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Michel Ponsich

Technique de la dépose, repose et restauration des mosaïques


romaines
In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 72, 1960. pp. 243-252.

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Ponsich Michel. Technique de la dépose, repose et restauration des mosaïques romaines. In: Mélanges d'archéologie et
d'histoire T. 72, 1960. pp. 243-252.

doi : 10.3406/mefr.1960.7468

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1960_num_72_1_7468
TECHNIQUE DE LA DEPOSE, REPOSE

ET RESTAURATION DES MOSAÏQUES ROMAINES

PAR
M. Michel Ponsich

Lorsqu'on vient de découvrir une mosaïque, les problèmes


essentiels que l'on doit résoudre sont ceux de son nettoyage et de
sa conservation. Il faut, avant tout, rechercher de quelle façon
elle a été posée : selon la nature du terrain, les Romains lui ont
donné un soubassement approprié.
C'est ainsi qu'à Volubilis, où le sol est argileux et par conséquent
plastique, ils construisaient des supports de mosaïques légers et
solides à la fois : légers pour éviter que la masse de la dalle et des
cubes ne s'affaissât dans la terre molle, solides pour que le pave
ment résistât le plus possible aux poussées verticales de la glaise,
qui sont considérables. Dans les pièces d'habitation, où le substrat
de la mosaïque n'a pas été convenablement exécuté, il s'est produit
un véritable vallonnement, offrant le spectacle impressionnant
d'un sol « soufflé ». D'une façon générale, les mosaïques, à Volub
ilis, étaient posées sur une forme en béton, de 10 à 15 centimètres
d'épaisseur, à même le sol. Dans certains cas, lorsque la surface
était trop importante, la dalle de béton était supportée par une
double murette en croix qui servait de drain, facilitant ainsi
l'écoulement de l'eau, principal élément de destruction. Cette
assise apparut nettement lorsqu'on découvrit la mosaïque dite
de la Navigation de Vénus (pi. I a).
A Mogador, par contre, où le terrain est sablonneux, c'est-à-dire
plus stable, le pavement était simplement posé sur un hérisson
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de pierres et une légère chappe de béton de quelques centimètres
d'épaisseur.
D'une façon générale, étant donné la valeur que l'on accorde
de nos jours à une mosaïque et qu'on lui confère dans le passé,
on est surpris de constater que le système de support adopté par
les Romains était à peu près le même, quels que fussent les motifs
décoratifs : dessin géométrique ou médaillon représentant des
personnages ou des animaux, opus incertum, etc.. Si la mosaïque
avait constitué un indice de richesse ou de luxe, des précautions
beaucoup plus grandes n'eussent-elles pas été prises afin de la
conserver dans toute sa beauté le plus longtemps possible? Au
lieu de cela, beaucoup de sols présentent des réparations anciennes
exécutées sans souci d'esthétique, et un soubassement médiocre,
qui explique l'état déplorable dans lequel on les retrouve la plu
part du temps (pi. I, b)1.
Il en est parfois de même pour la pose des tesselles. Il semble que
l'attention et le talent de l'artiste qui composait le motif décoratif
se portaient sur le médaillon central (lorsqu'il n'était pas importé),
bien limité par des bandes de grecques ou de torsades, et qu'il
laissait à des ouvriers, sûrement indigènes, le soin de combler
les surfaces qui allaient être occupées par des lits ou d'autres
meubles. Ces « apprentis » se livraient alors à une véritable débauche
d'inspiration géométrique, donnant un ensemble parfois inco
hérent et trop garni (pi. I, c) 2, composé de nombreuses variations
du carré et du losange (pi. II), du cercle (schémas, pi. III) entou
rant des signes prophylactiques ou symboliques (photographie,
pi. III)3. Ce travail, qui devient très vite machinal, ne demandait

