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Note pratique : L’étude du présent module devrait vous prendre

environ deux heures.

Module 3 : Droits connexes

Objectifs
Après avoir achevé ce module, vous devriez être en mesure :

1. d’énumérer quels sont les bénéficiaires de droits connexes;

2. d’expliquer la nature des droits dont peuvent se prévaloir


les bénéficiaires de droits connexes;

3. d’indiquer la durée des droits connexes telle qu’elle est


prévue dans la Convention de Rome, dans l’Accord sur
les ADPIC, dans le Traité de l’OMPI sur les interprétations
et exécutions et les phonogrammes (WPPT) et dans le
Traité de Beijing;

4. d’expliquer en 250 mots environ comment le concept de


droits connexes peut être élargi pour englober les
“expressions culturelles traditionnelles”.

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Introduction

Les droits connexes sont des droits qui ressemblent, à certains égards,
au droit d’auteur. Les droits connexes ont pour objectif de protéger les intérêts
juridiques de certaines personnes morales ou physiques qui contribuent à
mettre des œuvres protégées par le droit d’auteur à la disposition du public, un
exemple évident étant le chanteur ou le musicien qui interprète l’œuvre d’un
compositeur en public. Les droits connexes ont globalement pour objectif de
protéger les personnes ou les organismes qui fournissent un apport créatif,
technique ou structurel substantiel au processus consistant à communiquer
l’œuvre au public.

Ce module vous expliquera quels sont les types de droits connexes,


comment on les acquiert, quelle est la durée de ces droits et quels sont les
principaux traités internationaux et les principales conventions internationales
pertinents.

Droits connexes

Il convient d’indiquer tout d’abord que le terme “droits connexes” est


relativement nouveau, certains documents utilisant le terme “droits voisins”
pour désigner ces mêmes droits. Seul le terme “droits connexes” sera utilisé
dans ce module. Pour commencer, écoutez la séquence audio sur les droits
connexes.

Séquence audio 1 : Pourriez-vous me rappeler la définition


du concept de “droits connexes”?

Les droits connexes sont différents du droit d’auteur mais ils sont
étroitement liés au droit d’auteur. Ils sont souvent basés sur une œuvre
protégée par le droit d’auteur. Ces deux types de droit sont donc en
quelque sorte apparentés. Les droits connexes offrent le même type
d’exclusivité que le droit d’auteur. Cependant ils ne couvrent pas les
œuvres en elles-mêmes mais des objets impliquant un travail qui consiste
de manière générale à les présenter au public. Prenons l’exemple d’une
chanson protégée par le droit d’auteur et suivons-la à travers les
différentes étapes.

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Supposons que nous ayons l’original d’une chanson, bien évidemment


protégée pour le compositeur et le parolier, titulaires du droit d’auteur sur
l’original. Un moment viendra où ils la proposeront à un chanteur ou à
une chanteuse pour interprétation. Ce chanteur ou cette chanteuse aura
besoin à son tour d’une forme de protection. Si un enregistrement est
prévu ou si l’interprète envisage une radiodiffusion, il faudra faire appel à
une autre entreprise qui demandera elle aussi une protection avant de
signer un contrat. Dans ce cas, les premiers droits connexes sont donc
les droits des personnes qui interprètent les œuvres, c’est-à-dire des
interprètes, chanteurs, acteurs, danseurs, musiciens, etc.

Vient ensuite un deuxième groupe, celui des producteurs de


phonogrammes ou plus exactement des producteurs d’enregistrements
sonores car les phonographes vinyle ont laissé place aux CD et aux
supports numériques. Ces producteurs demandent une protection de
type plutôt commercial car réaliser un enregistrement sonore de qualité
implique davantage de protéger un investissement que de se préoccuper
des aspects artistiques liés à la composition, à l’écriture et à
l’interprétation d’une chanson. Néanmoins, même ici, sur l’ensemble du
processus de sélection de l’accompagnement instrumental, des
répertoires, des arrangements musicaux etc., il existe certains éléments
créatifs ainsi qu’un élément économique plus évident et important.
N’oublions pas que ces producteurs sont les toutes premières victimes du
piratage, étant privés dans ce cas de l’argent qui leur est dû, lequel est
détourné en faveur des producteurs pirates. Leurs pertes, en particulier
leurs pertes financières, se répercutent par la suite, bien entendu, sur les
interprètes et les auteurs. C’est pourquoi des droits spécifiques sont
octroyés aussi aux producteurs d’enregistrements sonores.

