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COHECTMND'8UVBA6ES
RELATIFS AUX

SCIENCES HERMÉTIQUES

L'OR
DESMÉTAUX
ETLATMSMMLTMN

MB~IOTHÈ~UE CHACORNAC
tt. QjMi Saint-Michel.Paris
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s.ut. 3i r~ z ta~C~s`~ x 'i·is`i~s.`.d.·`y'°~a~ts.~r'e~x7~F~~t.~ û3.31
L'OR

):T

DES MÉTAUX
LA TRANSMUTATtON
COLLECTtON B'OUVRA&ES RELATIFS
ALX

SCIENCES HERMÉTIQUES
&'HShAr~~H~t'M.jHt.Est.KRM)S<
L'OR
pr

LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX


Par G. TuÉODOKE
TtEFEREAU
L'A!eh'ntist-tfuxtx"StL'c!

MJnMf.c! c< cjn/'Jrt'MCt's ~r&t'~<


¡'I;

PARACELSE ET ~ALCHIMIE
Auxn^
Süclc
F.tr M. FR'ANGK
Mct'tnMiMt ~~k.tS

H. CHACOR.NAC. ÉDtTEUR
ti.ÇMfStttHt-A~M'.P.t/'M
tS8c)

2 09 0~
PRÉFACE

Tout, danslanature extérieure,se réduità un


changement de formedans('agrégationdes cte-
ments chimiques éternellementinvariables
(Hetmhotfz).

En pu6fiantle premiervolumedecelleeo~g~Mft~'<'<:n&
– MCMfH modernes-relatifs auxsciencesAerm~KM,
nousn'obtlissonspasau pulgairedésir de faire tBtffrt:de
&t6Mo~MM, ff't.~fYBfOtt~rJ~~F~M~fM, f:<mn~p<!F
le /b~, ~<ïr.r<M~<!<M <<t/orm6,MHfMfaft~MM at eon!-
prendre, où se n!t' parfois des ~jtt~jtïtt'ï presque ridi-
culesatMconceptionslesplus hardies de rM<K<~0<
~VMM visonsplus haut et plus loin.
Aujourd'huil'esprit humain est asse; nettement~H<rJ
de fOM~r~'a~ï pour ne reculer devantaucuneA~t'o~M:
ne se laissantarr~r par aucune superstition ni aucune
crainte, il pa/tH~«'<!t<x~MmM limites de la logique,
estimant <~f<'dtoute constatation acquise,une étudet!OM-
vellepeut ajouter un <m-M. s'est ~.g'~J surtoutde la
p~r ~Mmo& ne condamne aucune manifestationde
l'effort eJrJ~ra~,sous quelque('~MHg qu'elle sePprMMK
présente
t
PRÉFACE

Alchimie, ~crm(~Hn!C,Occt(~HnK, neM~pocr/M~tM


des-rubriquesffon<~s<fV/«reîm~/Jr;<*<Mes ne fc~raf'Mt
pas. ~!Msousson )'OtVs~<'a! a~orjf/rc commeun <?'<* fan-
tastique, t'cmmcun ~fe~ troublant.Le sot'~n~va droit
il elle et p~~cn~voirsonvisage.
~M<re/oM.<)<:cmo<d'oM)tm~,<Mfrissonnait ou o'!
souriait. Superstitionou scepticismequi ne sont ~M'Mnt'
seule et même forme de l'ignorance ~<de la paresse.
On a comprismaintenantque l'homme n'a~ & ~rotf
de nier nt (fermer à priori. Dire que r~e&tmMft'Mt
~M'tM/rHHd'erreurs grotesques est aussiabsurde que de
croire, par un élan ~e foi, tt des miraclesM~JmMMï.
Qtt'Mf-Cf:~'<!tMMr~ ~<t*m~At~o~e ~rmj~ae
QKan~, MMM, W~Mm-~MtMK, ~OKr~~
sa théorie des atomes-tourbillons, fait jaillir d'un COM~
baguette,frappé sur un drap <eyt~M, les anneauxde fumée
du chlorhydrated'ammoniaque,~Man~Hs~mAo~ano~-M
les mouvementstourbillonnantsdans K/t ~!t<~<!parfait,
c'est-à-dire n'existant<d FJ~~ ~po~tJM nM~tfma~-
que, commele point 6a ~J<(.~fM, quand Af. ÛMpri'
Mm~e, dans uncube d'eau <)'jn~o;tr edMtt~ n:{~tjmede
mf~t~C, M~utM~au microscope,un nombre énorme de
225millions ~mo~eafM. cc~M)'n&/Of!{a'Kyrf:~'aMt-
mistes, et l'ignorant qui les verrait agir, sans compren-
dre la ~or~e leurs <r~MX, en ~ar~cc M~f~~n/x,
tes taxerait defolie.
-1
ï
PRÉFACE lit

c* r\t~<t<
'FbM/ ? nut est &tt:MM~ prononcé FjM,DJmocn~,
~fra~rMur~MtoM dire que lesMrfJMs touteschoses
~endcni des Mn'JMx leursa~omcï.en aom~ri;.dimen-
sion et ~r~af[Oft;fo!ttE'm~J~oc/e~t<t~rM)!~f<t!p~a-
<ion fou, Epicure qui niail la mort,fou, Z,Mcr<'<;<? qui pro-
fessait rm~t'ïtrtfC~fMJ des atomes, iM~(;rMM& t!M<J-
fMax de <'cn;Mr~
M. Frémy ftt:y<tM~ pas œ~fc d'alchimiste,quand,
en faisant rJ~if au rouge At fluorure de calcium sur de
l'aluminecontenantdes traces de hc/ifomt!~ ~o~M,
t7prOt<UMat< ~!t:nxbt<xpo~)'n~KM ~Krubis.
Seules, les conditionsdu travail M<C/M; Les souf-
~ffrs du mo~n-ti~ toujours <;nerjm<<;~c ~er~eM~onï.
pd~~arhpCKr~M ët!~err ~~c~tiKH~ mat=
/at'~Mrï, f't'Mttla puissance~orm~ et f~pt~m~nf acquise
qui <rMm~~CMf7 de leurs &o:<ffMM.Y. Sur le mon~<
caM~MiMpesait, avec sa tJ~~o~ sinistreda la science,
CMCson mépris du bien-être cor~oM~,a~M sa ~OKr~c
~<'orMdu sacrifice, avec sa méconnaissanceatroce des
besoinsci des droitsde <'<tMm<!f!t<J.
~e savant se terrait dans sa science,et, si, o&JuMn~à
celtepassion innéeau c<x;Mr de l'homme qui le pousse à
/~f'rt:~r~~ef ses joies de ~ottKHrKx ~~mHaMM,il K
~Maft p<tW<;f, encoreM MMnM t't~ prince lui
conseillaitf~mp~'er une hf<He nt)'ï<('neMM, arMfMi'M);
et cependant,le plus souvent,pour qui sait ~T ~A~f,
tV PRÉFACE

simple en son essence,commetout ce qui est logique e


!'rat.
Aujourd'hui, comme Fa dit Tyndall, la science n'a
plus le droit de s'isoler, mais elle combinelibrement tous
les efforts qui tendent vers ~nt~oraft'Oft ~tt sort de
l'homme.
Z~r<!f!A faute des Hermétistes-faute quin<~f!t«leur
être imputéeà crime, car ils étaient~raïdïSOt~ le joug de
fer de l'ignoranceet de la tyrarrnieintransigeante,c'est
~'af0<r rcc«~t'devantla généralisationdes ~FMCt~M.Ils
s'arrJ~Kn~, tK~MtC~, au seuil de &: f~nM, sans oser le
franchir, s'attardant d ~Mrecherchesparfois enfantines
commedes jeux. C'est ~H'attMt Bibleles enserrait, les
res-
p~rM~MC&ÏC<O~M~~&MKMN~
pectables, mouraientde ne pouvoirtravailler librement.
Ce ~«'~ faut considéreren ces p&~oso~M,Msont moins
les applications~K't~ font de leurs théoriesque l'idée pre-
mMrcqui les leur dictait.En les écrits de chacun ~'e«A:,
il y a, sousla /orm~, /dn~, fa base, le substratum.
Lorsque Bacon appelait le son un mouvementspirituel,
pM~re proclamait-il un des axiomesde ra~mr i
Ne retrouvons-nouspas tous les JMmen~ science
alchimique dans les ~tfrf'MCM ~Vofm<!ftLockyer,
Cr0t<f<!<t:f ses études.spectroscopiques,que dans les
étoilesles plus chaudes, on ne trouile~Mjde rA~M~t'ns
pur, tandis que dans celles moins chaudes, les métaux.
PRÉFACE~ v

puis les mJ~~o~M apparaissent,et quesur la krre, c~n,


~~ro~M,m~afM:~n!<oMM<!<:K<MMft<ant<!M
à fJM ~r/h{~m<'n<pur, maisen des combinaisonsplus
ou moinscomplexes.Çu'M donc que cet Ar~rO~nc,
sinon t'Absolu des alchimistes,et queltepreuvepresque
concluantede la réductionpossiblede la matière en son
principe un et primordial?
Aujourd'hui on peut professer ~OM~n~n~ dogme
de l'unitéde la matiJre: en expérimentantavec de ~'a~coot
ou de ~M~, on acquiert la démonstrationirrécusable de
la créationdu ~!MnM M~i're, par fragmentation~'UM
masseunique.
MaKrA~ro~neMt-tH'fxMme~oM~eA'~r~ccc
g~noNï~~oMM~fo~me~ r
Les ïpt'cfreïpAo!p/!orMC<& ont mot~t' en ~fanM un
~Mme cMm~at:complexedont les ('Mmcn<! constituants
pCt<)~n< ('<n;dissociés.Huggins, L~eo~deBoisbaudranont
~M~ftïf' MMet'JrtM queKM~eaujourd'hui la mauvaisefoi
pourraitrt'M~KCf en doute.
Mais f'afonM~M< corpscomposé. a-f-fYau ~M
que seraientses .m~fth constituants? Scrjtcnf-tb multi-
p~ ou se MjE'pOf<<'rt!<M<-t~ un (~JmM<unique
cellc questionWf~NntCrookes rj~ft~ hardiment:
– me/)tMt!f~<t CO)K~ttM que les f'~MM~ des soi-
<fM.!nb corps simplesque nous cannaissons,sonten rJj~M
~ï mo~CM~x com~o!<'cï.Je )'t!M~ ~manJt; pour que vous
1- 1-~ –
VI-
VF -PREFACE-

ayie; une conceptionde leur genèse,de reportervotrees-


pn~aMrWes ~es/Mrs 7~ (cm~o~f'MmMrï~aSt'f~
et sans forme, et de suivrele développement de la matière
dans les étatstt nous connus~'apr~ quelquechosed'anté-
cédent.Je ~ro~oM~'a~~rpro~e ce qui existait~Mtf
nos éléments,a~an~ la m~fjre telle que nous-la connais-
sons à présent.
Cette MJc matitre première, pro~ préexiste
aMX~M<MCX~rf~raMO<!MR~.C*Mfaf~ I~ëscâr=
t es parle d'un fluide universelpareil tt uneliqueurla plus
subtilee~a plus pdn~nM~.qui soit au mo~<
M. Ber<A~o< a~Mm~ aHï<f(' reculait pas
~~M~'A~o~K~MMpo~MntfMeorp!Mm~~
K~mo~MOOf)< nous ~OMMaa/Mf~Kt,
restent encore impuissants,rtjft tt'cmp<<? de supposer
découvertenom'<*Ht',
~t<*«ft(? MmMaM~<icelle du courant
fo~af~M, permette aux chimistesde l'avenirde franchir
les limitesqui nous sont imposés touten se refusant t!
mettrela n<'cfM(M logique~rt/n<M ma~r~, ft'mt-
nentahimistereconnaissait~fraMem~~nc~de la transmu-
`
ta~'Oftdesélémentsactuelsles uns dansles autres.
Les recherchessur la thermochimie,enM<ro~M<Ma~ dans
la sciencefM~ de ~MMf:Mt<KM, ont pOfMun COK~) A'C:H/'
aux ~r<~t<&SHrtt7!n<nohmn!gn< <trAj"po~~<'
ntM.
De la dissociationà la ï)'<jM, marcheest logique,

1
PREFACE Vtt

et M<*<:de la <Mf!!fMtt<<!<tOft
f<MmJ~MJCCMp~M<<fe~Kf
eonï~H<Mnj''t!f~~<:f/cc<Mnttfme<!<t~ rd~meft~ro~~ue
s'impose~'t:~('-tt!<'<
M. E. Varennene ~Ma~ pas, il a trois ans
Cont~rtme~ r~ro~'M /M~K\t e~M.~ centntille
t!!nMxpA<tr<'ïetvousaarc~ un lingot d'or pur.
De ee~Canalyse~t; nx!<<<'r(; ti l'analyse de la Vie,
le passera bienMtfranchi.
A <jrMM(?hauteurncï't'MMp.M b sciencento.ft'fne~u~m~
r~t!r~anf/<!c<!tt grands ~rt'6Mn!Morganiques,
elle dit avec C<<n<~B<;M<!r~
–f.M~MmJMï~'K~Cor~s 6rM~ ~tï corp.<
vivants ont pour conditionsles i)t<?m~JfJmjn~ et les
~<
t!!t!mc~~r~nJ~~n!m&!rM. C'csf com~f<!X!M

nM~'cmen< quifait la ~~nce.


Descartesavaitd'ailleursaffirmé J"t*<;
une (M~cj
~it!~ que la M<: ft' qu'un r~M~.t<plus JjtH~<~f<~des
~aMde la physique<;< n!<'c~f!t'~f«:.
P~tt~frf. et c'est fCt~ff'm~rfMnftëft<~rm~fïm~ et
~'OcCtt~Mmt:,<<M~-< t~~M~JttCMpfO~CM~Ï, M <~f-
~«eMf~ ~Mtimcn~t'h~~Ke de nt~JrM~M <*MM passent
à un autre <<<Mt!,sansMh<Mexacte, nous appellerions
dès à ~'yen~ spirituelles,~MM/ornM~n dontla formation
oula naissancede~'t'~rfCt~ n<MX ~M
/OMfftt!M~
similarités~ro&aMM. L'(;~n'<n'M<-t7pas tMJ~~ essentiel,
~'Jd<~ maftjrj, M~A~'r-~n~t', ~OMJde /tKu~s
Vttt PREFACE

aclivesdont nousressentonsles e~, sans qmf noussoit


e'Mor~/tOK~crm~er~n~Mff~
De (jM~empï,ces problèmes ont ~oecK~t'/M hommes
~'JMe~t~er~M/M~~M'er~Mf~a à ~<;t<leurs rc-
chercheset leurs ~jttMr~ ont changé <ï.ce ~f
science.
Quelqu'un oserait-ilaujourd'hui taxer de folie, dechar-
latanismeou de mc~tMn~ Crookes ou Gt~MrQui ose-
rait fermer ~eK~M-KM~n'M<pomt<!pj&<!f G
M.<
Il nous,parait plus~K'MM~Ha~, nous semble utile
de placer à nouveausous les ~tM: des AommM bonne
foi ces <cwr~, presquetaules introuvablesqui constituent
les ~CM~Mgrand dossier Agrn!J&'{M, de ce p<-oe~,/t<~J
~ff'~MM~CB.m~~M~~Bh~ Nou~
ar~ons:
~conf!<N~~H<t!MffMopt<sc~Mm~eon/ttM mal
<?«?' tels quele Miroir d'Alchimiede ~~er Baconou
!'Etixir des philosophes <!Mft~<< au pape Jean XX~,
f<'vrai chercheursaura ~er le diamant <<t gangue
combiend'autres<E«frMdédaignées
En ~Jn'ff',quand on comprendrales o'Hf'rg!de SM'c~e/t-
borg, ~Wfsnf' Wro/f, Z.ot<M~ea~de F~re ~'O~t-
M<,des Aort'~nïnouveaux,immenses,s'ouvriront devant
lesesprits.
Et ~M'Ottn'oublie pas que nos savants, fussent-ils de
~'7n!<t<M<0<!< lesfils, trop souvent ingrats, <fM~rm~M-
tes. Pe<t<-Mre, commele veulent lessage du Thibet, sont-
PRÉFACE

ils les<'< inconscientsdes savantsde quelque lantide


se
~ï~anM, les écouteursencoreà demi sourds ~'('cAo~
la machine
propageant ~M~M catastrophesantiquesde
cosmiquc.
La collection~t'erth, relatifs auxsciences hermétiques
sera, en fett de <t-m~, M~-n~cum de c<:M.qui, hors
de tous ~M~ admettentle poH<7' m<'mj~<Mf
vraisemblable.

JULES LËRMM~.

Mai [889.
PARACELSE

ET L'ALCHIMIE
AU XVI~ SIÈCLE
PAR M. FRANCK

MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES SCŒKCE5 MORALES ET POLITIQUES

Lu à ta scance publique annuelle des cinq Académies,


tei; octobre tR; 1.

Sr t'atchimie n'avait jamaiseu pour objet que ce dou-


ble rêve de la cupidité et de la faiblesse, le secret de
convertir tous les métaux enor et celui- de prûfongcrJï
volonté la vie humaine dans un corps exempt de dou-
leurs et d'infirmités, je me garderais bien d'évoquer te
souvenir d'un art aussi chimérique,et, s'it ne t'était pas,
aussi dangereux. Mais elle s'est proposé, à un certain
moment, un but ptus étevéet plus sérieux. Entraînée
la
par ses illusionsmêmes à la recherche, quelquefoisà
découverte du vrai, elle a préparé la régénération des
sciences naturelles, en les poussant, du côté des faits,
dans les voies de l'expérience et de t'analyse, et en les
rattachant par leurs principes aux plus hautes spécula-
tions de la métaphysique.A ce titre, ettc pourra exciter
2 L'M.CHtMtEAUX\'f-S!ECLE
C "cc o-C:.C -F-

quelque intérêt dans un temps qui est à l'épreuve de ses


erreurs ef qui se pique de justice envers les. siècle
passés.
L'origine de l'alchimie,comme cette de la plupart de
nos connaissances vraies ou fausses, se perd dans un
nuage. Cependant il est difficilede lafaire remonter avec
quelquesadeptes jusqu'à Mezaraim, filsde Cham et pre-
mier roi d'Égypte, ou jusqu'à l'auteur supposé du P<f-
MM~r. ce prétendu monument de la mystérieuse sa-
gesse des prêtres égyptiens. Tant Hermès Trismégiste.
Le titre de philosophiehermétique, sous lequel on desi-~
gne l'alchimie, et la ressemblance de ce dernier nom
avecee!uLdeehan~!epatf(arcncde;)'Mnque,neptt-
ra!tront à personneune garantie suffisantede cette véné-
rable antiquité. On reconna!tra peut-être un premier
essai de chimie générale dans quelques-uns des plus an-
ciens systèmesphitosophiquesde la Grèce dans les ato-
mes de Leucippe et de Démocrite, ressuscités, avec des
attributions plus modestes, par ta science contempo-
raine dans les quatre éléments d'Empédocle, qui conti-
nuent de désigner sinon les principes, au moinsles dine-
rents états de la matière, tantôt solide comme la terre,
tantôt fluidecomme l'air, liquide comme t'eau, impalpa-
ble, c'est-à-dire impondérable, comme te feu et enfin
PARACELSE

dans la théorie plus savante des homéomériesd'Anaxa-


gore. Mais, il y a loin de là à faire de Démocrite un
alchimiste,disciple des prêtres de Memphis, du mage
Ostanes et d'une certaine Marie, surnommée la Juive.
dans laquelle, franchissant une distance de dix à douze
siècles, on a reconnu la sœur de Moise. Cependant n'a-
vons-nous pas les ouvrages que le philosophe abdéritain
a composés sur le grand art, sur l'art M<:r~,comme il
t'appette:-Oui, sans doute! Mais ils méritent le même
degré de confiance que ceuxde Taut lui-mème,du mage
Ostanes, de ta prophétesse Marie, qui sont également
entre nos mains, avec beaucoupd'autres, signésdes noms
d 'Âristotë, du roFSaIbntOtiet de ta reine CtéopiUre.
Ce qui est certain, c'est que la foidans l'alchimieétait
déjà accréditée au commencementde notre ère car
nous tisonsdans t'M~<we naturellede Pline (f ) que l'em-
pereur Catiguta réussit à tirer un peu d'or d'une grande
quantité d'orpiment mais que, le résultat ayant trompé
son avidité, it renonça à ce moyen de grossirson trésor.
Un autre fait qu'on peut affirmeravec confiance, c'est
que ta science alchimique a pris naissance en Égypte.
soust'innuence de ce panthéismemoitié métaphysique.
moitié religieux, qui s'est <brméà Alexandrie,durant les
liv. XXXttt,ch~p.4.
(t)Mt!<fiMnf!fHf.
4 LA!.CH[MtEAUXY!S)EC)LE

premiers sièclesde Fore chrétienne, par la rencontre de


ta philosophiegrecque avec les croyancesexaltées et les
rêves ambitieuxde i'Orienf. On remarque,en effet, qu'a-
près tes personnages fabuleuxou manifestementanté-
rieurs à cet ordre d'idées, les premiers noms invoqués
par la philosophiehermétiquesontdes nomsalexandrins:
Synésius, Hétiodore, Otympiodorc, Zosimc. Ajoutez
cette tradition rapportée par Orose (t) au commence-
ment du v' siècle, et recueillie par Suidas (2), que Dio.
ctétien, ne pouvant venir à bout des insurrectionsmulti-
pliéesdes Égyptiens,ordonnala destructionde tous teurs
livresde chimie, parce que là était, selon tui, te secret
détours richesseset. de teuropiniâtre réststafice. Enfin,
c'cst à un'phMosophed'Alexandrie, â un philosophe
chrétien, probablement à la manièrede t'évoque de Pto-
témaïde,te discipled'Hypathte, queles Arabes se disent
redevablesde toutes leurs connaissances alchimiques.
Ce personnage,appelé Adfar, florissaitpendant la pre-
mière moitiédu vn*siècle, dans l'ancienne capitate des
Ptolémées,avec la réputation de posséder tous tes se-
crets de la nature, et d'avoir retrouvétes écritsd Hermès
sur le grand art. C'est lui vraisemblab!ementqui en est

(t) MMionjnfm tib. VIIc.


<m'rs«s~*t!MCs, VUc. to'
tn.
(2)Voir sonLeirique,
Voirson~.Mf~M,au motChintie.
motCAtm~
PARACELSE

l'auteur. Sa réputation s'étendit jusqu'à Rome, d'oùette


attira vers lui un autre enthousiaste, un jeune hommedu
nom de Morienus, qui. admis dans la connanced'Adfar
et initiéà toute sa science, ta communiqua,vers ta finde
sa vie, au prince Ommiade Kha!cd, fils du calife Yezid,
devenu te souverain de l'Egypte après ta conquête de ce
pays sur les empereurs de Constantinopte(t).Des ce
moment, l'alchimie devient mulsulmane,sans cesser de
respirer l'esprit qui avait sountt;sur son berceau. Le
premier écrivain qu'elle produisit chez tes Arabes, le fa-
meux Geber, ou plus correctement Djâber. né à Kou(a,
sur les bords de l'Euphrate, au commencement du xm"
siecte, appartenait ta secte de&so{!s,hëridèr& directe
et jusqu'à un certain point, écho fidèle du mysticisme
alexandrin. Cette alliance est facile à expliquer. En ad-
mettant, dans l'ordre philosophique et religieux,qu'il
n'y a qu'une substance unique des êtres, ou qu'il n'y
a qu'un seul être sous des formes infiniment variées,
comment s'empêcher de croire que ta sphère de la na-
ture et de l'industrie humaine, que tous les corps dont ce
monde est composé ne sont que des combinaisonset des

(t) Voirle savantouvragede MM. Reinaudet Favé.DK~K


grégeois,<~ /j<Mde ~KCr~ tics<M'~<n<'ï ~re Mnm.
in-8";Paris, t84).
b'At.CHtMtEAUXVt°StEGt.E

états différents d'un seut corps que tous les métaux,


assez puissant
pourvu qu'ils soient soumis à un agent
est leur
peuvent être ramenés à un métat unique qui
de Tel
type communet teur plus haut degré perfection
est. en effet, te principe d'où est sortie t'atchimie, par
des
lequel elle se lie d'abord au panthéisme mystique
Grecs d'Alexandrie et des sofis de ta Perse.
Mais peu à peu à mesure qu'on s'éloigne de t'antt-
un carac-
quit~ et que les croyances nouvelles prennent
tère plus ferme, ce principe se dérobe aux regards, et
l'alchimie, au lieu de tenir sa place dans un système gé-
néral des connaissanceshumaines,devient un art tout à
fait isolé, un empirisme étroit, auquet H ne reste ptus
Tette nous
que te champ des iHusionser des aventures.
la rencontrons, au commencement du x' siècle, chez
se
Razi, vulgairementRhazès, ce médecin fameux, qui,
vantant de faire de l'or, ne put trouver une somme de
dix pièces d'argent, promise en dot à sa femme, et dut
subir l'humiliationde ta prison pour dettes qui. possé-
dant un secret pour soustraire )'homme à toutes tes ma-
ladies, et même aux infirmités de ta vieittesse, ne put
à la lumière.
empêcher une cataracte de fermerses yeux
Telle nous ta trouvonsencore, un sicete ptus tard, chez
un autre auteur fréquemmentcité, et probablementaussi
PAKACELSE 7

un médecin arabe, Artephius ou Artèphe, qui a bien pu


servir de modèleau comte de Saint-Germain car ifs'at-
tribue comme lui une existence de mille ans, due à t'é-
lixir de longue vie.
L'alchimie,en passant des musulmans chez les au-
teurs chrétiens du moyen-âge, ne changepas de caractère
et t'en peut douter qu'elle se soit beaucoupenrichie en-
tre leurs mainsde ces découvertes imprévuesdont ta chi-
mie a hérite. Ainsi, par exempte, c'cst une erreur d'at-
tribuer à Roger Bacon t inventionde la poudre à canon.
La composition désignée en termes éni~matiquespar le
célèbre franciscain a été décrite avantlui, avec beaucoup
d'autres par MareusGrsBeu& jettes auteurs arabes.
On conçoit que la même horreur qui poursuivait tes ma-
giciens atteignit aussi tes alchimistes,confondus avec
eux par t'ignorance populaire, et que la longue captivité
infligée à Roger Bacon ne devait pas encourager teurs
expériences. Du moins est-il certain que l'alchimie, pour
parter le langage du temps, n'est qu'un accident dans la
schotastique elle ne se rattache par aucun lienaux prin-
cipes, et n'entre par aucune porte dans tes cadres de
cette étude. Les objets de ses recherches sont, comme
auparavant, la pierre philosophaleette fameuxétixir.dont
t. Lf~'r f~f!ti<nt
a~ cjm'wjn~M/!f!<M:id~" Paris,1804.
~s,ïH04.

t
8 L'ALCHtMtE AU XVt* StÈCt-E

personne, à ce moment, pas plus saint Thomaset Albert


le Grand que RaymondLulle et Arnauldde Vitteneuve,
ne songe à contester l'existence. Ce n'est qu'à l'époque
de ta renaissance des lettres, dans lecours du xv" et du
xvt"siëcie, que, choisissantpour son point d'appuita phi-
losophie. ou du moinsun systèmephilosophique,et pour
son champd'opérations ta nature entière, elle s'efforce
non-seulementde prendre rang parmi les sciences, mais
de les employer toutes à son usage. Voici commentcette
révolution s'accomplit.
Le moyen âge, sauf quelques essais de résistance
étouffésà l'instant, avaitvécu tout entier dans les espa-
ces surnaturels de ta foi-oudans tes arides abstractions
de la logique, admise comme par grâce à exposer et,
pour ainsi dire, à détailler le dogme. La renaissance,
justement maudite par les partisans de ce régime, c'est
le retour de t'esprit humainà la nature, dans toutes tes
carrières ouvertes &t'emptoide ses facultés.fi se trompe
souvent et passe à côté d'elle mais c'est elle toujours
qu'il cherche, même dans les plus grossières supersti-
tions. Il admire ta peinture des sentimentsnaturels dans
les chefs-d'œuvre littéraires des anciens, et la raison
naturelledans leurs systèmes philosophiques. H reven-
dique le respect du droit naturel dans les institutions et
fARACEt.SE 9

les lois. tt assure la défense des intérêts naturels en °


réclamant, pour la société civile, une existence distincte
et indépendantede tasociétë religieuse. Enfin; daMte;
arts, l'enthousiasme na'ff, les saintes inspirations qui
sentesl'avaient captivé, cessent de lui suffire, et il faut
qu'à la beauté de l'expression viennent se joindre [a L
forme et la vie, l'imitation fidèle de la nature. Que)
autre ordre d'idées devait entrer dans ce mouvement
d'une manière plus directe et plus irrésistible, que
l'étude de la nature proprement dite ou l'ensemble des
sciences physiques f )est vraiqu'on rencontre au moyen. °
âge, à partir du Xffsiecie, quetques connaissances par-
tielles d'astronomie, d'anatomie, de minératogte, em-
pruntëesa ['érudition arabe, qui, eHe-mcme.avsitpmsé
dans ['antiquité grecque mais nulle part ces connais-
sances ne sont retiées en un faisceau et ce qui porte
alors le nom de physique n'est qu'un texte à allégories.
commedans t'nr~ro~ d'Abétard ou une imitation
du Timée, d'après ta versionde Chalcidius, comme dans
le traité du monde (le Macrocosme)de Bernard de
Chartres ou une argumentation purement logique sur
la matière et sur ta forme, le temps, te mouvement.
l'infini,t'éternité, comme chez les maîtres les plus célè-
bresdu x)n'' et du XtV siècle, quand ils commentent
tO L'ALCHIMIE AU XVt° StÈCt.E

et développent la physiqued'Aristote. Une science ayant


pour but d'étudier l'univers comme un seul tout. de
saisir les rapports qui unissent toutes ses parties, de
surprendre dans teur activité même les princires et les
causes des phénomènes, pour les observer ensuite dans
leurs plus mystérieusesopérations: en un mot. une philo-
sophie de la nature, fondéesur l'examendes choses, non
sur la discussion des vieux textes, et osant avouer
nettement son dessein une telle idée n'existe pas avant
t'ere de la renaissance, et c'est dans les livres d'atchimie
qu'il faut atter la chercher.
Le mysticismeorientalvenaitde repara!tre sous toutes
es formes dans la kabbale, restauré& par. Reuchtinet
Ptcdc!aMirandote;dans!epythagonctsntea)exandrin,
remis au jour et développéavec imaginationpar le cardi-
nat Nicolas de Cusa ;dans le néoplatonisme,importé en
Italie par Gémiste Ptethon, puis propagédans tout l'Oc-
cident par les écrits de Marsile Plein. Surpris par cette
lumière, qui avait éclairéte berceau de leur art, et restés
fidèles néanmoins aux dogmes de la création et de ta
liberté humaine, ces deux bases de leur éducation mo-
rate, tes alchimistescommencèrent à voir ta nature d'un
point de vue nouveau, égalementéteigne du panthéisme
antique et des allégoriesou des abstractions du moyen
PARACELSE t[

