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UzuIVEHSiTf; ÛË KINSFIASA

FÂCULTII ÜË ÜHÜIT
DEPARTEMENT DE DHOIT PUBLIC IN]-ERNATIONAL

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LE S C C} N F'X,I ? S Â N'T-' âi R }I'fl §T hr T Q U il S,.\ U hI Ü }TT} - KTV{J :
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11

Quenosremerciementsparviennentàtousceuxquinousont
été "parents" pendant que nous étions à leur disposition : nos
éducateurs de l'école primaire de Kibarizo, ceux de I'fnstitut
Busimha de Mokoto, ceux de l'Institut Mwanga de Goma ainsi que
t,ous les professeurs de la faculté de droit de I'université de

Kinshasa spécialement notre directeur le Professeur Ntirumenyerwa


G. dopt la disponibilité sans égale a permis d'être au bout de
l'oeüvre à temPs.

Qu'ils soient également adressés à 1a famille Professeur


1IÀSHAKO; celle de Rugenera pour la documentation gu'eIIe
a mise
à notre dispositionr âu Professeur Nzitakera, à Mugirarleza, à
Bizige, à Nkizinkiko ainsi qu'à Sebulili'

eutenfin tous nos amis de lutte trouvent ici l'expression


de notre profonde gratitude : Fundi, Nzira, Mbonera, Mashako
Katonda, Munlramihana, Simwetry, N'Se1e, Moniba' Ivone ' Nkieri t
Kadogo Th., Kadogo P., Hagenimana, selemani, semikenke, Niyibizi,
Fidète, Janvier, Moise ainsi qu'à Matoko et sophie Luendo.

I
E
111

"HéIas ! s'écriait Télémaque, voilà donc 1es maux que


lâ guerre entraîne après elle ! Quelle fureur aveugle
pousse les malheurer:x mortels ! I1s ont si peu de
jours à vivre sur terre ! Ces jours sont si miséra-
bles! Pourquoi précipiter une mort déià si prochaine?
Pourquoi ajouter tant de désolations affreuses à
Itamertume dont les dieux ont rempli cette vie si
courte ? Les hommes sont tous frèresr ils s'entre-dé-
chirent: les Lrêtes farouches sont moins cruelles
qu'eux. Les lions ne font point Ia guerre aux lions,
ni les tigres aux tigfres... 1'homme seu1, malgré sa
raison, fait ce que les animaux sâns raisons ne firent
jamais. Mais encore pourquoi ces guerres ?"
Les avantures de Télémaque

tt
... seul dans sa fureur extrême, met
1 t homme un
brutal honneur à s t égorger soi-même. "

Boileau ( Satires VII ) .


: , - ! ..:: .: - ., iiri t..la,;i-È1,_,1 { '.r,
È__

"Les Rwandais(1) ont mis en valeur des régions qui


représentent actuellement pour le Pays une ressource
importante.
pourrait-on paralyser I'activité économique de cette
région pour t
l évacuation des Rwandais ?
Si oui, vers quelles régions pourrait-on les évacuer?
Ce serâ une opération coûteuse; qui nécessitera
plusieurs années de préparation".

Ainsi concluait Ie rapport de Ia mission Teuwen Ie 6


novemt:re 1966(2). Ce même rapport portait à f introduction :
(Surtout depuis qu'une révolte organisée des Rwandais
.' éclata en 1 965 dans 1e Territoire de Masisi, une
tension a continué à régner entre les populations
Congolaises et ruandaisesH.

notre analyse 1e terme "Rwandais" (ruandais) di-sparaî-


Dans
tra au profit de celui de "Hutu" et/ou "Tutsi" pou1. deux raisons
suivantes:
La première est 1iée à I'intitulé même de notre travail qul
traite de conflits entre ethnies. Etant donné qu'il n'existe au
Nord-Kivu et nulle part ailleurs, ni d'ethnie rwandais'e ni de
peuple banyarwanda mais d'ethnie Hutu, Tutsi, Nyanga, Hunde et
Nande, etc., nous préférons ces appellations consacrées par
Itanthropologie à Itexclusion de tout autres.
La degxième raison, qui découle de la première, est liée à
I'exigence scientifique qui veut qu'i1 soit nécessaire de
corriger 1'erreur dès qu'e11e apparaît au risclue dtaffecter
dangereusement les générations futures en créant une "eschatolo-
gie scientifique" (') . Ce que malheureusement bon nombre de

(') Lisez Hutu et Tutsi sans di st inct ion en autochtones t


transplantés ou réfugiés.
(') lvlinistère de l'Intérieur du Gouvernement Central , Rapport
rle 1a mission Teuwen portant enqu&te générale sur les
pàpulations Banyarwanda établies dans 1'Est du Congo (Nord
et Sud-Kivu), 1966. La mission Teuwen fut sur pied en
.septembre 1966 suite à une lettre des chef s coutumiers de
I t ethnie Hunde pour procéder à une enquête générale sur les
populations hutu et tutsi établies dans 1'Est du congo
(Nord et Sud-Kivu). Monsieur Teuwen Albert, Za.ïrois (Congo-
lais à I'époque) conduisait la mission.
Eschatologie scientifique : c'est l'arrêt de Ia réflexion
scientifique comparable à la ftn du monde "capitaliste"
chez les marxistes; fin qui sera fêtée par les prolétaires
victorieux.
2

chercheurs et certains hommes politiques ont fait en persistant


dans une confusion des termes
...{

Ceci dit, i1 faut dorénavant réécrire 1'histoire réelle et


r=éridique de grandes ethnies du Nord-Kivu sans travestir Ia
vérité. C'est à ce prix seulement qu'11 y z-l7ra cohabitation
pacifique entre ces dites ethnies condamnées nécessairement à
vivre ensemble danY cette partie du pays. Le développement
économigue, social et culturel requiert le bannissement définitif
de la haine qui les a longtemps caractérisées.
Les causes de cette haine tantôt ouverte en conflits
sanglants, tantôt latente méritent d'être explorées et explici-
tées'. Nous le faisons brièvement dans ce travail qui se veut un
simple essai d'explication iuridique et politique. Nous nous
limiterons à quelques explications des problèmes soulevés par les
conflits ayant opposé l'ethnie Hunde à l'ethnie Hutu en 1965 et
ceux vingt-huit ans après, (en mars 1-993) ayant opposé les
ethnies Hunde et Nyanga aux ethnies Hutu et Tutsi.
Nous ne prétendons pas pouvoir épuiser la matière. Ctest
pourquoi nous demandons aux autres chercheurs d'apporter leur
concours à cette oeuvre en étendant par exemple \a réflexion sur
un des élérnents de cette étude comme Ia question de }a nationa-
lité dans cette partie du territoire national.
Cela étant, posons la problématique du sujet
PROBLEMATIQUE

Les conflits qui embrasent périodiquement la partie Est du


Zaïre, notamment ceux qui ont eu lieu des périodes allant de
septembre à octobre 1965 et de mars à juin 1993 ne trouvent pa$
le soubassemerrt dans 1a notion de la "nation" mais'ptutôt dans
cette autre donnée qu'est 1'ethnie. Préoccupé par le problème
ethnique dans Ia région l'Abbé Kajinga Gaspard écrit :
"Le Muhunde se voit perdu dans upe masse des Hutu et
des Tutsi dont 1a présence ].'intéresse économiguement
et f inquiète socialement"(l).
Cè constat, mieux cette inquiétude a éLé exprimée, iI y a
plus de trente et un ans. Depuis lors, les conflits interethni-
ques ntont cessé de stamplifier quantitativement et en nombre de

-) KAJIGA BALIHUTA Gaspard, cité Èar BATIBUKA J.' Masisi


restera-t-iI dans la province du Nord-Kivu ? Presse Congo-
laise, Bukavu, 1963' p. 24.
3

f-ictimes en vies humaines face à ceux opposant les nations ou


Etats. Ceux qui nous intéressent, à savoir le conflit dit de
Ir.anyarwanda opposant les Hutu aux Hunde a fait plus de cinq cents
norts(L); celui dit de I'après-conférence nationale souveraine
i1992) opposant les Hunde et Nyanga âux Hutu et Tutsi a fait plus
de six nille morts, plus de deux cent vingt-cinq mille déplacés
+t plus de cent mille têtes de gros bétail décimées(')'
Il ressort de ces chiffres que ltethnie au sein d'un Etat
peut eonstituer un danger contre une autre. Si les Chartes de
i'o.N.u. à son article 2§4, de I'O.E.A" à son article 5r de
i,o.u.A. à son article 3; la résolution 2625 (XXV) du 24 octobre
de l'Assemtrlée Générale des N.U. à son paragraphe 4 ainsi que
d'autres instruments internationaux interdisent Ie recours à la
forcà ou à 1'emploi de la force armée ou qualifient de hors-la-
loi ce genre dtactions, ils semblent cependant ignorer le monde
d'ethnies antagonistes au sein des Etats. Pourtant lors des
conflits ouverts entre ethnies, Ito.N.U., I'o.E.A., I'o.U'A', Ies
organisations internaLionales affiliées aux N.U. par des accords
spéciaux ainsi que les O.N.G. mondiales se voient dans I'obliga-
tion d'intervenir. Nous citerons ici l'intervention française,
du 22 juin au 21 août 1994r âü Rwanda dans l'(<opération turelli-
sêHr ayant reçu l, aval du conseil de sécurité des N.u. (') .
Cette intervention a eu lieu à Itoccasion de Ia guerre opposant
les Tutsi aux Hutu depuis octobre 1990.
si les Etats sont et demeurent les principaux sujets du
droit international, l'évolution a vu émerger dtautres acteurs
importants au sein de 1a société internationale notamment Ies
groupements interétatiques que sont les organisations internatio-
nafesl des peuples, des O.N.G. et même des groupements dtindivi-
dus susceptibles d'influencer 1e cours de la vie internationale,
partant Ies règ1es du droit international.
11 n,est pas exclu que Ie monde des ethnies prenne les pas
sur Ie monde des Etats et mette alrx prises aux Etats-Unis, par

') Dossier massacre dit de "Kanyarwanda" en septembre-octobre


1965 adressé à Ia C.N.S. par les descendants des personnes
transplantées dans la zone de Masisi par le pouvoir colo-
nial beIge, dossier portant la signature de RUGENERA
BaTthazar et Consorts, Kin' 19-07-1992.
Journal Le Phare n" 263 du 27 /A8/1993.
Résolution 929 (1994) adoptée pær 1e c.s. à sa 339ème
séance Le Z2 juin 1994 à propos de f inter:vention "stricte-
ment humanitaire" de la France au RÉânda.
I
4

exempl-e 1es originaires français aux originaires espagnols, les


originaires rtaliens aux originaires anglais. Tout dépendra de
I itévolution des conditions économiques des siècles à venir.
Particulièrementr êrr ce qui corrcerne 1e Zaïre, dans 1a
I région du Nord-Kivu, cadre spatial de notre étude, les ethnies
Hunde et Nyanga, Hutu et Tutsi ainsi que les Nande se sont
trouvés dans cet espace hérité du découpage colonial décidé à(a
I Conférence de Berlin de 1885 avec ces conséquences que les Hutu
et les Tutsi ont chevauché sur le Zaïre, le Rwanda, le Burundi,

I La Tanzanie et ItOuganda et les Nande sur le Zaïre eL l'Ouganda.

Suite à 1a décision du pouvoir administra.nt belge et en

I accord âvec les Chefs coutumiers locaux(l;, la Belgique procé-


dérà à Ia. transplantation des Hutu et de quelques Tutsi du Rwanda
et de la zone de Rutshuru dans la zone de Masisi et dans la
r collectivité de Buito ( 1937-195+ ) ( 2) . Cette catégorie de
population ne posera aucun problème dans 1es premières années de
l-'accession du Zaïre alors Congo à l'indépendance quant à son
identité national-"( 3) .
T
L'arrivée uItérieure massive des réfugiés Tutsi (1959) et
I infiltrés Tutsi et Hutu après 1960 n'est pas restée sans
inquiéter les Hunde, Nyanga et les Nande. craignant cette masse

I é]ectorale que constituaient ces Hutu et Tutsi. Ces ethnies ont


développé de garde-fous d'une extrême importance notamment la
question de la nationalité, soulevée souvent à la veille des

I électiarrs. Voici ce qr-re dit Magira à ce sujet :


"Le fait pour le Muhunde dtécarter ses rivaux sur la
cène politique sous prétexte que ce sont des rrdan-

I tlais, constitue un échappatoire. Le noeud du problème,


c'est de voir Ie I'{uhunde représenter à lui seul toute

r
I I
(') En accord avec Ie pouvoir Belge, Ie Chef Coutumier Kalinda,
reçut la somme de 29.600 francs belges comme contrepartie
de 1a perte de son domaine de chasse en vue de la trans-
I plantation des Hutu. Voi-r PABANEL, J. P. "Zaïre r urr pays à
reconstrui-re" , in Pol-itique af ricaine, Karthala, mars 1991,
p.33.

I ,.
{')
I
{'}
SPITAELS, R. "Transplantation de Banya rwanda dans le Kivu
liord" in Problèmes d'Afrique centrale, 1953.
Voir Manifeste des Chefs coutumiers de l{ashali Makotos,
I Washali Bafuna, Washali Kayembe, digné à Mweso par Bashali
S, pour Mokotos, Bakungu, A pour Bafuna,. Bulenda, P. pour
Kayembe, Ie 30 octobre 1959, in le Volean du 20/5/1974,

I f,

I
5

}a poputation de Masisi..."(i).
I1 ntest pas exclu que les Hunde utilisent ce "bouclier" que
constitue le problème de nationalité pour I ôofl seulement
supplanter tous Ies Hutu et Tutsi dans les postes politiques mais
aussi les exploiter économiquement par des lourds tributs et
taxes injustifiés. Cette exclusion politique, surtout des Hutu,
doublée d'une perception des taxes et impôts illégaux par les
chefs coutumierst
Hunde, Nyanga et Nande poussent les paysans Hutu
à Ia révol-te(" ) . Les deux eonflits que nous examinons dans ce
travail, celui dit "Kanyarwanda" et celui dit de I'après-
Conférence nationale souveraine, s t inscrivent dans cette
di-alectique, si nous entendons par cette dernière "une science
des,contradictions dévoilées et surmontées".
D'une part les Hutu et Tutsi veulent à tout prix terrasser
et fouler aux pieds "Le bouclier nationali-té" dont se vêtissent
les Hunde, Nyanga et Nande pour leur faire Ia "guerre politique
et économique" et d'autre part ces derniers renforcent leur
armure afin de tenir mordicus face ((aux traits et javelots
politico-économiques que leur lancent les Hutu et Tutsi. Dans
cet,te logique s'explique ((f inf lation§ des textes légaux sur la
nationalité au Zaïre. Nous constaterons cela plus tard.
II. INTERET DU SUJET

En tentant d'expliquer politiquement et'jurldiquement les


conflits ayant opposé les Hutu aux Hunde en 1965, les Nyanga et
Hunde aux Hutu et Tutsi en 1993, nous ntentendons pas faire une
apologie d'un camp contre un autre. Notre souci est de contribuer
par 1'apport fût-ce d'un caillou à I'achèvement définitif du
grand édifice que constitue 1a solution définitive apportée par
1'Etat zaïrois, à la question de nationalité des personnes
transplantées au Zaire par Ie pouvoir colonial belge ainsi que
leurs descendants; une question dont dtailleurs, 1a solution est
aisée pour un Etat dit de droit
Faisant I'éloge de Ia puissance économique du Nord-Kivu,

(') I . , Les implications socio-politiques de f immi-


l"îAGIRA B.
gration des Rwandais dans Ia zone frontière du Nord Kivu,
Mémoire de Licence, SPA, Lubumbashi, 1980' p.51.
(") NDAYAMBAJE H.M., Evolution de 1a question de la nationalité
des personnes transplantées par le pouvoir colonial BeIge
au Nord-Kivu. De Ia table ronde politique de Bruxelles 1960
à la Conférence Nationale Souveraine, Dissertation de
graduat, Unikin, faculté de Droit, 1993' p. 51.

fti--
6

Colette Braeckman, journaliste belge et spécialiste des questions


zaïroises, écrit :
"Région exportatrice de Viande et des légumes, le
Nord-Kivu fut jusqu'à cette année (1993) I'une des
zones les plus prospères du Zaïre, 1'une des seules où
Ies populationp avaient réussi à éviter les carences
alimentaires" (') .
C'est afin de redorer cette caractéristique primordiale de
1a région du Nord-Kivu et de favoriser Ia cohabitation pacifique
et constructive entre les ethnies que nous apportons un brin
d'explication juridico-politique aux deux conflits ouverts qui
ont émailté cette contrée de la République du Zaîre.
,METHODOLOGIE
rII..
La méthode étant un procédé conceptuel par lequel une
science démontre Ia vérité qu'elle poursuitr nous rappelons
qu'étudier les conflits interethniques au Nord-Kivu exige 1e
recours allx dif f érentes mét.hodes des sciences sociales. Le
conflit dit Kanyarwanda nous obligera de faire un petit recours
à l'histoire politique du Zaîre. Dans ce cas précis, la rnéthode
juridico:politique nous aidera à cerner de près Ies causes
oitico-juridique antérieures à l'éclatement dudit conflit en
1965.
Concernant Ie conflit dit de 1'après-Conférence nationale
souveraine, celui-ci s'étant déroulé presgu'à.Ia même date que
1e conflit du SHABA opposant les originaires du Kasai aux
autochtones dits "Katangai,s", nous ne manquerons pas d'adopter
=Fne démarche comparative
pour faire quelques parallélismes entre
ces deux conflits. En tout état de cause, la documentation
relative à ce deux conflits étant insuffisante ou quasi-inexis-
tante norls nous fieronsr Par la technique dtinterview, aux
affirmations des spécialistes et notables issus deq ethnies en
conflit qui ont vécu 1es événements.

