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La

culture
Amazighe

PRESENTEZ PAR MAEYAM BOURCHOUM


Les Amazighs du Maroc : une majorité « minoritaire »
La situation des Amazighes au Maroc est unique et paradoxale. Voilà le cas d’un pays où la majorité de la population est
d’origine amazighe (environ 60 % de la population), sauf qu’elle est qualifiée de « minorité culturelle et linguistique » ! Et
qu’en est-il de la culture millénaire des Amazighs ? Elle a été folklorisée et rendue comme un produit qu’on peut vendre
aux touristes de Marrakech ou d’Agadir ! Les mouvements culturels amazighs crient au scandale. On parle de
marginalisation et de discrimination culturelle. A un certain moment, on avait même accusé ces associations d’avoir une
tendance séparatiste…Eclairage.
Les mouvements amazighs ont longtemps accusé l’Etat de marginaliser leur culture notamment au niveau des médias et de
l’Education. D’après Mohamed Chafiq, historien et ex-recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM),
l’origine de cette marginalisation se trouve dans l’histoire du nationalisme marocain moderne, qui a cherché dans
l’arabisme sa patrie de référence identitaire.La Constitution du Maroc indépendant en a fait un « Etat arabe et musulman,
dont la langue officielle est l’arabe », sans aucune référence pour les parlers amazighs. L’arabisation massive qui a suivi
l’indépendance a eu des conséquences sociales considérables au niveau des régions purement amazighophones. On peut
mentionner par exemple la situation dans les tribunaux où le degré de discrimination des citoyens amazighs est très élevé.
Plusieurs d’entre eux ont eu des problèmes judiciaires pour la simple raison qu’ils ne maîtrisent pas
l’arabe…                                                             Le mouvement amazigh a-t-il une tendance séparatiste ?Certains
penseraient que le mouvement amazigh pourrait avoir une tendance séparatiste comme pour les Basques ou les Kurdes. Le
jeune Ismail Lahseini, chercheur en sciences sociales, ne peut s’empêcher de sourire en entendant ces « accusations ».
Selon lui, les Amazighs marocains, contrairement aux Corses, ne sont pas limités géographiquement à un territoire bien
précis et distinctif des autres régions d’un même pays et n’ont aucune revendication territoriale. Et d’ajouter que « les
Amazighs, contrairement aux kurdes, ne sont pas une minorité ethnique opprimée par une majorité ». Que revendiquent-ils
alors ? Une constitutionnalisation de la culture et une reconnaissance au niveau des médias et de l’Education. Pour réaliser
ces multiples objectifs, l’IRCAM va être crée en grande pompe en juillet 2001. Elle sera annoncée par le Roi en Personne.
LA CULTURE AMAZIGHE ET SON APPORT À
LA CULTURE MÉDITERRANÉENNE
 Introduction
 Le peuple amazigh, occupant un territoire très vaste ; allant de Siwa (Egypte)
aux îles Canaries, et de la méditerranée aux pays subsahariens, peuple a sa
propre culture ; sa propre langue, sa  propre histoire, ses propres traditions,
ses coutumes, etc. qui le caractérisent  et le distinguent des autres groupes
sociaux. Grâce à son contact avec les autres peuples méditerranéens et
notamment les occupants de leur pays, et grâce au processus d’acculturation,
Imazighen ont participé, à l’essor de la civilisation humaine. Les livres
s’intéressant à ce sujet, sont très rares, manquent parfois, et ce n’est que
récemment que les recherches sont menées dans ce domaine.
 Dans ce modeste travail, il s’agit, d’un côté de donner un bref aperçu sur
l’histoire des Amazighs depuis l’arrivée des Phéniciens, puis durant
l’occupation romaine, vandale, byzantine, et depuis l’arrivée des Arabes
jusqu’à l’aube de l’indépendance et, d’autre côté,  de traiter quelques
dimensions de la culture amazighe à travers la langue, l’architecture, les
chants et les danses, les religions et les croyances, ainsi que l’apport de cette
culture à la culture méditerranéenne à travers ses penseurs et son influence
sur les peuples voisins, en donnant quelques réflexions sur les intellectuels
amazighs à travers l’histoire.  
  
 Bref aperçu sur l’histoire des Amazighs

Aujourd’hui on ne sait que très peu sur l’histoire de Tamzgha avant l’occupation
romaine. M. Chafik la fait remonter, dans son livre  lamha âan thalatha wa thalathina qarnan
min tarikh alamazighyine (Aperçu sur trente trois siècles de l’histoire des Amazighs), au
12ème siècle av. J-C ; l’ère de l’installation des Phéniciens sur les côtes du midi de la
Méditerrané.
Depuis le 12ème siècle avant l’ère chrétienne, les Phéniciensexplorèrent les côtes de
Tamzgha dans le but d’établir des relations commerciales avec les indigènes. Pendant
plusieurs siècles, ils vécurent en bonne entente avec Imazighen et conclurent avec eux des
traités de commerce et d’alliance. Mais peu à peu, la puissance punique tourna ses regards
vers l’intérieur du pays et s’empara de plusieurs villes. Face à cette politique impérialiste, les
Etats Amazighs qui s’étaient constitués dans des régions indépendantes, se réunissent en
grande masse et viennent reconquérir leur territoire soumis aux Carthaginois.
De plus en plus, d’une part, une rivalité s’éclata entre les Phéniciens et
les Romains sur la colonisation du littoral méditerranéen, et d’une autre part des
querelles entre les princes amazighs notamment Syphax  et Massinissa. Ce dernier
puis son neveu Jugurtha (118-105), farouchement attachés à l’unité de la Numidie,
ont  infligèrent de lourdes pertes à l’ennemi (les Phéniciens et les Romains).
Avec la chute de ces princes, tomba l’indépendance de la Numidie qui sera
théâtre de plusieurs guerres civiles. Les Romains réussirent à dominer toute la
province en imposant sur son trône des souverains vassaux.
 
