cours desquelles il faisait apparaître des esprits?"

" (... ) tout le groupe de gens qui suit les cultes de M. Husse­
net a quitté Mme Humann non pas pour des raisons de
doctrine et parce qu'ils désiraient se rattacher à "Academy,
mais uniquement à cause de Mme Humann." (40)

Puisque le schisme n'avait apparemment pas été provoqué par des


motifs théologiques, n'était-il pas possible de réunir les deux groupes,
"plaçant les intérêts du Royaume de Dieu au-dessus de nos mes­
quines riva li tés et de nos funestes susceptibili tés"? (41) ,'Plerrê
dè Chazal écrivait:

" je crois que M. Hussenet comprend bien qu'il faut faire


plus pour l'Eglise de France et qu'il est disposé a tout pour
cela, même a marcher avec la Convention au cas où elle
lui offrirait des avantages réels et sars. je crois sincèrement
que si vous vouliez faire de la bonne besogne à Paris il
faudrait vous unir a M. Hussenet. \1 a avec lui une congré­
gation intéressante et surtout une jeunesse pour l'avenir,
et tout ce monde là lui [est] extrêmement dévoué et ne
l'abandonnera jamais." (42)

b) Gustave Regamey reprend en main ,'oeuvre à Paris

Gustave Regamey abondait dans le sens de Pierre de Chazal et


voyait dans le groupe de Hllssenet "le véritable noyau de la Nouvelle
Eglise a Paris". Si Mme Humann n'avait plus la direction de
l'oeuvre, un rapprochement deviendrait certainement réalisable (43).
Le problème intéressait directement le pasteur Regamey, car, lors
de son séjour aux Etats-Unis en 1919, les dirigeants de la Convention
lui avaient confié la tâche de réorganiser la Nouvelle Eglise à
Paris (44).

(L~ pasteur FlQ!l) ne posait pas de difficultés: il avoua à G. Regamey


q-uesa-- conSëien~e luL r_epr2chait "de touche! un traitement pour
une oeuvreijüi- ne réussit pas" (45).- Ir àn-a pïUs tards'jjfstaller à
- 101 ­

L'Eguille (Charente-Maritime), où il s'occupa de l'administration


de l'Agence des publications pour la France et créa une paisible
Société charentaise de la Nouvelle Eglise, qui ne dépassa jamais
une demi-douzaine de membres et fut dissoute après sa mort,
en 1938 (46).

Il fallait aborder le cas Hussenet d'une manière différente: s'étant


dévoué pour la Nouvelle Eglise de façon désintéressée durant de
longues années, il avait maintenu contre vents et marées un petit
groupe, il y tenait et n'était pas disposé à y renoncer facile­
ment (47).

Déjà, le Messager annonçait les cultes de Hussenet à l'égal de ceux


de FIon. A l'automne 1919, Hussenet entrait dans les vues de la
Société de Lausanne:

" Il me reste a obtenir l'adhésion de mon groupe, ce qui,


je crois, ne sera pas la plus grande difficulté, car parmi
nous il n'y a pas d'idée préconçue, nous pensons absolument
comme vous au sujet de j'avenir de la Nouvelle Eglise dans
les pays de langue française.

" Vous comprendrez facilement, mon cher ami, la délicatesse


que je dois montrer vis-à-vis de Bryn Athyn, car au milieu
du désarroi qui existait ici entre tous les membres de
l'Eglise (... ), je me suis rallié à un groupement dont les
idées me plaisaient avant tout.

" Mais j'ai toujours imprimé à ma société l'indépendance la


plus grande en face de Bryn Athyn. Si nous aimons Bryn
Athyn c'est pour les services qù'ils nous ont rendus, et aussi
pour la charité qu'ils ont montrée pendant toute cette
affreuse guerre à nos frères malheureux et sans ressources.
( ... )
" Je vous remercie également d'avoir compris 1a nécessi té
de m'avoir choisi comme seul pasteur du troupeau a
Paris (... )." (48)

Malgré ,'attachement persistant de Hussenet pour la General Church,


Gustave Regamey consid~rait_ déjà la partie comme gagnée et ~­
vait triomphalement à (Harvey:>

" La Société de la Nouvelle Eglise de Paris que dirige actuel­


lement M. Hussenet se rattachera désormais à notre Société
de Lausanne avec laquelle elle formera le noyau de l'Asso­
ciation des Sociétés de la Nouvelle Eglise de langue fran­
çaise, association qui sera constituée lors de notre prochain
Congrès.
( ... )
"M. Hussenet écrira à Bryn Athyn pour annoncer que sa
Société de Paris se rattachera désormais non plus a l'Aca­
demy, mais à notre Association française dont je suis le
président." (49) - - -- -­
- 102 ­

II n'écrivit pas cette lettre décisive. Néanmoins, au début de 1920,


tout s'engageait sur la bonne voie: Hussenet séjourna à Lausanne
du 10 au 12 janvier et s'engagea à faire "tous ses efforts, sans
pouvoir prendre d'engagement définitif, pour rattacher sa Société
à la Fédération"; il donna également des garanties doctrinales (50).
Le 19 janvier, Il put annoncer à Gustave Regamey que le groupe
parisien de la General Church avait unanimement accepté les pro­
posi tions lausannnoises (51).

Hussenet avait laissé une bonne impression à Lausanne - où l'on


avait cependant noté qu'il paraissait "très jaloLlx de son auto­
nomi.e" (52). Pourtant, la situation n'évolua pas aussi vite qu'on
l'avait prévu. Avec un peu d'embarras, Gustave Regamey dut avouer
en février à Harvey que Hussenet n'avait toujours pas écrit à Bryn
Athyn... parce qu'il n'avait réussi à trouver aucune bonne raison
pour démissionner: (53)

Dans ces conditions, on s'étonne moins de la suite de l'histoire;


nos lecteurs la connaissent déjà: le voyage de Hussenet à Bryn
Athyn et son refus subséquent d'adhérer à la Fédération (54). 11
continua donc à exister deux groupes séparés à Paris (55); le Comité
de Lausanne se montrait en effet décidé à ne pas abandonner la
capitale française:

" Nous avons fait savoir à M. Hussenet que s'il ne pouvait


pas se rattacher à 'notre Fédération '"nous serions dans l'obliga­
tion de créer dans cette ville un nouveau groupe à la tête
duquel nous mettrions un pasteur agréé par nous. Le moment
est venu, nous semble-t~ dë"7éaliser notre projet (••• )." (56)

Au cours de "hiver 1920-1921, Gustave Regamey se rendit régulière­


men,l à Paris et y donna des conférences "pour faire connaTtre les
doctrines de la Nouvelle Eglise", la Fédération envisageant d'autre
part ,'ouverture d'une salle de cultes (57). Le pasteur lausannois
poursuivit cette activité en 1921-1922 (58).

Les perspectives en France sembl,aient prometteuses, tant à Paris


qu'en province (59). Les conférences de Gustave Regamey étaient
suivies par un public attentif, et il affirmait:

" il serait très facile si j'étais sur place [à Paris) d'organiser


une- sOèfé"tTqur-serait beaucoup plus importante que celle
de M. Hussenet." (60)

Quelques mois avant le décès de Mme Humann, la Société de la


Nouvelle Eglise de Paris se constitua sous la présidence de Gustave
Regamey, le 27 mai 1923 (61).

c) l'action de F.C. Mercanton et de N.E. Mayer

Cette réunion constitutive eut lieu au domicile du pasteur Mercan­


ton. Qui était ce nouveau personnage?

Né le 24 avril 1869 (décédé le 12 juillet 1951), François Constant


Mercanton avait étudié à Lausanne, puis à Genève, où il obtint
le diplôme de bachelier de l'école de théologie de l'Oratoire. II
- 103 ­

fut durant de longues années missionnaire protestant en France:


ainsi, de 1898 à 1905, il oeuvra à Douvaine (Haute-Savoie), à un
poste sou tenu à la fois par la Commission d'évangélisation de
l'Eglise libre vaudoise et par l'Association évangélique de Ge­
nève (62).

Il était marié et avait un fils et deux filles. Il revint en Suisse


au moment de la guerre. Ancien camarade de Gustave Regamey
(durant leurs années de collège et d'études théologiques), il s'intéressa
à Swedenborg; le 30 décembre 1920, écrivant à G. Regamey pour
lui présenter ses voeux, il lui déclarait:

"Je saisis cette occasion pour te dire simplement, sans


phrases, ce qui s'est passé, depuis notre première entrevue
de juillet dernier. De violents chocs se sont produits, des
sauts, des luttes ont eu lieu, puis, petit à petit, comme
le calme après la tempête, la lumière s'est faite. Et main­
tenant, je veux, après notre Père, te remercier de ce que
tu as été le poteau indicateur qui m'a montré le chemin
du vrai et du bien. J'ai compris bien des choses qui
n'étaient, pour moi, que mystère et qui ont été une entrave
dans mon ministère passé.
... )
(
" Le fait est (... ) que, malgré mon grand désir de retourner
évangéliser en France, je ne saurais et ne pourrais plus
le faire sous les auspices de l'ancienne Eglise. Je viens donc
te prier de me dire si tu crois que je pourrais le faire dans
la Nouvelle Eglise. (•.•)

"Puis, aimant, avant tout, les situations nettes, je désire


donner ma démission de membre de "l'Eglise libre" en
motivant en toute vérité mon départ." (63)

Gustave Regamey s'empressa de recommander _à la Convention son


ex-condisciple (64). Mercanton passa un an (I 92 1-1922) aux Etats­
Unis pour perfectionner ses connaissances théologiques (65) et fut
~nné à Urbana (OjlIo) le 18 juin 1922.

Selon son désir, avec le soutien financier de la Convention, on lui


confia un travail missionnaire en France (66) afin de décharger
un peu G. Regamey. Il s'installa dans la région parisienne et entre-­
pri t des tournées régulières en province. On voulai t que Mercanton
se consacrât surtout à cette dernière activité, car ses compétences
doctrinales n'étaient pas toujours suffisantes pour répondre aux
questions de l'auditoire parisien (67); la Fédération demanda donc
à Gustave Regamey et à Norman Mayer de continuer à se rendre
régulièrement dans la capitale française depuis la Suisse (68).
-~-

De 1924 à 1926, Maurice de Chazal>résida à Paris, y organisant


des cultes-conférences et des classéS doctrinales; puis il partit à
l'Ile Maurice. Mercanton se retrouva seul et demanda à G. Regamey
de venir une fois par mois à Paris pour l'aider (69). A partir de
1928,( Norman May~ se chargea de la Nouvelle Eglise à Paris, tandis
que Mercanton s'oééupait à nouveau surtout de la province.
- 104 ­

En 1934, J'état de santé de son épouse obligea Mercanton à revenir


en Suisse; il s'installa à Villeneuve, continuant cependant à effectuer
des tournées occasionnelles en france (70). (Norman Mayer, demeura
dans ce pays, mais, étant ressortissant britanïiTque,-Tl~fuir Paris
à l'approche des troupes allemandes, se réfugiant (j'abord-diiiïs--Ie
Sud de la france, puis en AngleIëf"re. En 1945, A.G. Regamey recon­
naissait que la Nouvelle Eglise n'existait plus en france sous une
forme organisée (71). L'activité reprit, sans grand succès, à
l'automne J946, après le retour de N.E. Mayer à Paris (72).

Nous nous écarterions trop de notre propos en essayant de dresser


un bilan détaillé de ,'activité de la Nouvelle Eglise en france au
cours de ces années. Mais on ne peut éviter de constater une
désespérante absence de résultats durables (73).

d) esprit d'indépendance de la Nouvelle Eglise française

Nous ne sortirons pas de notre sujet, par contre, en évoquant un


point particulier: la méfiance de certains swedenborgiens français
à l'égard des dirigeants suisses de ~la fédération.' et leurs tentatives
. d'é~anc!Eation ..

En J923, Maurice Galland exprimait la crainte de voir l'oeuvre à


Paris "se soustraire quelque peu à l'influence de la fédération"
et dépendre directement de la Conv~ntion.

" Or ce n'est pas ce que nous voulons, car dès le début de


notre activité dans cette ville, tous nos efforts ont tendu
à faire de Paris une des principales cellules de la fédé­
ration." (74)

En J928, les rédacteurs du Messager crurent devoir publier un petit


rectificati f pour répondre à des rumeurs (sans fondement) selon
lesquelles la france était prétéritée par rapport à la Suisse pour
la diffusion des ouvrages d'orientation swedenborgienne (75). Cela
n'était pas bien grave; la crise de 1934-1935 fut beaucoup plus
sérieuse.

Tout partit d'une initiative très légitime: la Nouvelle Eglise n'était


pas constituée légalement en france; Mercanton s'occupait seul
de sa gestion. Lors de son retour en Suisse, plusieurs membres
estimèrent qu'il était temps de régulariser la situation et de prendre
en mains ,'administration (76).

Entra aJors en scène(Benjamin - AlI~~ Il était en relations avec


la Nouvelle Eglise dePUis 1-919 au moins (77), mais les membres
parisiens le connaissaient peu, car il venai t rarement aux réunions.
Or, sans être au courant de quoi que ce soit, il présenta un projet
de constitution conforme aux vues de ceux qui désiralent organisèr
plus solidërTient l'Eglise en france. On l'informa, il promit son
concours.

" Industriel encore jeune, sympathique, paraissant instruit dans


les doctrines de la Nouvelle Eglise et animé d'une volonté
bien arrêtée pour les faire connaître, maître de son. temps,
- 105 ­

habitant Paris et ayant une voiture, M. Allard fit immé­


diatement preuve de beaucoup d'activité." (78)

Enthousiastes et dynamiques, Benjamin Allard et son épouse parurent


être à l'origine d'un véritable réveil dans une congrégation pari­
sienne trop léthargique; tout le monde s'en félicita (79\.

Lors d'une réunion du Conseil de la Fédération à Paris, le 4 mars


1935, Allard exposa son projet de constitution d'une société française
de la Nouvelle Eglise, qui aurait sa propre librairie, ses livres et
son journal.

" Elle restera doctrinale ment attachée à la Fédération, mais


Paris doit devenir le centre du mouvement."

Devant cette expression de "nationalisme", une vive discussion


s'engagea. Maurice Galland et A.G. Regamey firent remarquer qu'il
valait mieux procéder par étapes et que les statuts du projet fran­
çais n'étaient de toute façon pas conformes à ceux de la Fédération.
On finit par adopter la résolution suivante:

" Le Conseil de la Fédération se réjouit du réveil qui semble


vouloir se manifester à Paris, dans le but de développer,
en pleine harmonie avec la Fédération, les doctrines de
la Nouvelle Eglise en France. Il suivra avec un vif intérêt
les résultats des efforts accomplis et procédera, au moment
voulu, à leur examen." (80)

Pourtant, le 20 mars, Allard déposa à la Préfecture de Paris les


statuts de l'Association française pour la développement de la
Nouvelle Eglise chrétienne (A.F.N.E.C.), destinée à remplacer
l'ancienne société sans existence légale. En outre, il découvrit et
loua une salle fort convenable pour les cultes, inaugurée le 12 mai
sous la présidence du pasteur Mayer.

Les responsables suisses de la Nouvelle Eglise ne pouvaient que


reconnaTtre les aspects positifs de l'activité d'Allard. Ainsi, Maurice
Galland expliquait:

" (... ) grâce à Allard, des avantages certains ont été enfin
obtenus à Paris. (... )

" Il est certain que par son activité, Allard a favorablement


impressionné les membres à Paris et (.•• ) il est suivi par
le groupe à Paris parce qu'il fait quelque chose." (8I)

Néanmoins, les dirigeants de la Fédération ne pouvaient laisser


passer sans réagir la création de l'A.F.N.E.C.:

"A l'unanimité les membres du Bureau s'étonnent qu'aprês


les assurances qui avaient été données au Conseil de la
Fédération, dans sa séance du 4 mars dernier à Paris, les
statuts soient si peu conformes à ceux de la, Fédération
et qu'ils aient déjà été imprimés, sans avoir été préalable­
ment communiqués au Conseil. (... )
- 106 ­

" Le Bureau regrette en particulier de voir la question de


nationalité jouer un rôle aussi prépondérant dans la nouvelle
société." (82)

Si des modifications n'étaient pas apportées, l'A.F.N.E.C. ne pourrait


donc être admise au sein de la Fédération.

Allard tenta de iustifier l'aspect "nationaliste" qu'on lui reprochait:

" C'est la Nouvelle Eglise qui m'a appris qu'en aimant ma


Patrie, j'aimais le Royaume du Seigneur. Elle m'a appris
aussi que chaque Royaume se présente comme un seul
homme. En effet chaque peuple ou pays est un organisme
créé par Dieu et pourvu de caractéristiques spirituelles bien
déterminées. Sa tâche est de développer ses qualités le plus
possible sous la direction du Seigneur - voilà l'idée chré­
tienne, Sa réalisation est un nationalisme chrétien ~ ­
pousse toute forme d'impérialisme de même qu'il se défend
de toute immixtion étrangère dans sa propre vie contre
sa volonté." (83)

La question du nationalisme n'était pas la seule préoccupante. Il


y avait plus grave, mais quelques personnes seulement étaient au
courant: Mme Allard bénéficiait de fréquentes visions! (84) Benjamin
Allard suivait les consignes données à la visionnaire et, en quelque
sorte, agissait guidé par révélation immédiate (85).

En aoOt 1935, Allard rompit avec Norman Mayer (86). Progressive­


ment, les fidèles parisiens se désolidarisèrent du fondateur de
l'A.F.N.E.C. La Fédération était d'ailleurs décidée à ne pas laisser
la situation se prolonger:

"(... ) nous estimons qu'il y aurait véritable danger pour


l'Eglise à conserver plus longtemps cet élément de trouble
parmi nous. On aura beau nous dire que M. Allard a de
l'allant, de l'initiative et manifeste de l'activité. Ce sera
toujours une force qui ne pourra être contrôlée à cause
de son origine (occulte); et, à supposer même qu'il y ait
trêve prochainement (... ), de nouveaux ennuis ne manque­
raient pas de surgir ultérieurement, car il est évident que
si M. Allard se croit appelé par Dieu à être le chef de
la Nouvelle Eglise en France, à aucun moment il ne recon­
naTtra que la direction de l'Eglise" appartient aux pasteurs'
et non aux laiëjUëS. Il nous senible;-par conséquent, qu'il n'y a
pas d'autre voie à suivre que de nous séparer de lui." (87)

Le 15 septembre 1935, 'la Société de la Nouvelle Eglise de Paris­


Province' tint une assemblée générale sous la direction du pasféur
Mayer et adopta à l'unani~té des statuts conformes à ceux de
la Fédération (88). Quant à~njamin AlI~ il poursuivit un itiné­
raire swedenborgien indépendant,' malScela ne relève plus de notre
étude (89,).

e) la Société de Strasbourg

Nous traitons séparément de la tentative d'implantation à Strasbourg,


- 107 -

car elle fut menée il partir de la Suisse et pas dans le cadre de


la Société de Paris-Province.

Dès la première réunion du Comité des missions de la Fédération


(il Lausanne, en 1925), on décida d'engager une action missionnaire
en concentrant les efforts principaux "en un seul point, situé de
préférence en France il cause du change"; et comme Paul FIon
(fils du pasteur Fion) résidait il Strasbourg avec son épouse, le
Comité fixa son choix sur cette ville (90).

La première réunion il Strasbourg, animée par Mercanton, eut lieu


te 30 janvier 1927; vingt-cinq auditeurs (des amis de Paul Fion)
y assistaient. Gustave Regamey vint il son tour le II mars (91).
Le Comité des missions décida de favoriser la création d'un Cercle
Swedenborg, sans étiquette ecclésiastique, qui pourrait se transformer
ultérieurement en une société de la Fédération (92); afin d'encou-
rager l'activité il Strasbourg, on prévit au moins six visites pasto-
rales pour l'hiver 1928-1929 (93).

Après un certain nombre de voyages missionnaires, il apparut qu'un


petit cercle de particIpants manifestait un vif intérêt (94). On
se soucia donc d'organiser plus formellement un groupe (95). Cheville
ouvrière de cette entreprise: un homme intelligent et compétent,
René Nitschelm. Le 24 janvier 1932 fut consti tuée sous son impul-
sion la Société christosophique de Strasbourg (96), "dans le but
d'étudier en commun les Ecrits de la Nouvelle Jérusalem et d'en
appliquer les principes il ia vie" (97), Nommé président, Nitschelm
constata cependant que peu de gens étaient disposés il se com-
promet tre... (98)

A la fin de 1933, Nitschelm (qui suivait des cours de théologie


swedenborgienne par correspondance) fit connaTtre son désir de se
vouer à plein temps au ministère dans la Nouvelle Eglise (99). A
son ini tia tive, le 20 janvier 1934, en présence de Maurice Galland
spécialement venu pour l'occasion, le petit groupe de Strasbourg
décida de se transformer en société régulière et de demander son
affiliation il la Fédération (100), Au printemps, Nitschelm passa
trois mois il Lausanne comme suffragant, afin de se familiariser
"avec le côté pratique de la fonction pastorale" (101).

On garantit il l'animateur du noyau strasbourgeois un traitement


à partir de septembre 1934; on loua un local à partir du 1er oc-
tobre; mais, malgré tous les efforts de Nitschelm (102), la participa-
tion aux réunions se révéla peu encourageante (103) et ne s'améliora
pas au cours des années suivantes... (104) La Fédération, outre
son appui financier, fi t tou t ce qui étai t en son pouvoir pour
encourager le développement du petit groupe: ainsi, le 14e Synode
se tint il Strasbourg (21-23 septembre 1935), Pourtant, on ne
comptait en 1936 pas plus d'une demi-douzaine de personnes réelle-
ment intéressées.. , (105)

Nitschelm désirait toujours se faire consacrer pasteur; mais on hési-


tait il prendre cette initiative pour la minuscule Société de Stras-
bourg (106). Après avoir longtemps patienté, Nitschelm entama des
études à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg (107):
tout en continuant il maintenir de cordiales relations avec la
- 108 ­

Nouvelle Eglise et à s'intéresser à Swedenborg, il devint pasteur


protestant.

L'absence de résultats entraîna la suspension de l'activité à Stras­


bourg en avril 1938 (108); la Société fut officiellement dissoute
par ses derniers membres à la veille de la guerre.

Mue par le légitime désir de s'étendre, la Fédération avait suscité


prématurément la naissance de la Société de Strasbourg (109): un
exemple de plus des difficultés que rencontrait la Nouvelle Eglise
en Europe francophone chaque fois qu'elle tentait de créer de toutes
pièces un groupe local, sans la présence préalable d'un solide noyau
de fidèles convaincus et acti fs.

3) Action en Belgigue

Ernest Deltenre (1875-1927) avait inauguré à Bruxelles une mission


de la General Church au cours de l'été 1912 (110). En quinze années
de labeur, il parvint à convertir une quinzaine de personnes, dont
,'artiste Jean- Jacgues Gailliard, qui exé~uta de remarquabl~ pein­
tures--SYm ~liques g,a~fachapelle nQvi-jélusalém i te en 1915:cela
vaTut au petit groupe une certaine notoriété et de nombreuses visites
d'amateurs d'art, ainsi que des articles dans la presse (III). La
congrégation ne survécut pas à la mort de Deltenre.

Ayant appris, par un article de journal, qu'il se trouvait apparem­


ment encore des swedenborgiens en Belgique, le Comité des missions
de la Fédération se soucia en 1931 de lancer une oeuvre à
Bruxelles (112). En juillet 1931, de passage dans la capitale belge,
Maurice de Chazai rendit visite à Gailliard (113); on décida de
reconstituer un groupe: Gailliard affirmait qu'il serait facile de
réunir une bonne vingtaine d'auditeurs pour des cultes et cause­
ries (114).

En octobre 1931, Gustave Regamey (secondé par A.G. Regamey


et Mercanton) accepta de se charger une fois par mois d'un voyage
missionnaire circulaire avec étapes à Paris, Bruxelles et Stras­
bourg (115). A son initiative, le 31 octobre, les swedenborgiens
bruxellois décidèrent de fonder une société présidée par J.-J. Gail­
liard (116). Elle regroupait une dizaine de membres; la Fédération
accepta de garantir au nouveau groupement l~ lQy.er _d'~le
~ cultes et lui octroya Ull subside pour le mobilier (117).

Pour encourager la jeune Société belge, le Ile Synode de la Fédéra­


tion eut lieu à Bruxelles du 2 au 4 juillet 1932. En dépit de
l'absence de pasteur titulaire, ,'activité était régulière, sous la
direction de Jean- Jacques Gailliard (118). Mais ce peintre avait
une manière très personnelle de voir les choses, et ses raisonnemems
pouvaient laisser perplexes les personnes intéressées (119); il animait
la Société de Bruxelles en cherchant à l'orienter dans le sens de
ses propres préoccupations - artistiques (120).

En Suisse, on commença à se demander s'il fallait continuer à


subventionner le groupe de Bruxelles (121). On s'arrangea pour
mettre Gailliard de côté en lui faisant accepter le poste de
- 109 ­

secrétaire (122), tandis que Raymond Claes devenait président. Ce


fut bien pire: le nouveau responsable ne répondait pas au courrier
et ne donnai t pas signe de vie: (123) En 1934, toujours sans pasteur
résident (124), on dut constater que l'activité à Bruxelles était "en
sommeil" (125). Des visites y furent encore occasionnellement
effectuées, mais le manque de fonds ne permettait pas de relancer
le mouvement (126); dès l'été 1933, on avait d'ailleurs renoncé à
supporter plus longtemps les frais d'~al (127).

En 1936, la Société de Bruxelles n'avait plus envoyé le moindre


rapport depuis trois ans; le silence persistant de son président
obligea à le radier de la liste des membres: (128) En 1938, la
Nouvelle Eglise ne comptait plus que cinq membres en Belgique
et, dès 1939, la fédération considéra la Société de Bruxelles comme
éteinte (129). Malgré les investissements généreusement consentis,
ce n'avait été qu'un feu de paille•..

4) Relations avec les swedenborgiens étrangers

Si les responsables de la Nouvelle Eglise en Suisse romande mainte­


naient des relations suivies avec des novi-jérusalémites étrangers,
ce n'était pas seulement à cause du compréhensible désir de
croyants isolés de se trouver en contact avec des coreligionnaires
plus nombreux: le soutien financier des organisations anglo-saxonnes
était nécessaire pour la fédération, et les questions matérielles
occupaient une large place dans la correspondance.
/'--- >-­
a) la donation du! Dr Lucien de Chazal ~

Nous avons déjà fait allusion à la générosité du'~br Lucien de Chazai":­


à l'égard de l'oeuvre entamée par Gustave Regamey et ses collabora:
teurs en Europe francophone:

" Que de fois, (... ), lorsque nous nous débattions dans des
difficultés financières qui paraissaient' insurmontables, est­
il venu avec un chèque, juste au bon moment, pour nous
tirer d'embarras.

" Bien souvent, il s'est privé du nécessaire que comportait


son état de santé pour venir en aide à l'Eglise et, lui ayant
tout donné (.•• ), il continua à travailler pour subvenir à ses
modestes besoins jusqu'au moment où ses forces le trahirent
deux mois avant sa mort." (130)
/'­
,,~~~_ ~ Lucien de Chazal avait laissé entendre à Gustave Rega­
mey - que, outre des apports occasionnels, il entendait rassembler
une somme importante en vue d'une donation ou d'un legs (131).

(En L9:ûi~: le généreux mécène communiqua des informations plus


précises sur le don d'environ 1.500.000 francs français qu'il se
proposait de faire et dont la fédération devait toucher les intérêts,
après déduction d'une subvention annuelle à la Nouvelle Eglise de
l'Ile Maurice et de rentes viagère~ à .(Maurice de CllàzaT)et(Normâïi
~b (132). Ce fonds serait placé -sous la surveilTânce de la
Conference:
- 110 ­

"Le don est conditionnel à l'adoption de_l'interprétation


donnée. illl~_Ecri~~.I::mmanuel SWE!denb~ selon -~fdéês
de )g Conférence.

" La Convention d'Amérique pourrait être invitée à former


partie du 'Board of Trustees'." (133)

"J'ai la plus grande confiance dans l'esprit d'équité, de


'fairness' des Anglais, esprit de justice et de sincérité. (... )
je ne puis avoir confiance absolue dans' la_Iédé~n-' qui
est trop jeune et qui n'a pas fait ses preuves. D'autre part
je ne veux pas entretenir la possibilité que mon argent serve
à propager les doctrines de l'Academy pour lesquelles_j'ai
la plus grande répulsion, à tort -ou à raison." (1341
- --
La Fédération était très disposée à accepter un argent si nécessaire;
mais elle hésitait à admettre le contrôle de la Conference sur ce
fonds (135k-Gustave Regamey assura le' Dr de Chazal') que la ligne
doctrinale de la Fédération ne pouvait 'êlre -1'ooJe-r-ô'aucun doute:

" (..• ) cette garantie que je suis pour ma part très heureux
que vous ayez exigée vous est déjà assurée par les articles
de foi qui sont exprimés dans notre constitution."

Puis il faisait remarquer qu'il valait mieux éviter une étroite


surveillance br~E_<:l.~nique:

"La plupart des -..l oeuvres d'évangélisation chrétienne en


France dirigées par des comités anglais ont misérablement
échoué." (136)

Aux yeux des dirigeants de :"'ia Fédération, r: un principe fondamental


était en jeu; on ne voulait pas, en acceptant la donation, détruire
l'indépendance du nouvel organisme (137):

" je sais, pour avoir entendu certains propos, que nos amis
d'Angleterre aimeraient que notre Fédération soit une
branche de leur Conférence Générale. je crois que ce serait
une grande e-rreur.--Nous nous associerons à eux plus tard,
je l'espère comme à la Convention, en formant une oeuvre
internationale avec un éomité spécial, mais il faudra toujours
que chaque branche conserve son indépendance et son
caractère spécial." (138)

;:' Lucien de Chaia:r refusa de transiger sur les conditions qU'il avait
posées. On assISta alors à de longues négociations entre la Fédéra­
tion et la Conference. En 1922 fut enfin conclue une convention:

"(M. Go)dsacK) secrétaire de la Conférence, (... ), déclare


for:nellèment· que jamais la Conférence n'a eu l'idée de
contrôler les finances de la Fédération et nous prie à nou­
veau de bien vouloir signer la convention que nous avons
entre les mains. Devant une déclaration SI posülve; le comité
décide d'accepter ladite convention et M. Galland avisera
le Dr de-Chazal que- nous sommes d'accord avec la
- III ­

Conférence et que rien ne s'oppose plus à ce qu'il donne


sa signa ture." (139)

Mais le résultat final ne vint qu'en 1927. L'acte de donatIOn


prévoyait que la Conference ~ ver~ait une.- J".entê-:.~à".-MaüOë,e--de
Chazal et à---Norman Mayer dür'ant toute Jeur existence; ce qu'il
r~sterait du produit du -Trust Fund serait consacré 'aux objectifs
suivants (avec priorité à la clause 1, puis aux clauses 2 et 3):

" 1) The promotion and furtherance of the aims and objects


and the benefit of (a) the New Chul"ch ln Mauritius,
(b) the New Church in french-speaking countries.

" 2) The maintenance and support of the New Church College


in London.

" 3) The assistance of students for the New Church ministry


in tlïe New Church College in London. -­

" 4) Mission work carried under the control of the Conference


outside Great Britain.

" 5) The general welfare of the New Church as a whole." (140)

L'acte spécifiait également que les sommes destinées à la Nouvelle


Eglise mauricienne et àla Fédératign ne ~ seraient payées
qu'aussUongtemQs que_ La CQùf"erèn-ce considérerait leur enSêignem.ent
comme conforme. à celuL de Swedenborg--relle gul.ell~Î'fnterprète.

Certes, la Fédération avait espéré plus - et surtout pouvoir contrôler


elle-même le fonds. Cependant, même inférieures aux prévisions
originelles, les allocations du Fonds de Chazal (la première fut reçue
en 1930) aidèrent la Fédération à assainir sa situation finan­
cière (141) et constituèrent un apport appréciable. On ne saurait
donc trop souligner la générosi té du( Dr de C/laza-r et son dévoue­
ment au service de la Nouvelle Jérusal~(ï42T: "--_.'

b) relations avec la Grande-Bretagne

La naissance d'un groupe de la Nouvelle Eglise à Lausanne semble


avoir susci té un réel intérêt dans les milieux swedenborgiens
anglais (143), où Byse était déjà connu. Souvenons-nous aussi que
l'on demanda la consécration de Gustave Regamey d'abord à la
General Conference (en 1918), et que cette dernière envoya des
représentants au· Congrès de 1920. T.A. Gardiner'\ (+1934) fut "de
beaucoup le lien le plus fort entre la Conferênce'ët les organisations
de langue française et allemande" (144).

En 1929, la très grave situation financière de la Société de Lausanne


se trouva rétablie en partie grâce à l'intervention d'amis an­
glais (145). Elle bénéficia également à plusieurs reprises de.-&.~néreux
dOris personnels de Da.llid -W.y.o..t$r, longtemps président du Conseil
de la Conference- (146). Ce ne furent pas seulement des particuliers
qui sQ!:!!!!1rent l'll.c.tjon. de la Nouvelle.. Eglise en Suisse rOmqD.ge:
la Conference versa régulièrement des allocations (147), et la
Swedenborg Society occasionnellement pour des buts précis (148).
- 112 ­

Nous venons de voir que la Fédération, à tort ou à raison, craignai t

de se voir placée sous lecontrÔfe de la Conference et préservai t

jalousement son indépendance face à elle. -Gustave Regamey expri­

mait clairement cette méfiance en 1921 déjà:

" (... ) jusqu'à présent la CO!1~érence ne s'est pas occupée du


continent. C'est la Convention qui subsidie les oeuvres-ële
Pari~ Suisse allemande, Allemagne, Autriche, Italie et même {/
Japon. (... ) En outre la Convention a pris à sa charge l'entre­
tien pendant leurs éTudes Që- trois de nos étudiants. (... )
L3!.....C onvention tout en nous subsidiant ne nous impose aucune
méthode de! travail.

" Elle ne nous demande pas de nous affilier à elle. Nous


gardons notre entière autonomie et nous voulons la garder
en tout état de cause dans la certitude où nous sommes
qu'en l'espèce il s'agit de la réussite de notre entre­
prise." (149)

L'Amérique était loin: même un lien plus affirmé eUt permis à


-' la Fédération'" de conserver une grande liberté par rapport à la
Convention. Par contre, _pour des raisons géographJ9Liés~- la_Confe­
rence pouvait plus facilement contrôler l'activité des swedenborl1:iens

- Subventions reçues par la Fédération

Allocations de Allocations de Allocations du


la Convention la Conference Dr de Chazal (*)

1921 13'715.75 262.50 7'400.­


1922 9'653.90 1'443.15

1923-24 15'709.05 2'525.­


1924-25 16'731.25 2'430.­
1925-26 13'925.80 2'510.­
1926-27 10'047.40 2'510.­
1927-28 9'801. 70 2'520.75

1928-29 9'811.10 1'884.50

1929-30 9'766.- 1'886.55 2'515.­


1930-31 15'812.10 1'876.55 4'095.75

1931-32 15'731.75 1'447.- 4'400.­


1932-33 14'030.60 1'197.60 4'425.­
1933-34 7'442.30 1'085.40 4'725.­
1934-35 8'390.90 1'131.40 4'481.50

1935-36 6'690.70 1'135.90 3'624.­


1936-37 5'812.20 1'376.65 4'066.­
1937-38 5'445.60 1'614.90 4'343.45

1938-39 5'313.45 1'570.15 2'573.25

1939-40 5'216.50 1'335.40 2'144.50

(*) A partir de 1929-30, produit du Fonds de Chazal.


N.B.: les sommes sont indiquées en francs suisses. On remarque

~conséquences sensibles de la crise des années 1930 pour les

subventions reçues des Etats-Unis. Les baisses du cours de la

livre sterling et du dollar inquiétaient toujours la Fédération.

- 113 ­

du continent européen... Nous pensons qu'il faut y voir l'une des


causes principales de cette méfiance (qui persista longtemps) à l'égard
d'une possible tutelle exercée par la Conference (I50).

cl relations avec les Etats-Unis


La Nouvelle Eglise de Suisse romande entretint avec la General
--.:::. Convention des relations privilégiées qui ne se démentirent jamais.

Le 12 mai 1919, en présence de Gustave Regamey, l'assemblée


des délégués de la Convention promit son assistance à la Société
de Lausanne (I 5 1).

Dès ce moment, la Convention soutint généreusement la fédéra­


tion (I52). Sa contribution financière fut beaucoup plus importante
que celle de la Conference, corn me le prouve le petit tableau compa­
ratif que nous avons établi à partir des comptes annuels (153) et
que l'on trouvera à la page précédente.

* * *
Pour conclure et résumer ce chapitre, nous constatons que les
"relations internationales" de la Nouvelle Eglise suisse romande se
caractérisèrent par un double souci: d'une part, conserver la plus
large autonomie possible par rapport aux deux grandes organisations
anglo-saxonnes qui la soutenaient et dont elle voulait devenir un
jour l'égale; d'autre part, contrôler plus ou moins ies groupes franco­
phones étrangers dans le cadre de la fédération, pour maintenir
la cohésion du mouvement et empêcher les "déviations" de
congrégations locales.
Chapitre VI

PROPAGANDE ET DIFFICULTES

" (••• ) les douze portes de la Nou­


velle Jérusalem commencent à
s'entrouvrir. "

Gustave Regamey (I)

En étudiant la création de nouveaux groupes swedenborgiens en


Suisse, en France et en Belgique, nous avons déjà remarqué un réel
dynamisme missionnaire - proportionnellement à la faible importance
numérique du mouvement. Nous examinerons maintenant plus atten­
tivement la propagande swedenborgienne et ses méthodes. Cela nous
amènera à nous interroger sur les difficultés rencontrées et les
relations avec les autres Eglises - à nous demander aussi qui était
attiré par les lumières de la Nouvelle Jérusalem?

I) Des organes spécialisés

La Société de Lausanne, d'abord de son propre chef, puis dans le


cadre de la Fédération, mit en place plusieurs "bras" spécialisés
pour accroTtre l'efficacité de son action. Dans la plupart des cas,
le souci de diffuser les doctrines nouvelles constituait l'un des
principaux motifs de ces initiatives.

a) un journal mensuel: le "Messager"

La création d'un journal était le premier but de Gustave Regamey


et du petit cercle qui se forma en février 1917. Au mois de mars,
on disposait déjà de fonds suffisants pour en publier trois nu­
méros (2).