IV. PLAN SOMMATRE

Ce travails'articule autour de deux chapitres.


Le premier, j-ntitulé le conflit dit Kanyarwanda, abordera
"le conflit." ayant opposé durant les mois de septembre et octobre
1965, les Hunde aux Hutu. Dans ce chapitre nous essaierons de
rechercher les causes lointaines (section 2), les causes

Colette Braekman, "Le Zaïre a feu et à sang en de vastes


régions", in Le monde diplomatique, septembre 1993, p. 22.
t

I 7

I irnmédiates ( section 3 ) après avoir rapporté Ies faits (section


1ère ) . Itious mettrons en exergue les problèmes juridiques soulevés

I par les faits et causes (section 4) et enfin nous dresserons un


petit bilan de ce conflit (section 5).

I Le deuxième chapitre, intituté le conflit dit de 1'après-


Conférence nationale souveraine essaiera dtéclaircir le "conflit"
ouvert ayant opposé âu cours des mois de mars, avril et mai 1993,
I les ethnies N-vanga et Hunde aux ethnies Hutu et Tutsi. Nous
rappelerons Ies faits (section 1ère), chercherons les causes
( sectîon 2 ), dégagerons 1es problèmes juridiques suscités par ces

I faits et causes (section 3) et enfin nous dresserons un petit


bilan (section 4).

I étude.
'-,1l- va sans dire qu'une conclusion générale parachevera cette

I V. PRINCIPALES ABREVIATIONS

I A. G.
A. C. P.
Assemblée générale
Agence Congolaise de Presse
I BA
BO
BulIetin administratif
Bulletin officiel

I CBRB
CC
C.I.J.
Congo-Belge et du Rwanda-Urundi
Comité central
La Cour Internationale de Justice

t C. N. S.
CS
E"I.C.
Conférence nationale souveraine
Conseil de sécurité
Etat Indépendant du Congo

I ETC
H. C. R.
J.O.R.Z.
Et caetera
Haut Commissariat pour les réfugiés
Journal officiel de Ia République du Zaïre
I MIB
MININTER
Mission d' immigration Banyarwanda
Ministère de I t intérieur du gouvernement central
Mouvement populaire de La révolution
t
M. P. R.
o. E. A. Organisation des Etats d'Amérique
o. L. Ordonnance-Ioi
Organisat ion non-gouvernementale
I
o. N. G.
o. N. u. Organisation des Nations Unies
o. u. A. Organisation de 1'Unité africaine

I S. D. N. La Société des Nations

I
I
I
I
GHIIPIIEE f , r,E COHFLfT IlfT ffi(l)
SEPTE}IBEE-OGTOBBË 1$65

conflit oruvert opposa principalement deux ethnies : les


Ce
Hunde aux Hutu(o). Avant de relever les causes aussi bien
lointaines qu'immédiates essayons de rapporter les faits tels que
nous relatés par les notables et populations qui 1es ont vécu.
t.,
T
SECTION 1ère : LES FAITS

§1 Selon Monsieur BIRONYI André. Commissaire de District des


,Vo1cans à Goma
" I1 déclare ce qui suit dans son procès-verbal administratif
n" 3072/OlO/65/ÿ1.6/KANYARWANDA, du 6 novembre 1965 concernant 1a
situation troublée
I
en territoire de Masisi par les rebelles
Kanyarwanda(').
"Nous, Bironyi André, Commissaire de District de
Volcans à Goma nous nous sommes rendus en territoire
de Masisi aux fins de nous rendre compte sur ïa
situation troublée en ce territoire par les rebelles
Kanyarwanda.
...Le 11 septembre 1965 nous avons quitté Goma pour
Masisi où nous avons pris contact avec le chef de
Territoire I contact ayant pour objet : 1â situation
" générale de son territoire. Cette 'Autorité nous a
déclaré que 1a situation demeure inchangée. Les
rebelles Kanyarwanda ne veulent pas payer 1a C.P.M. ni
aucune autre taxe C. I. Ils méconnaissent I t autorité
tant administrative que coutumière. Ils circulent sur
les collines brandissant Iances, fIèches, arcs, etc.
Ils brûIent des habitations appartenant à toute
personne ntadhérant pas à leur doctrine barbarq. fls
tiennent des réunions clandestines pub\iques(') et
Ie pire est euer a aiouté I'Administrateur de Terri-
toire, pendant toutes leurs séances, ils fument du
chanvre.
L'Administrateur de Territoire a continué à ajouffi
que Ia situation se détériore au "jour Ie jour et su6
si Ie Gouvernement Provincial du Nord-Kivu ne prend

(') Mi-ninter, Rapport de Ia mission Teuwen 1 op. cit. , p.1.


1

(') Idem, p. 47 .
,
1,, P.V. administratrif n" 3072/010/65/Kanyarwanda' concernant
la s.ituation troublée en territoire de Masisi par les
rebel,Ies Kanyarwanda, Goma, 1965,'inédit"
(J Nous reprenons intégralement la déclaration de I'auteur.
I I
I pas de mesllres adéquates dturgence, les conséquences
très fâcheuses pourraient en résulter...

I A Nyamitaba, nous nous sommes croisés avec 2 leaders


de 1a rébeIIion Kanyarwanda notamment les sieurs
RL{ANDEKWE et SERUSHOKE. Ces leaders de la rebellion

I Kanyarwanda venaient de défendre Ia perception des


taxes ("r) marehé de Nyamitaba.
qua.nd on a fouillé les poches de RI{ANDEKI{E on y a
trouvé 3 douilles d'un fusil "MAUSER"...
I
I
Ici je dois penser qu'iI existerait les fusils cachés
sur les collines; fusils avec lesquels ces rebelles se
Iivraient aux actes de banditisme... Interrogé à ce

! sujet, RWANDEKWE nous a déclaré les avoir ramassées


toutes les trois ensemble... Voyant que notre mission
ntallait pas atroutir à quelque chose, nous avons pris

! f initiative de faire brûler toutes les huttes aban-


données et appartenant aux Chefs de fil Kanyarwanda.
Plus de 30 huttes de chefs rebelles furent brûIées
complètement à Kahanga' et Mutobo. . . "

t §2. Selon Ie Mwami nAIf§OA et ses notabl"s(1)

I A Ia question de la commission de savoir comment est né le


conflit entre les Hunde et les Hutul ils ont répondu:
"A cause de Itimmigration massive des années 1950-
I 1959, les Hutu et Tutsi étaient devenus très important
au nombre. . .
Après 1'fndépendance (30 juin 1960) Ies partis politi-

r ques se sont mê1és de la question. Un moniteur de


Karuba, Monsieur Nvuyekure commençait à exciter 1a
population Hutu contre les Bahunde, afin de pouvoir

I éliminer ces derniers, et même les exterminer.


II était secondé par autres agitateurs, entre autres
les enseignants HUGO et MITARUHO.
En 1962 (septembre) une révolte armée éclata. Les
I insurgés ont tué à Kilabi Ie commissaire de Police
BONANEE Jules. Egalement à Kibabi, ils ont grièvement
blessé Ie Eireffier de La C.I. BUSHASHIRE Joseph qui
I est resté infirme. IIs ont tué Monsieur HâNGI Mathias
et ses deux enfants. . . Les provocateurs de cette
révolte étaient entre autres BAHENDA Danie} et BITE-
SETSIMANA Claverr eui habitaient au Village de myole
I Kitofu. . "
En 1963-64, quand i1s ont appris que 1a rébellion
gagnait le territoire de Wajikale, ils ont cru Ie
I '
moment venu
région. Leur
pour
plan
attaquer les Bahunde et conquérir Ia
était non seulement dtoccuper Masisi
et Rutshuru mais également Walikale, Goma et Kalehe.

I 'Après Itoccupation de ces Territoires et I'extermina-


tion des Bahunde, iIs créeraient un pays indépendant
et rappeleraient à la tête de ce pays le Roi KIGERI V.

I (11 Mininter, Rapport de 1a mission Teuwenr op. cit. pp.14-15.

I
I
10

I1s organisèrent une révolte armée contre les autori-


tés. La tuerie eommenÇa à Mihanga où le Chef de poste
fut massacré. Heureusement encore une fois, Ies
militaires ont su pâcifier Ia région. Mais Ie danger
persiste. Leur nombre les amènera un jour à se révol-
ter contre nous !tt

§3. Selon }e Mwami Bashati Srrlvestre et ses notables (1)


Ce Mwami et notables conviés par 1a commission de brosser
1'historique du conflit qui a opposé essentiellement Ies Bahutu
aux Bahunde, ils ont déclaré :
"En 1964 les Hutu se sont révoltés contre fes autorj-:
ü tés administratives et coutumières. rls avaierrt
- commencé à tenir des réunions clandestines. Les chefs
. comprenant le danger, ont provoqué une réunion avec
les représentant des Hutu en présence du Gouverneur de
Ia Province.
A cette confrontation ils ont déc1aré qu'i1s exi-
geaient une représentation dans 1a hiérarchie coutu-
mière étant donné qutils sont plus nombreux que les
Bahunde. Ils demandaient une organisation coutumière
autonome, sinon la majorité dans le conseil des sous-
chefs et Notables.
Le Mwami évidemment a refusé. lI l_eur rappelaj-t les
conditions auxquelles il les avait admis dans la
chefferie, c t est-à-dire soumlssion aux che.fs et
autorités coutumières.
Sans se soucier du refus du chef ils s'organisèrent en
chefferie autonome; iIs percevaierit des taxes et
impôts sans se justifier devant 1e Mwami.
Ce sont les Hutu de Rutshuru qui étaient à I t origine
de cette politique. Leur intention était d'occuper les
territoires de Masisi, Rutshuru et Goma et créer un
Etat fndépendant avee à sa tête le Roi KIGERI V.
Quand ils se sentaient suffisamment préparés pour
réaliser ce projet, ils commencèrent la révolte armée.
Ils ont tué le Chef de Poste de Mihanga,. libéré les
détenus Hutu, tué le commissaire de Police et un
brigadier à Kibabi. . . La révolte des Hutu était une
conséqr.rence inévitable de Ia situation démographique
dans La chefferie l{ashali. Les Hutu représentent la
majorité de Ia population soit 65 %. Par leur nombre,
r
ils étouffent pour ainsi dire les populations Bahun-
!l
Cle

ti) Mininter. Rapport de la mission Teuwen, op. cit., p. 16.

t
t
I 11

I §{ D'après Ies descendants des personnes transplantées par


1'autorité coloniale belge dans Ia zone de Masisi(1)

I Dans ce dossier adressé à la commission "Assassinats et


r-iolations de droits de Ithomme, de la conférence nationale
I souveraine, 1es signataires de dossier, en l'occurrence Monsieur
RLTGENERA Balthasar et consorts, déclarent ce qui suit :
"Dès 1e désaccord en 1962, lors de la création de Ia
I province du Nord-Kivu, entre d'un côté, Ies élus Hutu
et det f'autre côté les élus Hunde, Nyanga et Nande,
ils s en est suivi un combat acharné qui opposait les
I deux parties. Ces derniers avaient signé 1a requête de
I t érection du district du Nord-Kivu en province sans
associer les Hutu. Ceux-ci sty opposèrent préférant
, gu€ leurs zones soient rattachées à Ia province du
I .
' Kivu central. La corruption et les merrsonges pour
récupérer Goma ont émaiIIé I'historique de eette
nouvelle province. Entre atrtres mensonBesr iI fallait
présenter toute personne hostile à cette nouvelle
T province comme rwandais, étranger, réfugié politique
tutsi, etc. alors qu'iI n'en était rien.
Ctest dans ce même cadre des mensonges et d'intrigues
qlre M. BISUKIRO Marcel, hutu autochtone de Rutshuru
fut démis du poste de Ministre du commerce Extérieur
du Gouvernement Adoula en 1962. Ctest également Ie cas
I de plusieurs sénateurs et députés Hutu dont MIDI'BURO
Joseph qui furent faussement accusés de connivence
avec 1e sécessionniste Tshombe.. Ce climat a contribué
I à Ia détérioration des relations entre les Hutu,
Nande, Ny&nga et Hunde. Ainsi après Ia" création de la
nou.,reIle collectivité de Bashali, vers 1963, le Mwami
Bashali S;rlvestre procéda à Ia destitution systémati-
I que de tous les notables, les chefs de localité,
chefs de groupement
les
issus de Hutu dont la mise en
place datait de la période coloniale, exception faite
t de deux membres du coIlège permanent M. BATENDA Pierre
et GATABAZI Stanislas qui avaient été élus en 1960.
Ils les remplaça par 1es Hunde.
t II faudra remarquer que pour avoir une coflectivité
autonome, 1e Mwami Êashali, alors chef du groupement,
devait avoir kreaucoup dtargent pour corrompre les
autorités provinciales. Cet argent provenait des
I cotisations obligatoires des Hutu. "Ce fut une surex-
ploitation effrénée par des taxes de toute nature :
vaches, chèvres, poules, argent, etc. . . Cette situa-
I tion a renforcé le malaise et La détérioration des
' relations entre Ies deux ethnies habitant essentielle-
ment la collectivité Bashali : Hutu et Hunde.
Vinrent alors les élections locales et légistatives de
T

I i, Dossier massacre dit "Kanrrarwanda" Septembre-oetobre l-965


de plus de 500 personnes à charge de Mwami .Bashali Sylves-
tre, inédit. pp , 1-7 ,
I
I
L2

1965 qui furent truquées par les Hunde qui contrô-


laient toute 1'administration partant les éIections
tant locales que tégislatives. Quoique électeurs et !LË
éligibles et représentant plus de 85 % de Ia popula- -l
tion de la collectivité, les Hutu n'ont pas réussi à
faire passer aucun candidat. La proclamation des
résultats en juin 1965 a provoqué un sentiment de
révolte totale.
La déIégation Hutu, pour revendiquer fe droit chez le
Élouverneur PALUKU Dénis, Nande, n'obtint pas gain de
cause. Le 18 septembre 1965, 1'assassinat d'un paysan
hutu de Mutobo par un policier qui était dans Ia suite
de M. MALIRA Polycarpe, Hunde et alors Chef de Poste
de Mihanga, fut 1té1ément détonateur des massacres. Ce
hutu fut fusillé au moment où iI voulait à tout prix
récupérer ses vaches que M. MALIRA Polycarpe et sa
suite voulaient en accaparer. Toute Ia population des
environs a poursuivi les fugitifs. M. MALIRA, fatigué,
a été abandonné sans arme et capturé par Ia popula-
tiorl. Alors que cette dernière frappait sur lui, 1e
fils du paysan tué lui administra un coup de lance qui
I'atteignit mortellement. Le cadavre fut abandonné et
récupéré par les policiers. A leur passage, ils
tiraient sur toute personne croisée, brûlaient les
maisons des paysans après Ies avoir pitlées et les
captifs non tués transportaient les butins et Ie
cadavre MALIRA et furent tués dès leur arrivée à la
destination. A ce moment les Hunde clairsemés au
milieu de Hutu furent pris de panique et se réfugiè-
rent à Burungu c}rez Bulenda et à Mweso clrez Bashali.
Les gendârmes conduits par SOMEMA Gaston, commi_ssaire
de 1a Gendarmerie G.D. à Goma et'accompagnés des
élérnents Hunde ont parcouru toute Ia collectivité en
tuant hommes, femmes ou enfants hutu. Les vaches,
chèvres et autres biens étaient emportés. . . Les
maisons et centres commerciaux pitlés et incendiés,
ntont jamais repris.
Du côté de Hutu, i1s ont incendié toutes les maisons
de Hunde et ce climat ne prendra fin qutavec Itinter-
vention personnelle de Mgr BUSIMBA auprès rles autori-
tés provinciales du Nord-Kivu, après trois semaines de
carnage. tt

T1 importe maintenant dtexaminer les'. causes aussi bien


Iointaines qu'immédiates de ce c.onflit dj-t Kanyarwanda par abus
de langage comme les faits viennent de nous les prouver. rl eût
été d'a.irleurs plus correct qu'on re bâtisât conflit "Kahunde-
Kahutu" de septembre 1965.

