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N.

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Conseil Pontifical (2002/I-II)

Pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens


CITÉ DU VATICAN

Service d’information
TABLE DES MATIÈRES
Le Pape Jean-Paul II et l'œcuménisme, décembre 2001-février 2002....................... 1
Lettre du Pape Jean-Paul II au Cardinal Cassidy.................................................... 6
Première visite officielle à Rome d’une Délégation de l’Église
ORTHODOXE DE GRÈCE........................................................................................................................... 7
Assemblée plèniere du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité
des chrétiens, novembre 2001.......................................................................... 12
Message du Pape Jean-Paul II................................................................................ 12
Discours d’ouverture du Cardinal Walter Kasper.............................................. 14
Documents d’étude pour l’Assemblée plénière................................................. 24
Rapports sur les dialogues et contacts en cours................................................. 47
Relations avec l’Église orthodoxe............................................................ 47
I. Les Églises orthodoxes......................................................................... 47
IL Les anciennes Églises orientales......................................................... 55
Relations avec les Églises et Communautés ecclésiales occidentales......... 58
Relations avec le Conseil œcuménique des Églises,
y compris Foi et constitution.................................................................... 75
Relations avec les UCJG (YMCA) et les UCF (YWCA)............................ 80
Amérique Latine............................................................................................. 81
Aspects œcuméniques du Grand Jubilé.......................................................... 85
Discours du Saint-Père en conclusion de l’Assemblée plénière.................. 89
Dixième Assemblée générale du Synode des Évêques,
30 septembre-27 octobre 2001 : Aspects œcuméniques.................................... 91
Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Rome 2002....................................... 96
Commission pour les relations religieuses avec le Judaïsme................................... 99
Documentation supplémentaire
Prière pour l’unité des chrétiens 2003......................................................... 100
Lettre du Conseil Pontifical.............................................................. 100
Texte pour la Semaine de Prière pour l’unité................................... 101

BUREAUX: via dell’Erba, 1 - 00193 Rome (Italie). Téléphone: 06.698.84085 (Rédaction) - 06.698.83074 (Administration)
JEAN-PAUL II ET L’ŒCUMÉNISME
Décembre 2001 - Mars 2002

Discours au nouvel Ambassadeur de Finlande près le don de l’unité pour laquelle le Seigneur a tant prié.
le Saint-Siège Je sais que vous entretenez de bons rapports avec les
autres Autorités religieuses de vos pays. (...)
Rome, 6 décembre 2001
ORF, 18.12.2001
Le jeudi 6 décembre 2001, S. E. Monsieur Antti
Hynninen, nouvel Ambassadeur de Finlande près le
Saint-Siège, a présenté au Saint-Père ses Lettres de Discours aux autorités concernées par la crise en
créances. Terre Sainte
13 décembre 2001
(...) Je suis heureux de pouvoir saluer, par votre
entremise, la communauté catholique de Fintande. Dans la matinée du jeudi 13 décembre 2001, veille
Elle est peu nombreuse et bien habituée à vivre un de la journée de prière et de jeûne pour la paix, le Pape
œcuménisme du quotidien avec les chrétiens d’autres Jean-Paul II a présidé, dans la Salle Bologne du Palais
confessions, qui sont les plus nombreux. Je l’encoura­ apostolique, la rencontre sur « L'avenir des chrétiens en
ge à assumer sa place originale dans la société finlan­ Terre Sainte ». Participaient à cette rencontre les pas­
daise, proclamant avec assurance sa foi en Christ, dé­ teurs des Eglises en Terre Sainte, des cardinaux, des ar­
veloppant des liens fraternels dans la prière et témoi­ chevêques et des prélats de la Curie Romaine, les Prési­
gnant avec les frères chrétiens d’autres confessions, dents des Conférences épiscopales régionales et les
de manière commune chaque fois que cela est pos­ Nonces apostoliques en poste dans les pays de la Ré­
sible. Je me réjouis de savoir que la présence de l’É- gion. Au cours de la rencontre, le Saint-Père a pronon­
glise catholique est appréciée dans votre pays, non cé le discours suivant:
seulement pour son apport spirituel mais aussi pour
sa contribution sociale et éducative, et je forme le
vœu que la nouvelle loi sur la liberté religieuse per­ Chers frères dans l'épiscopat et le sacerdoce!
mette de reconnaître et de promouvoir concrètement
une égalité de plus en plus grande entre toutes les re­ Comme cela vous a déjà été précisé dans la lettre
d’invitation, la rencontre d’aujourd’hui désire rappeler
ligions officiellement reconnues en Finlande. (...) une fois de plus l’intérêt et la préoccupation avec les­
ORF, 18.12.2001 quels le Saint-Siège suit la situation en Terre Sainte,
partageant, à travers une proximité spirituelle particu­
lière, le drame de ces populations, depuis longtemps
Adresse aux Évêques de l'Église chaldéenne durement éprouvées par des actes de violence et de
discrimination. Cette rencontre désire également té­
11 décembre 2001 moigner de la sollicitude de toute l’Église pour les
chrétiens de Terre Sainte, en particulier pour la com­
Le mardi 11 décembre 2001, le Saint-Père a reçu munauté catholique, et manifester l’engagement com­
le Patriarche et les évêques de VEglise chaldéenne mun pour la continuité de sa présence millénaire
au cours de leur visite « ad limina Apostolorum » à Rome. dans cette région et offrir sa contribution en vue de la
justice et de la réconciliation entre tous ceux dont les
(...) Je vous invite à développer partout où cela est racines de la foi se trouvent en ces lieux.
possible des programmes de formation des laïcs qui ré­ Malheureusement, nous sommes réunis à un mo­
pondent à cette attente. Ainsi, les laïcs pourront partici­ ment que je n’hésite pas à qualifier de « dramatique »,
per, de manière spécifique et originale, par le témoigna­ que ce soit pour les populations qui habitent dans ces
ge de leur vie et par l’annonce du Christ Sauveur, à chères régions, ou pour nos frères dans la foi. En effet,
l’œuvre de la nouvelle évangélisation, tout en manifes­ ceux-ci semblent écrasés par le poids de deux extré­
tant respect et volonté de dialogue vis-à-vis des croyants mismes différents qui, indépendamment des raisons qui
d'autres religions au milieu desquels ils vivent. les nourissent, défigurent le visage de la Terre Sainte.
(...) Je vous encourage à poursuivre les bonnes A l'occasion du début du Grand Jubilé de l'An
relations avec nos frères chrétiens d’autres confes­ 2000, les Patriarches et les responsables des commu­
sions, en ayant à cœur de développer de nouvelles nautés chrétiennes de Terre Sainte ont lancé à leurs fi­
initiatives de prière et de témoignage communs, et dèles et aux chrétiens du monde entier un message de
j’appelle avec ardeur sur tous les disciples du Christ foi, d espérance et de charité; un message spirituel
l
qui, de la grotte de Bethléem, invitait avec courage et dans le monde. Cette initiative, qui bénéficie aussi de
détermination, tous les habitants de Terre Sainte et du l’appui du Président de la Commission européenne,
monde entier à vivre dans la justice et dans la paix. . M. Romano Prodi, veut être un encouragement à la
Nous aurions tant voulu que ce message soit aus­ coexistence pacifique et à la collaboration entre
sitôt écouté et mis en pratique! Nous aurions tant les grandes religions monothéistes au niveau de l’Eu­
voulu ne plus avoir à le répéter! Nous aurions tant rope.
voulu voir nos frères juifs et musulmans marcher Je forme des vœux chaleureux pour cette ren­
avec nous en un pacte solidaire d amour, pour resti­ contre, vous confiant le soin de transmettre mes sa­
tuer à la Terre Sainte son véritable visage de « carre­ lutations fraternelles à Sa Sainteté le Patriarche
four de la paix » et de « terre de la paix ». (...) œcuménique et à tous les participants, et surtout de
Dans votre message à l'occasion du début de l’an­ les assurer de ma prière fervente, par laquelle j’im­
née jubilaire (4 décembre 1999), en soulignant que plore le Tout-Puissant d’accepter ce témoignage de
votre vocation consiste à « être chrétiens en Terre bonne volonté et de nous accorder des forces tou­
Sainte et non pas dans un autre pays du monde», jours nouvelles dans la recherche de la paix.
vous avez invité chacun à ne pas se laisser vaincre par Mon souhait est surtout que la rencontre de
la peur et à ne pas perdre espoir face aux difficultés: Bruxelles puisse susciter des réflexions et des actions
« Devant tout problème — lit-on dans votre touchant sereines pour favoriser « un renouveau général dans
message — restons fermes avec la force de l'Esprit de le cœur des personnes et dans les relations entre les
Dieu et celle de son amour... La vie au troisième mil­ peuples de la terre » (Message pour la célébration de la
lénaire exige de nous une réflexion profonde et une Journée mondiale de la Paix 2002, 10).
plus grande conscience de notre identité et de notre Tout en demeurant fortement peiné par les cir­
mission, afin d’accepter ce que Dieu veut pour nous constances tragiques qui ont profondément affecté
aujourd’hui et demain dans notre Terre Sainte ».(...) les personnes et les peuples, et qui ternissent actuelle­
ORF, 18.12.2001 ment la scène du monde, je reste animé par une gran­
de espérance. C’est pourquoi j’ai voulu encore une
fois faire appel aux responsables des différentes reli­
Message au Cardinal Kasper à l’occasion de la gions, leur demandant de s’unir à moi le 24 janvier
RENCONTRE EUROPÉENNE DES GRANDES RELIGIONS
prochain à Assise, pour implorer la paix. Je m’associe
MONOTHÉISTES
donc de tout cœur à Sa Sainteté le Patriarche œcu­
17 décembre 2001 ménique et à tous les illustres représentants réunis à
Bruxelles pour la rencontre La Paix de Dieu dans le
C'est au siège de l'Union européenne, à Bruxelles, que monde. Nous ne pourrons obtenir le don de la paix
s'est tenue une rencontre des délégués des grandes reli­ qu’en associant nos efforts et en faisant monter vers
gions monothéistes au niveau européen, organisée sous le Très-Haut une prière continue. Nous ne pourrons
l'égide du Patriarche œcuménique, Sa Sainteté Bartholo- faire advenir la paix et faire resplendir la nature sa­
maios Ier, et du Président de la Commission européenne, crée de l’homme et sa dignité que par le recours au
M. Romano Prodi. La rencontre a été consacrée au pardon réciproque et par notre volonté d’instaurer la
thème: « La paix de Dieu dans le monde ». S.Ém. le Car­ justice.
dinal Walter Kasper, Président du Conseil Pontifical pour En me réjouissant, Monsieur le Cardinal, de votre
la promotion de l'unité des chrétiens, et S.Ém. le Cardi­ présence et de celle de Son Éminence le Cardinal
nal Francis Arinze, Président du Conseil Pontifical pour Francis Arinze, à la rencontre convoquée à Bruxelles
le dialogue interreligieux, étaient présents à la rencontre. par mon Frère, Sa Sainteté Bartholomaios Ier, je suis
Le Cardinal Kasper a prononcé l'un des discours d'ouver­ convaincu que cette participation de l’Église catho­
ture et le Cardinal Arinze a présidé une des tables rondes lique et des autres chefs religieux sera une occasion
au cours des travaux de la réunion. Etaient également de dire au monde que nous souhaitons tous être do­
présents les représentants du Conseil des Conférences ciles au Tout-Puissant pour lui permettre de faire de
épiscopales d'Europe (CCEE) et de la COM.E.C. (Com­ nous des artisans de paix.
mission de l'Épiscopat de la Communauté européenne),
ainsi que des experts catholiques invités « ad personam ». Du Vatican, le 17 décembre 2001
À cette occasion, le Pape Jean-Paul II a adressé une
Lettre à S.Ém. le Cardinal Walter Kasper, dans laquelle il lOANNES PAULUS PP. II
exprime au Patriarche œcuménique Bartholomaios Ier sa
satisfaction pour cette initiative et forme des vœux pour ORF, 01.01.2002
le bon déroulement de la rencontre.
À mon cher Frère le Cardinal Adresse à la Curie romaine
Walter Kasper
Président du Conseil Pontifical 22 décembre 2001
pour la promotion de l’unité des chrétiens
Dans la matinée du samedi 22 décembre 2001, le
J'ai appris que Sa Sainteté le Patriarche œcumé­ Pape Jean-Paul II a reçu en audience, dans la Salle Clé­
nique Bartholomaios Ier a pris l’initiative de convo­ mentine, les Cardinaux, la Famille pontificale, la Curie
quer à Bruxelles, les 19 et 20 décembre 2001, une et la Prélature romaine, à l'occasion de la présentation
rencontre interreligieuse sur le thème La Paix de Dieu des vœux de Noël.
2
(...) Le Seigneur m'a accordé de porter à terme le gures et aux couleurs de cette Chapelle Redemptoris
«pèlerinage jubilaire » aux lieux liés à l’histoire du Sa­ Mater, décorée dans un esprit œcuménique selon la
lut: j'ai pu en effet me rendre sur les traces de saint tradition orientale. J’apprécie beaucoup le chant li­
Paul à Athènes, Damas et Malte, pour faire mémoire turgique russe et je me sens toujours très proche de
de l'aventure humaine et spirituelle de l'Apôtre des votre culture en particulier de la culture religieuse.
Nations et de son dévouement sans réserve à la cause La culture russe, l’art, la littérature, le chant sont au­
du Christ. tant de réalités imprégnées d’une forte spiritualité qui
Dans chaque pays, j'ai rencontré avec joie les élève le cœur et l’esprit vers Dieu et les emplit de
communautés catholiques des divers Rites et j’ai bienveillance et de compassion envers le prochain.
voulu également rendre visite aux Patriarches et aux Je remercie le directeur du Chœur, le maître
Archevêques des vénérables Eglises orthodoxes Alexander Nevzorov, qui vous dirige pour exprimer
d’Orient, auxquels nous lie la profession de la foi harmonieusement toute la beauté de votre chant.
dans le Christ unique Seigneur et Sauveur. Avec eux Je suis heureux de savoir que vous êtes venus de
j'ai pu exprimer à nouveau le désir ardent de la plei­ Moscou avec la bénédiction du Patriarche Alexis. Je
ne unité de tous les croyants dans le Christ, renouve­ profite donc de l’occasion pour lui adresser à travers
lant l’engagement à œuvrer afin que se hâte le jour vous, une salutation fraternelle et tous mes vœux
de la communion visible entre l'Orient et l'Occident pour le Noël de notre Seigneur Jésus Christ.
chrétien. Je vous ai accueillis bien volontiers, très chers
(...) En poursuivant l’engagement qui est à la ba­ amis. J’espère que vous considérerez toujours cette
se des voyages apostoliques accomplis jusqu’à pré­ maison comme votre maison. Je vous embrasse avec
sent, c'est-à-dire de confirmer les frères dans la foi affection et, en vous remerciant à nouveau, je vous
(cf. Le 22, 32) et de les réconforter dans toutes sortes offre tous mes vœux pour votre activité artistique. À
de peines (2 Co 1, 34), je me suis rendu en Ukraine au vous et à ceux qui vous sont chers, j’accorde de tout
mois de juin où les fils de l’Église catholique avec cœur la Bénédiction apostolique.
leurs autres frères chrétiens ont fait l’expérience au ORF, 29.01.2002
cours du siècle qui vient de s’écouler d’une cruelle per­
sécution et ont témoigné jusqu’au martyre de leur
adhésion au Seigneur Jésus. Au cours de ces jours j’ai Angélus de l'Épiphanie
demandé avec insistance à Dieu que l’Église en Euro­
pe puisse recommencer à respirer avec ses deux pou­ 6 janvier 2002
mons afin que tout le continent connaisse une évan­
gélisation renouvelée. (...) (...) Plusieurs Églises orientales, comme l’Église
Je me suis ensuite rendu en Arménie, pour rendre orthodoxe russe et les vénérables Églises d’Orient
hommage à une nation qui, depuis dix-sept siècles, a comme l’Église copte éthiopienne et arménienne, cé­
lié son histoire au christianisme et a payé cher sa fidé­ lèbrent ces jours-ci le Noël de Jésus Christ. Je leur
lité à son identité: il suffit de penser à la terrible ex­ adresse tous mes vœux et l’assurance de ma prière
termination de masse subie au début du XXe siècle. constante. Que la célébration de la venue du Verbe de
L’hospitalité qui m’a été offerte avec une extrême Dieu parmi les hommes soit source d'une nouvelle vi­
courtoisie par Sa Sainteté le Catholicos Karékine II gueur spirituelle, d’affermissement en Lui et de com­
m’a profondément touché. (...) munion entre nous tous, qui le reconnaissons comme
ORF, 01.01.2002 Seigneur et Sauveur. Qu’il soit une source de joie en
l’annonçant à tous les hommes de notre temps.
Que la Mère céleste de Dieu qui tient sur ses ge­
noux la Sagesse du Père, obtienne pour les chrétiens
le don de la pleine communion et le don de la paix
Le Chœur «Iubileum» de Moscou
pour tous. Que grâce à son intercession, chaque per­
1er janvier 2002 sonne de bonne volonté soit illuminée par la lumière
vivifiante du mystère du Noël du Seigneur.
Dans la soirée du mardi 1er janvier 2002, le Chœur ORF, 08.01.2002
« Iubileum » de Moscou a offert au Pape Jean-Paul II
un concert de chants liturgiques et religieux russes
dans la Chapelle « Redemptoris Mater». À l’issue du Adresse au nouvel Ambassadeur de Bulgarie près le
concert, le Saint-Père a prononcé le discours suivant en Saint-Siège
russe:
21 décembre 2001
Avec ces applaudissements mérités, je suis heu­
reux d’adresser une cordiale salutation aux maître et Le vendredi 21 décembre 2001, S.E. Monsieur Vla­
membres du chœur « Iubileum » de Moscou. Je vous dimir Nikolaev Gradev, Ambassadeur de Bulgarie, a
remercie de tout cœur pour l’hommage chanté que présenté ses Lettres de créances au Saint-Père.
vous avez voulu m’offrir à l’occasion des fêtes de Noël
et au début de la nouvelle année. (...) En cette occasion, et à travers vos bons of­
Chères jeunes filles, j'ai apprécié les mélodies de fices, j’ai le plaisir de pouvoir saluer la communauté
votre chant qui s est mêlé de façon suggestive aux fi­ catholique de Bulgarie. Elle est naturellement res­
3
treinte dans un pays majoritairement orthodoxe mais Nous proclamons la Croix du Seigneur et c’est dans
elle reste active et désire maintenir de bonnes rela­ le pouvoir de la Croix que nous mettons notre foi. Du
tions avec toutes les autres traditions présentes dans côté du Seigneur crucifié s écoulé le flot vivifiant qui
ce pays. Je salue cordialement les évêques et les guérira les blessures de la division. La Finlande elle
prêtres ainsi que les religieux et les laïcs, et je rends aussi a besoin du Christ. La profondeur de lame fin­
grâce pour leur fidélité au Christ et à l'Église catho­ landaise se voit aux saints de votre histoire et à la
lique. Je sais qu’ils ont une part active dans la construction de la magnifique Cathédrale de Turku.
construction de cette nation, qu’ils ont leur place Et qui, sinon le Christ, peut combler le désir s’élevant
dans la société et qu’ils travaillent au développement de ces profondeurs?
de leur pays. Le Successeur de Pierre désire les en­ Nous avons déjà parcouru une longue partie de
courager dans leur volonté de servir et de témoigner notre voyage œcuménique et nous ne pouvons re­
de leur foi. Je salue également avec respect, estime et tourner en arrière. Il ne fait aucun doute que l’Église
fraternelle affection nos frères et sœurs de l'Église or­ catholique reste « engagée de manière irréversible à
thodoxe de Bulgarie et j'espère que nous aurons de prendre la voie de la recherche œcuménique » {Ut
nombreuses occasions de manifester les uns aux unum sint, 3). Nous sommes soutenus dans cette
autres, ainsi qu’au monde, notre fraternité spirituelle tâche par « l’espérance d’être guidés par la présence
en Christ. du Ressuscité et par la force inépuisable de son Es­
Chaque année, une délégation de votre pays rend prit, capable de surprises toujours nouvelles» {Novo
visite à FÉvêque de Rome pour la fête des saints Cy­ millennio ineunte, 12). L'Esprit doit nous guider pas à
ril et Méthode. Cela montre votre attachement à ces pas dans la découverte de ce que nous pouvons faire
importantes figures spirituelles et votre volonté, à ensemble afin de hâter la communion pleine et vi­
l’image de ces derniers, de développer les liens de sible de tous les chrétiens. Puisse « celui qui peut fai­
fraternité et de paix. Je souhaite sincèrement pou­ re au-delà, infiniment au-delà de ce que nous deman­
voir rendre visite au peuple bien aimé de Bulgarie, dons et concevons » (Ep 3, 20) nous aider dans cette
rencontrer les autorités civiles, parler avec les res­ tâche. Amen.
ponsables religieux, en particulier avec ceux des ORE, 23.01.2002, traduction SI
Églises catholique et orthodoxe, et faire connaître
aux fidèles catholiques mon souci pastoral. Après
mon pèlerinage aux sources de la foi, je poursuivrai
ma route vers les origines des communautés chré­ Le Pape Jean-Paul II a invité des responsables
tiennes pour encourager la paix et le dialogue entre d'autres Eglises et Communions chrétiennes mon­
eux. (...) diales ainsi que d'autres religions mondiales à se
ORE, 09.01.2002, traduction SI joindre à lui pour la Journée de Prière pour
la paix dans le monde, à Assise, le 24 janvier
2002. Les caractéristiques œcuméniques de cet
Délégation œcuménique de Finlande événement particulièrement important seront pré­
sentées dans le prochain numéro de Service d’in­
19 janvier 2002 formation.
Le samedi 19 janvier 2002, le Saint-Père a reçu en
audience privée une délégation œcuménique de Finlan­
de à l'occasion de la Fête de saint Henrik, Apôtre et Pa­
tron de la Finlande. Nous publions ci-dessous le dis­ Discours à la Communauté de Sant’Egidio
cours qu'il lui a adressé.
8 février 2002
Chers frères en Christ,
Le vendredi 8 février 2002, le Saint-Père a rencontré
J’ai de nouveau le plaisir d'accueillir une Déléga­ les membres de la Communauté de Sant'Egidio pre­
tion œcuménique de Finlande à l’occasion de la Fête nant part à la Quatrième rencontre internationale des
de saint Henrik, Apôtre et Patron de votre pays. Le évêques et prêtres, amis de la Communauté. Sant'Egi­
fait que votre visite ait lieu pendant la Semaine de dio fut fondée il y a 34 ans par le Prof. Andrea Riccardi,
prière pour l’unité des chrétiens est une coïncidence le 7 février 1968, et célèbre donc cette année son 34e an­
particulièrement heureuse. niversaire. Cette communauté compte environ 40.000
Il est vital que les chrétiens prient sans trêve pour membres répartis sur 60 pays. Elle a posé cette année
l’unité qui viendra, non pas comme le fruit des efforts sa candidature au Prix Nobel pour la paix. Parmi ses
humains, mais comme une grâce qui nous sera ac­ nombreuses activités et les résultats qu'elle a obtenus,
cordée en un temps et d’une manière que nous ne elle est principalement connue pour avoir pris part au
pouvons connaître. Notre prière doit être guidée par négociations de paix au Mozambique (4 octobre 1991).
la détermination à proclamer l’Évangile de Jésus Elle a également contribué à maintenir vivant, par des
Christ d’un seul cœur et d’une seule voix, « afin que le rencontres annuelles organisées à son initiative dans
monde croie » (Jn 17, 21). diverses villes européennes, l'esprit du dialogue interre­
Une telle tâche exige sacrifice et engagement de ligieux et de la prière pour la paix qui a caractérisé As­
notre part, comme ce fut le cas pour saint Henrik. sise 1986.
4
(...) Je suis particulièrement heureux de vous Adresse à l’Académie Pontificale de théologie
adresser mon salut, alors que vous participez à la
quatrième Rencontre internationale des évêques et 16 février 2002
des prêtres, amis de la Commuauté de Sant'Egidio. Dans la matinée du samedi 2002, le Pape Jean-
Vous êtes venus à Rome de divers endroits du monde Paul II a reçu en audience, dans la Salle des Papes, les
pour vivre ensemble quelques jours de réflexion sur participants au « Forum international » de VAcadémie
la primauté de la sainteté et de la prière dans la mis­ Pontificale de théologie.
sion de l’Église. Je sais qu’ont aussi participé à cette
rencontre des personnes appartenant à d'autres (...) Le devoir premier de l’Académie Pontificale
Eglises et à d’autres communautés ecclésiales. C’est de théologie est la méditation du mystère de Jésus
avec joie que je leur souhaite la bienvenue, et je les Christ, notre Maître et Seigneur, plénitude de grâce et
salue fraternellement. Le début de ce nouveau millé­ de vérité (cf. Jn 1, 16). C’est de cette source de lumiè­
naire exige de tous les disciples du Christ une plus re que jaillit le mandat de l’annonce, du témoignage
grande fidélité dans l’adhésion à l’Évangile et dans la et de l’engagement au dialogue œcuménique et inter­
recherche de l’unité. (...) religieux. (...)
ORF, 19.02.2002 ORF, 26.02.2002

5
LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II AU CARDINAL EDWARD IDRIS CASSIDY
À L'OCCASION DE SON RETOUR EN AUSTRALIE

À mon vénérable Frère, Président du Conseil Pontifical pour la promotion de


le Cardinal Edward Idris Cassidy l’unité des chrétiens. Dans la conviction que les pro­
grès de l’œcuménisme représenteraient un élément
Après environ cinquante ans dune remarquable central de mon ministère et dans la perspective des
activité au service du Saint-Siège, vous allez retour­ changements radicaux survenus après la chute du
ner dans votre pays natal, l’Australie, et je ne veux communisme, j'estimais que le Saint-Siège avait be­
pas vous laisser partir sans avoir eu la possibilité de soin des qualités et de l'habilité particulières qui vous
vous exprimer ma profonde gratitude pour votre vie sont propres pour mener à bien ses efforts afin de
sacerdotale exemplaire et, en particulier, pour l’aide guérir les blessures historiques de la division entre les
exceptionnelle que vous m’avez offerte durant les an­ chrétiens. Je désire aujourd’hui vous remercier pour
nées de mon Pontificat. tout ce que vous avez accompli, non sans un grand
Lorsque je fus élu à la Chaire de Saint-Pierre, sacrifice de vous-même, en tant que partenaire sincè­
vous étiez déjà un représentant pontifical compétent re de dialogue avec les autres Églises et les Commu­
ayant acquis une riche expérience dans différentes nautés ecclésiales, ainsi que pour l'excellent travail
parties du monde, parmi lesquelles l’Extrême-Orient, que vous avez réalisé dans l’édification des relations
l’Afrique du Sud comme ce pays vivait une période entre l’Église catholique et le Judaïsme. Combien
difficile de forts bouleversements politiques et so­ d’autres grâces le Seigneur n’a-t-il pas accordées à
ciaux, et les Pays-Bas où vos sages conseils furent Son Église à travers votre collaboration constante et
alors largement appréciés en une époque troublée de efficace!
l’histoire de l’Église de ce pays. J'étais pleinement La gratitude que j’éprouve envers vous est à la fois
conscient de vos dons de cœur et d'esprit et de votre sincère et demeurera éternelle. Maintenant que vous
loyauté irréprochable à l’Église quand je vous ai choi­ allez retourner dans votre pays natal que vous avez
si, en 1988, et vous ai confié la charge de Substitut de toujours chéri et duquel vous êtes un ambassadeur
la Sécrétairerie d'État, une position de la plus haute admirable, vous serez souvent dans mes prières tout
responsabilité et de plus étroite participation au mi­ comme je recommande ma propre personne et mon
nistère universel du Successeur de Pierre. Dans l’ac­ ministère aux vôtres. Alors que vous entrez dans une
complissement de cette tâche exigeante, vous avez nouvelle phase de votre vie sacerdotale, je vous don­
généreusement apporté tout le scrupule, le caractère ne, bien-aimé et cher frère dans le Christ, ma béné­
aimable et le jugement réfléchi qui vous caractéri­ diction apostolique en gage de la joie et de la paix
sent. Je conserve de cette période, où nous étions dont le Rédempteur du monde est la source.
quotidiennement en contact, des souvenirs qui me
sont chers. Du Vatican, le 26 février 2002, vingt-quatrième
À la fin de l’année 1989 toutefois, je vous priais année de mon Pontificat.
d’accepter une nouvelle charge lorsque prit fin le
mandat de l’illustre Cardinal Johannes Willebrands, IOANNES PaULUS PP. Il

6
PREMIÈRE VISITE OFFICIELLE À ROME
D'UNE DÉLÉGATION DE L'ÉGLISE ORTHODOXE DE GRÈCE

8-13 mars 2002

Introduction cette visite et évoquait également certaines questions


lui tenant particulièrement à cœur. La délégation,
Événements antérieurs à la visite pouvait-on lire, participerait à diverses rencontres or­
ganisées dans le cadre « des développements actuels
D’importants contacts ont eu lieu depuis le au sein de l’Union Européenne sur un thème déjà
Deuxième Concile du Vatican entre l’Église ortho­ abordé lors de la visite apostolique du Saint-Père l’an
doxe de Grèce et l’Église de Rome. Le Cardinal passé en Grèce: l’héritage chrétien et l’identité euro­
Johannes Willebrands, Président du Secrétariat pour péenne. Ce thème facilitera la prise en considération
la promotion de l’unité des chrétiens, rendit une visi­ de divers problèmes tels que ceux concernant la justi­
te officielle à l’Église de Grèce en 1971 et prononça ce et la paix, la liberté religieuse, la famille, le dia­
un discours devant le Saint-Synode. L’Église de Grèce logue interreligieux, la culture, la formation, l'indiffé­
pour sa part envoya des délégations à Rome en des rence religieuse et la sécularisation, la mobilité hu­
occasions spéciales, telles que les Funérailles du Pape maine, la bioéthique, etc. ».
Paul VI et la Messe d’inauguration du Pape Jean-Paul
II, le 22 octobre 1978. Mais la visite de la délégation
envoyée à Rome par Sa Béatitude Christódoulos, Ar­ Programme des rencontres et des visites
chevêque d'Athènes et de toute la Grèce, et le Saint-
Synode de l’Église de Grèce, du 8 au 13 mars 2002, Un programme de rencontres avait été préparé
était la première visite officielle de cette Église à pour la délégation afin de faciliter la discussion sur
l’Église de Rome et à son Évêque. certains thèmes. Dans la soirée du 8 mars 2002, la dé­
Le Pèlerinage apostolique accompli en Grèce par légation a été accueillie au Conseil Pontifical pour la
le Pape Jean-Paul II, du 4 au 5 mai 2001, a contri­ promotion de l’unité des chrétiens pour des conversa­
bué à donner un nouvel élan aux relations entre les tions avec S.Ém. le Cardinal Walter Kasper, S.Exc.
deux Églises. À cette occasion, le Saint-Père a ren­ Mgr Marc Ouellet (Secrétaire) et quelques collabora­
contré Sa Béatitude Christódoulos ainsi que les teurs du Conseil: le Rév. Père Jozef M. Maj, S.J., Mgr
membres du Saint-Synode. Dans son discours de­ vant Johan Bonny et Mgr John A. Radano.
ce dernier , Jean - Paul II a évoqué les tensions La délégation a remis au Cardinal Kasper une
intervenues au cours de l’histoire , exprimant son lettre de Sa Béatitude Christodoulos (voir ci-après).
profond regret pour le sac de Constantinople par les Dans la matinée du samedi 9 mars, deux rencontres
chrétiens latins durant les Croisades , acte qui a pesé se sont déroulées auprès du Conseil Pontifical pour la
durant des siècles sur les relations orthodoxes -ca ­ culture et du Conseil Pontifical pour la justice et la
tholiques . Ce geste du Pape a été accueilli avec sur ­ paix. Les participants ont ensuite été reçus par S.Exc.
prise par les grecs orthodoxes qui l'ont accepté de Mgr Jean-Louis Tauran, Secrétaire pour les relations
bonne grâce. avec les États, Seconde section de la Secrétairerie
La visite à Rome de cette délégation de l’Église d’État. La journée du lundi 11 mars a débuté par une
de Grèce, en un certain sens, a constitué la suite lo­ visite au Conseil Pontifical pour la famille. A midi, la
gique de celle du Pape et des événements mention­ délégation a été reçue en audience privée par le
nés ci-dessus. Quelques mois après le Pèlerinage du Saint-Père. Elle était accompagnée du Cardinal Kas­
Saint-Père, le Cardinal Walter Kasper, Président du per, de S.Exc. Mgr Ouellet et du Sous-secrétaire du
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des CPPUC, Mgr Eleuterio F. Fortino. (Les textes du dis­
chrétiens, s’est en effet rendu en visite auprès de l’É­ cours du Pape Jean-Paul II, du Message de l’Arche-
glise de Grèce et l’a invitée à envoyer une délégation vêque Christodoulos et des Salutations du chef de la
à Rome. délégation, le Métroplite Panteleimon, sont publiés
ci-après). A la fin de cette audience, la délégation a
été reçue par le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de
Thème de discussion la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mardi 12
mars, la délégation a rencontré S.Exc. Mgr Giuseppe
Un Communiqué de presse délivré par l’Église de Pittau, S.J., Secrétaire de la Congrégation pour l’édu­
Grèce et publié dans le Vatican Information Service cation catholique, et des responsables du Conseil
(8 mars 2002), présentait le but et le programme de Pontifical pour le dialogue interreligieux.

7
Parallèlement à l’audience avec le Saint-Père et S.Exc. Ioannis, Évêque de Thermopylae, Direc­
aux entretiens avec des responsables de différents di- teur du Centre orthodoxe de l’Église de Grèce.
castères de la Curie romaine, d'autres éléments du
programme ont contribué à enrichir ultérieurement S.Exc. Athanasios, Évêque d'Achaia, Directeur du
1 accueil que l’Église de Rome a voulu offrir à cette Bureau de l’Église de Grèce auprès de l’Union Euro­
délégation et/ou à lui faire découvrir certains élé­ péenne à Bruxelles.
ments caractéristiques de la vie religieuse et culturel­ Rév. Archimandrite Ignatios Sotiriadis du Secré­
le du Vatican et de la Rome chrétienne. Ainsi, dans la tariat du Comité synodal pour les relations interor­
soirée du samedi 9 mars, la délégation a été invitée à thodoxes et interchrétiennes.
participer à la prière du soir avec la Communauté de
Sant’Egidio dans la Basilique Sainte-Marie au Trans- Rév. Archimandrite Epifanio Iconomou, Porte-pa­
tévère. La soirée s’est poursuivie par un dîner en role du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce.
compagnie de responsables de la Communauté. Dans
la matinée du dimanche 10 mars, les membres de la Rencontre au Conseil Pontifical
délégation ont célébré la liturgie orthodoxe .à l’Église POUR LA PROMOTION DE L 'UNITÉ DES
Saint-André. Ils ont par ailleurs été invités par le Car­ CHRÉTIENS
dinal Kasper à un déjeuner officiel le lundi 11 mars
et le soir du même jour, une réception avait été orga­ 8 mars 2002
nisée en leur honneur par l’Ambassade de Grèce près
le Saint-Siège.
Enfin, des visites avaient été organisées tout au Message de Sa Béatitude, Christódoulos,
long du séjour de la délégation à Rome. Les partici­
pants ont ainsi pu visiter la Basilique Saint-Pierre, la Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce,
Chapelle Sixtine et la Chapelle Redemptoris Mater, la à Son Éminence le Cardinal Walter Kasper
Bibliothèque vaticane et le Bureau de presse du
Saint-Siège, les Basiliques Saint-Paul-hors-les-murs, Votre Éminence, Votre Excellence, Membres Dis­
Saint-Jean de Latran et son baptistère, Sainte-Marie tingués du Conseil Pontifical,
Majeure, Saint-Clément et Sainte-Sabine, ainsi que C’est vraiment avec grande joie que je commu­
les catacombres de Sainte-Priscille. nique avec vous, lors de cette occasion favorable de la
première visite d’une délégation de la Sainte Église
Apostolique de Grèce au Vatican et à votre Conseil
L’esprit de la visite Pontifical. C’est ma prière fervente que cela fasse la
première d’une série de plusieurs échanges impor­
Dans le communiqué mentionné précédemment, tants pour encourager la collaboration mutuelle pour
l’envisagement des problèmes et des issues com­
Sa Béatitude Christ ódoulos présentait le but et l’esprit muns, auxquelles nos Églises sont appelées à faire fa­
de la visite en ces termes: ce. En combinant nos ressources et en coordinant
nos actions, je pense que nous pouvons avoir un im­
« La coopération et la collaboration pour la réso­ pact plus grand vis-à-vis aux issues que l’humanité
lution de problèmes d'intérêt commun est la voie qui fait face aujourd’hui et lesquelles nous sommes appe­
nous mènera à la disparition progressive de la mé­ lés à formuler.
fiance et de la suspicion nées par le passé et nous Nos temps demandent que la Chrétienté présen­
conduira à une confiance mutuelle qui devrait nous te une voix unie et qu’elle témoignage envers un
permettre de surmonter nos différences ecclésiolo­ monde qui de plus en plus est inondé d’une façon de
giques et dogmatiques. Différences qui empêchent à pensée et de réaction séculaire et matérialiste. Sans
la fois l’union et la prière commune qui en dérive et souhaiter surpasser ou nihiler les issues dogma­
en est le point culminant. La visite de notre déléga­ tiques et doctrinales qui malheureusement séparent
tion représente donc un pas important en ce sens et encore nos deux Églises et sont obstacle à la prière
nous prions pour quelle porte des fruits, non seule­ commune et la communio in sacris, nous pouvons
ment dans la promotion d’une collaboration réci­ toutefois collaborer et assister l’un à l’autre en envi­
proque mais également dans la sauvegarde de l’iden­ sageant les multiples issues brûlantes, sociales, poli­
tité chrétienne de l’Europe ». tiques, écologiques et autres qui confrontent le
monde moderne.
Membres de la délégation
De plus c’est notre espoir qu’une telle collabora­
tion aidera à construire un esprit de confiance entre
S.Exc. Panteleimon, Métropolite d’Attikis, Chef nous et à chasser le legs lourd de suspicion et de mé-
de la délégation, membre du Comité synodal pour les confiance qui nous est légué par le passé. Seulement
relations interorthodoxes et interchrétiennes. dans un tel esprit nos Églises peuvent travailler effec­
tivement, en dialoguant dans la vérité et l’amour, en­
S.Exc. Timotheos, Métropolite de Kerkyra et vers la restauration de l’unité précieuse qui pour plus
Paxos, membre du Saint-Synode permanent et du que mille ans avait caractérisée les relations entre
Comité synodal pour les relations interorthodoxes et l’Église d’Orient et d’Occident.
interchrétiennes. C’est avec ces attentes et sentiments que je vous

8
salue tous dans le nom de notre Seigneur commun et 3. Dans le cadre de l'évolution qui caractérise ac­
notre Sauveur Jésus Christ et que je prie pour qu’il tuellement notre continent, l’heure de la collabora­
bénisse cette inauguration de la collaboration et de tion a sonné! Compte tenu de la nécessité d’une nou­
l’effort mutuel pour le bien de nos deux Églises. velle évangélisation de l’Europe, qui lui permettra de
retrouver pleinement ses racines chrétiennes, les tra­
Christodoulos ditions orientale et occidentale, qui se fondent chacu­
Archevêque dfAthènes et de toute la Grèce ne sur la grande et unique tradition chrétienne et sur
Athènes, le 4 mars 2002 l’Église apostolique, devraient s'appuyer sur le charis­
(Texte original en français) me lumineux de Maxime le Confesseur, qui fut une
sorte de pont entre les deux traditions, entre l’Orient
et l'Occident, et qui sut privilégier la pratique du sym-
pathos pour faire face aux questions du monde. Il
Audience avec le Pape Jean-Paul II nous incombe, à nous aussi, d’affronter ces questions
de manière dynamique et positive, et, forts de l’espé­
11 mars 2002 rance que l’Esprit Paraclet insuffle en nous de cher­
cher à leur trouver des solutions.
Le lundi 11 mars 2002, le Saint-Père a accueilli au Notre tâche est de transmettre ce patrimoine chré­
Saint-Siège la première délégation grecque orthodoxe tien dont nous avons hérité. Il est donc toujours plus ur­
envoyée par S. B. Christódoulos, Archevêque gent que les chrétiens donnent à la société une image
d'Athènes et de toute la Grèce. Les représentants du exemplaire de leur comportment commun s’enracinant
Primat de Grèce ont remis au Pape Jean-Paul II une dans la foi; qu’ils cherchent ensemble à trouver un re­
lettre de cordiale estime de celui-ci dans laquelle il mède aux graves problèmes éthiques que posent les
exprimait le désir de bâtir « un pont de communica­ sciences et les démarches qui voudraient faire abstrac­
tion, de réconciliation, de confiance entre nous au tion de toute référence à la dimension transcendantale
sein de l'Union Européenne, afin que notre témoigna­ de l’homme, ou même la nier. Cela revient à souligner,
ge de chrétiens soit plus intense, plus crédible, plus comme nous l’avons fait l'an passé, l’Archevêque
efficace dans [la] société ». d’Athènes et de toute la Grèce et moi-même, notre de­
voir de « faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que
les racines chrétiennes de l’Europe et que son âme chré­
Excellences, tienne puissent être gardées intactes». (Déclaration
Très chers Frères dans le Christ, commune à [Aréopage d'Athènes, 4 mai 2001).
« À vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Pè­ 4. L’Église orthodoxe de Grèce, par la manière
re et du Seigneur Jésus Christ » (2 Co 1, 2). dont elle a préservé son héritage de foi et de vie chré­
tienne, a une responsabilité particulière dans tout ce­
1. C’est par ce salut de saint Paul aux chrétiens la. Lors de mon séjour à Athènes, j’ai rappelé que « le
de Corinthe que je vous accueille aujourd’hui avec nom de la Grèce résonne partout où l’Évangile est
joie, dans l’espérance d’un avenir de fraternité et de proclamé [...]. Depuis l’ère apostolique jusqu’à au­
communion. jourd’hui, l’Église orthodoxe de Grèce constitue une
Je suis profondément reconnaissant à Sa Béatitu­ riche source à laquelle l’Église d’Occident a puisé sa
de Christodoulos, Archevêque d'Athènes et de toute la liturgie, sa spiritualité et son droit » (Discours à l’Ar-
Grèce, de vous avoir envoyés à Rome comme messa­ chevêque d’Athènes et de toute la Grèce, Christodou­
gers de paix, à la suite de la rencontre fraternelle que los, 4 mai 2001). Dans notre responsabilité qui
j’ai eue avec lui lors de mon pèlerinage à l'Aréopage , consiste à tendre vers cet œcuménisme de la sainteté
sur les pas bénis de l’Apôtre Paul. qui nous conduira enfin, avec l’aide de Dieu, vers la
pleine communion qui ne signifie ni absorption ni fu­
2. La connaissance personnelle réciproque, sion, mais une rencontre dans la vérité et dans
l’échange d’informations ainsi qu’un franc dialogue l’amour (cf. Salvorum apostoli, 27 ), nous devons ap­
sur les moyens d’établir les relations entre nos profondir notre collaboration et travailler ensemble
Églises, constituent le préalable indispensable pour pour faire résonner avec force la voix de l’Évangile
pouvoir progresser dans un esprit de fraternité ec­ dans cette Europe qui est la nôtre, là où les racines
clésiale. C’est aussi la condition essentielle de la mi­ chrétiennes des peuples doivent reprendre vie.
se en œuvre d’une collaboration, qui permettra aux
catholiques et aux orthodoxes d’offrir ensemble un 5. En cette période qui nous achemine vers
témoignage vivant de leur patrimoine chrétien com­ Pâques, Fête des Fêtes, que nous ne pourrons pas hé­
mun. Cela vaut surtout dans la société d’aujourd’hui las célébrer à la même date, nous, catholiques et or­
où une harmonisation entre les modes de vie et thodoxes, sommes toutefois unis dans la proclama­
l’Évangile semble fléchir, tout comme semblent tion du Kérygme de la Résurrection. Cette annonce
aussi diminuer la reconnaissance de la valeur des que que vous voulons faire ensemble donnera aux
enseignements évangéliques en ce qui concerne le hommes d’aujourd’hui une raison de vivre et d’espé­
respect de l’homme, créé à l’image de Dieu et de sa rer; notre volonté de rechercher la communion entre
dignité, ainsi que la justice, la charité et la re­ nous pourra aussi inspirer aux sociétés civiles un jus­
cherche de la vérité. te modèle de convivialité.

9
6. En vous remerciant de votre très aimable visi­ Adresse du Métropolite Panteleimon
te, je vous prie de transmettre mes chaleureuses salu­
tations à Sa Béatitude Christodoulos, aux membres Sainteté,
du Saint-Synode et à tous les fidèles chrétiens de
Grèce. Reprenant les paroles de saint Paul par les­ Nous vous prions de bien vouloir accepter, ainsi
quelles se conclut notre Déclaration commune à que nos hommages très respectueux, nos remercie­
Athènes je prie le Seigneur afin qu’il dirige notre rou­ ments très profonds pour vos paroles d’affection en­
te et qu’il « fasse croître et abonder l’amour que nous vers notre Église et pour votre aimable et fraternel
avons les uns pour les autres et pour tous ». accueil.
Que la grâce et la paix de Dieu vous accompagnent Nous nous rappelons avec beaucoup de respect et
dans votre visite et vous permettent de connaître la d’émotion votre pèlerinage à Athènes et à l’Aéropage,
charité sincère et fraternelle avec laquelle le Saint-Siè­ sur les pas bénis de l’Apôtre Paul, fondateur et patron
ge et l’Évêque de Rome vous accueillent! spirituel de l’Église de Grèce. Votre visite chez nous,
ORF, 11-12.03.2002 qui était vraiment bénie, a ouvert des perspectives
nouvelles et a rendu plus chaleureuses les relations
entre nos deux Églises apostoliques.
Lettre de S.B. ChhristOdoulos au Pape Jean-Paul Notre présence ici, au Saint-Siège, nous permet­
tra de mieux vous connaître afin de pouvoir collabo­
II Sainteté, rer fraternellement sur des thèmes d'intérêt pratique
et sur des problématiques communes, ce qui nous
C'est véritablement un jour heureux que celui-ci, amènera à affronter efficacement ensemble ces ques­
au cours duquel nos Saintes Églises apostoliques de tions d’importance vitale qui surgissent quotidienne­
Rome et de Grèce se rencontrent pour la première ment à l’horizon de l’Europe unie et dans le monde
fois dans l’histoire, ici, auprès du martyrion de entier.
l’Apôtre protocoryphée saint Pierre, en vue d’une Jusqu’à présent, les échanges entre nos deux
connaissance et d’une collaboration réciproques. Églises se limitaient au dialogue théologique avec ses
Les liens historiques qui unissent l’Église aposto­ réelles difficultés. Maintenant, nous devons inaugu­
lique de Grèce et, en particulier d’Athènes, et le Siège rer une collaboration sur des sujets pratiques, d’ordre
apostolique romain de Saint-Pierre, sont profonds et moral et social, une collaboration qui se révélera,
importants. Au-delà de la présence et du martyre de nous le souhaitons, plus facile et efficace que celle du
saint Paul, Apôtre des Nations et fondateur de notre dialogue théologique. Aussi, notre collaboration dans
Église, à Rome, notre Siège d’Athènes est fier d'avoir les domaines pratiques facilitera le dialogue théolo­
offert à Rome trois saints Papes, vos prédécesseurs: gique.
Anaclet, Hygin et Sixte IL Dans le passé, des situations et des mésaven­
Le sang de leur martyre pour la foi dans le Sei­ tures historiques ont créé, non sans raison, dans
gneur Jésus Christ nous pousse également à témoi­ une grande partie de notre Peuple et de notre Cler­
gner aujourd’hui devant le monde contemporain des gé et surtout chez nos Moines, un climat de
valeurs de la foi chrétienne, sur laquelle se sont méfiance et de soupçon envers la chrétienté de
construites la culture et la civilisation européennes. l’Occident. Nombre d’amertumes se sont ainsi ac­
Sans nier les réalités dogmatiques et doctrinales cumulées.
qui nous séparent et font obstacle à notre oratio com­ La Hiérarchie de notre Église fait de grands ef­
muais et à la communio in sacris, nous sommes, mal­ forts pour changer ce climat, pour guérir les plaies
gré tout, en mesure de collaborer ensemble dans le du passé et pour retourner à l’esprit original de la fra­
domaine social, culturel, éducatif, écologique, et ternité et de l’amour chrétiens.
bioéthique pour le bien de l’humanité. Durant dix siècles, nos Églises ont vécu et ont
L’envoi de la délégation de notre Église auprès de avancé ensemble. Durant les dix siècles successifs,
l’Église de Rome, vise à créer un pont de communica­ elles se sont séparées et ont suivi des voies diffé­
tion, de réconciliation et de confiance entre nous au sein rentes. À l’aube du XXIe siècle, il est notre devoir de
de l'Union européenne, afin que notre témoignage de revenir au cheminement commun des dix premiers
chrétiens soit plus intense, plus crédible et plus efficace siècles.
dans une société qui est en train de perdre les valeurs Cela ne sera pas facile! Il ne sera pas facile d’ou­
traditionnelles de la Foi dans le Christ Rédempteur. blier dix siècles de séparation, caractérisés par
Sainteté, avec ces pensées, et avec confiance dans nombre d’erreurs et d’amertume. Il nous faudra faire
la Divine Providence qui ouvre de nouvelles voies des efforts, il nous faudra lutter, et surtout prier ar­
pour le bien de l’Église, en demandant l’intercession demment.
de la Très Sainte Theotôkos pour le début de notre Pour atteindre ce but, nous sollicitons votre com­
collaboration, je Vous salue fraternellement au nom préhension et votre aide efficace et sincère.
du Seigneur. Notre visite chez vous, la première d’une déléga­
tion officielle de l’Église de Grèce, est importante
Sa Béatitude Christôdoulos et significative. Nous souhaitons que l'approche ac­
Archevêque d'Athènes tuelle, visant à mieux nous connaître réciproquement,
et de toute la Grèce constitue un premier pas important dans ce nouveau
ORF, 19.03.2002 cheminement d’amour, de collaboration et d’unité.

10
Nous vous remercions vivement, encore une fois, Primat de l’Église de Grèce, Sa Béatitude Christodou-
de nous avoir invités, de nous avoir accueillis et de los, et de vous offrir, Sainteté, le cadeau qu’il vous en­
nous avoir donné l’occasion de mieux connaître le voie en souvenir de notre visite historique au
travail très important réalisé par vos congrégations Saint-Siège de Rome.
romaines. Nous souhaitons que notre présence ici
puisse contribuer à réaliser son but et ouvre une nou­ Lundi, 11 mars 2002
velle ère d amour chrétien et de collaboration efficace
entre nos deux Eglises. Panteleimon
En terminant, permettez-moi de vous remettre un Métropolite d’Attikis
Message que vous adresse l'Archevêque d’Athènes et de l'Église orthodoxe de Grèce

11
ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION
DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

12-17 novembre 2001

MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II


Le 10 novembre 2002, le Saint-Père a adressé un Message au Cardinal Walter Kasper à l’occasion de VAssemblée
plénière du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Le Pape Jean-Paul II formait «des vœux
fervents afin que cette importante réunion contribue également à faire avancer le voyage œcuménique vers
le rétablissement de la pleine unité de tous les chrétiens».

À mon Vénéré Frère niveau des plus grandes Églises et Communautés


le Cardinal Walter Kasper ecclésiales? Les commissions internationales de dia­
Président du Conseil Pontifical logue, avec patience et constance, surmontant par­
pour la promotion fois le découragement et le manque de confiance,
de lunité des chrétiens sont parvenues à des résultats convergents qui, bien
que marquant une étape intermédiaire, constituent
1. Je vous adresse mon salut avec affection, ainsi une base solide sur laquelle poursuivre la recherche
qu’à tous les participants à l’Assemblée plénière du commune. Au niveau national se multiplient aussi
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des des initiatives de dialogue, d’étude et de réflexion,
chrétiens, consacrée à un thème plus que jamais si­ qui révèlent combien ces échanges sont fructueux:
gnificatif: Communion: don et engagement - Analyse ils aident à mieux connaître les positions respectives
des résultats des dialogues et avenir de la recherche et à les confronter dans la charité, en espérant une
œcuménique. rapide mise en œuvre des résultats à notre époque
Je forme des vœux fervents afin que cette impor­ de communication on line. L’accueil des résultats et
tante réunion contribue également à faire avancer le la conséquente accentuation de la dimension œcu­
chemin œcuménique vers le rétablissement de la plei­ ménique dans la catéchèse, dans la formation et
ne unité de tous les chrétiens, une priorité pastorale dans la diaconie, représentent également un binôme
qui a toujours été présente dans mon esprit, dès le providentiel, qui ne manquera pas de donner de
début de mon pontificat. En entreprenant mon mi­ l’importance aux efforts œcuméniques jusqu’à pré­
nistère pétrinien, j’ai en effet voulu pleinement assu­ sent accomplis. De l’ardeur à accomplir cet engage­
mer l’invitation du Deuxième Concile du Vatican a ment ecclésial dépend la possibilité d’entrer tou­
engager l’Église catholique « de manière irréversible à jours davantage dans la dynamique d’enrichissement
prendre la voie de la recherche œcuménique, se met­ mutuel entre les communautés ecclésiales, possibilité
tant ainsi à l’écoute de l’Esprit du Seigneur qui ap­ que nous avons déjà reçue comme don, et qui
prend à lire attentivement les 'signes des temps’» constitue une force, un élan vers la pleine koinonia.
(Lettre enc. Ut unum sint, 3).
«Les signes des temps»! L’Église catholique, 2. « Pour la première fois dans l’histoire, l’action
consciente que « croire au Christ signifie vouloir en faveur de l’unité des chrétiens a atteint de telles
l’unité, vouloir l’unité signifie vouloir l’Église» proportions et s’est étendue de manière aussi large.
(ibid., 9), ne cesse d’avancer avec confiance sur cette C’est un don immense que Dieu a accordé et qui
voie difficile, mais si riche de joie, qui conduit à mérite toute notre gratitude » (Lettre enc. Ut unum
l'unité et à la pleine communion entre les chrétiens sint, 41). J’ai fait personnellement l’expérience de ce
(cf. ibid., 2). Combien de signes des temps ont-ils en­ don au cours de mes pèlerinages apostoliques, du­
couragé et soutenu notre parcours au cours des di­ rant lesquels je suis souvent l’objet de nombreux
verses décennies qui nous séparent de l’Assemblée signes de solidarité authentique et fraternelle de la
conciliaire et en ce début de nouveau millénaire! part des membres des autres Églises et Communau­
Les célébrations œcuméniques qui ont rythmé le tés ecclésiales. J’ai ainsi pu constater le degré de
Grand Jubilé de l’An 2000, ont elles-mêmes offert communion existant entre les chrétiens, ce qui a
des signes prophétiques et émouvants et « nous ont renforcé ma conviction que savoir « faire de la
fait prendre une conscience plus vive de l’Église place » à nos frères, se charger de leurs poids et leur
comme mystère d’unité » (Lettre ap. Novo millennio confier les nôtres, contribue à nous faire croître
ineunte, 48). dans cette spiritualité de communion qui doit carac­
Que dire, ensuite, des nombreux signes encoura­ tériser toute notre action et, a fortiori, notre action
geants qu’offre la recherche théologique conduite au œcuménique.
12
Deux orientations doivent toujour guider cet ef­ Je suis certain que dans l’échange de dons au­
fort: le dialogue dans la vérité et la rencontre dans la quel le mouvement œcuménique nous a habitués
fraternité. Il s’agit d’orientations qui se sont comme dans la recherche théologique rigoureuse et sereine,
soudées en un tout organique permettant, grâce à leur dans l'imploration constante de la lumière de l'Es-
échange, de parcourir un long chemin: nous avons prit, nous pourrons également affronter les ques­
identifié plus clairement l’objectif, nous avons recher­ tions les plus difficiles et apparemment insurmon­
ché les moyens de le poursuivre avec efficacité, nous tables dans nos nombreux dialogues œcuméniques
avons établi les normes et les principes capables de comme par exemple celle du ministère de l’Évêque
soutenir l’engagement œcuménique de l’Eglise catho­ de Rome, sur laquelle je me suis prononcé en parti­
lique. En particulier, nous sollicitons la présence des culier dans ma Lettre encylique Ut unum sint
autres chrétiens. En chaque circonstance solennelle et (cf. 88-96).
significative, lorsque nous rencontrons des difficultés
ou des obstacles, nous sommes aidés par la fraternité 4. Le chemin reste long et difficile. Le Seigneur
retrouvée qui nous invite à l'attitude fondamentale de ne nous demande pas d’en mesurer la difficulté se­
conversion qui ouvre le cœur au pardon. Il ne pour­ lon des normes humaines. Il existe aujourd'hui une
rait pas en être autrement, car nous nous sommes nouvelle perspective, profondément différente par
plusieurs fois échangés la promesse de nous pardon­ rapport à un passé encore récent: nous en sommes
ner en laissant entre les mains miséricordieuses de reconnaissants à Dieu. Cela puisse-t-il donner du
Dieu les mémoires et les fautes du passé! courage et inciter chacun à proscrire du vocabulaire
Oui! La pleine communion de tous les chrétiens œcuménique des termes comme crise, retards, len­
n'est malheureusement pas encore atteinte et il ne teurs, immobilisme, compromis! Tout en étant
nous est pas donné de savoir quel développement
l’Esprit Saint voudra donner à la recherche œcumé­ conscients des difficultés présentes, je vous incite à
nique dans les années à venir. Il est cependant indé­ prendre comme mots clef pour cette nouvelle
niable qu’une longue partie du chemin a été parcou­ époque ceux de confiance, de patience, de constan­
rue et le climat qui règne aujourd'hui entre les catho­ ce, de dialogue, d'espérance. Et je voudrais y ajouter
liques et les chrétiens des autres Eglises et Commu­ également l’impulsion à agir. Je me réfère ici à la
nautés ecclésiales est très différent par rapport au ferveur suscitée par une bonne cause, face à laquelle
passé. Nous commençons le troisième millénaire, on est stimulé à rechercher les moyens pour la sou­
conscients de nous trouver dans une nouvelle situa­ tenir en alimentant l’esprit inventif et parfois égale­
tion, difficilement imaginable il y a seulement cin­ ment le courage de changer. La conscience de servir
quante ans. Aujourd'hui, nous sentons que nous ne une bonne cause fonctionne comme une force mo­
pouvons plus nous passer de cet effort qui nous ras­ trice qui nous pousse également à interpeller les
semble. Que le Seigneur nous aide à faire fructifier ce autres afin qu'ils en prennent connaissance et
qui a été jusqu’à présent réalisé, à le conserver avec s’unissent à nous pour la soutenir. Le désir d’agir
soin et à en accélérer les développements. Nous de­ nous fera découvrir combien de choses nouvelles il
vons faire de ce moment, pour ainsi dire intermédiai­ est possible d’accomplir pour soutenir le chemin
re, une occasion propice pour intensifier le rythme commun vers la communion pleine et visible de
du chemin œcuménique. tous les chrétiens.
À travers cela, je n’entends cependant pas suggé­
3. Le thème choisi pour l'Assemblée plénière met rer simplement l’attitude de Marthe qui — selon les
en évidence, entre autres, la façon dont les dialogues paroles de Jésus — s'inquiétait et s'agitait pour de
théologiques actuellement en cours convergent à dif­ multiples choses, négligeant d’écouter ses enseigne­
férents niveaux et à différents degrés, autour du ments (cf. Le 41). En effet, la prière et l'écoute
concept clé de «communion». Cela correspond à la constantes du Seigneur sont indispensables, car c’est
vision du Deuxième Concile du Vatican et souligne le Lui qui, avec la force de son Esprit, convertit les
noyau fondamental de ses documents. Approfondir le cœurs et rend possible chaque progrès concret sur la
sens théologique et sacramentel de la notion de route de l'œcuménisme.
« communion » équivaut, au fond, à reconfirmer les Alors que je souhaite que l’Assemblée plénière de
enseignements conciliaires comme boussole de l’enga­ ce Conseil pontifical offre d’importants éléments de
gement œcuménique pour le nouveau millénaire. En réflexion en perspective du travail futur, je recom­
approfondissant la recherche et le débat sur ce thème, mande au Seigneur chacun de vos projets. Je Lui de­
la théologie œcuménique affrontera le banc d'essai le mande, par l’intercession de Marie, Mère de l’Église,
plus exigeant. La mise au point d’une véritable notion d’aider tous les chrétiens à agir toujours selon le
ecclésiale de «communion», progressivement puri­ commandement de l’unité que Lui-même nous a lais­
fiée d’accents anthropologiques, sociologiques ou sim­ sé au Cénacle: « Ut unum sint ».
plement horizontaux, rendra possible un enrichis­ Avec ces vœux, je vous envoie ainsi qu’à chacun
sement réciproque toujours plus grand. des participants à cette importants réunion une Bé­
Que le dialogue œcuménique puisse être vécu par nédiction apostolique spéciale.
chacun comme un pèlerinage vers la plénitude de la
catholicité que le Christ désire pour son Église, en
IOANNES PAULUS PP. II
harmonisant la pluralité des voix dans une sympho­
nie commune de vérité et d’amour. ORF, 20.11.2001

13
DISCOURS D’OUVERTURE DU CARDINAL WALTER KASPER
SITUATION ACTUELLE ET AVENIR DU MOUVEMENT ŒCUMÉNIQUE

I. L’œcuménisme dans une situation en mutation dans les années précédentes; d'autre part, toutefois,
nous n’avons obtenu qu’un accord différencié, et
Le présent rapport sur l’activité du Conseil ponti­ nous sommes encore loin du but que nous cher­
fical pour la promotion de l’unité des chrétiens du­ chons. Néanmoins, l’événement a été perçu par beau­
rant les trois années qui se sont écoulées depuis la coup de chrétiens comme un signe d'espérance offert
dernière Assemblée plénière se limite à une brève pé­ au monde. Ils se réjouissaient du fait que des polé­
riode. Néanmoins, pour cette première Assemblée miques et des différences séculaires qui avaient divisé
plénière du nouveau millénaire, le rapport ne peut les Églises sur un point central et fondamental de
éviter d’aborder la question beaucoup plus importan­ leur message, avaient pu être surmontées grâce à un
te: Où en sommes-nous avec l’œcuménisme au début dialogue œcuménique sérieux.
du nouveau millénaire? Qu'avons-nous accompli Pendant l'année du Jubilé, nous avons eu la joie
dans les 35 dernières années depuis que l’Église ca­ de célébrer quelques importants événements œcumé­
tholique, avec le Deuxième Concile du Vatican, est of­ niques réellement prophétiques, comme l’a dit le Pa­
ficiellement entrée dans le mouvement œcuménique? pe dans «Novo millennio ineunte» (2001) (48). L’ou­
Quels en ont été les résultats positifs? Quels sont les verture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs;
nouveaux problèmes et les nouveaux défis auxquels la Journée du pardon, le premier dimanche du Carê­
nous sommes confrontés? Mes réflexions sur ces me; la Commémoration des nouveaux martyrs (ou
points sont intentionnellement placées sous le titre: mieux, des nouveaux témoins) du XXe siècle, au Coli­
« L’œcuménisme dans une situation en mutation ». sée. Le premier et le troisième de ces événements ont
Je n’entends pas ni ne pourrais entrer dans le dé­ vu plus de délégués œcuméniques que durant le
tail des 13 différents dialogues actuellement en cours, Deuxième Concile du Vatican. Tous étaient profondé­
ni dans les nombreuses autres activités de notre ment émus. En effet, n'était-ce pas émouvant, au dé­
Conseil. Les rapports complets sont devant vous; but du nouveau millénaire, de voir l’Évêque de Rome,
pour toute autre information ou tout éclaircissement, en tant que premier de tous les évêques, et les repré­
je vous invite à poser des questions au cours de la sentants des Églises et Communautés ecclésiales
discussion générale. Pour le moment, je voudrais d'Orient, le délégué du Patriarche œcuménique, le re­
mettre en évidence quelques éléments de caractère présentant des Églises et Communautés ecclésiales
général concernant la situation actuelle, et réfléchir occidentales, l’Archevêque de Cantorbéry, entrer dans
sur les changements qui me semblent la caractériser. la Basilique Saint-Paul, faire quelques pas ensemble,
La thèse que je désire avancer est qu'une nouvelle si­ encore que très peu, et vers la fin de la liturgie solen­
tuation œcuménique se dessine. nelle, tous les Évêques et les responsables des Églises
Dans un certain sens, on peut parler de crise. et Communautés ecclésiales séparées échanger le
Mais le terme ‘crise’ ne doit pas être compris de fa­ signe de la paix avec l’Évêque de Rome? Plus émou­
çon unilatérale, au sens négatif de dégradation ou vante encore a été pour moi la commémoration des
d’effondrement de ce qui a été édifié dans les der­ témoins du XXe siècle qui, plus que tous les siècles
nières décennies — et qui n’est pas négligeable. précédents, a été le siècle des martyrs dans toutes les
‘Crise’ s’entend ici dans le sens original du terme Églises et dans toutes les Communautés ecclésiales.
grec, qui indique une situation où les choses sont La commémoration de ce patrimoine de martyre
dans un équilibre précaire, où elles ne tiennent qu’à commun est une source d'espérance, parce que « san-
un fil; en fait, un tel état peut être positif ou négatif. guis martyrum semen christianorum » (Tertullien) et
Les deux sont possibles. Une situation de crise est semen christianorum unitatis également.
une situation où les anciennes méthodes sont à leur Dans ce contexte, rappelons toutes les visites du
terme, mais où des espaces s’ouvrent à de nouvelles Saint-Père: en Égypte et au Mont Sinaï, en Terre Sain­
possibilités. Une situation de crise se présente donc te; et avant cela en Roumanie, et puis en Grèce, Syrie,
comme un défi et un temps pour les décisions. Ukraine et Arménie. Ces visites ont été très impor­
Si nous jetons un regard sur les trois dernières tantes du point de vue œcuménique et, de même que
années, surtout sur l’année jubilaire 2000, il est clair les lettres que le Saint-Père échange régulièrement
qu’il n’y pas de forme unilatérale de crise. En 1999 à avec les chefs des autres Églises, sont bien plus qu’une
Augsbourg, nous avons non seulement signé, mais expression de diplomatie et de courtoisie. Elles revê­
également célébré la signature de la «Déclaration tent une signification ecclésiale plus profonde. Car,
conjointe sur la justification » avec la Fédération luthé­ tout comme dans la tradition de l’Église des premiers
rienne mondiale. Comme l’a dit le Pape Jean-Paul II, siècles, elles sont des expressions de la communion ec­
il s’est agi d’une véritable pierre milliaire: d'une part, clésiale qui, aujourd’hui, est déjà réelle et profonde
c’était le résultat de nombreux dialogues œcumé­ bien qu’encore incomplète. À ce titre, elles étaient le
niques conduits au niveau international et national fruit et la somme de 35 années de travail œcuménique.
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Tout cela montre très clairement la nouvelle et Églises ne sont plus uniquement des Églises d’Orient,
positive situation œcuménique et témoigne des pro­ mais elles ont une vaste diaspora en Europe, en Amé­
grès des dernières décennies. Outre la valeur de tous rique et en Australie, c’est-à-dire au sein de la culture
les résultats des différents dialogues, ces événements pluraliste occidentale. C'est en outre une nouvelle si­
démontrent qu’un changement historique essentiel a tuation qui, jusqu’à présent, n’a pas encore trouvé de
eu lieu et qu’une nouvelle situation historique s’est solution satisfaisante. Le problème et l'accusation de
créée. Dans son Encyclique œcuménique « Ut unum prosélytisme, et de ce qu’on appelle «uniatisme»,
sint » (1995), le Pape Jean-Paul II décrit les fruits du sont dans une certaine mesure une projection d’un
dialogue, qu’il considère comme « la fraternité re­ sentiment de crainte et une forme d’autoprotection.
trouvée» (41). Les chrétiens des différentes Églises et Toutefois, la requête des Églises orthodoxes de
Communautés ecclésiales ne sont plus des ennemis discuter et de résoudre d’abord le problème de
ni des voisins indifférents; ils se rencontrent comme Tuniatisme’ avant de reprendre le programme
des frères, des sœurs et des amis; ils sont sur le même convenu pour le dialogue, a conduit à une impasse.
chemin commun, en un même pèlerinage vers la Comment peut-on résoudre ces problèmes sans par­
pleine communion. ler du ministère pétrinien qui est la base rationnelle
Nous ne pouvons ni ne voulons remonter au-delà même de l’existence des Églises catholiques d’Orient?
de ce riche héritage œcuménique. Nous devons Après la triste expérience de la dernière assemblée
construire à partir de lui. Toutefois, nous serions plénière de la Commission théologique internationale
aveugles si nous négligions de voir qu’une nouvelle si­ à Emmitsburg/Baltimore, je ne vois pas comment
tuation est en train d’émerger, qui n’est pas seule­ nous pourrions poursuivre le dialogue à ce niveau.
ment la continuation des 35 dernières années. Le Ju­ Dieu merci, nous avons toujours de bonnes relations
bilé de l’An 2000 a célébré ces fruits, mais en même avec les différents Patriarcats et au niveau régional,
temps il a mis en évidence le fait que, de différentes au niveau des conférences épiscopales, des diocèses,
manières au début du nouveau millénaire, nous des monastères, dans de nombreux contacts person­
sommes confrontés avec une nouvelle situation qui nels et entre institutions telles que Church in Need,
peut être appelée situation de crise dans la double ac­ Renovabis et d’autres encore.
ception du terme. Le dialogue avec la Communion anglicane (ARCIC)
Voyons d’abord rapidement quelques-uns des dia­ a également produit d’excellents et précieux docu­
logues et ensuite nous ferons quelques remarques de ments, surtout le dernier sur « Le don de l’autorité »
caractère général. En premier lieu, le dialogue avec (1998). D’énormes progrès ont été faits, notamment en
les Églises d’Orient et avec les Églises orthodoxes. Du ce qui concerne la question du ministère pétrinien. Le
point de vue théologique, elles sont les plus proches climat et l’ambiance au plan théologique et au plan
de nous. Depuis 1980, ce dialogue a donné de bons et hiérarchique sont excellents. Contrairement aux
substantiels résultats. L’échange de délégations entre Églises orthodoxes, nous sentons que nous provenons
Rome et Constantinople à l’occasion des fêtes patro­ de la même tradition latine et que nous vivons dans le
nales respectives, les visites à Moscou, Bucarest et à même monde occidental. On pourrait penser que l'uni­
de nombreux autres centres montrent que le nouvel té doit être possible dans un avenir très proche. Mais
esprit existe en dépit de tous les problèmes qui ont comme nous l’avons constaté l’an dernier à Toronto au
surgi, surtout avec le Patriarcat de l’Église orthodoxe cours d'une rencontre avec tous les Primats anglicans
russe en ce qui concerne la situation en Ukraine occi­ — une rencontre qui s’est déroulée dans une atmo­
dentale. Mais bien que ces Églises soient théologique­ sphère exceptionnellement fraternelle — la réception
ment très proches de nous, elles sont extrêmement de nos documents communs est lacunaire dans les
loin tant mentalement que culturellement, beaucoup deux Églises. Il existe de fortes tensions à l’intérieur de
plus loin que les Communautés ecclésiales protes­ la Communion anglicane, et on pourrait même se de­
tantes. Cela crée souvent de la suspicion et des mal­ mander si ces documents de dialogue sont réellement
entendus et rend parfois le dialogue difficile et chargé représentatifs de l’ensemble ou même de la majorité
d’émotivité. des anglicans. En particulier, l’introduction de l’ordina­
Les tensions évidentes au niveau universel corres­ tion des femmes au sacerdoce et, dans quelques pro­
pondent à des tensions entre ces Églises elles-mêmes. vinces anglicanes, également à l’épiscopat, crée un
Elles se trouvent aujourd’hui dans une situation nou­ nouveau et sérieux obstacle et reste un problème irré­
velle. Pour la première fois dans leur longue histoire, solu au sein de la Communion anglicane elle-même.
la plupart d’entre elles sont libres — libérées de la Mais ici, au moins, les structures et l’esprit de dialogue
soumission aux empereurs byzantins, aux souverains sont encore intacts, de sorte que nous pouvons espérer
ottomans, au tsar, de l’oppression et des persécutions et continuer d’avancer. C’est ce que nous ferons.
communistes. Le monde orthodoxe doit donc faire La situation est la même en ce qui concerne la Fé­
face à une nouvelle situation, et les Églises ont besoin dération luthérienne mondiale. Ici nous avons obtenus
de temps pour trouver leur orientation et définir leur de bons résultats et les relations personnelles sont ex­
identité. Cela demande du temps et de la patience de cellentes. Sans aucun doute, la « Déclaration conjointe
notre part. Mais cela cause aussi des craintes et des sur la justification » a représenté un important pas en
tensions entre les Églises et suscite en elles la tenta­ avant et un développement capital dont nous pou­
tion de se refermer sur elles-mêmes. En outre, pen­ vons et devons nous réjouir. Cette Déclaration a don­
dant la période des persécutions, beaucoup de leurs né une dimension et une intensité nouvelles à nos re­
membres se sont réfugiés en Occident. À présent, ces lations mutuelles, qui sont assez différentes de nos
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relations avec d’autres Communautés ecclésiales is­ œcuménique connaît donc un changement considé­
sues de la Réforme. Toutefois, les espérances étaient rable sous ce rapport également.
autres quant aux conséquences de 1 accord différen­ Les nouvelles communautés qui viennent d'être
cié sur la justification, lequel, par la suite, a parfois mentionnées se distinguent des anciennes et des nou­
causé des déceptions et de la frustration. Beaucoup velles sectes ainsi que des nombreuses « Églises cham­
de luthériens pensaient, bien que nous Payions claire­ pignons » d’Amérique latine, d’Afrique et d'Asie. Elles
ment exclu dès le début, que la participation commu­ aussi font partie du nouveau panorama. Mais à cause
ne à l’eucharistie, ou tout au moins l’hospitalité eu­ de leurs attitudes et pratiques fondamentalistes, sou­
charistique, devait être la conséquence de l'accord. vent très agressives, syncrétistes et dédiées au prosély­
Par ailleurs, ce sont les problèmes ecclésiologiques tisme, elles pourraient difficilement être les parte­
qui se posent à présent pour nous: problème des mi­ naires d’un dialogue œcuménique. Toutefois, les com­
nistères dans l’Église, surtout l’épiscopat et la succes­ munautés qui sont ouvertes au dialogue œcuménique
sion apostolique. À ce propos, mon impression, lors représentent une véritable stimulation en nous per­
de la dernière session de la Commission de dialogue mettant d’avoir une même position et de rendre un té­
international au Danemark, il y a deux mois, a été moignage commun à la fraternité chrétienne, malgré
qu'en dépit d’une chaleureuse atmosphère, il est diffi­ toutes les différences et les problèmes qui persistent.
cile de parler de progrès concernant ces problèmes Le nouveau panorama se reflète également sur la
ecclésiologiques. situation du Conseil œcuménique des Églises (COE)
Dans ce contexte, nous ne devons pas non plus ou­ et sur nos rapports avec celui-ci. La coopération au
blier qu’il existe encore des problèmes non résolus sein de la Commission « Foi et Constitution » est ex­
entre les différentes Églises luthériennes: par exemple, cellente et la participation au « Groupe mixte de
les Églises de la Communion de Porvoo, en Scandina­ travail » est efficace et empreinte d’un esprit de colla­
vie, ont l’intention d’introduire l’épiscopat historique, boration et d’amitié. Mais le COE aussi est en crise.
et une intention analogue se rencontre également aux Les Églises d’Orient et orthodoxes n'y sont pas très à
États-Unis; il y a les Églises de Leuenberg sur le conti­ l’aise et menacent de se retirer à moins de change­
nent européen, avec des tendances en faveur de la ments substantiels en matière de procédure et dans
création d’une nouvelle Église Unie comprenant les les questions qui se rapportent au programme. De
Églises réformées sous l’égide de l’EKD en Allemagne, nombreuses nouvelles communautés ne désirent pas
etc. J'ai l’impression qu’il nous faut envisager une adhérer au COE en raison de ses positions considé­
longue période intermédiaire dans nos relations avec rées comme libérales. Cela a donné lieu à un débat
ces Communautés. Et c'est encore plus le cas avec les sur la création d’un Forum — quelle qu’en soit la for­
autres Communautés ecclésiales issues de la Réforme. me éventuelle — qui comprendrait toutes les Com­
Je n’aborderai pas, dans ce cadre de référence, les munautés et groupes ecclésiaux. Au sein du COE on
dialogues avec les autres Communautés ecclésiales peut constater une baisse d’intérêt pour les discus­
(réformés, méthodistes, mennonites, etc.) et les nou­ sions théologiques classiques et souvent un change­
veaux dialogues que nous entreprenons actuellement, ment paradigmatique orienté vers un soi-disant œcu­
par exemple avec les Adventistes du Septième Jour, ménisme séculier, où l’accent est mis sur le témoigna­
bien qu’on puisse signaler bon nombre de résultats ge commun en matière de justice et de paix, parfois
positifs à ce propos. Pour finir, je ne mentionnerai même avec des groupes de pression en faveur des
que les dialogues avec les nouvelles Communautés, questions concernant les femmes, etc. Sur la base de
celles des évangéliques et des pentecôtistes. Elles re­ nos relations passées, le Conseil pontifical est déter­
présentent le mieux la nouvelle situation. Ces com­ miné à poursuivre sa coopération loyale, amicale et
munautés grandissent très rapidement, tandis que les constructive, bien que parfois critique, qui est
Églises protestantes traditionnelles régressent au ni­ d’ailleurs appréciée par nos partenaires.
veau mondial. Sur les questions éthiques, elles sont Ce qui précède n’est qu’un rapport superficiel sur
souvent plus près de nous que des Églises protes­ quelques aspects de la question; il est loin d’être com­
tantes historiques et du COE. Il s’agit souvent de plet et quelques points ont nécessairement un carac­
chrétiens engagés qui prennent le message biblique, tère général. Je n’insisterai pas sur chacun des
la divinité de Jésus Christ et les commandements de termes. Ce que j’ai voulu dire n’est qu’une introduc­
Dieu très au sérieux. Avec quelques-unes d’entre elles tion à une définition des éléments de la nouvelle si­
nous avons instauré un bon dialogue et une solide tuation qui s’amalgame et qui change, et dont nous
amitié, ou tout au moins des contacts positifs et pro­ parlerons plus avant.
metteurs. Sur les questions d’ordre ecclésiologique,
elles sont certes loin de nous. Il s’ensuit que ces dia­ 1. Un premier élément d’une situation qui chan­
logues ont nécessairement un caractère très différent ge, ou mieux, qui a déjà changé dans le simple espace
des dialogues avec les orthodoxes. Leur but n’est pas de 35 ans depuis le Deuxième Concile du Vatican et
l’unité de l’Église, mais la suppression des malenten­ son Décret sur l’œcuménisme qui déclarait que la res­
dus, une meilleure compréhension réciproque, l’ami­ tauration de l’unité entre tous les chrétiens était l’un
tié et la collaboration partout où cela est possible. Les de ses buts principaux (Unitatis redintegratio, 1).
dialogues peuvent avoir une fonction maïeutique et Dans une certaine mesure, la crise du mouvement
aider ces Communautés à s’interroger, à clarifier leur œcuménique est paradoxalement la conséquence de
propre identité et à se poser des questions quelles sa réussite. Pour beaucoup de chrétiens, l’œcuménis­
n’avaient jamais discernées jusqu’alors. Le panorama me est devenu évident. Mais plus nous nous rappro­
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chons les uns des autres, plus est douloureuse la per­ luthériennes à la Déclaration conjointe, ainsi que
ception du fait que nous ne sommes pas encore par­ dans quelques milieux catholiques. Sous des formes
venus à la pleine communion. Ce qui nous sépare en­ extrêmes, elle est vivace dans des mouvements fonda­
core et nous empêche de nous réunir autour de la mentalistes qui, dans une certaine mesure, sont une
table du Seigneur nous blesse; nous sommes de plus réaction au pluralisme postmoderne. La question
en plus insatisfaits du statu quo œcuménique; dans d’identité est une forme d’affirmation de soi et sou­
ce climat se manifeste une frustration œcuménique, vent une expression de la crainte de se perdre soi-mê­
et parfois même une opposition. Paradoxalement, me. Ainsi, l’œcuménisme est souvent accusé, ou
c’est le progrès œcuménique lui-même qui est égale­ mieux, on l’interprète mal en l’accusant d’abolir
ment la cause du malaise œcuménique. l’identité confessionnelle et de mener à un pluralisme
Il y a en outre un deuxième aspect à l’éloignement arbitraire, à l’indifférence, au relativisme et au syn­
dans le temps. Pour ceux de ma génération, le crétisme. Œcuménisme est souvent devenu un terme
Deuxième Concile du Vatican et sa décision en faveur négatif.
du mouvement œcuménique ont été une grande et, La question d’identité comme telle est sans doute
dans une certaine mesure, une nouvelle expérience. légitime et même essentielle; en soi, un dialogue sin­
Entre-temps s’est créée une nouvelle génération de fi­ cère n’est possible qu’avec des personnes qui ont éta­
dèles et de jeunes prêtres catholiques qui « ne bli leur véritable identité. Mais la question peut aussi
connaissaient pas Joseph »; ils n’étaient pas encore être une entrave et une cause de confinement. La
nés à l’époque du Concile, de sorte qu’ils ne compren­ tâche consistera à atteindre une identité ouverte, car
nent pas réellement ce qui a changé, comment et l’identité est une réalité relationnelle: j’ai mon identi­
pourquoi cela a changé. Ils ne comprennent pas nos té uniquement par rapport aux autres et dans le par­
problèmes théologiques et ceux-ci ne les préoccupent tage avec les autres. Dans ce sens, le concept d’œcu­
pas. Ainsi, les questions œcuméniques ont perdu leur ménisme doit être précisé. C'est dans ce contexte que
attrait. Cela est souvent lié à un manque d’instruction nous devons voir le problème et les avantages de
catéchétique et homilétique. Nombreux sont ceux qui « Dominus Iesus » qui a mis l'accent sur la question
ne savent pas de quoi il est question dans la doctrine d’identité. Nous devons dire clairement qu’un œcu­
catholique ou protestante, ni quelles sont les diffé­ ménisme sérieux est distinct d’une indifférence et
rences. Ils n’en ont souvent qu’une connaissance su­ d’un relativisme confessionnels qui tendent à se ren­
perficielle et fragmentaire à travers les médias. contrer au plus petit dénominateur commun. L’œcu­
Cette situation nous met devant une tâche et un ménisme doit être compris comme identité catho­
défi doubles. Nous devons, en premier lieu, promou­ lique ouverte et partagée, comme expression authen­
voir l’éducation œcuménique et la réception des ré­ tique mais aussi comme signification de la catholicité
sultats du travail œcuménique. Les effets des progrès au sens profond du terme.
œcuméniques n’ont pas encore pénétré dans les
cœurs ni dans la chair de notre Église et des autres 3. Un troisième élément est la différenciation in­
Églises. La théologie œcuménique n’est pas une di­ térieure au sein des grandes confessions mondiales.
mension intérieure des programmes théologiques. Le Conseil pontifical a décidé dès le début d’engager
Souvent c’est la TV qui détermine la réception, tandis des dialogues avec l’ensemble des Églises orthodoxes,
que, comme l’ont montré en Allemagne les débats qui avec les Fédérations mondiales des Églises protes­
ont suivi la Déclaration conjointe, même des théolo­ tantes (FLM, ARM, etc.) et avec le COE et ses unités
giens sérieux estiment que: œcuménique non de travail, telle que la Commission «Foi et
leguntur. En second lieu, nous devons clarifier et re­ Constitution ». Ce fut une décision raisonnable, bien
nouveler la vision œcuménique; nous avons besoin que ces Fédérations et Associations ne constituent
d’un nouvel élan et d’une nouvelle verve œcumé­ évidemment pas des Églises individuelles; en fait, il
nique. Nous risquons de perdre toute une génération eût été impossible, par exemple, d’engager un dia­
de jeunes si nous ne leur donnons pas une vision. Ce­ logue avec différentes ‘ Landeskirchen ’ (Églises luthé­
la signifie un effort catéchétique, homilétique et théo­ riennes évangéliques).
logique, mais plus encore un renouvellement spiri­ Cette perspective nous amène à une considération
tuel et un nouveau départ. sur la conscience croissante du fait qu’en réalité il
n’existe pas une Église orthodoxe. Il y a des Églises
2. Un second élément de notre situation est le orthodoxes autocéphales, qui sont souvent jalouses
nouvel accent mis sur l’identité. La recherche d’ou­ de leur indépendance et qui vivent des tensions avec
verture et de dialogue sous un aspect plus séculier leurs propres Églises sœurs. En ce moment, Constan­
peut être vue comme une part, une figure ou une for­ tinople ne semble plus en mesure d’intégrer les diffé­
me de globalisation. Entre-temps, cette tendance est rentes Églises orthodoxes autocéphales, et sa primau­
mise en question par une nouvelle quête d’identité té d'honneur est mise en question, particulièrement
culturelle, nationale, ethnique, confessionnelle et éga­ par Moscou. Avec Moscou, le dialogue au niveau uni­
lement personnelle. La nouvelle question qui se pose versel est actuellement très difficile. La situation
est: Qui sommes-nous? Oui suis-je? Comment pou­ s’améliore avec la Grèce, tandis qu’au Moyen-Orient,
vons-nous, comment puis-je éviter d’être absorbé dans le territoire de l’ancien Siège d’Antioche, nous
dans un plus grand tout sans visage? avons une situation totalement différente, où une
La question va de soi dans le monde orthodoxe, communion presque totale existe déjà.
mais on la trouve également dans certaines réactions Nous avons évoqué auparavant les tensions pré­
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sentes existant dans le monde luthérien concernant ménisme. Mais nous devons demeurer réalistes et
les ministères ecclésiaux, et les tensions dans la Com­ éviter d’élaborer des schémas de modèles d’unité abs­
munion anglicane. Outre ces tensions sur des ques­ traits, qui finissent tôt ou tard par mener à de nou­
tions institutionnelles, il en existe d’autres de caractè­ velles déceptions. Ainsi, la question se pose à présent
re éthique, comme l'avortement, l’homosexualité, la de savoir comment donner une vie et une structure à
bioéthique et les questions d'éthique politique, telles notre situation qui durera probablement plus long­
que la paix et la justice dans le monde, etc. temps que nous ne l'avions pensé. Comment vivre et
Ce ne sont là que quelques exemples, mais qui po­ comment structurer cette situation intermédiaire?
sent la question de savoir si dans le futur nous au­ Nous reviendrons plus loin sur ce point.
rons un œcuménisme à deux vitesses — ou même à
vitesses multiples. Cela semble probable, mais ce
n’est pas sans danger ni sans créer de nouveaux pro­ IL Le concept catholique de communio comme
blèmes. Nous devons éviter de donner l’impression VISION ŒCUMÉNIQUE
d’un «divide et impera». Ce serait du mauvais œcu­
ménisme que de créer de nouvelles divisions au sein 1. Nous commençons par une découverte surpre­
des autres Églises ou familles confessionnelles, ou de nante. Bien qu’aucun des dialogues des 35 dernières
viser à une nouvelle forme d’uniatisme. C’est pour­ années n’ait jamais eu lieu selon un plan préconçu, il
quoi un œcuménisme à deux vitesses est quelque est d'autant plus étonnant de constater que tous
chose de très délicat qui doit être traité avec beau­ convergent de façon curieuse. Tous en effet ont pour
coup de discrétion. Mais dans la situation actuelle il concept clé celui de communio. Tous définissent
n’y a pas d’alternative réaliste. La mise en pratique de l’unité visible de tous les chrétiens comme unité de
ce concept a besoin d’un sens de la responsabilité communio et sont d’accord pour la concevoir, par
œcuménique en équilibre entre l’Église universelle et analogie avec le modèle trinitaire originel, non pas
les Églises locales. Celles-ci doivent prendre leurs res­ comme uniformité, mais comme unité dans la diver­
ponsabilités, elles ne peuvent pas tout attendre du sité et diversité dans l'unité. Cette convergence dans
centre. Notre Assemblée plénière devrait exprimer un le concept de communio correspond à la vision du
encouragement en ce sens. Deuxième Concile du Vatican. Le Synode extraordi­
naire des évêques de 1985 a déclaré que l'ecclésiologie
4. Un quatrième et dernier point: dans sa Lettre de communio est « l'idée centrale et fondamentale
apostolique «Tertio millennio adveniente» (1994), le des documents du Concile ».
Pape avait exprimé l’espoir qu’avant l’année jubilaire
nous aurions réalisé la pleine communion avec les 2. Comme nous l’avons déjà vu, la situation ac­
Églises orthodoxes, ou au moins que nous serions ar­ tuelle est complexe et à niveaux multiples. Les docu­
rivés très près d’elle (34). Après le Jubilé, il a été ments de dialogue montrent une convergence sur le
beaucoup plus prudent dans «Novo millennio concept de communio mais, en y regardant bien, di­
ineunte», estimant que le chemin est encore long verses compréhensions se cachent derrière ce ter­
(12, 38). Cela me semble très réaliste. Le temps de me. Le concept commun de communio a des sens
l'œcuménisme enthousiaste qui a caractérisé la pério­ différents et de ce fait il donne lieu à des attentes
de immédiatement successive au Concile est révolu. différentes et à des objectifs projetés différents. Cela
Les conséquences sont parfois la déception et mê­ suscite nécessairement des malentendus d’un côté
me le scepticisme, souvent aussi une dure critique à comme de l’autre des partenaires. Toutefois, la
l’égard de l’Église officielle (« Amtskirche »), des atti­ convergence sur un seul et même concept est aussi
tudes et des actes de protestation ou d’un œcuménis­ — à part d’autres facteurs — une cause de confu­
me extravagant qui ne tient aucun compte des règles sion. Les différences de compréhension reflètent des
officielles fixées par exemple dans le Directoire pour ecclésiologies différentes dans les diverses Églises et
l'application des principes et des normes sur l’œcumé- Communautés ecclésiales. Mais souvent le concept
nisme. Cet œcuménisme extravagant va à l’encontre théologique de communio est également remplacé
du but recherché, car, au lieu de plus de communion ou recouvert par un concept anthropologique ou
il crée de nouvelles divisions. Personnellement je pré­ sociologique. L’emploi sécularisé de la parole
fère parler d’une nouvelle approche réaliste et d’un communio mène à une compréhension séculière
œcuménisme en voie de maturation et adulte, qui a d’un œcuménisme caractérisé par des critères et des
dépassé l'enthousiasme de la jeunesse, mais aussi le plausibilités non théologiques et sociaux de caractè­
comportement rudimentaire de l’adolescence et qui re général.
est devenu mûr et réaliste. Dans sa signification sécularisée, communio s’en­
Cela signifie que nous devons envisager une plus tend de manière « horizontale » comme une commu­
longue période au cours de laquelle nous continue­ nauté d’individus, découlant du désir de communau­
rons de vivre dans l’actuelle situation de communion té de ces individus. Dans ce sens, communio est le ré­
profonde qui existe déjà, mais qui n’est toujours pas sultat d'une association de partenaires en principe
la pleine communion. Cela veut dire une situation où libres et égaux. Une telle compréhension s’applique à
nous avons laissé derrière nous l’hostilité et l’indiffé­ l’Église dite Église «d’en bas»; c’est-à-dire l’Église
rence du passé et où nous avons redécouvert la fra­ « de base », par opposition à l’Église « établie » et à
ternité de tous les chrétiens. Cela me semble le résul­ son œcuménisme officiel. Mais communio peut aussi
tat le plus important des dernières décennies d’œcu­ s’entendre au sens néoromantique de communauté