âge. Elle apparutà leurs yeux comme un immenselabo-


ratoire où la nature toujours en fusion, et, pour parier
teur langage, toujoursen fermentation, est modifiée de
millemanières,est revêtue de mille formes par des ar-
tistes invisiblesptacé; sous ta main d'un maitre suprême.
Ces artistes,ce sont les forces qui fontmouvoir te monde
et qui animenttoute; ses parties, depuis tes astres sus-
pendus dans t'espace jusqu'au moindre grain de pous- r
sière ce sont les principes immatériels qu'orr découvre 1
partout, lorsqu'onne veut point admettre d'effets sans
ca'uses dans tesêtres organises, comme ta source de la
forme et de fa vie dansla matière brute, comme tacause
du mouvement,deta.~cohesiondes étements et de. leurs
affinitésélectives,En effet, tout corps, dans le système
qui nous occupe,fut associé i une cause, à laquelle il
devaitsa composition et son développement intérieur.
Chaqueorganeimportantdans les animauxeut son are~c
ou son principe particulier d'organisation et d'action.
Mais tous ces agentsn'étaient pas isolés dans les dtn'é-
rents corpsdévolusà leur puissance ils étaient appelés.
dans un ordre hiérarchique,à exercer leur énergie, ou,
pour me servird'une expression consacrée~à imprimer
leur signaturelesuns sur les autres, les astres sur les ani-
mauxet tes plantes, ceux-ci sur les métaux, et en géné-
[2 1 L'ALCHtMtEA.UXVfStECLE

rat t'âme sur tes organes, l'esprit sur ta matière. Dieu,


créateur de la-nature, habitait au-dessus d'eHe,sans~ces-
ser de lui verser sa lumièreet sa force, sa sagesse et sa
puissance. Tout ce qu'elle renferme était ~n~ de son
nom. L'homme, image de Dieu et résume de !a création
demeurait libre au milieude ce travail universet,dont it
cherchait à surpendre tous lessccrets, et qu'il imitaitpour
son usage, en même tempsqu'il y trouvait, pour des fa-
cultés plus élevées, un objet desublimes contemplations.
Telle fut l'alchimie à son dernier période de dé\'etop-
pement, bien qu'elle restât toujours, pour la fouleobs-
cure des adeptes et dans la pensée de la multitude,fart
de convertir Ies inétaux.Ce n'est pas en un jour qu'ette
a atteint cette hauteur. Ce n'est pas une seule main
qui t'y a portée. Mais t'hommcà qui elle doit le plus, le
premier qui ait coordonné ses principes en système, et,
non content de les avouer ou de tes pratiquer pour son
compte, ait tenté de tes introduire dans t'enseignement
public, à la place des vieilles doctrines, c'est Paracelse.
It est donc juste que nous nous arrêtions devantce hardi
réformateur, qui, après avoir inspiré une admirationfa-
natique et des haines implacables, devenu l'objet d'un
dédain immérité, attend encore une appréciation calme
et impartiale.
PARACELSE t

Théophraste Paracelse sont les noms sous lesquels il


s'est rendu célèbre mais ce sont des noms d'emprunt,
comme les savantsde cette époque en prenaient souvent
pour frapper {'imaginationde la foule et chatouiller leur
propre vanité. Je soupçonne fort, quoique te fait, à la
distance où nous sommes,.soit difficile à vérifier, qu'il
n'avait pas plus de droits au titre et au blason des Ho-
henheim, une ancienneet très noble maison dont il se
prétendait issu. H s'appelait Philippe Bombast et
comme son père, pauvre médecin de village, s'était déjà
occupé d'alchimie, c'est de lui sans doute qu'il reçut,
par allusion au grand œuvre, le surnom d'Auréotus. f f
naqu't,em~Q~âEinstedetn,ou Notre-Dame des Er-
ntites, dans le cantonde Schwitz, et non pas, commeon
l'a dit par erreur, à Gaïss, dans le canton d'Appenzel
car lui-mème, dans ses écrits, se nomme quelquefois
Fhéréstarque, t'âne sauvage d'Einsiedetn. Après avoir
reçu de son père et de deux fameuxalchimistes du temps
l'abbé Tritheim et SIgismondFugger, les premières no-
tions du grand art, it se mit à voyager, gagnant sa vie
tantôt en chantant des psaumes dans les rues comme
Luther avait fait, tantôt en prédisant t'avenir par l'astro-
logie, la chiromancieet l'évocationdes morts tantôt en
échangeant contre un morceau de pain le secret de faire
14 AUXVt" SIÈCLE
L'À!.CH!M!E

de l'or. H parcourut ainsi toute l'Europe, du nord au


midi et de l'est à l'ouest. !) assure même avoir été à
Constantinopte, et avoir pousse de là ses pérégrinations
aventureuses jusqu'en Tartarie et en Égypte, afin de re-
monter à la source de la science hermétique. Mais
l'exercice des arts imaginaires n'était pour lui qu'un
moyend'augmenter ses connaissances réettes. H visitait
en passant tes plus célèbres universités de ta France, de
ttatie et det'Attemagne il étudiaitdans les minesde fa
Bohême et de la Suède ta minéralogie et la métallurgie;
et, se préparant dès tors à l'exercice de la médecine, il
comparait avec l'enseignementofficieldes facultés, t'ex-
périenee:naTvedu peupte~tes recettes des vieitles femmes
et des barbiers de village. Après avof mené cette vie
errante pendant dix ans, n'ouvrant pas un livre, mais
cherchant la vérité dans la nature et dans la parole vi-
vante de ses semblables, il retourna en Allemagne,où sa
réputation d'habileté et de savoir le plaça bientôt au
premierrang parmitesmédecins.Commeil promettait
de guérir des matadies jusque-tâ jugées incurables, on
venait de tous côtés te consulter car souvent la douleur
ne cherche qu'à se tromper ette-mëme, et sait gré à
t'homme de l'art de lui laisser l'espérance. Paracelse
eut l'honneur de compter parmi ses clients Erasme et
'PA.RACEME i

de ce der-
Œcotampade. C'est sur ta recommandation
nier qu'il fut appelé, en t~.à l'université de B~e.
comme professeur de physiqueet de chirurgie. Rien ne
te peint mieux que la manière dont il prit possession de
sa chaire. Des son entrée dans ('amphithéâtre, où se
il réunit en
pressait une foute impatientede t'entendre,
forme de bûcher lesdifférents livres qui servaient alors
de texte à l'enseignementde la médecine, puis, y ayant
mis le feu, il les regarda tomber en cendre et s'envoler
en fumée. C'était, dans sa pensée, une ère qui venait
de finir, une autre qui venait de commencer.
Après un tel début, il ne lui restait rien à ménager.
Aussine met-it pointde bornes à son enthousiasme de
réformateur et à son orgueil de savant ;t'un et t'autre
lui troublentta tète comme les fuméesde l'ivresse. Ce
n'est pas à moi, écrivait-il dans la préface d'un de ses
ouvrages (f), et probablementil tenait le même langage
devant ses auditeurs, ce n'est pas à moi de marcher
derrière vous,c'est à vousde marcher derrière moi. Sui-
vez-moi donc, suivez-moi,Galien, Rhasès, Montagnana
Mesueh,etc., suivez-moi Et vous aussi, messieurs de
Paris, de Montpellier; vous de la Souabe, vous de la
t. Préface du livrePaf~rannm. dans le tomeH.p. ro, de
t'éditionallemande de Huser;to vot. in-4";B~tet~t~f.
*6 L'ALCtttMtE
AUXVt"StÈCLE

Misnie, vous de Cologne, vous de Vienne, et tout ce


qui habite les plaines du Danube, tes bords du Rhin,
les :)es de la mer; toi Italien, toi Dalmate, toi
Athénien,
toi Grec, Arabe ou Jsraétite, suivez-moi Je suis votre
roi, la monarchie m'appartient: c'est moi qui gouverne
et qui dois vous ceindre les reins. "Un
peu plus loin il
écrit: « Oui, je vousle dis, le poil follet de ma
nuque
en sait plus que vous et tous vosauteurs et les cordons
de messouliers sont plus instruits que votre Galien et
votre Avicenne, et ma barbe & ptus
d'expérience que
toutes vos universités (t). »
On a prétendu que Paracelse, en le
prenant de sihaut
avectascieMedesontcmps~maprisaiteequ'itttecon-
naissaitpas.ett'usagequ'it adopta de faire ses leçons
et d'écrire ses ouvrages en allemanda fait croire
que te
latin même lui était étranger. Ces
suppositionssont dé-
nuées de fondement. Lorsqu'on a eu le
courage de vivre
quelque temps avec tui. on voit que Paracelse n'ignore
absolument rien de ce qu'on enseignait communément
.dansles universités du xvf siècle qu'il
parte avec beau-
coup de sens de Pline, de Quintilien, d'Aristote, de
Platon et des anciens en général; et
que les livres latins,
les phrases latines de sa façon qui sont
incorporées dans
t. M'tïK/'ra,p. t8.
PARACELSE 17

ses oeuvresallemandespeuvent passergénéralementpour


innocentes devant la grammaire. Maissa prétention, est
de ne rien devoirà ce passé avec lequel il veut en finir,
et d'être un géniecomplétement originalqui, formé par
la nature, s'adresse aussi à ceux qu'une fausseéducation
n'a pas gâtés, aux esprits simpleset droits, aux gens du
peup!e. De ta te méprisqu'i) affecte pour les livres, le
soin qu'il met à n'en avoir presquepas dans sa maison, et
l'ignorance dont il se vante souventavecnon moinsd'or-
gueit et aussi peu de fondement que de sa science. De
là, cette prédilectionpour lalangue vulgaire, dont nous
trouvons aussiun exemple chez Descartes car le re-
cueifdesespretenduesaeuwestatinesn'esf qu'une imi-
tation d&cotoreeou t'en ne saurait tereconnaitre. En-
core, commentle parle-t-il, commentt'écrit-il, cet idio-
me informede l'Allemagne du xvt°siècleAvec une
rudesse d'accent, avec une grossièreté d'images que
t'en ne trouve plus que rarement chez tes paysans des
cantons de Schwitz et de Bâte-Campagne,et aussi avec
un tuxe de néologismes pédantesquesdont la tradition
s'est beaucoup moins perdue de l'autre côté du Rhin.
Paracelse ne resta qu'un an à t'universit~de Bâte, où
sa parole, après avoirexcite t'ëtonnement et attiré une
affluence extraordinaire,ne s'adressa plus qu'a un petit
)3 L'AMH!MtE AU XVt° StÈCt-E

nombre de croyants, résolus à le suivre jusqu'au bout.


Ce rapide déclin s'explique aisément par la nouveauté
des idées de Paracelse et la barbarie de son langage,
peu propres à former des docteurs selon les règles éta-
blies. La passiondégradante dont it fut pris subitement
pour te vin, après vingt-cinq ans d'une sobriété toute
musulmane, dut aussi y contribuer car, s'il faut en
croire un témoignagetrès respectable, celui d'Oporin, le
célèbre imprimeurqui fut pendant deux ans son secré-
taire, it était souvent à moitié ivre quand il montait dans
sa chaireou qu'il se rendait au lit des malades, et même
quand il dictait ses nombreux ouvrages. Enfin, s'étant
brouiU&aveefes~magistrats, qutdans~un procès contre-
un de ses clients avaient prononcé contre lui quand il
avait évidemment te droit de son côté, il se décida brus-
quementà quitter la ville.Maisce qui a surtout provoqué
cette décision, c'est le goût de Paracelse pour les voya-
ges, etta conviction, souvent exprimée dans ses écrits,
qu'il n'y a pas de meilleure école pour apprendre la \é-
rité. Cetui-tà,dit-it(t),qui veut amasser de vraies con-
naissances, doit fouler à ses pieds tous les tivres et se
mettre à voyager car chaque contrée qu'il parcourra
t. Quatrième ~<-M,-<-n b MHMf/t:
/<n'<'Hr~<: tomet,
ottMtMf/M,
p. t!<, éditioncitée.
PARACEt.SE t9
()

est une page de la nature. Le médecin, particulièrement,


recueillera un grand fruit des voyages. Quiconque veut
connaître un grand nombr&demaladiesdoit voirbeau-
coupde pays: Plus loin il ira, plus it gagnera en ex-
périence et en science.
En effet, peine est-1!sorti de Bâte. que nous te re-
trouvonsreprenant sa vie errante, en [~8 àCotmar, en
t~zoà Nuremberg, à Saint-Gatt en !~t, à Augsbourg
en!~6. Il habite tourà tour, pendant les dix années
suivantes, les villes principales de la Moravie, de ta
Hongrie, la capitale de l'Autriche, la petite villede
Villach,en Carinthie, ancienne résidence de son père,
et finalementSalzbourg.C'est là, dansl'hôpital de Saint-
Êtiennë, qu~nj~traprcs avoir légué Kens aux
pauvres,il terminaà quarante-huit ans, sa carrière labo-
rieuse et agitée. Il laissait, comme je t'ai dit, des disci-
plesfanatiques et des adversaires, ou plutôt des enne-
misacharnés. Hlaissait une réformequi continueencore,
si t'en veut bien y regarder, et que ses ennemismême
ont été obligés de subir dans ce qu'ette a d'essentiel. Iti
laissaitdes œuvres dont les titres seuts rempliraient plu-
sieurs pages, et qui recueillies d'une manière fort incom-
plète, ne formentcependant pas moins de dix volumes
in-4°,dans t'éditionaftemandede Huser. Évidemment,
20 t.'ALCHtM!EAUXVt°S[RCt.B

celui dont l'intelligence, dans un intervalle aussi court et


dans les circonstances qui viennent d'être racontées, a pu
produiredetetsenets, n'était pas un homme ordinaire.
Malgré cela, quand on s'arrête à la première impres-
sion que font naître la vie et les écrits de Paracetse,
on ne peut s'empêcher de voir en lui un aventurier et
un chartatan.Mais lorsqu'après avoir {été un coup d'œit
sur ses contemporainson revient à lui avec un esprit
libre de prévention, on se laisse gagner à une opinion
toute différente. Le charlatanisme, ta jactance, ta plus
grossière superstition mêlée à t'audace et à ['incrédulité
même. le goût des aventures dans l'ordre des idées
commedans celui des événements. ce sont tes traits
qui composenten quétque sorte ta physionomiegénérate
des philosopheset des savants de ta renaissance; on tes
trouve également dans Cornélius Agrippa, dans Fran-
çois Patrizzi,Jérôme Cardan, Jordano Bruno, Vanini.
Campanella,et à ptus forte raison chez les alchimistes
de profession, les Van Hetmont et tes Robert Ftudd.
Gommedes éeotiers fratchement émancipés, les esprits
de cette époque, à peine affranchisde ta rude discipline
de la scholastique, usent avec emportement de leur
jeune indépendance, et l'agitation de leur pensée se
manifeste jusque dans leur vie intérieure. Pour être
PARACEtSE 2t

équitable envers Paracelse, it ne faut donc point trop


insister sur les viceset tes erreurs qui lui sont communs
avec son temps; il faut t'etudier dans tes qualités et
dans tes pensées qui lui appartiennent en propre.
La première idée dont on est frappe en lisant les li-
vres de Paracelse, c'est la liberté absolue qu'it réclame
pour la science dans la sphère qui lui appartient, et la
carrière infiniequ'il ouvre devant elle. Sur ce point, it
n'a pas été dépasse par les réformateursmodernes. La
science, pour lui, c'est ta nature elle-même s'ouvrant
aux regards de l'homme, se réfléchissantdans son esprit,
tandis que Dieu se rénéehit en ette. H lui arrive aussi de
ta dénnir une révélation de Dieu à ta lumière de la na-
ture; de sorte,que toute, autorité qui intervient entre
nous et les choses tui parait une usurpation, un empié-
tement sur l'autorité divine. Mais il distingue, comme
notre cartésianismea fait plus tard, entre l'ordre de la
r science et celui de la foi, entre la philosophie naturelle
et la religion nh'étée l'une remonte de la terre, vers te
ciel, sur tes ailes de la raison l'autre descend du ciet
sur la terre sur les ailes de la grâce. Identiques dans
leur essence, elles doivent se réunir dans t hommesans
pourtant se confondre ( ).
(t) Aïtfore'mM magnaou f/tf/jtC/tMditnf.Tt'rj(;mt:
ct dit mi.
CfCCfMmt, t. X,cdit. cit.

t
22 t.*A[.CHtMtBAUXV[°StËCLB

La science, étant infinie comme la nature, réclame,


seton Paracelse, le concoursdu genre humain, et n'est
jamaiste partage ni d'un seul'homme ni d'un seul peu.
pie. C'est une vérité qu'il appuie sur le témoignage de
l'expérience comme sur celui de la raison car it a
observé que tes hommes n'apportent en naissant ni tes
mêmes aptitudes ni les mêmesinclinations pour les tra-
vaux de l'intelligence mais les uns réussissent dans
une branchedes connaissances ou des arts, tes autres
dans une autre: et ceta est vrai des nations comme des
individus.Aussi Paracelse revient-il à cette occasion sur
son thème favori le seul moyen de s'instruire est de
courir te monde (t).
Be mêmequ'us sont divisa dans t'espace, tes dons de
t'intettigenceet de ta science sont divisés dans le temps.
Ils ne se transmettent pas simplement comme une tradi-
tion its se développentet se perfectionnent d'une géné-
rationà l'autre, de telle sorte quenon seulementles mêmes
arts, tes mêmes sciences paraissent plus accomplis à
mesure qu'on s'éloigne de leur origine, mais qu'il s'en
forme toustes jours de nouveaux dont nos devanciers
n'avaient pas connaissance. La doctrine du progrès,

(t)~t~rFJM~MMm;~M<ff~MA~tM,ton)eH,p. édi-
tioncitée.
PARACEt. j~

~y~/
si nouvetteà nos yeux,nx, est ensetMt~pM PamceMedams
ed s
enseig~~tf~Pa~acsMe
les termes les plus clairs et avecth~~rdeur~~oi &
peine égalée par les philosophes du xvm'' siècle. On
cite très souvent cette pensée de Pascal qui, transpor-
tant dans t'antiquité t'enfance de t'esprit humain et sa
vieillessedans les temps modernes, nous montre toute la
suite des hommescomme un même homme qui subsiste
toujours et quiapprend continuellement. A part la beauté
inimitabledu langage, où Pascal n'a pas de devanciers
ni de successeurs, quelle différence y a-t-it entre
cette idée et cette que Paracelse exprime dans un pas-
sage que je vais traduire: '< tt faut que tu considères
qu~nousrtoustarttqnsnëussommesrptu~ nous-vivons
longtemps, plus nous devenons instruits, et plus Dieu
met de siècles à nous instruire, plus il donne d'étendue
à nos connaissances plus nous approchons du juge-
ment dernier, plus nous croissons en science, en s~es-
se, en pénétration, en intelligence car tous les germes
déposés dans notre esprit atteindront à leur maturité
en sorte que lesderniers venus seront les plus avancés
en toutes choses, et que les premiers le seront le moins.
Alorsseulementon comprendra ces paroles de t'Évan-
gite tes premiers seront les derniers (:))).
(f) f-f~fdef'ni'<;nti'j/!t: t. [X, p. t~cdit. cit.
jf<tM<)t,
!.) L'ALCtHMtE AU XV<°StÊC~E

Faisant l'application de ce principe à la profession


qu'il a choisie, Paracclse ouvreaux douleurs et aux in-
firmitéshumainesun vaste champ d'espérance. « Ne dis
pas, s'écrie-t-it (t), qu'une maladie est incurable; dis
que tu ne peux pas et que tu ne sais pas la guérir. Alors
tu éviterasla malédictionqui s'attache aux faux prophè-
tes alors on cherchera, jusqu'à ce qu'on le trouve, un
nouveau secret de l'art. Le Christ a dit Interrogez
rÊcrIture. Pourquoi donc n'interrogerait-on pas ta na-
ture aussi bien que les livressaints?·
Le but immédiat que se propose Paracetse est la ré-
forme de la médecine, alors partagée, comme il nous
t'apprend-~), entre t'ëmpirisme. la superstition et la
routinede t'écoie. Le premier n*employaitque des spé-
cifiques,dont ne connaissait ni tes principes ni la ma-
nière d'agir, ni les rapportsavec l'organisme.La seconde
n'avaitrecours qu'aux talismanset auxévocations. Enfin
la dernière, servitementattachée àGafien et aux Arabes.
ne sortait pas du cercle étroit des qualités purement
physiques,le chaud, le froid, le sec et l'humide, sur tes-

(t) ff<mMf<: en~dMaf<f<;


~/<:fM<: (a ~Mi'< m~<ne, tome[[
p. m, édit.cit.
Mffi'fM
(2)Paramirumde ~Mftt~Me omnium tome
mo~'jrMm,
page édit,cuee.
PARAGELSE

quellesse fonde le fameuxaxiome, bien contesM aujour-


d'hui Les contraires doivent être combattus par les
contraires, Contraria eonfMrtM.Paracelse, au moyen de
t'analysechimique et du raisonnementtout ensemble.en-
treprend de mettre i nu les vrais principes,Ics éléments
trréductibtesde notre organisationet des substancesca-
pablesde la modifier, soit en bien, soit en mat. Lui,
qu'on représente ordinairementcomme le type de l'em-
pirisme,il flétrit !c médecin empiriquedes épithètes de
bourreauet d'assassin (t). ti ne veut pas non plus qu'on
s'en tienne à ta théorie pure. « Une théorie, dit-il (2),
qui n'est pas démontrée par )'expérience, ressemble un
saintqurne fait pasdcmiraetes.'t Maisdans quelle me-
sure la théorie.doit-otte être associée à ['expérience' À
quellehauteur de la spéculation faut-ilchercher les prin-
cipespour en comprendre tes effets et nous en appro-
prier l'usage' C'est ici que Paracelse, méconnaissant
toute mesure, se perd dans l'immensité,tout en ta s<t-
lonnantde brillanteslueurs.
On réussirait bien mal, selon tui, à éclairer tes mystè-
res de t'organisation humainesi on l'isolait des corpsqui
agissentsur elle et dont t'ensembte compose notre mon-
(t) Lc/<frt:~t!M~t!MMm,
t. If, p. {(<,édit. cit.
(!) UK~r<
2<) f/ALGHtMIE AU XVt' StÈCLE

de sublunaire. Ce monde, avec tout ce qu'il renferme.


hommes, animaux,minéraux,plantes, est subordonnéau
reste de l'univers, et principalementaux sphères les plus
proches, au sotmtet aux planètes. Qui oserait nier l'ac-
tion du soleil sur nous-mêmeset sur tout ce qui nous en-
toure" Eh bien! l'on ne peut pas dire que des astres en-
core plus voisinsde nous, et les corps célestes en géné-
ra), n'exercent pas sur notre terre une influenceausst
réelle, quoiquemoinssensible. Enffn, tous ces corps ne
subsistent.ne se meuventet n'agissent les uns sur les au-
tres que par certainesforces intérieures, certains prino-
pes actifset invisiblesqui, eux-mêmes,ne sont que tes
mihistre~de)apuissanceetdetaFàison'divinës,fou{ou~
présentes dans les choses.La médecinene peut donc pas
se détacher de la science universellede la nature, que
Paracelse, pour le but particulier qu'il se propose, di-
vise en trois parties et, pour ainsi dire, en trois zônes
la philosophie,l'astronomieet l'alchimie.Si l'on y ajoute
la pratique de ta morale ou la vertu, indispensable,se-
ton lui, a qui veut exercer l'art de guérir, on aura ce
qu'il appelle les quatre colonnesde la médecine.
On a dit que la philosophiede Paracelse était toute
panthéiste rien de plus inexact. Le panthéismeconfond
Dieu et la nature. Paracelse les distingue, et confesse a
PARACEME 2i-

hautementle dogmede ta création. Le panthéismefait


de l'âme une idée du corps, soumisecommetui aux tois
invariablesde ta nature, ou un mode fugitifd'une pensée
universellequi n'appartient à aucun être pensant. Par~-
celse voit dans l'âme humaine un être !ibre qui domine
ta nature, tout cn t'imitant, bien plus grand, dit-il, que
les astres, et que Dieu, après t'avoir créé, conduit et
éctaire, non en se substituant à lui, mais en luilaissant la
tâche de féconderpar te travail des germes divins con-
gés à son intelligence. Mais it est vrai que, dans ta na-
ture distinguéede son auteur, Paracelse maintient l'u-
nité de substance, empruntée à la kabbale et aux écoles
d'Alexandrie, n admet, sous le nom de grand arcane ou
de grand t!!ystère(nf~'S&r&ntnta~~ftnt), une matiëF&pre-
mière, invisible,active, d'où sont sortis avec ordre. & la
voix de Dieu, tous tes corps simples et composes, tes
éléments, les astres, les minéraux, les plantes, les ani-
maux, et enfinle corps humain, la plus savante composi-
tion de t'être suprême, le résumé et l'image de l'uni-
vers car il est formé avec tous les éléments et avec
toutes les forcesde la création (r Il estvraiaussi qu'au-
dessous de l'âme humaine, à une distance infranchissa-

(t) A~trfMMM tM~fMou philosophie<<M


ntjtfMMtHt:
et du mi-
crocosm:,t. X de tcd. cit.
2& AU XVt°StÈCLE
L'AtGHtMtE

ble, il reconnait, sous le nom d'esprit, un principe actif


d'organisation, de conservation et de vie pour chaque
corps, et même pour chaque organe du corps humain:
esprit animal, vital, séminal,archée, dans les animaux
esprit végéta! dans les plantes esprit du sel, du soufre
et du mercure d~ns les minéraux, ou principe de la con-
crétion, de ta combustionet de la fusibilitédans fa ma-
tière brute, dans ces éléments mêmes qui passaient, de-
puis Empédocte, pour des corps indécomposables.Tous
ces esprits, ou arcanes particuliers, comme Paracelse
les appelle quelquefois,ne sont que les divers états ou
transformationsde plus en plus obscuresdu grand arca-
ne (t).
eeq~eParaeetseappe~fatchimien'estqueted~-
veloppementet l'applicationnécessairede sa philosophie.
L'alchimie,pour tui, n'est plus l'art de fairede l'or, mais
d'approprier à notre usage, par une suite d'opérations
imitéesde la nature, tout ce qui peut nous être utile
car, la nature, dit-il (:), est le premier et le plus grand
de tous les alchimistes ta transformationdes corps n'est

(t) UbiM~ra;PAt<jj~ ai AMt.'ttMMt, tomaVfH,p. t et


suiv.,éditione!tce.
(!) Le &MPaM~a'tam, chap. [LI, dans le tome II de la
m~mecdit.

f
PÀftACEMË 20

pas autre chose que ta vie (t).f Tout homme devient


un alchimiste, qui prend la nature pour modèle, qui,
s'emparant des principes qu'ette met en œuvre et les
employant de la même manière, les fait servir a. nos
fins.

On aperçoit sur-te-champ les rapports qui existent


entre ce système et la réforme médicale de Paracelse.
Les principes les plus actifs des corps, dégagés par t'ana-
lyse et substitués aux corps eux-mêmes dans le traite-
ment des maladies les combinaisonschimiques mises à
la place des mélangesrepoussantsemployés jusqu'alors
ta force organique et vitale de ta nature invoquée de
préférence à la force mécanique des instruments, ou a
t'mterventtoa redoutéedu fëf et du feu enfin, t'obser-
vation, t'examen des principes, au lieu d'une routine
aveugle tels sonttes principaux traits de cette réforme
qui a, en quelque façon, spiritualisé fart de guérir, et
qui, ramenée de ses excès, inévitables conséquences
d'une révolution, poursuit son cheminencore aujour-
d'hut.
Que Paracelse ait été moinsheureux en appelant t'as-
tronomie au secours de la médecine, on te conçoit sans
ad A<AAtt):M<
(t) jP/)fhMpA(.< quatrièmetexte, tome V[H,
éditioncitée.
~0 L'At.CHIMtE
AC XVf SIÈCLE

peine;ear s'itest vrai. en thèse générate, que toutes-


les parties de l'univers soient liées entreelles et
agissent
tes unes sur les autres, il est cependant impossible de
définir ces rapports et d'en faire aucun usage, s'ils ne
tombent pas sous l'observation ou sous les lois du cal-
cul. Aussi lui arrive-t-il plus d'une fois de confondre
('astronomieavec l'astrologie, et de retomber dans ces
pratiques superstitieusesqu'it a voulu détruire par l'ob-
servationde ta nature. Ce qu'il dit de la ressemblance
des astres avec les germes des êtres vivants, de celle de
notre sphère planétaireavecta structure du corps humain
et des signatures,propres à nous découvrir, par la con-
formationextérieure des choses, leurs propriétés et leurs
principestes ptussecret&~toute cette p&rtiedeso~sys-
tëme, quoiquepleine d'imagination,souventde vues ori-
ginales, est d'un homme qui rêve ou qui parie dans
t'ivresse, non d'un esprit qui méditeet qui pense. C'est
sans douteaussi dans un de ces moments fréquents de
divorceavec ta raison qu'il a dicté à unde ses secrétai-
res son petit Traité des nymphes, des sylphes, des gno-
mes et des salamandres( t), et qu'il a écrit de sa propre
main quelquespages, expression du plus haut degré de
(t) DeA~'m~/tf'
~)'A&, p~nKE~ t. 1 X,pag.
etMfam<!n<~ff'
de t'cdit.cit.
PARACELSE }t

détire,pouf prouverque certainsetres semëtabresS nous


et connus dans la tangue de l'alchimie sous te nom d'/tO
monca~, peuvent naitre en dehors des voies de la
nature (t).
Malgré ces écarts, Paracefse n'en est pas moins un
des génies les plus vigoureuxet les plus orignaux d'une
époque féconde en grandes intelligences. H a ressuscité
par la philosophie et régénéré par le spiritualisme les
sciences naturelles, particulièrementcelle du corps hu-
main, abandonnée depuisdes siectes au hasard et à la
routine; il teur a ouvert une carrière infiniede conquêtes
et d'espérances que l'imagination n'avait ose chercher
qu'en dehors de la nature il est peut-être te premier qui
a<ténoncé cfatrement, et avec une- convictionrëftéehie,
ce principe de la perfectibilitéhumaine que confirment
chaque jour, dans le domainedes sciences et de l'indus-
trie, de nouveaux triomphes de l'esprit sur ta matière,
et que, malgrè toutes les apologies du passé, la société
moderne garde dans sa consciencecomme une religion.
Sans doute, ce n'est pas un Galilée, un Bacon, ni un
Descartcs mais it leur a ouvert ta voie en rappelant la
raison humaine au sentimentde sa force et de sa liberté.
Quant à t'atchimie. son histoire nous présente un en-
(t) De y<o<n.'<t)CM<f:<'f
nxM~fM. fff'tsupra,p. jj[.i.
L'ALCHtMtBAUXVt°StËCLE

seignementplein d'intérêt elle nous montre comment te


désir et l'imagination nous frayent peu à peu une route
vers la science.D'abord on souhaite ardemmentta santé
et ta fortune. Quoi de plus spontané et de plus nature!?·
Bientôt, en réalisant ce vœu par la pensée, on rêve ta
transmutationdes métaux et t'étix'r de longue vie. La cu-
riositéet faction s'enmetent; on veut s'assurer s'it n'y
aurait rien defondé dans ce rêve; on interroge la nature,
on ta fouilleau hasard, on la tourmente en tous sens, et
l'on trouvece qu'on ne cherchait pas, ou bien plus qu'on
ne cherchait, tout un ordre de connaissances nouvelles
d'où noussaurons tirer d'inépuisables trésors. Quet mo-
tif d'indutgenceenversle passé et d'espérance pour t'ave-
nir f