Sous la direction de Gustave Regamey (3), le premier numéro du


Messager de la Nouvelle Eglise parut en mai 1917, "tiré, pour raison
de propagande, à 3.000 exemplaires" (4). De grand format (35x50),
il comptait 4 pages. Le titre était accompagné de deux citations
bibliques (Apocalypse 21:5 et 21:1-3). Au début, les textes n'étaient
signés que d'initiales; on trouve dans les premiers numéros nombre
d'articles de Charles Byse et de Gustave Regamey. La quatrième
page était entièrement occupée par une trentaine d'annonces publi­
citaires, toutes fournies par divers commerçants de Lausanne (5).

Le format changea en mai 1919 (17x24); le nombre de pages passa


alors à une douzaine. Le format définitif (J4x2 I) fut adopté en
janvier 192 J; le Messager comporta désormais une couverture (non
incluse dans la pagination) et devint, comme l'indiqua son sous-titre
à partir de mars 192 l, l'organe de la Fédération (6). Il eut dès
- 115 -

lors 16 pages, passa a 30 en 1925, puis a 32 a la fin de la même


année.

L'objectif du Messager était double: d'une part, servir de lien aux


novi-jérusalémites de langue française (7); d'autre part, agir comme
instrument de propagande (8). En considérant le "but essentiellement
missionnaire" du Messager, on essaya (sans refuser les échanges
d'opinion) d'éviter dans ses colonnes des controverses sur des points
de doctrine trop particuliers (9). Le contenu comprenait des articles
variés et des informations sur les activités de la Nouvelle Eglise.

Après les 3.000 exemplaires du N° l, quel fut le tirage du Messa-


~? A nouveau 3.000 exemplaires en juin, 2.000 en juillet, puis
1.000 les mois suivants (IO). En 1920-1921, le tirage oscillait entre
500 et 1.000 exemplaires (J O. En 1924, il tournait autour de 600
a 700 exemplaires; en 1925, il monta de nouveau a 1.000 (12). Le
tirage se stabilisa ensuite aux alentours de 400 a 500 exemplaires
(350 a 400 a partir de 1938).

On ne peut contester l'utilité qu'eut le Messager comme moyen


de liaison avec des adeptes isolés ou des personnes Intéressées,
mais éloignées de tout centre de la Nouvelle Eglise (13). Il est
par contre impossible d'évaluer statistiquement son impact mission-
naire. En 1917, quelques dizaines d'exemplaires furent placés chez
les marchands de journaux de Suisse romande, mais l'opération ne
rencontra qu'un succès très limité (14).

Le Messager ne parvint jamais a couvrir ses frais et resta toujours


une charge pour la Fédération (15): en 1935, le montant des encaisse-
ments ne suffisait a couvrir que le coat de deux numéros par
an! (16) Malgré ce déficit chronique, la Fédération aurait certaine-
ment maintenu le Messager si la guerre n'avait éclaté: lorsque les
envois aux abonnés étrangers ne purent plus être effectués normale-
ment, le journal perdit en partie sa raison d'être et sa publication
fut suspendue en 1941. Elle ne reprit jamais. Plus tard, A.G. Rega-
mey diffusa de très modestes bulletins locaux ronéotés (4 pages),
mais ces feuilles d'information paroissiales ne pouvaient constituer
l'équivalent du Messager.

Précisons enfin que furent publiés, de 1928 a 1937, des sermons


hebdomadaires pour le culte a domicile (également ronéotés) sous
le titre Amour et Vérité (17).

b) l'Agence des publications de la Nouvelle Eglise

En janvier 1919, G. Regamey annonça aux lecteurs du Messager:

" Nous organisons actuellement une modeste Agence de Publi-


cations, où l'on va pouvoir se procurer tous les écrits de
Swedenborg et la littérature collatérale qui a paru ou qui
paraTtra en français." (18)

La tâche de publier (ou republier) et de diffuser les ouvrages


swedenborgiens ne pouvai t naturellement être assumée par une seule
congrégation: l'Agence des publications de la Nouvelle Eglise s'inséra
logiquement dans le cadre plus large de la Fédération (19).
- 116 ­

Les détails de l'histoire de l'Agence n'auraient guère d'intérêt pour


nos lecteurs (20). En 1924, son Comité décida

" que dans la mesure du possible [l'Agencel publiera au moins


un livre par année, soit un ouvrage de Swedenborg inédit
en français, soit un de ses ouvrages épuisés, soit un volume
de littérature doctrinale ou collatérale." (21)

Est-il besoin de préciser que l'Agence n'atteignit jamais ce but?


L'ouvrage La Pensée de Swedenborg (extraits classés par thèmes,
paru en 1923) fut certes édité a son enseigne, mais Alfred G. Rega­
mey avait pris les frais a sa charge. L'Agence publia surtout
diverses brochures (en particulier de nombreux petits fascicules
rédigés par Gustave Regamey) et l'intéressante étude d'Alfred G.
Regamey Swedenborg au travail (1935). La seule réédition en fran­
çais d'un ouvrage de Swedenborg dans l'entre-deux-guerres (La Nou­
velle Jérusalem et sa Doctrine Céleste) fut effectuée sous les
auspices de la Swedenborg Society.

Par contre, l'Agence des publications joua un rôle très utile pour
la diffusion de la littérature swedenborgienne. On lui doit surtout
d'avoir réussi a rassembler tous les stocks de langue frança,ise
existants, par étapes successives; cette entreprise difficfle exigea
dêlOrïgues années. Un premier bilan de ces efforts pouvait être
dressé en 1922:

" Le Comité a pris très a coeur de bien organiser et surtout


d'enrichir l'Agence des Publications. Encouragé par quelques
promesses financières, il a fait pour elle l'acquisition d'un
assez fort stock de publications provenant de l'ancienne
librairie de la Nouvelle Eglise de la rue Thouin apii'r"is.
II a reçu en don de la Swedenborg Society dë--"[ondres une
quarantaine de caisses de livres provenant d'un héritage
de Mme Chevrier." (22)

Les livres restants du stock de Mme Humann furent donnés par


elle, avec tous ses biens, a un trust novi-jérusalémite américain
\ desU l1 é a promouvoir la cause de~ NoU-vefle-cgTlseeilrrance,
le---Paris-Trust, qui accepta de confiêr a -"Agê-nce despublications
la vente de ces volumes, sans en abandonner la propriété.

En 1927, _ l.§l! Swedenborg Society renonça a la propriéLé d_~_Ja


qualii:-totalité de son stock de volumes en langue française, au profit
de la Fédération (23).

En 1931, la Fédération obtint de 00Ie~_ ~t Marie BY~~_ la cession


de la bibliothèque de leur père et du stock de livres publiés par
Charles Byse en dépôt a l'Agence des publications, en échange de
l'édition (à 250 exemplaires) de la biographie du géfunt (24). .

Il fallut attendre 1937 pour récupérer la dernière partie des livres


publiés par Le Boys des Guays, qui se trouvaient entre lesm-ains
d'une -demoiselle Meslier;, compagne du fils de Mme Humal'ln,
Charles (+1933) (2S,.-"":Nfafheureusement, quelques années plus tard,
la Nouvelle Eglise ayant été assimilée par les autorités d'occupation
à une secte maçonnique, tous les livres entreposés a Paris (soit
Ventes de l'Agence des Publications

N.B.: à partir de 1938, ces statistiques comprennent également les


volumes vendus par les soins du Cercle Swedenborg. Pour la période
1946-50, elles incluent également les ventes réalisées à partir du stock
parisien (qui ne sont pas prises en compte pour la période antérieure);
nous devons cependant préciser que, pour cette dernière période, les
éléments statistiques dont nous disposons sont imprécis et les chiffres
incertains.

1) Ecrits de Swedenborg

Abréviations: A.C. (Arcanes Célestes), Doc. (Doctrine), N.J. (Nouvelle


Jérusalem), E.S. (Exposition sommaire), N.E. (Nouvelle Eglise), V.R.C.
(Vraie Religion Chrétienne)

1931-41 1941-46 1946-50


A.C. (16 volumes) 17 1 3
Index des noms dans les A.C. 8
Index méthodique A.C. (2 vol.) 20 2
Index des passages dans A.C. 5
Doc. de la Charité (A.C.) 23 7 10 (7)
Représentations (A.C.) 28 2
Des Terres dans l'Univers 11 3
Du Ciel et de l'Enfer 179 40 7
- Du Jugement Dernier 20 1 3
N.J. et Doc. Céleste 18 2
idem, éd. du 250e anniversaire 284 65 34 (7)
Du Cheval Blanc 18
Apocalypse Expliquée rr vo!.) 4 3
Des Biens de la Charité 7
Du Dieu Triun [2
Divin Amour et Sagesse rposthume! 9
E.S. Prophètes et Psaumes 7 5
Doc. sur le Seigneur 19 5 7
Doc. sur l'Ecriture Sainte 14 2 3
Doc. de Vie 34 8 11
Doc. sur la foi [1 7 1
Quatre Doctrines 25 5 3
r- Continuation Jugement Dernier 20 3
Sagesse Angélique Divin Amour 27 4 B(7)
Divine Providence 41 1 7
Apocalypse Révélée (3 vol.) 22 4
Amour Conjugal 54 5
E.S. Doc. N.E. 11 4
Commerce de l'Ame et du Corps 30 2
V.R.C. 29 1 1
Appendice V.R.C. 8 2 2
La Pensée de Swedenborg 142 18 21

Remarque: les tirets (--) peuvent signifier soit l'absence de ventes,


soit que le volume était épuisé.
2) ouvrages de Charles Byse

1931-41 1941-46 1946-50


Swedenborg 1 30 19 7
Swedenborg Il 8 II 3
Swedenborg 11I 2 9 3
Swedenborg IV 1 ~uisé?
Swedenborg V 2 8
Lettre ou Symbole 9 1
Scientisme et Swedenborg 3 1
Ere nouvelle 8 -­ 1
Providence 7 5 6
Homme-Dieu 6 1 3
Apocalypse 19 9 6
Mariage idéal 9 3 1

3} littérature collatérale: varia

N.B.: pour éviter l'accumulation d'informations d'un maigre intérêt,


nous n'indiquons les ventes par ouvrage que lorsqu'elles ont dépassé
10 exemplaires pour la période 1931-41. En outre, les ventes des di­
verses brochures (ainsi que des ouvrages en langues étrangères) ne
sont pas mentionnées dans ces statistiques.

1931-41 1941-46 1946-50


Notice sommaire sur Swedenborg 24 10 8
Giles, Nature esprit de l'homme 69 17 22
--, Pourquoi je suis de la N.E. Il 4 3
--, Conférences sur l'Incarnation 39 5 6
--, Nouvelle dispensation Il 5 7
Geymuller4, Phénomènes psychiques 30 5 4
--, Notice sommaire 48 9 7
Hindmarsh, Abrégé V.R.C. 13 5 9
Helen Keller, Ma Religion 187 II 10
Murray, Vérité sur le mariage 19 19 2
Le Boys des Guays, Lettres à un homme 17 16 1
Presland, Conférences sùrTa13fble 12 Il 4
AoG. Regamey, Swedenborg au travail 12 12 8
G. Regamey, Problèmes d'outre-tombe 65 18 22
--, Premiers chapitres de la Genèse 12 II
Liturgie provisoire 15 épuisé
Sadhou Sundar Singh, Visions 76 23 6
- 119 ­

12.45 f---.Y.Qlu.rn es, dont 8.972 d'oeuvres de Swedenborg) ~lI~~!!~ __s_a~is


~n_ 15)41: On ne put en retrouver après la guerre qu'environ le
quart (3.380) (26). Le reste fut probablement détruit et, depuis ces
f~cheux événements, il est devenu difficile de trouver certains titres.

Mentionnons enfin le follow-up work: à partir des fiches de vente


de l'Agence des publications (et de la liste des abonnés de la biblio­
thèque), on écrivait aux personnes ayant ainsi manifesté leur intérêt
pour leur proposer de répondre à leurs questions et leur demander
si elles désiraient en savoir plus sur la Nouvelle Eglise.

c) l'Imprimerie de l'Ere Nouvelle

II est une conviction que tous les disciples de la Nouvelle Jérusalem,


à travers le monde, semblent avoir partagêe: les doctrines de la
Nouvelle Eglise se répandront sous forme imprimée. Swedenborg
lui-même n'avait-il pas déclaré que sa mission consistait à "les
divulguer et les exposer au grand jour par la voie de l'impres­
s~n"? (27) Gustave Regamey affirmait en 1921: --­

" Je crois que pendant bien des années encore l'activité et


l'instauration de la Nouvelle Eglise se traduira surtout par
le livre, c'est-à-dire par des publications qui peuvent se
répandre un peu partout." (28) -- ~-

Sans disposer d'une imprimerie, l'Agence des publications ne pouvait


agir que de façon limitée. Dès 1919, le Comité de la Société de
Lausanne s'occupa "longuement (... ) du projet de doter d'une impri­
merie la Nouvelle Eglise de Lausanne" (29). En 1921, l'éphémère
Revue de l'Ere nouvelle venant s'ajouter au Messager, il parut
d'autant plus urgent de fonder une imprimerie, car les deux pério­
diques grevaient lourdement les finances de la fédération (30).

Or, à la fin de 1920, fïTn impri~eur lausannois, O~--) a~9.lL propo~é


la constitution d'une imprimerie sous nom neutre: il apporterait
son matériel, serait remboursé en actions et employé par l'impri­
\ merie (3I). On décida d'aller de l'avant (32), et la fédération lança
une souscription le 20 janvier 1921: la société disposerai t d'un capi­
\ tal de 20.000 fr., réparti en 200 actions de 100 fr. (33). En défini­
tive, sur recom. mandation de Maurice Galland, on adopta lê_ forme
) d'une SQcjété coopérative (avec des parts de 100 fr.) plutOt que
qlun~~Qcjétranony-')1e(34).
L'Imprimerie de l'Ere Nouvelle
s'installa à Lausanne, à l'avenue
dè-frâïiC~6ïly annexa quelque temps une L!Q~rie de l'Ere
Nouvelle (liée à l'Agence des publications), mais on dut abandonner
cette dernière activi té, peu rentable.

L'imprimerie, par contre, fonctionnait à un rythme très encoura­


geant. Elle permit d'imprimer gratuitement le Messager en
1922 (35); on put également, au printemps 1923 et à nouveau en
1924, verser aux porteurs de parts un intérêt de 5 1/2% (maximum
prévu par les statuts) (36). En 1923, on décida donc d'émettre pour
15.000 fr. de nouvelles parts, afin d'acquérir de nouvelles machines.

Bonnes conditions financières, amélioration des moyens techniques:


- 120 ­

la réimpression des livres de Swedenborg épuisés en français parais­


sait possible dans un avenir proche (37). La seule difficulté ren­
contrée par la nouvelle imprimerie était d'un autre ordre: elle avait
subi quelque opposition de la part des organismes patronaux et syn­
dicaux, par suite de son refus d'adhérer à l'association des mattres­
Imprimeurs et de signer lesc·orîventions (38); elle ne se décfdà" à
franIhTr: ~e P~~--9l!~~19~8 (39).

Mais bien avant, des événements imprévus allaient compromettre


l'avenir de l'entreprise. 1924 fut une année de crise:

" (••. ) notre directeur technique [Ob•.• , qui n'était pas membre
de [a Nouvelle Eglise] nous a mis dans une situation fort
critique par suite d'une série de détournements (40), encais­
sant à son profit un grand ·nombre de faCtures, falsifiant
\ cértains comptes et nous ayant engïi"g~dans plusieurs· tra­
~ vaux sur lesquels nous avons essuyé de grosses pertes. Ce
1 n'est qu'après de longues recherches que nous avons pu en
fixer le montant, qui s'élève à 18.000 fr. environ.

" Par une heureuse coïncidence, nous recevions à peu près


à la même époque 1!!1e. offre _<le fusion avec Ylmerimerie
Giesser et .~!1.ie!et, offre qui fut minutieusement étudiée
(... ) et ratifiée à l'unanimité par l'assemblée générale extra­
ordinaire du 14 aoQt 1924. Cette fusion nous sauva du
désastre, car, sans elle, C'était la liquidationforcée-ii"Y"ec
fa perte presqu'entière de notre capital." (41)

L'imprimerie fut installée dans un autre local (rue de la Louve


12). Le Comité avait beaucoup hésité avant d'accepter la fusion,
"car notre première idée fut que nous risquions de dévier des buts
que nous nous étions proposés." (42) Mais il n'y avait·pas--Jràutre
issue. Naturellement, Giessèr et Banderet ne pouvaient accepter
de subir les conséquences de la mésaventure survenue avant leur
intervention. Pour éponger les pertes, on renonça provisoirement
à distribuer le dividende aux porteurs des 300 premières parts (de
nouvelles parts étant émises en échange de l'apport de Giesser et
Banderet); selon les accords, la Fédération devait recevoir la moitié
des bénéfices: elle les abandonna également jusqu'à extinction de
la dette. "

L'arrangement se révéla heureux: en 1930, on avait enfin effacé


les pertes causées par les détourneîTiëi1ts, et les poï-tëUrs-cfeS"parts
N°- 1 à 300 pouvaient à nouVëâiJ toucher le dividende statu­
taire (43); pour la première fois, un petit bénéfice restait à la
Fédération (44).

En 1931, malgré la crise mondiale, l'[mprimerie de l'Ere Nouvelle


put mettre à la disposition de la Fédération une somme qui, conjoin­
tement au produit du Fonds de Chazal, permit d'assainir la situa­
tion (45). [1 est vrai que les difficultés économiques des années
1930 allaient à nouveau compromettre l'équilibre financier difficile­
ment atteint par la Nouvelle Eglise en Suisse romande•••

Sans être parvenue à accomplir toutes les tâches qu'elle s'était


assignées à sa fondation, l'Imprimerie de l'Ere Nouvelle ne fut pas
- 121 ­

pour la fédération une mauvaise affaire. En outre, sans elle, le


Messager n'aurait pu poursuivre sa panuion aussi longtemps.

Précisons encore que les locaux de l'imprimerie furent agrandis


en 1938 et que les prescriptions du nouveau Code des obligations
contraignirent en 1942 la société coopérative à se transformer en
société anonyme (46). La suite de l'histoire de l'Imprjmer(!L.~re
{ N~'y~lIe (qui s'installa en 1956 à la place du 'Tunnel 14) et l'évolu­
1 tion de ses liens avec la fédération nous entraTneraient hors de
notre sujet.

d) le Cercle Swedenborg

Le 23 juin 1938 eut lieu à Lausanne la séance de fondation du


Cercle Swedenborg:

" (••• ) on a pu constater depuis un certain temps un renouveau


d'intérêt dans le public pour le grand Suédois, intérêt qu'il
y a lieu de maintenir et de développer.

"Parmi ces personnes nouvellement intéressées, il en est


plusieurs sans doute qui ne seront pas attirées de prime
abord par les écrits théologiques de Swedenborg, mais plutôt
par ses oeuvres scientifiques et philosophiques, et qui sont
imbues de préjugés à l'égard de tout groupement religieux
quel qu'il soit (... ).

" Il semblait donc qu'une société de caractère laïque. créée


en marge de notre organisation, répondTt mieux aux préoccu­
pations de cette classe de chercheurs, tout en leur offrant
la possibilité de se documenter sur les sujets qui les inté­
ressent principalement. (... ) Il est d'ailleurs assez probable
que ces chercheurs 1a'i'ques ne pourront pas rester longtemps
indifférents à la '"théologie \. de Swedenborg, s'ils étudient
sa science et sa '.,philosophie;' puisque. la première est en
quelque sorte l'abolitisseiifëiit logique des doctrines et des
hypothèses émises par Swedenborg au cours de sa carrière
de savant et de philosophe." (47)

" Il y a lieu de remarquer d'autre part que nous avons de


tout temps manqué de moyens de propagande efficaces et
d'une organisation qualifiée dans ce but." (48)

Ce dernier motif semble avoir été le plus réel. En effet, rien ne


permet d'affirmer qU'il y ait vraiment eu à cette époque un intérêt
particulier pour Swedenborg en Suisse romande (49); quant à ses
oeuvres scientifiques et philosophiques, il n'en existait aucune tra­
duction française, les bases manquaient donc pour une action dans
ce domaine.

Deux faits, par contre, favorisèrent la naissance du Cercle: le local


attenant à la chapelle de la Société de Lausanne se libérait (un
magasin avec vitrine sur rue) et, lors' de la visite d'Alfred G. Rega­
mey à Londres en janvier 1938 (à l'occasion des cérémonies commé­
morant le 250e anniversaire de la naissance d'Emmanuel Sweden­
borg), les dirigeants de la Swedenborg Society lui avaient promis
- 122 ­

leur soutien financier pour la mise en oeuvre d'un tel projet.

Les statuts du Cercle Swedenborg en fixaient le siège à Lausanne,


mais prévoyaient que "des centres d'étude et de diffusion" pourraient
être ouverts dans d'autres localités de Suisse romande. Le Cercle
fonctionna à Genève dès 1941, puis aussi à Vevey. A Lausanne et
Genève, il était ouvert tous les après-midi; à Vevey, la permanence
se tenait deux fois par semaine. La personne présente (A.G. Rega­
mey et quelques membres de la Nouvelle Eglise se relayaient)
informait les éventuels visiteurs et assurait le prêt et la vente
des livres. La bibliothèque était un élément important de cette
activité. Le Cercle Swedenborg s'efforçait, à sa modeste mesure,
de jouer le rôle d'un centre de documentation. Il organisait égale­
ment des conférences, très souvent sur des sujets non swedenborgiens.

Malgré de petites campagnes publicitaires dans la feuille d'Avis


de Lausanne (mai-juin 1939 et février-mars 1940), le Cercle souffrit
d'un déficit chronique dès sa deuxième année d'existence. L'activité
se poursuivit néanmoins: on estimait que la vitrine du local de
Lausanne constituait "un excellent moyen de propagande" (50). Avec
de maigres moyens pour de faibles résul tats, la décoration de cette
vitrine témoignait d'un remarquable effort d'imagination, de fan­
taisie et de variété: de 1938 à 1948, le décor fut changé plus de
deux cents fois! Mais il fallait de la constance et de la persévérance
aux personnes de garde durant les heures de permanence, puisqu'il
y avait des après-midi sans le moindre visiteur et des semaines
entières sans une seule vente de livres... (51) Les illusions sur
les possibilités d'action du Cercle s'évaporèrent vite•••

Nombre de membres du Cercle Swedenborg en Suisse romande

année nombre
1938-39 34
1939-40 39
1940-41 48
1941-42 50
1942-43 46
1943-44 43
1944-45 43
1945-46 41
1946-47 37
1947-48 39

Qui franchissait donc le seuil du Cercle Swedenborg? Durant la


guerre, une proportion élevée de réfugiés et de rapatriés (52). Outre
les questions relatives à la Nouvelle Eglise ou au conflit en cours,
les sujets abordés par les visiteurs restaient "invariablement les
mêmes chaque année":

" les sciences occultes et les phénomènes psychiques; l'au­


delà, les visions et les dédoublements; les prédictions et
les prophéties; la réincarnation; l'évolution; le fatalisme;
le jugement dernier; l'éternité de l'enfer (... )." (53)
Statistiques du Cercle Swedenborg (Lausanne)

Remarques: nous n'indiquons pas ici les statistiques du Cercle Sweden-


borg pour Genêve et Vevey; sous toutes les rubriques, les résultats
y étaient beaucoup plus modestes (le local genevois se trouvait en
étage et sans vitrine, Vevey est une petite ville).
Durant ces dix années, le Cercle Swedenborg de Lausanne était ouvert
réguliêrement et disposait d'une vitrine sur rue. Les totaux des visi-
teurs ne doivent pas faire illusion: chaque visite de la même per-
sonne était comptabilisée une nouvelle fois (un habitué pouvait donc
faire monter notablement les chiffres); en outre, les quémandeurs,
colporteurs, personnes entrées pour demander un renseignement, etc.,
sont aussi compris dans le total des "nouvelles personnes".
Les résultats paraissent donc assez faibles si l'on considêre les efforts
et le temps investis (permanences quotidiennes, fréquents changements
du décor de la vitrine, etc.).

Abréviations: ME (nombre de VIsites de membres du Cercle Swedenborg


ou de la Nouvelle Eglise), AM (nombre de visites d'amis ou de per-
sonnes connues), NP (nombre de visites de nouvelles personnes), TO
(total des visites), LG (livres distribués gratuitement), BG (brochures
distribuées gratuitement), LV (livres vendus), BV (brochures vendues),
OP (ouvrages prêtés), VI (nombre de changements du décor de la
vitrine).

ME AM NP TO LG BG LV BV OP VI
1938-39 285 166 87 538 15 220 98 80 128 27
1939-40 235 126 81 442 879(*) 96 165(*)23 97 25
1940-41 181 201 61 443 27 173 88 38 108 18
1941-42 252 214 74 540 3 56 72 124 96 22
1942-43 183 362 108 653 17 57 76 69 122 22
1943-44 256 322 103 681 5 69 61 100 118 19
1944-45 286 432 114 832 8 70 36 76 106 18
1945-46 224 476 127 827 5 65 66 41 67 15
1946-47 192 486 80 758 3 33 37 41 102 18
1947-48 163 314 83 560 6 36 45 44 60 17

(*) Dans ces totaux sont comprises d'une part la distribution par cor-
respondance, d'autre part la vente, de l'édition du 250e anniversaire
de l'ouvrage La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste.
- 124 ­

Nous trouvons dans le rapport d'activité pour l'année 1944-1945


une description si vivante des visiteurs du Cercle que nous ne
résistons pas au plaisir d'en citer de larges extraits - plus éloquents
que tous nos commentaires:

.. Nous avons compté pour les trois centres plus de mille


visites pour ['année écoulée. Lausanne à lui seul en totalise
832. Il est vrai que nous y avons quelques fidèles habitués
qui viennent presque chaque jour faire leur petit tour et
que dans ce nombre sont également compris les vendeurs
de tout acabit désireux de placer leurs marchandises et
ceux qui viennent collecter pour les bonnes oeuvres. (... )

.. (.•. ) Ou bien on nous rapporte des brochures données lors


d'une entrevue précédente en nous déclarant qu'on ne tient
pas à les garder. (... )

.. Il Y a aussi les donneurs de conseils, ceux qui viennent nous


dire ce que nous devrions faire ou ce qu'ils feraient à notre
place, puis ceux qui sont à la recherche d'une âme compatis­
sante et patiente disposée à écouter pendant de longues
heures le récit détaillé de leur vie ou des grâces spéciales
dont ils se disent comblés par le Seigneur qui les a choisis
pour accomplir l'Apocalypse ou pour jouer un rôle important
dans le monde de demain. Plusieurs fois aussi on est venu
nous demander si Swedenborg avait laissé une méthode pour
arriver à l'illuminisme, car nombreuses encore sont les per­
sonnes qui confondent les visions et la spiritualité et qui,
par conséquent, s'imaginent qu'elles seront spirituelles si
elles arrivent à la voyance•

.. Plusieurs parmi vous seraient étonnés si on leur énumérait


tou tes les raisons pour lesquelles on s'adresse à nous.
N'est-on pas venu demander un jour à la personne chargée
de la surveillance si elle croyait que le pasteur consentirait
à bénir le mariage d'une jeune fille catholique avec ,un
divorcé, ce mariage ne pouvant se faire à l'Eglise romaine?
Toutefois, lui affirma-t-on, on tâcherait de s'arranger d'abord
avec l'Eglise vieille-catholique, et si 'ça ne marchait pas',
on reviendrait chercher la réponse•

.. Pour Ulil psychologue averti, il y a dans toutes ces visites


un intéressant sujet d'étude (... ), Ce qui nous frappe toujours,
c'est le nombre de personnes qui feignent s'intéresser, même
vivement, qui nous assurent qu'elles reviendront ou écriront
ou encore qu'elles assisteront aux prochaines conférences,
mais que ,'on ne revoit jamais par la suite." (54)

e) la Ligue de jeunesse de la Nouvelle Eglise

Tous les organes spécialisés que nous avons présentés jusqu'ici


étaient en grande partie orientés vers l'extérieur. Il en existait
un autre à vocation essentiellement interne: la Ligue de jeunesse
de la Nouvelle Eglise, que nous n'avons cependant pas voulu étudier
séparément (55) - d'ailleurs, en encadrant des jeunes, il s'agissait
aussi de gagner, pour l'avenir, des membres solides à l'Eglise.
- 125 ­

Au cours de son voyage aux Etats-Unis, en 1919, Gustave Regamey


avait été intéressé par l'activité de l'American New Church
League (56). A l'instigation du pasteur Regamey et grâce à un élo­
quent plaidoyer de Maurice de Chazal, la Ligue de jeunesse de la
Nouvelle Eglise de Lausanne fut fondée le 16 septembre 1919. On
pouvai t en être mem bre dês l'âge de 15 ans. Duran~ les premiêres
années (jusqu'en 1925), les adhérents furent relativement nombreux
et dynamiques: sur dix-huit membres fondateurs, douze restêrent
acti fs dans la NouvelleËglise-et quatre devinrent P!:lst.§1!!s (57).
Outre des réunions d'étude et soirées familiêres, les membres
participaient également à des excursions et camps de montagne.
Ils rendirent de nombreux services pratiques a la Société de
Lausanne.

Le petit groupe entretenait des relations épistolaires réguliéres avec


la Ligue de jeunesse de Boston. Dés 1919, cette derniêre proposa
d'envisager la fondation d'une Ligue internationale.

" (..• ) la Ligue de Lausanne (... ) s'est enthousiasmée pour cette


idée, a tel point qu'elle a communiqué son ardeur a la Fédé­
ration des ligues américaines qui, sous l'impulsion de la
Ligue de Boston, se mit sérieusement a étudier le projet.

" Et l'on vit un phénomêne assez curieux se produire: l'échange


de nombreuses lettres entre l'American New Church League
et notre petit groupe de Lausanne. D'une part les efforts
combinés de 2.000 jeunes et de l'autre ,'enthousiasme et
les quelques suggestions pratiques d'une poignée de
jeunes." (58)

Cette disproportion portait en elle les germes de l'inefficacité du


futur organisme. Pourtant, aprês avoir établi des contacts avec
des groLlpes similaires du monde entier, on réunit un congrês a
Lausanne en juillet 1923, avec quelques délégués venus de l'étranger,
et on créa la Ligue internationale de jeunesse çle la Nouvelle Eglise;
en raison de la situation centrale de l'a Suisse, on fixa a Lausanne
le siêge de son bureau permanent.

Mais la Ligue de Lausanne n'avait pas vraiment les moyens d'assu­


mer une telle responsabilité: toute organisation de jeunesse se
caractérise par l'obligation de renouveler ses cadres fréquemment
(au fur et a mesure que les plus anciens prennent de l'âge); le noyau
lausannois était trop restreint pour le permettre. La fondation de
la Ligue internationale avait été suscitée par la présence d'une
volée d'enthousiastes qui trouvait surtout la, dans l'atmosphêre de
l'aprês-guerre (tentatives de coopération internationale, etc.), un
moyen supplémentaire d'affirmer son dynamisme, sans pouvoir se
perpétuer.

Il y avai t enfin un évident déséquilibre au départ, puisque chaque


fédération nationale ou linguistique disposait d'une voix au sein
de la Ligue internationale, indépendamment de son importance numé­
rique ou de sa contribution financiére: or, les organisations anglaise
et américaine comptaient chacune plus de mille membres, tandis
que la Ligue danoise n'en regroupait qu'une dizaine et celle de
Lausanne vingt-cinq~ (59) L'existence de la Ligue internationale
- 126 ­

demeura très théorique (60); en 1938, le trésorier en était encore


l'irremplaçable A.G. Regamey! (6 I)

N'ironisons pas: si la Ligue internationale fut un échec, la Ligue


de Lausanne exerça localement une action bienfaisante et contribua
à affermir plusieurs jeunes novi-jérusalémites dans leur foi (62).
Mais elle ne retrouva plus jamais son élan originel après 1925 et
disparut définitivement peu après la guerre (63).

2) Méthodes de propagande

Comme nous l'avons déjà indiqué en présentant ,'Imprimerie de


l'Ere Nouvelle, les swedenborgiens étaient convaincus de l'efficacité
des livres et des brochures pour la diffusion de leurs doctrines.
Mais nous verrons qu'ils tentèrent également de recourir à d'autres
moyens.

al par voie d'imprimés

Dès le premier numéro du Messager, les membres suisses romands


de la Nouvelle Eglise l'utilisèrent pour leur propagande (64). Nous
l'avons vu, il fut souvent tiré dans ce but à un nombre d'exem­
plaires largement supérieur aux besoins. En avril 1922, on l'envoya
à tous les pasteurs de Suisse romande, ainsi qu'aux professeurs et
étudiants des facultés de théologie (65). En 1925, l'Agence des publi­
cations mena une véritable campagne d'envois de prospection: trois
mois à toute adresse qu'on lui indiquait (66) et durant l'année
entière aux pasteurs de Suisse romande (67).

Le Messager ne pouvait cependant suffire. Dès 1918, il fut question


de publier une douzaine de prédications de Gustave Regamey sous
forme de brochures de 16 pages (68). Relancé en 1924, le projet
se trouva porté à des dimensions plus ambitieuses: cinquante ser­
mons, à 2.000 exemplaires chacun (69).

" Vu le nombre restreint de nos lieux de culte et l'exiguÙé


de nos locaux, le public ne peut pas venir à nous comme
cela serait désirable. C'est donc à nous d'aller à lui en
distribuant nos brochures." (70)

Les cinquante sermons ne virent jamais le jour. Par contre, d'autres


brochures (certainement plus appropriées que des prédications pour
la propagande) furent publiées (sans parler de brochures occasion­
nelles "hors série", dès 1918).

Cinq séries furent lancées: "Les problèmes d'outre-tombe" (six


brochures, publiées en 1926), "La sagesse antique" (trois, entre 1927
et 1931), "Le monde invisible" (une, en 1926), "La doctrine du Dieu
tri-un" (une, en 1930) et "Les premiers chapitres de la Genèse"
(six, entre 1927 et 1928). La plupart comptaient 16 pages et toutes
avaient pour auteur Gustave Regamey - elles reprenaient les textes
de conférences qU'il avait prononcées.

De toutes ces brochures, la série consacrée aux problèmes d'outre­


tombe fut la plus largement utilisée: la Société de Lausanne et
- 127 ­

celle de Genève achetèrent chacune un millier d'exemplaires du


fascicule La Mort et la Résurrection. Les deux faces d'un même
phénomène, "afin de l'envoyer gratuitement à toutes les familles
en deuil dont les noms et les adresses leur sont fournis par les
quotidiens de ces deux villes" (71); quant aux personnes affligées
de la perte d'un enfant, elles recevaient la brochure Les Enfants
dans le Ciel (72). Les membres de la Nouvelle Eglise avaient bien
conscience que, de toutes leurs doctrines, les enseignements de
Swedenborg sur l'au-delà éveillaient le plus l'intérêt du grand public
(nous en reparlerons bientôt); les brochures sur les problèmes
d'outre-tombe étaient les plus demandées et, parmi les ouvrages
de Swedenborg, Le Ciel et l'Enfer avait la préférence des
clients (73).

Mentionnons également quelques envois gratuits de publications à


diverses bibliothèques (74) et le dépôt du volume La Pensée de
Swedenborg et de la brochure Voici je fais toutes choses nouvelles
dans presque toutes les librairies de Suisse romande, en 1925 (75).

b) une campagne de propagande à ,'occasion de la réédition


de "La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste"

L'année 1938 marquait le 250e anniversaire de la naissance d'Emma­


nuel Swedenborg. Dans le monde entier, la Nouvelle Eglise saisit
cet événement pour intensifier sa propagande. Le Swedenborg
Anniversary Committee (New York) envoya aux groupes novi­
jérusalémites des indications précises sur les moyens à utiliser pour
exploiter au mieux cette occasion (76).

Sans disposer des mêmes possibilités matérielles que ses consoeurs


anglo-saxonnes, la Fédération s'efforça de les imiter. Outre des
conférences de Norman Mayer à Lausanne et à Genève sous le patrcr­
nage du Consulat royal de Suède, elle publia (à \.000 exemplaires)
une Notice sommaire sur la vie et les écrits d'Emmanuel Sweden­
borg, rédigée par Henry de Geymuller. J ointe à des photographies
et à des informations brèves susceptibles d'être utilisées (ou repro­
duites telles quelles), cette brochure fut envoyée à tous les grands
journaux de France, de Suisse et de Belgique par les soins d'un
comité chargé spécialement de la commémoration du 250e anniver­
saire. Une soixantaine d'articles furent ainsi publiés dans la presse
française (77). En Suisse romande, une dizaine de journaux et pério­
diques parlèrent plus ou moins longuement de Swedenborg en janvier
ou février 1938 (78).

Mais la plus importante et durable réalisation fut la réédition, en


marge de cet événement, d'un livre de Swedenborg: La Nouvelle
Jérusalem et sa Doctrine Céleste. Ce projet était en cours depuis
une dizaine d'années déjà: il en avait été question pour la première
fois en 1928, la Swedenborg Society ayant alors proposé de financer
la réédition d'un ouvrage de Swedenborg en français (79). Gustave
Regamey effectua une première révision de la traduction de Le
Boys des Guays (édition de 1884): cette tâche était achevée à la
fin de 1930. Alfred G. Regamey entama alors une seconde révision,
mais, devant l'ampleur des modifications nécessaires, il parut pré­
féraole de mettre au point une traduction entièrement nou­
velle (80). Ce travail fut accompli entre 1937 et 1939 par A.G.
- 128 -

Regamey, en collaboration avec Norman Mayer, Henry de Geymuller


et Elise Hagnauer (81).

En 1936, la Swedenborg Society décida d'intégrer le projet dans


le cadre d'une parution simultânée de l'ouvrage en dix langues euro­
péennes à l'occasion du 250e anniversaire (82). En définitive, le
livre fut même publié en dix-huit langues, tant européennes qu'asia­
tiques. Mais, au grand désappointement de la Swedenborg Society,
la nouvelle traduction française n'était toujours pas prête au début
de l'année 1938, à cause de divers imprévus, malentendus et dés­
accords sur le choix de l'imprimeur.

