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partenaire importe peu. Seules comptent la solvabilité


financière et la stabilité, au moins à moyen terme, de
En Israël, les noces dangereuses de l’armée
l’interlocuteur.
et des sociétés d’espionnage
PAR RENÉ BACKMANN Mais les liens entre le complexe militaro-industriel
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 20 JUILLET 2021
et l’armée israélienne, c’est-à-dire l’État, ne se
bornent pas à cette fourniture de produits ou de
services d’exportation stratégiques. Ils existent déjà
très en amont de cette contribution à la diplomatie
économique de la « start-up nation », comme les
dirigeants israéliens aiment aujourd’hui à définir leur
pays. Et comme ils aimeraient qu’il soit considéré à
l’étranger.
Un soldat israélien utilise un drone pour surveiller des manifestants palestiniens
à Hébron en Cisjordanie, en septembre 2015. © Photo Hazem Bader / AFP
Ce que rappelle, au passage, l’engagement dans le
Les unités de renseignement électronique de l’armée dernier Tour de France d’une équipe de cyclisme
israélienne servent aussi de réseau de repérage, de professionnel dont les maillots aux couleurs du
sélection et de formation avancée pour les start- drapeau israélien, bleu et blanc, portent ce slogan.
uplocales de cyberespionnage comme NSO. Avec les
risques que cette collaboration présente pour certains
« geeks » piégés dans ce milieu trouble.
Quelles relations existent entre une entreprise
israélienne de « sécurité informatique », c’est-à-dire
de cyberespionnage comme NSO Group, et l’État
d’Israël ?
Un soldat israélien utilise un drone pour surveiller des manifestants palestiniens
À constater les contrats de transferts de logiciels à Hébron en Cisjordanie, en septembre 2015. © Photo Hazem Bader / AFP

conclus entre les États arabes signataires des récents Derrière cette image pacifique, dynamique et flatteuse,
accords de « normalisation diplomatique »– Arabie de nombreuses unités de la direction du renseignement
saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc – et militaire entretiennent en fait depuis des années des
leur nouveau partenaire israélien, il est clair que la relations étroites avec des entreprises privées du
haute technologie israélienne de sécurité est désormais secteur de la haute technologie informatique ou de la
l’un des instruments privilégiés de la diplomatie « cybersécurité.
d’ouverture » de l’État hébreu. Il en va ainsi de l’unité 8200, forte de plusieurs
En témoignent aussi les contrats du même genre milliers de soldats et d’officiers, spécialisée dans le
conclus avec le Mexique, l’Indonésie, le Bangladesh, renseignement électronique et le décryptage de codes;
l’administration chinoise de Hong Kong ou le de l’unité 9900, chargée de l’analyse des images
Vietnam. aériennes fournies par les satellites, les avions de
Avec l’exportation d’armes et l’expertise militaire, la reconnaissance ou les drones d’observation; de l’unité
fourniture de systèmes de surveillance informatique, 504, qui traite les informations en provenance des pays
qui implique la formation d’un personnel spécialisé, arabes voisins; ou de l’unité 81, née avec l’État d’Israël
est devenue une des ressources majeures d’Israël. pour fournir des armes de haute technologie, des
systèmes de communication sécurisés et indétectables,
La liste des transactions rendues publiques et d’autres,
ou des outils informatiques aux soldats des forces
plus discrètement conclues, indique que le caractère
spéciales Sayeret Matkal, directement rattachées à
démocratique, autoritaire, voire dictatorial du régime
l’état-major.

