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THEORIE DE LA DETENTE

Cours rédigé par Monsieur FARGUE

1.4

Intervenant : Monsieur Daniel FARGUE

Professeur
ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DES MINES DE PARIS

Ce document n’est diffusable qu’en accompagnement d’une action de formation TRAN.96.1.FARG


SOMMAIRE

1 GENERALITES.............................................................................................................. 1
1.1 ECOULEMENT A TRAVERS UN DETENDEUR......................................................... 1
1.2 NOTATIONS.................................................................................................................... 2
Principales fonctions thermodynamiques utilisées ........................................................... 4
2 CARACTERISTIQUES GLOBALES DE LA DETENTE ......................................... 5
2.1 ETAT DE SORTIE LOIN EN AVAL .............................................................................. 5
2.2 INSUFFISANCE DE L’ANALYSE PRECEDENTE ...................................................... 7
3 ETUDE DETAILLEE DE LA DETENTE ................................................................... 9
3.1 DESCRIPTION GENERALE DE L’EVOLUTION ........................................................ 9
3.2 ETABLISSEMENT DES EQUATIONS........................................................................ 10
3.3 RESOLUTION QUALITATIVE A DEBIT CONNU.................................................... 11
3.3.1 Etude de la relation entre p et u....................................................................................... 11
3.3.2 Achèvement de la résolution........................................................................................... 13
3.4 DETERMINATION DU DEBIT A PRESSION AVAL DONNEE............................... 16
3.4.1 Régime entièrement subsonique ..................................................................................... 16
3.4.2 Régime au moins en partie supersonique........................................................................ 18
3.5 RESOLUTION EXPLICITE DANS LE CAS DU GAZ PARFAIT .............................. 20
3.5.1 Régime subsonique ......................................................................................................... 21
3.5.2 Régime supersonique ...................................................................................................... 22
3.5.3 Cas d’un orifice en mince paroi ...................................................................................... 23
1 GENERALITES

1.1 Ecoulement à travers un détendeur


Dans tout ce qui suit, nous supposerons que le fluide reste homogène, c’est à dire que sa
composition est invariable dans tout le circuit étudié. Le but d’un détendeur est alors de
permettre la commande du débit ou de la pression d’un fluide compressible (gaz) dans la
conduite située en aval du détendeur, lorsque les conditions en amont sont données.
Ce but est atteint grâce à un dispositif de freinage de l’écoulement constitué pour
l’essentiel d’un clapet obturant plus ou moins un orifice :

Figure 1.

Pour un réglage donné du clapet, il faut donc étudier l’écoulement dans une conduite
présentant un rétrécissement qu’on peut schématiquement représenter par un ajutage plus
ou moins bien profilé :

Figure 2.

1
Hypothèses.
Nous allons faire une théorie simplifiée grâce aux hypothèses suivantes.
H1 - L’écoulement est stationnaire (régime permanent).
H2 - Hypothèse dite des tranches : dans toutes les sections du canal considérées dans
les calculs, on admettra que toutes les grandeurs physiques caractéristiques de
l’écoulement ont la même valeur dans une section droite du canal.
H3 - La section des conduites est assez large; en S1 et en S3, loin en aval et loin en
amont du détendeur, pour que les énergies cinétiques y soient négligeables
devant les autres énergies mises en jeu (liées, elles, aux variations de pression et
de température du gaz).

Variables.
Dans ces conditions, les caractéristiques du gaz dans une section d’abscisse x le long de la
conduite sont bien définies par :
2 variables d’état thermodynamiques : pression et température, p et T, ou pression et
entropie massique, p et s,
1 variable de mouvement : la vitesse moyenne dans la section, u.

Résultats cherchés.
On suppose les conditions amont connues : (p1, T1) ou (p1, s1), et u1. On va successivement
calculer :
§2 : l’état thermodynamique en S3, loin en aval du détendeur, pratiquement ce sera souvent
T3 à p3 donnée,
§3 : les relations entre le débit massique q, la forme de l’orifice de détente et la chute de
pression p1 - p3.