Le soin d'imprimer La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste


(amputée de ses références aux Arcanes Célestes pour des raisons
d'écônomlë)ècllU'tpour'tTiJ1rTl'Imprimerie 'de l'Ere Nouvelle. Tiré
à 5.000 exemplaires (dont 1.500 reliés), le livre se prêtait à une
large diffusion. Malheureusement, par suite des retards successifs,
le volume sorti t de presse le •.. 1er septem bre 1939: Même en
Suisse, le moment n'était guère propice: l'opinion publique avait
d'au tres préoccupat ions.

Malgré ces circonstances contraires, le Cercle Swedenborg s'engagea


dans un gros travail de distribution de l'''édition du 250e anniver­
saire": 270 bibliothèques publiques de France, de Suisse et de
Belgique reçurent le volume (30 en accusèrent réception); il fut
également adressé à plus de 300 pasteurs des mêmes pays (12 remer­
ciements) et à 293 journaux et revues (environ 50 mentionnèrent
la parution de l'ouvrage). Les ventes par l'intermédiaire des librai­
ries furent rares, bien qu'une circulaire eUt été adressée à tous
les libraires de Suisse romande et à quelques-uns en France (83).

c) quelques autres moyens utilisés

Dans une rétrospective des quinze premières années d'activité de


la Nouvelle Eglise à Genève, ..~beth KQeu~ê\, décrivait ainsi les
efforts de Gustave Regamey:

" On peut se rendre compte (••• ) des moyens variés et ingé­


nieux dont notre pasteur a usé pour faire connaTtre la Nou­
velle Eglise: réunions chez lui et chez des amis, séances
de projections pour enfants, articles dans les journaux, envoi
de brochures à des personnes en deuil. Ce sont les confé­
rences qui ont remporté le plus franc succès. La diversité
et l'originalité des sujets plaisent au public, et aussi la
liberté donnée à chacun de poser des questions à la fin
de la réunion.

" Notre salle de cultes est toujours remplie à la réunion de


la Toussaint. Ce n'est pas en vain qu'on a appelé M. Rega­
mey "le pasteur de l'au-delà"; il sait toujours répéter sous
une forme nouvelle les enseignements si précis de Sweden­
borg sur la vie après la mort." (84) .

Encore une fois, ce sujet était le seul par lequel on parvenait à


attirer vraiment l'attention du public sur Swedenborg (85). Pas seule­
ment à Genève: à Lausanne, en mai 1939, les quatre conférences
- 129 ­

que prononça Maurice de Chazal sur les problèmes d'outre-tombe


rencontrèrent un grand succès - 100 à 150 auditeurs pour cha­
cune (86). Pourtant, malgré le talent de l'orateur, ces réunions
n'amenèrent pas grand monde à s'intéresser de plus près à la Nou­
velle Eglise, au-delà du sujet précis (87).

A.G. Regamey se déclarait cependant certain que, en Suisse, les


conférences jouaient un rôle primordial pour attirer des gens à
l'Eglise (88). Son expérience lui avait également permis de constater
que le choix des sujets importait plus que les conditions météoro­
logiques ou le type de salle, et que les points strictement doctri­
naux n'éveillaient guère d'intérêt, à l'exception de thèmes comme
la Bible ou la prière (89).

On caressa longtemps le projet d'une exposItion (si possible itiné­


rante) sur la Nouvelle Eglise et ses publications, pour "dissiper
l'impression, dans le public, du peu d'importance de notre mouve­
ment religieux", expliquait G. Regamey en 1919 (90). On relança
périodiquement le projet jusqu'en 1931 (91), on récolta des docu­
ments et des fonds, mais "exposition ne vit jamais le jour.

La Fédération aurait voulu entreprendre un travail missionnaire


par voie radiophonique, mais n'en eut pas la possibilité en Suisse (92).

Conférences et publications furent donc les deux axes de la propa­


gande swedenborgienne en Suisse romande. Les membres de la
Nouvelle Eglise se refusèrent toujours à y pratiquer le porte-à­
porte (93).

3) Relations avec les autres Eglises

Par sa propagande (même limitée, faute de moyens importants),


la Nouvelle Eglise se posait inévitablement en concurrente des Eglises
établies. En outre, nous avons vu que le Messager fut envoyé à
plusieurs reprises en prospection aux pasteurs de Suisse romande.
La rédaction du journal précisa que le but n'était pas de les amener
à quitter leur communauté, mais de les rendre attentifs aux doc­
trines du Second Avènement, afin de voir s'ils pourraient y trouver
les réponses aux questions de leurs fidèles (94). Certes, les novi­
jérusalémites ont souvent cru possible de faire pénétrer leurs con­
ceptions à l'intérieur des Eglises chrétiennes; mais notre petit
groupe n'aurait sans doute pas été fâché d'ajouter, après G. Rega­
mey et F.C. Mercanton, d'autres ministres issus des Eglises protes­
tantes à son corps pastoral... (95)

a) la théorie: la "Vieille Eglise"

Avant d'aborder le problème des relations concrètes, examinons­


en le soubassement théorique. On peut le résumer assez simplement:
Swedenborg ayant inauguré une nouvelle dispensation chrétienne,
la Nouvelle Eglise est présentée en contraste avec la "Vieille Eglise"
(toutes les autres dénominations religieuses). Cependant, ce thème
fut présenté surtout au cours des premières années, dans l'exaltation
des débuts, et transparaTt fréquemment dans les articles de Byse;
on le trouve rarement ensuite. - - -- - - - - ­
- 130 ­

Ces croyants convaincus n'étaient pourtant jamais fanatiques; ils


partageaient le sentiment exprimé par Charles Byse en 1917:

" Notre principe est (... ) pur de tout esprit sectaire. (... ) Sans
doute les doctrines sépareront toujours les hommes en Eglises
(••• ) mais ce qU'il s'agit d'abolir, c'est la rivalité. la haine
entre ces différentes religions.

" Ceux qui contemplent la vérité de plus près sont tenus,


je l'avoue, d'évangéliser ceux qui la voient de plus loin;
mais cela doit se faire en toute fraternité, en respectant
scrupuleusement le libre arbitre d'autrui. Surtout gardons­
nous d'imaginer que dans les autres confessions on est
perdu (... )." (96)

Les articles du Messager présentaient l'état du christianisme sous


de sombres couleurs: les lieux de culte (protestants) sont délais­
sés (97). la religion reste stationnaire tandis que le monde se
renouvelle (98), le protestantisme n'apporte pas de réponse aux
interrogations des chrétiens désorientés, qui le quittent pour se
diriger vers divers groupes (99) - bref, à l'ancienne Eglise chrétienne
qui se meurt va succéder la Nouvelle Eglise (100).

Ces vues ne pouvaient parattre crédibles que dans l'hypothèse de


nombreuses conversions aux doctrines de la Nouvelle Jérusalem;
on comprend donc que ce thème se soit fait plus discret au fil
des ans.

En 1925, Antony Regamey proposait une approche un pyu différente:


collaborer avec les forces de renouveau au sein du christianisme
pour élaborer l'armature qu'elles recherchent.

" Ces doctrines que nous possédons, en tant que membres


de la Nouvelle Eglise, sont loin de prétendre fournir une
réponse défini tive à toutes les;' quest:jQ!:ê,-p~~s. présentes
et à venir. Mais elles nous offrentde puissants moyens pour
avancer vers leur solution." (101)

"Il y a de très bonnes choses" dans le catholicisme et le protestan­


tisme (102), ne manquait pas de souligner pour sa part Gustave
Regamey, et il y a de vrais chrétiens dans toutes les Eglises (103).

b) la pratique: recherche de la controverse?

Dans un numéro du Messager parI!J 1 en 1927, nous lisons sous la


signature de Gustave Regamey:

" Quand l'auteur de ces lignes est entré dans la Nouvelle


Eglise, il se figurait que son enthousiasme pour les enseigne-­
ments de Swedenborg, si clairs, si rationnels et en même
temps si conformes aux données de la Parole de Dieu, serait
facilement partagé par un grand nombre de ses collègues
dans le ministère et qU'il suffirait d'attirer leur attention
sur les ouvrages du Prophète du Nord pour qu'ils les lisent,
les apprécient et les acceptent avec une joyeuse reconnais­
sance. Il n'a pas tardé à se désillusionner. Un seul de ses
- 131 -

anciens collègues l'a suivi. (... ) D'autres, en très petit


nombre, se sont laissés discrètement influencer par quelques-
uns de nos enseignements qu'ils prêchent A l'occasion sans
oser cependant, nouveaux Nicodèmes. en avouer la prove-
nance. Mais le -plus grand nombre est resté indifférent et
encore ce terme n'est-il pas très exact, car cette indiffé-
rence est bien apparentée A un sourd mécontentement." (104)

Les "nouveaux Nicodèmes" furent bien timides, puisque nous n'en


trouvons pas la moindre trace: leur intérêt ne devai t pas aller très
loin. Lors de l'envoi gratuit du Messager, en 1925, A 470 pasteurs
de Suisse romande, une centaine d'envois revinrent A l'expéditeur
avec mention "refusé" et presque aucun des destinataires n'écrivit
A la rédaction (105). Il Y eut parfois de courtois échanges de corres-
pondance entre des pasteurs protestants et la Nouvelle Eglise, mais
sans grands résultats: malgré quelques concessions, chacun campait
sur ses posi t ions.

On reprocha au Messager de pousser A la controverse (106), ce qui


n'était pas dénué de fondements. Dès le premier numéro, Gustave
Regamey annonça que les colonnes du mensuel accueilleraient les
remarques de quiconque désirerai t discuter les doctrines de la Nou-
velle Eglise (107). Dans le N° 4, on trouve une "lettre ouverte"
de G. Regamey "A mes professeurs de théologie, A mes anciens
collègues, A mes amis et camarades" (108). Mais, constatait-on
quelques semaines plus tard, les gel]s d'EgJ~ refl!§.~L.9.!l s'engager
dans un débat. doctrinal (109):- seul le pasteur Charles Rochedieu
(Cf1eï<5resr-piic!a peine d'écrire A G. Regamey pour tenter de réfuter
les croyanèes novi-jérusalémites (110). En 192 l, lorsque l'évangéliste
Ulysse Cosandey (ancien commissaire de l'Armée du Salut), cita
incidemment la Nouvelle Eglise, lors de conférences A Lausanne
et A Genève, au milieu d'autres groupements spirituels qu'il considé-
rait comme dangereux (sous l'angle de la foil, le Messager publia
une "lettre ouverte" que lui adressa G. Regamey; il y remettai t
les choses au point et racontait comment il avait découvert dans
les ouvrages de Swedenborg "la solution de la plupart des problèmes
qui se posent A l'esprit chrétien" (III). On doubla pour l'occasion
le tirage du journal.

Il n'est donc pas exagéré de dire que, A ses débuts, la Société de


Lausanne rechercha un peu la controverse avec des représentants
du protestantisme. Non par goOt de la polémique (les considérations
restaient d'ailleurs toujours A un niveau élevé et ne portaient que
sur des questions doctrinales), mais parce que la Nouvelle Eglise
pouvait d'une part trouver dans ces discussions un excellent moyen
de propagande, et parce qu'elle voulait d'autre part exposer correcte-
ment ses convictions (en se distinguant soigneusement des courants
spiritualistes ou autres, auxquels on l'assimilait parfois à tort) et
se faire admettre comme un interlocuteur valable, une Eglise
respectable (112) et digne d'intérêt.

L'accueil réservé par les Eglises aux nouvelles doctrines fut "plutôt
froid" (113). Quand Gustave Regamey, A son arrivée A Genève,
envoya A tous les pasteurs de la ville et des environs une circulaire
"pour les informer de son désir de travailler avec eux, dans un
esprit de cordiale entente, A l'instauration du Royaume de Dieu",
- 132 ­

il ne reçut aucune réponse II 14). Mais pouvait-on demander aux


autres Eglises d'accueillir avec enthousiasme une nouvelle dénomina­
tion religieuse, même si elle ne manifestait pas le même exclusi­
visme que certains groupes minoritaires? En fait, il ne semble pas
que le petit noyau novi-jérusalémite suisse romand ait réussi à pré­
occuper les Eglises établies; certains membres de la Nouvelle Eglise
tendaient pourtant à interpréter cette indifférence même comme
un signe d'hostilité.

Après 1945, dans ses rapports annuels aux organisations anglo­


saxonnes, A.G. Regamey fit allusion à la sourde opposition des
grandes Eglises à l'égard de groupes considérés comme concur­
rents (115). Il constatait en outre avec regret que, partout en
Europe, la Nouvelle Eglise continuait â être considérée comme une
"secte" (116). Cela étai t sans doute exact, mais rien ne permet
d'affirmer que la Nouvelle Eglise ait spécialement été victime d'une
telle attitude; il faut plutôt voir là l'un des éléments de la réflexion
d'Alfred Regamey pour expliquer la médiocre croissance numérique
du mouvement.

Même si les pasteurs protestants n'étaient pas prêts il devenir sweden­


borgiens, il s'en trouvai t quelques-uns disposés à étudier les Ecrits
de Swedenborg il l'égal des autres systèmes théologiques et à mani­
fester publiquement leur estime pour son oeuvre.

Ainsi, le pasteur Georges Fulliquet, professeur de théologie et recteur


de l'Université de Genève, invita Gustave Regamey il venir donner
une conférence sous les auspices du groupement "Vers l'Unité", en
1922, et présida la réunion:

M. le recteur Fulliquet a fort aimablement introduit le con­


férencier et, dans son allocution d'ouverture, il a exprimé
ses regrets de ce qu'un homme d'une envergure intellectuelle,
scientifique et religieuse tel que Swedenborg soit encore
pour ainsi dire ignoré dans les facultés protestantes de théo­
logie. 'Pour moi, a ajouté M. Fulliquet, je connais Sweden­
borg, j'ai lu ses ouvrages et je le fais connaTtre à mes
étudiants. III II 17)

Dans son Précis d'Histoire des Dogmes, (~3~~es 1.:uJ.!.i.9.u~è consacrait


autant de pages il Swedenborg qu'à Calvin et plus qu'à Luther ou
à Zwingli. Mais son intérêt semble être resté d'ordre intellectuel,
puisqu'il écrivait:

(... ) il ne nous semble pas que Swedenborg ait manifesté


une qualité exceptionnelle des expériences de piété, ni qu'il
ait formulé des doctrines d'une nouveauté et d'une originalité
saisissantes. Seulement il introduit partout le véritable esprit
moderne, ce qui rend sa construction théologique, bien en
avance sur son époque, fort intéressante." (118)

Lors du décès du (pasteur Fulliqu~ en 1924, Gustave Regamey tint


à exprimer dans le MëSSager"sa-reconnaissance pour la bienveillance
avec laquelle l'ancien recteur de "Université de Genève l'avait
accueilli dans cette ville. "La Nouvelle Eglise vieni:-'ae--perdre un
ami sincère en [saI personne (•.• )." (119)
- 133 ­

Parmi les sympathisants inattendus (discrets et - il faut bien le


dire - pas inconditionnels) de la Nouvelle Eglise au sein du pro­
testantisme,." mentionnons également le nom d'un éminent chrétien,
l'ingénieur ~red de Meuron (1857-1928)~ connu entre autres pour
son action à --Ce"iiê"ve'·aaiis···le-·cacfre-ae-- l'évangélisation populaire,
des séminaires d'activité chrétienne (pour jeunes gens de la classe
aisée, afin de les encourager à s'engager dans des oeuvres chré­
tiennes et philanthropiques) et de l'Office social (pour assister juri­
diquement des personnes en difficulté) (120), Plusieurs années après
le décès d'Alfred de Meuron, Maurice Galland affirmait:

" II était un fidèle lecteur de notre Messager qu'il recevait


avec plaisir. A plusieurs reprises, nous avons eu le privilège
de nous entretenir avec lui sur les doctrines de la Nouvelle
Eglise avec lesquelles il se déclarait en accord sur bien des
points, en particulier sur la vie après la mort, le monde
spirituel, le ciel et l'enfer." (121)

c) le Sad hou Sundar Singh

En marge des relations avec d'autres Eglises, signalons enfin l'intérêt


enthousiaste des novi.jérusalémites de Suisse romande pour le Sadhou
Sundar Singh (l889-? [disparu dans l'Himalaya en 19291) (122). D'ori­
gine sikh, cet Indien converti au christianisme se rendit deux fois
en Occident, en 1920 (Grande-Bretagne etAmérique), puis en 1922;
lors de ce deuxième voyage, il vint à Lausanne, invité par la Mission
suisse aux Indes. Dans plusieurs localités suisses, des foules se
déplacèrent pour l'entendre (plusieurs milliers de personnes lors de
réunions à Lausanne). Les membres de la Nouvelle Eglise partagèrent
durablement l'engouement général, mais pour des raisons bien
précises. Norman Mayer écrivait ainsi dans le Messager:

"Personnellement, je fus tellement frappé par la parfaite


identité de l'enseignement de Swedenborg avec celui de
Sundar Singh quant à la divinité de jésus-Christ que j'allai,
à l'issue d'une de ses conférences, le voir pour obtenir con­
firmation de "impression qu'il avait créée en moi. 'Vous avez
bien dit tout à l'heure, Sadhou, en citant le passage de
l'Evangile où jésus-Christ exprimait son étonnement que
Philippe n'eOt point reconnu en Lui le Père, que Lui-Même,
jésus-Christ, était au fond le Père?'

Parfaitement, me répondit-il d'une voix convaincue, il


n'y a qu'un Dieu, jésus-Christ.

II n'y a donc point trois personnes divines comme le


croient la majorité des chrétiens aujourd'hui, mais bien une
seule et unique personne divine?

"Et le Sadhou de répondre avec un accent de conviction


intime: 'II n'y a qu'une seule personne divine. Si l'Evangile
avait enseigné l'existence de trois Dieux, croyez-vous que
je fusse devenu chrétien?'

-" Voilà un homme qui, comme Swedenborg, a eu les yeux


spirituels ouverts; comme à Swedenborg, il a plu au Seigneur
- 134 ­

de se manifester à lui. Sundar Singh a été, comme Sweden­


borg, dans le monde spirituel (... ).

" (••• ) Voilà ce qu'il fallait à l'humanité d'aujourd'hui pour


la réveiller de la torpeur où elle était plongée: un second
prophète (oserons-nous lui donner ce titre?) s'adressant di­
rectement aux masses en parlant un langage à la portée
de tous." (123)

Nous tenions à citer aussi longuement ce passage, car jamais le


groupe que nous étudions n'alla aussi loin en plaçant un homme
sur pied d'égalité avec Swedenborg. Il est vrai qu'il tenait une occa­
sion unique pour essayer de faire accepter les doctrines révélées
à ce dernier, en montrant qu'elles ne différaient pas de celles du
pieux Indien qui avait trouvé une audience si attentive en Suisse
romande.

Quelques années plus tard, le Messager fit remarquer que les expé­
riences relatées par le Sadhou Sundar Singh dans ses Visions du
Monde spirituel (124) étaient très semblables à celles de Sweden­
borg (125). En 1929, le mensuel annonça (en citant les traductions
de trois lettres du Sadhou au secrétaire d'une société sweden­
borgienne des Indes):

" (••• ) on sait que depuis un certain temps le Sadhou est un


lecteur sérieux des écrits de Swedenborg. Il déclare avoir
reçu de Swedenborg lui-même, qU'il a rencontré dans ses
visions spiri tuelles, 'l'invitation de lire ses ouvrages." (126)

Que penser de tout cela? Il ne nous est pas possible de déterminer


jusqu'à quel point le Sadhou Sundar Singh devint réellement un
disciple de la Nouvelle Jérusalem; ses Visions révèlent cependant
d'étonnants et réels parallèles avec Swedenborg - bien que certains
milieux évangéliques continuent à diffuser une autre image de Sundar
Singh (127). Peu importe, après tout, pour notre propos: nous voulions
surtout rappeler qu'un évangéliste venu des Indes lointaines fut
recruté, sans le savoir, au service de la Nouvelle Eglise en Suisse
romande:

4) Difficultés rencontrées

En 1917, les premiers fidèles croyaient que la Nouvelle Eglise allait


s'étendre continuellement et significativement (128). "Des portes
s'ouvrent partout", confiait avec joie Gustave Regamey à Lucien
de Chazal en 1920 (129); avec le soutien des organisations anglo­
saxonnes, il estimait possible de lancer "un grand mouvement" (130).
Comme nous le savons déjà, il fallut vite ramener les perspectives
à des proportions plus modestes. Quelles difficultés rencontra donc
le prosélyti!:me novi~jérusalémite? comment furent-elles interprétées
par les intéressés?

a) problèmes financiers

La fédération ne connut jamais une situation financière facile. Dès


1920, G. Regamey la décrivait comme "sombre":
- 135 ­

" Ne possédant aucun capital et pas de revenus assurés, il


est impossible de réaliser notre programme." (l3I)

Seules la compétence de Maurice Galland et une gestion plus stricte


permirent d'éteindre ce déficit en quelques années et d'éviter d'en
créer parallèlement un nouveau. En 1930, la situation de la fédéra­
tion s'était améliorée: elle put même offrir un subside spécial à
la Société de Lausanne qui, malgré la restriction de ses dépenses,
traînait un déficit depuis près de trois ans par suite de la diminution
de l'allocation de la Conference (132).

Mais il peine la situation était-elle aSSainie, en 1931, que de nou­


velles difficultés surgirent: en 1934, tant la fédération que la Société
de Lausanne affrontaient une fois de plus de graves problèmes, à
cause de la baisse du taux des changes, qui réduisait le montant
des contributions reçues d'Amérique et d'Angleterre (133). Outre
la chute du cours de la livre et du dollar, les organisations
anglo-saxonnes, touchées par la crise, abaissèrent au même moment
leurs subventions; le Board of Missions de la Convention diminua
son allocation de près de moitié après le décès de G. Regamey:

" Cette nouvelle réduction dans j'aide de la Convention repré­


sente, avec la baisse sur le change, une diminution de 75%
de ce que nous recevions il y a deux ans, et ce sont là
des coups de hache dont on a peine il se relever." (134)

Inférieure au pourcentage prévu (voir le tableau des subventions


reçues par la fédération [p. 112]), cette réduction fut néanmoins
lourde. La fédération se vit donc contrainte de réduire de 10%
le traitement des pasteurs il partir du 1er juillet 1936 (135). Durant
la guerre, la Nouvelle Eglise, coupée de ses sources de revenus
étrangères, prouva qu' eile pouvai t subsister par elle-même en Suisse.
Pourtant, en 1948, A.G. Regamey estimait:

" As a ru le our New Church centers are not self-supporting,


although in most cases the members do as much as can
be expected. As a consequence, at the present time there
are practically no funds available for publishing books and
pamphlets or for adverti~ing, not to mention clerical
assistance." (136)

Néanmoins, la fédération se donna les moyens de parvenir il long


terme à une situation èquilibrée: achat de ,'immeuble de la rue
Caroline, judicieux investissements (actions de l'Imprimerie de l'Ere
Nouvelle, etc.). Mais la période qui nous intéresse fut celle des
années difficiles, d'un long labeur pour édifier une structure stable;
on ne s'étonne donc pas, en feuilletant le Messager, d'y trouver
de nombreux appels de fonds.

b) autres difficultés

En 1927, Gustave Regamey avouait à ses lecteurs:

" II ne semble pas qu'au point de vue de l'augmentation numé­


rique de nos membres et de l'accroissement extérieur de
- 136 ­

notre oeuvre, les résultats obtenus soient proportionnés aux


efforts qu'ils ont coOtés." (37)

Dès le début, on savait que les hommes font rarement bon accueil,
"dans le domaine religieux surtout, aux vérités dont l'acceptation
pourrait les amener à changer le cours habituel de leur exis­
tence" (138). Sans doute beaucoup de gens les accepteraient-ils
"prêchées du haut des chaires de nos temples et de nos cha­
pelIes (... ); mais ils se refusent à les recevoir de la part d'une petite
minorité de chrétiens (... )." (139) Cependant, en s'engageant dans
cette entreprise dirficile, la Nouvelle Eglise croyait pouvoir bénéfi­
cier aussi de facteurs favorables: hésitations doctrinales au sein
du protestantisme; Eglises devenues plus tolérantes; soir de mieux
comprendre de la part d'une catégorie de fidèles (140).

Pourtant, il falIut bien se rendre compte que beaucoup hésitaient


à franchir le seuil de salIes "dissidentes" (41); quant à ceux qui
sortaient des Eglises traditionnelIes, ils risquaient de se montrer
plus séduits par l'active propagande de la Science chrétienne, de
la Société théosophique ou des Etudiants de la Bible que par l'éclat
de la NouvelIe Jérusalem (142).

A la veilIe de la guerre, les responsables de la fédération con­


cluaient que j'espoir résidait surtout dans la jeune génération, les
enfants des membres de l'Eglise, plus que dans une croissance par
apport de nouveaux convertis (143).

Si tragique que soit tout éonflit armé, il fait toujours naTtre chez
les croyants l'espoir que les événements pousseront les hommes à
considérer plus sérieusement leur vie et leur relation avec Dieu.
Au début de la guerre 0939-1940), on put constater, "tant à Genève
qu'à Lausanne, une augmentation sensible des présences aux cultes
et aux conférences" (144). Cette tendance ne se confirma malheu­
reusement pas. En 1942, on pensait que c'était partielIement dO
aux rigueurs de l'hiver, au couvre-feu et à l'indifférence croissante
de la population pour tout ce qui n'était pas lié au conflit - les
gens animés par un idéal s'engageant dans des oeuvres sociales,
etc. (145). A la fin de la guerre, les novi-jérusalémites reprirent
donc espoir: 'les esprits retrouveraient un peu de loisir pour accorder
leur attention à autre chose qu'aux considérations matérielles (46).
Mais la fréquentation des réunions ne connut aucune augmenta­
tion (147): le public ne semblait attiré que par des conférences sur
les problèmes d'après-guerre, la bombe atomique, l'occultisme ou
ce qui représentait pour eux un intérêt direct (148). Loin d'être
devenus plus sérieux, les hommes paraissaient, davantage encore
qu'avant, fascinés par les côtés superficiels de la vie.

Même dans ce contexte peu encourageant, A.G. Regamey ne se


laissait pas abattre:

" (••• ) the present dislocation of the world is symptomatic


of the overthrow of former and unsatisfactory conceptions
of li fe and of a prepara tory stage for the reception of the
new teachings. There are many signs that in their effort
to build anew, people are unconsciously adopting sorne of
our teachings." (149)
- 137 ­

c) explications

Au-delà des faits que nous venons de mentiormer, les swedenborgiens


tentaient de comprendre l~ rai.~~g,r_Q.t9_ndes _ _~..!~_._stagn_~!9n qui
semblait affecter leur travair:-tVials il n'est pas aisé de déterminer
s'ils en décelaient les causes réelles.

Ainsi, on peut se demander jusqu'à quel point l'hypothèse parfois


avancée d'une "conspiration du silence" à l'encontre de la Nouvelle
Eglise était fondée:

" On nous tourne en dérision. On méprise notre petit nombre.


On se moque de nos prétentions et, ce qui est plus funeste
encore que ne l'ont été les persécutions des premiers siècles
de l'Eglise chrétienne, on fait autour de nous la conspiration
du silence." (150)

" On cherche à nous isoler. On s'efforce de nuire en sous­


main à notre crédit spirituel. On nous fait passer pour des
gens plus ou moins dérangés d'esprit. On sème la méfiance
à notre endroi t. Mais ces agissements se font la plupart
du temps par derrière." (151)

Que les groupes religieux majoritaires n'aient pas fait de publicité


à la Nouvelle Eglise, nous le croyons volontiers. Qu'elle ait rencontré
des oppositions, nous n'en doutons pas. Mais l'idée d'une "conspiration
du silence" organisée paraIt moins plausible.

De toute façon, les fidèles de la Nouvelle Eglise se refusaient à


rechercher l'accroissement par n'importe quel moyen. Résumant
une conférence d'Alfred Regamey sur la lenteur des progrès du mou­
vement dans le monde, ~anJ~!!cole:bécrivait:

" Si l'on se place sur le terrain de l'évolution de la pensée


religieuse, il est évident que cette lenteur est plus apparente
que réelle; mais il n'en reste pas moins vrai que, du point
de vue de nos organisations 'e..fcl5:_sl~~iques,·il serait désirable
que le nombre des membres qui en font partie s'accrQt de
façon plus manifeste. Cependant, nous ne pouvons songer
à utiliser dans ce but les moyens utilisés par certaines autres
dénominations religieuses! Ce serait abaisser la valeur des
vérités qui nous sont actuellement révélées." (152)

Des considérations de nature doctrinale étaient parfois avancées.


Byse jugeait que les pays protestants étaient atteints d'un "rationa­
lisme inconscient": ne croyant plus guère aux rapports entre l'autre
monde et le nôtre, on regardait donc a priori Swedenborg comme
un halluciné ou un fou (153).

En 1947, le Comité de la Société de Lausanne émettait des ré­


flexions plus profondes:

" On se demande quelquefois quelles peuvent bien être les


causes de la lenteur des progrès de la Nouvelle Eglise. (.•. )
il faut tenir compte du fait que notre Eglise est un mouve­
ment participant des deux mondes, notre monde étant celui
- 138 ­

des effets, l'au-delà celui des causes. Or la Nouvelle Eglise


doit tout d'abord être solidement affermie dans le monde
des causes, avant de pouvoir prendre de l'extension ici-
bas." (154)

A(M13uriCe Galla;DqUi lui avait demandé s'il pensait que le monde


terrestre étairâans un état suffisamment avancé pour recevoir les
nouvelles lumières, '-.René NitscheJ-i!!) répondait nettement par la
négative: ---'-­

"(.•• ) la mentalité actuelle est aux antipodes de celle qui


permettrait une extension rapide de la Nouvelle Eglise. Je
ne doute pas non plus que ce soit la volonté du Seigneur
de voir s'instaurer la Nouvelle Eglise (et qui en douterait?),
mais je perçois clairement qu'il n'appartient pas au Seigneur
d'étendre la Nouvelle Eglise, mais que c'est aux hommes,
qui doivent la recevoir UBREMENT (•.. ). A mon avis la
Femme de l'Apocalypse, qui mit au monde l'enfant mâle,
est toujours au désert; la Nouvelle Eglise est pour les généra­
tions à venir, non pour la nôtre." (I55)

5) Itinéraires

Au fil des pages, nous avons eu l'occasion de présenter certaines


des figures de proue de la Nouvelle Eglise en Suisse romande. Mais
on désire bien sOr en savoir plus sur la communauté dans son en­
semble: qui était attiré par la propagande swedenborgienne? quelles
étaient les activités des fidèles en dehors de leur pratique
religieuse?

Un journaliste, Charles Rieben, effectua en 1923 une enquête sur


les groupes religieux à Lausanne. li consacra une dizaine de pages
à la Nouvelle Eglise essentiellement un résumé historique et
doctrinal d'ordre général. Nous relevons cependant une remarque
sur la Société de Lausanne:

" L'élément intellectuel paraît assez fortement représenté


dans cette communauté." (I56)

Pouvons-nous confirmer l'impression de Charles Rieben? Les archives


dont nous disposons ne fournissent pas d'informations sur la compo­
sition socio-professionnelle des congrégations de Lausanne et de
Genève ou l'origine religieuse de leurs membres. Nous avons donc
recouru à l'enquête orale et bénéficié de la précieuse assistance
de plusieurs fidèles.

Commençons par la Société de Lausanne. Nous avons pris comme


point de départ la -îiStë- des--rnëliiljres (résidents et non résidents)
en 1931. Nous y trouvons 39 noms. 7 personnes n'habitaient pas
dans le canton de Vaud (ni même en Suisse, mais en France ou
en Allemagne) et se trouvaient rattachées administrativement à
la Société, mais empêchées par l'éloignement de participer normale­
ment à ses activités; nous n'en tiendrons donc pas compte ici.

Restent 32 noms. li n'a pas été possible de déterminer l'activité


- 139 -

professionnelle die 3 de ces fidèles. Voici donc la répartition pour


les 29 autres membres: 1 secrétaire de direction, 1 employé de
banque, 1 banquier, 1 architecte, 1 opticien (qui terminait à ce
moment ses études et avait déjà une formation d'ingénieur), 1 maî-
tresse de pension, 1 institutrice (qui avait tenu quelque temps un
pensionnat), 1 instituteur, 1 chimiste, 2 antiquaires, 1 typographe,
1 ébéniste, 1 retraité des chemins de fer, 1 tenancier de laiterie,
1 couturière, une famille de boulangers (un couple et l'un de leurs
fils qui suivit la même voie), 1 personne qui vendait des produits
de primeur au marché, 2 étudiantes (appartenant à des familles
swedenborgiennes) et le pasteur de la Société; à quoi il faut encore
ajouter 7 "divers" (mères de famille, personnes n'exerçant pas
d'activité professionnelle ou ayant eu plusieurs occupations succes-
sives, etc.).

Si nous consultons maintenant la liste des membres en 1948, nous


y comptons 49 noms, dont 20 se trouvaient déj,à sur la liste de 1931
(plus 1 transfert de la Société de Genève et 2 de Paris); en outre,
2 fils et 3 filles de M. et Mme Maurice GaJlland figurent sur cette
liste, mais pas sur celle de 1931, puisque les enfants n'étaient pas
comptés comme adhérents.

Parmi la vingtaine de nouveaux membres provenant de j'extérieur,


il y avait l'animatrice d'une petite agence de placement, 1 retraitée
et un couple de retraités, 2 employées de bureau, 1 employé de
banque, 3 infirmières, 1 personne qui donnait des leçons d'anglais
et d'italien••.

Quant aux origines religieuses, nous ne disposons pas d'indications


suffisantes. Si l'on omet une personne (sur la liste de 193 Il issue
d'un milieu salutiste, la plupart des membres de la Société de Lau-
sanne semblent être venus soit de l'Eglise nationale protestante,
soit de l'Eglise libre (sans qu'il soit possible de déterminer les pro-
portions respectives). N'oublions pas, enfin, quelques swedenborgiens
de naissance originaires de l'Ile Maurice.

- Quant à la Société de Genève, sur 24 membres en 1931, 3 n'habi-


taient pas lecan"i:O"ii":-ITfïTa pas été possible de déterminer j'activité
de 6 des 21 membres restants. Les 15 autres se répartissaient ainsi:
1 fonctionnaire postal, 1 jardinier, 1 couturière, 1 professeur
d'anglais (leçons privées), 1 secrétaire, 1 garde-malades, 3 retraitées,
5 personnes sans profession (femmes mariées) et le pasteur.

Prenant la liste des membres en 1948, nous y trouvons 18 noms,


don t 6 de personnes qui appartenaient déjà à la Société en 1931
(dans ce nombre, 1 non résident; en outre, l'une des adhérentes
résidentes avait quitté Genève). Parmi les 12 nouveaux membres,
3 habitaient hors du canton. En ce qui concerne les 9 restants, nous
n'avons pu déterminer la profession de 3 d'entre eux. Quant aux
6 autres, il s'agissait de 4 dames sans profession et de 2 infirmières
(travaillant l'une et l'autre chez des dentistes).

Pour dépasser l'aspect un peu sec des statistiques, nous évoquerons


enco~e brièvement quelques itinéraires. Nous ne savons pas s'ils
sont représentatifs: nous avons pour seule source d'information des
él~.E!.ents de cQrr~~R()~sI,?_nce, mais nous ignorons tout des entretiens,
- 140 ­

discussions, confidences verbales. Gardons à l'esprit cet inconvénient


qui peut fausser la perspective.

a) personnes intéressées: curieux, hésitants, motifs divers

Les correspondants extérieurs à la Nouvelle Eglise obéissaient à


des motifs variés lorsqu'ils s'adressaient à l'un de ses pasteurs: cer­
tains croyaient trouver chez un ministre du culte swedenborgien
une oreille attentive pour le récit de visions; d'autres espéraient
d'un ecclésiastique compatissant quelque assistance pécuniaire.
Des lettres dévoilent des situations douloureuses:

" Ayant entendu à maintes reprises parler de guérisons mer­


veilleuses par la prière, de la part de ma mère je vous
écrit [sic). (•.• ) Aucun remède n'arrive à la soulager. (... )
peut-être nos prières ne suffisent pas c'est pourquoi nous
recouront [sic] à vous car les vôtres doivent être plus
efficasses [sic]." (157)

Il Y avait aussi de ces personnages en perpétuelle recherche spiri­


tuelle, un peu instables, qu'on voit passer et qui disparaissent immé­
diatement après. Ces enthousiasmes éphémères faisaient parfois
naTtre des espoirs:

" You will be interested to know that we have come in touch


in Geneva with a Mr. Biatchinski who calls himself a )
delegate of the Orthodox Russian Church, who says having
been sent to study Che best religion to adopt in the Ukraine.
He has attended the services of ail Churches in Geneva
and since he came to ours, he said that he had really found
what he wanted. He has asked us for several books and
is now studying the New Church Doctrines." (158)

L'intérêt d'une personne pour la Nouvelle Eglise n'était pas toujours


bien accepté par ses proches. On en trouve un exemple pi ttoresque
dans la lettre qu'un époux indigné, honnête employé de la municipa­
lité de La~anne, adressait à Gustave Regamey:

" Vous avez depuis quelque temps comme auditrice assidue


dans vos réunions du dimanche à la rue de Bourg ma femme.
Or depuis cette époque notre ménage en souffre, autant
l'appartement, les enfants que moi. Par la lecture et la
discussion de vos principes, ma femme est absorbée à un
tel point que tout est négligé, et quel [sic] perd ie Nord.

" Nous sommes unis depuis 15 ans environs [sic] et c'est par
pur respect pour j'honneur de mes enfants que, me basant
sur la loi matrimoniale que [sicl je vous demande ce qui
suit:

1. De renvoyer ma femme à son devoir (et de lui interdire


,'entrée de vos réunions).