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personnelle d’origine naturelle, basée sur des rela­ 3). Le fondement et la mesure de cette communion
tions personnelles primaires; cette compréhension est l’unité du Père et du Fils (Jn 17, 21-23).
implique une proximité personnelle et la cordialité La base sacramentelle de cette communio est
d une atmosphère familiale et amicale. Il en découle l’unique baptême par lequel nous sommes baptisés
une compréhension frère-sœur de l'Église, un modèle dans l’unique corps du Christ (1 Co 12, 12s; cf. Rm
qui a fréquemment été ébauché dans les communau­ 12, 4s; Ep 4, 3s) et, par conséquent, par le baptême
tés et fraternités monastiques, ainsi que dans cer­ nous sommes un en Christ (Ga 3, 26-28). Le point
taines Églises libres et communautés piétistes. Au­ culminant de la communion est la célébration eucha­
jourd’hui, ce modèle est souvent mis en pratique ristique. Ainsi dans l’histoire de la théologie, le texte
dans de petits groupes, dans les communautés de ba­ le plus important allait être 1 Co 10, 16s: «La coupe
se et surtout dans les plus récentes communautés spi­ de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas une
rituelles. Toutefois, si ce modèle d’ecclésiologie fra­ communion au sang du Christ? Le pain que nous
ternelle était appliqué à l’ensemble de l’Église, il rompons n’est-il pas une communion au corps du
pourrait conduire à une « ecclésiologie pour intimes » Christ? Puisqu'il y a un seul pain, nous sommes tous
qui s’hérisse contre la réalité institutionnelle d’une un seul corps: car tous nous participons à cet unique
grande Église au lieu d’essayer d’établir une relation pain ». Ce texte affirme que la koinonia dans l’unique
constructive avec elle. pain eucharistique est source et signe de la taorn
D’autre part, une compréhension institutionnelle dans l’unique corps de l'Église; l’unique corps eucha­
unilatérale de communio peut aussi causer des mal­ ristique du Christ et source et signe de l’unique corps
entendus. Elle mène parfois à une compréhension ecclésial du Christ.
mensongère de l'Église comme communio hierarchi- Cette affirmation ne doit pas conduire à une ec­
ca, dans le sens où ce terme était habituellement clésiologie de communio eucharistique unilatérale.
compris dans la théologie préconciliaire: l’Église La communion avec Dieu par Jésus Christ dans l'Es-
comme societas perfecta inaequalis ou inaequalium. prit Saint affecte également la communion entre
Le Concile s’est efforcé de dépasser une telle compré­ frères, et en particulier avec ceux qui souffrent. Par
hension hiérarchique unilatérale et a souligné à nou­ conséquent, koinonia/communio a aussi une dimen­
veau la doctrine biblique et de l’Église primitive du sion à la fois théologique, communautaire et sociale.
sacerdoce de tous les baptisés, de même que la doc­ Il serait faux de limiter la signification ecclésiale de
trine du sensus et du consensus fidelium qui en dé­ koinonia/communio à la sphère des sacrements et du
coule. Cela ne conduit pas à une compréhension dé­ culte, ou même uniquement à l’eucharistie, comme il
mocratique mais à un concept participatif de com­ le serait de souligner seulement la dimension sociale.
munio avec des droits progressifs de coopération. La communion a, pour ainsi dire, une dimension ver­
En conséquence, l’Église n’est ni une démocratie ticale et une dimension horizontale. Les sacrements
ni une monarchie, ni même une monarchie constitu­ sont le fondement de l’Église, et l’Église fondée sacra-
tionnelle. Elle est hiérarchique au sens originel du mentellement célèbre les sacrements; et la commu­
terme, qui signifie « origine sainte »; c'est-à-dire qu el­ nion sacramentelle s’exprime dans un comportement
le doit être comprise à partir de ce qui est saint, par communautaire et social.
les dons de salut, par la Parole et les Sacrements Toutefois, des accents différents peuvent être mis
comme signes et moyens de l’efficacité de l’Esprit sur les divers aspects de l’unique réalité de commu­
Saint. Cela nous amène à la compréhension théolo­ nio. Ainsi, des ecclésiologies de co/nmunzo différentes
gique originelle et authentique de communio comme et parfois même opposées peuvent dériver du terme
vision catholique de l’unité. commun général de koinonia/communio. Divers dé­
veloppements confessionnels ont eu lieu dans le sens
3. Le mot grec pour communio, «koinonia», d’un accord œcuménique d’une grande portée sur ce
dans son sens originel ne signifie pas communauté, concept.
mais participation (participation. Le verbe
« koinoneo » veut dire « prendre part, participer, avoir 4. Nous pourrions en premier lieu jeter un coup
quelque chose en commun ». Cela fait partie du mes­ d’œil à la nouvelle ecclésiologie eucharistique des
sage global de la Bible, selon lequel Dieu réunira son Églises d’Orient. Elle n’est pas sans prêter à contro­
peuple et ce qui est dans les cieux et sur la terre sous verse dans les milieux orthodoxes; ce n’est pas tout
un seul chef, le Christ (Ep 1, 10). simplement « la » position orthodoxe. Du point de
Selon les Actes des Apôtres, l'Église primitive à vue œcuménique, cependant, elle a pris de l’influen­
Jérusalem constituait une koinonia dans la fraction ce. Le point de départ de l’ecclésiologie eucharistique
du pain et la prière (Ac 2, 42); les fidèles mettaient selon 1 Co 10, 16s, est le rapport intime entre com­
tout en commun (Ac 2, 44; 4, 23). D’après Paul nous munio ecclésiale et communio eucharistique, ce qui
avons la koinonia avec Jésus Christ (1 Co 1, 9), avec veut dire que l’Église est réalisée dans l’Église locale
l’Évangile (Ph 1, 5), dans l’Esprit Saint (2 Co 13, 13), rassemblée pour l'eucharistie. L’Église locale qui cé­
dans la foi (Phm 6), de souffrance et de consolation lèbre l’eucharistie est l’Église rassemblée autour de
(2 Co 1,5; 7; Ph 3, 10). La Première et la Deuxième l’évêque. L'unique Christ et l'unique Église étant pré­
Épître de Pierre parlent de la koinonia de la gloire sents dans chaque Église locale, aucune Église locale
qui va être révélée (1 P 5, 1) et de la nature divine (2 P ne peut être isolée; chaque Église locale est nécessai­
1, 4); la Première Épître de Jean mentionne la koino­ rement et essentiellement en koinonia/communio
nia avec le Père et le Fils et donc entre nous (1 Jn 1, avec toutes les autres Églises locales qui célèbrent

19
l'eucharistie. L'Église universelle est une unité de nistère du pasteur qui exerce une fonction de gouver­
communio d’Églises. nement ecclésial.
Pour les théologiens orthodoxes, cette ecclésiolo- Toutefois, même en ce qui concerne cette ques­
gie eucharistique contient souvent une intention anti­ tion de l’épiscopat, une certaine convergence peut
primatiale. Chaque Église locale étant Église au sens être perçue aujourd’hui. Pas même à l'époque de la
le plus plein, il ne peut y avoir de ministère ni d’auto­ Réforme pouvait-on soutenir une approche centrée
rité ecclésiale supérieure à l'évêque. Dans les pre­ exclusivement sur la congrégation locale; même alors
miers temps, il pouvait y avoir une préséance des la question de Vepiskopé, du ministère de supervision
sièges métropolitains et des patriarches, mais elle est et de contrôle sous forme d’un ministère de visita­
incorporée dans le synode. Le ministère pétrinien est tion, s’était posée. Un progrès ultérieur a eu lieu au
également exercé par tous les évêques, individuelle­ XXe siècle. Il devenait clair que l’Église se réalise à
ment et en communion synodale. Par conséquent, différents niveaux: local, régional et universel. À cha­
dans la pensée des églises orthodoxes, le problème de cun de ces niveaux, le « avec et contre » du ministère
la primauté de Rome ne peut être considéré qu'en et de la congrégation est un élément constitutif. Cela
rapport à la structure synodale ou conciliaire de l'É- pose de nouveau la question de la qualité des minis­
glise. Les partenaires orthodoxes renvoient toujours tères de gouvernement dans l’Église aux niveaux ré­
au Canon 34 des «Apostolic canones», où il est dit gional et universel. Avec cette nouvelle ouverture à
que le premier évêque ne peut prendre d’importantes une vision plus universaliste, la question de la possi­
décisions qu’en accord avec les autres évêques, et ces bilité d’un ministère universel d’unité a été soulevée
derniers uniquement en accord avec le premier dans plusieurs dialogues.
évêque (cf. Document Valamo, 1988). Dans ce sens, Mais pour le moment, l'approche centrée sur l’É­
les Églises orthodoxes peuvent en général accepter glise locale et sur la congrégation locale est encore
que Rome ait la « primauté dans la charité » (Ignace celle qui prévaut. L’objectif œcuménique accepté au­
d'Antioche, Ad Rom., prooem.); mais normalement jourd'hui par la plupart des communautés ecclésiales
elles considèrent cela comme une primauté honorai­ de la Réforme est une communauté conciliaire, ou
re et excluent toute primauté de juridiction. Si cela une communion d’Églises qui demeurent indépen­
correspond entièrement à la situation du premier dantes, mais qui se reconnaissent les unes et les
millénaire, c’est une autre question. autres comme Églises et sont d’accord pour avoir une
L’ecclésiologie des réformés aboutit à un problè­ communauté d’autel et de chaire, des ministères et
me analogue. Dans ses premières œuvres, Luther est des services acceptés mutuellement. Cette idée est en
encore très conscient des liens qui existent entre la particulier la base de la Communauté ecclésiale de
Sainte Communion et l’Église. Mais dans la théologie Leuenberg (1973). Ce concept est également à l’origi­
luthérienne et réformée, l’Église est généralement ne du modèle de « diversité réconciliée » soutenu par
comprise comme étant fondée sur la proclamation de la FLM. Ainsi, la question est de savoir si le modèle
la Parole plutôt que sur les sacrements, et elle est dé­ d’unité réformé, c'est-à-dire un réseau de congréga­
crite comme créâtura verbi. Selon la compréhension tions locales, d’Églises locales ou des actuelles fa­
réformée, l’Église est là où la Parole de Dieu est prê- milles confessionnelles, est compatible avec l’ap­
chée dans sa pureté, et les saints sacrements adminis­ proche ecclésiologique catholique. Malgré quelque
trés selon l’Évangile. Ainsi, la communio sanctorum progrès dans la formulation du problème et un début
devient synonyme de congregatio fïdelium — un ter­ de lignes de convergence possibles, un net consensus
me pour désigner l’Église qui était déjà courant au œcuménique n'est toujours pas en vue.
Moyen-Âge. En ce sens, il existe un accord fonda­
mental entre la compréhension catholique et réfor­ 5. Pour présenter de manière systématique l'ec-
mée de communio fondée non pas « d’en bas » par la clésiologie catholique de communio, nous commen­
réunion des fidèles, mais constituée par la parole et cerons par la Constitution conciliaire «Lumen
les sacrements. gentium ». Au point huit, qui se propose de définir où
Mais la différence aussi est claire. Pour les réfor­ se trouve réellement et concrètement l’Église, la ques­
més, l’Église devient réelle dans la communauté de la tion œcuménique se pose avec le « subsistit in » bien
congrégation locale qui célèbre le culte. Luther veut connu. La Constitution déclare que l’Église de Jésus
remplacer le terme d’« Église», sombre et obscur à Christ est concrètement réelle dans l’Église catho­
ses yeux, par celui de «congrégation» («Gemein- lique, en communion avec le Pape, et les évêques en
de »). La conception réformée de l’Église a son fonde­ communion avec lui. Dans cette déclaration se trouve
ment et son centre de gravité dans la congrégation. le nerf du dialogue œcuménique, et la déclaration
L’assemblée de la congrégation locale qui célèbre le «Dominus lesus» (2000), avec le débat qui a suivi,
culte est l’accomplissement et la manifestation vi­ ont clairement montré qu’ici le nerf est à vif et que,
sibles de l’Église; il ne lui manque rien de ce qui est par conséquent, le seuil de la douleur est peu élevé.
constitutif de l’Église. La critique de la distinction La question cruciale, du point de vue œcuménique,
théologique entre épiscopat et pastorat, et surtout de est de savoir quel est le rapport entre les deux déclara­
la « monarchie papale » de l’Église universelle, naît tions: comment, d’une part, l’unique l’Église de Jésus
fondamentalement du fait de concentrer l’attention Christ est concrètement réelle et présente dans l’Église
sur la congrégation locale. D’après la conception ré­ catholique romaine et, d’autre part, comment les nom­
formée généralement acceptée, l’épiscopat ne se diffé­ breux éléments essentiels de l’Église de Jésus Christ
rencie que fonctionnellement du pastorat; il est le mi­ peuvent être trouvés en dehors des limites institution­

20
nelles de l’Église catholique (LG, 8, 15; UR, 3) et mê­ Ce processus œcuménique n’est pas une voie à
me, dans le cas des Églises d’Orient, comment y trou­ sens unique où seuls les autres ont quelque chose à
ver d’authentiques Églises particulières (UR, 14). apprendre de nous et, en fin de compte, à s’unir à
«Dominus Iesus», qui va au-delà des termes du nous. L’œcuménisme est toujours un échange de
Concile et affirme que l’Église de Jésus Christ est « plei­ dons et un enrichissement mutuel (UUS, 28). La
nement » réalisée dans l’Eglise catholique uniquement, théologie catholique peut accepter tout ce que l’ec-
offre une indication pour une réponse appropriée. Cet­ clésiologie de communio orthodoxe a de positif à di­
te déclaration implique logiquement que, bien qu’il n’y re, parce que l’ecclésiologie catholique affirme, elle
ait pas de pleine réalisation de l’Église de Jésus Christ aussi, que partout où l’eucharistie est célébrée, l’É­
en dehors de l’Église catholique, on y trouve néan­ glise de Jésus Christ est présente. Elle a appris de la
moins une réalisation imparfaite. Par conséquent, en théologie réformée que la proclamation de la Parole
dehors de l’Église catholique, il n’y a pas un vide ecclé­ de Dieu a aussi la fonction d’établir l’Église et la
sial (UUS, 13). Il peut ne pas y avoir « l’Église », mais il communio. Inversement, l’Église catholique est per­
y a une réalité ecclésiale. En toute cohérence, « Domi­ suadée que ses éléments «institutionnels», tels que
nas lesus » ne dit pas que les communautés ecclésiales l’épiscopat et le ministère pétrinien, sont des dons
issues de la Réforme ne sont pas des Églises; le docu­ de l’Esprit destinés à tous les chrétiens; par consé­
ment soutient seulement que ce ne sont pas des Églises quent, elle désire les offrir, sous une forme spirituel­
au sens propre du terme; ce qui signifie, dans une for­ lement renouvelée, comme contribution à l’idéal
me positive, qu’en un sens impropre, tout comme l’É­ d’une unité œcuménique plus parfaite. Cela ne veut
glise catholique, elles sont Église. En fait, elles ont une pas dire association ou insertion des autres chré­
conception différente de l’Église; elles ne désirent pas tiens dans un « système » donné, mais enrichisse­
être Église au sens catholique. ment mutuel. Plus nous nous rapprochons du Christ
Si, en outre, on veut savoir ce qui constitue concrè­ de cette manière, plus nous nous rapprochons les
tement la plénitude de ce qui est catholique, les textes uns des autres afin d’être finalement pleinement un
conciliaires montrent que cette plénitude ne concerne en Christ.
pas le salut ni sa réalisation subjective. L’Esprit opère Dans notre compréhension du « subsistit » il est
également dans les Églises et Communautés ecclé­ clair, selon la conception catholique, que l’unité est
siales séparées (UR, 3); en dehors de l’Église catho­ plus qu’un réseau et une unité de communio d’Églises
lique, il existe des formes de sainteté, et même de mar­ locales. Bien que chaque Église locale soit pleine­
tyre. Inversement, l’Église catholique est aussi une ment l’unique Église (LG, 26, 28), elle n’est pas toute
Église de pécheurs; elle a besoin de purification et de l’Église. L’unique Église existe dans et par les Églises
repentir. La réalité totale et la plénitude de ce qui est locales (LG, 23), mais les Églises locales aussi exis­
catholique ne concerne pas la sainteté subjective, mais tent dans et par l’unique Église (Communiones notio,
les moyens sacramentels et institutionnels de salut, les 9), elles sont formées à son image (LG, 23). Les
sacrements et les ministères. Ce n’est que sous ce rap­ Églises locales ne sont pas des subdivisions, de
port sacramentel et institutionnel que le Concile peut simples départements ou des provinces de l’unique
trouver une lacune (defectus) dans les Églises et Com­ Église, mais l’unique Église n'est pas non plus la som­
munautés ecclésiales issues de la Réforme (UR, 22). me des Églises locales, ni le résultat de leur associa­
Tant la plénitude catholique que le defectus des autres tion, de leur reconnaissance réciproque ou de leur in­
sont donc de nature sacramentelle et institutionnelle, terpénétration mutuelle. L’Église une est réelle dans
et non pas existentielle ni même morale; ils se situent la communio des Églises locales, mais elle ne naît pas
au niveau des signes et instruments de la grâce et non de cette communio, elle est donnée antérieurement et
pas au niveau de la res, la grâce de salut elle-même. elle subsiste dans l’Église catholique. En les mettant
La conséquence de la thèse selon laquelle l’unique ensemble, cela signifie que l’Église une et la diversité
Église de Jésus Christ subsiste dans l’Église catholique des Églises locales sont simultanées; elles sont inté­
est qu’à présent l’unité n’est pas donnée en fragments et rieures entre elles (périchorétiques).
quelle est donc un objectif œcuménique futur. En fait, Dans cette périchorèse, l’unité de l’Église a la
l’unité subsiste dans l’Église catholique, en celle-ci elle priorité sur la diversité des Églises locales. Le fait
est déjà réelle (UR, 4). Cela ne signifie pas que la pleine que l’unité a la priorité sur tous les intérêts particu­
communion, en tant qu’objectif de l’action œcumé­ liers est une évidence qui saute aux yeux dans le
nique, doit s’entendre comme le retour pur et simple Nouveau Testament (1 Co 1, lOss). Pour la Bible,
des frères et des Églises séparés dans le sein de l’Église une seule Église correspond à un seul Dieu, un seul
catholique mère. Dans la situation de séparation, l’unité Christ, un seul Esprit, un seul baptême (cf. Ep 4,
dans l’Église catholique n'est pas réalisée concrètement 5s). Selon le modèle de la communauté primitive de
dans toute sa plénitude; les divisions sont toujours une Jérusalem (Ac 2, 42), malgré toutes les diversités lé­
blessure pour l’Église catholique également. Seul l'effort gitimes, elle est une par la prédication de l’unique
œcuménique tendant à aider l’actuelle communion réel­ Évangile, l'administration des mêmes sacrements et
le mais incomplète à se développer en une pleine com­ l’unique gouvernement apostolique dans la charité
munion dans la vérité et la charité, conduira à la réali­ (LG, 13; UR, 2).
sation de la catholicité dans toute sa plénitude (UR, 4; La thèse de la priorité de l'unité s’oppose toute­
UUS, 14). Dans ce sens, l’effort œcuménique est un pè­ fois à la mentalité postmoderne du pluralisme fon­
lerinage commun vers la plénitude de catholicité voulue damental, pour lequel il n’y a plus une seule et
par Jésus Christ pour son Église. unique vérité, mais seulement des vérités. En consé­

21
quence, la position catholique connaît actuellement qui a inspiré Yves Congar, un des Pères de la théolo­
des difficultés dans les débats publics. L’ecclésiolo- gie œcuménique catholique, nous devons distinguer
gie catholique va, pour ainsi dire, à l’encontre de entre les tensions, qui font partie de la vie et sont un
l’esprit de notre temps. Ce n’est pas nécessairement signe de vie, et les contradictions, qui rendent la vie
une faiblesse, ce peut être aussi sa force. La concep­ communautaire impossible, la détruisent et mènent
tion catholique de l’unité de communio de l’Église à l’excommunication. L’action œcuménique n’est
trouve son expression concrète dans le ministère pé- donc pas d’abolir toutes les tensions, mais seule­
trinien. Nous examinerons ce problème plus tard à ment de transformer les affirmations contradic­
partir d’un document particulier. toires en affirmations complémentaires et en ten­
Enfin, tout le problème du subsistit et de la com­ sions constructives; c’est-à-dire de trouver un degré
préhension catholique de communio a une dimen­ de consensus substantiel qui nous permette de lever
sion plus profonde. Tout le problème doit être vu les excommunications.
dans le contexte de la conception catholique spéci­ Nous avons atteint ce but dans les accords chris-
fique du rapport entre Jésus Christ et l’Eglise. Le tologiques conclus avec les anciennes Églises orien­
« subsistit in » différenciateur entend indiquer qu’il tales et dans la Déclaration conjointe sur la justifica­
existe un rapport différencié entre Jésus Christ et l’É­ tion. Dans d’autres questions, en particulier celles qui
glise. On ne doit pas les identifier ni les confondre touchent aux ministères dans l’Église, nous n’avons
l’un avec l’autre, mais on ne doit pas non plus les sé­ pas encore eu de succès. Ainsi, nous vivons toujours
parer ni les placer simplement l’un à côté de l’autre. dans une période de transition qui durera probable­
L'Église n'est pas le Christ qui continue de vivre, mais ment encore pendant quelque temps.
elle est Jésus Christ vivant et à l’œuvre dans l’Église Nous devons remplir cette période de transition,
qui est son corps. Dans cette unité différenciée, ils faite de communio ecclésiale réelle, encore qu’in­
constituent — selon saint Augustin — le « Christ tout complète, avec de la vie réelle. À l’« œcuménisme de
entier». Ainsi, le solus Christus est pour nous en mê­ charité » et à l’« œcuménisme de vérité », qui restent
me temps le totus Christus, caput et membra. tous deux évidemment importants, on doit ajouter
Ce n’est que sur cette base générale que les dis­ un «œcuménisme de vie». Les Églises n’ont pas
cussions avec la position réformée peuvent avoir seulement divergé à travers des discussions, elles
lieu dans toute leur profondeur. Car l’opinion réfor­ ont divergé par leur mode de vie, leur aliénation et
mée tend à opposer Jésus Christ, comme chef de leur éloignement. Elles ont donc besoin de se rap­
l’Église, à l’Église même. Cela devient évident procher de nouveau les unes des autres dans leurs
lorsque, dans le cas de doctrines ecclésiales, on en­ vies; elles doivent s’habituer les unes aux autres,
registre des réserves sur leur caractère définitive­ prier ensemble, travailler ensemble, supporter l’ai­
ment obligatoire, sur leur conformité ou non à l’É- guillon de l’incomplétude de la communio et de la
criture; la position protestante, en ce cas, tend à un communion eucharistique à la table du Seigneur
certain révisionnisme. Un problème similaire se po­ encore impossible. Je voudrais souligner six points
se lorsqu'il est question de l'admission à l’eucharis­ qui devraient être examinés et concrétisés au cours
tie, et lorsqu’on soutient que, puisque Jésus y invite de la discussion qui suivra.
tout le monde, l’Église ne peut en refuser l’accès à
personne. Une telle argumentation est impossible 1. Cette période de transition doit avoir son
pour des catholiques, car Jésus Christ invite unique­ propre « ethos » impliquant le renoncement à toute
ment dans l’Église et par l’Église. forme ouverte ou cachée de prosélytisme, la
Si l’on prend acte de la nature fondamentale de conscience que toute décision « interne » concerne
ces problèmes, on s’aperçoit qu’en dépit de progrès également nos partenaires, la guérison des blessures
encourageants, le chemin reste ardu et peut-être laissées par l’histoire (purification des mémoires), et
long (Novo millennio ineunte, 12). Il est d’autant une réception plus diffuse des dialogues et accords
plus important de se demander: Que pouvons-nous œcuméniques déjà réalisés. Sans aucun danger pour
déjà faire, ici et maintenant? Quels sont les pro­ notre foi ou notre conscience, nous pourrions déjà
chains pas? faire ensemble beaucoup plus que nous ne faisons
actuellement: étude de la Bible en commun, échan­
ge d’expériences spirituelles, recueil de textes litur­
giques, cultes en commun au cours de célébrations
III. La praxis œcuménique durant la période de la Parole, meilleure compréhension de notre tra­
DE TRANSITION dition commune et des différences qui existent, co­
opération dans la théologie, la mission, le témoigna­
Il est essentiel pour l’Église de reconnaître qu’el- ge culturel et social, dans le domaine du développe­
le vit dans une situation intermédiaire entre le ment et de la sauvegarde de l’environnement, dans
«déjà» et le «pas encore». La communion parfaite les médias, etc. La réception et la formation œcumé­
au plein sens du terme ne peut donc être qu’une es­ niques sont particulièrement importantes pendant
pérance eschatologique. Sur cette terre, l’Église sera cette période de transition, comme nous l’avons dé­
toujours une Église pèlerine luttant avec les ten­ jà indiqué. Dans ce contexte nous devrions nous
sions, les schismes et l’apostasie. En tant qu’Église souvenir de ce qui a été dit, mais qui a malheureu­
de pécheurs, elle ne peut pas être une Église parfai­ sement pour la plupart été oublié, dans la dernière
te. Mais comme l’a indiqué Johann Adam Môhler, Assemblée plénière.

22
2. Nous devons trouver des formes et des struc­ nistère pétrinien avec des structures synodales et
tures institutionnelles pour Factuelle période de tran­ collégiales. Un tel effort en vue de renforcer et de
sition et pour l’« œcuménisme de vie » mentionné développer les structures synodales et collégiales
précédemment. Cela peut se faire en particulier à tra­ dans notre propre Église sans renoncer à la nature
vers les Conseils d’Églises au niveau régional et natio­ essentielle de la responsabilité personnelle, est le
nal. Ils ne constituent pas une super-Eglise et n’exi­ seul moyen de parvenir à un consensus œcumé­
gent d'aucune Église l’abandon de son autocompré­ nique au sujet des ministères pétrinien et épiscopal.
hension. En dernière analyse, ce sont les Églises
elles-mêmes qui ont la responsabilité du chemine­ 5. À ce stade intérmédiaire, deux formes d’œcu­
ment œcuménique. Mais ces Conseils sont des instru­ ménisme sont importantes et liées entre elles: l’œcu­
ments importants et des forums de coopération entre ménisme ad extra à travers les rencontres, les dia­
les Églises, ainsi qu’un moyen de promouvoir l’unité logues et la coopération œcuméniques, et l’œcumé­
(cf. Directoire pour l'application des principes et des nisme ad intra à travers une réforme et un renouvel­
normes de l'oecuménisme, 1993, 166-171). Ce point lement de l’Église catholique elle-même. Il n’y a pas
également avait déjà été examiné dans une des der­ d’œcuménisme sans conversion et sans réforme
nières Assemblées plénières. (UR, 6-8; UUS, 15-17). Il est surtout important pour
nous de développer également une « spiritualité de
3. Cette situation changeante ne nous empêche communio » (Novo millennio ineunte, 42s) dans
pas de poursuivre nos dialogues. Après l’éclaircisse­ notre Église et entre les Églises. Ce n’est que dans la
ment approfondi au sujet du contenu central de la mesure où nous saurons ainsi rétablir la confiance
foi (christologie, sotériologie et doctrine de la justi­ récemment perdue, que d’autres démarches seront
fication), c’est la question de l’Église et de sa mis­ possibles. En termes plus concrets, c’est unique­
sion qui devient capitale. Il faudra préciser ce que ment à travers un rapport équilibré entre l’Église
l’on entend par Église et par communio et parvenir universelle et les Églises locales que nous pourrons
à un accord sur le but ultime du pèlerinage œcumé­ concevoir un œcuménisme à deux vitesses et — plus
nique. Toutes les Églises devront faire leurs devoirs important encore — que nous pourrons gagner de la
afin de mieux comprendre et expliquer la nature et crédibilité pour le concept œcuménique de commu­
la mission de l’Église. En même temps, nous devons nio comme unité dans la diversité et diversité dans
faire l’exposé de nos accords et de nos différences: l’unité.
c’est le seul moyen de parvenir à une clarification et,
finalement, à un consensus. Un irénisme fallacieux 6. En dernier lieu, mais non par ordre d’impor­
ne nous conduit nulle part. Dans ce sens, nous sou­ tance, le mouvement œcuménique a été depuis le
tenons et apportons notre collaboration au proces­ tout début et continuera d’être une impulsion et un
sus de consultation multilatérale de la Commission don de l’Esprit Saint (UR, 1,4). Ainsi la prééminence
Foi et Constitution, « Nature et but de l'Église ». Pour parmi les activités œcuméniques revient à l’œcumé­
2002, nous projetons d’organiser un Congrès théolo­ nisme spirituel, qui est le cœur de tout œcuménisme
gique international ayant pour thème « La situation (UR, 7-8; UUS, 21-27). Souvent, on obtient davanta­
actuelle et l'avenir du mouvement œcuménique ». Le ge avec moins d’activisme œcuménique; dans cette
Congrès se propose de préciser une fois pour toutes optique, l’œcuménisme spirituel devrait être plus
la vision œcuménique catholique. fortement encouragé, et les relations avec et entre
les monastères, mouvements, fraternités et groupes
4. Une partie du débat sur la conception de qui s’intéressent à l’œcuménisme devraient être in­
communio se rapporte aux ministères dans l’Église. tensifiées.
C’est actuellement le point crucial du dialogue œcu­ Au moment de nous embarquer pour le troisième
ménique. Est en jeu, en particulier, l’épiscopat dans millénaire, nous avons besoin d’un nouvel enthousias­
la succession apostolique et — en réponse à la ques­ me œcuménique. Mais cela ne signifie pas inventer des
tion et à la requête du Pape Jean-Paul II dans l’ency­ utopies irréalistes pour l’avenir. La patience est la sœur
clique « Ut unum sint (95) » — l’exercice futur du cadette de l’espérance chrétienne. Au lieu de contem­
ministère pétrinien dans la nouvelle situation œcu­ pler l’impossible et de nous impatienter contre lui, nous
ménique. Nous devons dire clairement que l’un et devons vivre la communio possible et déjà donnée, et
l’autre sont des dons à l’Église, que nous désirons faire ce qui peut être fait aujourd’hui. En procédant de
partager pour le bien de tous. Mais ce ne sont pas cette façon, pas à pas, nous pouvons espérer qu’avec
seulement les autres qui ont quelque chose à ap­ l’aide de l’Esprit de Dieu qui est toujours prêt à nous
prendre de nous — nous aussi pouvons apprendre surprendre, nous trouverons le chemin vers un avenir
des traditions orthodoxes et réformées et voir ensui­ commun meilleur. Dans ce sens: « Duc in altum! »
te comment intégrer au mieux l’épiscopat et le mi­ « Avance en eau profonde! » (Le 5,4).

23
DOCUMENTS D’ÉTUDE POUR L’ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE

Trois documents d'étude ont été soumis à l'Assemblée plénière concernant: 1) la reconnaissance mutuelle du Bap­
tême, 2) des considérations théologiques sur la question du partage eucharistique et 3) le Ministère pétrinien. Nous
vous présentons ci-après les versions provisoires de ces documents, chacune étant introduite par une déclaration sur
son statut respectif et suivie d'une synthèse des propositions faites par l'Assemblée plénière sur la question traitée.

Reconnaissance mutuelle du baptême quelle le baptême doit être administré et recommande


Synthèse des réponses des Conférences épiscopales qu’un dialogue ait lieu entre les autorités catholiques
et celles d’autres Églises et Communautés ecclésiales
concernant la signification et la validité du baptême:
Statut de ce texte « Le baptême est conféré avec de l’eau et une for­
mule qui indique clairement l'acte de baptiser au
Ce texte ne constitue qu’une partie d’un rap­ nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il est par
port provisoire synthétisant les informations re­ conséquent de la plus grande importance pour
çues de nombreuses Conférences épiscopales tous les disciples du Christ que le baptême soit
concernant leur expérience de la reconnaissance administré de cette façon par tous et que les diffé­
mutuelle du baptême. Il a été présenté comme do­ rentes Églises et Communautés ecclésiales par­
cument d’étude lors de l’Assemblée plénière du viennent autant que possible à un accord sur sa
CPPUC (12-17 novembre 2001) pour être soumis à signification et sur sa célébration valide. Il est for­
la discussion. D’autres Conférences épiscopales
tement recommandé que le dialogue concernant
devant encore faire parvenir au CPPUC leur la signification et la célébration valide du baptê­
réponse, ce rapport se trouve donc toujours en
me ait lieu entre les autorités catholiques et celles
phase d’élaboration.
des autres Églises et Communautés ecclésiales au
niveau diocésain ou des Conférences épiscopales.
Il serait possible, ainsi, d’en arriver à des déclara­
L Introduction tions communes par lesquelles elles exprime­
raient la reconnaissance mutuelle des baptêmes,
L’affirmation du baptême commun des chrétiens comme aussi sur la façon d’agir dans les cas où il
est devenue un point de référence essentiel aujourd’hui pourrait y avoir doute sur la validité de tel ou tel
pour leurs relations mutuelles. On y voit un fondement baptême »?
commun et un point de départ pour la définition de C’est à ce propos que le Pape Jean-Paul II, dans son
leurs rapports et de leur destinée commune en Christ. Encyclique Ut unum sint, évoquait le souhait, exprimé
Dans le Décret sur l’œcuménisme, le Deuxième Conci­ dans le Directoire, d’une « reconnaissance réciproque et
le du Vatican a dit ce qui suit à propos du baptême: officielle des baptêmes », et il ajoutait que « cela va bien
« Par le sacrement du baptême, conféré valide- au-delà d’un geste de courtoisie œcuménique et consti­
ment selon l'institution du Seigneur et reçu avec tue une affirmation ecclésiologique fondamentale »?
les dispositions intérieures requises, l’homme est Dans ce contexte, le 13 mars 2000, le Conseil Pon­
incorporé vraiment au Christ crucifié et glorifié, il tifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a en­
est régénéré pour participer à la vie divine, selon le voyé une lettre aux Représentants pontificaux du
mot de l’Apôtre: * Vous êtes ensevelis avec lui par le monde entier, leur demandant de l’aider à découvrir
baptême, vous êtes ressuscités avec lui parce que s’il existe dans les diocèses et Conférences épiscopales
vous avez cru en la force de Dieu, qui l'a ressuscité l’une ou l’autre pratique pastorale de reconnaissance
d’entre les morts ’ (Col 2, 12; cf. Rm 6, 4). Le baptê­ mutuelle du baptême, ou des études en vue d’une telle
me est donc le lien sacramentel d’unité existant pratique entre l'Église catholique au niveau local et
entre ceux qui ont été régénérés par lui »? d’autres Églises et Communautés ecclésiales. Les ré­
Étant donné l’importance du baptême dans les re­ sultats de cette enquête ont été très encourageants.
lations entre chrétiens, le Directoire pour l’application Nous sommes heureux, grâce à la collaboration des
des principes et des normes sur l’œcuménisme, réaffir­ Représentants pontificaux, de publier ci-après une
mant les déclarations du Deuxième Concile du Vati­ synthèse des réponses reçues jusqu’à présent. On
trouvera dans la troisième partie une description de
can, parle du « lien sacramentel de l’unité existant
entre tous ceux qui, par lui, sont renés».1 2 * Dans deux quelques-uns des modèles de reconnaissance mutuel­
le du baptême qui se dégagent actuellement, suivie
paragraphes clé, le Directoire indique la façon selon la­
d’une analyse théologique des problèmes qu’implique
la reconnaissance mutuelle du baptême.
1Unitatis redintegratio, 22.
2Directoire pour l’application des principes et des normes sur
l’œcuménisme, 92. 3 Ibid., 93, 94.
4 Ut unum sint, 42.
24
L’analyse des problèmes théologiques résume l’ap­ certaines Églises et Communautés ecclésiales à l’occa­
port fourni par les dialogues bilatéraux internationaux sion de leur réception dans l’Église catholique, lorsque
dans lesquels des questions clé sur la nature du baptê­ l’acte du baptême a été dûment certifié. Ce fait même
me sont soulevées, ainsi que le problème que pose l'ab­ impliquerait une reconnaissance implicite du baptême
sence d’une reconnaissance mutuelle du baptême. administré par un ministre ou un pasteur d’une autre
Église ou Communauté. Parmi les réponses reçues, ce
serait le cas en Australie, Papouasie-Nouvelle-Guinée,
2. Synthèse des réponses Irlande, Danemark, Luxembourg, Finlande, Syrie, Gua­
temala, Mexique, Nicaragua, USA, Afrique Centrale,
2.1. Régions continentales Kenya et Nigeria. Les raisons d’une telle décision va­
rient d’une Conférence épiscopale à l’autre.
Europe 33 pays 25 Réponses
Asia, y compris le 36 pays 14 Réponses 3.2. Reconnaissance unilatérale
Moyen-Orient
D’autres réponses ont indiqué un modèle encore dif­
Afrique 52 pays 19 Réponses férent, que l’on peut décrire dans les termes d’une « re­
Amérique du Nord connaissance unilatérale » de la part de la Conférence
Amérique centrale 25 pays 17 Réponses épiscopale. C'est généralement le résultat d’une décision
et du sud, Caraïbes unilatérale de reconnaître la validité du baptême admi­
Océanie nistré par des ministres d'autres Églises ou Communau­
[Australie, tés ecclésiales. En ce cas la condition requise est que
Nouvelle Zélande, chaque élément du baptême doit être dûment établi. Un
Papouasie Nouvelle exemple à ce sujet pourrait être l’accord entre la Confé­
Guinée, rence épiscopale australienne et l’Église presbytérienne
îles Salomon, 10 pays 3 Réponses d'Australie, conclu à la suite d'une étude en commun
Océan Pacifique, qui avait recommandé un tel accord. En 1976, l’Assem-
Micronésie,
île Cook, blée générale presbytérienne s’est prononcée par un vo­
Fidji, Samoa, te contre l’accord. La Conférence épiscopale catholique
Vanuatu] a néanmoins décidé d’adopter la politique de reconnais­
sance sur la base de cet accord. D’autres exemples de
Total des pays 158 Réponses Totales 78
reconnaissance unilatérale du baptême par des Confé­
rences épiscopales catholiques sont signalés également
en Nouvelle-Zélande et à Malte.
2.2. Types de réponses
3.3. Modèle de déclaration commune
Reconnaissance mutuelle par écrit 195
Reconnaissance tacite ou implicite 136 Le modèle de « déclaration commune » est peut-être
le plus courant dans 13 Conférence épiscopales jusqu’à
2.3. Partenaires d "accords présent. L’accord intervient habituellement après une
série d’études en commun au niveau local. Les Confé­
Les accords ci-dessus (tant explicites qu’implicites) rences épiscopales représentées dans ce modèle ont
ont été conclus principalement avec la Communion également joint des copies de leur déclaration commu­
anglicane et les Communautés ecclésiales issues de la ne.7 Il s'agit des pays suivants: Australie, Belgique, Alle­
Réforme. Il existe cependant 5 exceptions d’accords de magne, France, Pays-Bas, Pologne, Suisse, Taiwan, Phi­
ce genre conclus avec les Eglises orthodoxes (en Alle­ lippines, Japon, Argentine, Bolivie, Brésil, Chili et Gha­
magne, Arménie, Danemark, Luxembourg et Pologne). na. Dans trois cas (Brésil, Philippines et Taïwan), les
statuts du Conseil national des Églises ont servi de base
pour la reconnaissance mutuelle entre l’Église catho­
3. Divers modèles de reconnaissance lique et les Églises membres du Conseil.
3.1. Reconnaissance tacite ou implicite
3.4. Modèle d alliance
Quelques-unes des réponses reçues jusqu'à présent
ont utilisé ce que l’on pourrait qualifier de « modèle de Le dernier modèle, que l'on peut qualifier de
reconnaissance tacite ou implicite ». On pourrait l’expli­ « modèle d’alliance », a été rapporté par le diocèse ca­
quer par la décision de la Conférence épiscopale ou tholique de Ballarat et utilisé avec le diocèse anglican
d’évêques locaux de ne pas rebaptiser les membres de de la même région en Australie. Souscrite en 1977
par les évêques des deux diocèses, la déclaration
contient une série de points intéressants concernant
5 Ce chiffre total comprend un accord écrit en Papouasie Nou­
velle Guinée qui n’a pas encore été ratifié.
6 Ce chiffre total exclut les décisions unilatérales prises par l’É-
7 Dans quelques cas, la déclaration commune a été examinée
glise catholique au niveau local en reconnaissant le baptême des
autres Églises et Communautés ecclésiales lorsqu’une personne est au cours de la réunion plénière de la Conférence afin d’établir un
reçue dans l’Église catholique. consensus, et enregistrée comme règle officielle.

25
la reconnaissance mutuelle du baptême et les rela­ Après avoir indiqué les divergences qui existent
tions bilatérales, en particulier au plan pastoral. Dans entre l’Église catholique et les autres Églises et Com­
ce cas, un modèle d’alliance est plus qu’une recon­ munautés ecclésiales, ainsi que les efforts entrepris
naissance mutuelle du baptême, car il englobe égale­ pour les surmonter, le Décret sur l’œcuménisme
ment des relations pastorales bilatérales. On pourrait poursuit par une importante affirmation qui sert de
aussi inclure dans cette catégorie l’accord verbal (non base à une reconnaissance mutuelle du baptême.
daté) entre l’Évêque catholique de Port Victoria (Sey­ « Néanmoins, justifiés par la foi reçue au baptê­
chelles) et l’Évêque anglican de cette même île. me, incorporés au Christ, ils portent à juste titre
le nom de chrétiens et les fils de l’Église catho­
lique les reconnaissent à bon droit comme des
4. Quelques conclusions préliminaires frères dans le Seigneur».12

4.1. L'importance de cette étude 4.2. Implications des reconnaissances mutuelles pour
l’unité des chrétiens
Le fait que 78 sur 156 pays (50%) ont répondu aux
demandes posées par l'intermédiaire des Représentants La reconnaissance mutuelle officielle du baptême
pontificaux est significatif. Mais peut-être plus significa­ est certainement un point de départ important vers la
tif encore est le fait que quelques Conférences épisco­ pleine communion. Cet accord offre une base sur la­
pales avaient déjà pris une initiative plusieurs années quelle les partenaires peuvent s'appuyer, car le baptê­
auparavant.8 Sur les 78 réponses, 19 contenaient des me est «destiné à la parfaite profession de foi, à la
documents de reconnaissance mutuelle,9 tandis que 13 parfaite intégration dans l’économie du salut, telle
autres rendaient compte d’une reconnaissance implicite que le Christ l’a voulue et enfin, à la parfaite insertion
du fait de leur pratique pastorale de ne pas rebaptiser dans la communion eucharistique».13 La réponse de
les personnes dont il est dûment prouvé quelles ont été l’Église catholique au projet de document de la Com­
baptisées dans une Église ou Communauté ecclésiale mission Foi et Constitution intitulé Baptême, Eucha­
connue pour avoir un baptême valide. Les 46 autres ré­ ristie et Ministère (BEM),14 commentant les effets de
ponses sont à classer dans la catégorie des décisions cette étude, considère l’élaboration de textes sur la re­
unilatérales prises par les Conférences épiscopales, ou connaissance mutuelle du baptême comme un fait
par les évêques diocésains locaux, de reconnaître les important. Le même document poursuit en faisant
baptêmes administrés dans d’autres Églises et Commu­ ressortir de la façon suivante les conséquences parti­
nautés ecclésiales lorsqu’une personne est reçue dans culières qui découlent du BEM:
l’Église catholique. Toutefois, cette reconnaissance im­ « L’Église catholique — et chaque communauté
plicite sous-entend que le baptême est dûment certifié. chrétienne — devrait approfondir sa reconnais­
Quelle est alors la signification de ces actes de recon­ sance des liens réels de la foi et de la vie en Christ
naissance mutuelle du baptême? Comme le Pape Jean- qui existent entre les communautés qui célèbrent
Paul Il l’a dit dans son Encyclique Ut unum sint, la re­ un authentique baptême et elle devrait trouver les
connaissance mutuelle du baptême «va bien au-delà moyens d’exprimer cette reconnaissance... C’est
d’un geste de courtoisie œcuménique et constitue une sur la base du baptême que nous pouvons dire
affirmation ecclésiologique fondamentale ».10 11 que, malgré nos divisions qui continuent, une
Ce qui semble être important n’est pas tant l’ac­ communion réelle, bien qu’imparfaite, existe déjà
cord comme tel, mais la façon dont la discussion sur entre les chrétiens séparés ».15
la question du baptême tend à mettre en évidence
l’importance de l’ecclésiologie. Le baptême, en tant que base d'une communion
Èn outre, les décisions sur la reconnaissance du «réelle, bien qu’imparfaite», a une importance capi­
baptême au niveau local par des Conférences épisco­ tale dans tous les accords reçus. C’est apparemment
pales ou par des évêques diocésains locaux, sont une in­ vrai même là où l’Église catholique a pris une déci­
dication de la mise en pratique, de leur part, des décla­ sion tacite en la matière.
rations ecclésiologiques du Deuxième Concile du Vati­
can concernant l’attitude de l’Église catholique à l’égard 4.3. Le baptême et le principe de communion
des personnes baptisées en dehors de leurs limites.
Le sacrement du baptême est sans aucun doute
« Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu valide- un principe essentiel de la communion qui existe
ment le baptême, se trouvent dans une certaine entre ceux qui confessent leur foi dans le Dieu trin,
communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église ca­ Père, Fils et Saint Esprit. Plusieurs exemples peuvent
tholique »." être cités pour illustrer ce point. La déclaration com­
mune, en Argentine, outre à se référer au principe en
8 La plupart des déclarations communes ont été souscrites au dé­
question, affirme qu’aussi bien pour le baptême des
but et à la fin des années 70, et quelques-unes dans les années 80 et 90. adultes que pour celui des enfants, la foi trinitaire
9 Elles comprennent la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui a en­
voyé un projet de proposition avec les anglicans et les luthériens,
12 Ibid.
en attente d’être ratifié.
10 Ut unum sint, 42. 13 Unitatis redintegratio, 22.
11 Unitatis redintegratio, 3. Il faut lire la note 12 de ce para­ 14 Service d’information, 65 ( 1987/III-IV), pp. 130-149.
X5Ibid., p. 139.
graphe pour saisir la pleine signification de la déclaration.

26
christologique crée des liens de koinonia conduisant se visible dans laquelle tous partageront la même foi,
vers la pleine unité. Ceux qui sont validement bapti­ le même ministère et les mêmes sacrements ».18
sés par l’eau avec la formule trinitaire, entrent dans En Belgique, la déclaration commune de 1971
l’Église, deviennent membres du peuple de Dieu et (comprenant cinq partenaires) affirmait que « le bap­
reçoivent une nouvelle vie dans l'Esprit. tême crée déjà un lien réel qui unit tous les baptisés
En Allemagne, les partenaires œcuméniques, à au Christ et les uns avec les autres dans la foi, l’espé­
partir de leurs principes et de leurs règles ecclésiales rance et la charité ». Elle affirme en outre que « le
respectifs, y compris le texte Baptême, Eucharistie et baptême est un signe par lequel l'Esprit Saint réunit
Ministère (BEM) du COE, concordent sur une même dès maintenant les Églises dans la même foi, la mê­
théologie du baptême (action sur l’homme par le Dieu me charité et la même espérance».19 La déclaration
trin, incorporation de l’homme dans la mort et la ré­ souligne encore une autre conséquence importante,
surrection du Christ, pardon de toutes les fautes, jus­ c’est-à-dire la responsabilité des partenaires de mon­
tification et nouvelle création de l’homme, participa­ trer davantage leur unité par l'action et la prière dans
tion à la vie nouvelle du Christ, don de l’Esprit Saint la pleine fidélité à la parole de Dieu.
et réponse de l’homme par la foi, communion avec le En Grèce, la question de la reconnaissance mu­
Dieu trin et communion entre tous les baptisés, ca­ tuelle du baptême crée une difficulté pastorale ma­
ractère irréversible, responsabilité de l’Église, des pa­ jeure, du fait que le partenaire catholique a le senti­
rents et des parrains des enfants baptisés) et sur une ment que lui seul est tenu de reconnaître le baptême
de l’autre — l’Église orthodoxe grecque — si bien que
même administration ou célébration valide du baptê­
la réponse pose une série de questions directes. Com­
me (formule trinitaire du baptême, aspersion d’eau
ment peut-on attendre de l’Église catholique locale
sur le candidat au baptême). Basée sur l’unité dans le quelle reconnaisse le baptême orthodoxe, sans qu’il y
baptême donné en Christ et sur la commune inten­ ait réciprocité de la part de son partenaire? Dans une
tion d’éviter tout malentendu concernant l’adminis­ situation où des catholiques sont rebaptisés, com­
tration valide du baptême, la déclaration conjointe af­ ment les deux Églises peuvent-elles se considérer
firme que la communion existe entre tous les bapti­ comme des «Églises sœurs», alors que ce terme im­
sés, fondée sur leur communion avec le Dieu trin à plique que les deux Églises ont les mêmes sacrements
travers le baptême, sur l’orientation vers une commu­ valides? Toutefois, quelques orthodoxes reconnais­
ne expression de foi et vers une communion eucharis­ sent la validité du baptême de l’Église catholique.
tique par le baptême, et sur l’exhortation à surmonter Après une confession commune basée sur la mê­
toutes les divisions entre les Églises.16 me foi trinitaire et le même salut en Jésus Christ par
Un autre exemple, venu du Chili, affirme que le l’Esprit Saint, la déclaration commune du Comité
baptême crée un lien d’union avec le Christ et avec mixte catholique-protestant de France affirme que par
tous les chrétiens de tous les temps et lieux. Ce lien le baptême nous devenons membres d’Églises qui
ne pourra jamais être rompu, en dépit des divisions sont encore divisées. Elle affirme également que le
historiques, étant donné que les effets du baptême ne même baptême est un lien sacramentel d’unité et le
sont pas annulés par celles-ci. On trouve le même ar­ fondement de la communion entre les chrétiens. Du
gument dans la déclaration commune du Brésil, où il fait d’être incorporés dans le corps du Christ par le
est dit que le baptême est un don de Dieu et qu'il est baptême, nous sommes appelés à progresser vers une
le fondement de l’unité, parce qu’à travers lui les communion plus profonde en recherchant les moyens
chrétiens entrent en union avec le Christ et les uns d’exprimer l'unité qui nous est déjà donnée et de
avec les autres. Outre la reconnaissance mutuelle du rendre témoignage à notre espérance commune.20
baptême au Brésil, la Constitution du CONIC (= O Le même effet du baptême est souligné dans la dé­
Conselho Nacional de Igrejas Cristàs do Brasil) im­ claration commune de la Pologne, qui base son argu­
plique une reconnaissance multilatérale du baptême mentation sur l'Écriture Sainte, le baptême par l'eau
à partir de la foi commune dans le Dieu trin, au nom et l’Esprit Saint dans la formule trinitaire, et qui
duquel le baptême est administré.17 conclut que le baptême unit les baptisés avec le Christ
La déclaration commune entre la Conférence et les uns avec les autres. Cette unité, à son tour, de­
épiscopale australienne et l’Église Unie en Australie vient une responsabilité de témoignage commun au
lie de la même façon baptême et communion. « Tous Christ et à son Évangile. L’idée d'incorporation dans le
les chrétiens sont baptisés dans le même Christ et Christ et dans son Eglise (la même famille du Christ)
participent à la vie dans la Sainte Trinité; leur baptê­ est souvent évoquée dans plusieurs déclarations, par
me est l’entrée dans la même Église du Christ, qui est exemple dans la déclaration commune entre la Confé­
le grand signe de l’unité du genre humain. Une en rence épiscopale régionale chinoise et le diocèse épis-
Christ, la communauté est envoyée dans le monde copalien de Taïwan (R.O.C.) qui affirme la conviction
pour rendre témoignage à l’œuvre rédemptrice du « que le baptême est le fondement et la charnière
Christ. Le même baptême que partagent les chré­
tiens, attend son accomplissement dans l’unique Égli­ 18 Australie, A Common Understanding of Baptism. Déclaration
commune par l’Église catholique romaine et l’Église Unie en Aus­
tralie, 1979.
16 Cf. Allemagne, Vereinbarung zwischen der Evangelischen Kirche 19 Belgique, Déclaration de reconnaissance interecclésiale du
im Rheinland und dem Erzbistum Kôln sowie den Bistümer Aachen, baptême, Bruxelles, 1971.
Essen, Münster und Trier zur gegenseitigen Anerkennung der Taufe. Voir 20 France, Comité mixte catholique-protestant, Déclaration
également Die Sakramente (Mysterien) der Eingliederung in die Kirche. commune sur le baptême (1972), dans Documentation catholique,
17 Cf. Brésil, Base et statuts du CONIC, p. 7.
n° 1623,1973, p. 22.

27
d’unité de nos Églises... ».21 Un autre exemple qui sou­ coup a été fait dans le domaine de l’ecclésiologie à tra­
ligne la dimension de communion est la déclaration vers les dialogues bilatéraux. Bien que quelques-uns
commune entre la Conférence épiscopale catholique d’entre eux aient abordé, au cours des ans, la question
des Philippines et les Églises membres du Conseil na­ d’une reconnaissance mutuelle du baptême,25 certaines
tional des Églises de ce pays. Il y est dit que « le baptê­ réponses regrettent le fait que des Églises et Commu­
me est un lien d’unité réunissant tous les chrétiens nautés ecclésiales continuent encore aujourd’hui de re­
qui, par lui, sont nés de l’eau et de l’Esprit Saint (Ep 4, baptiser des catholiques.26 Cela semblerait aller à l’en­
3-6). Il constitue le fondement du dialogue, du culte et contre des progrès réalisés jusqu’à présent dans le do­
de l’action commune œcuméniques».22 On trouve la maine de l’ecclésiologie, ou même souligner la nécessi­
même argumentation dans la déclaration commune té de réexaminer dans des dialogues bilatéraux les
avec l’Église luthérienne aux Philippines, où il est dit questions en suspens concernant l’ecclésiologie. C’est
que « le baptême constitue un lien d’unité qui réunit d'autant plus urgent que, selon l’idée répandue parmi
tous ceux qui sont renés par lui. Ce même baptême quelques partenaires de dialogue, le baptême commun
exige donc que ceux qui ont été rassemblés par lui est suffisant pour une certaine forme de communion
dans le Corps du Christ, l’Église, recherchent en­ qui pourrait être exprimée par l’hospitalité eucharis­
semble une expression majeure de leur unité en tique dans l’Église catholique.
Christ et l’unité dans tous les domaines de la foi ».23 Nous pouvons donc parler d’une situation qui a
Il ressort clairement de ces exemples que le baptê­ changé et d’une diversité d’approches et d’accentuation
me est un point de départ et qu’il peut être considéré en ce qui concerne le baptême. Cela exigerait une atten­
comme le fondement sur lequel est bâtie la maison de tion particulière dans l’étude d’une reconnaissance mu­
la foi chrétienne. C’est pourquoi il n’est pas le point fi­ tuelle du baptême. Alors que l’approche orthodoxe du
nal, car il faut continuer de travailler pour achever de baptême peut être considérée comme plus rigoureuse et
construire la maison. Une autre image théologique em­ communautaire en tant que sacrement d’initiation, celle
ployée dans la description du baptême est celle d’une de l’Église catholique souligne sa nécessité pour le salut
porte. Le baptême est la porte qui donne accès à la au sein de l’Église. Les protestants mettent spéciale­
maison où l’on trouve d’autres pièces — les autres sa­ ment l’accent sur la signification christologique comme
crements. Lorsque l’on invite des personnes dans une participation à la mort et à la résurrection du Christ par
maison, il ne s’ensuit pas que l’on est également tenu la foi et le sacrement au sein de la communauté des fi­
de les faire entrer dans toutes les pièces. Seuls les pa­ dèles. Pour certaines Églises libres et pour les protes­
rents proches ont accès à celles-ci. Cette image montre tants évangéliques, le baptême présuppose une confes­
clairement la position de l’Église catholique. Étant sion de foi explicite et personnelle. Il existe aujourd'hui
donné que les chrétiens vivent dans une situation de une situation nouvelle remarquable, dans laquelle les
«communion réelle, bien que partielle», il n’est pas chrétiens (catholiques, orthodoxes et protestants) se re­
non plus possible pour l’Église catholique d’ouvrir les trouvent parfois en minorité dans une société séculari­
portes de toutes les pièces de sa vie sacramentelle. Ain­ sée, où une éducation chrétienne ne peut être considé­
si, bien que nous puissions parler de baptême com­ rée comme allant de soi. C’est pourquoi le baptême à un
mun, les implications ne vont pas jusqu’au point de âge adulte est parfois envisagé et semble plus appro­
partager l'eucharistie, car le sacrement de l’eucharistie prié, du point de vue pastoral, que le baptême indiscri-
n’est pas un repas de famille où l’Église catholique miné des enfants. Une telle pratique est toutefois théo­
peut décider d’offrir l’hospitalité à ses invités. L’eucha­ logiquement différente de l’approche des baptistes, pour
ristie est le sceau et l’accomplissement de la pleine qui le baptême suppose essentiellement la confession de
communion et non pas un moyen pour y accéder. foi personnelle du candidat au baptême.
Pour le courant protestant majoritaire, le baptême,
comme sacrement et comme critère d’appartenance à
4.4. Changement de situation et diversité d'approches l’Église, a une importance plus grande que pour les
La question centrale sous-jacente aux débats Communautés ecclésiales telles que pentecôtistes et
conduisant à la reconnaissance mutuelle a à voir avec évangéliques, qui donnent la préférence à ce qu’ils appel­
l’ecclésiologie. Les accords pour la reconnaissance lent baptême de l’Esprit et confession de foi personnelle.
mutuelle du baptême reflètent l’état actuel d’une situa­ Une autre question qui découle de la nouvelle si­
tion œcuménique qui a changé. Le Deuxième Concile tuation est l’emploi d’un langage inclusif pour la for­
du Vatican a décrit la relation entre les chrétiens qui mule du baptême. On connaît des cas où le baptême
ont reçu validement le baptême comme une « certaine est actuellement administré « au nom du Créateur, du
communion, bien qu’imparfaite».24 Les déclarations Rédempteur et du Sanctificateur ».(...)
conduisant à une reconnaissance mutuelle du baptê­
me indiquent qu’en ce qui concerne les questions sous-
25 Cf. Rapport du dialogue disciples-catholiques 1977-1981, 23-39,
jacentes, l'attention est concentrée aussi bien sur l’ec­
clésiologie que sur le sacrement du baptême. Trente- dans: Service d’information, 49 ( 1982/II-III), pp. 73-75; Vers une dé­
claration sur l’Église, 1985, Dialogue méthodistes-catholiques, Qua­
cinq ans après le Deuxième Concile du Vatican, beau­ trième phase (1982-86), dans: Service d'information, 62 (1986/IV),
p. 115, où il est dit que «le baptême fait entrer l’individu dans la
‘koinonia’ de l’Église», (12); Vers une compréhension commune de
21 Taïwan, cf. Agreement on the Sacrament of Baptism between the l’Église, Dialogue réformés-catholiques, dans: Service d'information,
Roman Catholic and Episcopalian Diocèses of Taïwan, R.O.C., 1976. 74 (1990/III), p. 117; L’Église comme communion: une déclaration
22 Philippines, An Ecumenical Déclaration on Baptism, 1999, p. 2. commune, (15), ARCICII, dans: Service d'information, 77 (1991/11).
23 Philippines, The Sacrament of Holy Baptism, 1972, p. 2. 26 Le fait de rebaptiser des catholiques est signalé en Grèce,
24 Unitatis redintegratio, 3; voir également Lumen gentium, 14 et 22. Géorgie, Bulgarie et Roumanie.

28
Discussion plénière sur la reconnaissance CONSIDÉRATIONS THÉOLOGIQUES
MUTUELLE DU BAPTÊME SUR LA QUESTION
14 novembre 2001 DU PARTAGE EUCHARISTIQUE

Synthèse des propositions faites durant Statut de ce texte


rassemblée plénière
Ce texte est le résumé des différents points d’un
document d’étude sur ce thème utilisé pour le dé­
1. La nécessité a été constatée de revisiter les ac­ bat qui a eu lieu lors de l’Assemblée plénière du
cords existant sur le baptême et de méditer avec nos CPPUC (12-17 novembre 2001). Il est présenté ici
partenaires œcuméniques d une part sur leur signifi­
uniquement dans le but d’illustrer certains des
cation pour l’unité des chrétiens et pour la vie des
chrétiens, d’autre part sur les changements qui ont eu thèmes abordés lors de l’Assemblée. Il ne consti­
lieu. La catéchèse, l’enseignement et la formation tue donc pas un document complet du CPPUC
œcuménique devraient réserver une place adéquate à sur cette question mais un point de départ utilisé
une telle réflexion. Celle-ci pourrait partir des élé­ lors des débats de l’Assemblée.
ments suivants:
- Signification théologique du baptême; 1. Introduction - Status Quaestionis
- Dimensions liturgiques (processus du rite d’ini­ À la suite de la Déclaration conjointe sur la doc­
tiation); trine de la justification, les luthériens se sont de­
mandé quels effets pouvait avoir ce document sur la
- Conséquences pour l’édification de la commu­ question de communauté d’autel ou d'hospitalité eu­
nion ecclésiale; charistique, question amplement débattue actuelle­
- Implication de la reconnaissance mutuelle com­ ment en Allemagne, surtout dans les milieux ecclé­
me base d’une communion réelle bien qu’imparfaite. siastiques. Ils ont sollicité une étude et un débat
théologiques plus approfondis. Les luthériens font
la distinction entre communauté d’autel, qui n’est
2. En ce qui concerne la formation œcuménique, pas encore possible à présent, et hospitalité eucha­
certains points ont été particulièrement soulignés: ristique entre catholiques et luthériens. Dans leur
optique, ils peuvent adresser une invitation aux
a) Le CPPUC pourrait faciliter le processus de ré­
chrétiens catholiques. Ils aimeraient savoir si la Dé­
ception (de documents) pour les séminaristes;
claration conjointe peut servir de base, du côté ca­
b) La formation permanente a besoin d’être ren­ tholique, pour formuler une invitation analogue. A
forcée par une catéchèse baptismale à caractère œcu­ partir des opinions exprimées par plusieurs théolo­
ménique; giens, le Conseil Pontifical a examiné ce thème au
cours d’une consultation qui s’est tenue du 12 au 14
c) La nécessité d’imaginer de quelle manière l’É- septembre 2001. À la suite de cette consultation, les
glise catholique peut aider ses partenaires à mettre considérations suivantes ont été préparées pour le
l’accent sur la nécessité d’une formation œcumé­ débat en Assemblée plénière.
nique. Ce point pourrait figurer comme thème de dis­ Le fondement théologique pour le travail de l’As-
cussion lors des rencontres de dialogue, ainsi que semblée plénière était le rapport entre ecclésiologie et
dans le cadre des relations bilatérales, les réunions eucharistie. Du point de vue catholique, communio
d’information et les réunions mixtes de travail. ecclésiale et communio eucharistique sont insépara­
d) Il serait important de penser à inclure la blement liées. Une communio qui n’a pour but que la
dimension œcuménique dans l’organisation de sémi­ communauté d’autel et de chaire, comme celle qui
naires ou groupes de travail s’adressant aux évêques. s’est développée dans le monde protestant au cours
des relations entre luthériens et autres Communautés
ecclésiales issues de la Réforme, est insuffisante par­
3. L’Assemblée plénière a approuvé l’idée d’orga­ ce quelle est incomplète.
niser des rencontres inter-dicastérielles de Secrétaires La question est différente en ce qui concerne les cas
ou Sous-secrétaires. d’urgente nécessité, où l’eucharistie, selon le Directoire
œcuménique de 1993, peut être reçue par des chrétiens
4. Le CPPUC s’est engagé à: non catholiques baptisés, sous certaines conditions
a) Diffuser les résultats de l’étude sur le baptême bien précises. Il s’agit de savoir s’il est possible d’aug­
auprès de toutes les Conférences épiscopales de ma­ menter le nombre des cas autorisés jusqu’ici.
nière qu’elles aient conscience des questions fonda­ En outre, on devrait examiner les situations où
mentales qui sont en jeu; sont impliquées toutes les conditions de vie des chré­
tiens, par exemple les cas de mariages mixtes.
b) Informer la Curie romaine de ces résultats. Enfin, dans la question de l’hospitalité eucharis­
tique, il est également important pour les catholiques
de ne pas oublier la position de l'orthodoxie. La posi­

29
tion des Églises orthodoxes est basée sur une ecclé- Concile du Vatican, l’exception (cf. les règlements
siologie selon laquelle l’Église orthodoxe est l’Église correspondants du CIC de 1983 et le Directoire œcu­
de Jésus Christ. Pour eux, l'eucharistie est le signe sa­ ménique de 1993) a été introduite, selon laquelle, en
cramentel de la pleine communion ecclésiale. Aussi cas de nécessité particulièrement grave et urgente
refusent-ils d’accorder l’hospitalité eucharistique aux (gravis et urgens nécessitas), une personne non catho­
chrétiens non orthodoxes. lique baptisée peut recevoir la Sainte Communion
pour le bien spirituel de son âme (salus animarum).
2. Fondement théologique En raison de ces délimitations, la réciprocité n’est
pas possible parce que ces communions ecclésiales n’ont
L’effusion de l’Esprit Saint est destinée à universa­ pas de ministère pleinement valide, de sorte que la plei­
liser l’action de Jésus Christ et à intégrer ainsi le ne réalité de l’eucharistie n'existe pas. Ces questions ne
monde et l’histoire « au Christ ». De ce fait, l’efficacité devraient pas être examinées isolément, mais être plutôt
de l’Esprit Saint dans l’eucharistie a pour but la koi- traitées par rapport à l’eucharistie comme communio.
nonia (communio) dans et avec Jésus Christ. Cette Seule la communio, la communion de l’Église, et
communio doit s’entendre à la fois comme personnel­ non seulement l’hospitalité eucharistique ou l'inter-
le, se rapportant à la participation de chaque indivi­ communion, peut être le but de l'œcuménisme. La
du au Christ et à sa communion la plus profonde communion dans l’eucharistie a sa place au sein de
avec le Christ, et comme ecclésiale, par rapport à l’É- l’unique Église. Il s’agit de la pleine communio des
glise comme communion en Christ. La communio, Églises, et non pas de cas isolés d’intercommunion
tant personnelle qu’ecclésiale, est le but et le point dans une situation inchangée de division de l’Église.
culminant de la célébration eucharistique. Traditionnellement, les mêmes principes étaient
Durant le conflit théologique sur l’Eucharistie au valables pour les luthériens. Dès 1961, le Comité d'étu­
XIe siècle, le lien entre le Corps sacramentel du Christ de œcuménique de la VELKD (Église évangélique lu­
— indiqué jusqu’alors comme le Corps mystique du thérienne unifiée d’Allemagne), à l’occasion d’un vote
Christ — et le Corps ecclésial du Christ, était relégué concernant la Sainte Cène durant les conférences œcu­
à l’arrière-plan. De ce fait, la conscience du lien entre méniques, avait soutenu que « le problème des célébra­
eucharistie et Église se perdait encore davantage. tions de la Sainte Cène lors des rencontres œcumé­
Dans l’ensemble, il s’agissait d’une individualisation niques ne peut être résolu en dehors de tout le com­
et d’une privatisation unilatérale de la compréhen­ plexe de la communauté ecclésiale et du partage eu­
sion et de la praxis eucharistique. charistique. [...] La communauté ecclésiale inclut [...]
Un des devoirs importants depuis le Deuxième la communauté de confession, la communauté de pré­
Concile du Vatican, concernant la célébration eucha­ dication et la communauté de vie. On ne peut pas faire
ristique catholique, est de garder à l’esprit le juste équi­ le deuxième pas avant le premier. Le partage eucharis­
libre entre communio personnelle et commwnzo ecclé­ tique ne peut pas servir d’instrument d’éducation ni
siale. La dimension ecclésiale de l’eucharistie a des d’exercice tendant à la réalisation à la communauté ec­
conséquences pour la question œcuménique de l’auto­ clésiale. C’est plus exactement une expérience de la
risation à la communion eucharistique. En tant que communauté ecclésiale »?
sacrement de la foi et signe d’unité, l’eucharistie re­ Aujourd’hui, du côté luthérien, on présente un ar­
quiert une foi et un baptême communs; elle produit la gument différent, selon lequel le concept théologique
purification, la maturation et l’approfondissement de fondamental de la vocation commune est suffisant
cette unité qui existe déjà et qui est présumée (Lumen pour accorder le partage eucharistique. Dans cette
gentium, 3). Ce rapport mutuel entre Eucharistie et optique, ce ne sont pas les Églises qui invitent, mais
Église est constitutif pour la question de la commu­ plus exactement le Christ lui-même. Ainsi, les Églises
nion eucharistique avec les Églises et Communautés n’ont pas le droit, à partir d’une telle conviction, d’ex­
ecclésiales avec lesquelles l’Église catholique n’est pas clure des chrétiens baptisés et croyants. En 1975,
en communion parfaite. Selon la compréhension ca­ avec l’introduction de l’idée d’un « statut de visiteur »
tholique (et orthodoxe), l’eucharistie, en tant que sa­ grâce à l’aide pastorale des Églises protestantes luthé­
crement d’unité, présuppose que nous soyons en par­ riennes d’Allemagne, le partage eucharistique a été
faite communion ecclésiale (communion avec l’évêque affirmé et se pratique depuis lors entre luthériens, ré­
local et avec le Pape comme signe et service de l’unité formés, méthodistes, anglicans et d'autres. Toutefois,
de l’Église). L'opinion orthodoxe a beaucoup en com­ l’appartenance légale à l’autre Église n’est pas donnée
mun avec la nôtre. C’est une expression de la commu­ par une participation à la Sainte Communion en qua­
nio, et ce n’est que dans le contexte de celle-ci qu’une lité d’<< invité ».
célébration eucharistique particulière a tout son sens. L’Église catholique est elle aussi convaincue que
C’est donc seulement dans un tel rapport plus complet c’est le Christ qui invite à l’eucharistie, du fait qu’il ad­
que l’on peut comprendre pourquoi la question de la ministre les sacrements dans la personne du prêtre or­
communion eucharistique soulève avant tout la ques­ donné. Cependant, le Christ agit dans les sacrements de
tion du ministère et de la relation du ministère ordon­ l’Église chaque fois que les apôtres et leurs successeurs
né avec le sacrement de l’eucharistie. légitimes, les évêques et les prêtres, observent le com­
Par conséquent, ce n’est que dans des cas excep­ mandement de Jésus («Faites ceci en mémoire de
tionnels qu’il a été possible à des membres des
Églises issues de la Réforme de recevoir la commu­
1
nion dans l’Église catholique. Depuis le Deuxième Abl. Bd. IS. 222.