Le royaume amazigh fut brisé voire supprimé et remplacé par deux provinces :
la Maurétanie Tingitane et la Mauritanie Césarienne, soumises à l’administration
coloniale.
Bientôt, les colons tombèrent en une grande anarchie. Profitant de ces
circonstances, les Amazighs s’allièrent aux Vandales et parvinrent à mettre fin aux
Romains (430).
Après l’occupation vandale, l’occupation Byzantine. Mais celle-ci ne devait pas
durer longtemps car les Arabes vont bientôt s’élancer à la conquête de l’Afrique du Nord
(7ème siècle).  
Ainsi au 7ème siècle, les Arabes attaquèrent le pays. Trois expéditions
eurent lieu successivement en 642, 644 et 669. Ils s’abattirent sur plusieurs villes
qu’ils mirent à feu et à sang. Le comportement sauvage et méprisant des
conquérants provoqua plusieurs soulèvements de tribus Amazighes ; ceux de
Koussyla et de Dihya sont les plus célèbres. Les Amazighs alors prirent les
armes contre les Arabes. Des royaumes indépendants surgissent ;
lesIdrissides dans le Maroc actuel, les Aghlabides dans la Tunisie

Cependant le reste de Tamzgha fut dominé par les Fatimides qui


s’imposaient progressivement sur tout le Nord d’Afrique.
Mais l’avènement des Banu Hilal suivis des Banu Soulaim, mit le pays en
grande catastrophe. Fanatiques et cruels, ils ont tout pillé et détruit .
Bientôt, deux grands empires amazighs vont s’établir ; lesAlmoravides et
les Almohades. Ils avaient mis à fortifier les frontières de l’empire, et à défendre son
intégrité. Ils s’étendirent vers le Nord à l’Espagne, vers le Sud au Sénégal et au Niger,
et vers l’Afrique orientale jusqu’à l’Ifriqiya. Ils développèrent de bonnes relations avec
leurs voisins et favorisèrent le commerce avec les Etats européens de la Méditerranée.
A leur époque la civilisation atteint son apogée; ils avaient mis à maintenir la guerre
sainte, à fonder des écoles, à encourager les arts, les lettres, les sciences, etc.

Mais les dissensions politiques affaiblirent les royaumes, l’anarchie et


le désordre alors reprirent et l’unité fut brisée. Des royaumes indépendants,
tels les Banu Wattas et les Banu Saâd, surgirent. Profitant de la situation,
les Espagnoles et les Portugais s’emparèrent de la cote atlantique, les Turcs
établirent leur domination sur la partie orientale. Excepté le Maroc ou
régnèrent successivement les Saâdiens et les Alaouites, tout le reste de
Tamzgha fut soumis aux Turcs depuis le 16 ème siècle jusqu’à la fin du
18èmesiècle. C’est alors que les Turcs entrèrent dans une période de
décadence. Dès 1830, l’Algérie tomba aux mains des Français, un demi siècle
plus tard, le protectorat fut établi en Tunisie puis au Maroc et en Libye. Le
Maghreb entre alors dans l’ère coloniale occidentale qui devait durer jusqu’à
la seconde moitié du 20ème siècle. 
  La culture amazighe et son apport à la culture
     

méditerranéenne
« Dans son sens le plus large, la culture peut être considérée comme l’ensemble des
traits distinctifs,…, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe
outre les arts et les lettres, les modes de vie, les systèmes de valeurs, les traditions et
les croyances… » (UNESCO). L’architecture est un aspect de  la culture, au même titre
que la musique et la danse. D’ailleurs, la langue est un élément dans ce grand
ensemble qui est la culture.
De ce point de vue, nous allons essayer de définir quelques aspects de la
culture amazighe, ainsi que la contribution variée de cette culture à
l’enrichissement de la culture méditerranéenne

La culture amazighe
La langue amazighe

La langue amazigh est parlée dans un grand nombre de régions dispersées 


sur une dizaine de pays du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne (Mali, Niger,
Burkina Faso, etc.). Elle est intégrée dans la famille chamito-sémitique. Mais si cet
apparentement est admis, l’autonomie de la langue amazighe serait bel et bien
acquise plusieurs millénaires avant. Quant à l’écriture, les Amazighs disposent,
depuis l’antiquité, d’un système de l’écriture ou d’un alphabet appelé tifinagh.
 L’art amazigh
L’art amazigh est reconnaissable à quelques traits particuliers ; les thèmes
et les décores sont toujours abstraits et simples. Il se manifeste essentiellement
dans, entre autres, les œuvres architecturales, le tissage, la musique, la danse,
etc.
L’architecture amazighe est née en des temps immémoriaux. Elle est
diversifiée suivant les époques (punique, romaine, musulmane), mais
également suivant sa localisation et sa fonction. Ce fut une architecture
souvent rurale dont les procédées sont simples et l’application
maraboutique (les mausolées), domestiques et défensives. Elle fut
représentée d’abord sous forme de simples tombeaux qui variaient de la
simple fosse surmontée de terre ou de tumulus de pierre au superbe
mausolée royal. L’apogée fut atteinte à l’époque des dynasties des
Almoravides et des Almohades avec l’architecture hispano-mauresque
dont la plupart  est située au Maroc et à l’Algérie, ainsi qu’en Espagne.
L’agadir (grenier collectif), la tighremt (la kasbah), l’ighrem (le ksar)
sont les plus connus