" 2. De vous abstenir de tout envoi de brochures, saines ou

---
malsaines, peu importe, à mon domicile.
- 141 ­

" En cas de non acquiescement, j'ai l'honneur de vous informer


qu'une demande en divorce sera intentée et que les suites
retomberont sur les personnes qui en auront provoqué le
dénouement." (159)

On rencontre aussi des cas de personnes qui, sans adhérer à la Nou­


velle Eglise, en fréquentaient régulièrement les réunions, paraissaient
vraiment intéressées, puis cessaient de donner signe de vie ou renon­
çaient à venir, en invoquant des motifs parfois inattendus:

" Vous êtes peut-être surpris de ne plus nous voir dans vos
cultes. Vous avez dit à la dernière réunion que nous avons
été [sic): qu'il ne faut pas aller à plusieurs endroit [sic).
Alors nous avons priés (sic] et réfléchis (sic). Voici dans
votre Eglise (... ) les cultes sont intérompus [sic) pendant
l'été et nous préférons un culte continuel." (160)

Enfin, au détour de milliers de pages de correspondance, on trouve


aussi l'écho de recherèhes spirituelles plus profondes, de troubles
ou tiraillements intérieurs: ainsi, cette demoiselle qui sentait avant
tout le besoin d'une religion et, sans être membre de la Nouvelle
Eglise, tint "harmonium de la chapelle de Lausanne entre 1934 et
1936. Elle suivit des cours de formation religieuse sous la direction
d'Alfred Regamey, mais hésitait entre les doctrines novi-jérusalémites
et le catho~Ucisme. " Erie-ffnit-par enùù dans" i'Eglise romaine; --èlle
i fut -reb-apÙsée et confirmée par Mgr Besson en juillet 1936. Alors
qu'elle était encore indécise, deux ans plus tôt, le pasteur Regamey
lui écrivait:

" (... ) quelle que soit la décision que vous prendrez ultérieure­
ment, vous pourrez toujours continuer à vous adresser à
moi. En toutes circonstances je me bornerai à vous exposer
objectivement mon point de vue sans jamais chercher à
exercer une pression déterminante sur votre manière de
penser car je reste convaincu que ce que l'homme n'accepte
pas dans un état d'entière liberté et après en avoir lui-même
raisonné le bien-fondé en dehors de toute influence exté­
rieure n'est d'aucune valeur pour son avancement spiri­
tuel." (161)

bl conversions

Cette sage attitude portait ses fruits: la solidité des convictions


acquises par certains convertis, après un long mUrissement et une
sérieuse réflexion, compensait un peu la faiblesse de l'accroissement
numérique.

Tel nouvel adhérent, en 1942, s'était levé deux heures plus tôt
chaque matin, durant trois . ans et-crémi: pour é"tüdiëi'", médIter-et
annoter les Ecrits de Swedenborgr-Oiï imagine quelle joie donnait
au pasteur Regamey une conversion de ce genre:

" Je ne puis vous dire tout le plaisir que m'a procuré votre
bulletin d'adhésion, d'autant plus que je sais que vous ne
me -l'envoyez' qu'après mUre réflexion et de quels efforts
patients il est l'aboutissement. Il est du reste évident que
- 142 ­

spirituellement vous êtes des nôtres depuis longtemps." (162)

Encore, dans le cas que nous avons cité, le nouveau membre avait­
il régulièrement fréquenté les cultes de la Nouvelle Eglise, parallèle­
ment â son étude personnelle. Mais la Société de Genève comptait
deux très fidèles adhérents â Tavannes (Jura bernois), qui s'étaient
forgés des convictions novi-jèrusalémites sans jamais avoir la possi­
bilité d'assister â des réunions de la Nouvelle Eglise:

" li est si rare, mais par conséquent d'autant plus réjouissant,


de rencontrer des personnes qui sont arrivées par elles­
mêmes ou â la suite de l'étude de quelques ouvrages de
Swedenborg, â la doctrine du Dieu unique incarné en
J ésus-Christ et aux autres enseignements de la Nouvelle
Eglise." (163)

Certains de ces futurs convertis, essentiellement intéressés d'abord


par la doctrine de la Nouvelle Eglise, découvraient ensuite avec
plaisir l'atmosphère de la communauté:

" (.•• ) ce que vous me disiez tout dernièrement (••• ) est bien
juste "vous remarquerez par la suite qu'on se sent tout de
suite â l'aise parmi les membres de la Nouvelle Eglise"
tellement â l'aise, ma parole, que la signification "la grande
famille humaine" est cette fois quelque chose de tangible,
au lieu d'une utopie chimérique." (164)

cl démissions

Dans ces conditions, comment se trouva-t-il plusieurs fidèles pour


abandonner la Nouvelle Eglise? L'examen des cas fait ressortir des
causes fort diverses.

Certaines personnes démissionnaient sans explications ou précisaient


qu'elles préféraient taire leurs raisons (165).
~'"

Telle adhérente, malade des nerfs, quittait la Nouvelle Eglise parce


que le pasteur nè-tui donnait - pas raison dans un litige person­
nel (166). Une autre se déclarait subitement touchée par la grâce:

" (••. ) je viens vous dire que j'ai assisté pendant deux jours
â une convention salutiste et j'ai eu la ferme assurance
que mes péchés sont pardonnés par la sang de la Croix;
et que c'est la Croix seule qui sauve.

" Aussi, je me vois obligée de donner ma démission pour


l'église et le cercle de Swedenborg (sic]." (167)

' Il est vrai qu'elle revint sur sa dém ission, "écrite sous la pression
d'une tierce personne", â peine une semaine plus tard... pour démis-.
sionner â nouveau ensuite, mais cette fois parce que dans son village
/ "on ne sait ce que c'est la Nouvelle Eglise et l'on croit que c'est
, une erreur" (168).

Une veuve et ses deux filles regrettaient d'avoir trop vite accepté
d'adhérer et se rétractaient:
.- 143 ­

" C'est un sentiment d'affection pour vous qui m'a ïait donner
mon adhésion et engagé mes filles â le faire aussi, la raison
Que nous avons fait taire parlait pour que nous restions
simplement amies de la Société." (169)

"Plusieurs de vos explications et instruct.ions des Evangiles ne me


contentent plus", affirmait une ex-fidèle de la congrégation gene­
voise (170), tandis qu'une autre déclarait:

" J'ai beaucoup réfléchi, mais c'est surtout la lecture du Messa­


ger de la Nouvelle Eglise Qui m'a montré combien mes con­
victions étaient presque en contradiction avec vos en­
seignements." (171)

Chez certains membres, la démission était le résultat d'une démarche


lente, profonde, et ils s'en ouvraient très franchement aux pasteurs
de la Nouvelle Eglise. Ainsi, cette demoiselle vivant â Montana,
mais affiliée â la Société de Genève, qui se senti t longtemps ti­
raillée entre le catholicisme et la Nouvelle Eglise et écrivit au
pasteur Regamey en 1937:

" Je vais vous surprendre et vous peiner sans doute en vous


annonçant loyalement Que je suis retournée â l'Eglise de
mon baptême.

" Pendant 15 ans je me suis nourrie avidement des doctrines


de la Nouvelle Eglise. Elles m'ont éclairée sur bien des
points et je leur en suis reconnaissante, mais je découvre
Que j'en ai retiré une satisfaction personnelle qui m'a con­
duite â l'orgueil. Plus j'apprenais plus je désirais Que tout
me fOt expliqué. --.­

" Je reconnais maintenant que nous ne pouvons pas et ne


devons pas tout vouloir comprendre dans ce domaine car
c'est en Quelque sorte mesurer notre. intelligence â celle
de Dieu (••• J.
( ... )
" Je demande au Seigneur de n'être pas en scandale aux autres
membres de la Nouvelle Eglise Qui eux sont nés dans le
protestantisme; en me sachant une ancienne catholique, ma
décision leur sera plus acceptable." (172)

Une couturière de Lausanne, convertie par la lecture de Ciel et


Enfer en 1919 (173), suivit un itinéraire différent, conçu comme
une progression; elle manifestait également un esprit de conciliation
et le désir de ne pas briser de vieilles et cordiales relations:

" (... J il se produit en moi une évolution causée par les connais­
sances advaÙistes et (... ) je ne crois plus tout â fait comme
vous croyez.

" Cependant j'ai puisé dans la Nouvelle Eglise un trésor de


vérités Que je garde dans mon coeur et Que je ressors sou­
vent de ma mémoire pour les faire s'élever encore et s'épa­
nouir dans une Lumière Nouvelle. (... )
- 144 ­

" Je garde donc précieusement ce que j'ai reçu dans la Nou­


velle Eglise." Je passe simplement d'un degré Supérieur
d'instruction spirituelle au degIé Suprême.: Mais ce n'est
encore que de l'instruction malheureusement. Le degré
Suprême n'annihile pas le degré Supérieur mais il le réalise:
je tenais à vous dire cela.
... )
(
" Et n'êtes-vous pas d'accord avec moi qu'il vaut mieux que
mes pensées n'aillent pas troubler les pensées de vos
fidèles?" (J 74)

Quelles que fussent les raisons (ou l'absence de raisons) des abandons,
les responsables de la Nouvelle Eglise s'interdisaient de les juger
et respectaient scrupuleusement le libre-arbitre des personnes con­
cernées. Ainsi, à une personne ayant démissionné sans la moindre
explication:

" II va sans dire que votre démission ne vous empêchera pas


d'être toujours la bienvenue dans nos salles." (J 75)

Des radiations furent parfois prononcées, mais elles touchaient unique­


ment des gens qui n'avaient plus donné signe de vie depuis long­
temps: elles consacraient simplement un état de fait. "Il s'agit,
non d'une sanction morale, mais d'une formalité administrative." (176)
Chapitre VII

QUESTIONS DOCTRINALES

" On lit que Jean "vit la Ville


Sainte, Jérusalem Nouvelle descen­
dant du Ciel, parée corn me une
fiancée ornée pour son mari" (Apo­
calypse 21:2); par la Ville Sainte,
Jérusalem Nouvelle, est entendue
la doctrine de la Nouvelle Eglise,
ainsi l'Eglise quant à la doctrine;
et par cette Jérusalem descendant
de Dieu, du Nouveau Ciel, il est
entendu que la vraie doctrine de
l'Eglise n'est pas descendue d'autre
part; que la doctrine en soit descen­
due, c'est parce que l'Eglise est
Eglise d'aprés la doctrine et selon
la doctrine; sans elle, l'Eglise
n'est pas plus Eglise que j'homme
n'est homme sans les membres,
sans les viscéres et les organes,
ou par la seule enveloppe cutanée
qui figure seulement sa forme
externe; pas plus qu'une maison
n'est maison sans avoir en dedans
des chambres à coucher, des salles
à manger et des meubles, ou seule­
ment par les murs et le toit. Il
en est de même de l'Eglise sans
la doctrine."

Couronnement ou Appendice à la
Vraie Religion Chrétienne, N° 18

" Les anges ont également des doc­


trines, des prédications et des
temples; les doctrines s'accordent
quant aux essentiels, mais dans
les Cieux supérieurs, elles sont
d'une sagesse plus intérieure que
dans les Cieux inférieurs."

Ciel et Enfer, N° 221

Tant dans le Messager que dans des correspondances privées, on


trouve de nombreuses allusions à des problémes doctrinaux, et parfois
des développements fouillés. Nous examinerons quelques points
- 146 ­

essentiels qui donnèrent lieu à des controverses internes. Nous essaye­


rons de mettre l'accent sur ce qui toucha la Nouvelle Eglise en
Suisse, mais tracer des frontières géographiques n'est pas aisé en
un tel domaine: nous devrons donc également évoquer les prises
de position de membres de la fédération vivant dans d'autres pays.

1) Nouvelle Eglise et guérison des maladies

La doctrine des correspondances ne manqua pas de susciter dans


les milieux swedenborgiens des réflexions sur les applications pos­
sibles aux maladies physiques. On découvre sans étonnement quelques
pages à ce sujet dans le Messager (1). La polémique survint lorsque,
de ces discussions d'ordre intellectuel, un pasteur s'avisa de passer
à la pratique...

a) Gustave Regamey crée le Groupe Emmanuel

Lors de la Se session du Conseil des ministres de la Nouvelle Eglise


sur le continent européen, à Stockholm, en 1927, Gustave Regamey
attira l'attention de ses collègues sur la place importante accor­
dée par la Bible aux propriétés curatives de "impositiqn des
mains (2). Il tenait cependant à distinguer deux sortes de magné­
tisme: l'un qui trompe l'homme et ne le soulage que de manière
illusoire; l'autre dont les adeptes, "hommes de prière et de vie de
conjonction avec le Seigneur, pratiquent avec efficace pour la guéri­
son aussi bien de l'âme que .du corps" (3). Gustave Regamey évoquait
longuement la science des mages et la civilisation égyptienne, Pytha­
gore et les initiations antiques. Puis il ajoutait:

" Je suis enclin à croire qu'au fur et à mesure que s'accom­


plira l'oeuvre de notre régénération spirituelle individuelle,
grâce aux lum ières du Second Avènement, nous pénétrerons
plus avant par l'intelligence dans les mystères de cette
antique science de gUérir. (... ) des chrétiens mystiques ont
exercé le don de guérir les malades grâce au pouvoir flui­
dique pur de toute obscuration matérielle que leur confiait
le Seigneur. Mais d'une manière quasi générale, l'Eglise a
perdu avec la pureté des enseignements de l'Evangile la
puissance de guérison. Il nous est très commode de voiler
notre incurie dans ce domaine en répétant ce que Sweden­
borg nous a enseigné, à savoir que les miracles du Seigneur
doivent être interprétés spirituellement et que ce sont les
maladies spirituelles de l'humanité que nous avons reçu
mission de guérir. Ce n'est que partiellement vrai. Les deux
grandes oeuvres auxquelles le Seigneur s'est consacré, la
prédication et la guérison, sont celles également qu'll a
confiées à son Eglise. Et Dieu seul sait tous les déficits
spiriwels que l'Eglise chrétienne a subis du fait qu'elle a
négligé d'exercer le ministère de guérison dans son sein!

" En pénétrant par l'intelligence les mystères de la sagesse


antique comme nous y sommes certainement conviés, nous
rentrerons en possession d'un des plus grands privilèges
conférés par le Seigneur à ses d1isciples de tous les temps,
- 147 -

celui de pouvoir soulager dans une mesure croissante les


souffrances et les misères de l'humanité." (4)

" (... ) why should we permit to other organisations which are


not the Church, strictly speaking, to distance us in this
field of activity; 1 mean to speak of Christian Science and
many other philosophical and religious movements in the
midst of which healings are effected and cannot be
doubted." (5)

A ce moment déjà, Gustave Regamey avait cessé de laisser le champ


libre à ces divers mouvements: le 14 avril 1926, à l'occasion d'une
soirée familière de la Société de Genève, il avait présenté une cause-
rie sur le thème "y a-t-il une médecine spirituelle?".

" Pour faire suite aux conclusions de ce travail, un groupe


s'est constitué sous le nom de "Groupe Emmanuel" pour
la prière et l'étude de tous les moyens spirituels de guérison
du corps et de l'ame. II tient ses séances deux fois par
mois." (6)

Au cours des trois années suivantes, le Groupe Emmanuel fit peu


parler de lui; nous ne savons pas quelle fut son activité, ni même
s'il eut des réunions régulières. D'ailleurs, tant qu'on se contentait
d'y prier pour les malades, qui pouvait trouver à y redire? L'affaire
prit une tournure très différente en 1929, lorsque le Groupe Emma-
nuel se hasarda plus avant:

" Imitant ce qui se fait dans un certain nombre de sociétés


de la Nouvelle Eglise, la Société de Genéve a organisé un
dispensaire de guérisons par imposition des mains avec une
séance régulière chaque vendredi soir [dès le 4 avril]." (7)

" On ne peut pas encore se prononcer d'une manière défini-


tive sur les résultats de ces séances, mais un bon nombre
de malades (30 à 40 par séance) ont témoigné du bien et
des améliorations ressentis." (8)

Prenant très à coeur ce secteur de son ministère, Gustave Regamey


créa même un petit périodique (ronéoté à 100 exemplaires), les
Cahiers du Médecin de l'Ame et du Corps, "tribune libre où tous
les systèmes de guérison peuvent être exposés" (9). Dans plusieurs
articles, il développa ses conceptions sur le problème des maladies
et de leur guérison:

" Soyons attentifs au fait que les esprits mauvais et pervers


dont nous pouvons subir l'influence, sont des esprits de
corruption, des agents porteurs de germes morbides aussi
bien pour le corps que pour l'ame. Gardons-nous par consé-
quent de leur donner accès dans notre mental. La santé
du corps dépend davantage de la santé de l'ame que cette
dernière ne dépend de la santé du corps." (JO)

" Toutes les maladies sont attribuables à la déchéance de


"humanité et à son asservissement à sa nature inférieure. (... )
- 148 ­

" Vous me direz peut-être que les maladies épidémiques, la


grippe par exemple, atteignent les hommes sans distinction
de vices ou de vertus. Mais l'espèce humaine est un grand
corps vicié. Les individus sont solidaires les uns des autres.
Si vous recevez sur la main un coup capable de vous pro­
curer de la fièvre, il est bien évident que tous les organes
de votre corps se ressentiront, plus ou moins, de la fièvre
que la main seule s'est attirée. Tous les hommes sont entre
eux ce que les organes du corps sont â l'égard les uns des
autres." (I I)

Beaucoup de swedenborgiens étaient prêts â souscrire â de telles


affirmations: rôle de l'influx des mauvais esprits dans la plupart
des maladies (certains novi-jérusalémites le minimisant, d'autres
insistant au contraire sur ce point), correspondances entre le naturel
et le spirituel, etc. Mais les pratiques recommandées par Gustave
Regamey risquaient de paraître plus contestables â quelques-uns
de ses coreligionnaires:

" L'imposition des mains et la prière pour la guérison des


malades sont recommandées dans les Evangiles. Ce n'est
point parce que nous avons maintenant le privilège d'étudier
la Parole de Dieu dans son sens interne ou spirituel (... )
que nous devons renoncer aux promesses du sens littéral
des Saintes Ecritures." (12)

" En admettant même que les guérisons opérées par le


Seigneur, telles qu'élles nous sont racontées dans les Evan­
giles, n'aient été effectuées qu'en vertu des enseignements
spirituels qu'elles nous procurent, il ne s'ensuit pas que les
guérisons opérées par ses disciples l'aient été dans le même
but. On peut admettre, comme le dit Swedenborg, que les
guérisons du Seigneur ont été principalement des guérisons
de maladies qui enveloppaient et signifiaient des états de
l'Eglise. Mais 'principalement' ne veut pas dire 'exclusi­
vement'." (13)

" Guérir par la prière et par l'imposition des mains constitue


un privilège de l'Eglise du Seigneur. II faut, pour remplir
ce ministère, avoir reçu un don spécial, une grâce parti­
culière du divin Médecin des âmes et des corps. (... ) Le
serviteur de Dieu qui a reçu ,le don de guérison, c'est-â­
dire qui jouit du privilège de servir d'instrument par le
moyen duquel la puissance divine de guérison peut se commu­
niquer aux malades, est appelé â vivre bien près du Sei­
gneur. (... ) C'est un missionné qui dépend entièrement de
son Maitre. Sa communion constante avec le Divin le rend
sensible aux intentions du Père céleste. Sa consécration
lui permet de puiser au réservoir céleste les forces divines
qui lui viennent directement du Seigneur. Les guérisons que
le Seigneur opère par son moyen ne se limitent pas au corps
seulement. Elles agissent d'abord sur l'âme et par l'âme
sur le corps." (14)

Outre les convictions exprimées ci-dessus, pour quelles raisons Gus­


tave Regamey crut-il nécessaire d'ouvrir un dispensaire de guérisons?
- 149 ­

Tout d'abord, peut-être jugeait-il le traitement collectif plus effi­


cace que le traitement individuel (15). Il bénéficiait aussi de la
présence d'un jeune homme qui semblait posséder le don de guéri­
son (16). Désirait-il, grl1ce à ces séances, attirer de nouveaux
membres à l'Eglise? Les propos tenus à Stockholm en 1927 (que
nous avons précédemment cités) pourraient le laisser supposer. Mais
son fils, A.G. Regarney, niait vigoureusement que tels aient été
les buts du Groupe Emmanuel:

" Cette oeuvre n'a jamais été créée pour attirer les hommes
au vrai par une sorte de miracle; elle n'a pas été instituée
pour faire du prosélytisme en faveur de la Nouvelle Eglise;
c'est plutôt une oeuvre sociale, indépendante de la Société,
mais entreprise par quelques membres appartenant à la Nou­
velle Eglise qui cherchent à accomplir quelques usages. Il
arrive incidemment que ceux qui viennent à ces séances
s'intéressent aux doctrines, mais encore une fois ce travail
se fait dans un tout autre esprit que c'est le cas par exemple
pour la Science Chrétienne, qui cherche par ce moyen à
augmenter le nombre de ses adeptes." (17)

b) une vive controverse

Il arrive parfois - et peut-être surtout dans une petite commu­


nauté - qu'un problème d'importance moyenne prenne des pro­
portions énormes. Ainsi advint-il du cas qui nous occupe - et
peut-être certaines tensions entre des personnes n'y furent-elles
pas étrangères (18).

Dès juillet 1929, lors du Synode de la Fédération (qui se tenait


précisément à Genève cette année-là), la question de la guérison
par imposition des mains se trouva vivement débattue; l'assemblée
pria le Conseil des pasteurs du continent européen de donner son
avis; le Conseil demanda un an pour étudier le sujet.

Gustave Regamey subit de nombreuses critiques, d'autant plus que


les séances du dispensaire reprirent dès l'automne. Les opinions
opposées à son action provenaient principalement de l'Ile Maurice
et de la Société de Lausanne. Le Comité de cette dernière examina
la question lors d'une réunion au mois d'octobre:

" Une discussion s'engage au sujet des guérisons et de l'impo­


sition des mains pratiquées à Genève. La Société de Maurice
a écrit une lettre réprouvant ces pratiques. La majorité
des membres du comité de Lausanne partagent ces senti­
ments, tandis que d'autres restent dans l'alternative." (20)

On consulta' Goerwitz (Zurich), pa~ général de la Convention


pour l'Europe continentale. Il répondit de manière nuancée, s'effor­
çant surtout d'apaiser le débat - car certains membres parlaient
déjà de quitter la Fédération ou d'obliger la Société de Genève
à s'en détacher! (21) Goerwitz respectait le droit de Gustave
Regamey d'agir selon ses convictions, mais se demandait si cela
valait la peine au vu de la tempête provoquée par cette pratique
dans' la Fédération; il estimait que les séances de guérison ne
devaient en tout cas pas être liées à la Nouvelle Eglise; il
- 150 ­

recommandait enfin au pasteur Regamey de donner la priorité à


ses responsabilités de président de la Fédération, quitte à sacrifier
le Groupe Emmanuel pour restaurer une atmosphère moins ten­
due (22).

Un providentiel concours de circonstances ramena la séréni té, grace


au retrait du principal instigateur:

" (••• ) tout est bien qui finit bien. Pour une bêtise, M. V...
(le membre doué d'un pouvoir de guérison) a piqué la
mouche, démissionné de la Nouvelle Eglise, les réunions
du Groupe Emmanuel sont tombées avec son départ (en au­
tomne 1930) et tout est fini. On ne parle plus de ces
histoires (... )." (23)

La paix revenue n'empêcha pourtant pas le Conseil des pasteurs


du continent, qui n'avait pu se réunir en 1930, d'aborder le problème
des guérisons lors de sa session de 1931 - dans un climat sans doute
moins tendu qu'il ne l'eQt été une année plus tOto

Gustave Regamey répéta les explications que nous avons déjà ré­
sumées. Il précisa bien que le patient ne devait pas hésiter à recou­
rir parallèlement aux services d'un médecin, si possible chrétien.
Il insista à nouveau sur le lien entre lutte contre la maladie et
combat contre le péché (24).

c..~~rman M~~; soutint une position très différente. Il inclinait pour


une interprétation purement spirituelle des maladies guéries par
le Christ et ses disciples.

" ln the first place, one of the effects of Redemption was


to prevent for ever the he Ils to affect men as their bodies
are concerned. And in the second place a new order of
things has been established with the Revelation of truth
whereby miracles are no longer necessary and are even
prohibited as harmful. If it is still true that ail diseases
have their "origin" in lusts and falsities, it does not follow
that in ail cases any particular disease or infirmity from
which the man suffers indicates a corresponding evil or
falsity in him." (25)
~.
i._~orman Maye~ _qualifiait de dangereuses les guérisons par la foi.
. Maurice de Chazàl,· au contraire, plaidait en leur faveur, à condition
... ·--qu'elle-STUSSènrêffectuées avec la sanction de l'Eglise (26). Quant
à Gustave Regamey, il refusait l'assimilation de la guérison à un
miracle, mais y voyait un processus mettant le corps en accord
avec la vérité spirituelle (27).

" Rev. Regamey sen. points to the fact that ail healing is
through contact with God. Rev. Mayer insists that contact
with God Is through teaching and through the Word, and
the imposition of hands is no means to that end." (28)

Après une longue discussion, le Conseil décida d'adopter une attitude


neutre, tout en recommandant d'éviter des séances de guérison sous
les auspices de la Nouvelle Eglise ou dans les locaux d'une société.
- 151 - i ç
c) l'homéopathie

On comprend mieux le soutien apporté par Maurice de Chazal à


Gustave Regamey lorsqu'on sait qu'il commençait à s'intéresser
lui-même à des formes de médecine non conformistes, en particu­
lier à l'homéopathie (29). Il mettait en parallèle la méthode homéo­
pathique avec la régénération telle que l'entend la Nouvelle
Eglise (30) et s'émerveillait de la concordance entre l'homéopathie
et les doctrines novi-jèrusalémites.

" (••• ) les correspondances qui nous ont été révélées sont rela­
tivement peu nombreuses, et elles ont trait à la lettre de
la Parole. (... ) l'homéopathie ouvre une nouvelle voie de
recherches dans cette direction et (... ) nous permet de nous
faire une idée de la correspondance des substances maté­
rielles, en étudiant leur action sur le corps humain." (3 I)

Au sein de la fédération, ces vues paraissent avoir été assez large­


ment partagées en Suisse romande - la famille Regamey recourait
d'ailleurs à l'homéopathie (32). A l'Ile Maurice, par contre, certaines
réactions furent très négatives. Le Dr Clifford Mayer, par exemple,
exprima une vigoureuse opposition. II craignait qu'un lien trop étroit
avec l'homéopathie donnât de l'Eglise une image sectaire à l'exté­
rieur. Il voulait démolir "toute corrélation possible entre l'Eglise
et l'homéopathie".

"L'Eglise n'empêche personne de croire à l'homéopathie


comme moyen de guérison efficace, mais l'Eglise - on doit
le crier haut - est au-dessus de l'homéopathie (... ). Le
prêtre a droit à ses opinions privées, mais en faisant une
propagande, qu'elle soit politique ou antiscientifique, il porte
un reflet néfaste sur l'Eglise dont il est le serviteur (... )."

Sceptique lui-même à l'égard de l'homéopathie, Clifford Mayer enten­


dait surtout dénoncer le risque de laisser n.aître une conception
selon laquelle l'homéopathie "serait la médecine du bon Novi-
J érusalém ite" (33).
Nous n'avons pas d'autres échos de cette controverse qui, apparem­
ment, ne toucha d'ailleurs pas la Suisse romande. Mais on voit com­
bien des questions médicales et paramédicales purent passionner
les milieux swedenborgiens: (34)

2) Ecclésiologie

y aurait-il eu une réflexion ecclésiologique au sein de la fédération


sans l'impulsion d'Henry de Geymuller? Ce n'est pas certain. Ce
personnage mérite donc d'être présenté brièvement - à défaut de
pouvoir étudier sa pensée en profondeur, ce qui dépasserait trop
le cadre de notre étude.

al Henry de Geymull~
Né au Havre le 18 juillet 1898, de nationalité française, le baron
Henry de Geymuller était un jeune homme déjà brillant et parlait
- 152 ­

couram ment quatre langues (français, allemand, anglais et i taiien).


A la fin de la 1ère Guerre mondiale, il s'engagea dans J'armée
française; il contracta alors une tuberculose qui affligea sa santé
jusqu'a la fin de ses jours. ~

li découvrit la Nouvelle Eglise en Suisse, grâce a tM;u;ice de Chazal'>,


et s'enthousiasma pour Swedenborg. Gustave Regarné)lToridait----cre'
grands espoirs sur ce garçon qui est admirablement bien doué".
Henry de Geymuller désirait entreprendre des études de théologie;
mais sa maladie le rendait très délicat et l'en empêcha (35). Cepen­
dant, mai"iiréSon jeune age, on n'hésita pas a lui confier la direction
de l'éphémère Revue de l'Ere nouvelle. Pour se soigner, il résidait
alors en Suisse, a Château d'Oex.

En 1924, il crut sa santé suffisamment rétablie pour se rendre en


Amérique, a l'écoïë--ae - théologie de la Convention, mais, éprouvé
par le climat et le lourd emploi du temps, il dut renoncer (36).

"Très érudit et ayant une connaissance profonde de nos


doctrines et de toutes les oeuvres de Swedenborg, il se consa­
cra a défendre nos idées par la plume et eut certainement
une influence heureuse sur nombre de nos membres. (... )
Si d'aucuns n'étaient pas d'accord avec ses idées, tous recon­
naissent la loyauté et l'envergure avec laquelle il savait
les traiter. Henry de Geymuller était un courageux qui
n'hésitait pas a parler de la Nouvelle Eglise dans un cercle
d'amis extrêmement étendu (... )." (37)

A cet homme cultivé et d'une grande intelligence, on doit quelques­


uns des articles les plus remarquables publiés par le Messager. Outre
une Notice sommaire sur la vie et les écrits d'Emmanuel Sweden­
borg, il écrivit un volumineux ouvrage, Swedenborg et les phéno­
mènes psychiques (38). [1 vivait alors en Alsace, mais quitta cette
région avant la guerre. [1 succomba a sa maladie â Pau, le
4 mars 1942.

Philosophe et théologien dans l'âme, prompt a engager de fougueux


débats doctrinaux au serv~çe de ce qu'il estimait être une conception
juste, (HëTii')I(Ie-GeyrnûI10 développa une vision swedenborgienne
origina1e-°- où transparaissent deux autres influences: celle de la
philosophie ?thc;~~e (39) et celle de la pensée(§"~~~~a~ienne. Son
intérêt po~-e thomisme semble être apparu les années
1920 (40). Avant 1930 déja, propablement, l'orientation de son espri t
était fixée dans les grandes lignes et ne varia pratiquement
plus (41).

Dans le cadre de la Nouvelle Eglise, Henry de Geymuller s'affirma


comme un penseur "antimoderniste": il s'insurgeait contre la divini­
sation du "progrès", la croyance (communément répandue dans bien
des milieux swedenborgiens) que l'influx travaille l'humanité et que
celle-ci avance toujours plus vers Dieu (42).

" (... ) le libéralisme et le modernisme protestant, bien loin


de provenir d'une secrète infiltration des enseignements
de la Nouvelle Eglise, tirent au contraire leur origine d'une
mentalité et d'une phi~bie ent~osées â
- 153 ­

l'essence même de la doctrine céleste et a la métaphysique


qui lui sert de support." (43)

" (••• ) le véritable "esprit" de la Nouvelle Eglise se trouve

JI trahi et dénaturé par les fanatiques de "l'esprit nouveau",


confondu a tort avec l'esprit du Second Avènement." (44)

Henry de Geymuller ressentait une attirance pour la forme exté­


rieure de l'Eglise catholique (45). De même, malgré l'irritation que
lui causaient "les exagérations de gens trop zélés" au sein de la
General Church, il se déclarai t favorable a ce mouvement "en ce
qui concerne son idéal apostolique et ecclésio.logique" (47).

Nous ne pouvons donner ici qu'un aperçu très insuffisant pour com­
prendre la pensée d'Henry de Geymuller. Mals on devine déja que
cette brillante personnalité ne s'attirait pas que des sympathies
dans la Fédération! (48) Ce fut pourtant son projet de Credo
( qu'adopta (avec des retouches) le Collège des pasThurs de la Fédéra­
tion en 1933.

" [Henry de GeymullerJ était (... ) un esprit enjoué, ouvert


a toutes les discussions et avec lequel on pouvait causer
en toute liberté: sa rigidité était a l'usage purement interne
de la Nouvelle Eglise, telle qu'il la concevait." (49)

Attaché a une certaine "orthodoxie doctrinale" novi-jérusalémite,


\ Henry _de Geymuller restait néanmoIns un esprit indépendant et
ne considérait pas Swedenborg comme un enseignant infaillible en
toutes choses (50). Quelques-uns de ses coreligionnaires l'accusaient
même de tomber dans une interprétation pathologique des visions
du Prophète du Nord (51). Il faut donc savoir discerner la coexis­
tence d'éléments divers dans la pensée <fHenry -dé GéYrnÛlÎen on
risque de la déformer en la schématisant (52). __ /'

b) des fondements ecclésiologigues pour la Nouvelle Jérusalem

Henry de Geymuller entretenait des liens privilégiés avec la Société


de Lausanne (dont il demeura membre jusqu'a la fondation de celle
de Strasbourg). Maurice Galland ayant collaboré avec lui pour pro­
mouvoir une doctrine ecclésiologique au sein de la Fédération, il
est très légitime de consacrer quelques paragraphes a ce sujet dans
une étude sur la Nouvelle Eglise en Suisse romande.

Ces préoccupations ecclésiologiques se manifestèrent au cours des


années 1930 (53); l'affaire de l'A.F.N.E.C. a Paris fournit opportuné­
ment des arguments supplémentaires a cette tendance.

Nous lisons dans le Messager )ces lignes d'Henry de Geymuller:


"---=.
" Nous n'avons pas encore suffisamment compris que l'essentiel
est de jeter les bases de l'Eglise obje.çJiY5\! Nous avons ent-re
les m_ams .Ie plus for~L~~ble ~trument de rén~vaflmçaruniTi­

......
Jl ca-r!ôn qUl-püTsses'lmaglner et nous n'en tIrons pas tout
le parti que nous ï50ü"rrions, car nous avons hérité a peu
près tous les préjugés protestants et libéraux contre la
~- ­ --
conception vraiment "catholique" de l'Eglise (54). (.::JiiOUs
- 154 ­

nous trouvons en face d'une Révélation objective, une et


"uniws-êll~, qUi dépasse mnntm~m-rros mdlvlduaIlEes-" et=qui
.colls.titu~l'âme même de notre Eglise. Cette "ame" dè1â
Nouvelle Eglise, nous ne j'avons pas encore reconnue. En
tout cas, nous ne ,lui avons pas permis de "se manifester
de manière concrète-~en lui donnant un corps visible." Pourtant
cette âme est divine et toutes ses qualités sont de droit
\ divin. L'Eglise objective qui doit en être l'expression, qui
doit en être le corps, est donc également de droit divin,

1
'-"PUiS'ijïJet~âiTIë.8. _droit à son corps, sousp~ine_<1e_.J1e
rester qu'une abstraction. Nous péchons gravement contre
le Seigneur en refusant de con3iti~uer l'Eglise~~ ~Foit
divin au nom de je ne sais quel respect des libertés indivi­
duelles et des volontés subjectives.
(... )
" Les droits divins de l'Eglise sont ceux de la qualité sur
la quantité, de l'unité sur la multiplicité, de ['universalité
sur l'individualité, de l'objectivité sur la subjectivité. (... )
A ces droits qui pour nous sont des lois, il faut des organes
-btN pour les défendre et les représenter. Le" pre" t_le...princi­
pal de ces organes est le sacerdoce avec "la hiérarchieJ qui
en fait un tout homogène, soumis à la Vérité ivine. C'est
par son intermédiaire que doit s'exercer le magistère doc­
trinal de l'Eglise enseignante." (55)

Henry de Geymuller soulignait la primauté de la réalité ecclésiale


sur l'expérience individuelle et Maurice Galland lui faisait écho:

" Il faut (... ) se garder de proclamer, en comprenant mal les


explications de Swedenborg, que la Vérité est affaire d'expé­
rience intérieure, de vertu personnelle ou d'illustration in­
terne venant de l'amour du bien. Non, la Vérité a été établie
et révélée par le Seigneur et la nécessité d'une Eglise exté­
rieure résulte du fait que l'homme peut changer -sa vôlOnté
(
enadmettant la vérité dans son intelligence. Le bien indivi­
duel doit être produit par le vrai révélé de l'Eglise ensei­
gnante. Seule la véri té extérieure, cause du bien individuel
chez l'homme, peut unir les hommes et faire régner l'ordre
intellectuel, moral et spirituel parmi eux, comme la loi
civile fait régner l'ordre et la paix civile." (56)

" (... ) ce n'est pas parce qu'il y a des croyants swedenborgiens


1 qu'on peut construire une Nouvelle Eglise, mais bien_Qarce

N J L . ~1-a.-LUl~velle Eglise dont l'être est constitué~r


( la Nouvelle Révélation, qu'on peut trouver des croyants
swedenborgiens.
(... )
" Notre Fédération, dont la création a eu pour but d'instaurer
,'''exister'' de la Nouvelle Eglise dans les pays de-"Ïangue
française, doit s'appliquer de plus en plus à prendre la forme
de l"'être" de l'Eglise qui doit être considéré comme son
moulé;-êïir l'Eglise est une "forme", elle est forme par la
Doctrine qui forme les entendements et la volonté, elle
est aussi forme par l'ensemble de ses qualités.
- 155 -

" Il n'est donc pas du tout indifférent, quand on crée de nou-


veaux centres, que ceux-ci se forment d'eux-mêmes ou,
au contraire, qu'ils soient formés, c'est-à-dire qualifiés dans
leur être." (57)

Henry de Geymuller s'employait à prévenir certaines objections:

" Il serait absurde de tenir l'Eglise objective pour non réelle


parce que ses membres ne pratiquent pas tous une vie sainte
et vertueuse. L'Eglise enseignante ne peut faire plus que
de proclamer le vrai; c'est ce vrai qui conduit au bien et
si les hommes ne veulent pas s'en servir pour régler leur
conduite, l'Eglise n'en est pas responsable et n'en existe
pas moins légitimement pour cela, pas plus que le vrai
objectif ne cesse d'exister du fait qu'il y a des hommes
qui ne l'appliquent pas à leur vie." (58)

"Les vérités de l'Eglise ne sont pas les idées de ses membres" (59),
affirmait encore Henry de Geymuller et, une fois de plus, il expri-
mait, face à des institutions humaines, provisoires, imparfaites et
changeantes, une vision très élevée de l'Eglise en déclarant:

IJ: Nous avons eu le tort de ne pas considérer l'Eglise comme


v,1 une institution divine, mais comme une organisation essentiel-
lement humaine, commode et utile, comme une nécessité
purement pratique, née des contingences de la vie so-
ciale." (60)

Le _Seigneur n'est pl:!§ _t.eY,enu parmi nous pour détruire


l'Eglise elle-mêm~..mais au contraire pour la sauver. -( •.. )
Ca Nôuvelle Egïise (... ) doit se sub-stirtmrà l'ancrenne, dé-
chue de ses droits aux yeux du Seigneur. Mais elle ne doit
pas proclamer que ruée_même ...d~unL.Eglise de droit ~in
est erronée et qu'il n'y a d'Eglise qu'à t'intérieur de l'homme
ët(j'avèfiëment du Seigneur que dans les actions des hommes
dans le domaine social, politique, économiq,ue, scientifique,
industriel, artistique, culturel, etc."