30
moi »). De cette façon, il est uni à son Église, qui est son moins importantes. Pour cette raison, l’actuelle
corps et son épouse. Le Christ est donc dans la tête et quatrième phase du dialogue international luthérien-
dans les membres de son « unique » corps.2 On ne peut catholique, en conséquence directe de l’accord sur
pas séparer le Christ et l’Église pour cette invitation. des vérités fondamentales de la doctrine de la justifi­
Toutefois, du côté luthérien également, la question cation dans la Déclaration conjointe, s'occupe de
de la communion eucharistique a été envisagée par rap­ questions capitales de l’ecclésiologie, c'est-à-dire
port à celle de la reconnaissance des ministères. Le do­ l’apostolicité, le ministère ordonné et « rester dans la
cument commun entre catholiques et luthériens, Le mi­ vérité ». L’accord ecclésiologique est le présupposé de
nistère dans l’Église, bien qu’il n ait pas été officiellement la poursuite du dialogue sur l’eucharistie.
reçu, déclare, en conclusion de ses remarques: « Le rap­ En outre, le terme « hospitalité » vient de la vie sé­
prochement désormais atteint entre les Églises sépa­ culière et du domaine des comportements et usages
rées, ... et plus particulièrement l’espoir dune célébra­ sociaux et ne peut pas être purement et simplement
tion commune du Repas du Seigneur: tout cela fait sou­ appliqué à la question ecclésiologique et sacramentel­
haiter que, dans un avenir qui ne soit pas trop lointain, le de l’eucharistie.
les Églises reconnaissent mutuellement leurs minis­
tères. Ce serait un pas décisif pour écarter le scandale 3. Alors que pour les luthériens la possibilité de
de la division dans le Repas du Seigneur».3 Le docu­ recevoir l’eucharistie d’un célébrant catholique est un
ment fait même un pas de plus dans sa formulation, là objectif intérimaire souhaitable en vue d’une plus
où il parle de reconnaissance mutuelle des ministères, grande communion œcuménique, pour les catho­
« laquelle est identique avec rétablissement de la com­ liques elle ne peut représenter qu’une règle applicable
munion eucharistique».4 Et W. Pannenberg, dans son uniquement dans des cas de nécessité exceptionnelle,
commentaire de ce document, dit que « la présence du sujets à des critères clairement définis. Il serait par
Christ dans l’eucharistie est étroitement liée à la ques­ conséquent utile de préciser ultérieurement ce qu’est
tion de la légitimité des ministères ecclésiaux ».5 la situation de grave nécessité (gravis nécessitas) décri­
te dans le CIC et dans le Directoire œcuménique (cf. la
3. Les TÂCHES DE RASSEMBLÉE PLÉNIÈRE contribution de Mgr Eleuterio Fortino, Diritto Ecume-
nico, Comunione di Vita e di Attività spirituale) concer­
1. Selon le concept catholique (et orthodoxe), ecclé- nant certaines conditions spéciales dans la vie et dans
siologie et eucharistie sont inséparablement liées. La la foi des chrétiens (p.ex. les mariages mixtes qui vi­
communio eucharistique présuppose la communion ec­ vent une vocation œcuménique), avec une attention
clésiale. La communio ecclésiale est la communio eu­ particulière pour le salus animarum. Quant à la ques­
charistique, et vice versa. Sans aucun doute, c’est le tion de savoir si les règlements contenus dans le Di­
Christ qui invite, mais il invite dans l’Église et par l’Égli- rectoire sont suffisants, ou s’il y aurait lieu de prévoir
se. Le Christ tout entier, en tant que chef de son corps, un amendement supplémentaire, une modification du
l’Église, est celui qui invite (totus Christus). Un modèle Directoire lui-même ne semble pas opportune.
œcuménique de communion ecclésiale limité à la com­ Sauf pour les cas de « danger de mort » (130), le Di­
munauté de chaire et d’autel n’est pas possible pour les rectoire n’indique aucun autre cas d’urgente nécessité
catholiques. Ministère et sacrement en font ensemble de manière plus spécifique, étant donné que le CIC re­
partie. Ce fondement théologique catholique (et ortho­ met la vérification de tous les autres cas de ce genre au
doxe) est connu des partenaires luthériens. jugement de l’évêque ou de la Conférence épiscopale.
Selon l’argumentation théologique du Deuxième
2. La proposition luthérienne d’accorder l’hospi­ Concile du Vatican, l’évêque doit être considéré com­
talité eucharistique, ou de se déclarer mutuellement me le grand prêtre de son troupeau. En un certain
prêts à accepter la participation eucharistique, est sens, c’est de lui que découle et dépend la vie chrétien­
différente de l’objectif de pleine communion eucha­ ne des fidèles dont il a la garde (cf. Sacrosanctum
ristique, car sans vouloir mettre en question le lien concilium [SC], 41). La vie liturgique du diocèse tour­
fondamental entre eucharistie et ecclésiologie, elle ne autour de l’évêque (cf. SC, 41). Et la vie liturgique
tend à une solution intermédiaire qui consiste à tenir de la paroisse et son rattachement à l’évêque doivent
compte des convergences œcuméniques entre catho­ être favorisés dans l’esprit et dans la pratique aussi
liques et luthériens dans le domaine de l’eucharistie, bien des laïcs que du clergé (cf. SC, 42).
convergences qui se sont accrues avec la Déclaration Les évêques ont été établis sous l’inspiration de l’Es-
conjointe sur la doctrine de la justification. prit Saint et ils sont les successeurs des apôtres comme
Toutefois, pour les catholiques (et les orthodoxes), pasteurs des âmes. Par le Christ, ils ont reçu l’ordre et le
il ne peut y avoir de formes d’eucharistie plus ou pouvoir d'enseigner toutes les nations, de sanctifier
hommes et femmes dans la vérité et de les nourrir spiri­
tuellement. « Aussi, par l’Esprit Saint qui leur a été don­
2 Cf. Réflexions sur la Déclaration conjointe sur la doctrine de la né, les évêques ont-ils été constitués de vrais et authen­
justification, dans: L’Osservatore Romano, 25.3.2001. tiques maîtres de la foi, Pontifes et Pasteurs » (cf. Chris­
3 Commission mixte internationale luthérienne-catholique sur tus dominus, 2). « Et que quiconque les écoute, écoute
l’unité, Le ministère dans l’Église, 1981, 81, dans: Service d'informa­ le Christ, quiconque les méprise, méprise le Christ et
tion 48, 1982 (I), p. 30.
4 Ibid., 83. Celui qui a envoyé le Christ (cf. Le 10, 16) » (cf. Lumen
5 Wolfhart Pannenberg, Dem Tisch des Herrn etwas nàher, gentium [LG], 20). « Ces pasteurs, choisis pour paître le
dans: Rheinischer Merkur./Christ undWelt, 12,1982. troupeau du Seigneur, sont les ministres du Christ et les

31
dispensateurs des mystères de Dieu (cf. Rm 15, 16; Ac pratiques adoptées par les Conférences épiscopales
20, 24), et le glorieux ministère de l’Esprit et de la justi­ en matière de partage eucharistique.
ce (cf. 2Co3,8-9)»(cf. LG, 21). - Compte tenu des progrès accomplis, il serait
Par conséquent, la position des évêques concer­ souhaitable que le Directoire puisse être appliqué
nant la vie œcuménique des diocèses devrait être ren­ avec plus de bienveillance, comme la possibilité en
forcée, et ils devraient eux-mêmes être encouragés à est laissée à l’évêque dans des cas d’extrême nécessité
utiliser pleinement la latitude de décision qui leur est pour la salus animarum. Il est essentiel de com­
attribuée dans le Directoire œcuménique. prendre et appliquer les normes du Droit Canonique
En outre, il existe beaucoup d’autres manières d’ex­ et du Directoire à partir de U R, 8 et de l’ensemble des
primer le degré de communion ecclésiale (réelle, bien documents conciliaires.
qu’imparfaite) qui a déjà été réalisé. Ces autres formes
de piété ou de communion œcuménique devraient être - L’admission de non catholiques à l’eucharistie
mises en valeur et développées entre les partenaires dans des circonstances particulières, possible selon le
œcuméniques. Alors que le partage eucharistique n’est Deuxième Concile du Vatican, le Droit Canonique Oc­
pas encore possible entre les chrétiens divisés, il existe cidental et Oriental et le Directoire Œcuménique, ne
une grande variété de célébrations, de liturgies et de devrait pas reposer sur une continuelle exception à la
rencontres œcuméniques qui sont déjà faisables et qui, règle. L’exception, en effet, présuppose une justifica­
au stade actuel de nos relations, sont plus indiquées. De tion et une possibilité théologique a priori.
même, pour les chrétiens non catholiques, recevoir la - Il serait important de réfléchir sur les principes
bénédiction d’un ministre catholique de l’eucharistie, et directives qui président à notre propre admission
ou vice versa, au lieu de recevoir la sainte communion, aux sacrements, en tant que catholiques, et de tirer
est déjà devenu un geste et une pratique œcuméniques de la vision ecclésiologique sur laquelle ils reposent
significatifs au cours de célébrations eucharistiques des critères herméneutiques pour l’admission à l’eu­
tant luthériennes que catholiques. charistie des membres d’autres confessions.
- Dans la situation de transition où nous nous
trouvons actuellement, il est recommandé de veiller à
Quelques éléments pour la poursuite conserver notre propre unité au niveau de l’Église Uni­
DE LA DISCUSSION SUR LE PARTAGE EUCHARISTIQUE verselle et au niveau des Conférences épiscopales.
- Une attitude claire et responsable est essentielle
La question de l’admission d’un chrétien non ca­
tant dans les situations individuelles d’exception que
tholique à l'eucharistie catholique est un point im­
pour répondre au demandes « d’hospitalité eucharis­
portant, complexe et délicat dans les relations œcu­
tique » présentées par nos partenaires de dialogue.
méniques. D’une part elle concerne le cas de fidèles
demandant individuellement une admission occa­ - Il y a donc nécessité urgente d’une catéchèse
sionnelle (p. ex. dans le cas d’un mariage mixte), nouvelle de l’eucharistie plutôt que d'une casuistique.
mais il peut s’agir également de communautés ou Ce qui suppose une théologie de l’eucharistie et de
même de confessions qui voient une possibilité d’évo­ l’Église qui prenne en considération tous les aspects
lution des relations interconfessionnelles vers une devant être traités parallèlement: aspects théolo­
communion eucharistique. giques, pastoraux, spirituels..
Plusieurs exemples de difficultés rencontrées
dans la situation actuelle ont été donnés à partir de Dans la situation intermédiaire dans laquelle
l’expérience pastorale vécue dans différentes parties nous nous trouvons, il serait par ailleurs désirable de:
du monde. Ils illustrent la grande diversité des situa­ - promouvoir la célébration œcuménique de la
tions pastorales œcuméniques. Cette question ne Parole sous des formes variées et en faisant un vaste
peut être isolée de la pratique eucharistique chez les usage de symboles;
catholiques eux-mêmes, où est fortement ressenti le - encourager la pratique d’une bénédiction pour
besoin d’une catéchèse renouvelée et approfondie au les non-catholiques participant à des célébrations eu­
sujet de l’eucharistie, qui apporterait une compréhen­ charistiques catholiques;
sion plus approfondie du mystère eucharistique dans
toute sa richesse. L’enseignement et la discipline au - proposer aux Frères d’autres Confessions d’ap­
sujet de l’admission des non catholiques doivent donc profondir ensemble la foi eucharistique des diffé­
être abordés dans ce plus vaste contexte. rentes Églises;
Au cours de la discussion, quelques observations - retenir les fidèles devant le risque d'une inter­
et suggestions ont été mentionnées: communion spontanée qui ne respecterait pas le
- Une meilleure connaissance du Directoire et des mystère eucharistique;
larges ouvertures qu’il offre (cf. ch. IV Communion de - donner une formation de base et assurer le sui­
vie et d’activité spirituelle parmi les chrétiens) serait vi des agents pastoraux en matière d’œcuménisme
nécessaire. pour qu’ils évitent de passer d’un extrême à l’autre;
- L’exigence a été ressentie d’une meilleure infor­ - demander aux Conférences épiscopales de prépa­
mation au sujet de la pratique pastorale des Églises rer des directives qui leur soient propres dans une pers­
locales ayant déjà donné des Directives. Il est deman­ pective théologique large tenant compte du lien existant
dé que le CPPUC établisse un tableau synoptique des entre le sacrement de réconciliation et l’eucharistie.

32
Enfin, on devrait également prendre en considé­ 3.2. De iure divino
ration le fait que: A la fois « de iure divino » et « de iure humano »
- pour les catholiques, la communion eucharis­ « Divina providentia » et « un effet de la conduite
tique est inséparable de la communion ecclésiale; de l’Esprit Saint »
Essence théologique et contingence historique
- la réception par l’ensemble des Églises des
textes élaborés par les Commissions mixtes est un 3.3. Juridiction universelle
préalable indispensable si nous ne voulons pas com­ Équilibre entre dimension personnelle, collégiale
promettre le degré d’unité que nous avons atteint; et communautaire
Responsabilités distinctes
- lorsque nous parlons de partage eucharistique, Exercice de l’autorité et du pouvoir
il est souhaitable de trouver la manière la plus adé­
quate de manifester notre plus grand respect envers 3.4. Infaillibilité papale
l’identité chrétienne des baptisés non catholiques. Ministère d’enseignement tant collégial que per­
sonnel
Autorité doctrinale et réception
‘ Enseignement ex cathedra ’ et communion
LE MINISTÈRE PÉTRINIEN
4. Perspectives œcuméniques
4.1. Les Églises orientales
Statut de ce texte
Le premier millénaire
Facultatem se secundum proprias disciplinas re-
Ce texte est un document d’étude préparé
gendi
pour les débats de l’Assemblée plénière du CP-
Églises orientales catholiques
PUC (12-17 novembre 2001). Une grande partie
Actes, célébrations et rencontres symboliques
de ces informations ont été recueillies avec l’as­
sistance du Johann Adam Môhler Institut puis 4.2. Églises et Communautés ecclésiales de tradition
élaborées pour leur donner leur forme actuelle anglicane et luthérienne
par le CPPUC. Il s’agit d’un premier pas du CP- Épiskopè d’un primat universel
PUC dans son engagement à évaluer le débat Juste équilibre entre primauté et collégialité
œcuménique sur le Ministère Pétrinien, à la lu­ L’ancienne tradition des patriarcats
mière de l’Encyclique Ut unum sint et plus par­ La tradition luthérienne
ticulièrement des nn. 95 et 96 de cette dernière.
Ce texte n’est donc pas un rapport définitif du 4.3. Autres Églises et Communautés ecclésiales is­
CPPUC ou de sa récente Assemblée plénière sur sues de la Réforme
cette question mais un texte provisoire d’une Diversité d’approches ecclésiologiques
étude qui reste en cours. Ministères de communion au niveau universel
Conditions doctrinales et pratiques
4.4. L'Église catholique
La dimension collégiale et communautaire de la
1. L’invitation du Pape Jean-Paul II primauté
Relecture ou re-réception du Premier Concile du
1.1. Définition biblique et pastorale Vatican
1.2. Responsabilité œcuménique Approfondissement ultérieur du Deuxième
Concile du Vatican
1.3. Formes d’exercice de la primauté Nécessitas Ecclesiae
1.4. Une invitation œcuménique ouverte
5. Quelques questions en conclusion
2. Réflexion œcuménique sur le ministère pétrinien
1. L'invitation du Pape Jean-Paul II
2.1. Dialogues théologique officiels et non officiels
2.2. Réponses en réaction immédiate à Ut unum sint Le Pape Jean-Paul II a consacré les derniers cha­
2.3. Évaluation positive et notes critiques pitres de sa Lettre encyclique Ut unum sint (§§ 88-96)
au Ministère d'unité de VÈvêque de Rome. Plusieurs
éléments de sa réflexion revêtent une grande impor­
3. Questions théologiques fondamentales tance œcuménique.
3.1. Fondement scripturaire
« Fonction pétrinienne » 1.1. Définition biblique et pastorale
« Épiskopè » ou « ministère de vigilance » au ni­ Le ministère de l'Évêque de Rome est défini prin­
veau universel cipalement en termes non pas juridiques mais bi­
Un exercice de la primauté orienté davantage en bliques et pastoraux. La notion biblique de
sens biblique et spirituel ‘episkopein’ est utilisée comme concept clé: « La mis­

33
sion de l’Évêque de Rome au sein du groupe de tous Christ pour son Église, nous laissant saisir par son cri,
les pasteurs consiste précisément à 'veiller* (episko- 'que tous soient un ... afin que le monde croie que tu
pein), comme une sentinelle, de sorte que, grâce aux m’as envoyé» (Jn 17, 21)» (96). Il est important de no­
pasteurs, on entende dans toutes les Eglises particu­ ter ( 1 ) que le Pape adresse une invitation ouverte à tous
lières la voix véritable du Chidst-Pasteur » (94). les pasteurs et théologiens sans distinction; (2) qu’il ba­
se son invitation sur la communion qui existe déjà, bien
1.2. Responsabilité œcuménique qu’incomplète, entre toutes les communautés chré­
tiennes; (3) que cette réflexion œcuménique devrait être
La primauté de l’Évêque de Rome est définie un 'dialogue fraternel’, à travers lequel tous peuvent ap­
comme ministère d’unité (89) et service d’amour prendre, en étant à l’écoute les uns des autres; (4) que le
(95). En conséquence, le Pape écrit que « par le pou­ critère décisif devrait être de découvrir et d’accomplir
voir et l’autorité sans lesquels cette fonction serait ensemble la volonté du Christ pour son Église.
illusoire, l’Évêque de Rome doit assurer la commu­
nion de toutes les Églises. À ce titre, il est le premier
2. Réflexion œcuménique sur le ministère pétrinien
des serviteurs de l’unité » (94), et que « ce qui concer­
ne l’unité de toutes les Communautés chrétiennes
entre évidemment dans le cadre des charges qui relè­ 2.1. Dialogues théologiques officiels et non officiels
vent de la primauté » (95). Avant d’examiner les réponses à l’invitation du Pape
Jean-Paul II, une mention spéciale doit être faite des di­
1.3. Formes d’exercice de la primauté verses commissions et des dialogues théologiques qui
ont déjà débattu la question de la primauté papale, par­
Assumant ses responsabilités œcuméniques parti­ fois de manière très approfondie et exhaustive, aussi
culières, le Pape Jean-Paul II convient que l’exercice de bien avant qu’après la publication d’Ut unum sint. Dans
la primauté papale devrait être revu ou ajusté de façon sa Lettre encyclique, Jean-Paul II en citait déjà quelques
à devenir un ' ministère d'unité ’ plus efficace. U expri­ exemples (cf. la note 149). En outre, plusieurs réponses
me cette conviction de la manière suivante: « [Je] sais à l’invitation du Pape se réfèrent implicitement ou expli­
bien, en tant qu’Évêque de Rome, et [je l'ai] réaffirmé citement aux résultats de ces dialogues.1
dans la présente Encyclique, que le désir ardent du
Christ est la communion pleine et visible de toutes les 1. Commission mixte internationale entre l’Église
Communautés, dans lesquelles habite son Esprit en orthodoxe et l’Église catholique. Au cours de sa cinquiè­
vertu de la fidélité de Dieu. Je suis convaincu d'avoir à me session plénière à Uusi Valamo en Finlande (19-27
cet égard une responsabilité particulière, surtout juin 1988), la Commission mixte a publié une déclara­
lorsque je vois l’aspiration de la majeure partie des tion commune intitulée Le sacrement de l’ordre dans la
Communautés chrétiennes et que j'écoute l’invitation structure sacramentelle de l’Église, en particulier l’impor­
qui m’est adressée de trouver une forme d’exercice de tance de la succession apostolique pour la sanctification
la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais et l’unité du peuple de Dieu .2 Bien que la session de Uusi
sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission » Valamo n’ait pas formellement discuté la question de la
(95). Pour quelle devienne un ministère d’unité effica­ primauté de l’Évêque de Rome, on y a déjà mentionné
ce du point de vue œcuménique, il faudrait donc trou­ quelques éléments fondamentaux concernant les préro­
ver une façon d’exercer la primauté qui satisfasse à gatives de l’Église de Rome durant le premier millénaire
une double condition: ( 1 ) que ce ministère ne renonce (cf. chapitre 4). Ce sont les seuls paragraphes 'officiels’
pas à ce qui est essentiel à sa mission, et (2) qu’il soit de la Commission mixte au sujet de la primauté romai­
ouvert à de nouvelles situations. ne. En prévision de la sixième session plénière, qui de­
vait se tenir à Freising du 6 au 15 juin 1990, des docu­
1.4. Une invitation œcuménique ouverte ments avaient été préparés par trois sous-commissions
sur le thème Conciliarité et autorité dans l’Église. À Mos­
Un ministère d’unité mutuellement acceptable ne cou (1-7 février 1990), le Comité mixte de coordination
peut pas être défini unilatéralement et a priori par l’É- a rédigé une synthèse de ce matériel préparatoire qui
glise catholique ou par l’Évêque de Rome. C’est pour­ devait être discuté à Freising. Malheureusement, aucun
quoi le Pape Jean-Paul II lance cette invitation ou re­ de ces documents, contenant plusieurs paragraphes im­
quête: « Je prie l’Esprit Saint de nous donner sa lumière portants sur la communion et l’autorité au niveau de
et d’éclairer tous les pasteurs et théologiens de nos l’Église universelle, n’a jamais été discuté ni publié. À la
Églises, afin que nous puissions chercher, évidemment demande des membres orthodoxes, les travaux pro­
ensemble, les formes dans lesquelles ce ministère pour­
ra réaliser un service d’amour reconnu par les uns et
par les autres » (95). « C’est une tâche immense que
nous ne pouvons refuser et que je ne puis mener à bien ’ La réponse de la Hou.se of Bishops de l’Église d’Angleterre,
par exemple, est basée sur les documents correspondants d’ARCIC;
tout seul. La communion réelle, même imparfaite, qui de même, plusieurs réponses du côté luthérien sont en harmonie
existe entre nous tous ne pourrait-elle pas inciter les avec les documents correspondants des dialogues luthériens-catho­
responsables ecclésiaux et leurs théologiens à instaurer liques publiés précédemment.
2 Growth in Agreement II, Reports and Agreed Statements of
avec moi sur ce sujet un dialogue fraternel et patient, Ecumenical Conversations on a World Level, 1982-1998, éd. J. Gros,
dans lequel nous pourrions nous écouter au-delà des H. Meyer and W. G. Rusch, pp. 671-679; CPPUC, Service d’informa­
polémiques stériles, n’ayant à l’esprit que la volonté du tion, 68 (1988/III-IV), pp. 194-199.

34
grammés par la Commission mixte internationale ont 7. Groupe des Dombes:14 Le ministère de commu­
été interrompus afin d’examiner des questions concer­ nion dans l'Église universelle (1986).15
nant l’existence et les activités pastorales des Églises
orientales catholiques. Ces questions sont toutefois
étroitement liées à celle de la primauté et de la pleine 2.2. Réponses en réaction immédiate à Ut unum sint
communion. C’est pourquoi les membres catholiques
espèrent vivement que la Commission mixte internatio­ 1. Réponses d'Églises et de Communautés ecclésiales
nale pourra bientôt reprendre son activité normale et
continuer la discussion des questions ecclésiologiques Des réponses sont parvenues d’un large éventail
fondamentales, comme celles qui avaient été préparées d’Églises et Communautés ecclésiales occidentales
pour la réunion de Freising. (Église Vieux-catholique, Églises de la Communion
anglicane. Églises luthériennes. Églises presbyté­
2. Commission internationale anglicane-catho­ riennes, Églises réformées et Églises libres). En
lique (ARCIC): L'autorité dans l’Église I (1976),3 L'au­ termes géographiques, la plupart des réponses sont
torité dans LÉglise. Élucidation (1981 ),4 5 L'autorité venues d'Amérique du Nord et d'Europe, principale­
dans l'Église II (1981)/ Le don de l'autorité (1999).6 ment des îles Britanniques, d'Allemagne et des USA.
Les réponses ont été préparées en majeure partie par
3. Dialogue luthérien-catholique: Commission lu­ des institutions ou des groupes locaux, les plus com­
thérienne-catholique d'étude. L'Évangile et l'Église (Rap­ plètes émanant de la House of Bishops de l’Église
port de Malte, 1972);7 Dialogue luthérien-catholique d’Angleterre, de la Conférence épiscopale de l'Église
aux USA, Déclaration commune sur la primauté papale de Suède et de l'Église presbytérienne des USA.16 Au­
(USA, 1974);8 Commission mixte luthérienne-catho­ cune réponse officielle n'est venue des Églises ortho­
lique d'étude, Le ministère dans l'Église (1981);9 Bilate­ doxes.
rale Arbeitsgruppe der Deutschen Bischofskonferenz
und der Kirchenleitung der Vereinigten Evangelisch-
Lutherischen Kirche Deutschlands, Der Petrusdienst.10 2. Réponses de commissions ou de conseils œcumé­
niques
4. Dialogue Disciples du Christ-Église catholique:
Rapport (1981).11 Des réponses ont été envoyées par des commis­
sions œcuméniques (Commission Foi et Constitution
5. Dialogue méthodiste-catholique: Vers une dé­ du COE, Commission Foi et Constitution du Conseil
claration sur l'Église (1982-1986).12 national des Églises du Christ en USA) et par des
Conseils d’Églises locaux (Conseil des Églises de
6. Conseil oecuménique des Églises - Église ca­ Grande Bretagne et d'Irlande, Churches Together en
tholique (Groupe mixte de travail): L'Église: locale et Angleterre, Chefs d’Églises de West Yorkshire).
universelle (1990).13
3. Réponses d'institutions ou communautés œcumé­
3 Growth in Agreement, Reports and Agreed Statements of Ecu- niques
menical Conversations on a World Level, 1982-1998, éd. H. Meyer
and L. Visher,1984, pp. 88-99; CPPUC, Service d’information, 49 Quelques institutions académiques (Konfessions-
(1982/II-III), pp. 95-102. kundliches Institut des Evangelischen Bundes; Ôku-
4 Growth in Agreement, ibid., pp. 99-105; CPPUC, Service d’in­
formation, 49 (1982/II-III), pp. 102-105. menische Arbeitsgruppe « Ut Unum Sint » de Suisse)
5 Growth in Agreement, ibid., pp. 106-118; CPPUC, Service d’in­ ont fait parvenir leurs réactions, comme l’ont fait di­
formation, 49 (1982/II-III), pp. 106-114. verses communautés œcuméniques (Association de
6 CPPUC, Service d’information, 100 (1999/1), pp. 17-29.
7 Growth in Agreement, ibid., pp. 168-189; La Documentation
Familles interconfessionnelles; Iona Community).
catholique, 1621 (3 déc. 1972), pp. 1070-1081. Par ordre chronolo­
gique, c’était le premier dialogue officiel au cours duquel quelques 4. Symposiums
aspects de la question de la primauté papale ont été abordés, d’où
son importance historique.
8 Building Unity, Ecumenical Dialogues with Roman Catholic Plusieurs symposiums théologiques ont été orga­
Participation in the United States, éd. J. A. Burgess and J. Gros, nisés en réponse à l’invitation du Pape; la plupart ont
1989, pp. 125-216. eu lieu aux USA, en Allemagne et en Autriche et des
9 Growth in Agreement, ibid., pp. 248-275; CPPUC, Service d’in­
représentants de différentes Églises y ont participé.
formation, 48 (1982/1), pp. 14-37).
10 Bilaterale Arbeitsgruppe der Deutschen Bischofskonferenz und Deux symposiums ont également été organisés par la
der Kirchenleitung der Vereinigten Evangelisch-Lutherischen Kirche Congrégation pour la Doctrine de la Foi à Rome. Les
Deutschlands, Communio Sanctorum. Die Kirche als Gemeinschaft der actes de ces symposiums contiennent de nombreuses
Heiligen, Bonifatius, Lembeck, 2000, pp. 77-99; ce document a été études œcuméniques importantes sur la question de
transmis aux autorités de l’Église catholique et de la VELK en Alle­
magne, qui préparent actuellement leur réponse officielle. la primauté.
11 Growth in Agreement, ibid., pp. 154-166; CPPUC, Service
d’information, 49 ( 1982/II-III), pp. 70-79.
12 Growth in Agreement II, Reports and Agreed Statements of 14 Composé d’une majorité de membres réformés et catho­
Ecumenical Conversations on a World Level, 1982-1998, éd. J. Gros, liques.
H. Meyer and W. G. Rusch., pp. 583-596; CPPUC, Service d’infor­ 15 La
Documentation catholique, 83 (1986), pp. 1122-1142.
mation, 67 (1988/11), pp. 113-127. 16
Deux réunions ont eu lieu (6-7 décembre 2000 et 18-23 mars
13 Growth in Agreement II, ibid., pp. 862-875; CPPUC, Service 2001) entre des représentants du CPPUC et de l’Église presbytérienne
d’information, 74 (1990/III), pp. 76-85. (USA) pour examiner leur document sur « Le successeur de Pierre ».

35
5. Réponses de théologiens tion schématique (1) des principales objections
doctrinales et institutionnelles soulevées contre la
Des théologiens de différentes traditions ecclé­ primauté papale, (2) de quelques ouvertures ou
siales ont publié à titre individuel une riche variété avances significatives dans la réflexion œcumé­
d’articles et de monographies en réponse à l’invita­ nique contemporaine, et (3) de plusieurs sugges­
tion du Pape Jean-Paul II ou à l’occasion de celle-ci. tions pratiques touchant à l’exercice du ministère
Un grand nombre de ces auteurs sont catholiques; papal. Cette synthèse est basée à la fois sur les ré­
quelques théologiens orthodoxes (la plupart vivant en actions immédiates à Ut unum sint et sur les résul­
Occident) ont également publié d’intéressants com­ tats des dialogues officiels et non officiels concer­
mentaires. nant le ministère papal.

2.3. Evaluation positive et notes critiques


3. Questions théologiques fondamentales
Les réponses et les réactions à la publication de la
Lettre encyclique Ut unum sint sont en général d’ac­ Les contributions théologiques concernant la na­
cord pour signaler et louer explicitement les longues ture et l’exercice de la primauté papale diffèrent évi­
années d'engagement œcuménique de Jean-Paul IL demment selon l’appartenance confessionnelle des
Ces réponses soulignent qu’avec la publication d’L7 auteurs respectifs. Toutefois, dans toutes ces contri­
unum sint, l’œcuménisme a reçu sa propre Lettre en­ butions, quatre questions théologiques fondamen­
cyclique. Son ouverture et sa sincérité œcuméniques tales ressurgissent constamment d’une façon
sont vivement appréciées et ses convictions théolo­ ou d'une autre et à des degrés différents. On peut
giques fondamentales sont en grande mesure parta­ observer, toutefois, de nouvelles ouvertures ou ten­
gées. On considère comme particulièrement positif le dances dans la manière dont ces questions sont trai­
fait que le Pape invite à un dialogue fraternel et patient tées.
sur son ministère d'unité. Dans ce contexte, nom­
breux sont ceux qui apprécient la distinction faite 3.1. Fondement scripturaire
dans la Lettre encyclique entre la nature de la pri­
mauté et les formes temporelles dans lesquelles elle Traditionnellement, les théologies tant orthodoxe
est exercée (95). Cette appréciation généralement po­ que protestante contestent toutes deux l’interpréta­
sitive d'Ut unum sint montre qu’il existe une large tion catholique des versets pétriniens du NT, ainsi
disposition à entreprendre le dialogue que le Pape que la manière dont l’Église catholique relie directe­
lui-même a préconisé. ment le ministère de l’Évêque de Rome à la personne
Quelques tendances fondamentales d’immédiate et à la mission de Pierre. Elles contestent spéciale­
pertinence pour la question du ministère papal sont à ment la compréhension catholique de certaines réfé­
noter dans les réactions non catholiques à Ut unum rences bibliques, telles que Mt 16, 16s., et Jn 21, 15s.
sint'. Y a-t-il un fondement scripturaire au ministère de
l’Évêque de Rome?
- bon nombre de réactions indiquent une
conscience croissante de la dimension universelle de « Fonction pétrinienne »
l’Église et la nécessité, qui en découle, d’un ministère
adéquat de leadership spirituelle au niveau universel; Compte tenu de la difficulté de trouver un fonde­
ment immédiat au ministère de l’Évêque de Rome
- diverses objections courantes à l’autorité papale dans le Nouveau Testament, le Dialogue luthérien-
sont évoquées, soit de manière acerbe ou de façon catholique aux USA (1974) a introduit le concept
plus équilibrée (concernant le fondement biblique, le nouveau et ouvert de «fonction pétrinienne». Cette
de iure divino, la juridiction universelle, l’infaillibilité fonction est définie comme « une forme de ministè­
et la collégialité); re particulière exercée par une personne, un mi­
- la plupart des réactions reflètent également le nistre ou une Église locale, se référant à l’Église
résultat positif du débat œcuménique en cours sur le dans son ensemble. Cette fonction pétrinienne du
ministère papal, tel qu’il est conduit par diverses ministère sert à promouvoir ou à préserver l’unité
commissions théologiques; de l’Église en symbolisant l’unité, et en facilitant la
communication, l’aide ou la correction mutuelle et
- bien qu’un accord complet n’ait pas encore été la collaboration dans la mission de l’Église (4). A
réalisé, il est évident que la question de la primauté propos des images associées à Pierre dans les livres
papale est actuellement débattue dans un climat ou du Nouveau Testament, ce Dialogue disait égale­
dans un esprit œcuménique nouveau et positif. Un ment que « lorsqu'une ‘trajectoire ’ de ces images est
processus de dialogue et de réflexion, fragile mais tracée, nous trouvons des indications d’un développe­
prometteur, a commencé et l'on peut déjà enregistrer ment d’images antérieures en images successives. Ce
une convergence ou un rapprochement fondamental développement d’images ne constitue pas une primau­
concernant quelques questions essentielles. Il s’agit té dans le sens technique qu’il a pris plus tard, mais on
ici d’une situation réellement nouvelle. peut y voir la possibilité d’une orientation dans cette
direction, lorsqu’il est formé par des facteurs favo­
Les pages qui suivent offrent une représenta­ rables dans l’Église telle quelle se développa » (13).

36
« Épiskopè » ou « ministère de vigilance » au niveau ton). La réflexion œcuménique contemporaine a ap-
universel porté quelque ouverture dans cette opposition tradi­
tionnelle.
En examinant le ministère papal dans le contexte
théologique plus large d une ecclésiologie de commu­
nion, ARCIC a préféré ne pas fonder ses réflexions bi­ À la fois de iure divino et de iure humano
bliques essentiellement sur la personne de Pierre, Selon le dialogue luthérien-catholique aux USA, la
mais sur la notion d’« épiskopè ». ARCIC reconnaît primauté papale est de iure divino et de iure humano;
que le « modèle de complémentarité entre les aspects elle fait partie de la volonté de Dieu pour l’Église et en
primatial et conciliaire de lepiskopè au service de la
même temps elle est fruit de la médiation de l’histoire
koinonia des Eglises doit être réalisé au plan humaine. Pour cette raison, la primauté papale est à la
universel ».17 Et ailleurs: « Les exigences de la vie de fois théologiquement pertinente et ouverte à d’éven­
l’Église appellent un exercice spécifique de 1 episcopè tuelles adaptations. Dans les réflexions des participants
au service de l'Église entière. Dans le modèle qu’offre luthériens, il est dit que « toutefois, nous avons trouvé
le Nouveau Testament, l’un des Douze est choisi par dans notre débat, à travers une série de recherches his­
Jésus Christ pour fortifier les autres afin qu’ils restent toriques méthodiques, que la distinction traditionnelle
fidèles à leur mission et en harmonie les uns avec les entre de iure humano et de iure divino, ne fournit pas
autres (voir la discussion des textes pétriniens dans de catégories utilisables pour le débat actuel sur la pa­
L'autorité dans l'Église II, 2-5) ».17 18 pauté. D'une part, les luthériens ne veulent pas traiter
l’exercice d’un ministère universel comme s’il était sim­
Un exercice de la primauté orienté davantage en sens plement facultatif. C’est la volonté de Dieu que l’Église
biblique et spirituel ait les moyens institutionnels nécessaires à la promo­
tion de l’unité dans l’Évangile. D’autre part, les catho­
liques, à la suite du Deuxième Concile du Vatican, sont
L’exégèse contemporaine ouvre de nouvelles pers­ conscients qu’il existe de nombreuses manières d'exer­
pectives non seulement pour les non catholiques, cer la primauté papale » (42).
mais également pour l'Eglise catholique. Celle-ci est
invitée à ne pas projeter tous les développements
doctrinaux et institutionnels concernant le ministère « Divina providentia » et « un effet de la conduite de
papal dans le Nouveau Testament. Pierre était plus !Esprit Saint »
que le porteur d’un ministère universel d’unité; c’était
ARCIC a essayé d’établir une convergence doctri­
un pasteur, un maître et un porte-parole, mais égale­ nale en interprétant la notion traditionnelle de iure di­
ment un témoin, un missionnaire et un pécheur plein vino comme « un don de la divine providence »20 ou
de remords.19 En outre, Pierre n'était pas la seule per­ comme « un effet de la conduite du Saint-Esprit dans
sonne qui exerçait un 'ministère d’unité’ dans l'Église
l'Église »: « Néanmoins, de temps à autre, des théolo­
primitive; Paul remplissait une fonction analogue giens anglicans ont affirmé que, dans des circons­
dans les régions où s’étendait son activité missionnai­ tances différentes, il pourrait devenir possible pour les
re. De plus, les Actes des Apôtres et les écrits aposto­
Églises de la communion anglicane de reconnaître
liques décrivent différents types ou modèles d’échan­ dans le développement de la primauté romaine un don
ge collégial, de collaboration et de prise de décisions
de la Providence divine — en d’autres mots, un effet de
entre Pierre, Paul et les autres apôtres ou chefs de
la conduite du Saint-Esprit dans l'Église. Compte tenu
communautés. C’est pourquoi divers documents
de l’interprétation donnée ci-dessus du langage sur le
œcuméniques invoquent «une transparence plus bi­
droit divin dans le Premier Concile du Vatican, il est
blique » dans l’exercice du ministère papal.
raisonnable de se demander s’il existe vraiment une
différence profonde entre l’assertion d’une primauté de
3.2. De iure divino droit divin (jure divino) et la reconnaissance de son
émergence sous l’effet de la Providence divine (divina
L’Église catholique considère la primauté de l’É- providentia) ».21 Dans le contexte d’une ecclésiologie de
vêque de Rome comme étant instituée de iure divino communion, ARCIC conclut: « Dans le passé, l’ensei­
et, de ce fait, comme appartenant à la structure es­ gnement catholique romain sur l’Évêque de Rome pri­
sentielle et irrévocable de l'Église. Tous les parte­ mat universel de droit divin ou par divine law a été te­
naires œcuméniques ont traditionnellement contesté nu par les anglicans comme inacceptable. Nous
ou rejeté cette institution de iure divino. Les tradi­ croyons cependant que la primauté de l’Évêque de Ro­
tions protestantes qui n’ont pas rejeté catégorique­ me peut être affirmée comme une partie du dessein de
ment, mais seulement hypothétiquement la primauté Dieu pour la koinonia universelle, dans des termes
papale, considèrent son institution comme étant éta­ compatibles avec nos deux traditions ».22
blie seulement de iure humano (cf. Luther, Melanch-

20 La notion de divina providentia a été employée dans Lumen


17 L’autorité dans l’Église I, 23. gentium, 23 pour la constitution de plus vastes régions dans l'Égli­
18 Le don de l’autorité, 46.
se, telles que les anciennes Églises patriarcales.
19 Cf. les réflexions du Pape Jean-Paul II sur la faiblesse de 21 L’autorité dans l’Église II, 13.

Pierre et sur le pouvoir de la grâce, dans UUS, 90. 22 Ibid., 15.

37
Essence théologique et contingence historique néral, la tradition catholique a donné la préférence à
la dimension personnelle, la tradition orthodoxe à la
Compte tenu de la mesure dans laquelle la primau­ dimension collégiale et la tradition réformée à la di­
té papale a été déterminée tout au long de l'histoire mension communautaire. En ce qui concerne toutes
par des défis, des impératifs, des mandats et des me­ les formes de ministère ordonné, Foi et Constitution
naces de tous genres (ecclésiaux, politiques, culturels, déclare dans le document de Lima (1982):26 «Le mi­
etc.), une distinction plus nette peut et devrait être fai­ nistère ordonné devrait être exercé de façon person­
te entre l’essence doctrinale de la primauté papale et la nelle, collégiale et communautaire. Il devrait être per­
contingence historique du style ou de la forme quelle sonnel parce que la présence du Christ parmi son
peut prendre. Qu’est-ce qui se rapporte à l’ordre de de peuple peut être marquée de la manière la plus effec­
iure divino et qu’est-ce qui ne s’y rapporte pas? En fait, tive par la personne ordonnée chargée d’annoncer
du point de vue œcuménique, beaucoup de problèmes, l’Évangile et d'appeler la communauté à servir le Sei­
de craintes ou d’insatisfactions sont surtout liés à des gneur en unité de vie et de témoignage. Il devrait être
éléments contingents, et donc changeables, de la pri­ également collégial, car un collège de ministres or­
mauté papale. D’autres éléments de celle-ci, qui répon­ donnés est nécessaire pour se partager la tâche com­
daient originairement à un besoin réel dans une pério­ mune d’exposer les besoins de la communauté. En­
de particulière de l’histoire de l’Église, subsistent tou­ fin, la relation intime entre le ministère ordonné et la
jours, même lorsque la raison qui les avait fait naître communauté devrait s’exprimer dans une dimension
n’existe plus. C'est vrai aussi pour l’extension de la pri­ communautaire où l'exercice du ministère ordonné
mauté papale sur divers secteurs de la vie de l’Eglise; est enraciné dans la vie de la communauté et requiert
des circonstances historiques, qui justifiaient autrefois la participation effective de la communauté dans la
une extension plus ou moins vaste de la primauté dans compréhension de la volonté de Dieu et de la condui­
les affaires ecclésiales, peuvent avoir changé. Enfin, la te de l’Esprit» (Ministère, 26). Par la suite, le Groupe
recherche historique est un moyen indispensable pour des Dombes a élaboré cette ligne de raisonnement
la « purification des mémoires ». Bien des « blessures » comme principe conducteur de son document sur
peuvent être rapportées en premier lieu à des modes «le ministère d’unité». Dans Le don de Vautorité,
contingents de l’exercice de la primauté, plus encore l’ARCIC a repris les mêmes considérations dans les
qu’à son essence théologique. En bref: les documents termes concis suivants: « Il y a également une disci­
œcuméniques requièrent une plus grande attention et pline requise pour l’exercice de l’autorité. Ceux appe­
une meilleure appréhension des conditions histo­ lés à ce ministère doivent eux-mêmes se soumettre à
riques qui ont déterminé l’exercice de la primauté la discipline du Christ, se conformer à ce que requiè­
dans des régions et à des périodes différentes. rent la collégialité et le bien commun, et respecter
scrupuleusement les consciences de ceux qu’ils sont
3.3. Juridiction universelle appelés à servir » (49).
En ce qui concerne la juridiction de l'Évêque de
Rome, le Premier Concile du Vatican a défini la juri­
diction épiscopale ordinaire et immédiate du Pape suivi la définition de la primauté papale par le Premier Concile du Va­
sur toutes les Églises et leurs évêques.23 Les Églises tican. Lorsque le Chancelier allemand Bismarck fit paraître une circu­
laire soutenant qu’avec la doctrine de Vatican I sur la juridiction di­
non catholiques se sont immédiatement et énergique­ recte et universelle du Pape, les évêques devenaient de simples or­
ment opposées à cette définition. Elles la considé­ ganes exécutifs de ce dernier, la hiérarchie allemande publia une éner­
raient comme « une menace à l’intégrité du collège gique déclaration collective (1875) contre une telle opinion. Ils décla­
épiscopal et à l’autorité apostolique des évêques, ces raient, entre autres: « C’est en vertu de cette même institution divine
sur laquelle repose la papauté, que l’épiscopat est établi. Lui aussi a
frères que Pierre avait l’ordre de fortifier».24 Depuis, ses droits et ses devoirs en vertu de cette institution, donnée par Dieu
elles ont toutes reculé devant l’idée d'unité avec Ro­ même, que le pape n'a ni le droit ni le pouvoir de changer. C’est donc
me, craignant que leurs chefs ne tombent sous la ju­ une erreur complète de croire que par les décisions du Concile du Va­
ridiction immédiate du Pape et perdent le gouverne­ tican ' la juridiction papale absorbe la juridiction épiscopale ’, que le
pape a ‘remplacé en principe individuellement chaque évêque', que
ment de leurs Églises particulières.57 les évêques ne sont plus ‘ que les instruments du pape, et ses fonction­
naires sans responsabilité propre ’. Selon l'enseignement constant de
Équilibre entre dimension personnelle, collégiale et l’Église catholique, expressément affirmé par le Concile du Vatican
communautaire lui-même, les évêques ne sont pas de simples instruments du Pape, ni
des fonctionnaires papaux sans responsabilité propre; ‘désignés par
À partir de réflexions bibliques et ecclésiolo­ l’Esprit Saint, ils ont succédé aux apôtres, et paissent et gouvernent
giques, divers documents œcuméniques plaident en individuellement, en vrais pasteurs, les ouailles particulières qui leur
ont été confiées ' » (cf. Denzinger/Hünermann, 3113-3116; traduit de:
faveur d’un rapport plus équilibré entre trois dimen­ The Christian Faith, éd. J. Neuner et J. Dupuis, 84). Pie IX a immédia­
sions complémentaires dans l’exercice de la primau­ tement approuvé cette déclaration en une forme exceptionnellement
té: communautaire,25 * collégiale et personnelle. En gé­ solennelle (cf. Denzinger/Hünermann, 3117).
26 « Communautaire » se rapporte à la relation participative
entre la communauté chrétienne dans la totalité de ses articula­
tions et l’exercice de l'autorité dans l’Église, ancrée dans un esprit
23 Cf. Denzinger/Hünermann, 3060. de communion entre tous ceux qui sont baptisés en Jésus Christ
24 Réponse de la House of Bishops de l’Eglise d’Angleterre, 47. (cf. des notions telles que sensus fidei, sensus fïdelium et receptio;
25 II est important de remarquer que le magistère catholique a dû des réseaux de respect mutuel et de charité entre les Églises lo­
nettement contredire et corriger certaines interprétations erronées cales; le fonctionnement de conseils pastoraux locaux ou régio­
concernant la relation entre autorité papale et autorité épiscopale, naux dans lesquels sont impliqués des fidèles laïcs, des religieux et
telles qu elles étaient comprises dans la période qui a immédiatement des ministres ordonnés).

38
Responsabilités distinctes assez réaliste sur ce point. Ils mettent néanmoins en
garde contre tout abus de pouvoir dans l’exercice de
Pour que l’Évêque de Rome puisse exercer son l'autorité. Ils soutiennent que les pouvoirs de l’Évêque
ministère d'unité d’une manière plus collégiale ou sy­ de Rome ne devraient pas s’étendre au-delà de ce
nodale, une distinction plus claire entre ses responsa­ qu’exige l’exercice de ses fonctions et la réalisation de
bilités complémentaires sera nécessaire. L’Évêque de son objectif, qui est d’être un « ministre d’unité » effica­
Rome agit à la fois comme évêque d'un diocèse local, ce au niveau universel. Le Groupe des Dombes déclare
comme 'patriarche' de l’Église occidentale ou latine clairement: « Nous ne souhaitons pas pour autant un
et comme le ministre universel d’unité. Sous laquelle appauvrissement ou un affaiblissement du ministère
de ces responsabilités les Églises intéressées au réta­ personnel de communion de l’Église universelle. Dans
blissement de la pleine communion avec l’Évêque de le respect de ceux qui l'ont exercé, l’exercent ou l’exer­
Rome vont-elles se situer? Le Groupe des Dombes dé­ ceront, nous désirons sa transparence évangélique. Ce
clare: « L'étude historique a montré que, du fait de la ministère doit demeurer une force d’initiative, de pro­
rupture entre Orient et Occident, l’Église catholique a position et de soutien de toutes les Églises devant les
coïncidé avec l’ancien patriarcat d’Occident ou l’Égli- défis du monde présent ou les pressions de certains
se latine. De ce fait, l’Évêque de Rome a exercé dans pouvoirs » (151). Le Dialogue luthérien-catholique aux
une confusion pratique une double responsabilité USA, sans diminuer l’autorité suprême du Pape, sug­
dans cette Église, celle du ministère de la commu­ gère une limitation volontaire dans l’exercice du pou­
nion et celle du patriarche d’Occident, au profit d’une voir: « En outre, selon un important principe politique,
centralisation croissante. De plus, l’intense effort mis­ l’autorité, dans n’importe quelle société, ne devrait uti­
sionnaire de l’Église latine a étendu, sans en mesurer liser que le pouvoir nécessaire pour atteindre le but
les conséquences, le territoire du patriarcat d'Occi- qui lui est assigné. Cela s’applique également au minis­
dent sur presque toute la terre. Ce ‘développement tère papal. Une distinction canonique entre l'autorité
anormal' a compromis l’image de la papauté ‘en suprême et l’exercice limité du pouvoir correspondant
amenant à la confondre avec une enflure monstrueu­ ne peut être exclue et doit être mise en évidence. Une
se de ce qui n’est même pas elle Tant que la distinc­ telle limitation ne doit pas nécessairement porter pré­
tion entre ces deux fonctions ne sera pas rendue vi­ judice à la juridiction universelle attribuée au pape par
sible dans l’organisation vivante de l’Église, la néces­ la doctrine de l’Église catholique. Ainsi, on peut pré­
sité du ministère de communion exercé par l’Évêque voir que les limitations volontaires, de la part du Pape,
de Rome ne sera pas recevable par nos frères ortho­ de l’exercice de sa juridiction iront de pair avec la vali­
doxes, anglicans et protestants. Seule une décentrali­ dité croissante des organes de gouvernement collégial,
sation interne de l’Église catholique pourrait leur de sorte que l’on puisse effectivement reconnaître
donner une perspective concrète sur la nature de l’en­ l’équilibre des pouvoirs » (27). Primauté est plus que
gagement qu’ils prendraient en renouant avec l’Église gouvernement, autorité est plus que pouvoir, et juridic­
catholique le lien de la pleine communion ». (142- tion est plus qu’administration. Ainsi, le dialogue œcu­
143). La position du Pape comme «chef d’État», et ménique ramène la discussion sur la primauté papale
les implications politiques et diplomatiques qu’elle à l’expression par laquelle le Pape Grégoire le Grand
entraîne, suscitent également des réflexions.27 avait caractérisé son ministère: servus servorum Dei.19

L’exercice de l’autorité et du pouvoir


3.4. L’infaillibilité papale
La relation entre la primauté, conçue comme ‘ mi­
nistère d'unité’, et l’exercice de l'autorité est com­ La définition de Vatican I concernant l’infaillibili­
plexe.28 29 L’Évêque de Rome aura besoin de suffisam­ té papale30 était, en termes œcuméniques, la plus dif­
ment d’autorité pour répondre aux nombreux défis et ficile et la plus sujette à controverse. Les non catho­
pour remplir les multiples obligations qui se ratta­ liques l’ont farouchement rejetée, tant en Orient
chent à son « ministère d’unité », surtout en termes qu’en Occident. Plus l’autorité papale était entourée
d’administration. Privé d’autorité, celui-ci risque de de­ d’une aura d’infaillibilité généralisée et popularisée,
venir un instrument impuissant et, en fin de compte, plus ils la trouvaient en contradiction tant avec l’Écri-
un titre vide de sens. Même une « primauté
d’honneur » est liée à l’exercice d’une responsabilité et 29 Bien que certaines orientations générales dans ce débat
d’une autorité spécifiques dans l’Église. La plupart des soient assez claires, la terminologie demeure plutôt équivoque; des
documents œcuméniques s’accordent d’une manière notions étroitement liées entre elles, telles que primauté, juridic­
tion, autorité, pouvoir, gouvernement, administration et service
sont employées à différents degrés de signification et de résonance;
27 Commission Foi et Constitution, Conseil œcuménique des ce manque de précision terminologique complique 1 exposé œcu­
Églises, Baptême, Eucharistie, Ministère (B.E.M. ou Rapport de Li­ ménique auquel ces notions se rapportent. Dans ce contexte, la ré­
ma), 1982, dans Growth in Agreement, pp. 465-503. flexion du Pape Jean-Paul II sur la relation entre ministère, autori­
28 Dans des pays à majorité chrétienne non catholique, le Pape té, miséricorde et pouvoir, dans VUS, 91-93, est très intéressante.
30 Cf. UUS, 88: « Selon la belle expression du Pape Grégoire le
et le Nonce apostolique sont parfois vus dans une perspective prin­
cipalement politique et diplomatique. La question a été posée de Grand, mon ministère est celui de servus servorum Dei. Cette défi­
savoir si l’Évêque de Rome pourrait également avoir des délégués nition est la meilleure protection contre le risque de séparer l’auto­
ou des représentants officiels auprès de quelques Églises ortho­ rité (et en particulier la primauté) du ministère, ce qui serait en
doxes, Patriarcats orientaux ou Fédérations chrétiennes mon­ contradiction avec le sens de l'autorité selon l’Évangile: ' Je suis au
diales, au cas où cela serait utile à des fins œcuméniques et souhai­ milieu de vous comme celui qui sert’ {Le 22, 27), dit notre Sei­
té par nos partenaires. gneur Jésus Christ, Chef de l’Église ».

39
ture qu'avec la Tradition. Pour eux, le problème prin­ du Vatican du Premier Concile était de protège l’ensei­
cipal était la manière dont le « rester dans la vérité » gnement doctrinal du Pape contre certaines revendica­
de l'Église était lié à la juridiction universelle d une tions^ gallicanes tardives; en effet, 1 autorité doctrinale
personne ou d’un ministre, celui-ci étant l'Évêque de de l’Évêque de Rome ne peut dépendre de la réception
Rome. Bon nombre de réactions à Ut unum sint juridique par un organisme administratif externe, qu’il
prennent encore nettement position sur ce point et soit civil ou ecclésiastique. La définition du Premier
considèrent la définition de l’infaillibilité papale de Concile du Vatican n’exclut cependant pas la nécessité
Vatican I comme l’obstacle majeur à un rapproche­ d’un processus de réception théologique et spirituelle
ment œcuménique. Par conséquent, ils plaident en de la part de l’ensemble de la communauté des fidèles,
faveur d'une sérieuse relecture de cette définition d’une manière active et participative.33 Ainsi, de nom­
dogmatique. Pourtant, quelques commissions ou do­ breux partenaires œcuméniques invitent l’Église catho­
cuments œcuméniques ont déjà essayé de combler lique à une nouvelle réflexion sur le rapport entre en­
l’écart créé par la question de l’infaillibilité. seignement doctrinal et réception,34 afin de surmonter
la barrière de l’infaillibilité. ARCIC déclare: « L’Église
Autorité doctrinale à la fois collégiale et personnelle en tous ses membres se trouve impliquée dans une telle
définition qui clarifie et enrichit leur compréhension de
Selon ARCIC, la personne qui exerce un ministère la vérité. A son tour, la réflexion active des membres de
universel d’unité dispose également d’une autorité l’Église sur la définition en éclaire la signification. Bien
doctrinale particulière: « Le jugement de l’Eglise est plus, quoiqu’une définition ne tire pas d’abord son auto­
normalement porté par une décision synodale, mais, à rité de sa réception par le peuple de Dieu, l’assentiment
certains moments, un primat agissant en communion des fidèles est l'indication définitive que la décision por­
avec ses frères évêques peut donner forme à une déci­ tée par l’autorité de l'Église en matière de foi a vraiment
sion même en dehors d’un synode. Bien que la respon­ été préservée d’erreur par l’Esprit Saint. Le Saint-Esprit
sabilité de préserver l’Eglise d’une erreur fondamenta­ qui maintient l’Église dans la vérité poussera les
le appartienne à toute l’Eglise, elle peut être exercée au membres de celle-ci à recevoir la définition comme
nom de celle-ci par un primat universel. L’exercice de vraie et à la comprendre si ce qui a été déclaré expose
l’autorité dans l’Eglise n’a pas nécessairement pour ef­ authentiquement la révélation ».35 Dans sa réponse à
fet d’étouffer la liberté qu'a l’Esprit d’inspirer d’autres UUS, la House of Bishops de l’Église d'Angleterre a ré­
agents ou individus. En fait, il y a eu des moments itéré une de ses déclarations précédentes: « Une chose
dans l'histoire de l’Église, où conciles aussi bien que pour les anglicans serait de dire * oui ’ à la primauté uni­
primats universels ont protégé des positions légitimes verselle de l’Évêque de Rome comme la personne qui
qui avaient été attaquées ».31 En conséquence, ARCIC représente particulièrement l'unité et l’universalité de
conclut que l’Église a besoin d’une autorité doctrinale l’Église et de reconnaître ses responsabilités spéciales
à la fois collégiale et personnelle: « Ensemble nous pour maintenir l’unité dans la vérité et pour ordonner
pouvons maintenant affirmer ceci: l'Église a besoin les choses dans l’amour; tout autre chose serait d'être
tout à la fois d’une autorité multiple, dispersée, dans d’accord sur l’infaillibilité sans la compréhension de la
laquelle tout le peuple de Dieu soit activement impli­ réception comme nous l’avons décrite » (46).
qué, et aussi d'un primat universel comme serviteur et
foyer de l’unité visible dans la vérité et l’amour. Cela ne Enseignement ex cathedra et communion
signifie pas que toutes les différences aient été élimi­
nées. Mais si quelque fonction et charge de Pierre sont Certains commentaires mentionnent et approu­
exercées dans l’Église vivante, qu’un primat universel vent la manière prudente dont Jean-Paul II pose la
est appelé à servir comme foyer visible, alors il appar­ question de l’infaillibilité dans Ut unum sint. Le Pape
tient à l’essence de sa fonction qu’il ait une responsabi­ l'a fait, comme beaucoup de documents œcumé­
lité d’enseignement définie et les dons de l’Esprit ap­ niques d’aujourd’hui, en évitant le terme
propriés pour lui permettre de l’acquitter ».32 'infaillibilité’ en raison de sa résonance probléma­
tique, en rappelant les conditions restrictives établies
Autorité doctrinale et réception par la définition du Premier Concile du Vatican et en
joignant la possibilité d’un enseignement ex cathedra
La définition du Premier Concile du Vatican décla­ au principe de communion: « Lorsque les circons­
rait que l'Évêque de Rome peut promulguer des défini­ tances l’exigent, il parle au nom de tous les Pasteurs
tions doctrinales qui sont infaillibles « ex sese, non au- en communion avec lui. Il peut aussi — dans des
tem ex consensu ecclesiae ». Toutefois, pour presque conditions bien précises exposées par le Premier
tous les non catholiques, aucune définition doctrinale Concile du Vatican — déclarer ex cathedra qu’une
ne peut être considérée comme appartenant au patri­ doctrine appartient au dépôt de la foi. Rendant ainsi
moine de foi de nature absolument obligatoire, à témoignage à la vérité, il sert l'unité. Mais tout cela
moins que l’ensemble de la communauté des fidèles ne
la reçoive. Quelle est, par conséquent, la relation entre
autorité doctrinale et réception? L’intention principale 33 Ibid., 33.
34 Cf. LG, 12; Directoire œcuménique, 179.
35 Des réflexions analogues sont développées dans plusieurs
31 Cf. Denzinger/Hünermann, 3074. documents œcuméniques sur la relation entre autorité doctrinale,
32 L'autorité dans l'Église II, 28. sensus fidei et sensus fidelium dans l’Église.

40
doit toujours être accompli dans la communion. même si au cours de l’histoire sont apparus en de­
Lorsque l’Église catholique affirme que la fonction de hors de la pentarchie d’autres archevêques, métropo­
l’Évêque de Rome répond à la volonté du Christ, elle lites, primats et patriarches » (52) et que « Le caractè­
ne sépare pas cette fonction de la mission confiée à re synodal de l’action des évêques se manifestait sur­
l’ensemble des Évêques, eux aussi 'vicaires et légats tout dans les questions débattues qui intéressaient
du Christ L’Évêque de Rome appartient à leur ' col­ plusieurs Églises locales ou l’ensemble des Églises.
lège ’ et ils sont ses frères dans le ministère ».36 Ainsi dans chaque région ont été organisés les diffé­
rents types de synodes ou conciles locaux ou régio­
naux et de conférences d’évêques. Leurs formes ont
4. Perspectives œcuméniques pu changer selon les lieux et les époques, mais leur
principe est de manifester et de rendre efficiente la
4.1. Les Églises orientales37 vie de l’Église par l’action conjointe des évêques sous
la présidence de celui qu’ils reconnaissaient comme
le premier parmi eux. En effet, selon le canon 34 des
Le premier millénaire apôtres, présent dans la tradition canonique de nos
Dans Ut unum sint le Pape Jean-Paul II confirme Églises, le premier des évêques ne décide qu’en ac­
à plusieurs reprises (55, 56, 61) que les principes et le cord avec les autres évêques et ceux-ci ne décident
modèle de communion en vigueur durant le premier rien d’important sans l’accord du premier»
millénaire peuvent demeurer paradigmatiques pour (53). Quant à la primauté de l’Évêque de Rome, on
un futur rétablissement de la pleine communion avec pourrait ajouter que Rome a toujours été reconnue
les Églises orthodoxes. Le document d'Uusi Valamo38 comme la prima sedes et comme la plus haute instan­
avait déjà accordé une grande attention à ce modèle, ce d’appel dans les conflits concernant la doctrine ou
en déclarant que: « Au cours de son histoire, l’Église la discipline.39 En outre, aucun concile ne pouvait
en Orient et en Occident a connu des formes diverses être considéré comme ayant un caractère universelle­
d’exercice de la communion entre les évêques: par les ment obligatoire sans l’approbation du Pape ou de
échanges épistolaires, par les visites d’une Église à ses représentants. D’où la question cruciale de savoir
l’autre, mais principalement par la vie synodale ou comment le premier millénaire peut être considéré
conciliaire. Dès les premiers siècles, une distinction comme un modèle possible pour rétablir la pleine
et une hiérarchie s’est instaurée entre Églises de fon­ communion, sans le présenter sous des couleurs trop
dation plus ancienne et Églises de fondation plus ré­ brillantes et sans dédaigner pour autant le second
cente, entre Églises mères et Églises filles, entre millénaire. En fait, en termes de communion, on
Églises des villes majeures et Églises plus périphé­ trouve un mélange d’expériences heureuses et mau­
riques. Cette hiérarchie ou taxis trouva bientôt son vaises aussi bien dans le premier que dans le deuxiè­
expression canonique formulée par les conciles, en me millénaire. Du point de vue doctrinal, par
particulier dans les canons qui furent reçus dans l’en­ ailleurs, le premier millénaire devrait être considéré
semble des Églises d’Orient et d’Occident. Ce sont en et apprécié comme faisant partie de l’unique et indi­
premier lieu les canons 6 et 7 du Ier Concile de Nicée visible Tradition de l’Église. Si le deuxième millénaire
(325), le canon 3 du Ier Concile de Constantinople (IIe ne peut être posé comme normatif sans tenir dûment
Concile œcuménique, 381), le canon 28 de Chalcédoi- compte des principes et des pratiques ecclésiolo­
ne (IVe Concile œcuménique, 451), comme aussi les giques du premier millénaire, ce dernier ne peut être
canons 3, 4 et 5 de Sardique (343) et le premier ca­ isolé de la Tradition vivante, telle quelle a continué
non du Concile de Sainte-Sophie (879-880). Même si de se développer durant le deuxième millénaire.40
ces canons n’ont pas toujours été interprétés de la
même manière en Orient et en Occident, ils appar­ Facultatem se secundum proprias disciplinas regendi
tiennent au patrimoine de l’Église. Ils ont attribué
une place et des prérogatives reconnues dans l'orga­ Les représentants orthodoxes expriment souvent
nisation de la vie synodale de l’Église aux évêques qui la crainte que la communion ne signifie pour eux ab­
occupaient certains sièges métropolitains ou ma­ sorption et perte de leur pouvoir d’autogouverne­
jeurs. Ainsi s'est formée la pentarchie: Rome, ment. Toutefois, dans le but de faciliter le rétablisse­
Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, ment de l’unité, le Deuxième Concile du Vatican a so­
lennellement reconnu le pouvoir des Églises orien­
tales ‘ de se régir selon leurs propres lois ’: « Depuis les
Ibid., 25. origines, les Églises d’Orient suivaient des règles parti­
37 UUS, 94-95. culières sanctionnées par les Saints Pères et les
38 Aucune distinction n'est faite dans ce chapitre entre les An­
Conciles même œcuméniques. Il n’est pas du tout
ciennes Églises orientales (Église copte, Église syrienne. Église armé­ contraire à l'unité de l’Église qu’il y ait diversité de
nienne, Église assyrienne, Eglise malankare) et les Églises ortho­
doxes. En ce qui concerne la primauté, toutefois, il existe une diffé­
rence fondamentale entre elles: les Patriarches de ces dernières
Églises reconnaissent effectivement un primus inter pares (le Pa­ 39 Commission mixte internationale pour le dialogue théolo­
triarche œcuménique de Constantinople), tandis que les autres n’ont gique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Le sacrement
jamais eu un primat (étant donné qu’il n’y avait pas de lien organique de l’ordre dans la structure sacramentelle de l’Église, Uusi Valamo,
ou canonique entre elles). Cela mis à part, l’attitude actuelle aussi 1988; dans: Growth in Agreement II, p. 679; CPPUC, Service d'infor­
bien des Anciennes Églises orientales que des Églises orthodoxes à mation, 68 (1988/III-IV), pp. 194-199.
l’égard de la question de la primauté romaine, est presque la même. 40 Cf. Vaticanum II, Unitatis redintegratio, 14.

41
mœurs et de coutumes, ainsi qu'il vient d'être mention­ liques, les Églises orthodoxes considèrent en effet les
né, et même une telle diversité est un élément qui ac­ relations entre les Églises orientales catholiques et le
croît sa beauté ainsi qu une aide précieuse pour l'ac­ Siège de Rome cqmme un critère de la crédibilité
complissement de sa mission. Aussi, le Concile déclare œcuménique de l’Église catholique.
pour enlever tous les doutes possibles, que les Eglises
d’Orient, conscientes de la nécessaire unité de toute l’É- Actes, célébrations et rencontres symboliques
glise, ont le pouvoir de se régir selon leurs propres lois,
plus conformes au caractère de leurs fidèles et plus Depuis le Deuxième Concile du Vatican, les célé­
aptes à promouvoir le bien des âmes. L’observance par­ brations liturgiques dans lesquelles sont impliqués l'É-
faite de ce principe traditionnel (à vrai dire elle ne fut vêque de Rome et des Patriarches orientaux,45 leurs
pas toujours respectée) est une des conditions préa­ fraternels échanges épistolaires46 et leurs visites réci­
lables absolument nécessaire pour rétablir l’union ».41 proques47 comprennent bon nombre de gestes et de
Les présupposés doctrinaux et les conséquences pra­ procédures très éloquents du point de vue œcumé­
tiques de cette déclaration fondamentale peuvent faire nique. Il ne s’agit pas de simples actes de politesse ou
l'objet d’une réflexion œcuménique renouvelée. de diplomatie; ils ont réellement une profonde signifi­
cation ecclésiologique. Depuis les premiers temps de
Églises orientales catholiques l’Église, ce genre de lettres fraternelles, de visites réci­
proques et de célébrations liturgiques en commun
Les Églises orientales catholiques représentent un étaient considérées comme d’authentiques signes et
paradigme particulier ‘d'unité dans la diversité' au instruments de communion. En ce qui concerne la pri­
sein de l’Église catholique. En tant qu'Églises sui iu- mauté de l’Évêque de Rome, le vécu concret va déjà
ris en pleine communion avec le Siège de Rome, elles au-delà de bien des questions théologiques ou juri­
ont gardé leur identité orientale et, d’une manière diques irrésolues. Ces gestes fraternels et expériences
spéciale, leur structure synodale.42 Bien que « l'unia- exemplaires seront fort utiles pour créer un climat de
tisme » ne soit plus considéré ni comme méthode à confiance mutuelle et préparer le chemin à une com­
suivre ni comme modèle de l'unité recherchée par préhension commune de la primauté papale.
l’Église catholique et par les Églises orthodoxes,43 les
Églises orientales catholiques jouent néanmoins un
rôle spécifique, même dans une perspective œcumé­ 45 Cf. Discours du Pape Jean-Paul II aux Patriarches orientaux
nique.44 Leur identité sui iuris, ainsi que leur modèle catholiques, 29 septembre 1998: «Dans cette même Lettre aposto­
particulier de communion avec Rome, peuvent être lique, j’ai invité les autres Églises à établir avec moi un dialogue fra­
considérés comme des éléments significatifs, appli­ ternel et patient sur les modalités d’exercice de ce ministère d’unité
(cf. 96-97). Cette invitation s’adresse, avec une plus grande insistan­
cables éventuellement dans d’autres contextes. Lors ce et une plus grande affection encore, à vous, Patriarches des
des Conversations de Malines, par exemple, le carac­ Églises orientales catholiques. C’est à vous qu’il revient tout d’abord
tère d'Églises « unies et non absorbées » des Églises de rechercher, avec Nous, les formes les plus aptes pour que ce mi­
orientales catholiques était considéré comme un pa­ nistère puisse réaliser un service de charité reconnu par tous. Je
vous demande d'apporter cette aide au Pape, au nom de cette res­
radigme possible pour rétablir la pleine communion ponsabilité dans la recomposition de la pleine communion avec les
entre l’Église anglicane et le Siège de Rome. De leur Églises orthodoxes (Orientale lumen, 24), responsabilité qui vous in­
côté, les Églises orthodoxes suivent attentivement combe du fait que vous êtes les Patriarches d’Églises qui partagent
tout changement dans les relations entre Rome et les avec l’Orthodoxie une si grande part du patrimoine théologique, li­
turgique, spirituel et canonique. Dans ce même esprit, et pour la
Églises orientales catholiques, relations qu’elles même raison, je désire que vos Églises soient pleinement associées
considèrent comme indicatif de l’attitude catholique au dialogue œcuménique de la charité et au dialogue doctrinal, que
à l'égard de la tradition orientale en général et du ce soit au niveau local ou au niveau universel. [...] Le rôle particu­
concept catholique de communion pleine et visible lier des Églises orientales catholiques correspond à celui qui est res­
té vacant à cause du manque de communion complète avec les
en particulier. Én dépit de leurs fortes réserves à Églises orthodoxes. Aussi bien le Décret Orientalium ecclesiarum du
l’égard de l’existence des Églises orientales catho­ Deuxième Concile du Vatican que la Constitution apostolique Sacri
canones (pp. IX-X) qui a accompagné la publication du Code des ca­
nons des Eglises orientales, ont mis en évidence combien la situation
présente, et les règles qui la régissent, sont dirigées vers la pleine
41 Cf. Cardinal Joseph Ratzinger sur la « tradition indivisible » communion tant souhaitée entre l’Église catholique et les Églises
et l’« herméneutique d’unité », dans: Kirche, Ôkumene imd Politik, orthodoxes. Votre collaboration avec le Pape et entre vous pourra
Neue Versuche zur Ekklesiologie, Johannes, 1987, p. 76s., 81s. montrer aux Églises orthodoxes que la tradition de la 'synergie’
42 Cf. Vaticanum II, ibid., 16. entre Rome et les Patriarcats s’est maintenue — bien que limitée et
43 En ce qui concerne les Églises orientales catholiques, il est blessée —, qu’elle s’est peut-être même développée pour le bien de
nécessaire de bien prendre en considération le motif théologique l’unique Église de Dieu, répandue par toute la terre » (La Documen­
qui est à la base de leur fidèle attachement au Siège de Rome dans tation Catholique, n° 2192, 15.11.1998).
les conditions de persécution et d’extermination les plus drama­ 46 Telles que les liturgies d’ouverture et de clôture de l’Année

tiques, comme ce fut le cas en Ukraine et en Roumanie durant la du Jubilé à Rome, les célébrations liturgiques présidées ensemble
période communiste. par l’Évêque de Rome et par le Patriarche local durant les visites
44 Cf. Deuxième Concile du Vatican et le caractère provisoire pastorales du Pape.
des « dispositions juridiques » concernant les Églises catholiques 47 Telles que les messages annuels de Noël et de Pâques, ou

orientales: « Le Saint Concile se réjouit beaucoup de la collabora­ l’échange annuel de lettres entre l’Évêque de Rome et le Patriarche
tion fructueuse et active qui existe entre les Églises catholiques œcuménique de Constantinople à l'occasion des célébrations litur­
orientales et occidentales et il déclare en même temps ce qui suit: giques de saint André à Constantinople et des saints Pierre et Paul
toutes ces dispositions juridiques sont établies pour les conditions à Rome, ou la Lettre apostolique écrite par le Pape Jean-Paul II
actuelles jusqu’à ce que l’Église catholique et les Églises orientales aux Catholicoi de l’Église arménienne à l’occasion du 1700e anni­
séparées parviennent à la plénitude de la communion » (OE, 30). versaire du baptême de l'Arménie.

42
4.2. Églises et Communautés ecclésiales de tradition of Bishops de l’Église d’Angleterre déclare: « Nous re­
anglicane et luthérienne marquons que la communion entre l’Église catholique
et les Églises orthodoxes est considérée comme étant
Épiskopè d’un primat universel presque complète, malgré le fait que ces dernières ne
sont pas en communion visible avec l’Évêque de Ro­
En ce qui concerne la primauté papale, les résul­ me. Dans ce contexte, nous rappelons certaines pa­
tats œcuméniques de plus grande portée ont été réali­ roles du Cardinal Ratzinger: ‘Én ce qui concerne la
sés avec l’Église anglicane. ARCIC reconnaît le besoin doctrine de la primauté, Rome ne doit pas exiger de
dun ministère d’unité au niveau universel: « D’après l’Orient plus que ce qui était formulé et vécu pendant
la doctrine chrétienne, l’unité de la communauté le premier millénaire... La réunification pourrait se
chrétienne dans la vérité demande une expression vi­ faire sur la base suivante: de son côté, l’Orient devrait
sible. Nous nous accordons sur le fait qu’une telle ex­ renoncer à combattre l’évolution du second millénaire
pression visible est la volonté de Dieu et que le main­ en Occident comme étant hérétique, et accepter l'Égli-
tien de l’unité visible au niveau universel inclut 1’épis- se catholique comme légitime et orthodoxe dans la for­
kopè d’un primat universel. Il s’agit là d’une déclara­ me quelle a assumée à travers cette évolution, tandis
tion doctrinale. Mais la manière dont l’épiskopè est que de son côté, l’Occident devrait reconnaître l’Église
concrètement réalisée dans la vie ecclésiale (l’équi­ de l’Orient comme orthodoxe et légitime dans la forme
libre variant entre conciliarité et primauté) dépendra quelle a conservée’.53 Une telle approche offre beau­
de facteurs historiques contingents et d’un dévelop­ coup d’espoir et rendrait possible un nouvel examen
pement conduit par l’Esprit Saint».48 49 Pour ce minis­ de nombreuses questions sur lesquelles les Églises ont
tère d’unité, l'Évêque de Rome est la personne appro­ évolué séparément les unes des autres ».54
priée: « Le seul siège qui revendique la primauté uni­
verselle et qui l’a exercée et l’exerce encore est le siège La tradition luthérienne
de Rome, ville où sont morts Pierre et Paul. U semble
convenable que, dans toute éventuelle union future, En ce qui concerne la question de la primauté pa­
une primauté universelle telle quelle vient d’être dé­ pale, quelques dialogues luthériens-catholiques ont
crite soit exercée par ce siège ».50 fait un important travail préparatoire, qui se rap­
proche beaucoup de l’étendue de convergence théolo­
Juste équilibre entre primauté et collégialité gique réalisée dans le dialogue anglican-catholique.

Toutefois, ARCIC a plusieurs fois souligné qu’un


juste équilibre devrait être maintenu entre primauté et 4.3. Autres Églises et Communautés ecclésiales issues
conciliarité: « Parfois les anglicans craignent une pos­ de la Réforme
sibilité de surcentralisation, les catholiques romains
celle d'une incohérence doctrinale. La foi, bannissant
la crainte, pourrait n’y voir simplement que la perspec­ Diversité d’approches ecclésiologiques
tive d’un juste équilibre entre une primauté au service
de l'unité et une conciliarité maintenant la légitime di­ Bien que plusieurs Églises et Communautés ec­
versité de la koinonia de toutes les Églises ».51 Ailleurs, clésiales issues de la Réforme partagent un certain
on recommande un juste équilibre entre ‘ primauté ’ et nombre de principes fondamentaux concernant le
‘ primautés ’: c'est-à-dire entre l’exercice de la primauté gouvernement de l’Église et l’unité ecclésiale, leurs
à un niveau national ou régional, et l’exercice de la pri­ différences doctrinales et organisationnelles internes
mauté au niveau universel. Les anglicans insistent éga­ ne leur permettent pas d’avoir une position commu­
lement sur le fait que primauté et synodalité52 de­ ne concernant la primauté papale. Réformés, presby­
vraient aller de pair à chaque niveau d’autorité. tériens ou communautés libres gardent encore des at­
titudes assez divergentes au sujet de l’actuelle pri­
mauté papale et de la perspective œcuménique d’un
L’ancienne tradition des patriarcats ‘ministère d’unité’. Plusieurs principes ecclésiolo­
A quel modèle historique ou paradigme œcumé­ giques fondamentaux ont encore besoin d’une étude
nique pense l’Église anglicane? L’anglicanisme ne sou­ et d’un débat œcuméniques préliminaires, concer­
haite pas retourner dans l’Église latine, comme l’Église nant surtout la structure sacramentelle de l’Église, le
en Angleterre en faisait partie avant 1531, mais plutôt ministère épiscopal et la succession apostolique. Ces
à une extension du système patriarcal qui existait derniers points devraient être clarifiés avant de pou­
avant 1054. Dans sa réponse à Ut unum sint, la House voir examiner utilement avec ces communautés la

48 Telles que les visites individuelles d’évêques et de patriarches or­ 53 J. Ratzinger, Theologische Prinzipienlehre: Bausteine zur

thodoxes à l’Evêque de Rome, ou les rencontres entre l’Évêque de Ro­ Fundamentaltheologie, Munich, 1982, p. 209; traduit et cité dans
me et des patriarches orientaux durant les visites pastorales du Pape. Francis Sullivan, Magisterium, Dublin 1983, p. 117; quant à l’in­
49 L’autorité dans l’Église I, Élucidation, 8. terprétation donnée à cette déclaration par le Cardinal Ratzinger,
50 L'autorité dans l’Église I, 23. cf. Cardinal Joseph Ratzinger, Problème und Hoffhungen des Angli-
51 L’autorité dans l’Église I, Élucidation, 8. kanisch-Katholischen Dialogs, dans: Kirche, Ùkumene und Politik,
52 Selon la tradition anglicane, la synodalité inclut la participa­ o.c., pp. 67-96.
tion des évêques, du clergé et des laïcs. 54 Réponse de la House of Bishops de l’Église d’Angleterre, 54.