SECTION 2 z LES CÀUSES LOINTAINES

Nous Ies examinerons selon qo'"tt*= sont données par les


13

Hunde ou par les Hutu.

§1 Selon Ies Hunde

Selon ces derniers nous polrvons retenir comme pri-ncipales


causes lointaines, les grand nombre des Hutu, la crainte
d'éviction du pouvoir coutumier Hunde et autres postes adminis-
tratifs et politiques par les Hutu et la question de la nationa-
Iité.
I. Le grand nombre des Hutu
A partir des déclarations faites à 1a commission Teuwen par
les Eami et notables Hunde nous inférons que Ia masse des Hutu
1e.s" inquiétait. A cet effet, nous mentionnons ces déclarations
du Mwami Kalinda et ses notables(')
"A cause de f immigration massive..., Ies Hutu étaient
devenus très importants en nombrê. . . "

Et, le Mwami BASHALI Sylvestre et ses notables(2) renche-


riront ultérieurement :
"La r:évolte des Hutu était une conséquence inévitable
de 1a situation démograptrique dans la chefferie
Washali. Les Hutu représentent Ia majorité de la
population soit 65 %, Par leur nombre, ils étouffent
pour ainsi dire les Hunde. "
II La crainte d'éviction du pouvoir coutumier Hunde et autres
postes administratifs et politiques par les Hutu
Cette cause découle de 1a première. Le poids dérnographique
des Hutu devrait ipso facto les amener. à revendiquer aux Hunde
ie partage du por-rvoir. Ctest ainsi que devant Ia mission Teuwen
1e Mwami l(alinda et ses notables déclarent :
"Le gollvernement colonial avait déjà c réé le Gishari
en chefferie autonome avec à sa tête un tutsi BUCHANA
YANDI. Les autorités coutumières bahunde protestèrent
auprès des gouvernement colonial be1ge. . . rr

C itons également ces déclarations du llwami Bashali et ses


I
notables (') pour mettre en exergue leur crainte de se voir
evlnces par Ia majorité hutu :
tt
A cette conf rontatioi-r ils ont déclaré qu'ils

r1r Mininter, Rapport de Ia mission TS:uwen1 op. cit., p. 14,


,2.
l'i Idem, p. 18.
c
{''l Mininter, Rapport de la mission Teuwen, op, cit. , p;r l-7.
L4

exigeaient une représentation dans 1a hiérarchie


coutumière étant donné qut ils sont plus nombreux que
les Hunde.
Ils demandent une orglanisation coutumière autonome,
sinon la majorité dans le Conseil des sous-chefs et
notables. . . ".
III. La question de la nationalité
Ce problème qui est pourtant une fausse cause du conflit a
été abondamment évoqué par bon nombre de politiciens et juristes
pour expliquer le conflit entre les ethnies du Nord-Kivu. I1
apparaît au contraire comme l'arme des politiciens du Nord-Kivu
pour exclure les autres de postes politiques et adrninistratifs.
Comfne cette question est commune aux deux chapitres qui consti-
tuent l t ossature de notre travail, nous I'aborderons en profon-
deur sous le, deuxième chapitre.

§2. Selon les Hutu(1)


Pour eux les ca.uses lointaines sont les suivants :
1" le déssacord, en 1962, lors de la création de la province
du Nord-I(ivu, entre d'un côté, les élus Hutu et de I'autre
côté les élus Hunde, Nyanga et Nande. Ces derniers ayant
signé Ia requête de 1'érection du district du Nord-Kivu en
province sans associer Ies Hutu; ceux-ci s t y opposèrent
préférant que leurs zor,es soient rattachées à la province
du Kivu central (actue1Ie région du Sud-Kivu);
2" Ia tribalisation de La nouvelle collectivité de Bashali
après sa création en 1963;
ao Ia surexploitation de 1a population hutu;
4" 1'excitation de Ia population hutu par Ie Mwami Kalinda qui
n'avait pas digéré 1a division de son ancienne collectivité
dont une partie venait dtêtre autonome au profit du Mwami
Bashal I .

SECTION 3 : LES CAUSES IMMEDIATES


Pour Ies Hunde I'unique cause immédiate est Itassassinat du
Chef de Poste de Mihanga r Monsieur I"IALIRA Polycarp" ( 2 ) , un
hunde.

De leur côté les Hutu avancent comme causes immédiates. le

(1) Dossier massecre dit de Kanrrarwandal op. cit., pp. 7-7,


(2 ) Mininter, Rapport de la mission Teuwenr op. cit. r pp. 14 et

I
18.

I
15

truquage des éIections locales et 1égislatives par les Hunde et


1'assassinat d'un paysan hutu de Mutobo(1).
SECTION 4 : LES PROBLEMES JURIDIQUES POSES PAR CES CAUSES

Il ressort des faits et des causes susmentionnés que quatre


problèmes juridlques peuvent être retenus :

Le premier est la défairlance de 1'Etat Zaïrois (congolais


alors) à faire respecter la loi sur f immigration et la police
des étrangers ( §1 ) .

Le second est celui ayant trait à rtassociati-on ou partage


du pouvoir coutumier ( §2 ).
Le troisième problème est celui du statut juridique après
rtindépendance'des terres occupées par les populations trans-
plantées par Ie pouvoir colonial belge (§3).
Enfin 1e quatrième problèrne juridique a trait à la nationa*
lité d'origine des populations transplantées (§4).

§1. arrce de olai ecter


t
sur ] immigration et Ia police des étrangers
Pendant les premières années de I t indépendance du zaire
(congo), res services d'immigration n'ont pas bien assumé leur
rôle surtout aux frontières. Il en sera de même ultérieurement
jusqutaujourd'hui. Les gens traversent du matin au soir les
frontières sans aucune formarlté contrairement à r t époque
coloniale, c'est-à-dire avant I'indépendance.
cela entraîna comme conséquence, en ce qui concer$e les Hutu
et Tutsi, leur classification en quatre catégories(4) :
a) Les Hutu autochtones
b) Les personnes transplantées par re pouvoir coronial belge
par migration organisée de 193? à lg1Ar êssentiellement
Hutu
c) Les réfugiés de 195g essentiellement Tutsi
d) Les infiltrés Tutsi et Hutu d'après r'indépendance.

(1) Dossier massacre dit de Kanvarwandal op. qit., p. 7,


(2) Mininter, Rapport de la mission Teuwenr op. cit. , 5-Zg,

l I
L
t §2. Partage du pouvoir coutumier
16

Nous nous étendrons sur ce problème dans 1e deuxième


chapitre. Signalons tout simplement à ce stade de nos analyses

I que Ie pouvoir coutumier dont question ici est constitué par l-a
chefferie de Bahunde ainsi que celle de l{ashali qui deviendront
plus tard des collectivités-chefferies

t
eonformément à l'Ordon-
nance-1oi n" 82-006 du 25 Février 1982 portant organisation
territorialer politique et adninistrative de La République du
Zaïre (') .

L §3. Statut ,juridique des terres


transplantées
occupées par Ies personnes

._'
Jadis ces terres faisaient partie des concessions des

I sociétés à charte comme Le Comité Nationale du Kivu (CNKI).


Aujourd'hui elles font partie soit du domaine pubJ-ic soit dtr
domaine privé de ItEtat conformément à 1'article 3 de I'Acte
constitutionnel de Ia transition et à la loi n" 73-021" du 20
juillet 1973 portant régirne général des biens, régime foncier et
immobilier et régime des sûretés telle que rnodifiée par La loi

I n' 80-008 du 18 juil]et


foncière".

§4. La nationalité
fgSO(2); loi communément appelée "loi

d'origine des populations transplantées


dit précédemment, cette catégorie des personnes
F Comme
constituée essentiellement des Hutu est sui generis c'est-à-dire
T qu'elle ne'pourrait être confondue ni à 1a main d'oeuvre recrutée

I
i du Rwanda pour les entreprises minières, ni aux réfugiés de 1959
ni aux infilt'rés, personnes venues librement en dehors de
I'immigration organisée(3). Quant au problème Iié à sa natio-

I
i
(i) J.O R.Z, n' 6 du 15 mars 1982.
.r.
(') J.O. R.Z. n'15 du 1er août 1980
(3)- Voir Mémorandum à Ia C.N.S. relatif à }a nationalité des
personnes transplantées par le pouvoir colonial dans Ia
I zone de Masisi, Mémorandum signé par Rugenera B et con-
sort,s, Kinshasa, 1992 r pp. 12-13, inédit.
Mininter. Rapport de Ia mission Teuwen, op.cit. r pp. 5-29,

I SPITAELS, R. Transplantation des Banyarwanda dans Ie Kivu


Nordr op. cit.r pp. 111 et ss.
- L. LACGER : Rwanda
Namur, 1939, p. 6.
, Tome 1er, Edition Grands Lacs,

I - R. BOURGOIS, Banyarwanda-Burundi, ' tome 1er, Bruxelles,


1953-8' P'38'
(suite...)
I
l nal ité dt
17

origine, nous en réservons les développements


deuxième chapitre. Notons tout simplement que ces personnes
furent électeurs et éliSibles lors des élections consécutives à
1'accession du Zaïre, alors Congo, à Ia souveraineté nationale
au

et internationale 1 coflrrnê elles l t étaient âussi antérieurement,


L à I'indépendance du pays.

SECTION 5 : BILAN DU CONFLIT ''KAHUNDE-KAHUTU''

! vue:

§1._ Du
Ce bilan peut être dressé en considérant trois

point de vue humain


points de

Faute de statistique officielle, i1 y a lieu d'interroger


les protagonistes pour savoir combien i1 y a eu des morts ?
Pour les Hunde, nous citons cette af f irmation de BIRHAHI{IA
swega(1 )
"Le mouvement "KAHUTU" autour de 1'assoc iation gahutu
reprendra dans les collines de BuBihe et Mutobo en
date de 09 / Ll / L965 . Là 'rBEAUCouP" ( " ) de Bahunde vont
mourirtt

Bien qLre I'auteur parle de ((beaucoup§ de Bahunde vont


mour]- r, i I ne cite qu'une persônne. En effet,.i1 poursuit :

IL "Le 18 septembre 1965 MALIRA Polycarpe, Chef de Pgste


de Mihanga était cruellement assassiné à Mutobo"(')
Le rapport de Ia commission Teuwen lui-même ne par1e, pour
les Hunde, que d'une personne morte à savoir MALfRA Polycarpe.

I
Nous disons donc, sous réserve des recherches ultérieures
fiables, qutil y eut, pour les Bahunder eu'une seule personne
tuée.

t (")(. . . suite
RUKATSA,
)
H. L'implantation des immigrés au Zaïre. 1e cas
dçs personnes oriEinaires du Rwanda, Dissertation présentée
T pour I t obtention du grade de Docteur en Sciences sociales,
Université Libre de Bruxelles, Novembre 1988r pp. 64 et 65.

I (1) BIRHAHWA Bwega, Llautorité traditionnelle et son impact sur


Itadministration publique en territoire
Kivu), cité par MAGIRA 8.I., op. pit.,
de Masisi, Nord-
p. 80.
r (2)
.l

(')
Ctest nous q.ui soulignons
BIRHAHWA, B. op. cit., p. 80.
t
I re
*
J
L 18

L f:î_a:=^:"J^1,.
dans ]a
o":cendants des personnes transplantées
l:: par
zone de Masisi le pouvoil-r orh onial berge donnent une
1i
ffci aussi sous
tr réserve dtr.,rt"a=
d": investigations ultérieu;;'-;;" noms qui retenons
quinze personnes.
qui seraient
seraient donnés t r-.iâ^
À l,
rlonnéq à aide
pour Ies Hutu,

t §2.

t Dans son p.V. adrninistratif


trict es Vol_cans note : (2 ), le commissaire de dis-

t "voyant que notre mission


quelqu chose, nous avons pris n,allait pas aboutir à
I'initiative
aux chefs de file Kahutu. prus de trente huttes
chefs.
de faire
brûler toutes les huttes abandonnées et appartenant
de
L "-"b:1,L"s
et Mutob«: " (' ) .
furent brûlées compfèl*rà"t à Kahanga

t Ici,
a)
par I'arithmétique simple, nous dénombrons :
pour Llne famille comprenant père et mère et

t trente huttes brû1ées fois trois. ce qui donneunexactement


enfant :
quatre-vingt dix personnes sans abri.
b) pour une famille moyenne comprena.nt père, mère
et quatre
enfants : trent,e huttes brûrées fois six personnes,
ce qui

! équivaut à cent quatre-vingt personnes sans abri.


A ces chiffres nous devons ajouter

II
sept autres huttes
brû1ées à Kahanga(4).

En appliquant }e même car-cur, nous aurons :


huttes brûlées fois trois, donnent vingt et une d,une part sept
personnes sans
abri, d'autre part sept huttes brû]ées fois six donnent quarante-

I deux personnes sans abri.

Le commissaire de district des vorcans


r que res Hunde sont responsabres de beaucoup1ui-même reconnaît
Hutu. A ce sujet il écrit !
"comme je
d., abus envers res

bien détairré dans ma rettre n"


r 3a7z/gL4/ÿr.6'aidu 11 août 1965 adressée
Gouverneur de 1a province du Nord-Kivu, à Monsieur re
res Hutu

r (i) C'e§t nous qui soufignons.


P.V. administratif
I
(2) op.. cit,.,
qui n'existe plus ' aujourd'huip. comprenait
30. Le District de Volcans
à 1,époque i;;
actuelles zones de Goma, Beni, Lubero, Masisi, Rutshuru et
I{aIekale.
t (3)
(4 )
P.V. administratif r op. cit., p. 30:
Mininter, Rapport de Ia mission euwenl op. cit., p.
I
30.

I
19

auraient pu se plaindre contre les Hunde devant un


tribuna] pour les divers abus réservés à leur
égard"(l).
11 est donc vrai que des biens économiques i-mportants des
Hutu ont été détruits et par les Hunde eux-mêmes et sur ordre de
1' administra"tion locale.

§3. du point de vue politico-.'iuridique


Ce poi't. de vue sera examiné au deuxième chapitre. Notons
tout simplement deux choses eu égard à ce conflit : dtune part
Ies Hunde voulant continuer à représenter seuls Ia zone de Masisi
dans tous les rouages de ltEtat tournent Ie dos au droit avec
toütes les conséquences qui en découlent. D'autre part, les Hutu
et les tutsi se considérant comme lésés dans leurs droits
fondamentaux recourent au droit pour Ia défense de ceux-ci.