" [La Nouvelle Eglise! ne doit pas supprimer les Eglises pré-
cédentes et les déclarer illégitimes (illégitimes en tant que
et parce que 'Eglises'), mais les remplacer en sa qualité
de 'couronne des Eglises précédentes'." (61)

Dressant un constat parfois sévère, Henry de Geymuller entendait


également indiquer la voie en direction d'une solution:

.. L'état d'impuissance actuelle de notre Eglise tient à deux


causes qu'il nous est parfaitement possible de saisir, de
définir et finalement d'éliminer. Ces deux causes, qui
agissent l'une sur l'autre et s'aggravent mutuellement, sont
le désordre des esprits d'une part et l'organisation défec-
tueuse de l'Eglise d'autre part." (62)

La perspective d'Henry de Geymuller et de Maurice Galland équiva-


lait à une remise en cause radicale du système empreint de congré-
gationaÎisme-BC!opté-p8r--I-;--Nëiû-Y"ëITeEglTse (à l'exception dela
- 156 -

General Church): les premiers swedenborgiens, estimaient-ils, avaient


trop considéré l'Eglise comme la réunion de tous, la simple "amplI­
fication de l'individu par le seul effet (... ) d'une opération arithmé­
tique" (63).

" Il faut que les ecclésiastiques se sentent les prêtres de


l'Eglise, ou mieux encore du "Vrai de l'Eglise" et non pas
seulement les serviteurs (ou ministres) des membres de
l'Eglise. Le sacerdoce ne vient pas des hommes, mais de
Dieu. Cette fonction est donc de Droit Divin, car elle a
pour but d'assurer les droits de la Vérité dans la commu­

1
nauté, autrement dit les droits de l'universel dans l'indivi­
duel, de l'un dans le multiple.

" Le congrégationalisme ne saurait avoir le sacerdoce véritable.


Ce sont lâ, somme toute, deux choses incompatibles dans
leur essence, car le premier tire son être et sa justification
du droit humain (la volonté des individus) tandis que le
second tire son être et sa justification du Droit Divin (les
d'roits de la Vérité)." (64)

Concrètement, Maurice Galland et Henry de Geyrnuller préconisaient


\.... un système épiscopal, une Eglise dirigée par un clergé hiérarchique
à trois degrés, conformément aux indications données dans quelques
passages . aës Ecrits de Swedenborg. Ce système, prédisaient-ils,
rehausserait considérablement le prestige et l'autorité des pasteurs.
En ouHe, ''l'épiscopalisme est le vrai système organique pour la
Nouvelle Eglise" (65). Certes, il ne s'agissait pas pour la Fédération
de nommer hâtivement un évêque (66), mais d'adopter déjâ au moins
le principe.

Cette campagne en faveur de la reconnaissance du "Droit Divin"


de l'Eglise eut-elle des répercussions profondes? Il est difficile de
le déterminer: sans doute beaucoup de fidèles ne se sentirent-ils
guère concernés par un débat qui se présentait sous des allures
très théoriques.

Le Collège des pasteurs de la Fédération examina cependant la


question du sacerdoce â trois degrés, lors de sa session de 1937,
et parvint aux conclusions suivantes:

" Tout en reconnaissant hiérarchi~ doit exister dans


le clergé de l'Eglise, et que cette 1 rarchie doit être de
trOIS ~&!!.s, selon la description qui en est donnée au
N° 17 de l'AppendIce à la Vraie Religion Chrétienne, savoir
le prél'at mitré, les prêtres-curés et, sous eux, les simples
prêtres, [le Collège) estime que dans I,'état actuel de notre
Eglise, et vu le nombre extrêmement restreint de nos
société~t de nos pasteurs, il n'y a pas lieu d'instituer
parei Il hiérarchie) dans nos statuts, attendu que le seul
but de es-statilts est de pourvoir à l'ordre, non dans un
avenir lointain, mais pour l'e présent et l'avenir immédiats.
Il ne pellt être question actüellement ni d'un prélat mitré,
ni même de prêtres-curés, sous lesquels se trouveraient de
simples prêtres. En conséquence, le Collège des pasteurs
est d'avis qu'il suffit, pour ie moment, de distinguer entre
- 157 ­

les pasteurs consacrants d'une part et les pasteurs ordinaires


de l'autre." (67)

* * *
Nombre d'autres questions furent abordées occasionnellement; mais
on se perdrait dans des détails en tentant de tout énumérer: seuls
les problèmes de guérison par imposition des mains et d'ecclésiologie
donnèrent lieu à des développements d'une certaine ampleur.

Comme nous l'avons déjà signalé, le Collège des pasteurs de la


fédération adopta en 1933 le texte d'un Credo novi-jérusalémite,
mis au point à partir d'un projet présen!~.-cP'arHëiii'YC!ë--Ceymùller
et récité pour la première îôlsTÜrs'oë l'inauguration de rasalle
de cultes de la rue Caroline. Aux yeux des dirigeants de la fédéra­
~ tion, cette "ch~te_de fonda~ion, l~ac.tfLp~guel l'Eglise-S.e.-définit
Ilell:.:Dl~me" (68), revêtait une importance considérable:

" [Ce Credo) peut être appelé à jouer pour nous un rôle
semblable à ceilli du "Symbole des Apôtres" pour la première
Eglise chrétienne." (69)

Nous ne saurions donc mieux terminer ce chapitre qu'en reproduisant


intégralement cette affirmation solennelle de la foi des croyants
auxquels nous avons consacré notre étude:

" Je crois en un seul Dieu, infiniment bon, sage et puissant;


éternel, omniscient et omniprésent; qui a fait le ciel et
la terre, les choses visibles et invisibles, la Vie même.

" Par amour pour nous, Dieu Lui-même a revêtu notre nature
en JéSlls-Christ, la Parole faite chair, afin de vaincre les
enfers, de nous délivrer de leur puissance et de s'unir à
nous pour l'éternité dans son Humanité glorifiée.

" Dans la personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ


habite corporellement la Plénitude de la Divinité: la Trinité
de Père, fils et Saint-Esprit: Un Dieu en une personne:
notre Créateur" Rédempteur et Régénérateur.

" Je crois que pour être sauvé, je dois me tourner vers le


Seigneur et observer les commandements de Sa Parol'e, en
fuyant les maux comme péchés contre Lui. Je dois faire
le bien librement, comme d'après moi-même, tout en recon­
naissant et confessant que le mérite en revient au Seigneur
seul.

" Je crois que la Parole de Dieu, contenue dans les Ecritures,


est la Vérité même. Sainte et divine dans sa lettre comme
dans son esprit, elle est la source de toute sagesse et de
toute béatitude pour les anges comme pour les hommes;
par elle, il y a communion avec les cieux et conjonction
avec le Seigneur.

" Je crois que le Seigneur a effectué son Second Avènement


...

- 158 ­ ...

en révélant le sens spirituel de sa Parole, dans lequel 11


réside avec puissance et grande gloire. Par cette nouvelle
r~.Yélation de sa Vérité, le Seigneur a instauré la Nouvelle
Eglise, prévue dès la création du monde et destinée à durer
éternellement. Cette Eglise est la Nouvelle Jérusalem pr<r
mise par l'Ecriture, la Cité Sainte descendant du ciel'
d'auprès de Dieu, l'Epouse du Seigneur, la couronne des
Eglises précédentes. Tous les hommes sont divinement conviés
à en faire partie, afin d'y adorer le Seigneur seul•
.,.,.---- ,
" Je crois que cette Eglise est Qotre mè~ spiri tuelle que'
nous devons honorer. Je crois à l'"à"iüorité divine des Ecrits
qui l'établissent, à sa sainteté, à son unité, à sa catholicité
et à son triomphe final parmi les hommes.

" Je crois que l'Amour conjugal est d'essence divine; céleste,


spirituel, saint, pur et chaste, il est le plus élevé de tous
les amours humains et ceux-là peuvent le connaltre qui re­
gardent au Seigneur seul comme source de toute sagesse
et qui Le suivent.

" Le Seigneur a créé le monde par pur amour, afin d'établir


un ~~e~ngéligue provenant du genre humain 'fépa:ndu-5ur
\ tout es tërrës habitées. 'SaDivine Providence gouverne
toutes choses, même les plus petites, pour le plus grand
bien et en vue du bonheur éternel des hommes.

" Je crois à l'immortalité de l'âme, à la résurrection immé­


diate dans le monde spirituel, à la séparation des bons d'avec
les méchants et à la vie éternelle." (70)
CONCLUSION

"Le maître du bouddhisme zen


[D.T. Suzuki) témoignait de l'impor­
tance qu'il attachait a Swedenborg
et a son oeuvre par le fait que,
cinquante ans auparavant, il avait
traduit quatre de ses livres en
japonais. Et il ajoutait: ~st
JJ lui votre Bouddha, pour
Occïdèntaux, c'est lui qu'il faut
vous

lire et suivre:'"

Henry Corbin (J)

Sans y revenir longuement, il n'est pas inutile de rappeler ici


quelques traits qui ressortent des chapitres de notre étude.

Tout d'abord, nous avons pu constater que la Nouvelle Eglise ne


fut pas en Suisse romande un phénomène purement autochtone
- loin de la. Au XIXe siècle, le caractère cosmopolite des sweden­
borgiens résidant dans notre pays ne favorisa certes pas l'implanta­
tion stable du mouvement. Charles 8yse résida longtemps a l'étranger
et eut en France sa première initiation à Swedenborg. La fondation
de la Société de Lausanne résulta en bonne partie d'une impulsion
venue de la lointaine Ile Maurice. Les pasteurs Regamey et Mer­
canton avaient l'un et l'autre passé plusieurs années en France.

Nous l'avons vu, la Société de Lausanne a toujours constitué l'élé­


ment de stabilité du mouvement swedenborgien en Suisse romande
(dès 1917, et plus encore a partir du moment où elle put s'installer
dans un bâtiment appartenant a la Nouvelle Eglise, en 1933). Nous
avons expliqué pourquoi, a notre avis, cette stabilité repose en
grande partie sur la structure familiale de la communauté (2): quels
que puissent être les itinéraires individuels de certains fidèles (nou­
velles adhésions, démissions), un noyau demeure, dont la cohésion
n'est pas fondée sur la seule foi commune (3) - contrairement à
la situation qui se présenta à Genève.

Trois pasteurs protestants se rallièrent à la Nouvelle Eglise en Suisse


romande: curie usèmerH " tous trois avaient appartenu a'-I'Eglise libre
du canton de Vaud.' Simple cOlncidence? Le fait de se trouver déjà
en dehors du cadre de l'Eglise établie ne facilita-t-il pas leur évo­
lution? (4) Intéressante similitude avec les débuts de la Nouvelle
Eglise en Grande-Bretagne: comme nous l'avons fait remarquer,
ses premiers pasteurs, au XVlIle siècle, furent d'ex-prédicateurs
méth_ogistes.

Nous avons insisté à plusieurs reprises sur la modeste croissance


de la Nouvelle Eglise. II est vrai que les pasteurs swedenborgiens,
respectueux de la liberté intérieure de chaque être humain, ne
- 160 ­

tentaient pas d'obtenir à tout prix des conversions et n'allaient


pas frapper aux portes; l'aspect plutôt "intellectuel" de la doctrine
novi-jérusalémite ne pouvait séduire des foules; point de ces frémis­
santes et pressantes perspectives apocalyptiques propres à d'autres
mouvements religieux.

En outre, Alfred G. Regamey se trouva progressivement amené à


assumer la totalité des fonctions pastorales. On comprend sans peine
les inconvénients d'une telle situation: le ministre du culte finit
par imprimer sa marque au groupe qu'il dirige, avec ses qualités
et ses defauts; son inamovibilité risque d'éloigner ceux qui ne se
sentent pas d'affinités-aveclUi ou n'approuvent pas sa manière de
procéder, et que l'absence d'autre pasteur prive de toute alternance.
Les archives ne nous permettent pas d'apprendre grand-chose, mais
les témoignages recueillis auprès de membres et d'amis de la Nouvelle
Eglise laissent supposer que ce facteur humain doit être pris en
compte pour expliquer la stagnation - en se souvenant bien que,
même dans d'àŒtres-cTfêonsfances, la Nouvelle Eglise ne pouvait
guère s'attendre à éveiller un large écho.

Nous pouvons tirer un enseignement plus général de la lecture des


statistiques et de la relation des activités swedenborgiennes en Suisse
romande: nous comprenons mieux qu'un groupe religieux minoritaire
doit fournir un énorme effort de propagande non seulement pour
s'étendre, mais tout simplement pour maintenir ses effectifs! (5)
A cet égard, le cas du mouvement que nous avons etudié paralt
f éloquent: songeons à ces centaines de conférences, à ces milliers
, d'heures de permanence passées à attendre de rares visiteurs dont
l quelques-uns deviendraient peut-être les adhérents de demain••• Avec
quelques variantes et différences dans les méthodes, c'est là le lot
commun de beaucoup de petits groupes religieux.

En définitive, n'est-il pas déjà remarquable que la Nouvelle Eglise


soit parvenue à s'établir durablement en Suisse romande et à créer
à Lausanne un centre de diffusion des doctrines révélées à travers
Swedenborg? '

Nous n'avons pas connu les principaux protagonistes de cette histoire.


Mais à force de compulser les archives de la r~~,.. ,Caroline, nous
avons r'étrospectivement partagé lëurs" joies, leürs espéra-n-êes, leurs
hésitations. Ces fantômes ont repris vie devant nous (au sens
imagé - car nous accordons trop de crédit aux mises en garde de
Swedenborg pour rechercher les contacts avec le monde spirituel!).
Aussi, si ce travail permet de ne pas oublier les fervents pionniers
de la Nouvelle Eglise en Suisse romande, si leurs successeurs peuvent
considérer avec fierté leur héritage, si enfin ces pages suscitent
chez quelques-uns de nos lecteurs la curiosité de découvrir l'oeuvre
fascinante de Swedenborg, nous ne regretterons pas les mois passés
à reclasser et à étudier d'abondants dossiers. -'-"-~"
NOTES

N.B.: certains auteurs francophones (dont Charles Byse) écrivaient


ïëliom de Swedenborg avec un accent aigu sur le premier "e"
(Swédenborg). Nous avons systématiquement rétabli l'orthographe
courante (sans l'accent), sauf lorsque nous mentionnons des titres
d'ouvrages comportant ,'autre forme.

Nous avons recouru à la traduction française des textes de Sweden­


borg chaque fois qu'il en existait une; dans les autres cas, nous
avons cité soit le texte original latin, soit (à défaut de disposer
du texte latin ou lorsque l'original était en suédois) la traduction
anglaise.

Les références de dossiers citées sans autres précisions renvoient


aux arëhi~ de la
- - _-,----
ouvelle Eglise de LalAs.illIne.
.. 2'1L.
Dans les pages qui suivent, les chiffres indiqués entre parenthèses
en haut à gauche renvoient aux pages du texte auxquelles corres­
pondent les notes.

Abréviations: les références au mensuel Le Messager de la Nouvelle


Eglise sont indiquées comme suit: Messager, puis le volume, puis
(après deux points) le numéro, suivi du mois de parution (entre
parenthèses) et de la page.

N.E. = Nouvelle Eglise; N.E.L. = Nouvelle Eglise de Lausanne;


N.E.G. = Nouvelle Eglise de Genève; L.j.N.E. = Ligue de jeunesse
de la Nouvelle Eglise; I.E.N. = Imprimerie de j'Ere Nouvelle.

Notes de l'introduction

1) Lettre de A.G. Regamey au Comité de la fédération, 29 jan­


vier 1921 (10/3-1).

2) Messager, 22:7-9 (juillet-sept. 1938), deuxième page de cou­


verture.

3) Leur achèvement a été retardé par diverses activités parallèles.

4) Nous avons naturellement essayé de reconstituer les dossiers


primitifs chaque fois qu'il était possible de deviner comment
ils avaient été établis.

5) Leur masse rendait impossible une énumération très détaillée.

6) Beaucoup plus que celle du swedenborgisme suisse alémanique,


auquel nous n'accordons aucune place dans notre étude, car
ses origines et son développement furen t complètement séparés:
dès ses débuts, la perspective de l'action de la Société de
Lausanne ne fut pas nationale, mais linguistique - francophone
plus qu'helvétique.
(2-6) - 162 ­

7) Très exactement le mercredi 27 juillet 1932.

8) On pourrait nous objecter que, pour parler de la Nouvelle


Eglise en Suisse romande au XXe siècle, nous n'avons pas
utilisé de sources extérieures a cette communauté - car il
n'en existe pas. Cette objection serait recevable si nous
n'avions consulté que des sources imprimées (donc généralement
conçues pour un usage aussi bien externe qu'interne); mais,
heureusement, nous disposions aussi d'abondantes correspon­
dances privées, de procès-verbaux de réunions de comités,
etc.

9) ln Repères (Lausanne), N" 4 (J 982), p. Il.

Notes du chapitre 1

1) Cité par Charles Byse, Swédenborg, t. III, Lausanne, Léon


Martinet, s.d., p. 23.

2) Seule (relative) originalité de la partie biographique de ce


chapitre: nous avons peu mis l'accent sur les faits extraordi­
naires de l'existence du célèbre Suédois, complaisamment
relatés par la plupart des auteurs.

3) Nous indiquons dans notre bibliographie quels ouvrages nous


avons principalement utilisés. Tous les biographes ont largement
puisé dans les trois volumes publiés par les soins de Rudolph
Leonard Tafel, Documents concerning the Life and Character
of Emanuel Swedenborg, London, 1875-1871.

4) Un Ami de la Nouvelle Eglise [Edmond Chevrier], Emmanuel


Swedenborg. Notice biographique et bibliographique, Paris et
Londres, 1875, p. 1.

5) A sa naissance, Swedenborg s'appelait Swedberg: son nom fut


transformé, suivant l'usage suédois, lors de son anoblissement,
en 1719. Par souci de clarté, nous utiliserons uniquement
"Swedenborg".

6) Lettre a Benzelius, 8 sept. 1714 (trad. anglaise in Alfred Acton


led.], The Letters and Memorials of Emanuel Swedenborg ( 1709­
1748), Bryn Athyn, Swedenborg Scientific Association, 1948,
pp. 57-58).

7) "Quelques-unes de ses inventions n'étaient pas techniquement


réalisables a l'époque, mais Swedenborg réussit néanmoins a
faire exécuter certains de ses projets, notamment sa pompe
a mercure et son système d'écluses." (Henry de Geymuller,
Notice sommaire sur la vie et les écrits d'Emmanuel Sweden­
borg, Lausanne - Genève - Paris, Comité pour la commémora­
tion du 250e anniversaire d'Emmanuel Swedenborg, s.d.,
p. 5)

8) Celui-ci avait demandé cette faveur au roi en 1716 déja (A.


Acton (ed.I, The Letters... (1709-1748), op. cit., pp. 103-104).
(6-7) - 163 -

Certains biographes laissent entendre que cette mesure fut


prise "en considération des mérites du jeune ingénieur" (Un
Ami de la Nouvelle Eglise, Emmanuel Swedenborg, op. cit.,
p. 6). C'est une légende: "About the same time, Ulrica
elevated about one hundred and fjfty families to the nobility,
and this for political reasons (... ). In the case of Bishop Swed-
berg's family, however, she was following an ancient custom,
according to which ail bishops' families, though never the
Bishop himself, were ennobled." (A. Acton [ed.), The Letters...
(1709-1"148), op. cit., p. 212, note 17)

9) Nous citons ce texte, fréquemment utilisé par les biographes,


dans la traduction qu'en donne Charles Byse (Swédenborg (I).
Biographie, 2e éd., Lausanne, Léon Martinet, s.d. [19181,
p. 28).

10) "In the years of his youth and early manhood, Swedenborg,
while devoting himself to the mechanical and experimental
sciences, was yet constantly reflecting on the inner causes
of phenomena. We see the beginnings of his speculative philo-
sophy in the early productions of his pen." (Alfred Acton,
An Introduction to the Word Explained. A Study of the Means
by which Swedenborg the Scientist and Philosopher became
the Theologian and Revelator, Bryn Athyn, Academy of the
New Church, 1927, p. 25) "Since as a scientist his thinking
had always been directed by religion, it is not surprising that
he dedicated the latter half of his life to finding a solution
ta the question of the credibility of the Scriptures in terms
of theology, nor that his method of working at the problem
was still strictly scientific." (Cyriel üdhner Sigstedt, The
Swedenborg Epie. The Life and Works of Emanuel Swedenborg,
London, Swedenborg Society, 1981 [réim pression de l'éd. 1952],
p. VIII)

1 J) Tel était aussi l'avis de Swedenborg lui-même: "( ... ) je perçus


que la Divine Providence dirigeait les actes de ma vie de
façon ininterrompue dès ma prime jeunesse et les faisait se
développer de telle manière que je pus atteindre un état d'intel-
ligence, et ainsi, par la Divine Miséricorde de Dieu Messie,
servir d'instrument pour dévoiler les choses qui sont cachées
intérieurement dans la parole de Dieu Messie." (trad. d'Alfred
G. Regamey, Swedenborg au travail. Etude sur la préparation
spéciale de Swedenborg en vue de sa mission et sur ses mé-
thodes de travail, Lausanne et Genève, Agence des Publications
de la Nouvelle Eglise, 1935, p. 6)
"Un jour quelqu'un me demanda comment de Philosophe j'étais
devenu Théologien, et je répondis: de la même manière que
des Pêcheurs furent faits Disciples et Apôtres par le Seigneur;
et j'ajoutai que moi aussi, dès la plus tendre jeunesse, j'avais
été Pêcheur spirituel. Après cette réponse, il demanda ce
que c'était qu'un Pêcheur spirituel; je répliquai qu'un Pêcheur,
dans le sens spirituel de l'a Parole, signifie un homme qui
-recherche et enseigne les Vérités naturelles, et ensuite les
spirituelles rationnellement. (... ) Après avoir entendu ces expli-
cations, celui qui m'avait interrogé éleva la voix et dit: Mainte-
nant je puis comprendre pourquoi le Seigneur avait choisi des
(7) - 164 ­

Pecheurs pour etre ses Disciples, et par conséquent je ne


m'étonne point qu'il t'ait aussi appelé et choisi, puisque,
comme tu le dis, dès la plus tendre jeunesse tu as été Pecheur
dans le sens spirituel, c'est-à-dire Scrutateur des vérités natu­
relles; si maintenant tu l'es des Vérités spirituelles, c'est parce
que celles-ci sont fondées sur celles-là." (Du Commerce de
l'Ame et du Corps, N° 20)

12) Les divers passages relatifs à cet étrange phénomène sont


indiqués par A. Acton, An Introduction... , op. cit., pp. 29-31.

13) "Dès ma prime enfance, je fus habitué à ce genre de respira­


tion. Lorsque je disais mes prières du matin et du soir, puis
plus tard lorsque j'étudiais particulièrement le merveilleux
ensemble que constitue le jeu du poumon et celui du coeur,
et plus spécialement encore lorsque je me trouvais occupé
à écrire les ouvrages que j'ai publiés pendant des années, j'ai
pu souvent observer qu'il y a une respiration tacite, à peine
perceptible et au sujet de laquelle j'ai beaucoup réfléchi (... ).
J'ai été ainsi pendant bien des années, depuis mon enfance,
accoutumé à une telle respiration, plus particulièrement lorsque
j'étais absorbé dans de profondes spéculations, temps pendant
lequel ma respiration externe cessait presque complètement,
d'autant plus que toute étude profonde de la vérité est presque
impossible dans d'autres conditions. Plus tard, lorsque les cieux
me furent ouverts et que je fus à même de converser avec
les esprits, je respirais à peine, parfois pendant une petite
heure, n'inspirant guère qu'une quantité d'air suffisante au
processus de la pensée. Ainsi je fus initié par le Seigneur
à la respiration interne." (traduction de A.G. Regamey, Sweden­
borg au travail, op. cit., p. 27) --­

14) Les notes de Swedenborg à ce sujet pour les années 1736-1740


n'ont pas été retrouvées (sa famille n'avait pas voulu les
communiquer). Par contre, nous disposons d'une récente tra­
duction française des reves que Swedenborg coucha sur le
papier en 1744: E. Swedenborg, Le Livre des Reves (présenté
et traduit par Régis Boyer), s.l., Pandora 1 Le Milieu, 1979.
Voici un exemple de l'importance que Swedenborg pouvait
accorder à certains rêves, à propos du Regnum Animale dont
- on s'en souvient - il avait publié les deux premiers volumes
en Hollande: "In the spring of 1744 he dream t about a ship,
which was a sign to him that he ought to continue his work
in England, so he decided to publish the third volume there."
(Sigstedt, op. cit., p. 189; cf. Livre des Rêves, op. cit., p. 109)

15) A. Acton, An Introduction... , op. cit., pp. 34-35. Assurément;


mais, comme l'a bien remarqué ailleurs le meme auteur, cer­
tains fondements essentiels de la pensée théologique du "Pro­
phète du Nord" étaient déjà posés. Dans le Regnum Animale,
il aval t déjà découvert que "the physical world is merely symbo­
lic of the spiritual world" (ibid., p. 39). Mieux encore: Sweden­
borg allait recevoir confirmation du Ciel que les intuitions
de son oeuvre scientifique (qui n'avait pas eu autant d'impact
qu'il l'espérait sur les savants de l'époque) étaient vraies (ibid.,
p. 93).
(8-9) - 165 ­

i6) Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cela ne résout


pas le problème, car on ne doit pas toujours se fier aux dates
indiquées par Swedenborg: par exemple, dans sa courte auto­
biographie, il écrit: "Je suis né à Stockholm le 29 janvier
1689." (Autobiographie de Swedenborg. Sous ce ti tre: Réponse
à une lettre qu'un ami m'a écrite [trad. Le Boys des Guays],
Saint-Amand, 1851, p. 4) Or, on sait que Swedenborg était
né en 1688. Pourtant, il ne s'agissait pas d'une erreur typogra­
phique, ainsi que l'expliqua le général Tuxen: "The reason why
he had writ ten 1689 was because of the correspondence of
that number. Therefore, when in his let ter he had first written
1688, an ange! present tald him he should write 1689 as being
more suitable to himself." (A. Acton [ed.], The Letters and
Memorials of. Emanuel Swedenborg (1748-1772), Bryn Athyn,
Swedenborg Scientific Association, 19'15, p. 676, note)

17) Lettre au landgrave, 18 juin 1771, in Small Theological Works


and Letters of Emanuel Swedenborg, London, Swedenborg
Society, 1975, p. 298.

18) Cette premlèrê tentative, publiée nombre d'années après la


mort de Swedenborg, est connue sous deux titres: Adversaria
et The Word Explained.

19) Voici le passagt: de Swedenborg sur lequel se fonde cette inter­


prétation: "1747, August 7, old style. There was a change
of state in me into the heavenly kingdom, in an image."
(Sigstedt, ~ S p. 216)

20) "(••• ) in this he illustrates the teaching in Heaven and Hell


concerning the regenerating man, that he will continue to
be a man of the world as before - but with an internai
difference. He,e it may also be noted that, though by this
time he had become known as the author of the theological
orks, yet (... ) his contributions to the deliberations of the
Diet on the financial conditions of the Kingdom were received
with high regard." (A. Acton led.l, The Letters... (1748-1772),
op. cit., p. 536)

21) Sur un exemplaire de cette Summaria Expositio, Swedenborg


écrivit ces lignes: "Hic liber est Adventus Domini, Scriptum
ex mandato." Cet ouvrage préparait la Vera Christiana Religio.

22) Nous n'avons pas mentionné ici les ouvrages posthumes ou


inachevés! Pour avoir une idée de la production complète de
Swedenborg, consulter Alfred H. Stroh et Greta EkelOf, An
Abridged Chronological List of the Works of Emanuel Swed~
borg including ,Vlanuscripts, Original Edi tions and Translations
prior to [772, Uppsala - Stockholm, Almqvist & Wiksell, 1937.

23) Cet exposé doctrinal très sommaire n'aborde que quelques


points généraux, choisis en fonction de leur importance (et
de l'intérêt qu'ils revêtent à nos yeux: une part de subjectivité
est inévitable dans une telle sélection). Nous avons tenté de
les résumer en suivant un plan simple et clair, établi après
examen attentif de la structure de plusieurs ouvrages
(9) - 166 ­

présentant la théologie de la Nouvelle Eglise, sans en suivre


un en particulier. N'ayant pas encore pu étudier personnelle­
ment l'ensemble des Ecrits de Swedenborg (ils représentent
plusieurs dizaines de volumes!), nous tenons ê préciser ici que
la remarquable série de douze brochures composées (anonyme­
ment) par feu le pasteur Norman Mayer et publiées par les
soins du Cercle Swedenborg sous le titre général "Vérités fonda­
mentales de la religion chrétienne", nous a été de la plus
grande utilité pour trouver plusieurs des citations qui illustrent
notre propos dans cette approche doctrinale; ces fascicules
contiennent des passages fondamentaux de Swedenborg, sans
commentaires, classés par sujets.

24) Oetinger et le landgrave de Hesse sont des exemples fameux


de personnes poussées par de tels motifs.

25) Par exemple dans une lettre du Il aoOt 1760 adressée au


comte Gustaf Bonde: "(••. ) the Lord provides that spirits and
men should rarely come close enough together to speak to
each other reciprocally, for by so close a commerce with
spirits man might soon come into a peril of soul and danger
to his life. 1 would therefore warn against any desire for this.
The Lord Himself has been pleased to introduce me Into
conversation and life together with spirits and angels on
account of the matters which are mentioned in the Writings,
and for this reason the Lord Himself protects me against the
many crafty attempts and threats of wicked spirits." Normale­
ment, les esprits et les hommes sont ensemble dans leurs
affections, mais ils ne peuvent pas converser (Small Theologic1l1
Works... , op. cit., pp. 203 et 205). "Son ami Robsahm lui
demanda un jour si d'autres que lui ne pouvaient pas jouir
de ce commerce merveilleux avec les esprits. 'Prenez garde,
répondit Swedenborg, c'est un chemin qui conduit ê l'hôpital
des fous. "' (Un Ami de la Nouvelle Eglise, Emmanuel Sweden­
borg, op. cit., p. 120)

26) n(••• ) il est donné de parler avec les esprits, mais rarement
avec les anges du ciel, et cela a été donné ê plusieurs dans
les siècles passés; quand cela est donné, les esprits parlent
avec l'homme dans sa langue naturelle, mais seulement en
peu de mots: toutefois, ceux qui parlent par permission du
Seigneur ne disent et n'enseignent jamais rien qui enlève le
libre de la raison; car le Seigneur seul enseigne l'homme, mais
médiatement par la Parole dans l'illustration (••. ): que cela
soit ainsi, c'est ce qU'il m'a été donné de savoir par ma propre
expérience; car, depuis plusieurs années jusqu'à présent, j'ai
parlé avec des esprits et avec des anges, et aucun esprit n'a
osé, ni aucun ange n'a voulu me rien dire, ni à plus forte
raison m'instruire sur aucune chose de la Parole, ou sur aucun
doctrinal d'après la Parole, mais le Seigneur seul - qui s'est
révélé à moi, et a ensuite continuellement apparu et apparaît
devant mes yeux comme Soleil, dans lequel 11 est Lui-Même,
ainsi qu'l1 apparaît aux anges - m'a instruit et m'a illustré."
(Sagesse angélique sur la Divine Providence, N° 135; cf. égaIe­
ment Vraie Religion Chrétienne, N° 779)
(9) - 167 ­

27) La marquise d'Orsoli disait: "Ce n'est pas parce qu'il a vu


des esprits, mais parce qU'il a vu des vérités que Swedenborg
nous Intéresse." (Un Ami de la Nouvelle Eglise, Emmanuel
Swedenbqrg, op. cit., pp. 120-121) Il est évident - malgré
la confusion qui règne parfois à cet égard - que des capaci tés
xtraordinalres (claIrvoyance, etc.) ne constituent en aucun
cas une preuve de l'authenticité des doctrines avancées par
les personnages doués de telles facultés; toutes les traditions
spirituelles se rejoignent pour inciter à la prudence et au
discernement nécessaire dans ce domaine.

28) Nous utIlIsons ce terme sans que cela implique de notre part
un quelconque Jugement quant à l'origine de cette doctrine
(les membres de la Nouvelle Eglise croient naturellement
qu'elle vient de Dieu, et pas de l'homme Swedenborg). Il peut
être intéressant de citer ici la réponse de Swedenborg à un
correspondant qUi lUI demandait son opinion sur les oeuvres
de Jacob Boehme: "1 have never read them, and 1 was for­
bidden ta read dogmatic and systematic books in theology
before heaven was opened ta me, and this for the reason that
otherwise unfounded opinions and notions might easily have
insinuated themselves, which afterwards could have been
removed only with difficulty." (Small Theological Works... ,
op. cit., p. 221)
MartIn Lamm connaissait ces déclarations, mais estimait cepen­
dant nécessaire de "réduire une fois pour toutes à leur juste
valeur les tentatives certainement bien intentionnées mais
dénuées de toute valeur historique ou psychologique faites
si souvent par les commentateurs orthodoxes de Swedenborg
pour libérer celui-ci de tous rapports avec d'autres auteurs
mystiques et de toute inspiration venant de cette source. Au
cours de sa période théosophique, il paraTt à vrai dire avoir
par principe évité toute lecture théosophique, mais c'était
sans aucun doute pour ne pas troubler le cours de ses propres
méditations. (... ) Il n'est jamais allé aussi loin que ses apolo­
gistes dans la dénégation de tous rapports avec le mysticisme,
et l'eUt-il fait qu'il n'aurait pas été cru. Il y a un redoutable
anachronisme à prétendre qu'un esprit aussi cultivé que celui
de Swedenborg ait pu rester étranger aux conceptions mys­
tiques, à une époque où le mysticisme occupait une place
si prépondérante dans la religion et dans la science." (Sweden­
borg, Paris, Stock, 1936, pp. 52-53) --­

29) Vraie~lIgion Chrétienne, N° 508 (3). Pour bien comprendre


la perspective de Swedenborg sur ce point, nous croyons devoir
mettre cette formule en parallèle avec une précision donnée
sur ses Ecrits dans une lettre au comte Bonde (dèjà citée,
note 25): "(•• ) the things written in them cannot be coTTi­
prehended wlthout illumination, because they do not belong
to the external understanding, but ta the interna!."

30) Vraie Religion Chrétienne, N° 20.

31) Ibid., N° 134i cf. également N° 502. "Swedenborg's God is


the God of a scientist. He is the essence not only of love,
b4t of wisdom, which is, or includes arder." (Signe Toksvig,
(9-10) - 168 -

Emanuel Swedenborg Scientist and Mystic, London. Faber and


Faber. 1948. p. 5)

32) De Justificatione, in Small Theological Works.... op. cit ••


p. 44.

33) Ibid., p. 46.

34) Certes. le Symbole d'Athanase affirme qu'il n'y a ni trois


Dieux ni trois Seigneurs. mais un seul Dieu et un seul Seigneur.
mais cela contredit les affirmations sur la trinité des Per­
sonnes: "Chacun peut se rendre compte que l'idée de trois
Personnes Divines de toute éternité, qui est la même que
l'idée de trois Dieux. ne peut être effacée par la confession
orale d'un seul Dieu." Cette contradiction risque plutôt de
conduire à l'athéisme. ajoute Swedenborg (Vraie Religion Chré­
tienne, N° 173). "Athanasius et eruditi post eum cogitarunt
conjugere tria Divina in unum, per haec, quod essentia sit
una, quod unitas sit in trinitate. et trinitas in unitate. Sed
quis ex haec subtilitate, quae nec comprehendi potest. quod
inde unus Deus, cogitat? An quisquam? Sed cogitat quod tres
Personae sint. et quisque Deus, et hoc occupat cogi tationem
in templum, ut non videat unum Deum sed tres Deos. Ita
contra ipsam religionem Christianam quod unus Deus sit." (De
Athanasii Symbolo. N° 220) ­

35) La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste, N° 290; cf.


aussi N° 297. La Trinité est une Trinité en Dieu. Trinité de
facultés et non Trinité de personnes; il y a en Dieu "trois
caractères, trois fonctions ou manières d'agir, trois modes
ou genres d'activité d'un seul Dieu, trois distinctions d'offices
ou de relations avec les hommes." (Messager, 1:2 [juin 1917J,
p. 3)

36) Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, N° 65.

37) Arcanes Célestes. N° 1900. "Un grand nombre d'anges qui


ont apparu avant l'avènement du Seigneur dans le monde,
étaient le Seigneur Lui-Même dans une forme humaine." (i~id.,
N° 9315) A plus forte raison. lorsque le genre humain s est
entièrement éloigné du Divin, le Divin Même ne peut parvenir
jusqu'à l'homme sans le Divin Humain (ibid., N° 10.152).

38) Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, N° 3.


"Lorsque dans le Seigneur l'Humain fut devenu Divin et que
le Divin fut devenu Humain, l'influx de l'Infini ou du Divin
Suprême, qui autrement n'aurait jamais pu exister, se fit chez
l'homme; par là aussi furent dissipées les abominables persua­
sions du faux et les abominables cupidités du mal, dont était
rempli le monde des esprits, qui continuellement se remplissait
des âmes venant du monde; et les esprits qui étaient dans
ces persuasions et dans ces cupidités furent précipités dans
l'enfer et par conséquent séparés. Si cette séparation n'avait
pas été faite, le genre humain aurai t péri, car il est gouverné
par le Seigneur au moyen des esprits; et ces persuasions et
ces cupidi tés ne pouvaient pas être dissipées autrement; en
(J 0-12) - 169 ­

effet, il n'existait aucune opération du Divin dans les choses


rationnelles de l'homme, car celles-ci sont très éloignées du
Divin Suprême. C'est là un arcane profond." (Arcanes Célestes,
N° 2034)

39) "Le Seigneur s'est successivement dépouillé de l'Humain reçu


d'une mère, et il a revêtu "Humain procédant du Divin en
Lui, lequel est le Divin Humain et le fils de Dieu." (Doctrine
de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, N° 35) Le Seigneur
avait l'Essence Divine (du Père) et la nature humaine (de la
mère). Comme il n'est pas possible de transformer la nature
humaine en Essence Divine, le Seigneur s'est dépouillé de
j'Humain reçu de la mère (matériel) pour revêtir l'Humain
reçu du Père (substantiel); "ce qui fait que l'Humain aussi
est devenu Dieu" (ibid.).