FRANCK,de l'Institut.
L'OR ARTIFICIEL

TRANSMUTATION
DES MÉTAUX

INTRODUCTION

Il n'appartient point à un simpleouvrier de la science


tel que moi, de prétendre faire dans cette introduction
de h science pure~exposecquetques'faits~nauveaux,, les
rapprocher d'autres faits antérieurementconnus, mettre
en évidence la liaison qui les unit pour constituer la
branche toute nouvelle de ta science qui prendra rang
désormaissous le nomde TRANSMUTATION DESMÉTAUX
c'est à quoije dois me borner. Les faits, du moins les
faits satisfaisantset en nombresuffisammentrespectable,
manquent et probablement manqueront longtemps en-
core.
Les faits naturellementnous arrivent bien moins vite
qus les idées nouvelles, quant aux hypothèses plus ou
;4 L'OR

moinsplausibles sur les métamorphosesdes corps mé-


talliques les uns dans les autres. C'est que les faits ne
peuvent.se conquérir que par un labeur très-long, tres-
pénible, très-dispendieux te temps manque toujours,
et le temps, c'est l'existence, c'est la vie, c'est tout.
Pour moi, si j'espère arriver promptement àfaireac-
cepter au monde ma découverte, qui doit être, après
tout, l'une des gloires de notre siècle auquel elle don-
nera te moyen de composer et décomposertes corps à
volonté,c'est par ta persévérance,c'est par te concours
et l'appui des hommes éclairés, des hommesd'avenir.
Remarquons d'abord combien, par cette découverte,
les trois règnes, qui ne devraient en réalité en faire
qu'un, sont-rapprochés et rattachés Rmrà l'autre. La
dénominationd'lires Mor~Mf~KMme semble éminem-
ment impropre ces êtres ont. eux aussi, leurs organes
ils n'aspirentqu'à se perfectionner, à vivrede leur ma-
nière, en passant d'âge en &g&par diversesstations plus
ou moins prolongées. La durée de ces stations dépend
des circonstances ptus ou moins favorablesau dévelop-
pement de ce que je nommerai les M~~MttNJï mmtf-
rales, jusqu'à ce que celles-ci arriventà teur dernier de
gré de perfection, pour renaUresous une autre forme,
après avoir dépassé cette limite, et veniralors en aide,
1
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX

elles aussi, à la perfectibttité de ces premières mdittdua-


lités.
L'azote. ce corps indispensableà t'accfoisscmcntdes
êtres des deux règnes animal et végéta), doit aussi jouer
un rôle important dans celui des êtres du règne minéral.
Et qui nous dit que l'azote n'est pas élément indispen-
sable à la perfectibilité de tout cet ordre d'êtres Ne
peut-il pasa~ir sur eux par sa seute présente:' Ces points
seront sans doute ultérieurementéclaircispar['expérience.
Tout cet ensemble indique les rapports intimesentre
tous tes différentscorps il rend sensible ta force incon-
nue qui régit tous les êtres; il mène invinciblementà ce
qui sera te dogme incontesté de la science dans tavenir
rNHtM~WanM~r~. Ce dogme des à préscnE adm'~
tacitement par tes savants de bonne foi. est en effet te
seul conforme &l'unité de Dieu; chaque nouveau pas en
avant de la science nous révèle de nouveaux aspects de
ta toute puissance par laquelle tout subsiste dans l'uni-
vers.
Je ne pense pas qu'il soit possible de sitôt de parvenir
à démontrer séance tenante quetes métauxsont des corps
composés, et d'en donner immédiatementta démonstra-
tion par t'analyse et ta synthèse il faudra longtempss'en
tenir à des expériences de longue haleine, exécutées en
L'OR

présence de forces peu devetoppees, mais d'une action


tonguement prolongée it faudra même faire intervenir
les masses pour arriver à la preuve de fait de la compo-
sitiondes métaux. Mais une fois qu'on tiendra la clé du
système de combinaison des forces, la durée des expé-
riences pourraêtre singulièrementabrégée; car rienncm-
péchera d'en modifierlesformesà)'innni.Jusque-)&.at!ons
doucement, ne demandonspas trop à la fois à nos expé-
riences, c'est ['unique moyen d'approcher du but et de
t'atteindre sansfrais ruineux;on risque au contraire d'en~
perdre tout te fruit en voulant aller trop vite; j'en puis
parler avec connaissancede cause, car c'est ce qui m'est
arrivé à moi-même.
Mon intentionest de~consacrer auetaues séances pu-
bliques à t'expose de mes travaux sur la transmutation
des métaux; j'y soumettrai âmes auditeurs l'or artinciet
que j'ai obtenu, j'y développerai les faits relatifs à ma
découverteavec tous tes détails, de nature à jeter du jour
sur le phénomène de la transmutation en or pur de l'ar-
gent allié.
J'aurais usé depuis longtemps de ce moyen de publi-
cité et de propagation, si j'avais obéi seulementà mon
vif désir d'augmenter le nombre des hommes pénètres
commemoi des ventes de la transmutation des métaux.
LA TRANSMUTATION BES MÉTAOX )-

Mais le moment ne me semblaitpas arrivé aucun écho


n'aurait répondu à ma voix. Aujourd'hui, des savants
connus et honorés du publicont eu la hardiesse (car c'en
est une trfs grande) d afnrmer la possibilité de la trans-
mutation des métaux, d'où découleforcément celle de la
composition, et l'aveu implicitede l'unité de la matière;
je n'ai jamais prétendu autre chose. Je crois donc avoir
en ce moment ce qui m'avait manqué à mon début,
des chances pour reunir un auditoire et pour m'en faire
écouter. Que, par ce mode de publicité, je fasse faire
seulement quelquespas en avant à la science de la trans-
mutation des métaux, et ma peine sera largement re-
compensée.
Quant âmes motifspourtivrer à ta eanosite publique
la série de mes précédents mémoiressur cette matière.
le plus puissant de ces motifsréside dans les demandes
qui me sont journellement adressées par écrit, par ceux
qui désirent avoir cette série eomptete je pense être à
la fois utile et agréable à cette portion du monde savant
qui veut bien y prendre intérêt, en réunissant mes Mé-
moiresdans l'ordre selon lequel ils ont été présentés à
l'Académie. D'ailleurs, les expériencesque je continue
sans interruption exigent, pour la plupart beaucoup de
temps. Les résultats de mes nouveaux travaux, à nM-
;8 L'OR

sure que je les réaliserai, seront successivement commu-


niqués &['Académie ils formeront une seconde série de
mémoires.
J'ai lieu de conserver l'espoir fondé que la commis-
sion, composéede MM. Thénard, Dumas et Chevreul,
chargée d'examiner mes opérations, ne tardera pas à
faire son rapport, et qu'elle me viendra puissammenteu
aide pour la continuationde mes expériences.
On me dit: si cette découverte de la transmutation
des métaux pouvait être vraie, ce serait un grand mal-
heur public. Je ne puis laisser passer cette objection je
dois y répondre dans l'intérêt même de madécouverte.
D'abord, je comprends à peine comment des rai-
sonnements de cette nature osent se produire en pte!n
x[x"siècle. Si la production artificielledes métaux pré-
cieux peut amener quelques perturbations dans les tran-
sactions, cet inconvénientsera compensépar d'incalcula-
bles avantages.
Les modificationsqui peuventen déeouter seront gra-
duelles, commele sont sousnos yeux celles qui résul-
tent des milliardsdéjà versés dans la circulation par
les placers de la Californieet de l'Australie; la produc-
tion de for, dans ce dernier pays, est o/~tC~mMf éva-
luée pour t8~, à 8 mt~fu par KnMMj', soit 4t6 mil-
LA TRAtMMUtATtOX DES MÉTAUX

tiens par an' Quels troubles, qucls désastres publicspeut-


on signaler comme produits par cette surabondance de
l'un des signes représentatifs de ta richesse ?ften sera
de même des conséquences de ta transmutation, le jour
inévitable, prochain peut-être, où elle pourra s'effectuer
par des procédés économiques et rentrer dans les con-
ditions ordinaires de la chimie industrielle. On peut, au
surplus, s'en rapporter avec toute sécurité aux mesuresà
prendre, le cas échéant, par un gouvernement éetairé
pour sauvegarder tous les intérêts.
n'a-t-on pas objecté dans l'origine aux apptica-
Que
tions de ta vapeur Nous en voyons pourtant de jour en
jour grandi!'tes immenses avantages; nous la voyons vt-
vifierde plus en ptus toutes les branches de l'industrie
et du commerce, porter sur tous. les points du gtobe
l'activité, le bien-être, ta vie et la vapeur n'a pas dit
son dernier mot et, d'une heure à l'autre, elle peut être
passée, débordée, remptacée. J'en dis autant de t'étectn-
`
cité. Pourquoi ceux qui redoutent la production artificiel-
le des métaux, ne s'épouvantent-its.pas de t'etectricité,
de cette force magiquequi transmet l'échange de ta pen-
sée avec une rapidité cent fois supérieure à celle des
vents et les applications de Fétectricité n'en sont qu'à
leur début;ettes doivent enfanter bien d'autres prodiges
4
40 L'OR

La transmutationdes métauxaura donc son tour, sans


plus de difficultés,sans résultats ptus réellement dange-
reux. Onpëutdénërt'espr't te plus profond, t'mtelif-
gence la ptus viveet la plus pénétrante, de prévoir tout
ce que cette découvertepeut produire. Dans l'industrie,
elle apportera d'importantes améliorations, les métaux
facilement oxydables pouvant être remplacés par ceux
qui s'oxydent difBcitement on comprend ce qu'y gagne-
raient nos ustensilesde ménage en salubrité comme en
propreté. Les sciences, ta médecine, ta physique, la chi-
mie, sont appelées toutes également, chacune dans ses
attributions, ârépandresur t'numanité,commeconséquen-
ces de ta transmutationdes métaux, des bienfaits san&
nombreconquis par te seut effort,de ['espnt humain)ut-
tant victorieusementcontre tes forces brutes de la nature.
Notons soigneusementun fait capital qui doit se pro-
duire avant mêmeque tout cet avenir puisse être réalisé.
La propriété foncièreva preadre "une valeur réette, ptus
sotide et plus stable que précédemment; quand les mé-
taux précieux seront démonétisés, cet accroissementde
valeur de la propriété foncière se produira de tui-méme.
Pourquoi tes gouvernements,une fois que ta produc-
tion ittimitéede l'or et de l'argent aura commencéà en-
trer dans le domaine des frais accomplis,n'accorderaient-
LA TRASSMUTA.TfOK DES MÉTAUX 41

ils pas une prime à la propriété foncière, comme ifs en


accordent une aux métaux précieux Ce serait à bien
plus )uste titre; car, la propriété foncière, base fonda-
mentaledu commerce et da l'industrie, de la tranquillité,
du bien-être généra! et de la prospérité publique, a bien
ptus de droit que l'or et l'argent dont elledevrait tenir la
place, à représenter à elle seule toutes les valeurs.
Qu'est-ce, après tout, pour l'homme affamé, par exem-
ple, qu'un lingot d'or et d'argent, s'il ne peut t'échanger
contre ce quise mange En temps de famine, te posses-
seur du blé est assurément plus riche que le détenteur
de l'or le premier se passe du second, qui ne peut, lui,
se passer du premier. La valeur des métaux précieux
n'est que du~ second ordreTëHees~ sous certains rap-
ports; purement factice et imaginaire. Du jour où ils ces-
seront d'être reconnuscomme ayant une valeur constante
et légale, cette valeur s'évanouira l'or et l'argent n'au-
ront plus qu'une valeur sujette à ta hausse et à la baisse
selon les mêmes circonstances qui affectent toutes les
valeurs industrielles. La propriété foncière la moins su-
jette de toutes à ces variations, est pour cela même la
plusapte représenter toutes les valeurs.
L'agriculture profitera largement de la transmutation
des métaux elle occupera les bras rendus disponibles
4~ L'OR

par h réductiondu nombrede ceux employésaux mines;


elle attirera à elle par l'attrait des salaires plus é!evës
qu'elle pourra payer en raison de la plus grande stabi-
lité de la propriété foncière, les bras intelligentsqui dé-
sertent aujourd'hui les campagnes pour venir dans tes
villesencombrer tes avenues de toutes les carrières in-
dustrielles l'espace me manque pour compléter cet
aperçu du biensocial découlant des applications de la
transmutation des métaux.
J'ai maintenantquelques mots à adresser aux jeunes
gens qui voudraientse livrerà des expériences dans cette
voie. Le problème, qu'ils le sachent bien, est des plus
ardus la solutionpeut être lente et laborieuse.Bien que
plusieurs foisyaieréuss!a résoudre une partie du pra-
v btème par la transmutation en or pur de l'argent attié,
j'éprouve encore des difficultésgraves pour répéter cette
expérience. Je ne puis donc trop engager ceux qui se
mettront à t'œuvre, à procéder avec prudence, à ne pas
hasarder àtft foistous leurs moyens d'action, s'ils ne veu-
lent s'exposer à des tourments sans nombre, aux décep-
tions les plusamères, à la perte de leur liberté, de leur
repos. Ce n'est pas, direz-vous, le moyen d'aller vite
rien n'est ptus vrai. Mais aussi, la voie que j'indique est
la moinsscabreuse,ta moinspéritteuse de toutes; c'est !a
[.AT)tANSMUTAT)Ott
DES MÉTAUX

seule que doive suivre l'homme guidé par une sage pré-
voyance. Ne consacrezdonc à vos expériences que ce
que vos moyensvous permettent de risquer vous pour-
rez ainsi les continuer plus longtempset vousdonner, par
cela seul, plusde chances pour arriver au but, sansexcès
de dépenses. Si vous sacrifiez, au contraire, tout votre
avoir par trop d'impatience, si, dans votre précipitation,
vous multipliezinconsidérémentles expériencescoup sur
coup, qu'arrivera-t-it Vous aurez risqué de tout perdre
sans arriver à rien le désespoir vous prendra, et qui sait
où il peut vousconduire Conservez donc précieusement
tout votre courage, et gardez-vousde vous laisser entraî-
ner par quelquesuccèspartiel. Que n'ai-je pas eu moi-
mêmede luttes à soutenir contre l'enthousiasme ne de
mes premiers résultats- J'aurais été capable, si je n'a-
vais réussi à medominer, de tout sacrifier à ma décou-
verte. Mais j'avais présents à ta pensée les exemptes que
tant d'inventeursont laissés leur triste histoireservit de
frein à mon ardeur. C'est ainsi que j'ai pu persévérer
dans mes travauxet poursuivre les conséquences de ma
découverte. Les moments que j'y consacre sont, je dois
l'affirmer, les plus doux de mon existence, et mon uni-
que regret est de ne pouvoir donner une plus forte par
de mon temps à ces chères études.
44 L'OR

La solution complète du problème est une œuvre no-


ble et grande; elle promet tout à celui qui t'accomplira
honneur, gloire, fortune, ta réatisation des espérances
les plus illimitées, des ptus immensesdésirs. Mais, entre
vouset ce résultat, attendez-vousà rencontrer des diffi-
cuttés non moins grandes, proportionnées à la grandeur
du résultat lui-mème solution pour laquelle te mot!«-
blimene me semble pas exagéré, quand on en considère
les incommensurablesconséquences.
Que cette solution soit possible, n'en doutez pas; les
faits conquis par mes recherches en sont la preuve irré-
cusablè.
Si mon propre témoignagene semble pas suffisamment
exempt de préventions, qu'i! me soit permisd'en attéguer
d'autres dont le poids en pareille matièrene peut être
conteste. Voici dans quels termes M. Victor Meumer,
l'éminent publiciste, rend compte de mes travaux, dans
la Presse du 2~ juin [8~.)..
« Le prédécesseur immédiat de M. Tiffereau dans la
poursuite du grand œuvre, est (sauf erreur ou omission)
l'auteur d'une brochure qui parut en t8~2 sous le titre
)W<:rnt~~fOt7j. Malgré les promesses du titre, l'auteur
se comporte en adepte ambitieux demériter les éloges
adressés par Paracetse à ceux qui, ayant reçu communi-
LA TRANSMUTATION' DES MÉTAUX 4~

cation des grandssecrets de D~eu(Af~.t<ttff)et), ont


la prudence de les tenir cachés jusqu'à la venue d'Élie,
t'artiste.
« M. Tiffereau, it faut d'abord lui rendre cette (usti-
ce, est plus élémentaireque son prédécesseur. On voit
tout de suite que ce n'est pas dans tes Œt~r~ d'~rnî~,
dans le Pimandre, dans la Table des sept chapitres, dans
la T~Me d'Émeraude, qu'il a cherche la clé mystérieuse
de t'or. !t ne sera pas nécessaire qu'on fasse pour lui ce
que Autendus a fait pour Paracelse, an dictionnnaire
des termes dont il s'estservi.
« Ancien élèveet préparateur de chimie à t'écote pro-
fessionnellede Nantes, s'il se rencontre avec les phi-
losophes hermétiques~c'est parce qu'apr&sa~oiedéversé
sur elle tant de mépris, ta cMmtc tend de nos {ours &
faire sa jonction avec l'alchimie. Ici, comme en tant
d'autres circonstances,il parait bien. en effet, que la
science adulte finirapar venger la pensée philosophique
des outrages qu'une scienceà ses débuts tui a prodi-
gues.
« La chimien'est plus, sans doute, comme au temps
de SMt'~s, l'art de composer l'or et ['argent mais elle
s'intitule elle-mêmescience des transformations de la
matière. EDe admet comme principe fondamental, que
46 L'OR

tes propriétés des corps sont fiées à teur arrangement


moléculaire. Elle dit avec Laurent La terme, le nom-
bre et l'ordre, sont plusessentiels que ta matière (t).
Sur la tombe encore ouverte de l'immortelcréateur
de la théorie de l'unité de composition organique, un
chimistedisait « Ette (cette théorie pénètre mainte-
nant dans tes sciences chimiqueset y prépare peut-être
une révotuttion dans les idées (2). Et quette nom-
breuse sérisde fait empruntés à la chimie minérale, à la
chimie organique, à ta cristallographie, nous pourrions
invoquerà t'appui de cette pensée~ De ta au principe
même de la chimie, au principe de l'homogénéité radi-
cale des métaux, ou. commeon diraitaujourd'hui de leur
~!t:n!tfrM,)a dtstaneeeneorèmfranchië~neparattpasin-
franchissable.
Dans ses leçons de philosophie chimique professées
au collège de France, M. Dumas s'exprimait ainsi à
propos de t'/MmJrM, principe dont la découverte lui est
due Serait-il permis, disait-it, d'admettre des corps
simples isomères (~) Cette question, vous le voyez,

t. Théoriedes radicauxdérivés,page Extraitde faRc-


fMCSftt~t/~tft:(;<Industrielle.
Parolesde M. Dumas.
?. M.Dttmas~ommakf<'r~sMM~rc-ceuxquiayantla mente
I.A TR.ANSMUTAttOM DES MÉTAUX 47

touche de prêt à ta transmutationdes métaux. Résolue


affirmativement, elle donne des chances de succès à la
pierre phitosophate.Il faut donc, disait encore M. Du-
mas, consulter t'expërieice, et ('expérience, il faut le
dire, n'est point en oppositionjusqu'ici avec ta possibi-
lité de la transmutation des corps simples, au moins, de
certains corps simples.
M. Louis Figuier, dans son livre sur l'alchimieet tes
alchimistes, sanstrancher la question de la transmutation
des métaux, ne se prononce pas contre et laissevisibte-
ment apercevoir la possibititéde ce phénomène.Voici ce
qu'it dit à ce sujet Par un revirement étrange, et
bien de natureà nous inspirer de fa réserve dans t'apprc
ciation des ~u~sscteHtNquesdépasse, la chimiede nos
jours, après avoir, pendant cinquante ans, considère
comme inattaquable le principe de ta simplicité des mé-
taux, incline aujourd'huià l'abandonner. L'existence,dans
les sels ammoniacaux,d'un metat composed'hydrogène
et d'azote, qui porte le nom d\MtnNm'Mm, est aujour-
d'hui admise d'une manière unanime.On a réussi depuis
quelques années à produira toute une série de composés
renfermant un véritable métal, et ce métat est constitué

composition, Ce mot
ont des propriétéschftniquesdttKrcntcs.
reçoit souventuneautresignification.
48 L'OR

par la réunion de ou 4 corps différents. Le nombre


des combinaisonsde ce genre s'accrott chaque jour, et
tend de ptus en plus à jeter du doute sur la simpticitédes
métaux. HConcluons de cet examen que les faits em-
pruntés à l'expérience offraient des caractères suffisants
de probabilitépour donner le change à l'esprit des obser~
vateurs,et autoriser ainsi teur croyance au grand phé-
nomènedont ils poursuivaient ta réalisation.
PREMIER MÉMOIRE

.Pn'MnMt) McMjmfJ des Sciences~J't! la sJftfMJtfH


27/MMt8~.

Les métaux sont des corps composés.

A toutes les merveilleuses créations industrielles qui


signaleront le X)x~siècle à la postérité, je viens, hum-
ble et obscur ouvrier, apporter ma pierre pour l'édifice
commun. La vapeur, t'~tectricitéont déjà changé la face
dutnoHde~qmpeutdiTeoHs'arr&tet'&teurpuissance?); f
mais it est d'autres mobilesde fa richesse p(tbt!que', et
)'en viens signaler un dont la découverte changera bien
des conditionsde travail et effraierapar sa portée les es-
prits les plushardis. H ne faut pas moins, pour me déci-
der à confier au public ta découverte que j'ai faite, que
la consciencede son importanceet l'honneur qui jaillira
sur mon pays d'avoir été le berceaud'une pareille inven-
tion.
J'ai ~JcjKMf< moyende faire de l'or art~etc~,/'t!t
fait de l'or.
L'OR.

cette annonce, {'entends dt;jà les clameurs des in-


crédules et les sarcasmesdes savants mais aux uns et
aux autres, je répondrai: Écoutez et voyez.
Étève et préparateur de chimie à t'Éeote profession-
nelle supérieure de Nantes en t8~o, je m'adonnai sur-
tout à t'ëhtdedes métaux,et, convaincu que cette
partie
des sciences chimiquesoffrait un
champ immenseà mois-
sonner pour un homme d'observation, je résolus d'en-
treprendre un voyage d'exploration au Mexique, cette
terre classiquedes métaux. En décembre [842. je
par-
tis et cachant mes travaux secrets sous l'abri d'un art
encore nouveau,te daguerréotype, je pus
parcourir en
tous sens ces immensescontrées, ces ptacers, cette
pro-
vmcedeSonora.cesCatifbrhiësqM.deputs. ont tantt
nxt; les regards du monde. C'est en étudiant les gise-
mentsdes métaux, leurs gangues, leurs divers états
phy-
siques, c'est en interrogeant tes mineurs et comparant
leurs impressions, que j'acquis ta certitude que les mé-
taux subissaient dans leur formation certaines fois, cer-
tains stagesinconnus,maisdont les résultats frappent l'es-
prit de quiconque tes étudie avec soin. Une fois placé à
ce point de vue, mes recherches devinrent
plusardentes,
plus fructueuses peu à peu la lumière se fit, et je com-
pris l'ordre dans lequel je devais commencer mes tra.

¡
LA TRANSMUTATION DES METAUX <!1
-=-

vaux. Après cinq ans de recncrchesret de- tabeurs, et


réussis enfinà produire quelques grammesd'or pa'fatte-
ment pur.
n m'est impossible de peindre l'immense joie que je
ressentis en touchant ce but si désiré. Des tors je n eus
qu'une pensée fixe. rentrer en France et faire profiter
mon pays de ma découverte. Quitter le Mexique était
fort difficile alors, car tes Américainsvenaientde s'em-
parer de Vera-Cruz, de Mexico et de Tampico, et ne
fallut pas moins de six mois pour venir de Guadalajaraà
Tampico, où je me suis embarqué pour la France en
mai t&~S.
A mon arrivée, je constatai de nouveaules propriétés
de l'or qu<~{'avaisarttncIeHemenE obtenu:CFistaHisation,
aspect, densité, maitéabititéparfaite, ducti!i:d. insotubi-
lité absolue dans tes acides simples, solubilitédans l'eau
régate et tes sulfuresatcatins: rien n'y manque. La quan-
tité que je possède aujourd'hui ne peut me laisseraucun
doute sur le fait de ta découverteet sur te peu de fraisau
moyen desquels j'ai pu la préparer.
Maintenant, pour faire disparaitre te merveilleuxdont
cette découverte ne manquera pas d'ètre entourée aux
yeux de bien des gens, faut queje dise quelles sont les
vues qui m'ont guidé dans mon travail, et commentma
L'OR

réussite aété t'ceuvre de déductions togiquesdéjà acqui-


ses à ta science.

Les métaux ne sont pas des corps simples, mais


bien des corps composés.

Les alchimistes et tes philosophes hermétiques du


moyen-agen'avaient aucune théorie fixe dans leurs re-
cherches sur fa nature des métaux guidés par une pen-
sée mystiqueet voyantdans tous les corps de la nature
un mélangede matièreet d'émanation divine, ils
pensaient
pouvoirarracher à ta nature le secret de ce mélange. et,
dégageant fa matière brute de son essence, ta ramener à
un typ(~unique~pouFtes'métaux, du moins. Bet&E'tdée
de ce qu'ils appelaientle grand œuvre, (a pierre phitoso-
phale, ta transmutationdes métaux.
Divisésen plusieurs sectes, les t~K/HM~se flattaient
vainementde découvrir une panacée propre à prolonger
la vie des hommesau-delà du terme ordinaire, tandis que
d'autres, les ptus positifs, se bornaient à chercher ta
transformationdes métaux vils ott imparfaits en métaux
précieux et parfaits, c'est-à-dire en argent, en or.
Les travauxde ces hommes sont restés stériles, sauf
Ics quelques remèdes héroïquesdont ils ont doté l'art de
LA TRAHSMUTA-nOtt DES MÉTAHX J

guérir, remèdespuisesdans tes préparations antimonia-


les et mercuriellesprincipalement au commencementde
cesiècte, il était de bon goût de jeter le sarcasmeà plei-
nes mains sur ces fous d'une autre époque, et c'est A
peine si aujourd'hui quelques savants rendent justice à
l'idée, à la pensée mère qui a guidé les alchimistes.
Posons d'abord un principe fécond admis aujourd'hui
par tous les chimistes Les prjpf~'s des cor~x sontle
r~H~af~e fcMfcoo~~f~Mnmo~CM~frc'.
La nature nous présente un grand nombre de corps
polymorphesqui, suivant qu'ils cristallisentdans un sys-
tème ou dans un autre, acquièrent des propriétéstrès
différentes, sans que, cependant, leur compositionsoit
aitéré&ou changée en aucune façon. Ainsite- carbonate
de chaux rhomboédriqueou spath cafcaire, et tecarbo-
nate de chaux prismatique ou arragonite ont exactement-
la mêmecomposition, et cependant possèdent des pro-
`
priétés très différentes. La science est parvenueà pro-
duire ces deux sels à volonté sous ces deux formes. L'un
d'eux possède la double réfraction,l'autre ne la possède
pas; t'un est plus dense qué l'autre, l'un enfincristal-
lise à la température ordinaire, t'autre seulement A ta
température de plus de too degrés.
Tout te mondesait que lesoufre possède des proprié-
~4 t-'ott

tés différentes suivant la température à laquelle on l'a


exposé et la forme cristalline qu'on lui a fait prendre.
Une foute d'oxydes métriques, teh que
certains oxy-
des de fer et de chrome, se substituant à d'autres bases
dans les sels, leur donnent des propriétés diverses sous
des formes typiques. Les oxydes de zinc, de mercure,
ptusieurs combinaisonsde ces métaux, changent de pro-
pnété sous l'empire d'un changement de constitution
motécutairc produit par la chateur ou des forces électri-
ques. Le platine spongieux, f'argite chauffés à blanc,
déterminent, par leur simpleimmersiondans un mélange
d'oxygène et d'hydrogène, la combinaison de ces deux
gaz, dont le résultat est de l'eau.
Dans la nature organique, ne voyons-nous pas des
phénomènes analogues se produire chaque jour? L'ami-
'don ne se transforme-t-ilpas en sucre par son seul con-
tact avec l'acide sulfurique,sans que,
cependant celui-ci
soit attéré~ N'est-ce pas à la présence d'une matière
azotée qu'est du le phénomène de la fermentation
qui
fait subir aux matières organiquesde si curieuses trans-
formations? Enfin, te cyanogène, ce radical
composé,
n'cst-il pas le produit de l'action d'une base alcaline sur
une matière azotée? Je pourrais citer mille autres faits à
l'appui du principe énoncé, si je ne craignais de paraitre
LA TRAt!SMUTATtON,DES MÉTAUX

vouloirfaire étalage de science. Je répéterai donc sim.


plementqu'il n'y a rien que de très juste dans cette pen.
sée que la constitution d'un corps- étant changée, ce
corps acquiert des propriétés nouvelles tout en conser-
vantsa nature intime, sa composition, si l'on veut.
En conséquence,il suffira de découvrir le corps qui,
par sa force catatytique,peut agirsur le corps qu'on veut
transformer,puis de mettre ce dernier en certaines con-
ditionsde contact avec lui, pouropérer cette transforma-
tion. Voilà le principe qui n'est nié par aucun chimiste
aujourd'hui, celui que j'ai mis en application, et auquel
je dois mon succès.
Dans un ordre d'idées analogues. repéterai-te ici
tout ce qui acte dit et écrit par les modernes sur la
probabilité de ta composition des métaux Si t'en part
de la théorie de Staht, qui considérait tes métaux comme
formésd un radicalet d'un principe appelé phlogistique
pour arriver à Lavoisierqui, par sa théorie de ta com-
bustion. a si longtempsfait fairefausse route aux obser-
vateurs si enfin on considère que tous les corps de ta
nature, végétaux et animaux, en' nombre incalculable.
sont formés pourtant de trois ou quatre éléments, mal-
gré leur immensediversité, et si l'on réfléchit que ce n'est
jamaisqu'avec un très petit nombrede substances simples
s
~6 L'Ott

que ta nature produit tous tes composés,.n'est-il pas na-


turel de penser que les quarante et quelques métaux,
considérés aujourd'hui commedes corpssimples, ne sont
que des mélanges, des combinaisons, peut-être, d'un
radical unique avec un autre corps inconnu, mal étudié,
sans doute, dont l'action nous échappe, mais qui seul
.nodineles propriétés de ce radical, et nous montre qua-
rante métauxlà où il n'y en a qu'un? Comment admettre
que ta nature ait créé cette quantité de métaux divers
pour former te règneinorganique,quand,avec quatre élé-
ments au plus, elle a créé une si prodigieusequantité de
végétauxet d'animaux Et, si un hommevientà démon-
trer ce corpsinconnu qui a échappe &tant de recher-
ches, et à te faireagir sur un nféta)donne, qu'y a-t-il de
surprenant à ce que cet hommechange ta nature de ce
métat en lui donnant, avec une constitutionmotécutaire
différente, les propriétés de tel autre métal dans lequel
existe naturellement cette constitution?
En voilà assez sur ce sujet pour tout hommequelque
peu versé dans l'étude des sciencesphysiques, et pour le
bon sensde tous. J'arrive maintenantà préciser la posi-
tion. J'ai pu produire de l'or etarriver ta~mfi~/brnM~Mt!
eompM<C d'une quantité donnée d'un métal en or pur.
J'ai dit déjà que cette quantité donnée était de quelques
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX )7

grammes,et jusqu'àprésent je ne suis pas encore parve-


nu &opérersur une masse assez considérable pour pou-
voir dire que j'ai réussi en grand. Pour y parvenir, il
me faut d'autres ressources, je les demande à ceux qui
voudront se mettre en rapport avec moi. Je ne veux
pas, à moinsd'y être contraint, avoir le sort de tant
d'inventeurs dédaignés dans leur patrie, porter à l'é-
trangerte fruitde ma découverte, et en faire profiter nos
rivauxen industrie. Je fais appel à mes compatriotes,et
j'attends de la puMicitét'aide dont j'ai besoin pour par-
faire monoeuvre.
En terminant, je crois inutile et imprudent, peut-être
de faire des rénexions sur ['immenseportée de ta pro-
duction de rbrarti~ciet: la France poss~ le plus
fort numérairede l'Europe, environ trois milliards de
francs ta dépréciation prochaine de t'or, par l'abon-
dance de ce métal provenant de ta Californie et de
l'Australie, sont deux faits assez faciles à rapprocher
pour que tes conséquences en découlent d'elles-mêmes.
Je metais donc et j'attends.
DEUXIÈME
MÉMOIRE
Lu à i'~M~mM dcs Sciencesdans la Séancedu t~ oe<o-
&r<?<8~.

PAR T. TIFFEREAU.

Les métaux sont des corps composés.