Quant à la musique, le chant et la danse amazighs sont d’une grande


richesse. Ils sont aussi nombreux que variés. Les plus communs sont les
danses collectives accompagnées de chants tels l’ahidous et l’ahwache. Les
chants amazighs se subdivisent grosso modo en deux types ; chants
religieux et chants profanes. Les instruments de la musique sont très
simples. Les plus communs sont le tambour  et la flûte.
La musique amazighe, cependant, connaît, depuis les dernières
décennies du siècle dernier, une évolution rapide et assez désordonnée.
Les rythmes se modernisent, tout comme les instruments
d’accompagnement (le piano, le violon, la guitare, etc.).
En dehors de l’architecture, du chant et de la danse, l’art amazigh est
représenté encore par un art décoratif trois fois millénaire qui apparaît
particulièrement dans les tapis et dans la céramique, sous forme de
dessins géométriques qui excluent l’arabesque mais reprennent souvent
des caractères de l’alphabet tifinagh.

Les religions / croyances des Amazighs


Depuis la préhistoire, plusieurs religions (monothéistes / païennes,
locales / étrangères) s’étaient répandues dans les populations amazighes.
Imazighen anciens ont été sensibles à l’aspect impressionnant de certains
éléments naturels ; la montagne, l’eau sous toutes ses manifestations
(pluie, source, rivière), les astres, et, en première ligne, le soleil et la lune,
étaient vénérés et à ce titre, devenus objets de cultes. Les cavernes, les
grottes et bien d’autres lieux étaient également. Ils ont accordé également
des dieux à certains éléments naturels. Ainsi, Anzar, Lillu et thililua furent
dieux des eaux, Ifru et Bacax dieux de montagnes, etc. Certaines croyances
et pratiques divinatoires païennes, tels l’incubation, le rite d’obtention de la
pluie (Taslit n Anzar), les rites d’exorcisme, subsistent encore aujourd’hui .
En revanche, il y avait, avant le christianisme, des populations qui
n’adoraient qu’un seul Dieu, infini, tout-puissant, juste, clément. Cette croyance
serait due à la propagation du Judaïsme en Afrique du Nord.
Bientôt, dès le 2ème siècle, le christianisme fut introduit en Tamzgha, et se
répandit peu à peu dans les tribus. Beaucoup d’Imazighen se convertirent et  lui
ont donné des défenseurs et des martyres illustres.
Comme le christianisme, l’Islam fut importé par les conquérants. Ses
principes égalitaires, la simplicité de son dogme, conquirent les Amazighs. Ces
derniers se convertir en masse à cette novelle religion. Mais face à la politique
d’humiliation des conquérants à leur égard, Imazighen « ne laissèrent pas de
porter dans leur nouvelle religion  l’esprit  d’indépendance et de parti qu’ils
avaient déjà montré dans le christianisme, en adoptant le schisme … » (R. Basset).
Ainsi les Berghwatas (741 –1148), un royaume hérétique, voulurent fonder une
nouvelle religion en transformant profondément l’Islam pour l’adapter aux
croyances et aux pratiques locales.Cette religion disparut avec la disparition de ce
royaume à l’époque  des Almohades. Depuis, les Amazighs  ont parfaitement
intégré l’Islam et participer à son extension dans les pays sub-sahariens et
l’Espagne. Aujourd’hui, Imazighen (amazighophones et arabophones) forment
une grande masse du monde musulman
.
La contribution d’Imazighen à la culture méditerranéenne

Pour se faire une idée de la contribution des Amazighs à la culture


méditerranéenne, il convient de se référer aux nombreux travaux des chercheurs
pluridisciplinaires sur Imazighen depuis les temps les plus reculés. Entre autres,Abd
Essalam Ben Mayss, dans son livre intitulé ; Madhahir elfikr eläaqlani fi athaqafa el
amazighya elqadima, Mohamed Chafik dans son livre ; Aperçu sur trente-trois siècles
d’histoire des Amazighs, Vincent Serralda et André Huard dansLe Berbère, Lumière de
l'occident, citent plusieurs penseurs ou intellectuels amazighs de l’époque gréco-romaine
qui ont contribué à l’enrichissement de la culture universelle. Parmi ceux-ci nous citons
quelques noms. Il s’agit de ducomédien Térence Afer (185 -159) auquel on doit la
fameuse sentence : « Je suis un homme ; de ce qui est humain rien ne m’est donc
étranger », et dont l’influence s’est exercée sur la production des dramaturges
européens jusqu’au 17ème  siècle ; du roi Juba II (52 av. J.-C-23 ap. J.-C); le philosophe-
conférencier Apulée de Madaure (123-170) ; du Tertullien (2ème siècle-3ème siècle) : le
fondateur de la littérature chrétienne de langue latine, et du Saint Augustin (354-
430) : l’un des plus grands pères et docteurs de l’Eglise et le plus célèbre des écrivains
africains de langue latine. Comme pour les écrivains francophones ou arabophones, le
grec et le latin n’étaient que des instruments de communication ; « un butin de guerre »
à l’expression de Kateb Yacine.