(1) P.V. administratif , op. cit. , p. 33 .


L
I
20

CHAEITBE If . LE COHFLIT I}IT I}E L,ÂPBES-

t COilTEEET{GE I{ÂTIOHITLE SOTTVERAIHE


(!iltB§, ÂYBrL, lîÂJ 1993 )

I Ce conflit ethnique opposa durant tous les mois de mars,


avrif et mai 1993 fes ethnies Nyanga et Hunde aux ethnies Hutu

t et Tutsi.

t Le cadre territorial de ce conflit ouvert fut donc : la zone


de t{alikale principalement, les groupements de Kisimba et Ihana,
La zoîe de Masisi et }a collectivité de Buito dans la zorre de

I
_1.
Rutshuru(').
. Pour bien cerner ces événements Sanglants, nous verrons

t d'abord les faits tels que relatés par les différents témoins
(section 1), Ies causes aussi bien lointaines qu'immédiates
( section Z) , Ies différents problèmes juridigues posés par ces
faits et causes ( section 3 ) , ensuite nous dresserons 1e bilan

!I (section 4).

SECTION 1ère : LES FAITS


à ce conflit sont relatés de divers

!
Les faits relatifs
manières selon la date du récit. Voici ce que dit Colette
Braeckman en septembre 1993, quatre mois ap.rès les événe-

t
,
ments('):
"En mars dernier, alors que l-es esprits étaient déià
échauffés, Ie piège se referma : le 2O, des inconnus,
armées de fusils et de machettesl envahirent Ie marche

t de Ntoto, dans Ia zone de I{alikale, tuant un grand


nombre de Hutu et Tutsi, tandis que, le lendemain des
chrétiens étaient massacrés au sortir des églises
à la base les jeunes
t catholiques et protestantes...
attaquanüs sont armées de fusils calibre 12 et dtarmes
automatique r et encadrées par des gendarmes. A tous
les niveaux, 1'orgianisation bénéficie des appuis
t directs ou à tout Ie moins complaisants du pouvoir
politico-militaire. ..
Attaqués I les Hutu et Tutsi se sont défænus r massa-
tour tous les ressortissants dtaut'res
""*ni à leur
T
I (1) Voir Rapport final sur les.iournées de réflexion et de
sensibilisation à la réconciliation et à 1a cohabitation
a"=
"tf*i"=
p. 1.
tenues à Mweso du 25 au 28 novembre n' 2) 1993,

T (2) Colette BRAECKMAN, "Le Zaïre a feu et à sang". oP. cit., P


28.

I
I -,t-
2L

ethnies.
Mgr gbu Fausi$ EvÇue de Gom., évouant ce conflit entre
ethnies voisin. confia au journal Le Phare du 20 avrif 1993 en
ces termes(1)
"Nous avons appris, par des sources crédibles, 1a
triste nouvelle de la mort de plus oll moins mil1e
personnes dans les zones de hralikale et de Masisi. Les
cases sont brûlées, les Villages détruits et des
milliers de personnes sont dispersées sur les clli-
nes, et dans les lieux où elles espèrent ê'tre proté-
gées. Mai-ntenant c t est Ia f amine, 1e f r oid et Ie
désarroi. . . Les faits qui ont commencé 1e 2A mas
1993, nett
sont pas encore officiellement connus par le
pays. . .

' Nous pouvons aussi ajouter ce constat de CARITAS/Katoyi du


T
27 /8/1993(") :
"Dtaprès les informations que nous avons reçues de la
bouches des fugitifs ( tes uns grièvement blessés ) , 1e
coup d'envoi part du grand marché de Ntoto, Samedi 1e
20 mars 1993 : toutes les personnes hutu et tuts i des
environs et celles venues des diverses localités
voisines en zone de Masisi y perdent la vie : pas de
survivant . Le lendemain, le dimanche 2l marq 1#93 t
commence un véritable carnage : on coupe les ponts, on
va de village en village; tuant hommes, femmes et
enfants et en incendiant toutes -les maisons. Les
églises ne font pas exception. On calcule les heures
du culter orr y va pour ratisser tous Ies fidèIes.
Notre attention est concentrée sur Buoyi. . . Les
occupants de cette localité ont éTé surpris, mas il
y a eu quelques fuyards, ayant laissé derrière eux
tout.. ceux qui sont plus à I'intérieur de Walikale,
ils n'ont pu fuir, ils ont tous péri...".
Relevons enfin ees passages tirés du Livre Blanc du

I gouvernement de Transition d,u Zaire dirigé par TshiJekedi sur la


situation des Droits de ItHomme dans les Provinces du Shaba
(Katanga) et du Nord-Kivu(3) :
I "Les massacres a grande échelle ont effectivement
débuté le 20 mars à Ntoto mais de nombreux signes

I (1) !1gr NGABU, F. "Massacre de Walikale et llasisi


Kivu" in Le Phare n' 227 du 20 avril 1993.
dans le Nord-

I .r.
(" ) Dossier Vassacre des populations abusivement appelées
Banyarwanda dans la zone de WaIikale, secteur Katoyi,
27 /03/1993, inédit.

I (3) Ministère de la Communication et Presse, Livre Blanc sur la


situation des Droits de ltHomme dans les .Provinces du Shaba
(Katanqa) et du Nord-Kivu, 1993, pp. 31-34.
I
I r
-l

22

I avant coureurs furent perceptibles et une volonté


politique positive aurait certainement pu éviter les
développements dramatiques qui seront enregistrés par
I la suite.
Ainsi, le 2 février, Ie Chef de groupement Malalamiko
Ya Makaji de Muhanga faisait incarcérer arbitrairement
I 6 notables banyarwanda.
Le 2 mars MM. Sebazungu, Sefuza et Mutambusa sujets
Hutu-Tutsi avaient été arrêtés par des militaires
obéissant au Chef de groupement I{etemwahi et atroce-
I ment torturés ( sic ) .
Le I mars 1993, M. Rviubusisi Khomoje du village
Rushuli (paroisse Nyakayiba) se plaint auprès du
I Gouverneur et du Proeureur de la République de Goma
d'avoir été torturé les 14 et 23 février du fait de
son appartenance ethnique par des chefs Hunde-Nyanga
accompagnés d'éléments des FAZ,
I Mais toutes les plaintes relatives aux violations des
droits de l'homme déposées auprès des autorités

l politi-ques, militaires, administratives et judiciaires


sont restées sans écho.
Le 20 mars 1993 à Ntoto (Ouest de Masisi), Ia rumeur
s'est r,épandue qu'un leader Hutu, le Prof Ntinyumu-
l nyerwa(') de Ia faculté de Droit de I'Université de
Kinshasa, venait dtadresser à ses frères ethniques
Itinjonction de ne plus accepter d'ordres des respon-
l sables territoriaux et coutumiers d'origine Hunde. et
Nyanga. En tout étant de cause, Ie porteur dtune
lettre de M. Ntinyumenyerwa à des membres de la

l mutuelles MAGRM (MutuelIe agricole des Virunga)


avait été appréhendé ( illégatement ) sous I'inculpation
de "subversion" par le Chef de Poste'de Ntoto, M.
Amisi Mutshinyar urr Nyangar cê qui provoquera une
manifestation . de Hutu exigeant la ]ibération
I 1'homme. Le Chef de Poste décréta alors que les Hutu-
Tutsi devaient se préparer à regagner leur pays (t,e
de

Rwanda) "dans les prochains jours". Avant d'informer


I Ies autorités régionales qu'une rébel1ion "armée"
avait éclaté et que les ((rwandaisg avaient décidé de
passer à I t attaque pour chasser tous les aufochtones
I de Masisi endéans une semaine afin de rendre ce terri-
toire au Rwanda auquel iI aurait appartenu dans le
temps. Les Hutu signalent qutavant le 20 mars, des
notables Nyanga leur avaient sigrlifié qu t ils ne
I devaient plus planter des palmiers dans leurs propres
champs. Les représentants de l'autorité administrative
Iocale sont a.ccusés avoir imposé des travaux dtutilité
I publique et de dîmes obligatoires aux seuls Hutu-
Tuts i .
Désigné pour effectuer une enquête, sur ces incidents,
Ie Commissaire de Zone Assistant de Masisi demanda d.e
I renforts militaires. Ceux-ci ntarrivant pas suffisam-
ment vite à son goût et devant I'amplification des

(')
1

Le style et erreur sont repris tels quels.


23

rumeurs dtune attaque imminente des Hutus-Tutsis,


contre les autochtones, gll'on situait même au Lundi 22
mars (sans aucune preuve), it décida avec 1'accord du
Vice-Gouverneur de mobiliser des bandes de jeunes
désoeuvrées Hundes-Nyangas pour "assurer sa sécurité".
Ce groupe rassemblé théoriquement pour protéger
I'émissaire mobutiste est identifié comme responsable
du massacre du samedi 2A mars au grand marché de
Ntoto. Après avoir bloqué toutes les issues (un pont
a même été détruit pour Ia circonstance), les assail-
lants ont attaqué à trois heures du matin. Un vérita-
ble carnaple : à coups de lances, de flèches empoison-
nées, de machettes et dtarmes à feu, les ((Banyarwan-
dagr tués. Plusieurs di.zaines de femmes Iigotées ont
été emmenées vers une destination inconnue. On estime
à plus de 100 morts Ie nombre de victimes Hutus-Tutsis
pour cette seule journée au cours de laquelle p1u*
sieurs témoignages révèlent Ia passivité des représen-
tants des pouvoirs publics.
Dès le lendemain, 2I mars, }e carnage s'étendait dans
ltensemble de Masisi : tous les villages sont visités
par des bandes excitées qui tuent et brûlent des
cases. Ctest un dimanche et des fidèles Hutus sont
poursuivi-s jusque dans des églises et abattus. Plu-
sieurs victimes seront noyées dans la rivière Lowa.
Les 9 et 10 a.vril, un groupe de 11 militaires des FAZ
a assassiné plusieurs dizaines des ressorti.ssants
Hutus et Tutsl à Kaniro (Masisi) et à Buabo. Le jour
suivant (11 avril) ils fusillaient LZ innocents à
Muvumu et incendiaient près de 300 maisons d'habita-
tions.
Le 13 avril 1993 toutes les habitations du village de
KaIangaIa ont éLé incendiées.
Le 14, trois personnes étaient tuées par des assail-
lants Hundes dans une ferme de Kaniro et quatre autres
sur la montagne de Kahongore. Le 21 avril, Bulindi'
une localité habitée par les Hutus dans la collecti-
vité locale de Katoyi est incendiée, suivie Ie lende*
main des villages de Bwenaleme, Cyungo r Kahanga et
Mutongo
Organisés en groupes d'autodéfense armés, les Hutus-
Tutsis de Mohanga, Burora, Buabo, Shoa et Chamarambo
se livraient à leur tour dès 1a mi-avril à des actions
de rétorsion contre les communautés Hundes et Nyangas.
Ces représailles f eront plusieurs "'centaines de morts.
Le 18 juin 1993 Ie "Conseil des Ministres" de la
Mouvance Présidentielle ( gouvernement Birindwa)
annonçait que 1a paix venait d'être rétablie au Nord-
Kivu. C'est pourtant au cours de cette même période
(rni-juin) que la violence interthnique déborda Masisi
et l{al ikale pour se répandre au nord vers Bu j-to
(Rutshuru) et Lubero.
Sur la li-gne de front Buito-Rutshurur on a vu des
Hundes soutenus par les militaires sten prendre aux
Hutus. Ctest Itexplication du m&ssacre de 50 Hutus
perpétré le 23 juin à Kikuku près de Nyanzale par des
t_

! " éIéments de FLZ..." .


a,t

T Nous n'avorrs pas voulu apprécier ces faits tels qutils nous
sont relatés par les différents témoins. Les reeherches ultérieu-
T
t res confirmeront ou infirmeront leur véracité.
Cela étant, passons en revu les causes de ce conflit.

II
I

SECTION 2 : LES CAUSES DE CE CONFLIT


Relativement à ces causes, voici ces passages tirés du Livre
blanc(')
1

"Peu a,vant sa nomination comme Vice-Gouverneur du

I .
"
, Nord-Kivu, M. BQmwisk6 alors Commissaire du Peuple
(Dépulé de I'ex-parti Unique MPR de Mobutu) avait
déclaré dans une interview à l'hebdomadaire JUA : "Le
Rwanda nta qu'à accepter le retour de ses ressortis-

I sants au lieu de les laisser errer à travers Ie monde


comme des palestiniens. L'histoire a démontré que 1es
Tutsis, avides de pouvoir, sont toujours déstabilisa-

I teurs. Ils cherchent par tous les moyens à renverser


Itautorité établie... La population de I{alikale mta

r Lton ne peut douter que ces déclarations du Vice-Gouverneur

t du Nord-Kivu M. Bamwisho, faites peu ava:nL Ie déclenchement du


conflit, soient retenues parmi les causes dudit conflit.
Seulement nous pouvons abhorrer qutun député reçoive de sa base

I entre autres missions, celle d'attiser la haine entre les


ethnies. Etant donné que le mandat dtun commissaire du peuple
(député) est national, nous pensons qu'i} doit pArticiper à Ia
I construction du pays, 1e Zaïre. Or la reconstruction du Zaïre
passe nécessairement par la paix, 1a cohabitation et 1'entente
entre toutes les ethnies du Zaire estimées en 1975 à 450(3).
t Dtautres causes ont éLê avancées par Ies différentes
ethnies, Nyanga et Hunde, Hutu et Tutsi ainsi que 1es Nande.
I En effet, Iors des journées de réflexion et de sensibilisa-

I
I (1)

..).
Ministère de la Communication et Presse, 1e Livre Blanc du
gouvernement. . . op. cit. , p. 29 .

I ("
(')
) Clest nous qui soulignons
Bureau du Président de Ia République, Voici le Zaïre, 1975,
p. 2,
t
I
t_

!r 25

tion à la cohabitation des ethnies tenues à Mweso en 1993(1),

t chaque ethnie représentée par ses notables a donné les causes du


confl it .

t Ainsi pour les Hunde et Nyanga, ils avancent notamment Ie


non-respect des lois par les Hutu et Tutsi; la méconnaissance de
ltautorité établ-ie, Ia méconnaissance du statut, la nationalité
de Hutu et Tutsi(").

! Pour les Hutu et Tutsi, ils citent entre autres causes : le


problème de La nationalité, leur exploitation économique par
1'autorité .coutumière en pIace, le partage du pouvoir au sein de
T la chefferie, 1a spoliation des terres, etc.(').

I Pour les Nande, les causes de ce conflitr sont notamment :


.

!
le mauvais apprentissage de Ia démocratie, Itautori-té coutumière
non instruite, Ie non respect des autr.=, , l'intolérance, la non
reconnaissarrce du statut de chacunl etc. (').

! Si, selon la théorie de l'équivalence des conditions ou 1a


théorie de Ia conditio sine qua non, les causes s'équivalent et
contribnent toutes à ltavènement du résultatr ên Itespèce Ie
r conflit de Itaprès-C.N.S., nous pouvons quant à nous retenir les
causes suivantes de ces affrontements :

I Dtune part le rapport final des travaux de la C.N.S. sur Ia


nationalité (§1) et d'autre part La surexploitation économique

I des Hutu et Tutsi par les Nyanga et Hunde ( §2 ) .

§1. Le rapport final des travaux de la C.N.S. sur }a nationalité

I En effet, alors que Itessentiel des déclarations des


représentants Hunde et Nyanga à la C. N. S. était centré sur
r I'exclusion définitive des rouages de I'Etat des Huiu et Tutsi,
la C.N.S., tirant Itattention du gouvernement de transitionr sê
prononcera comme suit au sujet de Ia question de Ia nationalité:
I "Lâ question délicate de nationalité a été abordée
avec les précaution qui s'imposent pour à Ia fois
concilier Ie souci de préserver au Congo (Zaïre) sa
I (i) Voir Rapport sur les journées de réf1exion... n' , op. cit.,
I (2)
pp. 5-30.
Voir Rapport sur 1es journées de réflexion..
cit.r pp. 21 et ss.
rr'2, oF.