Afinde faire disparaître les doutes qui peuvent rester


dans tes esprits au sujet de ta découverte que j'ai faite,
de l'or artificiel, je vais entrer dans quelques détails de
mes-expériences,et- prouver,que-, dans les circonstances
où {'aiopéré, je [i*aipu prendre des illusions pour des
réalités.
Messieurs, le métal que j'ai choisi pour base de mes
expériences est l'argent, métal parfaitementdistinct des
autres par ses propriétés chimiques, qui sont tout à fait
caractéristiques, comme on sait, et qui, par conséquent.
ne permettent pas de le confondreavec aucunautre par
cette raisonmême, il est facilede t'obtenir chimiquement
pur de sorte qu'agissant sur ce métal, je pouvais me
rendre parfaitement compte des ehangements partiels ou
DESMÉTAUX
LATRANSMUTATtON

entiers que pouvaient opérer les agents chimiques que


j'employais.
Dans mes premiers essais, je pus me convaincre
qu'une très minimequantitéd'argent passait à t*état d'or,
mais en si petite quantité que je doutai d'abord de ta
réussite du fait,quoiquecependantje fusse bien convain-
cu que l'argent que j'employaisne contenait pas la moin-
dre quantité d'or.
Si je n'avaisque ce résultat montrer, on pourrait dou-
ter et dire que l'argent empioyén'était pas chimiquement
pur: que d'ailleurs ['argent renfermetoujours de l'or, et
qu'il n'y a donc rien d'étonnant à ce que j'en aie trouvé.
J'admettrais encore que l'argent pouvaitcon.tenirdes tra-
ces d*or mais ce que je ne puis admettre, c'est qu'
puisse y avoirillusion de ma part, lorsque, dansplusieurs
autres expériences capitates que j'ai faites, j'ai vu tout
l'argent employé changer d'aspect et de propriétés le
métal qui, avant ['expérience, était en entier solubledans
l'acide azotique, est devenucomptétementinsolubledans
ce reactif il est devenu au contrairesoluble en entier
dans i'eau régale et les sulfuresalcalins en un mot il a
acquis toutes les propriétés chimiques et physiques de
l'or; l'argent tout entiers'est changé en or.
J'ajouterai que j'ai opéré surd'assez grandes quantités.
6o L'OR

comme je t'ai dit dans mon précédent mémoire, pour


qu'il ne puisse me rester aucun doute sur le fait accom-
pli j'ai suivt avec attention toutes les phases de ces
expériencesqui ont été fort longues, et si je ne puis pas
toujours tes répéter avec le même succès, te fait capital
de la, transformationde l'argent en or n'en existe pas
moins.
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie
une faible partie de ce premier or tel-queje t'ai obtenu
il est facile de se convaincre que ce produit a son
cachet particulier qui le distingue de l'or de mine, de
celui de placer et de celui des sabtes aurifères; lorsqu'il
est <bndu,itestJmpossibtede le distinguerde t'or natu-
re!, parfaitementidentique avec tui.
J'ai l'honneurde mettre sous les yeux de l'Académie
un petit tingot de cet or fondu.
Pour parer à tout événement et conjurer toute éven-
tualité relativeà la découverte que j'ai faite, outre le pa-
quet cacheté que j'ai déposa à l'Académie, j'ei remis en
main tierce des échantillons de mon or artificielet ta
descriptiondétaittéc des procédés que j'ai employéspour
l'obtenir.
Dans le cours des opérations dont je viensde parler,
et que j'ai variées soustouteslesformes, j'ai remarquédes
CESMÉTAUX
LATRANSMUTATION 6t

analogiesfrappantesdans tephenomënede ta transforma-


tion desmétauxdivers surtesqnets{'aiopéré et, sans en-
trer ici-dansdes défaits inutiles, jecroispouvoirconclure
de mes expériences que la transformation du cuivre en
argent m'est démontréeet sera bientôt un fait acquis à
la science que d'autres métaux. )ë fer, par exemple.
peuvent être transformésen cuivre, en argent, en or.
Maintenant. il me faut obtenir en grand de L'or artifi-
ciel e est ce procédé que je cherche, pour tequet tes
moyens me font défaut.
Cet aveu d'impuissance n'étonnera pas l'Académie
it est conforme à tous les précédents des inventeurs qui
m'ont devance; aucun d'eux, que je sache, n'a perfec-
tionné son invention avec ses propres moyens, et trop
souventils en ont perdu te fruit, épuisésqu'ils étaient par
les dépenses qu'ils avaient faites, ou décourages par l'in-
crédutité et l'insouciancepubliques.
Quant aux conséquencesde ta transformationde l'ar-
gent en or, la production de t'or artificiel. je laisse à ta
sagesse de l'Académie Aprévoir tout ce qu'elles pour-
ront apporter de perturbations et d'avantages dans les
relations commercialesdes peuples, dans notre système
financier, dans tes valeurs respectives des produits du
sol et de l'industrie.
6~ L'OR

En publiant ici te fait de ma découverte, j'ai moins


pour but d'en tirer honneur ou profit, que d'enrichir ta
science et d'en faire profiter mon pays.
Instrument de la Providence qui a guidé me; essais,
j'obéis à fimputsronqui me pousse, et viens demander
conseilet appui au premier corps du monde.
Je me borne ici, messieurs, à ces rcnexions, en priant
l'Académied'honorer de son attention fa communication
que je viens de lui faire, et de m'accorder cet encoura-
gementmorat dont tout inventeur a besoin pour perfec-
tionner son oeuvre.
Je vais répondre maintenant à quelques objections
qu'on m'a faitesau sujet de mon premier mémoire.
Les~unsmedisent ironiquement :<<-Paf~a~MKyaM~
produit A far, <~<t* n't'tt~rc~Mc~'oa.! d'abord ~a~~MM
/:<nM!n! puis des quintaux, puis enfin des tonnes,et
vous ~et'Mtt~rc! premier~o~nfa~du moft~, vous pour-
f~~tfMnerfcm~ffMr~ ~;M~t';p~r<; t~OKMr~fm~
plus que ft. du grand FrJ~Wc; AVOTREPLA.CB, JE
ME TAtRAtS.

Je répondrai à cela par des faits connus de tous.


Pourquoi Fulton n'est-il pas arrivé de suite à appliquer
avantageusementla force motrice de la vapeur &ta navi-
gationF Pourquoi a-t-il été obligé de demanderle con-
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX 6~

cours et l'argent des souverainspour perfectionner son


œuvre et t'appliquer en grand? Combien d'années n'a-
t-il pasconsacrées à sa découverte'Que nebornait-il ses
premiers efforts à une machine fonctionnant en petit ?
Pourquoi l'ingénieur français Lebon, qui découvrit le
gaz de ['éclairage, pourquoi Leblanc, qui découvrit ta
soude artificielle, n'ont-its pas tiré parti de leurs immor-
telles découvertes Lebon n'est-il pas mort dans la mi-
sère ? Et cependant aujourd'hui les compagnies qui
exploitent sa découverte font des fortunes colossales.
Leblanc s'est-il enrichi par ses travauxr
Lors de la découverte de l'oxygène par Lavoisier,
pour obtenir ce gaz, dans le principe, t'opération était
fort longueet très dtspendfeusae:aujourd'nt!te'es~ une
des opérations les plus simples de la chimie au lieu
d'un procédé, on en a plusieurs qui fournissentce gaz &
très peu de frais, témoin, entre autres. celuide M. Bous-
singault, qui n'est, en réalité, qu'une affairede conbus-
tible, puisque le même corps peut fournir constamment
de l'oxygène. Et qui nous dit qu'il n'en sera point ainsi
de la transmutation des métaux?
Pour en finir avec cette énumération. que je pourrais
prolonger, je citerai la belle découverte de MM. Da-
guerre et Niepce: que de temps, que de dépenses et de
6~ L'OR

soinsne leur a-t-elle pas coûtés Que ne disait-on à ces


messieursde continuer à perfectionner leurs procédés?f
Ce n'est pas ce que coûtent quelques plaques d'argent,
quelquesgrammesd'iode, de brome et de mercure N'y
a-t-itpas fade quoi fairedes milliers d'expérience N'ont-
ils pas vendu au gouvernement leur découverte, tout
imparfaitequ'elle était alors?
De ce moment elle a servi et sert encore à. enrichir
ceux qui l'exploitent en continuantà la perfectionner.
De mêmej'ai ta conviction que la découverte de l'or
artiftcietsera une source d'immensesrichesses pour ceux
qui pourront l'exploiter, et rendra aux sciences, à t'in-
dustrie et aux arts des services réels d'une incalculable
portée.
D'autres personnes m'ont dit (et c'est pour eeta que
j'en parteici) Vo~ <~co«Mr<e sera commela produc-
tion ar~tCf'~ des pierres ~r&MMXM, qui eot!/M<~Hï que
celles~M'<M rencontre dans la nature. Cette objection,
messieurs,est sans valeur car, sans parler ici de ta dé-
couverte en elfe-même ni de ses conséquences, je dis
qu'il ne peut y avoir de comparaisonpossible entre ces
deux productionsartificielles,attendu que la plupart des
pierresprécieusesnaturellesn'ont que peu de valeur,
qu'ellesen acquièrent au contraire beaucoup par l'art de
LA TRANSMUTAHÔX
CESMÉTAUX 6~

la taitte que, le plus souvent, la màth-d'(Buvrccoûteplus


que te prix de la matière brute. H en est de mêmedes
pierres arti(!eie)tes,et encore ces pierresne sont em-
ployéesque commeobjet deluxe cites n'ont quefort
peu d'applications industrielles.
La production artificielle des métaux précieux, au
contraire, est telle, que ta valeur de ceux-ci n'augmente
que fort peu par le travail. et ils sont d'ailleurs d'un em-
ploi {ournatier et considérable, comme base de toute in-
dustrie, par leurs propriétés spéciales, qui tes rendent
de plus en ptus indispensablesà tout travail humain.Et
que serait ta civilisation, dont nous sommessi fiers: que
seraient les sciences physiquesettes-mcmes, sans les mé-
taux prectëux* U n*yajdonc, comme on te voit, aucune
comparaison possible entre ta production des métaux
précieux et celle des pierres fines, sous te double rap-
port de leurs conséquences et de leur emploi comme
agent de civilisation.
TROISIÈME MEMOIRE

frJxjoM 8 mai f8~.

Les métaux sont des corps composés.

J'avais softicité['honneurde lire à t'Apademiece troi-


sième Mémoire depuis ptus de trois mois je m'étaisfait
inscrire au secrétariat dans ce but. Ne sachant point au
juste quand je pourrais obtenir mon tourde lecture, crai-
gnant qu'i) ne me fa)[Mpeut-être attendre encore plu-
sieurs semaines, ma santé et fe temps ne me permettant
plus d'assister aux séances, je prends le parti de livrer
mon travail à fa pubticité, tel que j'avais t'intention de le
lire à l'Académie. H me tarde d'avoir des juges et qu'on
sache à quoi s'en tenir sur ma découverte. Ces considé-
rations mefont décliner l'honneur que j'avais sotticité de
paraitre devant l'Académie, honneur qui ne peut, après
tout, ajouter aucune valeur de plus à ce mémoire.
LA TRANSMUTATION DES METAUX 6;

INTRODUCTION
MESSIEURS,

Dans mes précédentes communications, j'ai eu l'hon-


neur d'annoncer à l'Académie ma découverte des moyens
d'obtenir t'or artificiellement, d'opérer la transformation
de l'argent en or; j'ai soumis à ['Académie, comparative-
ment avec l'or des placers et t'or en lingots, for artifi-
ciel que j'avais obtenu.
Beaucoup de savants considèrent encore de nos jours
comme chimérique, la transmutation des métaux annon-
cée par une foule de gens, les uns de mauvaise foi, les
autres dupes de leurs propres illusions; j'ai donc dû
subir te sort commun, et t'annonce de ma-découverte a
rencontré beaucoup d'incrédules.
D'aitteurs, de que! poids pouvait ôtre en faveur de
mes affirmations, mon nom totalement inconnu dans la
science, quand j'attestais la possibilitéd'opérer la trans-
mutation La froideur avec laquelle mes efforts ont été
accueillis n'avait pas lieu de me surprendre.
Loin de me plaindre de t espèce de répulsion et de
commisérationqu'ont éprouvée ceux qui ont eu connais-
sance de ma découverte, je crois devoirbien ptutôt m'en
68 L'OR

féliciter: t'engouement ecLsa faveur aurait pu tui être


funeste car, bien qu'ette soit parfaitement réelle, elle
n'est basée que sur des opérations, sur une éehette très
réduite, ayant produit seutemeMtquelques grammesd'or.
On n'aurait pas manqué de me sommer d'en produire
des quintaux. Si, comme je t'espère. je parviens à con-
vaincre l'Académie de la rcatité de mes succès, j'aurai
conquis le double avantage de triompher de préjuges
que. du reste, je comprends parfaitement, et de prouver
une foisde plusque la Providence, dans ses vues impé-
nétrables, daigne quelquefois se servir du plus humbfe
pour opérer de grandes choses.
Jusqu'à ce jour, messieurs, j'avais cru pouvoirespérer
que, soutenu par l'opinion pubtique, je trouverais, pour
dbnneFSuiteà mes travaux, {econcoursdequetques hom-
mes éclairés,jaloux d'assurer avec moi à la France l'hon-
neur et tes avantages d'une découverte de cette nature.
Mesespérances, je dois le reconnaitreaujourd'hui, étaient
vaines et illusoires; sans attendre davantage, te moment
est venu d'établir mon droit de pr(orit6 en livrant ta
publicité mes procédés pour la production de l'or arti8-
ciet.
Des milliersd'expériences, répétées et variées à t'in-
fini, ont fait naître en moi, depui; plusieurs années, la
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX <)<)-

€onv)Gt)onqu~ce&procédés ne pouvaient que gagner à


être exposésau grand jour. Après tout, il ne m'appar-
tient peut-êtrepas de tenir caché ptus longtempsun secret
dont ta divulgation doit appeler sur la production des
métaux les investigations des savants, les travaux des
chimisteséminentsdonts'honore fa France.
Tels sont les motifs qui m'ont valu l'honneur de parai-
tre devant vous, messieurs, prèt à fournir toutes lespreu-
ves de sincérité qu'il peut plaire à l'Académie de recta-
mer de moi, prêt à opérer sous ses yeux avec les matiè-
res premières qu'ette-mémc aura mises à ma disposition.
Enfin, avantd'entrer en matière, je dois rendre compte
à l'Académiedes raisons d'opportunité qui me détermi-
nentà tui faireen ce momentcette communication.Après
cinq annéesentières de séjour et de voyages dans toutes
tes parties du Mexique, sans autre ressource pour sub-
venirauxfrais de mes expériences que le produit de mes
travaux en photographie, je revins en France avec un
modestecapital, fruit de mes économies, pour compléter
ma découverte au moyen de quelques instruments de
préeisioaque je ne pouvais me procurer au Mexique,et
de nouvellesrecherches confirmèrent pleinement les ré-
sultats obtenus par moi sur cette terre des métauxpré-
cieux.
70 t.'OR.

Bientôt je vis mesrestources diminuer,sans savoirsi


elles suffiraientpour me donner le temps d'atteindre le
but de mes travaux je prévoyais l'instant où tout allait
me manquer à la fois. Je n'hésitai point à sacrifierune
partie de ce qui me restait pour me créer des moyens
d'existence j'en trouvai dans l'exploitation de quelques
instruments relatifsaux arts physiques.Malheureusement
ces ressources sont trop [imitéespour me permettre de
conduire madéeouverteà la perfectionqu'elle doitattein-
dre. Je prends donc[a résolution de ta livrer, teiïe qu'ette
est, à la puMieité, dans t'interct de ta science et pour
l'honneur qui doit rejaillir sur mon pays; je mets en
demeure ceux qui ont les moyensde travailler sur mes
données et mes procédés, d'en enrichir les artxette com-
merce. Ce n'est pas sans éprouver un sentiment p6niMe
que j'adopte cette résolution; il m'eût été doux de mar-
cher seul jusqu'au but, de l'atteindre et de fairehom-
mage à mon siècle d'un succès conquis par mes seuls
efforts. N'importe, je n'en seconderai pas moins cordia-
lement de tout mon pouvoir toute tentative faite pour
aller en avant dans la carrière que j'ouvre aujourd'hui.
Car la reatité du grand fait que j'avance ne laissesubsis-
ter aucun doute dans mon esprit; seulement
j'aurais
voulu n'offrir au public mes procédés qu'avec un
degré
LA TRANSMUTATtÔH DES MÉTAUX yt

de plus de précision et de sécurité: ta se bornait toute


mon ambition.
Mais, à part les ressourcespremières, tout me manque,
la stabilité, l'absence de préoccupations personnelles,
ta facultéde suivre sans distraction et avec maturité les
phénomeMScomplexes de la transmutation des métaux.
De longuesexpériences sur l'influence de la lumière so-
laire ont compromisehez moiles organes de ta vue, les
fatigues ont miné ma santé: des travaux d'un autre or-
dre que m'imposela nécessité de soutenir ma famille, me
forcent à m'avouer mon impuissance, quand i'ai la con-
viction, la certitude morale de la possibilité d'un succès
prochain,coopérant en grand, s'il m'était donné de vain-
cre~~
!ëscsuses tourtes-mat~neMes de-cette Impuissance,
En présence de ces circonstances que je viens d'expo-
ser à l'Académiedans toute teur vérité, j'exécute ma ré-
solution de rendre publics mes procédés pour obtenir
t'or artificiel. Que l'Académie me pardonne d'avoir osé
t'en entretenir le sentiment d'amour de la science qui
seul me dicte ma démarche porte avec luison excuse.

PREMIÈRE PARTIE
Pour te voyageur éclairé qui parcourt les provinces
mexicainesen observant avec une attention intelligente
~2 L'OR

l'état minératogiqtte de ce pays, ses terrains d'alluvion,


ses placers et ses gisements de métaux précieux. il res-
sort de cet examen un fait propre à jeter un grand jour
sur la production naturelle de ces métaux. Ce fait, c'est
ta présence, je pourrais dire l'extrême abondance des
nitrates de potasse et de soude qui s'effleurissentde tou-
tes parts à la surface du sol, et qui s'accumulenten cris-
taux réguliers dans le lit des torrents descendant des
montagnes on en exptoite même des masses naturelle-
ment assez pures pour qu'elles puissentêtre employées
à la fabrication de la poudre de mine.
On y rencontre également des iodures, des bromures
et des chlorures en quantités notables les pyrites, autre
agent non moins important,se trouvent eh contact per-
pétuel avec les azotates atcatins cet agent apporte sa
part d'influence certaine sur (a production des métaux.
Ces deux classes de corps composés agissant sous la
doubte influence de la lumière et de ta chateur, donnent
lieu à des phénomènes électriques d'où résultent la dé-
composition des terrains métattiféres. et tes combinai-
sons nouvelles d'où proviennent les métaux.
Cette manière de voir. cette théoriede ia /crmM~Mtt
des métaux, peut être soutenue ou combattue; je dirai
seulement qu'cite a pour moiun degré de probabilité qui
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX
~i

est devenu te guideet le pômfde départ de mes rëcnër-


ches.
L'opinionde la transmutation,de la perfectibititédes
métaux, est si génératef.ent admise par les mineurs du
Mexique, qu'il ne faut pas s'étonner de leur entendre
dire en parlant des morceaux de minerai
qu'ils admettent
ou rejettent pour t'exptottation Ceci est bon et
MUR
ceci est mauvaiset n'est pas encoreptmjj fj~jf ~r. »
A mon point de vue. les réactionssous l'influencedes-
quelles a lieu la transformationdes métaux, constituent
un phénomène complexe où le principal rôle
appartient
aux composés oxygénés de l'azote. L'action de la cha-
leur, de ta lumière. de l'électricité. favorise ou déve-
loppe. dans de eerfamesHmites.te~com&ina~onsdécès
composésavec te radical inconnu qui constitue tes mé-
taux. Tout me porte à croire que ce radical est
l'hydro-
gene que nous ne connaissonsqu'At'état gazeux et dont
tes autres états physiques échappent à nos recherches.
L'azote sembleagir dans ces combinaisons comme
agi-
rait un ferment dans les transformationsdes matières
organiquessous l'influence cie ce même agent. La fixa-
tion de t'oxygène, sa combinaisonplus ou moinsdurable
avec le radical. sous l'action d'un composé azoté voilà
pour moila clef deta transformationdes métaux.
74 L'OR

Que ces idées théoriques soient vraies ou fausses,


exactes ou erronées, c'est ce que je n'entreprendrat pas
de discuter ici je crois devoir me borner à dire que,
sans qu'il m'ait été possible d'acquérir la certitude ma-
thématique de leur réa!ité, leur influence a présidé à
mes expériences leur probabilité à mes yeux est née des
effets notés pendant plusieurs années d'observations. Si
j'en faismention, c'est pour mieux faire comprendre !a
marche que j'ai suivie, et jeter peut-être quetque clarté
sur la route où marcheront ceux qui suivront après moi
le même ordre de recherches.
Quoi qu'it en soit, je tracerai l'exposé succinct du ré-
sultat de mes observations; leur filiation permettra de
saisir par quels enchaînementsde~faits et d'idéest'a! été
amené à concevoir la théorie que ;e viens de résumer.
t" Un premier fait que chacun peut reproduire à vo-
lonté a été mon point de départ. Si l'on réduit en limaille
de l'argent pur et que l'on fasseagir surlui de l'acide azo-
tique également pur, certaines parcellesde cette limaille
resteront insolubles dans t'acide elles ne disparattront
qu'après que la dissolution aura été, pendant plusieurs
jours, abandonnée au repos.
Si l'on projette de la limaille d'argent pur dans des
tubes de verre de 4 à $ m!t!imetresde diamètre, sur 2 àé
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX 7;

t centimètresde hauteur, remplis au tiers de leur capa-


cité d'acide azotique à }6 degrés, après que cet acide
aumété, pendant un certain temps, exposé à l'action des
rayons solaires, on verra qu'une certaine portiondes par-
cettes d'argentrestera complétementinsolubledans l'acide,
malgré l'élévation de température produite par ta réac-
tion.
;° Si l'on opère sur un alliage de neuf dixièmes d'ar-
gent et un dixièmede cuivre, la réaction sera ptus vive
et l'insolubilitéde certaines parties de l'alliage sera la
même que dans l'opération précédente.
4° Le phénomènese reproduira encore, si l'on opère
sur te mêmealliage, hors du contact des rayons sotaires.
Dans toutes ces ëxpëriënccs~indépëndamm.ent de
l'insolubilité des parcelles d'argent pur ou d'alliage, on
courra constaterla présence d'un léger dépôt brun inso-
tubte.
En variant ces expériences par l'emploi de l'acide
azotique à divers degrés de dilution, après l'avoir toute-
fois exposé à l'action des rayons solaires pendant un
temps plus ou moins prolongé, j'ai pu recueillirdes par-
celles de métat parfaitement insolubles dans l'acide azo-
tique pur et bouillant, solublesau contraire dans ta solu-
tion de chlore.
l
7~ L'OR

7" Des expénencës comparatives m'ont permis de re-


conna!tre
t° Que l'or, introduit en petite quantité dans
l'alliage,
facilite ta productionartificiellede ce métal.
2" Quel'argent pur est
beaucoup plus difficileà faire
passerà l'état d'orquetorsqu'itestattiéâd'autresmétaux.
)* Que. comme je l'ai énoncé dans monpremier mé-
moire. ta force catalytique est pour quelquechose dans
a transmutation des métaux.
4° Que le chlore, te brome, t'iode et le soufre, en pré-
sence descomposesoxygën~s de l'azote,favorisentla
pro-
duction des métaux précieux.
Que l'air ozonisé parait activer cette production.
6'Quctatentpératttrë de 2~ degrés et au-dessusest
favorableà l'accomplissement de ce phénomène.
7< Que les résultats heureux dépendent en grande par.
tie de la durée des opérations.
Sur ces premiers faits observés, qui ne s'étaient
pas
offerts avec le mêmedegré de certitude, non plusqu'avec
des caractères parfaitement identiques, {e basai de nou-
velles recherches ayant pour principe l'influencede la
lumière solaire, si intenseet si favorable sousle beau cti-
mat du Mexique. Mon premier succès fut obtenu à Cua-
dalajara. Voici dans quelles circonstances
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX 77

Apres avoir exposé,pendantdeux}ours,àà l'aetiondes


rayonssolaires de t'acide azotique pur, j'y projetai de la
limailled'argent pur allié à du cuivre pur dans la propor-
tion de l'alliage de la monnaie. Une vive réaction se
manifestaaccompagnée d'un dégagement très-abondant
de gaz nitreux; puis ta liqueur, abandonnée au repos.
melaissavoir un dépôt abondantde limailleintacte agglo-
méréeen masse.
Le dégagement du gaz nitreux continuant sans inter-
ruption,j'abandonnai le tiquideà lui-même pendantdouze
jours,je remarquaique te dépôt agrégé augmentait sen-
siblementde volume. J'ajoutai alors un peu d'eau à la
dissolutionsans qu'il se produisitaucunprécipité, j'aban-
dotinarencore ta~iqueaF au repos pendant cinq joues.
Durant ce temps, de nouvelles vapeurs ne cessèrent de
se dégager.
Ces cinq jours écoutés, je portai la liqueur jusqu'à
t'ébuttition.je l'y maintins jusqu'à cessation du dégage-
mentdes vapeurs nitreuses, après quoi je fis évaporer à
siccité.
La matière obtenue parta dissicationétait sèche, terne,
d'un vert noiràtre; elle n'offrait aucune apparence de
cristallisation aucune ~jrh'f:N~rMne ~'Jh!f~~osJc.
Traitant alors cette matière par l'acide azotique pur
78 L'on

et bout)!antpendant dix. heures, je vis la-matMredevenrr


d'un vert clair sanscesser d'être agrégée en petites mas-
ses j'y ajoutai une nouvelle quantité d'acide pur et con-
centré jensbouittirde nouveau c'est alors que Jevts
enfin la mâture désagrégée prendre le brillant de l'or
naturel.
Je recueillis ce produit et j'en sacrifiai une grande par-
tie pour le soumettre à une suite d'essais comparatifs
avecde for naturel pur it ne me fut pas possible de
constaterla plus té~cre différence entre l'or naturel et
for artificielque je venais d'obtenir.
Ma seconde expérience, du même genre que ta
pré-
cédente, eut lieu à Colima tes phénomènesse produisi-
rent comme à Guadatajara~soust'influence de ta lumière
s6iaiEe,qutne cessa d'agir pendant tout le traitement do
l'alliagepar l'acide azotique seulement, je réduisisà
huit jours la durée du premier traitement, et l'acide
que
j'employaifut assez étendu d'eau pour que l'action so-
taireseule ne pût produire le dégagement des
vapeurs
nitreuses.Or. comme cettes-ci ne cessèrent point de se
dégager,j'attribuai ce fait à un courant électrique dû à
l'espècede fermentation dont l'azote me parait être le
principe. Le gaz nitreux continua à se dégager constam-
ment, tant quêta tiqueur ne fut pas portée à t'ébuttitton.
LATRANSMUTATION
DESMÉTAUX *<y 1

Je terminaicett~operatiotrcomme ta précédente; néan-


moins, dans cette seconde expérience, j'employai, vers
la fin de ['opération, plus d'acide concentré, pour ame-
ner la désagrégation de ta matièreet l'amener à prendre
ta couleur brillante de l'or.
Je fis une troisième expérienceà mon re'ouràGua- [
dalajara, elle réussit comptétement comme tes deux
précédentes sans présenter aucun phénomène extrsor-
dinaire digned'être noté la quantitéd'alliage que j'avais
miseen expérience se transforma tout M~rc en or ~r,
ainsi que je l'ai dit dans mon second mémoire.
Voilà, messieurs, dans toute sa sincérité, le fait obte-
nu, le résultat constant que j'ai pu reproduire plusieurs
(bisau Mexique ~ce &it,-{e ne réussis pas à. te repro-
duire en France, et en agissant sur des quantités plus
considérables. J'apprécie mal, sans doute, les causes qui
agissent dans les réactionsen vertu desquelles des mé-
taux, solubles dans l'acide azotique, deviennent insolu-
blesen se constituant en un état motécutaire particulier,
d'où résultent des propriétés entièrement différentes
de celles que ces mêmes métaux possédaient avant
d'avoirsubi ces réactions.
Ces changements,auxquelsfaction de ta lumière so-
taire parait contribuer si puissamment, doivent-ils être
80 ~'QR

attribués à un état électrique ou magnétique


spécial, ou
bienau rôle de l'azote sous cette influence?
Enfin y a-t-it production d'un oxyde particulier de
l'argent et du cuivre, tel que ceux que nous présente [c
<er? C'est ce que, jusqu'à
présent, je n'ai pu vérifier.

SECONDE PARTIE

MESStEURS.

Après avoir, comme je viensde ['exposer, répété un


grand nombrede fois les expériences qui précédent,
toujours opérant sous L'influencedes rayons solaires
sans pouvoirdécouvrir quelles causes déterminaient ou
empêchaientla production de for ardnciet, quand je va-
riais les procédés ou que j'y apportais seulement de lé-
gers changements,je voulus enfin m'assurer de t'enet
réet de la lumière en opérant en dehors de cette inHu-
ence. Voicite résumé de mes tentativesdans cette voie,
tentatives couronnées de succès.
Ayant meté douze parties d'acidesulfurique concentré
et deuxparties d'acide azotique à .)0 degrés, je remplis
de ce mélange, jusqu~au quart de leur capacité, tu-
bes de verre où je projetai de la limaille d'argent
[.A TRAKSMUTATtON
DESMÉTAUX 8t

et de cuivre, préparée avec tes métaux purs, le


cuivre entrait pour un dixièmede cet alliage. Après
là première réaction, accompagnée-d'émission plus ou
moinsabondante de gaz nitreux, selon la quantité d'acide
azotique admise dans )e mélange on voit la dissolution
prendre une belle teinte violette on porte alors à l'ébul-
litionqu'on maintient pendant plusieurs jours, en ajou-
tant de temps à autre, selon le besoin, de l'acide sutfu-
rique pur et concentré, de manière à chasser tout l'acide
azotique.
Cette durée prolongée de t'ébuttition est nécessaire
parce que tes deux acides forment une combinaisontrès
stable tant que cette combinaisonsubsiste, l'or ne se
dépose pas. On peut aussi remarquer qu'après plusieurs
jours d'ébullition, si t'en vient à ajouter à la dissolution
un peu d'eau, il se produit encore un faibte dégagement
de gaz nitreux, ce qui indiquerait que t'aeide sutfuriquc
très concentré a plus d'affinité pour l'eau que pour ce
composé azoté. Pour se débarrasser des vapeursnitreu-
ses, qui pourraient y rester encore, il faut y ajouter un
peu de sulfated'ammoniaque et faire bouillirde nouveau.
Dans ces expériences l'or paraît dissous à la faveurdu
gaz nitreux, car, mesure que ta quantité de gaz devient
plus faibte, t'or se précipite en pettieuies excessivement
8i L'OR

minces qui se déposent, par le refroidissement, sur tes


parois du tube du côte où il est incliné on peut les y
distinguer à la vue simple.Quand la quantM d'or produit
est assez grande. le métalse réunit en masse au fond du
tube.
Un autre moyen, d'un effet moins tent, consiste à rem-
placer, dans t'expericnce précédente, ['acide azotique,
par l'azotate de potasse.
J'ai varié, je le répète, ces essais a t'innnL; saufsous
l'empire de circonstances accidentelles, j'ai gcneratement
observé les mêmes résultats.
C'est à l'Académie qu'il appartient de prononcer sur
la valeur de ces expériences. Je suis prêt, commetFa:
expran~ au début de ce mémoire, à opérer sous les yeux
d une commissionprise dans le sein de l'Académie avec
tes réactifs qui me seront fournis par cette commission.
J'ai beaucoup mn'ditc sur une théorie probable qui
peut guider les chimistes dans les opérations ayant pour
but la productiou de l'or artificiel. Je pourrais exposer
les fortes inductions,les analogiesplus ou moins frappan-
tes, capables d'éclairer tes doutes sur la valeur des agents
auxquelsj'attribue la production de t'or; mais }e com-
prends ta nécessité d'être sobre de réflexions et de ne
point abuser de l'indulgence de l'Académie. Plus tard.
DESMÉTAUX
LA TRANSMUTATION !!)

si un pareil travail devient opportun, je pourraisdévelop-


en moi les faits curieux,
per les idées qu'ont éveillées
con-
objets de mes observations, depuis quinzeannées
sacrées &des expériences sur te même sujet.
[

QUATRIÈME MÉMOIRE

PrAcK~ à rAcadémiedes Sciencesdans la ~ncc du y


~o~t8~.