40) Ibid., W 17.

41) Sagesse angélique sur la Divine Providence. N° 327.

42) Ibid., N° 129. Les numéros suivants développent ces points.


S'il se faisait des miracles, "l'homme serait par eux forcé
de croire" (N° 130). "(... ) la foi introduite par les miracles
est non pas une foi, mais une persuasion, car il n'y a aucun
rationnel en elle, ni à plus forte raison aucun spirituel; c'est
seulement un externe sans interne; il en est de même de tout
ce que l'homme fait d'après cette foi persuasive, soit qu'il
reconnaisse Dieu, soit qu'il Lui rende un culte dans sa maison
ou dans des temples, soit qu'il fasse du bien. Quand le miracle
seul porte l'homme à la reconnaissance, au culte et à la piété,
J'homme agit d'après l'homme naturel et non d'après l'homme
spi ri tuel." (N° 131)
"tAiracula Divina, quae hodie existunt, non sunt manifesta,
sed occulta; in quorum contingentium serie, talia piura sun t,
quae quia non apparent ut miracula, adscribuntur vel fortunae,
vel prudentiae, vel naturae, praeter apud illos, qui Providentiam
Divinam in singularibus agnoscunt; occulta sunt, ob causam,
quae dicta, ne mentes, quae interius a Domino preparant ur
ad recipiendum bonum et verum, intempestive afficiant; sed
ut in Iibera sint, hoc est, ex affectione interiore recipiant
fidem, inde est, quod Dominus dixit ad Thomam, 'Quia vidisti
Me, Thoma, credidisti; beati qui non vident, et credunt.' (joh.
XX;29)" (De Miraculis, N° 18)

43) Arcanes Célestes, N° 2987.

44) 1Q~ N° 2999. "(... ) toutes les formes naturelles, tant celles
qui sont animées que celles qui sont inanimées, sont représenta­
tives des spirituels et des célestes du Royaume du Seigneur,
c'est-à-dire que dans la nature toutes et chacune des choses
représentent en tant qu'elles correspondent et selon la quali té
de la correspondance." (N° 3002) "Tout langage des esprits
et des anges se fait aussi par des représentatifs." (N° 3342)

45) Ciel et Enfer, W 110.


(12) - 170 ­

46) Ibid., N° 87.

47) Arcanes Célestes, N° 3472.

48) Ibid., N° 3482. La Parole, spirituelle et céleste intérieurement,


a été écrite au moyen de pures correspondances; "et ce qui
a été écrit par de pures correspondances a été écrit dans
le sens dernier, d'un style tel que celui des Prophètes et des
Evangélistes qui, malgré son apparence vulgaire, renferme
en soi la Sagesse Divine et toute Sagesse Angélique." (Doc­
trine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte, N° 8)

49) Dans l'Apocalypse Expliquée, Swedenborg parle de quatre sens


successifs: "Comme la Vérité Divine, qui est la Parole envoyée
dans le monde par le Seigneur, a traversé les trois cieux,
elle a en conséquence été adaptée à la compréhension des
anges de chaque ciel, et enfin aussi à celle des hommes dans
le monde. Il en résulte que dans la Parole il y a quatre sens,
l'un hors de l'autre à partir du ciel suprême jusqu'au monde,
ou l'un au-dedans de l'autre à partir du monde jusqu'au ciel
suprême. Ces quatre sens sont nommés sens céleste, sens spiri­
tuel, sens naturel d'après le céleste et le spirituel, et sens
purement naturel. Celui-ci est pour le monde; celui qui le
précède dans le dernier ciel, le sens spirituel pour le second
ciel, et le sens céleste pour le troisième." (N° 1066)
On le sait, l'idée d'un sens spirituel au-delà du sens littéral
est bien antérieure à Swedenborg; dans son Traité des Prin­
cipes, Origène ne parlait-il pas déjà de "la splendeur cachée
des doctrines qui est déposée dans une lettre vile et mépri­
sable"? (texte grec, IV, l, 7, trad. Crouzel et Simonetti)
Origène voyait dans les Ecritures un triple sens (analogique­
ment, le corps, l'âme et l'esprit; cf. ibid., IV, 2, 4). Mais
il faut se garder d'exagérer les similitudes entre Origène (ou
d'autres commentateurs) et Swedenborg. Ce dernier propose
une explication beaucoup plus systématique que ses devanciers.
Pour éviter des malentendus, il convient aussi de ne pas oublier
la très pertinente mise en garde d'Henry Corbin contre la
confusion entre allégorie et sens spirituel: "(... ) toute interpréta­
tion allégorique est inoffensive; l'allégorie est un revêtement,
ou plutôt un travestissement de quelque chose qui est d'ores
et déjà connu ou connaissable par ailleurs, tandis que l'appari­
tion d'une Image ayant vertu de symbole est un phénomène­
premier (Urphaenomen), inconditionnel et irréductible, l'appari­
tion de quelque chose qui ne peut se manifester autrement
au monde où nous sommes." (H. Corbin, Face de Dieu, face
de l'homme. Herméneutique et soufisme, Paris, Flammarion,
1983, p. 25; cf. également pp. 65-66)

50) Cf. Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte,


N° 62-69. Précisons bien qu'une connaissance purement
"technique" des correspondances ne suffit pas, d'après Sweden­
borg: "(... ) on ne pénètre pas par les correspondances dans
le sens spirituel de la Parole, si on n'est pas auparavant dans
les vrais réels d'après la doctrine." (ibid., N° 56) L'homme
peut "par la connaissance de quelques correspondances en per­
vertir le sens et l'appliquer à confirmer même le faux, ce
(12-13) - 171 -

qui serait faire violence au Divin Vrai, et au Ciel; c'est pour-


quoi, si quelqu'un veut ouvrir ce sens par lui-même et non
par le Seigneur, le Ciel se ferme, et dès qu'il est fermé, ou
l'homme ne voit rien de vrai, ou il tombe dans des extrava-
gances spirituelles." (ibid., N° 26) "Le sens réel de la Parole
n'est saisi que par ceux qui ont été éclairés par le Seigneur;
et seuls sont éclairés ceux qui sont dans l'amour et dans la
foi envers le Seigneur; car leur nature intérieure est élevée
par le Seigneur jusque dans la lumière du ciel." (La Nouvelle
Jérusalem et sa Doctrine Céleste, N° 253)

5 I) Dans la Parole "est cachée toute la sagesse angélique, qui


est ineffable, elle en est le contenant" (Doctrine de la Nou-
velle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte, N° 75). "Le Divin, qui
s'y trouve intimement et qui est enveloppé de choses adaptées
aux perceptions des anges et des hommes, néanmoins brille
comme la lumière â travers des cristaux, mais avec variété,
selon l'état du mental que l'homme s'est formé, soit d'après
Dieu, soit d'après lui-même; devant quiconque a formé d'après
Dieu l'état de son mental, l'Ecriture Sainte est comme un
miroir dans lequel il voit Dieu; mais chacun le voit â sa
manière. Les vérités qu'on apprend par la Parole et dont on
s'est imbu en y conformant sa vie, composent ce miroir.
L'Ecriture Sainte est la plénitude de Dieu." (Vraie Religion
Chrétienne, N° 6)

52) Du Cheval Blanc dont il est parlé dans l'Apocalypse et de


la Parole et de son sens spirituel, N° 16. Swedenborg ajoute:
"Le Livre de Job est un Livre Ancien, dans lequel il y a,
il est vrai, un sens interne, mais ce sens n'est pas en série."
"Dans les Evangiles sont les paroles du Seigneur Lui-Même,
qui toutes renferment un sens spirituel, par lequel il y a une
communication immédiate avec le Ciel; mais dans les écrits
de Apôtres, il n'y a pas un tel sens; néanmoins, ces écrits
sont des livres utiles à l'Eglise." (Apocalvpse Expliquée,
N° 815) Les écrits apostoliques ne procurent qu'une communi-
cation médiate avec les cieux (A. Acton [ed.!, The Letters...
(1748-1772), op. ciL, p. 613).

53) La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste, N° 36. "L'in-


terne et l'externe dont il vient d'être question, sont l'interne
et l'externe de l'esprit de l'homme. Son corps est seulement
un externe surajouté, au-dedans duquel existent cet interne
et cet externe; car le corps ne fait rien de lui-même, mais
il agit d'après l'esprit qui est en lui. Il faut qu'on sache que
l'esprit de j'homme, après qu'il a été dépouillé du corps, pense
et veut, parle et agit comme auparavant; penser et vouloir
est son interne, et parler et agir son externe." libid., N° 46)

54) Ibid., N° 39. "Dans la Parole, l'homme spirituel est appelé


vivant et "homme naturel mort." (ibid., N° 38)

55) Vraie Religion Chrétienne, N° 607.

56) Ciel et Enfer, W 453.


( 13-15) - 172 ­

57) Cf. Vraie Religion Chrétienne. N° 798. C'est par ce substantiel


que l'homme est homme: "Le corporel qui a été ajouté à
l'esprit. en raison des fonctions qu'il a à remplir dans le monde
naturel et matériel. n'est pas l'homme. il est seulement l'instru­
ment de son esprit." (Ciel et Enfer. N° 435) Le substantiel
est totalement différent du matériel (Vraie Religion Chrétienne.
W 79).

58) La Nouvelle Jérusalem et sa Doctrine Céleste. N° 225.

59) Ibid•• N° 226.

60) Sagesse angélique sur le Divin Amour et sur la Divine Sagesse,


N° 140. Swedenborg précise: "II faut qu'on sache que autre
est le Monde des esprits et autre le monde spirituel; le Monde
des esprits est celui dont il vient d'être parlé; mais le monde
spirituel comprend dans le complexe ce Monde des esprits,
le Ciel et l'Enfer." (ibid.)

61) Ciel et Enfer. N° 426.

62) Ibid.• N° 510. Au départ, en effet, tant qu'ils sont dans les
apparences externes, les esprits se trouvent ensemble. bon
et mauvais. comme ils ont été dans le monde.

63) Ciel et Enfer. N° 311.

64) Ibid., N° 315. "Le genre humain est la pépinière du Ciel."


(Du Jugement dernier et de la Babylonie détruite, N° 10)

65) Ciel et Enfer. N° 574.

66) Sagesse angélique sur la Divine Providence, N° 338.

67) Ciel et Enfer. N° 405. Il faut préciser enfin que l'existence


dans l'au-delà n'a rien d'oisif (ibid., N° 403). "Des esprits (... )
disaient qu'ils avaient cru. dans le monde. que la joie céleste
et la vie active dans le ciel consistaient seulement à louer
et à célébrer Dieu. Il leur fut répondu qu'il n'en est pas ainsi,
que Dieu n'a besoin ni de louanges ni de célébrations. mais
qu'II veut qu'on fasse des usages. qui sont des biens. appelés
biens de la charité." (ibid., N° 404)

68) De Conjugio li. in Small Theological Works.... op. cit., p. 110.


Pour plus de détails sur ce point. cf. Amour conjugal.
N° 65-67.

69) Ibid.. N° 59.

70) "L'homme intelligent peut reconnaître que toutes choses dans


,'univers se réfèrent au bien et au vrai (... ). Pour la même
raison il peut reconnaître que, dans chaque chose, le bien
est conjoint au vrai, et le vrai au bien. Il en est ainsi parce
que l'un et l'autre procèdent du Seigneur et procèdent de
Lui comme un. Les deux choses qui procèdent du Seigneur
sont l'Amour et la Sagesse. parce que ces deux sont le
(15) - 173 ­

Seigneur, et ainsi viennent de Lui. Ces deux sont dans les


choses créées, parce que toutes les choses qui appartiennent
à l'amour sont appelées biens et toutes celles qui appartiennent
à la sagesse sont appelées vrais, et que du Seigneur comme
Créateur procèdent l'Amour et la Sagesse. Cela peut être
illustré par la chaleur et la lumière qui procèdent du soleil;
leur présence et leur conjonction déterminent la germination
sur la terre. Or, la chaleur naturelle correspond à la chaleur
spiritueJJe, qui est l'Amour, et la lumière natureJJe correspond
à la lumière spirituelle, qui est la Sagesse." (ibid., N° 60;
pour plus d'explications sur ce point, cf. N° 83-102)

7 I) Ibid., N° 68. "II Y a une sphère conjugale qui influe du Seigneur


par le Ciel dans toutes et dans chacune des choses de l'univers
jusqu'à ses derniers. (... ) Il Y a plusieurs sphères qui procèdent
de Lui, par exemple la sphère de conservation de l'univers
créé, la sphère de protection du bien et du vrai contre le
mal et le faux, la sphère de réformation et de régénération,
la sphère d'innocence et de paix, la sphère de miséricorde
et de grâce, outre plusieurs autres. Mais la sphère universelle
est la sphère conjugale, parce qu'elle est aussi la sphère de
propagation, par conséquent la sphère suréminente de conserva­
tion de l'univers créé, par les générations successives. 1••• )
cette sphère conjugale remplit j'univers et le parcourt depuis
les premiers jusqu'aux derniers, parce qu'il y a des mariages
dans les Cieux, et les plus parfaits sont dans le troisième
Ciel ou Ciel suprême; et que sur la terre, les mariages sont
non seulement chez les hommes, mais chez tous les sujets
du règne animal (... ). De plus, il y en a dans tous les sujets
du règne végétal." (ibid., N° 222)

72) Ibid. , W 70-72.

73) Ibid., W 336-337.

74) Ibid., N° 333-334 et 338.

75) Ibid., N° 339 et 345-347. C'est par permission divine que les
Israélites ont été autorisés à avoir plusieurs épouses et que
les musulmans le sont aujourd'hui, ajoute Swedenborg; "sans
cette permission, les Orientaux se seraient livrés avec encore
plus d'ardeur que les Européens à de honteux adultères et
auraient péri"; mais ils ne peuvent recevoir l'amour vraiment
conjugal, ni accéder au ciel chrétien, tant qu'ils ne recon­
naissent pas J ésus-Christ comme Dieu et qu'ils ne deviennent
pas monogames (ibid., N° 340-344 et 352). La polygamie n'est
pas un péché pour ceux qui vivent polygames d'après la religion
ou sont dans l'ignorance au sujet du Seigneur: ils pourront
quand même être sauvés (ibid., N° 348-351).

76) Ibid., N° 94-98.

77) Ibid., W 156.

78) Ibid., W 155.


(15-16) - 174 ­

79) Ibid., W 143-144.

80) Ibid., W 146.

8I) Ibid., W 32.

82) Ibid., N° 37.

83) Ibid., N° 40.

84) Sur l'état des époux après leur mort: ibid., N° 45-54. Après
la mort, les conjoints qui sont dans l'amour vraiment conjugal
"ne- peuvent être séparés, puisque l'esprit du défunt cohabite
sans cesse avec l'esprit de celui qui a survécu, et cela jusqu'à
la mort du survivant. Quand ils se rejoignent de nouveau et
se réunissent, ils s'aiment plus tendrement qu'auparavant, parce
qu'ils sont dans le monde spirituel." (ibid., N° 321) Précisons
également que la procréation dans les Cieux n'est pas une
procréation d'enfants, mais une procréation de bien et de vrai
(Ciel et Enfer, W 382 bis).

85) Amour conjugal, N° 157-158.

86) Ciel et Enfer, N° 367. Les époux deviennent de plus en plus


un seul homme selon l'accroissement de l'amour conjugal: "et
comme cet amour dans les Cieux est l'amour réel procédant
de la vie céleste et spirituelle des anges, deux époux y sont
appelés deux quand ils sont mari et femme, mais un quand
ils sont nommés anges." (Amour conjugal, N° 177) Cette
volonté de devenir un seul homme est même un critère de
l'amour vraiment conjugal: "Ceux qui sont dans l'amour vrai­
ment conjugal veulent continuellement être un seul homme;
mais ceux qui ne sont pas dans l'amour conjugal veulent être
deux." (ibid., W 215)

87) Ibid., N° 230.

88) Scortator, débauché, putassier. Scortatorius, de débauché.


Scortatus, débauche, libertinage (Henri Goelzer, Dictionnaire
latin-français, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 528).

89) Amour conjugal, N° 435.

90) Ibid., W 429.

9 Il Ibid., W 436-438.

92) Apocalypse Révélée, N° 24.

93) Ibid., N° 820. Le Seigneur viendra "non pas en personne, mais


dans la Parole, dans laquelle Il se montrera à tous ceux qui
seront de Sa Nouvelle Eglise"; tel est Son Avènement dans
les nuées du Ciel (ibid., N° 944).

94) Vraie Religion Chrétienne, N° 776. "( ... ) Il se révélera dans


la Parole, comme étant Lui-Même le Père d'éternité, le
.,

( 16) - 175 ­

Seigneur du ciel et de la terre, et que Lui Seul sera adoré


par tous ceux qui seront de la Nouvelle Eglise (... J." (Apoca­
lypse Expliquée, N° 870) Depuis Son Ascension, le Seigneur
est dans Son Humain glorifié, et Il ne peut p<lraître ainsi qu'à
ceux dont les yeux spirituels ont été ouverts: "II est donc
vain de croire que le Seigneur apparaîtra dans une nuée du
ciel en personne (... J." (Vraie Religion Chrétienne, N° 777)

95) Apocalypse Révélée, N" 626.

96) Dans le tome 1 de La Postérité spirituelle de Joachim de


Flore (Paris, Lethielleux, 1979), Henri de Lubac remarque que
I8théologie de j'histoire de Swedenborg "a quelque chose
d'ambigu. D'une part, plus que ne faisait Joachim, il insiste
sur les infidélités successives, en raison desquelles chacune
des Eglises prend fin par un jugement, et c'est ce qui le porte
à parler d'Eglises plutôt que d'âges ou d'états successifs; mais
d'autre part, non moins que Joachim, il montre d'un âge à
l'autre, ou d'une Eglise à l'autre un progrès ascensionnel,
jusqu'â l'avènement de la Jérusalem nouvelle, qui va être éta­
blie sur terre par ,'ouverture du sens réel, jusqu'alors caché,
des Ecritures." (p. 261) Bien qu'exposée un peu schématique­
ment, la remarque ne manque pas de pertinence. En effet,
en plusieurs endroits, Swedenborg affirme que "l'homme s'est
éloigné du Ciel", que les Très Anciens et les Anciens étaient
beaucoup plus élevés spirituellement que les hommes d'au­
jourd'hui (Ciel et Enfer, N° 87; cf. aussi La Nouvelle Jérusalem
et sa Doctrine Céleste, N° 4, et de nombreux autres passages
à travers l'oeuvre de Swedenborg); ces éléments concordent
pour donner l'impression que les Ecrits de Swedenborg offrent
une vision involutive de l'histoire. On trouve pourtant des
passages qui semblent contredire les notations précédentes:
avant l'Avènement du Seigneur, les hommes étaient naturels
(Vraie Religion Chrétienne, N° 501); la science des correspon­
dances (qui permet d'accéder au sens spirituel de la ParoleJ
n'a pas été donnée aux chrétiens primitifs parce qu'ils étaient
"d'une trop grande simplicité" - ils ne l'auraient pas comprise
(Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte,
N" 24); etc.

97J Couronnement ou Appendice à la Vraie Religion Chrétienne,


N° 2-4. Le nombre d'Eglises successives indiqué par Swedenborg
varie: dans Je traité Du Jugement dernier et de la Babylonie
détruite (N° 46), il parle de trois Eglises: deux avant l'Avène­
ment du Seigneur (l'une avant le Déluge, j'autre après), puis
l'Eglise Chrétienne. La Sagesse angélique sur la Divine Provi­
dence (N° 328) mentionne la Très Ancienne Eglise, puis l'An­
cienne Eglise, qui "a été notablement changée par Eber, de
qui l'Eglise Hébra'fque tire son origine (... 1. De l'Eglise
Hébra'fque est née l'Eglise Israélite et Juive (... )". Dans les
Arcanes Célestes, Swedenborg quali fie l'Eglise Hébra'fque de
"seconde Eglise Ancienne"; il semble s'agir d'une transition
entre l'Eglise Ancienne et J'Eglise Israélite. La première Eglise
Ancienne ayant dégénéré, le Seigneur aurai t prévenu la destruc­
tion de la totalité de cette Eglise grâce à une restauration
partielle effectuée par Eber (Arcanes Célestes, N° 1241 J.
(16-18) - 176 ­

D'autre part, l'Eglise Israélite inaugurée par Jacob est qualifiée


de "troisième Eglise Ancienne" (ibid.• N° 1327). Sachant enfin
que l'Eglise formée des descendants de Jacob n'était pas vrai­
ment une Eglise. mais plutôt un représentatif d'Eglise (ibid••
N° 4706). on voit que les trois versions de la succession des
Eglises ne sont pas forcément inconciliables; il est possible
de les harmoniser.

98) Couronnement... , N° 5.

99) Ibid.. N° 23.

100) Du Jugement dernier... , N° 33-34. La "consommation du siècle"


est donc tout simplement le dernier temps d'une Eglise (Vraie
Religion Chrétienne. N° 755).

lOI) Du Jugement dernier.... W 29.

102) Couronnement.... N° 18-20. Swedenborg écrit bien "les terres":


il existe dans l'univers une pluralité de mondes habités. le
genre humain ne provient pas seulement de cette terre. mais
de terres innombrables (Des Terres dans "Univers, N° 2).

103) Du Jugement dernier... , W 1.

104) Ibid.• N° 45.

105) Ibid.• W 69. C'est cela que signifient le premier Ciel et la


première Terre qui avaient passé. mentionnés dans Apocalypse
21: 1 (Continuation sur le Jugement dernier. N° 9).

106) Ibid.• N° Il. Par ce Jugement dernier. ceux qui étaient inté­
rieurement bons ont été élevés au Ciel, ceux qui étaient
intérieurement mauvais précipités dans l'Enfer, et il ne leur
est plus permis de se consocier entre les deux (Du Jugement
dernier.... W 64).

107) Continuation sur le_Jugement dernier, N° 12.

108) Exposition sommaire de la Doctrine de la Nouvelle Eglise,


N° 99-100.

109) Vraie Religion Chrétienne, W 779.

110) Ibid.• N° 787. Précision utile: cette instauration d'une Nouvelle


Eglise n'entraînera aucun changement dans les affaires de
ce monde; il y aura des changements dans l'état de l'Eglise,
mais seulement quant à j'interne (plus de liberté de pensée
sur les choses de la foi); et ce changement ne sera pas perçu
par l'homme durant cette vie (Du Jugement dernier.... N° 73).

Ill) Doctrine de Vie Rour la Nouvelle Jérusalem, N° 1-2.

112) Amour conjugal, N° 82; Exposition sommaire... , N° 43.

113) [bid., N° 103; "et si elles sont ensemble, il se fait une telle
(18-19) - 177 ­

collision et un tel conflit que tout ce qui appartient à l'Eglise


chez l'homme est détruit." (ibid., N° 102)

114) En 1744; il logeait alors chez un artisan morave nommé


Brockmer. Il sem ble que les moraves londoniens espérèrent
que Swedenborg rejoindrait leur mouvement (Sigstedt, op. cit.,
p. 190). Nous trouvons dans le Livre des Rêves un curieux
passage, daté de mai 1744, au sujet des moraves: "Par diverses
volontés, je fus amené à l'église qui est aux frères moraves,
ceux qui disent être les véridiques luthériens et sentir l'action
de l'EsPTit Saint, ainsi qu'ils se le disent les uns aux autres
(... ) mais il ne doit sans doute pas encore m'être permis de
me lier de fraternité avec eux; leur église me fut représentée
il y a trois mois, telle que je la vis ensuite, et tous ceux
qui s'y trouvaient étaient vêtus comme des prêtres." (op. cît.,
p. 119)

115) De Domino, in Small Theological Work~ op. cit., p. 2.

116) A. Acton (ed.). The Letters... (1748-1772), op. cit. p. 599.

117) "(... ) the time is not yet come when the essentials of the
New Church can be received. The clergy at the Universities
which has confirmed itself in its dogmas have difficulty in
being convinced (... ). Moreover, the New Heaven of Christians
from which the New Jerusalem will descend from the Lord
(Rev. 21:1,2) is not yet fully completed." (ibid., p. 622) "Gra­
ually, as that heaven is formed, so the New Church commen­
ces and increases. The universities in Christendom are now
first being instructed, and from them come new priests; for
the new Heaven has no influence with the old, which keeps
itself rao learned in justification by faith alone." (lettre à
Beyer, février 1767, ibid., p. 631)

118) Amour conjugal, N° 533.

119) Lettre à Beyer, 30 avril 177 1: "I am sure that when this book
has come out, the Lord our Saviour will so operate both
directly and indirectly, that a New Church founded on this
Theology will be established in the whole of Christendom.
The new heaven from which the New Jerusalem will descend,
is now almost completed, Apoc. 21: 1,2,3." (A. Acton [ed.J,
The Letters... (j 748-1 772), op. cit., p. 735)

120) Pour rèsumer l'histoire de la Nouvelle Eglise en Grande­


Bretagne et aux Stats-Unis, nous avons particulièrement eu
recours à deux ouvrages fondamentaux: Robert Hindmarsh,
Rise and Progress of the New Jerusalem Church in England,
America, and Other Parts (ed. by Edward Madeley), London,
1861; Marguerite Beek Block, The New Church in the New
World. A Study of Swedenborgianism in America, New York,
Henri HaIt, 1932.

121) Continuation sur le Jugement dernier, N° 40.

122) Dont les volum ineux Arcanes Célestes.


(J 9-2 I) - 178 ­

123) La Manchester Society fut établie "for printing, publishing


and circulating the works of Emanuel Swedenborg".

124) Décédé en 1797, ce clergyman de Philadelphie avait dU fuir


l'Amérique à cause de son loyalisme envers l'Angleterre.

125) Ces raisons sont exposées par Hindmarsh, op. cit., pp. 68-70.
On entendait s'en tenir au leitmotiv: "Yoici, je fais toutes
choses nouvelles" (Apocalypse 21: 5). L'Eglise chrétienne nais­
sante n'avait pas dérivé son autorité ministérielle de la
synagogue.

126) Cf. Actes 1:24.

127) Il avait inscrit sur l'un des billets, pour le tirage au sort,
le mot "Ordain"; ce fut lui qui le tira. Bien qu'il n'eUt pas
mentionné ce fait aux onze autres ordinants désignés, ces
derniers lui demandèrent unanimement de procéder à la cérémo­
nie. Il vit là une double confirmation. Plus tard, des assemblées
de la N.E. admirent que R. Hindmarsh possédait ainsi la qualité
sacerdotale, ayant été ordonné "by the Divine Auspices of
the Lord".

128) A Manchester, un bâtiment à l'usage du culte de ia N.E. fut


inauguré le II aoQt 1793. Le premier temple spécialement
construit pour la N.E. fut celui de Birmingham, consacré le
19 juin 1791.

129) M.B. Block, op. cit., p. 67. Beaucoup des premiers adeptes
de la N.E. étaient baptistes ou méthodistes (p. 64); ils se trou­
vaient obligés de quitter leurs sociétés religieuses, qui n'avaient
pas la tolérance de l'Eglise établie. Signalons aussi que R.
Hindmarsh avait pu lire pour la première fois des ouvrages
de Swedenborg grâce à un quaker qui les lui avait prêtés.

130) La XXllle résolution déconseille fortement la partICIpation


à la Cène dans la "vieille" Eglise, car cela équivaudrait à
une reconnaissance solennelle de ses enseignements (R. Hind­
marsh, op. cit., p. 103).

13I) Plusieurs passages de Swedenborg semblent bien l'indiquer:


voir par exemple: Couronnement ... , N° 17; Yraie Religion Chré­
tienne, N° 106. Dans le chapitre de La Nouvelle Jérusalem
et sa Doctrine Céleste sur "Le gouvernement ecclésiastique
et civil", Swedenborg explique qu'il y aura parmi les chefs
"un ordre de rang, de peur qu'aucun d'eux, par bon plaisir
ou par ignorance, ne permette des maux qui soient contraires
à l'ordre, et par conséquent ne le détruise. Ceci est évité
quand il y a des chefs supérieurs et des chefs inférieurs, et
qu'il existe entre eux une subordination." (N° 313)

132) Un Ami de la Nouvelle Eglise [Edmond Chevrier], Histoire


sommaire de la Nouvelle Eglise chrétienne fondée sur les
doctrines de Swedenborg, Paris - Londres - New York, 1879,
p. 29.
(21-22) - 179 -

133) On lira "histoire de cette vénérable institution dans Freda


G. Griffith, The Swedenborg Society (1810-1960), London,
Swedenborg Society, 1960.

134) Year Book for 1982-83 of the General Conference of the New
Church, London, General Conference of the New Church, 1983,
p:--:r:l. Au début du siècle, la Conference comptait encore
7.000 adhérents.

135) M.B. Block, op. cit., p. 173.

136) Cela est indiqué dans l'utile petit manuel polycopié (à usage
scolaire) du Rév. Ormond Odhner, Church History, Bryn Athyn,
Academy Book Room, 1964, p. 134.

137) Tous les sympathisants de ces positions ne quittèrent pas la


Convention; ce schisme fut bien sOr le résultat d'une série
de problèmes, et on ne peut retracer ici les controverses
passionnées et les péripéties complexes qui y menèrent.

138) Il distinguait entre une Eglise externe (General Church) et


une Eglise interne (Church of the Academy). "Worship services
were conducted for each church, at least in Philadelphia, but
since everyone wanted to be 'internai', but no one 'external',
the worship of the General Church was without a congrega-
tion." (Ormond Odhner, op. cJt., p. 139)

139) Ils se retirèrent tous de la General Church of the Advent


of the Lord et de la Church of the Academy, qui cessèrent
ipso facto d'exister.

140) Bishop William Frederic Pendleton, The Principles of the Aca-


derny, Bryn Athyn, Academy Book Room, 1958, p. 5.

141) Cela facilite l'application de l'un des principes de la General


Church, selon lequel il est désirable que les membres~
N.E. aient une vie sociale distincte, afin qu'ils ne soient pas
soumis à des influences pernicieuses durant leurs activités
récréatives. "The deepest and truest friendships are possible
among those who are in a common love of the truths of the
church and who delight in its uses." (The General Church of
the New Jerusalem. A Handbook of General Information, Bryn
Athyn, 1975, p. 31) Mais cela pose aussi quelques problèmes:
"If current trends continue, 70% of the General Church
membership could be reslding in Bryn Athyn by 1990." (New
Church Life, nov. 1982, p. 509)

142) Le Suédois Auguste Nordenskjold utilisa cette expression en


1790 déjà (Theodore Pi tcairn, The Beginning and Development
of Doctrine in the New Church, Bryn Athyn, The Lord's New
Church, 1968, p. 1l.

143) Renseignement communiqué par le pasteur Olle Hjern (Stock-


holm), dans une lettre à l'auteur, 17 juillet 1980. Nous remer-
cions le Rév. Hjern des informations qu'il nous a données sur
J'histoire de la Nova Hierosolyma.
-.....
(23-24) - 180 ­

144) Des extraits des cinq premiers volumes de ce mensuel ont


été publiés en traduction anglaise.

145) Rév. Ernst Pfeiffer, in De Hemelsche Leer (English translation),


first Fascicle (1930), p. 56.

146) Journal of the General Convention (annuel), W 160 (1982),


p. 90.

147) New Church Li fe, déc. 1982, p. 569.

148) Karl-Erik Sjôden a consacré un travail riche en informations


(mais pour le moment encore inédit) à "Swedenborg en France"
(1981).

149) Cf. Auguste Viatte, Les Sources occultes du Romantisme,


t. 1,Paris, Champion, 1969 (réimpression de l'éd. 1927),
pp. 89-103; Joanny Bricaud, Les Illuminés d'Avignon. Etude
sur Dom Pernety et son groupe, Paris, Nourry, 1927. Les "Illu­
minés" tentêrent de prendre contact avec la Nouvelle Eglise
naissante, mais furent éconduits lorsqu'ils laissêrent entrevoir
leurs étranges doctrines.

150) Dans cette derniêre ville avait été fondée une "Société des
amis de la paix" qui se proposait de publier les ouvrages de
Swedenborg (R. Hindmarsh, op. cit., p. 115).

151) Ibid., p. 181.

152) Ibid., p. 321.

153) Réprobation exprimée par Chevrier dans son Histoire som­


maire... (op. cit.): certains, en suivant la direction approuvée
par Bernard (son inclination pour le magnétisme, etc.), "sont
arrivés à des aberrations qui ont beaucoup nui à la propagation
des doctrines de Swedenborg"; l'abbé Oegger fut "Ie pire de
tous" (p. 88); "avec sa prétention d'avoir des extases conti­
nuelles, il ne put plus agir, selon l'expression de Swedenborg,
ex libero secundum rationem, et finit ses jours dans une maison
de fous, pour avoir méconnu la recommandation de Swedenborg,
disant que celui qui recherchait les communications avec les
esprits, prenait un chemin qui conduit à l'hôpital des fous."
(p. 89) Le Boys des Guays invita pourtant encore Oegger
à la réunion novi-jérusalémite de Londres en 1851; il regrettait
visiblement que ses bizarreries ne permissent pas à celui qui
était sous d'autres aspects un homme de valeur, de contribuer
au développement de la Nouvelle Eglise en france. Sur Ber­
nard, cf. "Notice sur le capitaine Bernard", in Collection de
Mélanges concernant la Nouvelle Jérusalem, t. III (J .f.E. Le
Boys des Guays, 1er vol.), Saint-Amand, 1864, pp. 274-297;
sur 3ernard, Richer et Oegger, cf. Auguste Viatte, "Les sweden­
borgiens en france", in Revue de Littérature comparée, 1931
(Il e année), pp. 416-450.

154) Sans prononcer cependant le nom de Swedenborg.


(24-28) - 181 ­

155) Sur Ledru, cf. "Un Ami de la Nouvelle Eglise", Histoire


sommaire... , op. cit., pp. 102-104 et 197-198. Ledru avait
rejoint l'Eglise fondée il Clichy par l'abbé Auzou (un schisme
du mouvement de Chatel). Selon Chevrier, l'évêque de Chartres
aurait appris combien Ledru s'était éloigné des doctrines
romaines "absurdes" (il était de surplus un "curé patriote")
et lui aurait interdit le ministère; Ledru se procura alors la
profession de foi de l'Eglise française de Clichy, "dans laquelle
la partie dogmatique n'était point définie; ce qui lui permettait
de prêcher selon ses croyances nouvelles" (ibid., p. 103); il
établit le culte de cette Eglise le 1er janvier 1833, ma.is
déclara plus tard: "Nous n'eOmes d'autres ressources que de
nous jeter dans le désert de l'Eglise catholique française."

156) Cf. Auguste Harlé, "Notice sur Le Boys des Guays", in Collec­
tion de Mélanges concernant la Nouvelle Jérusalem, t. IV
(J.F.E. Le Boys des Guays, 2e voL), Saint-Amand, 1865,
pp. I-X.

157) Cf. "Du culte de la Nouvelle Jérusalem à Saint-Amand", in


Collection de Mélanges... , t. III, op. cit., pp. 269-273.

158) Cf. Edouard Brody de Lamotte, "Le culte de la Nouvelle J éru­


salem à Saint-Amand Montrond (1837-1937)", in XLVlIe vol.
des Mémoires de la Société des Antiquaires du Cher, pp.
133-173.

159) Y compris les ouvrages déjà traduits par Moët, dont il estimait
la version insuffisamment littérale.

160) Chiffres indiqués par E. Brody de Lamotte, art. cité, p. 168.

161) Cité in C. T. Odhner et William Whitehead, Annals of the New


Church (1851-1890) (ed. by the Rev. Morley D. Rich), s.1. [Bryn
Athyn], 1976, p. 146.

162) Ibid., pp. 163, 168 et 174.

163) Il avai t créé une association afin de soutenir cette oeuvre;


pour cette raison, durant plusieurs années, la dénomination
officielle du groupe travaillant il Paris sous les auspices de
la Convention fut "Mission Chauncey Giles de la Nouvelle
Eglise chrétienne".

164) Nous avons principalement utilisé ici un texte de Cornélius


Bécherel, "Esquisse historique de la Société de l'Eglise de
la Nouvelle Jérusalem il l'Ile Maurice de 1858 à 1918" (1918,
72 p., plusieurs photographies). Accompagné d'une transcription
dactylographiée, le manuscri t est conservé dans les archives
de la Nouvelle Eglise de Lausanne (l8/1-I:B).

Notes du chapi tre II

1) "On comptait en Pologne de nombreux adhérents aux doctrines


de la Nouvelle Eglise dés ,'année 1790 (... ). En même temps,
.......

(28-29) - 182 ­

beaucoup de personnes s'en occupaient en Hollande, en Suisse,


surtout à Genève et à Luzerne [sic! (..• )." (La Nouvelle Jérusa­
lem, vol. 4, N° 3, mai 1841, p. 88) Nous avons trouvé au
Département des manuscrits de la B.C.U. de Lausanne, dans
le recueil B 782 (pièce 6), un curieux manuscrit de 8 pages:
il s'agit d'un petit texte récité le 13 mai 1784 "occasio-!1e
promotionis in gradum magisterii" par (J ohanne Gysendoerffer,
sous le titre "Oratiuncula qua sententia de SwederrborgIi cum
daemonibus aut spiritibus familiaribus coriiercio exponitur".
Mais rien ne permet d'affirmer que cette courte allocution
fut prononcée à Lausanne. En consultant l'Album Studiosorum
Academiae Lausannensis (1537-1837) (t. Il [1602-1837), Lausanne,
Rouge, 1937), nous n'avons trouvé aucun Gysendoerffer en
1784, ni dans les années avoisinantes - sans que cela soit une
preuve, car le compilateur (Louis Junod) précise bien qu'il
n'existe aucune liste compléte des étudiants. Mais Il peut fort
bien y avoir eu des lecteurs de Swedenborg à Lausanne en
1784 déjà

2) Seule attestation de l'existence de ce personnage: une "List


of documents concerning Swedenborg and the New Church
collected by R.L. Tafel, from 1868 to 1870", publiée dans
l'Intellectual Repository, W CXCV, mars 1870, pp. 128-140;
le document N° 14 est ainsi décrit: "A let ter from a clergyman
in Lausanne,l, J.F., who had embraced the doctrines of the
New Church, 'dated Oct. 28, 1801." (p. 139) Les initiales ne
suffisent pas pour identifier cet ecclésiastique, car nous ne
savons s'il appartenait à l'Eglise nationale vaudoise ou s'il
séjournait simplement à Lausanne. Nous n'avons pas réussi
à retrouver le document lui-même. Dans une lettre qu'elle
nous a adressée le 25 mars 1981, Mme Madeline G. Waters,
secrétaire de la Swedenborg Society, nous a déclaré ne pas
être parvenue à découvrir où cette lettre est conservée actuel­
lement: peut-être en Suède?