I (3)
(4 )
fdem, pp. 11 et ss.
Idemr pp. 18 et ss.
I
I
26

vocation de pays intégrateur, "métissé", sans ostra-


cisme outrancier d'aucune sorter et celui de faire
rei3pecter ies Iois nationales en matière d' immigration,
de résidence ou de naturalisati-on, "tout en évitant de
plonger des catéqories de citoyens dans 1'apatri-
djg"îT s"t mettrait notre pays au banc des pays
violateurs de droits de 1'homme.
{ Notre peuple dqit désormais apprendre à ne plus jamais
j violer ses propres Iois dans des matières aussi
I délicates ni chercher à rêmettre en cause inutilement
jles droits acquis par des Citoyens. La paix soçiale,
le progrès et Ie développement sont à ce prix"(').
rlest vrai que cette conclusion a mécontenté beaucoup de
leaders et notables Hunde et Nyanga qui tiennent mordicus à
excJtrre politiquement Ies Hutu et'Tutsi. Il fallait donc pour
ceux-Ià attiser le conflit comme pour se rendre justice.

§2. La surexploitation économique des Hutu et Tutsi par les


NyanÉa et Hunde

Ceci se traduit par des impôts et taxes multiples et


injustifiés que les Hutu essentiellement paient périodiquement
aux représentants de 1a collectivité. Souvent les bénéficiaires
justifient ces impôts et taxes d'une façon arrogante et humi-
liante comme le "rachat d.'un droit d'exister au Zaire"(3).

SECTION 3 : PROBLEMES JURIDIQUES SOULEVES PAR CE CONFLIT(4).

conflit soulève deux sortes des problèmes dont Ie premier


Ce
tient au partage du pouvoir d'une collectivité (§1) et Ie second
à Ia nationalité au Nord-Kivu ( §2 ) .

(1) C'est nous qui soulignons.


(t) Rapport final des travaux de la C. N. S. , Texte intégral du
rapport général présenté à la clôture de Ia C. N. S. par
Maître Kinkela vi Kans'y. In Zaïre Afrique n" 273, mars
1993, p. 195 .
t3) Ctest nous qui soulignons.
(4 ) Rapport final sur les journées de réflexion, op. cit. r pp.
10-30.
I 27

I l.*,
r Nous devons dlsti-nguer seron qu,ir
secteur ou d,une collectivité_chefferie(").s,rasit d,une collectivité

I r.

I 1. Définition : art lZs


La corlectivité-secteur est une entité administrative
décentralisée qui comprend un ensembre générarement disparate de
I petites commllnautés tradit ionnerles
indépendantes, organi sées sur
la base de ra coutume, mais nurnériquement
déveropper harmonieusement dans trop faibres pour se
tous
I tête
.w'r
2, Orqanes : art 1Z7 ,
fes
chef éru, reconnu et investi par domaines et ayant à sa
res pouvoir pubrics.

I Ils sont identiques à ceux d


sont notamment : 'une collectivité-chefferie. Ce
a. Le Comit6 popu laire de 1a collectivité
I b. Le Conseil de Collectivité et
c. Le Chef de CoI lectivité.

I Avec 1e pluralisme politique introdui


1990, 1e comité populaire de 1a collestivité t au zaïre depuis avril
n,existe plus car
I i1 était un organe du parti-unique,
subdivision territoriale
rci donc toutes les ethnies Hunde,
le M.p.R., à ce niveau de

peuvent être représentées et N_vanga, Hutu, Tutsi et Nande


T au niveau du conseir de collectivité
et Llne rotation se faire pour le
chef corlectivité;
termes de r'art 131 de 1'ordonnance-Loi car si- aux
I co]lectivité règle tout ce qui est
des dispositions particulières cet
précitée,
d,intérêt
intérêt
rocar
re conseir de
sous réserve
être assuré que si tontes ces ethnies focal ne peut mieux
t rr.
y trouvent leur compte.
(,)
t 1. Définition : art 724
Line corlectivité-chefferie est une entité administrative
décentrarisée qui comprend un ensemble
généralement homogènes d.es
T
(1) Idem, p. 1b.
I .,)
(") Ordonnances-Lo i s n' 0az-ooo et
B2_007 du 25 février 1982
portant organisat ion territoriale,
6 du 15 mars 1992 , art lZ5 et ss. politis;... in J.o. n.
I (3) O.L. n' ùAZ-OO6 op. cit., art 724.

I
t
28

communautés traditionnelles organisées sur base de 1a coutume et


ayant à sa tête un chef coutumier reconnu et investi par }es
pouvoirs publics.

L'alinéa deuxième de même article dispose : "EIle est


administrée conformément aux coutumes, sous réserve des disposi-
tions de la présente ordonnance-1oi, et pour autant q.ue res
coutumes ne.soient contraires ni aux règres de droit public, ni
aux dispositions 1égislatives ou réglementaires qui ont pour but
de leur substituer dtautres règles".
2, Ses organes : Voir 1a eollectivité-secteur
cependant pour appréhender 1e partage du pouvoir entre les
ethni'es en présence au Nord-Kivu, nous pouvons brevitatis causa
analyser les deux orElanes que sont d'une part re conseil de
Collectivité et d'autre part Ie chef de collectivité.
A. Du Conseil de collectivité (art 130-136
a, Composition (art 130)
"Le conseil de collectivité est composé :
1. du chef collectivité;
2, de deux Représentants élus au suffrage universel direct sur
une base paritaire par les différents groupements composant
la collectivité;
3. des chefs de groupements.
Le chef de colrectivité est de droit Président du conseil"
b. Les attributions (art 131)
"Sous réserve des dispositions particulières, le Conseil de
collectivité règle tout ce qui est de 1'1ntérêt local".
B. Du chef de collectivité (art 137)
Ici nous nous Iimiterons à son mode de désignation.
selon 1'art 137, la désignation du chef de colrectivité se
fait de }a manière suivante : "
1. 1e chef de colrectivité-chefferie est désigné par la
"coutume"ffir reconnu par arrêté du ministre de ItIntérieur
et_ investi par 1e Commissaire Sous-Régional;
2. le Chef de Collectivité-Secteur est élu au sein du Conseil
de collectivité, reconnu par arrêté du ministre de r'inté-
rieur et investi par le Commissaire Sous-Régional.

I comme ir ressort du texte de I'ord-troi précitée (art 104 et


137 aI 1er) 1a Collectivité-Chefferie est une sorte dtaristocra-

I
I
L 29

t tie maintenue dans une république. ElIe signifie qutune seuLe

t famille est Ià pour gouverner les autres I c'est la famille des


ttâmes bien néestt.

t Aussi 1e Professeur VUNDUAI,{E Te Pemako, expJ_iquant dans quel


cadre les Institutions coutumières ont été retenues, dit :
"Si elles ont été maintenues, ctest dans un cadre

I anti-démocratique car elles supposent une aristocratie


appelée à diriger les autres. . .
Toutefois, elles servent comme autorité morale quton

I .,
supprimera petit à petit...
1e Chef d'une Institution
tants..."(').
Nous pouvons admettre que
coutumière associe 1es
autres tri§us soit comme Conseiller soit comme consul-

t Faisant nôtre cette observation, nous pensons qu,au nom

I
d'une paix durable d.ans Ie Nord-Kivu toutes les Collectivités-
chefferies associent les membres des ethnies ne faisant pas
partie de la coutume considérée soit comme conseillers de

! Collectivité soitime'mbres associés au Conseil de Collectivité.


Ainsi la collectlvité de Bashali (Masisi) et de Bwito (Rutshuru)
associeraient les Nyanga, Hutu, Nande et Tutsi pour assumer
certaines fonctions au sein du Conseil de Collectivité. CelIe ce
(walika1e),
i, wanyango groupement de Kisimba et rhana) associe-
raient les Nande, Hutu, Hunde ainsi que les Tutsi.

I Dans ce cas, I'intérêt


développement de l'agriculture,
local eui r à mon avis, comprend le
de l'élevage, de r'habitat ainsi
que la cohabj-tation pacifique entre ethnies différentes, sera

!I mieux défendu.

§2. La nationalité
L'étude des questions de 1a nationalité en Afrique(2) est
! liée à celle des ethnies et surtout des frontières africaines.
L'histoire enseigne qu'ava.nt 1e pârtage de I'Afrique à la
Conférence de BerIin en 1885, de nombreuses ethnies faisaient
r partie chacune d'un ensemble territoriar
en empire.
orgagrisé en royaume ou

r (1) VUNDUAI{E TE PEMAI(O. Droit admini" stratif et rnstitutions


r .1.
(')
administratives, Notes des étudiants, 3ème graduat, faculté
de droit. Université de Kinshasa, 1993-1994.
NTIRUMENYERI.\IA M. K. G. , Nationalité, Etat de droit et droit
I de lthomme, communication faite lors'des assises organisées
par }a Ligue Zaïroise de droits de l'Homme., Kinshasa 1gg3,
inédit.
I
I
30

. Le découpage artificiel imposé au eontinent africain


entraîna d'une part Ia présence au sein d'une même entité
terri-toriale soumise à une seule autorité coloniale non seulement
des ethnies homogènes mais aussi celles hostiles; ceci étant Ie
résultat d'un découpage guidé plus par des intérêts des puissan-
ces coloniales que par ceux des ethnies; et drautre part,
engendra les difficultés de denx ordres :
a) d'un côté éc1atèrent des conflits territoriaux dûs à 1a
contestation par les jeunes Etats du tracé frontalier
exi stant ;
b) de 1'autre apparut 1'épineux problème de définition de la
population constit.utive du patrimoine humain de chaque Etat
vu la naissance de nouvelles nationalités sur Ie continent.

. Si les conflits territoriaux trouvèrent Ieur solution


théorique dans Ie maintien du statu qlro territorial ou le
principe de l'intangibilité des frontières héritées de la
colonisation (1e principe de 1'UTt POSSEDETIS); ceux Iiés à la
définition de la population constitutive du patrimoine humain de
chaque Etat, trouvèrent, suite aux réalités propres au continent
africain, Ia solution de 1a nationalité de droit, c'est-à-dire
une nationalité définie par des lois positives et non par les
considérations d'ordre sociologique, ethnigüêr linguistique,
religieux, etc. Ainsi 1e 1égislateur africain a dû, dans 1e
domaine de 1a nationalité "faire front contre le réeI"(1),
selon l'expression de GENY reprise par Décottignies.
Pour bien cerner la question de la nationalité, source des
conflits au Nord-Kivu, i1 sied de définir le concept nationalité;
examiner son évolution en général au Zaïre depuis I'E.I.C.
jusqu'en 1993, année qui connut le dernier conflit constituant
notre deuxième chapitre, l'appliguer à chaque ethnie, à savoir
Hutu, Hunde, Nande, Nyanga et Tutsi; critiquer }a position du
1égislateur zaïroj-s dans cette matière et enfin proposer une
correction du texte actuel régissant Ia nationalité zaïroise
notamment l'abrogation des articles 20 et 21 de Itordonnance n"
81-061 du 15 mai l-982

A. Définition
La. nationalité est urr "lien qui rattache une personne
physique ou morale, et même un objet, à un Etat, déterminé, non
pas comme portion de l'espace, mais à Ia personne morale-

(1) DECOOTTIGNIES et M. de BIEVTLLE Les nationalités africai-


rrêsr A. Pédone, Paris, 1963, p. 22,
L
I puissance de droit" (1) .
t:
Lli

Le doyen Yvon LOUSSOUARN a défini 1a nationalité cômme "14


L qualité dtune personne à raison du Iien politique et iuridique
qui 1,unit à un Etat"(2). En complément de cette définition,
Roger DECOTTIGNIES et Marc de BIEVILLE font observer que Ia
L nationalité doit s'insérer dans le contexte démographique

t puisqutelle
stat(3).
permet d'établir Ia population constitutive d'un

t La définition devenue classique de 1a nationalité est cette


donnée par la c.I.J. dans I'affaire Notebobi*(4) où il est dit

t
que la nationalité est "un lien juridique ayant à sa base un fait
social de rattachement, une solidarité effective d'existence,
d'intérêts, de sentiments, jointe à une réciprocité de droits et

t de devoirs".
Henri BATIFFOL remarque lui, qutun même individu peut

t appartenir en fait à une certaine nationalité et relever en droit


d'une autre(').
L'observation de cet auteur nous oblige à faire la distinc-

! tion entre Ia nationalité de fait, la nationalité de droit, le


principe des nationalités et la nationalité effective(6).

t La nationalitéde fait est 1'appartenance à une communauté


dont 1a notion relève de la sociologie. La nationalité de fait
aurait ainsi comme assise une rnentalité commune à tous les
habitants du pays. Hauriou affirme même qu'une nationalité est
T une mentalité(?).

I cette option n'est pas valable pour la définition de la


nationalité de droit. La nationalité de droit n'a pas recours à
r I'existence d'une mentalité commune. EIle procède, qüant à elle,

I (1) MAMPUYA, K.A. Vie internationale, cours polycopié r 2e


graduat, faeulté de droit, Unikin, 1 986-19887, p. 31 .
Y. LOUSSOUARN, Droit international privé, DaIIoz ' 1962 ,
r
(2)
8èrne édit ion, p . 72,
(3) R. DECOTTIGNIES ete M. de BIEVILLE, op. cit., p. 21,

r (4)
(')
Â
Liechtenstein C. Guatemala, 6 avril 1965.
H. BATfFFOL, Droit international privé, L.G.D.J., Paris
1967 , p. 59 .

I (")
(?)
NTIRUMENYERIIA
' H. K. G. op. cit , P;
BATIFFOL H. op. cit. p. 60.
. 2-3.

I
r
I 32

I d'Un phénomène nettement différent(1) :


L'existence des Etats qui exercent leur autorité dans un

I territoi-re donné, sur une population déterminée. La détermination


de cette population est justement l'obiet du droit de la
nationalité. On peut donc définir la nationalité de droit comme
ltappartenance juridique d'une personne à la population constitu-
T tive d.'un ntat(2).
Cette définition réunit 1'unanimité de 1a doctrine.
I Ceci dit, il faut constater qu'iI n'existe pas dans l'état
actuel du droit positif international de nationalité indépendante
I de Ia notion d'gtat(r).
, Nationalité de fait et nationalité de droit ne se confondent
I p*à
"rr""
1e principe des nationalités qui est un reflet d'aspira-
tions ethniques.

I Le principe des nationalités est 1ié à la question des minorités


ethniques.
Sa philosophie est que Ia eoïncidence de Ia nationalité de fait

I et de Ia nationalité de droit est la condition nécessaire de la


liberté des peuples et de la paix internationate(4). Le prin-
cipe exprime en qqelque sorte Itidée d'un Etat uniethinique.
r Cette coïncide est irréa1isable en raison du mélange de popula-
tions qui conservent leurs nationalités de fait distinctes malgré
leur appartenarrrce juridltr" à un même Etat et leur cohabitation
I sur un même territoire(-).

I Les exemples sont Iégion dans 1e monde. Tls démontrent tous


et chacun que, dans un sens, la nationalité peut être vue moins
comme un lien de fanille spirituelle qu'un Iien uti-litaire entre

I 1'Etat et ceux qrri vivent sur son territoire(').


La notion de nationalité effective est, quant à elle,
I invoquée en cas de conflit de nationalité jus saniuinis et ius
soli, spécialement dans les arbitrages internationaux(').

f (')
1

(2 )
NTIRUMENYERWÀ,
Ibidern.
M.K.S., op. cit., p. 3.

T (3) NTIRUMENYERWA, M.K.G., op. cit. p. 3.


(1) Voir sur cette question REDSCOB, Le principe des nationa-
I Iités, R.C.A.D.I., IfI' 1931 et BATIFFOL, H., op. cit., p.
62 et suivantes.

t (') NTIRUMENYERWA M.K.G.' op. cit., p. 3.


K
I

(6 ) Ibidem
I
(?) Ibidem.