Les métaux sont des corps composés.

Mes essais de transmutationdes métauxont eu pour


point de départ ['observationdesfaits. Ayant dissous une
petite quantité d'argent exempt de traces d'or dans de
l'acide nitriqueparfaitementpur, cet argent, precipitëdc
sadisso!tition)egereme[ttacHeparducuivrepttf,ne(n'x
fourni, au momentoù il venaitd'être obtenu, aucune par-
celle d'or ce même précipité, soumis, au bout de plu-
sieurs mois. à la mêmeméthode d'essai, me donna des
traces d'or. D'autres échantillonsd'argent précipité par
divers métauxpurs, obtenus depuis longtemps,essayés et
étiquetée: argentexempt de traces d'or –m'ont éga)e-
ment permis de constater te même résultat.
Je ne savaisprécisémentà quoi attribuer ce fait. soit à
une transformationlente de ['argent en or, soit à la pré-
sence préaïaHe de parcellesd'or, soit dansl'argent, soits
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX 8<

dans tes métaux employés à la précipitation. J'ai renou-


velé les mêmes expériences de la manière suivante j'ai
opéré sur de l'argent pur, réduit par la craie et le char-
bon de son chlorure parfaitementlavé à l'eau de chlore,
puis à l'eau pure. J ai fait dissoudre une partie de cet
argent dans l'acide nitriquepur. et une autre partie dans
t'acide sulfurique pur. Les deux dissolutionsont été
étendues d'eau distilléc, puis Httrécs. L'argent de ces
deux dissolutions a été précipite en partie par du cuivre
pur, en partie par un alliage ds cuivre e! zinc, avec un
peu de fer tes précipites tavésaà l'eau distillée, puis sou-
misà la méthode d'essai précédemment employée, n'ont
pas fourni le moindre signe de fa présence de t'or.
Ces divers précipitëyd'argsnt ayant été exposés pen-
dant ptus de huit mois au contact de l'air, puis essayés
de nouveau, j'ai pu constater dans tous la présence de
t'or, en quantité faible, il est vrai, mais très visible au
soleil à la vue simple.
La plus forte proportion d'or a été fournie par l'argent
précipité de sa dissolutionazotique, au moyen de l'alliage
des métaux cuivre, zinc et fer. La dissolution azotique
d'argent, précipitée par le cuivre seul réduit de sonchto-
rure par l'hydrogène, a tenu te second rang, quant à la
production de l'or. L'argent précipité de sa dissolution
? L'OR

dans ['actdesutfurique adonna de t'or en quantité moin-


dre, toujours en opérantsur ta mêmequantité de matière
première, et avecte mêmeacideemployé &ta.mèmedose.
S'il fallaiten jugerd'après tes atomes produits dans ces
expériences dans un temps donné, te temps nécessaire
pour faire passer en entier l'argent At'état d'or serait de
plusieurssiècles.
Dans ces essais, j'ai opéré sur ~o centigrammes de
précipite.
J'ai constaté l'accélération de ta transformationde
t'armenten or dans le précipite d'argent obtenu comme
je t'ai indiqué plus haut, à travers lequel j'ai fait passer
un courant électrique. J'ai entrepris dans cette voie une
nouvettësérie d'expériences; des qu'ettes seront termi-
nées, j'en ferai connattre le résultat.
Je ne saurais insister trop vivement auprès des physi-
ciens, pour éveitier teur attention sur le r&te.important
que t'étectricitéest appelée Ajouer dans la transmutation
des métaux. Les expériences citées dans mon troisième
mémoire, spécialementcelle où j'ai projeté de ta limaille
d'argent dans l'acide azotique chauffé au soleil, n'en
sont-elles pas une preuve Dans cette expérience ta li-
maille d'argent s'est agglomérée en masse au sein de son
propre dissolvant, et n'a formé qu'un tout, pendant tout
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX 8~

le temps qu'à duré la transformationde t'atiiage en or


par. La matière n'a pris la couleur de l'or naturel qu'au
momentoù elle a commencéà sedésagréger t'empreinte
de la lime, cachet d'authenticité facileà reconnaître pour
cet or artificiel, s'ydistingue encoreaujourd'hui. Je déSe
toute main humained'en produire l'imitationavec de l'or
naturel lesforces mystérieusesde ta nature ont passé sur
cette limailled'argent alliée au cuivre elles lui ont pro-
curé, comme il est facile de s'en convaincre, un mode
d'agrégation moléculaire différentde celui de ['attiage
employéà l'opération.
Cette a~gfomératfon,prise et conservée par la limaille,
ne peut être due qu'à un état électrique ou magnétique
pat'Heu!ter,dëvctoppdsans doute par t'action chimique,
secondéeptr !a radiation solaire.Je me propose de faire
connaitre, dans un travail ultérieur. les effets de ta lu-
mière solaire sur l'argent précipitéde sa dissolution azo-
tiquepar le cuivre pur.
tt résulte pour moi de ces expériences, la conviction
qu'au moyen du 'fluide électriqueemployé sous t'un de
ses divers états, on opérera très rapidement la transfor-
mation de fardent en or le maximum de rapidité ne
devraêtre atteint qu'A une température élevée, dans des
atmosphères Adivers degrés d'électricité et de chaleur,
7
88 LOR

maisoù,eependant,)achateuretrétectricitéconserve-
raient toujours entre elles un même rapport c'est de
même, en effet, qu'on est parvenu à opérer la préeipita-
tton du cuivreXrétat de fusion dans un bain métallique
au moyen du fer, commeelle a lieu à ta température or-
dinaire, en plongeantdans une dissolution de cuivre une
lame de fer décapée.

Quoiqu'il reste quelque incertitude dans les résultats


de mes procédés, le fait n'en subsiste pas moins, Ce qui
nuit à cette découverte, c'est qu'efte est dans l'enfance i
mais toute découverte, même celles qui ont remué le
monde, n'ont-ettes pas eu aussi teur période d'enfance ?-
Que lui faut-il pour être acceptée l'équivalent d'un par-
fais mHuent.quetquehautpatroMge~dansfe monde de
la science appliquée. Qu'elle en trouveun, et on la verra
se développer, grandir, porter enfin ses fruits. Les pro-
cédés perfectionnes ne tui manqueront pas on lui trou-
vera, comme on en a trouvé pour la photographie, des
substances accé)ëratnces, grâce auxquelles ta transmu-
tation des métaux pourra s'opérer très rapidement.

Le procédé qui m'a réussi plusieurs fois au Mexique


recevra, je n'en doute pas, des perfectionnementsen vertu
desquels on pourra opérer coup sur. Alors cette indus-
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX S~

trie féconderéalisera toutes que peuvent en attendre


les sciences, tes arts et le commerce.
Pourquoi n'ai-je pas demandé, soit à l'Académie, soi
au public, par la voie des journaux, une avance de cin-
quante mille francs pour aller au Mexique me livrer à
ces recherches scicntifiquessur les métaux, dans le but
de prouver authentiquement que ces corps sont compo-
sés, qu'ils dérivent les uns des autres, qu'ils se perfec-
tionnent incessamment dans le sein de la terre, et que
ta productionartificielle des métaux précieux est parfaite-
ment dans l'ordre des choses possibles C'est que je
prévoyais que cet appel serait sans résultat, que je
n'obtiendrais pas de fonds, que mon temps, mes démar-
ches et mes avancesseraient en pure perte, et qu'on se
raitfëràit de mesen'orts par-dessus te marché.
Cependant, cette somme, je t'ai dépensée au Mexi-
que pour arriver à ma découverte; cet argent, je ne l'ai
demandé qu'a mon travail. Ainsi que je t'ai dit dans mon
premier Mémoire, un daguerréotype m'a fourni tes
moyensde faire mes recherches avec mon attirail de chi-
miste photographe.
Après un succès aussi complet que je pouvaiste dési~
rer, puisque j'étais arrivé à la transformation complète
de l'argent en or pur, sans m'être attendu il est vrai, à
~0 L'OR

un si merveilleuxrésultat, on a refusé d'y croire. Le


métatchoisi pour base de mes recherches a produit à ta
fois te succès de l'opération et la méfiance du monde
scientifique. Pent-etre m'aurait-on cru plusaisément, si
j'avais pris pour sujet de mes tentativestout autre métal,
le fer, par exemple, et que je fusse parvenu à le trans-
former en cuivre pur. Mais quand j'afHrme que j'ai fait
de l'or, c'est, dit-on, vraimenttrop beau pour y croire
c'est à qui me jettera et m'accablerade sarcasmesoutra-
geants. Maisrien de toutcela ne saurait me décourager
comme le croyant persiste dans ta foi, je persisterai tant
qu'il me restera des forces pour travailler.
En arrivant à Paris, je crus suivre la bonne voie en
consacrant mes économiesà perfectionner ma découver-
te. Je medisais; Quand je n'aurai ptu~ te moyen de
poursuivre avec mes seules ressources, je ferai part de
mes travauxà l'Académie,qui, sans doute s'empressera,
de constater les faits. Cela seul suffira pour me faire
trouver les moyens de poursuivre mes expériences. Au-
ta
jourd'hui force des chosesme réduità faire des por-
traits photographiéspour subsister, en attendant le
rap-
la
port de Commissiondésignéepour prononcer sur ma
découverte.
Mes contradicteurs applaudissentà cette décadenceet
DESMÉTAUX
LATRANSMUTAT~ 9'1

e!te est déj&a leurs yeux une preuve en-leur faveur con-
tre moi mais. qu'ils ne croient pas que pour cela j'aban-
donne ma découverte. J'ai ce qu'ils ne peuvent avoir,
la conviction de ce que je soutiens, la conscience de la
réalité de mes résultats elle me donne à moiseul plus
de force que n'en ont tous ceux qui nient, sans sincérité
dans tcurs dénégations. La vérité se fera jour malgré
tout.
Quelques journalistes, en rendant compte des séances
de l'Académ'e, ont daigné parler de ma découverte. J
saisis l'occasion de tes en remercier sincèrement j'ai
surtout à rendre grâce à M. Victor Meunier, de ta
Pr~sc, et au rédacteur de la partie scientifique de la
Z.KBtf~M, pour tes parotes d'encouragement par tesquel-
tes ils engagentles hommescompétentsa répéter mes ex-
périences. Si j'étais suffisammuntfavoriséde ta fortune je
dirais aux partisans de la science, auxamis du progrès
Venez travailleravec moi! Je ne puis malheureusement
leur offrir que des explicationsaussi précises qu'ils pour.
ront les désirer elles les aideront assez, j'en ai l'assu-
rance, pour faire nattre promptement en eux la convic-
tion de la réalité du fait je ne veux rien au detà après
quoi. ils auront, je l'espèrc. !a force de progresser
seuls.
9~ L'OR

Je dirai à ceux qui, sans être très-versésdans les scien-


ces physiqueset chimiques, voudraient cependant tenter
des expériences de transmutationdes métaux d'après les
données qui précèdent, que le succès peut également
couronner leurs efforts la pratique l'emporte, et de
beaucoup, sur la théorie; la pratique peut toujours con-
duire à des progrès nouveaux, souventà desprogrès tout
à fait imprévuset inespérés.
Ondoit prendre pour base des expériences l'argent,
par les raisons développées dans mon second Mémoire
on pourra ensuite les varier de plusieurs manières, afin
de mieux se rendre compte des résultats et de ne
pas s'écarter de la. vérités Qu'o~apereavec dès méta~
facilesà obtenir parfaitement purs, qu'on renouvellefré-
quemnten.tdes expériences comparatives, et l'on sera
toujours rament dans la bonne voie. s'it arrivait qu'on
s'en écartât.
J'ai longtempspoursuivi la recherche d'un reactif très-
sensible, permettant de constater la présence dela plus
petite parcelle d'ordans d'argent; une eau régate, compo-
séede [~ à ~parties d'acide sulfurique pur et d'une par-
tie d'acide nitrique c'gatement pur, est te réactif auquel je
me suis arrêté comme au plus sensible de tous ceux
qu'il m'a été donné d'essayer.
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX <)!

Sa manipulationest un peu longue mais il a l'avantage


de déposer l'or avec sa couleur naturelle et un éc!at mé-
tallique parfait, qui permet d'en distinguer la moindre
parcelle. est bon d'observer que, quand tes métaux
attiés à l'argent sont en trop forte proportion, ce réactif
n'est plusaussisensible il convient,dans ce cas d'y ajou-
ter une plus forte dose d'acide azotique.
J'insiste sur la nécessite, pour ceux qui veulent se li-
vrer des expériencesde cette nature, de s'assurer d'un
réactif d'une grande sensibilité; c'est un point tellement
capital, que souvent, faute d'avoir pu se rendre compte
des résultats minimesdus &l'action des agents chimiques
ou~autr€s,onre{etfeunprocéd'~bonentuL-menïe;dQnt
il n'a pas été possible de bien apprécier la valeur, alors
que peut-être on approchait du résultat souhaité.
Je joins ici la liste des objets qui composent le maté-
riel nécessaire aux expériences de transmutation. Ce
matériel n'est pas très-considérable. H faut posséder
deux fourneaux,t'un à main, l'autre à réverbère quel-
à
ques cornues et creusets de terre des tubes fermés
un bout, avec un support un porte-filtre, des enton-
noirs quelques cornues de verre, des capsules de por-
celaine des verres à expériences, une lampeà alcool.
En fait de produits chimiques,il faut des acides suttu-
94 LOR
1..1! 7-

rique, .nitrique et hydrochlorique purs, du nitrate de


potasse pur, du peroxyde de manganèse, du chlorate de
potasse, du nitrate d'ammoniaque.de l'eau distittée; des
métaux, argent, cuivre, fer et zinc, aussi parfaitement
purs que possiblc.
On le voit, je ne meréserve rien, j'ouvre la voie toute
large à ceux qui voudront y marcher avec moi, mais, en
présence de mes convictions profondes, quand la trans-
mutatton des métaux, admise dans la- pratique,
peut rea-
gir avec tant d'énergie sur les destinées de la France,
élever la voix pour proclamer ma découverte et la faire
accepter, c'est plus que mon intérêt, c'est mondevoir.
CINQUIEME MEMOIRE

~os Os
Pr~c~M r~ca~JmM des Sciences~M s~ne~ du tC~'–
oe<t)<'ret8~.

Sur la transmutation des métaux.

SOMMAIRE

De tatransmutation en or de ['argentallié.r Des expérien-


ces faites&la Monnaieimpérialede Paris. Dela ditHcuttc
4"Detademo-
d'amenertes mctaa){:&t'ctatcnimiquemefttpt)t'.
né-tisation
de t'oret de t'argent.

Dans mes précédentes communications,j'ai exposé


comment, quand on projette dans t'acide nitrique pur de
la limaille d'argent pur ou allié au cuivre,il se formetou-
jours un dépôt noir plus ou moinsabondant,dans lequel,
la plupart du temps, on ne reconnait nullement l'appa-
rence de l'or, surtout quand ta production de ce metat
est trop minime pour permettre de distinguerles atômes
d'or artificiel produits. Afin qu'il ne puisse rester ancun
doute dans l'esprit de t'opérateur, décantez avec soin la
f
9~ L'OR

partie limpide, puis ajoutez dans te tube de l'acide sul-


furique pur, dix à douzefoisle volumedu liquide restant;
en chauffant on fait disparaitre entièrement te
dépôt noir
et la tiqueur devient parfaitement
limpide. Maintenez
pendant trente-six heures au moinste tube dans un bain
de sable à une température de ;oo degrés environ;
chauffezplutôt plus tontempsque moins; )'or nese
dépo-
sant pas toujours, quoiqu'il en existe dans ta liqueur, il
se forme, sans doute, un sel double d'argent et d'or très
stable, qui se produit en présence des deux acides sut-
furique et nitrique, et empêche t'or de se déposer. C'est,
ce me semble, ce qui peut expliquer comment dans deux
expériences faites~sur!e-mëmeargent, dansâtes mêmes
circonstances, avec les mêmes acides, l'une donne de
l'or, tandis que t'autre n'en donne pas. Cet effet est-il
dû à la présence de composés oxygénés de l'azote restant
r
dans t'acide sutfurique C'est ce que j'ai peine à croire,
ayant observé ptusieurs fois que te dépôt d'or avait lieu
ators qu'il existait encore du gaz nitreux dans t'acide.
J'ai observé que plus les tubessont étroits, plus ta décan-
tation du nitrate a été complète, ptus le dépôt de i'or se
fait facilement tes pellicules
métattiques se rassemblent
toutes au fond du tube tandis que s'i! se
déposait des {
cristaux de sulfate d'argent dans la liqueur, ceux-cidivi-
LA.TRANSMUTATKM
DESMÉTAUX 97

seraient t'or dont la présence ne serait plus aussi appré-


ciaMc. On peut voir que le dépôt de l'or de ces deux
acides est aussi un phénomène complexequi demande à
être étudie avec soin, afin de rendre compte des circons-
tances qui t'empêchent quelquefois de se déposer.
Lorsqu'on n'est pas trop pressé par le temps, il faut
toujours laisser s'écouler un intervallede plusieursjours
entre la première opération et la suite, en ayant soin de
maintenirtes tubes Aune température de ~oà 60 degrés.
Si le temps te permet, exposez tes tubes à la radiation
solaire, après quoi, l'on décantera la partie claire du ni-
trate d'argent sans faire bouillir; le résidu sera ensuite
traité par l'acide sutfunqu<t,commeita étéditplus haut.
Lorsqu'on chauffe [es tu6es, i! se dégage des vapeurs ni-
treuses qui continuent de se produire jusqu la décom-
positioncomplète de l'acidenitrique; la liqueurconserve,
tant qu'elle est chaude, une faibleteinte jaunâtre qu'elle
perd par te refroidissement.
En poursuivantmesexpériences de transmutation, j'ai
observé, ce qui pouvait être prévu d'après mes premiers
résultats, qu'en dissolvantAptusieurs reprises dans l'a-
cide nitrique pur te même argent allié au cuivre (ces
deux. métaux étant exempts d'or) et précipitait &
chaque fois l'argent de sa dissolution par le même cui-
<)3 L'OR

vre, aprèsquatreprécipitationssuccessives, j'ai pu <aci-


ement constater la présence de l'ordans ['argent allié
au cuivre. Si t'on fond à chaque fois t'argent, ta quantité
d'or produite sera ptos grande ce qui semblerait indi-
f
quer encore que certaines parties d'argentchangent d'é-
tat moléculaireen passant par ces variationsde
tempéra-
ture, et que ces parties modifiées sontplus aptes à pas-
ser à t'état d'or en présence des
composésoxygénés de
l'azote. On m'a objecté que t'or provientdu cuivre em-
ptoyéà la précipitation de t'argent j'ai essaye ce même
cuivre, en quantité ptus grandeque celleemployée à ces
précipitations successives, sans avoir pu en obtenir te~
moindrestraces d'oc. ~'atentrepds d&:nouvet!esexpé-
riences dans le but de parer a ces objections;
aussitôt
qu'elles seront terminées, j'en ferai part à l'Académie).
Je me demande pourquoi la présence du cuivre ne (sci-
'tera it pas pour l'argent le moyen de
passer en tout ou
en partie à un état motécutaire diSérent,
qui, sous cer-
taines influences,par exemple sous cellesdes
composés
oxygénésde l'azote, favoriserait ta fixationde t'oxygène
dans ces parties, en leur procurant un état moléculaire
semblableà celui de l'or, av,;c tes propriétésde ce mé-
ta)? Pourquoicette nxationd'oxygène. si réettementette
a tieu, nese produirait-ellepas d'une manièreinverse de
tA TRANSMUTAttÔX
CES MÉTAUX

celle qui se produit dans tes essais d~rgent par ta cou-


pellation, au moment où s'accomplit ce curieux phéno-
mène qu'on appelle t'éctair' L'intéressant travail de
M. Levo! à ce sujet, ne peut laisser, ce me semble,
aucun doute sur ce fait, que l'argent, a une haute tempé-
rature, cède au cuivre t'oxygène qu'il a absorbedans l'air
au moment où la température s'abaisse, et où l'argent
passe à l'état solide. Pourquoi, je le demande, un effet
inverse n'aurait-il pas Heu La chimie n'offre-t-ellepas
d'exemples de semblables réactions?
J'ai observé également que la présence du fer, en
petite quantité, facilite la production de For.

Ë'.ïp~fMM~~&sd /aJMontt<u<; tm~t'rM~ ~jPan!, eft


pn'Mnee~M.LEvoL.MM~r.
t~ séance, commencée à une heure et demieet termi-
née à trois heures. Deux alliages d'argent exempts d'or
ont été fournis par M. Lcvot, l'un à f)00 mittfemes,l'au-
tre à 8~0 millièmes une partie de chaque alliagea été
réduite en limaille, puis passée à t'aimant: deuxcenti-
grammes de chaque limailleont été projetés dans['acide
nitrique à 40 degrés, versé préalablement dans les tubes
Certaines partiesde limaillene se sont dissoutesqu'âpres
une ébullition prolongée: puis on a constaté dans cha-
'00 t.'OK

que tube ta présence d'un <a~)ë dépôt noir insoluble,


dans lequel il était possible de
distinguer l'or produit le
dépôt a été attribué à du charbon, du fer et à d'autres
'mpuretés. Selon moi, ce dépôt devait contenir de l'or.
Cette expérience n'a pas été poussée
plus loin. Le reste
de chaque alliage a'été traité
séparément par le même
acide; celui dans lequel il entrait un peu de fer qui ne
s'est pas allié, a forméun dépôt qui a
empêchéde recon-
naitre si réellement il y a eu production
d'or; l'autre
alliagea donné un faible dépôt d'or. Sefon l'expression
de M. Levot, ce sont des mittioniemesde
milligrammes.
M. Levol prétend que cet or
provient de l'argent qui
n'était pas pur moi je pense qu'il a été
produit dans la
réaction
2°"' séance commencée à deux
heures, terminée à
quatre heures. Trois échantillons d'argent, dont un
fourni par M. Levot et deux fournis
par moi, ont servi
à ces expériences
j'ai réduit en limaillequatre à cinq
décigrammes de chaque alliage, qui a été partagé en
deux parties à peu près égales. Une
partie seule-
ment de chacune des limaillesa été
passée à l'aimant,
puis elles ont été introduites dans des tubes
séparés et
étiquetés j'ai versé par-dessus ta limaille de l'acide ni-
trique pur à 40 degés ['acide a été porté à t'ébuMition.
LA TRANSMUTATfON DES MÉTAUX lot

afin d'activer la réaction et d'abréger la durée de l'opé-


ration. Comme dans ta première séance, la formation
d'un dépôt noir dans tous les tubes a été constatée-
Afinde rendre sensible la présence des atomes d'or arti-
ficiel produit dans ces réactions, j'ai décanté ta partie
limpide; l'acide se trouvant trop concentre, la décanta-
tion a été difficileà cause de ta formation des cristaux
de nitrate d'argent; elle a été défectueuse surtout sur
tes tubes étroits; puis, j'ai versé de l'acide sulfurique
pur dans les tubes sur le dépôt noir qui s'est dissout en-
tièrement. Les tubes devaient être places dans un bain
de sable et portés à une température de ~ooet quelques
degrés; à défaut de bain de sable. les tubes ont été mis
dans tm creuset rempli dé sable etptacé préside l'ou-
verture du fourneau &coupelles: les tubes sont restés là
jusqu'aulendemair to heures; te feu n'ayant pas été en-
tretenu, la température n'a fait que décroître. Les tubes
visitésn'ontdonné aucunetrace d'or. Je reconnusdu pre-
mier coup d'aeit que la température n'avait pas été assez
élevée,que, par conséquent, l'or ne pouvait pas être dé-
posé, puisqu'il était maintenu en dissolution par l'acide
nitriqueexistant dans la liqueur. Je pris tes deux grands
tubes contenant ta même limaille d'argent t'acide fut
porté à t'ébuttition il s'est dégagé immédiatement des
!0~ [.'OR

vapeursnitreuses,- Aprèsune<!but)ttio:rprotongge pen-


dant près de deux heures, il s'est déposé de t'or dans
t'un des tubes, l'autre n'en n'a pas fourni de traces t'é-
buitîtion dans ce dernier tube, n'avait pas été aussi régu-
lière que dans J'autre. y a eu des soubresauts et des
projections d'acide hors du tube i peut se faire que
t'or précipité ait été entralné avec l'acide qui s'est
échappé au dehors.
Ainsique je t'ai fait observerdans mes Mémoires, les
résultats de mes expériences ne sont pas toujours identi-
ques, tout en opérant avec les mêmes matières et sous
t'influence de circonstances identiques.
Avant de quitter la Monnaie, j'avais commencé une
troisième expérience sur te dépôt qms'est farmé: dansi~
liqueur contenant les décantations des six tubes. Ce dé-
pôt a été traité comme dans tes autres tubes par l'acide
sulfuriqueporté immédiatementà l'ébullition et maintenu
en ébuttition pendant plusieursheures. Le [endemain, à
mon arrivée à la Monnaie, on me dit que le tube était
cassé; l'acide coulait effectivementsur les parois exté-
rieures du tube: mais après un examen attentif, je recon-
nus que Ic tube n'était réellement pas cassé, et que
l'acide ne pouvaitprovenir que des soubresauts qui t'a-
vaient projeté en dehors. Je constatai dans le tube de
LA TRANSMUTATtON DES MÉTAUX t0~ ->

faiblesatomes d'or à peine visibles à ta vue simple mais


rien ne prouve que, cette fois encore, ta majeure partie
de t'or n'ait pas été projetée hors du tube.
M. Levotme dit alors Vous voyezqu'il n'y a réelle-
ment pas d'or produit en quantité appréciable. Je recon-
nais, lui dis-je, que l'or déposé n'est pas en aussi grande
quantitéqu'il devait t'être, ce que ('attribue à la manière
dont les tubes ont été chauds. Je demandai alors à
M. Levât de chauffer au bain de sable les quatre tubes
qui restaient, afin d'opérer dans tes mômescirconstances
que celles où j'opère à Grenelle. M. Levot me répondit
Nous en avons assez, nous savons à quoi nous en tenir
quand vous aurez des procédés plus sdrs, et que vous
produirez des quantités d'or apprëeiaBtës, venez me
trouver. Mais si j'en étais là, je n'auraisplus besoin d'en-
couragement.Ce que je sollicite, ce sont précisément
les moyensde pouvoir continuer mes expériences et per-
fectionner madécouverte.Je ferai observer seulement ici
que, quand on opère sur deux décigrammesde matière,
it est très difficiled'avoir des quantitésd'or
appréciables
ce que je tenais à constater, c'est qu'avec de
l'argent
chimiquementpur, je pouvais produire de l'or. C'est
pour cela que j'insistais si vivement auprès de M. Levot,
pour avoir de l'argent exempt de toute trace d'or.
Ut t

)t
t0.t LOR

Ewresumé,i)mesembtequ'itaéte'constaté~
t" Que certaines parties de limaille d'argent restent
inattaquées dans l'acide nitrique,qu'elles ne se dissolvent
qu'après un certain temps d'ébuttition.
2" Qu'il se forme constamment un dépôt noir, ptus ou
moins abondant.
Que ce dépôt noir est entièrement soluble dans te
mélange des deux acides nitrique et sulfurique.
Que le mélange de ces deux acides dissout l'or,
ainsi qu'une expérience faite sur un morceau d'or pur l'a
constaté seton moi il y a dissolutionde l'or, et non dé-
sagrégation du métal.
Que l'or ne se dépose qu'après une ébuttition pro-
longée et un dégagement abondantde vapeurs-nitreu-
ses.
6" Enfin, que t'or se dépose en pellicules excessive-
ment minces, avec l'éclat de l'or métattique le plus
pur.
7" Quant au fait capital, ce n'est point à moi à me pro-
noncer Je crois devoir m'abstenir.
M. Levol m'ayant dit qu'il n'y avait pas lieu à faire un
rapport sur ces expériences, j'ai pris le parti de les rap-
peler ici, afind'éclairer à cet égard le jugement des per-
sonnes au courant de mestravaux et de celles auxquel-
t'
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX te~

les j'avais annoncé ces expériences. Ce que je


regrette
infiniment,c'est que M. Levol n'ait pas eu assez de
de temps disponible pour continuer et répéter cesex-
périencesqui, aprèstout, ont été très onéreuses pour moi
par la perte de mon tempset par mondéplacement. puis-
que je n'ai pour moyen d'existence que te produit de mon
travait. Cependant, je n'ai point hésité un instant sur
es sacrificesqu'allaient m'imposer ces expériences. Ce
fut un grand désappointementpour moi de voir qu'on ne
voulaitni les continuer ni me permettre de terminer
celles qui étaient commencées où je croyais rencontrer
aide et protection, je n'ai eu que la plus amere des dé-
ceptions on m'a opposé la plus cruelle fin de non
recevoir.
On commence par trouver qu'il est difficile, sinon im-
possible, de préparer de ['argent chimiquement pur
ce qui est bien autrement impossible pour les autres mé-
taux, cuivre, fer, zinc, etc. La raison en est toute simple
on emploie,pour tes obtenir purs, les réactifs qui agis-
sent sur eux en modifiantleur état moléculaire, dans un
rapport plus ou moins restreint, suivant des circonstan-
ces inappréciables jusqu'à présent, et qui constituent te
hasarddes opérations ces parties ainsi modifiées sont
aptes à passer un état supérieur d'inaltérabilité en pré-
t0& L'OR

sence des agents oxydants. H en sera de même pouf


tous les métaux, si t'en cherche à lesavoirà un état de
pureté parfait. C'est une étude &faire que de chercher
tes causes qui modifient ainsi les propriétés des corps,
afin d'empêcher ces altérations moléculairesde se pro-
duire, et d'obtenir des métaux chimiquementpurs; au-
trement, il ne sera jamais ppssibled'y arriver. C'est, ce
me semble, pendant le passage d'un corpspar ces divers
états d'oxydes, que certaines parties de ces métauxse
modifient entièrement (surtout en présencede la lumiè-
re sotaire), mais en des quantités si faibles qu'elles ne
sont pas encore appéciaMes à nos moyens d'investiga-
tions. C'est a nousà nous tenir sur nos gardes, afin dc
saisir la- cause de ces variations pour tes continuer
ou les arrêter à notre gré. Ce point obtenu, la trans-
mutationdes métaux deviendra un art des plus
impor-
tants.
Selon notre manière d'envisager les métaux, ils doi-
vent être formés seulement d'hydrogène, combiné de
diverses manières et en diverses proportionsavec t'oxy-
gène ces combinaisons formeront tous les métaux qui
existent et qui peuvent exister, lesquels seront
plus ou
moins altérables ou oxydables selon qu'ils renfermeront
une plus grande quantité d'hydrogène,et d'autant moins
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX !0~