1.2 Notations
En chaque section d’abscisse x de la conduite, nous utiliserons les variables décrivant
l’écoulement dans chaque tranche :
p(x) pression
T(x) ou s(x) température ou entropie massique
u(x) vitesse moyenne

2
Les grandeurs utiles seront :
Cp chaleur massique à pression constante
Cv chaleur massique à volume constant(gaz parfait : CP = γr/( γ - 1) )
(gaz parfait : Cv = r /(γ - 1) )
γ = Cp/Cv
M masse molaire équivalente du gaz
R constante molaire des gaz parfaits
r = R/M constante massique des gaz parfaits
ρ masse volumique du gaz
v volume massique du gaz
a vitesse du son
M = u/a nombre de Mach
K coefficient de dépense d’un orifice
pK pression critique (passage au supersonique)
S(x) section du canal
Sc section au col
Les principales fonctions thermodynamiques employées, et qui changent de valeur d’une
section à l’autre de la conduite, puisque leurs arguments sont des fonctions de x, sont
données sur le tableau page suivante.
Enfin l’identité thermodynamique, qui donne H en fonction des différents jeux de variables
d’état
dH = v dp+T ds = dp / ρ + Τ ds
nous sera souvent utile.

3
PRINCIPALES FONCTIONS THERMODYNAMIQUES UTILISEES

FORME GENERALE FORME POUR UN GAZ PARFAIT A γ CONSTANT

4
2 CARACTERISTIQUES GLOBALES DE LA DETENTE

2.1 Etat de sortie loin en aval


Il s’agit de déterminer l’état du gaz dans la section S3 loin en aval du détendeur. On se
donne l’état amont en S1, par exemple p1, T1, et on sait qu’en sortie l’appareil est réglé de
sorte que p = p3 dans la section S3. Il reste à trouver T3.
Une seule équation suffira donc. Le premier principe fait l’affaire, écrit sous sa forme
particulière adaptée aux écoulements stationnaires :

(1)

variation d’enthalpie massique entre S3 et S1

variation d’énergie cinétique massique entre S3 et S1


travail utile exercé sur le fluide par unité de masse en transit

chaleur absorbée par le fluide par unité de masse en transit


Ici, il n’y a pas de parois mobiles, donc τ = 0. D’autre part, le passage du fluide est
relativement rapide, et le transfert de chaleur est négligeable, donc Q = 0. Enfin les
sections S1 et S3 sont assez larges pour que les carrés des vitesses, u21 et u23 y soient
négligeables. Il reste donc l’équation de la détente isenthalpique dite aussi de Joule-
Thomson :
(2) H (p3,T3) = H (p1,T1)
Cette équation donne T3 quand p1, T1 et p3 sont connus, et qu’on dispose des valeurs de
l’enthalpie massique en fonction des valeurs des variables d’état. Ce peut être par un
diagramme ou par une équation d’état.
Commençons par le gaz parfait, qui donne une première idée du résultat. Dans ce cas, H
est une fonction de T seul, et on a donc
(3) T3 = T1
Plus généralement, pour un gaz réel, la valeur de la variation de température sera faible
mais non nulle, comme on le constate sur la figure 3.

5
Figure 3.
Diagramme H, ln p, avec comparaison d’une détente isenthalpique 1-3 de p1 = 34,5 bars à
p3 = 6,9 bars avec la détente isentropique l-2 correspondante.

isenthalpique ∆Η= 0
Détente l-3 abaissement de température ∆ T = -11 K
accroissement d’entropie ∆ s = 790 J kg-1 K-1

diminution d’enthalpie ∆Η = -177 kJ kg-1


Détente l-2 abaissement de température AT = -95 K
isentropique ∆s=0

6
Dans le cas le plus fréquent, où la variation de pression n’est pas trop grande, la variation
de température est assez bien caractérisée par la pente de la courbe T(p, H) à H constant.
On définit ainsi le coefficient de Joule-Thomson µ :