T
T
I 33
quelle est la nationalité
I .La seule règle c'est de déterminer
poj-nt, dans quel I ieu I' individtt
effective, c'estlà-dire à quelque I'on appelle la possession
est ce
se trouve fixé '
I
Ct
d'état(1) .
Zairois s'est
Cela étant, voyons comment 1e législateur
I comporté
jours.
en général vis-à-vis de ce concept depuis I'E.I.C. à nos
: sous l'E.I.C't sous Ia
I Ici nous distinguons trois périodes
colonisation belge 1908-1960 et sous
la Zaite IndéPendant'

T général
1885-1908
1..Èous la période de I'E'I'C' trois textes relatifs à la
Sous cette période nous notons
nationalité con$olaise'
29 décembre 1892(2)'
Le premier terte est Ie décret du

Lesecondestl'arrêtédu9mars1901'Lesdeuxtextes
déterminentlesmodesd,acquisitiondelanationa}itéCongolaise'
àsavoirlafiliation,Ianaturalisation,I,optionetla
présomPtion légale(i)'
du 21, juin 1904(4 ) qui
Le troisième texte est le décret
stipuleque"Toutindigènecongolais'tantqu'ilrêsidesurle
territoiredel,étatconservelanationalitéCongolaise,est.. la
soumis âux lois de l,Eiat, notamment en ce qui concerne
compétencepérrale,l'extraditionetl'expulsion'mêmes'il
prétendavoirobtenulPârr.oiedenaturalisation,derésidence
étrangère ou s'être
à r,étranger ou autrement, Lrne nationalité
ptacé en dépendance d'un pouvoir étranger"'
Nulnepeutcontesteràceniveauque""=.dispositions
d,ordregénérals,appliquemutatismutandisàtoutlepatrimoine
}rumaindel,EtatlndépendantduCongoquicomprendtousles
indigèneshabitantàI,intérieurdesesfrorttièresnotammentcettr
et Tutsi du Nord-Kivu'
des ethnies Hunde, Hutu' Nande' Nyanga
n" 42' citant ANCEL,
(1) Voir BATIFFOL, op' cit" p' 86'dunote 11 mars 1948'
IiAURY et la f àl-î"f'"""=Iovaque
Codes Piron ' -1960. , jT'- lïîf "*;.'; rffià 156'
(2 )
''. -5.1:*d",1e?1';
ffii;itffi;J'"i"r;i,-i#.,ii',*, PP' 153
(3 ) B.O. 1901, P' 23'
(4 ) B.O. 1904, P' 223, art 05'
I 34

I 2. Sous la période 1908-1960.


Ayons ici Itidée juste que 1'annexion de 1'E.I.C. à Ia

I Belgique a eu pour conséquence de céder son actif et son passif


à cette dernière, notamment le droit de La souveraineté et Ie
patrimoine humain. Par conséquent tous les indigènes de I'Etat
I Indépendant du Congo sont devenus sr:jets de Ia Colonie belge.
C,est ee qu'a affirrné la jurisprudence belge en disant que
"depuis ltannexion du Congo à 1a Belgique, il n'existe plus de
I nationalité Congolaise : ((1es ressortissants Congolais ont acquis
la nationalité belge sans être des citoyens"(').

r A la fin de }a colonisation plusieurs textes relatifs à Ia


nationalité ont éLê édictés. fI s'agit de :
a,1'brdonnance-1égislative n" 25/554 du 6 novembre 1959 relative
I aux'conditions d'élection au niveau des Conseils de Territoire,
de commune, de Ville et de Province(2).

I b. La loi éIectorale n" 13 du 23 mars 1960(3).


c. La 10i fondamentale du 19 mai 1960 en son article 255,

I 3. Sous Ie Zaïre Indépendant 1960-1994.


Après f indépendance, 1'Etat zalrois a emprunté une vitesse
de croisière dans 1a Iégislation sur 1a nationalité. Cette

I téCislation abondante traduit pour l'Etat Zaïrois une ce'rtaine


crainte. Mais de qui ou de guoi ? Comme réponse à Ia question
nous pouvons constater que seules les ethnies de ltancienne Kivu
se plaignent d'une manière constante du problème de 1a nationa-
T lité des Hutu et des Tutsi surtout à Ia veille des éIections.
Cette plainte est devenue presque 1égendaire et instinctive.

I, Ceci dit, citons entre autres textes de cette abondante


tésislation:
- I'article 6 de la Constitution de 1964 dite de Luluabourg
T
t - le Décret-loi du 18 septembre 1965
-
* I'article
I'article
46 de Ia Constitution de 1967
l- 1 de Ia même Constitution de 1 967 telle gue

I rnodif iée à ce jour


- l'ordonnance-loi n' 7L/02O du 20 mars .1971
- ra 1o1 n r 2-002 du 5 janvier 1972

I - }a loi n 81-002 du Zg juin et

I (1)

,.
Tribunal, Dommages de guerre, Liège, 24 ianv. 123 (Jur. n"
54), Voir aussi Les études de J.P. BRASSEUR, in R.J.C'B',
1941, p. 81 et SOHIER, in J.T.O. 1950, p. 49.

!I voir Bulletin administratif, n 4q du 16 novembre 1959, p.


(')
2863
(3) Voir Moniteur Congolais n" 13 du 28 mars 1960.

I
I 35

I - l'article 8 de 1'Acte Constitutionnel de la transition


textes qui précèdent passons en revue 1e statut
I Eu égard aux
de cing ethnies du Nord-Kivu qtle sont les Hunde, les Hutu, Ies
Nande, les Nyanga ainsi que les Tutsi.
I . Nati-onalité des ethnies du Nord-Kivu

t Faisons remarcluer que polrr les Hunde, habitant la zÔne de


Masi-si ( 10 %) , I a collectivité de Bwito (7 %) , la zone de
Walikale (Z f"1; les Nande habitant les zones de Beni, Lubero ( 95
I %) , une partie de la zone de Rutshuru ( 1 %); les Nyanga habitant
la zone de Walikale (95 %), Ia question de nationalité ne se pose
pas('). sous réserve des recherches u1térieures, ils ont tous
1

t la nationalité zaÏroise d'origine.


Le problème de nationalité se pose pour les Hutu habitant
I Ia zone de Masisi (90 %), la zone de Rutshuru (85 %), la zone de
l{alikale ( 5 %); pour }es Tutsi habitant ces mêmes contrées que
I les Hutu mais dans une proportion de 2 % da"ns Ia zone de Masisi,
orSr% dans la zone de walikaté, 1 % dans Ia zone de Rutshu*
ru(').
I a. Nationalité des Hutu et des Tutsi
It est inutile de rappeler que le problème de rrationalité
I zalroise d'origine concerne essentiellement les Hutu et les Tutsi
quelles que soient les appellations que certains politiciens et
même 1es ehercheurs accolent à ces deux ethnies pour *"=
I soustraire des expressions consacrées ç 3y^ l'anthropologie('):
banyarwanda, banyamulenge, barundi, etc.

I Le cadre géographi-que qui nous intéresse ici c'est le Nord-


Kivu. D'où nous examinerons Ie statut des Hutu et des Tutsi de
dtune façon globale. Ils à" divisent
I cette partie du territoire
en cinq catégories :
- 1a première catégorie est composée des Hutu et Tutsi
I autochtones ( sous réserve des recherches approfondies
démontrant qu'il y a réellement des Tutsi autochtones);
- la deuxième catégori,e comprend les Hutu et les Tutsi
I
(1) Ce sont des estimations officieuses à corriger après le
I recensement des populations zaïtoises en exécution du
programme du gogvernement de transition.
final des travaux de la C.N.S., op. cit.,
Voir e Rapport
P. 195"
I (2 )
r3r
Même remarque que ei haut.
Mininter, Rapport de Ia mission Teuwen, op. cit. PP. 1-51'
I
I
--l

36

tr.ansplantées par }e pouvoir colonial belge de 1937 à 1956


essentiellement dans 1a zone de Masisi et la collectivité
de Buito à Rutshuru);
la troisième catégorie renferme les réfugiés Tutsi venus du
Rwarrda suite aux conflits de 1959 et de 1972;
la quatrième catégorie englobe les Hutu et Tutsi infiltrés
venus du Rwanda après 1960(1) et enfin,
la cinquième catégorie est composée des réfugiés en majo-
rité Hutu dits de "Turquoise"(2).
1. Les Hutu "et Tutsi" autochtones(3)
Notons que si I'acte général de Berlin indlque d'une manière
générale, la frontière entre 1e Congo et 1e Rwanda, ctest la
Conférence de Bruxelles du 11 août 1910, approuvée par la Loi du
4 juin l-911 r et ratifiée 1e 27 juiltet 1911 qui a précisé les
Ii-mites de cette frontlère(4 ). D'où pendant Ia colonisation
be1ge, les Hutu "et Tu$üi-" ? autochtones avaient la nationalité
belge et étaient des sr-rjets belges du Congo Belge. Ils sont
devenus après f indépendance des zaïrois d'origine eu égard à la
tégislation sur la nationalité. Cette catégorie ne pose donc
aucun problème.

2, Les Hutu et Tutsi transplantés rrar 1e pouvoir colonial


Belge 1937-1954
Cette catégorie des populations raît "faussement" (5
comme un casse-tête pour les études sur la nationaliLé zaïroise

a, Position du problème
Après Ia défaj-te allemande de 1918 à I'issue de la première
guerre mondiale, Ie Rwanda-Urundi passa*t sous 1e statut du
territoire sous mandat belge et ainsi se réalisa 1a réunion

I
(') Pour les 4 premières catégories voir Miniçrter, Rapport de
Ia mission Teuwenr op. cit.r pp, t-52, SPITAELS, R. op.
cit.r pp. 111 et ss.
(2) La dernière catégorie est tellement récente qu'elle ne se
confond pas avec dtautres. Voir la ré-ftIution citée, supra
p. 4,
(3) Les recherches ultérieures confirmeront ou non cette
affirmation.
(4 ) Voir Registre Politique du Territoire. de Masisi, Registre
I, in SPITAELS, R., op. cit., p. 112.
(5) Ctest nous çIui soulignons.
I ôt

T administrative du Ruanda-Urundi avec Ie Congo-Befg"(1). Toute-


fois 1'administration coloniale fit 1e constat suivant :

I - Ie Rwanda-Urundi et le Kivu présentaient des conditions


climatiques favorables à une colonie de peuplement de la
population blanche;
I - Ie Rwanda-Urundi était surpeuplé, alors que }e Kivu était
sous-peupfé(').
Ce constat amena 1e pouvoir colonial à encourager 1es migrations

t libres et volontaires du Rwanda vers le Kivu. Cette solution


n,ayant pas abouti au résultat escompté, quant à l'importance
numérique rfes émigrants, i1 prit Ia décision d'organiser Ia
I. transplantation. Cette dernière se déroula en deux phases, ctest-
à-dire de 193? à 1945, puis de 1949 à 1954 avec les caractéristi-

I ques suivantes :
: 1a population transplantée est essentiellement Hutu
- pour chaque personne déplacée, le roi du Rwanda a perçu une

I indemnité compensatoire ;
- le chef coutumier (ici KALINDA de la collectivité Bahunde)
el:ez qui l, on devrait installer les transplantés, a reçu Ie

I 18 avril 1954 des mains de l'administrateur du territoire


BRENCHART, la somme de 29.600 F (vingt-neuf mille six cents
francs)(é) en compensation pour Ia perte de son domaine
4

t de chasse. A noter que cette c}ause valait pour }a période


de 193?-1954 pour la chefferie autonome de Gishari

t - la personne déplacée perd son lopin de terre au Rwanda. En


contrepartie, e1}e en reçoit un autre au lieu de trans-
plantation;
- la même personne est installée définitivement au Congo-
T Be1ge;
- au fur et à mesure de leur arrivée, les transplantés sont

I recensés et reçoivent de nouvelles pièces d'Identité


Congolaise sur Ie vu de celles qui leur avaient été remises
au Rwand.(4);
I - de 1g37 à l-94S, la transplantation se dérouie sous la
supervision d'un agent de l t administration coloniale
détaché à cet effet, et de 1948 à 1954, l'opération est
t conf iée à un organisme public dénomm,é M. I . B. (Mission
d' Immigration Banyarwanda) .

I
I (i) Voir article 1er de }a
ment du Rwanda-Urundi I
Mémorandum à Ia C.N.S.
Loi du 21 Août 1 925 sur 1e gouverne-
B.O. L925, p. 443.
'
op. cit., p. 8.
I
(2 )

(3 ) PABANEL J.P. op. cit., p. 33.


(4 ) SPITAELS, op. cit., P' 113 .

I
I
l (
I1 est à noter que
na

I*_ pl;n}èf :_. .ghase .de transplqntation


1937-1945 ) s, est déroulé r"Aâ,i='"iË É;iï'é"'I Iâr,f;fiè-"'Jü-
!{okoto (groupement Bashali Mokoto) et dans l-a chefferie ni t-Jiiü;" l,
-!. des Bahunde pour un total de 72.637 famille(1), soit actuelle
personnes. t 400.0;;
-.tl

Cela étant voyons 1'évolution du droit Zairois de Ia


nationalité au regard des transplantés que Ies estimations
officieuses élevaient jusqu 'en septembre 1gg3 à48%dela
population du Nord-Kivu(2)

b. La 1()n lf 1e ES
Les documents officiers et des témoignages écrits existants
font état qu'à reur débarquement au congo-Belge res transprantés
I reçoirlent du pouvoir coronial des livrets d'identité pour
sujet
belge du congo.sur }e vu et le retrait de ceux d,indigènes
du
Rwanda-tlrundi(o). par cet acte de I,autorité publique, les
transplantés acquièrent définitivement le statut d, indigènes
de
ra colonie au même titre que les diverses ethnies que
territoire -=pe"ialement compte fe
congorais(4), 1es Hunde, Nande, Hutu
autochtones et Nyanga. ,

. La nationalit-é Zaïroise existe depuis le 30 juin_


de 1'accession de l, ex-Congo-BeIge à I'indépendance(b)1960, date
.

Voyons à- présent 1'espri t et Ia lettre des textes


précédemment(6), uniqueme.rt,, is-à-vis des transplantés. indiqués

Rappelons ici que 1es personnes originaires d.u Rwanda-Urundi


transplantées au congo-belge étaient devenues indigènes
de fa
col0nie par notamment la substitution instantanée et officielle

!
(') RUKATSI, H L'intégration des immigrés au ZaTre
cit. p. 91 op.
(2) Colette BRAECHMAN, op. cit., p. 32,
(3) Voir PABANELT op. cit. p. 33. r

(4 ) NTIRUMENYERI,TTA, M. K. G. , op. cit., p. 9


(5) Pour le besoin de l,histoire, iI faut
une nationalité Congolaise à I,époque savoir
de
qu,il a existé
t,Sf-C. 1e était
organisée pâr le Décret du 27 aécemUre 1gg2. A nt I, annexion
du Congo à la Belgique en 1g0g cette nationalité disparut
ipso facto. Les indigènes, Congolais
1ité belge (de statut coloniai) sansacquièrent
âtïe
la nat iona-
citoyens
Voir Sénat de Belgique, séance du 26 août 1908, Doc .belges.
n" 10,
p. 5

t6) Voir supra p. 34 et suivantes.


I 39

I de 1a carte d'identité de "Congolais" à celle de "Rwandais" '


Cette opération ainsi conduite par le pouvoir colonial était une
double matérialisation de 1a rupture des liens politiques entre
I Ies personnes en question et 1e Rwanda-Urundi et 1'établissement
dtun lien potitique nouveau entre elles et le Congo(')'
C'est ainsi que :
I - 1'ordonnance législative n" 25/554 du 6 novembre 1959 leur
reconnaît Ie droit de participer aux élections âu même
I titre que les autres indigènes;
- lorsque leur situation électorale est évoquée à la Table
Ronde Politique de 1960, iI est rappelé que "lors des
I élections de décembre dernier au Kivu, 1e droit dtélection
a éLé reconnu au Rwandais"(2).
,,
t . A Ia fin des travaux, la résolution n" 11 relative au régime
électoral leur reconnaît Ie droit de vote et d'éligibilité pour

I les éIections future=(3).