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Au fil des ans, ces unités sont même devenues « Un autre problème grave est posé par le système
un véritable réseau de repérage, de sélection de sélection pour ces unités de technologie, observe
et de formation avancée d’experts en nouvelles un second expert. Les qualifications requises pour
technologies. C’est-à-dire un réservoir de cerveaux et ces unités correspondent souvent à des personnalités
de compétences dans lequel les start-up viennent faire complexes, originales, fantasques, qui s’accordent
leur marché. mal avec le système de sécurité rigide dans lequel ces
Les soldats qui sont sélectionnés pour y accomplir précieuses recrues doivent s’insérer.»
leurs 30 mois de service militaire, complétés ou non Enfin, selon un juriste familier de ces dossiers, « les
par une formation d’officier, savent qu’à la sortie, ils frontières floues entre les unités technologiques de
ont de fortes chances d’être recrutés par des entreprises l’armée et l’industrie civile peuvent inciter les jeunes
qui leur offriront, dès leurs premiers mois d’activité, recrues à estimer – à tort – qu’elles peuvent utiliser
des salaires quatre à dix fois supérieurs au salaire pour des objectifs civils des moyens qui ont été conçus
moyen israélien. pour l’armée. »
À tel point qu’il existe désormais en Israël des Malgré ces risques, c’est désormais une trajectoire
réseaux de formation postscolaires qui préparent les banale – et enviable – pour un « geek » israélien que
futurs conscrits les plus fortunés à l’entrée dans ces de rejoindre l’une de ces unités pendant son service
unités de renseignement. Comme si elles constituaient militaire avant d’offrir ses services ou d’être recruté
désormais l’une des meilleures filières pour accéder à par l’une des nombreuses start-up de cybertechnologie
une carrière et à un statut social enviables. qui se multiplient dans le pays.
Pour certains militaires et responsables du contre- Les plus entreprenants ou créatifs exploitent même les
espionnage, ces liens étroits entre les unités de cyber- connaissances, l’expérience et les relations acquises
renseignement et les entreprises privées du même sous l’uniforme pour monter, à la fin de leur service
secteur sont discutables. À leurs yeux, ils constituent militaire ou de leur engagement comme officiers, leur
même un risque, voire une faille sécuritaire redoutable. propre cyberentreprise, avant de la vendre lorsqu’elle
Les unités qui jouent un rôle primordial dans la a trouvé un créneau profitable ou un service innovant,
défense et la sécurité du pays pourraient à la longue, avec un bénéfice substantiel, à un géant du secteur, le
redoutent-ils, être constituées de soldats motivés plus souvent américain.
davantage par l’appât du gain et la perspective d’un Après quoi, certains se lancent, fortune faite, dans
emploi très lucratif dans l’une des prometteuses start- une autre activité ou en politique. À l’image, par
upque par un attachement patriotique à la défense de exemple, de l’actuel premier ministre Naftali Bennett,
leur pays. ancien officier des forces spéciales enrichi par la
Ce qui multiplie les possibilités de voir des détenteurs vente de son entreprise de cybersécurité bancaire et
d’informations secrètes vitales pour la sécurité du pays devenu ministre, puis rival, et enfin successeur de
devenir vulnérables à des propositions financières Netanyahou.
substantielles ou à des pressions personnelles La mort énigmatique du soldat T.
insupportables. Quelles règles des relations complexes, en grande
« Actuellement, a confié au quotidien Haaretz un partie secrètes, entre le cyber-renseignement militaire
haut responsable de la Défense, leplus grand danger et la cyberindustrie civile avait enfreintes le soldat T.,
pour les organisations de sécurité qui sont en découvert mort dans sa cellule de la nouvelle prison
rapport avec la technologie vient de l’intérieur de ces militaire de Neve Tsedek, dans la nuit du 16 au 17 mai
organisations– un employé mécontent ou quelqu’un dernier ?
qui est animé par de mauvaises intentions. »

