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LA POESIE

Qu'est-ce qu'un poème?


C'est un genre littéraire appartenant au cadre de la poésie. Le texte peut être développé en vers ou en prose et est
appelée prose poétique (ou poème en prose).
Autrefois, toutes les compositions littéraires étaient connues sous le nom de poème, étant donné que le mot dérive
du verbe grec poesin («action de faire»). Ceci dit, le poème était tout type de production littéraire.

Qu'est-ce qu'un poème à forme fixe?


C'est un poème qui respecte une structure, une forme et des normes imposées comme le nombre de vers,
l'alternance des rimes...
Depuis l’Antiquité, les poètes tentent de transmettre des émotions à travers leurs poèmes, leurs vers. La poésie, du
verbe grec "poiein" qui signifie «créer», est un ouvrage oral ou écrit, un travail sur les mots selon des règles, des
codes précis. Ainsi, certaines formes poétiques sont définitivement fixées par des contraintes strictes de
construction (vers, rimes, strophes…) apparues dès le Moyen-Âge. Cependant, au cours des siècles, les poètes ont
appris à se libérer de ces codes.
Le sonnet
Le sonnet, qui prend sa source dans la poésie pétrarquiste italienne, a été introduit en France au début du XVIe
siècle par Clément Marot, et ses règles sont fixées rapidement. Ronsard et les autres poètes de la Pléiade imposent
l’alternance des rimes féminines et masculines.
Sa caractéristique de forme fixe en fait un exercice de style: le sonnet doit contenir une idée essentielle et être
orienté vers une "pointe finale", un concetto, c’est-à-dire une formule frappante qui réalise un effet de chute. De
Du Bellay à Mallarmé, en passant par Baudelaire, le sonnet brille par la perfection de sa forme, et constitue le
genre poétique noble par excellence.
Mais qui dit contrainte, dit également transgression. Au fil du temps, les poètes, à l’image du poète maudit Tristan
Corbière, enfreignent les règles du sonnet. À l’aide de divers effets, on tente l’octosyllabe, le vers impair, les
enjambements et les contre-rejets et autres licences poétiques, qui peuvent amplifier la musicalité du poème. Ces
jeux mettent en relief l’inventivité du poète et les ressources inépuisables qu’offre le sonnet.
Les caractéristiques du sonnet
• C’est une structure de 14 vers, composée de deux quatrains présentant d’ordinaire un système de rimes
embrassées (abba; abba) et de deux tercets présentant souvent un distique à rimes plates (cc) suivi d’ un quatrain à
rimes croisées (dede) ou embrassées (deed).
Cette dernière forme fut inventée par Clément Marot.
• Le sonnet est généralement composé d’octosyllabes ou de décasyllabes.
• La thématique est double (quatrains + tercets), et s’oriente vers une même chute.

Exemple:
Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,


Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène


Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,


Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Louise LABÉ

TYPES DE SONNETS
Le sonnet est d'origine italienne. Il est importé en France vers 1538 et c'est Clément Marot qui en codifie les règles.
Il en existe plusieurs formes.
Clément Marot hérite de son père, Jean, la charge de valet de François Ier, et tous ses talents de poète. Il est le
protégé du roi. En 1525, François Ier perd la bataile de Pavie en Italie. Encerclé et fait prisonnier par les troupes de
Charles-Quint, François Ier est mis en prison en Espagne.
-Le sonnet français ou sonnet régulier (ou Peletier): ce sonnet se compose de deux quatrains à rimes embrassées
sur deux rimes, puis de deux tercets comportant un distique (deux vers) et un quatrain à rimes croisées.
Schéma: ABBA ABBA puis CCD EDE.
-Le sonnet italien ou marotique: se distingue du sonnet français par le dernier quatrain à rimes embrassées au lieu
d'être croisées.
Schéma: ABBA ABBA puis CCD EED.
-Le sonnet shakespearien ou élisabéthain: Il diffère par les trois quatrains en rimes croisées différentes et un
distique final (abab cdcd efef gg ou sa variante abab bcbc cdcd ee) ou bien une version shakespearienne en rimes
embrassées (abba cddc effe gg).
Schéma: ABAB CDCD EFEF GG
-Le sonnet Philieul:
Schéma: ABBA ABBA CDC EDE
-Le sonnet Sebillet:
Schéma: ABBA ABBA CDE CDE
REMARQUES: Le sonnet fut d'abord en décasyllabes mais les poétes utiliseront plus tard l'alexandrin.
Les poètes de la Pléiade et de la Renaissance ont fait des exploits avec le sonnet. Baudelaire en a laissé beaucoup
comme dans les Fleurs du Mal qui compte 34 différentes formes du sonnet.