3) R. Hindmarsh, op. cit., p. 322.

4) Ibid., pp. 14-15.

5) Ibid., p. 57.

6) Ibid., p. 104.

7) R.L. Tafel, Documents concerning the Life and Character


of Emanuel Swedenborg, Vol. Il, Part 11, London, Swedenborg
Society, 1877, p. 1190.

8) R. Hindmarsh, op. cit., p. 202.

9) R.L. Tafel, op. cit., p. 1190.

JO) The lntellectual Repository, déc. 1861, p. 578.

11) R. Hindmarsh, op. cit., p. 322.

(2) The Intellectual Repository, janvier-mars 1821, p. 330.


(29-30) - 183 -

13) Dans le tome 1 de son Histoire du Mouvement religieux et


ecclésiastigue dans le Canton de Vaud pendant la première
moitié du XIXe siècle (Lausanne, Bridel, 1870), J. Cart, évo-
quant la réserve du Vaudois dans l'expression du sentiment
religieux, note: "Cette recherche du demi-jour favorise égaIe-
ment une prédisposition mystigue qui s'allie parfaitement, chez
le Vaudois, à des dehors un peu lourds et à des appétits très
matériels. Ceci nous explique comment il s'est fait de que,
tous temps, (•.• ) il Y a eu chez nous un courant, un souffle,
si l'on veut, de mysticisme et d'illuminisme: une propension
à former, au moyen de quelques adeptes, de ces petites réu-
nions stigmatisées de notre temps d'un nom devenu fameux
dans nos débats religieux, des conventicules en un mot. Au
commencement de ce [XIXe) siècle, il existait de semblables
conventicules dont j'histoire complète et détaillée serait sans
doute aussi intéressante et instructive que difficile à écrire.
Nous ne pouvons que signaler la présence au milieu de nous
de ces petits centres de réunion, dont le caractère, tout privé,
laisse à j'imagination un champ trop libre pour qu'il soit aisé
d'y marcher d'un pas ferme, mais dont les mystères n'avaient
assurément rien dont une morale sévère eUt pu s'effaroucher."
(p. 75) Et de citer une petite congrégation "qui perpétuait
j'esprit et l'enseignement de la fameuse Mme Guyon", ainsi
qu'un petit noyau d'adeptes qui conservaient le souvenir du
pieux pasteur théosophe Dutoit-Membrini (J 721-1793). Mais
"ils se cachaient bien plus qu'ils ne se montraient." (p. 79)

14) C'est ce que nous indique le registre des permis d'établisse-


ment ou de séjour (Archives de la Ville de Lausanne, 320.19);
Tulk y est qualifié de "rentier".

15) Ce fait est indiqué par l'intellectuai Repository, déc. 1861,


p. 578. Parmi les bénéficiaires des dons de livres de Tulk,
une certaine Mme Hillyer, à Yverdon.

16) A. Viatte, "Les swedenborgiens en France de 1820 à 1830",


art. cité, p. 425.

17) A en croire Carl Theophilus Odhner (qui ajoute prudem ment


qu'aucune date exacte n'est connue), Annals of the New
Church (J 688-1850), Bryn Athyn, Academy of the New Church,
1904, p. 483. Si un décès en 1842 est certes plausible (Tulk
avait alors plus de 90 ans), nous n'avons trouvé aucune preuve
qu'il se soit produit à Lausanne. La dernière trace de Tulk
est une lettre qu'il adressa de Bruxelles à la Swedenborg
Society le 24 février 1842 (R.L. Tafel, op. cit., p. 1191).

18) La Nouvelle Jérusalem, vol. 2, N° 6, aoUt 1839, p. 175.

19) Il aurait bénéficié d'un certain soutien de la tendance libérale,


menée par Coquerel.

20) Nous avons résumé jusque là la carrière de Jaquier essentiel-


lement à partir de: Un Ami de la Nouvelle Eglise, Histoire
sommaire... , op. cit., pp. 193-194; deux articles publiés dans
l'Intellectual Repository, 1841, pp. 37-38 et 551-552.
"li"

(30) - 184 ­

21) N'oublions pas que les nombreuses démissions pastorales qui


devaient conduire à la création de l'Eglise libre du canton
de Vaud étaient récentes (voir à ce sujet la note 6 du cha­
pitre JII): le gouvernement vaudois avait lancé une campagne
de recrutement de pasteurs étrangers pour combler rapidement
les vides.

22) Lettre de jaquier à Druey, envoyée de Féchy le 3 mars 1846


(Département des manuscrits de la B.C.U. de Lausanne,
IS 3232 1). jaquier ajoutait: "( ... ) j'ose espérer qu'ils ont aussi
été satisfaits de moi; leurs manifestations m'autorisent à le
supposer. Monsieur Briatte membre du Conseil d'Etat vous
aura sans doute dit qu'on a fort bien compris à Vevey le ser­
mon que quelques membres de la commission m'ont dit être
trop profond. MeJsieurs les pasteurs du canton de Vaud sont
routiniers et tout ce qui sort un peu de leur genre ne leur
va pas; cela vient sans doute de ce qu'ils ne sont jamais pour
la plupart sortis de leur pays."

23) Renseignements fournis par les Archives de la Ville de Vevey


(21 avril 1981) et par Mlle Vérène-Françoise Kaeser, Départe­
ment des manuscrits de la S.C.U. de Lausanne (23 mars 1981).
Relevons ici une curieuse erreur: dans les milieux swedenbor­
giens, la légende veut que jaquier ait été forcé de quitter
la France pour s'exiler en Suisse à la suite du coup d'Etat
du 2 décembre 1851. Comme on vient de le voir, cette affirma­
tion est absolument fausse. Elle a sa source dans t'Histoire
sommaire... de Chevrier (pp. 75 [en note] et 194). Cela est
d'autant plus surprenant que Chevrier avait personnellement
fait la connaissance de jaquier en 1852; il est vrai que
l'Histoire sommaire... fut publiée vingt-sept ans plus tard,
mais comment expliquer une erreur pareille? En tentant d'éluci­
der cette énigme, nous avons trouvé une piste possible: peut­
être y eut-il confusion entre deux pasteurs homonymes. Un
1autre pasteur jaquier vivait en effet en France à la même
époque: François-Samuel-Philibert jaquier (né à Genève en
1788, décédé en 1872), qui exerçait son ministère à Clairac
\ (Lot-et-Garonne) depuis 1818 (Daniel Robert, Les Eglises réfor­
mées en France (1800-1830), Paris, P.U.F., 1961, p. 559); or,
cet homonyme de notre jean-Rodolphe-Henri jaquier figura
en effet au nombre des quelques pasteurs inquiétés après le
2 décembre 1851 (Histoire des Protestants en France, Toulouse,
Privat, 1977, p. 355).

24) /1 eut une carrière tout à fait "normale"; il devint président


de la Commission des écoles de Vevey en janvier 1847 et
exerça la fonction de maître de rel.igion au collège (renseigne­
ments communiqués par les Archives de la Ville de Vevey,
21 avril 1981). "En tant que pasteur du district de Vevey,
il était membre de droit de la Société évangélique de Vevey,
1 dont le but était d'évangéliser la France (Drôme, etc.), les
\cathoJLgues résidant au Pays de Vaud, et devéïiclf'e des~BîD[es;"
(lettre de Mlle Vérène-Françoise Kaeser [Département des
manuscrits de la S.C.U. de Lausanne] à l'auteur, 23 mars 1981)

25) Dès 1857, nous voyons son nom apparaître dans la liste des
(30-31) - 185 ­

adresses de la N.E. sur le continent européen publiée par le


New Jerusalem Magazine de Boston - qui continua d'ailleurs
à l'imprimer chaque année jusqu'en 1868, dix ans après sa
mort:

26) Cité par Chevrier, Histoire sommaire... , op. cit., p. 195.

27) Ibid., p. 196.

28) Ibid., p. 194.

29) Tel était également le désir des novi-jérusalémites français:


ainsi, le 31 janvier 1857, Le Boys des Guays écrivit à Jaquier
pour lui proposer de devenir pasteur de la N.E. à l'Ile Maurice.

30) Fait mentionné dans une lettre de Le Boys des Guays c'l A.E.
Ford (en séjour à Genève), 27 mai 1858 (ce document se trouve
à La Presle dans le Fonds Chevrier; une photocopie nous en)'
a été aimablement communiquée par M. André Boyer).

3 I) Sauf indications contraires dans les notes, la plupart des ren­


seignements à ce sujet nous ont été fournis par une correspon­
dance de Tafel publiée dans le New Jerusalem Magazine, déc.
1858, pp. 328-329. .

32) Un Ami de la Nouvelle Eglise, Histoire sommaire... , op. cit.,


p. 73. Ce fut d'ailleurs durant l'une de ces tournées qu'il mou­
rut, à Ragatz, le 29 aoQt 1863, à l'âge de 68 ans.

33) Elle était en correspondance avec Le Boys des Guays et encou­


ragea également les efforts de la N.E. à l'Ile Maurice (cf.
Echo de la Nouvelle Jérusalem [Port-Louis, Ile Maurice], vol.
IV, N° 37, avril 1865, p. 6). Ce fut grâce à la générosité de
Mlle de Struve, de sa soeur (Mme de Ma!).uel) et de quelques
autres personnes, que la N.E. put fonder ;}., Vienne une biblio­
thèque en 1868 (Messager, 13:3-4 [mars-avrlJ-f929], p. 85).

34) A la suite du décès du baron de Krudener; A. de Struve avai t


rempli jusqu'alors la fonction de premier secrétaire (Archives
fédérales [Berne], 2,880 [Russische Gesandschaft. PersonaJ];
en dehors d'une lettre que lui adressa le Conseil fédéral le
15 février 1858, nous n'avons trouvé aucune trace du person­
nage).

35) Arrivé à Chicago en 1835, "he secured a position as assistant


to the clerk of the courts of Cook County, and in time
[ became one of the most prominent builders of the new metro­
'- polis. He practicedIaw --ufïtir 1847, and then became identi fied
with large business interest. As president of the Chicago
Marine and Fire lnsurance Co. and of the Marine Bank, as
me"!~er of the ~tête legislature, as one of the organizers
of the Chicago Academy or Sciences, the Historical Society,
and the University of Chic;.ago, he helped to build not only
the material prosperitjr, -but also the cultural life of the city.
He was also a noted philanthropist. (... ) But at fifty-nine,
in the hightide of his prosperity, he \Vas ruined by the fires
-,
(31-33) - 186 ­

( of 1~71 and 1874 and the intervening panic, and died a poor
man. (M.B. Block, op. Clt., pp. 121-122)

36) New Jerusalem Magazine, déc. 1858, pp. 328-329.

37) Nous avons naturellement tenté d'identifier ce propriétaire,


mais n'avons abouti il aucune certitude. La propriété de cam­
pagne dite "il l'Empereur" se situe il Clarens, aux portes de
Montreux. Une lettre des Archives de la Ville de Vevey (datée
du 29 mai 1981) nous a fourni quelques informations (d'après
des renseignements communiqués par les Archives cantonales
vaudoises): appartenant au ministre Gabriel Dufour, la pr<r
priété passa par testament il ses trois filles: Fanny, Sophie
(mariée à l'avocat Samuel Secrétan) et Marie (mariée au Dr
Benjamin Buenzod); le procès-verbal d'estimation des bâtiments
de 1838 désigne donc la propriété comme appartenant aux
hoirs de G. Dufour. Après le décès de Fanny Dufour (25 février
1865), ses successeurs furent sa soeur Marie Buenzod et ses
neveux, les trois frères Secrétan, qui vendirent en 1868. Ce
qui signifie que, en 1858, il Y avait plusieurs propriétaires.
Il semble que cette propriété de Campagne-Empereur était
un lieu de villégiature apprécié de certains nobles d'Europe
orientale: outre ceux qui ont déjil été cités, nous connaissons
en effet le nom d'une autre personne qui vécut quelque temps
(probablement durant les années 1850) il Campagne-Empereur:
Mlle Julie de Toll, grande dame estonienne qui devait finir
ruinée. Nous avons trouvé tout il fait fortuitement l'attestation
de son séjour il "l'Empereur" dans les souvenirs manuscrits
de Charles Byse (cahier 4, p. [72 [il sera question de Byse
et de ses souvenirs dans le chapitre llIl), sans la moindre ass<r
ciation avec le swedenborgisme d'ailleurs (Gabrielle, soeur
aTnée de Byse, fut durant. de longues années dame de com­
pagnie de Mlle de Toll).

38) Nous tenons il remercier une fois encore ici M. André Boyer
(Paris): sans les précieuses photocopies (de lettres conservées
dans le Fonds Chevrier il La Presle) qu'il nous a transmises,
nous n'aurions jamais pu écrire ce chapitre sur Mme Matthey.

39) Lettre de Mme Matthey-Prévot il Le Boys des Guays, 23 juin


1852.

40) C'est du moins sous cette forme que le nom nous a été commu­
niqué par les Archives de l'Etat de Neuchâtel, d'après le
registre des décès de la commune de Corcelles-Cormondrèche
(lettre de M. J. Courvoisier il l'auteur, 24 novembre 1982).
L'intéressée elle-même signait Emilie Matthey-Prévôt.

41) Histoire sommaire... , op. cit., p. 215.

42) Et le paragraphe de "Histoire sommaire... cité il la note pré­


cédente. Chevrier y qualifiait Mme Mathé (sic) de "prosélyte
dévouée" de Le Boys des Guays. [1 raconte qu'elle déclara
un jour à un voyageur français (sans doute Chevrier lui-même),
en lui montrant sur un meuble de sa chambre toutes les
publications du vénéré traducteur français des oeuvres de
(33-34) - 187 ­

Swedenborg: "J e ne serai jam ais assez reconnaissante envers


lui pour le service qu'il m'a rendu en me donnant le moyen
de lire Swedenborg tout entier. Cette lecture me rend si
heureuse."

43) "Les circonstances dans lesquelles se trouve maintenant la


France sont peu propres au développement ostensible de la
Nouvelle Eglise. Cependant, pour qui sait voir au fond des
choses, il est manifeste qu'il se fait un travail secret, et que
le Royaume du Seigneur approche-agrands pas. Nous sommes
encore dans le désert, mais la terre prom ise est de van t nous."

44) Lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 28 juin 1852.

45) Lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 17 juillet 1852.

46) Il nous reste d'ailleurs une lettre d'Henriette et Henri Béguin


à Le Boys des Guays, datée du 22 juillet 1854 (Le Boys des
Guays y répondit le 9 août 1854). Ils assuraient de leurs senti­
ments fraternels leurs coreligionnaires français, et Henri Béguin
se déclarait très touché de l'intérêt que prenaient à sa santé
ses frères dans le Seigneur de la N.E. à Saint-Amand: "Aussi,
quelque grandes et aigues que soient mes souffrances, je les
supporte sans murmurer et avec résignation, parce que je sais
que notre bon Père Céleste se tient près de ceux qui L'aiment
de tout leur coeur, de toute leur âme et de toute leur pensée."

47) Lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 28 aoQt 1852.

48) L'opinion commune veut qu'il soit nécessaire d'avoir atteint


un certain niveau intellectuel pour comprendre Swedenborg.
Ce n'est pas l'avis des swedenborgiens, qui citent volontiers
des exemples de réception des doctrines par "les simples de
foi et de coeur" qui "n'ont pas éteint par l'érudition l'intuition
qui vient du Ciel" (Ciel et Enfer, N° 74). "Il y a dans l'amour
une pleine faculté de recevoir les vérités qui lui conviennent
et le désir de se les unir. Cela est clairement mani festé par
des esprits qui sont élevés au Ciel, bien que dans le monde
ils aient été des gens simples, ils parviennent néanmoins à
la sagesse angélique et à la félicité du Ciel, lorsqu'ils sont
parmi les anges. La raison de ceci est qu'ils ont aimé le bien
et le vrai, pour le bien même et le vrai même qu'ils ont im­
planté dans leur vie. Par ce moyen ils sont devenus facultés
de recevoir le Ciel avec toutes les choses ineffables qui lui
appartiennent." (ibid., N° 18)

49) Lettre de Mme Matthey à Le Boys des Guays, 9-11 aoQt 1853.

50) Cf. lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 9 aoGt 1854.

5 I) Lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 30 juillet 1855.

52) Lettre de Le Boys des Guays à Mme Matthey, 28 novembre


1855; carte de Mme Matthey à Le Boys des Guays, 24 dé­
cembre 1855.
-.....

(34-35) - 188 ­

53) Tous les renseignements que nous donnons à ce sujet pro­


viennent d'une lettre de Le Boys des Guays à j. Andrews
(Boston), 9 mai 1857, reproduite dans la Collection de Mé­
langes... , t. IV, op. cit., pp. 332-338 (sur le voyage en Suisse:
pp. 333-334).

54) Ibid., p. 333. Depuis 1707, le roi de Prusse possédait - sans


la gouverner - la principauté de NeucMtel. En 1848, les répu­
blicains s'emparèrent du pouvoir, et instituèrent un régime
démocratique à tendances radicales. La situation à Berlin
empêcha Frédéric-Guillaume IV d'intervenir à ce moment.
"A Neuchâtel, les 'royalistes' restaient nombreux parmi la
population autochtone; ils étaient brimés par les radicaux,
qui n'avaient la majorité que grâce à l'appoint des confédérés
immigrés. En automne 1856, encouragés, non par le roi, mais
par son entourage, les conservateurs neuchâtelois tentèrent
une contre-révolution qui échoua; elle fut étouffée sans peine
par une intervention fédérale." Le roi de Prusse finit par renon­
cer à ses droits effectifs tout en conservant le titre de prince
de Neuchâtel (Charles Gilliard, Histoire de la Suisse, Paris,
P.U.F., 1968, pp. 101-102).

55) A Genève, Le Boys des Guays fit en outre plus tard un dépôt
de livres à la librairie des frères julien (lettre de Le Boys
des Guays à A.E. Ford, 27 mai 1858). 11 est intéressant de
noter que ce fut le bon accueil réservé par les bibliothèques
suisses à l'offre de ses livres, qui détermina Le Boys des Guays
à proposer ensuite par circulaire une collection des Ecrits
aux principales bibliothèques de France et des pays avoisinants
(cf. Collection de Mélanges..., t. IV, op. cit., pp. 334-338);
quatre-vingt-quatre acceptèrent (ce qui représenta au total
5.000 volumes mis ainsi à la disposition du public!) - dont,
en Suisse, celle de Lausanne.

56) A Berne, ce fut naturellement le petit groupe des demoiselles


Durheim, de Struve, et Mme de Manuel; à Vevey, jaquier;
nous n'avons par contre pas identifié le swedenborgien résidant
à Yverdon (rappelons que Tulk avait offert à une dame de
cette ville les traductions de Moët [cf. note 14 du présent
chapitre]).

57) Renseignement communiqllé par M. Sjoden, d'après une lettre


de Le Boys des Guays datée du 3 octobre 1858.

58) Lettre d'Ulysse Droz à Le 30Ys des Guays, 27 novembre 1860;


lettre de Le Boys des Guays à Ulysse Droz, 4 décembre 1860.

59) Chevrier, Histoire sommaire... , op. cit., p. 131.

60) 11 continua cependant à se présenter lors des recensements


communaux comme "missionnaire èvangélique" (Archives de
la Ville de Lausanne, 315.21, recensements communaux de
janvier 1869), C'est d'ailleurs la seule trace que Scocia ait
laissée dans les archives lausannoises.

6 I) Ces divers renseignements biographiques sur Scocia ont pour


(35-36) - 189 ­

origine: sa lettre du 1er septembre 1868 à A.E. Ford, dont


on trouvera le texte intégral dans l'Intellectual Repository,
janvier 1869, pp. 41-42; une brève notice biographique, in
William Whitehead, Annals of the General Church of the New
Jerusalem, Vol. 1, s.l. [Bryn Athyn), 1976, Part 2, p. 47.

62) Cf. The Intellectual Repository, janvier 1869, pp. 42-44. Voir
également la lettre qu'adressa Scocia, toujours de Lausanne,
en juin 1869 au président de la Conference britannique pour
lui donner un aperçu sur la situation politico-religieuse i ta­
lienne, qu'il jugeait favorable au développement d'un mouve­
ment tel que la N.E. (Intellectual Repository, sept. 1869,
pp. 476-477).

63) G.E. Ferrari, "Breve scorcio di Appunti storici sullo stablli­


mento della Nuova Chiesa in Italia e a Trieste. Con indicazioni
delle principali Fonti documentarie e bibliografiche" (brochure
polycopiée), 1951, p. 2.

64) C.T. Odhner, Annals... (I688-1850), op. cit., p. 125 (s'appuyant


sur le New Jerusalem Messenger, Vol. 19, p. 26).

65) Nous préparons actuellement une biographie détaillée de cet


extraordinaire personnage.

66) Ch. Pasche, notice sur Oron-le-ChlHel, in Eugène Mottaz, Dic­


tionnaire historique, géographique et statistique du Canton
de Vaud, t. Il, Lausanne, Rouge, 1921, p. 383. Cette famille
(originaire de Moudon) abandonna le château en octobre 1870
(renseignement communiqué par M. Heli Liard, Lausanne, dans
un conversation téléphonique le 8 avril 1981).

67) (Mémoires de l'Evêque F.-L. Bugnion ou les douze cents para­


graphes - d'un sacerdoce de "treilte ans, Genève, 1876, p. 3.
Les Mémoires de Bugnion demeurent la source d'information
la plus complète sur ce personnage, bien qu'ils soient à utiliser
avec prudence quant à l'interprétation des faits (mais les recou­
pements que nous avons pu effectuer avec d'autres sources
nous ont prouvé que les événements relatés n'ont rien d'imagi­
naire). Les rares articles parus sur Bugnion se fondent presque
exclusivement sur ces Mémoires: par exemple L. W. (probable­
ment Leo Weisz), "'Bischof' Bugnion", in Neue Zürcher Zeitung,
27 juillet 1932, pp. 1-2. Nos recherches nous ont cependant
permis de découvrir d'autres documents instructifs.

68) Nous avons trouvé cette date et quelques autres dans une
utile fiche de renseignements chronologiques sur Bugnion éta­
blie par les Archives cantonales vaudoises le 9 août 1971.

69) Il s'agit là, nous tenons à le préciser, d'une reconstitution


conjecturale à partir des éléments en notre possession. Nous
ne savons où se trouve Gourze.

70) L. Bugnion, Essai sur le Canton du Valais, Lausanne, 1843.

71) Elaboré dès 1820, le projet avait reçu l'appui de Frédéric­


(36) - 190 ­

César de La Harpe (J 754-1838), ancien précepteur du tsar


Alexandre 1er (de 1784 â 1794); il avait écrit â ce sujet à
son ancien élève. Les colons avaient d'abord prévu de rebapti­
ser Chabag "Helvetianopolis" et avaient même adopté au début
un vêtement uni forme.

72) Bugnion, Mémoires... , op. cit., p. 4.

73) Nous avons trouvé ces renseignements dans un ouvrage resté


manuscrit de C.H.D._ Deloës (pasteur â Chexbres), "Notice
sur la Colonie suisse de--Chabag, en Bessarabie dans la Russie
méridionale", 1845 (Département des manuscrits de la B.C.U.
de Lausanne, C 577). La plus grande partie des informations
qu'il contient avaient été fournies à l'auteur par Bugnion:
le lecteur doit donc considérer certains faits avec prudence,
car il semble que Bugnion ait parfois tendu à noircir la situa­
tion qui se présentait â Chabag avant son arrivée. Sur
• Chabag, on lira Heidi Gander-Wolf, Chabag, Schweizer Kolonie
1 am Schwarz en Meer. Ihre Gründung und die ersten J ahrzehnte
ihres Bestehens (Abhandlung zur Erlangung der Doktorwürde
der Philosophischen Fakultë.t I der Universitë.t ZUrich), Lau­
sanne, I974.

74) Il fonda également une petite caisse d'épargne et une société


de tempérance, puis créa, à l'usage de la colonie, un... Journal
manuscrit, paraissant tous les quinze jours.

75) Où, déclara-t-il plus tard, il s'était "abouché avec les diffé­
rents clergés qui [yI étaient en activité" (Bugnion, Mémoires... ,
op. cit., p. 7): il aurait reçu du célèbre méthodiste Charles
Cook (1787- I 858) une proposition de consé_cration (Bugnion
sympathisait avec les vues anti-calvinistes de ce corps reli­
gieux), et une autre de César Malan (I 787- I864), fondateur
â Genève de l'Eglise du Témoignage. Mais Bugnion préféra,
dit-il, l'Eglise de la Pélisserie.

76} Au nombre des personnes requises pour contresigne~ l'acte


de consécration/ nous trouvons le diplomate russe de Struvê.".:
celui-là même dont les deux soeurs étaient swedenborgiennes
convaincues!

77) Etudiant à Genève, il avait participé aux réunions d'édification


de la Société des Amis (pas de rapport avec les quakers),
â l'origine du réveil â Genève. Empaytaz se sentait proche
des moraves. Exclu de la liste des étudiants en théologie,
il suivit la baronne de Krüdener, arrivée â Genève en 1813,
( rencontra avec elle l'empereur de Russie, etc. Très peu de
temps avant sa mort, il se rallia â l'Eglise évangélique libre.
Cf. Dictionnaire historique et biographique de la Suisse,
t. 11, Neuchâtel, 1924, pp. 775-776; [E. Guers], Notice sur
Henri-Louis Empaytaz, Genève, 1853 (texte primitivement
publié dans l'Avenir, mai 1853); Ch. Rivier, Etude sur le Réveil
religieux â GenêYe au commencement du XI Xe siècle, Lau­
sanne, I 9 I 4; Alice Wemyss, Histoire du Réveil (J 790- I 849),
Paris, Les Bergers et les Mages, 1977, pp. 5 I -53.
(36-37) - 191 -

78) Ibid., pp. 31-32. Les swedenborgiens du XIXe siècle étaient


très fiers de ranger sous leur bannière cette remarquable
figure; cf. Le Boys des Guays, "Oberlin était un disciple de
la Nouvelle Jérusalem", in Collection de Mélanges... , t. III,
op. cit., pp. 298-311. En réalité. Oberlin s'intéressait à certaines
parties des Ecrits de Swedenborg sans être swedenborgien.

79) Bugnion. Mémoires.... op. cit., p. 15.

80) Il nous a été impossible de retrouver un exemplaire de cette


brochure, publiée en Russie.

81) Ses déplacements n'étaient pas de tout repos: il faillit plus


d'une fois tomber victime de brigands. Bugnion rédigea égaIe-
ment un petit ouvrage très semblable dans sa conception il.
son étude sur le Valais: La Bessarabie ancienne et moderne.
Ouvrage historique, géographique et statistique, Lausanne -
Odessa - Chabag, 1846.

82) "( ... ) cette union n'avait jamais eu mon assentiment et (... )
je crus qu'elle m'était imposée par le texte du Psaume XV.
4. sur la parole donnée. quoique je fusse alors un enfant mi-
neur." Selon lui, cette union ne fut "gUère que nominale" et
le condamna "à un isolement complet, à une vie de moine
- et de moine austère - pendant huit années" (Bugnion, Mé-
moires... , op. cit., p. 4).

83) J.-E. Hilberer, "Le pasteur Bugnion et la colonie de Chabag


en Bessarabie", in Revue historique vaudoise, 22e année.
NO 6. juin 1914, pp. 181-188; NO 7, juillet 1914, pp. 193-199
(p. 194).

84) Otto Trithen, vice-consul dès décembre 1850, puis consul de


1856 à 1885. Il crut utile de donner connaissance du fait au
Conseil fédéral dans une lettre datée du 6/18 mars 1853 (Ar-
chives fédérales [Sernel, dossier 2,1400 [Consulat suisse à
Odessa. varia, 1848-1894]): "Le pasteur Bugnion. étant cepen-
dant considéré ici comme sujet russe et ayant définitivement
prêté serment de sujétion â "Empereur, il est sujet aux lois
du pays et il est resté sous son droit en se remariant, de
manière que son mariage doi t être considéré com me légal;
il ne l'est cependant pas dans notre pays (... ). Ne devrait-on
pas prendre des dispositions pour que des cas semblables ne
puissent plus avoir lieu?"

85) Au recensement communal de janvier 1857 (Archives de la


Ville de Lausanne, 313.34), l'ex-épouse non divorcée était in-
diquée comme "veuve de Louis Bugnion": Le 15 juin 1861 naquit
à Lausanne Louis BugOlon, fils de françois-Louis (domicile
inconnu) et de Jeanne-Suzanne, née Lambelet; il décéda deux
jours plus tard. Il ne semble pas possible que le père ait réelle-
ment été Bugnion, puisque, â notre connaissance, il ne mit
pas les pieds en Europe en 1860 ou 1861.

86) Il en avait parfaitement conscience. Nous avons trouvé une


lettre datée du 8 janvier 1861 (probablement est-ce une erreur
(37-38) - 192 ­

faut-il lire 1862) adressée à l'éditeur Bridel par Mollier. culti­


vateur à Etagnières. an<;ien camarade d'école de Bugnion et
le considérant toujours comme ami, mais sans "l'appuyer ni
le suivre dans ses excentricités": "Mr B. fait de l'amour la
base de toute sa théologie. très bien, mais si j'osais évoquer
de pénibles souvenirs. je me permettrais de lui dire qu'il est
une personne dans la ville de Lausanne qui tratne une vie
malheureuse, et qui cependant aurait des droits tout particu­
liers à l'amour et à l'assistance que Mr B. lui refuse. ce qui
ne s'harmonise pas trop bien avec la grande âme de Mr B."
(Départements des manuscrits de la B.C.U. de Lausanne.
TH 6104 II
87) A en croire Bugnion. uniquement pour des raisons personnelles
ou matérielles.

88) Bugnion. Mémoires.... op. cit•• p. 54.

89) Ibid., p. 55.

90) "Nous possédons aujourd'hui sur la personne de Bugnion beau­


coup de documents très intéressants, mais malheureusement
si contradictoires, qu'il nous est impossible de nous faire une
idée exacte des motifs qui le guidèrent dans une vie si ora­
geuse et si peu conforme à la vocation d'un pasteur." (André
Anselm, La Colonie suisse de Chaba. Notice histori ue
1822-1922. Cetatea-Albea Akkerman. 1925. p. 56 notice raris­
sime citée in H. Gander-Wolf. op. cit•• p. 184])

91) Bugnion, Mémoires.... op. cit•• p. 64.

92) Le vice-roi du Caucase était alors le général Mouravieff (avec


I~quel Bugnion entretint de bonnes relâtions), -frère de ce)
~oU~i,~ff qui se consacra à la diffusion du... swedenborgisme
en Russie~

93) II les attribuait d'une part à l'opiniâtreté de l'administration


supérieure de la Russie méridionale dans ses poursuites contre
lui, d'autre part aux intrigues de confrères jaloux de ses succès
'(ibid.. pp. 92-93).

94) Ibid., p. 112. Bugnion resta toujours anglophile; et on peut


légitimement se demander si. au cours de ses nombreux
voyages, il ne lui arriva pas de collecter des renseignements
pour le compte de la Grande-Bretagne...

95) Plusieurs centaines, selon l'intéressé lui-même, "dont soixante


très-grands" (ibid., p. 1). Et il n'exagérait pas...

96) 8ugnion, une fois de plus, fut prompt à y voir l'effet de


médisances de ses "collègues"... (ibid., p. 135)

97) Bugnion était végétarien et abstinent (ibid., pp. 72, 138 et


251-253).

98) Ibid., p. 13.


(38-40) - 193 ­

99) [ntellectual Repository. février 1875, p. 86.

100) Bugnion se voulait attaché à "un système théologique assez


dégagé de tout esprit de parti pour pouvoir être appelé un
christianisme très-libéral. quoique scripturaire et conséquem­
ment orthodoxe" (Mémoires.... op. cit., p. 135).

101) New jerusalem Magazine. déc. 1860. p. 316.

102) Bugnion. Mémoires.... op. cit., p. 174. note.

103) Dans un mandement à l'Eglise de la Pélisserie (1870). sur le­


quel il ne nous a pas été possible de mettre la main (le seul
exemplaire connu, à la Bibliothèque des pasteurs de Lausanne,
est introuvable), mais dont des extraits sont cités dans les
Mémoires de Bugnion. p. 9.

104) Voici par exemple la relation d'un séjour à Moscou en 1849:


"(... ) j'ai été conduit à exprimer (... ) les vues favorables que
j'entretiens à l'égard de la succession apostolique dans l'Eglise
d'Orient. Or. étant à Moscou, je profitai de mon séjour en
cette ville pour demander au vénérable métropolitain Philarète
qu'il m'imposât les mains. car, quoique j'admisse que le sur­
intendant Flenitzer - qui avait procédé à mon ordination
eût la succession apostolique, comme l'ont en général tous
ceux qui ont reçu l'ordination en Russie [?], je sentais que
le fait était encore plus certain chez les dignitaires du rite
grec. Le métropolitain Philarète accéda bienveillamment à
ma demande et, lorsqu'il étendit ses mains sur moi, aidé du
principal archimandrite, il me dit avec beaucoup d'onction.
en russe: 'Vivez du Christ et vivez pour Christ:'" (ibid.,
p. 27) Il nous paraIt qu'une telle bénédiction ne revêt pas
u.~aractère de trans~-.ge la -J'ucc_ession apostolique.

lOS) Ibid., p. 179.

106) Nous n'avons pas retrouvé d'exemplaire de l'adresse imprimée,


malgré nos recherches; mais le texte intégral en est reproduit
dans Bugnion. Catéchisme de la Nouvelle Eglise du Seigneur
ou Eglise chrétienne, 4e éd., 5.1. (Typographie E. Dupuy et
P. Dubois. rue Bourbon 30). 1863. pp. 710-713.

107) Cf. lettre de Bugnion à de 1.'Arbre (Ministère de la marine),


Londres. 27 août 1862 (Àrchives nationales. Pari" [section'
1
outr.e-m~r],R. éunion, caWlD...3§6, qg~sier
N° 5137; nous ~ns
\
à M. Claude--Prud'homme [Lyon] d'avoir eu connaissance de)
l'existeoced-eC·Fêlossier). ------.<­

108) Lettre de la Direction du ministère de la marine et des colO­


nies à l'Ile de la Réunion. adressée au ministre. Saint-Denis.
8 juillet 1862 (même dossier que supra).

109) Note du chef de cabinet du ministre. datée du 28 août 1862;


addenda du 10 septembre (même dossier que supra).

110) Lettre de l'évêque de Saint-Denis à du Chayla (Direction des


(40-41) - 194 ­

cultes). 3 septembre 1862 (même dossier que supra).

III) Cf. Monthly Observer (Londres), oct. 1862, p. 358.

112) Ainsi, en 1860. il avait sollicité de Le Boys des Guays un


soutien financier. ce qui n'avait bien sOr pas pu lui être
accordé (lettre de Le Boys des Guays a Bugnion. 24 oct. 1860).

113) Lettre de Le Boys des Guays a Edmond de Chazal, 25 sept.


1862. Le Boys des Guays restait très prudent a l'égard de
Bugnion et exposait l'un de ses motifs dans une lettre de 1860
a un correspondant mauricien: "(... ) il paraît que M. B[ugnionl
a quelquefois des rapports avec le monde spirituel. Si le fait
est vrai, je le plains bien sincèrement; mais il me deviendra
impossible de lui accorder ma confiance. parce que j'ai la

!
conviction que. dans le temps présent. d'après l'état actuel
du monae des eSprits, foute communication avëê ce monde
par la voie de l'éxtâSe"nepeut causer qüeëles·-·aé~ës dans
l'Eglise. en y introduisant des hérésies; nous n'eiïavons eu
jusqu'a présent que trop d'exemples. Je ne vous citerai que
M. Oegger (... )." (Collection de Mélanges.... t. IV. op. cit••
p. 424)

114) Bugnion, Mémoires... , op. cit.• p. 14. "Ce n'est (... ) ni la nais­
sance. ni "instruction. ni l'habileté a exposer un sujet biblique

o '"
gui faiL le prêtre. mais c'est l'influx communiqué par l'imposi­
tion des mains. influx qui Ile le consaçré aux anges_ ecclésias­
)\ tiques qui sont dans le Ciel." (ibid., p. 10) Or, si le_mjnisye
~l ordinant n'a pas reçu lui-même l'influx ecclésiastique, il ne
o pemle transmettre.

IlS) Echo de la Nouvelle Jérusalem (Port-Louis), vol. Ill, N° 9,


nov. 1864, p. 399.

116) "J'ai la conviction en effet que sur un théâtre aussi restreint


que le nôtre et au milieu de nos éléments spéciaux, il serait
compromettant pour la tranquillité publique de laisser prêcher
de nouvelles doctrines." En effet, ignorant la langue des indi­
gènes, Bugnion aurait dO se limiter a exercer son prosélytisme
en direction des 500 Européens de la colonie (copie d'une lettre
du gouverneur Bonfemps-- a Bugnion, Pondichéry, 8 juin 1864
[Archives nationales, Paris (section outre-mer), Réunion, carton
456, dossier N" 5137]).

117) Bugnion, Mémoires... , op. cit., p. 197.

118) Ibid., p. 202.

119) Herbert W. Schneider et George Lawton. A Prophet and a


Pilgrim. Being the lncredible History of Thomas Lake Harris
and Laurence Oliphant; Their Sexual Mysticisms and Utopian
Communities Amply Documented to Confound the Skeptic,
New York, Columbia University Press, 1942.

120) Bugnion, Mémoires... , op. cit., p. 232. Le récit de Bugnion


est corroboré par une lettre d'Oliphant a une correspondante
(41-44) - 195 ­

anglaise. Nous y lisons entre autres: "faithful [Harris] said


he [BugnionJ had a great work still before him, and gave him
much important and interesting direction from internals,f he
was accompanied by a beautiful angel who gave him over
to us and seven others connected with the Use were appointed
to accompany him on his further travels." (H. W. Schneider
et H. Lawton, op. cit., p. 240)

121) Il ne dévia pas de cette voie, même lorsque ses relations avec
le groupe de Harris se refroidirent un peu à la suite de circons­
tances inconnues (cf. Bugnion, Mémoires..., op. cit., pp. 234
et 259). Bugnion déclarait: "Harris is not only endowed with
internai respiration, but he also possesses an internai vision '\
more developed even than that of Swedenborg (... )." (ibi~.,
p. 367)

122) Sur ses activités à Sydney, cf. [.A. Robinson, A History of "
the New Church in Australia (1832-[980), East Hawthorn (Vic.), )
s.d., pp. 102-105.