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Tant que le gouvernement israélien ne lèvera pas Dans un premier temps, il a été incarcéré sous son
la censure absolue qui pèse sur cette affaire, il véritable nom de famille à la prison militaire n°4,
sera difficile, sinon impossible, de répondre à cette puis transféré à la nouvelle prison de Neveh Tsedek,
question. Rien, à commencer par son identité, son où il partageait une cellule avec deux autres détenus.
grade, son unité et les raisons de son interpellation et Selon l’armée, il aurait reçu la visite de sa famille à la
de son emprisonnement, n’a été révélé par les autorités condition de ne pas révéler à ses visiteurs les raisons
militaires. de son arrestation.
On sait seulement que « T. », présenté par ses amis et Le 16 mai, d’après les autorités militaires qui
même par certains de ses chefs dans l’armée comme pouvaient surveiller ses mouvements grâce à une
un « génie » de l’informatique, a été enrôlé en mars caméra, il aurait demandé à ses parents de lui faire
2016 dans une unité des services de renseignement parvenir des vêtements et des objets personnels. Dans
électroniques qui pourrait être l’unité 8200. On sait la soirée, il aurait dit à ses codétenus qu’il ne se sentait
aussi qu’il avait participé un peu plus tôt, à l’âge pas bien et aurait été pris de vomissements. Après quoi
de 16 ans, à un programme de formation pour les il aurait perdu conscience.
jeunes entrepreneurs de haute technologie et obtenu un Prévenue par ses codétenus, l’administration l’a fait
diplôme de science informatique. transférer dans la nuit à l’hôpital de Netanya, où
L’un de ses anciens collègues dans l’entreprise où il sa mort a été constatée. Plusieurs heures plus tard,
travaillait avant de rejoindre l’armée le décrit comme arrivant à l’hôpital, sa famille a été informée que son
« l’une des personnes les plus intelligentes et les plus corps avait été transféré à l’institut médicolégal de Tel
douées qu[’il ait] connues ». Un autre affirme qu’il Aviv pour y être autopsié. Officiellement, le corps ne
« était capable d’accomplir en quelques heures des présentait aucune trace de violence ou de suicide par
tâches qui prendraient à n’importe qui des semaines » pendaison. Les résultats des analyses toxicologiques
et ajoute que « sa manière de penser était si rapide que ne sont pas encore connus.
les ordinateurs, à côté de lui, paraissaient lents ». Ultimes mystères : les autorités militaires ont refusé
Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv d’indiquer quand et pour quelles raisons « T. »
Kochavi, qui fut entre 2010 et 2014 le chef aurait demandé à quitter l’armée pendant sa détention,
des renseignements militaires, le décrit comme un ce qui expliquerait pourquoi il a été inhumé dans
« excellent élément ». Mais il constate que « T. » a un cimetière civil ; elles ont également refusé de
commis des « crimes d’une extrême gravité. Il l’a fait communiquer à la famille ou à ses représentants le
délibérément, en toute connaissance de cause. Il a mis contenu des enregistrements vidéo pris par la caméra
en péril un grand secret que nous avons pu préserver de surveillance avant l’annonce de la mort de « T.
à la dernière minute ». ». Enfin, la famille ignore toujours tout des relations
On sait aussi qu’il a été arrêté en septembre 2020 en entre l’unité dans laquelle servait « T. » et l’entreprise
raison « des dommages qu’il pouvait provoquer dans civile pour laquelle il travaillait également en même
le domaine de la sécurité nationale » et qu’il a été temps.
placé en détention sous X mais qu’il « n’a pas été « Si c’est NSO– ce qui n’est pas certain –, ce n’est
accusé d’espionnage ou de trahison, et n’a ni été en pas étonnant : cette entreprise, créée en 2010 par
contact avec des agents étrangers ni n’a agi pour le des anciens de l’unité 8200, est devenue un État dans
compte d’agents étrangers ».Selon le général Kochavi, l’État, explique un avocat. Ses intérêts et ceux de
« T. » a agi « de manière indépendante, animé par l’armée israélienne – donc de l’État d’Israël – peuvent
des raisons personnelles, sans motifs idéologiques, dans nombre de cas converger. »
nationalistes ou financiers ».

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Ce que confirme la décision récente prise par le Israël, où le gouvernement vient de lui annoncer qu’il
gouvernement israélien en faveur de l’ancien magistrat ne sera pas extradé. Il y a une dizaine d’années, il avait
mexicain Tomas Zoron de Lucio : soupçonné dans son fait acheter pour ses services, au prix de 32 millions
pays d’être impliqué dans l’enlèvement et l’assassinat de dollars, le logiciel de cyberespionnage Pegasus,
de 43 étudiants en 2014, il a fui et trouvé refuge en produit par NSO.

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