EXEMPLE DE SONNET REGULIER

TANT QUE MES YEUX POURRONT LARMES EPANDRE.

Tant que mes yeux pourront larmes épandre


A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre;

Tant que ma main pourra les cordes tendre


Du mignard luth, pour tes grâces chanter;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.


Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour


Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Louise LABE, Sonnets.
Il existe plusieurs autres dérivés, néoclassiques ou contemporains, du sonnet:
-Le sonnet apparent: celui-ci se construit sur seulement deux rimes.
-Le sonnet inversé: comme son nom l’indique, il est l’envers du sonnet ‘classique’, les deux tercets sont donc au
début et les deux quatrains suivent.
-Le sonnet polaire: il se compose d’un quatrain suivi de deux tercets suivi d’un quatrain.
-Le sonnet alterné: un quatrain, un tercet, un quatrain, un tercet.
-Le sonnet quinzain: il s’agit d’un sonnet classique suivi d’un vers seul, qui doit contenir la chute.
-Le sonnet seizain: un vers isolé, suivi d’un sonnet classique suivi d’un autre vers isolé. Les deux isolés peuvent être
les même, créant ainsi un effet de refrain.
-Le sonnet rapporté: il se lit horizontalement et verticalement.
-Le sonnet estrambot: c’est un sonnet classique auquel on ajoute un troisième tercet.
-Le sonnet irrationnel: venu tout droit de l'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), il est basé sur 4 rimes et
s'appuie sur le nombre Pi. Les strophes sont de 3 -1 -4 -1 -5 vers. Les deux vers uniques sont un refrain. Le schéma
est le suivant: AAB C1 BAAB C1 CDCCD. C1 est le refrain.
-Il existe également une forme plus longue reprenant le sonnet: la couronne de sonnets. C'est un ensemble de 15
sonnets liés selon un schéma précis. Chaque sonnet a pour premier vers une reprise identique du dernier vers du
sonnet précédent. Le derniers vers du 14ème (et non 15ème) sonnet est repris à l'entrée du premier sonnet. Le
dernier sonnet, nommé "sonnet maître", reprend le premier vers de chacun des 14 sonnets.

Le Poème en prose
Avec le dix-neuvième siècle un nouveau genre de poème enrichit la poésie française: le poème en prose. La
meilleure définition que nous puissions en offrir est celle de Baudelaire, le poète qui a rendu cette forme populaire
en France: Quel est celui de nous qui n'a pas dans ses jours d'ambition rêvé le miracle d'une prose poétique,
musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de
l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience?
Exemple:
Le fou et la Vénus
Quelle admirable journée!
Le vaste parc se pâme sous l'œil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme
endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs
excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la
chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fumées.
Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé.
Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés
de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et
ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de
larmes vers l'immortelle Déesse.
Et ses yeux disent: - "Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié,
et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux.
Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté! Ah! Déesse! ayez
pitié de ma tristesse et de mon délire!"
Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.
Charles BAUDELAIRE