On voit qu’il est connu dès que l’équation d’état V = V(p, T) et les coefficients
calorifiques, ici Cp, le sont. Ceci permet des calculs numériques précis à partir d’une des
nombreuses équations d’état proposées pour chaque gaz.
Le signe de ce coefficient est en principe quelconque. Il est positif, dans les conditions
ordinaires, pour la plupart des gaz courants, sauf l’hydrogène. Ceci veut dire qu’une
détente entraînera un refroidissement, comme on l’a vu sur le diagramme de CH4. Dans les
domaines d’utilisation courante, sa valeur pour le méthane vaut à peu près :

2.2 Insuffisance de l’analyse précédente


Les résultats précédents, essentiellement l’équation (2), ne donnent pas le détail de ce qui
se passe dans le détendeur. En effet, on a négligé l’énergie cinétique, donc on n’a aucun
renseignement sur les vitesses, et le débit en fonction de la forme de l’orifice de détente et
de la chute de pression nous est inconnu.
En outre, on voit facilement sur un diagramme, ou même sur l’exemple du gaz parfait que
la détente de Joule-Thomson s’accompagne d’une génération d’entropie importante :
(6) ∆ s = s (p3,T3)- s (p1,T1)
avec pour le gaz parfait,

(7)
Que serait-il arrivé par exemple si on avait effectué la détente de p1 à p3 dans une turbine ?
On sait que dans ce cas le gaz subit une détente presque isentropique. Le diagramme
montre alors que l’état du gaz en sortie serait donné par 2 et non par 3 puisqu’alors s2 = s1.
Le régime étant toujours sensiblement adiabatique, on aurait récupéré le travail
(8) −τ = H1 - H2

7
(toujours d’après le premier principe (1)). La température de sortie serait alors (voir
figure 3)
T2 < T3
Cette température est assez basse pour provoquer éventuellement la condensation de
certains constituants du gaz, comme des hydrates. On peut alors se demander si la détente
dans un orifice ne fait pas non plus apparaître de telles températures en certains points du
dispositif. Tout ceci justifie donc une étude plus détaillée.

8
3 ETUDE DETAILLEE DE LA DETENTE

3.1 Description générale de l’évolution


Reprenons le dispositif schématique qui résume l’évolution du fluide dans un détendeur.

Figure 4.

On a vu qu’entre S1 et S3 il y a eu une génération d’entropie importante. Où s’est elle


produite ? On constate sur un tel écoulement qu’il est régulier en Si, en amont de l’orifice
de détente, le reste dans celui-ci, jusqu’en S2, et même en S'2, et le devient à nouveau en S3,
suffisamment en aval. La génération d’entropie dans ces parties de l’écoulement est donc
négligeable. Ce n’est plus le cas entre S'2 et S3 où le jet de gaz issu de l’orifice s’épanouit
pour occuper toute la section de la conduite, en créant de nombreuses turbulences, qui sont
le siège d’une importante génération d’entropie par viscosité, ou hétérogénéité de
température.
On a donc une détente sensiblement isentropique dans l’orifice de détente (car
pratiquement adiabatique et sans irréversibilités) conduisant à un refroidissement du gaz
qui peut être important (comme dans la turbine de détente du paragraphe précédent). Il est
suivi d’un réchauffement du gaz en aval par viscosité, jusqu’à ce que la température
revienne en S3 à la valeur prévue par l’équation globale (2), H(p1, T1) = H(p3, T3).
On est donc amené à étudier la détente du gaz dans l’orifice, dont la forme s’apparente à
celle d’une tuyère. Nous allons exposer ici la théorie la plus simple de l’écoulement dans
une tuyère, qui consiste à supposer le mouvement isentropique, ce qui est justifié si on
borne le calcul au tronçon situé entre S1 et S'2.
Les hypothèses Hl, H2, H3 du début seront toujours supposées valables, ce qui implique en
particulier que la section varie assez lentement, et est cohérent avec l’hypothèse
précédente.