43
question de la primauté. Cette logique doctrinale ne principe de collégialité et le principe de subsidiarité;
signifie toutefois pas que le dialogue sur la primauté (5) et surtout, que ce ministère, comme tout ministè­
pourrait ou devrait être remis jusqua ce que d'autres re dans l'Eglise, soit conçu et compris comme un ser­
questions théologiques préliminaires aient été éclair­ vice à la ' primauté de l’Évangile ’, subordonné au mi­
cies. Étant donné, d une part, que l’Évêque de Rome nistère et à l’action de Jésus Christ.55
a acquis une telle présence visible dans le monde
d’aujourd’hui et dans la chrétienté universelle, et,
d’autre part, qu’il est un symbole tellement représen­ 4.4. L’Eglise catholique
tatif de l’entière tradition et identité catholique, son
ministère vient inévitablement au premier plan de Dans les documents ou réponses œcuméniques
l’interrogation et du dialogue œcuméniques. L’ordre concernant la primauté papale, diverses suggestions
logique de la doctrine et l’ordre psychologique de la ou requêtes sont adressées à l’Église catholique. Leur
vie ne coïncident pas nécessairement. souci commun est de voir la primauté papale acqué­
rir un attrait et une crédibilité œcuméniques plus
Ministères de communion au niveau universel vastes, tant en théorie qu'en pratique. Souvent, l’ac­
cent est mis sur la relation réciproque entre la forme
De nombreuses Églises et Communautés ecclé­ ad intra de l’Église catholique et la crédibilité ou l’at­
siales issues de la Réforme mettent aujourd’hui en trait de son engagement œcuménique ad extra. Les
question leur rejet traditionnel et catégorique de tout Églises et Communautés ecclésiales, en Orient com­
ministère d’unité pour l’Église universelle. Ayant uni­ me en Occident, observent attentivement le façonne­
latéralement privilégié pendant des siècles le principe ment ad intra de la communion et de la primauté
de diversité et de liberté locale, elles ont de plus en dans l’Église catholique, ce quelles considèrent com­
plus besoin de nouveaux paradigmes d’unité et de me un modèle ou un test de ses intentions ad extra au
communion ecclésiale. Elles étudient et établissent plan œcuménique.56 Les paragraphes qui suivent de­
même de nouvelles formes dtépiskopè afin de sauve­ vraient être lus dans cette perspective.
garder et de développer les liens d’unité ou de colla­
boration au sein de leurs propres fédérations ou com­ La dimension collégiale et communautaire de la pri­
munions, aux niveaux régional et universel. Par suite mauté
de ce développement intérieur, certains représentants
protestants envisagent la possibilité, dans le futur, La plupart des réponses et documents œcumé­
d’un ministère d’unité au niveau universel. Comme niques s’accordent entièrement sur ce point particu­
l'a suggéré le Groupe des Dombes: « Au niveau per­ lier: la primauté devrait être exercée d’une manière
sonnel, l’expérience du ministère de la Parole et des authentiquement collégiale. Comme il est dit dans la
sacrements dans l’Église locale et celle de la présiden­ réponse de la Conférence des évêques de l’Église de
ce d’assemblées et de conseils font pressentir que tou­ Suède: « Pour pouvoir progresser, le concept de collé­
te expression visible de l’Église universelle appelle un gialité doit probablement être ultérieurement déve­
ministère de communion. Les Églises de la Réforme loppé, aussi bien dans l’Église catholique que du
devraient s’interroger sur les raisons qui les empê­ point de vue œcuménique. Cela doit être souligné en
chent actuellement de concevoir et de reconnaître un opposition à une papauté fortement centralisée, sur­
tel ministère qui s’exercerait au bénéfice de la com­ tout dans le passé. En d’autres termes, chaque évêque
munion de toute l’Église » (157). et tout le collège épiscopal ont la responsabilité de
l’Église catholique tout entière — avec le Pape. Tous
Conditions doctrinales et pratiques les évêques peuvent se réunir en un concile ou en un
synode mondial, mais pas sans le Pape. Nous avons
La nature véritable et le juste exercice d’un ‘minis­ là une tension et un équilibre nécessaires entre papa-
tère d'unité’ attrayant au niveau œcuménique de­ lisme et conciliarisme ».57 Dans le même ordre
vraient être déterminés à travers le dialogue fraternel d’idées, plusieurs documents, comme il est indiqué
et le rapprochement mutuel. La plupart des Églises et plus haut, plaident en faveur d’un rapport plus équili­
Communautés ecclésiales issues de la Réforme sont bré entre trois dimensions complémentaires dans
enclines à entreprendre un tel dialogue avec Rome, à l’exercice de la primauté: communautaire, collégiale
condition que certains points fondamentaux de la Ré­
forme puissent être admis et respectés. Dans la pers­
pective réformée ou protestante ces points impor­ 55 Ces points se rapportent au débat fondamental concernant
tants sont: (1) que l’acceptation d’un 'ministère d’uni­ l’autorité doctrinale dans l’Eglise, et son rapport aussi bien à l’Écri-
té’ ne peut être mis au même niveau qu’une soumis­ ture qu’à la Tradition; ce débat interpelle toutefois toutes les
sion au ministère papal dans son actuel aspect doctri­ Églises et Communautés ecclésiales, tant orientales qu’occiden­
nal et juridique; (2) que l’Évêque de Rome renonce à tales; chacune d’elles et toutes ensemble, dans leurs façonnements
respectifs du ministère d'enseignement, doivent loyalement exami­
ces prérogatives qui ont fait de son ministère un fac­ ner la correspondance de leurs « ministères d’épiskopè » actuels
teur historique de dissension et de division; (3) que avec les sources normatives de l’Écriture et de la Tradition.
56 Des réflexions analogues sont faites dans d’autres Eglises et
ce ' ministère d’unité ’ soit exercé de manière non pas
Communautés ecclésiales également; cf. le Virginia Report de la
centralisée, mais communautaire et collégiale; (4) Communion anglicane au sujet de la forme qu’ils confèrent à « pri­
que soient respectés, en conséquence, trois principes mauté et synodalité ».
fondamentaux: le principe de diversité légitime, le 57 Réponse de la Conférence des évêques de l’Église de Suède, p. 12.

44
et personnelle. Le Groupe des Dombes écrit: « La cipe herméneutique, qui s’applique à tous les
conversion de l’Église catholique consisterait à main­ Conciles: chaque Concile doit être interprété dans le
tenir 1 équilibré entre les dimensions communautai­ contexte de toute la Tradition de l’Église, qui com­
re, collégiale et personnelle de ce ministère, cette der­ prend aussi bien l'Orient que l’Occident chrétiens,
nière dimension ne pouvant s’exercer en vérité que si aussi bien le premier que le deuxième millénaire.
elle est comme portée par les deux autres» (134). Sans oublier et sans contester la validité du Premier
Dans Le don de l’autorité, ARCIC mentionne les Concile du Vatican, on peut se demander si quelques-
Questions aux catholiques romains ci-après (57): « Le unes des interprétations plus tardives et parfois ex­
Deuxième Concile du Vatican a rappelé aux catho­ cessives correspondent réellement à toute la Tradi­
liques romains combien les dons de Dieu sont pré­ tion de l’Église et à l’essence même des définitions du
sents dans tout le peuple de Dieu. Il a aussi enseigné Premier Concile du Vatican. Quels éléments des défi­
la collégialité de 1 épiscopat dans sa communion avec nitions du Premier Concile du Vatican se rapportent
l’Évêque de Rome, tête du collège. Cependant, y a-t-il particulièrement aux défis et aux problèmes spéci­
à tous les niveaux participation effective du clergé fiques auxquels l’Église catholique a dû faire face du­
aussi bien que des laïcs dans les organismes syno­ rant le XIXe siècle? Que doit-on considérer comme
daux naissants? L’enseignement du Deuxième Conci­ l’essence invariable de la primauté papale, et que
le du Vatican concernant la collégialité des évêques a- peut-on considérer comme des caractéristiques histo­
t-il été suffisamment mis en œuvre? Les actions des riques, contingentes et variables de celle-ci?
évêques reflètent-elles une conscience suffisante de
l’ampleur de l’autorité qu’ils reçoivent par l’ordina­ Approfondissement ultérieur du Deuxième Concile du
tion pour gouverner l'Église locale? A-t-on suffisam­ Vatican •
ment cherché à assurer la consultation entre l’Évêque
de Rome et les Églises locales avant des décisions im­ Divers documents ou réponses plaident en faveur
portantes qui affectent soit l’Église locale soit l’Église d’un approfondissement théologique ultérieur ou
universelle? Comment la variété des opinions théolo­ d’une application pratique de certains points fonda­
giques est-elle prise en compte en de telles décisions? mentaux du Deuxième Concile du Vatican, tels que:
Les structures et les procédures de la Curie romaine, (1) l’Église comme communion et la définition du
en assistant l’Évêque de Rome dans sa tâche de pro­ subsistit in, (2) la collégialité des évêques, (3) le statut
mouvoir la communion entre les Églises, respectent- ecclésiologique des Églises locales, (4) le statut parti­
elles adéquatement l’exercice de Yépiscopè à d'autres culier des Églises orientales catholiques au sein de la
niveaux? Surtout, comment l’Église catholique ro­ communion catholique.
maine abordera-t-elle la question de la primauté uni­
verselle telle quelle se dégage du « dialogue patient et
fraternel » sur l'exercice de la charge de l’Évêque de Nécessitas Ecclesiae
Rome, auquel Jean-Paul II a invité « les responsables Une autre suggestion fréquente est que la primau­
d’Églises et leurs théologiens? ». té romaine devrait être réinterprétée et réorganisée
selon les nécessités actuelles de l’Église. L’exercice
Relecture ou re-réception du Premier Concile du Vatican concret du ministère papal ne peut être établi une
fois pour toutes. En fait, il doit être redécouvert et fa­
Pratiquement toutes les études œcuméniques çonné en réponse aux défis continuellement chan­
concernant la primauté papale plaident en faveur geants auxquels l'Église est confrontée. Ce principe
d’une relecture, d’une réinterprétation ou d’une re­ fondamental a également été exprimé par la Congré­
réception des deux définitions du Premier Concile gation pour la Doctrine de la foi de la façon suivante:
du Vatican à la lumière de l’unique et entière tradi­ « Les contenus concrets de son exercice caractérisent
tion de l’Église, qui englobe les définitions des le ministère pétrinien dans la mesure où ils expri­
premiers conciles œcuméniques, l’ecclésiologie de ment fidèlement l’application aux circonstances de
communion du premier millénaire, les meilleures temps et de lieu des exigences de l’ultime finalité qui
expériences du deuxième millénaire et certaines lui est propre (l’unité de l’Église). L'extension plus ou
idées fondamentales du Deuxième Concile du Vati­ moins grande de ces contenus concrets dépendra à
can (subsistit in, collégialité, Églises locales, com­ chaque époque historique de la nécessitas Ecclesiae.
munion réelle mais incomplète). On remarquera L’Esprit Saint aide l’Église à connaître cette nécessitas
que le Premier Concile du Vatican, dans l’introduc­ et le Souverain Pontife romain, en écoutant la voix de
tion à Pastor aeternus, exprimait son intention de l'Esprit Saint dans les Églises, cherche la réponse et
proposer la doctrine de la primauté papale «.selon l’offre quand et comment il l’estime opportun».60 Si
l'antique et constante foi de l'Eglise universelle ».58 On l’unité des chrétiens est actuellement une des princi­
s’y réfère aux décrets explicitement définis tant par pales 'nécessités de l’Église’, comment peut-on alors
les Papes que par les Conciles généraux précé­ adapter la primauté papale de manière à répondre à
dents.59 Ces références évoquent un important prin­ cette nécessité?

58 Cf. Denzinger-Hünermann, 3052: « secundum antiquam

atque constantem universalis Ecclesiae fidem ». 60 II primato del successore di Pietro nel ministero délia Chiesa,
59 Ibid., 3059.
Considerazioni délia Congregazione per la Dottrina délia Fede, n. 12.

45
5. Quelques questions en conclusion plus affluer ensemble dans un mouvement collectif,
impliquant également l’Évêque de Rome lui-même?
1. La question de la primauté papale est actuelle­
ment débattue dans un climat et dans un contexte 6. Tous ceux qui ont répondu à l’invitation du Pa­
nouveaux. Ce n est nullement évident, étant donné le pe Jean-Paul II ont reçu une lettre de remerciement,
caractère éminemment sensible et même conflictuel confirmant en outre qu’ils recevraient « en temps op­
revêtu par cette question depuis des siècles. Ce climat portun » un compte rendu ou réponse plus ample.
et ce contexte nouveaux doivent être considérés com­ Quand et comment fournir ce compte rendu à nos
me un progrès précieux mais fragile, qui doit être correspondants ?
traité avec délicatesse et prudence. D’où la question
de savoir ce qu'il faut faire et ce qu’il faut éviter afin Suggestions de rassemblée plénière
de préserver et même d’améliorer cette nouvelle si­ CONCERNANT LE MINISTÈRE PÉTRINIEN
tuation.
Quelles sont les suggestions de l’Assemblée plé­
2. Les recherches théologiques les plus approfon­ nière concernant d’éventuelles démarches en vue de
dies et les plus exhaustives concernant la question réaliser pleinement la proposition du Saint-Père?
œcuménique de la primauté ont été effectuées par di­ 1. De nombreuses Églises et Communautés ec­
verses commissions ou dialogues mixtes. Il semble clésiales ont substantiellement contribué à l’actuel
que ce sont là des instruments efficaces pour progres­ débat sur le « ministère pétrinien », en participant à
ser dans cette matière complexe et délicate. La ques­ des commissions et séminaires mixtes ou en sou­
tion se pose de savoir comment les activités de ces mettant leurs propres réflexions et suggestions.
commissions et ces dialogues mixtes peuvent être en­ L’Assemblée plénière prend acte de ce fait avec gra­
couragés et reçus. titude; elle y trouve une inspiration pour un travail
ultérieur du même genre.
3. Plusieurs commissions ou dialogues œcumé­
niques ont déjà atteint des résultats assez complets et 2. L’Assemblée plénière recommande en pre­
équilibrés concernant la nature et l'exercice de la pri­ mier lieu d’entreprendre d’autres études exégétiques
mauté papale. Sur de nombreux points essentiels, et doctrinales sur l’essence et l’exercice du « ministè­
une large convergence a été atteinte. Bien que beau­ re pétrinien», à partir des diverses traditions patris-
coup reste à faire, on peut déjà percevoir quelques tiques, liturgiques et canoniques que l’on trouve
tendances dans cette convergence. Qu’est-ce qui peut dans l’Église de l’Orient et de l'Occident, à travers
être considéré comme des réalisations valables, et où son histoire. Une attention particulière devra être
remarquons-nous encore des écarts ou des imperfec­ accordée à l’herméneutique et aux développements
tions d’importance cruciale? historiques qui ont eu lieu, afin de surmonter toute
préconception confessionnelle inopportune et
4. Étant donné le bien-fondé de certaines sugges­ d’avancer vers une compréhension commune de ce
tions concernant l’exercice de la primauté papale, la ministère particulier.
question de leur mise en pratique concrète peut être 3. Pour mieux mettre en évidence les résultats
posée. Certaines suggestions touchent à la vie inté­ de ces nombreuses approches, l’Assemblée plénière
rieure de l’Église catholique, d’autres encore aux rela­ recommande de promouvoir des consultations de
tions ou aux procédures interecclésiales. Quelques- nature œcuménique, officielles et informelles, à dif­
unes concernent des objectifs à court terme, d’autres férents niveaux, en particulier de la part du Conseil
des objectifs à long terme. D’où la question de savoir Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens à
lesquelles de ces suggestions peuvent déjà être sélec­ Rome. Ces initiatives exprimeraient plus clairement
tionnées en vue de leur application et comment y l'idée que ces efforts représentent une réponse œcu­
parvenir. ménique à l’invitation du Saint-Père lui-même.
5. Dans Ut unum sint, le Pape Jean-Paul II a sou­ 4. L’Assemblée plénière recommande qu’une
ligné le fait que la réflexion sur la primauté romaine ample synthèse de ces réponses soit envoyée aux Sy­
qu’il préconise devrait se faire «évidemment nodes des Églises catholiques et aux Conférences
ensemble » (95); il a invité les pasteurs et théologiens épiscopales d’Orient, afin qu’eux-mêmes et les per­
des Églises « à instaurer avec [lui] sur ce sujet un dia­ sonnes qu’ils guident les examinent, selon les procé­
logue fraternel et patient». Comment faciliter et réali­ dures qu’ils estimeront les plus opportunes. Dans
ser concrètement ce « évidemment ensemble » et leur examen, ils devraient être encouragés à tra­
«avec [lui]»? Jusqu'à présent, le seul «ensemble» a vailler également avec des représentants d’autres
été celui des dialogues bilatéraux, des symposiums Églises et Communautés ecclésiales, surtout celles
académiques, des lettres et des conversations person­ qui ont avec eux des liens historiques et parfois des
nelles. Doit-on étendre cet «ensemble» à une échelle peines communes.
multilatérale, ou l’ouvrir aux chefs d’Églises? En 5. Cette synthèse devrait être envoyée également
d’autres termes: comment préparer des étapes ulté­ aux personnes qui ont fait part au Conseil Pontifical
rieures dans la réflexion œcuménique sur la primauté pour la promotion de l’unité des chrétiens de leur ré­
papale de façon à ce que des idées, des préoccupa­ ponse à l’invitation du Saint-Père. À cette synthèse
tions et des espoirs communs puissent de plus en pourrait être joint un compte rendu des délibéra­

46
tions de cette Assemblée plénière, en assurant les importance primordiale pour la crédibilité œcumé­
destinataires que le Conseil Pontifical fera tout son nique de l’Évêque de Rome.
possible pour mettre en pratique les diverses recom­ 8. L’Assemblée plénière recommande que les diffé­
mandations de l’Assemblée et qu’il tiendra nos par­ rents dicastères de la Curie romaine fassent entière­
tenaires œcuméniques au courant de toute ultérieu­ ment propre la conviction du Pape Jean-Paul II, selon
re invitation qui leur sera destinée en vue de partici­ laquelle: « Ce qui concerne l’unité de toutes les Com­
per à cette réflexion qui se poursuit. munautés chrétiennes entre évidemment dans le cadre
6. Certains gestes et certaines actions symbo­ des charges qui relèvent de la primauté » (UUS, 95), et
liques de l’Évêque de Rome ont contribué de façon collaborent activement avec lui pour trouver « les
significative à l’instauration d’un climat de confian­ formes dans lesquelles ce ministère pourra réaliser un
ce, à la purification des mémoires et à une apprécia­ service d’amour reconnu par les uns et par les autres »
tion œcuménique croissante de son « ministère (UUS, 95). Pour garder la cohérence et la crédibilité
d’unité». L’Assemblée plénière recommande que de œcuméniques du Saint-Siège à ce sujet, une meilleure
tels gestes et de telles actions se poursuivent dans collaboration entre les dicastères sera nécessaire.
un esprit inventif, avec générosité et courage. Ne 9. Conformément à ce que le Saint-Père a écrit
s’agissant pas de simples actes de courtoisie ou de dans Ut unum sint, 80, les résultats des différentes
diplomatie, l’Assemblée plénière suggère également conférences et études ne peuvent en rester aux affir­
que l’on examine ultérieurement la véritable signifi­ mations des groupes intéressés, mais ils doivent de
cation et les conséquences ecclésiologiques de ces quelque manière devenir un patrimoine commun.
gestes et de ces actions. L’Assemblée plénière recommande que soit trouvée,
7. Compte tenu des réponses œcuméniques re­ en des conditions appropriées et à différents ni­
çues et des réflexions en cours au sein de l’Église ca­ veaux de responsabilité, la manière d’impliquer l’en­
tholique, l’Assemblée plénière reconnaît que pour semble du peuple de Dieu dans la réflexion sur ces
faire progresser la discussion sur le ministère pétri- questions, surtout de la façon indiquée aux nn. 80-
nien, l’attention doit être accordée en priorité au 81 de l’Encyclique. Étant donné que «la responsabi­
thème de la collégialité sous ses aspects théoriques lité d’exprimer le jugement définitif revient à l’auto­
et dans son exercice pratique à différents niveaux de rité enseignante», l’Assemblée plénière recomman­
la vie de l’Église. Une forme améliorée et plus at­ de en outre de rechercher les moyens qui convien­
tractive de la vie synodale de l’Eglise, en particulier nent pour impliquer les épiscopats de toute l’Église
en ce qui concerne le fonctionnement des Confé­ avec le Saint-Père, dans le but de parvenir à un juge­
rences épiscopales et du Synode des Évêques, a une ment définitif sur cette question.

RAPPORTS SUR LES DIALOGUES ET CONTACTS EN COURS

Relations avec l'église orthodoxe outre, une controverse s’ensuivit concernant le droit
de propriété et l’utilisation des lieux de culte confis­
I. Les Églises Orthodoxes qués dans le passé (1946-1948) par les gouverne­
ments communistes, dont un certain nombre avaient
Commission mixte internationale pour le dialogue été donnés aux orthodoxes. Par ailleurs, dans
THÉOLOGIQUE ENTRE L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET L’ÉGLISE quelques Églises, il y avait désaccord sur le document
ORTHODOXE de Balamand lui-même et son acceptation créait des
difficultés.
L’avant-dernière session plénière de la Commis­ Toutefois, la stagnation du dialogue était égale­
sion mixte internationale de dialogue s’était tenue à ment due, en partie, à des problèmes internes dans
Balamand (Liban) en 1993. À cette occasion, un diverses Églises orthodoxes, difficultés auxquelles on
important document avait été publié, intitulé L’unia- doit s'attendre après des périodes de dictature. Dans
tisme, méthode d'union du passé et la recherche actuel­ les Églises orthodoxes orientales de fortes tensions
le de la pleine communion. La 8e session plénière a fi­ étaient nées et, en quelques endroits, elles avaient
nalement eu lieu du 9 au 19 juillet 2000 à Baltimore conduit à un véritable schisme (comme par exemple
(USA). dans le Patriarcat de Bulgarie, entre Moscou et
Diverses raisons sont à l’origine de ce long inter­ Constantinople au sujet de l’Église en Estonie, ou en­
valle, dû en partie aux difficultés surgies entre catho­ core au sein de l’Église orthodoxe en Ukraine).
liques et orthodoxes dans quelques pays de l’Europe Diverses tentatives de convoquer la Commission
orientale où, après la chute des régimes commu­ avaient échoué. En juin 1998, il fut possible de
nistes, les Églises grecques-catholiques qui avaient convoquer le Comité mixte de coordination de la
été supprimées sous le stalinisme (en particulier en Commission internationale. La réunion eut lieu à
Ukraine, Roumanie et Slovaquie) furent rétablies. Ariccia, près de Rome, du 15 au 20 juin 1998. Ce fut
Leur réapparition et leur réorganisation étaient per­ une rencontre pleine de risques, mais finalement un
çues comme une menace par les orthodoxes. En texte fut rédigé pour être soumis à la session pléniè­

47
re de la Commission comme condition pour la quête de la pleine communion entre l’Église catho­
convocation de celle-ci et comme base de discus­ lique et l’Église orthodoxe »;
sion. Seule la session plénière avait le pouvoir d ap­
prouver les documents. Le thème choisi pour les d) Enfin, on y trouve un appel aux Églises en dia­
travaux avait été posé comme condition par les or­ logue. Le communiqué de presse ajoute: «... les
thodoxes pour la poursuite du dialogue: Consé­ membres feront rapport à leurs Églises qui leur indi­
quences ecclésiologiques et canoniques de l’unia­ queront comment surmonter cet obstacle pour que le
tisme. Le sujet était conçu comme moyen d’exami­ dialogue puisse continuer sereinement ».
ner la question de manière plus approfondie, pas­ Néanmoins, la session de Baltimore a été utile
sant d’une évaluation de facto — la réalité histo­ dans la mesure où elle a pu définir la nature réelle du
rique de la naissance et de la vie des Eglises catho­ problème examiné; en fait, une définition exacte des
liques orientales — à une analyse ecclésiologique et données du problème en question facilitera tôt ou
canonique. Cette fois encore, pour des raisons ob­ tard sa solution. La Commission mixte a exhorté les
jectives externes (la guerre en Serbie), la session plé­ Églises à poursuivre le dialogue.
nière, prévue pour le mois de juin 1999, dut être Du côté catholique, le Saint-Père a déjà exprimé
renvoyée. Ainsi, ce n’est qu’en 2000 que la Commis­ quelques idées à ce sujet. Par l’intermédiaire de la dé­
sion s’est réunie pour examiner le thème mentionné légation catholique, conduite par le Cardinal Edward
ci-dessus, c'est-à-dire les conséquences ecclésiolo­ I. Cassidy, en visite au Phanar le 30 novembre 2000 à
giques et canoniques de l’uniatisme. l’occasion de la fête de l'apôtre saint André, le frère
Les membres catholiques de la Commission de saint Pierre, il a envoyé un message de circonstan­
étaient presque tous présents à la réunion, tandis que ce au Patriarche œcuménique, Sa Sainteté Bartholo-
cinq des quinze Églises orthodoxes qui composent la maios Ier. Le Saint-Père a d’abord relevé la portée du
délégation orthodoxe étaient absentes, et précisément fait que la réunion ait effectivement eu lieu. « Une tel­
les Patriarcats de Jérusalem, de Bulgarie et de Géor­ le rencontre est en soi un événement important qui a
gie et l’Église des Républiques tchèque et slovaque. été l’occasion de souligner la complexité des ques­
Le débat a essayé de définir et de comparer les rai­ tions à l’étude; pourtant, nous devons constater, à
sons de l’existence des Églises orientales catholiques. notre grand regret, qu'elle n'a pas permis de réels
Une nette opposition s’est manifestée. Les orthodoxes progrès dans notre dialogue ».
estimaient qu’il ne pouvait y avoir aucune raison va­ En second lieu, le Pape Jean-Paul II a relevé le fait
lable pour leur existence, parce que la présence de que « la Commission a opportunément mis en relief la
l’Église orthodoxe en un lieu donné ne justifiait pas la nécessité de poursuivre le dialogue et de rechercher les
possibilité pour une autre Église ayant la même tra­ voies les plus adaptées pour préciser et approfondir da­
dition d’exister en ce même lieu. Pour les catholiques, vantage les questions en débat». Il a confirmé à nou­
les rapports avec le Siège de Rome est une condition veau l’engagement de l’Église catholique: « Je puis assu­
préalable à une communion ecclésiale générale. Les rer Votre Sainteté que je suis résolu à continuer le dia­
Églises orientales catholiques, du fait même de leur logue de la vérité et de la charité ».
existence, affirment ce principe ecclésiologique du En outre, il a lancé un appel « aux fidèles catho­
premier millénaire. La question de la naissance des liques et orthodoxes pour que, dans les lieux où ils vi­
Églises orientales catholiques est donc liée à la ques­ vent, ils intensifient et affermissent sans cesse leurs re­
tion de la primauté et de la nécessité de la pleine lations fraternelles, dans un souci de respect mutuel et
communion. En bref, elle sera résolue en acceptant confiant». Le Saint-Père a également demandé aux
d’examiner avec les orthodoxes le rôle de l’évêque de Églises locales de promouvoir « une collaboration
Rome dans l’Église du Christ. étroite et désintéressée entre l’Église catholique et les
Malheureusement, aucun accord n’a été atteint à Églises orthodoxes, en évitant des actions ou des
Baltimore. Le communiqué de presse est explicite: gestes qui pourraient constituer des formes de pres­
« Les discussions de cette session plénière ont été sion ou qui pourraient simplement en donner l’im­
amples, intenses et approfondies... Toutefois, puisque pression ». À ce propos, le Pape a assuré le Patriarche
aucun accord n’a été atteint sur le concept théologique que « ce souhait et cette orientation ont été exprimés
de base de l’uniatisme, il a été décidé de ne pas avoir aux Églises catholiques particulières pour quelles s’en­
de déclaration commune pour l’instant » (cf. Service gagent fermement en ce sens ».
d'information, CPPUC, 104, [2000/III], pp. 153-154). Dialogue de charité et dialogue théologique sont
Le communiqué de presse contient d'autres affir­ étroitement mêlés dans les réflexions du Saint-Père.
mations importantes: On peut le voir clairement dans l'histoire du dia­
a) « La Commission a senti la nécessité d’entre­ logue. Lorsque celui-ci n’est pas mû par la charité et
prendre une étude ultérieure des questions théolo­ vivifié par la prière, il s’appauvrit et devient lui-même
giques, pastorales, historiques et canoniques relatives une source possible de nouvelles divisions.
à ce sujet »; Au cours des contacts qui ont suivi entre les deux
coprésidents de la Commission mixte — au Cardinal
b) La Commission « est bien consciente de la Edward I. Cassidy avait alors succédé le Cardinal
complexité des problèmes à résoudre en même temps Walter Kasper — une tentative fut faite pour convo­
que de l’importance de ce dialogue pour les Églises »; quer le Comité de coordination de la Commission
c) La Commission « espère que par ce processus mixte dans le but d’étudier la façon de reprendre le
elle sera en mesure de poursuivre ultérieurement sa dialogue. La réunion était prévue pour 2001.

48
Patriarcat œcuménique 2000). Le délégué du Patriarcat œcuménique, le Mé­
tropolite Athanasios d’Héliopolis, a participé avec le
Les rapports avec le Patriarcat œcuménique ont Saint-Père et l’archevêque de Cantorbéry, le Dr Geor­
été cordiaux. L'échange de délégations à l’occasion des ge Carey, à l’acte même de l’ouverture de la Porte
fêtes des saints Pierre et Paul à Rome et de saint André Sainte — un geste d’une grande signification œcumé­
au Phanar a permis d'avoir des contacts réguliers. De nique.
même que la participation à la célébration liturgique, Pour sa part, l’Église catholique a accueilli favora­
qui constitue une priorité de ces visites, celles-ci ont blement l'appel adressé à tous les chrétiens par Sa
parfois fourni l’opportunité d’examiner les questions Sainteté Bartholomaios Ier, Patriarche œcuménique,
en suspens dans nos relations et les initiatives à à célébrer une veillée de prière et de jeûne le 5 août
prendre. Deux thèmes principaux ont été abordés: 2000, en préparation à la fête de la Transfiguration de
Notre Seigneur Jésus Christ. La célébration a eu lieu
a) le dialogue théologique et les difficultés ren­
à Rome en la Basilique Saint-Jean de Latran, avec la
contrées par la Commission mixte internationale
participation des autres Églises de Rome qui y
pour convoquer sa session plénière;
avaient été également invitées. Sa Sainteté Bartholo­
b) la célébration du Grand Jubilé et la participa­ maios Ier a vivement apprécié ce geste de fraternité
tion du Patriarcat œcuménique aux manifestations ecclésiale accompli dans une intention commune.
œcuméniques du Jubilé à Rome. Au début du troisième millénaire, en conclusion
La délégation du Patriarcat a toujours été condui­ de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (25
te par d’importantes personnalités du Patriarcat janvier 2001), le Saint-Père a pris l’initiative d'inviter
même. La délégation de l’Église catholique est habi­ les Églises orthodoxes, les Anciennes Églises orien­
tuellement conduite par le Président du Conseil tales et les Communions chrétiennes mondiales à
pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens participer à un office de prière en témoignage de l’en­
(CPPUC), mais pour la fête de saint André de 1998, gagement commun des Églises et des Communautés
elle était guidée par le Cardinal William H. Keeler, Ar­ ecclésiales d’avancer ensemble vers l’avenir en ayant
chevêque de Baltimore, membre du CPPUC et de la pour but d’annoncer ensemble le Christ, « le Chemin,
Commission mixte pour le dialogue, théologique la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6). Le Patriarche œcumé­
entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. À cette nique était présent avec sa délégation.
période, le Cardinal Cassidy, Président du CPPUC, Le 31 mai 2001, le Cardinal Walter Kasper, nou­
participait, en tant que Président délégué, au Synode veau Président du CPPUC, accompagné par le Sous-
des évêques d’Océanie. Par ailleurs, l’année suivante, secrétaire, Mgr Eleuterio F. Fortino, a rendu une pre­
le Cardinal Keeler devait offrir l’hospitalité à la ses­ mière visite de politesse au Patriarche œcuménique,
sion plénière de la Commission mixte de dialogue, Sa Sainteté Bartholomaios Ier, afin de lui rendre un
qui a effectivement eu lieu à Baltimore en juillet respectueux hommage, mais aussi pour faire un tour
2000. d’horizon de nos relations.
Après cette réunion de la Commission mixte, la
réflexion sur le futur du dialogue théologique s’est
poursuivie également au cours des relations avec le Patriarcat de Roumanie
Patriarcat œcuménique. On en trouve un écho dans
le message de Sa Sainteté le Patriarche Bartholo- Deux événements aux conséquences œcumé­
maios Ier au Saint-Père ainsi que dans le discours du niques importantes ont eu lieu pendant cette période
Saint-Père à la délégation orthodoxe en visite à Rome dans le cadre des relations avec le Patriarcat de Rou­
à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul (29 manie, à savoir la visite du Saint-Père à Bucarest (7-9
juin 2001). mai 1999) et les réunions de la Commission mixte
Le Saint-Père a affirmé: «[...] Les relations frater­ entre le Patriarcat de Roumanie et l’Église grecque-
nelles entre les Églises particulières catholiques et or­ catholique en Roumanie sur la question du droit de
thodoxes et le dialogue théologique doivent être in­ propriété et de l’utilisation des lieux de culte ayant
tensifié. Il importe d’affronter et d’éclaircir ce qu'il précédemment appartenu à cette Église, et qui
reste du contentieux théologique, en se fondant sur la avaient été confisqués par le gouvernement commu­
sainte Écriture et la Tradition. Le travail de la Com­ niste en 1948, et donnés en partie à l’Église ortho­
mission mixte doit être complété selon le programme doxe. Après le rétablissement de l’Église grecque-ca-
quelle s’est fixé. Je sais que le Conseil Pontifical pour tholique, le problème de la récupération de ces biens
la promotion de l’unité des chrétiens, le Patriarcat ne pouvait manquer de se poser.
œcuménique et le coprésident orthodoxe de la Com­ En 1998, une importante Commission mixte
mission mixte sont en contact étroit pour décider en­ entre l’Église orthodoxe et l’Église grecque-catholique
semble de la meilleure manière de relancer le de Roumanie a été créée pour examiner ce problème.
dialogue» (ORF, 10.07.2001). Elle comprend des métropolites et des évêques et se
Le Patriarcat œcuménique a envoyé une déléga­ réunit régulièrement, avec l’assistance du délégué du
tion à deux importantes célébrations œcuméniques Saint-Siège, l’Archevêque Pio Tamburrino. La cin­
qui ont eu lieu à Rome durant le Grand Jubilé, c’est- quième session s’est tenue le 28 septembre 2000 au
à-dire l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Paul- monastère orthodoxe de Brancoveaunu, à Brasov.
hors-les-Murs et la Commémoration œcuménique Les résultats concrets réalisés sont apparemment li­
des Témoins de la foi du XXe siècle au Colisée (7 mai mités, mais l'existence même d'une telle commission

49
et le travail qu’elle accomplit ne peuvent manquer der le pardon que nous lui demandons ». Le Pape a
d'être utiles et de contribuer à établir un nouveau ty­ évoqué un événement historique précis: « Je pense au
pe de relations entre orthodoxes et grecs-catholiques sac dramatique de la ville impériale de Constanti­
dans ce pays. nople, qui était depuis si longtemps le bastion de la
Du 7 au 9 mai 1999, le Saint-Père a effectué une vi­ Chrétienté en Orient. Il est tragique que les as­
site pastorale en Roumanie, la première dans un pays saillants, qui étaient partis assurer le libre accès des
à majorité orthodoxe. Il était accompagné par le Cardi­ chrétiens à la Terre Sainte, se soient retournés contre
nal Edward I. Cassidy, Président du CPPUC. Le Saint- leurs frères dans la foi. Le fait que des chrétiens la­
Père a reçu un accueil extrêmement cordial de la part tins y participaient remplit les catholiques d’un pro­
des autorités tant civiles que religieuses — du Pa­ fond regret. Comment ne pas voir ici le mysterium
triarche, Sa Béatitude Théoctiste, des évêques et autres iniquitatis à l’œuvre dans le cœur de l’homme? Le ju­
membres du clergé — ainsi que de la population or­ gement appartient seulement à Dieu, et par consé­
thodoxe. La participation du Patriarche à la liturgie quent nous confions le lourd fardeau du passé à son
présidée par le Pape et la participation de ce dernier à infinie miséricorde, l’implorant de guérir les bles­
la Divine Liturgie présidée par le Patriarche ont été au­ sures qui font encore souffrir le cœur du peuple
tant de signes d une communion grandissante. La pré­ grec» (ORF, 08.05.2001). À l’Aréopage a été lue une
sence aux côtés du Pape d’une délégation d’évêques Déclaration commune signée par le Pape et par l’Ar­
grecs-catholiques de haut rang était symbolique. chevêque, qui reprend l’appel de saint Paul aux Co­
Le Patriarcat de Roumanie a envoyé des déléga­ rinthiens: « Qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous;
tions aux cérémonies œcuméniques qui se sont dé­ soyez unis dans un même esprit et dans une même
roulées à Rome pendant le Jubilé ainsi qu’au service pensée » (7 Co 1, 10). Ils ont également parlé des atti­
de prière au début du millénaire, célébré en la Basi­ tudes non correctes en œcuménisme et ont exprimé
lique de Saint-Paul-hors-les-Murs le 25 janvier 2001. leur espoir en des relations fraternelles: « Nous
condamnons tout recours à la violence, au prosélytis­
me et au fanatisme au nom de la religion. Nous affir­
L’Église de Grèce mons en particulier que les relations entre chrétiens,
dans toutes leurs manifestations, doivent être em­
Depuis 1992, des symposiums ont lieu tous les preintes d’honnêteté, de prudence et de connaissance
deux ans; ils sont organisés conjointement par l'insti­ des questions en cause» (ORF, 08.05.2001). Plus loin
tut de spiritualité de l’Athénée Pontifical Antonianum dans la Déclaration, un appel est fait pour une pré­
de Rome et la Faculté de théologie de l’Université sence catholique et orthodoxe active dans les pro­
Aristote de Thessalonique. Le CPPUC a encouragé ce blèmes de la société.
projet culturel et œcuménique. Le Sous-secrétaire, Le 13 juin 2001, le Cardinal Walter Kasper, Prési­
Mgr Eleuterio F. Fortino, a plusieurs fois participé à dent du CPPUC, a rendu une visite de politesse à Sa
ces symposiums. Béatitude Christôdoulos, Archevêque d’Athènes et de
Le Cardinal Edward I. Cassidy, Président du toute la Grèce, avec lequel il a eu un entretien
CPPUC, a lui-même participé au Sixième Symposium constructif concernant les relations et le dialogue.
qui s’est tenu à Veria (Grèce) en septembre 1999, où Organisé conjointement par l’institut de spiritua­
il a apporté un message du Saint-Père. A cette occa­ lité de l’Athénée Pontifical Antonianum de Rome et la
sion, Sa Béatitude Christôdoulos, Archevêque Faculté de théologie de l’Université Aristote de Thes­
d’Athènes et de toute la Grèce, en visite dans la ré­ salonique (Grèce) sur le thème Perspectives sotériolo-
gion, a souhaité une chaleureuse bienvenue au Cardi­ giques dans la tradition orientale et occidentale, le Sep­
nal. Déjà le 15 mars de la même année, en route vers tième Symposium interchrétien s’est tenu à Reggio
Jérusalem, le Cardinal Cassidy, accompagné par Calabria (Italie) du 2 au 4 septembre 2001, avec la
S.Exc. Mgr Pierre Duprey, Secrétaire du Conseil Pon­ participation du Sous-secrétaire du CPPUC, Mgr
tifical, avait été reçu à Athènes par l’Archevêque Eleuterio F. Fortino. À cette occasion, le Saint-Père a
Christôdoulos. envoyé un message au Symposium.
L’Église de Grèce a envoyé des délégués à Rome
pour participer aux célébrations du Grand Jubilé de
l’an 2000. L’Église d’Albanie
Les 4 et 5 mai 2001, dans le contexte de son pèle­
rinage sur les traces de saint Paul, le Saint-Père s’est L’Église autocéphale d’Albanie a accueilli favora­
arrêté à Athènes. Il était accompagné par le Cardinal blement l’invitation à participer aux célébrations
Walter Kasper, Président du CPPUC. Le Pape a rendu œcuméniques du Grand Jubilé. Le Métropolite Joan,
visite à l’Archevêque et a été reçu par le Saint-Syno­ de Korka, a pris part à l’ouverture de la Porte Sainte
de. À cette occasion, au milieu des applaudissements à Saint-Paul-hors-les-Murs (18 janvier 2000), tandis
accueillant son discours qui mettait fin à des tensions que le Secrétaire du Saint-Synode, le Rév. Père Ioan
séculaires, le Pape a rappelé la nécessité « d’un pro­ Trebicka, a assisté à la Commémoration œcuménique
cessus libérateur de purification de la mémoire ». Il des Témoins de la foi du XXe siècle (7 mai 2000).
ajoutait: « Pour toutes les occasions passées et pré­ Les relations entre l’Église orthodoxe et l’Église
sentes où les fils et les filles de l’Église catholique ont catholique en Albanie sont cordiales. L’Archevêque
péché par action et par omission contre leurs frères Rrok Mirdita, de Scutari-Tirana, représentant de la
et sœurs orthodoxes, puisse le Seigneur nous accor­ Conférence épiscopale albanaise, a assisté à une

50
convention d'étude sur l’art sacré organisée par l'Égli- relations interconfessionnelles dans la région ouest de
se orthodoxe. L'Église catholique a organisé quant à l'Ukraine ne se sont pas améliorées depuis la dernière
elle un Symposium international (16-19 novembre réunion de Bari (Italie), en mai 1997 » (ibid.). Ces deux
1999) sur le thème Le christianisme parmi les Alba­ points se réfèrent respectivement à la présence de l’Égli­
nais, auquel a participé le Primat de l’Église ortho­ se catholique dans l'actuelle Fédération russe et aux si­
doxe d’Albanie, Sa Béatitude Anastase. tuations encore marquées par la tension existant en
L’Église catholique et l’Église orthodoxe en Alba­ Ukraine occidentale entre des membres de l’Église or­
nie sont toutes deux engagées dans un processus de thodoxe ukrainienne et l’Église grecque-catholique.
réorganisation matérielle et spirituelle. L’Albanie avait Au cours de la rencontre bilatérale de Bari en mai
été le seul pays ayant déclaré (en 1967) qu’il n’existait 1997, élargie en y incluant, à côté des délégations du
aucune communauté religieuse à l'intérieur de ses Saint-Siège et du Patriarcat de Moscou, des représen­
frontières et qui s’était proclamé «le premier État tants de l’Église grecque-catholique et de l’Église or­
athée au monde ». Dans la situation actuelle, la coopé­ thodoxe ukrainienne, il a été décidé de créer un grou­
ration œcuménique est essentielle. Au Symposium de pe de liaison comprenant deux évêques, un pour
1999, le Sous-secrétaire du CPPUC, Mgr Eleuterio F. chaque Église. Ce groupe de liaison aurait dû s’occu­
Fortino, a présenté un rapport sur le thème Le chris­ per des situations conflictuelles entre les deux com­
tianisme parmi les Albanais à l'aube du troisième millé­ munautés. Malgré plusieurs efforts, ce groupe ne s’est
naire, traitant de la question œcuménique. jamais réuni. Durant les conversations de janvier
À l’occasion de Pâques 2001, que catholiques et 1998, on a parlé de la possibilité d’envoyer en Ukrai­
orthodoxes célébraient cette année-là à la même date, ne deux représentants, un du Saint-Siège et un du Pa­
le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Albanie et la triarcat de Moscou, dans le but de promouvoir la
Conférence épiscopale albanaise ont envoyé un mes­ convocation d’une réunion du groupe de liaison,
sage pascal commun de réconciliation entre Dieu et d’obtenir des informations plus détaillées et de fa­
les hommes et entre les différents peuples. ciliter, grâce à leur statut d’observateurs, une estima­
tion des solutions possibles pour des cas particuliers.
Le statut d’observateurs des délégués du Saint-Siège
et du Patriarcat de Moscou prévoyait qu'ils assistent
Patriarcat de Moscou: les participants du groupe de liaison et interviennent
ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE en qualité de médiateurs. Il exigeait par conséquent
Église orthodoxe ukrainienne le renoncement à toute déclaration publique pouvant
Exarchat patriarcal de toute la Biélorussie influencer négativement le résultat de leur mission.
Malheureusement, durant la très courte durée de la
Le rapport présenté à l’Assemblée plénière en février réunion bilatérale, la presse russe a publié des articles
1998 contenait une description des relations bilatérales et opinions de quelques représentants du Patriarcat de
entre le Saint-Siège et le Patriarcat de Moscou au cours Moscou, qui, de l'avis du Conseil Pontifical, donnaient
des deux années précédentes jusqu’en 1997. Le présent une idée tendancieuse tant de l’action de l’Église catho­
rapport reprend les éléments principaux de ces rela­ lique dans la Fédération Russe que de la situation qui
tions dans les années successives, à partir de 1998. s’était créée entre les communautés orthodoxe et
grecque-catholique pendant la dernière décennie. Une
I partie du matériel publié attribuait à l’Église
grecque-catholique la responsabilité de la situation reli­
La réunion bilatérale ordinaire des délégations du gieuse dans cette région. Ce manque d'objectivité s’étant
Saint-Siège et du Patriarcat de Moscou s’est tenue au manifesté dès le début de la mission, le Conseil Pontifi­
début de 1998 (14-15 janvier). Le communiqué de pres­ cal a estimé qu’il y avait eu infraction aux conditions de
se diffusé au terme des conversations offre une vue base, telles que la connaissance authentique de l’histoi­
d’ensemble des thèmes développés au cours de la ren­ re, la formation d’un milieu chrétien parmi les per­
contre [Service d'information, 97 (1998/I-II), p. 15]. Il sonnes intéressées et un sens de respect réciproque
s'agissait, entre autres, des points suivants: «Relations comme condition préalable à tout dialogue. Par consé­
des deux Églises avec le Conseil œcuménique des Égli­ quent, il a été jugé que dans un tel climat l’envoi de dé­
ses»; «Le mouvement œcuménique dans son légués était inopportun pour le moment. En fait, la res­
ensemble »; « Relations entre orthodoxes et catholiques ponsabilité des heurts et des conflits entre les diverses
dans les autres pays de la Confédération des États Indé­ communautés se borne aux communautés elles-mêmes
pendants». En outre, le communiqué de presse préci­ et ne peut être arbitrairement attribuée à l'une ou
sait que l’on avait également examiné deux autres ques­ l’autre Église antérieurement au début effectif du dia­
tions récurrentes dans les diverses rencontres entre les logue dans une situation réelle.
délégations du Saint-Siège et du Patriarcat de Moscou En 1998, les contacts avec le Patriarcat de Moscou
depuis 1989, formulées de la façon suivante: (1) «Au ne se sont pas limités aux conversations bilatérales
cours de cette réunion, on a procédé à une analyse des entre les deux délégations, mais ils ont également englo­
relations bilatérales, tant au niveau international que lo­ bé les relations avec des institutions culturelles et la
cal, ainsi que des différentes situations actuellement participation de représentants du Patriarcat à des évé­
rencontrées en Russie et dans d’autres pays de la Confé­ nements spéciaux, tels que le Congrès mondial des mou­
dération des États Indépendants. (2) Én particulier, les vements ecclésiaux, organisé par le Conseil Pontifical
deux parties ont remarqué que, malheureusement, les pour les laïcs, sur le thème Mouvements ecclésiaux:

51
Communion et mission au seuil du troisième millénaire, re d’Ippona Zarito, Administrateur apostolique pour
et le Congrès mondial sur la pastorale des droits de l'hom­ les catholiques de rite latin de la partie européenne
me, organisé par le Conseil Pontifical Justice et Paix. de la Russie, et par le Pasteur Pêtr Konovalcik (bap-
tiste), représentant diverses dénominations protes­
II tantes dans la Confédération des États Indépendants.
À cette occasion, le Pape Jean-Paul II a préparé un
Alors que les conversations bilatérales entre les message pour le Cardinal Cassidy dans lequel il se dé­
délégations du Saint-Siège et du Patriarcat de Mos­ clarait « profondément réjoui par cette initiative du
cou sont prévues tous les six mois, la réunion pro­ Comité chrétien interconfessionnel de Consultation,
grammée pour la seconde moitié de 1998 n’a pas pu car elle est le résultat d’une décision commune des
se tenir, malgré tous les efforts, en raison des engage­ Églises et des Communions ecclésiales, qui ont tradi­
ments de lun ou de l'autre partenaire. Il a été conve­ tionnellement accompli leurs activités pastorales sur le
nu d'organiser une rencontre bilatérale dans la pre­ territoire du Commonwealth des États indépendants
mière moitié de 1999 à Rome, les 25 et 26 mars. Mal­ et dans les pays de la Baltique». Tout en exprimant
heureusement, celle-ci a dû être renvoyée en raison également sa satisfaction pour la nature jubilaire de la
de l’aggravation de la situation au Kosovo. conférence de Moscou, le Saint-Père, dans son messa­
Devant la tragédie de la population civile en Yougo­ ge, soulignait en outre le fait que la rencontre entre des
slavie, surtout au Kosovo, les Eglises ont intensifié personnes incorporées en Christ par le baptême et la
leurs efforts dans la recherche d une solution pacifique redécouverte de cette fraternité dans le Seigneur per­
du conflit. Dans ce contexte, rappelons la lettre du Pa­ mettraient d’approfondir leurs rapports, d’intensifier
pe Jean-Paul II à Sa Sainteté Alexis II, Patriarche de leur collaboration et de progresser vers l’union parfaite
Moscou et de toutes les Russies, en date du 18 avril dans la foi, qui trouve son expression dans la commu­
1999, à la veille de la visite de ce dernier à Belgrade, le nion ecclésiale pleine et visible à laquelle Notre Sei­
20 avril, pour y apporter son message pascal de paix et gneur Jésus Christ appelle ses disciples (cf. ORF,
exprimer sa solidarité chrétienne avec les victimes des 07.12.1999). Les travaux de la réunion se sont déroulés
persécutions et de la violence à l’égard de l’Église or­ dans un esprit de grande fraternité et de profonde ré­
thodoxe serbe et du Patriarche Pavle (cf. OR, flexion sur la mission et le rôle que les chrétiens sont
20.04.1999, p. 1). Les sentiments de participation fra­ appelés à assumer dans le monde d’aujourd’hui. Le do­
ternelle du Saint-Père à la mission à Belgrade du Pa­ cument final de la conférence saisit très bien l’exigence
triarche Alexis s’y expriment clairement: « J’ai la ferme fondamentale que cette mission puisse s’accomplir et
espérance que ceux que vous rencontrerez accueille­ que le message de l’Évangile soit reçu grâce au témoi­
ront le message dont vous êtes porteur, reconnaissant gnage convainquant des chrétiens: « En cette fin de
en lui le seul chemin pour rétablir la tranquillité et la millénaire marqué par de profondes divisions entre
stabilité, de sorte que toute personne, quelle que soit chrétiens, nous devrions répondre à l’appel du Sei­
sa provenance ethnique, religieuse ou politique, puisse gneur à l’unité (cf. Jn 17, 21) en ayant conscience que
vivre en harmonie avec les autres » (Service d'informa­ l’unité des chrétiens est directement liée à leur engage­
tion, 102 [1999/IV], pp. 210-211). ment envers Dieu. Plus les chrétiens sont proches de
Au cours de l’année, le Patriarche de Moscou a ac­ Dieu, plus ils sont proches les uns des autres ».
cepté l'invitation de l’Église catholique à nommer un La visite à Moscou de la délégation du Conseil
délégué fraternel pour la Deuxième Assemblée spéciale Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a
pour l’Europe du Synode des Évêques, dont le thème aussi été l’occasion de conversations bilatérales entre
était Jésus Christ vivant dans son Eglise, source d'espé­ des représentants du Saint-Siège et du Patriarcat de
rance pour l'Europe, qui s’est tenue au Vatican du 2 au Moscou. La réunion, qui a eu lieu le 22 novembre
24 octobre 1999. Il a envoyé un représentant en la per­ 1999, la veille de la Conférence sur le Jubilé, a permis
sonne de l’Archevêque Longin. Un autre représentant d’avoir un échange de vues sur des questions d’intérêt
du Patriarcat a participé à la rencontre interreligieuse commun et, en particulier, de jeter les bases pour la
Au seuil du Troisième millénaire: la collaboration entre les création d’une Commission mixte en Ukraine, compre­
religions, organisée en vue du Jubilé de l'An 2000 et qui nant des représentants de l’Église grecque-catholique
a eu lieu au Vatican du 25 au 28 octobre 1999. et de l’Église orthodoxe ukrainienne, qui se chargerait
de traiter directement les problèmes qui, au niveau lo­
Du 22 au 25 novembre, une délégation du Conseil cal, seraient encore à l’origine de conflits sporadiques
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, entre les deux communautés. Par ailleurs, il a été déci­
conduite par le Cardinal Edward I. Cassidy, a participé dé que la Commission comprendrait également quatre
à une conférence internationale à Moscou sur le thème observateurs, dont deux nommés par le Saint-Siège et
Jésus Christ est le même hier aujourd'hui et toujours (He deux par le Patriarcat de Moscou.
13, 8) - Le christianisme au seuil du Troisième millénaire. En plus de son objectif immédiat visant à résoudre
La conférence, qui avait lieu dans le cadre des cé­ de première main les problèmes soulevés en Ukraine,
lébrations du Jubilé, était promue par le Comité on a estimé qu’une Commission mixte pourrait égale­
consultatif chrétien interconfessionnel présidé par le ment amorcer de manière utile une application effecti­
Métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad, Prési­ ve des suggestions du Document de Balamand, lequel, à
dent du Département pour les Relations ecclésias­ propos des Églises orientales catholiques, prévoyait ce
tiques extérieures du Patriarcat de Moscou, par S. qui suit: « Les Églises orientales catholiques qui ont
Exc. Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, Archevêque titulai­ voulu rétablir la pleine communion avec le Siège de Ro­

52
me et y sont restées fidèles, ont les droits et obligations formes de coopération. De nombreux diocèses et or­
qui sont liés à cette Communion dont elles font partie. ganisations catholiques d'assistance ont continué de
Elles ont comme principes réglant leur attitude vis-à-vis fournir une aide économique à l’Église orthodoxe
des Eglises orthodoxes ceux qui ont été affirmés par le russe et à ses éparchies. Cette aide s'est étalée sur de
Deuxième Concile du Vatican et ont été mis en œuvre nombreuses années et témoigne d'un généreux parta­
par les Papes qui en ont précisé les conséquences pra­ ge d'avantages matériels avec une Église qui a besoin
tiques en divers docoments publiés depuis lors. Il faut d’un soutien fraternel pour accomplir sa mission.
donc que ces Eglises soient intégrées, tant au niveau lo­ Par ailleurs, deux moments de la participation de
cal qu'au niveau universel, au dialogue de la charité l'Église orthodoxe russe aux événements internes de l’É-
dans le respect mutuel et la confiance réciproque re­ glise catholique méritent d’être mentionnés. En premier
trouvée, et qu elles entrent dans le dialogue théologique lieu, le 25 janvier 2001, le Patriarcat de Moscou a en­
avec toutes ses implications pratiques » (16). voyé un évêque comme représentant à la cérémonie de
Au terme des conversations bilatérales, la délégation clôture de la Semaine de prière pour l'unité des chré­
du Saint-Siège a été reçue par le Patriarche de Moscou tiens présidée par le Saint-Père en la Basilique
et de toutes les Russies, Alexis II, à sa résidence. Saint-Paul-hors-les-Murs. En second lieu, un délégué
fraternel de l’Église orthodoxe russe, l’Évêque Innoken-
III tij, de Korson, a participé à la 10e Assemblée ordinaire
du Synode des évêques, du 30 septembre au 27 octobre,
La période du Grand Jubilé de F An 2000 étant sur le thème L’évêque comme ministre de l’Évangïle de
une occasion unique de rendre grâce pour la venue Jésus Christ pour l’espérance du monde.
de Notre Seigneur et un moment de profonde ré­
flexion sur la mission qu'il a confiée à son Église, l'É- L’Église orthodoxe ukrainienne
glise catholique et l'Église orthodoxe russe ont toutes
deux préparé une année riche en célébrations et évé­ Les relations et les contacts avec l’Église ortho­
nements spéciaux. C’est pourquoi aucune conversa­ doxe ukrainienne, dont le chef est Sa Béatitude Volo-
tion bilatérale n'a été programmée pour l'An 2000. dymyr, Métropolite de Kyiv et de toute l’Ukraine, sont
Les célébrations du Grand Jubilé de FAn 2000 assurés principalement à travers le Représentant
prévues à Rome n’étaient pas limitées à l'Église ca­ pontifical à Kyiv. Des rapports directs avec le Conseil
tholique seulement. En fait, le calendrier du Jubilé Pontifical ont également été entretenus à travers des
comprenait des célébrations avec la participation visites officielles, comme l’indique le Rapport présen­
d'autres Églises et Communautés ecclésiales. Le Pa­ té à l’Assemblée plénière de 1998.
triarcat de Moscou a été contacté en temps opportun La décision prise de commun accord à Moscou,
et a répondu à l’invitation par l’envoi d'un représen­ au cours des conversations bilatérales du 22 no­
tant à deux importants événements du Jubilé: vembre 1999 entre les délégations du Saint-Siège et
du Patriarcat de Moscou, de créer une Commission
- la célébration œcuménique du 18 janvier 2000
mixte en Ukraine, comprenant des représentants de
présidée par le Saint-Père à l’occasion de l'ouverture de
l'Église grecque-catholique et de l’Église orthodoxe
la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs, le premier
ukrainienne et avec la participation d’observateurs
jour de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens;
du Saint-Siège et du Patriarcat de Moscou, avait be­
- la Commémoration œcuménique des Témoins soin d’être réalisée concrètement. À cet effet, et ré­
de la foi du XXe siècle au Colisée, le 7 mai 2000, pré­ pondant à l’invitation de S.Exc. Mgr Lubomyr Husar,
sidée par le Pape Jean-Paul II avec les représentants à l’époque auxiliaire de F Archevêque majeur de Lviv
des autres Églises et Communautés ecclésiales. des Ukrainiens, S.Exc. Mgr Walter Kasper, qui était
Dans le cadre du Grand Jubilé de l’An 2000 et des alors Secrétaire du Conseil Pontifical, s'est rendu en
initiatives qui Font accompagné, une délégation du Ukraine du 3 au 7 mars 2000, accompagné par un
Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chré­ membre du staff. La visite avait un triple but: (a) par­
tiens, conduite par le Cardinal Cassidy, s'est rendue le ticiper à la session du Synode métropolitain des
13 juin à Moscou où elle a été reçue par le Patriarche évêques de l'Église grecque-orthodoxe; (h) rencontrer
Alexis IL La délégation a également rencontré le Métro­ Sa Béatitude Volodymyr, Métropolite de Kyiv et de
polite Kirill de Smolensk et Kaliningrad, Président du toute l'Ukraine; (c) encourager la formation d’une
Département pour les Relations ecclésiastiques exté­ Commission mixte locale dans le sens prévu pendant
rieures. Cette visite a également fourni l’occasion d’un les conversations du 22 novembre 1999 à Moscou,
échange d'informations concernant les contacts, tant du mentionnées ci-dessus.
Conseil Pontifical que de l'Église grecque-catholique, En plus des rencontres strictement liées aux buts
avec l’Église orthodoxe ukrainienne au sujet de la de la visite, S. Exc. Mgr Kasper, accompagné par le
convocation de la Commission mixte en Ukraine, étant Représentant Pontifical, a également rencontré plu­
donné que les travaux de la Commission, jugés extrême­ sieurs évêques de rite latin ainsi que l'Archevêque or­
ment urgents, n'avaient pas encore commencé. thodoxe Avhustin à Lviv, des autorités gouvernemen­
tales à Kyiv et des représentants municipaux et régio­
IV naux à Lviv.
Le Synode métropolitain de l'Église grecque-catho­
Durant l'année 2001, les rapports avec l’Église or­ lique s’est réjoui du projet de création d’une Commis­
thodoxe russe ont été entretenus sous diverses sion mixte en Ukraine, considérée comme un instru­

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ment indispensable pour résoudre les conflits actuels re rappelait que l’instrument pour « surmonter tout
et entreprendre le dialogue au niveau local entre l’Égli- problème entre nous est la Commission mixte com­
se grecque-catholique et l’Église orthodoxe ukrainien­ posée de membres de l’Église grecque-catholique
ne. La décision du Synode d’inclure également des re­ ukrainienne et de l’Église orthodoxe ukrainienne — y
présentants de cette Église dans la Commission a été compris deux représentants du Patriarcat de Moscou
communiquée au Métropolite Volodymyr dans une et deux du Saint-Siège — créée récemment pour ré­
lettre de S. Exc. Mgr Husar en date du 15 mars 2000. pondre au désir de Sa Sainteté Alexis d’examiner les
Cette même décision a en outre été notifiée au Conseil relations entre catholiques et orthodoxes en Ukraine
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. occidentale. Je souhaite ardemment que cette Com­
Malheureusement, en dépit de sollicitations réitérées mission puisse entreprendre son travail le plus tôt
de la part du Conseil Pontifical, du Représentant Pon­ possible ». Le souhait du Saint-Père fait écho aux sol­
tifical à Kyiv et de S. Exc. Mgr Lubomyr Husar, les au­ licitations mentionnées plus haut, adressées tout au
torités orthodoxes n’ont pas donné suite à la décision long de l’année 2000 à l’Église orthodoxe ukrainienne
prise au cours des conversations bilatérales du 22 no­ et au Patriarcat de Moscou par le Conseil Pontifical,
vembre 1999 à Moscou. le Représentant Pontifical à Kyiv et l’Auxiliaire de
Sans nous écarter du sujet, il convient de men­ l’Archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens en poste
tionner la collaboration directe qui existe entre diffé­ à cette époque, concernant la Commission mixte.
rents diocèses catholiques occidentaux avec des épar- La visite pastorale du Saint-Père en Ukraine s’est dé­
chies de l’Église orthodoxe ukrainienne, c’est-à-dire roulée dans un climat d’immense participation de la
celles qui sont directement intéressées. Le Conseil part des fidèles, et non seulement des catholiques. L’atti­
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens tude respectueuse du Saint-Père envers l’orthodoxie et
s’est efforcé d’être attentif aux besoins de cette Église, sa disponibilité au dialogue a été comprise correcte­
surtout à travers le Comité catholique de collaboration ment et sans équivoque par de vastes catégories de la
culturelle, qui examine les demandes de bourses population et des média ukrainiens et étrangers.
d’études pour candidats orthodoxes, présentées par
les autorités de l’Église orthodoxe ukrainienne et qui Exarchat patriarcal de toute la Biélorussie
évalue également les propositions de publication de
textes théologiques catholiques qui pourraient être Ces dernières années, les rapports avec l’ortho­
utiles dans le contexte orthodoxe. doxie en Biélorussie ont été maintenus à travers une
Le tableau de la participation de représentants or­ correspondance régulière avec le Métropolite Philarè-
thodoxes aux célébrations du Grand Jubilé de l’An te de Minsk et Slutsk, Exarque patriarcal de toute la
2000 à Rome serait incomplet si l’on omettait de Biélorussie, et, en particulier, à travers la collabora­
mentionner l’Église orthodoxe ukrainienne. En effet, tion entre le Comité catholique de collaboration cultu­
la Commémoration œcuménique des Témoins de la relle et la Faculté de théologie des Saints Cyrille et
foi du XXe siècle présidée par le Pape Jean-Paul II Méthode et l’Université européenne de Sciences hu­
avec des représentants des autres Églises et Commu­ maines, dont le Doyen est le Métropolite Philarète. Ce
nautés ecclésiales, était enrichie par la présence de travail a été soutenu à travers diverses formes de co­
l’Archevêque de cette Église, accompagné par une opération avec des organisations et des centres d’édu­
chorale. Leur participation active à la célébration a cation de l’Église catholique.
été très significative, l’Ukraine ayant été souillée tout
au long du XXe siècle par le sang de nombreux mar­
tyrs et témoins de la foi catholiques et orthodoxes. Église orthodoxe de Géorgie
Répondant à l’invitation de l’Église catholique de
rite byzantin et de rite latin en Ukraine et du Chef de Au cours des dernières années les relations avec
l’Etat, le Saint-Père a effectué une visite pastorale l’Église de Géorgie ont été entretenues à travers une
dans ce pays du 23 au 27 juin 2001. L’annonce de cet­ correspondance régulière entre le Saint-Siège et le
te visite, faite le 30 novembre 2000, a provoqué une Patriarcat, les contacts par l’intermédiaire du Repré­
réaction difficilement compréhensible de la part de sentant Pontifical à Tbilissi et la coopération avec le
l’Église orthodoxe ukrainienne, formulée par son Comité catholique de collaboration culturelle concer­
chef, Sa Béatitude Volodymyr, Métropolite de Kyiv et nant l’octroi de bourses d’études aux candidats pro­
de toute l’Ukraine, dans une lettre délivrée à la Non­ posés par l’Église orthodoxe de Géorgie.
ciature apostolique le 23 janvier 2001. Dans cette Un moment significatif de ces relations a été la vi­
lettre, le Métropolite demande le renvoi de la visite en site du Pape Jean-Paul II en Géorgie les 8-9 no­
raison de problèmes non résolus entre orthodoxes et vembre 1999. Bien que cette visite, la première d’un
grecs-catholiques en Ukraine occidentale. Dans sa ré­ pape en Géorgie, ait été très brève, les paroles du
ponse par une lettre en date du 26 mars 2001 qui fut Saint-Père dans son premier discours, prononcé à
remise au Métropolite le 6 avril 2001 par Son Émi­ l’aéroport international de Tbilissi, exprimaient le
nence le Cardinal Tucci, le Saint-Père réaffirmait le respect pour l’Église orthodoxe de Géorgie, pour son
but de la visite et son désir de rencontrer le Métropo­ passé glorieux et sa foi inébranlable si chèrement
lite afin « de mettre en relief la constante et respec­ conservée. Le Saint-Père a rencontré Sa Sainteté le
tueuse attention envers nos frères orthodoxes, de mê­ Patriarche Catholicos Ilia II et plusieurs membres du
me que l’engagement résolu de continuer sur la voie Saint-Synode au palais patriarcal; plus tard, il a visité
du dialogue dans la vérité et la charité ». Le Saint-Pè­ la Cathédrale patriarcale de Svetitskhoveli. En ces

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deux occasions, le Pape a prononcé un discours offi­ l’unité des chrétiens, qui devait participer aux célé­
ciel. Enfin, le Saint-Père et le Patriarche Catholicos brations organisées par la Conférence épiscopale in­
de toute la Géorgie ont signé une déclaration com­ terreligieuse de Bulgarie à l’occasion du centenaire
mune lançant un pressant appel pour la paix (Service de la naissance du Bienheureux Evghenij Bossilkov.
d'information, 102 [ 1999/1V], pp. 243-247). Au cours de la visite, le Cardinal Cassidy a rencon­
tré le Patriarche Maxime ainsi qu’un certain nombre
de Métropolites, au Palais du Saint Synode. Le Pa­
Église orthodoxe de Serbie triarche Maxime a exprimé sa gratitude à 1 egard du
Saint-Père et du Saint-Siège pour avoir tenu une posi­
Durant l’Assemblée plénière de 1998, il avait été tion très claire tout au long de la période difficile de la
signalé que le conflit en ex-Yougoslavie avait eu sur division interne, qui n’est toujours pas résolue. Cette
les relations autre l’Église catholique et l’Église ortho­ position ne s’est jamais prêtée à aucune interprétation
doxe serbe des effets négatifs, dus en particulier aux douteuse et s’est manifestée, entre autres, à travers une
interprétations tendancieuses de la position du copieuse correspondance qui revêt une signification
Saint-Siège sur le conflit armé (Service d'information, particulière pour l’Église orthodoxe de Bulgarie, et par
98 [1998/III], p. 127). La suite des événements en Ré­ des contacts positifs et toujours plus étroits avec le Re­
publique de Yougoslavie a pleinement montré le ca­ présentant Pontifical à Sofia. La visite semble confir­
ractère indéfendable de ces accusations ainsi que mer la volonté non seulement de renforcer les rapports
l’origine réelle des problèmes. entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe de Bulga­
La tragédie qui a frappé la population civile au rie au niveau local, mais également entre le Saint-Siè­
cours des événements de mars-avril 1999 a poussé l’É­ ge et le Patriarcat de Bulgarie.
glise à intensifier ses efforts dans la recherche d’une so­ Tout au long de l’année 2001, les relations du
lution pacifique du conflit. La lettre du 18 avril, men­ Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie avec
tionnée plus haut, adressée par le Saint-Père au Pa­ les évêques catholiques d’une part et avec le Repré­
triarche de Moscou et de toute la Russie, Alexis II, le sentant Pontifical et le Saint-Siège d’autre part, ont
confirme de manière éloquente. Les mêmes propos ont également assumé un caractère plus intense et plus
été tenus par d’éminents représentants du Saint-Siège fraternel. Un signe tangible de ce développement a
durant leur visite à Belgrade à cette époque. En outre, été la participation d’un représentant du Patriarche
sur l’initiative de quelques Églises et organisations chré­ Maxime, le Métropolite Galaktion de Stara Zagora, à
tiennes européennes, un groupe spécial pour la paix a la cérémonie finale de la Semaine de prière pour
été créé, dénommé Groupe de Vienne d’après le lieu de l’unité des chrétiens présidée par le Saint-Père en la
sa première réunion, qui compte parmi ses membres Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, le 25 janvier
des représentants de l’Église catholique. 2001. Èn outre, le Pape a envoyé un message frater­
Le 18 janvier 2000, une délégation de l’Église or­ nel au Patriarche Maxime à l’occasion du 30e anni­
thodoxe serbe, conduite par le Métropolite Jovan de versaire de son élection au siège archiépiscopal de
Zagreb et Ljubljana, a participé à la célébration œcu­ Sofia et à la dignité de Patriarche de Bulgarie.
ménique présidée par le Saint-Père à l’occasion de Les besoins de l’Église orthodoxe, surtout dans le
l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les- domaine de la préparation d’un staff académique
Murs le premier jour de la Semaine de prière pour pour les instituts de formation ont retenu l’attention
l’unité des chrétiens. du Comité catholique de collaboration culturelle.
De même, la présence d’un groupe de jeunes Celui-ci a attribué de nombreuses bourses d’études
Serbes à la Journée mondiale de la Jeunesse à Rome, permettant aux candidats de poursuivre des cours
en août 2000, est significative. Le groupe était accom­ spécialisés dans différentes universités pontificales.
pagné par l’Évêque Lavrentije, de Sabac-Valjevo, qui
a été reçu en audience par le Pape à Castelgandolfo.
En 2001, divers groupes de fidèles orthodoxes ont
visité Rome et ont été chaleureusement salués par le IL Les Anciennes Églises Orientales
Saint-Père à l’Angélus ou au cours d’audiences. L'un de
ces groupes, comprenant des étudiants de la Faculté 1. L’Église copte orthodoxe
de théologie de l’Église orthodoxe serbe de Belgrade, a
également été reçu par le Président du Conseil Pontifi­ La Commission mixte internationale pour le dia­
cal pour la promotion de l’unité des chrétiens. logue théologique entre VÉglise catholique et l'Église
copte orthodoxe n'a pas pu reprendre ses activités.
Suite à un accord du 11 mars 1998, le Pape Shenou-
Église orthodoxe de Bulgarie da III, le Patriarche Syrien Mar Zakka Ier Iwas et le
Catholicos Arménien Aram I se sont engagés, en ef­
La tendance positive en vue d’une solution de la fet, à ne plus mener de dialogues théologiques avec
division qui a marqué l’Église orthodoxe en Bulgarie d'autres Églises ou communions ecclésiales, sauf en
au cours des dernières années a eu un effet bénéfique commun. Quant au dialogue théologique avec l'Égli-
sur les relations avec l’Église catholique. Cela a été se catholique, les trois chefs d’Église ont confirmé
pleinement confirmé durant la visite en Bulgarie du leur intention de le continuer dès que possible dans
Cardinal Cassidy (24-27 novembre 2000), à l'époque ce nouveau cadre. Restent désormais à étudier et à
Président du Conseil Pontifical pour la promotion de déterminer ensemble les modalités concrètes d'un tel

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dialogue multilatéral. Une première réunion mixte à Yerevan, une liturgie œcuménique à Etchmiadzine,
ce propos pourrait avoir lieu au printemps 2002. un moment de prière en mémoire des victimes du
Pour renouer les rapports personnels entre le tremblement de terre dans la Cathédrale de Gyumri,
CPPUC et les responsables de FÉglise copte, S.Exc. ainsi qu’une célébration eucharistique à l’hôpital Re-
Mgr Walter Kasper et le P. Johan Bonny se sont ren­ demptoris Mater d’Ashotsk. Malheureusement, cette
du en Égypte du 27 mars au 2 avril 2000. Ils ont eu visite pastorale n’a pas pu avoir lieu, en raison de la
des échanges avec le Patriarche Shenouda III, ainsi détérioration rapide de l’état de santé du Catholicos
qu avec S.Exc. Amba Bishoy, Secrétaire Général du Karékine Ier.
Saint-Synode de l’Église copte. Ils ont également pu Une visite fraternelle du Pape Jean-Paul II au Ca­
rencontrer S.B. le Patriarche Stéphanos II Ghattas, tholicos déjà gravement malade fut alors prévue pour
ainsi que les membres catholiques de la Commission le 18 juin 1999. Le Pape aurait effectué une visite
mixte pour le dialogue entre FEglise catholique et l’Égli- d’une seule journée, lors de son retour d’une visite
se copte orthodoxe résidant en Egypte. L’ensemble de pastorale en Pologne. A son tour, ce projet devait être
ces rencontres donnait à espérer pour une éventuelle abandonné, en raison cette fois-ci de l'état de santé
reprise d’un dialogue théologique. du Pape. Désirant quand même manifester son affec­
À cette occasion, certains thèmes furent avancés tion humaine et spirituelle au Catholicos Karékine Ier,
comme possibles sujets de dialogue: (1) le problème le Pape demanda alors au Cardinal Edward I. Cassi-
que pose l'accord christologique entre FÉglise catho­ dy d'aller lui remettre un message personnel à Etch­
lique et FÉglise assyrienne pour FÉglise copte; (2) le miadzine. Ce voyage du Cardinal Cassidy en Arménie
problème que pose le rebaptême pour FÉglise catho­ fut prévu pour le 2 juillet 1999. Le Catholicos Karéki­
lique; (3) le problème que la dispense donnée par FÉ­ ne Ier devait malheureusement décéder quelques
glise catholique en cas de mariage entre un chrétien jours avant, le 29 juin 1999.2
et un non-chrétien pose pour FÉglise copte; (4) le S.S. Karékine II a été élu le 27 octobre 1999 comme
problème que pose la théologie catholique concer­ 132e Catholicos d’Etchmiadzine. Sa consécration et son
nant le salut des non-chrétiens pour FÉglise copte. intronisation solennelle ont eu lieu le 4 novembre 1999.
La praticabilité d’un dialogue théologique multi­ Le Cardinal Edward I. Cassidy était présent à cette oc­
latéral avec les Anciennes Églises Orientales du casion comme chef de la délégation du Saint-Siège. Au
Moyen-Orient reste conditionnée, néanmoins, par la cours d’une première audience accordée à la délégation
façon dont ces Églises entendent organiser leur parti­ du Saint-Siège, le nouveau Catholicos a tenu à exprimer
cipation à celui-ci. Ce dialogue serait-il limité au son intention de poursuivre l’engagement œcuménique
Moyen-Orient ou pourrait-il inclure aussi les autres de son prédécesseur, notamment envers FÉglise catho­
juridictions des trois Églises en question? Que de­ lique.3 Ên vue de ses multiples engagements œcumé­
viendrait, en effet, la participation du Catholicossat niques, le Catholicos Karékine II a établi par la suite, au
arménien d’Etchmiadzine, des Patriarcats d’Éthiopie sein du Catholicossat d’Etchmiadzine, un nouveau bu­
et d’Érythrée, ainsi que de FÉglise Malankare ortho­ reau pour les relations interecclésiales.
doxe syrienne dans ce dialogue? Soucieux de rester Les 9 et 10 novembre 2000, S.S. Karékin II s’est
cohérent dans son engagement œcuménique, FÉglise rendue en visite auprès de FÉglise de Rome et du
catholique veut éviter qu’un dialogue avec les uns Saint-Père.4 La délégation qui accompagnait le Catho­
mette en péril ses relations avec les autres. licos était constituée de 15 évêques et archevêques, re­
présentant l’ensemble de FÉglise arménienne aposto­
lique. Le jeudi 9 novembre, le Pape a reçu en audience
2. L’Église arménienne apostolique le Catholicos, accompagné de sa suite. Le vendredi 10
novembre a eu lieu dans la Basilique Saint-Pierre une
Depuis 1998, les rapports entre FÉglise catholique et célébration œcuménique présidée par le Pape Jean-
les Catholicossats d’Etchmiadzine et d’Antélias ont été Paul II et le Catholicos Karékine IL5 Au cours de cette
rythmés et marqués par une série d’importantes visites célébration a été remise à FÉglise arménienne aposto­
et de rencontres personnelles. lique une relique de saint Grégoire l’Illuminateur,
En ce qui concerne le Catholicossat d’Antélias, conservée jusqu’alors au couvent de Saint-Grégoire
S.S. Karékine Ier s’est rendu en visite au Vatican à l’Arménien à Naples. Cette relique était destinée à la
l'occasion d’une exposition portant sur l’histoire et nouvelle cathédrale de Yerevan, alors en construction.
Fart arméniens (23-26 mars 1999). L’inauguration de Le Pape Jean-Paul II s’est rendu en visite en Ar­
cette exposition a eu lieu le 24 mars 1999, dans la ‘Sa­ ménie du 25 au 27 septembre 2001. Le Saint-Père
la Regia’ du Palais Apostolique. Lors de cette visite, le était l'hôte personnel du Catholicos Karékine II, à la
Pape Jean-Paul II a été invité par le Catholicos, aussi résidence patriarcale d’Etchmiadzine. Sur le pro­
bien que par le Président de la République Arménien­ gramme figuraient une rencontre avec le Catholicos
ne, à se rendre en visite en Arménie.1 et une vaste délégation d’archevêques et d’évêques ar­
Faisant suite à cette invitation chaleureuse, un méniens, une visite au Président de la République,
projet de visite du Pape en Arménie a été préparé une prière commune à la Cathédrale d’Echtmiadzine,
pour les 2-4 juillet 1999. Cette visite devait com­
prendre un moment de prière dans la Cathédrale de 2Décès et funérailles de S.S. Karékine Ier, cf. ibid., pp. 227-229.
3Cf. ibid., pp. 229-230.
4 Service d’information, 105 (2000/TV), pp. 178-190.
1 Service 5 Ibid., pp. 182-186.
d’information, 102 (1999/IV), pp. 222-226.