Le poème lyrique est le plus subjectif. L’auteur y exprime ses emotions, sa passion. Le poète se place/situe presque
toujours au présent et son mode d’expression le plus usuel est le vers court.
Le poème lyrique a pour sous-genres majeurs: l’hymne, l’ode, l’élégie et la satire. Les deux premiers expriment des
sentiments de joie et de célébration, employés pour fêter des victoires et des succès. Par contre, l’élégie présente
des sentiments négatifs, de lamentation (les regrets) et de tristesse. La satire a pour base la moquerie et le dédain
dans le but de critiquer voire ridiculiser la morale sociale.
Les experts mentionnent également d’autres sous-genres lyriques, tels que l’épithalame (poème lyrique en
l’honneur d’un mariage), l’épigramme (une satire concise), l’églogue (poème pastoral sous forme de dialogue) et le
péan (chant de guerre).
Ainsi le poème est un texte en vers et souvent structuré en strophes. C'est aussi un ouvrage en prose analogue à un
poème par son inspiration, son fond, sa structure, son style.
Les éléments constitutifs d'un poème sont: les strophes, les vers et les rimes.
Les strophes
Un groupe de vers est appelé une strophe.
Les strophes les plus courantes sont le tercet (3 vers) et le quatrain (4 vers).
Un poème composé de deux quatrains suivis de deux tercets s’appelle un sonnet.
REMARQUE: l’anaphore est une répétition en tête de vers d’un même mot ou d’une même expression. C’est une
figure de style qui crée du rythme et met en valeur la forme du poème.
Exemple de sonnet:
J’ai dans mon cœur un oiseau bleu, (A)
Une charmante créature, (B)
Si mignonne que sa ceinture (B)
N’a pas l’épaisseur d’un cheveu. (A)

Il lui faut du sang pour pâture (B)


Bien longtemps, je me fis un jeu (A)
De lui donner sa nourriture: (B)
Les petits oiseaux mangent peu. (A)

Mais, sans en rien laisser paraître, (C)


Dans mon coeur il a fait, le traître, (C)
Un trou large comme la main. (D)

Et son bec fin comme unelame, (E)


En continuant son chemin, (D)
M’est entré jusqu’au fond de l’âme!... (E).

LE VERS OU METRES
Le mot «vers» vient du latin versus, qui signifie «le sillon, la ligne d'écriture». C'est un retour à la ligne, indépendant
de la bordure de la page, qui permet de repérer un vers. Le vers ou le mètre français se définit par le nombre de
syllabes qui le composent.

Types de mètres ou vers:

-Le monosyllabe: 1 syllabe


Exemple:
Bu
A
Ta
Vie
Si
Nue
J-P Lastrajoli, Bref.

-Le dissyllabe: 2 syllabes


Exemple:
On doute
La nuit...
J'écoute:
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit.
Victor Hugo, Djinns.

-Le trissyllabe: 3 syllabes


Exemple:
Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit!
Victor Hugo, Djinns

Le tétrasyllabe ou quadrisyllabe: 4 syllabes


Exemple:
Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas;
Leur essaim gronde:
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.
Victor Hugo, Djinns

Le pentasyllabe: 5 syllabes
Exemple:
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
Paul Verlaine, Soleils couchants

L'hexasyllabe: 6 syllabes
Exemple:
Dans Jet d’eau, Baudelaire fait alterner des tétrasyllabes et des hexasyllabes:
La gerbe épanouie
En mille fleurs
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.
Charles Baudelaire, Jet d’eau
On remarquera que la coupe est alternée (3 // 3 au troisième et 2 // 4 aux 1er et 5ème vers)

L'heptasyllabe: 7 syllabes
Exemple:
Puisque tout passe, faisons
la mélodie passagère;
celle qui nous désaltère,
aura de nous raison.
Rainer Maria Rilke, Puisque tout passe…
Coupe 3 // 4 ou 4 // 3 le plus souvent.

L'octosyllabe: 8 syllabes
Les vers de 8 syllabes sont souvent utilisés avec des alexandrins, ou des hexasyllabes.
C’est la plus ancienne forme de vers en français et, s’il arrive qu’on trouve: 2 // 3 // 3 (La Fontaine), il a sa loi au
niveau de la coupe (4 // 4, ou 5 // 3, ou 3 // 5).
Exemple:
Plus ne suis ce que j'ai été,
Et ne le saurais jamais être.
Mon beau printemps et mon été,
On fait le saut par la fenêtre.
Clément Marot, Huictain

L'ennéasyllabe: 9 syllabes: généralement 3 // 3+3 ou 4 // 5 comme chez Verlaine:


De la musique || avant toute chose,
Et pour cela || préfère l’impair.
Verlaine

Le décasyllabe: 10 syllabes
La coupe classique (vers binaire) est 4 // 6 dont l’exemple le plus connu est ce vers de Jean de La Fontaine:
Maître Corbeau, sur un arbre perché

L'hendécasyllabe: 11 syllabes. Coupe 5 // 6


Exemple:
Mon âme se prend // à chanter sans effort,
A pleurer aussi, // tant mon amour est fort!
Marceline Desbordes-Valmore, Rêve intermittent d'une nuit triste
La coupe 6 // 5 est peu prisée, car on songe à un alexandrin raté, même si Rimbaud l’ose avec succès, comme il
utilisera la coupe 4 // 7.