 Plus tard, avec la venue de l’Islam, les érudits écrivaient dans la langue
liturgique qu’était l’arabe. Bien plus tard, ce fut le français.
 La période islamique de l’histoire des Amazighs fut la période la plus riche
d’intellectuels et de lettrés ; écrivains, poètes, juristes, théologiens, historiens
amazighs, mais d’expression arabe. Et c’est ainsi qu’Imazighen ont contribué à la
constitution du patrimoine arabo-islamique dans différents domaines. Parmi ceux-ci,
mentionnons plutôt les suivants: Issa El Jazouli, (mort en 1210), Abu El Hassan Ibn
Muâté az-zawawi (1169-1231), et Abu Abdellah Ben Ajerrum(mort en 1323) etc., qui
ont initié la mise en forme de la grammaire arabe et qui sont considérés les meilleurs
pédagogues de la langue arabe. Le lexicographe Ibn Mandhor (1232-1311) dont
l’ouvrage « Lisân al-Âarab » reste une référence incontournable. Les historiens Abu
bakr Ali Essanhadji (11ème siècle), Ibn 'Adhari,  Hassan al-Wazzani az-Zannati ; Le
théologien et essayiste Abu Ali al Hassan Lyoussi (1630-1691) ; Abbas Ibn
Firnâs (mort en 887), à qui l’on « attribue l’invention de la fabrication du cristal », la
fabrication d’une horloge (manqana), et qui « fut même un lointain précurseur de
l’aviation »

 Depuis l’ère coloniale française, de nombreux écrivains se sont exprimés


dans la langue française et ont enrichi sa littérature. Dans la pléiade des
auteurs amazighs de langue française, qui ont contribué, à travers la
traduction de leurs ouvrages dans plusieurs langues, au renforcement de
l'universalité, citons les plus connus : Jean Amrouch, Mouloud Mammeri,
Mouloud Feraoun, Mohamed Dib, Mohamed Khair-Eddine  et Kateb Yacine ;
le fondateur de la littérature algérienne moderne.
Ainsi, et grâce au processus de l’acculturation, Imazighen, étant  au moins trois fois
millénaires, sont influencés par les cultures des envahisseurs ; les Grecs, les Phéniciens,
les Romains, les Vandales, les Arabes, les Turcs et les Français. Mais, leur culture a
également influencé les autres cultures du bassin méditerranéen. La simple littérature
orale amazighe a produit des effets sur la pensée grecque. Aristote (384-322 av.J-C) cite
dans ses écrits des fables libyennes. Les Athéniens ont érigé une statue du roi écrivain
Juba 2, auprès d’une bibliothèque, au cœur même de leur cité. Ils ont donné un éclat
tout à fait particulier aux lettres latines comme on le voit d’après les auteurs cités plus
haut. Egalement pour la littérature chrétienne, arabo-islamiques et française.

L °HISTOIRE DU LACULTURE AMAZIGH


Les Berbères forment un groupe de peuples dont on retrouve les
traces, à diverses époques, depuis l’Égypte jusqu’à l’Atlantique et du
Niger à la Méditerranée. 
Aussi loin qu’on remonte dans le passé, l’Afrique du Nord est occupée
par des Berbères, connus des historiens grecs et latins sous des noms
divers : Garamantes du Sahara, Maures et Sanhadjas implantés dans la
zone intermédiaire Algérie-Mali-Maroc, Numides et Gétules de Tunisie
et d’Algérie, Nasamons et Psyles de Lybie, ...etc. 
Des Phéniciens aux Romains 

Jusqu’à l’époque romaine, ces peuples, apparentés au moins par la langue,


persévéraient dans une civilisation néolithique. Pasteurs, agriculteurs, ils
vivaient divisés en tribus ; la division restera un fait constant et essentiel de
l’histoire berbère.A la variété originelle du peuplement, se sont
superposées, au fil de l’histoire, les influences de plusieurs civilisations.Le
Maroc que le seul détroit de Gibraltar sépare de l’Europe, fut au moins dès
le IIIème millénaire en relation avec l’Espagne. 

Dès la fin du IIème millénaire av. J.-C. , les Berbères entrèrent en relation
commerciales intermitentes avec les Phéniciens qui fondèrent ,vers 1100
av. J.-C., sur la côte atlantique le comptoir de Lixus (auj. Tchemmich), puis
plus près du détroit, ceux de Tingis (Tanger) et d’Abyle. Les Berbères
subirent ensuite l’influence de Carthage qui fonda des comptoirs sur la côte
méditerranéenne. Ainsi les carthaginois, qui ont commercé plusieurs siècles
avec les Berbères, leur ont apporté non seulement l’or, la vigne et certaines
méthodes agricoles, mais aussi de nouveaux rites religieux. 
Au IIIème s. av. J.-C., sur le peuple des Massyles établis entre Constantine
et l’actuelle frontière tunisienne, régnait le premier roi berbère connu
Masinissa qui avec l’alliance des Romains, fonda le royaume de Numidie.
En échange Massinissa apporta son aide à Scipion l’Africain contre
Carthage.A la chute de Carthage, en 146 avant J.-C., les romains se sont
imposés militairement dans tout le Maghreb ; mais leur pénétration ,
limitée de surcroît à la partie nord n’a sûrement pas eu la même portée
que la précédente. 
Les Berbères et l’Antiquité Romaine : 
La province romaine d’Afrique se limitait à l’origine au territoire
carthaginois annexé par Rome et borné à l’ouest par la "Fossa regia" qui,
partant de Tabarka , se dirigeant vers le sud est pour atteindre la côte au
sud de la ville actuelle de Sfax. A l’ouest de cette Afrique romaine,
s’étendait , au IIème s. av. J.-C., le royaume de Numidie contre lequel Rome
dut mener une dure guerre au temps de Jugurtha (113/105 av. J.-C.), un
autre grand-chef berbère, petit fils de Massinissa. Une partie du royaume de
Numidie, après la défaite de Jugurtha, fut donné par Rome au roi de
Mauritanie Bocchus qui livra Jugurtha aux Romains. 
A l’époque des guerres civiles, le roi numide Juba Ier fut entraîné dans
l’alliance avec les pompéiens contre César.Ce dernier, après avoir vaincu les
pompéiens à Thapsus (46 av. J.-C.), modifia l’organisation de l’Afrique
romaine en créant à l’ouest de la "Fossa regia" , avec l’ancien royaume de
Numidie annexé, une "Africa nova". Les deux provinces d’ "Africa vetus" et d’
"Africa nova" d’abord confié à Lépide, passèrent en 36 av. J.-C. à Auguste,
qui annexa le reste de la Numidie (25 av. J.-C.) et dédommagea le fils de
Juba Ier, Juba II, Berbère romanisé, savant, collectionneur d’objets d’art, en
lui donnant la Mauritanie. Mais celle-ci fut à son tour incorporée à l’Empire
en 40 apr. J.-C. dans le but d’essayer d’étendre la domination romaine à
tout le Maghreb, les Berbères se soulevèrent, obligeant finalement les
Romains à se cantonner dans la partie septentrionale du Maroc actuel, où ils
établirent les colonies de Tingis, Zilis, Lixus et Volubilis ; la civilisation
berbère se perpétuant dans les montagnes. 
Dès le milieu du IIIème s., l’autorité romaine fut gravement menacée par
l’agitation des tribus berbères, et, en 285, Dioclétien dut ramener le "limes"
romain en cette région à l’oued Loukkos, ce qui réduisait en fait la Mauritanie
Tingitane à la région de Tanger, qui fut rattachée administrativement à la
province espagnole de Bétique. Malgré les incessants soulèvements des tribus
berbères, les romains surent donner au maghreb un remarquable essor
économique, construisirent les villes de Volubilis , Tipasa, Timgad, Lambèse,
Cherchell,...etc et pratiquèrent une politique d’assimilation qui ne réussit
pourtant pas à faire disparaître l’originalité berbère. 