56
une liturgie œcuménique à la nouvelle Cathédrale de trouvée chaque fois à l’ordre du jour. En novembre
Yerevan, un moment de prière au monument pour le 1997, une disposition provisoire avait été élaborée
génocide, une célébration eucharistique, célébrée par concernant le « certificat de libre état » nécessaire
le Pape en rite latin au nouvel autel extérieur d’Etch- pour faciliter la célébration d’un mariage mixte. Cette
miadzine, ainsi qu’une visite au monastère de Khor disposition, toutefois, ne reçut pas l’approbation des
Virap, lieu où saint Grégoire niluminateur fut empri­ autorités compétentes des Églises locales. Par la sui­
sonné pendant de longues anneés avant de pouvoir te, une nouvelle proposition d’accord sur les ma­
entamer sa mission d’évangélisateur. riages mixtes a été rédigée en septembre 2000 par la
À l’occasion du 1700e anniversaire du Baptême de Commission mixte et soumise aux autorités compé­
l’Arménie, le CPPUC a pris part à plusieurs manifesta­ tentes des Églises locales. L’Église malankare catho­
tions organisées par l’Église Arménienne. S.Em. le lique a déjà donné son approbation; l’Église malanka­
Cardinal Kasper a participé aux deux principales célé­ re orthodoxe ainsi que l’Église syro-malabare tien­
brations, organisées respectivement par le Catholicos- nent leur réponse encore en suspens.
sat de Cilicie (25 au 27 mai 2001) et le Catholicossat Au programme figurait également le thème du té­
d'Etchmiadzine (21-23 septembre 2001). Au Catholi­ moignage commun. Plusieurs formes de collaboration
cossat d’Antélias, le Cardinal Kasper a remis à S.S. œcuménique ont été étudiées et mises en chantier,
Aram Ier une relique de Saint-Grégoire. Comme celle telles que la création d’un forum commun pour l’aide
donnée au Catholicos d’Etchmiadzine, cette relique sociale, des échanges œcuméniques entre mouve­
provenait du Monastère Saint Grégoire l’Arménien de ments ou groupes de jeunes, l’organisation de séminai­
Naples. Le 27 mai 2001, le Cardinal Kasper et d’autres res communs sur l’histoire et la tradition liturgique
représentants du Conseil Pontifical ont pris part au des « chrétiens de saint Thomas », ainsi que la publica­
rite de consécration solennelle du Saint Crème à An- tion conjointe de manuels pour l’enseignement secon­
télias qui était présidé par S.S. Aram Ier. daire. Bien que ces projets requièrent souvent une
longue préparation, ils reflètent l'intention des Églises
3. L'Église Malankare Orthodoxe concernées de faire progresser leurs relations œcumé­
niques de manière concrète dans la vie ecclésiale au
La Commission mixte internationale pour fe dia­ Kérala. Suite aux actes de violence récemment com­
logue théologique entre l’Église catholique et l’Église mis dans plusieurs régions de l’Inde contre des chré­
malankare orthodoxe syrienne a poursuivi ses activi­ tiens et des communautés chrétiennes, un « Commu­
tés, au rythme d'une session par année. Reprenant à niqué commun sur les attaques contre les chrétiens » a
chaque fois les textes préparatoires des trois sous- été publié lors de la réunion de 1999.7
commissions locales, la Commission Mixte a conti­ La Commission mixte s’étant désormais réunie
nué à approfondir trois thèmes majeurs, touchant la plus de dix fois, un volume a été publié en octobre
théologie, l’histoire et le témoignage commun. 2001, volume qui regroupe les principaux discours et
Quant à la théologie, la notion théologique de documents présentés au cours des réunions passées.
« communion » et ses implications ecclésiologiques Ce volume aidera à mieux informer les fidèles des
ont été examinées plus avant. Il a été question, succes­ Églises concernées du contenu et du progrès des tra­
sivement, de la structure conciliaire ou synodale de
vaux de cette Commission.
l’Église, du rapport entre « collégialité » et « primauté »
Depuis l’an 2000, le dialogue au Kérala a de nou­
dans l'exercice de l’autorité apostolique, ainsi que de
l’unité de l’Église, telle quelle apparaît dans les sources veau lieu avec les deux délégations des Églises syrien­
liturgiques et canoniques de la tradition syriaque. ne malankare orthodoxe (en communion avec le Pa­
En ce qui concerne l’histoire de l’Église au Kérala, triarche syrien orthodoxe d’Antioche) et syrienne or­
la recherche et la discussion ont porté sur les décisions thodoxe malankara (autocéphale). Le dialogue avec
et les effets du Synode de Diamper (1599), le contexte l’Église syrienne malankare orthodoxe était de fait in­
et la nature du ‘ Coonan Cross Oath ’ (1653), le rapport terrompu depuis 1995, suite à des événements
entre les missionnaires espagnols et les autorités ro­ internes à cette Église. En 2000 et 2001, deux ré­
maines à cette époque, ainsi que sur les différentes tra­ unions successives avec les deux délégations ont eu
ditions orales et écrites portant sur ce sujet. En 1999, à lieu, selon un agenda parallèle, comme ce fut le cas
l’occasion du 400e anniversaire du Synode de Diamper, dans le passé.
une déclaration commune et un Communiqué de pres­
se ont été publiés: « Déclaration sur le Synode de Diam­
per (1599 ap. J.C. ) par la Commission mixte de dialogue 4. L’Église assyrienne de l’Orient
entre l’Église catholique et l’Église malankare orthodoxe
syrienne ».6 On peut considérer ce document comme La Commission mixte pour le dialogue théolo­
étant un premier résultat concret des nombreux textes gique entre l’Église catholique et l’Église assyrienne de
et discussions consacrés à cet événement historique au l’Orient a poursuivi son étude sur la vie et la structu­
cours des réunions précédentes. Ce document pourrait re sacramentelle de l’Église. En 1998, après avoir
contribuer aussi à la «guérison des mémoires», au consacré trois réunions successives aux différents
seuil du nouveau millénaire. sacrements, la Commission a pu parfaire une pre­
La question des mariages mixtes s’est également mière rédaction d’un document global sur la vie

6 Service d’information, 102 (1999/IV), p. 266. 7 Ibid.

57
sacramentelle dans l’Église de l’Orient. Cette pre­ ticiper à la Conférence de Lambeth. Convoquées pour
mière rédaction a été progressivement complétée et la première fois en 1867, ces Conférences sont des évé­
achevée lors des réunions de 1999 et 2000. Finale­ nements majeurs dans la vie de la Communion anglica­
ment, à l’automne 2001, le document en question a ne et revêtent un intérêt considérable pour les parte­
été soumis aux autorités compétentes de l’Églises naires œcuméniques. La Treizième Conférence de Lam­
catholique et de l’Église assyrienne. Ainsi, la Com­ beth a eu lieu du 18 juillet au 8 août 1998. Pour la pre­
mission mixte a provisoirement terminé la deuxiè­ mière fois, presque tous les évêques anglicans en activi­
me phase de ses activités, phase qui fut entamée en té dans le monde y ont été invités, si bien que la derniè­
1995, aussitôt après la signature de la Déclaration re a été la plus importante Conférence de Lambeth de
christologique commune par le Pape Jean-Paul II et tous les temps, avec la participation de près de 750
le Patriarche Mar Dinkha IV, le 11 novembre 1994. évêques (environ 200 de plus qu’en 1988). Le groupe ré­
La troisième phase des activités de la Commission gional le plus nombreux, environ 30% du total, est à
mixte sera consacrée à différents thèmes historiques présent celui des évêques d’Afrique et non plus d’Amé­
et théologiques touchant la constitution de l’Église. rique. Il y avait également pour la première fois onze
Depuis la réunion de 1995, la Commission mixte femmes évêques, toutes consacrées après la Conférence
a poursuivi ses études en vue d’une admission à^'Eu­ de 1988. Le but principal des Conférences de Lambeth
charistie, en cas de nécessité pastorale, entre l’Église est de permettre aux évêques de se consulter entre eux.
chaldéenne et l’Église assyrienne de l’Orient. Le sujet Alors que des rapports sont présentés et que des résolu­
doctrinal principal pour l’Église catholique, à ce pro­ tions sont formulées, débattues et votées, celles-ci n’en­
pos, concernait la validité de l’Anaphore d’Addai et gagent pas les Provinces, car il n'existe pas d’autorité
Mari. Or, en date du 17 janvier 2001, la Congrégation dans la Communion anglicane qui soit supérieure à cel­
pour la Doctrine de la Foi a accepté la validité de cet­ le des Provinces et de leurs synodes.
te Anaphore sous sa forme brève, problement l’origi­
nale, c’est-à-dire sans récit cohérent des paroles de 2. Le point crucial sous-jacent à un bonne partie
l’institution. Cette décision a été approuvée par le Pa­ de la Conférence était la signification de la commu­
pe Jean-Paul IL Suite à cette acceptation, un docu­ nion ecclésiale au regard de l’anglicanisme contem­
ment intitulé « Orientations pour [admission à VEu­ porain. Ce point a été explicitement débattu à partir
charistie entre l’Église chaldéenne et VÉglise assyrienne du Virginia Report, un document sur le travail d’une
de l’Orient » a été publié par le CPPCU; la publication commission instituée après la Conférence de 1988.
de ce document était accompagnée d’un commentai­ Ce rapport soulevait une série de questions sur l’effi­
re officiel, paru dans XOsservatore Romano. Il revient cacité des instruments de communion anglicans
maintenant aux deux Patriarches Mar Dinkha VI et (l’Archevêque de Cantorbéiy, la Conférence de Lam­
Mar Raphaël Bidawid de promulguer cette provision, beth, le Conseil consultatif anglican et la Réunion des
tout en déterminant les modalités liturgiques et pas­ primats) face à la propagation et à la diversité de l’an­
torales de son application concrète. glicanisme d’aujourd’hui. On y demandait entre
Quant aux processus de réconciliation entre l’É­ autres si l’anglicanisme a besoin à présent d’instru­
glise chaldéenne et l’Église assyrienne de l’Orient, les ments de législation et de supervision qui lui permet­
deux héritières historiques de l’Église de l’Orient, plu­ traient, par exemple, de dire fermement qu'une théo­
sieurs projets et programmes ont été mis sur pieds au rie ou pratique locale particulière n’est pas compa­
cours des dernières années. Les deux Églises particu­ tible avec la foi chrétienne. Dans chaque Province, les
lières, toutefois, ont pris conscience de la complexité primats anglicans ont entrepris une décennie d’étude
d’un tel processus. Le projet reste toutefois à l'ordre du rapport, ainsi que de la question d’un ministère
du jour des deux Synodes. L’Église chaldéenne et l’É­ universel au service de l’unité chrétienne, soulevée
glise assyrienne de l’Orient ont voulu célébrer en­ par l’encyclique Ut unum sint. La référence à cette
semble le Jubilé de l’An 2000. Du 23 au 31 octobre question, et à d’autres, par la Conférence des primats
2000, le Patriarche Mar Dinkha IV et le Patriarche anglicans (qui ont commencé à se réunir dans une
Mar Raphaël Bidawid ont participé ensemble à forme officielle il y a vingt ans) semble déjà indiquer
quelques célébrations liturgiques et rencontres frater­ un certain changement dans le sens d’une autorité
nelles en Irak. Ils se sont également rendus ensemble primatiale plus unie. En fait cette Conférence, com­
au monastère de Rabban Hormiz, où les patriarches me celle qui l’a précédée, exhorte la Réunion des pri­
de l’Église de l’Orient eurent leur siège pendant plu­ mats à développer un rôle plus collégial, permettant
sieurs siècles et où se trouvent encore leurs tombes. « d’exercer une responsabilité plus marquée en four­
nissant des conseils sur des questions doctrinales,
morales et pastorales ». L’équilibre délicat et motivant
Relations avec les Églises que les anglicans souhaitent maintenir entre l’auto­
et les Communautés ecclésiales
nomie des Provinces et les exigences de l'ensemble de
occidentales la Communion, a été illustré par la discussion sur
Relations anglicanes-catholiques une question très controversée pour certains: celle de
savoir s’il est opportun de permettre à l’Archevêque
La Conférence de Lambeth, juillet-août 1998 de Cantorbéry d’intervenir dans des Provinces autres
que la sienne, comme il l’a fait dans les Provinces du
1. Tous les dix ans, les évêques anglicans sont invi­ Rwanda et du Soudan déchirées par la guerre. Une
tés à Londres par l’Archevêque de Cantorbéry pour par­ commission devra à présent examiner cette question.

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3. La présence de femmes évêques a également sisté pour qu’il se poursuive. L’idée d'une consulta­
posé la question de la communion. Elles ont été cha­ tion de haut niveau afin de réexaminer les relations
leureusement saluées par l’Archevêque de Cantorbé- anglicanes-catholiques (qui a finalement été organi­
ry dans son discours d’ouverture et ont pris pleine­ sée à Mississauga en 2000 — voir ci-dessous) a été fa­
ment part aux travaux. Leur présence et leur partici­ vorablement accueillie; par ailleurs, constatant que
pation n’ont apparemment pas poussé les évêques les Accords sur la doctrine eucharistique et sur le mi­
opposés à l'ordination des femmes à en faire un pro­ nistère et l’ordination ont un « statut spécial » en rai­
blème. La Conférence a adopté une résolution indi­ son de la résolution adoptée en 1988, la Conférence a
quant la manière dont la Communion anglicane de­ instamment invité les Provinces à recevoir ces ac­
vrait traiter les deux points de vue opposés sur cette cords dans leur vie. Elle demande en outre que les
question. Les Provinces sont invitées à « maintenir le plus récentes déclarations de l’ARCIC fassent l'objet
principe de "réception ouverte’»; à affirmer que d’études et de commentaires. Elle a chaleureusement
« ceux qui désapprouvent l’ordination des femmes au accueilli l'invitation à examiner la question du minis­
sacerdoce et à l’épiscopat, ainsi que ceux qui l’ap­ tère d’unité de l’Évêque de Rome, contenue dans
prouvent, sont tous de loyaux anglicans »; à assurer l’Encyclique pontificale Ut unum sint, et a vivement
un « ministère épiscopal approprié » qui leur permet­ exhorté les Provinces à y répondre. Il était évident
te de vivre le plus haut degré de communion pos­ qu’en dépit des difficultés, de nombreux anglicans
sible, en reconnaissant qu’aucun évêque ne doit être restent convaincus de l’importance capitale de la quê­
tenu de conférer l’ordination aux femmes. Les parti­ te de l'unité avec l’Église catholique.
cipants ont convenu qu’ils étaient en désaccord sur
ce point. Conformément à cette décision, des tenta­ 6. En résumé, le dialogue avec l’Église catholique
tives ont été faites dans l’Église d'Angleterre et continue d’être considéré comme important et la né­
ailleurs pour garantir qu’il y ait place pour ceux qui cessité pour les anglicans d’agir en accord avec ce qui
n’approuvent pas la décision d’ordonner les femmes. a été officiellement convenu dans notre dialogue a été
Par exemple, là où les paroisses et le clergé ne recon­ soulignée. Quelques évêques sont sans aucun doute
naissent plus le ministère pastoral de leur évêque, convaincus que leurs instruments internes de com­
parce qu’il a ordonné des femmes, celui-ci peut munion et d’autorité ont besoin d’être renforcés, et ce
' transférer ’ la supervision à un autre évêque dont le fait même est en partie un résultat du dialogue
ministère leur sera acceptable. œcuménique. L’étude du Virginia Report occupera la
prochaine décennie et la réponse de la Communion
4. La quête de l’unité des chrétiens occupait une anglicane à ce document aura certainement d’impor­
place importante à la Conférence de Lambeth. Une tantes implications pour les relations anglicanes-ca­
de ses quatre sections était entièrement consacrée tholiques.
aux questions œcuméniques. La Conférence a claire­
ment réaffirmé que les anglicans considèrent « la
pleine unité visible de l’Église comme le but du mou­ Autres développements significatifs dans
vement œcuménique». Certains évêques, soucieux la Communion anglicane
de montrer que l’anglicanisme est un partenaire
œcuménique digne de confiance, soutenaient qu’une 7. Plusieurs Provinces de la Communion angli­
nouvelle phase était à présent nécessaire dans la­ cane, isolément ou en groupes, ont créé de nouvelles
quelle les accord œcuméniques devaient être claire­ relations institutionnelles avec les Églises luthé­
ment un point de référence tant pour leur vie dans la riennes. À travers la Déclaration de Porvoo de 1996,
Communion que pour toute démarche œcuménique les quatre Provinces anglicanes des Iles Britanniques
future. Dans ce sens, le mouvement œcuménique et quelques Églises luthériennes Scandinaves, nor­
peut stimuler l’anglicanisme à faire preuve d’une diques et baltes ont établi un nouveau type de rap­
plus grande clarté. Par conséquent, la cohérence ports de pleine communion, appelé Communion de
œcuménique était fréquemment invoquée. Les angli­ Porvoo. Én 2000, aux États-Unis, l’Église épiscopa-
cans sont engagés dans de nombreuses conversa­ lienne et l’Église luthérienne évangélique d'Amérique
tions bilatérales, souvent au niveau provincial ou na­ ont également constitué un nouveau rapport de
tional, dont quelques-unes ont conduit à de nou­ communion plus intense. Le luthéranisme américain
velles relations en vue d’une pleine communion. Ces n’a pas d’évêques consacrés pour toute la durée de
conversations ont eu lieu simultanément dans diffé­ leur vie, et tandis que le Concordat envisage un ave­
rentes parties du monde. La Conférence a créé un nir où le triple ministère, épiscopal, presbytéral et
nouveau Comité permanent pour les relations œcu­ diaconal dans la succession historique, serait le mo­
méniques chargé de suivre de près ces contacts et dèle ministériel dans la nouvelle Communion, l’Égli­
d’assurer la cohésion théologique entre les différents se épiscopalienne a suspendu la Préface de son Ordi­
dialogues. La première réunion de ce Comité a eu nal afin de reconnaître la pleine authenticité des mi­
lieu en décembre 2000. nistères luthériens existant. En juillet 2001, les luthé­
riens et les anglicans du Canada ont également
5. Les relations catholiques-anglicanes ont été le conclu un accord. Ces nouveaux accords seront sui­
sujet traité par l’un des quatre sous-groupes et égale­ vis de près en prévision de leurs implications pour
ment au cours d’autres débats. La Conférence a ex­ les relations anglicanes-catholiques et luthé­
primé sa gratitude pour le travail de l’ARCIC et a in­ riennes-catholiques.

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Le dialogue ARCIC sur l’autorité dans l’Église, ment offre la possibilité d'un accord plus profond
1994-1998 entre anglicans et catholiques sur le ministère spéci­
fique de TÉvêque de Rome au sein du collège des
8. L’autorité dans l’Église a été un sujet clé à l’ordre évêques concernant le discernement de la vérité, qui
du jour de ce dialogue depuis le début. La première a été une source de difficultés et de malentendus.
phase a produit deux Déclarations communes sur l’Au- ARCIC cherche à clarifier comment, dans certaines
torité et quelques Élucidations, publiées dans le Rap­ circonstances, l’Évêque de Rome a le devoir de dis­
port final (1981), mais qui affirment une convergence cerner et de rendre explicite la foi authentique de
sans prétendre avoir atteint un accord substantiel, no­ toute l’Église. « La réception de la primauté de l’É­
tamment au sujet de l’autorité papale. La Résolution de vêque de Rome implique la reconnaissance de ce mi­
la Conférence de Lambeth de 1988 et la ‘Réponse catho­ nistère spécifique du primat universel. Nous croyons
lique’ au Rapport final de 1991 ont toutes deux encoura­ que c’est un don à recevoir par toutes les Églises »
gé la Commission à essayer d’approfondir le consensus (47).
et la convergence sous-entendus dans le travail précé­
dent. Le Saint-Père et l’Archevêque de Cantorbéry en 11. L’ARCIC a entrepris ce dialogue à une époque
ont souligné l’importance dans leur Déclaration com­ où des questions théologiques sur l’autorité étaient de
mune de 1996, en disant que « sans un accord dans ce nouveau soulevées de part et d’autre — dans le Virgi­
domaine, nous ne pourrons atteindre la pleine unité nia Report, sur les structures de l’autorité au sein de
vers laquelle nous tendons tous deux ». ARCIC a entre­ l’anglicanisme, et à la demande du Pape Jean-Paul II
pris ce nouveau travail en 1994 et, quatre années après, dans son Encyclique Ut unum sint, suggérant un dia­
a soumis à ses autorités respectives le document Le don logue pouvant permettre à son ministère d’unité de
de l’autorité: l’autorité dans l’Église III, publié le 12 mai s’exprimer dans une forme ouverte à la nouvelle si­
1999. Le sous-titre indique que le document tient comp­ tuation œcuménique (cf. UUS, 95, 96). Dans la Com­
te des déclarations précédentes sur lesquelles il se base. munion anglicane, Le don de l’autorité sera examiné
Il a été envoyé à toutes les Conférences épiscopales et dans le cadre du débat en cours et de la recherche
aux Synodes des Églises orientales, et publié également d'une vue commune sur l’autorité. De nouveaux ‘ ins­
en plusieurs langues sur le site internet du Saint-Siège. truments de communion' ont été créés durant les
À l'état actuel, la déclaration n’a évidemment que l’auto­ trois dernières décennies, tels que le Conseil consul­
rité de la Commission et n’a pas encore fait l’objet d’une tatif anglican et la Réunion des Primats, mais on hé­
évaluation de la part de l’Église catholique ni de la site beaucoup à créer quoi que ce soit dont l’autorité
Communion anglicane. Il est essentiel qu’un document obligerait en conscience ou limiterait l’autonomie de
de cette importance soit commenté et critiqué par les chaque Province anglicane. Les tensions causées par
Conférences épiscopales. la décision d’ordonner des femmes au sacerdoce et à
l’épiscopat, et par les nouvelles prises de position sur
9. Le don de l’autorité est un texte d’une grande ri­ certaines questions éthiques concernant le suicide as­
chesse dont le contenu ne peut être résumé de maniè­ sisté et la parité entre rapports homosexuels et hété­
re adéquate en quelques lignes. Le titre choisi par la rosexuels, de même que la question en suspens de sa­
Commission donne une orientation très importante voir si une ‘présidence laïque’ de l'eucharistie pou­
au lecteur. Bien comprise, l’autorité dans l’Eglise est vait être autorisée, ont montré que l’autorité est un
un don de Dieu, qui doit être reçu avec gratitude. Une sujet brûlant pour les anglicans eux-mêmes. Compte
image scripturaire, empruntée à la Deuxième Épître tenu de ce contexte, il est à espérer qu’une ultérieure
de saint Paul aux Corinthiens, fournit la clé pour convergence à travers l’ARCIC sur la façon dont l’au­
comprendre le but suprême de l’autorité — elle est au torité se rapporte à l’Écriture et à la Tradition contri­
service du « qui » de Dieu à l’humanité en Jésus buera au processus de discernement qui a lieu au
Christ, dont l’Église se souvient, et elle permet à ses sein de l'anglicanisme.
membres de répondre par un « amen » plus fidèle
alors qu’ils prennent le chemin du Christ. La déclara­ 12. Le Conseil consultatif anglican (ACC) s’est ré­
tion commune décrit ensuite la façon dont l’autorité uni à Dundee (Écosse) du 14 au 25 septembre 1999.
est exercée à différents niveaux dans la vie de Son ordre du jour était surtout centré sur des ques­
l’Église, comment le peuple de Dieu tout entier est tions que la Conférence de Lambeth de l’année précé­
porteur de la tradition à travers l’espace et le temps, dente n’avait pu aborder. Comprenant des évêques,
et le rôle spécifique des évêques pour discerner et ar­ des pasteurs et des laïcs de chacune des 38 Provinces
ticuler la foi de toute l’Église et pour s’assurer que anglicanes, l’ACC se réunit tous les trois ans sous la
toutes les Églises sont en communion. En particulier, présidence de l’Archevêque de Cantorbéiy et consti­
elle signale l’accord sur le fait que le collège des tue un autre instrument clé pour maintenir la com­
évêques peut émettre un jugement qui est exempt munion entre les anglicans. D’un point de vue œcu­
d’erreur parce que fidèle à l’Ecriture et en harmonie ménique, il était intéressant de voir le temps considé­
avec la Tradition (cf. 42). Le devoir de garder l’Église rable qui a été consacré aux contributions et au débat
dans la vérité est indiqué comme « une des fonctions concernant le Virginia Report. Le don de l’autorité a
essentielles du collège épiscopal » (44). également été un point important de l’ordre du jour:
une série d’exposés a fourni une orientation à la dis­
10. Le don de l’autorité examine également la cussion en groupes, après quoi une résolution a été
question de l’autorité au niveau universel. Le docu­ adoptée, accueillant favorablement le rapport et le re­

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commandant à une étude attentive et critique de la anglican et l’autre catholique) de chacune des treize
part des Provinces au cours des cinq prochaines an­ régions du monde où les relations sont suivies, ou
nées. Les résultats de ce processus seront soumis à tout au moins devraient l’être: Afrique du Sud, Angle­
l’ACC lors de la réunion de 2005. terre et Pays de Galles, Antilles, Australie, Brésil, Ca­
nada, États-Unis, Inde (rite latin), Irlande, Nigéria,
Nouvelle-Zélande, Ouganda, Papouasie-Nouvelle-
Le dialogue ARCIC sur Marie, de 1999 À nos jours Guinée. L’idée est née lors de la visite de l’Archevêque
de Cantorbéry au Pape Jean-Paul II en 1996. Dans
13. Après avoir complété Le don de l'autorité, TAR- leur déclaration commune, ils suggéraient qu'il pour­
CIC a porté son attention sur le dernier point de son rait être « opportun, à cette étape de notre parcours,
présent mandat, le rôle de Marie dans la vie et la doc­ d’examiner plus en détail la façon dont les relations
trine de TÉglise, et tout particulièrement sur les défini­ entre la Communion anglicane et TÉglise catholique
tions dogmatiques de l'immaculée Conception et de peuvent progresser». Ils considéraient aussi le Jubilé
l'Assomption. Un travail considérable a été fait jusqu'à comme « une occasion pour proclamer à nouveau
présent par les membres de la Commission sur le rôle notre foi commune... ».
de Marie dans le Nouveau Testament et dans la vie de
l’Église primitive, qui servira de base au traitement, 16. Ce fut une réunion d’un genre exceptionnel;
par la Commission, des points controversés. Des docu­ jamais des évêques anglicans et catholiques ne
ments préparatoires sur les deux définitions dogma­ s’étaient rencontrés de cette façon auparavant. Le
tiques ont contribué à clarifier une série de malenten­ groupe n’était pas le résultat d’initiatives person­
dus concernant à la fois leur contenu et le mode de dé­ nelles, mais au contraire il se composait d’évêques
finition, encore que celle-ci reste problématique pour désignés par leurs confrères pour représenter leur
les anglicans. Ceci dit, on peut sérieusement espérer Province ou leur Conférence épiscopale. La diversité
que le prochain document fournira une précieuse géographique et l’éventail d’expériences en faisaient
contribution œcuménique, au-delà même des para­ un groupe d'une grande richesse. Les évêques ont tra­
mètres du dialogue anglican-catholique. On a convenu vaillé et célébré ensemble — une expérience qui allait
d'un schéma provisoire et un document devrait être contribuer de façon significative au résultat positif de
complété dans les deux prochaines années. la rencontre. La semaine a débuté par une brève ' re­
traite ' et chaque journée était réglée par la liturgie et
la prière en commun. À travers leur rencontre et
Les visites de l'Archevêque de Cantorbéry au Pape leurs échanges, les évêques ont pris conscience de
Jean-Paul II plus en plus de leurs responsabilités pour les rap­
ports œcuméniques entre la Communion anglicane et
14. L’actuel Archevêque de Cantorbéry a rencon­ TÉglise catholique, et pour l’avancement de la mis­
tré le Pape plus souvent qu'aucun de ses prédéces­ sion de TÉglise. L’ordre du jour était centré sur un
seurs. Outre l'imposante visite de 1996, il a rencon­ examen du degré de communion, réelle mais impar­
tré brièvement le Saint-Père en mai 1992, en février faite, entre anglicans et catholiques. Par conséquent,
1999 et en juin 2001. Parlant de l’importance de sa cela impliquait une étude et un débat sur la commu­
participation à l’ouverture de la Porte Sainte au dé­ nion dans la vie (l'état actuel des relations dans diffé­
but de l'année jubilaire, le Saint-Père a observé: « Y rentes parties du monde), la communion dans la foi
a-t-il une meilleure occasion, pour encourager la (ce qui a émergé après trente ans de dialogue théolo­
marche vers la pleine communion, que la célébra­ gique, en particulier à travers T ARCIC) et le but de
tion commune de la naissance du Christ? ... Il reste l’unité pleine et visible (en étant attentifs aux difficul­
le souvenir lumineux de la rencontre œcuménique tés et aux obstacles qui subsistent et au degré de
dans la Basilique Saint-Paul, le 18 janvier 2000, communion que nous partageons). La Communion
quand, pour la première fois dans l'histoire, une anglicane et TÉglise catholique possédant toutes deux
Porte sainte a été ouverte conjointement par le Suc­ une structure épiscopale, les évêques étaient eux-
cesseur de Pierre, par le Primat de la Communion mêmes les principaux animateurs de la rencontre. Ils
anglicane et par le Métropolite du Patriarcat œcu­ ont travaillé ensemble en une alternance de sessions
ménique de Constantinople, en présence de repré­ plénières et temps de discussions en groupes et à
sentants d’Églises et de Communautés ecclésiales deux.
du monde entier» (Jean-Paul II, Lettre apostolique
Novo millennio ineunte, 12). 17. Les derniers jours ont été consacrés à un dé­
bat général et à la préparation d’un programme
d’action provisoire et d'une déclaration des partici­
La Consultation de Mississauga, mai 2000 pants. D'après ce qu’ils ont écrit, il est clair que les
évêques ont découvert à travers la liturgie et la priè­
15. En mai 2000, le Cardinal Cassidy et l’Arche- re en commun, et comme résultat de leurs discus­
vêque de Cantorbéry ont présidé conjointement une sions, que les relations spéciales entre la Commu­
réunion d’une semaine qui pourrait se révéler impor­ nion anglicane et TÉglise catholique, mentionnée
tante pour l'avenir des relations anglicanes-catho­ dans Unitatis redintegratio 13, restent valables. Leur
liques. À la consultation, qui a eu lieu à Mississauga, déclaration, Communion dans la mission, parle
Ontario (Canada), ont participé deux évêques (l'un d'une « atmosphère de profonde amitié et de com­

61
munion spirituelle » — en référence non pas simple­ Une nouvelle Commission internationale,
ment à une rencontre agréable et couronnée de suc­ NOVEMBRE 2001
cès, mais à leur discussion sur la foi qu’ils partagent
et à la collaboration qui s'est développée au cours 20. La formation d’un nouveau Groupe de travail
des récentes décennies. Elle se base sur l’accepta­ international anglican-catholique, sur la recomman­
tion générale du fait que le dialogue de l’ARCIC a dation de la rencontre de Mississauga, a été annon­
montré la mesure dans laquelle anglicans et catho­ cée le 25 janvier 2001; elle se réunira pour la premiè­
liques travaillent en vue de trouver un accord, mê­ re fois immédiatement après cette Assemblée pléniè­
me en ce qui concerne les controverses du passé. re du CPPUC (voir le compte rendu de cette réunion
L’héritage liturgique commun que partagent angli­ dans Service d’information, 108 [2001/IV]). La nou­
cans et catholiques est aussi constitutif de cette velle Commission, qui sera présidée par l’Archevêque
communion spirituelle. catholique John Bathersby, de Brisbane, et par l’É-
vêque anglican David Beetge, de The Highved
18. Les graves problèmes non résolus n’ont natu­ (Afrique du Sud), comprend huit membres (dont
rellement pas été évités. Les participants étaient cinq évêques) de chaque côté. La Commission rendra
conscients du poids des divergences que tous compte de son activité au Président du CPPUC et à
connaissent, comme celle de l’ordination des l’Archevêque de Cantorbéry.
femmes; ils ont honnêtement reconnu également la
difficulté de progresser sur certains points connexes,
telle que la reconnaissance des ordres anglicans par Relations avec la fédération
l’Église catholique. Les évêques catholiques ont sou­ luthérienne mondiale
ligné la sérieuse difficulté que peut représenter l’im­
portance particulière accordée à l’autonomie provin­
ciale et à la diversité qui l’accompagne dans la doc­ 1. Progrès sur les questions théologiques
trine anglicane, surtout dans le contexte d’un dia­
logue international qui s’efforce de réaliser la pleine
communion dans la foi. La peine que causent ces 1.1. La Déclaration conjointe sur la doctrine de la jus­
obstacles de part et d’autre n’a toutefois pas empê­ tification
ché les évêques de déclarer qu’ils jugeaient que ce
qu’anglicans et catholiques ont en commun est plus Le 31 octobre 1999 a été solennellement signée à
grand que leurs différences, et de confirmer leur en­ Augsbourg la Déclaration conjointe sur la doctrine de
gagement dans la recherche de la pleine unité vi­ la justification (DJ). Cet événement était le fruit mûr
sible, bien qu’ils soient conscients de l’existence de plus de 30 années de travail théologique et œcu­
d’obstacles dont la solution semble au-delà des capa­ ménique. Il était juste de situer la cérémonie de la si­
cités humaines. gnature dans le cadre d’une liturgie. Cet accord qui
concerne le cœur même de l’Évangile et le motif de
19. Les discussions par groupes de deux évêques nos 450 ans de séparation est un don de l’Esprit Saint
— un de chaque côté — ont été particulièrement im­ pour lequel nous ne serons jamais assez reconnais­
portantes. Ces groupes ont eu l’occasion, chemin fai­ sants.
sant, non seulement d’examiner de façon réaliste les Du point de vue théologique, deux choses sont
possibilités futures, mais qu’en leur qualité de repré­ importantes. Premièrement, la DJ ne représente pas
sentants, ils ont été instamment invités à faire un consensus total mais différencié, c’est-à-dire un
connaître les résultats de cette réunion aux évêques consensus sur les questions fondamentales de la doc­
de leur Province ou de leur Conférence épiscopale trine de la justification, mais accompagné par des dé­
pour qu’un nouveau type de relations puisse être en­ clarations précisant que le consensus total n’a pas été
visagé. C’est pourquoi les participants ont vivement atteint. Toutefois, ces déclarations ne sont plus consi­
recommandé que des dialogues anglicans-catho­ dérées comme des opinions conflictuelles, mais plu­
liques soient établis au niveau national, là où ils tôt complémentaires, qui ne mettent donc pas le
n’existent pas déjà. Ils ont en outre exprimé le sou­ consensus fondamental en question.
hait que leurs confrères puissent partager la même Les contrastes, sévères et parfois même très durs,
expérience du pouvoir transformateur de cette ‘ collé- par exemple en Allemagne — les exceptions, comme
gialité œcuménique’. Ils étaient profondément toujours, confirment la règle — se limitent aux ré­
convaincus que cela faciliterait un progrès plus rapi­ gions germanophones. Au niveau mondial, les réac­
de sur le chemin de la pleine unité visible. En parti­ tions ont été en général positives. Dans de nombreux
culier, les évêques ont indiqué qu’en raison de ce que pays, comme les USA, le Canada, l’Australie et l’Amé­
nous partageons déjà, un plus grand travail en com­ rique latine, des services d’action de grâces œcumé­
mun pour la mission dans le monde devrait être pos­ niques ont été célébrés; les médias ont exprimé leur
sible. La première recommandation du groupe a été appréciation et ont salué les progrès accomplis. Du­
d’établir une nouvelle commission internationale. rant un symposium à l’Université de Yale (USA) en
Elle aurait pour tâche, entre autres, de préparer une janvier 2000, où des représentants d’autres Commu­
‘ Déclaration conjointe d’accord ’ qui puisse exprimer nautés ecclésiales ont également pu exprimer leur
les éléments de foi qui sont communs aux anglicans opinion, l’attitude au plus haut niveau académique
et aux catholiques. était clairement positive. Les problèmes qui se posent

62
le plus nettement à présent, après la signature de la dition luthérienne et dans les principaux courants de
DJ, concernent la nature et l’unité de l'Église, et en l’ecclésiologie apologétique catholique. Les autres su­
particulier la question du ministère. jets débattus étaient la succession apostolique et le
La DJ a empreint les relations avec les luthériens ministère ordonné.
d'une intensité et d’une qualité nouvelles. On l'a vu À la sixième session, du 5 au 12 septembre 2000 à
clairement lors de la visite du Président de la FLM, VÉ- Bose, une communauté monastique œcuménique
vêque Krause, au Pape Jean-Paul II, le 9 décembre près de Turin, la Commission a repris la discussion à
1999. À cette occasion, une suite à la DJ a été envisa­ partir de nouveaux textes en concentrant son travail
gée: un symposium avec la participation de bihlistes historique et théologique sur la compréhension de
dans le but d’approfondir le thème de la justification l’apostolicité de l’Église et de l’apostolicité du minis­
dans un sens biblique. Il sera également nécessaire tère ordonné ou consacré dans les traditions luthé­
de traduire dans le langage d’aujourd’hui le message rienne et catholique. En outre, elle a examiné la ques­
de la justification et les questions ecclésiologiques tion du magistère dans l’Église et la façon dont ce mi­
qui en découlent, et d’étendre le consensus différen­ nistère magistériel est concrètement exercé dans les
cié réalisé jusqu’ici à d’autres Communautés ecclé­ différentes traditions. Les autres sujets d’intérêt
siales issues de la Réforme. Au niveau international, étaient l'Écriture Sainte, la tradition et comment de­
une consultation est en préparation sur la question meurer dans la vérité. Dans tous ces thèmes, le but
du «simul iustus et peccator», en collaboration avec était d’élaborer ce qui peut être dit de commun ac­
l’institut Johann-Adam-Môhler de Paderbom et l'ins­ cord, ce qui doit être exprimé sous des formes diffé­
titut pour la Recherche œcuménique à Strasbourg. rentes mais en accord sur le contenu, et ce qui nous
Au cours de la réunion annuelle du Comité cen­ sépare encore du point de vue doctrinal.
tral de la Fédération luthérienne mondiale, à Turku La septième session de la présente phase de dia­
(Finlande) en juin 2000, à laquelle a assisté, comme logue a eu lieu du 4 au 10 septembre 2001 à Smid-
de coutume, un représentant du Conseil Pontifical strup Strand (Danemark). La Commission a discuté
pour la promotion de l’unité des chrétiens en qualité dans le détail la partie nouvellement rédigée de
d’observateur, un groupe de travail a été chargé de « L’enseignement de l’Église demeurant dans la
s’occuper du programme de la suite à donner à la DJ. vérité», avec ses chapitres principaux sur: ‘Dévelop­
La prochaine étape importante, après la signature pements de la doctrine et de la foi apqstolique dans
de la DJ, est la consultation sur « Unité dans la foi. La l’Église primitive et du Moyen-Âge ’; ‘ L’Écriture (le ca­
Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification non) dans la perspective luthérienne’; ‘Concept et
dans un contexte œcuménique élargi », qui se tiendra à compréhension du magistère dans la théologie catho­
Columbus (USA) du 26 novembre au 1er décembre lique du Concile de Trente au Deuxième Concile du
2001. Le but de cette consultation est d’étudier les Vatican ’; et ‘ Le ministère ecclésial de l’enseignement
moyens spécifiques qui permettraient à d’autres apostolique dans la perspective luthérienne’. La
Communautés chrétiennes mondiales, intéressées Commission a également débattu les autres thèmes
par cette question, d’adhérer formellement aux ac­ principaux du document: ‘Les aspects du Nouveau
cords réalisés avec la DJ. Ayant constaté un intérêt de Testament sur l’apostolicité ’, ‘ L’Évangile apostolique
la part du Conseil méthodiste mondial (CMM) et de et l’apostolicité de l’Église ’, et ‘ La succession aposto­
l’Alliance réformée mondiale (ARM), la Fédération lique et le ministère ordonné ’.
luthérienne mondiale (FLM) et le Conseil pontifical Sur la base de cet abondant matériel, la Commis­
pour la promotion de l’unité des chrétiens (CPPUC) sion est en mesure de rédiger une déclaration com­
ont invité ces deux organismes à une étude œcumé­ mune sur l’état actuel de la question (Status questio-
nique sur ce thème. nis) concernant l’apostolicité, le ministère et l’ensei­
gnement de l'Église (Que pouvons-nous dire en­
semble? Quelles sont les questions qui nous séparent
1.2. La Commission internationale luthérienne-catho­ encore?) ainsi qu’une série de textes contenant une
lique pour Vunité étude détaillée des différents sujets. Ce travail ne sera
probablement pas complété avant 2004. Dans les pro­
La pleine unité visible de l’Église a été depuis le chaines années, le rapport final consistera en un do­
début l’objectif du dialogue luthérien-catholique. cument montrant qu’à présent, après avoir clarifié les
Dans sa première phase (1967-1971), l’attention était questions fondamentales de la doctrine de la justifi­
centrée sur le thème de VEvangile et de VÉglise. La se­ cation, le dialogue luthérien-catholique est parvenu
conde phase (1973-1984) s’est occupée de XFLucharis- aux thèmes centraux de l’Église et du ministère. Nous
tie et du Ministère dans VÉglise. Le thème de la troi­ devrons attendre les résultats de ce dialogue avant de
sième phase (1986-1993) était Église et justification. pouvoir aborder la question de la communion eucha­
Après la réunion d’Opole (Pologne) en 1998, la ristique. Dans ce domaine, il est particulièrement im­
cinquième session de la quatrième phase du dia­ portant de faire ensemble ce qu’il est déjà possible de
logue, qui s’est déroulée à l’Académie évangélique de faire et de ne pas exiger de notre partenaire œcumé­
Tutzing, en Allemagne, du 26 août au 1er septembre nique des décisions qu’il ne lui serait pas possible de
1999, a poursuivi la discussion sur le thème de prendre. La concentration sur ces questions est un
YApostolicité de VÉglise. Le travail a porté sur des élément central du nouveau programme après la DJ,
questions d’apostolicité dans le Nouveau Testament, et c’est un thème important auquel l’Assemblée plé­
dans l’Église primitive et au Moyen Âge, dans la tra­ nière devra consacrer son débat.

63
2. Différences et obstacles Pendant l'Année Sainte 2000, le Président de la
Fédération luthérienne mondiale, l'Évêque Christian
Ce serait trompeur et lacuneux de taire les diffé­ Krause, a été parmi ceux qui ont participé activement
rences et les obstacles surgis dans la collaboration à la liturgie de la célébration oecuménique pour l'ou­
œcuménique au cours des dernières années. C’est ce verture de la Semaine de prière pour limité des chré­
qui est apparu clairement dès le début de l’année ju­ tiens, le 18 janvier 2000 à Saint-Paul-hors-les-Murs.
bilaire avec les discussions sur les indulgences qui Toutefois, plus que toute autre chose, c'est peut-
sont traditionnellement liées à F Année Sainte. L’an­ être le martyre des chrétiens morts pour leur foi qui a
nonce de la possibilité d'obtenir des indulgences a été la démonstration de la communion existant au-
suscité de fortes réserves à ce sujet ainsi qu’une oppo­ delà des limites confessionnelles. Cela est apparu clai­
sition à la participation à l’ouverture de la Porte rement lorsque, le 7 mai 2000, avec les représentants
Sainte, surtout du côté réformé et évangélique-luthé- de toutes les Églises et Communautés ecclésiales,
rien. L'irritation sur la question des indulgences a in­ nous avons commémoré les Témoins de la foi du XXe
duit le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité siècle devant le Colisée. Dans cette liturgie impres­
des chrétiens, au terme des célébrations du Grand sionnante, nous avons rappelé les millions de fidèles
Jubilé, à inviter des théologiens de la Fédération lu­ de toutes les Églises qui, durant le XXe siècle, furent
thérienne mondiale et de l'Alliance réformée mondia­ les victimes du national-socialisme, du communisme
le à un symposium sur la question, qui s’est tenu les 9 et d’autres régimes de terreur en raison de leurs
et 10 février 2001 à Rome. La consultation s'est dé­ convictions de foi. La délégation luthérienne était
roulée dans une atmosphère ouverte, fraternelle, sin­ conduite par le Dr Ishmael Noko, Secrétaire général
cère et très positive. Les six documents contenant dif­ de la Fédération luthérienne mondiale à Genève.
férentes thèses sur la question, seront publiés dans le Une preuve que l'engagement œcuménique de l'É-
courant de cette année. Les conversations de Rome glise catholique continue sans interruption a égale­
ont efficacement contribué à clarifier l’atmosphère, ment été la célébration œcuménique présidée par le
mais aussi le thème lui-même. Saint-Père en conclusion de la Semaine de prière pour
Les questions encore ouvertes et les conflits la­ l'unité des chrétiens, le 25 janvier 2000 à Saint-Paul-
tents ont refait surface tout particulièrement lorsque hors-les-Murs, cette fois encore avec d'éminents re­
la Congrégation pour la Doctrine de la foi a publié la présentants de toute la chrétienté, parmi lesquels l'É­
déclaration Dominus Iesus en septembre 2000. Ce vêque Julius Filo, de Bratislava, un des Vice-prési­
document a provoqué partout dans le monde un sen­ dents de la Fédération luthérienne mondiale.
timent œcuménique de mécontentement et de malai­
se qui ne peut être ignoré. D'autre part, il a aussi mis
le doigt sur un point délicat. Les tendances relati­ Relations Catholiques - Réformés
vistes qui mettent en question l'unicité et l'universali­
té de Jésus Christ peuvent miner les bases communes Après la dernière assemblée plénière de 1998, une
du dialogue œcuménique. À long terme, il serait utile troisième phase du dialogue international avec l'Al­
que Dominus Iesus examine les questions encore ou­ liance réformée mondiale (ARM) a commencé.
vertes sur la compréhension de l’Église. En ce sens, Au cours de cette phase, on se propose, d’une
ce document n'est pas un obstacle mais une stimula­ part, de réfléchir ultérieurement sur les questions ec­
tion à poursuivre le dialogue. clésiologiques soulevées dans le rapport de la secon­
de phase (Vers une compréhension commune de l'Égli­
se [VCCE] 1990), et en particulier de voir si la conver­
3. Des relations d’une qualité nouvelle gence affirmée alors, concernant le concept réformé
de l’Église en tant que «creatura verbi », et la notion
La conséquence plus substantielle et importante catholique de l’Église comme « sacramentum gratiae »
de la Déclaration conjointe sur la doctrine de la justifi­ suggérée par le Deuxième Concile du Vatican, peut
cation est que nos relations avec les luthériens ont ga­ être approfondie. A cet effet, plusieurs documents ont
gné en qualité et en intensité. été présentés, s’efforçant de découvrir des aspects pa-
Par exemple, pour la Fête de sainte Brigitte, à l'oc­ tristiques, ainsi que d’autres, plus modernes, de ces
casion de l'élévation de la sainte au titre de copatron­ notions. D'autre part, le dialogue cherche aussi à ex­
ne d’Europe, le couple royal suédois et une déléga­ plorer les possibilités d’un témoignage social com­
tion d'évêques luthériens de Scandinavie, parmi les­ mun, aujourd’hui, entre réformés et catholiques, en­
quels l’Archevêque Hammar, d’Uppsala (Suède) et couragé en cela également par le rapport VCCE.
l'Archevêque Paarma, de Turku (Finlande), sont ve­ Un des aspects majeurs de cette troisième phase a
nus à Rome, le 12 novembre 1999. Outre les Vêpres été une étude centrée sur la notion de ‘ Royaume de
œcuméniques que les évêques ont concélébrées avec Dieu ’, en espérant de voir si ce concept peut à la fois
le Pape à Saint-Pierre, où ils ont imparti ensemble la éclairer notre recherche d’un terrain ecclésiologique
bénédiction, des conversations ont eu lieu au cours commun et, en outre, stimuler l’exploration des pos­
desquelles la DJ a été appréciée comme étant le fon­ sibilités de témoignage commun. Des documents ont
dement et le point de départ positif d'un chemin ulté­ été présentés de part et d'autre sur les perceptions bi­
rieur en commun. Cet événement a clairement mon­ bliques et patristiques concernant le Royaume de
tré les différences régionales qui existent dans la ma­ Dieu, ainsi que sur les conceptions médiévales et
nière d’accueillir les questions œcuméniques. contemporaines catholiques. Pour introduire l'exa­

64
men des possibilités de témoignage commun, un te. Dans sa lettre, le Secrétaire général de l’ARM, Dr
texte a été soumis à la première réunion de 1998 à Milan Opoœnsky, indiquait que le motif du refus était
propos d une expérience de relations entre réformés la question des indulgences.
et catholiques au Canada; en outre, des études de cas Il faut noter à ce propos que le problème des in­
particuliers ont été illustrées durant la quatrième ses­ dulgences a également été soulevé dans les milieux
sion, en 2001, concernant l'expérience de chacun des luthériens. Certains d’entre eux ont même estimé que
partenaires dans le contexte de la lutte contre l'apar­ les indulgences étaient en contradiction avec la Dé­
theid en Afrique du Sud. Pour la prochaine réunion, claration conjointe sur la doctrine de la justification
en 2002, des études de cas particuliers ont été com­ souscrite en 1999 par les responsables luthériens et
mandées, portant sur les perspectives réformées et catholiques. Ces événements montraient que des
catholiques sur le conflit en Irlande du Nord. éclaircissements sur la question des indulgences
Ce dialogue connaît plusieurs points de tension et étaient nécessaires, et c’est pourquoi le CPPUC a invi­
de diversité. Reste à voir s'il s'agit davantage de l’ac­ té l’ARM et la FLM à une consultation sur ce thème,
cent mis par chacun des partenaires sur l’un ou l’autre qui a eu lieu à Rome les 9 et 10 février 2001. La
aspect de la tension, plutôt que de différences radicales consultation a été un premier pas vers une clarifica­
entre eux. Un de ces points est la méthodologie et spé­ tion de la question et a permis, du côté catholique, de
cialement la tension entre le contextuel et l’universel. présenter dans une perspective historique les aspects
Les réformés semblent mettre l'accent sur le contexte théologiques à la base des indulgences, ainsi que les
en tant que cadre de perception et de décision, d’une limites de celles-ci, et d’entendre également les préoc­
manière qui donne parfois l’impression d’une remise cupations des réformés et des luthériens sur ce point.
en question de valeurs universelles. Un autre point de On se propose de publier les documents de la consul­
tension/diversité serait l'importance de la doctrine. Il tation comme matériel pour une discussion sur cette
semblerait parfois que nos partenaires opposent « doc­ question au sein des trois Églises. L’opportunité d’or­
trine » à « personnes » et qu’il faille choisir entre les ganiser une autre consultation sur le même thème
deux, c’est-à-dire entre les besoins des personnes et les dans le futur sera considérée plus avant.
valeurs contenues dans la doctrine, comme si celle-ci Parallèlement au dialogue, d’autres contacts ont
avait très peu à voir avec le bien des personnes. Un lieu entre l’ARM et le CPPUC. Un représentant du
troisième point est la tension « traditionnelle » à pro­ CPPUC a été invité durant de nombreuses années à as­
pos de l’importance et/ou du rôle de l’Église. Ces deux sister à l’Assemblée annuelle du Comité exécutif de
derniers motifs de tension, en particulier, sont parfois l’ARM et le Secrétaire général de l’ARM, Rév. Dr Setri
rappelés par les réformés du Tiers Monde, pour qui le Nyomi, a accepté l’invitation du Pape Jean-Paul II à
dialogue théologique traditionnel a été dominé par les participer avec d’autres responsables d’Égliscs et Com­
efforts pour résoudre des problèmes datant du XVIe munautés ecclésiales à la célébration œcuménique qui
siècle et qui, à leur avis, sont une « affaire s’est tenue à Rome, le 25 janvier 2001, en conclusion
européenne » de très peu d’intérêt pour eux. À propos de la « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens ».
de ces problèmes, des questions se posent concernant
le genre d’unité que l’on recherche. Par exemple, l’uni­
té exige-t-elle la solution de problèmes doctrinaux? Ou Les priorités de l’ARM
est-elle plutôt liée au témoignage commun?
Au sein de l’ARM, la priorité majeure est aujour­
d’hui son programme de travail en vue d'un « Enga­
Le conflit sur les problèmes non résolus gement pour une justice dans l’économie et dans le
monde», indiqué comme processus confessionis. En
Dans les relations entre l’Église catholique et 1982, le Conseil général de l’ARM, réuni à Ottawa
l’ARM, les conflits issus de la période de la Réforme, et (Canada), a déclaré l’apartheid une question de sta­
toujours irrésolus, ont été à nouveau mis au grand tus confessionis, c’est-à-dire une position contraire à
jour au cours des récentes années. On l'a constaté en l’Évangile, et a provisoirement suspendu deux
particulier à l'occasion des événements de l’année du Églises sud-africaines parce qu’elles appuyaient
Jubilé à Rome. Un représentant de l’ARM faisait partie l’apartheid en tant que politique ecclésiale. Dans les
des délégués de différentes Églises et Communions récentes années, surtout depuis que de nombreuses
chrétiennes mondiales invitées à participer aux tra­ Églises membres sont dans un état de grande pau­
vaux du sous-comité pour les affaires œcuméniques du vreté, l’ARM a accordé une attention majeure aux
Comité central du Jubilé. À la suite de la publication injustices qui sont souvent à l’origine de la pauvreté.
de la Bulle papale pour le Jubilé, Incamationis Myste- Son Conseil général de 1997 à Debrecen (Hongrie) a
rium, qui contenait un traitement attentif de la ques­ établi un programme de formation et d’action, un
tion complexe des indulgences, traditionnellement processus confessionis, demandant aux Églises
liées à chaque année jubilaire, l’ARM a retiré son re­ membres de s’engager en faveur de la justice dans
présentant du comité œcuménique, exprimant sa dé­ l’économie et dans le monde, pour voir si, par un tel
ception au sujet de la mention des indulgences. Plus processus, il est possible de déterminer en quoi ce
tard, l’Alliance a refusé l'invitation du Pape Jean-Paul genre d'injustices est réellement un status confessio­
II à participer à la Célébration œcuménique du 18 jan­ nis. Cette priorité touche toute l’activité de l’ARM, y
vier 2000 en la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, qui compris les dialogues œcuméniques. Cette initiative
comprenait la cérémonie douverture de la Porte Sain­ de l’ARM a également obtenu un certain appui de

65
l’Assemblée générale du Conseil œcuménique des ge de notre Conseil Pontifical lors de la visite de la délé­
Églises réunie à Harare en 1998, qui a adopté une gation presbytérienne à Rome du 19 au 22 mars 2001.
résolution encourageant la participation des Eglises Mais du fait qu’un dialogue était en cours à ce sujet,
membres du COE à ce processus. deux nouvelles dimensions y ont été ajoutées. Après
Alors que l’ARM est engagée dans plusieurs dia­ l’entretien avec le Cardinal Cassidy en décembre 2000,
logues œcuméniques, outre le dialogue avec l’Église l’un des participants presbytériens, le Dr Joseph Small,
catholique, les voix de certains de ses dirigeants se avait rédigé un autre bref document basé sur une ré­
sont élevées avec force, posant de sérieuses questions flexion ultérieure et sur ses réactions personnelles après
sur l’approche traditionnelle à ces dialogues, c’est-à- le premier débat, interpellant les presbytériens sur cer­
dire sur le fait de chercher à résoudre des contro­ tains points. Ensuite, en préparation à la rencontre de
verses doctrinales qui sont à l’origine de la séparation mars 2001 à Rome, le Cardinal Kasper avait préparé
entre chrétiens au XVIe siècle. Des responsables ré­ une ébauche de réponse informelle au document pres­
formés en Asie considèrent cela comme une « affaire bytérien à partir d’une perspective catholique, faisant
européenne », ainsi qu’il a été dit auparavant, qui ne réaliser au dialogue un nouveau pas en avant. Autre­
représente pas les priorités des membres de l’ARM ment dit, l’Encyclique a eu plusieurs réactions de la part
dans d’autres parties du monde. Ces questions et ces d’Églises membres de différentes Communions chré­
défis se reflètent dans notre propre dialogue. tiennes mondiales. Mais dans ces deux occasions de
dialogue entre des responsables presbytériens et des
Les contacts avec les Églises membres de l’ARM collaborateurs étroits du Pape, nous avons le meilleur
exemple du « dialogue patient et fraternel » avec le Sou­
Alors que l’ARM est le partenaire du Conseil Ponti­ verain Pontife, concernant son ministère d’unité, sou­
fical pour les relations entre réformés et catholiques haité par Jean-Paul II.
au niveau international, des contacts ont eu lieu au
cours des années, pour diverses raisons, avec certaines Relations méthodistes - catholiques
Églises membres de l’ARM, telles que l’Église d’Écosse
(et ses Modérateurs), les Églises réformées des Pays- I. La Conférence méthodiste mondiale de 2001 À
Bas et de Suisse. Des contacts ont lieu à présent avec Brighton (Angleterre)
l’Église presbytérienne des USA (EPUSA). Son Modé­
rateur et une délégation de cette Église sont venus à 1. 74 Églises qui ont leurs racines dans la tradi­
Rome en 1996. Le Cardinal Cassidy, à l’époque Prési­ tion méthodiste (y compris les Églises 'unies’ et
dent du CPPUC, a été invité à rendre visite au quartier 'unissantes’) constituent ensemble le Conseil métho­
général de l’Église presbytérienne à Louisville, Kentuc­ diste mondial. Le Conseil se réunit habituellement
ky (USA); la visite a eu lieu les 6 et 7 décembre 2000. tous les deux ou trois ans et exerce une autorité
Une délégation de la même Église est venue à Rome consultative et administrative pour le compte des
du 19 au 22 mars 2001. Un développement très impor­ Églises membres. (Le niveau d’autorité déontique le
tant dans nos relations, lié à ces deux derniers plus élevé dans le méthodisme est toutefois la Confé­
contacts, a pour origine le fait que l’EPUSA a profité rence annuelle de chaque Église.) Le Conseil
de l’occasion de la visite du Cardinal Cassidy pour éla­ convoque une Conférence méthodiste mondiale tous
borer une réponse à l’encyclique Ut unum sint, y com­ les cinq ans, qui réunit les membres du Conseil, des
pris les paragraphes 95-96 de celle-ci. Ce document délégués (laïcs et ministres ordonnés) des Églises
avait pour titre « Le successeur de Pierre ». membres et d’autres visiteurs. La Conférence est « de
Deux facteurs marquants sont liés à ce document. nature éducative, inspiratrice et fraternelle » et se
Tout d’abord le processus de son élaboration. A la de­ compose d’un ensemble de contributions édifiantes,
mande du quartier général de l’EPUSA, deux théolo­ d’études bibliques, de séminaires et d’informations
giens ont rédigé un premier avant-projet. Celui-ci a sur le travail du Conseil méthodiste mondial et de ses
été soumis à un groupe de seize éminents respon­ comités pendant les cinq années précédentes. Les ré­
sables nationaux du quartier général de Louisville, y unions du Conseil et de la Conférence, avec les ses­
compris le plus important de ses dirigeants, le Stated sions, plus fréquentes, du Comité exécutif du Conseil
Clerk. C’est d’ailleurs ce même groupe qui est venu en méthodiste mondial, sont le principal mécanisme par
délégation à Rome en mars 2001. L’avant-projet de lequel les différentes Églises de la famille méthodiste
document a été perfectionné après une série d’études, sont en contact entre elles et restent unies.
de conférences et d’échange d’e-mail. Le texte final
est donc le résultat d’un travail collectif de la part du 2. La 18e Conférence méthodiste mondiale a eu lieu
groupe. Bien qu’il n’ait pas été écrit par l’Assemblée à Brighton (Angleterre) du 26 au 31 juillet 2001, avec
générale, qui est la plus haute autorité de l’EPUSA, il environ 4000 participants. Le thème général, développé
a en fait été autorisé par le Conseil de cette assemblée durant la semaine au cours de discussions et de célébra­
et revêt donc un certain caractère officiel. tions liturgiques, était «Jésus: voie de salut de Dieu».
En second lieu, le document a été longuement dis­ La Conférence a été précédée d’une réunion du Conseil
cuté avec nous à deux reprises. La première fois au méthodiste mondial qui a commencé le 23 juillet. Un
cours d’une rencontre du groupe qui avait rédigé la ver­ des faits saillants de cette réunion a été la nomination
sion définitive avec le Cardinal Cassidy et Mgr Radano, d’un nouveau Secrétaire général du Conseil. Après 25
durant leur visite au quartier général de Louisville, les 6 ans, le Dr Joe Haie a terminé son service à ce poste et
et 7 décembre 2000. Il a été de nouveau examiné au siè­ sera remplacé par le Rév. George Freeman.

66
3. Le Conseil Pontifical pour la promotion de toute attente. Alors que le but initial du dialogue était
l’unité des chrétiens a été invité à envoyer un repré­ de promouvoir une plus large compréhension mu­
sentant tant aux réunions du Conseil qu’à la Confé­ tuelle et d’encourager de meilleures relations au ni­
rence, et Mgr Timothy Galligan, cosecrétaire catho­ veau local, depuis le Rapport de 1986 sur l’Église,
lique du dialogue international pendant les huit der­ l’objectif, tout en restant très éloigné, est à présent ex­
nières années, a assisté à toutes les sessions. Le Car­ plicitement la pleine communion dans la foi, la mis­
dinal Cassidy, Président honoraire du CPPUC, a été sion et la vie sacramentelle. Les Rapports n’ont été
invité à prononcer un discours programme durant le soumis à aucune évaluation formelle ni d’un côté ni
séminaire œcuménique de la Conférence. Dans son de l'autre.
allocution sur Œcuménisme et évangélisme, il s’est ré­
féré aux affirmations contenues dans Dominus lesus 6. Le titre du rapport, Dire la vérité dans l'amour,
sur l’unicité du salut en Jésus Christ, comme base de est tiré du passage deutéro-paulinien en Éphésiens 4,
ce que les chrétiens devraient dire et faire ensemble. 1-16, qui exhorte à l'unité dans l’unique foi et l’unique
Le Cardinal Cassidy a également tenu un sermon corps, et envisage les dons du ministère donnés par le
pendant le service œcuménique spécial auquel toute Christ ressuscité comme des instruments pour
la Conférence a participé, et Mgr Galligan a présenté construire l’Église. Le texte de l’Épître aux Éphésiens
les salutations du Cardinal Kasper et du CPPUC. La sert de tremplin pour aborder le ministère d’ensei­
présence d’une représentation officielle de l’Église ca­ gnement dans l’Église comme moyen par lequel « la
tholique à toute la Conférence méthodiste mondiale foi qui vient des apôtres est transmise de génération
et au Conseil méthodiste mondial a été vivement ap­ en génération de telle manière que tous les fidèles
préciée. continuent d’adhérer à la révélation qui est venue en
Jésus Christ» (Préface). En examinant l’importance
4. Dire la vérité dans l'amour (voir ci-dessous), le de l’autorité d’enseignement pour la vie de l’Église et
Rapport de la phase 1997-2000 du travail de la Com­ «la vérité de l’Évangile», le rapport s'attaque à une
mission mixte de dialogue entre le Conseil méthodis­ des questions les plus épineuses du dialogue œcumé­
te mondial et l’Église catholique, a été présenté au nique. Dire la vérité dans l'amour est divisé en deux
Conseil et, brièvement, à toute la Conférence. La ré­ parties. La Première partie présente un traitement
solution (soumise au Conseil) proposant de pour­ théologique de l’autorité doctrinale de l’Église, tandis
suivre le dialogue pour une autre phase de cinq ans a que la Deuxième partie s’occupe des points communs
été approuvée à la quasi unanimité. Le dialogue ca­ et des divergences dans la pratique.
tholique-méthodiste s’est déroulé sans interruption,
en sept phases, depuis 1967. Le Prof. Geoffrey Wain- 7. Le traitement théologique de l’enseignement
wright, coprésident méthodiste du dialogue, a décla­ normatif dans la Première partie expose en détail
ré que même si les perspectives d’une pleine commu­ l’étendue et les limites de ce que catholiques et métho­
nion entre méthodistes et catholiques étaient encore distes peuvent affirmer ensemble comme étant la doc­
lointaines, les méthodistes sont conscients du fait trine chrétienne fondatrice qui découle de la révélation
qu’en dernière analyse c’est un dialogue dans lequel de l’amour salvifique de Dieu dans le Christ. « Impor­
ils doivent rester engagés. tante pour ce dialogue est la reconnaissance que les re­
gistres théologiques pour ces affirmations conjointes
dans la foi sont les dogmes des ‘ conciles patristiques ’
IL Le dialogue catholique-méthodiste (8). Non seulement le Symbole des Apôtres et le Sym­
bole de Nicée-Constantinople ‘fonctionnent comme
5. Dire la vérité dans l'amour est le quatrième règle de foi (régula fïdei) normative pour l’enseigne­
Rapport de la Commission mixte catholique-métho­ ment conciliaire et tout enseignement officiel’ (11),
diste qui a exploré la théologie fondamentale et les mais l’herméneutique théologique implicite qui est à
questions ecclésiologiques fondatrices. Abordant le l’œuvre produit des déclarations d’une doctrine chris-
problème de l’exercice de l’autorité doctrinale dans et tologique et trinitaire plutôt haute ... Il y a là un déve­
par l’Église, le Rapport est la continuation directe des loppement bienvenu dans ce dialogue particulier».1
Rapports précédents sur La tradition apostolique Après avoir affirmé la « convergence croissante entre
(1991) et sur la Révélation divine (La Parole de vie, méthodistes et catholiques » sur la relation entre Écri­
1996). Dès le début du dialogue, les documents qui ture et Tradition, le texte poursuit en distinguant entre
en sont issus ont été appelés « Rapports » plutôt que la façon dont catholiques et méthodistes traitent les
« Déclarations conjointes », voulant dire par là que, « traditions divergentes et les interprétations opposées
au moins initialement, ils se voulaient plus discursifs de l’Évangile» (18-19); c’est le premier cas, parmi
et descriptifs de l’objet du débat que, par exemple, un beaucoup d’autres, où le texte présente une déclaration
texte d’ARCIC. On est parvenu de plus en plus à trou­ ou un point de départ communs du point de vue de la
ver un langage commun pour traiter les points débat­ doctrine, suivis d’interprétations catholiques et métho­
tus, mais il est souvent suivi de déclarations de foi distes divergentes. 1
commune avec des interprétations catholiques et mé­
thodistes divergentes, et de questions que chaque
partenaire voudrait poser à l’autre. Les textes sont 1 Du commentaire de Ralph Del Colle sur Dire la vérité dans
ainsi caractérisés par un travail théologique labo­ l’amour, publié avec le Rapport dans Service d’information, 107
rieux et approfondi qui s est révélé fécond au-delà de (2ooi/ii-ni).

67
8. Tout comme de précédents Rapports de cette ment pris l’initiative de proposer une rencontre avec
Commission, Dire la vérité dans l'amour a un ton for­ des représentants de l’Église catholique et de la Fédé­
tement pneumatologique. C’est l’Esprit Saint qui ration luthérienne mondiale (FLM) pour voir com­
maintient l’Église dans la vérité. Tandis que l’Église ment la récente Déclaration conjointe sur la doctrine de
tout entière, ministres ordonnés et laïcs, s’efforce de la justification pourrait avoir des conséquences favo­
discerner la vérité et la volonté divine, « un domaine rables pour d’autres. L'idée a fait son chemin et s’est
important de convergence est l’accord sur le fait que concrétisée en une consultation qui se tiendra du 26
‘des organes divers de l’Église continue’ (38) sont les novembre au 1er décembre 2001 sur invitation du CP-
moyens par lesquels l’Esprit préserve l’Église du PUC et de la FLM, comprenant des représentants du
Christ... (39). La divergence persistante porte sur la Conseil méthodiste mondial et de T Alliance des
question de savoir jusqu’à quel point ces organes sont Églises réformées. (Voir le compte rendu de cette ren­
munis des dons de Dieu, les catholiques en revendi­ contre dans le numéro de Service d’information, 108
quant davantage que les méthodistes».2 D’autres dif­ [2001/IV]). La consultation aura pour but d’explorer
férences étroitement liées aux précédentes et qui de­ les moyens spécifiques par lesquels d’autres Commu­
vront être traitées à un certain moment, compren­ nions chrétiennes mondiales, intéressées à cette ques­
nent la sacramentalité des ordres, la nature de Yepis- tion, pourraient formellement adhérer aux accords
kopé collective et jusqu’à quel point le laïcat participe réalisés dans la Déclaration. Déjà à l’époque de sa si­
à l’exercice de ce ministère. gnature, le Conseil méthodiste mondial avait adopté
une brève déclaration en faveur du document. La
9. L’inclusion, dans la Deuxième partie, de la des­ consultation prévue a d’importantes implications non
cription plus concrète de la façon dont catholiques et seulement pour les relations méthodistes-catholiques,
méthodistes exercent l’autorité d’enseignement, est mais également comme exploration des moyens par
particulièrement utile car elle empêche de séparer les lesquels un accord bilatéral pourrait se prêter à une
questions débattues de la pratique réelle. Associé, dans acceptation formelle de la part de nouveaux parte­
le Rapport, à l’incorporation de fréquentes interroga­ naires de dialogue.
tions mutuelles sur des questions clé concernant la foi,
ce procédé qui consiste à unir les descriptions théo­
riques et pratiques de l’exercice de l’autorité d’ensei­
gnement, contribue à préciser exactement les secteurs Dialogue avec les Disciples du Christ
de convergence et de différence et à mettre en évidence 1998-2001
les problèmes clé pour la prochaine phase du dialogue.
I. Introduction
10. La Préface (6) remarque: «Dire la vérité dans
l’amour (Éphésiens 4, 15) est le titre du rapport de la Ce rapport sur le dialogue avec les Disciples du
Commission: il explique à la fois l’esprit dans lequel le Christ (Église chrétienne) couvre la période de 1998 à
dialogue s’est déroulé et le résultat qu’on en attend. ... 2001. Il donne d’abord une vue d’ensemble du dia­
Du fait que le Christ incarne l’amour et la vérité de logue et résume ensuite les principaux aspects du tra­
Dieu, l’amour est partie intégrante de la vérité, et la véri­ vail accompli durant la période en question. Le rap­
té partie intégrante de l’amour». «[Poursuivre] assidû­ port indique en outre quelques-uns des sujets propo­
ment de concert l’un et l’autre » est la méthode et l’ob­ sés pour les discussions futures et se termine par un
jectif clairement articulés des relations méthodistes-ca­ certain nombre d'observations.
tholiques en cours. Le Prof. Wainwright et S. Exc. Mgr
Michael Putney seront encore les coprésidents de la
prochaine période de dialogue, et le Dr Freeman, ré­ 2. Vue d’ensemble du dialogue en bref
cemment élu Secrétaire général du Conseil méthodiste
mondial, en sera le nouveau cosecrétaire méthodiste. Le La première phase (1977-1981) sur le thème Apos-
Comité exécutif se réunira au début de 2002 pour orga­ tolicité et catholicité dans l’unité visible de l’Église, por­
niser la prochaine phase du dialogue. III. tait sur nos racines communes dans le baptême, l’im­
portance de l’œcuménisme spirituel, la nature de
l'unité et la relation entre foi et tradition.1 Poursui­
III. Autres points vant sur le même sujet de l’unité de l’Église, la secon­
de phase (1983-1992) a été consacrée à l’étude du
11. Au cours des quatre dernières décennies, un thème de L’Église comme communion dans le Christ.2
nouveau type de relations a été établi entre métho­ La troisième phase a débuté en 1995 et l’atten­
distes et catholiques. Dans de nombreux endroits, ils tion a été concentrée sur un des sujets proposés
se considèrent comme des partenaires œcuméniques dans la seconde phase pour de futures discussions,
qui se sentent en devoir de faire progresser leurs rap­ et précisément « la nature de la règle de foi régula fi-
ports et de rendre un témoignage commun. Une indi­ dei exprimée dans l’enseignement de l’Église à tra­
cation de ce lent approfondissement des rapports est vers les siècles». La Commission entend conclure
le fait que le Conseil méthodiste mondial a récem­

1 Cf. Service d'information, 49 ( 1982/II-III), pp. 70-79.


2 Ibid. 2 Cf. Service d'information, 84 ( 1993/III-IV), pp. 168-175.

68
cette phase en 2002, qui a pour titre Réception et a) Ayant affirmé le rapport entre liberté,
transmission de la foi: la mission et la responsabilité conscience et Église, les Disciples voudraient soute­
de toute lfÉglise. nir que les décisions des ministres chargés de Xepis-
kopé ne sont pas d’une importance capitale pour les
membres des Disciples et n’engagent donc pas leur
3. Les points significatifs depuis 1998 conscience, comme c’est le cas pour les catholiques.
b) Tout en admettant qu’ils n’ont pas de ministère
En 1998, la Commission pour le dialogue avec les magistériel, les Disciples ont des difficultés à situer ce
Disciples du Christ (Église chrétienne) s’est concen­ ministère ou à définir qui, en dernière analyse, a la
trée sur le magistère de VÉglise, en mettant particuliè­ responsabilité du ministère magistériel.
rement l’accent sur le mandat apostolique et sur la
nature d’un authentique témoignage à l’Évangile. Le Le thème de la réunion de Van 2000 était Lévangé­
compte rendu commun (pro memoria) publié après lisation: but de Renseignement de l’Église. Les
une réunion d’une semaine a indiqué les points clé membres de la Commission ont eu recours à divers
suivants: documents officiels pour la discussion: Décret Ad
- le lieu (locus) du commandement d’enseigner Gentes du Deuxième Concile du Vatican; Evangelii
dans l’Église; nuntiandi et Redemptor missio. Ces textes ont été très
- l'enseignement de la vérité et la nécessité pour utiles et ont permis de préciser la nature et la signifi­
l’enseignant d’avoir son fondement dans la commu­ cation de l’évangélisation, de la mission, du témoi­
nion avec l’Église; gnage, du dialogue et des relations avec l’Église.
- l’exigence de prudentia pastoralis en traitant Trois points d’accord ont été acquis au terme de
certaines questions de foi et de morale; la réunion:
- l’enseignement de la foi qui doit être nécessai­ - que la nature trinitaire de Dieu est l’origine de
rement collégial par rapport au concept de consensus la mission;
en matière de foi.
- que la proclamation de la Bonne Nouvelle est la
Toujours dans le cadre du magistère de l’Église, la tâche principale de l’Église;
Commission, dans la réunion de 1999, a discuté le
- qu’une vie de sainteté est partie intégrante de la
thème Conscience et communauté: formation et pra­
mission de l’Église.
tique. En choisissant ce thème, la Commission enten­
dait en premier lieu établir un terrain biblique com­ La Commission a également affirmé:
mun pour la discussion. En second lieu, ce thème de­
vait offrir une occasion utile d'échanger et de compa­ - le lien nécessaire entre évangélisation et unité
rer la théorie et la pratique pastorale en matière de de l’Église;
formation de la conscience. Les points de convergen­ - le « lien étroit entre la proclamation de l’Évan­
ce significatifs suivants ont émergé de la réunion: gile et la promotion humaine » (RM, 59);
- La conscience comme la voix de Dieu dans le - la relation essentielle entre Évangile et culture;
cœur de chaque être humain et comme perception spi­
rituelle intuitive de ce qui est conforme à la dignité de - l’engagement à la proclamation et au dialogue
Y imago Dei, et ce qui doit être fait selon cette dignité. avec les personnes d’autres religions.
- Les baptisés dans la vie en Christ doivent être
L’ordre du jour de la réunion de 2001 de la Com­
fidèles à l’écoute, à la réception et à la compréhen­ mission comprenait deux points: 1 ) préciser pour elle-
sion de la conscience qui nous dit toujours que « le
même l’objectif d’unité du dialogue entre les deux par­
bien doit être fait et que le mal doit être évité ». tenaires; et 2) élaborer un texte convergent pour la
- Sur la question du rapport entre la liberté, la troisième phase en réunissant de façon cohérente les
conscience et l’Église, la Commission affirme que thèmes débattus durant la période 1995-2000.
parce qu’ils sont libres, les chrétiens doivent décider La Commission a eu le privilège de la présence du
pour eux-mêmes, mais non par eux-mêmes, car ils Cardinal Walter Kasper à la première session dont
font partie d’une Église qui a reçu de Dieu en Christ l’objet était la discussion du but d'unité du dialogue.
la mission d’enseigner l’Évangile et le devoir d’aider Le Cardinal a fait part de ses réflexions sur la nature et
ses membres à discerner le bien qui doit être fait et le l’objet du dialogue œcuménique, soulignant les aspects
mal qu’il faut éviter (cf. LÉglise comme communion, d’unité dans la foi, les sacrements et le ministère.
16; Compte rendu 1999, 10). En poursuivant le débat, deux textes (un de
- La nécessité du ministère magistériel de l’Église chaque côté) ont aidé la Commission dans ses tra­
(cf. Compte rendu 1999, 15; également Compte rendu vaux. La discussion avait pour but de tenter une ré­
1998,29-34). flexion sur ce qui avait été convenu au début du dia­
logue et d’examiner les développements ultérieurs,
Dans le contexte de la convergence mentionnée afin d’indiquer une orientation sur la manière de pro­
plus haut, les partenaires catholiques étaient céder dans les prochaines années. Tout le débat,
confrontés à deux problèmes principaux: quoique bref, a été extrêmement utile. La Commis­

69
sion n’a pas rédigé de compte rendu commun, mais - autres considérations sur l’Église par rapport
plusieurs points importants ont émergé des deux do­ au Christ;
cuments présentés:
- l’Église locale et universelle;
- La pleine communion des chrétiens dans une
- la façon dont l’Église enseigne la foi (ministère
seule Église visible est le véritable but du mouvement magistériel);
œcuménique et, par conséquent, le but spécifique de
ce dialogue. - confesser la foi apostolique aujourd’hui;
- Les Disciples ont confirmé leur engagement ini­ - la vie de l’Église comme témoignage et comme
tial dans l'objectif d’unité organique visible avec l’É- service.
glise catholique. Il est clair que la Commission aura besoin de plus
de temps pour examiner ces propositions et pour
- Pour rester fidèle à cet objectif, la Commission trouver la meilleure manière de concentrer l’attention
doit continuer son chemin vers une formulation des sur un thème central à caractère général qui couvri­
buts, en tenant pleinement compte de l'autocompré­ rait la plupart des sujets.
hension ecclésiale exprimée dans les documents
conciliaires et postconciliaires, et confirmée dans les
documents Églises sœurs et Dominus Iesus. 5. Quelques observations finales
- Les Disciples du Christ, qui ont réagi de manière
mûrement réfléchie et positive au document Dominus 5.1. En examinant attentivement l’affirmation de
Iesus, ont convenu que la fidélité envers l’objectif peut la Commission selon laquelle elle serait parvenue, au
signifier qu’il faudra repenser le thème de la seconde cours de la seconde phase, à une vision convergente
phase sur LÉglise comme communion, en particulier les sur l’Église comme communion dans le Christ, on peut
points qui n’avaient pas été suffisamment développés. se demander si l’expression « diversité d’ethos » dans
la compréhension de l’Église, n’était pas en fait une
- Des deux côtés il a été convienu qu'à l'avenir le façon d’indiquer les questions sous-jacentes rési­
thème essentiel sera d'ordre christologique. duelles et dont quelques-unes étaient d’ailleurs énu­
mérées à la fin de la déclaration. Elles comprenaient
- Le dialogue peut signifier que les partenaires la présence réelle du Christ dans la célébration de
doivent être prêts à « s’aider mutuellement à rendre l’eucharistie, la structure de l’Église rassemblée au­
vraiment présents en eux tout le contenu et toutes les tour de l’eucharistie et la compréhension de l’épisco­
exigences de ‘l’héritage transmis par les Apôtres'. pat dans la tradition catholique, la règle de foi dans
Sans cela, la pleine communion ne sera jamais pos­ l'enseignement de l’Église (abordée dans la troisième
sible » (Ut unum sint, 78). phase) et la primauté de l'Évêque de Rome. Les diffé­
- Ce dialogue devrait continuer de chercher à rences ecclésiologiques majeures — nécessité de
formuler un concept d’unité plutôt que s'empresser l’épiscopat, sacrements, succession apostolique — ne
de spéculer sur la forme exacte que pourrait assumer peuvent pas être dissimulées sous l’expression « une
l'unité dans l'unique Église visible. diversité d’ethos», car elles impliquent des questions
doctrinales essentielles.
- Une suggestion ou une future orientation pos­
sible pour la Commission serait de commencer à es­ 5.2. La perception réaliste de la Commission
quisser ce que pourrait signifier un échange œcumé­ concernant la situation actuelle du dialogue et la pro­
nique de dons pour les Disciples et les catholiques. position de revoir les questions ecclésiologiques res­
tantes dans la prochaine phase en les abordant dans
une perspective christologique, sont appréciables.
4. Propositions de thèmes futurs Par exemple, dans LÉglise comme communion dans
le Christ, la Commission affirme avoir abouti « à un
Les sessions du dialogue sur l'objectif d’unité ont accord très important sur la nature et la mission de
permis de suggérer plusieurs thèmes pour la quatriè­ l’Église » (47). Cette affirmation, ainsi que d’autres
me phase qui commencera probablement en 2003. Il sur les convergences étudiées dans la troisième pha­
s’agit entre autres des thèmes suivants qui sont étroi­ se, devront être convenablement élaborées en tenant
tement liés entre eux: compte de l’autocompréhension ecclésiale de l’Église
catholique, telle qu’elle est exprimée dans les docu­
- le ministère et la primauté de l'Évêque de Rome; ments du Deuxième Concile du Vatican et dans les
autres documents postconciliaires de l’Église
- le ministère de supervision (episkopé); (y compris Eglises sœurs et Dominus Iesus).
- le ministère par rapport à la christologie;
5.3. La discussion sur les buts de ce dialogue a
- l’eucharistie par rapport à la christologie; été très utile avant la fin de la troisième phase (bien
- l’eucharistie par rapport à sa nature sacrificielle; qu’un membre des Disciples ne fut pas persuadé que
la discussion soit nécessaire avant la conclusion de la
- la présence du Christ dans l’Église par rapport phase). Elle a permis de mettre en évidence les prin­
au Christ et au ministère; cipales questions restant encore en suspens, avant

70
que la Commission ne puisse prononcer de nouvelles La Commission est actuellement dans la cinquiè­
affirmations de convergence alors que d’importantes me phase de dialogue. Les deux premiers quinquen­
questions ecclésiologiques sont encore ouvertes. nats (1972-1976; 1978-1982), étaient centrés sur la
compréhension des deux traditions dans leurs dimen­
5.4. Des progrès ont sans aucun doute été réali­ sions confessionnelles, comme il ressort clairement du
sés dans la troisième phase, en particulier en exami­ rapport final de chaque phase.1 1 Le troisième quin­
nant ensemble « le ministère magistériel de l’Église ». quennat (1985-1989) a abordé le thème de l’identité ec­
Un exemple a été l’affirmation commune sur la rela­ clésiale, en se basant sur le concept de communio/koi-
tion essentielle entre episkopé et conciliarité, c’est-à- nonia.2 3 Durant la quatrième phase (1990-1997), la dis­
dire sur le ministère de l’évêque en tant qu’interprète cussion s’est concentrée sur la mission/évangélisation
officiel des résultats des conciles et des synodes, com­ de l’Église et sur la question du prosélytisme en tant
me c'était le cas dans l’Église primitive. Il est apparu que réel dilemme éthique qui doit être abordé à la lu­
clairement au cours de cette étude qu’il reste de nom­ mière de la vocation à l’unité des chrétiens et de l’exi­
breuses questions à débattre. Une de celles-ci concer­ gence du témoignage commun. Le débat sur les ques­
ne le siège du ministère magistériel. L'autre est la re­ tions soulevées dans la quatrième phase a été particu­
lation entre liberté, conscience et ministère magisté­ lièrement lourd de difficultés en raison des tensions
riel de l’Église. existant entre les deux groupes dans diverses parties
du monde. Le dialogue a néanmoins été fécond et il en
5.5. À propos de la prochaine phase du dialogue, est résulté un rapport intitulé Evangélisation, prosély­
il serait peut-être nécessaire de commencer par un tisme et témoignage commun, qui est encore objet
patient débat sur le ministère dans l’Église avant de d’étude au niveau local et international?
passer trop rapidement à la question de la primauté Le thème général de la cinquième phase, qui a
de l’Évêque de Rome fondée sur la volonté du Christ. commencé en 1998, est L'initiation chrétienne et le
Cela permettrait d'établir une base solide pour la dis­ baptême dans l’Esprit, développé à partir d’une pers­
cussion sur la primauté. Il serait d’ailleurs logique pective biblique et patristique. La première session a
d’aborder la question de l’Église locale et universelle examiné la question du processus impliqué dans le
avant de parler de primauté. fait de devenir chrétien, selon les traditions catho­
lique et pentecôtiste. Il existe une divergence considé­
5.6. D’une manière générale, le dialogue a eu un rable au niveau théologique et linguistique, au point
bon déroulement, grâce à un climat cordial et à l’at­ que les pratiques pastorales respectives semblent
titude positive des membres des Disciples partici­ souvent être en opposition ouverte.
pant à la Commission, parfois trop heureux de faire En 1999, la discussion était centrée sur le thème
propres bon nombre de positions doctrinales catho­ Foi et initiation chrétienne: perspectives bibliques et
liques et de les assimiler comme faisant partie de patristiques. Au-delà des questions spécifiques
leur courte tradition (la fondation des Disciples date concernant la foi, le débat a porté sur les problèmes
de 1832). liés à la compréhension du rôle et de la présence de
l’Esprit Saint, les implications découlant de la liberté
de l’Esprit et du libre arbitre humain, la signification
d’initiation chrétienne, de baptême de l’eau et de bap­
Relations avec les pentecôtistes tême dans l'Esprit, et le contraste entre une théologie
fondée sur l’expérience et celle qui provient d’une
perception cognitive.
1. Dialogue international catholique-pentecôtiste Le thème choisi pour l’an 2000 était Conversion et
initiation chrétienne: perspectives patristiques et bi­
Le dialogue international catholique-pentecôtiste bliques. L’accent était mis sur le rapport entre des
est entretenu par des représentants catholiques offi­ concepts tels que ' expérience ’, * compréhension ’, ‘ in­
ciellement nommés par le Conseil Pontifical pour la tentionnalité' et nécessité’. Une question particulière­
promotion de l’unité des chrétiens et un groupe de res­ ment cruciale impliquait le rapport entre expérience,
ponsables, théologiens et pasteurs, des différentes dé­ d’une part, et grâce, foi et conversion, d’autre part.
nominations, églises et groupements du mouvement Jusqu’à quel point l’expérience peut-elle servir de cri­
pentecôtiste classique. Le dialogue ne s’est pas fixé tère pour discerner la présence d’une foi et d’une
comme objectif l’unité structurelle, mais il cherche de­ conversion authentiques? Tant pentecôtistes que ca­
puis le début à améliorer la compréhension et le res­ tholiques reconnaissent que, tout en ayant un rôle
pect réciproques entre les deux communautés. fondamental dans la vie chrétienne, l’expérience reste
Depuis l’origine du dialogue en 1972, les secondaire par rapport à la foi. L’ecclésiologie a de
membres de la Commission mixte sont parvenus à
une meilleure compréhension mutuelle en termes de
réalité confessionnelle et d’expérience de foi. Cepen­ 1 Cf. Rapport final 1972-1976, dans Service d'information, 32
dant, cette compréhension ne correspond pas tou­ (1976/III), pp. 35-40; Rapport final 1977-1982, dans Service d’infor­
jours à une convergence, et moins encore à un ac­ mation, 55 (1984/ II/III), pp. 78-88.
2 Cf. Vue d’ensemble sur la koinonia, dans Service
cord. Le dialogue a néanmoins servi à définir et à d’information, 75 (1990/IV), pp. 182-195.
éclaircir l'étendue des divergences entre les deux 3 Cf. Évangélisation, prosélytisme et témoignage commun, dans

communautés. Service d’information, 97 ( 1998/I-II), pp. 38-57.