1 Maison d'Orphée, Volubilis : bordure de la mosaïque des dauphins,


petit triclinium. Cf. R. Thouvenot, Vart provincial en Maurétanie Tingit
ane,les mosaïques, M. É. F. i?., t. LUI, 1936.
8 Mosaïque de Lixus, conservée à Tétouan.
8 Bordure de la mosaïque d'Hylas, maison à la mosaïque de Vénus,
Volubilis.
DÉPOSE, REPOSE ET RESTAURATION DES MOSAÏQUES ROMAINES 245
pas beaucoup d'habileté ni de goût et convenait très bien à des
hommes dont la principale qualité était de pouvoir rester accroupis
pendant des heures ; je l'ai moi-même expérimenté avec les Ber
bères des villages avoisinant Volubilis, parmi lesquels j'ai formé
de très bons mosaïstes qui arrivèrent, en peu de temps, à tailler
leurs cubes avec rapidité et à remplir les emplacements que je
leur traçais à l'avance, suivant une technique qui rappelle éto
nnamment l'antique. Ils furent rapidement en mesure d'exécuter
chacun un carré de 70 à 80 centimètres de côté par jour (pi. VI, c).
On peut donc penser que le prix de revient des mosaïques
n'était pas aussi élevé qu'on l'a cru pendant longtemps et c'est
ce qui frappe particulièrement à Volubilis, où toutes les maisons
du quartier ouest (le quartier aisé) comportent de nombreux
pavements, à décor géométrique pour les corridors et les communs
et à motifs figurés pour les pièces de réception ou de séjour1.
On trouve peu, au Maroc, de mosaïques en opus incertum. Il y
en a quelques-unes à Lixus, en marbre, semblables à celles que
l'on voit en Gaule, au Ier siècle.
On remarquera que les mosaïques (à décor géométrique ou figuré)
de Volubilis et de Lixus sont à peu près semblables par leur
composition et leur matière. Or, on n'a retrouvé qu'à Lixus
des stocks de tesselles indiquant la présence d'ateliers de mosaïstes.
Les mosaïques de Volubilis viendraient-elles de Lixus?

Dégagement de la mosaïque. — On s'aperçoit très vite que l'on


va mettre au jour une mosaïque au nombre de tesselles que l'on
dégage dès qu'a été enlevée la couche d'humus, bien au-dessus
du niveau du pavement ; on sait déjà s'il s'agira d'une mosaïque
à décor géométrique ou figuré. En effet, la mosaïque géométrique,

1 Maison au cortège de Vénus, où seuls les thermes ne sont pas


dallés. Plus de la moitié de la surface totale est recouverte de mo
saïques.
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plus ordinaire, était exécutée généralement à l'aide de cubes
beaucoup plus gros et taillés dans une matière plus courante
(grès, brique, etc.). Une mosaïque à décor figuré, par contre,
se composait de tesselles plus petites provenant de matières
plus variées, plus riches et offrant plus de coloris : pâte de verre,
marbre, etc. Cette différence de taille s'explique par le fait qu'il
est plus facile d'obtenir des lignes courbes pour dessiner des
figures humaines, animales ou même végétales, avec de petits
cubes qu'avec des gros qui conviennent mieux aux lignes droites
(pi. V, a et b). La taille en « claveau » ne dut pas être répandue,
car, s'il est vrai qu'elle facilitait le travail des courbes, elle demand
ait beaucoup plus de temps et augmentait le prix de revient
de la main-d'œuvre.
A mesure que la fouille s'approfondit, la densité des cubes
s'accroît très rapidement ; il faut alors prendre beaucoup de
précautions. On remplacera la pioche et la pelle par une truelle
de maçon et un piochon de jardinier, pour terminer à la spatule
et au pinceau. On se rend immédiatement compte de la solidité
et de l'état de conservation de la mosaïque, suivant que les tesselles
sont fixées dans un béton de tuileau ou simplement retenues par
la terre humide. Après le nettoyage au pinceau, il est préférable,
pour plus de sûreté, de prendre des photographies sous plusieurs
angles et de commencer la consolidation avant même d'entre
prendre l'étude ; à cet effet, il suffira de brosser les joints entre
les cubes et d'y couler un lait de plâtre.
Lorsque la mosaïque, soit à cause du terrain, soit à cause du
mode de construction, paraît soufflée et qu'on sent un vide entre
sa surface et le sol, on peut débarrasser les joints des tesselles
de la terre qui s'y est introduite, en brossant puis en aplanissant
avec une planchette et un marteau, jusqu'à ce que le niveau-plan
de la mosaïque soit presque atteint.
Lorsqu'on la découvre, nettement brisée en plaques homogènes,
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on la dépose sans chercher à l'aplanir. On la réajustera au cours
du nettoyage et de la repose.
La végétation détériore beaucoup les sols. Il faut couper les
herbes (et non les arracher) au ras du pavement et verser quelques
gouttes d'acide sur la section pour achever de tuer les racines.
Il arrive aussi que l'on dégage des mosaïques relativement
planes où des plaques entières ont disparu. On repoussera la terre
récupérée au balayage vers leurs emplacements, de façon à mieux
caler les cubes qui entourent les bords des vides, et l'on tassera
ensuite en ramenant la terre au niveau de la mosaïque.