L'alexandrin (ou dodécasyllabe): 12 syllabes


Le plus connu de tous, avec sa coupe classique 6 // 6.
Exemple:
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément
Nicolas Boileau, L’art poétique

Le vers libre
Le vers libre est un vers qui n'obéit pas à une structure régulière. Ce n'est pas un mètre fixe, que l'on pourrait
aisément identifier. Il ressemble à une phrase ordinaire, mais il s'agit bien d'un vers, dans la mesure où il fait retour
(le poète passe à la ligne). On le repère à la mise en page du poème: les séquences de vers, de dimension variable,
sont séparées par un saut à la ligne. La mise en page laisse respirer les blancs. Il comporte un rythme particulier,
qui n'est pas celui d'une phrase courante. Il peut se prolonger sur un autre vers (effet d'enjambement). Il comporte
des échos sonores, etc.

La nature des rimes:


La rime féminine:
Une rime est dite féminine quand elle s’achève sur une syllabe se terminant par «e», «es» ou «ent» qui ne
comptent pas dans le décompte des syllabes (apocope).
La rime masculine:
La rime est masculine quand elle est terminée par toute autre syllabe que «e», «es» ou «ent».
Si on appelle A la première rime rencontrée dans un poème, et B la deuxième, la versification classique veut que si
la première rime est féminine la deuxième doit etre masculine, et vice-versa. Il doit y avoir toujours alternance
entre rimes féminines et rimes masculines.
Exemple:
Cie/l! A/mour! /Li/ber/té!/ Quel /rê/v(e), ô /pauv/re/ foll(e)! ======== A, rime féminine
Tu te fondais à lui comme une neige au feu; ========== B, rime masculine
Les grandes visions étranglaient ta parol(e) ============ A, rime féminine
Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu!» =============== B, rime masculine
Rimbaud

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, ======A, rime féminine
Ou comme cestui-là qui conquit la toison, ============== B, rime masculine
Et puis est retourné, plein d’usage et raison, ============ B, rime masculine
Vivre entre ses parents le reste de son âge!» ============ A, rime féminine
Du Bellay

La qualité des rimes:


La rime pauvre: La rime est pauvre quand un seul son est commun: mie/relie [i]
La rime suffisante: La rime est suffisante quand deux sons sont communs: ami/demie [m]+[i]
La rime riche: La rime est riche auand il y a plus de deux sons communs: mite/mythe [m]+[i]+[t]
Exemples:
Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle! = A, rime suffisante
Tu te fondais à lui comme une neige au feu; = B, rime pauvre
Les grandes visions étranglaient ta parole = A, rime suffisante
Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu!» = B, rime pauvre
(Rimbaud)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, = A, rime suffisante


Ou comme cestui-là qui conquit la toison, = B, rime suffisante
Et puis est retourné, plein d’usage et raison, = B, rime suffisante
Vivre entre ses parents le reste de son âge!» = A, rime suffisante
(Du Bellay)

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs = A, rime riche


Rêvant, l’archet aux doigts dans le calme des fleurs = A, rime riche
(Mallarmé)

La disposition des rimes:


On distingue 3 dispositions classiques des rimes:
-Les rimes plates ou suivies: AABB
Exemple:
APPARITION
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs ======== A
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs = A
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes ===========B
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles ===B
— C’était le jour béni de ton premier baiser. ======== C
Ma songerie aimant à me martyriser ================C
S’enivrait savamment du parfum de tristesse ======== D
Que même sans regret et sans déboire laisse ======= D

La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli. ====== E


J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli ============= E
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue ======== F
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue ============= F
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté ============ G
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté ======G
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées == H
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées. ====== H
(Mallarmé)

-Les rimes croisées ou alternées: ABAB


Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle! ==A
Tu te fondais à lui comme une neige au feu; ==== B
Les grandes visions étranglaient ta parole ====== A
Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu!» ========= B
(Rimbaud)

