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Capsule 1 Les publics-cibles dans l’enseignement du FLE

Scénario
On croit souvent que le FLE, en tant que langue étrangère, est apprise par des publics d’âge scolaire,
c’est-à-dire des adolescents au collège ou au lycée. C’est sans doute parce qu’en France notamment, on
commence à apprendre les langues étrangères lorsqu’on entre au collège. Il existe pourtant une variété
de publics apprenant le FLE en France et dans le monde. Tous n’apprennent pas pour les mêmes
objectifs, dans les mêmes contextes avec les mêmes motivations. De même, ces publics présentent des
spécificités très différentes, selon leur âge, leur langue et culture maternelle, leur culture et leur profil
d’apprentissage et leur niveau de compétences en langue française et dans leur langue maternelle.
Nous allons explorer cette variété en nous intéressant d’abord aux caractéristiques des publics puis
en précisant quels objectifs généraux peuvent être ceux de ces publics pour l’apprentissage du
français.

1 Profils du public
Si l’on se réfère aux matériaux pédagogiques que l’on peut trouver chez les éditeurs de FLE, les
catégories de classement des publics sont au nombre de 3 ou 4 maximum : en tant qu’enseignant de
FLE, on peut être amené à enseigner à des enfants et pré-adolescents, des adolescents et des grands-
adolescents et adultes. Dans la réalité, il est difficile de classer un public-cible dans des catégories aussi
strictes mais il est évident que faire de l’éveil aux langues pour des petits de 4 ans ne peut pas être
équivalent à des cours prodigués à des pré-adolescents de 10-11 ans : la maturité cognitive et les
connaissances de la langue maternelle par exemple ne seront pas les mêmes pour les deux publics et
cela aura un impact sur l’apprentissage. Il est donc important de connaître les grandes spécificités
générales de chacun de ces publics tout en gardant à l’esprit que l’observation de son propre public
d’apprenants dans une institution donnée apportera également des éléments pour l’appréhender au
mieux.
Les enfants, tout d’abord, sont des apprenants dont le développement langagier, psychomoteur,
cognitif et social est encore en cours. Selon l’âge qu’ils ont, ils sont plus ou moins avancés dans
l’acquisition de leur propre langue maternelle et notamment dans l’apprentissage de la lecture et de
l’écriture. Il pourra donc être difficile pour l’enseignant de langue étrangère, de s’appuyer sur les
connaissances linguistiques qu’ont ces jeunes apprenants de leur système maternel à l’écrit ou à l’oral.
Sur le plan psychomoteur, les enfants ont besoin de mouvement et d’activité physique et apprennent
de manière active. Il faudra donc essayer de tenir compte de ces besoins en mettant en place des
activités d’apprentissage de la langue étrangère alliant jeux, réactions et langue orale par exemple. De
même, il faudra être attentif à proposer des activités courtes, la capacité d’attention des enfants sur
une même tâche étant limitée. Sur le plan cognitif, les enfants disposent de grandes capacités à
percevoir et reproduire les sons et les schémas intonatifs d’une langue étrangère. Cet atout doit
conduire l’enseignant à privilégier les activités orales -a fortiori quand son public n’a pas encore appris
à écrire. Ils sont également capables d’un certain nombre d’opérations mentales qu’il s’agit de solliciter
dans les tâches qu’on leur proposera : observer, manipuler, classer, par exemple. On sait également
que les centres d’intérêt et les modes de pensée des enfants sont différents de ceux des publics plus
âgés : il s’agira donc de susciter l’intérêt des enfants en choisissant des thèmes concrets ou des univers
qui les touchent, qui font sens pour eux et qui attisent leur curiosité naturelle tout en les mettant en
situation de jouer, d’imiter et d’agir en groupe, à plusieurs. En effet, sur le plan social, l’interaction avec
les autres joue un rôle important dans les apprentissages des plus jeunes et cela vaut pour
l’apprentissage d’une langue étrangère.
Les adolescents, quant à eux, sont dans une période de transition importante, entre la dépendance
enfantine aux adultes et l’autonomie, où ils sont capables d’abstraction, de réflexion et de
mémorisation, ce qui est un atout pour l’apprentissage d’une langue mais où l’anxiété et l’inhibition