Les vandales qui envahirent et ruinèrent le maghreb au Vème siècle ne


parvinrent pas plus à soumettre les Berbères. Le maghreb reconquis par
Bélissaire (entré à Carthage après sa victoire sur Gélimer à Tricamarum en
533), resta sous l’autorité nominale de l’empire d’Orient pendant plus d’un
siècle.Mais la domination byzantine se fit rapidement détester par les excès de
sa fiscalité, et l’ afrique du Nord tomba dans l’anarchie au VIIème

Les Berbères au temps des conquêtes arabes : 

A la conquête arabe, qui commença en 647, à cette date les fidèles de


Mahomet sont en Tunisie. Les arabes furent au début peu nombreux : au
VIIème s., 5 000 à 10 000 combattants de Sidi Okba Ben Nafi, le premier
conquérant, puis les 100 000 à 200 000 membres des tribus de Beni Hilal et
Beni Soleim, qui au XIème s.
achevèrent de convertir le Maghreb. Les Berbères opposèrent une longue
résistance, incarnée par le chef de l’Aurès, Koçaila, puis par une femme, la
Kahina, que certains historiens ont pu surnommer la Jeanne d’Arc berbère
(vers 695). Sans doute les Berbères devaient-ils, au cours du VIIIème s., se
convertir massivement à l’islam : en 711 un groupe de Berbères fraichement
convertis passent sous les ordres de Tariq le détroit de Gibraltar. Mais leur
résistance continua de s’exprimer par leur adhésion à l’hérésie kharidjite , ce
qui déclencha en 740, une nouvelle révolte. Les Arabes ne parvinrent à
rétablir la situation qu’à partir de 761. Renonçant alors à la politique
d’exactions des débuts de la conquête, ils laissèrent s’épanouir le
particularisme berbère dans les royaumes des Idrissides , des Aghlabides et de
Tahert . Cependant l’entente ne devait pas durer longtemps entre Arabes et
Berbères : à la fin du IXème s. , ceux-ci se rallièrent à une nouvelle hérésie
religieuse, le chiisme, très différente du kharidjisme, mais qui leur permettait
d’exprimer leur soif d’indépendance. Cependant, après le départ des Fatimides
pour Le Caire et les ravages de l’invasion hilalienne, c’est au nom du sunnisme
orthodoxe que la réaction des Berbères s’exprima, au XIème s., avec les
Almoravides , puis avec les Almohades . Ces derniers réalisèrent - fait unique
dans l’histoire - l’unité du Maghreb, mais, au XIIIème s., l’Empire almohade
commença à se fractionner pour donner naissance à de nouvelles dynasties
berbères, les Mérinides de Fès, les Abdelwadides de Tlemcen, les Hafsides de
Tunis. 
Tout en opposant aux envahisseurs successifs des résistances farouches, les
Berbères seront rarement capables de former des Etats organisés : ils se
latiniseront, avant de s’islamiser, mais en affirmant leur particularité à
travers des civilisations d’emprunt. 