71
nouveau émergé comme thème de discussion et com­ Relations Mennonites-Catholiques
me présupposé indispensable pour comprendre l'ex­
périence chrétienne. A cette lumière, il sera nécessai­ Après la dernière Assemblée plénière de 1998,
re d’établir le fondement théologique de ce genre de nous avons engagé un dialogue avec la Conférence
débat. mennonite mondiale (CMM). C’est notre premier dia­
Un autre thème envisagé pour la réunion de 2002 logue international avec une des « Eglises de paix his­
est La formation chrétienne et la condition de disciple. toriques». D’une manière générale, ce dialogue se
Le Comité exécutif entreprendra très prochainement propose de promouvoir une meilleure compréhen­
l’élaboration d’un premier projet de rapport qui sera sion entre nos communautés.
définitivement mis au point lors de la réunion de La CMM compte environ un million de membres
2003. baptisés dans le monde. Son quartier général est à
Strasbourg (France). Les racines historiques de la
CMM sont en Suisse, en France et aux Pays-Bas. Le
nom leur vient d’un prêtre hollandais du XVIe siècle,
2. Participation au Grand Jubilé de l’An 2000 Menno Simons, qui s’était converti à leur cause. On
trouve des mennonites dans une soixantaine de pays,
Le Dr Cecil M. Robeck, coprésident du dialogue la majeure partie en Amérique du Nord, Afrique, In­
catholique-pentecôtiste, est venu à Rome à l’occasion de et Indonésie. Il existait une importante commu­
du Grand Jubilé et a participé à l’ouverture de la Por­ nauté mennonite en Russie également.
te Sainte en la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, le Les mennonites sont issus de la branche plus radi­
18 janvier 20004 et à la Commémoration œcumé­ cale de la Réforme, la tradition anabaptiste. Au XVIe
nique des Témoins de la foi du XXe siècle, le 7 mai siècle, les anabaptistes étaient favorables aux réfor­
2000.5 Cette participation a fait l’objet d’amples re­ més tels que Zwingli, à Zurich, et Luther, mais plus
portages dans les journaux et revues publiés par les tard ils finirent par les critiquer parce qu’ils les consi­
centres d’études pentecôtistes. déraient comme n'étant pas suffisamment radicaux.
Contrairement aux réformés classiques, les anabap­
tistes voulaient la séparation totale entre l’Église et
3. Contacts et relations avec les Charismatiques l'Etat. Ils niaient la validité scripturaire du baptême
des enfants, raison pour laquelle on les appelait « ana­
La dernière Assemblée plénière du CPPUC en baptistes», c’est-à-dire «à rebaptiser». Ils voulaient
1998 avait décidé qu’il était nécessaire d’établir un rétablir un christianisme basé davantage sur la Bible.
contact avec les charismatiques catholiques, pour Ils parlent souvent du changement qui a eu lieu au IVe
servir de pont vers les pentecôtistes et encourager siècle avec Constantin comme de la « chute constanti-
l’activité œcuménique de ces catholiques. À cet ef­ nienne » de l’Église. Ils furent persécutés tant par les
fet, le Conseil Pontifical a établi un contact régulier réformés et les luthériens que par les catholiques. Les
avec les Services charismatiques catholiques interna­ Confessions luthériennes, par exemple, contiennent
tionaux de renouvellement dans VEsprit (SCCIRE), de dures affirmations contre les positions anabap­
l’organisme de coordination du mouvement charis­ tistes. Leur mémoire collective des persécutions su­
matique au sein de l’Église catholique. En outre, bies sous l’action des autres chrétiens est encore très
l’occasion a été offerte de participer à une ren­ vive aujourd'hui. Le Martyrs Mirror, le livre qui racon­
contre organisée par la Consultazione Carismatica te l'histoire de ce martyre est encore lu de nos jours
Italiana (CCI) en février 1999 sur le thème: Le par les mennonites. Un signe de l’isolement, auto-im­
mouvement charismatique-pentecôtiste: un défi posé au moins en partie, dans lequel ils ont vécu, est
pour les Eglises, et à une autre rencontre organisée le fait qu’aujourd’hui ils parlent du retour de leurs
conjointement par la Consultation charismatique communautés dans le courant majoritaire de la socié­
européenne (CCE) et la Consultation charismatique té durant la première moitié du XXe siècle.
internationale sur Vévangélisation dans le monde La CMM, telle qu'eux-mêmes la décrivent, est « un
(CCIEM), qui s’est tenue en août 2000 sur le réseau modérément structuré qui invite toutes les
thème: Célébrer Jésus en 2000: l’Orient rencontre Églises anabaptistes à travers le monde à envoyer des
rOccident, de même qu’à la 10e réunion de l’Asso- représentants à son Conseil général». Dans diffé­
ciation européenne de recherche charismatique pen­ rentes régions, les mennonites sont organisés en
tecôtiste, en juillet 2001, sur le thème: L'importance Conférences; il existe plus de 170 Conférences dans le
croissante des études éthiques dans les milieux pen­ monde. Le Conseil général international se compose
tecôtistes. On ne doit pas oublier que ces associa­ d’environ 100 représentants des diverses Conférences
tions comptent parmi leurs membres non seule­ et se réunit tous les trois ans. Un Comité exécutif de
ment des catholiques, mais également des pentecô­ 12 membres (deux par continent, outre un Président
tistes classiques, des charismatiques des diverses et un Vice-président) se réunit une fois par an. La
Eglises historiques et des pentecôtistes non confes­ CMM n’a aucune autorité sur les Conférences, et les
sionnels. communautés mennonites connaissent parfois des
divisions entre elles.
Jusqu’à présent, le dialogue international s’est dé­
4 Service d’information, 103 (2000/I-II), p. 40. veloppé sur deux lignes. L’une d’elle est la recherche
5 Service d’information, 104 (2000/III), pp. 117-138. d’une meilleure compréhension de la vie et de la théo­

72
logie de chacune des deux communions. Des docu­ tiennes mondiales, où l’ABM et le CPPUC sont tous
ments sur ce thème comprenaient, en 1998, un profil deux représentés. En outre, depuis 1985 au moins,
de chaque Église par elle-même, décrivant pour l’ABM invite le CPPUC a envoyer un délégué fraternel
l'autre «qui elle est»; en 1999, une vision contempo­ au Congrès baptiste mondial qui se tient tous les cinq
raine de l’Église par chacun des deux côtés, et en ans. Le dernier a eu lieu en janvier 2000 à Melbourne
2000, nos compréhensions respectives de « Qu’est-ce en Australie. De leur côté, les baptistes faisaient par­
qu’une Église de Paix? ». tie des délégués fraternels présents à diverses assem­
La seconde ligne, de caractère historique, se pro­ blées de notre Synode des Évêques qui se tiennent à
pose de clarifier les problèmes du passé pour encou­ Rome. L’ABM avait un représentant à l'Assemblée ex­
rager une purification des mémoires. Tous les dia­ traordinaire du Synode en 1985 et l’Assemblée bap­
logues bilatéraux dans lesquels l’Église catholique est tiste européenne a envoyé deux délégués fraternels à
engagée, cherchent peut-être, d'une manière ou d’une la Première Assemblée spéciale pour l’Europe du Sy­
autre, au moins implicitement, une purification des node des Évêques en 1991. Un baptiste a représenté
amères mémoires du passé. Mais dans ce cas particu­ le Conseil caribéen des Églises à l’Assemblée du Sy­
lier, cette recherche est formulée comme l’un des ob­ node pour l’Amérique en 1997, et au Deuxième Syno­
jectif du dialogue. Les documents sur ce thème sont, de des Évêques pour l’Europe, en 1999, le délégué
en 1998, Conception anabaptiste des catholiques au fraternel de la Conférence des Églises européennes
XVIe siècle et La réponse catholique au mouvement était le Secrétaire général de celle-ci, lui-même bap­
anabaptiste au XVIe siècle', en 1999, L'idée anabaptiste tiste. L’ABM, à l’instar de nombreuses autres Églises
de la restitution de VÉglise primitive, complété par un et Communions chrétiennes mondiales, a été invitée
document catholique sur La tradition anabaptiste- aux célébrations œcuméniques spéciales du Jubilé à
mennonite de la foi et de la spiritualité et ses racines Rome en l'an 2000, qui comprenaient l’ouverture de
moyenâgeuses. En 2000, chaque côté a présenté son la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs, le 18 jan­
interprétation de « l’impact du changement constanti- vier 2000, et la « Commémoration œcuménique des
nien sur l’Église ». Témoins de la foi du XXe siècle », le 7 mai, mais elle
Entreprendre un dialogue avec l’Église catholique n’y a pas envoyé de représentants. Par contre, elle
n’a pas été chose facile pour la CMM. Par exemple, le était représentée par son Vice-président européen à la
refus des invitations aux célébrations œcuméniques Célébration œcuménique de la Parole à Rome, le 25
du 18 janvier et du 7 mai à Rome durant l’Année du janvier 2001, présidée par le Pape Jean-Paul IL
Jubilé, était dû en partie à l'impression qu'une telle
participation aurait causé un malaise parmi certains
des membres. En 1986, lorsque le Secrétaire exécutif Vers une seconde phase de dialogue
de la CMM a participé à la Journée de prière pour la
paix à Assise, à l’initiative du Pape Jean-Paul II, une Une phase de dialogue international entre l’Allian­
des Églises mennonites a quitté la CMM en signe de ce baptiste mondiale et l’Église catholique a eu lieu
protestation. de 1984 à 1988, à l’issue de laquelle a été publié un
On se propose d’entreprendre cette phase de dia­ rapport intitulé Appel à rendre témoignage au Christ
logue pour une période de cinq ans, au terme de la­ dans le monde d'aujourd'hui (1990). Dès 1990, le CP­
quelle un rapport sera publié. PUC avait exprimé le souhait d’entreprendre une se­
conde phase de dialogue. Mais l’ABM n’a pas pu ob­
tenir le soutien de tous ses membres pour une nou­
velle phase. Quelques conventions baptistes, surtout
Relations baptistes-catholiques en Amérique latine, avaient déclaré leur opposition
au dialogue avant même son début en 1984, et elles
Les relations entre le Conseil Pontifical pour la réfutèrent ensuite le rapport publié en 1990. Par
promotion de l’unité des chrétiens et les baptistes ont contre, d'autres membres de la famille baptiste sem­
lieu principalement à travers les contacts avec l’Al- blaient favorables à la poursuite du dialogue.
liance baptiste mondiale (ABM), dont le quartier gé­ L’année dernière, 1 ABM s’est déclarée disposée à
néral est près de Washington, D.C. (USA). Les com­ envisager une seconde phase de dialogue. En guise
munautés affiliées à l’ABM, souvent appelées conven­ de procédure, elle décida d’envoyer à Rome, les 3-4
tions, existent dans plusieurs parties du monde et décembre 2000, une délégation internationale, com­
comptent quelques 40 millions d’adhérents baptisés. prenant quatorze personnes, pour un entretien préli­
La plupart (30 millions) se trouvent en Amérique du minaire sur la façon de poursuivre le dialogue. La dé­
Nord. En comptant les enfants non baptisés et les légation a rencontré le Cardinal Cassidy, S.Exc. Mgr
autres personnes qui font partie de familles baptistes, Kasper et plusieurs membres du staff du CPPUC. Le
ce nombre est proche de 100 millions. Professeur James Léo Garrett, Jr., un baptiste qui
avait participé à une session du Deuxième Concile du
Vatican en qualité de visiteur invité par le Secrétariat
Contacts œcuméniques pour l’unité des chrétiens, a fait un exposé sur Les
questions historiques et contemporaines auxquelles
Nous avons eu des contacts réguliers avec l’ABM nous sommes confrontés, pour aider dans le choix des
à l’occasion de la réunion annuelle de la thèmes qui pourraient être abordés dans un dialogue.
Conférence des Secrétaires des Communions chré­ Nous en verrons quelques-uns un peu plus loin.

73
Mais à la réunion de décembre, le Secrétaire gé­ compréhension des questions théologiques actuelles
néral de l’ABM, Dr Denton Lotz, lui-même absent qui nous séparent toujours, avec une intensité encore
pour des motifs urgents, nous informait, dans une plus grande aujourd’hui qu’à l'époque après la Réfor­
lettre lue à tous les participants, qu’en réaction à la me. Ce sont les questions suivantes: 1) le ministère
publication du document Dominus lesus, certains pétrinien; 2) le dogme et la spiritualité mariais; 3) les
secteurs de la famille baptiste avaient conseillé à sacrements ex opéré operato; 4) l’autorité, l’Écriture,
l’ABM de ne pas s’engager dans le dialogue théolo­ la tradition et le magistère.
gique officiel pour le moment. Il semble qu’il y ait eu Ainsi, lorsque le dialogue théologique commence­
quelques malentendus chez ces personnes au sujet du ra, tôt ou tard, nous disposerons d’indications claires
document. Quoi qu’il en soit, elles estimaient que les quant à ce que pourraient être certains points de son
circonstances actuelles n’étaient pas favorables au ordre du jour. Mais il est également intéressant d’être
dialogue. Le Dr Lotz a donc suggéré une alternative conscients de la réception des changements déjà ad­
constructive qui tiendrait compte de la requête de venus, par exemple en ce qui concerne la liberté reli­
certains baptistes de ne pas poursuivre le dialogue, gieuse.
mais qui permettrait en même temps de garder un
contact suivi et utile avec le CPPUC. Sa proposition
était d’organiser une nouvelle rencontre semblable à Relations avec l’Alliance
celle de Rome l’année suivante, éventuellement avec Évangélique Mondiale
d’autres délégués et dans un lieu différent. Le CPPUC
regrettait qu’une fois de plus la seconde phase de dia­ 1. Le CPPUC a été engagé dans deux différentes
logue soit renvoyée, mais s’est déclaré d'accord avec conversations avec des évangéliques au niveau inter­
l’alternative suggérée par le Dr Lotz. Celui-ci a propo­ national. Comme il est indiqué plus loin, dans les
sé Buenos-Aires (Argentine) comme lieu de la ren­ plus récentes de ces conversations, nous sommes à
contre qui se tiendrait les 6-7 décembre 2001 au Sé­ présent à un moment important de ces relations.
minaire baptiste. Cette solution pourrait peut-être
être valable également pour les années successives. 2. Le premier dialogue international entre catho­
Dans l’analyse du Prof. Garrett mentionnée plus liques et évangéliques s’est réuni trois fois entre 1977
haut à propos des problèmes sur lesquels baptistes et et 1984. Du côté catholique, le dialogue était patron­
catholiques se confrontent, deux points retiennent né par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens; du cô­
particulièrement l’attention. L'un d’eux concerne ce té évangélique, les participants agissaient à titre per­
qu’il appelle « d’anciennes controverses entre catho­ sonnel, sans représenter officiellement aucun orga­
liques et baptistes qui, de nos jours, ne sont plus des nisme évangélique. Le dialogue a produit un rapport,
problèmes importants ». Le premier parmi ceux-ci est publié en 1985, intitulé Le dialogue évangélique-catho-
« le principe de liberté religieuse pour tous ». Avec les lique romain sur la mission. Un autre contact bilaté­
changements intervenus pendant et après le Deuxiè­ ral entre le CPPUC et la Communion évangélique
me Concile du Vatican, a-t-il dit, cette question n’est mondiale a débuté dans le contexte de la Conférence
plus un souci majeur pour les baptistes. Garrett a ap­ des Secrétaires des Communions chrétiennes mon­
porté son témoignage personnel à ce propos en di­ diales en 1988 et en 1990. Une consultation théolo­
sant: «Je considère comme un des grands bienfaits gique internationale, coordonnée par le CPPUC et le
de ma vie le fait d’avoir été présent comme invité de Groupe de travail sur l’œcuménisme de la Commu­
ce Secrétariat en décembre 1965, en la Basilique nion évangélique mondiale (à présent Alliance évan­
Saint-Pierre, lorsque le Pape Paul VI a présenté le dé­ gélique mondiale), s’est réunie quatre fois jusqu’à pré­
cret sur la liberté religieuse et deux autres sent: à Venise en 1993, à l’institut œcuménique de
documents ». Alors que des différences subsistent Tantur près de Jérusalem en 1997, à Williams Bay,
dans les relations concrètes entre les Églises chré­ Wisconsin (USA) en 1999 et à Mundelein, Illinois
tiennes et les gouvernements civils, « Église d'État et (USA) en 2001. Le dialogue a l'appui de l’AEM et, lors
liberté religieuse», a-t-il ajouté, «sont des sujets de la session de 2001, il a été décidé que la consulta­
beaucoup plus brûlants dans tout dialogue entre or­ tion se réunirait désormais annuellement. L’AEM est
thodoxes et baptistes que dans le dialogue entre ca­ un réseau mondial qui compte plus de 200 alliances
tholiques et baptistes». Autrement dit, cela indique et fraternités évangéliques nationales ou régionales,
de la part d’au moins un certain nombre de baptistes, comprenant des membres évangéliques, méthodistes,
un niveau de réception œcuménique des positions réformés, pentecôtistes, baptistes et congrégationa-
sur la liberté religieuse adoptées par l’Église catho­ listes, et qui engloberaient 150 millions d’adhérents
lique au Deuxième Concile du Vatican, et la significa­ dans 116 pays. En général, le but des conversations
tion de ces positions en vue de créer de meilleures re­ était de promouvoir plus de compréhension mutuelle
lations œcuméniques. Un autre problème qui, d’après et de meilleures relations.
Garrett, n’est plus motif de division entre baptistes et
catholiques, concerne la traduction, la distribution, 3. Dès la première consultation, il était apparu
l’étude approfondie et la lecture largement répandue clairement que deux questions tendent particulière­
de l’Écriture Sainte. Les studieux bibliques baptistes, ment à diviser évangéliques et catholiques: la nature
par exemple, font usage et se fient aujourd’hui du tra­ de l’Église comme communion et la nature et la pra­
vail des spécialistes bibliques catholiques. tique de la mission et de l’évangélisation. Pour la ses­
Un second aspect de l’analyse de Garrett est sa sion de 1997, deux documents avaient été préparés sur

74
chacun de ces thèmes, l'un par un catholique, l'autre à l’ouverture de la Porte Sainte « créerait confusion
par un évangélique. Une grande partie des discussions et malentendus » parmi beaucoup de leurs membres,
qui ont suivi comportait une comparaison entre les et il ajoutait: « Nous croyons certainement que l’Égli­
deux positions et un essai de clarification de la com­ se de Jésus Christ est une. Nous partageons avec le
préhension catholique de l’Église face aux difficultés Pape Jean-Paul II la même passion pour l’unité des
ou aux malentendus du côté évangélique. Le débat sur chrétiens. Mais nous croyons également que l’unité
l’Église a été important, du point de vue méthodolo­ et l’universalité doivent être fondées sur la Vérité. Et
gique, en tant que préliminaire de la discussion sur la ce fondement est toujours l’objet du débat qui se
mission, et a rappelé que les concepts de mission reflè­ poursuit entre les membres du CPPUC et notre
tent des positions ecclésiologiques et ont des implica­ Groupe de travail sur l’œcuménisme. Nous poursui­
tions ecclésiologiques, même si celles-ci n’ont été l'ob­ vrons notre dialogue théologique avec vous à partir
jet d'aucune réflexion. La réunion de 1999 était centrée de ce qui a été réalisé dans les consultations précé­
plus précisément sur la communauté en Christ que ca­ dentes [...]. Nous vous assurons que nous sommes
tholiques et évangéliques peuvent partager en raison toujours déterminés à encourager la collaboration,
de leur foi commune en lui. Beaucoup d'attention a surtout pour la sauvegarde de la vie et de la dignité
également été consacrée aux problèmes et aux difficul­ humaines, la promotion de la paix, de la liberté reli­
tés qui se posent concernant le témoignage à l’Évangile gieuse et de la justice.
et sa proclamation. Un élément nouveau des conversa­
tions a été, au cours de cette réunion, la proposition de 6. Dans un domaine connexe, le Saint-Siège a
préparer deux documents en collaboration, l’un sur les été invité à envoyer une délégation d’observateurs au
convergences et les différences dans nos compréhen­ Billy-Graham-Rallye, un rassemblement trans­
sions respectives de l’Église comme koinonia, l'autre confessionnel sur le thème « Proclamer la paix et
sur les thèmes de la liberté religieuse, du témoignage l’espérance pour le nouveau millénaire», qui a eu
commun et du prosélytisme. lieu du 29 juillet au 6 août 2000 à Amsterdam. Le
CPPUC a coordonné l’envoi d’une petite délégation
4. L'évolution de la consultation s'est reflétée qui a été chaleureusement accueillie à ce Rallye ré­
dans le fait qu’une bonne partie de la session de fé­ unissant près de 10.000 évangélistes, théologiens,
vrier 2001 a été consacrée à un intense débat sur les stratégistes missionnaires et responsables ecclésiaux
questions mises en évidence dans les deux projets de de plus de 200 pays. Les sessions plénières et les sé­
texte préparés avant la réunion. Les résultats des dis­ minaires avaient un caractère instructif et cultuel et
cussions ont amené le groupe à envisager la possibili­ portaient tant sur des thèmes théologiques que sur
té de rédiger une déclaration conjointe qui aiderait des problèmes d’ordre pratique auxquels les évangé­
évangéliques et catholiques à mieux comprendre les listes doivent faire face. Le Rallye avait principale­
convictions respectives sur la nature de l’Église et sa ment pour objectif de répondre par une stratégie ap­
mission, en clarifiant les malentendus et en indi­ propriée aux défis spirituels du contexte actuel avec
quant les points de différences et les convergences ses rapides changements technologiques et son plu­
possibles. La prochaine session est fixée pour février ralisme croissant, de préparer les évangélistes à une
2002, au cours de laquelle on prévoit que la version meilleure approche des personnes pour les amener
finale d’un document commun sera complétée. Le au Christ et dans la communauté des Églises locales,
mode de publication du document devra être exami­ et enfin de créer des réseaux internationaux dyna­
né, compte tenu du fait qu'il provient non pas d’un miques pour le partage d’informations et de mé­
dialogue officiel, mais d’une importante consultation. thodes d’évangélisation plus efficaces. Il est bon de
Il sera en outre nécessaire de revoir la nature et le noter que les signes d’une nouvelle attitude envers la
statut de cette consultation, après la décision de la ré­ mission et le travail de l’Église catholique sont évi­
unir annuellement sous le patronage du CPPUC et de dents, surtout dans les suggestions préconisant de
la Commission théologique de l'AEM. meilleures relations avec les catholiques au niveau
local. La présence du Saint-Siège a eu l'effet de favo­
5. Une indication des progrès dans les relations riser cette nouvelle attitude, et ses délégués ont pu
entre catholiques et évangéliques a été l'acceptation constater une dynamique missionnaire chrétienne
par l’AEM de l’invitation du Pape Jean-Paul II, trans­ totalement différente, semblable à celle de quelques-
mise par le CPPUC, à envoyer un représentant à la uns de nos autres partenaires de dialogue.
«Commémoration œcuménique des Témoins de la
foi du XXe siècle», célébrée au Colisée à Rome, le 7
mai 2000. Le Dr George Vandervelde et le Rév. Johan
Candelin ont participé à l’événement au nom de Relations
l’AEM. Bien que l’Alliance ait décliné l'invitation à avec le Conseil œcuménique des Églises
envoyer un représentant à la célébration œcumé­ (1998-2001)
nique pour l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-
Paul-hors-les-Murs (18 janvier 2000), son Directeur 1. Introduction
international, Dr Agustin Vencer Jr., a répondu aima­
blement à l’invitation en évoquant l’état actuel de La collaboration entre l’Église catholique et le
nos relations selon leur perspective. Il a fait remar­ Conseil œcuménique des Églises (COE) a lieu dans le
quer qu'en 1 état actuel une participation évangélique cadre du Groupe mixte de travail (GMT). Créé en

75
1965 dans le but d’explorer en général les possibilités contexte du Deuxième Concile du Vatican et de la dis­
de dialogue et de collaboration, le GMT est mandaté ponibilité de l’Église catholique à engager le dialogue
par ses organismes constitutifs pour étudier des avec différentes Eglises et Communautés ecclésiales.
thèmes d'intérêt commun et présenter tous les sept Après 35 années d’expérience de dialogues œcumé­
ans un rapport de ses activités aux autorités compé­ niques à divers niveaux — dialogues bilatéraux entre
tentes. Le groupe comprend 17 membres de chaque l’Église catholique et ses partenaires (dont la plupart
côté, nommés par le COE et par le Conseil Pontifical sont membres du COE), dialogue multilatéral dans le
pour la promotion de l’unité des chrétiens (CPPUC), cadre de la Commission Foi et Constitution du COE à
provenant de différentes parties du monde. D'une ma­ laquelle participent 12 théologiens catholiques — les
nière générale, le GMT a un double objectif. D’une partenaires ont-ils appris quelque chose? Quels sont
part, il entreprend des études conjointes sur des ques­ les effets, les résultats et les implications des dia­
tions qui favorisent l’approfondissement de la koino- logues œcuméniques? En conséquence, le GMT en­
nia entre l’Église catholique et les Églises membres du tend cette fois porter l’attention sur plusieurs aspects
COE, et d’autre part, il encourage et évalue les rela­ du dialogue œcuménique:
tions entre les deux partenaires. Ces deux aspects sont
un élément permanent du mandat du GMT. a) vers une définition du dialogue œcuménique;
Il est important de noter que l’Église catholique b) modèles et types de dialogue;
nomme 12 théologiens catholiques à la Commission
Foi et Constitution, 17 membres au GMT, jusqu’à 12 c) conséquences concrètes du dialogue œcumé­
experts régulièrement invités à participer à différents nique (y compris les buts, les thèmes, la structure, la
programmes, et 2 catholiques à plein temps, nommés méthode et la réception). Le point de départ de l’étude
par le CPPUC pour travailler au COE. est une base philosophique et anthropologique qui
porte immédiatement aux fondements théologiques
du dialogue, explorant en particulier le cadre christo-
logique et ecclésiologique du dialogue.
2. Mandat ET PROGRAMME DE travail du GMT
1999-2005
3.2. Conseils d’Eglises nationaux et régionaux
Au cours de la dernière Assemblée plénière en
1998, l’attention a été attirée sur le mandat proposé Le deuxième sujet principal de l’étude concerne
par le GMT à l’approbation des organismes constitu­ les Conseils d’Églises nationaux et régionaux en fonc­
tifs pour la période 1999-2005. Dans cette proposi­ tion de leur contribution à la quête de l’unité des
tion, le GMT recommandait deux priorités générales chrétiens. Cette étude est née de la nécessité de réflé­
pour cette période, et précisément: a) l’engagement chir sur la participation de l’Église catholique aux
pour une vision commune intégrée du mouvement Conseils d’Églises nationaux et régionaux et à
œcuménique; et b) la vigilance concernant les ten­ d’autres instruments œcuméniques (par exemple les
sions qui risquent de mettre en danger la cohérence conseils d'État et autres organismes semblables) et
du mouvement œcuménique, en particulier dans le sur les questions que pose une telle participation.
domaine de l’éthique sociale. En outre, le GMT avait Cette étude se propose de:
recommandé deux questions d'intérêt général pour de - parvenir à une meilleure compréhension de la
futures études pendant cette période, c'est-à-dire: a) nature et des buts des Conseils d’Églises et autres or­
des questions qui affectent la koinonia; et b) des pro­ ganisations œcuméniques similaires;
blèmes communs auxquels sont confrontées les
Églises membres du COE et l’Église catholique. Le - servir plus efficacement le mouvement œcumé­
mandat actuel du GMT comporte plusieurs thèmes nique des Églises aujourd’hui;
d’étude et activités bilatérales.
- accorder une attention particulière aux ques­
tions théologiques se rapportant à la participation de
l’Église catholique;
3. Sujets d’étude du GMT pour la période
1999-2005 - faciliter la compréhension de la nature de la
participation de l’Église catholique aux Conseils d’É­
3.1. Dialogue œcuménique glises et des responsabilités qui en découlent;
- faire ressortir et analyser toute présupposition
Le premier sujet d’étude concerne la nature et les pouvant affecter la participation aux Conseils d’É­
buts du dialogue œcuménique, à partir de divers do­ glises et à d’autres groupements œcuméniques simi­
cuments officiels de l’Église catholique (Ut unum laires.
sint, 28-38; Unitatis redintegratio, 161-165; Réflexions
et suggestions concernant le dialogue œcuménique — 3.3. Conséquences ecclésiologiques du baptême
un document du Conseil Pontifical pour la promo­
tion de l’unité des chrétiens, 1970) et un document Le troisième sujet majeur d’étude, sur les consé­
d’étude du GMT, Le dialogue œcuménique, 1967. Le quences ecclésiologiques du baptême, se propose d’in­
thème du dialogue œcuménique avait déjà fait l'objet diquer les questions œcuméniques théologiques d’im­
d’études de la part du GMT en 1966-1967 dans le portance fondamentale qui sous-tendent le sujet, en

76
portant l’attention sur la signification de la recon­ compétent du COE et le Conseil Pontifical « Justice
naissance mutuelle du baptême, sur le rapport entre et Paix». Dans les deux dernières années, des res­
baptême et foi ainsi que sur la nature de l’incorpora­ ponsables de ce dicastère ont participé à plusieurs
tion dans l’Église par le baptême. réunions préparatoires organisées par le COE à Ge­
nève sur la décennie pour vaincre la violence. Une
session entière a été consacrée à une introduction
3.4. Autres sujets d’étude
sur ce problème pendant la réunion du GMT en Ir­
lande du Nord en mai 2001. Cette introduction a in­
3.4.1. Mariages mixtes diqué le but, le contenu, la méthode et les délais de
réalisation du projet du COE. Le GMT a profité du
Dans son Septième rapport (1998), le GMT recom­
fait de se trouver en Irlande du Nord pour porter
mandait que le prochain mandat comprenne un nouvel
son attention sur les problèmes du sectarisme et sur
examen de la question des mariages mixtes en fonction
l’origine de la violence par rapport au dialogue œcu­
de leur rôle œcuménique. Le sujet d’étude porterait sur
ménique entre les Églises de ce pays, ainsi que sur
les implications ecclésiologiques du sacrement de mariage
les initiatives des Églises en Irlande. Le groupe s’est
entre chrétiens de différentes Églises et dans leur vie de fa­
également rendu en visite à Armagh et à Belfast
mille. Lors de la réunion de Beyrouth, le GMT a décidé
pour obtenir des informations de première main sur
que l’étude serait effectuée par:
la situation en écoutant ce que disent les habitants
- une recherche sur le matériel et les initiatives de ces régions.
disponibles;
- un examen des problèmes de différentes Églises
et de différents contextes culturels, dont en prendrait 4. Relations bilatérales entre les partenaires
acte.
Le deuxième aspect des activités du GMT est son
effort tendant à favoriser et à évaluer les relations
À la session plénière de Dromantine (Irlande du entre les deux partenaires, dont l’élément principal
Nord), le GMT avait invité un couple formé par un ma­ est constitué par les rapports bilatéraux entre le bu­
riage mixte (de confessions catholique et anglicane du reau du COE à Genève et le CPPUC. Au cours des
Royaume-Uni). Le groupe a pris connaissance des expé­ ans, les deux organismes ont découvert un modèle
riences de quelques familles mixtes formées depuis le d’organisation de leurs rapports bilatéraux sur plu­
Deuxième Concile du Vatican et a souligné quelques- sieurs niveaux qui comprennent l’invitation aux
unes des implications œcuméniques et ecclésiologiques. principaux événements respectifs, des réflexions
En outre, des suggestions ont été faites en vue de pro­ communes sur les programmes du COE auxquels
gresser dans la discussion sur les mariages mixtes. S. l’Église catholique, à travers le CPPUC, est invitée à
Exc. Mgr Donal Murray, Évêque de Limerick (Irlande) a envoyer des experts.
fait un commentaire sur les paragraphes du Directoire
œcuménique qui traitent de la question des mariages
mixtes (143-160), tandis que S. Exc. Mgr Paul Nabil 4.1. Participation aux principaux événements du COE
Sayah, Archevêque maronite de Haïfa et Terre Sainte, a
illustré le contexte et l'objet de l'accord conclu en 1996 Le principal événement de l'activité du COE du­
entre les Patriarches catholique et orthodoxe au Moyen- rant cette période a été la Huitième Assemblée géné­
Orient concernant la première communion, les ma­ rale qui s’est tenue du 3 au 14 décembre 1998 à Hara-
riages mixtes et le projet de catéchisme commun. Le re (Zimbabwe) sur le thème Tournez-vous vers Dieu-
Comité exécutif du GMT se prononcera sur le meilleur Réjouis sez-vous dans l’espérance, choisi pour célébrer
moyen de poursuivre cette étude. le 50e anniversaire du COE (1948-1998). On estime
qu’environ 4000 personnes ont participé à l'assem­
blée, sans compter les visiteurs journaliers.
3.4.2. Anthropologie théologique Le Pape Jean-Paul II, comme en d'autres occa­
Une autre étude portant sur les questions qui affec­ sions de ce genre, a envoyé un message à F Assemblée.
tent la koinonia est Xanthropologie théologique. À la Le message a été lu par S. Exc. Mgr Mario Conti,
dernière session plénière du GMT, en mai 2001, des Évêque d’Aberdeen (Écosse), chef de la délégation ca­
exposés préliminaires ont été faits par S. Exc. Mgr tholique, et a été accueilli avec un grand enthousias­
Marc Ouellet (Secrétaire du CPPUC) sur Jean-Paul II me. L’Église catholique était représentée par 23 ob­
et l’anthropologie biblique de l’imago Dei, et par le Prof. servateurs officiels. Au cours des travaux, plusieurs
Nicholas Lossky (orthodoxe russe, France) sur L’an­ commentaires positifs ont été faits concernant les re­
thropologie théologique dans une perspective orthodoxe. lations catholiques-COE. L’un d’eux, en particulier,
Le Comité exécutif du GMT examinera ultérieurement était contenu dans le rapport du Modérateur du Co­
la meilleure façon de poursuivre l’étude. mité central du COE, Sa Sainteté Aram Ier (Catholi-
cos du Catholicossat arménien de Cilicie), qui men­
3.4.3. Pensée et action sociale tionnait l’Encyclique du Pape Jean-Paul II, Ut unum
sint, ainsi que d’autres documents sur l’œcuménisme.
La collaboration dans le domaine de la pensée et Dans son allocution il a déclaré que « bien que ces
de l’action sociale, c’est-à-dire des problèmes so­ documents concernaient l’activité œcuménique inter­
ciaux, de justice et de paix, a lieu entre le bureau ne de l’Église catholique, leur potentiel transcende

77
TÉglise catholique romaine». Une autre évaluation qui seront présentés en 2005 par le Comité spécial
positive était incluse dans le rapport du Comité pour mentionné ci-dessus, certains membres orthodoxes
la politique de l'Assemblée, où il est dit: « Le Comité ont fait savoir qu’au cas où le rapport n’indiquerait
tient à exprimer toute son appréciation pour le té­ aucune flexibilité, ils pourraient opter pour le statut
moignage tangible de l’engagement irréversible de d’observateurs.
TÉglise catholique au mouvement œcuménique que Les relations avec TÉglise catholique ont été plutôt
l’on trouve dans le message cordial et encourageant dans l’ombre pendant cette réunion. L’Église catho­
envoyé par le Pape Jean-Paul II à la Huitième Assem­ lique a été mentionnée une seule fois, à savoir dans le
blée ». rapport du Secrétaire général, Dr Konrad Reiser, qui a
attiré l’attention des délégués sur le document Domi-
En dehors des sessions de l’Assemblée, les nus Iesus, et sur celui du Synode de TÉglise orthodoxe
membres catholiques conduits par S. Exc. Mgr Mario russe sur les Principes fondamentaux de l’attitude de
Conti, ont accepté de tenir des sessions d’information l’Église orthodoxe russe à l’égard des autres chrétiens.
sur L'Église catholique dans le mouvement œcumé­ L’intention du Secrétaire général était de souligner le
nique. Ces sessions ont permis de clarifier de nom­ fait que les questions ecclésiologiques représentent en­
breuses questions, entre autres sur les relations catho- core une pierre d’achoppement dans les relations entre
liques-COE, la contribution de l’Église catholique au les Églises et les Communautés ecclésiales.
travail de Foi et Constitution et la participation de TÉ- Dans le cadre des invitations aux principaux évé­
glise catholique dans les Conseils d'Églises au niveau nements respectifs, le COE était représenté par un
local. Les sessions ont été très bien suivies et vivement délégué fraternel au Comité central du Jubilé. Le
appréciées. Du fait que plus d'une centaine d’autres COE était représenté par trois délégués également à
catholiques assistaient à l’Assemblée dans diverses ca­ l’ouverture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-
tégories de participation, Mgr Conti a pris l'initiative Murs, le 18 janvier 2000, ainsi qu’à sa fermeture le 25
d’aménager une occasion permettant aux délégués ca­ janvier 2001. En outre, le COE a envoyé un délégué à
tholiques officiels de les rencontrer. Cette réunion a Rome à l’occasion de la « Commémoration des Té­
également eu beaucoup de succès du fait qu’un grand moins de la foi du XXe siècle », le 7 mai 2000.
nombre de ces autres catholiques étaient simplement Une autre forme de relations bilatérales en cours
curieux de savoir qui faisait partie de la délégation ca­ est l’échange de visites mutuelles entre Rome et Ge­
tholique officielle et d’apprendre quelque chose nève. Les visites sont faites par des responsables et
concernant les relations catholiques-COE. par des membres du staff de part et d’autre. Le but
L’invitation au CPPUC d’envoyer des observateurs est principalement de connaître les personnes avec
aux réunions du Comité central du COE qui ont lieu lesquelles nous collaborons, d’échanger des informa­
tous les 18 mois est devenue une pratique normale. tions sur notre travail, d’examiner les problèmes qui
Le CPPUC envoie habituellement deux délégués ob­ affectent les rapports entre les deux partenaires et
servateurs à ces réunions. La dernière a eu lieu du 29 d’indiquer le meilleur moyen de poursuivre les rela­
janvier au 6 février 2001 à Potsdam (Allemagne). Un tions. C’est dans ce cadre que le Cardinal Walter Kasper
des principaux points à l’ordre du jour était le lance­ (à l’époque nouvellement nommé Secrétaire du
ment de la Décennie pour vaincre la violence 2001- CPPUC) a fait sa première visite au COE, du 31 jan­
2010 à Berlin dans la Gedachtniskirche (Église du vier au 1er février 2000. S. Exc. Mgr Marc Ouellet a
souvenir), qui porte les cicatrices des bombarde­ fait une visite analogue en octobre 2001.
ments, en présence du Cardinal Georg Maximilian
Sterzinsky, Archevêque de Berlin. La manifestation
s’est terminée à la Porte de Brandebourg. 4.2. Collaboration au niveau des programmes
Un autre point de l'ordre du jour qui a longue­
ment retenu l’attention a été le rapport intérimaire 4.2.1. Études missiologiques
d'un Comité spécial de 60 membres (30 orthodoxes et
30 non orthodoxes) institué par l’Assemblée de 1998 Depuis 1985, le CPPUC nomme des experts catho­
pour examiner les questions soulevées par les liques qui offrent leur contribution à divers aspects de
membres orthodoxes du COE concernant les pro­ la mission et de l’évangélisation. Actuellement, trois de
blèmes que leur cause leur participation au COE. Ces ces experts sont membres à part entière d’une com­
problèmes touchent la structure du COE, son style de mission qui dirige les études et la réflexion dans ce do­
travail, son ethos qui, selon les membres orthodoxes, maine. En outre, en consultation avec la Congrégation
est devenu plus protestant, le processus décisionnel pour l’évangélisation des peuples, le CPPUC nomme
et le culte en commun. En raison de ces problèmes, une religieuse catholique d’un institut missionnaire au
les Patriarcats de Géorgie et de Bulgarie se sont reti­ siège de Genève comme consultante à plein temps sur
rés du COE, tandis que TÉglise orthodoxe russe a ré­ les questions de mission ainsi que sur d’autres aspects
duit son niveau de participation en n’envoyant que de la collaboration en général entre le COE et TÉglise
deux prêtres et deux laïcs en qualité d’observateurs catholique. Cette fonction est actuellement assurée par
aux événements organisés par le COE, et ce jusqu’à Sœur Elizabeth Moran (des Sœurs missionnaires de
ce que les problèmes en question soient résolus. Cer­ Saint-Columban, Écosse), qui travaille en étroite rela­
tains orthodoxes étaient d’avis que TÉglise catholique tion avec le CPPUC. Une partie de l’activité du
avait choisi le juste modèle de collaboration avec le membre du staff catholique à Genève consiste à aider
COE à travers le cadre du GMT. Selon les résultats le staff de Genève à utiliser les ressources disponibles

78
en termes d’information, d'experts et de documents b) Dans ce rapport est mentionnée la présence de
des institutions catholiques en cause. Au mois d’oc­ plus de 100 autres catholiques (dans diverses catégo­
tobre de cette année, un groupe de 9 membres du staff ries) à l’Assemblée du COÊ de 1998. Certains parmi
du COE est venu en visite à Rome dans le but de ren­ eux (dont quelques évêques) représentaient de plein
forcer la collaboration avec les experts et les spécia­ droit le Conseil d’Églises dont leur Conférence est
listes catholiques qui opèrent ici. membre au niveau national ou régional. Ce phénomène
se reproduira dans les prochaines années, compte tenu
4.2.2. Formation œcuménique et Bossey du nombre croissant de Conseils d’Églises qui ont une
participation catholique à ces niveaux.
Depuis plusieurs années, le CPPUC nomme un
prêtre catholique comme professeur à plein temps, spé­ c) Les relations continuent d’être très positives,
cialisé en théologie biblique, à l’institut œcuménique du mais elles ont été quelque peuz affectées par la publi­
COE à Bossey près de Genève. Ce poste est actuelle­ cation des deux documents, Eglises sœurs et Domi-
ment occupé par le Père Gosbert Byamungu, prêtre dio­ nus Iesus. Bien que le COE ait publié une réponse
césain de Tanzanie qui a fait ses études à l’Université très modérée à Dominus Iesus, il était clair que ses
Grégorienne. La collaboration avec cet Institut est im­ Églises membres désiraient que la question fut sou­
portante du fait que celui-ci offre un cours de formation mise au GMT. Cela a été fait à la réunion du Comité
œcuménique de quatre mois à des jeunes (orthodoxes exécutif du GMT en octobre 2000 à Genève, où un
et protestants) de différentes parties du monde. Chaque dialogue utile a eu lieu.
année depuis 1976, vers la fin du cours, le CPPUC orga­ d) L’introduction de ce rapport mentionne à titre
nise un voyage à Rome pour les étudiants et le staff de d'information le nombre de catholiques qui témoigne
l’institut, à qui il offre l’hospitalité. Le but de cette visite de notre engagement dans nos relations avec le COE.
est d’exposer les étudiants à la vie de l'Église catholique Aucune Église affiliée au COE emploie autant de
au plus haut niveau par des contacts avec des secteurs membres, plus de 40 personnes, dans les activités du
de la Curie, des représentants d’instituts missionnaires Conseil. Cet engagement est devenu un élément né­
et de formation. Des visites guidées ont également lieu cessaire de la vie du COE qui, sans lui, ne serait pro­
aux sites religieux de Rome, tels que les basiliques et les bablement pas en mesure de mener adéquatement à
catacombes. Le moment le plus marquant du séjour est, bonne fin certaines de ses activités.
chaque fois que cela est possible, une audience privée
avec le Saint-Père, qui est vivement appréciée. En ren­
contrant des personnes réelles à Rome, au lieu d’en­ Foi et Constitution
tendre parler de l'Église catholique ou de lire des ar­
ticles à son sujet, de nombreux étudiants ont déclaré La Commission Foi et Constitution du Conseil œcu­
que leur opinion sur l'Église catholique avait changé. ménique des Églises travaille actuellement, comme tou­
jours, sur une grande variété de sujets. Les thèmes théo­
4.2.3. Relations interreligieuses logiques dont elle s’occupe comprennent l’ecclésiologie,
l'herméneutique œcuménique, l’anthropologie théolo­
Un des aspects les plus réussis de nos rapports est gique, la foi apostolique, l'identité ethnique et l’identité
la collaboration dans le domaine des relations inter­ nationale, la quête de l'unité de l’Église, le culte et une
religieuses. Cette collaboration a lieu entre le Conseil date commune pour le jour de Pâques.
Pontifical pour le dialogue interreligieux (CPDI) et La Commission continue de collaborer avec le
l'Unité pour les Relations interreligieuses du COE. La Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des
collaboration entre les deux organismes comporte chrétiens dans la préparation annuelle du matériel qui
l’échange d’informations et des études conjointes sur sera utilisé pendant la Semaine de prière pour l’unité
des questions d’intérêt commun. Dans le passé, les des chrétiens. Elle aide la Conférence des Secrétaires
staffs des deux organismes ont examiné ensemble la des Communions mondiales chrétiennes en organi­
question des mariages mixtes et de la prière en com­ sant périodiquement le Forum sur les dialogues bilaté­
mun. Un échange de visites a lieu chaque année entre raux. Le Huitième Forum s’est tenu en mai 2001. En
Rome et Genève. En 2001, c'était au tour du COE de outre, elle organise tous les 6 ou 7 ans, pour le compte
rendre visite au CPDI. Les initiatives prises par les des Églises unies et unissantes, une rencontre de re­
deux organismes sont régulièrement communiquées présentants de ces groupes dans le but d’examiner les
au CPPUC et au GMT lors de sa réunion plénière. développements de cet aspect du mouvement œcumé­
nique. La prochaine consultation entre Églises unies et
unissantes aura lieu aux Pays-Bas en septembre 2002.
5. Évaluation de ces relations Le plus important des projets de Foi et Constitu­
tion actuellement en cours est probablement celui
a) Comme il a déjà été mentionné dans ce rap­ qui concerne l’ecclésiologie. Un grand nombre des
port, l’Assemblée du COE de 1998 a jugé très positi­ réponses au texte de convergence de Foi et Constitu­
vement les relations avec l’Église catholique. La pré­ tion, «Baptême, eucharistie et ministère (BEM) » indi­
sence d’une délégation catholique officielle de 23 quaient qu’une réflexion ultérieure sur l’ecclésiologie
membres (5 évêques, 7 prêtres, 6 religieuses et 5 était nécessaire pour la compréhension de ces sacre­
laïcs) a été vivement appréciée et considérée comme ments. En outre, pendant les deux dernières décen­
un signe de réelle solidarité. nies, l’ecclésiologie est devenue un sujet capital dans

79
plusieurs conversations bilatérales. En 1998, la Com­ gique, du point de vue œcuménique, si les change­
mission a publié un texte intitulé Nature et buts de ments suggérés étaient apportés.
l’Église: une étape vers une déclaration commune, do­ En commentant les différents paragraphes du texte,
cument F&C 181. Ce document d’étude représente le la réponse entre dans les détails en faisant ressortir ce
premier effort important de F&C en vue de réunir en qui est positif et en suggérant des améliorations.
une présentation logique les convergences sur 1 ’ecclé- Il est à souhaiter qu’un meilleur texte sur l’ecclé­
siologie qui ont été développées au cours de décen­ siologie puisse émerger dans les prochaines années.
nies de dialogues bilatéraux et multilatéraux. Comme Si oui, on peut espérer qu'un processus de réponse
le titre l’indique, c'est « une étape », un pas en avant. officielle de la part des Églises et des Communions
La Commission F&C a sollicité des réactions à ce chrétiennes mondiales pourra être entrepris avec au
texte dans l’intention d'en élaborer plus tard une ver­ moins une partie de la force qu’avaient les réponses
sion améliorée. Depuis, plusieurs réponses critiques au BEM dans les années 80. Il serait avantageux pour
sont parvenues, surtout de la part d'Eglises membres le mouvement œcuménique de savoir dans quelle me­
du COE. En raison de l’exigence d’affronter et de ré­ sure les chrétiens séparés se rapprochent d’une com­
soudre les conflits ecclésiologiques, le Conseil Ponti­ mune compréhension de l’Église.
fical pour la promotion de l’unité des chrétiens at­
tache une grande importance à ce projet.
Le Conseil Pontifical a donc entrepris un proces­ Relations avec les Unions Chrétiennes de Jeunes
sus de réflexion théologique sur ce texte. Plusieurs Jens (ucjg - ymca) et les Unions Chrétiennes
théologiens de différentes régions ont été invités à en­ Féminines (ucf - ywca)
voyer leurs commentaires au Conseil Pontifical. Une
équipe de trois personnes, comprenant le P. Emma­
nuel Lanne, O.S.B., le P. William Henn, O.F.M. Cap., 1. Relations avec l’UCJG (YMCA)
et le P. James Puglisi, S.A., a rassemblé les points de
vue de tout le groupe en un projet de réponse théolo­ Le principal événement de l’UCJG dans la période
gique. Nous avons précisé qu’il ne s’agissait pas d’une 1998-2001 a été le 14e Conseil mondial qui a eu lieu à
réponse officielle de l’Église catholique, mais plutôt Frechen (Allemagne) du 13 au 19 juillet 1998, et dont
d’un sondage préliminaire par un groupe de théolo­ le thème était Face à demain ensemble — Un temps
giens catholiques. Le document 181 de F&C n’est pas d’action. Avec plus de 750 participants, l’Assemblée a
suffisamment mûr pour être envoyé aux Églises et été l’occasion d’une évaluation des activités et des
aux Communions chrétiennes mondiales en leur de­ structures du mouvement, dans le but d’en obtenir
mandant une réponse officielle et une réception une vision plus claire pour l’avenir. Cette évaluation a
continue, comme dans le cas de BEM en 1982. On re­ été faite en partie à travers un processus de révision
commande de compléter le texte révisé en temps utile qui avait commencé après la Conférence mondiale de
pour la prochaine Assemblée générale du COE qui se Séoul en 1991, où une « Commission de révision de la
tiendra probablement en 2006. mission » avait été créée avec mandat d’élaborer une
Pour illustrer quelques-uns des commentaires cri­ claire Déclaration des buts des UCJG. Le Conseil
tiques contenus dans les réponses, les théologiens ca­ Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
tholiques ont suggéré de changer le nom: La nature et (CPPUC) était représenté à la Conférence par l’auteur
les buts de l’Église en La nature et la mission de l’Église de ce rapport en qualité d’observateur.
dans le dessein de salut de Dieu, afin de souligner la La Conférence a élu un Comité exécutif de 30
notion de mission qui est au cœur de l’Église. Ils ont membres, comprenant 9 catholiques, dont la Vice-
également suggéré des changements dans la structu­ présidente, Mme Betty Black, de Manitoba (Canada).
re du texte. Dans la structure actuelle, le chapitre I Dans le passé, un catholique a été Secrétaire général
s’intitule L’Église du Dieu trinité, le chapitre II, L’Égli­ de l’UCJG de 1991 à 1998.
se dans l’histoire et le chapitre III, L’Église comme koi- En 1999, la principale activité de l’UCJG a été la
nonia (Communion). Les théologiens recommandent réunion de son Comité exécutif à Genève (Suisse), du
que la discussion sur l’Église comme koinonia (com­ 14 au 19 juin. À la suite de cette réunion, une déléga­
munion), à présent au chapitre III, soit transférée au tion de l'Alliance universelle des UCJG a rendu une
chapitre I, L’Église du Dieu trinité, et ce pour plu­ visite officielle à Rome du 21 au 23 juin, où elle a été
sieurs raisons, la principale étant que l’objet tant de reçue par quatre dicastères du Saint-Siège: le Conseil
la création que de la mission du Fils et de l’Esprit Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens,
Saint est d’établir la communion avec Dieu. Et aussi, le Conseil Pontifical «Justice et Paix», le Conseil
d'un point de vue pratique, le premier chapitre décrit Pontifical pour le dialogue interreligieux et le Conseil
déjà l’Église comme communion des fidèles et com­ Pontifical pour les laïcs. La visite avait surtout pour
me communionÆo/nonia avec Dieu et avec le Christ. but d’échanger des informations sur différents points
En outre, les débats sur l’ecclésiologie, aussi bien au d’intérêt commun avec les dicastères en question.
sein de Foi et Constitution que dans divers dialogues À l’occasion d’une visite d’une délégation de
bilatéraux, tendaient à attribuer une importance ca­ l’UCJG à Timor Est en 2001, le Président du CPPUC
pitale au thème de la communion/koinonia. C'est a envoyé une lettre de présentation à l’évêque local,
pourquoi l’actuelle disposition du texte dans le docu­ S. Exc. Mgr Carlos F. X. Belo. Le but de la visite
ment 181 peut donner l’impression que ce thème est était de déterminer les besoins de Timor Est en vue
de moindre importance. Le contenu serait plus lo­ d’une intervention éventuelle.

80
2. Relations avec l'UCF (YWCA) ger la collaboration avec les autres Églises et Com­
munautés ecclésiales, mais également de promouvoir
Le principal événement de l’UCF pendant la pé­ un authentique esprit œcuménique dans l’Église ca­
riode couverte par ce rapport a été l’Assemblée mon­ tholique, conformément aux documents conciliaires
diale des UCF au Caire (Égypte) du 18 au 24 juillet et aux directives du Saint-Siège. En ce qui concerne
1999, qui avait pour thème Le pouvoir de changer. A l’Amérique latine, on ne doit pas oublier que « la par­
l’assemblée ont participé 500 délégués de 100 pays. ticipation de l’Église catholique au mouvement œcu­
Mme Monica Ramse (une catholique de Norvège) re­ ménique dans les pays où elle est la grande majorité
présentait le CPPUC en qualité d’observateur. Elle est cruciale pour que l’œcuménisme soit un mouve­
avait déjà représenté le CPPUC à une autre assemblée ment qui engage l’Église entière »?
du même genre en 1991 à Oslo. Le CPPUC a entrepris diverses activités, a partici­
À l’occasion d’une visite au Conseil œcuménique pé à de nombreuses initiatives et a établi des contacts
des Églises à Genève, l’auteur de ce rapport a rendu en vue de comprendre, d’introduire et de promouvoir
visite au quartier général de l’UCF, le 2 février 2000. la dimension œcuménique en Amérique latine, selon
La visite comprenait une rencontre avec la Secrétai­ le programme présenté à la dernière Assemblée plé­
re générale de l’UCF, Dr Musimbi Kanyoro (luthé­ nière.1 2 3 Signalons, dans ce contexte, qu’à l’exception
rienne), suivie d’une réunion avec 10 membres du de la publication d’une édition espagnole de Service
staff, dont trois étaient catholiques: une américaine, d'information, toutes les initiatives programmées ont
une française et une vénézuélienne. Au terme de la été menées à bien? ainsi que d’autres qui seront men­
visite, la Secrétaire générale a demandé au CPPUC tionnées plus loin. Il nous semble opportun, en pré­
s’il pouvait leur envoyer certains documents de l’É- sentant nos activités de 1998 à 2001 dans ce rapport,
glise catholique qui leur seraient utiles dans leurs de suivre la structure du Directoire pour l'application
études et leur travail. La visite a été vivement appré­ des principes et des normes sur Vœcuménisme (1993)
ciée. Par la suite, les documents suivants ont été en­ [Directoire œcuménique].
voyés à l’UCF: le Catéchisme de l’Église catholique;
les documents du Deuxième Concile du Vatican
(édition d’étude); Ut unum sint et le Directoire sur 1. La recherche de l’unité des chrétiens
l’œcuménisme.
La vie de l’Église catholique en Amérique latine et
ses programmes pastoraux ont été basés sur la
3. Remarques conviction que le concept de communion et le renfor­
cement du contexte de la communion sont essentiels.
Le nombre de catholiques dans les UCJG et les Malgré des développements importants et positifs
UCF a continué d’augmenter, surtout dans les pays dans les relations avec les autres chrétiens, il reste
à majorité catholique. Dans ces deux organisations beaucoup à faire pour arriver à une véritable recon­
œcuméniques, les catholiques auraient besoin, naissance d'une communion réelle, encore qu’incom­
là où c'est possible, d’une certaine forme d'aide plète, entre l’Église catholique et les autres Églises et
pastorale. Communautés ecclésiales existant sur le continent.
Les relations avec ces deux organisations demeu­ La sensibilité œcuménique varie selon le lieu et la
rent au niveau de contacts bilatéraux et d’échange d’in­ structure ecclésiale des participants.
formation sous forme d’envoi de nouveaux documents
publiés par le Saint-Siège. Les deux organisations
envoient régulièrement leurs bulletins au CPPUC. 1 Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chré­

Ce type de relations pourrait servir de modèle au tiens, Directoire pour l’application des principes et des normes sur
niveau national, là où cela est possible. Lorsque les l’œcuménisme (32).
21. Donner une impulsion à l’application des principes œcumé­
conditions le permettent, l’envoi d’une copie de lettre niques tels qu’ils sont énoncés dans le Directoire œcuménique et dans
pastorale à l’UCJG et à l’UCF locales pourrait être une l'Encyclique Ut Unum Sint-, 2. consolider le réseau œcuménique, assu­
façon de garder le contact. rer sa continuité; 3. promouvoir la formation œcuménique à tous les
Comme on l’a mentionné dans le cas de la visite niveaux; 4. établir des contacts avec les évêques qui sont les premiers
responsables de l'œcuménisme dans leur diocèse; 5. éliminer la mé­
d’une délégation de l’UCJG à Timor Est, le CPPUC fa­ fiance par des rencontres et des échanges; 6. établir des rapports avec
cilite parfois les contacts entre l’UCJG et l’Église ca­ les diverses associations œcuméniques qui opèrent sur le continent; 7.
tholique locale. faire connaître les documents publiés sur l’œcuménisme. CPPUC, Ser­
vice d’information, 98 ( 1998/III), p. 156.
3 (a) Soutien et participation aux différentes activités organi­
sées en Amérique latine; (b) intensification des contacts avec les
Commissions sur l’œcuménisme des Conférences épiscopales na­
La collaboration du Conseil Pontifical tionales; (c) organisation d’un séminaire sur l’œcuménisme, avec la
POUR LA PROMOTION DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS participation de délégués à l’œcuménisme des Conférences épisco­
pales d’Amérique latine; (d) préparation d'une édition espagnole
DANS LE DOMAINE ŒCUMÉNIQUE EN AMÉRIQUE LATINE du Service d'information qui permette d’avoir accès en temps utile
aux documents publiés par les différents dialogues théologiques;
Il est important de rappeler que le Conseil Pontifi­ (e) fourniture de la version espagnole de certains documents pasto­
raux en vue de la préparation d’une édition catéchétique de ce ma­
cal pour la promotion de l’unité des chrétiens tériel; (f) promotion de la « Semaine de prière pour l’unité des
(CPPUC) a pour tâche non seulement d’établir et de chrétiens »; (g) connaissance des documents publiés par les Com­
développer les dialogues œcuméniques et d encoura­ missions bilatérales locales. Cf. ibid.

81
Toutefois, il est important de noter que 1 œcuménis­ périence pentecôtiste elle-même créent des conditions
me commence à faire partie des programmes pastoraux permettant aux croyants de faire de la théologie par
dans de nombreux pays et à tous les niveaux. En ce qui une compulsion intérieure et ‘ à partir de la Bible ’,
concerne l’Église catholique, l’idée de son engagement sans référence apparente à des formulations théolo­
œcuménique est généralement reconnue, comme le giques. En outre, du fait qu’une promotion graduelle
montrent les diverses célébrations organisées à l’occa­ dans le système de leadership des Églises est forte­
sion de la signature de la Déclaration conjointe sur la ment encouragée et que ‘ l’esprit d'entreprise ’ est hau­
doctrine de la justification entre l’Église catholique et la tement apprécié dans le ministère (en majorité mas­
Fédération luthérienne mondiale. Néanmoins, dans culin), la création de nouvelles congrégations est sou­
quelques localités, les évêques soutiennent qu’il est en­ vent considérée comme un test de compétence ».5
core impossible d’entreprendre une action œcuménique L’influence pentecôtiste parmi les communautés
au niveau local. Ceux qui affirment une telle impossibi­ protestantes d'Amérique latine est visible dans les
lité citent, entre autres, les raisons suivantes: « nombre rites, la méthodologie pastorale, la mission et l’action
réduit ou même absence totale de chrétiens apparte­ œcuménique. Dans l’Église catholique elle-même, la
nant aux Églises traditionnelles »; « prosélytisme agres­ diffusion d’expressions charismatiques, encouragée
sif des évangéliques et des pentecôtistes », qui sont tou­ surtout par le mouvement du Renouveau charisma­
jours considérés comme des sectes, avec bon nombre tique, a une influence qui mérite une mention parti­
de ces chrétiens qui sont d’anciens catholiques, et culière. Il convient de noter qu’alors que les charis­
« risque d’indifférentisme et de confusion parmi les fi­ matiques catholiques sont restés jusqu’à présent en
dèles catholiques qui n’ont pas une solide formation communion avec l’Église catholique, la croissante
chrétienne ». pentecôtistisation des communautés protestantes a
Dans le cadre œcuménique, les dynamiques majo­ fait naître des conflits internes qui ont assez souvent
rité-minorité jouent un rôle important dans ce conti­ conduit à de véritables et totales ruptures.
nent. On remarquera que la minorité, dans certains Parmi les initiatives qui encouragent la compré­
pays, est une « minorité relative », dans la mesure où hension réciproque et la collaboration entre catho­
elle comprend un nombre important de fidèles. Au liques et pentecôtistes, il faut citer X’Encuentro catôli-
Brésil, par exemple, la communauté luthérienne co pentecostal latinoamericano y caribeno, organisé à
compte 600.000 membres. Quito en mai 1998 par le Consejo Latinoamericano de
Dans les circonstances actuelles, beaucoup d'au­ Iglesias (CLAI) et la Section de Ecumenismo de CE-
teurs, catholiques et autres, affirment que « l’homogé­ LAM, en collaboration avec la Comisiôn Evangélica
néité catholique du continent se désintègre face à un Pentecostal Latinoamericana. La rencontre était cen­
pluralisme religieux de plus en plus évident». Dans ce trée sur le pentecôtisme non catholique, et le Rév.
contexte, on notera que la croissance exponentielle des Juan Usma y a participé au nom du CPPUC. Le mes­
communautés pentecôtiste et évangélique est l’un des sage conclusif déclarait: « Nous nous engageons à re­
phénomènes marquants de ces dernières décennies, chercher des modes de rencontres nouveaux et per­
bien que de nombreux évêques aient déclaré que la manents, dans la conviction d’avoir été appelés par
création de nouvelles congrégations et/ou églises évan- Jésus à interpréter le kairos latino-américain et, avec
géliques-pentecôtistes ne signifie pas nécessairement la force de l’Esprit, à répondre à la prière de Jésus
une augmentation du nombre de fidèles. Pour la majo­ ‘que tous soient un, afin que le monde croie’».6 Dans
rité des autres chrétiens, le défi consiste à présent à le but de préparer une deuxième rencontre en 2001,
« surmonter la fragmentation religieuse en Amérique après celle de Quito, on avait envisagé la création
latine et dans les Caraïbes. Nous sommes tous d’un Comité exécutif auquel participerait également le
conscients de la transformation en cours dans ces Rév. Usma. La rencontre n’a toutefois pas eu lieu, les
pays, tant dans l’Église catholique que dans les Églises pentecôtistes ayant décidé de la remettre à plus tard
protestantes, dont la manifestation la plus visible est à la suite de la publication de Dominus lesus.
l’incorporation des idéaux charismatiques ».4 Un autre aspect qu’il convient de mentionner est
Il est important de rappeler que 75% au moins l’important rôle réconciliateur joué par les évêques
des autres chrétiens sont pentecôtistes. Cette réalité, catholiques durant les violentes confrontations (heu­
qu'il est bon de ne pas oublier en parlant d’efforts reusement pas très nombreuses) nées en plusieurs
œcuméniques, est une source de controverses et de endroits entre catholiques et évangéliques/pentecô-
difficultés, compte tenu du fait que des doutes sub­ tistes.
sistent quant à la nature ecclésiale de ces groupes, Bien que la question des relations Église-État ne
comme il est dit plus haut. Un théologien luthérien soit pas de la compétence de ce dicastère, son in­
latino-américain a exprimé cette opinion de la façon fluence œcuménique est importante et ne peut être
suivante: négligée. Certains chercheurs soutiennent que ces re­
« Dans la plupart des cas, les églises pentecôtistes lations ont été décisives pour la sauvegarde du catho­
n’ont ni corps de doctrine distinctif ni autorité théolo­
gique reconnue. Leur compréhension radicale du sa­
cerdoce de tous les croyants’, de sola scriptura, et l’ex­
5 Langerak, A., The Witness and Influence of Pentecostal Chris-
tians in Latin America, dans International Review of Mission 345
(Avril 1998), Vol. LXXXVII, p. 182.
4 Consejo Latinoamericano de Iglesias, IVe Assemblée générale, 6 Encuentro catolico-Pentecostal Latinoamericano y Cari­
Mensaje Final, Barranquilla, janvier 2001, p. 2. beno, Mensaje a las Iglesias, dans Medellin, 95, p. 525.

82
licisme en Amérique latine. Cependant, très peu de d) promouvoir le sens de l'œcuménisme spirituel
pays latino-américains reconnaissent aujourd'hui une et mettre en évidence la dimension œcuménique de
Église particulière comme Église officielle. La plu­ la spiritualité comme composante essentielle de l'être
part des pays maintiennent la séparation entre Église chrétien;
et État sanctionnée par la constitution.
En raison de la structure ecclésiale particulière de e) profiter des occasions offertes par l’année litur­
nombreuses communautés protestantes, les relations gique et par des événements sociaux particuliers
entre celles-ci et l’État se développent dans le cadre des pour rendre un témoignage chrétien en commun;
limites législatives des différents pays. La promulgation f) faire en sorte que la « Semaine de prière pour
de Ley de Cultos dans des pays comme le Chili, l’Équa- l’unité des chrétiens » — à laquelle participent active­
teur et l’Argentine, a été accueillie favorablement par les ment de nombreuses Églises — ait une place privilé­
communautés évangéliques. Des pressions ont été exer­ giée (mais non exclusive) dans la vie des communau­
cées dans quelques pays dans le but d’obtenir un statut tés chrétiennes;
égal à celui qui est attribué à l'Église catholique.
En ce qui concerne l’instruction religieuse dans g) continuer de développer l’apostolat biblique, la
les écoles publiques, au Brésil des comités œcumé­ Bible étant le lieu de rencontre privilégié de tous les
niques ont assumé la responsabilité de sa program­ chrétiens;
mation. h) procurer des occasions de rencontre entre en­
seignants d’œcuménisme, responsables de la forma­
tion dans les séminaires et étudiants en théologie; ces
2. L’organisation du service de l’unité des chrétiens rencontres devraient comprendre des possibilités
DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE d’échanges avec des représentants d’autres Églises
afin d’incorporer la dimension œcuménique dans
Depuis la dernière Assemblée plénière, les tous les aspects de la formation;
contacts ont été maintenus avec les responsables
pour l’œcuménisme des conférences épiscopales. Des i) assurer la réception, dans chaque Église, des
brochures en espagnol pour la Prière pour l'unité, et résultats des dialogues théologiques internationaux
des traductions de documents œcuméniques publiés et nationaux, en contribuant à leur développement
par les commissions internationales de dialogue, ont au niveau local par leur diffusion et par la réflexion
été régulièrement envoyées aux intéressés. La Confe- théologique;
rencia Nacional dos Bispos do Brasil (CNBB) a prépa­ j) redéfinir le panorama du pluralisme chrétien
ré des traductions portugaises de ces textes. Le Semi- sur le continent afin de préciser les objectifs de l’œcu­
nario sobre Ecumenismo, qui s’est tenu en août 1998 ménisme, en le différenciant du dialogue interreligieux
à Mexico sous la présidence de Son Éminence le Car­ et du phénomène des sectes. Il est tout aussi important
dinal Cassidy et de S.Exc. Mgr Duprey, pour une éva­ d'avoir une compréhension plus claire des diverses ex­
luation de la situation et proposer des directives pour pressions de 1’évangélicalisme et du pentecôtisme;
l’avenir, a eu une excellente participation et a été très
utile. Les évêques responsables pour l’œcuménisme, k) s’assurer que l’œcuménisme est perçu comme
avec les Secrétaires exécutifs des Comités épiscopaux engagement de tous les membres de l’Église, afin de ré­
pour l'œcuménisme, ont indiqué les priorités sui­ duire l’écart entre les directives et documents du magis­
vantes dans le cadre de l’œcuménisme latino-améri­ tère et la pratique pastorale, en évitant en même temps
cain: que les effets de l’œcuménisme ne se limitent à l’action
de groupes restreints ou de charismes individuels.
a) créer les structures locales qui nous permet­
tront d’insérer l’œcuménisme dans le ministère pasto­ Les difficultés rencontrées par la Section œcumé­
ral de nos Églises aux niveaux local, national et régio­ nique de la SECUM/CELAM de 1995 à 1999 compre­
nal. Dans cette perspective, on demande aux Confé­ naient « une formation insuffisante des collabora­
rences épiscopales d’instituer une Commission spé­ teurs pastoraux; l’absence d’intérêt ou l’inefficacité
ciale pour l’œcuménisme et, en conséquence, de des commissions nationales; l’absence de contacts
nommer un délégué qui sera chargé de cette tâche au avec d’autres organisations œcuméniques ».
niveau diocésain; En vue d’assurer la continuité du nouveau Comité
b) entreprendre des initiatives en vue d’une for­ exécutif pendant la période de quatre ans 1999-2003,
mation œcuménique permanente à tous les niveaux: une réunion a eu lieu en 1998, au cours de laquelle
clergé, religieux, séminaristes, catéchistes et laïcs. un groupe d’experts, parmi lesquels le Rév. Usma, a
Dans ce contexte, un rôle fondamental est attribué au élaboré un projet de programmes et d’activités œcu­
pasteur de l’église locale, l’engagement œcuménique méniques pour la prochaine période; par la suite, ce
étant une partie intégrante du ministère épiscopal; projet a été approuvé par l’Assemblée générale du
CELAM. Le membre du staff chargé de cette tâche
c) collaborer à la défense de la vie et à la promo­ n’a pas pu se consacrer exclusivement à la SECUM
tion de la dignité humaine, encourageant ainsi la col­ de 1999 à 2000, en raison des autres responsabilités
laboration œcuménique dans la sphère sociale, où il qui lui étaient confiées. Toutefois, les programmes
est toujours possible de trouver un terrain d’entente ont été réalisés avec la collaboration du groupe d’ex­
dans la quête de l’unité; perts. Un secrétaire exécutif a été nommé en janvier

83
2001, mais nous n’avons pas encore pu le rencontrer (ITEPAL), a organisé le III Curso Latinoamericano
ni prendre contact avec lui. sobre Ecumenismo y Nuevos Movimientos Religiosos
En 2000, le Rév. Usma a participé à deux ren­ en août 1999. Le cours a duré un mois, dont la derniè­
contres régionales avec des secrétaires exécutifs, re semaine a été coordonnée par le Rév. Usma.
convoquées par la SECUM/CELAM. À chacune de ces Plusieurs rencontres sur le thème de la formation
rencontres un résumé de la situation œcuménique lo­ ont eu lieu au niveau local pour les collaborateurs
cale a été présenté et des points importants ont été pastoraux et pour les délégués diocésains. Ce genre
examinés. Des développements positifs dans le domai­ de rencontres a été repris dans divers pays grâce à un
ne œcuménique sont signalés en Bolivie, Équateur et échange avec un groupe de spécialistes. Des initia­
Venezuela. Toutefois, les problèmes subsistent en ce tives particulièrement significatives et fécondes ont
qui concerne la formation œcuménique et la dimen­ été prises en Bolivie et au Brésil, comprenant des
sion œcuménique du ministère pastoral. Quelques Se­ rencontres de spécialistes de l’œcuménisme dans les
crétaires exécutifs pour l’oecuménisme ont qualifié de Séminaires et les Universités. Le staff de la Conféren­
préoccupante l’attitude de certains évêques qui s’oppo­ ce épiscopale nationale du Brésil, qui est chargé du
sent aux initiatives œcuméniques ou essaient d’en ré­ programme œcuménique, a créé depuis 1998 un ré­
duire l’importance, bien qu’ils soient parfois eux- seau de spécialistes dans le but de stimuler la forma­
mêmes membres de Commissions œcuméniques. tion œcuménique des séminaristes et des ministres,
L’engagement œcuménique a continué de se déve­ ordonnés et non ordonnés, par l’introduction de
lopper de diverses manières dans des pays tels que l’Ar­ cours réguliers et spécialisés. Cette initiative se pro­
gentine et le Chili. Le travail effectué pour la formation pose en outre de créer un groupe d’étude en vue de
au niveau pastoral s’est révélé très utile aux fins de créer perfectionner le support théologique aux seize ré­
des structures diocésaines. En outre, le dialogue avec gions du Brésil et/ou aux diocèses qui en font la de­
les autres Églises et Communautés ecclésiales a com­ mande. Le Rév. Usma a participé à plusieurs ré­
mencé et s’est intensifié. Le dernier rapport de la Com­ unions qui ont eu lieu de 1998 à 2001.
mission œcuménique en Uruguay a souligné les pro­ Le document intitulé La dimension oecuménique
blèmes financiers qui causent de sérieux retards dans dans la formation de ceux qui travaillent dans le minis­
les programmes œcuméniques de ce pays. Les contacts tère pastoral, élaboré durant l’Assemblée plénière de
ont cependant été réguliers grâce au Consejo de Iglesias 1995 et publié en 1997, offre une base pour certains
Cristianas del Uruguay (CICU). Le Paraguay demande programmes de formation. La nécessité d’intégrer la
de l’aide pour le travail dans le domaine de la formation dimension œcuménique dans les cours de théologie a
des responsables et des collaborateurs pastoraux. La été plusieurs fois affirmée.
Commission épiscopale pour l'œcuménisme du Brésil
s’est engagée à créer des comités œcuméniques dans
seize régions, en vue d’apporter un soutien plus consis­ 4. Communion de vie et d’activité spirituelle des
BAPTISÉS
tant aux comités diocésains. En février 2001, dans le
contexte des initiatives au niveau épiscopal, le Cardinal
Kasper a tenu trois conférences sur des thèmes œcumé­ Les Fratemidades Ecumenicas, les Consejos de Igle­
niques durant le Séminaire pour les Évêques organisé sias et les associations de fidèles donnent un élan consi­
par l’archidiocèse de Rio de Janeiro. dérable à la communion de vie entre chrétiens de diffé­
La continuité du travail œcuménique, tant du rentes confessions. En ce qui concerne le sacrement du
point de vue des programmes que de la participation, baptême, signalons l’important accord conclu au Chili
a été d’une importance vitale en Amérique latine. Par pour la reconnaissance réciproque du baptême, et sous­
ailleurs, on enregistre un engagement croissant de la crit également par l’Église catholique en 1999.
part des laïcs dans les comités œcuméniques. La pratique de la prière en commun est de plus
Au cours des trois dernières années, le Rév. Usma en plus répandue, non seulement durant la « Semai­
a entretenu des contacts réguliers avec la plupart des ne de prière pour l’unité », mais également pendant la
responsables pour l’œcuménisme en Amérique du période de Noël et de Pâques.
Sud. Il serait utile, à l’avenir, d’établir d’autres Conformément aux directives catholiques sur la com-
contacts avec l’Amérique centrale, où le travail en vue munio in sacris, le thème de l’hospitalité eucharistique
de la création de comités œcuméniques au niveau fait actuellement l’objet d’une étude, principalement dans
diocésain et national a commencé. Il faudra égale­ les pays qui ont des communautés luthériennes.
ment accorder plus d’attention à la situation dans les
Caraïbes. Le CPPUC devrait en outre encourager l’or­ 5. Collaboration œcuménique, dialogue et témoi­
ganisation de rencontres œcuméniques dans les pays gnage commun
où il n’y a pas de précédents.
A la suite des tragiques catastrophes naturelles
qui ont affligé de nombreux pays, des chrétiens, ca­
3. La formation à l’œcuménisme dans l’Église catho­ tholiques et autres, ont travaillé côte à côte pour ap­
lique porter de l’aide aux victimes, non seulement en
termes matériels mais également de nature spirituel­
La formation est une priorité dans les programmes le. Des initiatives ont également été prises pour pro­
œcuméniques. La SECUM/CELAM, en collaboration mouvoir une réconciliation nationale. La prudence
avec Xlstituto Teologico Pastoral para América Latina reste néanmoins de mise. Des théologiens évangé­

84
liques ont relevé la « confessionnalisation de la poli­ qui étaient impensables dans le passé. Mais d’autre
tique » de quelques-uns de leurs responsables, qui, à part, l’œcuménisme continue de subir les attaques de
longue échéance, pourrait « être préjudiciable pour forces opposées à la vision de l’unité entre les Églises.
les pays, pour les Eglises elles-mêmes et pour l'évan­ Il y a eu une augmentation des groupes charisma­
gélisation ». tiques, certains desquels se caractérisent par une posi­
De nombreux symposiums ont été organisés dans tion profondément et ouvertement anti-œcuménique,
le but d'étudier les documents des commissions et qui sont motivés par un fondamentalisme suprana­
mixtes internationales de dialogue. Citons particuliè­ tional. D’autres préconisent toutefois l’opportunité de
rement Le don de l’autorité (ARCIC II), Evangélisa­ rechercher des moyens novateurs de rencontre et
tion, prosélytisme et témoignage commun (Dialogue d’unité. Il faut également mentionner la violente at­
international catholique-pentecôtiste) et la Déclara­ taque (embestida) menée dans le domaine œcumé­
tion conjointe sur la doctrine de la justification. nique par certains secteurs de l’Église catholique, qui
Peu de dialogues théologiques bilatéraux ont été cherchent, à partir d’une position hégémonique, à im­
établis au niveau national. Les dialogues existants poser leur programme de dialogue et à renforcer les
ont poursuivi leur travail. anciens préjugés envers les Églises évangéliques.8
La missiologie est un thème de dialogue que l’on On ne voit pas très bien à quoi se réfère exacte­
commence à prendre en considération. La réflexion ment cette dernière phrase. Mais en dépit du ton
catholique dans ce domaine a fait des progrès au amer du message ci-dessus, la recherche des moyens
cours des années, grâce aussi au Congreso Misionero d’engager un dialogue pour préciser et réaffirmer la
Latinoamericano (COMLA); celui-ci — après l’Exhor- position catholique continue. Ce serait un pas en ar­
tation apostolique Ecclesia in America — a été étendu rière si, après le rapprochement des trois dernières
à l’Amérique du Nord, devenant ainsi le Congreso Mi­ années, les membres du CLAI renonçaient aux rela­
sionero Americano (CAM). L’établissement, en 1999, tions avec l’Église catholique pour se concentrer ex­
de VAssociaciôn Latinoamericana de Misionologos clusivement sur la recherche de leur propre identité.
(ALAMIS), une organisation créée par des catho­ Dans quelques pays, une réflexion théologique
liques, mais ouverte à la réflexion d’autres chrétiens commune a déjà commencé au cours de symposiums
sur le thème de la mission, représente un pas positif et de réunions. Motiver et encourager ce genre d’ini­
et encourageant. Du côté des évangéliques, la Frater- tiatives dans les études théologiques sera une des
nidad Teologica Latinoamericana, une association de priorités de la prochaine période.
théologiens évangéliques, a organisé le IV CLADE Alors que les contacts œcuméniques à travers les
Congreso Latinoamericano de Evangelizaciôn qui s’est conseils d’Églises et/ou les organisations ecclésiales
tenu à Quito en 2000. (telles que le CLAI) sont importants, il est indispen­
Au niveau continental, les relations entre le CE- sable pour l’Église catholique d’établir des relations
LAM et le CLAI se sont intensifiées. Toutefois, la pu­ directes avec des représentants des autres Églises et
blication de la Déclaration Dominus Iesus (sep­ Communautés ecclésiales.
tembre 2000) a suscité de sérieuses préoccupations.
Le communiqué de presse du Pasteur Walter Alt-
mann, à l’époque Président du CLAI, déclarait:
« En exprimant la déception causée par cette décla­ Aspects œcuméniques
ration du Vatican, le CLAI manifeste néanmoins sa gra­ du Grand Jubilé de l’An 2000
titude pour les nombreux efforts œcuméniques, passés
et futurs, de la part des Eglises protestantes et de l’Egli-
se catholique, affirmant son engagement dans la re­ « Que le caractère œcuménique du JuÔilé soit un
cherche de l’unité et proposant de poursuivre un dia­ signe concret du chemin que, surtout ces dernières dé­
logue ouvert et sincère entre les Églises protestantes et cennies, les fidèles des diverses Églises et Communautés
entre celles-ci et l’Église catholique, dans la certitude ecclésiales sont en train de parcourir » (Incamationis
que l’unité de foi en Jésus Christ, Seigneur et Sauveur, mysterium, 4). À cette fin, Jean-Paul II proposait une co­
est plus grande que les divisions qui encore les afflige ».7 opération avec d’autres chrétiens. Déjà dans sa Lettre
Le message final de la IV Asamblea General du apostolique Tertio millennio adveniente (1994), il avait
CLAI qui a eu lieu en Colombie en janvier 2000, est prévu que « tout en respectant les programmes des di­
également digne d’attention: verses Églises et Communautés ecclésiales, on arrive à
« La fin du vingtième siècle a été témoin d’un ré­ des projets œcuméniques pour la préparation et la réali­
veil du mouvement œcuménique. De nouvelles formes sation du Jubilé » (Tertio millennio adveniente, 16).
de coopération sont nées entre les Églises qui se sont En outre, il indiquait le cadre trinitaire et christo-
engagées à manifester l’unité des chrétiens sur des logique comme base de la célébration, de manière à
questions concernant l’activité missionnaire et les pro­ faciliter la convergence entre les chrétiens sur la base
blèmes sociaux et politiques. Ainsi, de nouvelles di­ des dogmes centraux de la foi chrétienne, et à justi­
mensions et possibilités de dialogue et de coopération fier ainsi et rendre possible la célébration en com­
ont été créées avec des Églises du monde évangélique, mun de certains événements.