9
3.2 Etablissement des équations
En chacune des tranches d’abscisse x, trois variables suffisent pour décrire le fluide.
Nous choisirons ici
P, s et u
qui sont les plus commodes. Toutes les autres grandeurs peuvent s’en déduire à partir des
fonctions d’état supposées connues du gaz.
Comme dans tout problème de dynamique des fluides, il y a trois groupes d’équations,
extrêmement simples ici grâce aux hypothèses déjà faites.

Conservation de la masse (constance du débit massique) :


(10) ρ (p, s) uS =q = constante

Equation de la dynamique, qui se réduit ici, à cause de l’hypothèse des tranches


(écoulement “unidimensionnel” ), à la conservation de l’énergie :
(11) dH + d(u2/2) = 0
C’est l’équation (1) écrite entre deux tranches infiniment voisines, avec τ = 0 et Q = 0,
puisque le régime est adiabatique et sans travail utile.

Equation de transfert de chaleur :


(12) ds = 0
puisque le régime est adiabatique et sans irréversibilités, avec nos approximations.
Si on se donne les conditions à l’entrée, en S1 :
(13) p = p1, s= s1, u = u1
ou encore, grâce à (10),
(14) p = p1, s = s1, q
les trois équations précédentes permettent alors de calculer p, s, et u en toute section S(x)
de l’écoulement.
L’équation (12), ds = 0, entraîne évidemment s = s1 et il ne reste en fin de compte; en
intégrant immédiatement (11), que les deux équations algébriques à deux inconnues p et u :
(15) ρ (p, s1) uS = q

10
(16)
Elles permettent de déterminer p et u en fonction de S, section lentement variable de la
conduite.
Le problème est donc en principe résolu dès qu’on connaît l’expression des fonctions
d’état ρ( p, s) et H(p, s) du gaz. Nous allons d’abord montrer quelles conclusions générales
on peut en tirer pour tout fluide compressible, puis faire le calcul dans le cas particulier
mais souvent suffisant du gaz parfait à chaleurs massiques constantes.

3.3 Résolution qualitative à débit connu

3.3.1 Etude de la relation entre p et u, donnée par la conservation de l’énergie (16)


Quelle que soit la forme de la conduite, l’équation de conservation de l’énergie (16) à p1,
s1, u1 donnés définit une relation entre u et p, indépendante de la section considérée. On
peut y faire apparaître l’équation des isentropes, v(p, s1) :

(17)
puisque ∂Η( p, s)/ ∂ p = v. Nous écrirons cette relation entre u et p sous la forme
p = P(u).
Une telle courbe p = P(u) et sa dérivée -dp/du = -P'(u) sont portées sur la figure 5.
Leur allure peut être trouvée de la façon suivante.

Points limites.
On voit qu’il existe une pression pA dite d’arrêt et une vitesse limite uL finies correspondant
aux points suivants de la courbe p = P(u) :
u=0 p = pA
P=0 u = UL

11
Figure 5. Par résolution de l’équation de conservation de l’énergie, (17), dans
l’écoulement isentropique, on obtient la courbe p = P(u) du haut. Le flux massique
ρ = dP/du est porté en dessous. Il passe par un maximum pour u = a, vitesse du son pour
l’écoulement considéré.

12
Dérivée dp/du = P’(u)
De l’expression différentielle de la conservation de l’énergie, (11), on tire :
(18) ρu = -dp/du = - P’(u)
où ρu est le flux massique. Cette relation qui nous livre le flux massique à partir de la
fonction P'(u), connue dès que les conditions initiales le sont, est essentielle pour les
explications qui vont suivre. On en tire en particulier les deux tangentes :
en u = 0 dP/du = 0 p = p1
en u = uL dP/du = 0 p=0
En effet p tendant vers 0 entraîne que ρ (p, s1) tend aussi vers 0 puisque dans une isentrope
pv γ = k soit ρ = (p/k) 1/γ.
L’allure de la courbe P'(u) s’étudie en la dérivant encore une fois :

Mais on a vu que - dP/du = ρ u d’où

(19)
On voit ainsi apparaître la vitesse du son dans le gaz

(20)
En introduisant le nombre de Mach, M = u/a, on a finalement

(21)