Kttérabte~qu'i) rentermeront-une ptus grande quantité


d'oxygène.Ainsi, d'aprèsces donnéessur cette ctasse
de corps, it suffirapour rendre un méta) parfait de lui
faire absorber, dans certaines conditions; de l'oxygène
ou de lui enlever de ['hydrogène,et Mec M*M pour te
rendre moins parfait, il ne faudra que lui entever de
['oxygène, ou tuifaire absorber de l'hydrogène.
Le métal pur primitif serait donc t'hydro~ene inaftéra-
bte dans ses propriétés: nous ne te connaissonsqu'à l'état
gazeux nous n'avons encore pu :e solidifier,ce qui nous
aurait sans doute eetairé sur sa nature. L'eau seraitdonc
un oxyde métallique liquide particuHer, différent des
autres qui sont solides, de même que nous avons un me-
taifiqutde, [e mercure, tandis que tous tes autres sont
plus ou moinssolides il ne peut rien y avoird'étrange
dans cette manière de voir, qu'on pourrait, après tout,
appuyer de bien d'autres faits ptus concfuants que ne te
sont tes deux états d'être de ces corps à ta température
` ordinaire.
Les travauxdu célèbre Van Mbns à ce sujet, publiés
à Louvain,en tS: montrent que des hommesde science
ont déjà envisagéta question des métaux sousle même
point de vue.
Les métaux qui doiventrenfermer te plusd'hydrogène
'08 L'OR

seront l'ammonium, tepotassiunr.te sodium.etc.~et


ceux de ta même série qui doivent en renfermer le moins
par rapport à l'oxygène seront le platine, l'or, l'argent,
etc. C'est ce qui est indiqué en
quelque sorte, par leur
densité, leur peu d'affinité pour l'oxygène, leur attérabi-
ttté en présence des oxydes alcalins des
premiers métaux
qui, au contraire, ont une faible densité et une grande
avidité pour l'oxygène.
Je reconnais toute l'insuffisance des faits
pour établir
convenablementcette théorie des métaux, puisque {e ne
suis point encore parvenu à extraire
l'oxygène d'un métat
quelconque,de l'or par exemple, ce qui l'aurait ramené
à l'état d'argent ou d'un autre métal. Malheureusement

tesappareitstnemanquentpout'tenter des expériences


dans ce oùt il n'est peut-Strepas donné à ta science d'y
arriver; mais, au moins, j'aurais vouluavoirla satisfaction
d'avoir, par des essais suffisamment concluants, ouvert
la voieà des recherches nouvelles d'une incalculable
por-
tée.
Qu'on me permette d'ajouter ici quelques mots sur les
conséquences probables de cette découverte sous le rap-
port de nos intérêts, et de la suppression de notre mon-
naie d'or et d'argent.
Les métaux étant reconnus des corps composés, déri-
LA .TRANSMUTATtO!) DES MÉTAUX t09

vanf tes uns des autres, la production derorartinciet


constatée, notre monnaie or et argent ne peut plus se
maintenir tôt ou tard, il faudra qu'elle disparaisse de
nos relations commerciales,pour devenir une marchan-
dise, comme tous les autres produits de l'industrie hu-
maine.
fi y a d'ailleurs des raisons très-plausibles de croire
qu'il doit en être ainsidans un avenir très prochain;
pour le moment, la suppressionde t'or comme monnaie
semble imminente;dans t'ëtat actuel des chosesc'est ce
qu'on peut prévoir rien que par l'abondante production
des mines d*or de ta Californieet de l'Australie seule-
ment, qui continuent de verser l'or outre mesure dans
~circulation'.
La. production de l'argent n'est plus en rapport ni
avec celle de l'or, ni avec les frais d'extraction, qui res-
tent à peu près toujours tes mûmes, pour les mines d'ar-
gent, parce que les filons argentifères sont d'une pro-
duction plus uniformeque tes filons aurifères, qui ne
peuvent être guère suivisavec succès, t'or ne se trouvant
que de place en place disséminédans le sol, à peu de
profondeur au-dessous de la surface de la terre. C'est
ce qui a lieu dans les mines et surtout dans les ~j~rï,
esquettes fournissentla plus grande partie de notre or,
trb r.'oR

eeqai met-l'extractionde' ce metat â~taporféëdë toutes


les bourses, en un mot, de tout, hommetravailleur; de
plus ce métal se rencontre à t'état natif, il est vendu tel
qu'on l'extrait du sein de la terre.
Pour l'extraction de l'argent, au contraire, les condi-
tions sont très-différentes. Ces mines ne sont la plupart
du temps productives qu'à des profondeurs de too à 200
mètres plusieurs sont exploitées à plus de ;oo mètres
de profondeur; l'épuisement de l'eau exige l'emploi de
machinespuissantes de ptus, ce métal n'est pas pur, if
faut le purifier, ce qui exigeencore une main-d'oeuvre
longueet coûteuse. Une grande avance de capitaux est,
commeon le voit, nécessaire pour exploiter les mines
d'argent, ce qui restreint cônsidëra&tement~t'ëxft'aëtton
de ce métal très-rëpandu, d'aitteurs, mais peu exploité.
On serait vraimentétonné du nombre de mines d'argent
déclarées seulementau Mexique dans un intervalle de
M ans; j'en pourrais citer ;o,ooo sur lesquelles un tout
petit nombreseulement est exploité. Ces faits expliquent
comment ta production des deux métaux précieux ne
peut conserver un rapport à peu près constant, en
présence de l'exploitation des nouveaux gisements d'or
découverts depuis peu sur plusieurs points du monde,
et t'en en découvrira probablement bien d'autres. Dans
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX ) 11

quelquelien qu'ibse rencontrent, aussitôt qu'ils seront


connus ils seront exploités, et leur exploitation pourra
prendre en peu*de temps une extension considéraMe.
Aussi depuis longtemps la valeur respective des deux
métaux précieux n'est-elle plus dans le rapport qui leur
fut attribué dans le principe. On comprend combien l'ex-
traction de i'or doit finir par porter préjudice à la mon-
naie d'or qui conserve toujours la m~mevaleur, sans
égard au prix de revient. C'est, it est vrai, le moyen de
stimuler l'extraction de ce métal c'est une forte prime
que tous les gouvernementstui accordent; mais cet état
de choses n'est pas stable, il peut et doit varier d'un
moment à l'autre. Voyons où cela peut conduire quant
à nos intër&tspersonnets dès à présent, ne voyons-nous
pas chaque jour s'accroîtref abondancede l'or sur nos
marchés, au détriment de l'argent qui disparatt de nos
relationscommerciales
Supposons quêtes États voisinsde la France viennent
tout à coup supprimer l'or comme monnaie de leurs
relations commerciales, et à ne plus t'admettre que
comme marchandise ayant un cours variable; c'est ce
qu'a déjà fait la prévoyante Hoilande on devra s'atten-
dre dans ce cas une baisse considérable de ce métal
qui, n'ayant que peu de consommationdans l'industrie.
tt2 L'OR
R

n'aurait qu'un débouché fort restreint. Qu'on juge de t~


perturbation {etée dans ta circonstance monétaire chez
les nations qui posséderaient le plus d'or, et qui n'au-
raient pas pris l'initiativede fa suppression de ta monnaie
d'or.
H suffit,ce me semble, d'appeler l'attention des hom-
mes compétents de mon pays sur ce sujet, pour qu'ils
songentaux mesuresles ptus convenablesà prendre
dans l'intérêt de ta nation.
En supposantqu'on retire l'or de la circulation moné-
taire, ce qui ne peut tarder longtemps, on n'aura encore
fait autre chose que diminuer le mat, mais il subsistera
toujours tant qu'onne supprimera pas entièrement t'emptoi
des deux métauxprécieux comme représentation moné-
taire des valeurs,
De ce qu'on est parvenu à produire de t'or artificielle-
ment, on doit s'attendre également à ce que d'un jour à
l'autre, on produira de l'argent, et cela d'une manière
avantageuse, il n'y a pas à en douter. Aussitôt que ces
découvertes seront reconnues et publiées, l'extraction
des métaux précieux est trop coûteuse, pour qu'ette
ne soit pas promptement dé!aissée et abandonnée pour
être remplacée par l'industrie nouvellede la transmuta-
tion des métauxcommuns en métaux précieux, ce qui
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX H}

permettra de faire passer le cuivre à t'état d'argent et


d'or.
H ne faudra pas longtemps pour que cette industrie
devienneflorissante, du moment où les hommes actifs et
éclairés auront te courage de s'y mettre, sans être arrê-
tes par ta crainte d'être traités d'atchimisteset d'insen-
sés. Alors cet art commencera réellementà progresser
l'appât du gain qu'offrira longtemps cette industrie fera
que de toutes parts on se mettra a t'œuvre. H ne sera
plus nécessairede s'expatrier pour se procurer ces mé-
taux mais chez soi, au sein de sa famille, on pourra se
livrer à ces travauxqui deviendront une sourcede bien-
être pour l'humanité il ne sera ptus nécessairede se rui-
ner te tempéramentpour extraire du sein de la terre ces
métaux sfrareycomparattYem~t&d~autres~u'ontrottve
partout en abondance; il n'y a, commeon dit, qu'à se
baisser pour en prendre.
La suppression de l'argent, comme monnaie, ne peut
manquer de suivre cette de l'or, sans compter ici sur la
transmutationdes métaux, regardée encorepar le publie
comme une illusion mais tes progrès incessantsque fait
chaque jour la chimie, apprennent à purifier, à obtenir à
l'état libre des métaux précieux parleurs propriétés, qui
pourront être obtenus à des prix inférieursà ceux des
L'OR

métaux précieux proprement dits. Ces nouveaux métaux


pourront être alliés avantageusementà l'argent il sera
très difficilede reconnaitre la fraude, le faussaire ne se-
rait, âpres tout pas te-seu! coupable.Hvaudra mieux, je
pense, supprimeren temps utile ta monnaie d'argent, et
ne garder commemenue monnaie, pourfacititer les échan-
ges, qu'un alliage plus convenabfeque celui de billon.
Les deux autres métaux,argent et or, seraient
remptaces
par du papier-monnaieque j'appellerai papier hypothé-
caire, parce qu'it devra représenter une propriété comme
le billet de banque représente un lingot d'or ou
d'argent.
Je termine ici cet exposé il suffira, je
pense, pour le
moment, pour fairecomprendre la gravité de la question
de la productionartiHcieUedes métaux
précieux.
Oh fe voit, je parle ici contre mes propres inférets
car la suppression de t'or, comme monnaie, enlèvera
beaucoup de prestige et de valeurà ma découverte fin.
téret générât, ce me semble, doit passer avant l'intérêt
personnel je n'ai pour but que de faire profiter de mes
travaux mon pays et la science.
SIXIÈME MÉMOIRE.

Pft'ïMS fAfXKMntM Sciencesle ï~ ~Jc~m~ret8~.

SUR LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX.

L'expériencesuivante doit servir de base à la réalité


de ta découvertede ta production artificiellede t'cr. Fai-
tes dissoudredans l'acide nitrique purune pièce nouvelle
de cinq francs, quoiquecette piècesoit sensée ne pas con-
tenir d'or. Elle en contient toujours des traces vous en
trouverez ptusqu~eite n'en contenait réellement. C'est
qu.: t'or produit dans cette réaction s'ajoute à !'br exis-
tant précédemmentdans la pièce dans cette opération~
l'or se dépose en petits flocons bruns rougeâtres qui na-
gent dans la liqueur étendez celle-ci d'eau distiHee.
puis filtrezcette mêmedissolution plusieursfois de suite,
afind'en tirer tout l'or, précipitez-en l'argent par du cui-
vre pur, réduit de son chlorure par l'hydrogèneou par le
sel marinpurifié dans ce cas, lavez le chlorure à l'eau
pure, puis à t'eau de chlore réduisez ensuite !e chloru-
tt6 t.'QR.

reparla craie et te charbon, ou bien encore parte gaz-Z


hydrogène fondezcet argent et convertissez-le en gre-
naille, en le dissolvant dans l'acide nitrique pur, vous
aurez un dépôt d'or, quel que soit le moyen que vous
avez employé. Filtrez de nouveau cette dissolution après
`
t'avoirétendue d'eau distittée,vous en séparez l'or pro-
duit continuezcette opération comme il a été dit ptus
haut, vousaurezencore de !'or répétez-ta. mêmeptusieurs
foisde suite, vousaurez toujours de l'or en quantitésd'au-
tant ptusappredabies que vous opérez sur de ptus grande
quantités de matière.
On m'objectera que t'or est fourni par le cuivre ou te
sel marin, ou ta craie et le charbon, ou l'eaudans laquelle
on grenaillet'argent. Maisalors qu'on veuillebien m'indi-
quët'un moyend'obtenirde t'argenf chimiquement pur. St
vous ne pouvez pas obtenir ce mëtat exempt de toute
trace d'or, avouez donc si vous ne voulez pas affirmer
franchementqu'il est possible qu'i! se produise de t'or,
dans ces réactions mais ne niez pas la possibilité du
fait ce serait faire tort à vos connaissances.Il est vrai que
dans les expériences ci-dessus on obtient des quantités
d'or minimesqui ne sont pas toujours en proportion avec
ta quantité d'argentemployé; j'espère avant peu en four-
nir l'explication.
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX Il Î

Une analysequi doit intéresser[ascience au- pointde


vue de la transmutation des métaux, est celle qui a été
faite par M. le duc Maximiliende Leuchtemberg (Mil-
Ion et Reiset, /tftn;M<n:J<;e/tt'mM,[848, page 81) sur le
précipitenoir qui se formequand on décompose le nitrate
de cuivre par l'électricité vottaïque, et qu'on se sert du
cuivre du commerce pour formerles deux p&tes. H se
produit peu à peu au pote positif,une poudre noire long-
temps regardée comme de l'oxydede cuivre impur; cette
poudre a donneà l'analyse tes métauxsuivants
Antimoine.. 9,22 Fer. o.~o
Étain. ;~o Nicket. 2,26
Arsenic. 7,40 Cobatt 0,86
Ptat!ne~ 0,44 ~ànadMtn. 0,64
Or. 0,98 Soufre. 2,24
Argent. 4,~4 Sélénium. !.2y
Ptomb. t~,oo Oxygène. 24.84
Cuivre. 9,24 Sabte. t,oo
!t serait utile de répéter cette expérience en em-
ployant du cuivre aussi pur que possible; ce métalse-
rait dissous dans Facide nitrique pur, puis le nitratede
cuivre serait soumis &faction de la pite le précipité
qui se formerait étant soigneusementanalysé, on verrait
"8 L'OR

StréeHement on tl'ytrouveqacde~oxydë de cuivre; si-


non il faudrait recommencer de nouveau
t'expérience
sur ce même cuivre ainsi purifié une seconde fois, for-
mer de nouveau du nitrate de cuivre, puis te soumettre
à faction de la pile. S'it en résulte toujours de nouveaux
métaux en proportion à peu près constante, il
faudra
bien admettre la formationde ces métaux
pendant t'opé-
ration. On devra égatementpar comparaison traiter une
égaie quantité du même cuivre par l'acide sulfuriquepur,
et examinersi tes produits obtenus sont tes mêmes, etc.
Aussitôt que le temps me le permettra, je compte
fépé-
tercette expérience, car t'étectricitë,j'en ai la conviction,
joue un puissant rôle dans ces métamorphoses.

De la transmutation des métaux au point de vue


de la Géologie.

Les métiux, dans le sein de la terre, ne se trouvent


jamais seuls; its sont toujours associés plusieursensem-
ble et forment, pour ainsi dire, des famillesdont les in-
dividus ont d'autant plus de ressemblance, d'anatogie,
de propriétés physiques et chimiquescommunes, qu'ils
seront plus proches parents. C'est, en effet, ce
qui doit
t-
t.A tttA~SMUTATtON
DESMETAUX t!()

êtres!, comme}etepr~nds,tesmetauxsefbrment~
passent d'un état inférieur à un état supérieur d'inattéra-
bitité. De même ils ne peuvent pas exister seuls; par
exemple, le potassiumet le sodium, qui ont une grande
analogie de propriétés, ne se rencontrent-ils pas toujours
ensembte en des proportions très diverses Ils s'allient
en toute proportion its se substituent !'un à l'autre dans
les composés; le sodium ne doit être qu un dérivé du
potassium. Le nickelet le cobalt, par exemple, doivent
aussi être très-proches parents.
Le fer. le cuivre, ['argent et l'or, voilà des métaux
qui, seton moi, dérivent les uns des autres ces métaux
ont été [objet principal de mes recherches je ne (esai
poihtchotsis.au~ hasard, maisbiensuivanttem'ot'ctr&de
conductibilité pour la chaleur, ainsi qu'ils sont classés
par M. Despretz. Cet ordre correspond également avec
celui de leur dureté le fer est plus dur que le cuivre,
le cuivre plus que l'argent, l'argent plus que l'or, t'or
plus que le ptatine.
Le platine devrait donc faire suite à t'or c'est ce que
plus tard nous apprendra l'expérience il s'en faut de
beaucoup que leur densité soit dans te même rapport, ce
qui supposerait un mode d'agrégation moléculairediffé-
rent pour chacun de ces métaux. Nous ne pouvons pas
')
fM t-'OR

â~rmer que tes dcnsIMsdes mMaUx, têts qu'ontes a ob-


tenus, soient dans un même rapport. Je pense que pour
avoirle véritable rapport de densité qui existe réelle-
ment entre tes différents métaux, il faudrait pouvoir les
obtenirtous au même degré de pureté, dans les mêmes
conditionsd'électricité et de chateur. Par exemple. les
obtenir tous cristallisés par un faible courant voltaïque,
dans des liqueurs également concentrées et à la même
température. On prendraitalors leur densité telle qu'eue
serait dans les métaux ainsi obtenus t'écrouissage et le
martelagequ'on fait subir aux métaux altèrent plus ou
moinsleur état motéGutaire.Ainsi )'or cristallisé qu'on
trouveà l'état natif possède une densité bienmoins faible
qu&l''OFfbndu.Jëpensëquesitous les méfàuxq;uenous~
connaissonsétaient tous obteuus au même degré de pu-
reté, il serait facile, a priori, de les classer suivant leur
ordre de génération, en se fondant principalement sur
leurs propriétés physiques.
M. Dufrénoy (MMjf~o~e Dtt/r~o)-, t. Ht.
p. toc) dit en partant de l'or natif <<Les cristaux sont
nombreuxét vané;. Ils dérivent tous du cube. Les ptus
abondants sont des octaèdres et des dodécaèdres. Ils
sont rarement isotés quelquefoisces cristaux sont grou-
pés sous forme de rameaux,comme ;e t'ai indiqué pour
LA TRANSMUTATtOK DES MÉTAUX t2)

le-cuivre et t'argent.t.ears faces sont presque-toujours


ternes, elles sont en généra! arrondies, mêmepour les
échantillons extraits de filonset qui, par conséquent,
n'ont subi aucun frottement.Cette disposition lui est
commune avec plusieurs métauxnatifs et les arêtes des
cristaux sont arrondies commecelles de l'argent natif, 't
Ces observations viennentencore à l'appui de ma ma-
nière d'envisager les changementsmoléculairesque su-
bissent les métaux dans leurs différentes métamor-
phoses.
On sait, dans la pratique, que là où l'on rencontre
des mines d'or, tes mines d'argent ne sont pas loin, et
que l'or renferme toujours de t'argent ou du cuivre.
c'est~que. dans ta naturetJestransibrmationsne s'effec-
tuent jamaiscomplètement il reste toujours des atomes
du dernier métal, qui sert sans doute de fermentou qui
agit par sa présence en facilitant te passage du métal
nouveau à un autre état supérieur d'inaltérabilité. Mais
l'inverse ne doit pas toujours avoir lieu là où l'on ren-
contre de l'argent, il peut bien se faire que cet argent ne
contienne pas d'or !'or dérivantde l'argent, cette trans-
mutation peut fort bien n'être pas encore commencée,en
vertu de circonstances qu'on n'est point encore à même
d'apprécier. C'est, en effet, ce que la pratique nous ap-
m L'OR

prend. L~rgentqutcdnt!ent te ptusd'or dans tes mines


est toujours le plus prés de ta surface de ta terre à me-
sure que ces minesdeviennentde plus en plus profondes.
elles fournissent des quantités d'or de moins en moins
appréciables, et finissent même par ne plus en contenir
du tout.
L'pr ne se trouve, commeje t'ai dit dans mon der-
nier Mémoire, qu'à peu de profondeur dans le sein de
la terre il n'y a que de rares exceptions où l'on a
rencontré de l'or à de grandes profondeurs, ce ne sont
que de ces cas fortuits qui ne doivent provenir que de
causes accidentelles.
De ce que ''orne se trouve qu'à peu deprofondeurau-
dessousdetasuf<aeedëta.terre,it<autdoneen eonctu-
re que les agents extérieurs de l'atmosphère sont indis-
pensables à la transformation de l'argent en or. L'eau,
ce puissant dissolvant de la nature, est-elle ce minérati-
sateur que j'appellerai par excellence, qui porterait dans
son sein les éléments de la transmutation des métaux.
laquelle se renouvelant sans cesse, porterait conti-
nuellement la nourriture propre à tous les individusde
cette grande famille, les élémentsde t'air atmosphérique
aux diHerentsmétaux qu'eue rencontre sur son passage
conjointement avec les différents sels qu'elle dissout
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t2) J

Ens'infiltrant dansles roches, l'eau permettrait à ces


corps diversement associés entre eux, combinés de di-
verses manières avec les métattoïdes, en présence de
courants vottaïques ou magnétiqueset sous t'influence
des masses, de déterminer la transmutation des métaux
les uns dans les autres, et donneraittieu dans ces mêmes
circonstances à la transformationde l'argent en or.
Lors de mon passage à Saint-Ignacio, prùs Culiacan.
j'examinais une nouvelle mine de sulfure d'argent qu'on
venait de découvrir, où certaines parties de sulfured'ar-
gent étaient rougeâtres et désagrégées avec l'apparence
de la rouille. Les mineursmexicainsappellent cette subs-
tence particutiere qWA DEORO. Près de Cozala, ta
mine d'argent de M- Gonzalezcontient beaucoup d'or
elle est peu profonde, elle se trouve dans te voisinage
des sources sulfureuses.
Le soufre et f'air comme la plupart des métattoïdes.
doivent certainement influerpuissammentsur ces méta-
morphoses. L'or est donc produit par l'oxydation desdif-
férents sels d'argent au contact de l'air atmosphérique
dissous dans t'eau. conjointementavec les différentssels
qu'elle dissout, en présence de courants électriques dé-
veloppés, sans doute, par l'action de ces sets les unssur
tes autres.
t:4 !-OR

Klaproth, sous te nom d'électruma désigné un alliage


natif d'or et d'argent (MMjrj~M~ Dff/fJn< t.
p. 202). « Onvoit, dit Dufrênoy,dés lamelles qui repré-
sentent la couleurjaune de l'or, tandis que d'autres sont
d'un blanc jaunâtre en sorte qu'en choisissantles par-
tics différentes par la couleur, on obtiendrait des com-
positions très-variées." N'est-ce pas là encore un de
ces faits que ta nature nous montre comme exemplede
la transformationde ['argent en or ? Commentconcevoir
et expliquer ta formationde ces attiages si variés de ces
deux métaux dans un même minerai, si ce n'est par le
passage de l'argent à l'état d'or parce que certaines la-
mellesont été plus proches du courant générateur que
j'appelle courant étëetnquë, qui a favorisé dans certai-
nes famés tepassage d'une plus grande quantité d'argent
à l'état d'or, tandis que les autres, étant plus éloignées
ou ne recevant qu'une ptus faible portion du courant,
ont produit dans te même temps des quantités d'or de
plus en plus faibles.
M. Dufréttoy dit encore, même page « Les nom-
breuses analyses qui ont été faites des minerais d'or de
t'Amérique méridiona!&par M. Boussingault,et des mi-
nerais de ta Russie par M. Gustave Rose, montrent que
l'argent et l'or se remplacent en toute proportion, même
LA TRAKSMUTATMN DES MÉTAUX H~

dans tes cristaux et il ajoute « Ce résultatest natu-


rel et devait se prévoir, ces deux métaux étant isomor-
phes. a 1
D'après tes analyses mentionnéeso-dessus, M. Du-
frénoy fait observer que les proportionsd'argent sont
très variables. la moyenne est environ 8 pour [oo
pour les minerais de Sibérie, ettes'étëve à [-; pour too
pour ceux d'Amérique méridionale,ce qui établit une
dinerence remarquableentre tes minerais d or de l'an- F
cien et du nouveau monde, bien queles gisements soient
absolument dans les mêmes conditions.
Si c'est effectivementl'air, ainsi que je ['ai énoncé plus
haut, qui produit ta transformationde l'argent en or, il
serait donc permis d'admettre, sousce point de vue que
le nouveau mondea paru au-dessusdes eaux bien plus
tard que les nôtre en supposant que le passage de
l'argent à l'état d'or s'effectue graduellement aussi vite
dans l'ancien comme dans le nouveau monde, on peut
assigner à ces parties de continents l'époque respec-
tive de leur soulèvement c'est ce que plus tard les
géologues pourront détermineret vérifier,si ces données
sont en rapport avec t'état chronologique des soulève-
ments particls du monde.
LESBËIMX
m BESCORPS
CMP~S

DEUXIÈME PARTIE

PREMIER MÉMOIRE

La seconde partie de mes travaux a pour but la re-


cherche des causes qui régissent les métamorphosesdes
corps,métaltiques les uns d~nstesautres~ comme on [&
voit, fe problème résoudre est des plus ardus. Malgré
les résultats auxquels je suis arrivé des à présent, je n'ai
point la prétention de le résoudre complétement j'aspi-
re seulement&découvrir quelques-unes des causes qui
inftuent te ptus puissamment sur ces différents corps, et
qui tes portent à modiner teur état moléculaire en pas-
sant d'un état mferieur à un état supérieur d'inaltérabili-
té. Si je parviens à faire faire un pas de plus à cette par-
tie de la science métallurgique des transmutations, je
me trouverai suffisammentrécompense.
DESMÉTAUX
LATRANSMUTATION t2-

On trouvera peut-être que c'est de ma part une gran-


de témérité de vouloir persévérer à poursuivre ces re-
cherches. quand trop d'éléments me manquent à la fois;
temps, appareils et livres que je n'ai pas le loisir d'aller
consulter dans tes bibliothèques. Je m'exposeà répéter
des expériences qui ont pu déjà être faites dans ce
cas elles auraient pu me servir et me guider dans
les expériences que je poursuis sous un point de vue
différent. C'est une entrave de plus à mes recherches
malgré cela. je n'en continuerai pas moins mes travaux,
parce que je suis fermementet profondémentconvaincu.
J'ai fait de ['or. j'en fais encore tous lesjours, enquantité
très limitée. il est vrai, par des moyens dispendieux.
mars{e~toucn& peut-être-au~momentde livrerau monde
savantun procédé vraiment industriel pour faire de t'or.
un procédé rentrant dans les conditionsde la grande in-
dustrie, comme on fait du verre ou du bronze, comme
M. Dcville va faire un de ces jours de t'atumi-
nium.
Je n'ai point à entretenir mes lecteursde ma position
personnelle; je me bornerai simplement à exposer mes
expériences et tes résultats auxquelsje suis arrivé, en
exprimant tous mes regrets que ces expériences ne soient
pas aussi complètesqu'elles devraientt'être, comme elles
[28 L'OR.

le seraientsi j'avais pu employer des appareils plus con-


venablesà ces sortes de recherches.
Latumieresotaire~ cet agent complexe, me semble
cire, comme je l'ai déjà dit, un des éléments importants
dans l'oeuvredes métamorphoses des corps il doit agir
sur la matière par son action ptus ou moins prolongée,
en lui communiquant de nouvelles propriétés électri-
ques et chimiques en vertudesquelles tes moléculesmaté-
rielles peuvent s'associer de différentes manières, en
différentesproportions, suivant des arrangements mote-
cutairesparticuliers pour chacun des corps.
La lumière solaire doit aussi agir continuellement sur
les moléculesatmosphériques en les fécondant, c'est-à-
dire en,tes rendant propres &servfE<Ha;perfecti&ifitéde
tous les êtres vivants et inanimés. La lumière sotaire
n'influe-t-elle pas puissamment sur tous les êtres végé-
tauxet animaux, qu'elle semble en quelque sorte vivifier?
De même. il me semble qu'ette doit agir sans interrup-
tion dans l'acte des métamorphoses des corps métalli-
ques, c'est ce qui m'a déterminé à entreprendre mes ex-
périences de transmutationsous son influence, je pense
qu'en outre elle faciliteet active considérablement cer-
taines réactions chimiques.
Dans cette seconde partie de mes expénences, je <a's
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t~

intervenir la lumière solaire dans le but de tâcher de dé-


terminer son action dansl'acte des transmutations,d'une
part en tes comparant aux expériences faites à l'abri de
l'influence de ta lumière, de l'autre en comparant ses
effets à ceux de l'étincelle électrique, du courant voltaï-
que et magnétique dans ces mêmes expériences.
Voici le résume des questions que traitera cette se-
conde partie
ta Quelle est faction prolongée de la lumièresolaire
sur les gaz confinés secs et humides, soit isolés, soit
métangés ou combinés entre eux 1
2'' Quelle est l'influence prolongée de )'ctincette'é)cc-
tnque du courant vottafque eLmagnétique sur ces mêmes
gaz seuls et en présence de ta moussede platine
Quelle est faction prolongée de ta lumière solaire
sur les gaz confinés secs et humides, en présence des
métaux seuts et alliés entre eux Répéter ces mêmesex-
périencesâ l'abri de la lumière solaire.
Quelle est l'action prolongée du courant vottaïque
et magnétique dans ces mêmes expériences, en plaçant
les métaux dans le circuit vottaïquc ·
)° Soumettre à ces mêmes expériences les minerais
tels qu'ils se rencontrent dans les mines.
6<'Vérifierl'influencede la température, qui certaine-
t;o t.'OR

ment doit exercer des actions très diverses sur la marche


et les résultats de ces différentes expériences. Il faudrait
des appareils convenables pour qu'on puisse produire
dans ces essais de transmutation des températures pou-
vant être élevées graduellement en tes maintenant à un
degré constant pendant toute la durée de l'expérience.
C'est par ces opérations de tâtonnement qu'on parvien-
draà saisirles températures convenablespour arriver avec
certitude aux résultats qu'on veut obtenir: hors de là,
jamais on ne possédera une voie sure pour procéder
avec sécurité.
Le calorique est une force incalculablequi agit à fin-
finisur la matière et qui modifie chaque instant son
état. Cette force agit dans ta plupart des casrcomme te
ferait ta lumière solaire aussi je pense qu'on peut rem-
placer l'une par l'autre en t'appliquant convenablement.
Le calorique et t'étecfr'cité sont deux agents impon-
dérablesde forces incalculables qui agissent continuelle-
ment dans t couvredes métamorphosesdes corps c'est
par l'application de ces forces aux métaux,en présence
des composésoxygénés de l'azote, que se résoudront les
problèmes de (a transmutation des corps métalliques fes
uns dans les autres.
Mes moyens ne me permettant pas d'entreprendre à
DESMÉTAOX
LATRANsaUTATfOK t;t 1

ta fofstoutes ces expériences, je m'attacherai principate-


ment à celles qui ont été la base de mes premiers tra-
vaux.
La plupart des expériences que j'entreprends, pour
avoir plusde portée, devraient être prolongées pluslong-
temps et être faitesavec tous les soins possibles l'insuf-
fisancedu temps conduit souvent a des résultats négatifs
qui auraient pu devenir, par la suite, positi's. Aussine
me rebuterai-je point de ces premiers essais, quand
même ils ne seraient pas couronnés du succès que j'en
attends.
Voiciquelques-unes des expériences que j'ai entrepri-
ses à la température ordinaire cites ont été prolongées
pendan~phisd'uneatmee.
t"'<!Xpt'fMMt'.– J'a! suspendu d:tns un flacon d'un
litre rempli d'oxygène humide, un morceau d'argent fin
à mille millièmes,à l'aide d'un fil de platine que j'ai fixé
avec un peu de gomme laque à la partie inférieuredu
bouchonà l'émeri i'appareit ferme est resté expose à ta
lumière solaire au bout de six semaines, ta grenaille
d'argent avait pris dans certaines parties une teinte t~è-
rement jaunâtre. Ces parties ont continue, avecle temps
à prendre une teinte de plus en plus foncée au bout de
six mois, elles avaient acquis une teinte rouge-jaunâtre
t;2 L'OR

commet'oxyde defcr;pendanttessixderntersmotsdc ta
durée de t'expérience, la couleur de l'oxyde n'a plus
change. L'oxydationne s'est pas propagée sur toute la sur-
facedela grenaille,dontcertaines partiessont restéesavec
l'éclat et le brillantde l'argent. Cette particularité m'a
porté à penser que les parties oxydées sont celles qui
ont été en contactavec lesdoigts, sans doute que la par-
tie grasse et acide qui a adhéré à l'argent a condensé
l'oxygène dans les parties dont elle a détermina l'oxyda-
tion. Cet oxide, pour être réduit par taehateur, a néces-
sité une température plus élevée que l'oxyde ordinaire
tt a passé par la colorationnoire avant que t'argent eût
reprissablancheurnaturelle.
2*<?.~('«:c.–J'ar suspendu, par un moyen analo-
gue au précèdent, dans un flacon bouché à t'emert, un
petit tube fermé par un bout contenant de l'argent fin
précipité. L'expérience a duré le même temps que la
pfécédente. sans qu'il y ait eu oxydation de l'argent qui
a conservé pendant tout le temps le même écht;j'ai
observé qu'il s'est dissous plus dinicitement dans
l'acide azotique.
cf 4° M~'rt'M~. J ai répété les deux expérien-
ces dans le protoxyded'azote la grenaille d'argent a été
suspendue commeprécédemment:elle s'est oxydéedans
LA TR~NSMCTA-hON DES MÉTAUX 1 r

au jaune pâte
quelques parties seulement qui ont passé
et n'ont pas foncé en couleur comme dans la première
la formationde t'oxyde à la même
opération.J'ai attribué
cause qui avait produit l'oxydation de t'arment dansl'oxy-
gène.
acide
L'argent fin précipité de sa dissolution azotique
et séché, a été suspendu dans
par ducuivrepur, puisse
nullement oxyde;it acon-
le protoxyded'azote; il ne s'est
servé pendant tout le temps son brillant primitif. Ce
même argent, traite par l'acide nitrique, s'est dissous
sans dégagementde gaz.
~ex~n'MM.–J'ai répété t'expériencc précédente
dans le deutoxyde d'azote humide l'argent s'est dissous
sans quej'aie pudistinguer ta.formationdu gax nitreux i
le flaconétait peut-être mal bouché, ce qui aura permis
ta formationdu gaz nitreux par la rentrée de l'oxygène
et par suite la dissolutionde l'argent.
t

FAITES SOUS L'INFLUENCE DU COURANT


EXPÉRIENCES

VOLTAÏQUE.