7 Altmann, W., Dominus lesus, Declaracion del Consejo Lati­ 8 Consejo latinoamericano de Iglesias, IV Asamblea General,
noamericano de Iglesias (CLAI), dans Râpidas, octobre 2000, p. 2. Mensaje Final, Barranquilla, janvier 2001, p. 2.

85
Ces deux dimensions ont permis de surmonter ou portée. Presque toutes les Églises et Communautés
d'éviter diverses barrières qui ont existé au cours de d’Orient et d’Occident y ont participé, avec 22 déléga­
l'histoire parmi les autres chrétiens concernant le Ju­ tions, outre celle du Conseil œcuménique des Églises.
bilé, une pratique inconnue des orthodoxes et à la­ Les quelques absences n’ont pas gâché la cérémonie.
quelle les protestants sont opposés. Lorsque le Jubilé Elles ont néanmoins montré que de nouvelles initia­
a été annoncé, nul n’aurait pensé qu'il serait possible tives sont nécessaires dans la quête de l’unité. De tou­
de célébrer ensemble l'ouverture de la Porte Sainte. te façon, l’ouverture de la Porte Sainte elle-même est
Les réticences et les difficultés qui ont parfois surgi un signe d’un avenir ouvert à la grâce divine.
au cours du Jubilé, telle que la question des indul­ La procession de toutes les délégations se dirigeant
gences, font partie des questions toujours ouvertes à la suite du Livre des Évangiles et du Saint-Père
dans le dialogue œcuménique. vers l’entrée de la Basilique, montrait la communion
Précisément à la suite de ces difficultés touchant qui existe entre les chrétiens et la volonté d’obéir au
au Jubilé, un groupe d’étude sur les indulgences a été seul et unique Évangile. Cette procession a aussi été
constitué en collaboration avec les luthériens et les une épiphanie de la communauté chrétienne, une
Églises réformées. sorte de communion en action et en développement.
L’événement a représenté la convergence des mul­
tiples relations qui existent entre les chrétiens (rela­
1. Une préparation basée sur la coopération tions entre Églises, dialogue théologique, coopération
ŒCUMÉNIQUE pastorale et culturelle) et s’est transformé en une
source d’engagement œcuménique renouvelé. La cé­
Il était nécessaire de faire preuve d’une collabora­ lébration avait deux dimensions fondamentales:
tion loyale et fraternelle avec les autres chrétiens afin de notre foi commune et notre engagement vers la plei­
préciser exactement les intentions du Jubilé et la forme ne communion.
des cérémonies. Les divisions entre chrétiens ne sont Le rite d’ouverture de la Porte Sainte au début du
pas dues uniquement à des préjugés, mais également à Jubilé était basé sur la Parole du Christ: « Je suis la
des opinions divergentes et parfois opposées. La prépa­ porte » (Jn 10, 9). La Bulle d’indiction du Jubilé fait le
ration a exigé un dialogue permanent avec les autres commentaire suivant: « Cette désignation que Jésus
chrétiens au sein de la « Commission œcuménique du fait de lui-même atteste que lui seul est le Sauveur en­
Comité central du Jubilé de l'An 2000 ». Elle comprenait voyé par le Père. Il n’y a qu’une seule porte qui ouvre
11 membres catholiques et 6 délégués fraternels nom­ toute grande l’entrée dans la vie de communion avec
més par les autres Églises et Communions chrétiennes Dieu, et cette porte, c’est Jésus, chemin unique et ab­
mondiales. Malgré leur nombre nécessairement limité, solu de salut » (Incamationis mysterium, 8).
les délégués fraternels représentaient l'ensemble de Quiconque passe par le Christ sera sauvé. Les re­
l’éventail chrétien: le Patriarche œcuménique, le Pa­ présentants des différentes Églises ont passé par la
triarche copte, la Communion anglicane, la Fédération porte de salut, et ce n’était pas tout. Un représentant
luthérienne mondiale, l’Alliance mondiale des Églises de l’Église orthodoxe, le Patriarche œcuménique, Mé­
réformées et le Conseil méthodiste mondial. Ils ont par­ tropolite Athanasios d’Helioupolis, et un représentant
ticipé à tous les travaux de la Commission. du christianisme occidental, l’Archevêque anglican de
La Commission œcuménique opérait dans le cadre Cantorbéry, Dr George Carey, ont ouvert la Porte avec
du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des le Pape. Malgré les divisions persistantes, les diffé­
chrétiens. Le Président était S.Exc. Mgr Paul-Wemer rentes Églises ont proclamé que Jésus Christ est Sei­
Scheele, et le Vice-président Mgr Eleuterio F. Fortino. gneur et Sauveur. Elles ont ouvert le Christ au mon­
En dehors de la participation à tous les travaux de la de. Le Concile avait déjà déclaré que l’Esprit se sert
Commission, les délégués fraternels étaient également également des autres Églises et Communautés chré­
présents à plusieurs sessions du Comité central, où ils tiennes comme de moyens de salut.
ont toujours eu la faculté d’exprimer leurs opinions et de Venait ensuite le rite de présentation du Livre des
mettre leurs propositions en pratique. L’initiative d’inclu­ Évangiles d'une manière plus visible sur le seuil de la
re des représentants d’autres Églises et Communautés Basilique. Le Pape d’abord, puis le Métropolite copte,
ecclésiales était œcuménique quant à sa méthode, sa si­ Amba Bishoi, en tant que représentant des anciennes
gnification et la contribution quelle a fournie. Églises pré-chalcédoniennes, ensuite le délégué or­
Divers événements qui ont eu lieu à Rome et dans thodoxe du Patriarcat de Moscou, l’Archevêque Lon-
les Églises locales faisaient ressortir la dimension ghin, et enfin un représentant des Églises réformées,
œcuménique du Jubilé. J'indiquerai ci-après les prin­ le Président de la Fédération luthérienne mondiale,
cipaux d’entre eux qui se sont déroulés à Rome. Dr Christian Krause, ont montré le Livre des Évan­
giles aux quatre points cardinaux: un seul Évangile
pour le monde entier, l’Évangile proposé par toutes
2. UN ÉVÉNEMENT PANCHRÉTIEN les Églises. Le rite liturgique a ainsi mis en évidence
La profession de foi commune en Christ, notre Sei­ la communion fondamentale qui existe entre les
gneur et Sauveur chrétiens. Il s’inspirait de la procession d’entrée de
l’Église romaine et du Petit Eisodos de l’Église ortho­
Couverture de la Porte Sainte en la Basilique Saint- doxe au cours de laquelle le Diacre élève l’Évangile et
Paul-hors-les-Murs (18 janvier 2000) a été l’occasion proclame: « Sophia Orthôi!», c’est-à-dire: Ici est la Sa­
d’un événement panchrétien intense et d’une grande gesse! Debout, levons-nous!

86
Ces deux « gestes » préliminaires, célébrés en com­ existent dans les différentes Églises et Communautés
mun, indiquaient également la vocation commune chrétiennes est un critère essentiel pour l’œcuménis­
de proclamer le salut de Jésus Christ aux nouvelles me. L'appréciation publique et religieuse — exprimée
générations. Après la lecture d’un texte biblique (7 Co par la Commémoration œcuménique des Témoins de
12, 4-13), deux extraits décrits de théologiens mo­ la foi des différentes Églises — a atteint la dimension
dernes ont été lus. Lun était dun prêtre orthodoxe la plus authentique de l’être chrétien et a été une ma­
russe, Georgij Florowskij, l’autre du Pasteur luthérien nifestation de gratitude pour le rôle des autres
Dietrich Bonhoeffer, témoignant ainsi de la prédica­ Églises et Communautés ecclésiales comme instru­
tion persévérante du message évangélique par les ments de salut.
Églises. Dans cette perspective, une doxologie commune
L'unité de foi était proclamée par la récitation du et une action de grâces unanime ont été élevées à
Symbole des Apôtres, après l’échange du signe de la Dieu pour avoir donné tant de témoins à la commu­
paix entre les délégations, le Saint-Père et toutes les nauté chrétienne. Avec les diverses « attestations » ca­
personnes présentes. tholiques, cinq autres témoignages ont été lus qui
L’assemblée extrêmement variée réunie dans la Ba­ concernaient l’expérience d’autres chrétiens: pour les
silique Saint-Paul — une assemblée comprenant des orthodoxes (le Patriarche orthodoxe Tichon), pour les
délégués d’Églises, de traditions ecclésiales et litur­ luthériens (le Pasteur Schneider), pour les arméniens
giques différentes — était caractérisée par la grande (le Catholicos Karékine Ier), pour les anglicans
joie de se trouver ensemble « dans le même lieu », de­ (l’Évêque Philip Strong), pour les baptistes (le Méde­
vant le Seigneur. L’événement panchrétien qui a eu lieu cin missionnaire Jotcham). Venant de différentes ré­
dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, préfigurait gions et de situations contrastantes, les membres des
l'élimination de toutes les barrières qui s’opposent à la diverses Églises et Communautés ecclésiales,
quête de l’unité et à la réalisation de la pleine commu­ quelques-uns bien connus, d'autres un peu moins,
nion de foi, de vie sacramentelle et de ministère au ser­ d’autres encore de véritables « soldats inconnus », ont
vice de l’unique Évangile de Jésus Christ. annoncé d’une même voix leur adhésion définitive:
nous croyons en un seul Seigneur Jésus Christ. Jean-
Paul Il a déclaré: « [Ces témoins] ne doivent pas être
3. Un témoignage chrétien commun
oubliés ».
Commémoration œcuménique des Témoins de la foi
du XXe siècle
4. La diffusion en commun de l’Écriture Sainte
Le témoignage commun rendu au Christ par des
chrétiens au cours des persécutions du siècle dernier La collaboration avec les autres Églises et avec la So­
a été solennellement et conjointement proclamé le 7 ciété biblique
mai lors de la « Commémoration œcuménique des Té­
Le Jubilé commémore l’anniversaire de l’incarna­
moins de la foi du XXe siècle ». La cérémonie a eu lieu
devant le Colisée, un endroit qui, dans l’imaginaire tion, l’événement dans lequel le Verbe s’est fait chair
collectif, rappelle les martyrs de l’Église primitive. La et « a dressé sa tente » parmi les hommes.
commémoration s’est déroulée sous la présidence du Le Grand Jubilé de l'An 2000 a été l’occasion d’une
Saint-Père, avec la participation de représentants de initiative aux multiples aspects, comprenant des catho­
presque toutes les Églises orthodoxes, des anciennes liques, des orthodoxes et des protestants, heureux de
collaborer à la diffusion des Écritures Saintes qui
Églises orientales et des Communions chrétiennes
concrétisent la Parole de Dieu, aussi bien pendant la
mondiales de l’Occident.
La commémoration a mis en évidence les aspects préparation des célébrations qu’au cours de celles-ci.
les plus profonds de l’œcuménisme. La Constitution On en trouve une instruction dans la Lettre apostolique
dogmatique du Deuxième Concile du Vatican avait Tertio millennio adveniente, là où il est dit: « Pour
mis l’accent sur les éléments fondamentaux qui unis­ connaître la véritable identité du Christ, il convient que
sent l’Église catholique aux autres chrétiens: foi en les chrétiens, surtout au cours de cette année, revien­
Jésus Christ et en la Trinité, référence aux Écritures nent à la Bible avec une attention renouvelée ... Dans le
Saintes, baptême commun, autres sacrements, etc. Il texte révélé, c’est le Père céleste lui-même qui, avec
y est dit en particulier: « À cela s’ajoute la commu­ amour, vient à notre rencontre et s’entretient avec nous,
nion par la prière et d’autres bienfaits spirituels; et en nous manifestant la nature de son Fils unique et son
même une union réelle dans l'Esprit Saint, car l’Es- dessein de salut pour l’humanité » (40).
prit agit également en eux par ses dons et ses grâces, Au cours de l’année, la collaboration œcuménique
avec sa puissance sanctificatrice; et il a donné à cer­ s’est réalisée de diverses manières. Nous en indique­
tains d’entre eux une vertu qui les a fortifiés jusqu’à rons quatre:
l’effusion de leur sang» (Lumen gentium, 15). Le
Saint-Père a fait sienne cette vision pour la célébra­ a) Initiative de chrétiens italiens
tion du Jubilé. Il a écrit: « Le témoignage rendu au
Christ jusqu’au sang est devenu un patrimoine com­ Les pèlerins qui se sont rendus à Rome et dans les
mun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans plus importants sanctuaires d’Italie ont trouvé dans
et aux protestants » (Tertio millennio adveniente, 37). leurs hôtels une édition multilingue de l'Évangile se­
L'appréciation réciproque des valeurs chrétiennes qui lon Luc, dans une traduction interconfessionnelle en

87
italien, français, anglais, allemand, espagnol, japo­ Bibles imprimées. L’exposition a été ouverte au Palais
nais et arabe. L’édition était sponsorisée par la Confé­ de la Chancellerie, au cœur de Rome, du 21 juin au 10
rence épiscopale italienne, par l’Église grecque-ortho- décembre. L’autre exposition, organisée par la Société
doxe d'Italie et par la Fédération des Eglises protes­ biblique, comprenait également du matériel pour la
tantes d'Italie, et publiée par la Société biblique. C'est transmission de l’Évangile, depuis les premières Bibles
la Société biblique d'Italie qui a conçu la présenta­ imprimées jusqu’à celles d’aujourd’hui. Cette deuxième
tion, simple et distinguée, de la publication. exposition, organisée elle aussi dans un esprit de colla­
Cette édition de l’Évangile de Luc était un don boration œcuménique, était ouverte au Palais des
aux pèlerins de la part des chrétiens qui vivent en Ita­ Dioscures au Quirinal du 14 juillet au 10 octobre. Un
lie, une bienvenue fraternelle au Nom du Seigneur. vaste espace était consacré aux différentes traductions
communes de l’Écriture Sainte. Dans cette perspective,
il faut se rappeler que l’Église catholique et la Société
b) Initiative de la Société biblique et du Comité central
biblique, dans le but de faciliter l’accès à la lecture de
du Jubilé
la Bible, ont publié en 1968 des «Directives sur la co­
Dans le même esprit, un projet plus vaste a été mis opération interconfessionnelle pour la traduction de la
en œuvre conjointement par la Société biblique et le Co­ Bible ». Cette initiative s’est révélée très utile, comme
mité central du Jubilé, avec la médiation du Conseil en témoigne l’augmentation des traductions com­
Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. La munes partout dans le monde. L’exposition « L’Évangi­
présentation de l’ouvrage est signée par le Cardinal Ro­ le des peuples » documentait le souci constant de pré­
ger Etchegaray, Président du Comité central du Jubilé, senter la Parole de Dieu à chaque génération en utili­
et par le Pasteur Fergus MacDonald, Secrétaire général sant la technologie contemporaine de chaque âge.
de la Société biblique; la préface est due au Cardinal
Edward I. Cassidy, Président du Conseil Pontifical pour
la promotion de l'unité des chrétiens. La publication 5. La vocation commune à la transfiguration
contient des « textes bibliques jpour les pèlerins », l’É-
vangile selon Luc, la Première Epître de Pierre, le Livre L’appel du Patriarche œcuménique est accepté par l’É­
d'Amos et quelques Psaumes. Le texte a été distribué glise catholique
gratuitement dans les lieux de pèlerinage.
Le calendrier du Jubilé de l’Église catholique
c) L’Évangile selon Jean dans une traduction littéraire comprenait une « Veillée de prière en réponse à l’appel
œcuménique du Patriarche de Constantinople » dans la soirée du 5
août. A cette occasion, l’Église catholique a accueilli
La préface de cette édition, rédigée par les orga­ l’initiative du Patriarche Bartholomaios Ier, faisant
nismes responsables, contient ces paroles: « Cette tra­ preuve de bonne volonté pour la collaboration et l’ac­
duction est le fruit d’un engagement œcuménique tion commune, la même bonne volonté montrée par
commun des différentes Églises chrétiennes en Italie le Patriarche œcuménique qui a régulièrement en­
et elle est diffusée pour l’an 2000, 2000e anniversaire voyé ses délégations aux célébrations œcuméniques
du Christ, comme signe d’unité». Elle veut être «lit­ organisées par l’Église catholique, telles que l’Ouver-
téraire », dans le sens d'une sensibilité surtout envers ture de la Porte Sainte à Saint-Paul-hors-les-Murs, et
les aspects philologiques et lexicographiques, et d'une la Commémoration œcuménique des Témoins de la
attention respectueuse pour la nature polyvalente du foi du XXe siècle. La veillée a eu lieu dans la Basilique
texte si typique de Jean. L’intention est de pénétrer Saint-Jean du Latran, la cathédrale de Rome. Des re­
dans la culture du pays et de la rehausser par les va­ présentants des Églises et Communautés ecclésiales
leurs évangéliques. La traduction est sponsorisée par résidant à Rome y ont pris une part active.
des catholiques, des orthodoxes et des protestants: Les paroles suivantes dénotent le ton de l’appel du
par la Conférence épiscopale italienne pour les catho­ Patriarche œcuménique publié en juin 1996: « Depuis
liques, et par l'archidiocèse grec-orthodoxe d'Italie notre Siège sacré, nous invitons tous ceux qui croient
pour les orthodoxes. Du côté protestant, plusieurs en Jésus Christ et qui mènent le juste combat selon sa
Communautés et organisations y ont participé: ad­ volonté — où qu'ils se trouvent sur terre —, à célébrer
ventistes, baptistes, luthériens, vaudois et métho­ la journée du 6 août tout entière par une veillée solen­
distes, l’Armée du Salut, l’Alliance évangélique ita­ nelle de prière, par des services liturgiques et par
lienne, la Consultation ministérielle évangélique et la d'autres manifestations, rendant ainsi gloire au Sei­
Fédération des Églises évangéliques d’Italie. gneur éternel né sous la loi pour racheter ceux qui
étaient sous la loi » (Ga 4, 5). Le Patriarche ne s’adres­
d) Deux expositions sur la transmission de l’Écriture sait pas seulement aux orthodoxes, mais à tous les
Sainte: « L’Évangile des peuples » chrétiens, exprimant le désir de promouvoir un com­
mun esprit de doxologie et d’invocation.
Deux expositions sur ce thème ont été organisées
durant le Jubilé. La première, dans la Bibliothèque 6. Visite à Rome du Patriarche suprême et Catholi-
apostolique du Vatican, en collaboration avec d’autres COS DE TOUS LES ARMÉNIENS
institutions, montrait du matériel ayant servi à la
transmission de l’Évangile, depuis les premiers rou­ Le Catholicos Karékine II, Patriarche suprême et
leaux de papyrus et codicilles, jusqu’aux premières Catholicos de tous les Arméniens, a rendu visite au

88
Saint-Père et à l’Église de Rome du 8 au 11 novembre brations. Des délégués fraternels ont participé au Jubilé
2000. La visite a eu lieu, comme il l'a déclaré, dans des journalistes et des enseignants universitaires, ainsi
l’esprit du Jubilé. qu’au Congrès mondial des laïcs catholiques. Des
Dans le communiqué conjoint publié au terme de la prières œcuméniques internationales ont été organisées
visite, le Saint-Père et le Patriarche suprême ont chaque soir pendant les manifestations de la Journée
déclaré: « Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Évêque de Ro­ mondiale de la jeunesse. D’importants événements œcu­
me, et Sa Sainteté Karékine II, Patriarche suprême et Ca- méniques ont également eu lieu au niveau local. A titre
tholicos de tous les Arméniens, rendent grâce au Seigneur d’exemple, il est bon de rappeler la célébration commu­
et Sauveur Jésus Christ qui leur a permis de se rencontrer ne de toutes les Églises présentes en Terre Sainte. Les
à l’occasion du 1700e anniversaire de la proclamation du voyages du Saint-Père de cette année, en Égypte et au
christianisme comme religion d’État d’Arménie ». La ren­ Monastère de Sainte-Catherine, en Terre Sainte et à Jé­
contre a été cordiale et marquée par un esprit de prière. rusalem, ont été des occasions de relations fraternelles
Le communiqué affirmait la foi commune de l’É- et de louanges du Seigneur en commun. Au mois
glise catholique et de l’Église arménienne, ainsi que d’août, le Patriarche œcuménique a organisé un
le désir de poursuivre les relations fraternelles afin de congrès pour la jeunesse orthodoxe. Une délégation de
parvenir à la pleine communion. dix jeunes catholiques, représentant diverses organisa­
Le renouvellement de la profession de foi en Jésus tions de jeunesse, a participé à ce congrès.
Christ, seul Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, a été Les célébrations romaines mentionnées ci-dessus
une juste manière de célébrer le Jubilé de l’incarna­ avaient également une dimension intérieure. Elles
tion du Verbe de Dieu. ont commencé par une profession de foi commune
en Jésus Christ, Porte de salut; elles ont continué
avec la Commémoration des martyrs et témoins de la
7. Les chrétiens et les autres
foi qui, dans leur vie et par leur vie, ont rendu témoi­
gnage à la foi qu’ils professaient; leur témoignage a
Une proclamation commune de l’espérance qui est en été explicité dans la célébration de la Transfiguration,
nous qui soulignait notre commune vocation de devenir
des hommes et des femmes à l’image et ressemblance
Une « Journée de réflexion et de prière sur les de­ de Dieu.
voirs des catholiques envers les autres: proclamation Enfin, l’accent a été mis sur l’engagement des
du Christ, témoignage et dialogue » (11 juin 2000). chrétiens à proclamer au monde la commune espé­
Quant à l’essentiel, les devoirs des catholiques en­ rance que l’Esprit de Dieu a insufflée dans chaque
vers les autres sont les devoirs de tous les chrétiens. personne baptisée.
Ces devoirs découlent de l’Évangile auquel, en tant que Le Jubilé a fait résonner le mandat du Seigneur
Parole de Dieu, se réfèrent tous les baptisés. Les rela­ ressuscité: allez donc, de toutes les nations faites des
tions œcuméniques du siècle dernier ont accru la com­ disciples.
munion, la fraternité et l’esprit de solidarité parmi les
chrétiens. Comme Jean-Paul II l’a dit dans son Ency­
clique sur l’engagement œcuménique: « Il arrive de
plus en plus souvent que les responsables des Commu­ Discours du Saint-Père en conclusion
nautés chrétiennes prennent position ensemble, au de l’assemblée plénière
nom du Christ, sur des problèmes importants qui tou­
chent la vocation humaine, la liberté, la justice, la paix, 17 novembre 2001
l’avenir du monde » (Ut unum sint, 43).
Deux de ces devoirs fondamentaux communs doi­ Dans la matinée du samedi 17 novembre 2001, le
vent être soulignés tout particulièrement: l’annonce Pape Jean-Paul II a reçu en audience, dans la Salle Clé­
du Christ et la coopération pour une coexistence ré­ mentine, les participants à 1’Assemblée plénière du
conciliée. Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des
De nos jours, au milieu des courants de sécularisa­ chrétiens, ainsi que les représentants des Communau­
tion, de scepticisme et de matérialisme pratique, indi­ tés épiscopaliennes américaines en Europe. Au cours
quer de plus vastes horizons de transcendance est une de la rencontre, le Saint-Père leur a adressé le discours
tâche qui implique tous ceux qui croient en Jésus suivant:
Christ, Seigneur et Sauveur du monde. Dans cette pers­
pective, le dialogue patient entre chrétiens en vue de Cher Cardinal Kasper,
réaliser la pleine communion devient un signe qui re­ Chers amis dans le Christ,
présente une manière de parvenir à la coexistence par­ C’est pour moi un grand plaisir de vous saluer,
mi tous les êtres humains. Les chrétiens sont appelés à vous qui participez à la session plénière du Conseil
être le levain dans une nouvelle société imprégnée d’hu­ Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens,
manité, qui est en chemin vers le Royaume de Dieu. en conclusion de votre rencontre de cette semaine.
Dans la vérité dans l’amour, telles pourraient être
Remarques finales les paroles qui expriment l’essence de votre étude et
de vos débats de ces jours-ci, au cours desquels vous
Les représentants des autres Églises et Communau­ avez cherché à évaluer les progrès accomplis récem­
tés ecclésiales ont assisté à de nombreuses autres célé­ ment dans le dialogue œcuménique. Je souhaite que

89
mon Message au début de votre rencontre vous ait Vous êtes accompagnés par les représentants des
confirmé que, pour l'Evêque de Rome et pour l'Eglise Communautés épiscopaliennes américaines d'Euro­
catholique, le mouvement vers la communion visible pe, qui se rencontrant ce week-end à Rome pour leur
de tous les fidèles du Christ n est pas seulement une congrès annuel.
simple activité annexe de l’Église, mais un trait essen­ Chers amis je vous salue et je vous remercie de
tiel de sa vie et de sa mission. votre présence. Il y a parmi vous de nombreux jeunes
En remerciant chacun de vous pour le dévoue­ ce qui est un signe certain d’espérance que la recherche
ment et la compétence avec lesquels vous servez l'É- de l'unité chrétienne sera conduite par une nouvelle gé­
glise dans cette tâche délicate, je désire vous encoura­ nération d’hommes et de femmes engagés à transfor­
ger à accomplir de plus grands efforts encore. Il de­ mer en réalité la prière du Seigneur «afin que tous
vient de plus en plus évident que le monde a besoin soient un». (Jn 17 21). Je prie Dieu de déverser sur
du témoignage uni des chrétiens. Dans un univers de vous ses plus riches bénédictions, au cours de votre
plus en plus mondialisé, les divisions entre chrétiens rencontre et de votre visite à Rome. A travers vous, j’en­
sont plus que jamais un obstacle à la proclamation voie mes salutation^ et mes meilleurs vœux dans le Sei­
de l'Evangile. gneur à toutes les paroisses épiscopaliennes améri-
J’invoque sur vous tous les dons de sagesse et de caines d'Europe. « A vous grâce et paix de par Dieu,
force de l’Esprit Saint et je vous exprime ma satisfac­ notre Père et le Seigneur Jésus Christ » (/ Co 1, 3).
tion et ma gratitude personnelles. ORF, 04.12.2001

90
DIXIÈME ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU SYNODE DES ÉVÊQUES
30 septembre -27 octobre, 2001

ASPECTS ŒCUMÉNIQUES

Thème: L'évêque, serviteur de l’Évangile de Jésus Christ


pour l'espérance du monde

La première partie du Synode, dune durée environ formation œcuménique pour les laïcs, pour les
dune semaine, a été consacrée à l’écoute en Session prêtres et aussi pour les évêques.
plénière des déclarations des évêques et autres partici­
pants. Des résumés de leurs interventions ont été pu­ 3. Œcuménisme ad intra. Nous devons réaliser la
bliés dans l’Osservatore Romano. Nous proposons, ci- spiritualité de communion d abord en nous-mêmes et
dessous, (1) le résumé de l’intervention du Cardinal faire devenir notre Église plus accueillante envers les
Walter Kasper; (2) la liste des délégués fraternels et le autres Églises et Communautés ecclésiales. Nous de­
résumé des interventions de certains d’entre eux lors de vons donc créer un meilleur équilibre dans la com­
la Session plénière; (3) les points ayant trait à l’œcumé­ munion entre les Églises particulières et l'Église uni­
nisme de la «Relation Post-Disceptationem », c’est-à- verselle.
dire la déclaration résumant les principaux aspects des
présentations faites durant la première partie du Syno­ 4. L’œcumène comme engagement spirituel. Nous
de et servant de point de départ aux discussions des ne pouvons pas « faire » ou organiser l’unité; l’unité
groupes restreints se réunissant ensuite pour travailler est un don de l'Esprit. Nous devons être œcu-
en différentes langues; et pour finir (4) les résumés de méniquement unis dans notre prière pour l’unité afin
certains groupes de travail ayant soulevé la question de que descende sur nous l’Esprit de Dieu et que se pro­
l’œcuménisme ainsi que (5) certains passages du Mes­ duise une nouvelle Pentecôte.
sage du Synode publié lors de sa conclusion. ORF, 17.10.2001

Discours Liste des Délégués fraternels


de Son Éminence le Cardinal Walter Kasper
Patriarcat œcuménique
La question œcuménique n'est pas accessoire; elle
se pose au centre de l’activité pastorale de l’évêque. S. Exc. Ambrosius, Métropolite d’Oulu, Église or­
L’engagement œcuménique est un des grands défis thodoxe de Finlande
du début du nouveau millénaire. Le fruit le plus im­
portant du dialogue œcuménique de ces 35 dernières S. Exc. Emmanuel, Évêque de Reghion, Église or­
années est la fraternité retrouvée de tous les chré­ thodoxe de Belgique
tiens. Mais, aujourd’hui, nous nous trouvons devant
de nouveaux défis. Nous nous rendons compte que le Patriarcat de Moscou
chemin œcuménique sera probablement encore long S.Exc. Innokentij, Évêque de Korsum, Délégué
et difficile. pour les fidèles russes en France, Italie et Suisse
Nous devons réfléchir sur la façon dont nous pou­
vons structurer l’actuelle période intermédiaire avec Patriarcat orthodoxe de Roumanie
responsabilité. Nous ne pouvons encore nous réunir
autour de l'unique cène du Seigneur, mais nous pour­ S. Exc. Sophronius Drincec, Évêque de l’Église
rions déjà faire ensemble beaucoup plus que ce que orthodoxe de Roumanie en Hongrie
nous faisons habituellement:
Église arménienne apostolique
1. Œcuménisme de vie. Non pas dans le sens de S. Exc. Mikael Ajapahyan, Évêque de Gyumry et
quelque chose qui s’ajoute à l’activité œcuménique, Shirak (Arménie)
mais d’un œcuménisme de vie quotidienne.
Communion anglicane
2. Réception et formation. Si les résultats des dia­
logues œcuméniques étaient perçus partout comme S. Exc. Peter Forster, Évêque de Chester (Angle­
valables, ce serait déjà beaucoup. Ceci demande une terre)

91
Fédération luthérienne mondiale tion qui contribuent à surmonter la terreur, la haine
S. Exc. Tore Furberg, Évêque luthérien de Suède et la violence.
Enfin en tant qu evêque orthodoxe, je ne me per­
mets ni ne souhaite aborder la question du rapport
Résumés des interventions des Délégués fraternels entre primat et collégialité, soulevée par plusieurs
d’entre vous. Ce que je voudrais faire, plutôt, c’est ex­
S. Exc. Mikael Ajapahyan primer ma solidarité fraternelle.
Évêque de Gyumry et Shirak (Arménie) Malgré le travail constant des synodes épiscopaux
régionaux, nous devons aujourd’hui, dans le contexte
C est un grand privilège pour moi de vous saluer orthodoxe, affronter beaucoup de problèmes diffi­
de la part de Sa Sainteté Karékine II, Catholicos de ciles et non résolus à propos de notre coopération in­
tous les Armiéniens, et de vous transmettre son ter-orthodoxe.
amour et ses vœux. (...). Déjà dans les années 60, les Églises orthodoxes
Dans notre monde de plus en plus marqué par la avaient commencé les préparatifs pour l’organisation
mondialisation et par la société de consommation, d’un Grand et Saint Synode, mais jusqu’à présent
l'évêque devrait rester fidèle à 1 esprit de l'Évangile, bien peu a été réalisé en ce sens.
uni au Seigneur à travers la prière, le dévouement et Le Saint-Père, le Pape Jean-Paul II, a montré que
une attitude proche à celle du Christ dans sa vie de la purification de la mémoire représente un point
tous les jours. Nous devons avouer que, parfois, nous fondamental de l’agenda œcuménique. Dans cet es­
nous éloignons de Dieu, quand nous sommes préoc­ prit, j’exprime ma gratitude pour cette occasion qui
cupés des choses matérielles du monde et nous pen­ m’est donnée d’intervenir dans votre saint synode, et
sons, avant tout, à notre bien-être. je suis confiant qu'en tant qu’évêques, dans la
Dans notre monde caractérisé par de nouvelles di­ confiance réciproque, nous continuerons à témoigner
visions et de nouveaux clivages, tous les évêques des la même foi en koinonia pour que le monde croie.
Églises sœurs devraient s'engager pour une collabo­ ORF, 30.10.2001
ration et une coopération plus étroites. L'esprit œcu­
ménique doit surmonter tous les préjugés et les mal­
entendus existants. (...) Évêque Peter Forster
ORF, 30.10.2001 Évêque de Chester (Angleterre)

Un récent et considérable travail a été fait au sein


S. Exc. Ambrosius de l’Église en Angleterre, et de la Communion angli­
Métropolite d'Oulu cane, sur la place et le travail de l’Évêque dans la vie
Église orthodoxe de Finlande de l’Église. Depuis 1990, les publications les plus im­
portantes comprennent: le Ministère épiscopal
C'est un privilège d’être ici comme Délégué frater­ (1990), Apostolat et Succession (1994) et les Évêques
nel, représentant de Sa Béatitude le Patriarche œcu­ dans la Communion (2000). La réflexion contenue
ménique Bartholomaios de Constantinople. Ce Syno­ dans ces documents est en étroite relation avec celle
de est d'une importance vitale pour la mission et le de XInstrumentum laboris pour ce Synode.
témoignage de l'Église au XXIe siècle. Tous vos efforts À part les thèmes tels que le célibat obligatoire et
communs sont aussi notre engagement, notre défi. la possible élection des femmes au service épiscopal,
Le dialogue officiel entre les Églises catholique et il existe une série de différences.
orthodoxe a une histoire de plus de vingt ans. Jusqu'à La première concerne la relation entre la dimen­
présent, une de ses grandes conquêtes a été la décla­ sion personnelle, collégiale et communautaire du mi­
ration conjointe sur le « Sacrement de l'ordre dans la nistère de l’évêque. Les Anglicans maintiennent un
structure sacramentelle de l’Église ». Ce document re­ modèle d evêque-dans-le-Synode dans lequel le minis­
flète profondément notre pensée commune sur les di­ tère personnel de l’évêque est inséparable de sa
vers aspects du ministère épiscopal, qui ont déjà été conduite dans le Collège des prêtres au sein de son
amplement décrits dans de nombreuses interventions Diocèse, et de l’assemblée représentative du clergé et
ici même. des laïcs dans le Synode diocésain. Bien que cer­
Depuis le temps de l'Église indivise, nous tous, en taines responsabilités soient strictement réservées à
Orient et en Occident, orthodoxes et catholiques, l’évêque d'un Diocèse, et aux évêques de la Province
avons bien compris que l'épiscopat appartient à la qui agissent ensemble, le principe de la représenta­
nature intrinsèque de l'Église. tion laïque et de la participation formelle dans le pro­
Ces journées d’ecclésiologie eucharistique ont ac­ cessus décisionnel est à présent très bien établi. Ce
quis une grande importance dans l’Église orthodoxe. principe conciliaire augmente la collégialité des
A ce propos, une importance croissante est donnée évêques dans un esprit de communion qui embrasse
au rôle de l’évêque, surtout dans ses fonctions sacra­ tous les baptisés.
mentelles et pastorales. En tant qu’évêques, notre vo­ La deuxième différence concerne l’exercice de
cation essentielle aujourd'hui est d’aider les individus l’autorité par le Primat universel. Les Anglicans ont
et les nations à trouver l’espérance, à être unis dans accepté que l'idée d'une primauté universelle, exercée
la connaissance et dans l’amour du Christ et à pro­ par l’Évêque de Rome, est sage et nécessaire. Il est re­
mouvoir ces « martyria » et cet esprit de réconcilia­ connu qu’une telle nécessité pour la mission de l'Église
augmentera de façon visible alors que le processus de Sur la base d’une citation d’un fonctionnaire œcu­
mondialisation progresse. Il faut atteindre un accord ménique catholique romain (R. P. Henrik Roelvink,
sut les droits précis et sur les responsabilités qui doi­ O.F.M.), je demande si ce développement pourrait in­
vent être confiés à un Primat rénové et pleinement citer l’Église catholique romaine à reconsidérer les
œcuménique. ordinations épiscopales anglicanes et luthériennes.
Bien qu’il reste beaucoup à faire, les Anglicans ORF, 30.10.2001
ressentent une profonde gratitude pour la priorité
pastorale attribuée par Jean-Paul II au devoir œcu­
ménique, comme cela est exposé dans la Lettre ency­
clique Ut unum sint (1995). Nous sommes aussi for­
tement encouragés à atteindre une pleine commu­ Relation Post-Disceptationem
nion par d'autres progrès œcuméniques, et notam­ (Résumé des interventions)
ment par les accords entre les anglicans et les luthé­ 12 octobre 2001
riens dans le nord de l’Europe, aux États-Unis d’Amé­
rique et au Canada. Le vendredi 12 octobre 2001, après VHeure Tierce
ORF, 30.10.2001 et en la présence du Saint-Père, la Dix-huitième
Congrégation générale s est réunie sous la présidence
Évêque Tore Furberg du- Cardinal Bernard Agre, Archevêque d’Abidjan. Le
Cardinal Jorge Begoglio, S.J., Archevêque de Buenos
Évêque luthérien de Suède Aires, a présenté le Rapport en synthétisant les
contributions des Membres du Synode et en établis­
Mon intentention concerne la perspective œcumé­ sant une liste de dix questions pour le travail des
nique (de Ylnstrumentum laboris, 131) et j’entends sur­ groupes restreints. Nous publions, ci-dessous, l’un
tout souligner l’importance de l’épiscopat comme ins­ des paragraphes de la seconde partie de ce Rapport
trument œcuménique. Le dialogue catholique-luthé­ intitulée « L’Evêque au service de la communion de
rien sur la doctrine de la justification a été très pré­ l’Église universelle ».
cieux. Quand ces Églises ont abouti récemment à un
consensus sur une telle question, une longue période (...) Il a été signalé à plusieurs reprises que la fa­
de malentendus et de conflits a pris fin. Cela aura une çon concrète pour l’évêque d'exercer son service de
grande importance pour le futur de l'Europe, qui, dans promotion de la communion dans l’Église universelle
un certain sens, supporte encore les conséquences des est de suivre sa vocation de promoteur du dialogue
guerres religieuses du passé. De même, sur la question œcuménique. Le scandale de la division est contraire
du ministère épiscopal a eu lieu un dialogue entre ca­ à l'espérance. La question œcuménique représente un
tholiques et luthériens à différents niveaux. des grands défis du début du nouveau millénaire et
Il y a eu un autre dialogue important entre les un moment central de l’activité pastorale de l’évêque.
Églises anglicanes et luthériennes en Europe du Nord. Il est possible de faire beaucoup dès à présent, tandis
Elles se sont senties appelées par Dieu à donner un té­ que nous marchons vers la pleine communion autour
moignage et à rendre un service commun dans une de la table du Seigneur. Il faut, avant tout, pratiquer
Europe qui est en train de s’unifier rapidement. l’œcuménisme dans la vie quotidienne, par une atti­
Dix Églises de la Grande Bretagne et de l’Irlande, tude de charité, d’accueil et de collaboration; à cela, il
de la Scandinavie et des pays baltiques ont récem­ faut ajouter l’application concrète des résultats du
ment stipulé un accord — l’accord de Porvoo —, ce dialogue œcuménique. Il ne faut pas non plus oublier
qui veut dire qu’entre elles s'est instaurée une pleine la formation œcuménique non seulement des laïcs
inter-communion. Un résultat important de cet ac­ et des prêtres, mais aussi, et en premier lieu, de
cord est que les évêques, les prêtres et les diacres de nos évêques. Surtout, nous devons être unis dans la
toutes les Églises qui s’y associent peuvent à présent prière pour l’unité, comme les Apôtres autour de
exercer leur ministère dans toutes les autres. Marie pour que se réalise une nouvelle Pentecôte. En
Toutes les Églises y prenant part sont des Églises outre, la vie au sein de l’Église catholique devra être
épiscopales, qui n’ont pas considéré et pratiqué leur un témoignage transparent d’unité dans la diversité
épiscopat de façon identique. Malgré cela elles ont des traditions spirituelles, liturgiques et discipli­
décidé de se rencontrer pour un futur commun. En naires. (...)
participant l’une à la consécration épiscopale de
ORF, 06.11.2001
l'autre, un Episcopat commun se créera.
A la base de cet accord se trouve le fait que les
Églises anglicanes et luthériennes se sont reconnues
réciproquement comme expression, dans le monde
entier, de l’Église une sainte, catholique et aposto­ Rapports de quelques groupes de travail
lique. Un autre fait décisif est que les Églises y pre­
nant part ont rejoint une conception commune du Les Groupes de travail du Synode ont réfléchi sur le
caractère apostolique, liée à l’Église entière, et de rôle de l’évêque, suite aux interventions de la semaine
l’épiscopat historique comme signe, et non comme précédente. Nous présentons, ci-dessous, les déclarations
garantie automatique, du caractère apostolique de de certains d’entre eux faites le 16 octobre 2001 dans les­
l’Église. quelles il est question de l'œcuménisme.

93
AnglaisA Allemand
S. Exc. Mgr Orlando B. Quevedo, O.M.I. S. Exc. Mgr Alois Kothgasser, S.D.B.
Archevêque de Cotabato (Philippines) Evêque d’Innsbruck (Autriche)

1) Sur la promotion de la collégialité affective: Communion et subsidiarité: La subsidiarité doit


La collégialité affective est la communion intrin­ être définie théologiquement sur la communion. Une
sèque fraternelle de charité qui existe dans et parmi commission devrait approfondir le thème « Commu­
les évêques et entre les Eglises locales. Il s’agit d’un nion et subsidiarité». Les rapports des conférences
profond, permanent et joyeux sens de la commu­ épiscopales et des synodes patriarcaux avec le Pape
nion de cœur et d’esprit qui doit être promu à tra­ pourraient être tracés de façon plus affective et efficace
vers des visites entre les évêques, des consultations, avec un progrès des structures actuelles du Synode des
la corresponsabilité, la confiance réciproque et la Évêques (il ne s’agit point de nouvelles structures, mais
charité. (...) z d’amélioration de celles qui existent déjà). Les évêques
Sur les Eglises orientales: Nous espérons une d'une province ecclésiastique devraient être impliqués
plus grande compréhension et une plus grande re­ de façon plus intense dans la nomination des nouveaux
connaissance de leur rôle et de leurs structures de la évêques, selon le principe de collégialité. (...)
part des Catholiques occidentaux. Ceci pourra Le devoir de l’évêque pour la promotion de l’unité
contribuer au dialogue œcuménique avec les Eglises des chrétiens: La formatio permanens des évêques de­
orthodoxes. (...) vrait embrasser également l’aspect œcuménique. Il
devrait devenir la manifestation d’une nouvelle invi­
6) Inculturation dans une situation de plura­ tation au dialogue œcuménique avec les Églises
lisme: orientales non catholiques.
ORF, 06.11.2001
(...) Enfin, les évêques devraient promouvoir le
dialogue œcuménique à travers des contacts frater­
nels, à travers la célébration de la « Semaine de Priè­ Français B
re pour l’Unité des Chrétiens ». Ils devraient encoura­
ger un dialogue de vie avec les personnes apparte­ S. Exc. Mgr Gilles Cazabon, O.M.I.
nant aux différentes cultures. Tout ceci pourrait énor­ Évêque de Saint-Jérôme (Canada)
mément contribuer à la promotion de l’espérance
dans un monde de violence et de division. La personne de Jésus et son message sont au
centre du ministère d’enseignement de l’évêque. (...)
ORF, 06.11.2001
La collégialité affective est d’une grande valeur,
mais il s’impose de manifester autant d’attention à là
collégialité effective qui trouve déjà des modes d’exer­
Anglais C cices dans les échanges entre les Églises. Le Synode
des évêques doit également devenir un meilleur ins­
S. Exc. Mgr John Olorunfemi Onaiyekan trument de collégialité effective cum Petro et sub Pe-
Archevêque d’Abuja (Nigéria) tro. Le dialogue œcuménique ne peut que bénéficier
du renforcement de l’institution synodale qui réunit
Les points les plus importants de notre rapport autour du successeur de Pierre les évêques pasteurs
sont les suivants: d’une portion du peuple de Dieu et, pour cette raison,
1) Parmi les vérités de la foi qui nécessitent une membre du collège épiscopal. (...)
attention spéciale de l’évêque, dans l’exercice de l’en­ ORF, 06.11.2001
seignement, nous avons identifié la doctrine sur Jé­
sus comme le seul sauveur du monde, l’Église comme
un corps nécessaire du plan du salut de Dieu, et l’œ­ Message du Synode des Évêques
cuménisme correctement compris. (...) 25 octobre 2001
ORF, 06.11.2001
Au cours de la vingt-troisième Congrégation généra­
le, le jeudi 25 octobre 2001, les Pères synodaux ont ap­
Italien B prouvé le Message du Synode des évêques au Peuple
de Dieu, en conclusion de la Xe Assemblée générale or­
S. Exc. Mgr Cosmo Francesco Ruppi dinaire du Synode des évêques:
Archevêque de Lecce (Italie)

Le Groupe Italien « B » guidé par le Cardinal Dio- 1. Introduction


nigi Tettamanzi, Archevêque de Gênes, a abordé les
thèmes indiqués par le questionnaire et, en reprenant 1. Rassemblés à Rome au nom du Christ Sei­
la discussion en Salle, a abordé de façon approfondie gneur, nous, patriarches et évêques catholiques du
des thèmes spécifiques, y compris la collégialité, l'œ­ monde entier, nous étions invités par le Pape Jean-
cuménisme, le dialogue avec les non chrétiens et les Paul II, du 30 septembre au 27 octobre 2001, à éva­
non croyants. (...) luer notre ministère dans l’Église à la lumière du
ORF, 06.11.2001 Deuxième Concile du Vatican (1962-1965). (...)

94
4. Des Supérieurs généraux des Congrégations ont la charge, dans un élan missionnaire. Mouve­
religieuses ont participé activement à ce Synode. ments, petites communautés, services de formation
Nous avons eu aussi la grande joie d accueillir des dé­ ou de charité, qui forment le tissu de la vie chrétien­
légués fraternels des autres Églises chrétiennes, des ne, bénéficieront de sa vigilance et de son attention.
auditeurs, religieux et laïcs, hommes et femmes ainsi Tel un bon tisserand de l'unité, l’évêque, avec les
que des experts et des interprètes. Nous les remer­ prêtres et les diacres, discernera et soutiendra tous
cions tous très cordialement, sans oublier les les charismes en leur merveilleuse diversité. Il les fera
membres du Secrétariat du Synode. (...) concourir à cette mission unique de l’Église: rendre
témoignage, au milieu du monde, à la bienheureuse
espérance qui est en Jésus Christ, notre unique Sau­
Communion et collégialité veur.

16. Le terme de « communion » (Zcomonza) appar­ 20. « Père, que tous soient un, comme toi Père tu
tient à la Tradition chrétienne indivise d’Orient et es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous
d’Occident. Il puise toute sa vigueur dans la foi en eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as
Dieu, Père, Fils et Esprit. C’est ce mystère des rela­ envoyé » (Jn 17, 21). Cette prière est « à la fois un im­
tions d’unité et d’amour dans la Trinité sainte qui est pératif qui nous oblige et une force qui nous
à la source de la communion dans l’Église. Au service soutient». Avec le Pape Jean-Paul II, nous exprimons
de la communion, la « collégialité » se réfère au collè­ notre espérance « que soit retrouvé en plénitude cet
ge des apôtres et de leurs successeurs, les évêques, échange de dons qui a enrichi l’Église au premier
unis étroitement entre eux et avec le Pape, successeur millénaire » (Novo millennio ineunte, 48). L’engage­
de Pierre. Ensemble, toujours et partout, ils ensei­ ment irrévocable du Deuxième Concile du Vatican
gnent avec un « charisme certain de vérité » (St Iré- pour la pleine communion entre chrétiens, appelle
née, Adversus haereses IV, 26, 2) la même foi et la pro­ l’évêque à se livrer avec amour au dialogue œcumé­
clament aux peuples de la terre (Dei Verbum, 8). nique et à former les fidèles à sa juste compréhen­
Communion et collégialité, pleinement vécues, sion. Nous sommes convaincus que l’Esprit Saint
concourent jusqu’à l’équilibre humain et spirituel de œuvre en ce début du troisième millénaire dans le
l’évêque. Elles favorisent le joyeux rayonnement de cœur de tous les fidèles du Christ en vue de cette uni­
l’espérance des communautés chrétiennes et leur en­ té, grand signe d’espérance pour le monde. (...)
thousiasme missionnaire. (...)
26. C’est la vie tout entière de nos communautés
qui est concernée par ce lent travail de mûrissement et
Artisans de l’unité de dialogue. Mais, pour redire la pure foi des origines
en fidélité à la Tradition et dans un langage neuf et
19. «Faire de l’Église la maison et l’école de la compréhensible, nous avons besoin de la collaboration
communion » (Novo millennio ineunte, 43) par l’ac­ de théologiens expérimentés. Nourris du sentire cum
cueil de tous, la lectio divina, la Liturgie, la Diaconie Ecclesia qui a inspiré leurs grands devanciers, ils nous
et le Témoignage: tel est le défi spirituel et pédago­ aideront, eux aussi, à être serviteurs de l’Évangile de
gique qui donnera à l’évêque de nourrir la foi des Jésus Christ pour l'espérance du monde en poursuivant
uns, de réveiller celle des autres, de l’annoncer à tous avec joie, prudence et loyauté, le dialogue interreligieux
avec assurance. Il ne cessera de soutenir la ferveur dans l’esprit de la Rencontre d’Assise en 1986. (...)
des paroisses et les entraînera, avec les curés qui en ORF, 06.11.2001

95
SEMAINE DE PRIÈRE POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

Rome, 2002

Homélie du Cardinal Walter Kasper 2000. Votre présence et votre participation active,
notre prière commune, sont pour moi le signe d’une
25 janvier 2002 communion qui s’est accrue et qui continue à gran­
dir, d’une amitié prometteuse, une occasion de grati­
Le Pape Jean-Paul célèbre habituellement une litur­ tude, de joie et d’espérance.
gie pour l’Eglise locale de Rome à la Basilique Saint- Chers frères et sœurs, nous sommes encore tous
Paul-hors-les-murs, le 25 janvier de chaque année, en marqués par la profonde émotion suscitée par la
commémoration de la fête liturgique de ce jour et de la Journée de prière pour la paix d’hier à Assise. Une ex­
Conversion de saint Paul, et pour marquer également périence vraiment émouvante, un événement qui res­
la clôture de la Semaine de Prière pour l’unité des chré­ tera gravé dans nos cœurs. Nous rendons grâce au
tiens. Des représentants des communautés orthodoxe Seigneur pour nous avoir fait vivre cette expérience,
et protestante sont régulièrement invités. Le 25 janvier à travers laquelle il nous a révélé sa présence dans
2001 étaient présents pour la première fois à cette célé­ notre temps, malgré toutes les inquiétudes, les
bration de la parole, au côté des représentants^ locaux, préoccupations et les craintes, et à travers laquelle il
des représentants internationaux des autres Églises et nous a communiqué encore une fois l’espérance,
Communions chrétiennes mondiales. nous invitant dans le même temps à nous engager à
nouveau à être des artisans de paix tous ensemble.
Le 25 janvier 2002, au lendemain de la Journée de
Prière pour la paix dans le monde qui s’est tenue à As­
sise le 24 janvier et à laquelle ont participé de nom­ 2. Les paroles du psalmiste retentissent comme
breux responsables des autres Eglises et Communions un écho aux témoignages et aux prières d’Assise.
chrétiennes et d’autres religions mondiales, le service Dieu est véritablement la source de vie! Il est néces­
œcuménique célébré à l’heure des vêpres à la Basilique saire de rappeler cette vérité fondamentale, en parti­
Saint-Paul-hors-les-murs a été présidé, à la demande culier après les événements tristes et tragiques du 11
du Saint-Père, par le Cardinal Walter Kasper. Certains septembre, fruit et expression des pouvoirs de la
responsables d’autres Communions chrétiennes mon­ mort, de la mort de milliers de personnes innocentes
diales présents à Assise le jour précédent ont assisté à et qui sont une menace à la vie, aux valeurs et à la
cette célébration ainsi que quelques ministres ortho­ culture de la vie de toute l’humanité; une menace à la
doxes et protestants des communautés locales. paix et à la coexistence civile des hommes, des
peuples, des ethnies, des religions et des cultures.
Les abîmes du pouvoir de la mort et du mal se
Homélie du Cardinal Kasper sont donc ouverts.
Ces événements ont révélé la fragilité de notre ci­
Chers frères et sœurs, chers amis! vilisation, ils ont compromis la certitude de notre sé­
curité. Nous avons compris encore une fois la signi­
«En toi est la source de vie » (Ps 36, 10): ce sont les fication profonde du message du prophète Jérémie
paroles du Psalmiste choisies comme thème de la Se­ dans l’Ancien Testament: « Ils disent ‘ Paix! Paix! ’
maine de prière de cette année. Ce sont des paroles de alors qu’il n’y a point de paix » (Jr 8, 14). « Nous espé­
foi et de confiance, des paroles d'espérance et de cou­ rions la paix (shalom), rien de bon! » (Jr 8, 15). Au
rage, des paroles qui nous unissent et nous engagent. cours de notre vie, de notre vie moderne également
avec tous ses moyens: sophistiqués, scientifiques et
1. Je vous salue tous, vous qui êtes venus pour la technologiques, nous sommes menacés par la mort.
célébration de la conclusion de cette Semaine de Où se trouve donc la source de la vie? Telle est la
priere, au cours de laquelle nous implorons Dieu afin question qui se pose à l’homme actuel; c’est même un
qu'il envoie sur nous son Esprit de vie et qu'il soit désir, une faim et une soif exprimés par de nombreux
vraiment la source de vie nouvelle, d’un nouvel élan contemporains. Le désir de la vie, de la vraie vie, de
pour l’unité des chrétiens et pour l’unité de toute l’hu­ la plénitude de la vie habite et vit dans chaque cœur
manité. Je salue tout d’abord les Églises et les Com­ humain; de nombreuses personnes, en particulier
munautés ecclésiales qui sont présentes ici à Rome, beaucoup de jeunes, se rendent compte qu’une civili­
et qui se rassemblent chaque année avec nous à cette sation de la possession matérielle et du plaisir ne suf­
occasion, en cette basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, fit pas, ne satisfait pas, ne comble pas le cœur, ne
un lieu hautement significatif et important en raison donne pas la paix intérieure, et conduit au contraire
des nombreux événements œcuméniques des der­ à une recherche effrénée, et, dans le même temps,
nières décennies et en particulier, de l’année jubilaire frustrante, dans le but d’avoir plus et toujours plus.

96
3. À Assise, nous avons entendu un autre messa­ et parce que Dieu désire la paix, nous chrétiens, de­
ge, le message des religions, de toutes les religions. vons être des promoteurs, des amants de la vie et de­
Bien qu elles soient nombreuses et si différentes entre venir des artisans de paix. Nous chrétiens, devons
elles, elles communiquent un message commun: le être les acteurs d’une nouvelle culture de la vie, du
monde et la vie ont une valeur beaucoup plus grande don de la vie, du respect pour la sainteté de la vie, des
que ce que l’on peut voir, que ce que Ton peut toucher valeurs et de la priorité de la vie en opposition aux
du doigt, calculer, faire, obtenir et manipuler; ce sont choses mortes. Face à la situation actuelle, aux me­
des expressions plus élevées, plus profondes, plus naces actuelles et aux problèmes actuels, nos conflits
riches. confessionnels sont doublement honteux. Nous chré­
« Les hommes attendent des diverses religions — tiens, tous ensemble avec les juifs, devons redécou­
comme le dit le Deuxième Concile du Vatican — la vrir l’héritage commun de la vérité sur la création.
réponse aux énigmes cachées de la condition humai­ Nous devrions être unis et apporter un témoignage
ne, qui, hier comme aujourd'hui, troublent profondé­ commun de Dieu, source, gardien et amant de la vie;
ment le cœur humain: Qu est-ce que l'homme? Quel ensemble, nous devons coopérer pour une nouvelle
est le sens et le but de la vie? Qu'est-ce que le bien et culture de la vie.
qu’est-ce que le péché? Quels sont l’origine et le but
de la souffrance? Quelle est la voie pour parvenir au 5. Chers frères et sœurs! Si nous réfléchissons sur
vrai bonheur? Qu’est-ce que la mort?... Qu’est-ce en­ le verset du Psalmiste «-En toi est la source de la vie »,
fin que le mystère dernier et ineffable qui entoure nous découvrons encore une autre dimension, un élé­
notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers ment distinctif que le Nouveau Testament nous in­
lequel nous tendons? » (Nostra aetate, 1). « Depuis les dique, la dimension de la vie nouvelle. Dans le passa­
temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve ge de l’Évangile de saint Jean qui nous a accompa­
dans les différents peuples une certaine sensibilité à gnés au cours de cette semaine — la rencontre noc­
cette force cachée qui est présente au cours des turne de Jésus avec un chef des juifs, Nicodème (Jn 3,
choses et aux événements de la vie humaine, parfois 1-17) — Jésus, à la surprise de Nicodème, parle de la
même une reconnaissance de la Divinité Suprême, nécessité de la nouvelle naissance de l’eau et de l’Es-
ou encore du Père » (Ibid., 2). Les religions veulent prit, de la naissance à la vie nouvelle et à la vie éter­
être et indiquer les voies de la vie, imprégner la vie nelle.
d'un profond sens religieux. La conviction de la sain­ Derrière ces paroles se trouve la même expérience
teté de la vie est un patrimoine commun aux reli­ que nous avons déjà mentionnée, l’expérience de la
gions. Tuer au nom de la religion est un blasphème, fragilité et l'expérience des blessures profondes et des
une utilisation impropre et une interprétation erro­ déformations de la vie humaine, de la faiblesse et de
née de la religion. Pour les religions, le divin ou la di­ notre impuissance à donner une certitude et un sens
vinité est source de vie. à notre vie. Dieu a créé le monde et l’homme « bons »,
il les a même créés très bons; mais à cause du péché,
4. La Bible des juifs et des chrétiens affirmant sa l’homme s’est détaché, s’est éloigné de la source de la
foi dans la création confirme, purifie et enrichit cette vie.
conviction religieuse. Dieu a créé « le ciel et la terre, Malgré cela, Dieu est resté fidèle à sa créature;
avec toute leur année » (Gn 2, 1). Dieu — comme Jésus le dit à Nicodème — aime le
Dieu, et Dieu seul, est la source de la vie, une monde. C’est pourquoi il a envoyé son Fils dans le
source vivante, jaillissante, abondante et débordante. monde. « En lui était la vie » (Jn 1, 4). Il vint afin que
Il a tout créé, il imprègne tout de son souffle de vie. Il nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance
conserve tout dans la vie et, à la fin, il conduit tout à (Jn 10, 10). Il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,
la plénitude de la vie. « C'est en elle en effet que nous 5). Telle est l'explication que Jésus offre à Nicodème:
avons la vie, le mouvement et l'être » (Ac 17, 28). Il est après que l’accès au premier arbre de la vie, au para­
— comme la Bible nous le dit — un « amant de la dis, ait été refusé, dans l’arbre de la croix a été élevé
vie» (Ac 11, 16). Dans le dernier Livre de la Bible, il le nouvel arbre de la vie, « afin que quiconque croit ait
est écrit: «7e suis VAlpha et l'Oméga, le Principe et la par lui la vie étemelle » (Jn 3, 15). Car quiconque boit
Fin; celui qui a soif, moi, je lui donnerai la source de l’eau que Jésus donne n’aura jamais soif, au contrai­
vie, gratuitement» (Ap 21, 6). C’est pourquoi à la fin re, cette eau deviendra « source d'eau jaillissant en vie
« de mort, il n'y en aura plus; de pleur, de cri et de pei­ étemelle » (Jn 4, 14). À travers l’eau du baptême, Dieu
ne, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est allé » est à nouveau source de la vie nouvelle; à travers le
(Ap21,4). baptême, nous participons à la vie nouvelle, nous
Chers frères et sœurs! Ce dont nous avons besoin sommes transformés en hommes (et femmes) nou­
aujourd’hui, c’est de lutter pour la vie et pour la sain­ veaux, en nouvelles créatures, nous sommes régéné­
teté de la vie. Notre culture moderne et post-moderne rés « pour une vivante espérance » (1 P 1, 3).
est une culture sécularisée qui a perdu la conscience
de Dieu comme source de la vie. L'homme s’est fait 6. Voilà, chers frères et sœurs, tel est l’élément de
lui-même le maître de la vie et il veut concrétiser, base de la fraternité entre tous les baptisés, entre tous
analyser, calculer et tout manipuler, réduisant ainsi les chrétiens. Il existe des différences entre nous;
toute chose au rang d’objet inerte, la vie humaine de­ nous appartenons à des Églises et des communautés
venant même objet de calcul économique. ecclésiales diverses. Mais ce qui nous unit est plus
Précisément parce que Dieu est la source de la vie profond et plus fort que ce qui nous divise. Aucune

97
différence n est assez grande et aucune fracture assez manda » est une devise protestante; « Ecclesiam purifï-
vaste et profonde au point d'éliminer ou de détruire canda » affirme le Deuxième Concile du Vatican (Lu­
notre communion la plus sincère et la plus pleine. men gentium, 8). Les deux affirmations font écho au
Voilà l’explication de la communion réelle et pro­ concept fondateur et au noyau de la bonne nouvelle de
fonde de tous les chrétiens, bien qu’ils vivent dans Jésus sur la venue du Royaume de Dieu:
des Églises et des communautés ecclésiales diffé­ « Convertissez-vous et croyez à VEvangile » (Mc 1,5).
rentes. Voilà également la différence entre les bapti­ La conversion est essentielle pour l’existence
sés et les non baptisés, entre le dialogue œcumé­ chrétienne, et il n’y a pas d’œcuménisme authentique
nique, qui se déroule entre les chrétiens, et le dia­ sans conversion, sans le désir de se laisser plonger
logue interreligieux avec les membres de religions dans la nouveauté du Royaume de Dieu. C’est ce que
non chrétiennes. Il y a une différence qualitative à la nous enseigne le Deuxième Concile du Vatican (Uni-
base et également une différence qualitative quant à tatis redintagratio, 5-8) et que le Pape réaffirme dans
l’objectif. son Encyclique œcuménique Ut unum sint (15-16;
Alors que le dialogue interreligieux vise à la co­ 33-35). Le mouvement œcuménique est tout d’abord
existence pacifique et respectueuse et à l’amitié, le et surtout un mouvement de conversion à la vie nou­
dialogue œcuménique vise à la pleine communion et velle. Il y a besoin d’une purification de la mémoire,
à l’unité de l’Église. d’une façon de penser nouvelle, d’un cœur nouveau,
L’Épître aux Éphésiens a exprimé notre commu­ d’une véritable spiritualité œcuménique.
nion chrétienne: « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit,
comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel 8. Oui, une spiritualité œcuménique renouvelée
que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un est la clef d’un nouvel élan œcuménique qui nous
seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est permet de sortir de l’embarras dans lequel nous
au-dessus de tous, par tous et en tous » (Ep 4, 4-6). nous trouvons et d’accomplir un pas en avant. Il
faut sans cesse puiser aux sources spirituelles de la
7. Mais nous pourrions courir le risque d’un très vie: l'écoute de la Parole de Dieu, les sacrements, la
grave malentendu dans la compréhension de cet prière. Plus nous nous approchons du Christ et de
hymne élevé à notre communion si nous disions: son Évangile de la vie nouvelle, plus nous nous rap­
« Tout va bien; nous sommes contents; il n’y a rien à prochons les uns des autres. Ce n’est que si nous
changer, nous pouvons rester tels que nous nous renouvelons, si nous devenons des hommes et
sommes». Non, absolument pas! Si nous pensions des femmes nouveaux, que nous pouvons être des
ainsi, nous oublierions que Jésus et le Nouveau Testa­ témoins authentiques de la vie nouvelle dans une
ment ont parlé de la vie nouvelle, de l’homme nou­ culture nouvelle de la vie. Ce n’est que si nous vi­
veau, de la créature nouvelle. Chaque jour, nous vons la nouveauté de l’Évangile que nous sommes
avons besoin d'être renouvelés, nous avons besoin en mesure d’être des témoins de l’espérance et d’en­
d'un renouveau personnel et d’un renouveau commu­ courager les autres à nous accompagner sur le che­
nautaire de l’Église. Nous vivons souvent plus confor­ min difficile et exigeant, mais joyeux, vers l’unité,
mément aux lois de ce monde ancien, au lieu de vivre afin que le monde croie et trouve la voie vers la paix
conformément à la loi nouvelle de la vie nouvelle, le et la fraternité.
nouveau commandement de la charité.
Nous ne sommes pas parfaits, et l’Église aussi, bien « En toi est la source de vie ». Chers frères et sœurs,
que sainte, est une Église de pécheurs. Cela devient cette phrase vaut également pour le mouvement œcu­
évident si nous analysons nos divisions. Elles sont ménique. Ce n’est pas nous, ni notre effort ni même
contre la volonté de Jésus; elles sont un péché. Toutes notre enthousiasme, mais Dieu seul qui est la source
les pensées négatives, les paroles mauvaises, les préju­ d’un œcuménisme nouveau, d'une Église renouvelée
gés, les actions iniques et les injustices qui ont eu lieu pour être des témoins d'une culture nouvelle et pour
au cours des siècles, et qui souvent subsistent égale­ être des artisans de paix « Viens Esprit Saint et renou­
ment aujourd’hui, sont en contradiction avec l’amour velle le cœur de tes fidèles ». Amen.
et la fraternité chrétienne. « Ecclesiam semper refor- ORF, 12.02.2002

98
COMMISSION POUR LES RELATIONS RELIGIEUSES
AVEC LE JUDAÏSME

Lettre du Pape Jean-Paul II au Cardinal Kasper pelle à la fois à être saints comme Lui-même est
saint et à aimer notre prochain comme nous-
25 janvier 2002 mêmes.
Depuis la Déclaration Nostra aetate du Deuxième
À loccasion du Congrès juif européen, qui s est te­ Concile du Vatican, de nombreux progrès ont été réa­
nu à Paris les 28 et 29 janvier 2002 sur le thème: lisés — et je m’en réjouis — en faveur d’une meilleure
« Après le Deuxième Concile du Vatican et Nostra aeta- compréhension mutuelle et d'une réconciliation entre
te: l'approfondissement des relations entre juifs et ca­ nos deux communautés. Un tel texte constitue un
tholiques en Europe sous le pontificat de Sa Sainteté le point de départ, une base et une boussole pour les re­
Pape Jean-Paul II », le Saint-Père a fait parvenir la lations futures. Après les douloureux événements qui
Lettre suivante au Cardinal Walter Kasper, Président de ont marqué l’histoire de l’Europe, notamment au
la Commission pour les rapports religieux avec le Ju­ cours du vingtième siècle, il convient de donner un
daïsme: élan nouveau à nos relations, pour que la tradition
religieuse, qui a inspiré la culture et la vie du conti­
Au Cardinal Walter Kasper nent, continue à faire partie de son âme, lui permet­
Président de la Commission tant ainsi de se mettre au service de la croissance de
pour les relations tout l’homme et de tout homme.
religieuses avec le Judaïsme De par leur identité respective, juifs et chrétiens
sont liés les uns aux autres et ont à poursuivre la cul­
Informé de la rencontre organisée les 28 et 29 jan­ ture du dialogue tel que pouvait l’envisager le philo­
vier à Paris par le Congrès juif européen, à laquelle sophe Martin Buber. Il nous appartient de transmettre
vous allez participer, ainsi que le Cardinal Jean-Marie aux générations nouvelles nos richesses et nos valeurs
Lustiger, Archevêque de Paris, je tiens à m'associer communes, pour que plus jamais l'homme ne méprise
par la prière à tous ceux qui sont réunis pour aborder son frère en humanité et que plus jamais des guerres
la question Après le Deuxième du Vatican et Nostra ae- ou des conflits ne soient mennés au nom d’une idéolo­
tate: l'approfondissement des relations entre juifs et ca­ gie qui méprise une culture ou une religion; au
tholiques en Europe sous le pontificat de Sa Sainteté le contraire, les différentes traditions religieuses sont ap­
Pape Jean-Paul II. pelées à mettre leur patrimoine au service de tous, en
Je me réjouis de cette initiative appelée à contri­ vue d’édifier ensemble la maison commune européen­
buer au dialogue, en prenant appui sur la démarche ne, unie dans la justice, la paix, l’équité et la solidarité.
de l’Église catholique voulue par le Concile. Shalom, Alors commencera à se réaliser la parole de Dieu don­
paix! Par cette expression biblique, je voudrais née par la prophète (cf. Is 11, 6-9). La jeunesse a be­
adresser mes salutation cordiales à tous les partici­ soin de notre témoignage et de notre engagement
pants de la rencontre. Celle-ci est particulièrement communs pour croire, pour sanctifier le nom de Dieu
opportune dans le prolongement de la récente Jour­ par toute la vie et pour espérer en un avenir du monde
née de prière pour la Paix dans le monde qui s'est te­ riche en promesses. Ainsi, elle s'attachera à affermir
nue à Assise le 24 janvier. Toutes les religions se les liens de fraternité, pour constituer une humanité
sont engagées à œuvrer pour la paix, offrant ainsi renouvelée.
un signe d'espérance pour le monde et rappelant Je demande au Tout-Puissant d’inspirer les tra­
que la démarche spirituelle et transcendante de vaux de rencontre de Paris et que les efforts des parti­
l'homme l'invite à promouvoir la paix et le respect cipants portent leurs fruits. Que la paix de Dieu habi­
de la dignité de tout homme. Juifs et chrétiens en­ te le cœur de chacun!
tretiennent des relations particulières. Le message
qui nous vient du Dieu de l’Alliance avec Moïse, les Du Vatican, le 25 janvier 2002
patriarches et les prophètes, appartient à notre pa­
trimoine commun et nous invite à collaborer en­ IOANNES PAULUS PP. II
semble à la vie du monde, car le Très-Haut nous ap­ ORF, 05.02.2002

99
DOCUMENTATION SUPPLEMENTAIRE

PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS 2003

LETTRE DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS AUX


COMMISSIONS ŒCUMÉNIQUES DES SYNODES DES ÉGLISES CATHOLIQUES ORIENTALES
ET DES CONFÉRENCES ÉPISCOPALES

J’ai le plaisir de vous adresser le livret œcumé­ l’attention de toutes les personnes engagées dans la
nique réalisé en vue de la célébration de la Prière coordination d’initiatives à l’occasion de la célébra­
pour l'unité des chrétiens de l’année 2003. tion de la Prière pour l’unité des chrétiens. Dans ce
Le matériel ci-joint a été élaboré sur la base du livret, on trouvera un schéma de célébration œcumé­
texte biblique 2 Corinthiens 4,4-18 où Paul nous parle nique et des textes bibliques accompagnés de com­
de la « gloire [de Dieu] qui rayonne sur le visage du mentaires pour les « huit jours » de la Semaine pour
Christ » comme d’un trésor qui nous a été révélé et l’unité. Les Églises et Communautés chrétiennes sont
que nous portons « dans des vases d’argile », dans la vivement encouragées à adapter ces sources sur la
fragilité de notre humanité. L’Apôtre proclame ici la base de leur contexte social et culturel ainsi que de la
puissance de Dieu qui est à l’œuvre en nous et dans le situation des relations œcuméniques de leur pays.
monde, transformant l’obscurité en lumière et le L’adaptation de ces textes devrait se faire de manière
désespoir en espérance. œcuménique, donnant ainsi aux chrétiens l’opportu­
Ce texte biblique a été choisi par un groupe œcu­ nité de collaborer entre eux au niveau local.
ménique local argentin et le thème spécifique déve­ Alors que la période traditionnellement choisie
loppé à la lumière de ce passage est celui de la migra­ pour la célébration de la Semaine de prière pour
tion et de la vie des immigrés et des réfugiés dans le l’unité des chrétiens est celle allant du 18 au 25 jan­
monde d’aujourd’hui. Les textes préparés par le grou­ vier de chaque année, celle-ci se concluant par la fête
pe local nous conduisent à réfléchir sur la puissance de la conversion de saint Paul, certaines Églises choi­
de la Parole de Dieu qui redonne courage aux per­ sissent d’adopter d’autre jours situés, par exemple,
sonnes se trouvant en difficulté et invitent les com­ aux alentours de la Pentecôte. Néanmoins, la re­
munautés chrétiennes à une plus grande attention au cherche de l’unité des chrétiens ne se limite pas à une
combat des personnes immigrées et à une réponse semaine par an. Nous encourageons donc à trouver
toujours plus unie pour leur apporter un soutien. d’autres occasions de se rencontrer pour la prière qui
Un comité international nommé par la Commis­ est « lame de l’œcuménisme » et « un moyen efficace
sion Foi et Constitution du Conseil œcuménique des de demander la grâce de l’unité» (Unitatis redintegra-
Églises et par le Conseil Pontifical pour la promotion tio, 8), pour qu’elle fasse partie de notre mise en pra­
de l’unité des chrétiens de l’Église catholique, a été tique de la Bonne Nouvelle à travers toute l’année
chargé de donner à ce matériel la forme définitive liturgique.
sous laquelle nous vous le présentons aujourd’hui. Ce En vous adressant tous mes vœux et en vous re­
comité s’est réuni près de Mâlaga (Éspagne) au merciant profondément des efforts réalisés en fa­
Centre œcuménique « Los Rubios » de Xlglesia Evan- veur de l’unité pour laquelle le Christ a prié, je vous
prie d’agréer mes très cordiales et fraternelles salu­
gélica Espanola (Église réformée espagnole) au mois
tations.
de septembre 2001.
Le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité B Marc Ouellet
des chrétiens recommande que ce texte soit porté à Secrétaire

100
SEMAINE DE PRIÈRE POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS
« CE TRÉSOR, NOUS LE PORTONS DANS DES VASES D'ARGILE »
(2 Co 4, 7)

À TOUS CEUX QUI ORGANISENT LA sud, où le mois de janvier est une période de vacances
«Prière pour l’unité des chrétiens» d’été, on préfère adopter également une date aux envi­
rons de la Pentecôte, sinon un ou deux mois plus tard.
Adapter les textes Toutefois, la recherche de l’unité des chrétiens ne
Ces textes sont proposés étant bien entendu que, se limite pas à une semaine par an. Nous vous encou­
chaque fois que cela sera possible, on essayera de les rageons donc à trouver d’autres occasions, au cours de
adapter aux réalités des différents lieux et pays. Ce l’année, pour exprimer le degré de communion que les
faisant, on devra tenir compte des pratiques litur­ Églises ont déjà atteint et pour prier ensemble en vue
giques et dévotionnelles locales ainsi que du contexte de parvenir à la pleine unité voulue par le Christ.
socio-culturel. Une telle adaptation devrait normale­
ment comporter une collaboration œcuménique.
Dans plusieurs pays, des structures œcuméniques Texte biblique pour
sont déjà en place et elles permettent ce genre de collabo­ la «Prière pour l’unité 2003»
ration. Nous espérons que la nécessité d’adapter la « Priè­
re » à la réalité locale puisse encourager la création de « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile »
ces mêmes structures là où elles n’existent pas encore.
(2 Co 4, 3-18)
Utiliser les textes Si cependant notre Évangile demeure voilé, il est
de la « Prière pour l’unité des chrétiens »
voilé pour ceux qui se perdent, pour les incrédules,
Pour les Églises et les Communautés chrétiennes dont le dieu de ce monde a aveuglé l'intelligence, afin
qui célèbrent ensemble la « Prière » au cours d’une qu’ils ne perçoivent pas l’illumination de l’Evangile de
seule cérémonie, ce livret propose un modèle de Célé­ la gloire du Christ, lui qui est l’image de Dieu. Non,
bration œcuménique de la Parole de Dieu. ce n'est pas nous-mêmes, mais Jésus Christ Seigneur
Les Églises et communautés chrétiennes peuvent que nous proclamons. Quant à nous-mêmes, nous
également se servir pour leurs célébrations des nous proclamons vos serviteurs à cause de Jésus. Car
prières ou des autres textes de la Célébration œcumé­ le Dieu qui dit: que la lumière brille au milieu des té­
nique de la Parole de Dieu ou encore des textes propo­ nèbres, c’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs
sés pour les Huit Jours. pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui
Les Églises et Communautés chrétiennes qui célè­ rayonne sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous
brent la « Prière pour l’unité des chrétiens » chaque le portons dans des vases d’argile, pour que cette in­
jour de la semaine, peuvent trouver des suggestions comparable puissance soit de Dieu et non de nous.
dans les textes proposés pour les Huit Jours. Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés;
Si l’on désire entreprendre des études bibliques dans des impasses, mais nous arrivons à passer;
sur le thème 2002, on peut également se baser sur les pourchassés, mais non rejoints; terrassés, mais non
textes et les réflexions bibliques proposés pour les achevés; sans cesse nous portons dans notre corps
Huit Jours. Les commentaires de chaque jour peu­ l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aus­
vent se conclure par une prière d’intercession. si manifestée dans nos corps. Toujours, en effet, nous
Pour les personnes qui souhaitent prier en privé, les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de
les textes contenus dans cette brochure peuvent ali­ Jésus, afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifes­
menter leurs prières et leur rappeler aussi qu’elles tée dans notre existence mortelle. Ainsi la mort est à
sont en communion avec tous ceux qui prient à tra­ l’œuvre en nous, mais la vie en vous. Pourtant, forts
vers le monde pour une plus grande unité visible de de ce même esprit de foi dont il est écrit: J’ai cru, c’est
l’Église du Christ. pourquoi j’ai parlé, nous croyons, nous aussi, et c’est
pourquoi nous parlons. Car nous le savons, celui qui
a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera nous
Rechercher l’unité durant toute l’année aussi avec Jésus et il nous placera avec vous près de
lui. Et tout ce que nous vivons, c’est pour vous, afin
Traditionnellement, la « Semaine de prière pour qu’en s’accroissant la grâce fasse surabonder, par une
l’unité des chrétiens» continue d’être largement célé­ communauté accrue, l’action de grâce à la gloire de
brée dans l’hémisphère nord du 18 au 25 janvier. Cepen­ Dieu.
dant, dans différents pays un nombre croissant de chré­ C'est pourquoi nous ne perdons pas courage et
tiens utilisent la brochure en privé durant le mois de même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine,
janvier et se retrouvent pour d’importantes célébrations l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car
aux alentours de la Pentecôte, à une époque où norma­ nos détresses d’un moment sont légères par rapport
lement le climat est plus favorable. Dans l’hémisphère au poids extraordinaire de gloire éternelle quelles