3.3.2 Achèvement de la résolution grâce à l’équation de conservation de la masse


La courbe p = P(u) étant connue, il ne reste plus qu’une seule variable à déterminer en
fonction de S(x) pour achever la résolution. On peut choisir u, qui obéit à l’équation
suivante, déduite de la conservation de la masse :

(22)

13
Quand le débit q est connu, ceci fournit u en fonction de S, et achève le calcul des valeurs
des variables de l’écoulement, puisque l’abscisse x n’intervient que par l’intermédiaire de
S(x).
Là encore les caractéristiques générales de la solution s’obtient à partir de la dérivée
seconde, déjà calculée en (21), dont on évalue les deux membres en tenant compte de la
conservation de la masse (22) qui permet de substituer S à ρ :

Cette relation permet de distinguer différents cas de variation qui sont regroupés dans le
tableau suivant :

La variation de u résulte de l’équation précédente, celle de H du premier principe (11)


car
(25) dH + udu = 0 donne dH/du = - u < 0,
celle de p s’ensuit par

(26)

14
celle de ρ par

(27)
et celle de T par l’équation d’une isentrope

(28)
On voit que H, p, ρ et T varient dans le même sens, inverse de celui de u.
Les variations dans le cas subsonique, M < 1, sont les mêmes que pour un fluide
incompressible1, où l’on peut dire que c’est la conservation de la masse, avec ρ quasiment
constant, qui commande. Prenons par exemple le cas d’un convergent. Comme ρ varie
peu, il y a accélération d’où augmentation de l’énergie cinétique au détriment de
l’enthalpie qui diminue, ainsi que la pression ; ceci entraîne en outre une diminution de la
masse volumique, mais pas assez importante pour empêcher la constance du débit. Les
phénomènes inverses se produisent dans un divergent.
Au contraire, dans le cas supersonique, M > 1, c’est la compressibilité qui joue le rôle
essentiel. Dans le cas du convergent, il y a “bourrage”, parce que le flux massique a un
maximum qu’il ne peut dépasser, atteint pour M = 1. L’énergie cinétique se transforme
alors en enthalpie par suite de la forte augmentation de la pression (donc aussi de la masse
volumique). Dans ce cas, la constance du débit est assurée par l’augmentation de la masse
volumique, qui compense la diminution de u. Dans le cas du divergent, qui nous
intéressera un peu plus loin, il y a accélération avec diminution de l’enthalpie et de la
pression. La masse volumique décroît elle aussi mais la vitesse augmente suffisamment
pour que la constance du débit soit assurée.
Le tableau de variation montre aussi l’important résultat suivant.
Dans un écoulement isentropique, le passage du régime subsonique au régime
supersonique, ou l’inverse, ne peut se faire qu’au col, la vitesse du fluide est alors la
vitesse du son au point considéré; en outre, le flux massique ρ u = -dP/du y atteint son
maximum pour les conditions d’entrée données.
En effet, l’expression (21) de la dérivée seconde de P(u) montre qu’elle ne s’annule que
pour M = 1. La valeur de la pression dans cet état sera notée pK et le flux QK = -P'K.
Naturellement, si un écoulement dans une tuyère convergente-divergente est subsonique
dans le convergent d’entrée puis devient supersonique au col, et le reste dans le divergent,
il faut bien qu’il redevienne ensuite subsonique. La théorie précédente montre alors que
ceci ne peut se faire que si l’écoulement abandonne son caractère quasi isentropique. Il y a
en fait création d’au moins une onde de choc, siège d’une importante génération

1 Comme la vitesse du son a est donnée par a2 = ∂ p/ ∂ ρ, et que pour un fluide incompressible ∂ ρ / ∂ p = 0,
on a dans ce cas a = ∞.

15
d’entropie, et dont l’irréversibilité permet le retour à un régime subsonique. Par exemple,
au passage de cette onde de choc, il peut y avoir une brusque élévation de pression et de
température accompagnée (car le premier principe reste toujours valable) d’une diminution
brutale de la vitesse.