~<m<Jrt;M~yj~i-
t~jxh'f~ncc/<<'? d rj~rt ~t:
recte. -J'ai suspendu au moyen d'un fil de platine un
dans un ballon à trois
grammed'argent 6nen grenaille
!?4 L'OR

tubulures rempli d'oxygènehumide; par les deux tubu-


tures de côté j'ai fait passer les pôlesde deux éléments de
Bunsen.te&potesvenaient aboutir à quelques miHtm&-
tres de t'argent. Au boutd'un mois, l'argent avait pris
dans toutes ses parties une teinte uniformed'une couleur
jaune d'ambre; j'ai continue encore quinze{ours cette
expérience sans observeraucun phénomène particulier.
L'oxydation de l'argent n'ayantpas changé de couleur, j'ai
démonta 1 «appareil la grenaillepesée avait augmenté
de ) milligrammes, {'af continué de nouveau l'opéra-
tion après avoir rempli le ballon d'oxygène et ai chargé
de nouveau la pile au bout de trois semaines, l'appareil
ayant été démonte, l'argent pesé n'avait pas sensibte-
ment augmenté ertpoidSrSa couleurétait devenue seu-
lement un peu plus foncée.
ï''<:xpt'r<eftt't:.–J'atremptacédsns cette expérience
l'oxygènepar te protoxyde d'azote, l'appareil est resté le
même au bout de quinze jours, t'argent était oxydé et
avait ta même couleur qae dans t'expénence précédente.
J'ai continué t'opération encore huit jours, l'argent pesé
avait augmenté de 6 milligrammes.J'ai renouvelé le gaz
et chargé de nouveauta pile: au bout de quinze jours
l'appareil ayant été démonté, t'argent pesé n'avait pas
sensiblement augmenté de poids, l'oxyde était seulement
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t~

devenu d'une couleur plus foncée, il était plus dense et


moins attaquable aux acides simples,iulfurique et nitri-
que, que celui de l'expérience précédente.
}''et 4° cxp~rf'enccs. J'ai répété les deux opérations
précédentes sous l'influence de la lumière solaire avec
un seul couple de Bunsen~l'oxydation de l'argent est ef-
fectuée plus promptement dans ces deux expériences, et
c'est encore dans le protoxyde d'azote qu'elle s'est effec-
tuee ptus rapidement: l'oxyde formé avait également
plus foncé en couleur dans le protoxyde d'azote que
dans t'oxygène. L'oxydations'est également arrêtée au
bout de quelques jours comme dans les expériences pré-
cédentes c'est que t'oxyde forme une espèce de vernis
insotuëte qui empecné t'oxydation de se continuer plus
profondément.
e~" exp<'rtCtces.–J'at placé dans le courant d'un
circuit vottafque d'un couple de Bunsen, un morceau
d'argent fin en grenaittede o,~ milligrammesdans de
t'oxygène confiné l'expérience a eu lieu sous l'influence
directe des rayons solaires. L'oxydation de t'argent a été
bien plus prompte que dans les expériences précédentes.
Au bout de huit jours, tout le morceau d'argent était
devenu complétement noir au bout de quinze, l'appareil
était démonté, l'argent avait augmentéde 8 milligrammes.
cnteoeommtfgrammes.
rn
t0
r~6 L'OR

J'ai recommencé t'opération et l'ai continuée encore


quinze autres jours ta grenaitted'argent pesée avait aug-
menté de mittigrammes.J'ai prolongél'expérience pen-
dant trois semaines en renouvelantle gaz et l'acide; au
bout de ce temps, la grenaille pesée n'avait augmenté
que de t milligrammet/2.
J'ai traité la grenaille d'argent par t'itcidesutfurique
pur à froid il s'est dégagé quelques bulles de gaz au
commencement, mais l'oxyde ne s'est nullement dissous.
J'ai retiré la grenaille après t'avoir tavéeà l'eau pure je
t'ai plongée dans l'acide nitrique pur à 40°; t'oxyde ne
s'est nullement dissous, seulementil s'est détaché de la
grenaille. Cet oxyde traité par le mélange de deux aci-
dès, sutfùnquc et nttrique~s'est fmmëdiafëmentdtssdu~
Cette même expérience ayant été répétée dans le
protoxyde d'azote, l'argent s'est encoreoxydé plus rapi-
dement. et t'oxyde produit était plus dense et plus noir
que celui obtenu dans l'oxygène; il était moins attaqua-
ble aux acides, mais soluble égalementdans le mélange
des deux acides.
Cette même expérience étant répétée dans le deuto-
xyde d'azote, toujours en plaçant l'argent dans le circuit
voltaïquc, il s'est oxydé très rapidement sans offrir rien
de particulier dans la marche de t'opérstion qui a sensi-
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t~

btementété ptus prompte que dans t'expérience précé-


dente dans ces trois expériences, ['oxydationde t'argent
a commencéà se développer sur les parties saillantes de
la grenaitte qui ont passé promptement au noir, tandis
que les parties creuses qui ont passé au rose verdâtre,
puis au violet, qui a foncé en couleur par l'action du
temps, mais sans acquérir la même intensitéque dans les
pointes et tes autres parties saillantes.
Ces trois expériences ont été répétées dans mon tabo-
ratoire, beaucoup ptus de temps y a été consacré;
cependant l'oxyde formé n'a point acquis les mêmes
propriétés que celui obtenu sous l'influencedu soleil.
J'ai remarqué que l'oxyded'argent obtenudans t'oxy-
gène, dans te protoxydëet te deutoxyde d'azote,sous-Ia
double influencedu circuit voltaïque et de ta lumière
solaire, nécessite pour être réduit une température de
à
plus en plus élevée les parties qui sont les dernières
se dissoudre sont celles qui se sont oxydéesles premières.
L'oxyde devient ausside ptus en plus insolubledans les
acides simples, sulfuriqueet nitrique. 2° Que les oxydes
obtenus dans ces mêmes expériences à t'abri de la tu-
miëre solaire, nécessitent toujours une température
plus éievée. pour être réduits, que t'oxyde obtenu par
les procédés ordinaires.
t)3 !/OR
N'ayant pu obtenir que âepetites quantités d'oxydes
par ces moyens, je me propose de recommencer ces
expériences en opérant sur de ta limailled'argent sou-
mise S. l'innuence du courant vottaïque,ce qui me per-
mettra d'obtenir à la fois une ptus grande quantité
d'oxyde et de (aire de nouvellesexpériences sur cet
oxyde obtenu par ces divers moyens.
J'espère présenter sous peu à l'Académie un second
mémoire qui comprendra une partie de mesautres expé-
riences que je continue depuis longtempset qui appro-
chent de leur terme. Elles mettront, ;e n'en doute pas,
dans un nouveau jour, la possibilitéde ta transmutation
de t'argent en or, c'est-à-dire le phénomènetout entier
si longtempscontesté et dësormaistncontestabte.d~ ta
transmutation des métaux.
MSN~mSBMBES
CORPS
COMPOSÉS

DEUXIÈMEPARTIE

DEUXIÈME MEMOIRE

PRODUCTION ARTIFICIELLE DE L'OR PAR L'OXYDATION

DES SULFURES.

Les pyrites en décompositionfournisMntpresque tou-


jours de l'or, c'est un fait bien 'connu, que j'ai eu occa-
sion d'observer dans plusieurs contrées du Mexique.
spécialementprès de Sapotran el Grande, où se trouve
une montagne du sulfure de fer en décomposition. La
rivière qui passe au pied de cette montagne charrie de
l'or en assez grandequantité pour donner lieu, dans ta
saison des pluies, à une exploitationtucrative.
Dans la contrée de Quanajuato, près des minesde ta
Luz, où if existe aussi des pyrites en décomposition, on
rencontre des veinesd'or à la vérité, elles ne sont pas
!40 L'OR

riches, mais elles confirmentce fait que, dans te voisinage


des pyrites, on peut presque toujours constater la pré-
sence de ['or; J'ai pu m'assurer queces pyrites contien-
nent des traces de sulfure d'argent. Dans mon
opinion,
c'est ce sulfure qui produit le plus directement t'or tes
autres sulfures peuvent éprouver ta même transmutation,
maisplus lentement,paruntravai[ptustong,et)eptussou-
venten passant pardilférentes stations intermédiaires,tan-
dis que le sulfure d'argent passe directement At'étatd'or.
Dans ta première partie de mes mémoiressur la trans-
mutation des métaux, j'ai signaté ta mine desutfure d'ar-
gent de M. Gonzalès, près de Cozata, comme l'une des
mines de ce sulfure tes ptus riches eELor qui soient dans
tourte Mexique. Cette mine, peu profonde, est voisine
de sources d'eau chaude sulfureuse: ta transmutationdu
sulfure d'argent en or doit être certainement favorisée
par ['élévation de température produite par la proximité
de ces eaux thermales.
Guidé par ces observations, j'ai entrepris une série
d'expériences, dans te but de constater si réellement,
dans ta décomposition des sulfures it se produit de l'or.
Cinq de ces expériences ont été commencées en t8:
sur ce nombre, deux seulement, la seconde et la troi-
sième, ont pu être amenées à donner unrésultat.
LA TRANSMÙTAttO~ DES MÉTAUX t~t

2' c.~ncnM. – J'ai formé uhniétangedës substances


suivantes
Silice pulvérisée. o parties.
Alumine. 20 –
Fer.
Cuivre. –
Argent. 20 –
A ces substancesobtenues à leur plus grand état pos-
sible de pureté, avant d'en opérer [e mélange, j'ai ajouté
de la fleur de soufre, puis j'ai chauffépour dégager!'ex-
cès de souffre j'ai divisé de nouveau ta matière, et je t'ai
laissée pendant deux mois exposée au contact de t'air.
Au bout de ce temps, je t'ai arrosée avec de l'eau aigui-
se&det~p.o.~d'actdenitreux~ J'ai eu soin d'agiter de
temps en tempspour donner accès à t'âirt et j'ai maintenu
le tout constamment humide, en l'arrosant du mêmeli-
quide. Au bout d'un certain temps. la matière s'est oxy-
dée il s'est formé des cristaux, des sulfates, des métaux
en présence; !a matièrea pris une nuance verte. Afinque
t'oxydation fût aussi complèteque possible, j'ai continué
à opérer de même pendant toute une année. Alorsseu-
lement j'ai soumista matière à un essai pratiqué en pe-
tit j'ai obtenu des traces appréciables d'or.
J'ai soumista matière à une chafeur assez forte pour
t4: L'OR

décomposeriossutfaïes formés dans ta première partie


de l'expérience. J ai ajouté de nouveau de la fleur de
soufre en quantité sufSsante pour transformer en entier
la matière en sulfures.
J'ai recommencel'expérience et l'ai continuée comme
je viens de l'exposer, sans y apporter aucune modifica-
tion; j'ai renouvelé trois fois toutes les mêmes manipu-
lations. La matière, essayéeparte mercure, m'a donné,
sur cent parties d'argent, f.oo!: d'or.
fjc~ftcs. J'ai employé, pour cette expérience.
tes mêmes substances, dans les mêmes proportions que
pour l'expérience n" 2. J'ai fait dissoudre tous ensemble
les métaux dans l'acide nitnque pur. J'ai ajouté à ta dis-
sotutiontasiUee et ratamtne~putvéFisées~ j'ai fait passer
dans ta liqueur un courant d'hydrogène sulfuré, jusqu'à
précipitationcomplète des métauxdissous. J'ai fait éva-
porer jusqu'à siccité, puis j'ai exposé ta mati&re au con-
tact de t'air. La silice et t'atumine ont facitité la division
des sulfures,et, par conséquent, l'accès de l'air dans la
masse mon but était d'activer l'oxydation et de vérifier
en même temps si la présence de la silice et de l'alumine
ne favoriseraitpas la transmutation. Au bout de six se-
maines, j'ai arrosé la matière avec un peu d'acide nitrique
étendu de quinzeparties d'eau. ;f'a<continué cette ma-
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t4~

mpulationcomme dans l'expérience précédente. Quand


la massea été oxydée en totalité, j'en ai fait l'essai; l'or
m'a paru être en quantité plus faible que dans l'expé-
riencen" 2. J'ai ajouté assez d'eau pour dissoudre tous
les sets solubles qui s'étaient formés, puis j'ai fait passer
dansla dissolution un courant d'hydrogène sulfuré, pour
transformerde nouveau les métaux en sulfures; j'ai éva-
poré l'excès de liquide, et poursuivi l'opération comme
ci-dessus. J'ai répété trois fois cette même opération,
sansavoir eu à signalerdans sa marche aucune particu-
larité. La matière, essayée comme précédemment parte
mercure distitté, m'a fourni, sur cent parties d'argent,
0,00[o d'or.
Lerésultat de t'ëxpértenë~n' à été perdue j'avais
augmenté,pour cette expérience, la proportion de ta si-
lice et de l'alumine. et diminuécette des métaux après
avoirsulfuré la matière, j'y avaisfait passer. & différen-
tes reprises, un courant de protoxyde. et de deu-
toxyded'azote, en te faisant alterner avec un courant
d'air.
L'expérienceno 4 a eute mêmesort que l'expérience
n" t j'avais ajouté au mélange précédent du zinc et de
l'antimoine, avec un peu de chaux et de potasse. Les
métauxavaient été dissous dans t'acide nitrique t'opé-
t44 L'OR

ratrott avattdtf être cont'nuéecomme dans la précédente


expérience.
L'expérience n*~ était entreprise dans des conditions
un peu duférentes. Commedans t'expériencen" je n'a-
vais opéré que sur le fer. tecuivre et l'argent, en suppri-
mant la silice et t'atumin",afin de m'assurer si elles con-
tribuaient, oui ou non, par uneaction quelconque &l'acte
de la transmutation.
C'est avec une douteur que tes expérimentateurs com-
prendront aisément, que ['ai vu se perdre ces expérien-
ces je pouvais en recueillir des données précieuses,
d'après lesquellesj'aurai opéré plus sûrement. Mais il
m'estarrivé ce qui, matheureusement, a lieu trop sou-
vent pour tesexpénence~sdefongue-durée, quand celui
qui les entreprend n'est pas maître de son temps:
l'homtne propose, et les affaires disposent.
Ce qui m'a fait terminer, plus tôt que je ne l'aurais dû
pour arriverà un meilleur résultat, les deux expériences
dont je viens de donner t'exposé très sommaire
c'est la crainte de voir, en les prolongeant, se briser
mes appareils. Par des essais renouvelés à différentes
reprises pendant le cours de ces expériences, je me suis
convaincuqu'à mesure que la quantité d'or augmente
<)ansla matière, la quantité déjà produite en activait )a"~
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX t~

production nouvelle il y a par conséquent tout à gagner


à continuer et a prolonger l'opération. !t ne me peut
plus rester aucun doute sur ce fait que dans l'oxydatioa
des pyrites, il se produit )ourne!iemcnt'del'or, mais que
cet or n'apparaît que lorsque la transmutationdes par-
ties métalliques, modifiéesdans leur état moléculaire,
est complète.Or, il arrive souvent que ces parties modi-
fiées dans la pyrite en décomposition, sont entraînées
par leseaux dans le cours d'une rivière ou d'un fleuve
voisin,où s'achèvela transformation d'un métal dans un
autre te mouvementcontinuel.que procure l'eau à ces
moléculesdoit faciliter beaucoup cette opération, en tes
mettant à même, dans leurs parcours, de condenser la
quantité de ga~propreât~ccompttSsemenMecette mé-
tamorphose. C'est ce qui expliquerait pourquoi on
n'aperçoit pas toujours l'or sur les lieux mêmes du
gisementde ta pyrite, parce que là les matériaux,ne sont
pas toujours propices à ['achèvementde ce phénomène.
Les matières emptoyées dans mes expériences, et les
proportionsde ces matières, ont été choisies et déter-
minées un peu au hasard. Ce n'est qu'en répétant tes
manipulationsqu'on arrivera A des données pfus cer-
taines, et qu'on connaîtra mieuxles corps les plus aptes
A activer te phénomène de ta transmutation. La pré-
t4<t L'OR

sencedes chlorures, des bromures, des iocfures et cette


du soufre allié aux métaux, sont de simples intermé-
diaires dont te rate est d'activer la transmutation, la
condensationde gaz qui s'effectue dans la matière et lui
donne ta forme du mctaî le plus parfait en produisant
de t'or. C'est ce que je me propose de rendre encore
plusévident par de nouvelles expériences.
N'importe, j'avance lentement vers le but, mais j'a-
vance. D'après les expériences que je poursuis, j'espère
qu'avant peu on composera des placers artificiels pour
ta production de l'or, tout comme on forme des nitrières
artificielles: au fond, l'un n'est pas plus difficile que
l'autre. De même qu'on le fait pour tes nitrières, on fera
intetvenift'air atmosphérique, d'où nous recevons tant,
et ot tout retourne. C'est à nous à favoriser son action
sur les matières que nous Koutons transmuter; lui seul
fera le reste, à se? dépens, dans un temps dont ta durée.
ptus ou moins longue, variera suivant la température, ta
naturedes corps que nous aurons mis en présence, ou
les milieuxdans lesquels nous aurons fait intervenir cet
agentuniverset.En multipliant et variant les expériences
de transmutations, nous rencontrerons infailliblement
tes moyens d'opérer promptement alors les bénéfices
pourrontêtre immenses.
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX [47

Je suis convamcuqttesH'on opéraitsur u~s&~Ottve-


nablement approprié & ces sortes de transmutations,on
arriverait & de meillcursrésultats qu'en opérant dans
des vases de terre, dans lesquels l'action des courants
magnétiques est faible ou presque nulle. Or l'action de
ces courants doit être pour beaucoup dans tes change-
ments de l'état moléculairede ta matière,ce qui lui per-
met d'absorber ou de condenser de nouvefiesquantités
de gaz, et d'acquérir ainsi des propriétés entièrement
nouvelles, propriétés qui ne changeront que quand son
état moléculaire sera rompu par son passage dans un
nouveau genre.
Du train dont marche te progrès des sciences, ce qui
efLt- il y a un sie,~cte-
demanciécînquante ans et plus; pour
eût,ityaunsiëc)e,demandéctnqusnteansetptus,pour
l'utilisation pratique d'une idée féconde,peut de nos
jours se réaliser en moins de dix ans, surtout si les
efforts tentés dansce but sont encouragéspar une
prime d'une valeur significative.
Pour moi, s'il m'arrivede voir se fonder, dans ta
plaine de Grenelle, une usine où ton composeraitdes
placers artificiels pour la production de !'or, placers
d'abord égaux et, plus tard, de beaucoup supérieurs en
richesse ceux de la Caiifbrnie, je déctare que je n'en
serai pas surpris car, dans ma conviction,tous les pta-
t~8 L'OR

cers du monde sont destina à rester un jour bien en,


arrière de cette industrie, actuellementdans sa période
d'incubation. Avec mes convictions ardentes et fermes.
c'est un grand erëve-cœur pour moi de n'avoir qu'un
temps limité à consacrer à ces expériences, qui ont pour
moi tant de charmes, et tant d'avenir pour te genre hu-
main.
Je ne doute pas, je n'ai jamais douté, que les alchi-
mistes atent pu certainement faire de t'or, en faire beau-
coup et réaliser des fortunes cotossates: leur secret est
mort aveceux. Il n'en sera plus désormaisainsi pour per-
sonne tout le monde pourra faire de l'or, mais par des
procédés varies, les uns avec perte, tesautres avec bé-
néfice; toute ta questionest )à: longtemps encore, là
solution du problèmesera dans les manipulations.
Qu'il me soit permis de relever ici un fait très digne
de remarque, et qui ce'fneidetout-à-faitavec mes idées.
Depuis que de nouveauxprocédés d'affinage, qui datent
d'un demi-siècleenviron, ont permis de retirer l'or con-
tenu dans les anciennes monnaies d'argent, de grands
bénéfices ont été réalisas par ceux qui ont pratiqué en
grand cet affinage.
Les pièces postérieures à l'introduction de ces pro-
cèdes ne contiennent ptus que des traces d'or c'est du
LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX
t.)<~

moins-ce-quepensaient ceuxqui ont présidéâ tem'fabri-


cation. Comment se fait-il donc qu'aujourd'hui voici
qu'on se rcmetà recherchernotrc monnaied'argent.qu'on
amrrnaitne pluscontenird'or, et qu'on réatise desbénén-
ces en en retirant néanmoins denouvettes quantités d'or,
ce qui fait que, de jour en jour, notre monnaie
dargent
disparait de la circulation? Le fait ne peut pas être nie.
Sans sortir du point de vue purement
chimique de la
question, je fais remarquer que ceux qui fondent des
pièces de monnaie d'argent, pour en retirer de l'or opè-
rent une véritable ~snxmui.~Mft,-de l'or artificiel se
pro-
duit et s'ajoute &l'or existant déjà dans la
pièce de mon-
naie c'est par là qu'en dépit de manipulations dispen-
dieuses, la fonte et l'affinagedes monnaies d'argent oro-
cure des bénéfices ëtevës. On n'entrevoit pas de terme
à cet état de choses qui, par le perfectionnement des
procédés pour ta transmutation, ne peutque prendre ptus
d'extension de jour en jour il conduit, ainsi que je l'ai
prévu dans la premicra partie de mes mémoires, à la
démonétisation de l'or, fait déjà accompli dans ta Hol-
lande, puis à la démonétisation de fardent. Les métaux
précieux cesseront d'être te signe des valeurs; ils seront
marchandise, tout simplement, et te soleil ne s'en lèvera
pas moinsà son heure.
t;0 L'OR

En attendant, l'art des transmutations, cet art qui doit


si profondément remuer Je monde, progresse et s'avance
vers sa période industrielle qu'on essaie donc de te
nier f
CONFÉRENCE
ff~/f P~r~, ~6 M~ f~~

MESSIEURS,

Encouragepar te bienveiiïant accueilfait par le public


âmes premières conférences, malgréquelques critiques
amères qui s'y sont metëes. Je viens aujourd'hui vous
rëmerctefde vôtres aimablecotteouES.M le vouspromets
de n'épargner rien pour le mériter de plus en plus. C'est
pourquoi, Messieurs, je me présente à nouveau devant
vous, pour vous donner une preuve de plus de ta réa)it&
de ma découverte et de son importance.
Messieurs, vous le savez, je ne suis ni un charlatan ni
un de ces hommes sans foi ni toi qui font argent de tout
je ne veux et ne cherche qu'une chose, la gloire et le
bonheurdema Patrie. Humble disciple des Hermès,
des Paracetse et des Van Helmont, je m'honore du titre
d'Alchimiste, titre jadis synonyme de sorcier, titre diffi-
[[
<;2 CONFÉRENCE

cile à porter, dangereuxmême Il soutenir pendant cette


longue suite de siècles d'ignorance et de superstition, où
tout phénomène chimiquepassait pour t'oeuvre du dé-
mon, siècles à certains égards peu dignes de regrets, où
un simplefabricant d'attumettese&t été brute vif sur un
bûcher attumé avec les produits de son industrie.
Oui. Messieurs, je suis alchimiste,j'aifaitdet'or,j'en
fais encore tous les jours, en quantité très limitée, il est
vrai, et dans les conditions d'une expérience de labora-
toire mais je touche peut-être au moment de tivrer au
monde savant un procède pour faire de l'or dans les con-
ditions de ta grande industrie, commeon fait du verre,
du bronze, commeM. Deville est parvenu à faire de
U~tutninium, comme-on~fai&aujourd'hu~du~ Magnésium.
Voilà bientôt ~o ans que jetutte pour faire connaître
cette vérité de l'or artificiel, basée sur un fait indénia-
ble.
Pris en pitié par les uns, tourné en dérision par les
autres, repoussé durement par ceux qui semblaientde-
voir le mieux m'accueillir, je suis aujourd'huià me de-
mander que faut-ilfaire, que faut-ildire, après toutes mes
affirmationsde sincérité restées stériles. L'incrédulitéà
mon égard est tellement grande qu'on se bouche les
oreilles pour ne pas entendre, et qu'on ferme les yeux
FAtTE A PARtS t.E t~ MAt t8~ t

pocrnepssvoir: tan~ones~fanatfséparcet or, on ne


veut rien entendrequi puisse porter atteinte à sa valeur.
à sa puissance, en un mot, c'est un dieu qu'on adore.
H faudra bien pourtant se rendre à l'évidence de ce
fait capital de t'or artificiel qui trop d'importance
pour
qu'iiputsse passer inaperçu.
Les imaginationssont en travai!et les esprits en quête
du progrés, « disait il y a quelques semainesle général
Février dans son adieu à ses so!dats." Malheurà celui
qui s'arrête en chemin, il est bien vite distancé !Ne
vous attardez jamaisen route, prenez la tête du mouve-
ment et ne la quittez plus.
Ces sages et patriotiques conseils m'ontpousséà por-
tera ta pubUcitécette heureuse trouvaille-que ~'aHong-
temps tenue cachéeau public. D'ailleurs, arrivéau déctin
de t'age, j'ai cruque ma conscience me faisaitun devoir
de parler haut, c'est pourquoi j'ose aujourd'huime pré-
senter devant vous, Messieurs, pour vous exposer mes
principes sur ta transmutation des métaux. Ils m'ont
conduit à un long et périlleux voyage, a de laborieuses
recherches, et enfinune découverte inespérée dont les
conséquencesencore indéterminées, promettent A notre
pays un avenir brillantde gloire et de prospérité.
Le point de départ de mes convictions et de mes re-
CONFÉRENCE
[

cherches sur la transmutation des métaux,taetef de tout


le système, c'est l'unité de la matière.
Cette idée, que la matière est une commet'essenceest
la volonté de son créateur. et, que tous les corps admis
eh qualité de corps simples pour tes savants, sont ceux
dont on ne peutpousser plus loinla décomposition,cette
idée, dis-je, est à mon sens parfaitementrationnelle. En
réalité, il n'y a pas de corps simples,pas plus parmi tes
métaux que parmi les autres corps it y a ta matièreune
dans son essence, soumise à des tois en partie inconnues,
en partie connues, et appliquées à volontéparle savoirhu-
main, lois en vertu desquelles la matière se montre à
nous sous des formes tant&t variables, tantôt permanen-
tes, it n'y a;rien de plus.
Telle fut labase des doctrines des alchimistesd'autre-
fois, et les savants de nos jours arriventà en conve-
nir, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, lesalchi-
mistesétaient dans le vrai.
Ces idées ont encore si peu cours dansle monde, elles
renversent tant de théories, actuellementen possession
de la science, si cette expression m'est permise,que j'ai
besoinde m'appuyerde l'autoritéd'un grand nom, Lavoi-
sier, un des pères de ta chimie moderne, qui n'osant
avouer pleinement ses convictionssur un sujet aussi sca-
fAITE A PARIS tE t6 MAI t88<) t~

breux,tes à ~!ssées entrevoir/en montrantoù conduitsa


théorie non contestée du calorique. On sait que Lavoi-
sier désigna le premier sous ce nom ta force inconnue
et mystérieuse qui produit sur nos organes la sensation
du chaud et du froid, qui dilate les corps par sa présence
et les fait passer par tes trois états solide, liquide et
gazeux. Or Lavoisier fait remarquer qu'en élevant seule-
ment à [Ooou !20 degrés la température moyenne de la
surface du gtobe~t'eau disparait plus d'Océan, plus de
lacs ni fleuve, tout cela fait partie de l'atmosphère, plus
de végétation, plus d'êtres animés. Chauffez encore un
peu, des ruisseaux de ptomb,de zinc et de bismuth vont
couler comme de t'eau continuez à étever ta tempéra-
ture~ff n'en est pas.d&Stétevéequet'on ne puisse suppo-
ser susceptible d'un degré supérieur, un moment viendra
où la terre sera à l'état de fusion ignée, par lequel elle
a évidemment passé chauffez encore, le liquide igné
deviendra une masse de vapeurs incandescentes avec un
noyau comme les comètes, puis un assemblage de va-
peurs d'une ténuité extrême comme celles des nébu-
leuses, enfin à quelques milliers seulement de degrés
pyrométriques, il n'y aura plus que des molécules telle-
ment divisées qu it serapermis de douter de leur exis-
tence, supposez la décroissance du calorique en sens
COSFÉRENCE

inverse, vous aurez successivement une né5u!euse, une


comète, une planète, enfin dans toutesles conditionsoù
nous voyons la nôtre aujourd'hui.
Si fa votonte du créateur, par ['action d'une seule
force, le Calorique, peut faire subir à ta matière toutes
ces transformations, que deviennent en tout cela les
corps simples et tes corps composés' N'était-ce-pas,
autant qu'on pouvait l'affirmer implicitement dans ce
temps-là, t'unité de la matière Si la matière est une. si
ta science peut lui faire prendre à son gré tant de for-
mes diverses, pourquoi un pas de plus en avant ne lui
permettrait-il pas de reproduire aussi 4 volonté les for-
mes des divers métaux, spécialement celles des métaux
précieux'

J'at raconté plus haut mes luttes et mes travaux de-


puis [848.
Parvenu après trente années du plus opiniâtre labeur
à acquérir une modeste fortune, je résolus en t88~ de
reprendre montravail sur t'or et de le conduire à bonne
fin.
En i88=i,j'écrivais à M. Berthelot une lettre restée
sans réponse. Ne croyant pas encore le moment venu
de parler, je continuai mes travaux dans le silence de
FAtTEA PARISL-E16 MARSt88~ t

monlaboratoire :Ennn, trouvant dans mes nouvelles


expériencesà l'appui, de ma découverte un fait appelé à
jeter une cfarté sur le phénomène de ta transmutation
des métaux, je déposais en juin de l'année dernière un
pli cacheté à l'Académie des sciences sur le nouveau
fait. C'est alors que je me suis adressé à mon pays en
écrivant d'abord à Messieurs tes membres de la Com-
missiondu budget, puis à Messieurs tes Sénateurs et
Députés. Je viens aujourd'hui insister plus particulière-
nrent auprès de vous, Messieurs, pour que vous me
veniezen aide.