Les dispositions Pertinentes de cette résolution furent
reprises par la Ioi électorale n" 13 du 23 mars 1960(4) et Par
t la loi fondamentale du 19 mai 1960 en son article 255,

t Après f indépendance, en vue de répondre à 1a recommandation


de la Table Ronde selon laquelle "Le Congo, dans ses frontj-ères
constitue, à partir du 30 juin prochainr ür Etat
actuelles,
Indépendant dont les habitants auront arux conditions que la loi
T déterminera une même nationalité. . . " (') 1e nrjuvel Etat doit
déterminer les Conditions de reconnaissance et d'acquisition de
I cette même "nationalité". Divers textes se succédèrent(" )
dont, entre autres principes 1es caractérisant, nous pouvons
retenir trois principaux, à savoir celui proclamant ltunicité et
I
I
I'exclusivité de la nationalité zaïroise comme critère de
référence, c'est-à-dire le jus sanguinis, et en troisième lieu
la reconnaissaïlce à la mère Ia transmission de la nationalité
Zaïroise par filiation.
F

I
)
(i ) NTIRLTMENYERWAM.K.G., op. cit., p. L0
Voir Georges H. DUMONT, 1e Congo, du régime colonial à
I (2)
I'i'ndépendance. 1955-1960 : La Table Ronde belgo-congolai-
Sêr Edition universitaire, pp. 152-153.
(3 ) Idern p. 189.
T (1) Voir Moniteur congolais n" 13 du 28 mars 1960'
Voir }a Résolution n" 2 relaLive à 1.'organisation du Congio,
I (5)

(6 )
Dossiers du C.R.I. S.P., Congo 1960, Tome I, p' 58'
Voir supra p. 34,
I
T a:'--4
40

J. Les Tutsi réfugiés de 1959

Dès le Premier novembre 1959 éclatent des troubles politi-


ques au Rwanda. Les Hutu longtemps sous 1e joug non seulement du
colonisateur belge mais aussi du Tutsi, se débarrassent de Ia
monarchie et i-nstal lent une république. Ces troubles verront La
fuite du Roi KIGELI V et de certa.ins de ses nobles et privitégiés
vers les pays voisins dont Ie Zaite'
I cette catégorie des Tutsi créera une confusion att
En effet,
Zaire. Rejetant par fraude leur qualité de réfugiés politiques
dans Ia politique Zaïroise et
l rwandais, iIs s, infiltreront
graviront toutes les marches du pouvoir jusqut au rang de
Direc!èur du Bureau du président de ra République('), d'offi-
l cierp et de présj-dent-directeur général de grandes entreprises;
ce qui, illico mécontenta les autres ethnies Hunde, Hutu, Nande,
Nyanga et même les shi du sud Kivu. D'où I'exacerbation de la
l question de 1a nationalité.
Hutu et Tutsi d'après 1960 dits infiltrés
l 4, Les

CettecatégoriedesHutuetTutsiappeléscommunément
l infiltrés ou clandestins profite de Ia démission de l''Etat
Zairois à appiiquer ses Iois sur la police des étrangers' EIle
vient du Rwanda et, profitant de Ia perméabilité des frontières,
elle stinstalle au ZaIre en complicité avec des chefs coutumiers
T qui leur offrent terres de culture et de pâtura§e '
I

J 1I Ëonvient de noter que dans l'état actuel de La 1éCisla-


:
tion zairoise sur la nationalité, le problème ne devrait se poser
que pour cette catégorie des gens et la précédente (n' 3) à
l l'exclusion de deux premières composées de populations zaïra i se s
d' orig ine .

T 5. Des réf uEiés politiques en ma.iorité Hutu ' dits de la


"Turquoise" (.iuin 19gâI"
t cette catégori-e des réfugiés politiqrà= est dite de 1a
par
"Turquoise" allusion faite à la résolution 929 (1994) adoptéejuin
1e Conseil de sécurité à sa 3392ème séance, 1e 22
T 1g94(:). EIle a la caraci.éristique particulière d'être récen-
te, ctest-à-dire postérieure aux deux conflits sous analyse' La
I (') était Directeur- du Bureau du Président
M. BISENGIMANA,
1

I
R
de 1968-1975.
(2) voir supra' p Jr

Ir
t
4L

t communauté internationale, par f intermédiaire des O.N.G. et du


H.C.R. ainsi que 1'Etat Zaïrois ont pris soin de mettre ces
réfugiés dans des camps d'accueil. IIs ne se confondent en rien
t avec les autres Hutu et Tutsi de la région du Nord-Kivu.

D. Critique de la Iéeislation zaïroise sur la nationalrté


t
Cette eritique est menée eu égard spécialement aux popula*
tions transplantées dans le Nord-Kivr(1). A cet effet nous
t voyons quatre textes à titre exemplati-f à savoir 1a loi électo-
rale n' 13 du 23 mars 1960 relative aux éIections provinciales
t
et 1égislatives,
,
I'ordonnance-Ioi n' 77 n' 71/02,O du 20 mars
1971("), la Ioi n" 72-AA2 du 5 janvier 7972 relative à 1a
nationalité zaïroise et enfin la loi n" 81-002 du 29 juin 1981
t relative à 1a nationalité zairoise.
1. La loi électorale n' 13 du 23 mars 1960 relative aux éIections
t 1égislatives et provinciales confirmée par 1'article 255 de Ia
loi fondamentale du l-9 mai 1960 disposait à son article 1er :
"Pour être électeurs pour la chambre des représentants, i1 faut
t répondre aux conditions suivantes :
- être de statut congolais
être de mère congolaise I
t
être ressortissant du Rwanda-Urundi résidant au Congo-BeIge
depuis dix ans au moins".
t
Ce qui doit nous préoccuper ici ce sont ies tt 10 ans au
moins" (').
-a

t
En effet comme nous le savons, la M.I.B. avait fonctionné
de 1948 à 1954 dans Ia zorre de Masisi et oeuvré dans le Buito
jusqu'en 1956(4). Si nous considérons que les populations
I installées dans la collectivité de Buito provenaient non pas du
Rwanda mais de Jomba, de Gisigari et autres contrées de La zone
de Rutshuru (Zaïre) et qutelles avaient été installées de 1954
I à 1956, nous devons constater que la loi électorale susindiquée
omettait d'inclure dans ses prescrits les populations installées
de 1951 à 1954(5).C'est qui était une erreur. D'où la Ioi en
I

I (i) Voir Mininter, Rapport de la mission Teuwen, op. cit. pp


1 à 25, aussi SPITAELS? R., op. cit. pp. 111 et suivantes
RUKATSI, H. op. cit., p. 91 etc.
(2) J.O.R.C. du 15 avril 1971.
(3) C'est nous qui souli-gnons.
(1) Voir MAGIRA B.I. op. cit. r pp. 51-53
I
(') Voir supra p. 37,

L
I
42

I quest.ion aurait dû disposer : "...


englober aussi les.personnes
depuis six ans au moins. " pour
transplantées de 1gb1 à l_9s4,
zairoises d' origine(1) .
I
2. L'ordonnance-Loi n" 7t-o2o du zo mars 1gz1(2) rerative à
I'acquisition de 1a nationatité par les originaires du Rwanda-
I Urundi établis au Zaïre au 30 juin 1960.
Cette O.L. comportait un article unique qui disposait :
I "Les personnes originaires du Rwanda-Urundi établies au Congo
(Zaïre) à 1a date du 30 juin 1960 sont réputées avoir acquis Ia
nationalité Congolaise à la date susdite".
I
Cette ordonnance-Ioi sémait une confusion et commettait une
I erreur en ce qutelle reconnaissait Ia nationalité Congolaise à
tous les Hutu et rutsi du Nord-Kivu sans 1e moindre souci de
vérification que parmi ces personnes originaires du Rwand.a-
I urundi,r les unes r'avaient déià(3), les autres n'y avalent pas
droit('). rl est cependant heureux de constater eüêr contrai-
rement aux affirmations des politiciens partisans de }a thèse
I d!attribution, 1'ordnnnance-1oi visée reconnai-ssait, même si cela
n'était pas nécessaire un état qui existait déjà, c'est-à-dire
'1a nationatité d'origine des personnes transplantées. pour'prus
I de clarté, il aurait farlu tout simplement que I'o-L susindiqués_
eût pris soin dans Lrn deuxième alinéa d'épingrer le cas des
transplantés qui avaient 1e statut de congolais de par l,histoire
I et d", par res textes légaux concordants antérieurs audit
texte (') .
I
3. Loi n' 72-OO2 du 5 janvier
c
L972 relative à 1a nationalité
zaïroise(').
I
cette loi disposait à son article 15 : "Les .personnes
originaires du Rwanda-urundi qui étaient établies dans la
I province du Kivu avant le 1er janvier 1950 et qui ont continué
à résider depuis lors dans la Répubrique du zaire jusqu,à
I'entrée en vigueur de la présente loi ont acquis la nationalité
I zairoise à la date du 30 juin 19G0".

I (1) Ibidem.

l (2 )

(3)
.Voir
Voir
Voir
supra p. 37.
supra p. 37,
p39-40 , caLégories 3 et 4,
l
(4)
#
(5) Voir p. 34.
(6 ) Voir J.O.R.Z. n'2 du 15 janvier 1972, p. 43,
I

I
43

Encore une erreur et une omission dans Ia rédaction de cet


article. L'allusion faite par le Iégislateur aux personnes
originai-res du Rwanda-Urundi pluS q,u'à dtautres africainS, ctest*
à-dire Ougandais, soudanais, centrâfricains, angolais' etc' n'est
pas fortuite. II fait référence aux personnes transplantées au
Nord-Kivu par Ie pouvoir colonial belge(1)'^o"' la transplan-
tation s,est achevée en principe, en 1954(2). C'est pourquoi
le 1égislateur zairois de 1g7Z aurait dû direr Par exemple "."
établies au Kivu avant Ie 31 décembre 1954. . . " ou alors " ' ' '
établies au Kivu avant Ie 1er janvier 1955..." pour pouvoir
figurer dans le prescrit de la loi toutes les personnes trans-
plantées.
4 La loi n" 81-002 du 29 .iuin 1981 relative à Ia nationalité
zaÏro i se
de 1981 n'a pas iuridj-quement
Examinée de près, cette loi
! retiré la nationalité aux Hutu et Tutsi transplantés et à leurs
descendants contrairement à I'idée reçue dans Ies cercles
politiciens zaÏrois.
En effet, de cette loi ne le dit sauf un
aucune disposition
.bref passage dans son exposé des motifs : "Tirant toutes Ies
conséquences de ce principe, Ia présente Ioi outre qu'elle abroge
la loi n' 72-OA2 du 5 ianvler 1972, annule expressément I'article
15 de Ia dite Ioi qui accordait colleetivement Ia nationalité
zaïroise à certains groupes d'étrangers établis'au Zaîre" '
or ltexposé des motifs comme le dit Ie Professeur Mampuya
n'est pas la 10i. Pour qu'i1 soit Ia Ioi et ait une force
obligatoire, i1 doit être repris par une disposition expresse
dans le corps du texte(3). Tel n'est pas le cas. Aucun article
de }a loi n" 81-002 du 29 iuin 1981 ne retire aux transplantés
leur nationalité. Par contre son article 55 dispose qïre "Iâ loi
sort ses effets à 1a date de sa promulgation" c'est-à-dire Ie 28
jrrin 1981.

Par ailleurs, les articles 9 et 54 qui sont souvent et les


seuls invoclués comme ayant retiré la nationalité aux personnes
susdites ne concernent que les modes d'acquisition de la
nationalité, à savoir la naturalisation, I'option et l'adoption'

l (1)
(.r
Voir p. 46.
Ibidem.
I (')
1
MAMPUYA K.T., Cours de Droit international
graduat droit, 1993-1994.
public, 3ème

t
t
44

Voici le libellé entier de ce deux articles :


Art. 9 : "14 nationalité Zaïroise s'acquiert par naturalisa-
tion, 1'option ou I t adoption.
Nonobstant la disposition prévue par I'article L4 de
1a présente 1oi, 1a nationaliLé zaïroise est aceordée
sur demande individuelle.
A l'exception ces cas prévus à 1'article 114, al 3 de
Ia constsitution, toute acquisition de la nationalité
zairoise par un mode autre que ceux prévus par le
présent article est nulle de plein droit".
Art; 54 : "Toute disposition antérieure contraire à I'article I
de Ia présente loi est nulle et de nul effet."
Si'I'article I énumère les modes d'acquisition de 1a
natio.natité et que 1'article 54 rend nulle et de nul effet toute
disposition antérieure contraire à 1'article 9, f interrogation
qui surgit à 1'esprit est celle de savoir s'il existait jusqutà
la date du 29 juin 1981 une disposition contraire à 1'article I,
c'est-à-dire une di-sposition préscrivant un mode et une procédure
dtacqui-sition de Ia nationalité zaïroise contraires à ceux de
1'art. 9.
' A notre avis, il ntexistait pas à I'adoption de la loi de
1981 une disposition antérieure contraire à I'art. I pour que
1'art. 54 I'annulât. Notez que ltarticle 15 de la loi de 1972
si on peut prétendre que ctest de lui qu'iI s'agit - ne prescrit
ni de modes ni de procédures appropriés mais constate, à juste
titre d'ailleurs, l'existence ou mieux la naissânce au 30 juin
l-960 de la nationalité zaïroise au profit des personnes que
l'article mentionne; eomme iI en a éLé dtailleurs de même pour
dt autres indigènes.

I1 faut donc rejeter et sans autre démonstration, 1.'idée que


dtaucuns soutiennent à savoir celle d'attribution collective de
la nationalité aux transplantés. Ceux qui soutiennent f idée de
nulIité de la nationalité des transplantés peuvent-ils en tirer
toutes 1es conséquences et déconsidérer tous 1es votes auxcluels
ils ont été "électeurs" partant rendre nuls tous les votes
référendaires, tous les mandats d'un grand nombre des commissai-
res du pe.uple de Masisi et de Buito ainsi que tous les votes
présidentiels car fraus omnia corrumpit ?

II y a eu plutôt acquisit.ion de la nationalité zaïroise


d'origine pour tous les indigènes collectivement et indistincte-
ment Ie même jour ( 30 juin 1960 ) . C'est .Ie terme utilisés par
ledit art 15 "acquisition au 30 juin 1960" contrairement à f idée
r
-t
!

t
45

I "dtattribution" collective exprimée dans 1'exposé des motifs de


Ia loi de 1981. 11 est inutile de faire dire à la Ioi ce qu'elle
ne dit pas.
t
Or si Ies personnes transplantées ont Ia nationalité
I
zaïroise dtorigine de par lthistoi-re et aux termes des textes
,
I
I 1égaux(') I'article 15 rr'a d'intérêt que pour Ia défense des
droi-ts acquis, argument par ailleurs 1égitime et imbattable et
fortement soutenu pâr le principe de la non-rétroactivité des
t
lois que n'ignore d'ailleurs pas Ia loi de 1981; car conformément
à son article 55 elle sort ses effets à }a date de sa promulga-
tion, soit 1e 28 juin 1981.
I

Ainsi, étant donné que la loi de 1981 ne dit pas qu'elle a


t
retiré ia nationallté à qr.ri que ce soit les articles 20 eL 2l de
I'ordonnance n" 82*061 du 15 mai 1982 portant certaines mesures
dtapplication de loi de 1981r appliquent une disposition qui
I
n'existe pas dans Ia loi de 1981.
Ces deux articles ont jeté un trouble grave dans 1'ordonnan-
t cement juridique zaïrois en matière de nationalité et provoqué
les massacres interethniques.
I

Pour enrayer ce trouble et mettre fin aux tensions persis-


'
tantes entre fes ethnies dans 1'ex-Kivu it faut tout simplement
prendre une ordonnance abrogeant Ies articles 20 et 27 de
l'ordonnance précitée.
Ce faisant Ie Chef de ltEtat se sera, à ce sujet, inscrit
dans 1a logique de Ia paix, de Ia justice, du droit et des
décisions de }a C.N.S.(2).
S'impliquant dans les décisions de 1a CNS 1'ancien gouverne-
ment de Transition dirigé par TSHISEKEDI Etienne avait fustigé
en ces termes les manoeuvres politiciennes entretenues autour de
Ia loi de 1981- :
"L'application de cette loi - loi .de 1981 sur 1a
nationalité - se fit de manière tout à fait débridée:
contrairement au principe général qui voudrait qu'une
loi ne rétroagisse pasr des citoyens d'origine Hutu-
Tutsi virent leurs droits acquis remis en cause.
Cette question qui a toujours soulevé des vagues de
passion ali Nord-Kivu avait donné lieu en 1991 à une
tapagleuse opération de clarifjcation et d'identifica-

(1) Voir supra pp 34-37


(2) Supra p. 25,
46

tj-on des nationaux qui ne fut en réal ité qu'une vaste


tricherie dont une des conséquences fut t'exacerbation
des atavismes irrationnels. ft y a quatre catégories
de ressortissants Hutu et Tutsi dits "banyarwanda" au
Kivu :
- des citoyens Zaïrois à part entière dont les ancê-
tres vivaient sur Ie territoire du Congo avant 1a
colonisation belge;
- des transplantés arrivés au Congo-BeIge avant
I'indépendance entre 1936 et 1954 et pour lesquels Ia
nationalité rre pose juridiquement, aucun problème;
des réfugiés politiques venus par vagues successives
à partir de 1959;
des immigrés clandestins. "(I).