3.4 Détermination du débit à pression aval donnée


L’étude précédente, supposant q connu, était une étude de principe, surtout destinée à
dégager les principales caractéristiques qualitatives de l’écoulement. En fait, outre pl et s1
état amont, on connaît le plus souvent la pression aval, p3, mais pas le débit qu’il faut alors
calculer en fonction de la géométrie de l’orifice de détente. Supposons pour simplifier,
mais cela ne change rien quant au fond, que la section amont S1 soit assez large pour que la
vitesse u1 soit négligeable. La pression p1 est alors égale à la pression d’arrêt pA. La
conservation de l’énergie devient alors simplement,

Cette équation détermine la fonction U(p), fonction inverse de P(u) définie par (17), dont
la courbe a encore l’allure de la figure 5.
Nous allons utiliser maintenant la relation (18) donnant le flux massique Q :

(30)
Nous poserons pour abréger Q(p) = -1/U'(P) valeur du flux massique en fonction de p. La
conservation de la masse (10) permet enfin de relier S à p :
(31) q/S = ρυ = Q(p)avec Q(p) = -1/U'(p)
Cette fonction Q(p), parfaitement définie dès qu’on connaît les conditions amont, est
représentée sur la figure (6).
Q(p) présente un maximum pour p = pK, pression atteinte au col lors du passage
subsonique/supersonique. La partie de chacune des deux courbes précédentes qui
correspond au subsonique, u < a, est telle que pK < p < p1 et la partie supersonique telle que
p < pK .
Nous avons supposé u1 très petite et S1 très grande, la quantité ρ1 u1 S1 n’est alors pas
définie ; de toutes façons, même dans le cas général, u1 est inconnue et les conditions
amont ne peuvent donc nous fournir le débit q. Le reste de ce paragraphe va consister à
montrer comment le déterminer à partir de p1, s1 et de la pression de sortie p2.

16
Figure 6. Relation pression-flux massique dans le cas où u1 ≈ 0 donc p1 ≈ pA.

3.4.1 Régime entièrement subsonique


C’est le cas lorsque q = S2Q2 < ScQK c’est-à-dire

(32)
où Q2 = Q(p2) est le flux massique en sortie et QK = Q(pK) le flux maximum, critique. Ils
sont parfaitement bien définis puisqu’on connaît la fonction Q(p) et les valeurs p2 et pK.
Les conditions (32) s’expliquent alors aisément. On a vu que c’est la branche de droite de
la courbe Q(p) qui correspond au régime subsonique, ceci impose donc bien p2 > pK.
L’autre condition exprime simplement que le débit ne peut excéder le produit du flux
maximum QK par la plus petite section de la conduite, la section au col Sc, c’est à dire
(33) q = ρ2 u2S2 < q max = ScQK
Quand ces conditions (32) sont respectées, le débit vaut donc
(34) q = Q(p2)S2
et comme il est constant le long de la tuyère, on connaît le flux en toute section grâce à
(35) Q(P) = q/S
On en déduit la pression p, puisque la fonction Q(p) est connue. On en tire ensuite H, u,
ρ , T en tout point. Un exemple est donné par les courbes données sur la figure 8 suivante.

17
Figure 7. Courbe donnant le flux massique de sortie en fonction de la pression aval p2.

Figure 8. Cas subsonique : en bas demi-profil de la tuyère, en haut variations de la


pression et de la vitesse.

3.4.2 Régime au moins en partie supersonique


Si au moins l’une des deux conditions (32) n’est pas vérifiée, l’écoulement est, au moins
partiellement, supersonique. Dans ce cas, on a vu que la transition ne pouvait se faire qu’au
col. Il est alors facile d’en déduire le débit q puisque les conditions au col sont connues :