Dépose. — II faut maintenant déposer la mosaïque pour la


mettre à l'abri dans un musée ou pour reconstituer le substrat ;
les méthodes de dépose ne sont pas très nombreuses ; elles sont
plus ou moins onéreuses et pratiques.
On peut évidemment soulever l'ensemble d'un seul bloc, mais
il faut abattre les murs de la pièce qui l'entourent. En Syrie, les
mosaïques sont entoilées, puis on dispose des planches sur la
surface entière ou le fragment à enlever, et on creuse par-dessous
pour dégager le tout, mais la tâche est rude et considérable ; de
plus, il faut être sûr que le béton originel est suffisamment solide *.
Nous employons au Maroc une méthode beaucoup plus éco
nomique, qui ne demande que de la toile, du papier et de la colle.
La mosaïque doit, avant tout, être nettoyée avec le plus grand
soin et passée, si elle n'est pas en marbre, à l'eau acidulée à 50 %.
Toutes les particules calcaires sont alors dissoutes et la surface
de chaque cube bien dégagée ; on bouche les vides avec de la
glaise ou du plâtre. On photographie une fois encore la mosaïque,
on la calque même, si les motifs sont intéressants ou l'état parti
culièrement défectueux.

1 J. Lassus, Réflexions sur la technique de la mosaïque. Les conférences-


visites du Musée Stéphane- Gs eli, Alger, 1957.
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On la découpe alors en plusieurs panneaux, en suivant les


contours des motifs ; pour cela, on enlève une rangée de cubes
(pi. IV, fig. b) ; la surface des plaques ne doit pas dépasser
80 centimètres de côté, pour faciliter la manipulation et la repose.
On colle ensuite des feuilles de papier fort sur toute la surface,
en répandant la colle uniformément et en frottant avec la paume
de la main jusqu'à ce que le motif et les couleurs réapparaissent,
ce qui prouve que tous les cubes adhèrent bien. Il est indispen
sable de coller le papier avant la toile, car celle-ci n'adhérerait
pas suffisamment aux tesselles, en raison du croisement des fils
de trame et de chaîne. Le papier fort, ramolli par la colle, forme
pâte et pénètre dans les interstices des fils ; un collage imparfait
rendrait difficile la repose1. Quand cette première opération est
terminée et que le papier est sec, on entoile avec une étoffe de
coton, trempée au préalable dans la colle ; on frotte la surface
pour bien faire adhérer et chasser les bulles d'air ; il faut prendre
soin de couper la lisière et d'entailler les parties qui recouvrent
les vides, car la toile, en ces endroits, sèche plus vite et se rétrécit,
risquant d'entraîner le décollement des cubes qui les bordent.
Le dessin, bien qu'estompé, doit alors paraître à nouveau.
On trace ensuite, sur la toile séchée, avec des craies grasses de cou
leurs différentes afin de le rendre plus clair, le plan de dépose formé
d'axes dans le sens de la longueur et de la largeur, tous les 50 centi
mètres, et de traits soulignant les contours des plaques, que l'on
numérote sans tenir aucun compte des axes (pi. IV, fig. c). Les
lignes de découpe seront complétées par des zigzags qui serviront
de repères supplémentaires (pi. IV, fig. d).
Si la mosaïque doit être reposée sur place, on prend soin de
sceller, à l'extrémité des axes, des pointes dans du ciment, ou de

1 II faut employer de la colle de menuisier, que l'on choisira plus


fluide l'hiver que l'été, car, le froid la rendant gélatineuse, l'adhérence
serait beaucoup moins bonne.
.ùO)\

Pl. I
Pl. II
Pl. III
Pl. IV

050 O.50 t

DÉPOSE.