Les Berbères dans le monde d’aujourd’hui :


 On ne peut après ce que l’on vient de lire nier l’existence d’une certaine
authenticité berbère : il existe au Maghreb un particularisme berbère comme il
existe en France un particularisme corse ou breton. Dans trois des Etats
d’Afrique du Nord, les berbèrophones ont presque disparu : en Libye où ils ne
survivent que dans le djebel Nafoussa, en Tunisie où ils peuplent une douzaine
de villages épars à Djerba et autour des Matmata, en Mauritanie où subsistent 2
ou 3 tribus dans la région de Nouakchott. 
Mais ils représentent env. 50 % de la population marocaine où ils sont
essentiellement concentrés dans le Rif, l’Atlas, le Sous. En Algérie ils sont assez
fortement implantés en Kabylie, dans l’Aurès avec les villages chaouias, les
cités du Mzab et les tribus touaregs de l’extrême Sud sont des Berbères
métissés de Noirs. L’affirmation culturelle berbère date surtout de la
constitution des États indépendants du Maghreb. Les nouveaux pouvoirs ont
cherché plutôt à réaliser l’unité nationale qu’à aider les aspirations
régionalistes. Leur adhésion à la Ligue arabe, leur politique d’arabisation
fondée sur une scolarisation intensive ont suscité un sursaut berbère . Celui-ci
s’est manifesté, en 1976, lors du projet algérien de charte nationale qui
ignorait volontairement l’identité berbère. Tizi-Ouzou fut le siège de plusieurs
manifestations violentes depuis 1980
Les berbèrophones ne se satisfaisaient pas du seul département "Cultures
et dialectes populaires" de l’université d’Alger et nombreux étaient ceux
qui réclamaient l’introduction du berbère à l’école. Mais la revendication
culturelle des Berbères ne semble pas faire barrière à la notion politique et
économique du "grand Maghreb«
Le rôle des femmes marocaines
dans la conservation de la langue
et de la culture amazighes au Maroc
Introduction
Les femmes marocaines ont joué un rôle essentiel dans la préservation de la langue
amazighe et de la culture, un rôle qui a commencé très récemment à être pleinement
apprécié. En effet, la question complexe de la rencontre entre «genre» et «langue et
culture » et la relation entre ce point de rencontre et la situation générale des femmes
sont encore des sujets très peu débattus au Maroc, bien que la citoyenneté et le statut
des femmes dans ce pays multilingue et multiculturel soient étroitement liés aux langues
marocaines et à leurs utilisations.

