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La Télépathie au Tibet

Extraits du chapitre "Messages à travers l'air", par Alexandra David Néel, "Mystiques et magiciens
du Tibet".

Les mystiques tibétains sont des gens taciturnes; ceux d'entre eux qui acceptent des disciples font usage
pour les instruire des méthodes où les discours tiennent peu de place. La description de ces curieuses
méthodes est hors de mon présent sujet. Il suffira de dire ici que les disciples des ermites contemplatifs ne
voient leur maître que rarement, à des intervalles dont la longueur se mesure au degré d'avancement de
l'élève ou à ses besoins spirituels dont le maître est seul juge. Quelques mois ou plusieurs années
s'écoulent entre ces entrevues. Cependant, en dépit de cette séparation, maître et disciples de ceux-ci, ont
un moyen de communiquer entre eux lorsque les circonstances le demandent.

La télépathie est l'une des branches de la science secrète des Tibétains. Elle semble remplir dans les
hautes régions du "Pays des Neiges" le rôle de la télégraphie en Occident. Toutefois, tandis que dans nos
pays les appareils de transmission sont à la fois des messages "sur le vent", l'expédition plus subtile des
messages "sur le vent" demeure le privilège d'une petite minorité d'initiés tibétains.

La télépathie n'est pas inconnue des Occidentaux. Plus d'une fois les sociétés s'occupant de recherches
psychiques ont signalé des phénomènes télépathiques. Cependant, ceux-ci paraissent, la plupart du temps,
avoir eu lieu comme par hasard, sans que l'auteur du phénomène ait été conscient de la part qu'il y prenait.

Quant aux expériences qui ont été tentées pour effectuer des communications télépathiques de propos
délibéré, leur résultat demeure douteux, en ce qu'elles n'ont pas pu être répétées à volonté, avec une
suffisante certitude de les réussir.

Il semble en être autrement parmi les Tibétains. Ces derniers affirment que la télépathie est une science qui
peut être apprise comme n'importe quelle autre science par ceux qui reçoivent l'enseignement nécessaire
et se trouvent être des instruments aptes à mettre la théorie en pratique.

Différents moyens sont indiqués comme conduisant à acquérir le pouvoir de la télépathie; cependant les
adeptes tibétains des sciences secrètes sont unanimes en attribuant l'origine du phénomène à une très
intense concentration de pensée allant jusqu'à l'état de transe.

On remarquera que pour autant que les phénomènes de télépathie ont été étudiés en Occident, leur cause
y a paru la même que celle découverte par les Tibétains.

Les maîtres mystiques déclarent que celui qui aspire à devenir habile dans l'art de la télépathie doit être à
même d'exercer un contrôle parfait sur son esprit, de façon à pouvoir produire à volonté la puissante
concentration de pensée sur un unique objet, d'où dépend la réussite du phénomène.

Le rôle de "récepteur" conscient, toujours prêt à vibrer au choc subtil des ondes télépathiques, est
considéré comme presque aussi difficile que celui de "poste émetteur". Tout d'abord, celui qui veut devenir
"récepteur" doit avoir été "accordé "avec celui dont il attend plus spécialement des messages.

La concentration de pensée sur un unique objet, jusqu'au point où tous les autres objets disparaissent du
champ de la perception consciente, est l'un des piliers de l'entraînement spirituel chez les lamaïstes. D'un
autre côté, cet entraînement comprend aussi des exercices tendant à développer la faculté de percevoir les
différents courants de forces subtiles qui sillonnent l'univers en tous sens.
S'appuyant sur ces faits, certains affirment que la télépathie aussi bien que d'autres talents subtiles, mais
non pas indispensables, sont des résultats accessoires de l'entraînement spirituel et que, par conséquent, il
est superflu d'en faire l'objet d'une étude spéciale.

D'autres voient les choses différemment. Ils conviennent que les facultés acquises par le moyen de
l'entraînement spirituel permettent de pratiquer la télépathie et la plupart des arts occultes; mais ils ajoutent
que ceux qui sont incapables d'atteindre les hautes étapes du sentier mystique ou qui n'y aspirent point,
peuvent légitimement s'efforcer de réussir dans n'importe laquelle de ses branches accessoires.

Les maîtres mystiques se rallient, en général, à cette opinion et nombre d'entre eux exercent leurs disciples
à la télépathie.

Certains ermites contemplatifs sont parvenus à saisir les messages télépathiques de leur guide spirituel
sans s'y être entraînés systématiquement. Ce fait est considéré comme un effet de la profonde vénération
qu'ils lui ont vouée. Un nombre plus restreint de mystiques passent pour être, spontanément, devenus
capable d'émettre des messages.

Quant à ceux qui cultivent la télépathie, les lignes principales de leur entraînement peuvent être esquissées
comme suit :

En premier lieu, il est indispensable de pratiquer tous les exercices inventés pour produire la transe de
concentration de pensée sur un unique objet, jusqu'au point où le sujet s'identifie à l'objet.

Il faut, également, s'exercer à la pratique complémentaire de cette concentration, c'est-à-dire "vider" l'esprit
de toute activité mentale, y faire le silence et le calme complet.

Vient ensuite la distinction et l'analyse des diverses influences qui déterminent de soudaines et
apparemment inexplicables sensations psychiques ou physiques, des états d'esprits particuliers : joie,
mélancolie, crainte ou encore les souvenirs subits de personnes, de choses ou d'événements que rien ne
semble relier au pensées ou aux actions présentes de celui en la mémoire de qui ils surgissent.

Quand l'élève s'est exercé de la sorte pendant quelques années, il est admis à méditer avec son maître.
Tous deux s'enferment alors dans une chambre silencieuse et peu éclairée et concentrent leurs pensées
sur le même objet. A la fin de l'exercice, le disciple fait connaître au lama les phases de sa méditation, les
différentes idées, sensations ou perceptions subjectives qui ont surgi au cours de celle-ci. Ces détails sont
comparés avec ceux qui ont marqué la méditation du maître, ressemblances et divergences sont notées.

Ensuite, sans avoir été informé de l'objet choisi par son maître comme sujet de contemplation s'efforçant
d'empêcher la naissance de pensées dans son esprit, faisant le vide en lui, le novice surveille l'apparition
inattendue de pensées, de sentiments, de perceptions qui ne paraissent dériver d'aucune de ses propres
préoccupations ou notions. De nouveau, les pensées et les images survenues pendant l'exercice sont
soumises au lama qui les compare avec celles qu'il a mentalement suggéré à son disciple.

Le maître va, maintenant, donner des ordres précis à son élève, tandis que ce dernier se tiendra attentif à
une petite distance de lui. Si ces ordres sont compris, le novice le montrera soit en répondant à ce qui lui a
été dit, soit en accomplissant l'action qui lui a été commandée. L'entraînement continue, ainsi, en
augmentant progressivement la distance entre le maître et son disciple. Après avoir été assis dans la même
chambre, ils occuperont des chambres différentes dans sa propre hutte ou sa caverne, puis ensuite se
transportera à quelques kilomètres de la résidence du lama