Repose.
Pl. V

<-V- '■ /
Pl. VI
Pl. VII
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repérer leur emplacement par rapport aux murs de la pièce
avec de la peinture ; on découpe, à l'aide de ciseaux, la toile aux
endroits où les cubes ont été enlevés en suivant les lignes-contours
des plaques numérotées, puis, avec un long burin que l'on intro
duit sous les plaques, on soulève ces dernières et on les expose
au soleil, la toile en dessous. Une fois séchées, on les nettoie avec
des ciseaux de sculpteur et des brosses métalliques pour dégager
tout l'ancien béton de façon à ne laisser que les cubes collés à la
toile. On transporte alors les morceaux du puzzle à l'abri de la
chaleur et surtout de l'humidité ; ils pourront ainsi se conserver
plusieurs années en couches superposées, séparées par des lattes
ou du contre-plaqué 1.
Pour le transfert, on les empilera dans des caisses, bien calés
avec de la paille 2.

Repose. — Plusieurs procédés, là encore, peuvent être appliqués ;


nous les citerons en indiquant pour chacun les conclusions suggérées
par notre expérience personnelle :
Le montage sur béton : il fixe la mosaïque d'une façon trop défi
nitive. Or, une mosaïque doit pouvoir être déplacée (au cours
d'une transformation, d'un agrandissement de musée, etc.). Si
elle est coulée au ciment sur un mur ou un sol, ce ne sera plus
possible.
Le coulage de béton (au revers des plaques), s'il les rend plus
solides, complique leur transport, car elles deviennent rigides,
cassantes et d'un poids beaucoup plus considérable. La repose est
plus sèche et perd son aspect antique, rappelant trop, par son
uniformité, le carrelage moderne.

1 J'ai déposé des mosaïques à Volubilis, en 1955, qui sont toujours


en magasin, en parfait état de conservation.
2 La mosaïque de la Navigation de Vénus a fait le voyage Volubilis-
Paris et retour dans une caisse qui ne dépassait pas 80 kilogrammes
et qui représentait une surface de près de 10 mètres carrés.
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Le moulage au plâtre : s'il est moins dur que le moulage au béton,
présente des inconvénients : il se dilate à l'humidité, gonfle, et
son adhérence n'est que relative. Les cubes, mal fixés, peuvent
très rapidement se décoller et la mosaïque reprend vite un aspect
vétusté.
Le montage sur asphalte, appliqué à chaud, donne des résultats
certainement très intéressants : les plaques sont plus maniables,
et la repose en est plus facile ; ce procédé rend sa souplesse à la
mosaïque dont le poids est relativement peu important, mais il
est onéreux et ne convient pas à tous les climats : au Maroc, en
particulier, l'asphalte, par les fortes chaleurs, risque d'apparaître
aux joints et de couler.
Le montage au mortier gras, que nous avons adopté à Volubilis,
utilise de la chaux, du sable tamisé et un peu de ciment. Il présente
l'avantage d'être souple et de ne pas sécher trop rapidement.
Enfin, c'est le plus proche du procédé antique.
On préparera le terrain en faisant un blocage de pierres, une
dalle en béton armé, de 10 à 15 centimètres d'épaisseur, puis une
chappe au mortier gras, de 2 à 3 centimètres d'épaisseur1 (pi. V,
photo c).
Une fois la chappe coulée, on retrace à la pointe de la truelle,
le plan de dépose comprenant les axes verticaux et horizontaux,
en utilisant Jes témoins laissés sur place (pi. IV, fig. e). On enduit
la surface où apparaissent les cubes, à l'envers des plaques dé
montées, d'un mortier suffisamment fin et liquide pour qu'il
puisse s'introduire dans les vides (pi. V, photo d), puis on dispose
les plaques horizontalement, côté cubes en dessous, l'une après
l'autre sur le mortier (pi. V, photo e), en commençant par celle
qui se trouve à l'intersection des deux axes principaux (pi. IV,