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peuvent entraver ce même apprentissage. La prise de parole en langue étrangère devant le regard d’un
groupe par exemple peut constituer une réelle difficulté pour certains. La connaissance qu’ils ont de
leur langue maternelle, des caractéristiques générales des langues sont en revanche précieuses pour
apprendre une autre langue. Ils sont capables d’une attention plus soutenue que celles des enfants et
ont le plus souvent un désir d’ouverture sur le monde extérieur mais sont aussi très sélectifs dans
leurs centres d’intérêt et assez radicaux dans leurs attitudes. Ils accordent le plus souvent une grande
importance à la qualité de la relation avec leur enseignant et leur sentiment d’appartenance ou non à
un groupe-classe peut être décisive dans la réussite de leur parcours d’apprentissage. Leur motivation
pour l’apprentissage d’une langue étrangère est très liée à ces deux facteurs contextuels.
Les adultes, contrairement à l’idée reçue évoquée au début, représentent le gros des effectifs des cours
de langue à l’étranger, dans les Alliances françaises, les Instituts français ou les centres culturels. Leurs
motivations peuvent être personnelles, comme celui qui apprendra le FLE pour approfondir sa culture
générale, pour sa satisfaction personnelle, ou liées à des objectifs de développement professionnel
mais en général, ils ont fait le choix d’apprendre une langue étrangère. Leur motivation est donc le plus
souvent forte et cette caractéristique les distingue des enfants ou des adolescents, qui eux apprennent
les langues étrangères dans le cadre scolaire, contraints en quelque sorte. L’autonomie cognitive des
adultes, alliée à leur expérience humaine, leur vécu personnel, de même que leurs connaissances
approfondies de leur langue maternelle et d’autres langues étrangères constituent des atouts pour
apprendre le FLE. En revanche, les adultes connaîtront très vraisemblablement des difficultés liées à
leurs habitudes d’apprentissage et à leurs représentations sur la langue-culture cible, qui peuvent être
bien ancrées et entrer en contradiction avec les options méthodologiques prises par leur enseignant
de FLE. Ainsi, un adulte ayant appris une autre langue étrangère avec une méthodologie très
traditionnelle pourra être dérouté par des démarches de travail inductives et réticent à entrer dans
des activités très communicatives comme les jeux de rôle. Par ailleurs, avec l’âge, la perception des
sons étrangers et donc leur production est plus difficile et devra faire l’objet d’un travail approfondi
en classe.
Prendre en compte l’âge est donc essentiel dans l’enseignement du FLE. A cela s’ajoute aussi la prise
en compte du style d’apprentissage. En effet, chaque apprenant a des habitudes d’apprentissage. Jean-
Marc Defay donne par exemple trois types classiques d’apprenants.
Selon le premier type, l’apprenant sera analytique ou synthétique. Il est analytique s’il appréhende
chacun des éléments d’une situation, avant de les replacer dans un contexte général, il est au contraire
synthétique s’il s’intéresse d’abord à un ensemble, avant de le distinguer en éléments
Dans le deuxième type, l’apprenant est théoricien ou praticien : il est théoricien s’il préfère commencer
un apprentissage de la langue avec des ouvrages, il est praticien s’il préfère d’abord être exposé à la
langue, avant de passer à l’étude grâce aux livres
Suivant le troisième type enfin, l’apprenant est visuel, lorsqu’il retient mieux l’information en la voyant
et en la notant, ou auditif, lorsqu’il préfère entendre et répéter l'information.
Il ne s’agit évidemment pas pour l’enseignant de s’adapter à chaque personne présente dans son cours,
mais de varier sa manière de faire, les contenus, les activités, afin de s’accorder à son public.

2 Le niveau de compétences des publics


Nous venons de voir que le paramètre de l’âge était important à prendre en compte pour caractériser
le public auquel on aura à enseigner et adapter son enseignement. C’est en effet un des paramètres qui
influence l’apprentissage d’une langue étrangère. Ca n’est pas le seul. Le niveau de compétences en
langue étrangère en est aussi un. Même si un débutant complet dans une langue étrangère ne part pas
de rien, a fortiori si sa langue maternelle est proche du français, il est utile de connaître les acquis des
apprenants de son groupe. Cela peut passer par une évaluation diagnostique ou simplement être

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reconnu via une certification.
Le niveau de compétences en langue étrangère des apprenants est un indicateur important pour
organiser son enseignement. Depuis 2001, dans le contexte européen, on utilise l’échelle du Cadre
Européen de Référence pour les Langues qui classe les compétences langagières - Comprendre, Ecrire
et Parler - sur une échelle à 6 niveaux.
Le Niveau introductif ou découverte, dit A1, correspond au niveau de plus élémentaire de production
en langue étrangère. L’utilisateur de langue étrangère peut, avec des moyens linguistiques limités, se
débrouiller dans des situations authentiques de la vie quotidienne : saluer de manière simple, faire un
achat ou demander l’heure.
Le Niveau intermédiaire ou de survie, dit A2, correspond à un niveau de compétence où l’utilisateur
de la langue étrangère peut entrer en interaction avec des locuteurs natifs pour des transactions
simples comme se renseigner sur un voyage, poser des questions pour obtenir des informations,
inviter quelqu’un, répondre à une invitation, utiliser les formules de politesse simple, etc.
Le Niveau seuil, dit B1, correspond à un niveau de compétences où l’utilisateur de la langue étrangère
a la capacité de poursuivre une interaction en langue étrangère et de faire face à des problèmes de la
vie quotidienne, comme par exemple faire une réclamation à un guichet de gare suite à problème de
billet.
Le Niveau avancé, dit B2, correspond, lui, à un niveau où le locuteur est capable d’argumenter;
négocier, commenter, etc. de manière aisée, naturelle et efficace dans des situations de la vie courante.
Le Niveau autonome, dit C1, correspond à un niveau de compétences où le locuteur est capable de
produire et de comprendre des textes ou des discours différents sans problème. Il peut s’exprimer de
manière claire et structurée dans des situations de la vie courant mais aussi dans le cadre
professionnel ou académique.
Enfin, le niveau Maîtrise, dit C2, n’est pas à considérer comme équivalent de la compétence que
pourrait avoir un natif mais à ce niveau, l’utilisateur de la langue étrangère sait l’utiliser dans des
situations très variées, est capable de comprendre les implicites, les connotations et est capable
d’utiliser la langue de manière très précise et nuancée.
En plus de ce niveau de compétences langagières, d’autres dimensions de compétences peuvent être
à prendre en compte par l’enseignant : le public a-t-il été scolarisé antérieurement ou non ? est-il
analphabète, c’est-à-dire qu’il n’a jamais appris les codes de l’écrit, la lecture et l’écriture, dans aucune
langue ? Si c’est le cas, ce public relèvera de l’alphabétisation. Est-ce que le public a