A mon point de vue, les réactions sous l'influence


desquellesstieu~atransformationdesmétaux.cQttstituent
un phénomène complexe ou le principa)rSte appartient
aux éléments atmosphériques. Ce sont eux qui opèrent
journellement ces métamorphosesdont nous ne pouvons
suivre te cours, tant tes effets en sont lents, à com-
mencer par le potassium et te sodium pour finir par les
métaux précieux Argent, Or et Platine.
L'air doitagir premièrement par ses éléments simptes,
puispar ses éléments combinés.
Le second agent indispensableà toutes ces transfor-
mationsmétalliques c'est t'eau, te grand dissolvant de la
t~8 COH~REUCE
w
nature se rcnouvetant sans cesse, toujoursen mouvement,
que j'appellerai ta mcre nourricière par excellence de
tous les corps. EUe se charge de fournir par ette-meme
la nourriture propre à toutes les individualitésminorâtes
En effet nous ta voyons s'étever dans cette atmosphère
à l'état de pureté pour puiser ses éléments Oxygèneet
Azote et autres corps qui s'y trouvent en minimes quan-
tités toutes tes molécules de ces différents corps sont
ptusoumoinsmodinéespartesastres,surtoutpartesotei)
qui vient les vivifieret tes rendres aptes à être assimilées
à ces différents êtres suivai-t leur âge, pour constituer
cette grande famille du règne minérat. Cette eau en des-
cendant sur terre va se charger de nouvellessubstances,
des nitrates de potasse et de soudeet- autres, puis'pour-
suivant son œuvre, elle traverse la mince couched'hu-
mus, puis tes terrains d'atluvionoù elle va commencer
par fournirta nourriture à ces êtres qu'ette va rencontrer
sur son passage. Elle, ensuite pénètre dans les roches
métattiféres,associées à divers autres corps, des Chloru-
res, des Pyrites, des Carbonates et elles vontse rencon-
trer avec tes nitrates alcalins,d'où vont résulter des réac-
tions chimiques des courants électriques et magnétiques
vont se produire; ces roches vont être décomposées
de ces différents corps en présence, sous des pressions
FA!TEA PARISLE t~' MARSt88t; f ~9

et des températures diverses, des réactions multiples,


des dissociationsde certains de ces corps vontse pro-
duire, d'autres céderont un excès de leur combinaison,
tous ces éléments à l'état naissant en présence de leurs
individualités minérates, vont leur permettred'absorber
tes éléments propres à leur perfectionet de passer d'un
&ge à un autre d'inaltérabilité, jusqu'àce qu'Us arrivent
après plusieursstationsà leur dernier degréde perfection;
ces réactions se renouvelant sans cesse par le courant
continuel de ce liquide générateur de toutes les familles.
L'azote semble agir dans les combinaisons comme
agirait un ferment dans tes transformationsdes matières
organiques. Sous l'influence de cet agent, la fixationde
l'oxygène, sa combinaisonplus ou moinsdurableavec le
radica!, va s'y opérer. Voifà pour moita ctefdc ta B'ans-
formation des métaux et tout me porte à croire que le
radicat est l'hydrogène. Que ces idées théoriques soient
vraies ou fausses, exactes ou erronées, c est ce que je
n'entreprendrai point de discuter ici, ;e crois devoirme
borner à dire que sans qu'd m'aitété possibled'acquérir
la certitude mathématique de leur réatitc, leur innucnce
a présidé à mes expériences, leur probabilitéà mesyeux
est née des effets notés pendant plusieurs années d'ob-
servations si j'en faismention ici c'est pour mieux faire
[f)0 CONFÉRENCE

comprendreta marche que j'aijsuivie, et jeter peut-être


quelque clarté sur la route où marcherontceux qui sui-
vraient d'après moi le même ordrede recherches.
Dans cette expérience capitale, de l'or artinciet, en
effet, il s'est produit une réaction, qui est en désaccord
avec les faits chimiquesconnus jusqu'à ce jour ici des
circonstances exceptionnelles ont engendré un phéno-
mène nouveau pour la science tant qu'on né pourra
pas bien en préciser tes causes, l'art de la transmutation
ne progresseraguère. Que faut-il donc pour cela ? ~/ut-
gariser les expériences, les répéter à l'infini, en varier
les circonstances,c'est par ta qu'onarrivera à un procédé
certain pour opérer une transmutation complète d'un
métal dans un autre. Toute ta question est ta, étudier
parlapratiquejointe-àà ta théorie, on trouvera ta cfef du
mystère. Alorsla transmutationdes métaux sera la chose
la plus simpledu monde.
C'est pour atteindre ce but, Messieurs, que les moyens
mefont défaut, je suis arrêté de toutes parts dans mes
expériences; n'ayant aucun laboratoire, où je puisse les
faire commodément avec chance de succès n'ayant à
ma dispositionque quelques tubes et matras, modique
accessoire tout à fait insuffisant; ne possédant aucun
appareil pour étudier, apprécier et enregistrer toutes les
FAtTEA PARISLE !& MARSt38ç [6t

circonstances qut peuvent se présenter dans une réaction


de ce genre, c'est en portant une observation attentive
et minutieuse qu'on arrivera, en modifiant les appareils,
ainsi que les circonstances, à trouver la marcheà suivre
pour arriver au but désire.
Cet aveu d'impuissancene vous étonnera pas vous
savezcomment on m'&retiré tes uns après tes autres tous
les moyens qui eussent pu me faciliter des ressources
pour poursuivre mon travail et t'amener à bonne fin. De
plus c'est un point de ressemblance matheureuxavecles
inventeurs qui m'ont devancés.

Aucun d'eux, que je sache, n'a perfectionné son in-


vention avec ses propres moyens et trop souvent ils en
ont perdu te fruit, épuiséequ'ils étareht par te~dépeM~~
qu'ils avaient faites, ou décourages par t'incrédutité ou
l'insouciance publiques. Sous ce rapport, Messieurs, je
crois ne leur ressembler jamais, on ne me lassera pas,
on ne me découragera pas, et j'ose espérer, moi et ma
découverte, on ne nous étouffera pas. J'ai foidansl'ave-
nir parce que je suis fermement convaincu.J'ai fait de
l'or, pour peu que je sois secondé j'en ferai encore, j'en
ferai beaucoup, j'en ferai par des procédés rentrant dans
ta grande industrie et quand j'en serai là, Messieurs,
t6; CONFÉRENCE

croyez-le bien, je ne mettrai pas la lumière sous le bois-


seau.
En attendant qu'its se détrompent, ceux qui se figu-
rent, par- leur obstination constante à monégard, arrê-
ter l'essor de cette découverte qui leur déplaît, qui les
contrarie, parce que leurs intérêts peuvent être compro-
mis ils voudraient t'étoigner, ta faire disparattre si
cela était possible, au lieu de se réjouir que cette décou-
verte ait vu le jour dans notre beau pays de France,que
nous devons tenir à ennoblir de plus en plus et sur
lequel notre savoiret notre justice doit attirer les sym-
pathies des peuples.
Non, ils préfèrent mettre obstacte sur obstacle, afin
de donner le temps à nos ennemis d'arriver et de nous
dépasser peut-être: Vbita du patnotismé d'un autre
genre.
Eh bien, Messieurs. arrière ceux dont l'égoïsme
étouffe l'amour de la patrie, il est urgent pour nous d'af-
fronter résolumentles difneuttés présentes et chercher
à tes résoudre promptement. Sachez que cette décou-
verte sera comme un coup de foudre te jour où l'on
pourra opérer sûrement la transformation d'un métat
dans un autre.
Un exemple vous fera mieux comprendre la profon-
FAtTEA PARISLB16 MARSt8&) t6;

deur de f'abime dans lequel nous sommes menacés de


tomber, d'un jour à t'autre. Un kilo de cuivre pur pour
être transforma en un kito d'or pur nécessite peu de
frais à en juger d'âpre les résultats que j'ai obtenus; il
n'y a de dépenses que la matière première Acide, com-
bustible, et la main d'oeuvre.Je mets au pis-aller le tout
à Ho francs: ce prix pourra être réduit facilementde
moitié, quand on opérera sur une moyenne échelle, ce
qui mettra te prix net du kilo A francs au lieu de
).~4..{fr.-}.) centimes qu'il vaut aujourd'hui: bénéfice
net, ~60 francs. N'est-ce pas assez beau pour qu'on
daigne s'en occuper ? Vouspouvez juger par là du cata-
etisme que cette découverteamènera dans le monde en-
tier, quand on pourra produire l'or 40 à ~o fois meilleur
maFchëqu'itrtevautaujourd'hur.
Ainsi, une personne qui aurait ~o.ooo francs en or
n'aura plus qu'une valeur en nombre rond de t.ooo
francs, et eeta ne sera pas le dernier mot. Qu'attendons-
nous donc? it faut être prêt à tout événement, ce n'est
pas en fuyant la difficultéqu'on arrivera à la résoudre.
qu'on pourra être maîtrede ta situation.
Depuis longtempsc'est un feu qui couve sous la cen-
dre, il suffit d'une étincette pour te faire éclater, nul
alors ne pourra en arrêter les progrès, qui seront rapides,
!&4 CONFÉRENCE

n'en doutez pas, nous serons forcés, malgré nous, d'en


subir tes conséquencesqui seront affreuses si nous n'ar-
rivons pas les premiers pour en atténuer tes effets, H
ne nous restera ptus qu'à nous maudire d'avoir été incré-
dules à la voix de la vérité.
Permettez-moi, Messieurs, de vous rappeter ici tes
judicieuses paroles de M. Richet dans la revue scienti-
fique du t8 mars dernier, en partant des pro~resaccom-
plis chez certaines nations voisines. H faudrait, dit-il,
que nous imitassionsces nations, qui malheureusement
pour nous deviennentde jour en jour plus puissantes. Le
secret de cette puissance, sans cesse grandissante, il ne
faut pas le chercher ailleurs que dans l'association de
plus en plus intimede la science et de l'industrie. Mat-
hcureusëmënr noussommes trop pcrsonnets et ce défaut
nous empêched'arriverà temps, parce que notre exis-
tence est trop courte pour mener à bonne fin une idée
juste et reconnue pour arriver à la mettre en pratique et
à en profiter tout en enrichissant la société, nous arri-
vons trop tard
Ce que je désire avant tout, c'est qu'on constate le fait
de l'or artificiel, c'est pour moi te point essentiel. Je ne
suis ni un sauteur, ni un faiseurde dupes, je ne veux pas
que ma bonne foi soitmise en doute et qu'on puisse dire
FAITEA PARISLE t6 MARS[88<) t6~.

que j'ai cherché à tromper mon pays. fi faut donc se


convaincre par expérience dufait que j'avance, et si ce
que je vous ai présenté, à t'aeadémic, n'est pas de l'or
artificiel, il est inutilede poursuivre mes recherches.
Messieurs, je marche péniblement, poussé que je suis
par cette crainte sanscesse présente à mon espritque je
puis être dépassé. C'est ce que je voudrais éviter dans
l'intérêt de mon pays. C'est ce qui m'a donné ta force
de venirici afin d'attirer tout particulièrementvotre atten-
tion sur la gravité de cette question de l'or arti'iciet qui
est une vérité incontestable.
Pour en finir, Messieurs, je vous dirai qu'if ne suffit
pas que je sois convaincu de ce que j'avance, il faut en-
core que vous le soyiez tous. Connaitrc ta vérité est
non'seutëmentVotredrOLtr~miais c'est mêmevotre devoir,
car il y va de vos intérêts tes plus sacrés. Si toutes mes
démarches ont été vaines jusqu'à ce jour, ce n'est pas un
motif pour que vous en restiez là, il vous appartientdonc
de réclamer de vos représentants que la lumièrese fasse
sur cette découverte, ici Messieurs, nous n'avons tous
qu'un seul but, la Patrie
C'est donc à vous, que j'en appelle, Messieurs de ta
presse, vous qui avez toutes tes connaissances voulues
pour apprécier les avantages et tes dangers de la situa-
't<~ CONFÉRENCE

`
tien présente et à venirqui nousest faite par cette décou-
verte. et tous les périls qui peuvent en résulter pour
notre Patrie, si nous sommesdevancés par une nation
voisinequi en profitera certainementà notre détriment.
Ne nous laissonsdonc pas surprendre, et c'est
pourquoi
je viens aujourd'hui, remplissantun devoir, faire appel à
votre patriotisme pour trouver auprès de vous un
géné-
reux et puissant concours, afin que tous ceux
qui ont
confiance en moi et ma découverte, m'honorent d'une
obole indispensable à la continuation de mes travaux
dans intérêt de mon pays.
Je m'adresse aussi à vous, Messieurs, Étudiants,
Bourgeois, Commerçantset Ouvriers, pour que vousme
prêtiez votre appui moral par l'élan généreux de vos
esprtt~justesete!airvoyants.ncfm[tbasdë5pré}ugésdM
temps: Vous jugerez sainement la valeur de ce faitde
l'or artificiel, et chercherez à prévenir les
dangers que
peut courir la patrie si t'étranger nous devançait. Rappe-
Ions-nous toujours les nobles paroles du Général
Février: « Malheur celui qui s'arrête en chemin

T. TtFFEREAU.

U", rue du Th~trc, Grenelle


Paris, le /KM!88o

Cher Monsieur,

Laconformitéde vos idées et des miennes sur t'unité


de la matière nous a mis en rapports. H y a quelque
temps {'ai eu l'occasion de vous entendre dans une de
vos conférences, Boulevard des Capucines, et j'ai
pu
approuver vos affirmations annonçant que les métaux
sont des corpscomposés,et qu'it est possible de produire
par ta synthèse et les réactions chimiqueset électro-chi-
`
mïques de t'brsfttnciët comme fout autre métat.
C'est aussimonopinion,et, puisquevous me te deman-
dez, je vais vous relater tes faits et expériences sur lés-
quelselle s'appuie. ainsi quetesconcfusionsquejecrots
pouvoir en tirer.
Les problèmesà résoudre dans l'ordre d'idées ou
je
suissur les matièresminéralesetmétattiquesm'ont préoc-
cupé des mondébut comme ingénieur civil des mines.
à partir de ma sortie de t'Écote et pendant toute ma
longue carrière comme directeur des usines métattur-
)2
-1
l68 ACCROtSSËMBNT MÉTAt-LtÇUE

giquesdeGommentryetMonttuçon,Fume),etc:,etdes
exploitations de mines houittères qui en dépendent.
Pendant longtemps je n'ai pu utiliser que quelques
loisirs pour mes études préférées.
Mais il y a déjà plusieurs années, ayant été atteint par
une paralysie progressive dont je n'ai pu me guérir qu'au
bout d'une année, et forcé de renoncer à mes travaux
actifs comme ingénieur des mineset métallurgiste, je
me suis spécialement occupé,pendantenviron quatre ans.
de la grande question de l'unité de la matière.
D'abord comme système et moyen de réduire ta dé-
pense des expériences et de facilitermesétudes, travaux
et démonstrations, j'ai laissé à peu près de côté !a pro-
duction des métaux précieux, et je ne mesuis guère oc-
cupé que de la production du cuivre, pensant, je le crois,
avec juste raison, que la question du cuivre étant réso-
lue, cette solution entratnera toutes les autres.

Cependant i) m'est arrivé plusieurs fois de constater


la production de l'argent et de l'or, et très souvent celle
du zinc et cette de ['aluminium&['état d'alumine.
En résuméaprèsdestâtonnements et expériences,
pour
ainsi dire sans nombre, attestés et constatés par leurs
à du cuivre au
procès-verbaux, je suis arrivé produire
ACCROISSEMENT
MËTALLtçUE
'~oratoire dans des conditionsqu: me
paraissent suseep-
tibles d'être appliquées industriellement.
Mais afinde déterminer la genèse de ce métal
(comme
de tout autre sans doute) il est
indispensable qu'il en
à
préexiste ['état soluble, dans les bains chimiques,où ii
doit se former,sous l'influence des réactifs
spéciaux.
De telle sorte que fa production
métrique a lieu par
accroissement ainsi que cela arrive, par
exemple, pour
les matièresvégétales.
~'ajoutera:que l'intervention de certaines matières fé-
condante; parait utile, si ce n'est
nectaire, ainsi que
certainesconditionsde chaleur, de
lumière,d'électricité,
de temps, etc., toujours comme
pour l'accroissementdes
matièresvégétâtes.

Lacrôissemenfmëtafuqueestvanaëtes~ ta mé-
thode avec taquctt: opération est
conduite, ainsi )a: pu
obtenir des accroissements
métalliques dépassant too
pour too et j'ai lieu d'espérer le double.
D'un autre côté en
opérant trop rapidement et sans
ménagements,t'aecroissementmétalliqueest insignifiant,
ou ne se produit pas.
Enfin le métal provenantde
t'accroissementmétattiquc
parait être d'abord A t'état naissant, et alors ir ne
pré-
sente pas toutes les réactions et
propriétés du métat
t~Oa ACCROISSEMENT MÉTALUQUE

adulte; il peut fnëmedisparaître en tout ou en partie,


mais on parvient à !e fixer et à l'amenerà l'état adulte
sous l'influencede certaines réactions chimiques.

Agréez, cher Monsieur, l'assurance de ma considéra-


tion distinguée.

LE BRUNDEVtRt.OY.
ETUDE SCIENTIFIQUE ET COMPARATIVE
SURL'ORARTtFtCtEL.

Ayant été mis en relations avec M. Tinereau dans


une de ses premières conférences sur l'unité de la ma-
ture à la salle Pétrelle, le t6 février t889, je fus
chargé,
par un groupe d'affaires que la question intéressait, de
vérifierla nature de l'or artificiel en comparaison avec
tes éehantittons du métat brut et purK!é.
Établir par analyse chimique et Fétude des
propriétés
micrographiques qu'un échantittond'or est naturel ou
artificielest une chose impossiblepremière vue. Car si
!es&nantH)bns sont du même nr~atretau même
degré
de pureté, ils doivent donner des réactions absolument
identiques et des formes cristallographiques semblables
ou analogues.
Si j'ai permis l'insertion dans ce volumede la note
scientifiquequi va suivre, c'est qu'on y trouve un fait
curieux qui, malheureusement tout en
n'expliquant rien,
jette un jour nouveau sur la production artificielled'un
métal par dérivation d'un autre.
Les nombreuses personnes qui
s'occupent de trans-
t7~ ETUDESCtENTtftqUE
ET COMPARATtVE

mutations pourronttirer parti suivant leurs idées de ce


document purement analytique.
Dtfnciteà convaincre, mais n'étant pas ennemi des
idées nouvelles, j'ai fait ce travail à mon laboratoire in-
dustriel, et je vaissoumettre le résultat impartial de mes
observations.

ANA LYSE MICRO-CHIMIQUE


&'UX ÉCHAtTtD-OM D'OR ARTIFICIEL

remis M. TtFFEMAu.
par

L'échantillon étudié porte le n*' et la mention(prépa-


rée à Guadatajara, t8~, avec limaille d'argent allié au
cuivredans;!àproportton dedë ta monnaie).

CARACTÈRES PHYSIQUES.

La matière se trouvant dans un petit tube scellé, à


l'aspect, A premièrevue, d'une poudre jaune verdâtreassez
fine.
Sous l'objectif du microscope on constate que ta
poudre est composée de grains métalliques, d'un beau
jaune terne et d'un jaune verdâtre dans les parties
minces.
SUR L'OR ARTIFICIEL t~

Les grains sontforméspar ta juxtapositionde particules


métattiques, arrondies commede la mousse de platiné;
mais comme ta matière est jaune, e!te ressemble beau<-
coup à la coupe d'un gâteau d'abeittcs privé de son miel,
ou encore à un fragmentd'éponge.
On ne constate pas d'aspérités et d'angles aigus, la
matièreest mamelonnée,on n'y trouve pas aussiles faces
brillantesd'un cristal métallique.
Le métal non fondus: brise en poudre fine sous le
marteau, mais après fusion, il devient parfaitement mat-
léable.

CARACTÈRES emMtQUES.

Une partie de la poudre d'or pesant o g.too milli-


grammes a ëtëdissouteaisément dans un métangediacide
azotique et d'acide chlorhydrique;c'est sur le bichtorure
préparé avec ta poudreque les réactions chimiques ont
eulieu. Voici ta compositionde l'eau régale, ta meilleure
pour dissoudre ce produit: Acideazotique pur et fumant
= deux parties, acide chtorhydriquepurifié = dix par-
ties.
On a essayé de dissoudre le métatdans un mélange
d'acide azotique et d'acide iodhydrique, il est resté
totalementinsoluble.
t74 ETUDESCtEKTtFtQUE
ET COMPARATtVE

Une eau régate Bromhydrique a pu le dissoudre avec


unpeudediMcutt~.
Un mélange d'acide chtorhydrique et d'acide chromi-
que a produit une attaque énergique du métat.
En chauffant à t'air une esquille d'or avec un petit
fragmentde potasse,)a masse devient {aun&tre,l'or se
dissout peu à peu sous forme d'aurate de potasse.
Uneexpérience analogue faite avec de ta soude n'a
rien donne. Un cchantitfon d'or recouvert d'acide sut-
fhydrique concentré est resté brillant, même au bout de
vingtheures.
Un échantillond'or traité par le sulfhydrate d'ammo-
niaqueest devenu rapidement noir, it y a eu formation
d'un sulfure.
Un~fragmentd'octra!t<~parunegouttetettede~nterGur&
s'estfort biendissous.

ESSAI DE L'OR. PAR VOtE SÈCHE


AUCHALUMEAU.

Uneesquille de métal chauffée à une température


élevéea fondu en gtobutes jaunes, malléables; lorsqu'ils
se solidifient, après ta fusion, its redeviennent incan-
descents,cette réaction est absolumentsemblable à celle
SUR L'OR ARTIFICIEL t

produite avec les ors purs. Cet or fondu dans du cristal


cotorecetui-ci en rosc pâfe.

ESSAtDEL'ORMRVO'EHUMtOE.

Réactions chimiques faitessur ta sotutionaqueuse du


bichlorure du m~tat&étudier.
Acide Sulfhydrique
précipité noir, soluble lentementdanstessulfuresat-
calins.
Sutfhydratcd'ammoniaque
précipité noir, soluble dans un excèsde réactif.
Carbonate de soude
pas de précipite, ni à froid, ni à chaud.
Potasse:
pas de précipité, ni à chaud, ni à froid.
Ammoniaque
précipitéjaune.liqueurclaire.
Cyanoferrure de potassium
coloration vert emcraude.
Sotutiondes chlorurcsd'étain
précipité rouge~trc très faible, le liquideest très
brun.
Acide Oxaliqu e
!:& ÉTUDE ET CôMfARATfVE
SCtEMtFtQUE

La liqueur devient bleu indigo, et il se formeun tëger


nuagebrun venantprobablement de ta réductionet de la
précipitationde l'or. Dans l'échantillon analysé on ne
trouve aucunestraces de silice et de cuivre, maisoncons-
tate la présence d'un peu d'argent.

ETUDE SUR L'OR NATUREL

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES,

L'or natif n'est jamais pur, il est toujours allié à l'ar-


gent dansdes proportions variables, on y trouveaussi de
la silice.
tt se présente toujours avec une couleur jaune qui lui
est propre, et le métal est d'autant plus jaune qu'il ren-
~rmeMotnsrd'argenf.SQnëtaCcsEmétaiHqueses-surfa-
ces naturellessont peu brillantes mais sousle polissage
d'unedent de loup il prend un vif éclat légèrementverdâ-
tre.
L'or naturet est plus dur dueIe plombet l'étain, mais
il t'est moinsquet'argent. le cuivre et le fer.
t!est très malléable, et on peut réduire les échantillons
en feuillesextrêmementminces par un battageprogressif.
La densité de l'or naturel est très variable, mais en
Tif-
moyenneelle est de t.),~ (La densité de t'or de M.
SURL'OR ART!FtC!EL tj~

fereau n'a pas pu être établie d'une façon absolue, car


t'échantiHon était trop minime,mais par des expériences
spéciales de laboratoire. il a été reconnu que sa densité
est beaucoupsupérieure à l'or nature)).
L'or natif se présente en filaments,en rameaux,en pe-
tits cristaux, ayant la forme de pyramidesquadrangutaires
ou d'octaèdres, en lames, en paillettes, en ptaques, en
de
grains disséminésdans (es rochers, en poudremélangée
sable, enfin on le trouve souvent en pépites, c'cst-à-dirc
en morceaux irréguliers ptus ou moins gros.

PROPRIÉTÉS CHtMtqUES.

Pour faire l'étude chimiquecomparative sur i'or natu-


ret t~me suis servi nond'ornaitiCtmpuF,mais~d'QP pu*
riRé, préparéau taboratoire.
On a dissout une pièce d'or dans une eau régale
faite avec une partie d'acide azotique &20 de l'aréomè-
tre et .t. partiesd'acide chlorhydrique très pur. On filtre
ta liqueur, pour la séparer du chlorure d'argent qui s'est
formé, et on y ajoute un excès de proto-chforured'anti-
moine, dissous dans un mélange d'eau et d'acidechlorhy-
drique. L'or se précipite au bout de quetques heures,
surtout lorsqu'on chauffe tég~rement la liqueur, sous
)-H ÉTUDE SC!E!fTtHQUE ET COMPARATIVE

forme de petites tames cohérentes qui se rassemblent


rapidement.
On te lave d'abord avec de l'acide chtorhydrique,
puis avec de t'eau distittecet on l'a fondu dans un creu-
set de terre avec un mélange de nitre et de Borax.
On a obtenu de la sorte un cutot d'or à tooo/tooo
c'est-à-dire chimiquementpur.
Cet or a et~misen solution dans de l'eau régale, trans-
formé en bichlorure d'or évapora à sec pour chasser
l'excès d'acide et repris par l'eau distillée.
Sur ta sotutionaqueuse on a opéré tes réactions de
l'or très connues des chimistes.
J'en dresse te tabteau ci-dessous, pour faciliter aux
personnes qui n'ont pas fait de Chimie la comparaison
desréactionschimtqùesdët'orartit~ et de l'orptir
naturel.
Acidesulfhydrique
précipité noir. sotubte dans tes sulfuresalcalins.
Sutfhydrate d'ammoniaque
précipité noir, soluble dans un excès de réactif.
Carbonate de soude
pas de précipité à froid, à chaud précipite {aun&tre
d'oxyde d'or ta liqueur retient de t'aurais de soude en
dissolution.
SUR L'OR ARTtFtCtEt. t~ Ej

Potasse:
dans une solution neutre, surtout à chaud; préci-
pité jaune rougeâtre d'oxyde d'or.
Ammoniaque
précipité jaune d'or fulminant.
Cyanoferrure de potassium
coloration vert émeraude.
Solution des Chlorures d'étain
précipité brun rougeâtre de pourpre de Cassius;
une solutionétendue n'est pas précipitée, mais se colore
lentement en rouge brun.
Acide Oxatique
a chaud précipitation d'or métatiique sous forme de
poudre brune au momentde la précipitation, la liqueur
detient~Mëtte.Ott&tFaitû une petite quantité de li-
maille venant du culot d'or pur préparé, comme i! a
été dit ci-dessus par une eau régate iodhydrique, la
solutiondu méta) a eu lieu.
La même opération étant faite avec de t'acide bro-
mhydriquc, on a aussi obtenu une dissolution compiéte
et rapide de la poudre d'or traitée. Unmétange d'acide
chlorhydriqueet d'acide chromique a attaqué énergi-
quement le métal.
En chauffant à l'air un fragment de potasse avec un
t8o ÉTUDE SCtËNTtFtqUE ET COMPARATfVE

peu de poudre d'or, la matière est devenue d'un beau


jaune soluble dans!'cav, c'est de taurate de potasse.
La même opération étant faite avec du Protoxyde de
sodium ou Soude, on a obtenu aussi une masse un peu
moins jaune, mais solubledans t'eau. il y a eu formation
d'aurate de soude.
Un échantittond'or en poudre recouvert d'une solution
de gaz acide sulfhydriqueest resté complètement brillant.
Un échantillond'or en poudre recouvert de sutfhy-
drate d'ammoniaque est devenu rapidement noir, car
il s'est forméà la surfacedu métal une mince couche
d'un sulfure.
Un peu de poudre d'or pur traité à chaud par du
mercure a disparucomplétement, il se forme un amal.
game d'or~

ESSAtS DE L'OR PAR VOIE SÈCHE AU CHALUMEAU.

Une esquille de métal chaufTéeà une température


élevée sous le dard du chalumeau fond en globules
jaunes, maitéaMes en se so)idi(!ant its subissent te
phénomène d'incandescence, et ta surface des globules
parait ridée.
SUR L'OR ARTtFtCtEf. t3t

NOTES ET COSCLUSMU.

En comparant, tes propriétésphysiques de For arfif!-


ciel &cènes de l'or naturel, on constate une différence
sensibte.quoiquepourtant on puisse trouver rarement, il
est vrai, des poudres d'or natif, ayant le même aspect
que celui de M. Tiffereau.
Quant aux propriétés chimiques, elles sont inté-
ressantes âconstater; les réactionspnncipatesdet'orar-
tificiel sontpresque anatoguesà celles de for natif, mai:;
quelques réactions comme on peut le voir difTerent
sensiblement des réactions habituefles.
Je pr~fënds~que-c'est, justementce résultat anormal-
qui donne un certain poids auxtravaux de M. Tiffereau.
Il y a [à un fait que je ne puispas expliquer, mais qui
existe, en définitive; cela indique que t'or artificiela
toutes les propriétés physiques de l'or natif, mais diffère
de celui-ci par quelques propriétéschimiques, n'appar-
tenant pas en propre à un autre métal.
Je rappellerai ici un passagedu rapport de M. Le
Brun de Virloy,ingénieur des mines, sur l'accroissement
métallique dont il s'est beaucoup occupé. (Le métal
t !!2 ÉTUDE SG!ENTtF:qUE ET COMPARATIVE

venant de l'accroissementmétalliqueparait être d'abord


à l'état naissant, et alors il ne présente pas toutes les
réactions et propriétés du métal adutte. Le métat peut
mêmedisparattre en toutou en partie, maison parvient à
le fixer et &le faire passer à l'état adulte sous l'influence
de certaines réactions chimiques).
Je n'ai pas à discuter ici cette théorie, mais je cons-
tate que le résultat de notre travail semble tuidonner
raison.
Ma mission se borne à donner un compte-rendu
complet des travauxde laboratoire faits sous madirec-
tion, de l'échantillond'or que m'a remisM. Tiffereau et
c'est à son étude exacte que je me suis attaché.
L'échantitton étudié n'a pas été fait sous mes yeux,
ayant été préparé au Mexique en [8~.

GUSTAVE tTASSH

S, rue Bayen,Paris-Ternes
Chimiste,

Imp. des Éco es, HEit~JOUVE, !),ftte Racine, Paris.


'~Ë?
TABLE
prefaceparJutesLermina. t
Paracetse et l'alchimie au Xt: siecte par M, Franck, de
t'tnstitut. t
L'orartinciet.–Transmutation des métaux.–Introduction

Les nt<'<Jtt.tsont des corps ccmpMJt.

Premier mémoire présenté à t'Acadumie des Sciences


danstas(;ancedut~)uini8; 4~
Deuxième mémoire lu à t'Acad~mie des Sciences dans ta
séance du i7oeMbret8; $3
Troisième mémoire présente le 8 mai !8,4. <)<<
des sciences
Quatrième mémoire présenté a. t'Aeademie
dans la séance du 7 août t: 8~

Sur ta (MfMMMbtMt <~Mmt'fttM.<.


a t'Acadcmie des Sciences
Cinquième mémoire présenta
danstasêancedutû octobre [U~ <~
Sixième mémoire présente- ~rxcad~mic des Sciences te

ï!;decembrei8;4. -– r;

Lesmétaux sont des corps composés.

Deuxième partie. Premier mémoire. t;&


id. Deuxième mumoife, production ar-
tificielle de l'or par l'oxydation des sulfures. [;o
Con[erencefaiteaParis,tei&m~rst889. t

Lettre de M. Le Brun de Virtoy, tngcnieurcivit des Mines


surt'aecroissemefitmctattique. t<'7
Étude scientifique et comparative sur l'or artiticiet par
M.Gustave Itasse, chimiste. '7t t