-Les rimes embrassées: ABBA


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, = A
Ou comme cestui-là qui conquit la toison, ========= B
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,======= B
Vivre entre ses parents le reste de son âge!» =======A
(Du Bellay)

Remarques:
Parfois la disposition des rimes ne coïncide pas avec le découpage des vers en strophes: dans le sonnet en
particulier, les rimes des deux tercets sont souvent solidaires malgré le découpage en deux strophes et se
distribuent en 2 + 4 ou 4 + 2, le groupe de 2 étant des rimes plates, le groupe de 4 des rimes embrassées ou
croisées.
Exemple:
Ils prennent en songeant les nobles attitudes=========== A
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,======= A
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;========== B
Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques, === C
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin, ============== B
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.=========== C

La rime intérieure:
On parle aussi de rime intérieure lorsque le son de la rime reprend une syllabe située au milieu du vers:
Exemple:
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées... (Laforgue)

La poésie contemporaine remet parfois en cause toutes les structures de la poésie classique: aux vers rimés elle
oppose par exemple les vers libres.
Les vers libres sont libérés du mètre, puisque tous les types de vers peuvent se succéder sans aucune règle.
Exemple:
Car tu es l’eau qui rêve
et qui persévère
l’eau qui creuse et qui éclaire
l’eau douce comme l’air
l’eau qui chante
celle de tes larmes et de ta joie
Soupault
Ces vers sont souvent aussi libérés de la ponctuation, ainsi que des contraintes de la rime. Cependant, ils
reposent la plupart du temps sur une cohésion musicale qui existe déjà en poésie classique (et cohabite avec celle
des rimes): l’harmonie créée par les allitérations et les assonances.
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L'enjambement, le rejet et le contre-rejet.
On dit qu'il y a enjambement lorsque le sens d'un vers se complete qu'avec un vers suivant (sans aucune possibilité
de pouvoir faire une pause ou un arrêt entre les deux vers).
Exemples:
Mais puisque sans vouloir que je le justifie,
Vous me rendez garant du reste de sa vie,
Je répondrai, Madame, avec la liberté
D’un soldat qui sait mal farder la vérité.
RACINE, Britannicus , acte I, scène 2

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde


Chuchote: Souviens-toi! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, «L’Horloge»

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant


D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
VERLAINE, «Mon rêve familier»

La phrase dépasse la limite du vers et continue sur le vers suivant. Lorsque l’enjambement se produit à la césure, on
parle d’enjambement interne.
L’enjambement est souvent utilisé pour mettre en relief un mot ou pour créer un effet de surprise. Le rejet est ce
qui est placé au delà de la coupe; le contre-rejet est ce qui précède la coupe.

LES ENJAMBEMENTE EXTERNES:


A. Le rejet externe:
Il y a un rejet quand un groupe de mots est placé à la fin d'un vers se termine par un mot placé au début du vers
suivant. Ce mot est suivi d'un arrêt syntaxique.
Exemples:
-Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.
(Charles Baudelaire)
-Du haut d'un mont une onde rugissant
S'élançait: sous de larges sycomores,
Dans ce désert d'un calme menaçant,
Roulaient des flots agités et sonores.
(René de Chateaubriand)
B. Le contre-rejet externe:
LE CONTRE-REJET
Le "contre-rejet" est le procédé de décalage entre mètre et vers qui réalise l'inverse du "rejet". Autrement dit, un
élément verbal bref, en fin d'hémistiche (contre-rejet interne) ou en fin de vers (contre-rejet externe), étroitement
lié par la syntaxe à l'hémistiche ou au vers qui suit.

Des raisons stylistiques précises sont toujours à l'origine de cette mise en relief. Les deux derniers vers du poème
de BAUDELAIRE intitulé "Le Flacon", présentent deux cas de contre-rejets à la suite l'un de l'autre (contre-rejet
redoublé):

Cher poisson préparé par les anges! Liqueur


Qui me ronge, ô la vie // et la mort de mon cœur!

Le premier vers se termine sur un "contre-rejet" externe de "Liqueur". Le second vers est marqué par un "contre-
rejet" interne sur "ô la vie". Le décalage accentue l'effet d'alliances de termes en séparant les éléments par la limite
métrique ("Liqueur" de "Qui me ronge", et "ô la vie", de "et la mort".)