18
(36) qm = ScQ (pK)=ScQK
le débit atteint alors le maximum que peut fournir la tuyère pour les conditions d’entrée
données. Il devient indépendant des conditions de sortie ; ceci est lié d’ailleurs au fait que
la propagation des actions dans un gaz se faisant à la vitesse du son, quand l’écoulement
est supersonique, les conditions en aval ne peuvent plus “remonter” vers l’amont et
influencer l’écoulement.
Dans le convergent l’écoulement reste subsonique, et les raisonnements du paragraphe
précédent s’appliquent : on calcule d’abord le flux Q par
(37) Q = q/S
puis p par Q(p) = Q en utilisant la branche de droite de la courbe Q(p). Au col p = pK
et Q = QK.
Dans le divergent, Q est toujours donné par la même formule (37) mais comme le régime
est supersonique, il faut calculer p par Q(p) = Q en utilisant cette fois la branche de gauche
de la courbe Q(p). Il n’y alors aucune raison pour que la pression ainsi trouvée dans la
section de sortie S2 coïncide avec la valeur p2 imposée, puisque ce calcul ne dépend que
des conditions d’entrée. En fait, il y a en général au moins une onde de choc avec
discontinuité de pression, dans le divergent si la pression de sortie est plus élevée que la
valeur qui résulterait des conditions au col, à la sortie ou en aval dans le cas contraire. Un
exemple de ce cas est donné sur les courbes de la figure 9 suivante.

Figure 9. Cas supersonique : en haut profil de pression et de vitesse. En pointillés, ce que


devient le profil de pression dans le cas d’une onde de choc à l’intérieur de la tuyère.

19
3.5 Résolution explicite dans le cas du gaz parfait à chaleurs massiques constantes
Dans ce cas, on connaît l’expression analytique des fonctions d’état, et l’équation (17) de
conservation de l’énergie s’écrit explicitement :

(38)
d’où encore, tous calculs faits :

(39)
Le second membre représente la fonction U(p) définie précédemment.
Plaçons-nous désormais dans le cas simple où
(40) u1 ≈ o
qui suffit bien souvent. On trouve alors pour les fonctions U(p) et P(u)

(41)

(42)
Dans ces formules, écrites en faisant apparaître des grandeurs sans dimensions, p1 est
toujours la pression d’entrée et a1 la vitesse du son dans les conditions d’entrée :

(43)
Ce sont ces courbes qui sont tracées sur les figures précédentes dans le cas où γ = 1.3
(méthane par exemple).
Quelques calculs donnent aisément le flux massique donné par (30), en dérivant (41) :

(44)
C’est la courbe (a1/p1)Q(p) qui a été portée sur la figure 6.
Le maximum de Q est atteint pour la pression critique pK telle que

(45)

20
Pour γ compris entre 1.3 et 1.5, ce rapport vaut 0.5 à 10 % près. pK est bien sûr la pression
critique correspondant au passage subsonique/supersonique. Le maximum du flux
massique vaut donc

(46)

3.5.1 Régime subsonique


Dans le cas où les deux conditions (32) vues plus haut sont vérifiées, le raisonnement du
paragraphe 3.4.1 s’applique. On a d’abord le débit à partir de la pression aval p2

(47)
On obtient ensuite p en toute section en résolvant Q(p) = q/S. La vitesse se déduit de la
fonction U(p), (41) et la température se calcule aisément par l’équation de l’adiabatique
réversible :

(48)
Il est facile d’expliciter la condition de régime subsonique. Tout d’abord il faut
p2/p1 > pK/p1, mais il faut aussi qu’au col on ait encore p/p1 > pK/p1, c’est à dire, en résumé,

(49)
En pratique, lorsque les pressions d’entrée et de sortie ne sont pas trop différentes, on peut
remplacer la formule de débit (47) par

(50)
où r est la constante massique des gaz parfaits pour le gaz considéré, qu’on peut retrouver
à partir d’un état de référence p0, T0 par

(50)
L’approximation suivante consiste à prendre T2 ≈ T1 et q devient simplement

(52)

21
C’est la formule des écoulements incompressibles, qui peut se déduire de l’équation de
Bernoulli.

3.5.2 Régime supersonique


Lorsque la pression de sortie ou la section du col sont trop faibles, la pression critique pK
est atteinte dans l’écoulement qui devient supersonique. La transition se fait
nécessairement au col (voir plus haut). Le flux massique y atteint sa valeur maximum et le
débit vaut donc
(53) qm = ScQ(pK) = ScQK
soit ici,