Les femmes marocaines et la langue amazighe


Le Maroc est un pays dans lequel quatre principales langues – l’arabe marocain, la langue
amazighe, l’arabe littéraire et le français – se partagent la scène linguistique mais tout les
sépare au niveau de leurs statuts socioculturels. Ce statut trouve ses racines dans l’histoire
dans la mesure où des faits historiques (qui se nourrissent sur des questions socioculturelles
et des faits) ont conduit à une situation où l’arabe littéraire est plus associé aux hommes et
l’amazigh est plus associé aux femmes. Par exemple, l’arabe littéraire dispose d’un pouvoir
réel et symbolique dans le domaine religieux, juridique, politique, administratif et des
médias
en raison de son statut de langue officielle, de langue liturgique et de langue des
institutions, du savoir écrit et des soi-disant affaires publiques où les hommes sont mieux
représentés et ont plus de voix et de choix que les femmes. En revanche, jusqu'à très
récemment, l’amazigh était généralement une langue orale, une langue maternelle et, par
conséquent, celle qui a été inévitablement associée aux femmes, en particulier les femmes
rurales, vu le taux élevé d'analphabétisme chez les femmes et l'émigration massive des
hommes vers les villes.
Tout au long de l'histoire moderne du Maroc, le sort de l’amazigh a été étroitement
lié au sort des femmes et ce n'est pas un hasard si les femmes amazighes ont été
reléguées au second plan au cours des années qui ont suivi l'indépendance et si la
sensibilité actuelle envers les droits culturels et linguistiques va de pair avec une
nouvelle sensibilité à l'égard des droits des femmes
Dans ces circonstances, la prise en compte de l’amazigh au Maroc en matière
d'éducation et l’amélioration de la situation des femmes au pays ne peuvent
être que bénéfiques pour le Maroc, la démocratisation et le développement en
général. Ce point de vue est justifié tant parce que l'histoire confère une
indéniable légitimité à l'amazigh au Maroc et parce que l'islam, comme une
identité culturelle, n'est pas fondée sur l'identité ethnique, indépendamment de
savoir si cette identité est exprimée en termes ethnique ou linguistique, ou les
deux.
La communauté musulmane ne fait pas de discrimination entre les groupes
ethniques (ce qui explique l'utilisation de l’arabe par les différents groupes
ethniques à travers le monde). Cette position est encore renforcée par le fait
que le multilinguisme est un élément fondamental dans la culture marocaine,
dû avant tout à l’histoire complexe du pays et à sa position géographique au
carrefour de deux continents.
L'apprentissage et l'utilisation de l'amazigh sont étroitement associés aux femmes ; la
littérature orale (qui est principalement diffusée en arabe marocain ou en amazigh) est
profondément féminine. L'histoire du Maroc a été, et est toujours, construite par les
hommes et les femmes et ce processus est transmis dans les deux langues écrites et orales.
La littérature orale est un patrimoine national qui traduit dans sa nature même le caractère
unique de la culture marocaine. Il est temps de préserver et de promouvoir cette littérature
qui, bien que souvent anonyme, constitue néanmoins une mémoire collective qui va au-delà
des limites du savoir formel. Cette tradition orale s'appuie sur les domaines du merveilleux
dans lequel les femmes échappent à leurs rôles traditionnels, prouvant qu’elles ont une
connaissance qui n'est pas toujours la prérogative des hommes. Dans les contes populaires,
par exemple, les lois patriarcales sont souvent annulées.
L’amazigh doit sa survie d'abord et avant tout aux femmes. En fait, sa survie est une
exception au développement habituel des langues. Nous avons ici une langue plurimillénaire
mais qui n'a jamais été la langue officielle d'un État centralisé qui aurait pu déterminer ses
normes linguistiques et lui conférer la validation du statut juridique, une langue qui a réussi à
coexister avec beaucoup de langues plus puissantes, par exemple, le punique et le latin dans
le passé, l’arabe, le français, l’espagnol et l’anglais aujourd'hui. La normalisation de
l'amazigh et son enseignement vont de pair aujourd'hui avec la promotion de la femme - ici
une fois de plus, nous trouvons la corrélation entre la langue et les femmes.
En effet, la promotion de l'amazigh est un devoir pour tous les Marocains envers
une langue qui a, tout au long de son histoire, fait beaucoup pour unir les pays
dans les domaines politique et religieux. En même temps, l'éducation et
l'enseignement sont également les principaux facteurs de l'émancipation des
femmes et de leur promotion dans tous les domaines. Elle joue également un rôle en
aidant à la sensibilisation individuelle et collective que l'éducation est un outil de
développement efficace, en particulier à l'ère de la mondialisation.
La participation active des femmes dans les affaires publiques peut permettre aux
langues d’être utilisées d’une manière équitable. Cette participation pourrait même
changer l'usage et les attitudes à l'égard des langues: elle pourrait démystifier et réduire
l'écart entre les hommes et les femmes ainsi qu'entre les langues en usage.
On ne peut pas dire assez souvent que la promotion d'idées autour de l'impact de
l'éducation et la langue d'enseignement sur la condition des femmes est un devoir
historique, en particulier dans un pays en développement. Le but de ce débat est de
trouver un moyen de permettre à la dimension du « genre » d’être examinée dans le
domaine de l'éducation en vue d’atteindre les niveaux  juridique et administratif.
Dans une démocratie naissante comme le Maroc, seule une politique linguistique qui
tient compte des besoins socio-économiques des femmes peut être viable. C'est vrai
que l'histoire des langues marocaines peut être racontée de différentes manières et avec
différents arguments mais en dépit de la nature hétérogène des domaines de recherche
et des programmes visant la promotion des femmes, les droits linguistiques des
hommes et des femmes marocains fondamentaux à tous les droits de l’homme. Les
droits linguistiques des femmes marocaines ne peuvent compter que sur l'éducation
comme outil pour l'émancipation intellectuelle. Sans elle, les femmes restent en marge
de l'évolution des politiques linguistiques et à côté des soi-disant langues
« dominantes » au Maroc.
Littérature orale
Les femmes marocaines ont conservé l’ensemble du patrimoine de la littérature orale,
souvent anonyme, car il appartient au groupe et non à l'individu, comme Chafik a écrit dans
son ouvrage sur la poésie amazighe (Mohamed Chafik, « Armed Resistance in Amazigh
Poetry »). La littérature orale comprend la musique, des chansons et danses, ainsi que des
contes, des proverbes et devinettes. Le mode de vie ancestral des hommes et des femmes
peut être découvert dans cette littérature.
La tradition orale est une caractéristique de la culture marocaine ; les chants amazighs, par
exemple, emploient les deux grandes techniques classiques du chant monodique et de la
polyphonie et nous permettent d'apprécier une musique qui, même si elle a beaucoup évolué
depuis ses origines, conserve une authentique vigueur. Après avoir survécu à une longue
période d'abandon, elle a été redécouverte dans les années 90 et, aujourd'hui, les jeunes
revendiquent ce patrimoine. L'âme de l'amazigh est incontestablement exprimée à travers le
chant et la musique, les deux composantes d'une littérature orale qui a été transmise pendant
des siècles de génération en génération dans les montagnes du Maroc.
Grâce à la littérature orale, les femmes ont toujours inspiré le plus grand respect dans leurs
communautés. L'histoire nous dit que la femme amazighe participait dans la prise des
décisions concernant la famille, les droits de succession et de l'éducation. Les travaux des
hommes et des femmes ont été clairement différenciés, mais ont toujours été reconnus
comme étant de valeur égale. Dans l'histoire ancienne, les femmes amazighes occupaient
une place importante et ont parfois été à la tête de royaumes.
Lesfemmes
marocaines et la
culture amazighe
Qu’elles parlent l'amazigh ou
pas, les femmes marocaines
constituent des modèles de
véhicules du patrimoine
culturel amazigh datant de
plus de 5’000 ans. Elles sont
les chefs propriétaires d'un
patrimoine qu'elles ont
réussi à préserver et qu'elles
continuent de transmettre
de génération en génération.
Malgré l'absence d'une
langue écrite, et en dépit de
l'analphabétisme de masse,
cette vieille connaissance
découle de l'observation de
la nature, de ses cycles et de
ses phénomènes que les
femmes expriment dans toutes leurs pratiques quotidiennes – linguistiques,
spirituelles, créatrices, esthétiques ou domestiques. C’est ce qui a créé la
cohésion et la continuité de la famille, de la tribu et de la nation malgré le poids
du patriarcat, les aléas de la vie et les bouleversements historiques. Qu’elles
soient urbaines ou rurales, les femmes ont réussi à garder le fil ininterrompu,
reliant les nouvelles générations aux anciennes en instaurant un dialogue entre les
mondes visible et invisible, puisque les femmes – bien qu’intéressées par le
changement – n’ont jamais mis en péril leur patrimoine culturel et la masse de
l'expérience accumulée depuis les temps les plus reculés .