1 Lors de l'exécution de ces travaux, on prendra bien soin de récupé


rer toutes les céramiques et objets se trouvant sous la mosaïque ; on
obtiendra ainsi des éléments de datation pour le pavement, forcément
postérieur à l'objet le plus récent que son mortier a recouvert.
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fig. f), en les faisant coïncider avec les axes originaux et leurs
repères respectifs. Le mortier de chaux sèche assez lentement
pour qu'on ait le temps de niveler à l'aide de la truelle ou d'un
petit rouleau. L'opération terminée, on badigeonne la surface
avec le même mortier très liquéfié. En séchant, ce dernier fera
rétrécir la toile dont les bords se relèveront tout seuls ; la colle
ayant été ramollie par l'eau du béton et l'humidité du badigeon,
il suffira de tirer délicatement la toile et les plaques réapparaîtront
une à une ; on enlèvera le papier et la colle qui adhéreraient encore
avec une petite truelle ou une spatule. Le mortier peut, lorsqu'on
l'asperge d'eau, se ramollir sans pour cela perdre de sa fermeté.
On finit d'aplanir en frottant avec une brique. Les lignes de découpe
et les trous apparaissent alors, remplis de mortier que l'on retire
avec un couteau et un petit burin. En effet, ce mortier est suf
fisamment résistant pour retenir les cubes, mais on peut bien plus
facilement l'éliminer que le mortier de ciment. On remplira les
lignes de découpe avec des cubes récupérés ou que l'on aura
taillés dans la matière appropriée.

Restauration. — Elle est souhaitable pour toutes les mosaïques


en bon état présentant des motifs géométriques, car il suffit de
remplir les emplacements vides avec du mortier de chaux, de
tracer le dessin et de placer les tesselles (pi. VI, a et b)1.
Il n'en est pas de même pour les motifs figurés : on évitera la
restauration, surtout si l'on pense pouvoir surpasser l'artiste
antique : on risquerait d'être taxé de « faux ». On évitera aussi de
souligner les contours présumés des personnages ou des animaux
par une ligne de petits cubes : c'est un travail difficile et d'une
fidélité très relative (pi. VI, d)2.
La seule méthode honnête, et qui est le plus souvent employée,

1 Bordure de la mosaïque du cirque, maison du Navigium Veneris,


Volubilis.
2 Bacchus et Ariane, Volubilis.
252 M. PONSICH. RESTAURATION DKS MOSAÏQUES ROMAINES

est le remplissage des vides où figuraient personnages ou animaux


par une petite gravette (« grain de riz »), mélangée à du mortier
de chaux que l'on choisira de préférence d'une teinte s'harmonisant
avec le ton dominant de la mosaïque1 (pi. VII).
Le travail de repose proprement dit une fois terminé, il faudra
laver souvent le pavement pour que la chaux du mortier ne remonte
plus à la surface, lui donnant un aspect terne et estompé. On
l'enduira ensuite d'une mince couche d'huile de lin, qui avivera
les teintes et formera une pellicule protectrice.
On pourra alors la déposer à nouveau autant de fois qu'il le
faudra, sans jamais lui ôter son caractère d'authenticité, les motifs
n'étant jamais retouchés puisqu'on dessine les lignes de découpe
avec des cubes qui forment le fond de la scène.
Le principal avantage de cette méthode est qu'elle ne demande
ni matériel, ni effort, ni crédits considérables, et que point n'est
besoin de démolir les murs de la pièce pour pénétrer sous la mos
aïque.
M. Ponsich,
Inspecteur adjoint des Antiquités, Tanger.

1 Mosaïque de la Navigation de Vénus (planche I, a) après repose.