(54)
Cette valeur est bien indépendante des conditions de sortie.
Le reste de l’écoulement se calcule alors facilement en remarquant que le régime est
subsonique dans le convergent et en appliquant encore la conservation de la masse
Q(p) = q/S puis en résolvant à l’aide de la branche de droite de la courbe Q(p). Dans le
divergent, au moins au début, le régime est supersonique, et la seule différence est qu’il
faut résoudre cette fois en utilisant la branche de gauche de Q(p). Enfin, il n’y a aucune
raison pour que la pression de sortie dans la section S2 ainsi trouvée soit égale à la pression
de sortie imposée p2. En fait, il y a quelque part au moins une onde de choc donnant une
discontinuité de p, dans le divergent ou en aval, et qui permet de rattraper p2. Elle entraîne
un brusque accroissement de l’entropie s qui empêche de poursuivre le calcul précédent en
aval de l’onde de choc, et nécessiterait une analyse beaucoup plus fine.
Dans le domaine où le calcul précédent est valable, on peut calculer les autres grandeurs
comme plus haut. En particulier, la valeur de la température au col vaut

(55)
Pour γ = 1.3 et T1 = 300 K on trouve TK = 261 K, ce qui fait un abaissement important, de
39 K .
En pratique, pour γ ≈ 1.3, on a vu que pK ≈ p1/2 et le débit sonique de la tuyère se simplifie
en

(56)

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3.5.3 Cas d’un orifice en mince paroi
Les formules précédentes sont valables pour une tuyère, c’est à dire une conduite dont la
section varie, mais pas trop brutalement. Dans ce cas, les filets fluides épousent la forme
des parois. De toutes façons, l’hypothèse des tranches ne donne qu’une valeur moyenne
des grandeurs dans chaque section.
Un problème se pose alors à la sortie de la tuyère, lorsque le fluide débouche dans le
récipient, ou la conduite aval. La forme de la veine fluide n’est alors plus imposée par les
parois, qui sont trop éloignées, mais par la tuyère précédente. On peut distinguer deux cas.
- Celui de la tuyère véritable, beaucoup plus longue que large.
On constate alors que la veine fluide forme en sortie un jet sensiblement. parallèle, avant
de s’épanouir ensuite dans l’enceinte aval avec de fortes turbulences.

Figure 10.

Elles sont responsables, on l’a vu, de l’accroissement d’entropie permettant de retrouver la


condition H = constante là où la vitesse devient à nouveau à peu près nulle. Le jet a donc
une section égale à la section de sortie S2 de la tuyère. Les filets fluides y sont parallèles,
ce qui montre que la pression y est égale à la pression de l’enceinte aval, p2. Les formules
précédentes sont applicables sans modifications.
- Cas de l’orifice en “mince paroi”.
Dans ce cas, le jet continue à évoluer après sa sortie, et il va falloir en tenir compte. Dans
les cas qui nous intéressent d’un orifice convergent ou à parois parallèles, on constate

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que la veine fluide se rétrécit après la sortie de l’orifice si bien que la section où les filets
sont parallèles est plus faible que la section de sortie de l’orifice.

Figure 11.

C’est seulement dans cette section que la pression du jet est égale à la pression aval p2, si
bien que les calculs précédents ne sont valables qu’à condition de prendre pour section de
sortie la valeur S’2 de cette section dite “contractée”, plus faible que la section de sortie S2.
On définit ainsi un “coefficient de dépense”, K, tel que
(57) S’2 = KS2
Il est relativement indépendant des conditions de l’écoulement, et on en profite pour le
mesurer, pour un orifice donné, avec un fluide quelconque, mais il vaudrait mieux,
évidemment, se rapprocher autant que possible des conditions d’utilisation réelles. Les
valeurs de K varient autour de 0.8, la valeur 1 étant celle de la tuyère bien profilée.
L’ensemble des résultats pratiques est résumé dans le tableau de la page suivante.

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