Les femmes sont aussi naturellement associées à la production artistique, en particulier


dans le secteur traditionnel. La poterie, le tissage, la décoration des murs et pots de
stockage, la broderie, etc , sont principalement créés par des femmes. Les bijoux amazighs
remontent aux temps les plus anciens et constituent une partie des premières œuvres d'art
nord-africaines. Comme les Egyptiennes ou les Carthaginoises, la femme amazighe a
premièrement estimé la nécessité de fixer sa coiffure fermement sur sa tête, son vêtement
sur son épaule et son voile sur son Haik volant sur son corps [longue étoffe enroulée puis
maintenue à la taille par une ceinture et ramenée ensuite sur les épaules pour y être fixée
par des fibules, voir photo ci-dessous, NDLR]. Cela l’a conduite à l‘usage de broches en
métal, ce qui pourrait être considéré comme le premier bijou de femme. Les bijoux sont nés
d'un sentiment d'ornement. Les pin’s ont été transformés en jolis agrafes, bracelets et
broches de différents modèles. Le plus frappant est de voir, sur une femme marocaine de la
campagne, la simplicité et la pauvreté de ses vêtements comparées à la somptuosité de ses
bijoux: agrafes triangulaires aussi larges qu’une main sur la poitrine, plusieurs
chaînes fortes de colliers multicolores, en argent, en corail, bleu, jaune et émail vert, orange
formant une majestueuse harmonie.

Les villes marocaines ont transformé les bijoux amazighs en remplaçant l'argent par l'or et
le corail par les diamants. Une femme amazighe est beaucoup plus dominée par ses bijoux
que par ses vêtements. Les femmes ont réussi à préserver les bijoux amazighs ainsi que la
mémoire du temps et des civilisations passés.
Les connaissances des femmes sont révélées surtout dans les pratiques
divinatoires et thérapeutiques. Grâce à leur rôle de mères et d'enseignantes, les
femmes amazighes ont conservé les secrets des pratiques divinatoires et
thérapeutiques dès l'aube des temps. Ces pratiques ancestrales sont nées des
traditions qui ont commencé au néolithique capsien et ont été enrichies à
travers les siècles par les Mésopotamiens, les Egyptiens, les Grecs, les Romains,
les Juifs, les Arabes et d'autres contributions.
Il faut insister sur le fait que ces pratiques révèlent autant de compétences intellectuelles que
tous les livres de connaissances. En plus du travail physique, le savoir des femmes comprend
la production intellectuelle.
A cet égard, il y au Maroc ce que l'on appelle l’autre histoire, l’histoire non officielle, écrite
par les femmes. L’auteur original de ce texte est membre d’un groupe de recherche d'Afrique
du Nord dont la mission est de se plonger dans l'histoire, de ressusciter les voix des femmes et
de les localiser sur l’échiquier de l'histoire afin de mettre en évidence leur contribution à la
construction de l'Afrique du Nord. Une anthologie intitulée « Les femmes écrivains
d'Afrique » sera publiée en 2008 comme résultat de ce travail.
Femmes au campement du Moussem, Tan Tan (2004)
La variété, la profondeur et la richesse des textes (à l'oral et par écrit) rassemblés, la voix qui
s'exprime à la première personne, sont écrasantes. Les routes parcourues par les auteurs
portent l'empreinte de ce savoir des femmes. Elles démontrent une maîtrise extraordinaire, à
la fois des événements corporels et biographiques, et des rites qui sont de véritables façons
de penser des femmes. Il reste à mettre en évidence les thèmes de la femme marocaine
écrivain qui sont en relation directe avec la réalité marocaine. L'intention est de concentrer
l'attention sur ces écrits comme de puissants documents qui témoignent de leur temps et de
la société productrice de ces données.

Conclusion
La culture amazighe a en effet survécu jusqu’à nos jours malgré le fait que
l'amazigh n'a jamais été la langue officielle d'un État centralisé, ni soutenu par un
livre sacré, et a dû supporter des langues beaucoup plus puissantes
politiquement: les langues phénicienne, punique, latine et arabe. Aujourd'hui,
nous devons cette survie de l'amazigh et de sa reconnaissance officielle, à
l'engagement des femmes dans les questions culturelles
LES BIJOUX AMAZIGHS
CONCLUSION
Nous avons essayé, dans ce travail modeste, de donner quelques informations
sur imazighen, leur histoire, leur culture et leur apport à la culture
méditerranéenne à travers leurs auteurs  et leurs intellectuelles. C’est vrai
que tant qu’on dit autour de ce peuple, il est difficile d’aborder  sa culture
trois fois millénaire, et de délimiter  ses contributions à l’essor de la
civilisation humaine.
Les références, les livres et les recherches spécialistes dans ce domaine sont
très peu, voire, parfois manquent. Et c’est l’heure pour tous les amazighs
conscients de leur identité culturelle, de se mettre debout, de s’armer à faire
des recherches et d’envahir l’écriture concernant leur culture et leur
civilisation en vue de “se remettre sur les rails’’,  et  de rendre à l’amazighité
ce qui lui appartient. Si on ne sait que peu de choses sur notre culture c’est,
en premier temps, à cause de l’indifférence de nos intellectuels à l’égard de
ce qui leur est propre.
Pour conclure, je m’adresse à nos intellectuels et à nos penseurs  arabophones
ou amazighophones, de produire sur leurs propres cultures au lieu de la culture
d’autrui. C’est notre langue, notre histoire, notre culture et notre tradition et
coutume qui font de nous nous-même et non l’autre. C’est à travers elles que
nous existons et nous continuons à exister. Combien de peuples sont disparus
avec la disparition de leur langue. Et quand on ignore ce qu’on est, à ce
moment là nous serons ignorés.
INDICE

•Introduction

•La culture amazighe et son apport à la culture


méditerranéenne

• L °HISTOIRE DU LACULTURE AMAZIGH

• Le rôle des femmes marocaine dans la conservation de


la langue et de la culture amazighes au Maroc

•LES BIJOUX AMAZIGHS

•Conclusion