123) Bugnion, Mémoires... , op. cit., p. 353.

124) Ibid., pp. 395-397.

125) Ibid., pp. 419-420.

126) Ibid., p. 437.

[27) Selon I.A. Robinson, ~ p. 196.

128) Cf. Bishop Bugnion's Colony in Australia, Genève, 1876.

129) D'après ce que rapporte I.A. Robinson, op. cit., p. 196.

130) Selon Robinson (ibid.), le frère de Bugnion (qui semble s'être


associé durant plusieurs années aux projets de colonisation
,de l'évêque) ~ait dirigé en 1887 une colonie de <jnguante"
"il!lmlgrants 'r\lsses d'origine 1 suisse à Lilymere, près de Rock­
hampton. Avec la coopération de M. Robinson, nous effectuons
aâueÎ1ement quelques recherches afin d'essayer d'en savoir
plus sur cette affaire.

131) Lettre de Le Boys des Guays à Bugnion, 9 août 1862.

Notes du chapitre 1I1

1) Le Prophète du Nord. Vie et doctrine de Swedenborg, Paris,


fischbacher, s.d. [1901], p. XXI. Dans tous ses ouvrages posté­
rieurs, Byse écrit le nom de Swedenborg avec un accent aigu
(Swédenborg); comme nous l'avons déjà expliqué, nous avons
pris la liberté de le supprimer (sauf dans les titres où il figure),
nous ralliant ainsi à l'usage communément admis aujourd'hui.

2) L'Homme-Dieu, Lausanne, Agence de la Nouvelle Eglise, s.d.


119201, p. 180.
.,
(44) - 196 -

3) Notice biographique sur Charles Byse, in Biographie nationale


(publiée par l'Académie royale des sciences. des lettres et
des beaux-arts de Belgique). t. XXX (t. II du supplément),
Bruxelles. 1959. col. 243-248.

4) Pour des renseignements biographiques sur Byse, voir les Souve­


nirs de la vie de Charles Byse. Lausanne. 1932. Ce volume
a été composé par sa fille Violette, â partir de "Souvenirs"
consignés par Charles Byse lui-même dans onze cahiers; les
cahiers 1 et 2 ont disparu. mais les cahiers 3 â Il ont été
retrouvés en mars 1981 â la Bibliothèque des pasteurs de Lau­
sanne, où M. Bourquin a eu l'heureuse initiative de nous signa­
ler immédiatement cette découverte. Ces cahiers représentent
les pp. 96 â 518 du texte original et sont actuellement déposés
au Départements des manuscrits de la B.C.U. de Lausanne
(cote 1S 4414). Ils avaient été confiés en 1959-1960 au pro­
fesseur Meyhoffer par Mlle Marie Byse; celle-ci se trouvait
alors en Angleterre et a malheureusement cru devoir expurger
les cahiers dont elle se dessaisissait - parfois en coupant tout
simplement des passages ou des pages entières â l'aide de
ciseaux::: Elle justifiait ainsi cette censure, dans une lettre
écrite de Londres au professeur Meyhoffer le Il mars 1960
(conservée dans le même dossier): "Nous savons que ces souve­
nirs ont été écrits pour l'intimité de la famille et non pour
une bibliothèque." Elle craignait que certaines choses puissent
blesser, ou nuire â la réputation de ses parents. Ces "trous"
sont d'autant plus regrettables pour notre étude que certains
passages relatifs â la N.E. ont été supprimés. en particulier
dans le cahier 10.

5) Souvenirs.... op. cit., p. 10.

6) Il ne saurait être question d'en relater ici l'histoire. Rappelons


cependant quelques éléments importants. Sous l'influence du
Réveil. il y avait eu dès 1824 des congrégations dissidentes
dans le Pays de Vaud (une quinzaine en 1828). Mais l'Eglise
libre vaudoise ne trouva pas sa source dans ces petits groupes
(au contraire. â sa naissance, elle refusa de s'allier â ce qu'on
appelait "la dissidence": sous l'influence du darbysme. cette
dernière avait acquis un caractère plutôt rigide et était deve­
nue un cercle fermé). L'Eglise libre fut le résultat d'une se­
conde vague du Réveil, â iaquelle on associe le nom du célèbre
Alexandre Vinet (1797-1847), professeur (depuis 1837) â l'Aca­
démie de Lausanne, dont on connaît l'action en faveur de
la liberté des cultes et contre la sujétion de l'Eglise â l'Etat.
Lorsque le gouvernement vaudois publia la loi du 14 décembre
1839 selon laquelle la souveraineté ecclésiastique résiderait
désormais dans le Conseil d'Etat (en abandonnant toute réfé­
rence â la Confession de foi helvétique), Vinet refusa de s'y
soumettre.
A la suite du changement de régime politique en 1845 et de
l'avènement du gouvernement provisoire populaire, il fut inter­
dit aux pasteurs de participer aux réunions religieuses en
dehors des temples ("le sentiment populaire assimilait démo­
cratie et opposition au Réveil, haine des jésuites et haine
des méthodistes". remarquent R. Centlivres et J.-J. Fleury,
(44-46) - 197 ­

op. cit. infra, p. 21). Vinet démissionna de sa chaire de théo­


logie pratique le 21 mai. En aoQt, une quarantaine de pasteurs
s'abstinrent de lire en chaire une circulaire officielle recom man,·
dant la nouvelle Constitution. Le 12 novembre, cent-quarante­
cinq pasteurs se retirèrent de l'Eglise nationale. En 1847 eut
lieu le premier synode de l'Eglise libre du canton de Vaud,
qui comptait entre 3.000 et 4.000 membres (ses effectifs se
recrutaient surtout dans les couches sociales supérieures, la
masse de la population restant fidèle â l'Eglise nationale).
Le 24 novembre 1847, le Conseil d'Etat prit une mesure inter­
disant les assemblées religieuses hors de l'Eglise nationale
sur tout le territoire du canton (elles l'avaient déjà été dans
plusieurs communes). Un nouveau décret dans le même sens
fut adopté en 1849. Les réunions de l'Eglise libre devaient
donc se tenir plus ou moins clandestinement. Cependant, une
tolérance de fait s'instaura vers 1850, et la loi prohibant les
réunions "libres" fut abolie en 1859. Sur les origines de l'Eglise
libre, on pourra lire pour une première approche: Maurice
Bonnard, La Leçon d'un Siècle. Esquisse d'une histoire de
l'Eglise évangélique libre du 'Canton de Vaud (1847-1947), Lau­
sanne, Commission du centenaire de l'Eglise libre (Chapelle
des Terreaux), 1947. Pour une information plus détaillée, on
consultera bien sûr l'oeuvre de Jacques Cart: Histoire du Mou­
vement religieux et ecclésiastique dans le Canton de Vaud
pendant la première moitié du XIXe siècle (t. [ et Il: 1798­
1830; t. 1II et [V: 1831-1840; t. V et VI: 1841-1847), Lausanne,
Bridel, 1870-1880; Histoire de la Liberté des Cultes dans le
Canton de Vaud (1798-1889), Lausanne, Payot, 1890; Histoire
des cinquante premières années de l'Eglise évangélique libre
du Canton de Vaud, Lausanne, Bridel, 1897. Cf. également
Robert Cent livres et J ean- Jacques Fleury, De l'Eglise d'Etat
â l'Eglise nationale (1839-1863) (Bibliothèque historique vau­
doise, XXXV), Lausanne, Eglise nationale vaudoise, 1963. Pour
replacer dans un contexte plus général, voir Gérald Arlettaz,
Libéralisme et Société dans le Canton de Vaud (1814-1845)
(Bibliothèque historique vaudoise, N° 67), Lausanne, 1980.

7) Le Ministère selon le Nouveau Testament (dissertation pré­


sentée â la faculté de théologie de l'Eglise libre du canton
de Vaud), Lausanne, Bridel, 1858.

8) A cette époque déjà, nous voyons défiler dans les "Souvenirs"


de Charles Byse nombre d'éminents représentants du protestan­
tisme; ayant vécu dans divers pays d'Europe, il eut la possibi­
lité, au cours de sa longue existence, de rencontrer beaucoup
de monde.

9) Souvenirs... , op. cil., p. 16.

10) "Souvenirs", pp. 156-[57.

II) Souvenirs... , op. cil., p. [9.

12) "Souvenirs", p. 200.

13) Telle est la formule que Byse déclare avoir textuellement


......

(46-47) - 198 ­

reproduite lorsqu'il fit imprimer sa conférence, à la suite de


l'agitation qu'elle avait causée (De l'Autorité en matière de
E2!J Paris, 1870, p. 35) - et non "La vieille orthodoxie volera
en éclats" (témoignage d'une auditrice rapporté dans les Souve­
nirs... , op. cit., p. 26). L'accusation de rationalisme paraft
excessive: Byse répudiait "l'orgueilleuse tendance rationaliste"
et déclarait vouloir se tenir à ml-chemin entre deux tendances
extrêmes.

14) "L'Eglise de Nîmes a été violemment secouée par deux crises,


l'une théologique à l'occasion du ministère de M. Byse en
1872, et l'autre provoquée par le salutlsme en 1884. Mais
depuis lors la paix règne en son sein." (L'Union des Eglises
évangéliques libres de France. Ses origines, son histoire et
son oeuvre, Paris, Chapelle Tai tbou t, 1889, p. 154)

15) Souvenirs... , op. cit., p. 26.

16) Ibid., pp. 26-27.

17) On trouvera sur ce personnage d'abondants renseignements


et une bibliographie exhaustive dans Emmanuel Petavel-Olliff.
Souvenirs et mélanges (publiés par quelques amis), Lausanne,
Payot, 1913. On peut dire que ce fut Petavel qui introduisit
le conditionalisme dans les pays francophones.

18) La Fin du Mal ou l'immortalité des justes et ,'anéantissement


graduel des impéni tents, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1872.

19) "( ... ) l'homme, destiné à la vie éternelle, a, par le péché,


perdu ce privilège; le Christ, par son sacrifice, le restitue,
mais seulement à celui qui l'accepte, condition du salut. Le
refus définitif de la grâce (le choix reste offert après la fin
de l'existence terrestre) entraîne l'anéantissement du pécheur
(mort seconde)." (J. Meyhoffer, notice biographique citée,
col. 244) Pour plus de détails, cf. l'article "Conditional Immor­
tality", in Encyclopaedia of Religion and Ethics, vol. III,
pp. 822-825.

20) Petavel ne partagea jamais l'enthousiasme de son ami pour


Swedenborg; il trouva que Byse "désertait un peu trop le dra­
peau du conditionalisme (... ) M. Petavel avait plus de goQt
pour faire entendre aux âmes le cri d'alarme que pour aider
à démêler les arcanes célestes de la Nouvelle Jérusalem. Mais
on n'était pas en peine de trouver d'autres terrains d'entente
où l'on oubliait les déboires qui sont le pain, souvent amer,
des novateurs." (Emmanuel Petavel-Olliff, op. cit., p. 164)

21) Dans sa préface au livre de White (op. cit. infra), Byse rap­
pelle que cette théorie avait eu, en Grande-Bretagne, des
défenseurs isolés ou malheureux depuis deux siècles - par
exemple Hobbes au XVllle. Pasteur non conformiste à Hereford,
dans l'Ouest de l'Angleterre, White réfléchit pendant sept
ans avant de diffuser cette doctrine. Après l'avoir longuement
examinée, il la fit connaître en 1845 dans Life in Christ, ou­
vrage qui suscita de vives controverses. White se rendit alors
(47-48) - 199 -

à Londres et y fonda une congrégation indépendante dont il


fut durant de longues années le pasteur apprécié. Byse écrivit
plus tard: "Le Rév. Edward White était un grand chrétien,
spirituel dans les deux sens; il prêchait avec éloquence et
profondeur; ma femme et moi, nous aimions beaucoup ses
cultes. Il était une sorte d'évêque, parmi les non-conformistes."
(Souvenirs... , op. cit., pp. 27-28)

22) "Without further hesitation 1 was now decided to pronounce


in favour of the doctrine of Life in Christ, towards which
indeed 1 had for many years been uncounsciously advancing",
écrivit Byse dans The Faith (N° 37, nov. 1888). Publié à
Malvern Link (Angleterre), The Faith était l'organe du mouve-
ment conditionaliste.

23) Cette traduction parut sous le titre L'Immortalité condition-


nelle ou la Vie en Christ, Paris, fischbacher, 1880. Byse utilisa
la 3e éd. anglaise de Life in Christ (parue en 1878 et profon-
dément remaniée et augmentée par rapport aux éditions anté-
rieures). Il fit plus que simple oeuvre de traducteur, il réduisit
le volume d'un tiers environ, en condensant l'argumentation
de l'auteur et en retrar.chant certaines citations.

24) Souvenirs... , op. cit., p. 29.

25) Cela insinua dans certains esprits des doutes sur le caractère
de l'enseignement donné à la faculté de théologie. Sur les
détails de cette affaire, cf. J. Cart, Histoire des cinquante
premières années... , op. cit., pp. 212-227.

26) Chrétien évangélique, XVIIIe année, N° 12, 20 déc. 1875,


p. 580.

27) C'est à l'amabilité de M. Taverney, archiviste de l'Eglise libre,


que nous devons d'avoir eu connaissance de la substance du
contenu de cette lettre, datée du II décembre 1875 (renseigne-
ments indiqués dans une lettre à "auteur, 6 avril 1981).

28) C'est également à M. Taverney que nous devons cette précision.

29) Souvenirs... , op. cit., p. 31.

30) "Souvenirs", p. 156.

31) Daniel Jordan, "La Société vaudoise de théologie de 1875 à


1905. Notice historique", in Trentième anniversaire de la
Société vaudoise de théologie, Lausanne, Bridel, 1906, pp. 7-
29 (p. 9).

32) Cité par Lucien Gautier, Rapport sur les quatorze premières
années de la Société (1875-1889), Lausanne, Bridel, 1889,
p. 33. Depuis quelque temps déjà, les professeurs des facultés
de théologie de l'Eglise nationale et de l'Eglise libre avaient
des réunions périodiques d'étude et de discussion; il existait
également dans le canton une société théologique, connue sous
le nom de Société pour l'étude de la Parole de Dieu (p. 7).
........

(49-50) - 200 ­

33) Notons également qu'elle soutint à plusieurs reprises la Revue


de Théologie et de Philosophie (L. Gautier, op. cit., p. 11).

34) Souvenirs... , op. cit., p. 31. Mme Byse ne s'ouvrit de cette


crise qu'à peu de gens, car elle craignait de compromettre
l'oeuvre de son mari ("Souvenirs", p. 251). Plus tard, Byse
devait commenter ainsi l'événement: "(•.. ) ce fut une terrible
révolution dans l'esprit de ma chère femme. Ce cas est extra­
ordinaire. 11 s'explique seulement par une âme extrêmement
difficile en fait de preuves, fort systématique et soumise long­
temps à des influences rationalistes. Le coeur était chrétien,
avancé, héroïque, entreprenant pour la gloire de Dieu; l'intel­
ligence n'était pas satisfaite par le protestantisme large et
croyant." (id., p. 250)

35) Doyen de la faculté de théologie et maItre d'oeuvre de


l'Encyclopédie des Sciences religieuses.

36) "(... ) à côté de moi il y avait un autre rédacteur, Meynadier,


qui représentait le libéralisme. Nous fImes bon ménage en­
semble." (Souvenirs..... op. cit., p. 34)

37) Byse avait beaucoup hésité: "Qu'est-ce qui m'engageait à


quitter Bex? J 'y avais eu quelque succès, mais je me sentais
plutôt fait pour les villes, n'ayant pas l'habitude des campa­
gnards." ("Souvenirs", p. 258) "Peut-être eus-je tort de me
lancer dans cette entreprise, au lieu de rester à Bex: mais
là mon activité était entravée par la nomination de deux bons
pasteurs de l'Eglise nationale qui dès lors imitait ce que j'avals
fait." (id., p. 270)

38) Dans les numéros du 14 et du 28 décembre 1878.

39) Souvenirs... , op. cit., p. 35.

40) Byse ajoute en marge: "15 février 1880: le baron paraIt très
content de ma prédication. Il trouve que j'ai beaucoup d'idées,
que je veux dépasser le niveau, que je suis appelé à la spiri­
tualité, etc." ("Souvenirs", p. 275)

41) Id., pp. 274-275.

42) Dans sa conférence "Cent ans de swedenborgisme français",


donnée à Paris en 1974 (texte polycopié par les soins du Cercle
Swedenborg), M. K.-E. Sjôden explique que les Chevrier s'en­
tendaient mal avec M. et Mme Humann et n'appréciaient guère
les activités du temple de la rue Thouin; ils menèrent donc
une action parallèle, avec l'aide précieuse du baron Mallet,
pour la publication des oeuvres de Swedenborg. Ils finirent
même par rompre complètement avec la rue Thouin (pp. 2-3).

43) Sur cet épisode, lire Jean Meyhoffer, "Un procès en hérésie
à Bruxelles en 1882. Affaire Byse", in Annales de la Société
d'Histoire du Protestantisme belge (I955-1956-1957), 4e série,
4e livraison, 1959, pp. 222-243. On trouvera à la Bibliothèque
des pasteurs de Lausanne (sous la cote TH 853) un petit recueil
(50-52) - 201 ­

de documents relatifs à cette affaire (surtout des imprimés


polémiques). Byse exposa son point de vue dans un mémoire.
Un Procès en Hérésie. Bruxelles, s.d. (1882 ou 1883).

44) J. Meyhoffer, art. cité, p. 224.

45) Selon Petavel-Olliff. Le Péril de l'Evangélisme. A propos d'un


récent procès en hérésie (mémoire présenté à la Société gene­
voise des sciences théologiques le 22 juin 1883), Genève. 1883,
p. 30.

46) Les élus "verront la vengeance horrible que Dieu fera des
méchants qui les auront tyrannisés, affligés et tourmentés
en ce monde, lesquels seront convaincus par le propre témoi­
gnage de leurs consciences, et seront rendus im mortels de
telle façon que ce sera pour être éternellement tourmentés
au feu éternel qui est préparé au Diable et à ses anges."
(texte cité par J. Meyhoffer, art. cité. p. 228)

47) Souvenirs.... op. ciL, p. 37.

48) Lettre citée dans le rapport èu secrétaire général de l'Eglise


chrétienne missionnaire belge présenté au Synode de juillet
1882 (un exemplaire se trouve à la Bibliothèque des pasteurs
de Lausanne, dans le dossier TH 853).

49) Compte rendu du Synode de l'Eglise chrétienne missIOnnaire


belge. Session extraordinaire du 1er novembre 1882. Bruxelles,
Bureau de la Société évangélique, 1882, pp. 12-13.

50) Ibid., p. 32.

5I) La loi belge ne reconnaissait pas les Eglises indépendantes:


il y avait donc un propriétaire fictif (absent de Belgique depuis
de nombreuses années); or, ce dernier se rangea du côté de
la minorité de la communauté. ce qui obligea la majorité à
vider les lieux.

52) Intéressante remarque de Philippe Bridel (pasteur de l'Eglise


libre et ami de Byse) à ce propos: "(... ) je ne serais pas étonné
que ce fût à partir de ce moment-là que les préoccupations
de notre ami - à mon avis exagérées - se soient tournées
de ce côté du monde de l'au-delà où notre esprit voudrait
voir ce que nous ne voyons pas." (discours prononcé lors des
obsèques de Byse [texte conservé dans les archives de la
N.E.L., 2/1-II:CJ) Gardons-nous cependant d'adopter une explica­
tion trop rapide, si séduisante soit-elle: le décès de sa fille
a peut-être été pour quelque chose dans l'évolution de Byse.
mais sa curiosité pour des questions telles que l'au-delà pré­
existait; ses "Souvenirs" nous apprennent qu'il avait assisté
avec son épouse à une séance de spiritisme à Ostende durant
l'été 1883 - mais ils jugèrent l'expérience plutôt décevante
(p. 282).

53) "Pourquoi ai-je quitté Bruxelles et cette admirable Eglise qui


m'était si attachée? Parce que je sentais que l'oeuvre
-.....
(52-55) - 202 ­

diminuait. que notre positIOn isolée était trop difficile a main­


tenir, qu'il aurait fallu se multiplier plus que je ne pouvais
le faire, que mes forces diminuaient, que je risquais de devenir
fou. car on me parlait toujours de mon procès. Il valait mieux.
a mon avis, laisser l'Eglise dans un état relativement prospère
que dans la décadence. Je me sentais très fatigué, et de fait
j'ai eu besoin d'une année entière pour me restaurer. (••• ~ A
la tête d'un troupeau, je n'aurais jamais eu la liberté de parole
dont j'éprouvais le besoin et que je considère comme un devoir.
Les Eglises libres, qui seules peuvent me convenir, sont ordinai­
rement tracassières et rarement satisfaites de leur pasteur.
surtout dans les petits endroits." ("Souvenirs". pp. 301-302)

54) Id., p. 293.

55) Id., p. 335.

56) Id., p. 342.

57) Id., p. 343. Sans doute le ministère indépendant de Byse


pouvait-il jouer un rôle utile à l'égard de diverses personnes
en marge des Eglises: "Ch. Byse célébra bien des mariages
dans son salon; plusieurs personnes ne rentrant pas dans les
cadres ecclésiastiques ordinaires s'adressèrent a lui pour obtenir
leur union." (Souvenirs.... op. cit.• p. 68)

58) Sous la cote TS 2795, on trouvera à la Bibliothèque des


pasteurs (Lausanne) un petit dossier "Conférences apologétiques
organisées par Charles Byse (programmes. etc.".

59) La famille Byse s'abstenait également de manger de la viande


depuis le 20 novembre 1889 ("Souvenirs". p. 305).

60) "Projet" manuscrit de C. Byse (conservé dans le dossier cité


a la note 58), p. 5. Byse se sentait préoccupé en voyant les
milieux intellectuels s'éloigner souvent de la religion.

61) Imprimé conservé au Département des manuscrits de la B.C.U.


(Lausanne), cote lS 2164. dossier 4.

62) Souvenirs... , op. cit.• p. 67.

63) Dans leur lettre au pasteur Cuendet (secrétaire général des


Amis de la pensée protestante). en lui annonçant leur décision
le 12 juin 1926. le pasteur Chavannes et Violette Byse préci­
saient: "M. Byse croyait le protestantisme gravement malade.
mais il conserva par contre et jusqu'a la fin de sa vie. une
foi inébranlable dans les destinées d'une apologétique largement
et vraiment chrétienne, dépouillée de tout esprit sectaire et
dogmatique." (lettre conservée dans le dossier cité à la
note 57)

64) Alexandre Saint-Yves d'Alveydre 0847-1909), très marqué par


la lecture des ouvrages de Fabre d'Olivet et élaborateur du
système "synarchique". On peut consulter la récente biographie
rédigée par Jean Saunier: Saint-Yves d'Alveydre ou une
(55) - 203 ­

synarchie sans énigme, Paris, Dervy, 1981.

65) Byse ajoutait: "Il s'élève, il est vrai, souvent trop haut pour
moi, et passe par-dessus ma tête." ("Souvenirs", p. 300)

66) "ll est affectueux, toujours génial, mais pas clair dans ses
conclusions. Il nous dépasse évidemment. Pourtant j'ai l'impres­
sion qu'il lui manque quelque chose. Peut-être est-il resté
trop catholique et a-t-il compté trop sur l'évolution de la
papauté." (id., p. 388) Il offrit le thé aux Byse, puis les intro­
duisit dans la chambre de sa femme (décédée) où il pria pour
eux et pour l'oeuvre de C. Byse "d'une façon touchante".

67) Gérard Encausse (1865-1916), alias Papus, médecin, influencé


par Saint-Yves d'Alveydre, était l'un des personnages les plus
en vue de l'occultisme parisien. Fondateur d'une Ecole hermé­
tique et restaurateur d'une Ordre martiniste, il eut à son actif
d'abondantes publications, toujours rééditées aujourd'hui. A
défaut de biographie plus rigoureuse, on pourra consulter le
livre que lui a consacré son fils, Philippe Encausse: Papus.
Le "Balzac de l'occultisme". Vingt-cinq années d'occultisme
occidental, Paris, Belfond, 1979.

68) "Souvenirs", p. 390.

69) Il semble que Byse ne distinguait pas nettement entre théo­


sophie et "théosophisme" - pour reprendre le mot cher à
Guénon.

70) C. Byse, "La théosophie hindoue ou la philosophie des yoguis"


(travail lu à la Société vaudoise de théologie), in Revue de
Théologie et de Philosophie, 1906, pp. 457-485 (p. 484).

7 I} C. Byse, Lettre ou Sym bole? Etude historique sur le double


sens de l'Ecriture, Lausanne, Martinet, s.d. (1914), p. 113.

72) L'Américaine Mary Baker Eddy (1821-1910) avait "découvert"


la Christian Science en 1866: elle fut guérie d'une grave bles­
sure alors qu'elle méditait le récit évangélique d'une des guéri­
sons effectuées par Jésus (Matthieu 9: 1-8). Elle publia en 1875
la première édition de son ouvrage Science and Health with
Key to the Scriptures. L'Eglise du Christ, Scientiste, fut créée
dans la région de Boston en 1879 et l'organisation actuelle
instituée en 1892. La Christian Science entend rétablir "l'élé­
ment perdu de guérison" du christianisme. Cf.: "Church of
Christ, Scientist", in Roy A. Facey (ed.), International Church
Index (Doctrinal), Plymouth, Index Publications, 1981, pp.
76-84; Questions et réponses sur la Science Chrétienne, Boston,
Christian Science Publishing Society, 1975; DeWitt John, Le
Style de Vie de la Science Chrétienne, id., 1974; La Science
Chrétienne. Un siècle de guérisons, id., 1971.

73) "J'aurais pu supposer que la réforme du dogme, telle que la


fit Swedenborg, suffirait à ramener ma femme à la foi. Il
n'en fut rien. Elle fut gagnée par un système infiniment plus
faible, la Christian Science. Ce cas reste inexplicable.
-.....
(55-57) - 204 ­

Peut-être voulait-elle trop arriver à une certitude absolue


au point de vue de la pensée, quoiqu'elle mit la vie avant
tout. je ne puis aussi m'empêcher de croire que, si ma femme
avait eu une instruction plus complète en théologie et en philcr
sophie, Mrs. Eddy n'aurait pu la séduire. Mais je ne prétends
pas éclaircir ce mystère psychologique." ("Souvenirs", p. 250)

74) C. Byse, La Science Chrétienne (Christian Science). Exposé


objectif, 2e éd., Lausanne, 1910.

75) C. Byse, Le Scientisme et Swédenborg. Etude critique, Lau­


sanne, Martinet, s.d. [1915].

76) C. Byse, L'Homme-Dieu, op. cit., pp. 172-173.

77) "Souvenirs", p. 369.

78) j. Raccaud, Rapport sur la marche de la Société vaudoise


de théologie de 1905 à 1907, Lausanne, Bridel, 1907, p. 16.

79) Ibid., p. 15.

80) A. de Mestral, Rapport sur la marche de la Société vaudoise


de théologie pendant les années 1911-1913, Lausanne, 1914,
p. 14.

8 Il "Surtout par Luc Gautier, Sam. Burnier et P. Chatelanat",


précise Byse ("Souvenirs", p. 439).

82) Id., p. 440.

83) Nous avons demandé à M. Taverney, responsable des archives


de l'Eglise libre, son opinion sur ce point. Il nous a aimable­
ment communiqué plusieurs éléments d'information (lettre du
6 avril 1981 et entretien à Lausanne le 17 novembre 198Il.
li nous a fait remarquer que le climat de l'Eglise libre avait
toujours été propice au mouvement des idées: il y eut plusieurs
pasteurs qui ne pensaient pas comme tout le monde. Après
les cinquante premières années, la position doctrinale s'était
assouplie. L'Eglise libre évitait la polémique, n'aimait pas
les exclusives ou les excommunications. La Commission de
discipline ne se réunissait pratiquement jamais. En parcourant
les circulaires de la Commission synodale de 1905 à 1918,
M. Taverney n'y a trouvé "aucune note polémique à l'égard
de com munautés dissidentes et rivales, mais toujours des
exhortations à plus de zèle et de fidélité".

84) "Souvenirs", p. 440.

85) C. Byse, Un Grand Inconnu: Swedenborg (1688-1772). Souvenir


de quelques conférences, Colombier près Neuchâtel, 1899.

86) Il donna 500 francs dans ce but ("Souvenirs", p. 44Il.

87) Id., p. 423.


(57-59) - 205 ­

88) C. Byse, Le Prophète du Nord, op. cit.

89) Byse ne les nomme pas. Reproduisant ce passage de ses "Souve­


nirs" dans un de ses livres, il remplaça "décidés" par "attitrés"
(L'Homme-Dieu, op. cit., p. 176).

90) "Souvenirs", p. 443.

91) Byse, L'Homme-Dieu, op. cit., p. 176.

92) Transactions of the International Swedenborg Congress, London,


Swedenborg Socie ty, 1912.

93) Souvenirs... , op. cit., p. 70.

94) SWédenborg (premier et second cours), Lausanne, Bridel, s.d.


t 1911].
95) Outre le volume cité à la note précédente (dédié à Saint-Yves
d'Alveydre et à Goblet d'Alviella, en gratitude "pour les vifs
encouragements qu'ils ont si longtemps donnés à mes travaux"):
Swédenborg Il, Lausanne, Bridel, s.d. [1911 J (dédié à la Société
vaudoise de théologie); SWédenborg III, Lausanne, Martinet,
s.d. [1912] (dédié à E.]. Broadfield, président de l'International
Swedenborg Congress); Swédenborg IV, Lausanne, Martinet,
s.d. [1912] ("A la mémoire de Blaise Pascal, dont une théorie
profonde, l'idée du Sens Spirituel des Ecritures, est méconnue
parmi nous"); Swédenborg V, Lausanne, Martinet, s.d. [19 I3J
("A un illustre philosophe, admirateur de Swedenborg: Emile
Boutroux, Professeur de l'Université de Paris, Membre de ['Aca­
démie française" - Byse avait en effet rencontré Boutroux
qui, en 1914, s'était engagé à venir présenter une conférence
sur Swedenborg à Lausanne après la guerre).

96) C. Byse, SWédenborg V, op. cit., p. 7.

97) C. Byse, L'Homme-Dieu, op. cit., p. 179.

98) "Le Groupe réunit 24, 37, 21, 25 personnes... " ("Souvenirs",
p. 495)

99) Dans une lettre écrite à L. de Chazal le 2 janvier 1918,


G. Regamey affirmait: Byse "fréquente régulièremenl nos
cultes" (archives N.E.L., 18/1-I:A). Lors de l'inauguration d'une
nouvelle salle de cultes de la N.E.L., le 5 mai 1918, Byse
introduisit la conférence du soir (Messager, 2:2 (juin 1918],
p. 4). Byse n'était pas opposé par principe à quitter le pro­
testantisme (cf. son article dans le Messager, 4:7 (juillet 1920],
p. 85); il ne refusait pas la création de congrégations novi­
jérusalémites indépendantes, il jugea simplement, au début,
l'initiative du groupe de Lausanne prématurée (lettre du
1er aoQt 1920 à G. Regamey (2/1-I1:C]). En fait, il avait déjà
quasiment fait acte d'adhésion à la N.E. en signant la déclara­
tion de l'assemblée constitutive du 17 février 1918.

100) Premier Congrés des Sociétés el des Membres de langue


--.......,

(59-60) - 206 ­

française de la Nouvelle Eglise. Lausanne (Suisse) 29-31 juillet


1920, Lausanne, Fédération des sociétés et des membres de
langue française de la Nouvelle Eglise, 1921, p. 8.

10 I) Ce qui ne lui valut apparemment aucun reproche. Voici la


notice nécrologique que nous avons trouvée dans la "feuiile
semi-mensuelle de l'Eglise évangélique libre du canton de
Vaud", Le Lien: "M. le pasteur Charles Byse s'est éteint pai­
siblement le 26 février dans sa 90e année. Depuis quelques
mois, il se rattachait exclusivement è la 'Nouvelle Eglise',
mais nous tenons è mentionner ici le départ d'un frère qui
fut des nôtres durant tan't d'années et jusque tout dernière­
ment. La longue et belle carrière qui vient de finir a été
féconde pour le service de Dieu. C'est avec chagrin que nous
voyons disparaître ce bienveillant et fin visage de vieillard."
(20 mars 1925, p. 4) Et cet extrait de l'allocution du pasteur
Philippe Bridel lors des obsèques: "Ce n'est que près de la
fin, qu'estimant qu'il y avait une certaine inconséquence è
faire partie de deux congrégations à ia fois, il se fit rayer
de notre registre, mais non point rayer de nos coeurs." (docu­
ment cité è la note 52)

102) Henry de May, L'Univers visible et invisible ou le Plan de


la Création. Essai de philosophie, 2e éd., Neuchâtel, Librairie
Jules Sandoz, 188 I.

103) C. Byse, Henry de May, un POSItiVIste chrétien, Nyon,


O. Kallenberg, 1889, p. 22 (réimpression de quatre articles
publiés de mai è aoQt 1885 dans la Bibliothèque universelle).
Byse pensait avoir eu l'occasion "de connaître et d'apprécier
[le système d'Henry de May] mieux peut-être que toute autre
personne" du vivant de l'auteur.

104) "Qu'on ne s'imagine (... ) pas que j'approuve partout où je


m'abstiens d'objecter." (ibid., p. 23)

105) C. Byse, Swédenborg Il, op. cit., pp. 144-145. En fait, influencé
par les conceptions chrétiennes traditionnelles, H. de May
croyait l'enfer éternel. Mais, selon Byse (dont l'avis semble
assez justifié), cette opinion "ne cadre point avec l'ensemble
du système. M. de May l'a présentée avec une hésitation mani­
feste, et plusieurs passages de son livre la contredisent ouver­
tement, la réfutent à son insu, avec une logique irrésistible."
(Byse, Henry de May, op. cit., p. 75) En effet, H. de May
déclarait (donnant même à cette idée une grande importance):
"Nous n'admettons pour aucune âme la nécessité de vivre
éternellement; la vie d'une âme dépend de sa conduite. La
nature nous enseigne que toute âme a la faculté de périr,
et que plus elle est élevée plus elle est fragile. Nous ne
sommes donc mortels ou immortels que conditionnellement."
(ibid., p. 76) Notons également que l'influence d'Henry de
May pourrait avoir joué un rôle dans la remise en question
par Byse de la doctrine sur le Saint-Esprit. Le philosophe ber­
nois combattait en effet l'idée traditionnelle de la Trinité:
"Ce dogme, dit-il, ne se trouve énoncé nulle part dans la Bible.
Il est le fruit des hypothèses des siècles passés. Nulle part
(60-62) - 207 -

le Saint-Esprit ne figure comme une personnalité semblable


â Dieu ou au Christ." (ibid., p. 92)

106) Introduction de Byse cl la 2e éd. de L'Univers visible et invi-


sible, op. cit., p. VU.

107) C. Byse, Henry de May, op. cit., pp. 87-88.

108) Propos de H. de May, ibid., p. 38. "Le philosophe bernois (... )


conçut l'idée de son systéme en présence des grandes scènes
des Alpes suisses. La création - se demanda-t-il - ne serait-
elle pas un livre divin oil nous pouvons déchiffrer les secrets
du monde supérieur?" (ibid., p. 25)

109) Ibid., p. 71.

110) Ibid., p. 65. Byse souligne que nous trouvons la même tenta-
tive chez l'Ecossais Henry Drummond (1851-1897), professeur
cl Glasgow (aucun lien avec le célébre banquier du même nom
[1786-1860]), parvenu cl une idée essentielle similaire â celle
d'Henry de May, sans avoir connu l'oeuvre de ce dernier; cf.
Henry-M. Drum mond, Les Lois de la Nature dans le Monde
spirituel, 2e éd., Paris, Fischbacher, 1889.

Ill) C. Byse, Henry de May, op. cit., p. 69. Chacun des deux
univers est formé d'une substance qui lui est propre; ces deux
substances différent si radicalement qu'il ne peut y avoir entre
elles aucun passage, aucune transition (p. 67). Plus tard,
H. de Mayen vint à distinguer un troisiéme monde superposé
aux deux autres, le monde divin (p. 70).

112) C. Byse, Le Prophéte du Nord, op. cit., p. 161.

113) Dans l'oeuvre d'Henry de May, d'autres points moins ongmaux


se rapprochent également de Swedenborg: par exemple, le
refus de l'idée de "résurrection de la chair" (e. Byse, Henry
de May, op. cit., p. 67).

114) "Souvenirs", p. 413.

115) C. Byse, Au Bengale. Babou Keshoub Chander Sen. Un réforma-


teur religieux et social mort en 1884, Lausanne - Paris,
Payot - Grassart, 1892, p. 14. "La Réformation a marqué
sans doute un immense progrès; mais, des nombreuses sectes
qui s'y rattachent, laquelle est assez dans le vrai pour servir
de refuge aux esprits d'élite affamés de certitude, de justice
et d'amour? Le protestantisme a fait son temps. Le moment
est venu de tirer les conséquences de ses principes. Sur la
base qu'il a posée doit s'élever un nouvel édifice, en rapport
avec des circonstances nouvelles." (e. Byse, Le Prophéte du
Nord, op. cit., p. XXI)

116) C. Byse, Ere nouvelle. Refonte du Crédo protestant, Lau~anne,


Martinet, 1916, p. 52.

117) Ibid., p. 97.


(62-64) - 208 ­

118) Introduction de Byse au livre d'Edward White, op. cit.,


p. XXXI. Byse ajoutait: "Dans la mesure où nos protestants
s'assimileront cette grande idée, en déduiront les conséquences,
et par là renouvelleront leur credo, leur culte, leur apologé­
tique et leur propagande - dans cette mesure, pensons-nous,
on les verra sortir de leur marasme et exercer au sein de
leur patrie l'influence à laquelle ils sont appelés. Il leur faut
cette courageuse évolution, réclamée d'ailleurs par leurs prIn­
cipes,