101
nous préparent. Notre objectif n est pas ce qui se voit, mais elle conserve l’espoir de trouver un jour sa place
mais ce qui ne se voit pas; ce qui se voit est provisoi­ dans cette société.
re, mais ce qui ne se voit pas est éternel.
Ce genre de situation a conduit le groupe local à
Traduction œcuménique de la Bible (TOB) réfléchir sur la force que la Parole de Dieu nous donne
dans les moments difficiles. Cette dernière nous rap­
pelle que tous les membres du peuple de Dieu doivent
Introduction au thème pour 2003 être pèlerins sur le chemin menant à son Royaume. La
Bible nous offre de nombreux exemples de peuples
« Ce trésor, nous le portons dans des vases d argile » migrant d’un lieu à l’autre en grande partie pour les
mêmes raisons qui poussent les populations actuelles
(2 Co 4, 7) à le faire. Abraham et Sarah, Jacob, Amos, Joseph,
Marie et Jésus constituent des exemples bibliques
Le problème complexe de la migration a eu un d’immigrants.
impact croissant dans la vie de nombreux peuples, L’expérience de l’immigration nous révèle un
pays et Églises partout dans le monde. L’Argentine fi­ monde fracturé. L’unité des chrétiens doit être le pa­
gure parmi les pays qui ont subi de nombreuses radigme de l’unité entre les êtres humains. Les chré­
vagues d’immigration ayant affecté non seulement le tiens possèdent « un trésor dans des vases d’argiles »
contexte national mais également la vie des Églises. (2 Co 4, 7) qui est la gloire de notre Seigneur Jésus
Le projet initial de la prière pour l'unité de cette an­ Christ, c’est-à-dire sa victoire contre le péché, la
née a été proposé par un groupe œcuménique argen­ mort, la persécution et la haine. Ce trésor est, comme
tin. Le texte biblique et le thème ont été choisis à par­ l’écrit saint Paul dans 2 Co 4, 5-6, la connaissance de
tir d’une réflexion sur l’Argentine en tant que nation la gloire de Dieu qui resplendit à travers Jésus alors
bâtie par le peuple indigène et les immigrants. qu'il nous a révélé les profondeurs de l’amour de Dieu
Différentes raisons sont à l’origine de l’immigra­ et sa miséricorde pour la création, en particulier en­
tion, par exemple la famine, les guerres et les persé­ vers les pauvres de la terre.
cutions religieuses. Deux histoires du passé récent de Le texte de 2 Co 4, 5-18 nous appelle à recon­
l’Argentine nous serviront à illustrer ces situations. naître que nous portons dans notre corps un trésor
Elles montrent également combien il est nécessaire qui ne nous appartient pas mais qui est un don de
pour les Églises de travailler ensemble à la recherche Dieu pour nous rendre forts et nous encourager dans
de l’unité afin d’apporter un témoignage véritable­ nos moments d'angoisse et de tristesse. Nous portons
ment uni. ce trésor dans la fragilité de nos vies humaines, ce
qui nous montre clairement que ce don nous vient de
1. Une famille fuyant la violence décide d’émigrer Dieu et non pas de nous. Dieu nous invite à être ses
et trouve refuge en Argentine. Là, elle est en sécurité témoins à travers notre faiblesse humaine.
mais doit faire face à un nouveau type de société Le Corps du Christ est un et c’est pourquoi les di­
quelle ne comprend pas, une langue qui n’est pas la visions entre chrétiens sont un contre-témoignage de
sienne et un passé historique avec lequel elle ne peut cette vérité et il nous faut le surmonter. Nous recon­
s’identifier. Parfois la population locale n’apprécie naissons que les obstacles sont grands et que nos
pas sa présence. Cette famille est heureuse mais res­ forces intellectuelles et physiques ne suffisent pas à
sent en même temps une certaine tristesse. Elle laisse guérir notre péché de division. L’unité de l’Église doit
derrière elle la peur mais découvre maintenant la dis­ être réalisée par l’action et la puissance de l’Esprit
crimination. Dans certains cas, ces personnes doivent Saint agissant en nous, afin que chaque pas vers
accepter d’être financièrement exploitées. C’est le prix l’unité puisse être vu comme un acte divin nous rap­
quelles doivent payer pour vivre en sécurité et pou­ prochant toujours plus du Royaume de Dieu.
voir élever leurs enfants. Leur nouveau pays à la fois Nous devons accepter le défi de l’apôtre Paul lors­
les accueille et les rejette. Ils ont foi cependant et at­ qu’il dit que nous croyons, c’est pourquoi nous par­
tendent la lumière qui les guidera dans l’obscurité. lons (2 Co 4, 13). Ne pas parler signifie dissimuler la
réalité visible du Christ agissant en nous qui est la ba­
2. Une jeune femme arrive dans une grande ville se de l’action de l’Église dans le monde. Ainsi, riches
pour y chercher un emploi. Elle a grandi dans la par­ de la force qui nous est donnée, nous devons aller
tie nord du pays et doit l’abandonner car elle désire vers notre prochain pour partager avec lui la lumière
un futur meilleur. Elle a quitté sa famille et ses amis du Christ et reconnaître mutuellement que nous
et maintenant doit affronter un autre type de société. avons une dette envers Dieu qui offrit la vie de son
La couleur de sa peau et son accent révèlent quelle Fils pour le salut de l’humanité. Tous ces thèmes sont
est originaire du pays. Du sang indigène coule même évoqués pendant le culte et les huit jours. Ces der­
très certainement dans ses veines. À cause de cela, elle niers ont été structurés de la manière suivante:
aussi devra payer très cher. Elle découvre les lu­ Paul, dans son Épitre aux corinthiens, encourage
mières de la grande ville mais également la tristesse ses frères et sœurs chrétiens par le message de l’espé­
de la solitude. Elle se retrouve étrangère dans son rance qu’est Jésus Christ. Il est le message divin qui
propre pays. Parfois même, elle a le sentiment qu'on révèle la gloire de Dieu et la lumière qui continue à
la traite comme si elle n’avait pas le droit de goûter resplendir dans un monde de ténèbres (2 Co 4, 5-6).
aux joies de la vie. Elle n’a personne à qui se confier C’est l’espérance qui a grandi dans le cœur des

102
hommes et des femmes qui ont conscience qu elle a lons avec courage contre tout ce qui offense la dignité
sa source en Dieu et non pas en nous. C’est ce trésor de la personne humaine.
qui soutient le pèlerin et l’immigrant dans leur fragile L’Église a pour mission d’être un signe de la grâce
condition humaine (Jour 7 - 2 Co 4, 7). de Dieu dans la société. Les valeurs de ce monde
La foi commune dans le Christ est notre espéran­ éphémère ne sont pas nécessairement celles du
ce et notre trésor. Dans le monde d’aujourd’hui, beau­ royaume des deux. Jésus a confié à l’ensemble des
coup d’hommes, de femmes et d’enfants supportent chrétiens et des Églises la mission de vivre pleine­
le poids de la persécution, de la détresse et de l’aban­ ment l’expérience du Royaume de Dieu comme d’une
don quand ils sont contraints à quitter leurs maisons force nouvelle qui régénère la société humaine. La
et à vivre dans la rue, constamment séparés de leur justification que nous avons reçue librement de la
milieu familier. Paul réfléchit sur l’expérience de la grâce de Dieu nous oblige à vivre en justifiés dans le
persécution en nous offrant la consolation de la foi monde (Jour 6- 2 Co 4, 15).
chrétienne car Jésus a assumé notre condition hu­ Malgré les nombreuses difficultés et persécutions,
maine pour quelle s'ennoblisse et nous révèle la puis­ nous devons persévérer. Saint Paul nous incite à rester
sance de Dieu à travers notre faiblesse. C’est pour­ forts car nous ne portons pas seulement en nous la
quoi nous ne sommes ni accablés ni portés au déses­ mort mais aussi la vie du Christ. L'Église est appelée à
poir, nous ne sommes ni abandonnés ni terrassés car manifester la victoire du Christ sur la mort en se mon­
nous avons la foi (Jour 2- 2 Co 4, 8). trant une communauté de courage. La persévérance de
Le mystère de la Rédemption continue à resplen­ ceux qui cherchent l’unité des chrétiens est fondamen­
dir dans les situations où, par l’effet de la grâce de tale pour tous ceux qui sont timorés ou tentés de re­
Dieu, l’esprit de l’homme nous fait percevoir l’image noncer à leur bataille car elle est la preuve de la force
du Christ dans la fragilité de nos corps. C’est cette de la grâce de Dieu malgré les nombreuses difficultés.
fragilité qui nous fait voir la mort du Christ vécue Jésus a prié pour l’unité de tous ceux qui portent son
dans son propre corps; mais à travers la miséricorde nom précisément afin que le monde croie. En dépit de
de Dieu, nous découvrons également l’image du tous les obstacles que nous rencontrons sur le chemin
Christ révélé. Trop souvent, le péché de la discrimina­ de l’unité, face à l’adversité les Églises doivent agir en­
tion nous révèle une culture de mort, qui n’est rien semble avec courage et persévérance pour offrir à notre
d’autre que le désir d'éliminer la différence, c’est-à-di­ monde déchiré un exemple d’unité et être un signe de
re l’autre. Les Églises ont pour mission de trouver en­ la puissance de la mort du Christ sur toutes les forces
semble comment affirmer l’image du Christ qui est du péché et des ténèbres (Jour 7 -2 Co 4, 16).
en l’autre comme une source de richesse, un don pré­ Le Jour 8, nous sommes appelés à réfléchir sur
cieux. La présence du Christ qui se manifeste en nos combien les souffrances que nous endurons nous
corps nous renouvelle pour qu’à travers nous appa­ préparent au «poids extraordinaire de gloire
raisse l’image de Dieu, dignité qui ne peut être effa­ étemelle» (2 Co 4, 17). Ce n’est pas une vision uto­
cée. Ce n'est que lorsque nous prenons conscience de pique de la fin de tous les combats humains. Paul
ce trésor que chaque être humain porte en lui que nous pousse en effet à réfléchir sur notre transforma­
nous pouvons accueillir les autres en voyant leur res­ tion par la grâce de la résurrection du Christ qui a
semblance avec Dieu (Jour 3-2 Co 4, 10). lieu si nous sommes unis par la foi en ses souf­
Cela peut sembler contradictoire mais tant que la frances. Nous les portons dans notre corps ainsi que
vie est en nous, nous devons apprendre à être livrés à sa résurrection. C’est pourquoi saint Paul nous exhor­
la mort, à renoncer à soi-même afin que le Christ se te à regarder au-delà de ce que nos yeux de mortels
manifeste en nous. En agissant ainsi, nous nous ou­ nous font voir, à regarder vers l’éternité que nous ré­
vrons à la vraie valeur de la vie — une existence qui a vèle la gloire du Christ. L’unité de tous les fidèles du
été confiée au Christ afin que sa vie soit manifestée Christ devient visible quand les chrétiens prennent
dans notre corps. Tous les chrétiens sont appelés à té­ vraiment à cœur leur tâche dans ce monde où ils ne
moigner que le péché ne nous domine plus. C’est ain­ sont que de passage.
si que les Églises peuvent témoigner dans le monde Pour chacun des huit jours est proposée une prière
de la dignité de la vie qui est vie nouvelle en Christ d’imploration de la grâce de Dieu pour l’unité de tous
(Jour 4 - 2 Co 4, 11). ceux qui croient dans le Christ. On ne soulignera ja­
Dans les conditions précaires où pèlerins et immi­ mais assez l'importance de cette prière car c’est en el­
grants se retrouvent, les Églises chrétiennes unies le que tous les chrétiens, par la puissance de l’Esprit
« dans un même esprit de foi » prêtent leurs voix aux Saint, reconnaissent humblement que l’unité que
étrangers et aux dépossédés. C’est parce que nous Dieu désire pour son Église est elle-même un don.
confessons la même foi que nous sommes capables Prions alors sans trêve pour nous préparer à recevoir
de trouver les mots pour parler. Le thème du Cinquiè­ ce don et à le porter dans les vases d’argile de notre
me jour (2 Co 4, 14) encourage les chrétiens à réflé­ humaine fragilité.
chir sur la nécessité de parler courageusement des si­
tuations désespérées des sans abris, des réfugiés, des
immigrants, des personnes vivant dans les rues, des Préparation
populations en migration, des hommes, des femmes de la « Prière pour l’unité des chrétiens 2003 »
et des enfants qui se trouvent dans la détresse. Nous
croyons en effet en la puissance renouvelante de Dieu Le projet initial du texte de cette année a été pré­
en Jésus Christ. C’est pourquoi ensemble, nous par­ senté par un groupe œcuménique formé de biblistes,

103
théologiens, prêtres, pasteurs et laïcs argentins. Un Evangélica Espanola [Église espagnole réformée]. El­
grand merci à ce groupe local pour le thème qu’il a le remercie en particulier la directrice du Centre,
choisi et pour le travail consciencieux qu’il a réalisé Mme Pilar Agraz Aguilar, et l’ensemble du personnel
au cours des dix mois qui ont servi à la préparation pour leur accueil chaleureux et leur généreuse assis­
du projet. Le groupe était composé de personnes en tance.
lien avec la Comisiôn Ecuménica de Iglesias Cristia- Les participants ont eu le privilège de pouvoir
nas de la Argentina (CEICA) [Commission œcumé­ écouter le Rév. Père Carlos de Francisco Vega, re­
nique des Églises chrétiennes d’Argentine] et était présentant du Secrétariat pour les relations inter­
ainsi constitué: Rév. Père Rafael Magul (orthodoxe), confessionnelles de la Conférence épiscopale espa­
Maria Luisa Cardenas (catholique), Rév. Père Fernando gnole, qui les a entretenus du déroulement de la
Gianetti (catholique), Rév. Carlos Halperin (angli­ « Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens » en
can), Rév. Margarita Tourn (Église valdaise) et Rév. Espagne. De son côté, Mme Agraz a fait une pré­
Pablo Andinach (méthodiste). sentation sur les origines et le développement du
Un groupe international nommé par la Commis­ Centre œcuménique «Los Rubios», en particulier
sion Foi et Constitution du Conseil œcuménique des sur le travail qu’il effectue avec les immigrés. Dans
Églises et le Conseil Pontifical pour la promotion de la journée du dimanche, l’ensemble du groupe a
l’unité des chrétiens de l’Église catholique a été char­ pris part aux offices célébrés à l’Église réformée de
gé de donner au texte sa forme définitive. Cette équi­ Los Rubios et à la paroisse catholique « Nuestra
pe — à laquelle s’était joint un représentant du grou­ Senora de la Victoria » de Rincôn de la Victoria. Il
pe argentin — s’est réunie près de Mâlaga (Espagne) remercie vivement ces deux églises pour leur cor­
au Centre œcuménique « Los Rubios » de la Iglesia dial accueil.

CÉLÉBRATION ŒCUMÉNIQUE DE PRIÈRE

Introduction les rencontres œcuméniques, à former une assemblée


de prière une et diversifiée, spécialement avec les
Ce culte célèbre la lumière que Dieu, notre Père, fait communautés chrétiennes de migrants qui vivent
resplendir dans le cœur des croyants et de leurs com­ parmi nous en ville, dans nos quartiers et nos ré­
munautés en tant quelles sont issues de nombreuses gions. En faisant une assemblée de prière avec eux,
cultures, peuples et nations disséminés sur la terre, en en la préparant ensemble, nous célébrons Jésus
perpétuelle migration et nouveaux enracinements. Christ mort et ressuscité, lumière née de la lumière,
C’est la lumière de la foi que Jésus Christ nous comme notre seul salut, dans la communion de la
fait connaître. Cette foi est « connaissance de la gloire même foi et la diversité de ses expressions. Notre cé­
de Dieu qui resplendit sur la face du Christ ». Elle est lébration honorera cette diversité.
le trésor que Paul évoque en 2 Co 4, 5-18. Chaque
croyant et communauté de croyants la porte et la - D’utiliser le symbole de la lumière contenue en
confesse dans la fragilité même de la condition ter­ des vases d’argile ou, mieux encore, d’un seul vase
restre et la richesse de ses dons. d'argile qui, passant d’un groupe à un autre à la vue
Il est très important sur le plan œcuménique que de tous au moment de l’intercession, permettra de
nous puissions célébrer joyeusement le Christ ressusci­ saisir ce que représente le trésor précieux de l’unité
té, mais il ne l’est pas moins de faire monter vers Dieu d’un seul Seigneur, d’une seule foi, d’un seul baptê­
notre Père, en lui notre unique Médiateur, nos supplica­ me et d’une commune espérance en Christ solidaire
tions pour tant d’hommes et de femmes, de jeunes et des pauvres, des migrants, des blessés de la vie et de
d’enfants des peuples traumatisés par l’émigration. Ce la désunion. Lors de l’ouverture, ce vase contenant
sera le sens de l’intercession qui, cette année, avec la la lumière soulignera déjà l’unité des chrétiens ras­
confession du Christ Lumière de nos vies, est le mo­ semblés pour proclamer leur foi au Christ lumière
ment fort de ce culte. Les communautés de croyants, de leur vie et pour la croissance de leur commu­
elles aussi, ont connu et connaissent toujours de pé­ nion.
nibles divisions, des épreuves et des joies, des attentes et Le signe de la paix scellera cette communion dans
des espérances qui leur font ressentir douloureusement l’intercession. A cette unité ainsi signifiée correspond
les souffrances des peuples martyrisés par l’épreuve de au terme de la célébration le renouvellement de l’en­
la migration. C’est pourquoi notre prière d’intercession voi en mission par le Christ: il attend de tous ses dis­
pour l’unité des Églises et celle pour les communautés ciples qu’ils témoignent de leur unité en s’engageant
de migrants ne sera qu’une seule et même intercession. face aux difficultés concrètes de la migration.
Pour cette célébration bâtie sur l’initiative d’un - De mettre en valeur autant le caractère drama­
groupe œcuménique d’Argentine, il est ainsi particu­ tique des migrations et de leurs causes dues aux pé­
lièrement recommandé: chés que le caractère même de migrant qui est le
- De s’inviter mutuellement, au-delà du cercle nôtre, comme disciples du Christ sur cette terre. Sans
des chrétiens qui se fréquentent habituellement dans condescendance ni fausse compassion, nous nous ac­

104
cueillerons mutuellement au cours de ce culte com­ prises comme des éléments de célébration que l’on
me des frères et des sœurs dans la foi. Nous avons peut déplacer. Les voici:
tant à partager de ce qui fait notre espérance dans
- L’ouverture: célébration du Christ lumière.
l’épreuve et à nous émerveiller du trésor de la foi que
Dieu nous donne: Où en serait notre marche œcumé­ - La confession de nos péchés et la proclamation
nique sans les échanges et les dialogues provoqués de la miséricorde du Seigneur.
par les migrations contemporaines? Nous nous lais­
- La proclamation de la Parole de Dieu.
serons accueillir par le Christ, migrant lui-même sur
cette terre. En lui, notre itinéraire terrestre se change - La proclamation de la foi.
en pèlerinage fraternel vers la demeure du Père. Mais
- L’intercession: déplacement vers le chœur de
nous avons tant à l’imiter pour n’exclure personne de
l’église de représentants des peuples et des Églises pré­
l’«agapé» que le Saint-Esprit dépose dans le cœur
sentes pour le récit de leur migration, l’apport de leurs
des baptisés! Et c’est pourquoi nous avons à entendre symboles, la transmission du vase d’argile contenant la
et réentendre sans cesse son appel à devenir témoins lumière, leurs intercessions et celles des communautés
de son Evangile en devenant les mendiants et les iti­ chrétiennes présentes, leur récit d’origine, à elles aussi,
nérants de la Bonne Nouvelle, que Ruth par exemple de leur développement, implantation, voire de leur ex­
à sa manière préfigure. clusion. Ces récits peuvent être écoutés aussi au début
de la célébration comme forme d’accueil ou comme
Aussi est-il souhaitable de mettre en valeur le
ouverture de la liturgie de la Parole.
personnage de Ruth au cours de la liturgie de la Pa­
role. Au début de celle-ci, le récit du retour de Ruth - L’envoi: procession de l’assemblée vers l’exté­
en Juda avec Noémi après son émigration en Moab rieur, signe de l’appel du Christ au témoignage, précé­
au côté de son mari natif de Bethléem pourra intro­ dé de la bénédiction.
duire d’autres récits de migrations actuelles (ils sont
aussi recommandés soit au moment de l’ouverture, Il reste que l'hymne au Christ — « Phos hilaron »
soit avant chaque intercession). Les personnes pré­ — est conseillé de préférence soit dans la première
sentes, migrantes elles-mêmes ou ayant à mieux partie, l’ouverture, soit après avoir invoqué l’Esprit
comprendre la vie des migrants, pourront découvrir Saint illuminateur avant la proclamation de la foi
comment, dans la vie de Ruth comme dans leur (symbole de Nicée ou autre texte de profession de foi).
propre vie, a jailli la confiance en Dieu et l’appel à Il ne faut pas hésiter à colorer cette célébration
imiter, dans l’esprit universaliste de la Révélation d’expressions, de chants et de symboles propres aux
biblique, l’amour de prédilection de Dieu pour peuples représentés. Pour prendre 1 exemple de l’Ar­
l’étranger et le pauvre. gentine, il est possible de se donner le signe de la paix
L’Évangile peut être choisi parmi les références en espagnol, de voir les lecteurs ou d’autres interve­
indiquées, mais le récit de l’envoi en mission (Mt 28, nants revêtus du poncho, d’accompagner les chants à
16-20) est conseillé. En mettant en valeur la mission la guitare, etc.
universelle en présence du Christ Seigneur, dans le Cette célébration aura été préparée par une équi­
cadre de cette célébration œcuménique plus particu­ pe œcuménique. Ce travail aura été l’occasion de se
lièrement sensible aux migrants, cet Évangile offre rencontrer et de prier. Il serait dommage quelle ne
l’occasion dans l’homélie de souligner le pouvoir qu’a soit qu’un entractes. Il devrait au contraire en ressor­
la Bonne Nouvelle de renverser les barrières cultu­ tir un fort désir d’approfondir les relations entre
relles, sociales, psychologiques et religieuses. L’homé­ chrétiens immigrants et chrétiens des communautés
lie devrait faire comprendre à qui nous sommes en­ installées depuis plus longtemps dans chaque région.
voyés ensemble par le Christ et encourager les Eglises
à entreprendre des activités communes auprès de
«l'étranger parmi nous». Que serait l’œcuménisme
doctrinal, spirituel et pratique, aujourd’hui, sans le DÉROULEMENT DE LA CÉLÉBRATION
fait des migrations des peuples de notre époque? La
marche vers l’unité en est stimulée.
Ne s’agit-il pas aussi, dans la fidélité à la double O. Officiant
exigence de la mission et de l’œcuménisme, de discer­ A. Assemblée
ner notre prochain dans les frères et les sœurs de dif­ L. Lecteur
férentes traditions avec lesquels nous avons à œuvrer
en faveur du règne de Dieu? Nous sommes appelés à
aimer des personnes différentes, qu’il s'agisse d’immi­ 1. Ouverture
grés ou que la différence provienne d’une façon de
confesser la foi chrétienne qui se fonde sur d’autres La célébration est recommandée en veillée.
traditions et d’autres pratiques que les nôtres. L’unité
de l’Église doit être au service de l'unité des peuples.
Dans cette perspective, la liturgie d’envoi souligne le Invitation à la prière
lien de l’engagement missionnaire et de l’engagement
œcuménique. O. Lumière et paix en Jésus Christ notre Seigneur.
Les six parties de ce culte peuvent être aussi A. Grâce soit rendue à Dieu.

105
O. Alléluia, Christ est ressuscité. Pardonne notre inaction et notre aveuglement en
A. Le Seigneur est vraiment ressuscité. Alléluia. présence des immigrants en détresse près de nous.
Chrétiens de diverses confessions, avons-nous as­
Un vase d’argile contenant la lumière dune flamme sez cherché les formes d’un témoignage commun « à
est déposé sur l'autel/la table de communion, ou de­ cause de Jésus » pour lutter contre les souffrances et
vant tous, tandis qu ’un lecteur proclame 2 Corinthiens les injustices ressenties par nos frères et sœurs immi­
4, 5-6. Quelques membres de l’assemblée s’avancent grés chez nous?
pour allumer une bougie à la flamme et transmettre à Pardonne notre superficialité et notre installation
tous la lumière. dans l’habitude, passant à côté des richesses de
l’autre, les niant même, faute de rechercher avec lui
un vrai partage de valeurs et de foi.
Cantique
L. Nous ne t’avons pas aimé de tout notre cœur;
Le cantique accompagne le geste de partage de la lu­ nous n’avons pas aimé notre prochain comme
mière. Sanctus d’Argentine, soit un chant sur le thème de nous-mêmes.
la lumière du répertoire d’une communauté d’immigrants Nous le regrettons sincèrement, nous nous en re­
représentée, soit un autre chant connu de l’assemblée. pentons humblement.
Pour l'amour de ton Fils Jésus Christ,
A. Sois notre lumière dans les ténèbres, Seigneur, et aie pitié de nous et pardonne-nous,
dans ta grande miséricorde, protège-nous de tous dan­ afin que nous puissions prendre plaisir à ta volon­
gers tout au long de la marche de notre existence ter­ té, marcher dans tes voies et mener une existence qui
restre. Ravive en nous, en nos communautés, la lumière laisse transparaître ta miséricorde
de la foi, que brille en nos cœurs la connaissance de ta pour la gloire de ton nom. Amen.
gloire qui est sur la face du Christ, lui qui règne avec toi
et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen. O. Le Seigneur tout-puissant vous/nous fait miséri­
corde, il vous/nous pardonne tous vos/nos péchés par
notre Seigneur Jésus Christ, il vous/nous fortifie en
Hymne toute bonté et, par la puissance de l’Esprit Saint, il
vous/nous garde en la vie étemelle. Amen.
Phos hilaron (on peut choisir de placer cette hymne
à un autre endroit comme il est dit dans l’introduction).
3. Proclamation de la Parole de Dieu
Lumière joyeuse de la sainte gloire
du Père immortel, Ancien Testament: Lv 25, 35-43 ou Rt 1, 1-18 (cf: in­
céleste, saint et bienheureux, troduction à la célébration)
ô Jésus Christ.
Arrivés au déclin de ce jour, Lecture antiphonée: Ps 43
dans la lumière du soir
nous célébrons notre Dieu, Nouveau Testament: 2 Cor 4, 5-18 (cf: introduction à
Père, Fils et saint Esprit. la célébration)
Tu es digne en tout temps
d être chanté par des voix saintes, A. Acclamation; Alléluia!
ô Fils de Dieu,
Source de vie, Lecture de l’Évangile: Mt 28, 16-20 (ou Mt 8, 5-
dont l’univers chante la gloire. 13 ou Jn 4, 3-15 ou Mc 7, 1-9)
En signe de l’unique Évangile du Christ destiné à
être proclamé dans toutes les langues et reçu dans toutes
2. Proclamation de la miséricorde de Dieu les cultures, on peut en faire la lecture dans la langue
ET CONFESSION DES PÉCHÉS
d’une des communautés présentes à la célébration.

O. Confessons nos péchés envers Dieu et envers l’hu­ A. Acclamation; Alléluia.


manité.
Homélie (cf.: introduction à la célébration)
(Assemblée ou plusieurs lecteurs successivement)

A. Dieu très miséricordieux, 4. Proclamation de la foi


nous confessons que nous avons péché contre toi
en pensée, en paroles, par action et par omission: O. Notre Dieu, Toi qui par Jésus Christ, le Seigneur
des mondes et de l’Eglise,
Vois et pardonne nos péchés de division par or­ nous appelle à former un seul corps
gueil, nos tors envers nos frères et nos sœurs d’autres et à exprimer ton amour
croyances, d'autres cultures, d’autres races, que nous dans la proclamation d’une même foi,
avons opprimées et mises à part. nous te prions humblement:

106
L. Accorde-nous lumière et force dans la foi C. Ven Espiritu Santo Ven, Ven a iluminar.
pour vaincre les ténèbres du mal
qui portent atteinte à notre unité de foi. En voyant la souffrance et le mal, nous sommes
submergés par le désespoir, nous éprouvons notre
Chant d’invocation du Saint-Esprit (au choix) faiblesse et jusqu’au sentiment d’inutilité de l’action
pour la justice:
L. Répands ton amour en nos cœurs Que le Seigneur nous donne de recevoir le témoigna­
pour que nous puissions te connaître ge des personnes et des communautés imigrées qui,
et discerner ta présence créatrice et réconciliatrice pressées de toute part, ont espéré et agi dans la détresse.
dans la vie des êtres qui nous entourent.
C. Ven Espiritu Santo Ven, Ven a iluminar.
Chant d’invocation Face aux exigences de la mission dans le monde
L. Renouvelle en nous le don de ton Esprit saint, et conscient de l’importance de l’Évangile qui nous
que par lui nous puissions proclamer maintenant est confié, nous pouvons être pris de vertige:
ensemble Que le Seigneur nous donne l’assurance
que Jésus est Seigneur pour proclamer notre foi.
et que chaque cœur humain soit atteint
C. Ven Espiritu Santo Ven, Ven a iluminar.
de manière à ce que s’écroulent les barrières
de divisions, Le mouvement œcuménique tout comme l’émi­
que s’effacent les soupçons, gration est partie prenante de ce que nous appelons
que cessent les haines aujourd’hui la « mondialisation » et le monde cherche
et soient guéries les blessures de la désunion, comment vivre ce passage:
pour que nous puissions vivre dans la justice et la Que le Seigneur, à travers le rapprochement de
paix, nos Eglises, inspire cette recherche.
par Jésus Christ notre Seigneur. Amen
C. Ven Espiritu Santo Ven, Ven a iluminar.
Chant d’invocation

(On peut placer ici le Phos hilarori) Prière de Saint Jean Chrysostome

Symbole de Nicée-Constantinople (ou un autre O. Dieu tout-puissant, tu nous as fait la grâce de ce


texte de confession de foi) moment où, d’un commun accord, nous avons pu
te présenter ensemble nos supplications, et tu
nous as promis en ton Fils bien-aimé que là où
5. Intercessions deux ou trois seraient assemblés en ton nom tu
serais au milieu d’eux: accomplis maintenant, Sei­
Les représentants de communautés d’émigrés gneur, nos souhaits et nos requêtes de la façon qui
s’avancent et présentent leurs intercessions. Chaque in­ sera pour nous la meilleure, en nous accordant en
tercession est précédée d’un bref récit sur l’expérience ce monde la connaissance de la vérité et, dans le
qu’ils ont vécue. L’espace est alors plongé dans l’obscu­ monde à venir, la vie étemelle. Amen
rité, tandis que leurs voix s’élèvent pour demander da­
vantage de compréhension à leur égard et exprimer leur
foi et leur espérance en l’action de Dieu. Échange d’un signe de paix
Avant d’exprimer son intention pour l’unité chré­ A. Notre-Père...
tienne, chaque Eglise peut aussi faire le récit de sa nais­
sance et de son développement, voire de son exclusion A. Cantique.
(ex.: révocation de l’Edit de Nantes en France) et des
étapes de sa vie sur le plan local ou national.
Le vase d’argile de grande taille contenant la flam­ Offrande
me d’une bougie passera de main en main entre les in­
tervenants en signe de foi et de solidarité avant d’être L’offrande peut avoir lieu pendant le cantique. Elle est
déposé sur l’auteVla table de communion. un geste liturgique expressif de la communion dans la foi,
Tous peuvent prendre l’invocation chantée en espa­ la charité et la solidarité. Cette signification peut être rap­
gnol « Ven Espiritu Santo Ven, Ven a iluminar » pelée au moment où on indique à qui elle est destinée.
(Viens Esprit Saint, viens nous illuminer) ou choisir
une autre invocation. 6. Envoi et bénédiction
Nous proposons le trésor de notre foi dans la fra­ (Nb 6, 24-26)
gilité de nos témoignages personnels, de nos commu­
nautés et de nos réalisations œcuméniques. O. Que le Seigneur vous/nous bénisse et vous/nous
Que le Seigneur renouvelle en nous ses dons de garde.
lumière, de force et de communion. A. Amen.

107
O. Que le Seigneur fasse resplendir sa face sur du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce
vous/nous et vous/nous accorde sa grâce. que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous
A. Amen. tous les jours jusqu a la fin des temps ».
O. Que le Seigneur tourne sa face vers vous/nous et
vous/nous donne sa paix. Envoi
A. Amen.
A. Cantique final
O. Et que la bénédiction de Dieu tout-puissant, le Pè­ Chant argentin de bénédiction (La benedicion de
re, le Fils et le Saint-Esprit soit et demeure avec Dios de Lois Wilson dans Thuma Mina, Canada-Argen­
vous/nous pour toujours. tine, Basileia Verlag, Basel, Strube Verlag, München-
A. Amen. Berlin, page 193), soit un chant d'une communauté de
Proclamation de Mt 28, 18-20 et appel au témoi­ migrants présente, soit un autre chant connu de l'as­
gnage commun au nom du Christ semblée.
Pour signifier la marche de notre existence à la suite
O. Jésus s'approcha deux et leur adressa ces paroles: du Christ Lumière sur la route et notre volonté de ré­
« Tout pouvoir ma été donné au ciel et sur la ter­ pondre ensemble dans l'unité à l'envoi du Christ en mis­
re. Allez donc: de toutes les nations faites des dis­ sion, l'assemblée sort de l'église à la suite d'une personne
ciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et portant en tête le vase d'argile contenant la lumière.

TEXTES BIBLIQUES, RÉFLEXION ET PRIÈRES POUR LES HUIT JOURS

Jour 1 trésor que Dieu veut placer en chacun et chez tous. Ce


cœur élargi, c’est le vase d’argile de notre humanité qui
Ce trésor nous le portons dans des vases d'argile reste fait de poussière. Il paraît faible et dérisoire en
(2 Co 4, 7) présence du trésor qui, lui, va grandissant.
Ensemble, les chrétiens doivent dévoiler ce trésor
Espérance qui rayonne en gloire sur le visage du ressuscité. Ils
rendent manifeste leur héritage commun quand ils se
Gn 15, 1-7 Ne crains pas Abraham, car ta récom­ présentent en une communauté réconciliée.
pense sera très forte
Ps 16 (15) Mon Seigneur c'est Toi mon bien rien Prière
au-dessus de toi
Notre Père,
Hb 9,8-12 Jésus Christ grand prêtre des biens à Malgré notre faiblesse, tu as fait de nous des dis­
venir ciples de ton Fils, des témoins de l’espérance et des fi­
Le 24,13-35 Et nous, nous espérions qu'il était ce­ dèles qui voudraient manifester sa victoire dans un
lui qui allait délivrer Israël monde sceptique et troublé.
Nous portons ce trésor dans des vases d’argile et
Commentaire nous craignons de ployer face à la souffrance et au
mal. Quelques fois nous doutons même de la puissan­
Abraham met sa confiance dans la promesse de ce de la parole de Jésus Christ qui a dit: « Que tous
Dieu. Il quitte le confort de son existence pour se soient un ». Viens et restaure en nous la connaissance
rendre vers la terre promise. Avec sa famille, il de­ de ta gloire qui rayonne sur le visage de ton Christ afin
vient l'étranger, le migrant appelé à une intégration que par nos actes, nos engagements et toute notre vie,
douloureuse et pénible mais certainement fructueuse nous proclamions dans le monde qu’il est vivant et
et libératrice sur la terre de Canaan. qu’il agit aujourd’hui et pour les siècles. Amen.
Les pèlerins d'Emmaüs sont quant à eux obligés
de revenir dans leur ancienne demeure pour retrouver
l'intuition initiale qui les avait entraînés à suivre Jé­ Jour 2
sus, jusqu’au pied de la croix. En revisitant avec Jésus Pressés de toutes parts nous ne sommes pas écrasés
« Moïse, la loi et tous les prophètes », ils restaurent en
leur cœur troublé la confiance et l’amour signe de la (2 Co 4, 8)
présence en eux du trésor divin, fondement de leur es­
pérance. L’espérance, chaque chrétien la partage. Elle
ne fait pas l’économie du combat pour la vie, mais elle Foi
l’éclaire d'une force sereine et confiante.
Quitter sa terre, partir vers l’autre, vers l’étranger Ex 5, 6-17 Qu’on augmente le travail de ces
peut permettre de s'ouvrir, de grandir avec l’autre pour gens, qu’ils n’aient aucun répit
offrir à Dieu ‘ un cœur élargi ’ capable de contenir le Ps 128 (127) Tu te nourris du labeur de tes mains

108
Hb 11, 13-27 C est à une patrie meilleure qu’ils as­ Qu'il nous aide à surmonter nos divisions,
pirent Qu'il nous donne d’avancer dans la justice et dans
Mt 2, 14-15 Joseph se leva, prit avec lui l'enfant et la paix
sa mère et se retira en Égypte Par Jésus le Christ, notre Seigneur,
Amen.

Commentaire
Jour 3
Le siècle qui vient de finir aura été marqué par dif­
férentes formes d’oppressions politiques, sociales, cul­ Afin que la vie de Jésus soit, elle aussi,
MANIFESTÉE DANS NOTRE CORPS
turelles et économiques. Par certains aspects, la mi­
gration participe à ces phénomènes qui perdurent en­ (2 Co 4, 10)
core aujourd’hui. Les migrants quittent leurs pays à la
recherche d’une vie meilleure, loin des persécutions À l'image du Christ
ou des famines. Ils cherchent des possibilités qui leur
sont refusées chez eux, ou tentent de se mettre à l'abri Gn 1, 26-27 À l’image de Dieu il le créa, homme et
de régimes politiques ou de systèmes économiques femme il les créa
qui les chassent de leur lieu de résidence. Dans leur Ps 45 (44) Dieu t’as donné l’onction
lieu d’arrivée, bien souvent ils subissent une exploita­ 1 Tm 6, 11-16 Garde le commandement en demeu­
tion semblable à celle des hébreux en Égypte. rant sans tache
L’immigrant est un être en détresse. Il lui a fallu
abandonner son cadre familier, les siens pour affron­ Mt 5, 14-15 Vous êtes la lumière du monde
ter une vie dans des conditions culturelles et sociales
différentes, avec tous les problèmes que cela im­ Commentaire
plique. Son chemin croise des personnes égoïstes et
des situations cruelles où l’on peut voir les marques L’être humain porte en lui-même l’image et la res­
du péché et les causes principales de l'émigration. semblance de Dieu. C’est le signe d’une dignité que
La migration peut être vécue par ailleurs comme rien, ni la faiblesse ni le péché, ni l’oppression ne
un acte de foi. Rappelons-nous Abraham quittant le peut effacer. Cette mystérieuse réalité constitue une
pays de ses ancêtres pour la terre promise ou Moïse permanente vocation à croître spirituellement pour
entraînant son peuple loin de l’esclavage. Rappelons- atteindre jusqu’à la dimension du Christ.
nous également Jésus, Marie et Joseph, qui durent Le Christ lui-même vit dans le chrétien, dans
fuir en Égypte pour sauver leur vie fragile menacée l’unité de son être, âme, esprit et corps. Le chrétien,
par le pouvoir d'Hérode. Aujourd'hui comme hier, au homme et femme, dans les situations concrètes de
milieu de tous les dangers, Dieu nous montre le che­ l'histoire doit faire apparaître la vie du Christ qui est
min qui mène à la vie. en lui. Il est appelé à combattre le bon combat de la
Persécutées, mais non découragées, des millions foi en observant sans tache les exigences évangé­
de personnes puisent dans leur foi en Dieu la force liques jusqu’à la manifestation du Seigneur.
pour faire face aux nombreuses discriminations por­ Ce témoignage implique l’être tout entier du
tant sur la race, la couleur de peau, le sexe, la culture, croyant, donc également le corps. Des membres des
la langue ou le pouvoir d’achat. différentes Églises, afin de rendre ce fidèle témoi­
L’émigration a souvent des conséquences sur le gnage dans le passé et dans le présent, ont subi et
plan œcuménique. Elle amène des membres de diffé­ subissent le martyre, acte suprême d’obéissance au
rentes Églises à se rencontrer et à rechercher tou­ Seigneur et de transparence de foi. Souvent les
jours à frais nouveaux l’unité. Nous sommes tous, causes qui provoquent le martyre se retrouvent aux
d'une façon ou d’une autre, migrants sur cette terre. origines de l’exil.
Nous sommes tous en pèlerinage vers la maison du Le chrétien est ainsi appelé à être transformé à la
Père. Les Églises, elles aussi, sont invitées à avancer ressemblance du Christ de façon que soit dévoilée la
dans l’unité en regardant ensemble le chemin que vie même du Christ.
notre Seigneur leur a ouvert. « Je suis la lumière du monde ». « Vous êtes la lu­
mière du monde». Cette lumière doit resplendir à
Prière travers les œuvres de justice, de charité, de miséricor­
de, de telle sorte quelle devient annonce de l’œuvre
Dieu, notre Père, salvifique de Dieu. Les hommes et les femmes sont
Ton Fils a connu l’exil jusqu’en Égypte. Accom­ ainsi amenés à rendre gloire au Père qui veut que
pagne la foule des migrants de notre époque. Permets tous soient sauvés.
que ton Esprit Saint touche tout cœur humain: En tant qu’Église nous sommes mis en demeure
Que s’écroulent ainsi les barrières qui nous sépa­ de réviser les particularités culturelles qui font qu’une
rent, grande partie de la population ne peut être reconnue
Que disparaissent les soupçons, dans sa dignité humaine, surtout dans le cas des mi­
Que cessent les haines. grants. De fait, ces éléments qui divisent les per­
Que ton Esprit souffle sur les Églises pour les vivi­ sonnes et les nations participent du même péché qui
fier au cours de leur pèlerinage vers l’unité. divise les Églises et empêche un vrai témoignage. Et

109
cela d'autant plus qu’un vrai témoignage d’unité entre seigner autant que les docteurs de la loi, nous n’au­
les croyants ne saurait être séparé d’une recherche rions jamais entendu le message des apôtres, ni celui
destinée à dépasser en toute sincérité les barrières dun charpentier de Nazareth.
qui divisent la société. C’est pourquoi nous devons nous inciter mutuel­
lement à mettre en question le modèle social quand il
porte au mépris des petits, exclut et néglige les be­
Prière soins matériels et spirituels des gens.
Dieu d’amour Dans cette lutte au cœur de nos sociétés, nous
Puissance créatrice de toute existence, pouvons être tentés de renoncer, pensant que nous
conduis-nous à discerner en nous-mêmes sommes isolés. Ne perdons pas courage car d’autres
et en chacun de nos frères et sœurs enfants de Dieu œuvrent en faveur de la dignité de la
ton image et ta ressemblance. vie et manifestent ainsi la vie de Jésus dans notre
Donne-nous la force nécessaire existence mortelle.
pour être conséquents avec ton amour L’Église est appelée à manifester cette lumière qui
qui embrasse toutes choses. brille dans les ténèbres. L’enjeu de l’unité, face à un
Dieu d’amour monde divisé, se révèle capital: notre vocation com­
Veille à ce que le témoignage mune est de montrer ensemble la force de la résurrec­
que nous devons rendre tion afin que le monde croie. Au milieu des luttes de
nous conduise à l’unité des Églises. pouvoir et de la discorde, face à toutes les misères et à
Qu’il nous soit donné de nous manifester tous la guerre, nous ne fuyons pas les problèmes dans une
d'une seule voix en appelant tous les hommes et même embarcation mais nous nous engageons guidés
toutes les femmes à être responsables de la création par le Christ pour que le monde change de rivage.
et de leur prochain. Nous t’en prions par Jésus Christ
Notre Seigneur. Amen. Prière
Seigneur notre Dieu,
Jour 4 Nous voulons nous en remettre entièrement à Toi
et ne faire confiance qu’à ton seul pouvoir.
Afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, Pacifie nos corps et nos esprits,
MANIFESTÉE DANS NOTRE EXISTENCE MORTELLE
Entre dans nos cœurs,
(2 Co 4, 11) Aide-nous à apprécier dans chacune de nos
tâches quotidiennes la force de résurrection que tu
nous donnes.
Dignité de la vie O Seigneur,
Ouvre entre nous le chemin de l’unité,
Esd 1,1-4 Quiconque parmi vous fait partie de Conduis-nous par la main sur la voie de ton Église
tout son peuple, que son Dieu soit pour être des témoins de l’espérance.
avec lui Car, dans le Christ, nous ne pouvons plus désespérer.
Ps 50 (49) Que les cieux proclament sa justice Il est la victoire.
Rm 6,6-14 Morts au péché et vivants pour Dieu Par sa mort et sa résurrection, il a vaincu la mort.
en Jésus Christ O Dieu, notre espérance,
Donne-nous l’Esprit de vérité, de courage et de
Mc 9,33-37 Si quelqu’un veut être le premier qu’il force pour que nous avancions ensemble vers l’unité
soit le dernier de tous et le serviteur pleine et visible de l’Église par Jésus Christ notre Sei­
de tous gneur. Amen.
Commentaire
Nous vivons des passages difficiles dans presque Jour 5
tous les aspects de l'existence. Des hommes et des
femmes se voient imposer des modes de vie dégra­ J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé
dants. Pour beaucoup d’entre eux, l’existence est da­ (2 Co 4, 13)
vantage subie que choisie et ils se trouvent plongés
dans le désespoir et la terreur.
Mais le Christ nous invite à relever le défi de vivre Courage
d’une manière qui soit conforme aux exigences du
royaume. Sa présence dans son peuple marque cha­ Jos 1, 1-9 Sois fort et courageux; ne tremble
cun. La force de sa résurrection nous délivre de toute pas, ne te laisse pas abattre
séduction porteuse de mort. Si nous le savons parmi Ps 113 (112) Il relève le faible de la poussière
nous, ressuscité portant les traces du rejeté, du mé­
prisé ou de l’exclu, nous pouvons comprendre l’im­ Ep 2, 11-22 Vous n'êtes plus des étrangers, ni des
portance du dernier d’entre nous. Si nous avions esti­ émigrés
mé que de simples pêcheurs étaient incapables d’en­ Mc 7, 24-30 À cause de cette parole, va

110
Commentaire nouvelle humanité. Nous prions dans la foi pour le
corps du Christ, l'Église dans le monde d'aujourd'hui.
En un temps d'incertitude et de peur après la mort Tu nous as confié la tâche de préparer ton royau­
de Moïse, Josué parla courageusement au nom de me ici sur terre, aide-nous à l'accomplir dans l’unité
Dieu et appela le peuple d'Israël à traverser le Jourdain et non dans la division. Fais que nous entendions ta
pour occuper la terre que Dieu avait promise à ses an­ voix, au lieu d’écouter seulement nos priorités. En-
cêtres: une terre que ceux-là avaient quittée pour se courage-nous à surmonter nos divisions et à vivre
mettre en quête de nourriture. Josué invita le peuple à selon ta loi de charité. Donne-nous la force de réaf­
être fort et courageux et à agir selon la loi de Dieu. firmer notre engagement envers toi. Laisse-nous
De nombreuses générations plus tard, des Cana­ prendre part à ton amour. Conduis-nous auprès de
néens habitaient encore dans une partie du pays et ce ceux qui ont besoin de ta bénédiction, en particulier
fut une cananéenne qui se rendit chez Jésus et l’implo­ les réfugiés et les étrangers qui vivent parmi nous.
ra courageusement de guérir sa fille. Lorsque Jésus lui Ensemble, nous qui sommes le corps du Christ, c'est
répondit, plutôt brusquement, qu'il n’était pas bien de en son nom que nous te le demandons.
prendre le pain des enfants, elle répliqua que même les Amen.
petits chiens sous la table mangent les miettes des en­
fants. Païenne et femme, son amour maternel la pous­
sait à enfreindre avec courage et audace les barrières Jour 6
dressées par la culture, la tradition et le sexe. Jésus ... Afin qu’en s’accroissant
avait un plan d'action et il avait hâte de le réaliser. Il LA GRÂCE FASSE SURABONDANCE, PAR UNE
était convaincu qu'il devait d'abord s’adresser à la mai­ COMMUNAUTÉ ACCRUE...
son d’Israël. Malgré cela, il se sentit profondément tou­
ché par le courage et la réponse de cette femme et, à (2 Co 4, 15)
son tour, franchit les mêmes barrières, en disant: «À
cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille ». La justice de la grâce de Dieu
Dans l'Épître aux Éphésiens, l’auteur rappelle aux
païens convertis que dans le passé ils étaient « privés De 10, 17-22 ...qui rend justice à l’orphelin et à la
du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de veuve...
la promesse ». Mais maintenant, en Jésus Christ, ceux Ps 103 (102), Le Seigneur est miséricordieux et
qui étaient loin ont été rendus proches. Le Seigneur a 1-12 bienveillant
détruit le mur et l’hostilité qui séparaient les païens et
Rm 3, 21-31 Ils sont gratuitement justifiés par sa
les Juifs, en les réconciliant avec Dieu en un seul
grâce
corps à travers la croix. Aujourd'hui les chrétiens
sont poussés par la loi du Christ à aller au delà des Mt 5, 1-12 Heureux ceux qui ont faim et soif de
barrières culturelles et raciales pour accueillir les ré­ justice
fugiés et les étrangers et répondre à leurs besoins.
Nous pouvons apprendre beaucoup de la profonde Commentaire
foi chrétienne des immigrés qui ont traversé les fron­
tières pour venir dans notre pays et qui ont égale­ Le péché est la source de toute forme d’injustice
ment part au corps du Christ. dans le monde. En rejetant la justice de Dieu, nous
En tant qu’Église et en tant que chrétiens, chacun dépossédons les êtres humains de leur dignité et de
de nous doit relever le défi qui consiste à témoigner leurs droits fondamentaux. Nous mettons ainsi sur
la vérité de l’Évangile avec courage. Nous devons pieds des structures injustes et bafouons les droits de
vivre concrètement ce témoignage et montrer au la personne. Nous croyons,que Dieu nous a justifiés
monde l’unité que le Christ veut pour ses enfants, car en Christ, par son amour profond envers nous. La
les Eglises divisées sont des Eglises affaiblies dans justice de Dieu s’exprime à travers son effusion de
leur mission. Être l’Eglise du Christ est un don qui grâce réconciliante. Par la mort et la résurrection du
comporte l'énorme responsabilité d’aider ceux qui ne Christ, il nous a rendus dignes d'être ses enfants et
croient pas à découvrir que l'amour de Dieu est la nous a destinés à une communion étemelle avec lui.
seule réponse à leurs besoins. Nous devrions deman­ En tant que chrétiens, nous sommes envoyés pro­
der à Dieu de nous guérir de notre manque d'unité et clamer ensemble la justice de Dieu et la force de sa
de nous aider à proclamer notre foi avec courage. grâce. Notre tâche est celle de diffuser la justice de
Dieu par notre témoignage. Nous sommes appelés à
Prière devenir des instruments du Royaume de Dieu, en
tant qu’hommes et femmes justifés qui vivent pour
Dieu notre Père, tu as inspiré ton serviteur Josué Dieu et cherchent à révéler à tous son amour et sa
pour qu’il parle avec courage en un temps de détresse; justice. Tout en ayant notre maison dans les cieux,
tu as guidé ton peuple vers la terre promise. Ton Fils, nous voulons réaliser également une société plus jus­
Jésus Christ, a franchi les barrières élevées entre les te et un renouvellement de la terre, en rendant plus
cultures, les classes sociales et entre hommes et visible ce que Dieu désire pour ses enfants.
femmes pour guérir et donner espoir à ceux qui en L'expérience des réfugiés ne représente que l’un des
avaient besoin. Il est notre paix. Dans sa chair il a nombreux visages de l’injustice de notre époque. Des
abattu les murs de séparation et il a créé en lui une sociétés économiquement injustes expulsent leurs

111
membres en les réduisant à la faim et à la pauvreté, en particulier ses cicatrices sur le corps des réfugiés, des
leur refusant des conditions de vie humaines, et en les personnes déplacées, des sans abris, sur le corps de
empêchant d'accéder à la santé et à l'éducation. tous ceux qui continuellement se heurtent à plus
D autres doivent émigrer à cause de la guerre ou de d’obstacles qu’ils ne trouvent de solutions. Les jours
l’impossibilité de pratiquer leur foi librement. Dans ce défilent les uns après les autres, chacun apportant son
monde, nous devons crier à haute voix notre soif de lot de difficultés: une femme doit soudain quitter son
justice, d’une justice longtemps attendue. Dieu s'identi­ pays; de jeunes enfants se retrouvent dans un pays
fie aux pauvres, aux faibles, aux malades, aux étran­ étranger; un homme doit renoncer au métier que son
gers, aux enfants, aux personnes âgées, aux veuves. père lui avait enseigné car il ne lui est plus d’aucune
C’est pour cela que, dans les Béatitudes, nous sommes utilité; une famille est contrainte à abandonner sa
appelés à devenir les promoteurs d’une justice qui aille langue maternelle pour une autre, à sacrifier ses cou­
au-delà de la justice de cette terre. Pour accomplir cet­ tumes pour d’autres qui lui sont étrangères. Ceux-là
te tâche, il nous faut trouver des moyens d’éliminer les ont fuit la mort, la faim, l’exclusion. De nos jours, des
structures sources de discrimination, en les transfor­ milliers de personnes se mettent silencieusement en
mant en instruments de paix et de justice pour tous. chemin vers des pays inconnus qui ne les accueillent
Notre unité et notre mission sont le signe de notre pas toujours avec charité et compréhension.
espérance. Notre communion dans le Christ est une Les premiers chrétiens eux aussi traversèrent
expression visible de la nouvelle humanité. La vision des épreuves et durent lutter. La manière dont ils
spirituelle de la vie que nous avons en Christ est l’es­ comprirent et firent face à cette situation illustre
sence de toute justice et la base des droits de l’hom­ pour les futures générations chrétiennes les fonde­
me. Notre solidarité active avec les faibles rend vi­ ments de la persévérance et de la solidarité que
sible la puissance de la justice de Dieu. nous offre la foi. Au moment critique où Étienne fut
mis à mort et l'Église de Jérusalem gravement per­
Prière sécutée, ses membres dispersés trouvèrent la force
intérieure de continuer à proclamer la Parole au
Seigneur, nous te remercions pour ta grâce qui fait lieu de se laisser paralyser par la peur. Paul, dans
de nous tes fils et tes filles dans le Christ. Tu nous ap­ ses épîtres aux Corinthiens, encourage les chrétiens
pelles, nous tes enfants, à promouvoir dans le monde à ne pas perdre espoir malgré leur affliction et leur
ta justice pleine de grâce. Fais que nous travaillions, abattement, mais à interpréter ces expériences com­
sans crainte, en faveur de la justice qui est le seul me une manière de porter dans leur corps la mort
moyen de parvenir à une paix authentique et à une so­ de Jésus afin que la vie du Christ soit rendue visible.
ciété plus humaine. Dieu aimant, renforce les liens Cette relation claire existant entre leurs propres
qui nous unissent, et fais-nous vivre de telle manière luttes et la mort puis la résurrection de Jésus reflète
que l'unité des fidèles se reflète dans les actions de comment la puissance de la résurrection a changé
chaque communauté chrétienne. Dieu tout-puissant, leur compréhension de la souffrance et de la mort.
conduis-nous encore une fois à nous rapprocher les Aujourd’hui, nous nous demandons comment té­
uns des autres, afin que ta volonté, et non la nôtre, moigner de la puissance de renouvellement de la ré­
soit réalisée. Par Jésus Christ, notre Seigneur. Amen. surrection face aux corps blessés des réfugiés et des
pauvres, quand nous sommes confrontés à leurs
profondes souffrances et à leurs vies martyrisées.
Jour 7 Encore et encore, nous ouvrons les yeux et nous
nous heurtons à une triste vérité: notre monde est
C’est pourquoi nous ne perdons pas courage davantage porté à la destruction qu’à la promotion
(2 Co 4, 16) de la vie. En même temps, nous savons qu’il est en­
core possible de percevoir l’action de Dieu parmi
nous qui renouvelle et régénère, et d’en rendre té­
Persévérance moignage. Les chrétiens qui agissent ensemble dans
ces contextes privilégiés ont une chance particulière
Ne 7, 73-8, 3, Ne soyez pas dans le deuil et ne pleu­ d’être porteurs de lumière et d’espérance, à travers
9-10 rez pas même les actes les plus simples de gentillesse et
Ps 118 (117), Ouvrez-moi les portes de la justice d’hospitalité. Des voix s’élèvent et des mains se ten­
5-9, 19-24 dent en solidarité avec notre sœur en difficulté,
notre frère découragé. Nous découvrons que tout
Ac 7, 54-8, 5 Ceux qui avaient été dispersés... allè­ acte de pitié envers un peuple crucifié nous met en
rent annoncer la bonne nouvelle de la présence du Christ lui-même et sert à nous rappeler
Parole que la mission de tout chrétien est celle de Dieu. De
Mc 10, 28-30 ...au centuple maintenant, en ce plus, ceux qui souffrent nous révèlent souvent, en
temps-ci... avec des persécutions... leurs corps fatigués, que la gratitude est encore pos­
sible, que l’espérance n’est pas morte, que tout n’est
Commentaire pas perdu si nous plaçons notre confiance en Celui
qui fait toutes choses nouvelles. Parmi la souffrance
La vie nous réclame parfois son dû. Nous savons et les blessures, l’Évangile nous est offert comme re­
tous ce que veut dire souffrir ou lutter. La vie laisse en mède à ce qui est brisé.

112
Prière L’Église se considère elle aussi en pèlerinage.
Nous sommes un peuple de pèlerins, étrangers sur
Dieu tout puissant, nous sommes unis dans la cette terre, voyageurs de la foi en route vers la Jéru­
certitude que tu accompagnes tous ceux qui souffrent salem céleste, aspirant à voir le visage de Dieu.
et sont opprimés, nous sommes unis dans l’appel à Souvent, le peuple pèlerin de Dieu, dans l’attente
être instruments d’espérance et de compassion en­ de la venue de son Royaume sur la terre, éprouve le
vers tous ceux qui sont dans le besoin: même désir de stabilité et de paix ressenti par les
Dirige nos mains vers les opprimés, les pauvres, réfugiés.
les réfugiés. Lorsque nous avons tendance à oublier Tandis que les chrétiens voient l’existence humai­
notre prochain en difficulté, ouvre de nouveau nos ne soumise à l'insécurité inhérente à tout pèlerinage,
yeux et nos cœurs à leur peine. ils reconnaissent à l’Église la vocation prophétique
Insuffle foi et espérance en ceux qui se débattent, d'annoncer une vision de ce que Dieu prépare pour
sont découragés et désespérés, ceux dont les vies sont nous, un « poids extraordinaire de gloire étemelle »
meurtries par l’adversité. Conduis-les tendrement à ta qui inscrit nos présentes luttes dans un plus vaste
découverte même au cœur de leur expérience la plus contexte d’espérance et de promesse. Cet avenir que
sombre. Amen. Dieu façonne pour nous est caractérisé par l’unité
dans laquelle la race humaine, par la grâce de l’Esprit
Saint, n’est qu’un avec Jésus et le Père. D’ores et déjà,
cette unité nous est offerte comme un don dans l’Es­
Jour 8 prit: « Il y a un seul Corps et un seul Esprit, de même
Un poids extraordinaire que votre vocation vous a appelés à une seule espé­
DE GLOIRE ÉTERNELLE PRÉPARÉ POUR NOUS rance; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptê­
me; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous,
(2 Co 4, 17) agit par tous, et demeure en tous ». L’Église doit vivre
aujourd’hui comme un signe de cette unité que nous
concevons dans sa plénitude seulement comme la
Appelés à l’unité sur le chemin de la gloire promesse de Dieu.
Au lieu de cela, nous nous sommes présentés aux
hommes avec nos désaccords qui n’ont créé que
Es 33 J 7-22 Le Seigneur est notre roi, c’est lui qui confusion alors que nous sommes appelés à répandre
nous délivre la lumière. La tâche œcuménique qui nous est
Ps 42 (41) Espère en Dieu! Oui, je le célébrerai confiée est celle de redécouvrir et de rendre visible
encore l’unité qui est toujours un don de l’Esprit Saint. Par­
Ep 4,1-6 Un seul Seigneur, une seule foi, un fois cependant, les chrétiens semblent y renoncer. En
seul baptême tant que peuple pèlerin, nous devons conserver l’es­
pérance et la certitude que nous serons un en Christ
Jn 17, 20-26 Qu’ils contemplent la gloire que tu
m’as donnée... et que nous verrons la gloire que Dieu donna à son
fils « avant la fondation du monde ».

Commentaire Prière

À l’époque où Jérusalem était menacée d’invasion, Seigneur, montre-nous ta miséricorde et par la


le prophète Esaïe attendait le jour où commencerait puissance de ton Esprit, dissipe les divisions entre
le règne de Dieu et où Jérusalem serait « un domaine chrétiens afin que ton Église apparaisse plus distinc­
tranquille, tente qu’on ne démontera plus, dont les pi­ tement comme un signe visible parmi toutes les na­
quets ne seront plus jamais arrachés, dont les cordes tions.
ne seront plus enlevées». Les réfugiés en marche Seigneur, accorde-nous un amour renouvelé, une
dans le monde d’aujourd’hui, en quête de liberté poli­ vraie sagesse et un nouvel élan dans notre recherche
tique ou de stabilité économique, languissent après le de l’unité pour que le message étemel de ton Fils soit
jour où ils pourront finalement cesser de se déplacer recueilli par tous comme la bonne nouvelle.
et de vivre sous des tentes de fortune ou de se cacher Seigneur, ranime notre foi et notre espérance, afin
dans des camions. Ils cherchent un endroit où s’éta­ que nous avancions dans la joie vers ton royaume cé­
blir enfin et vivre en sécurité, dans la paix et le bien- leste, confiants en ta promesse de gloire étemelle.
être. Par Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

113
SITUATION ŒCUMÉNIQUE EN ARGENTINE

L’Argentine est un pays jeune baigné par l’Océan existe également des centaines de petites églises dans
atlantique et situé au sud du continent américain. Sa lesquelles les communautés locales célèbrent la mes­
population descend principalement des immigrants se et contribuent au développement social de leur
européens et du Moyen-Orient qui, avec les fils des quartier en mettant sur pieds des projets de solidari­
conquérants espagnols et des anciennes nations indi­ té, de charité et d’action communautaire. Des prêtres
gènes, peuplent ce pays. Au cours des récentes décen­ et religieuses de divers ordres religieux travaillent
nies, l’Argentine a accueilli également des immigrants dans de nombreux centres offrant assistance aux
sud-américains provenant de pays limitrophes ainsi pauvres et aux marginaux dans des domaines comme
que des asiatiques, pour la plupart originaires de Co­ ceux de la santé et de l’éducation; ils sont engagés par
rée et de Taiwan. La langue officielle est l’espagnol et ailleurs dans la lutte pour le respect des droits de
la religion comptant le plus de fidèles est le christianis­ l’homme à la dignité et au bien-être.
me, bien que désormais se soient également bien im­
plantées des communautés juives et islamiques.
L’Argentine est le produit culturel de ces diverses Les Églises protestantes
immigrations. Il n’est pas surprenant de trouver sur son
territoire des catholiques, des protestants de différentes Les premières Églises protestantes arrivèrent en
Églises et dénominations côtoyant des membres des Argentine au début du XIXe siècle quand l’indépen­
Églises orthodoxes ou pré-calcédoniennes. Ils sont ve­ dance conquise vis-à-vis de la domination espagnole
nus en immigrants, certains à la recherche d’une vie fit s’ouvrir les frontières et donna le jour à un genre
meilleure, d’autres fuyant les persécutions politiques ou d’immigration différent et pluraliste. La première
l’intolérance religieuse de leur pays d’origine. En même Église à s'établir fut l’Église anglicane dont les pre­
temps que leurs origines diverses, ils ont apporté les mières réunions régulières commencèrent en 1821,
croyances religieuses qui les caractérisent. Un certain année où fut également inauguré un temple à Buenos
nombre d’Églises protestantes se sont développées suite Aires, le premier d’Amérique Latine. Les premiers
à l’activité missionnaire exercée au sein de la popula­ membres de l’Église anglicane étaient des commer­
tion locale. En Argentine, le visage du christianisme est çants, des hommes d’affaires et des employés anglais.
à multiples facettes et potentialités. Puis arrivèrent dans les zones rurales des immigrés
écossais presbytériens qui y établirent leurs églises.
La mission méthodiste entreprit son activité à Bue­
L'Église catholique nos Aires en 1836. Déjà dans la moitié du XIXe siècle,
les premières Églises protestantes développaient leur
L’Église catholique est arrivée avec les conqué­ action à travers les services sociaux, les écoles et les
rants espagnols et a accompagné le processus de co­ programmes d’évangélisation s’adressant aux immi­
lonisation et d’implantation des européens en Amé­ grés et à la population indigène.
rique. Aujourd'hui, il s’agit de l’Église majoritaire du À la fin du XIXe siècle, les immigrés réformés et lu­
pays. Elle compte de très anciennes paroisses et un thériens apportèrent aussi leur foi en Argentine. On doit
nombre important de services sociaux, édifices reli­ principalement l’installation des Églises réformée et lu­
gieux et écoles disséminés sur l'ensemble du territoi­ thérienne à la venue d’immigrés provenant des Pays-
re. L’histoire de l’Argentine est inséparable du rôle Bas et d'Allemagne. À cette même époque également ar­
que l’Église catholique y a joué, contribuant ainsi à rivèrent des baptistes et des membres des Églises libres.
son développement culturel ainsi qu’à celui de la pen­ Les vaudois provenant d’Italie se fixèrent dans les zones
sée et de son destin politique. Nombre des principaux rurales et avec les méthodistes, ils créèrent un centre de
exposants qui ont marqué l’histoire de ce pays étaient formation théologique destiné aux responsables locaux.
des croyants catholiques pratiquants et sincères. Quelques décennies plus tard, les Églises pentecôtistes
La présence de l’Église catholique se remarque en entreprirent leur œuvre caractérisée par une forte évan­
particulier à travers ses magnifiques édifices religieux gélisation et une rapide expansion. On peut considérer
tels que la Cathédrale de la Plata, l’une des plus im­ qu'au début du XXe siècle, presque toutes les expres­
posantes du monde, ou encore la Basilique de Lujan, sions du protestantisme étaient représentées en Argen­
dédiée à la Vierge Marie. Cette basilique est devenue tine. Elles étaient en effet partie intégrante de la vie des
l’un des principaux lieux de pèlerinage du pays, des communautés d’immigrés européens, s’enracinaient au­
milliers de visiteurs s’y rendant chaque année. Mais il près de la population locale et organisaient des mis­
sions auprès des quelques communautés indigènes
ayant survécu à la conquête de leurs territoires. Aujour­
d’hui, on trouve encore jusque dans les plus petites
* Cet exposé de la situation œcuménique a été préparé par le
groupe œcuménique local. Il est présenté ici sous sa propre res­ villes de l'intérieur du pays au moins une église de tradi­
ponsabilité. tion protestante.

114
Les Église orientales en Argentine lement les Églises protestantes et évangéliques, les
Églises catholique et orthodoxe à l’époque ne s’y trou­
La première Église orientale à s’être localement vant pas encore engagées. Certes, les relations entre
organisée fut l’Église orthodoxe russe (présente dès les différentes autorités ecclésiales avaient toujours
1888). Des fidèles orthodoxes de diverses nationalités été fraternelles mais on déplorait une certaine mé­
avaient en effet demandé cette présence au sein de la fiance au niveau des communautés locales due au
mission diplomatique russe à Buenos Aires. Grâce au prosélytisme et à l’accroissement des Églises protes­
soutien des immigrés grecs, serbes, bulgares, syriens tantes. Les Églises n’avaient entrepris aucun dialogue
libanais et russes ainsi que de la famille impériale officiel. À cette époque, les Églises protestantes et
russe, l’église de la Sainte Trinité fut construite à évangéliques collaboraient dans des organisations
Buenos Aires en 1901. Quelques années plus tard, en telles que l’Alliance Biblique, la Fédération des
1905, l’Église grecque orthodoxe obtint la nomina­ Églises et les sections locales YMCA et YWCA. Elles
tion d’un prêtre au service de sa communauté. Cette célébraient aussi ensemble le Jour de la Réforme et la
Église prospéra dans différentes parties du pays et en Journée mondiale de prière.
1928, la cathédrale de la Dormition fut édifiée. Le Pa­ Après quelques années, le dialogue et l'amitié
triarcat grec œcuménique fut établi en 1938 et depuis entre croyants de traditions diverses a donné des
1951, Buenos Aires est le siège de l’évêque dépendant fruits. C’est grâce aux nouveaux courants nés du
de la juridiction des archidiocèses nord et sud-améri­ Deuxième Concile du Vatican et à l’ouverture mani­
cains. festée par les Églises protestantes elles-mêmes et due
Parmi les Églises orthodoxes, celle dépendant du à l’influence du mouvement œcuménique européen,
Patriarcat d’Antioche compte le plus grand nombre qu’une ère nouvelle et fructueuse de rencontres et de
de fidèles. La plupart de ses membres proviennent de collaboration commence à poindre. Les assemblées
Syrie ou du Liban. Cette Église commença à s’im­ locales commencent à se réunir et le dialogue s’ins­
planter en Argentine dès 1921 et le diocèse fut érigé taure entre ministres et prêtres tandis que des com­
en 1949 bien que le siège épiscopal n’ait été bâti missions bilatérales voient le jour. Dans certains cas
qu’en 1955. La cathédrale fut inaugurée vers la fin de se développe aussi une coopération dans le domaine
l’année 1956 et la première messe célébrée à l’occa­ des services sociaux, des organisations luttant pour le
sion de la fête de Noël de la même année. respect des droits de l’homme et la divulgation des
L’Église arménienne apostolique se forma en Ar­ Écritures. Les résultats positifs d’activités telles que le
gentine à l’arrivée d’immigrés arméniens entre 1909 Séminaire pour la formation théologique, le Service
et 1911 alors qu’ils fuyaient les massacres d'Adana inter-paroissiale pour l’assistance mutuelle et la ren­
sous le régime turc. De 1915 à 1920 arrivèrent égale­ contre de volontaires dans des organisations comme
ment des survivants du grand génocide. De 1925 à la Caritas, Caref, Ceas et bien d’autres encore sont
1936, ce fut au tour des arméniens de Cilicie s’échap­ absolument remarquables.
pant de Turquie et enfin, entre 1947 et 1954, de nom­ Plusieurs années de progrès œcuméniques ont
breux arméniens émigrèrent en Argentine suite à la porté à la création en 1988 de la Commission œcu­
Seconde guerre mondiale. ménique des Églises chrétiennes d'Argentine (CEI-
En conséquence de la grande vague d’émigration CA), un lieu de dialogue et de collaboration où ortho­
du début du XXe siècle, l’Église syrienne orthodoxe doxes, catholiques et protestants peuvent se rencon­
d’Antioche s’établit avec l’arrivée de familles provenant trer. Ses membres se réunissent régulièrement pour
d’Iraq, de Syrie et de Turquie, cette dernière traversant discuter de thèmes d’intérêt commun, échanger des
une période de forte intolérance religieuse. Cette Égli­ informations sur leurs Églises respectives, débattre
se a à sa tête un Patriarche vicaire et son siège se trou­ des progrès réalisés ou des difficultés rencontrées
ve dans la ville de La Plata. À l’intérieur du pays, divers dans le travail œcuménique tant au niveau local que
lieux de culte et centre d’activités sociales accueillent national. Ils organisent en outre des rencontres où ils
les fidèles. Cette Église est en pleine communion avec prient ensemble pour l’unité de l’Église et pour sur­
la Iglesia catolica apostolica de Antioquia, avec laquelle monter les problèmes de notre époque. Évêques, mi­
elle a signé un accord d’unité de foi. nistres, prêtres et laïcs, qu’ils soient hommes ou
Les Églises orthodoxes ont contribué au dévelop­ femmes, prennent part à ces assemblées.
pement d’organismes se consacrant à la culture et à Au cours de son existence encore brève, la CEICA
l’éducation, à la mise en place de services d’assistance a du faire front aux difficultés et défis intrinsèques à
aux plus défavorisés, à la création de programmes ra­ tout engagement œcuménique: trouver un mode har­
diophoniques et autres activités qui viennent enrichir monieux de faire cohabiter différentes traditions et
la mosaïque de la culture argentine. Leurs membres manières de vivre l’engagement en tant que chrétien;
sont pleinement engagés dans la vie sociale et poli­ surmonter les incompréhensions; prendre des déci­
tique du pays. sions exprimant et satisfaisant le point de vue de cha­
cun. Mais des progrès énormes ont été réalisés dans
la connaissance et l’estime mutuelles, dans la décou­
En marche vers l’unité verte du patrimoine commun des diverses Églises, y
compris le défi de la mission pastorale dans la société
Entreprendre un dialogue pour l’unité en Argenti­ d’aujourd’hui. C’est cette commission qui chaque an­
ne n’a pas été chose facile. Jusqu’aux années soixan­ née est chargée d’organiser la « Semaine de prière
te, les relations œcuméniques concernaient principa­ pour lunité des chrétiens ».

115
QUELQUES DATES IMPORTANTES DANS L’HISTOIRE DE LA « PRIÈRE POUR L’UNITÉ »
ET DE LA « SEMAINE DE PRIÈRE »

1740 environ Écosse l’unité des chrétiens sur la base d’une prière
En Écosse, naissance d’un mouvement pentecô­ conçue pour l’unité que veut le Christ, par les
tiste avec des liens en Amérique du Nord, dont moyens qu’il veut ».
le message pour le renouveau de la foi appelle à
prier pour toutes les Églises et avec elles. 1958 « Unité chrétienne »
Le Centre « Unité chrétienne » de Lyon (Fran­
1820 James Haldane Stewart ce) commence à préparer le thème pour la
Le Révérend James Haldane Stewart publie: Semaine de prière en collaboration avec la
« Conseils pour l’union générale des chré­ Commission « Foi et Constitution » du
tiens, en vue d’une effusion de l’Esprit » Conseil œcuménique des Églises.
(Hints for the outpouring of the Spirit). 1964 Pape Paul VI et Athénagoras I
1840 Ignatius Spencer À Jérusalem, le Pape Paul VI et le Patriarche
Le Révérend Ignatius Spencer, un converti au Athénagoras Ier récitent ensemble la prière du
catholicisme romain, suggère une « Union de Christ « que tous soient un » (Jn 17).
prière pour l’unité ». 1964 Le Deuxième Concile du Vatican
1867 Lambeth Le Décret sur l’œcuménisme du Deuxième
La première assemblée des évêques anglicans Concile du Vatican souligne que la prière est
à Lambeth insiste sur la prière pour l’unité, l’âme du mouvement œcuménique, et encou­
dans l’introduction à ses résolutions. rage la pratique de la Semaine de Prière.
1894 Léon XIII 1966 Foi et Constitution et le Secrétariat pour
Le Pape Léon XIII encourage la pratique de l’unité
l’Octave de la Prière pour l’unité dans le La Commission « Foi et Constitution » et le
contexte de la Pentecôte. Secrétariat pour l’unité des chrétiens
(maintenant Conseil Pontifical pour la pro­
1908 PaulWattson motion de l’unité des chrétiens) de l’Église
Célébration de « L’Octave pour l’unité de l’É- catholique décident de préparer ensemble
glise » à l’initiative du Révérend Père Paul le texte pour la Semaine de Prière de
Wattson. chaque année.
1926 Foi et Constitution 1966 Pour la première fois, la « Prière pour
Le Mouvement « Foi et Constitution » commen­ l’unité » est célébrée sur la base des textes
ce la publication de « Suggestions pour une Oc­ élaborés en collaboration entre « Foi et
tave de prière pour l’unité des chrétiens ». Constitution » et le Secrétariat pour l’unité
des chrétiens.
193 5 Paul Couturier
En France, l’abbé Paul Couturier se fait l’avo­ 1994 Texte préparé en collaboration avec l’YMCA
cat de la « Semaine universelle de prière pour et l'YWCA.

116
SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS

Thèmes 1968-2002

C’est en 1968 que débuta officiellement la collaboration entre la Commission Foi et Constitution du COE
et le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens pour la préparation de ces textes.

1968 « Pour la louange de sa gloire » (Ep 1,14) 1980 « Que ton Règne vienne!» (Mt 6, 10)
(Projet de texte élaboré par un groupe œcumé­
1969 « Appelés à la liberté » (Ga 5, 13) nique de Berlin, République Démocratique
(Réunion préparatoire à Rome, Italie) d’Allemagne. Réunion préparatoire à Milan,
1970 «Nous sommes les coopérateurs de Dieu» Italie)
(/ Co 3, 9)
(Réunion préparatoire au Monastère de Nieder- 1981 « Un seul Esprit — des dons divers — Un seul
altaich, République Fédérale d’Allemagne) corps » (1 Co 12, 3b-13)
(Projet de texte élaboré par les Pères de
1971 «... et la communion du Saint-Esprit » Graymoor, USA. Réunion préparatoire à
(2 Co 13, 13) Genève)
(Réunion préparatoire à Bari, Italie)
1982 « Que tous trouvent leur demeure en toi,
1972 «Je vous donne un commandement Seigneur » (Ps 84)
nouveau » (Jn 13, 34) (Projet de texte élaboré au Kenya. Réunion pré­
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse) paratoire à Milan, Italie)
1973 « Seigneur, apprends-nous à prier » (Le 11,1)
(Réunion préparatoire à l’Abbaye de Montser­ 1983 « Jésus Christ - Vie du monde » (1 Jn 1, 1-4)
rat, Espagne) (Projet de texte élaboré par un groupe œcumé­
nique d’Irlande. Réunion préparatoire à Céli-
1974 «Que tous confessent: Jésus Christ est Sei­ gny [Bossey], Suisse)
gneur» (Ph 2, 1-13)
(Réunion préparatoire à Genève, Suisse) 1984 «Appelés à l’unité par la Croix de notre
(En avril 1974, une lettre fut adressée aux Seigneur» (1 Co 2, 2 et Col 1, 20)
Églises-membres ainsi qu’à d’autres parties in­ (Réunion préparatoire à Venise, Italie)
téressées à la création de groupes locaux pou­
vant participer à la préparation du livret de la 1985 « De la mort à la Vie avec le Christ »
Semaine de Prière. Un groupe australien fut le (Ep 2, 4.7)
premier à s’engager concrètement en préparant (Projet de texte élaboré en Jamaïque. Réunion
en 1975 le projet initial de livret pour la Semai­ préparatoire à Grandchamp, Suisse)
ne de Prière).
1986 « Vous serez mes témoins » (Ac 1, 6.8)
1975 « La volonté du Père: tout réunir sous un seul (Textes proposés en Yougoslavie [Slovénie]. Ré­
Chef, le Christ » (Ep 1,3-10) union préparatoire en Yougoslavie)
(Projet de texte élaboré par un groupe austra­
lien. Réunion préparatoire à Genève) 1987 « Unis dans le Christ, une nouvelle création »
(2 Co 5, 17-6, 4a)
1976 «Appelés à devenir ce que nous sommes» (Projet de texte élaboré en Angleterre. Réunion
(1 Jn 3, 2) préparatoire à Taizé, France)
(Projet de texte élaboré par la Conférence des
Églises des Caraïbes. Réunion préparatoire à 1988 « L’Amour de Dieu bannit la crainte »
Rome, Italie) (Un 4, 18)
(Projet de texte élaboré en Italie. Réunion pré­
1977 « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5, 1-5)
paratoire à Pinerolo, Italie)
(Projet de texte élaboré au Liban, en pleine
guerre civile. Réunion préparatoire à Genève) 1989 «Bâtir la communauté: un seul corps en
1978 « Vous n’êtes plus des étrangers » (Ep 2, 13-22) Christ» (Rm 12, 5-6a)
(Projet de texte élaboré par un groupe œcumé­ (Projet de texte élaboré au Canada. Réunion
nique de Manchester, Angleterre) préparatoire à Whaley Bridge, Angleterre)
1979 « Soyez au service les uns des autres pour la 1990 «Que tous soient un... afin que le monde
gloire de Dieu » (1 P 4, 7.11) croie » (Jn 17)
(Projet de texte élaboré en Argentine. Réunion (Projet de texte élaboré en Espagne. Réunion
préparatoire à Genève) préparatoire à Madrid, Espagne)

117
1991 « Nations, louez toutes le Seigneur» (Ps 17 et 1998 « L’Esprit aussi vient en aide à notre
Rm 15, 5-13) faiblesse» (Rm 8, 14-27)
(Projet de texte élaboré en Allemagne. Réunion (Projet de texte élaboré en France. Réunion
préparatoire à Rotenburg an der Fulda, Répu­ préparatoire à Paris, France)
blique Fédérale d Allemagne)
1999 « Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui
1992 « Je suis avec vous... allez donc » (Mt 28, 16-20) est avec eux » (Ap 21,3)
(Projet de texte élaboré en Belgique. Réunion
(Projet de texte élaboré en Malaisie. Réunion
préparatoire à Bruges, Belgique)
préparatoire au Monastère de Bose, Italie)
1993 «Porter le fruit de FEsprit pour l’unité des
chrétiens » (Ga 5, 22-23) 2000 « Béni soit Dieu... qui nous a bénis en Christ »
(Projet de texte élaboré au Zaïre. Réunion pré­ (Epi, 3-14)
paratoire près de Zurich, Suisse) (Projet de texte élaboré par le Conseil des
Églises du Moyen-Orient. Réunion préparatoi­
1994 « La maison de Dieu: appelés à n avoir ‘ qu’un re au Sanctuaire de La Vema, Italie)
cœur et qu’une âme ’ » (Ac 4,32)
(Projet de texte élaboré en Irlande. Réunion 2001 « Je suis le chemin et la vérité et la vie »
préparatoire à Dublin, Irlande) (Jean 14, 1-6)
1995 «Koinônia'. communion en Dieu et entre (Projet de texte élaboré en Roumanie. Ré­
nous » (Jn 15, 1-7) union préparatoire à la Casa de Odihna,
(Réunion préparatoire à Bristol, Angleterre) Roumanie)
1996 «Voici, je me tiens à la porte et je frappe» 2002 « Car chez toi est la fontaine de la vie »
(Ap 3, 14-22) (Ps 36 [35], 10)
(Projet de texte élaboré au Portugal. Réunion (Projet de texte élaboré par le Conseil des
préparatoire à Lisbonne, Portugal) Conférences Épiscopales Européennes (CCEE)
1997 «Au nom du Christ... laissez-vous réconcilier et la Conférence des Églises Européennes
avec Dieu » (2 Co 5, 20) (CEC). Réunion préparatoire au Centre œcu­
(Projet de texte élaboré en Scandinavie. Ré­ ménique d’Ottmaring (Augsbourg, République
union préparatoire à Stockholm, Suède) Fédérale dAllemagne)