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CACA ZIZI NUMB ER ONE POPO FULMINATOR YAYAYAYA 2

constitué notre enveloppe charnelle. Tu m'as parlé de tantrisme, tout à l'heure: il est certain
qu'il n'y a pas de rapports géographiques ou ethniques entre les indigènes brésiliens d'origine
africaine ou indienne et le tantrisme hindou. Mais on retrouve des choses identiques chez les
uns et chez les autres, à tous les points du globe, comme s'il y avait une unité de l'esprit
universel de l'humanité. Ceci dit, il me semble qu'il y a une certaine différence entre le
magicien brésilien et le mystique hindou: là où le mystique hindou accède à un état de
conscience supérieur à la normale, là où il se dirige vers une paix contemplative, vers le
nirvâna, le magicien brésilien, lui, plein d'une explosive et dramatique vitalité, gothique
dirais-je, qui se précipite vers l'avant, vit d'une façon beaucoup plus baroque, pleine,
rabelaisienne, gargantuesque même. Gargantuesque à certains moments, car toujours il
retombe dans une ascèse temporaire elle aussi. Il s'agit des mêmes disciplines mais le but
semble diverger.

P.P.: La situation exceptionnelle que ton œuvre occupe dans la littérature ésotérique française
est notamment due à cette exubérance que l'on peut considérer comme un signe de bonne
santé mentale, ce qui te distingue de tous les mystagogues pudiques dont le discours pontifiant
sent la charlatanerie et l'inculture. Tu te moques d'ailleurs de ces calotins et de leur «sens du
secret», quelque part dans le «Journal d'un Sorcier». Tu sembles fortement tenir à ce que tous
les arcanes soient révélés, permettant ainsi à tout un chacun de vivre au maximum de ses
possibilités. C'est une optique que l'on peut qualifier d'humaniste, je dirais même qu'il s'agit
d'une sorte d'humanisme nietzschéen. Qu'en penses-tu ?

P.G.: Je suis d'accord, tu as intuitivement deviné ce que je sous-entendais. La discipline qu'est


le contrôle de la sexualité, engendrant une incandescence de la vitalité, nous permet de vivre
dans une autre dimension. Je parlerais même d'un «romantisme réaliste».

P.P.: Il s'agirait pour chacun d'écrire sa vie comme on écrirait un roman ?

P.G.: Bien sûr, un roman. Ou un film en trois dimensions, un film qui sort de la toile et prend
place autour de toi et auquel tu participes, ce qui est parfaitement possible. Le paradis est à
portée de main, il y a simplement des préjugés, une certaine inertie, des lenteurs et des
lâchetés de la pensée qui empêchent de l'atteindre. Sais-tu ce qu'en disait l'un des Pères de
l'Eglise, aux tout débuts du christianisme, lorsque ce dernier était, disons, plus romantique ?
Violenti rapiunt inut: les violents raviront cela.

P.P.: En fait, tu ne te considères pas comme un ésotériste ?