Autre exemple de Jean RACINE:


Ne tardons plus, marchons. Et s'il faut que je meure,
Mourons, mon Cher Osmin,, comme un vizir et toi
Comme le favori d'un homme tel que moi.

"et toi", est le contre-rejet, à la fin du second vers.

Ce sont les poètes "Romantiques" qui ont le plus utilisé le "contre-rejet", avec le "rejet" et "l'enjambement,", en
désarticulant systématiquement l'alexandrin. Victor HUGO fut l'un de ceux-là.

Le "contre-rejet" n'est pas réservé à l'alexandrin. On peut le trouver dans des vers de mesures différentes, comme
dans cet exemple de Camille PELLETAN:

Pourtant en terre étrangère,


Le jeune et beau Dunois il
S'en va prier la bergère
De bénir son nid d'exil.

Il y a un contre-rejet lorsqu'un mot ou un groupe placé à la fin d'un vers est précédé d'un arrêt syntaxique et
annonce un groupe placé au début du vers suivant.
Exemple:
-Je dis à cette nuit:
Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
(Alphonse de Lamartine)
LES ENJAMBEMENTS INTERNES:
Dans ces cas, la répartition d'un groupe de mots se fait au-delà de la césure.
A. Le rejet interne:
Exemple:
-Ainsi, quand je serai // perdu dans la mémoire. (Baudelaire)
B.Le contre-rejet interne:
Exemple:
-Qui me ronge ô la vie //et la mort de mon coeur. (Baudelaire)

ETUDE D'UN POEME:


LE FLACON de Charles BAUDELAIRE.
Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu'ils pénètrent le verre. > contre-rejet externe
En ouvrant un coffret venu de l'Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison // déserte quelque armoire =rejet interne


Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux // flacon qui se souvient, =rejet interne
D'où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,


Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d'azur, glacés // de rose, lamés d'or. =rejet interne
Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l'air troublé; les yeux se ferment; le Vertige =rejet externe
Saisit l'âme vaincue et la pousse à deux mains =contre-rejet externe
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains;

Il la terrasse au bord d'un gouffre séculaire,


Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D'un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai // perdu dans la mémoire = rejet interne


Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire = rejet externe
Quand on m'aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence!


Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges! liqueur
Qui me ronge, ô la vie //et la mort de mon coeur! =contre-rejet externe, puis contre-rejet interne
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Les sonorités
Pour analyser les jeux de sonorités dans un poème, il faut étudier la qualité, la disposition et la nature des rimes.
Ensuite il faut analyser les allitérations et les assonances dans le poème.
1. Les rimes
la qualité des rimes afin de savoir si elles sont riches, suffisantes ou pauvres.
La disposition des rimes (croisées, suivies ou embrassées)
La nature des rimes (féminines ou masculines).
2. L’allitération et l’assonance
Souvent, dans un même vers, un même son consonantique (consonne) ou vocalique (voyelle) est répété. La
répétition d’un son a un effet d’harmonie, de rythme voire de sens.

a) L'allitération est la répétition d'une consonne.


Exemples:
-"Pour qui sont ses serpents qui sifflent sur vos têtes?"
-"Un effroyable cri sorti du fond des flots "
L'allitération a parfois une signification (la répétition du son "s" imite le sifflement du serpent), mais il est parfois
difficile de la préciser. Ainsi, dans le deuxième exemple, la répétition du son f peut suggérer un sentiment de peur,
d’effroi ou du bouillonnement des flots...
Plus simplement, l’allitération a un effet rythmique:
Exemple:
"Elle n’écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d’un siècle vide au lointain le trésor..."
L'alliteration, ici, souligne le rythme ternaire du vers.

b) L’assonance est la répétition d'une voyelle.


La répétition d’une même voyelle a également un effet rythmique.
Exemple:
"Tout m’afflige / et me nuit // et conspire / à me nuire"
Dans ce vers de Racine (Phèdre), l’assonance porte sur les quatre accents de l’alexandrin. Elle produit une évidente
harmonie sonore, et n’est pas dénuée de sens. La répétition du son i met en relief le sentiment d’affliction (peine
profonde).