Le troisième groupe bénéficiant d’une protection pour des droits connexes


est celui des radiodiffuseurs. Leurs droits découlent de leur apport
créatif et économique, à savoir le montage de programmes à partir du
signal de radiodiffusion et leur diffusion au public visé. Ces droits portent
non pas sur le contenu de la radiodiffusion ni du film, par exemple, mais
sur l’action de radiodiffusion proprement dite. Le fait même qu’ils puissent
émettre les signaux constituant la radiodiffusion leur donne des droits de
protection d’un certain type concernant ces signaux. Une fois de plus, ce
sont les investissements et les efforts consentis pour rassembler et
radiodiffuser les différents programmes qui sont pris en compte.

Il est indiqué aussi au tout début de la séquence que les droits connexes ne
sont pas identiques au droit d’auteur mais qu’ils sont étroitement liés au droit
d’auteur.

Les droits connexes sont parfois liés à des œuvres qui ne sont pas
protégées par le droit d’auteur, par exemple des œuvres se trouvant dans le
domaine public. Prenons, par l’exemple, un concerto pour piano de Beethoven.
Ce morceau peut être interprété dans une salle de concert ou enregistré sur un

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CD. Beethoven est décédé en 1827, ses œuvres sont donc toutes dans le
domaine public et par conséquent ne bénéficient d’aucune protection au titre
du droit d’auteur. Quiconque est ainsi libre de jouer une composition en
particulier de l’un des concertos pour piano de Beethoven ou de l’enregistrer
sur un CD sans être obligé d’obtenir une autorisation.

En revanche, les concertistes (le pianiste et l’orchestre) comme le


producteur du CD contenant un enregistrement du concert jouissent de droits
connexes pour respectivement leur interprétation et leur enregistrement. Dans
l’exemple considéré, personne n’a donc le droit d’enregistrer une interprétation
en direct de ce concert sans l’accord des interprètes. De même, personne n’a
le droit d’effectuer des copies d’un enregistrement sonore de ce concert pour
piano sans l’accord du producteur de l’enregistrement sonore.

Il peut être intéressant de noter également que les producteurs


d’enregistrements sonores peuvent bénéficier d’une protection même si ce qui
a été enregistré n’est pas une œuvre en soi. Un enregistrement sonore peut
contenir des sons naturels comme des chants d’oiseaux, les bruits de vagues,
etc. Ces sons ne sont pas des œuvres. Néanmoins, l’entreprise qui réalise
l’enregistrement sonore et organise la production du CD contenant ces sons
sera protégée contre tout acte de piratage sur cet enregistrement.

Question d’auto-évaluation

QAE 1 : Quels sont les trois groupes de personnes ou


d’organismes cités comme bénéficiaires de droits
connexes?

Veuillez indiquer votre réponse ici :

Cliquez ici pour voir la réponse.

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Réponse à la QAE 1 :

Ces trois groupes sont :

 les artistes interprètes ou exécutants, par exemple le chanteur ou


la chanteuse interprétant la chanson;

 les producteurs d’enregistrements sonores, par exemple les


sociétés d’enregistrement;

 les organismes de radiodiffusion.

Le terme piratage a été prononcé dans la séquence audio. Si vous ne


connaissez pas avec certitude la signification de ce terme, c’est le moment de
consulter le glossaire.

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Comme expliqué dans la séquence audio, des droits connexes sont


habituellement octroyés à trois catégories de bénéficiaires : les artistes
interprètes ou exécutants, les producteurs d’enregistrements et les organismes
de radiodiffusion.

Les droits des artistes interprètes et exécutants sont reconnus parce


que leur intervention créative est indispensable pour donner vie, par exemple,
à des œuvres musicales, théâtrales ou chorégraphiques et à des images
animées, et parce qu’ils ont un intérêt légitime à ce que chacune de leurs
interprétations bénéficie d’une protection juridique.

Les droits des


producteurs
d’enregistrements
sonores sont reconnus
parce que leurs ressources
créatives, financières et
structurelles sont
indispensables pour mettre
les enregistrements
sonores à la disposition du
public sous la forme de
phonogrammes
commerciaux (bandes,
cassettes, CD, fichiers MP3,
etc.)

Ils ont également un intérêt légitime à disposer des moyens juridiques


nécessaires pour pouvoir engager une action en cas d’utilisation non autorisée
– que ce soit sous la forme de la réalisation ou de la diffusion de copies non
autorisées (piratage) ou de la radiodiffusion ou de la communication non
autorisées au public de leurs phonogrammes.

De même, les droits des organismes de radiodiffusion sont reconnus


en raison du rôle joué par ces organismes pour mettre les œuvres à la
disposition du public, et compte tenu de leur intérêt justifié pour un contrôle de
la transmission et de la retransmission de leurs émissions.

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Écoutez maintenant la prochaine séquence audio sur l’importance et


l’évolution des droits liés à la radiodiffusion, prenant comme exemple la
radiodiffusion d’un événement sportif.

Séquence audio 2 : Droits connexes pour les radiodiffuseurs


d’événements sportifs

En ce qui concerne les programmes sportifs, les droits des


radiodiffuseurs ont une importance très spécifique. Dans de nombreux
pays, un programme sportif ne peut pas faire l’objet d’une protection au
titre du droit d’auteur. Dans certains pays, en premier lieu aux États-Unis
d’Amérique, un match de football, lorsqu’il est filmé et enregistré sous un
format fixe, est considéré comme une œuvre audiovisuelle car on estime
qu’il est suffisamment créatif pour constituer une œuvre. Dans beaucoup
d’autres pays cependant, la loi considère que le jeu est le facteur
déterminant et qu’il n’est ni original ni créatif au point de justifier une
protection. Le caméraman ne fait que suivre l’action sur le terrain et
d’autres événements annexes. Aussi talentueux soit-il dans le maniement
de la caméra, il n’est pas pour autant artiste. Dans de nombreux pays,
les radiodiffusions de ce type sont rarement voire jamais considérées
dignes d’une protection au titre du droit d’auteur.

En revanche, l’intérêt que suscitent les droits de télévision, par exemple


pour les Jeux olympiques et la Coupe du monde, est énorme. Les
montants négociés se chiffrent en millions voire milliards de dollars, livres,
francs ou yens.

Mais l’investissement serait-il aussi attractif si les radiodiffuseurs, après


avoir dépensé des sommes faramineuses pour une licence exclusive ou
un accès exclusif à de grands événements sportifs dans une zone de
radiodiffusion donnée, étaient dans l’incapacité de faire valoir leurs droits
connexes et ainsi d’empêcher d’autres entreprises de retransmettre leurs
œuvres, de les diffuser en temps réel sur l’Internet ou d’enregistrer et de
vendre des vidéos de ces événements?

Ces quelques exemples expliquent pourquoi on a considéré que les


groupes concernés : artistes interprètes ou exécutants, producteurs de
phonogrammes et radiodiffuseurs pouvaient prétendre à des droits
connexes.

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La première réponse structurée, à l’échelon international, à la nécessité


d’une protection juridique pour les trois catégories de droits connexes a été la
conclusion, en 1961, de la Convention de Rome pour la protection des artistes
interprètes ou exécutants, des producteurs de phonogrammes et des
organismes de radiodiffusion (Convention de Rome). Contrairement à de
nombreuses conventions internationales qui étaient le prolongement de
législations nationales et visaient à établir une synthèse des lois existantes, la
Convention de Rome avait pour objectif d’essayer de mettre au point une
réglementation internationale dans un nouveau domaine où peu de lois
nationales existaient à l’époque. Cela signifiait que la plupart des États
devaient élaborer et adopter des lois avant d’adhérer à la convention.

Depuis l’adoption de la Convention en 1961, beaucoup d’États ont légiféré


sur les points abordés dans la Convention, bon nombre d’entre eux allant au-
delà des niveaux minimums de protection définis dans la Convention.

L’action internationale majeure engagée par la suite pour répondre aux


besoins d’une protection juridique a été l’adoption du Traité de l’OMPI sur les
interprétations et exécutions et les phonogrammes (WPPT) le
20 décembre 1996 à Genève (avec le Traité de l’OMPI sur le droit d’auteur
(WCT), décrit dans le module consacré au droit d’auteur). Ce traité visait à
proposer une protection supplémentaire des droits patrimoniaux et du droit
moral des artistes interprètes ou exécutants et des producteurs de
phonogrammes (articles 5 à 10 du WPPT), en ce qui concerne en particulier
leur exploitation sous forme numérique, notamment via l’Internet. Le WPPT est
entré en vigueur le 20 mai 2002.

Le dernier traité multilatéral en date sur les droits connexes est le Traité
de Beijing sur les interprétations et exécutions audiovisuelles (Traité de
Beijing), adopté en juin 2012. Il porte sur les droits connexes des artistes
interprètes ou exécutants audiovisuels dans leurs interprétations ou exécutions
intégrées dans des œuvres audiovisuelles. Le Traité de Beijing entrera en
vigueur dès qu’il comptera au moins 30 parties contractantes.

Vous connaissez maintenant les types de personnes et d’organismes


pouvant bénéficier d’une protection au titre de droits connexes. Il convient alors
de se demander : “quels sont ces droits?”. En principe, ces droits sont
équivalents à ceux dont bénéficient les titulaires du droit d’auteur. Il s’agit du
droit d’empêcher les autres d’exploiter de manière non autorisée les
interprétations ou exécutions, les enregistrements ou les radiodiffusions
protégés.

Droits conférés aux bénéficiaires de droits connexes


Convention de Rome et ADPIC

Les droits conférés aux trois types de bénéficiaires de droits connexes


dans les lois nationales, bien que tous ces droits ne soient pas forcément

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conférés dans une seule et même loi, sont les suivants (voir l’article 3 de la
Convention de Rome) :

Les artistes interprètes ou exécutants ont le droit d’empêcher la


fixation (l’enregistrement), la radiodiffusion et la communication au
public de leurs prestations en direct, sans leur consentement; ils ont
aussi le droit d’empêcher la reproduction des fixations de leurs
prestations. Les droits sur la radiodiffusion et la communication au
public des fixations sur des phonogrammes commerciaux peuvent
prendre la forme d’une rémunération équitable plutôt que d’un droit
d’interdire, grâce à des licences non volontaires comme indiqué
dans le module consacré au droit d’auteur. Compte tenu du
caractère personnel de leurs créations, les artistes interprètes ou
exécutants se voient aussi reconnaître, selon la législation de
certains pays, des droits moraux qu’ils peuvent faire valoir pour
empêcher l’omission sans raison de leur nom ou des modifications
de leurs prestations les présentant sous un jour défavorable.

Les producteurs de phonogrammes ont le droit d’autoriser ou


d’interdire la reproduction, l’importation et la diffusion directes et
indirectes de leurs phonogrammes et des copies de ceux-ci; ils ont
aussi droit à une rémunération équitable pour la radiodiffusion et la
communication au public de leurs phonogrammes.

Les organismes de radiodiffusion ont le droit d’autoriser ou d’interdire


la rediffusion, la fixation et la reproduction de leurs émissions. Dans
certaines législations, des droits supplémentaires leur sont octroyés.
Par exemple, dans les pays de l’Union européenne, un droit de
location est accordé aux producteurs de phonogrammes et aux
artistes interprètes et exécutants respectivement sur leurs
phonogrammes et sur leurs prestations audiovisuelles. Certains
pays reconnaissent également des droits particuliers sur les
transmissions par câble. De la même façon, au titre de l’Accord sur
les ADPIC, les producteurs de phonogrammes (ainsi que tout autre
titulaire de droits sur des phonogrammes, prévus par la législation
nationale) jouissent d’un droit de location.

WPPT

Les artistes interprètes ou exécutants ont le droit d’autoriser la


reproduction, la distribution, la location et la mise à disposition
d’interprétations ou d’exécutions fixées (à l’exception des
interprétations ou exécutions audiovisuelles). S’agissant des
interprétations ou exécutions non fixées (en direct), ils ont le droit
d’autoriser la radiodiffusion et la communication au public (dans
certaines limites) ainsi que la fixation. Les artistes interprètes ou
exécutants bénéficient aussi de droits moraux, notamment du droit
d’exiger d’être mentionnés comme tels et du droit de s’opposer à
toute déformation, mutilation ou autre modification qui porterait
atteinte à leur réputation.

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Les producteurs de phonogrammes ont le droit d’autoriser la


reproduction, la distribution, la location et à la mise à disposition.

Traité de Beijing

Les artistes interprètes ou exécutants audiovisuels ont le droit


d’autoriser la reproduction, la distribution, la location et la mise à
disposition d’interprétations ou d’exécutions fixées. S’agissant des
interprétations ou exécutions non fixées (en direct), ils ont le droit
d’autoriser la radiodiffusion et la communication au public (dans
certaines limites) ainsi que la fixation. Ils bénéficient aussi de droits
moraux, notamment du droit d’exiger d’être mentionnés comme
artistes interprètes ou exécutants (sauf dans les cas où cela est
déterminé par le mode d’interprétation ou de performance) et du droit
de s’opposer à toute déformation, mutilation ou autre modification qui
porterait atteinte à leur réputation (compte tenu de la nature des
fixations audiovisuelles).

Limitations et exceptions

Tout comme dans le cas du droit d’auteur, la Convention de Rome


contient certaines limitations et exceptions aux droits connexes, par
exemple dans les cas suivants : utilisation privée; utilisation de courts
fragments à l’occasion du compte rendu d’un événement d’actualité; utilisation
d’interprétations ou d’exécutions, de phonogrammes et de radiodiffusions
protégés, pour l’enseignement ou la recherche scientifique (article 15 de la
Convention de Rome).

Le WPPT (article 16) et le Traité de Beijing (article 13) appliquent à tous


les droits le triple critère tel que décrit à l’article 9.2) de la Convention de Berne,
pour déterminer les limitations et les exceptions. Les limitations et les
exceptions doivent être restreintes à des cas précis, qui ne sont pas
incompatibles avec une exploitation commerciale normale des œuvres et qui
ne portent pas atteinte de manière abusive aux intérêts légitimes des titulaires
de droits.

Les déclarations communes accompagnant ces traités stipulent que ces


limitations et exceptions peuvent s’appliquer également à l’environnement
numérique. Les États peuvent aussi concevoir de nouvelles exceptions et
limitations pour l’environnement numérique.

Les législations nationales peuvent prévoir plus que les limitations et


exceptions minimales prévues dans les traités. De nombreux pays prévoient,
pour les droits connexes, des limitations et exceptions de même nature que
celles prévues pour la protection du droit d’auteur. Cette possibilité est stipulée
en particulier dans le WPPT (article 16) et dans le Traité de Beijing (article 13).

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Durée de la protection

La durée de la protection conférée par les droits connexes, telle qu’elle


est prévue dans la Convention de Rome, est de 20 ans à compter de la fin de
l’année (article 14 de la Convention de Rome) :

où l’exécution a eu lieu, pour les exécutions qui ne sont pas fixées


sur phonogrammes;

où la fixation (enregistrement) a été réalisée, pour les


phonogrammes et les exécutions fixées sur ceux-ci;

où la radiodiffusion a eu lieu.

Selon l’Accord sur les ADPIC (Partie II), les droits des artistes interprètes
ou exécutants et les producteurs de phonogrammes doivent être protégés
pendant 50 ans à compter de la fin de l’année où la fixation ou l’interprétation
ou l’exécution a été réalisée, et les droits des organismes de radiodiffusion
pendant 20 ans à compter de la fin de l’année où la radiodiffusion a eu lieu.
Cela signifie que les pays adhérant à l’Accord sur les ADPIC devraient prévoir
ou modifier leur législation de manière à proposer une protection plus longue
que celle exigée par la Convention de Rome.

Le WPPT (article 17) et le Traité de Beijing (article 14) prévoient tous les
deux une durée de protection de 50 ans à compter de l’événement spécifié pour
chaque élément faisant l’objet de droits connexes.

Les législations nationales peuvent prévoir des durées de protection plus


longues que les durées minimales stipulées dans les traités.

Application

En ce qui concerne l’application des droits, les sanctions en cas d’atteinte


à des droits connexes ou de violation de droits connexes sont, d’une manière
générale, similaires à celles prévues pour le droit d’auteur (Partie III de l’Accord
sur les ADPIC), à savoir : mesures conservatoires ou provisoires; sanctions
civiles; sanctions pénales; mesures à prendre à la frontière; mesures,
dommages-intérêts et sanctions en cas d’utilisation abusive de dispositifs
techniques. Voir les éléments présentés dans le module consacré au droit
d’auteur.

Selon le WPPT et le Traité de Beijing, les Parties contractantes doivent


prévoir “une protection juridique appropriée et des sanctions juridiques
efficaces” contre la neutralisation des mesures techniques utilisées dans le
cadre de l’exercice de leurs droits (article 18 du WPPT et article 15 du Traité
de Beijing) et des “sanctions juridiques appropriées et efficaces” contre certains
actes concernant l’information sur le régime des droits (article 19 du WPPT et
article 16 du Traité de Beijing).

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Protection des expressions culturelles traditionnelles

L’idée de droits connexes a également suscité l’attention dans la mesure


où il s’agit d’un moyen de protéger les expressions culturelles non enregistrées
faisant partie des expressions culturelles traditionnelles de nombreux pays en
développement (désignées souvent dans le passé par le terme “folklore”).
C’est en effet souvent par l’intermédiaire d’artistes interprètes ou exécutants
que ces expressions sont communiquées au public. En prévoyant une
protection des droits connexes, les pays en développement disposent ainsi
d’un moyen de protéger leurs expressions culturelles anciennes, vastes et
inestimables, qui sont une métaphore de leur propre existence et de leur propre
identité. Ces expressions constituent l’essence même de leur culture et
permettent de distinguer une culture d’une autre culture voisine de l’autre côté
de la frontière ou dans le monde. Le WPPT et le Traité de Beijing intègrent
parmi les bénéficiaires de cette protection les artistes interprétant ou exécutant
des expressions du folklore (article 2 du WPPT et article 2 du Traité de Beijing).

De même, la protection des producteurs de phonogrammes et des


organismes de radiodiffusion contribue à la création d’entreprises nationales en
mesure de diffuser les expressions culturelles nationales dans un pays et, ce
qui est peut-être plus important, sur les marchés extérieurs. L’engouement
planétaire actuel pour les musiques du monde (“world music”) prouve
l’existence de tels marchés mais les avantages économiques tirés de
l’exploitation de ces marchés ne reviennent pas toujours au pays d’origine des
expressions culturelles.

Comme indiqué dans la présentation du domaine public dans le Module 1,


selon la Convention de Berne le domaine public englobe “les œuvres et objets
de droits connexes qui – généralement parce que leur délai de protection est
venu à expiration ou parce que leur protection dans le pays dont il s’agit n’est
pas assurée par un traité international – peuvent être utilisés et exploités par
quiconque sans le consentement des titulaires du droit d’auteur et des droits
connexes concernés et sans qu’il soit nécessaire de verser à ces derniers une
rémunération”1. Il est indiqué également que les peuples autochtones, les
communautés locales et de nombreux pays s’opposent à ce que les savoirs
traditionnels et les expressions culturelles traditionnelles appartiennent au
domaine public parce que, selon eux, cela les expose à un risque
d’appropriation illicite et d’utilisation abusive. Par exemple, une chanson
folklorique autochtone pourrait être adaptée et protégée par le droit d’auteur
sans qu’il soit fait mention de la communauté autochtone qui l’a créée et sans
qu’aucun des avantages découlant de l’exploitation de la chanson soit partagé
avec cette communauté (les termes “savoirs traditionnels” et “expressions
culturelles traditionnelles” seront définis dans le module de ce cours consacré
aux savoirs traditionnels).

1
Passage tiré du document WIPO/GRTKF/IC/17/INF/8, Guide des traités sur le droit d’auteur et les
droits connexes administrés par l’OMPI et Glossaire du droit d’auteur et des droits connexes

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En résumé, la protection des droits connexes peut répondre à un double


objectif, à savoir : préserver la culture nationale et fournir un moyen
d’exploitation commercialement judicieuse des marchés internationaux.

Résumé du module
Dans ce module, vous avez appris ce que sont les droits connexes,
appelés aussi droits voisins ou plus précisément “droits voisins du droit
d’auteur”. Les droits connexes ont pour objectif de protéger les intérêts
juridiques de certaines personnes morales ou physiques qui contribuent à
mettre des œuvres à la disposition du public ou qui apportent une contribution
créative, technique ou structurelle.

Traditionnellement, il existe trois catégories de personnes pouvant


bénéficier de droits connexes : les artistes interprètes ou exécutants, les
producteurs et les radiodiffuseurs. C’est la Convention de Rome qui, en 1961,
mentionne la nécessité d’assurer une protection juridique à ces trois catégories
et tente d’établir des règles internationales dans un nouveau domaine où il
existait déjà quelques lois nationales. Autrement dit, la plupart des États
devaient élaborer et promulguer des lois avant d’adhérer à la Convention. Les
traités les plus récents dans le domaine des droits connexes, le WPPT et le
Traité de Beijing, élargissent l’étendue de la protection conférée par les droits
des artistes interprètes ou exécutants et des producteurs de phonogrammes
tout en s’aventurant dans “l’ère numérique” avec des protections conçues pour
l’exploitation d’œuvres protégées au format numérique, notamment via
l’Internet. Les dispositions du WPPT et du Traité de Beijing ont été adoptées
par les États respectivement en 1996 et 2012. Il n’existe pour l’instant aucun
traité multilatéral actualisation la protection conférée aux radiodiffuseurs.
Comme pour le droit d’auteur, la Convention de Rome, le WPPT, le Traité de
Beijing et les législations nationales contiennent des limitations et des
exceptions aux droits connexes.

Selon la Convention de Rome, la durée de la protection conférée par les


droits connexes est de 20 ans à compter de la fin de l’année (1) où
l’enregistrement a été réalisé; (2) où l’interprétation ou l’exécution a eu lieu;
(3) où la radiodiffusion a eu lieu. La durée de la protection conférée par les
droits connexes, indiquée dans le WPPT et dans le Traité de Beijing, est de 50
ans à compter de la date de l’événement spécifié.

Les mesures conservatoires ou provisoires prévues ont trait aux sanctions


en cas d’atteinte à des droits connexes ou de violation de droits connexes :
sanctions civiles; sanctions pénales; mesures à prendre à la frontière;
mesures, dommages-intérêts et sanctions en cas d’utilisation abusive des
dispositifs techniques.

Il est important de noter que les droits connexes peuvent également servir
à protéger les expressions culturelles, très souvent non écrites et non
enregistrées, de nombreux pays en développement. Les artistes interprètes

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ou exécutants de folklore figurent parmi les bénéficiaires du WPPT et du Traité


de Beijing.

La protection des droits connexes s’inscrit dans un cadre beaucoup plus


large et constitue désormais un prérequis indispensable pour participer au
système international de commerce et d’investissement qui se met en place.

Instruments législatifs :

 Convention de Rome pour la protection des artistes interprètes ou


exécutants, des producteurs de phonogrammes et des organismes de
radiodiffusion (Convention de Rome)

 Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au
commerce (Accord sur les ADPIC)

 Traité de l’OMPI sur les interprétations et exécutions et les phonogrammes


(WPPT)

 Traité de Beijing sur les interprétations et exécutions audiovisuelles (Traité


de Beijing)

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