3 Publics et contextes
A l’étranger et en France, plusieurs lieux d’enseignement du FLE existent. Il ya donc là aussi une variété
qui sera à prendre en compte par l’enseignant.
A l’étranger, le FLE est enseigné en tant que langue vivante dans le système scolaire, auprès d’enfants
et d’adolescents, et dans l’enseignement supérieur auprès d’adultes. D’autres établissements, comme
des institutions privées, écoles de langue ou associations, des centres dédiés à la langue culture,
comme les Alliances Françaises ou les Instituts Français et Centres Culturels Français, sont aussi des
lieux d’enseignement du FLE. Un enseignant pourra aussi être amené à dispenser une formation en
FLE en entreprise.
En France aussi, l’enseignement du FLE a lieu dans différents contextes : des écoles de langue privées,
des centres de langues universitaires, des Alliances françaises, des maisons de quartier et centres
sociaux. L’école propose aussi des cours de FLE, notamment pour les élèves nouvellement arrivés en
France. Et comme à l’étranger, les cours de FLE peuvent avoir lieu en entreprise.

4 FLE, FOS, FLSCO...


En FLE, il existe également une variété en ce qui concerne les objectifs d’apprentissage : certains

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apprenants veulent apprendre le français pour étudier à l’université, d’autres en ont par exemple
besoin dans le monde du travail. Ainsi, en plus de “Français Langue Etrangère”, qui désigne
l’enseignement/apprentissage du français à des apprenants de langues maternelles différentes, pour
des objectifs professionnels ou personnels, on trouvera plusieurs autres dénominations, et donc sigles,
qui permettent de représenter les différents objectifs d’apprentissage. En voici quelques uns.
On désigne par “Français Langue Seconde”, la langue française lorsqu'elle est présente dans un pays
ou une région, sans être la langue maternelle. Il s’agit par exemple de la langue officielle, utilisée dans
l’administration d’un pays. Comme l’explique Jean-Pierre Cuq, la langue seconde a un statut privilégié,
par rapport aux autres langues, étrangères. Le schéma présenté ici montre que le Français est une
langue seconde dans plusieurs pays et régions, comme en Afrique du Nord francophone par exemple.
FOS, pour Français sur Objectifs Spécifiques, désigne les formations spécialisées dans un domaine, et
qui préparent l’apprenant à agir en contexte professionnel. Le FOS est particulier à un domaine, qu’il
s’agisse du vocabulaire employé ou des situations de communication concernées. Différents domaines
professionnels sont ainsi concernés : on trouvera des formations en FOS médical, pour des médecins
non-natifs souhaitant exercer en contexte francophone, ou encore des cours de Français des Affaires,
par exemple pour préparer à un diplôme en relations internationales.
Le Français sur Objectifs Universitaires, FOU, concerne la formation des apprenants qui suivent ou
vont suivre des études dans une université francophone. Les formations FOU dispensées
accompagnent ainsi l’étudiant non-natif pour qu’il réussisse au mieux ses études. Elles aident par
exemple l'apprenant à comprendre comment les cours et les évaluations sont organisés, à se préparer
aux spécialités universitaires, à réaliser un travail de recherche conforme aux attentes académiques
dans le supérieur en contexte francophone.
En contexte scolaire, on parlera de FLSCO, ou Français Langue de Scolarisation. L’objectif est d’aider
les élèves à la compréhension et l’apprentissage de contenus dans les disciplines scolaires. Le FLSCO
est notamment présent dans les classes qui accueillent des enfants nouvellement arrivés en France.
Le FLI, ou Français Langue d'Intégration, concerne les adultes en France, dont le français n'est pas la
langue maternelle. Il propose des formations portant sur le langage du quotidien et donne des outils
d'insertion aux apprenants.

5 Que retenir pour enseigner le FLE ?


L’enseignant de FLE pourra, nous l’avons vu, se trouver face à des publics dont les caractéristiques
peuvent être très variées. Il devra donc adapter son enseignement et sa pratique, aux caractéristiques
de son public, telles que son âge, ses habitudes d’apprentissage, son niveau de compétences, son
contexte et ses objectifs d’apprentissage, pour répondre au mieux aux besoins de ses apprenants.

Christine Blanchard, Anne-Laure Foucher et Damien Chabanal


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