,-II \,rÉt sans dire que conformément aux décisions de la


CNS (') et.a Ia position du gouvernement de transition ci-des-
SLlS seul 1e rétablissement des transplantés dans leurs droits
civ iques et. politiques exorcisera 1es conflit,s et Ies massacres
au Nord-K.ivu

Aussi faudra-t-i1 affirmer que I'ordonnance du CheS'de


l'Etat trourrerar'entre autres, son assise 1égate dans l'ordon-
nance n" 91-09? du 11 avril 1991- modifiant et complétant
L'ôrdonnance n 91-010 du 6 mars 1991 portant eréation et
composition de la conférence constitutionnelle, dont ltarticle
2, al 2 stipule "Les décisions de La Conférence contenues dans
le rapport final sont exécutoires"(3) ainsi que dans ltActe
I
constitutionnel de la transition(') dont I'article' 75 dispose:
"Il- ( le Gouvernement ) exécute des actes de la Conférence
Nationale Souveraine et les lois de Ia République".
Pour une paix durable et un développement optimal I'Etat
Zaïrois doit supprimer toutes Ies discriminations liées au
problème de la nationalité des Hutu et Tutsi transplantés du
Nord-Kivu car
"Tous les Zaïrois sont égaux devant la Ioi et ont
droit à une égale protection des lois.
Aucun Zaïrois ne peutr êr matière dtéducation et
d'accès aux fonctions publiques ni ën aucune autre
matière, faire Itobjet d'une mesure discriminatoire,
qu'elle résulte de Ia loi ou dtun acte de l'Exécutif,
en raison de sa religion, de son appartenance raciale

(1) Ministère de 1a Communication et Presse, Livre Blanc sur Ia


situation des Droits de ItHomme... op. cit., p . 26.
Rapport final de 1a CNS... op. cit., p.. 195.
,)

\l
(3) J.O.Z., N' spécial, Mai 1992.
(4) J ,O,2, , n" spécia1, AvriI 1994.
I

47

ou ethnieu€r de son sexe, de son lieu de naissanÇe, de


sa résidence ou de ses convictions politiques"(t).
I
Cela étant, dressons d'ores et déjà, le bilan du conflit dit
de I'après-C. N. S.

li
SECTION 4 : BILAN

11 est.à présent difficile d'établir Ie bilan exact que ce


soit pour le nombre des morts ou des biens détruits (maisons et
bétait ) . Réservons donc aux recherches ultérieures 1e soin
d'éclaircir cette zaîe dtombre car beaucoup de cadavres ont été
al.

jetés dans ,des rivières.

En e'ffet, au mois de juillet 1993, 160 jours après le début


des massacres perpétrés dans cette région(2), M. Kiro Kimathe
ministre du gouvernement de transition dirigée par le premier
Ministre Faustin Birindwa reeonnaissait au moins 2.000 morts des
suites du conflit interethnique dans 1a région dont i1 est
originaire, c'est-à-dire Ie nord-Kivu.
. .L'autre gouvernement de transition de ce moment dirigé par
Ie Premier ministre Etienne Tshisekedi reconnaissai t, lui 1e
bilan de près de ?.000 vies humaines(3).
Selon I e rapport de 1a communauté Hutu et Tutsi de Goma, il
y a.eu plus de 1.000 morts(1) dans la zone de Walikale pour
les deux journées du 20 et 21 mars 1993.
Le Commissaire de zane de Walika1e, M. TKATSUVA Terya
avancé Ie nombre de 100 morts le 31 mars 1gg3(').

(i) Idem, article 11 "

(2) I'{inistère de l-a communication ef Presse, Livre Blanc sur }a


situation des Droits de 1'Homme... op. cit.,,p. 25,
(3) Ibidem. Il est à noter qu'à cette époque, il y avait deux
gouvernements de transition, 1'un dit de "contre-gouverne-
ment" ou'"gouvernement de 1a mouvance présidentielle était
issu du conclave du Palais de la Nation et dirigé par Ie
Premier Ministre Faustin Birindwa, I'autre dit "gouverne-
ment 1éga1 issu de 1a CNS", était dirigé par Etienne
Tshisekedi.
(4 ) Umo.ia n" 825 du mardi 11 mai 1993
(5) Communi-qué de Presse du 10 avril 1993, in Umo.ja n" 825 dont
le signataire est RUSENERA, B.
E
4B

Mgr Ngabu Faustin évêque, de Goma, avance dans son message


dt amour, plus de 1 . 000 norts (') .

Enfin le journal le Phare avance quant à lui Ies chiffres


d.e 6.000 morts , 2,25A blessés et 100.000 bétails tués(2 ). ce
bilan s'alourdissait avec }a duré du conflit'
t

(1) Mgr NGABU, F. "Un message d'amour dp Mgr NGABU, Evêque de


I Goma", in Le Phare n 227 du 2O/4/ 1993.
(2 ) Le Phare n" 265 du mardi 27 août 1993.
I

49

Dans cet essai d'explication potitico-juridique de deux


conf l itsinterethniques au Nord-Kivu , celui dit KANYARI,\IANDA
septembre-octobre l- 965 et celui dit de I 'après-cNS mars , avr:il ,
mai 1993 et opposant pôur }e premier les Hunde aux Hutu et le
second les Hunde-Nyanga aux Hutu-Tutsi; nous avons brevitatis
causa, exposé 1es faits, relevé les causes, cerné quelques
problèmes ayant trait à ces faits et causes avant de dresser les
bilans.
Notrs avons par ailleurs fait remarquer qr-re le refus de ra
nationa{ité d'origine aux Hutu et rutsi transplantés par l'auto-
rité belge au Nord,-Kivu entre 1936 et 1954, à raquerle ils ont
pourtant droit de par 1'histoire et par Ie droit affirmé dans des
textes 1égaux concordants(1) (Lois coloniales, Résolutions de
1a Table Ronde politique de Bruxelles de 19G0, constitution de
Luruabourg de 1964, ordonnance-Loi de 1971, Loi de lg7z, Loi
1981 ) a fini par passer comme Ia réeile cause des conflits et des
massacres interethniques au Nord-Kivu.

Nous avons également indiqué que ce refus est poritique et


non juridique et trouve sa justification dans des machinations
ourdies par certains potiticiens du Nord-Kivu pour exclure
systémati quement les Hutu et rutsi transplantés de la vie
politique nationale, leurs aclversaires politiques redoutés.

Les manoeuvres et pressions de ces potiticiens ont été si


fortes que rton a abouti à 1a loi de 1gB1 et à ses mesures
d'application de 1982 (ord. n' 82-061 du 15 mai lg8z : art 20 et
21).

Cette loi et ses mesures dtapplication sont brandies dans


les milieux politiques zaïrois et.auprès de l'opinion nationale
et internationale comme argument appuyant 1'excfùsion. ces Hutu
et Tutsi transplantés sont étrangers, diserrt leurs adversaires
politiqr-res.

Nous avons indiqué que l_ 'une des voies pour enrayer ces
conflits entre ethnies du Nord-Kivu, c 'est que le Président de
la République prenne présentement une ordonnance abrogeant les

(') Voir pp. 34-40.


1
50

articles 2a et 2t de Itordonnânce précitée portant mesures


d'application de la loi n" 81-002 du 29 juin 1g8l- sur 1a
nationalité zaïroise. Nous avons en outre justifié cette
ordonnance attendue et donné sa base légate.

Si alors le Président de la. Républigue veut mettre fin


définitivement, à ces massacres et à cette contestation; il ne
peut agir que da.ns ce sens car juridiquement, la loi de l-981 n'a
pa retiré la nationalité aux transplantés. Aucun disposition de
cette loi ne le dit, sauf un bref passage dans son exposé des
motifs (I'exposé des rnotlfs n'est pas loi). Même, et comme vu
plus haut, les articles g et 54 souvent et seuls invoqués comme
ayant retiré 1a nationalité à ces personnes ne concernent que 1es
modes d'acquisition de la nationalité polrr les candidats
ér.entuels à la nationalité zaïroise et cer après 1'entrée en
vigueur'd"e Ia nouvelle loi. Or, comme indiqué aux pages 34 à 40
l-es H.utu et tutsi transplantés ont la nationa] ité zaïroise
d'origi-ne de par 1'histoire et aux termes des tertes légaux
I
concordants('). Dans ce cas, rien ne peut violer leurs droits
étant donné que la loi de 1981 conformément à son article 55 sort
ses effets à Ia date de sa promulgation, soit le 28 juin 1981.
II ne reste alors qu'à extirper de Itordonnance n' 82-061
du 15 mai l-982 portant certaines mesures d'application de la.1oi
de ,1981, les articles 20 et 2l qui ont appliqué ultra peti-
ta(') Ies dispositions de la loi susdite en disposant :
Article 20: "Sont ni-rls et non avenus, les certif icats de la
nationalité zaïroise oi.rtout autre document d'i-
dentité déiivrés en application de 1'article 15
de la loi n 72-002 du 5 janvler 1972 sur La
nationalité zaïroise.
Les documents dont question à 1'a1inéa précédent
doivent être restitués auprès des administrations
compétentes, selon 1es modatités à déterniner par
arrêté départemental" .
Article 21 : "Sans préjudice des dispositions prévues par }e
Code pénal ou d'autres dlsposifions particuliè-
res, la détention oll 1'usage de I'un des docu-
ments visés; par I'article 20 est punissable de
six mois de servitude pénale principale et d'une
amende ne dépassant pâs dix mille zaïres".
t
.1.
(') Voir supra, p, 59.
t
(2) C'est nous s*; soul ignons.
I

L- Êr*-*--
æ
--_-_g
.J

51

Ces dispositions aussi bien iIlégales qu'inopportunes,


plutôt po1 iti ques que juridiques, combinées aux facteurs
endogènes et exogènes d tordre socio-économique, alimentent les
conflits interethniques dans 1'ex Kivu en général et au Nord-Kivu
en particulier.
Nous avons tenté d t en donner une explication politico-
juridique.
,-

52

BIBLIOGBÂPHIE GEHEEÂLE

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J.O..R.2., n" 2 du 1b janvier 7972; n'spécia1 Avril 1994
NOTES DE JURISPRUDENCE

CfJ, Avis consultatif l"gb3, Liechnstein contre Guatemala


Tribunal Dommages de Guerre, Liège, 1953.

i
t'
il
1i
1t

1i
I
54

TÂBLE Ât{â.LITrgIIË

DEDICAC I
AVANT_PROPOS ii
INTRODUCTION GENERALE 1
I. PROBLEMATIQUE 2
I
{
II. ]NTERET DU SUJET 5 I
t
III. METHODOLOGIE 6
J

IV. PLAN SOMMAIRE 6 I


I

I V. PRTNCIPALES ABREVTATTONS 7

I
CHAPITR.E I. LE CONFLIT DIT KANYARWANDA
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1965 I
SECTION 1ère : LES FAITS 8
§1. Selon Monsieur BIRONYI André, Commissaire de
District des Volcans à Goma I
§2. Selon le Mwami- KALTNDA et ses notables I
§3. Selon le Mwami Bashali, Sylvestre et SES
notables
D'après les descenda nts des personnes trans-
plantées par 1'autor ité coloniale belge dans
la zone de Masisi 11
SECTION Z : LES CAUSES LOINTAINES 12
§1. Selon les Hunde 13
I. Le grand nombre des Hutu 13
II. La crainte d'ér,iction du pouvoir coutu-
mier Hunde et autres postes adminis-
tratifs et politiques par Ies Hutu 13
IlI. La questio n de la nationalité 14
§2. Selon les Hutu L4
SECTION 3 : LES CAUSES IMMEDIATES a L4
SECTION 4 : LES PROBLEMES JURIDTQUES POSES PAR CES
CAUSES 15
§1.Défaillance de l'Etat congolais de faire
respecter Ia loi sur I'immigration et Ia
police des étrangers. 15
§2. Partage du pouvoir coutumier 16
§3. Statut juridique des terres occupées par les
personnes transplantées 16
§4. La nationalité d'origine des populations
transplantées 16
SECTTON 5 : BILAN DU CONFLIT ''KAHUNDE_KAHUTU'' . 1-7
§1. Du point de vu humain : 17
§2. Du point de vue socio-économique 18
\

55

§3. du point de vue politico-iuridique


I

CHAPITRE II. LE CONFLIT DIT DE L,APRES-


CONFERENCE NATTONALE SOUVERAINE 1

(MARS, AVRTL, MAr 1993) 20 I


SECTION ère : LES FAIT
1 20 !
i

SECTION 2 : LES CAUSES DE CE CONFLIT 24 {


(
t
§1. Le rapport final des travaux de Ia C.N.S. sur ,.

la nationalité r . 25
I
§2. La surexploitation économique des Hutu et I
Tutsi par les Nyanga et Hunde 26
SECTION 3 : PROBLEMES JURIDIQUES SOULEVES PAR CE
CONFLIT 26
. §1. Partage du pouvoir des ethnies au sein dtune
collect ivité 27
I. Pour la coll ect iv i té - secteur 27
' l-. Déf init ion : art L7,5 27
2. Organes : art 127. 27
II. Pour }a co1 lect ivité-chefferie 27
1. Définit ion : art 1,24 27
2, Ses org 2B
A. Du Cons ei1 de collect ivité 28
a. Composi tion (art 130) 28
b. Les att ributions (art 131) 28
B. Du chef de collectivi Lé (art 137) 28
82 La nationalité 29
l A. Définition 'd; 30
I
B. Evolution ï"' tu*t=t".t"" ;";'
roase sur la nationalité en géné-
ra1
1. Sous ia période de l ' E. I . C. 1885-
1908 33
2. Sous la période 1908-1960. 34
J. Sous 1e Zafue Indépendant 196b
1994. 34
C. Nationalité des ethnies du Nord-
Kivu 35
a. Nationalité des Hutu et des Tutsi 35
1. Les Hutu "et Tutsi" autochtones 36
D Les Hutu et Tutsi transplantés
par le pouvoir colonial Belge
1937-1954
a. Position du problème . 36
b. La national ité zairoise et les
t,ransplantés 38
3. Les Tutsi réfugiés de 1959 . 40

J
I

. 56

4, Les Hutu et Tutsi d'après 1960 di-ts


40
inf i ltrés
5. Des réfugiés Politiques en majo-
rité Hutu,,dits de Ia "Turquoise"
( juin 1994 ) .
Critique de la 1égislation zaïroise
sur 1a nationalit'é
1. La toi électorale n' t3 du 23 mars
1 960
4i
D L'ordonnance-Loi n' ?1-020 du 2A
mars t97i
J. Loi n 72,*OOZ du 5 ianvier 1972
relative à la nationalité zaïroi-
42
.se
La Ioi n' 81-002 du 29 juin 1981
{* .- à, relative à la nat ionali-té zaitoi-
43
SE
47
SECTION 4 z BILAN
49
CONCLUSION GENERALE 52
BIBLIOGRAPHIE GENERALE 54
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES