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Histoire de la France au 17 ème siècle

Histoire de la France au 17 ème siècle

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Histoire de la France au 17 ème siècle et sa situation dans l'Europe
Histoire de la France au 17 ème siècle et sa situation dans l'Europe

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INTRODUCTION

Le XVIème siècle bouleversé par ses révolutions a peu donné de grands chefs-d’œuvre. Il a indiqué les directions nouvelles à l’art, la littérature, la science, la philosophie, mais n’a pas eu le temps de prendre ces directions. Il faut la pause du XVIIème siècle pour que les artistes et les auteurs puissent s’y engager pour construire réellement une nouvelle civilisation. Cette nouvelle civilisation reste le fait d’une minorité : clergé, collèges Jésuites, haute noblesse et bourgeoisie, et passe à côté des masses populaires. Les grands mécénats, les très grandes dépenses architecturales ne sont plus permis qu’aux plus prestigieux d’entre eux : Versailles. Salons et châteaux lui disputent difficilement l’honneur de recevoir les artistes et les écrivains, d’encourager les savants, de discuter avec les philosophes. Une société se forme avec son étiquette, ses traditions, ses goûts. Une société noble qui se forge un idéal fondé essentiellement sur la culture, non sur celui du héros italien ou de l’humaniste érudit de la Renaissance, mais celui de « l’honnête homme » qui n’est ni artisan, ni paysan, fait seulement pour le service du Roi dans les Offices ou dans l’armée (que peuton faire d’autre au XVIIème ?), qui sait seulement vivre en société et en goûter les plaisirs, distinguer le bien du mal, mais surtout le beau du laid, le vrai du faux, non par érudition, mais par bon sens, par affinement de l’esprit. Homme qui ne sait rien mais peut juger de tout, perpétuellement disponible, perpétuellement aimable aussi, qu’il fasse sa cour au roi ou la cour aux dames. Personnage qui accepte le monde comme il est, trouve le temps de se divertir honnêtement puis de réfléchir sur lui-même sans remord sur le peu qu’il fait ou qu’il représente. Ce personnage, cet honnête homme est français. Si on le trouve hors de France, c’est qu’il en est venu ou qu’on l’imite.

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CONTEXTE INTERNATIONNAL

Vers 1610, le monde occidental est essentiellement l’Europe. L’Espagne considérée comme la puissance prépondérante dans la politique, l’économie. Depuis 1580, le Habsbourg d’Espagne regroupe sous son autorité : toute la péninsule ibérique (il est également roi du Portugal), toute l’Amérique du sud et l’Amérique centrale et les Philippines, une grande partie de l’Italie : le Milanais, le royaume de Naples, la Sicile et la Sardaigne, les restes de l’ancien Etat bourguignon : Artois, Franche-Comté, Pays-Bas (le nord des Pays-Bas s’est rendu indépendant en 1609 formant la république des Provinces-Unies). De plus, il a un allié puissant dans son cousin de Habsbourg d’Autriche, héritier traditionnel de la couronne impériale, et qui a également les royaumes de Bohême et de Hongrie. A l’Est L’empire turc s’étend sur les Balkans. Le sultan possède toute la péninsule et dispute la Hongrie à l’empereur. Les princes de Transylvanie, Moldavie, Valachie (=Roumanie actuelle) sont des vassaux, tout comme le Khan tatar de Crimée. Au nord, les Russes enfermés dans leurs plaines sans accès à la mer ne sont pas encore à craindre. Par contre, la Grande-Pologne l’est un peu plus. Elle comprend la Pologne proprement dite, la Petite-Russie, une partie de l’Ukraine et la Russie blanche - Kiev est polonaise. Les Polonais sont aussi établis en Livonie et les ducs de Prusse et de Courlande sont leurs vassaux. La Suède qui possède la Finlande, et le Danemark qui possède la Norvège, bien que petits Etats, sont très actifs et cherchent à dominer la Baltique. A l’Ouest L’Angleterre est en train de devenir une puissance maritime, est maîtresse de l’Irlande alors que l’Ecosse reste indépendante. Mais Jacques 1er d’Ecosse deviendra roi d’Angleterre. C’est surtout avec la France que les Habsbourg doivent compter. La France Peu intéressée aux ressources de l’expansion coloniale. A un territoire plus restreint qu’aujourd’hui : elle ne comprend ni la Flandre, ni l’Artois, ni le Hainaut, ni l’Alsace, ni la Lorraine, ni la Franche-Comté, ni la Savoie qui avec le Comté de Nice forme un Etat indépendant, ni le Roussillon. La France a la population la plus nombreuse et la plus compacte de l’Europe. Elle est située au centre même de l’Europe avec une façade maritime et une façade continentale également développées. Son sol et son sous-sol sont riches. C’est sur les bords de la Loire et dans la forêt de Fontainebleau que les plus beaux châteaux du monde ont été construits.

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En dehors de ces puissances, une poussière d’Etats : les cantons de Suisse, très cohérents mais isolés. Les autres soumis au gré des circonstances et des vicissitudes de la politique internationale : ce sont les Etats italiens.

Tous ces pays ont subi plus ou moins les transformations du XVIème siècle : montée du capitalisme commercial des Etats nationaux, mouvements de la Réforme et de la Renaissance. Plus on va vers l’Ouest, plus ces transformations sont sensibles. Les possessions des Habsbourg ont subi les premiers ces transformations et ces évolutions. Subissent-elles au XVIIème siècle un retour en arrière ? L’Ouest déjà transformé s’arrête-til ? L’Est encore immobile se met-il en mouvement ? Tels sont les problèmes que l’on peut se poser à la mort de Henri IV (1610), celle de Elisabeth 1ère (1603) et celle de Philippe II (1598) et du tsar Ivan IV (1584) peu avant l’avènement sur le trône moscovite de la dynastie des Romanov (1613)…

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Les Faits Marquants du XVIIème siècle Les Rois du Grand Siècle Les Monarchies Européennes L’Histoire de France Quelques dates importantes En Angleterre En Allemagne En Italie En Espagne En Pologne La Littérature La Musique Les Arts La Tapisserie Le Mobilier L’Alimentation et les Arts de la Table

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L’Absolutisme La Fronde Les styles Baroque et Classique Les Arts florissants : la prépondérance française dominant l’Europe Les châteaux de Versailles, Marly, Vaux le Vicomte…

La Guerre de Trente ans en Allemagne (1618-1648)

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1589 –1610 Henri IV (1553-1610)
1e ép. Marguerite de Valois (1553-1615), fille d’Henri II. Mariage annulé en 1599. 2è ép. Marie de Médicis (1573-1642), fille du Grand Duc de Toscane François. Maîtresses célèbres : Gabrielle d’Estrées, Henriette d’Entragues. Régence de Marie de Médicis , de 1610 à 1617.

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1610 – 1643 Louis XIII le Juste (1601-1643)
Epouse 1615 Anne d’Autriche, fille du roi Philippe III d’Espagne (1601-1666) 2 enfants : Louis XIV le Grand (1638-1715) Philippe, duc d’Orléans (1640-1701) : branche des Orléans. Régence de Anne d’Autriche, de 1643 à 1661.

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1643 – 1715
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Louis XIV le Grand (1638-1715).

1 ép. 1660 Marie-Thérèse d’Autriche, fille du roi Philippe IV d’Espagne (16381683) avec sa 1ère épouse Elisabeth de France, sœur de Louis XIII. Donc sa cousine. 2ème ép. 1683 Françoise D’Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719) Favorites les plus célèbres : Louise de Lavallière, Mme de Montespan, la duchesse de Fontanges.

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Les Bourbons

Les rois Bourbons représentent une branche de la dynastie des Capétiens. Elle accède au trône de France en 1589 avec Henri IV, roi de Navarre. Elle est issue de son père Antoine de Bourbon, descendant en huitième génération de Robert, fils du roi St Louis. Les Bourbons règnent de 1589 à 1792 et de 1814 à1830, donnant 7 rois à la France. Louis XIII et Louis XIV mettent en place un système de gouvernement absolutiste qui est emporté par la Révolution Française de 1789, au cours de laquelle le roi Louis XVI est renversé et exécuté. Cependant la dynastie survit à travers les frères du roi défunt et lors de la Restauration en 1814 – après l’intermède révolutionnaire et napoléonien – Louis XVIII et Charles X règnent à leur tour. Après la Révolution de 1830 et l’abdication de Charles X, la couronne passe à la branche des Orléans. La branche française des Bourbons s’éteint en 1883 à la mort du comte de Chambord, petit-fils du dernier roi Charles X, mais la dynastie bourbonne connaît de nombreuses ramifications et se poursuit dans d’autres pays comme en Espagne jusqu’à nos jours…

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FRANCE

EMPIRE

ANGLETERRE

ESPAGNE

POLOGNE

RUSSIE

HENRI IV
1610

RODOLPHE II
1612

ELISABETH 1 ère
1603

Boris GODOUNOV
1605

FEDOR II
1606

MATTHIAS
1619

PHILIPPE III JACQUES 1ER STUART
1625

? SIGISMOND III WASA
1613

LOUIS XIII

1621

MICHEL III ROMANOV FERDINAND II
1632 1637

CHARLES 1ER
1643 1649

PHILIPPE IV

WLADYSLAW IV

1645

FERDINAND III
1657

République de Cromwell
1660

1648

ALEXIS 1ER ROMANOV

JAN II KAZIMIERZ LOUIS XIV CHARLES II LEOPOLD 1er CHARLES II
1685 1665 1668

MICHAL KORYBUT WISNIOWIECKI
1673

1676

JAN III SOBIESKI

FEDOR III
1682

JACQUES II
1688

PIERRE 1ER LE GRAND

GUILLAUME III
1697


1705

1702 ↓ 1700

AUGUSTE II ↓
1734


1725


1715

Dés la première partie du XVIIème siècle, s’esquisse en Europe un retournement de la conjoncture économique. Une révolution secoue l’Angleterre, la puissance hollandaise se confirme, un long conflit (la Guerre de Trente Ans) ensanglante l’Allemagne et aboutit à la défaite des Habsbourg de Vienne et de Madrid. La France connaît quant à elle une évolution particulièrement tumultueuse : deux régences provoquent deux crises monarchiques dont viennent à bout deux cardinaux ministres : Richelieu et Mazarin. Des intrigues, des complots, des soulèvements populaires, une longue guerre aux frontières… la régence de Marie de Médicis (1610-1617) Louis XIII et Richelieu (1617-1643) La régence d’Anne d’Autriche avec Mazarin (1643-1661) Louis XIV : • 1661-1685 les Belles Années • 1685-1715 le déclin

I.

PREMIERE MOITIE DU XVIIème SIECLE : période tumultueuse

La régence de Marie de Médicis (1610-1617) A la mort de Henri IV, son fils le petit Louis XIII à 8 ans ½. La régence est confiée à la reine Marie de Médicis. Les régences sont toujours des périodes difficiles pour la monarchies. L’organisation administrative et policière du royaume est encore bien imparfaite, ce qui laisse toute latitude aux grands seigneurs, aux parlements et aux protestants pour intriguer, obtenir des avantages et des concessions d’un pouvoir affaibli. D’origine florentine, Marie de Médicis n’a ni l’habileté, ni l’intelligence de son ancêtre la reine Catherine de Médicis. Elle subit rapidement les influences d’un étrange couple d’aventuriers italiens, Leonora Galigaï et son mari Concini. Les sages ministres de Henri IV quittent le conseil (Sully démissionne en 1611). La politique française change d’orientation et devient nettement pro-catholique et pro-espagnole : Louis XIII épouse l’infante d’Espagne, et sa jeune sœur épouse l’infant. Un gouvernement dominé par les étrangers, l’amertume des princes de sang écartés du pouvoir, la politique française excessivement catholique et pro-espagnole, provoquent la première crise monarchique de cette période : Les protestants regroupés derrière le duc de Rohan exigent de la régente la confirmation de l’Edit de Nantes Les princes du sang (les princes de Condé, de Conti, le comte de Soisson..) et les grands seigneurs (les ducs de Vendôme, de Guise, de Longueville, de Bouillon..) s’indignent des faveurs écrasantes de Concini fabuleusement enrichi, devenu marquis d’Ancre et maréchal. Ils exigent de participer au pouvoir. Marie de Médicis les couvre de pensions mais dilapide très vite les réserves accumulées par Sully. Les grands se retirent en province où ils multiplient les prises d’armes (1613-1614). Ils réclament la convocation des Etats Généraux qui n’aboutissent à rien mais ont permis à l’évêque de Luçon, Richelieu, de faire apprécier son talent et son intelligence. Protestants et

Grands Seigneurs se soulèvent. La régente fait arrêter le prince de Condé, et Concini forme une nouvelle équipe ministérielle. Richelieu entre au gouvernement comme secrétaire d’Etat pour la Guerre et les Affaires Etrangères. Louis XIII, élevé rudement, timide, est juridiquement majeur en octobre 1614 (12 ans). La reine Marie, chef du conseil, et son favori Concini le relègue à une place secondaire. Le roi trouve en Charles d’Albert de Luynes, modeste gentilhomme provençal, un compagnon de chasse qui devient vite un confident politique. Brusquement, ce roi effacé, qui supporte mal les humiliations infligées par Concini se révèle. A 15 ans ½, il prépare un coup d’Etat contre le favori le 24 avril 1617. L’équipe ministérielle de Concini, dont Richelieu, est renvoyée et la reine mère exilée à Blois et placée sous surveillance. Dehors, la foule parisienne se déchaîne contre les italiens Concini et Leonora GaligaÏ que le parlement de Paris condamne à la décapitation. Louis XIII prend le pouvoir avec Charles d’Albert de Luynes qui cumule les charges et s’enrichit rapidement. En fait, c’est le nouveau favori. Il remplace Concini. Le nouveau gouvernement est laxiste, manque de fermeté. Les Grands Seigneurs se regroupent derrière la reine mère qui s’évade et les rejoint à Angoulême. Louis XIII disperse les rebelles près d’Angers. Richelieu renoue le dialogue entre mère et fils. Marie de Médicis, pardonnée, rentre à Paris, fait construire le Palais du Luxembourg. Richelieu devient Cardinal en 1622 mais ne parvient pas à gagner la confiance de Louis XIII. Luynes meurt en 1621 emporté par la scarlatine. La reine mère fait entrer Richelieu au Conseil en 1624. LOUIS XIII et Richelieu La principale innovation de la période c’est l’introduction du ministériat. Entre deux êtres dissemblables mais également attachés à la grandeur de l’Etat s’installe progressivement une collaboration qui au travers des épreuves dure 18 ans. Louis XIII est un grand stratège, un grand chasseur, musicien, bon danseur, mais peu sensible aux belles-Lettres. Il a une enfance triste. Il bégaie légèrement. C’est un être solitaire, chaste, mais a eu des passions platoniques avec des jeunes femmes (Marie de Beaufort, Louise de LaFayette…) et des jeunes hommes (Cinq-Mars). L’absence de dauphin est le grand drame du règne et l’une des causes de multiples complots. Il épouse l’infante d’Espagne Anne d’Autriche qui lui donne après 22 ans de mariage Louis Dieudonné, futur Louis XIV, puis un frère, Philippe duc d’Orléans. En 1624, quand le cardinal Richelieu entre au conseil, il trouve une situation médiocre et inquiétante. Il favorise le redressement intérieur en soutenant la grandeur extérieure. Il gagne peu à peu la confiance complète du roi qui le nomme « principal ministre » en 1629. Sitôt au pouvoir, Richelieu affronte les intrigues des grands Seigneurs qui le défient mais il reste ferme. Autour de Gaston d’Orléans (frère du roi Louis XIII), les princes du sang conspirent et tentent de faire assassiner le cardinal, mais ils échouent. Le cardinal est impressionné par la montée en puissance des Provinces-Unies (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg…), se passionne pour le commerce maritime, multiplie les aménagements portuaires, encourage la formation des premières compagnies françaises de commerce colonial. Au moment où les protestants français cessent de former un Etat dans l’Etat, la diplomatie française adopte une attitude anti-espagnole. En 1629 et 1630, dans les Alpes italiennes, la France intervient deux fois pour soutenir de petits Etats contre les Habsbourg de Madrid. Après la « journée des Dupes » (10 novembre 1630), la priorité passe à la politique étrangère ! Résistance puis harcèlement de la puissance espagnole qui va faire de la France une puissance politique majeure au prix de l’abandon des projets de réforme et de bien des souffrances.
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La France n’intervient qu’indirectement dans la Guerre de Trente Ans qui a lieu alors en Allemagne. Elle combat les Habsbourg par puissances interposées en soutenant la Bavière catholique et surtout certaines puissances protestantes en lutte contre l’Empereur, comme les Provinces-Unies et la Suède de Gustave-Adolphe et de sa fille Christine. Puis en 1635, Richelieu déclare la guerre à l’Espagne. S’ensuivent de nombreuses opérations militaires qui expliquent les exigences fiscales de l’époque. A partir de 1640, l’Espagne épuisée connaît d’inquiétantes révoltes en Catalogne et au Portugal. La situation militaire française se redresse. Au sud, les armées royales s’emparent du Roussillon et de Perpignan. Richelieu meurt le 4 décembre 1642. A cette date, la France est agrandie et possède des portes dans les Alpes et sur le Rhin. Elle a porté de rudes coupes à l’Espagne et a empêché la jonction des deux branches Habsbourg. Au printemps 1643, Philippe IV d’Espagne apprend que Louis XIII est en agonie et lance à partir des PaysBas espagnols une armée de 25.000 hommes qui sera écrasée par le duc d’Enghien, futur prince de Condé. La régence d’Anne d’Autriche s’ouvre sur une victoire éclatante. La politique de Richelieu Mal comprise, jugée excessive, sa politique a été attaquée en permanence. Richelieu s’est maintenu au pouvoir au prix d’une sévère répression des complots des Grands et des insurrections des milieux paysans ou citadins. Jusqu’en 1638, l’héritier légitime de la couronne est Gaston d’Orléans, « Monsieur », personnage léger, lâche, hostile au cardinal. Dans ses multiples complots, on correspond par lettres chiffrées, on code les noms, on utilise de l’encre sympathique (fabriquée avec du jus de citron). Des couvents, comme le Val de Grâce, servent de boîte aux lettres. Le cardinal est intraitable, il déjoue les conspirations. Les complots sont nombreux : celui de Chalais (1626), la révolte de Henri de Montmorency 1632, tentative d’assassinat par le comte de Soissons et « Monsieur » 1636. En 1637, la reine correspond en pleine guerre avec Madrid et Bruxelles. Le comte de Soissons à la tête d’une troupe espagnole se risque en 1641 à une invasion du pays. En 1642, Cinq-Mars et de Thou conspirent avec l’aide de l’Espagne. Par ailleurs, les soulèvements populaires (les « émotions ») expriment leur colère et le désespoir du peuple sous-alimenté dû à une pression fiscale excessive et aux mauvaises récoltes qui se multiplient. Partout en France éclatent de violentes émeutes antifiscales. On trucide quelques agents du fisc, on forme une armée encadrée par des gentilshommes ou des prêtres. Souvent les parlements locaux, certaines municipalités ont une attitude ambiguë. Cependant la répression royale ne faiblit pas comme en témoigne l’écrasement en 1639 des pauvres « va-nu-pieds » en Normandie. La régence d’Anne d’Autriche et de Mazarin Après six semaines d’agonie, Louis XIII s’éteint en 1643 au château de Saint-Germain-enLaye. Louis XIV n’a que 5 ans. Sa mère Anne d’Autriche s’installe à Paris, fait annuler le testament de son mari qui limitait les pouvoirs de la régente et Jules Mazarin devient principal ministre. Anne d’Autriche appartient à la famille des Habsbourg d’Espagne et devient régente à 42 ans. Femme blonde encore très belle, aimant la vie à la cour, les bijoux, a souffert bien des humiliations de Louis XIII et de Richelieu. Elle est très attachée à ses deux fils, Louis et Philippe. Sans expérience politique, elle a la sagesse de confier la direction des affaires à un italien d’une subtilité et d’une intelligence remarquables, le cardinal Mazarin (qui n’a jamais été ordonné prêtre) qui était au service de Richelieu. Affable, adroit, c’est un négociateur hors pair mais qui abuse des petits moyens et gère les affaires politiques de manière non rigoureuse. Diriger la France alors que le roi n’a pas 5 ans, que le principal ministre est étranger et qu’il poursuit la guerre contre l’Espagne n’est pas chose aisée. Les « émotions » populaires ne
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cessent pas. En province, bien des parlementaires et des officiers se permettent des audaces. En 1643, tentative d’assassinat contre Mazarin. Au fil des années, l’alliance d’une reine d’origine espagnole et d’un ministre italien provoque comme sous Marie de Médicis des rebellions de milieux divers. Les astuces financières douteuses du surintendant Particelli d’Emery (italien lui aussi) pour financer la guerre, l’éclatement en Angleterre en 1642 de la révolution (Charles 1er est décapité en 1649), les très mauvaises récoltes de 1638 à 1641 favorisent l’éclatement d’une crise intérieure grave : la Fronde. La Fronde 1648-1653 La Fronde parlementaire 1648-1649 Elle éclate en 1648. Les magistrats parisiens des cours souveraines (parlement, chambre des comptes, cour des Aides, Grand Conseil) se réunissent et rédigent un vaste programme de réformes du royaume mettant la monarchie en tutelle et provoquant l’enthousiasme de la foule parisienne. Mazarin et la reine font semblant de céder. Ils font arrêter Broussel, conseiller au Parlement et élément moteur de la contestation. La foule se soulève et Paris se couvre de 1200 barricades. Le Palais-Royal où réside la reine est encerclé. Il faut négocier. Broussel est relâché, les barricades disparaissent. Cependant le coadjuteur de Paris JeanFrançois Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, entretient l’agitation populaire. Le Parlement prétend toujours contrôler la monarchie. La reine, ses fils et Mazarin quittent secrètement Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 et s’installent à Saint-Germain-en-Laye, dans le froid et l’inconfort. On dort sur la paille. Toute sa vie Louis XIV se méfiera de la foule et du Parlement. A Paris, c’est le déchaînement : le Parlement lève une milice et prend en charge le gouvernement. Mazarin est attaqué par les fameuses « mazarinades » (= 4000 pamphlets). De grands Seigneurs et de grandes dames (Prince de Conti, duc et duchesse de Longueville, les ducs de Bouillon et de Beaufort, Gondi, Madame de Chevreuse, la « grande Mademoiselle » fille de Gaston d’Orléans frère du roi Louis XIII, rallient le mouvement. L’armée de Condé en retour de sa victoire à Lens contre les espagnols fait blocus de la capitale. Les insurgés se divisent entre eux. En mars 1649 à Rueil, un accord est conclu avec la régente qui regagne Paris en août. La Fronde connaît une seconde explosion avec la Fronde des Princes La Fronde des Princes (année 1650) Très orgueilleux, ayant conscience d’avoir sauvé la monarchie, le prince de Condé multiplie les insolences et prétend remplacer Mazarin. La reine et son ministre font arrêter Condé, Conti et le duc de Longueville en janvier 1650. L’agitation reprend aussitôt en province où la duchesse de Longueville et la princesse de Condé favorisent des soulèvements. L’armée royale dirigée par Mazarin l’emporte sur tous les fronts (oct à déc 1650). L’annonce de la victoire de Mazarin provoque une troisième explosion. L’union des deux Frondes (déc 1650 à sept 1651) Gondi et les parlementaires parisiens s’agitent à nouveau et défendent les princes. Le 3 février 1651, le Parlement exige le renvoi du ministre. Mazarin quitte la France le 6 février, fait libérer Condé. En correspondance régulière avec la reine restée à Paris, Mazarin dirige le royaume en sous-main. Très vite, les frondeurs se querellent. Les hommes de Condé ont failli étrangler Gondi qui se retire en Guyenne. Commence alors la dernière phase du mouvement, la plus violente, la plus anarchique : la Fronde condéenne. La Fronde condéenne (sept 1651 à août 1653) Une insurrection populaire, l’Ormée, éclate à Bordeaux. Le prince de Condé s’y installe, soulève une partie des provinces et s’allie à l’Espagne. La reine et l’armée royale dirigée par Turenne le poursuivent. Condé gagne alors le nord pour s’emparer de Paris, est battu à
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Bléneau (avril 1652) et sous les murs de Paris (juillet 1652).la grande Mademoiselle sauve l’armée de Condé en ouvrant les portes de la capitale et en faisant tirer sur l’armée royale. Condé se querelle à nouveau avec les magistrats et s’appuie sur les éléments populaires les plus extrémistes. Des massacres ont lieu à l’hôtel de Ville le 4 juillet 1652. La reine et l’armée royale entourent Paris. Las, Condé s’enfuit et se met au service de l’Espagne. Le 21 octobre, Anne d’Autriche et Louis XIV entrent à Paris sous les applaudissements. Quelques parlementaires et grands Seigneurs sont exilés. Mazarin revient à Paris le 3 février 1653. En août l’ordre règne à Bordeaux. La France connaît enfin le calme dans les dernières années du ministère Mazarin (16531661). Mazarin initie le jeune roi au gouvernement du royaume et achève victorieusement la longue guerre contre l’Espagne. Par contre, la situation financière du pays est désastreuse. Louis XIV se marie avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV d’Espagne qui renonce à ses droits à la succession d’Espagne moyennant le versement à la France de la fameuse somme de 500.000 écus d’or. Il l’épouse à Saint-Jean-de-Luz le 26 août 1660. Le prince de Condé obtient son pardon et rentre en France. Mazarin meurt le 9 mars 1661. A partir de ce moment, Louis XIV dirige en personne le pays. Atteinte d’un cancer au sein, Anne d’Autriche s’éteint le 20 janvier 1666. Les conséquences sociales La succession de mauvaises récoltes et l’augmentation des impôts royaux conduisent nombre de petits paysans à vendre leur « tenure ». De petits seigneurs touchés par la baisse des prix et les défenses excessives de la guerre ou la vie citadine, aliènent leurs biens. Ce sont des bourgeois, commerçants et surtout des magistrats, des officiers qui rachètent ces tenures. C’est la montée de la misère : villages dévastés par le passage des gens de guerre, paysans torturés, filles violées, population rurale se réfugiant dans les bois et abandons d’enfants, vagabonds attirés par les villes.. Pour répondre à ces nombreux cas de détresse, Saint Vincent de Paul (1581-1660) institue les Dames et les Filles de la Charité (1634), religieuses habillées en villageoises et en contact permanent avec les pauvres. Dans la haute société s’esquisse un grand élan de charité pieux : la reine Anne met en gage ses bijoux pour aider saint Vincent de Paul. De nombreuses grandes dames visitent les pauvres, les hôpitaux, multiplient les dons. Saint Vincent de Paul crée l’œuvre des Enfants trouvés (1638). En 1656, on crée à Paris l’Hôpital Général (5.000 mendiants y sont enfermés en 1660). Des confréries se forment, les monastères se réorganisent, de nombreuses maisons religieuses sont fondées, des prélats de valeur apparaissent, faisant oublier les excès de certains, tel JeanFrançois Paul de Gondi, Cardinal de Retz et amant de Mademoiselle de Chevreuse. C’est la naissance du jansénisme L’évêque d’Ypres, Jansénius (1585-1638), s’inspire de l’enseignement de Saint Augustin. A sa mort sera publié un traité « l’Augustinus » (1640) qui développe la vision pessimiste et austère d’une condition humaine quasi prédestinée : l’homme est corrompu par le pêché mortel que seule la grâce de Dieu peut le sauver, mais que Dieu n’accorde sa grâce qu’à un petit nombre. Un foyer janséniste se constitue autour de l’abbaye de Port-Royal et son annexe Port-Royal des Champs. Beaucoup de Parisiens fortunés et pieux viennent y faire retraite. De petites écoles sont ouvertes qui donnent aux enfants –c’est le cas du jeune Racine- une éducation solide mais austère. Les Jésuites réagissent en dénonçant le Jansénisme comme une hérésie qui frise le calvinisme. La Sorbonne condamne le Jansénisme. Blaise Pascal au nom des Jansénistes réplique par une série de lettres, les « Provinciales » (1656-1657) attaquant rudement les Jésuites. Parce que beaucoup de Jansénistes sont d’anciens frondeurs, Mazarin lance la répression : les « Provinciales » sont brûlées, les petites écoles fermées, des religieux dispersés. En 1669 seulement, la querelle s’apaise et Port-Royal ouvre ses portes.
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II. DEUXIEME MOITIE DU XVIIème SIECLE : LA PERIODE CLASSIQUE Le long règne de Louis XIV (1661-1715) est caractérisé par une recherche passionnée de gloire et de grandeur qui pousse le roi à multiplier les interventions belliqueuses et guerrières, à construire Versailles, à renforcer son absolutisme et renforcer sa mainmise sur la société. De telles actions dans une conjoncture économique morose exigent de la population un effort humain et fiscal sans précédent. Après les premières années du règne (1661-1685) où tout semble réussir au roi, vient le temps des épreuves, des guerres difficiles, des crises de subsistance, des conflits d’opinion (1685-1715). Louis XIV Né le 5 septembre 1638 à Saint-Germain-en-Laye. Il est marqué dans sa jeunesse par les tumultes de la Fronde. Sa mère Anne d’Autriche lui inculque le sens de la majesté, le goût du faste, de l’étiquette. Son parrain le cardinal Mazarin lui apprend concrètement la diplomatie et l’art de la dissimulation. Esprit clair, a du bon sens, exerce avec sérieux et minutie son métier de roi. Il consacre plusieurs heures le matin et l’après-midi aux affaires de l’Etat et en entretiens avec ses ministres. Il est amateur de théâtre, musique, joue du clavecin, de la guitare et chante. Il aime passionnément le faste éblouissant, ordonné de Versailles et ses jardins. Il est d’une politesse exquise, possède une maîtrise de soi exceptionnelle. Gros mangeur, bon chasseur, très sensuel, ses maîtresses lui donne 12 bâtards. Il a une santé excellente en dépit d’une dentition gâtée. D’un orgueil excessif, un sens élevé de sa fonction, il prend pour emblème le soleil dés 1662. Sa devise « Nec pluribus impar » (non inégal à plusieurs, soit supérieur à tous) résume ses idées : le roi représentant Dieu sur terre, l’autorité royale ne peut connaître d’obstacle, les grands doivent plier, la couronne de France est la première de la chrétienté et l’Europe entière doit reconnaître sa glorieuse prééminence. Statues, gravures et médailles reprennent et diffusent sans cesse ces thèmes. Le gouvernement centralisé A la mort de Mazarin le 9 mars 1661, Louis XIV assure personnellement la direction du gouvernement de la France. La charge de « principal ministre » disparaît et c’est le roi, seul, qui décide et tranche en dernier appel. Il n’accorde l’exclusivité de sa confiance à personne, utilise le contrôleur des Finances, les 4 secrétaires d’Etat et les 3 ou 4 ministres d’Etat. Dés les premières années du règne, le système du Conseil royal se perfectionne, se divise en sections qui se spécialisent. En quelques années, une machine administrative assez complexe se met en place à la tête de l’Etat (1661-1673) : le Principal Conseil reste le Conseil « d’en haut » ou Conseil secret où se traitent 2 ou 3 fois par semaine les grandes questions politiques ou diplomatiques en présence du roi et de 3 ou 4 personnes qui seules ont le titre de ministre d’Etat. Louis XIV écarte les princes du sang et les grands seigneurs au profit d’hommes d’origine moyenne, issus de la bourgeoisie de commerce ou de robe. Le Tellier, Lionne, Colbert ont le titre de ministre d’Etat. Puis plus tard, Louvois, Ponchartrain, Croissy, Chamillart, Torcy, le duc de Beauvillier, etc… au total 16 ministres d’Etat en 54 ans de règne : c’est la stabilité du personnel. Deux fois par semaine aussi siège le Conseil des Finances qui établit le budget, répartit la « taille » à lever dans les généralités et fixe les impôts indirects des baux des fermes. Il est présidé par le Contrôleur Général des Finances. Après la chute de Fouquet, Colbert puis Ponchartrain, Chamillart, Desmarets lui ont succédé. Le Conseil d’Etat est présidé par le chancelier. Il est constitué par 30 conseillers d’Etat et de 98 maîtres de requêtes, fonctionne
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comme une haute cour de justice qui prépare les édits du roi, casse certains jugements, arbitre les conflits entre administrations. Tous les 15 jours, le roi assiste au Conseil des Dépêches qui réunit le chancelier, le contrôleur général des Finances, les quatre secrétaires d’Etat. Chaque secrétaire d’Etat suit les affaires d’un quart du royaume et possède une spécialité : les Affaires Etrangères, la Guerre, la Marine, la Maison du Roi… Enfin, le roi assiste tous les vendredis au Conseil de Conscience où l’on évoque avec l’aide de l’archevêque de Paris et du père jésuite confesseur du roi, les questions religieuses et où l’on décide de l’attribution des bénéfices. Le système mis en place est complexe. Les cumules de fonctions sont monnaie courante. JB Colbert par exemple a des pouvoirs comparables à 6 ou 8 de nos ministres : il est à la fois surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, Contrôleur Général des Finances, membre du Conseil d’en haut et à ce titre ministre d’Etat, mais aussi secrétaire d’Etat à la Marine et secrétaire d’Etat à la Maison du Roi. Même chose pour Le Tellier, Louvois ou Ponchartrain. Ce personnel peu nombreux, stable, dévoué au roi, se divise vite en clans qui se jalousent. Des dynasties ministérielles se créent : le fils ou le gendre succède au père dont les filles richement dotées –la fonction ministérielle enrichit vite- épousent de grands seigneurs. Ex. le clan Colbert : d’abord Jean-Baptiste son fondateur, puis son fils Seignelay, son frère Colbert de Croissy, son oncle Pussort, ses neveux Desmarets et Colbert de Torcy, son gendre le duc de Beauvillier… Le clan Le Tellier : fondé par Michel Le Tellier qui favorise la carrière de son fils Louvois, de son petit-fils Barbezieux, d’un parent Le Pelletier… Derrière ces ministres, tout un monde de bureaux s’épanouit avec une foule de commis. Ainsi se met en place autour du roi une solide machine administrative et centralisatrice. La monarchie absolutiste devient vite bureautique et Louis XIV, à la différence de ses prédécesseurs, voyage assez peu en province et devient prisonnier de l’immense machine. Il n’entrevoit pas la réalité de son royaume et n’a que des rapports plus ou moins fidèles de ses ministres et commis. Louis XIV n’a pas oublié la Fronde. Il dote Paris d’un lieutenant général de police, La Reynie, puis le marquis d’Argenson, chargé avec plusieurs centaines d’indicateurs, les « mouches » de la sécurité de la ville et surtout de sa surveillance. Les intendants rétablis après la Fronde par Mazarin s’établissent définitivement en province et créent une administration locale permanente et efficace qui traite rapidement de tous les problèmes : fiscalité, justice, police, armée, agriculture, artisanat, commerce, grands travaux, secours aux nécessiteux. Les intendants sont en poste durant de longues années et accomplissent souvent une œuvre considérable. Les trente intendants sont nommés, rétribués et révocables par le roi. Ils sont en relation régulière avec le contrôleur général des Finances et les quatre secrétaires d’Etat. Citons : Olivier d’Ormesson à Lyon, Colbert de Croissy en Alsace. L’un des meilleurs serviteurs de Louis XIV est Jean-Baptiste Colbert (1619 -1683). C’est un travailleur acharné, d’une grande intelligence, qui a accompli une œuvre considérable. Il succède à Fouquet et s’évertue à mettre de l’ordre dans les finances royales. Il cherche à établir une comptabilité nationale, à évaluer recettes et dépenses, et donc à créer un budget. Il tient un livre des recettes et un livre des dépenses qu’il présente au roi tous les mois. Il reconstitue le domaine royal, engage des poursuites contre les financiers douteux, augmente les recettes par des impôts indirects supportés par tous et imagine de nouvelles indirectes (la taxe d’enregistrement, la marque sur les cartes à jouer, l’estampille des métaux précieux, le papier timbré, le monopole de l’Etat de la vente du tabac… Les recettes montent vite. Le budget est équilibré pendant quelques années mais devient de nouveau déficitaire. Et à partir des années 1680, le déficit et la dette publique croissent dangereusement. Colbert conçoit une politique industrielle et commerciale ambitieuse. Il améliore les échanges et développe les transports pour favoriser le commerce. Il fait creuser le canal des deux-Mers
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(1681), fait percer des routes en région parisienne, s’intéresse beaucoup aux fleuves, réduit les péages, unifie les douanes intérieures dans une bonne partie du royaume. Toute l’action de Colbert aboutit à créer une emprise de l’Etat sur la vie économique : développer l’industrie nationale, accroître les ventes et réduire les achats à l’étranger provoquant des entrées numéraires qui enrichiront la France. De 1664 à 1667, les taxes d’entrée sur les marchandises sont fortement augmentées. Colbert encourage la fabrication en France d’excellents produits par des aides, des subventions, des exemptions fiscales, des monopoles de vente ou de fabrication, voire de prêts d’Etat, la création de manufactures. Une trentaine d’établissements sont ainsi créés, spécialisés dans le textile (soie, velours, crêpe, dentelle, tapisserie…), le savon, le raffinage du sucre, le verre, la métallurgie, les armes. Ce sont parfois des ateliers d’Etat appelés manufactures du roi (les Gobelins). Poursuivant les efforts de Richelieu, Colbert favorise la création de cinq compagnies privées de commerce maritime par l’obtention de monopole dans le but de rivaliser les compagnies hollandaises. Elles font appel à l’épargne publique. Les souscriptions des actions sont timides malgré la pression de Colbert. Les débuts sont difficiles. Il y a des échecs et une seule compagnie, la Compagnie des Indes Orientales, créée en 1664, réussit à s’imposer. A coup de subventions et de règlements, Colbert cherche à reconstituer une marine marchande privée. Il favorise les chantiers de construction navale, la culture du chanvre, les travaux portuaires. Mais les ambitions de Colbert ne sont pas toujours comprises, trop de bourgeois se méfient, hésitent à se tourner vers le grand commerce. Vers 1680, la flotte de commerce française compte 500 bateaux, contre 15.000 pour les Provinces-Unies (=la Hollande) ! Au moins, l’impulsion est donnée et la France accroît peu à peu sa présence outre-mer. La colonisation française au Canada passe de 2.000 à 12.000 personnes entre 1660 et 1680. La culture française de la canne à sucre et l’implantation d’esclaves noirs se poursuivent dans les îles françaises des Antilles. Sur le continent américain, Cavalier de la Salle descend le Mississipi en 1682 et fonde une immense colonie, la Louisiane, qui prend à revers les installations anglaises. Aux Indes, un comptoir est ouvert à Pondichéry en 1674. La réforme des armées On doit encore à Colbert et à son fils Seignelay d’avoir relevé la marine de guerre. Brest, Rochefort, Toulon, par des travaux, sont des ports militaires sûrs. Un vaste programme de construction dote le royaume en 1677 de 116 vaisseaux de ligne et 83 petits bâtiments. Pour se procurer les équipages nécessaires, Colbert recommande aux juges de condamner les criminels aux galères. En 1702, on compte 12.000 galériens sur 40 galères. Les officiers sont formés dans des écoles d’hydrographie et de pilotage spécialement créés. D’excellents amiraux comme Tourville et Duquesne sont redoutés des marins anglais et hollandais. Citons quelques corsaires célèbres : Jean Bart, Duguay-Trouin… L’armée de terre est réformée en profondeur grâce à Le Tellier, son fils Louvois et son petitfils Barbezieux. C’est à cette époque que l’armée se discipline et s’unifie, cesse d’être la propriété de tel grand seigneur pour devenir une armée nationale soumise au roi. Des écoles militaires sont ouvertes pour la formation des officiers. Le Tellier et Louvois s’occupent aussi de la troupe, font la chasse aux déserteurs. Le port de l’uniforme devient général. On songe aux soldats âgés ou blessés et on crée à Paris l’Hôtel des Invalides (1670-1674). Les effectifs des armées, recrutées surtout par racolage, augmentent : de 65.000 soldats en 1667 à 400.000 à la fin du règne. Pour le recrutement, on crée un nouveau système : la milice (1688). Le Tellier et Louvois modernisent également l’armée en la dopant d’un service de chariots, créant des magasins de vivre dans les villes frontalières et en construisant des casernes à Paris, Lille, Strasbourg et Metz. A cette époque apparaissent les dragons (soldats de cavalerie), le sabre dans la cavalerie. Vauban invente la baïonnette à douille en 1693. Vers 1700, c’est l’emploi du fusil à pierre. Il
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invente le tir à ricochet du boulet creux. Le génie militaire est créé. Vauban reçoit la direction générale des fortifications. Il en fait construire 300 dont certaines sont enterrées. Ainsi les frontières du nord et de l’est sont protégées. Toutes ces mesures ont réformé le royaume mais ont rencontré des résistances techniques et humaines dans une conjoncture défavorable. Si la machine absolutiste est perfectionnée au sommet, en province, les trente intendants rencontrent de dures difficultés à transmettre les ordres en bas de la pyramide sociale. Le pays est encore loin d’être unifié, le quadrillage administratif reste bien fragile. Les révoltes populaires demeurent. Le système fiscal est profondément injuste car il pèse essentiellement sur les roturiers et les paysans. 37 années de guerre sur 54 ans de règne ont obligé le gouvernement à multiplier les prélèvements fiscaux. La guerre dévore la moitié du budget de la France vers 1680 et près des ¾ à la fin du règne. Dés lors, il reste peu d’argent pour subventionner manufactures et compagnies de commerce (0.3% du budget en 1680 !). De plus, le climat économique est difficile en Europe de 1650 à 1730 : les prix sont à la baisse, la pénurie monétaire s’aggrave. Enfin si le règne de Louis XIV coïncide avec l’épanouissement de l’art classique et l’apparition du modèle de « l’Honnête Homme », il n’en reste pas moins que 70% des hommes et 86% des femmes sont analphabètes et n’ont comme univers mental que le monde merveilleux des légendes, contes, voire superstitions. Vers 1698, un édit prévoit une école par village. Mais les Jésuites et les oratoriens recrutent dans les familles fortunées.

Les belles années 1661-1685 La cour jeune et libertine Lors des troubles de la Fronde, le royaume accepte facilement le resserrement du carcan administratif. Après la crise violente de 1661-62, les récoltes sont plus abondantes, le prix des céréales baisse et les foules citadines se nourrissent plus facilement. A la cour souffle un vent de gaieté. C’est le temps des audaces. C’est le temps des grandes favorites : Melle de la Vallière, Mme de Montespan, la duchesse de Fontanges… Louis XIV a eu six enfants avec la reine Marie-Thérèse d’Autriche et douze bâtards. La cour prend parfois des allures de harem. Autour du roi, il y a son frère Philippe, Monsieur, bon soldat, aux allures efféminées, marié à Henriette d’Angleterre, Madame, qui meurt en 1670. Il épouse alors la princesse palatine, Liselotte, seconde Madame, qui donne le jour au futur duc d’Orléans. Le fils du roi, Monseigneur, a trois fils : le duc de Bourgogne né en 1682, le duc d’Anjou 1683 et le duc de Berry 1686. Versailles est en construction. La cour est itinérante, tantôt à Saint-Germain, tantôt aux Tuileries, au Louvre ou à Vincennes. Du grand seigneur au laquais, 7 à 8.000 personnes au total vivent au rythme éblouissant des fêtes, ballets, opéras et représentations théâtrales. La cour forme un monde qui a ses passions : le jeu de cartes, les ragots, les luttes d’influence. L’affaire des poisons sur fond de messes noires et de pratiques magiques implique Mme de Montespan. Eblouie par ce décor grandiose, la noblesse se soumet à l’étiquette, plie devant les volontés du monarque et engloutit des fortunes pour maintenir son rang. Avec Louis XIV s’épanouit vers 1660 le classicisme qui va exercer sur l’Europe entière un étonnant rayonnement. Dérivant de l’Antiquité et de la Renaissance, le classicisme se veut mesuré et harmonieux. Il s’écarte des tendances extrêmes du courant baroque sans toutefois rompre avec lui. Louis XIV est persuadé que l’éclat des arts rehausse la gloire de son règne et cherche à étendre son pouvoir aux choses de l’esprit et de l’art. Le mécénat royal est synonyme de fonctionnarisation du talent. Il invite des artistes et des savants étrangers (Le Bernin, Cassini, Huyghens..) et multiplie les institutions d’accueil : académie
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des Inscriptions et des Belles Lettres, académie des Sciences, d’Architecture, de Musique, Observatoire du roi, Jardin des Plantes et fondation de la Comédie Française. Lully dirige les écoles de musique, l’organisation des fêtes chantées et dansées. Le peintre Lebrun dirige le monde des graveurs, tapissiers, sculpteurs et ébénistes. L’architecture classique évolue vers un style dépouillé, utilisant systématiquement la ligne droite, les ordres antiques, cherchant à créer un sentiment d’harmonieuse grandeur. Le roi fait construire une terrasse à Saint-Germain-en-Laye, la colonnade élevée au Louvre par Claude Perrault illustre bien la tendance nouvelle de l’art. Bruant édifie l’église des Invalides, aménage la place Vendôme et la place des Victoires. Le principal chantier reste Versailles. Le roi se méfie de Paris. Il entreprend de transformer ce petit pavillon de chasse en magnifique résidence. Les travaux commencent en 1661 sous la direction de Le Vau, et après 1676, de Jules Hardouin Mansart. Le Brun assure la décoration, en particulier celle de la magnifique Galerie des Glaces (73 m de long). Le Nôtre dessine parcs, jardins, bassins et fontaines. Pendant des années, 20 à 30.000 ouvriers accomplissent une œuvre gigantesque (le roi pensionne les veuves d’ouvriers tués sur le chantier). La cour ne s’installe qu’en 1682 dans un château à peine achevé.

La prépondérance française Comme beaucoup de souverains de l’époque, Louis XIV voit dans la guerre l’activité ordinaire d’un grand roi. Il cherche à agrandir le royaume sans être arrêté par les frontières naturelles. Il profite de l’affaiblissement des Habsbourg : la branche de Vienne connaît de rudes difficultés avec l’avancée turque. Vis-à-vis de la branche espagnole, il exploite rapidement le non-paiement de la dote de la reine Marie-Thérèse et spécule sur la faiblesse dynastique. En 1665, à la mort de Philipe IV d’Espagne, le trône revient à un enfant de 4 ans, Charles II, de santé faible qui mourra en 1700. Colbert impressionné par la jouissance marchande des Hollandais pousse le roi à rompre l’alliance avec les Province-Unies et à tenter d’annexer ce pays. De 1661 à 1684, le roi engage deux guerres, multiplie les actes de grandeur ou d’intimidation et exerce sur l’Europe une prépondérance. Ce sont les belles années de gloire militaire et diplomatique de Louis le Grand (titre décerné au roi en 1679). Louis XIV, par des actes de grandeur, cherche à faire accepter aux souverains étrangers l’idée d’une prééminence de la couronne de France. Il utilise des petits incidents diplomatiques pour exiger excuses et reconnaissance. Le roi d’Espagne, le Pape, l’Angleterre l’admettent non sans mal. En 1664, il envoie des contingents français combattre les Turcs à Candie et en Hongrie. En 1667, il envahit la Flandre espagnole et défend les droits de la reine de France à la succession d’Espagne. Le roi, Turenne et Vauban l’emportent aisément. Sous la pression hollandaise, la guerre s’arrête. Le traité d’Aix-laChapelle rattache 12 villes flamandes à la France dont Lille, Douai, Armentières… En 1672, la guerre reprend contre les Provinces-Unies. Avec l’Angleterre et de nombreux princes allemands pour alliés, les troupes du grand Condé et de Turenne franchissent le Rhin le 12 Juin 1672 et atteignent Utrecht. Ecrasés, les Hollandais ouvrent des écluses qui inondent une partie du pays. Sur les conseils de Louvois, Louis XIV refuse des propositions de paix très avantageuses des Hollandais. Une révolution éclate à La Haye en août 1672 et amène au pouvoir un protestant intransigeant, Guillaume d’Orange. Les inondations se multiplient, la résistance hollandaise s’organise, les Français piétinent (1673). Les alliés de la France se retirent ou changent de camp. L’Angleterre, l’Espagne, les princes allemands, l’empire s’unissent à la Hollande contre la France en 1674. La guerre change de terrain. Les Français s’emparent de la Franche-comté au printemps en 1674. En août 1674 le prince de Condé repousse Guillaume d’Orange près de Charleroi.
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L’ Alsace est envahie mais Turenne fait une expédition surprise en plein hiver (=victoire de Turckeim le 5 jan 1675) et repasse le Rhin. La situation est redressée, les troupes de Condé et de Vauban s’emparent petit à petit de nouvelles villes dans les Pays-Bas espagnols. En 1676, Duquesne bat à plusieurs reprises l’amiral Ruyter en Méditerranée. C’est le pays le plus faible, l’Espagne, qui fait les frais de la Guerre. La France reçoit la Franche-Comté et une série de villes du nord : Valenciennes, Maubeuge, Saint-Omer, Cassel. Dans les années suivantes, Louis XIV exploite l’imprécision des traités pour annexer les domaines environnants, les nouvelles possessions, comme Strasbourg occupée en 1681. Ces « réunions » à la couronne de France inquiètent les Etats européens. L’Espagne entre en guerre en 1683 et 1684. La riposte française est brutale : prise du Luxembourg, bombardement de Gênes, alliée de l’Espagne. Pour empêcher une nouvelle guerre européenne, les princes allemands offrent leur méditation. La trêve de Ratisbonne (15 août 1684) laisse à la France ses dernières annexions. Louis XIV atteint alors le sommet de sa puissance !

Les problèmes religieux Bien des raisons ont poussé Louis XIV à lutter contre ses sujets protestants : ses convictions profondes, le rôle de son entourage, le conflit avec le pape (pour montrer son zèle catholique), l’opinion qui ignore la tolérance, le désir de rivaliser avec l’empereur Léopold vainqueur des Turcs en 1683. Les protestants français constituent une élite au poids économique (banque, manufacture, artisanat..) et culturel (académies, sociétés savantes, médecine..) considérable. On crée en 1676 une caisse des conversions (chaque converti reçoit trois livres). Certaines professions leur sont interdites, des écoles et des lieux de culte fermés. Dés 1680, en Poitou, des dragons sont logés chez des protestants. L’autorité ferme les yeux sur les vols, les brutalités et les viols commis par les soldats. 30.000 protestants se convertissent sous la contrainte. Les dragonnades se multiplient alors. Impressionné par les longues listes de convertis qu’on lui présente, Louis XIV révoque l’Edit de Nantes le 18 octobre 1685. Les pasteurs doivent s’exiler. Les temples sont détruits mais il est interdit aux protestants de quitter le royaume. Bravant la menace, 1450 protestants sont envoyés aux galères. 17.000 à 200.000 huguenots parmi les plus riches réussissent à s’expatrier. La perte de l’économie et de la culture française est considérable. LE DECLIN (1685 – 1715) Dans le courant des années 1680, un tournant essentiel s’amorce. La cour se fixe à Versailles le 6 mai 1682 et se plie désormais à une étiquette solennelle et lourde. Le climat libertin des premières années disparaît. L’aristocratie définitivement domestiquée et surveillée de près par le lieutenant général de police, se perd en querelles, intrigues, implore humblement une pension, le privilège de tenir le bougeoir dans la chambre du roi ou la faveur de séjourner à Marly. Le roi vieillit majestueusement, s’inquiète du salut de son âme, se fait dévot. Le 30 juillet 1683, la reine Marie-Thérèse meurt. Secrètement, le roi épouse en septembre 1683 Françoise d’Aubigné, veuve du poète Scarron, marquise de Maintenon. Un parti dévot se forme et exerce une influence discrète sur le roi. Le père la Chaise, jésuite, est très écouté. Mme de Maintenon, très pieuse, assiste parfois aux conseils du gouvernement. A Versailles, les constructions se poursuivent (le Trianon, la Chapelle..) mais le rayonnement culturel faiblit. Bien des auteurs classiques sont morts (Molière, Corneille) ou se taisent (Racine, La Fontaine). La faveur va désormais aux auteurs modernes. La querelle des Anciens et des Modernes date de 1687. Faute d’argent, le mécénat royal fléchit. La vie culturelle se déplace peu à peu vers Paris, vers les salons privés où les mécènes de la finance protègent les nouveaux talents comme Crozat, protecteur du peintre Watteau. La
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tragédie touche moins le public qui aime de plus en plus les comédies de mœurs comme « le légataire universel » de Regnard 1708, « Turcadet » de Lesage 1709. La guerre de la ligne d’Augsbourg 1688-1697 La politique d’intimidation de Louis XIV pousse peu à peu les grandes puissances européennes à se coaliser pour lui faire obstacle. Le temps des guerres foudroyantes et des victoires faciles est révolu. Des adversaires déterminés et redoutables vont s’opposer à Louis XIV. L’empereur Léopold a redressé la situation dans l’empire, écrasé les Turcs en 1683, et entend bien récupérer l’héritage des Habsbourg de Madrid pour son fils cadet Charles. En Allemagne un vif sentiment anti-français se lève. Dans les Etats protestants, la révocation de l’édit de Nantes et l’arrivée des premiers réfugiés huguenots soulèvent l’opinion. En juillet 1686, se forme à Augsbourg une ligue pour imposer à la France le strict respect des traités de Nimègue. Y participent : la Suède, les princes allemands, l’empereur, l’Espagne, la Bavière, et plus tard la Savoie. Guillaume d’Orange à la suite d’une nouvelle révolution devient roi d’Angleterre. Les deux puissances économiquement les plus évoluées du temps, les Provinces-Unies et l’Angleterre font cause commune. Pour la première fois, les objectifs coloniaux et commerciaux vont jouer un rôle dans la poursuite du conflit. Les hostilités commencent en septembre 1688. Sur les conseils de Louvois, Louis XIV ordonne la dévastation systématique du Palatinat pour mettre l’Alsace à l’abri d’une invasion. Les incendies et les ravages commis par les Français scandalisent l’Allemagne. L’avantage est au roi-soleil, sauf sur mer. La crise de subsistance et de surmortalité de 1693-1694 interrompt les opérations qui reprendront à un rythme plus lent. On se bat entre colons français et anglais au Canada. En dépit du succès de ses armées, Louis XIV pour la première fois fait preuve de modération. Il songe à la santé déclinante du roi d’Espagne Charles II qui pose le problème de la succession d’Espagne. Louis XIV accepte de reconnaître Guillaume d’Orange roi d’Angleterre et accepte que les Hollandais installent des garnisons aux Pays-Bas espagnols. La guerre de succession d’Espagne 1702-1713 Charles II qui règne sur l’Espagne mais aussi sur Milan, Naples, une partie des Pays-Bas et des colonies espagnoles, n’a pas d’enfant. La branche Habsbourg de Madrid va s’éteindre. L’immensité de l’héritage suscite en Europe des inquiétudes. Ne risque-t-on pas de voir émerger une superpuissance ? Mais dans son testament, Charles II laisse l’intégralité des possessions espagnoles à Philippe d’Anjou, second fils du grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV. Philippe d’Anjou devient Philippe V d’Espagne le 16 novembre 1700. Une situation financière désastreuse Les guerres coûtent cher. Dans une conjoncture économique très médiocre, les rentrées fiscales sont maigres, les villages avec des arriérés de taille sont nombreux. Les contrôleurs généraux des Finances Ponchartrain, Chamillart, Desmaretz multiplient les impôts sur une vaste échelle. A partir de 1700, les revenus fiscaux sont dépensés avant d’avoir été collectés. On imagine de nouveaux moyens pour augmenter la monnaie en circulation. Les vaisselles d’or doivent être fondues en 1689, le roi donne l’exemple. En 1710, on lance le « dixième ». Les Français doivent déclarer leurs revenus et versent au roi un dixième de ceux-ci. Rapidement le clergé et les gens les plus fortunés échappent à ces impôts en « s’abonnant » par le versement d’une somme modérée. A la mort de Louis XIV, le Trésor royal frôle la banqueroute… La crise de la fin de règne La situation économique empire à la fin du règne. La rareté de la monnaie, la médiocrité des subventions aux compagnies de commerce, la guerre, tout concourt à ralentir les échanges et à faire baisser la production. La majorité des compagnies de commerce imaginées par Colbert fait faillite. Les manufactures connaissent un marasme profond et le chômage est
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impressionnant. De plus, entre 1690 et 1710, le refroidissement du climat explique en partie les très mauvaises récoltes. En 1693-1694, un printemps et un été pourris, un hiver froid donnent une récolte très mauvaise : les prix s’envolent. Les foules avalent des nourritures infectes et 1,3 million de personnes meurent en deux ans. En janvier 1709, un froid très violent s’abat sur le pays : la Seine est prise par les glaces de Paris au Havre, la banquise se forme sur la côte de la mer du Nord. Après le redoux, une nouvelle vague de froid détruit cultures et plantations. 700.000 Français meurent de froid et de faim cette année-là. La crise de la fin de règne appauvrit bien des bourgeois et des petits nobles. Elle jette sur les routes des bandes de vagabonds représentant 1/10ème de la population du royaume. Les vols alimentaires se multiplient. Des émeutes éclatent ici et là. Seuls les ports de l’Atlantique et de la Méditerranée échappent à cette crise et connaissent au contraire une prospère activité. A la suite de nombreux deuils survenus dans la famille royale, la monarchie en apparence si solide n’est pas loin de la crise dynastique. En 1711, le grand dauphin meurt. En 1712, le duc et la duchesse de Bourgogne et leur fils le petit duc de Bretagne meurent. En 1714, le duc de Berry meurt. En 1715, l’héritier direct du roi-soleil est donc le dernier fils du duc de Bourgogne, l’arrière-petit-fils du roi, un enfant né en 1710, le futur Louis XV. Le 1 er septembre 1715, Louis XIV meurt de la gangrène. Louis XIV avait préparé la régence en la confiant à son neveu Philippe, duc d’Orléans, fils de Monsieur et de la Palatine. Il a 41 ans. Le nouveau visage de la monarchie Le XVIIème siècle est l’époque de la monarchie absolue. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne reconnaît pas au roi de pouvoirs plus importants. Ce sont les progrès de la notion d’Etat et l’emprise qu’il exerce sur la nation qui caractérise l’absolutisme. L’Etat monarchique s’attache à rationaliser et à rendre plus efficace l’exercice du pouvoir royal. Il se dote de rouages gouvernementaux modernisés de tout premier ordre. La royauté se donne les moyens d’éliminer tout ce qui prétend partager son autorité, de ramener à l’obéissance tout ce qui ne la reconnaît pas où la bafoue. Pour autant, la monarchie absolue n’est pas un régime despotique. Elle doit respecter les règles constitutionnelles, les commandements de la religion et toute une série de principes généraux. Elle trouve en face d’elle tous les privilèges des différents corps de la nation. Elle se heurte à des obstacles matériels qui limitent l’efficacité de son action. Cet essor des idées absolutistes et l’affirmation du droit divin du roi1 est le contre coup de la période troublée des guerres de religion : révoltes contre une autorité royale bafouée et méconnue, violence, massacres, pillages, insécurité des personnes et des biens. Aussi a-ton vu à la fin du XVIème siècle les meilleurs esprits placer tous leurs espoirs dans le rétablissement d’un pouvoir royal fort et respecté, seul capable de faire revenir la paix civile et la sécurité en imposant silence aux furieux et en réprimant leurs actes. De Bodin à Le Bret, les grands doctrinaires de l’absolutisme (dont Bossuet d’origine roturière) viennent du tiers Etat : en 1614, ce sont les députés du tiers Etat qui réclament que la théorie du droit devin soit proclamée loi fondamentale du royaume. Ils l’ont imposée sous l’œil bienveillant de la royauté à un clergé et à une noblesse plus réservés, voire même franchement hostiles. Plus précisément, c’est la fraction riche et cultivée du tiers état et d’une fortune acquise par le commerce, la finance, les offices, c’était elle qui avait le plus à perdre au retour des troubles civils et de l’insécurité. D’où sa vigoureuse réaction en faveur d’un pouvoir fort, capable de rétablir durablement la paix. Par ailleurs, la bourgeoisie avait à sa disposition depuis la Renaissance les juristes humanistes, issus de la bourgeoisie si bien qu’elle se trouvait tout naturellement préparée à se constituer l’absolutisme. Ce faisant, la bourgeoisie ne va pas à l’encontre des souhaits et aspirations du peuple. Celui-ci ne craint pas que le roi
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Le roi reçoit directement son pouvoir de Dieu, sans nul intermédiaire. C’est à Dieu seul qu’il doit rendre compte. Nul homme, nul groupe humain n’est en droit de lui en demander. De même le pape qui n’est qu’un homme, ne possède nullement le droit de s’ériger en juge du roi. Les sujets du roi se trouvent eux aussi dépourvus de tout droit de contrôle et de sanction envers le roi, ni même de se révolter contre lui.
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fasse preuve de trop d’autorité, mais au contraire qu’il n’en manifeste pas assez. D’instinct, le peuple fait confiance au roi. Ce qu’il redoute, ce sont les ministres et les conseillers toujours soupçonnés de fausser l’information et d’être à l’origine des mauvaises décisions du pouvoir. Le peuple conserve au roi une foi inébranlable : dés lors qu’il est bien informé, le roi ne peut que prendre des mesures conformes au bien du peuple. Aussi ce dernier souhaite-t-il que le roi soit fort, gouverne en personne et impose sa volonté. La signification concrète de la doctrine absolutiste est la suivante : c’est le roi qui décide en dernier ressort. Le roi tranche. Il a le dernier mot. Quand la décision personnelle du roi est prise il n’y a plus de recours : il ne reste qu’à obéir ! Le roi travaille pour l’Etat. Il exerce son métier de roi. Le roi ne fait qu’exercer au nom de l’Etat l’autorité souveraine. Le roi est le premier serviteur de l’Etat, le premier agent public du royaume. Les doctrines affirment le caractère absolu de la souveraineté aboutissant à proclamer l’absolutisme de l’Etat. Rien d’étonnant donc si l’Etat cherche à étendre son champ d’action : il prétend régir intégralement la vie de la nation. Il y a une logique de l’absolutisme étatique qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. Elle caractérise l’ensemble des pays d’Europe, indépendamment des formes de gouvernement. Tantôt le régime est mixte comme en Angleterre, despotique comme en Prusse, ou pure comme en France, mais partout l’Etat se veut absolu. L’Etat a été créé progressivement par la royauté qui visait à améliorer son fonctionnement et à assurer sa pérennité. La royauté est une vieille réalité historique à très fort contenu humain, affectif, religieux : elle est profondément concrète. L’Etat est une construction théorique et juridique : elle est abstraite. On a greffé l’un sur l’autre. La notion d’Etat a été utile au roi. Elle lui a servit à légitimer son pouvoir, à le défendre contre les agressions idéologiques et les révoltes. Le roi était le serviteur de l’Etat et le représentant de la nation. La mise au pas de la haute noblesse Dans la première moitié du XVIIème siècle, la haute noblesse continue de représenter un danger pour le pouvoir royal. Les grands seigneurs persistent à se comporter en féodaux. Ils supportent mal d’être écartés du gouvernement. Les grandes familles disposent de moyens considérables : puissantes forteresses, immenses patrimoines fonciers, vastes réseaux de fidélité leur permettant de réunir des troupes importantes de gentilshommes et de paysans, des révoltes et des complots se multiplient, la Fronde des princes, etc… Là, Louis XIV tire la leçon des évènements de son enfance. Il domestique la noblesse en attirant auprès de lui les familles les plus prestigieuses du royaume. Il donne à sa cour un faste et un éclat encore jamais vu. Il fait construire le prodigieux château de Versailles (16611688), modèle de tous les palais à venir pour y mener une vie minutieusement réglée par l’étiquette au milieu de la foule de ses courtisans. Pour leur fournir des rôles et des revenus, le roi développe l’importance des services de sa maison, de celle de la reine, des princes, des princesses. La noblesse féodale et factieuse se transforme en une noblesse de cour, en adoration devant le roi, richement entretenue par ses largesses et toute dévouée à son service. Louis XIV s’attache à présenter à la noblesse comme idéal le service du roi et de l’Etat (dans les charges de la cour aux armées, à la tête d’une province, et souvent le tout réuni). Et la première façon de servir le roi et de mériter sa bienveillance est de venir lui faire sa cour. Tout le reste en découle. C’est à la cour que l’on peut espérer obtenir des faveurs, pensions, titres, charges, bénéfices ecclésiastiques. Pour les grands seigneurs, vivre à la cour constitue un devoir et une nécessité. Si bien que l’aristocratie se précipite faire sa cour au roi et du même coup elle cesse de représenter pour lui un danger politique. Dans la cage dorée de Versailles, la haute noblesse n’est plus qu’une prisonnière désormais inoffensive. La lutte contre l’insécurité
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Au XVIIème siècle, Paris est un coupe-gorge. On y assassine quotidiennement. Les rues sont pleines de mendiants venus de tout le royaume, qui volent, qui sont des émeutiers en puissance, porteurs souvent de maladie épidémique (peste..). En province, ce n’est pas mieux : mendicité dans les villes qui attirent les gueux espérant la charité, ravages de grand banditisme dans les campagnes. La violence touche toutes les catégories sociales. La justice d’Etat est perçue comme « étrangère » : on préfère s’en remettre à la vengeance privée. S’ajoute à cela l’insécurité due aux gens de guerre qui portent atteinte aux gens et à leurs biens. Au XVIIème, il n’y a pas encore de casernes. Les soldats sont logés chez l’habitant qui les redoute car ils sont terrorisés par les excès de la soldatesque qui souvent véhicule les épidémies. Le soldat est dangereux. Quant aux anciens soldats sans ressources ils sont souvent mendiants ou brigands.

C’est pourquoi en 1667, Louis XIV crée la charge de lieutenant général de police de Paris, le premier étant La Reynie. Dés lors, les rues de Paris seront éclairées, les bandits envoyés aux galères où à l’armée, la «Cour des Miracles » (concentration de bandits au cœur de Paris) est rasée. En province, la police traque les bandes de brigands. La mendicité est interdite et les hôpitaux généraux sont créés, destinés à enfermer les mendiants en vue de les mettre au travail et de les évangéliser. Louis XIV lance une politique systématique de construction de casernes qui libèrera les populations du fléau du logement des gens de guerre. Une partie des anciens soldats seront désormais secourus : construction de l’Hôtel des Invalides en 1670 et octroi d’un certain nombre de pensions. Ce qui fait que toutes ces mesures entraînent un important recul de l’insécurité. C’est l’un des grands bienfaits de l’affirmation de l’autorité de l’Etat.

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QUELQUES MOTS SUR LOUIS XIV…

Louis XIV est nés le 5 septembre 1638. Naissance très attendue au château Neuf de St Germain (construit par St Louis). Son père est Louis XIII et sa mère Anne d’Autriche (espagnole). Sa première nourrice est Mme de la Giraudière (anoblit). Les nourrices se succèdent parcequ’il est né avec des dents : elles souffraient atrocement. Baptisé à 5 ans au lieu de 7 ans dans la chapelle de St Germain, sur la décision de son père qui se sentair mourir, en 1643. Cérémonie sans faste. A son chevet, Louis XIII dit à son fils : « quel est votre nom, mon fils ? Louis XIV, père. Pas encore, mais cela ne saurait tarder ! ». La chapelle est du 13ème siècle, construite par St Louis (né à Poissy) : style gothique qui ne plait pas aux Bourbons. Louis XIII la transforme, la fait redorer pour la rendre plus claire. Louis XIII fait venir Poussin d’Italie. Ce dernier se fait beaucoup prier par le roi qui veut des peintures pour lui et Richelieu. Les tableaux constituent une partie de la collection du Louvre, collection que Louis XIV aura par héritage et acquisitions. Louis XIV a un visage très féminin, jouflu pendant toute son enfance. Nous voyons sur les tableaux que, dés son enfance, il porte le cordeau du St Esprit. Mme de Lauzac, gouvernante de Louis XIV et de son frère, « Monsieur », est agée mais très efficace. Son rôle est primordiale. Elle inculque les principes moraux, les bonnes manières, la conduite en société, la maitrise de soi-même… Puis à 7 ans, Louis XIV passe aux mains des hommes. La gouvernante récupère alors toutes les affaires de Louis XIV. Elle aura toute sa vie une très bonne pension, méritée, étant donné les responsabilités qui lui incombaient, rôle très délicat. LOUIS XIV petit : Il aime la danse très tôt et le théâtre, qu’il pratiquait avec son frère Philippe et Lully. Il a une dignité naturelle qui se voit dans les tableaux. Alors que la Fronde est sous-jacente, la royauté menacée et fragile, Louis XIV est balloté dés 10 ans entre Paris et St Germain. C’est pourquoi le château de St Germain lui rappelle trop de mauvais souvenirs. Sa mère Anne d’Autriche, femme de forte personnalité devient régente à la mort de Louis XIII. Alors que Louis grandit et murit, leurs relations sont conflictuelles car Anne d’Autriche a du mal à laisser des responsabilités à Louis. Mais malgré cela, il admire sa mère. Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, espagnole, pas très belle, parlant mal le français et très pieuse, est délaissée par Louis XIV. Elle meurt à la quarantaine et ne connaitra Versailles que quelques mois ! le règne personnel de Louis XIV commence en 1661, à la mort de Mazarin. C’est un roi très populaire, très aimé de son peuple. Pendant la Fronde, le peuple parisien réclame son roi, quand celui-ci s’absente de Paris. C’est l’époque de Rubens, Van Dick, qui influencent la peinture. Le grand Dauphin manifeste son goût pour l’élégance, mais il est écrasé par son père. C’est pourquoi il reste beaucoup à St Germain en Laye .

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On assiste plus tard au règne des 3 reines : Mme Lavallière, Mme de Montespan et Mme de Maintenon. La Reine Marie-Thérèse manifeste son désacord sur cette cohabitation, alors le roi la boude pendant plusieurs mois ! Pendant ses voyages, il les emmène toutes les trois. Mme de Montespan est une femme dure, très froide (elle ne bouge pas quand sa calèche écrase un homme). La cohabitation avec Mme de Lavallière qui est beaucoup plus sensible, est insupportable. Mme de Maintenon est la petite fille d’Agrippa d’Aubigné. Orpheline très jeune, elle épouse Scarron, écrivain très connu, d’une intellignece extrème. Il meurt et elle se retrouve très vite sans ressources. Elle devient la gouvernante des enfants illégitimes de Louis XIV et de la Montespan. Le roi l’épousera en secret quelques mois après la mort de Marie-Thérèse d’Autriche. Elle a une grande influence sur lui. Très digne, elle sait se faire appréciée de lui. Mazarin enseigne à Louis XIV l’italien, comment dissimuler ses sentiments. Ce dernier sait très bien se dominer, et sait tout à fait dire l’inverse de ce qu’il pense. Colbert, ministre des Finances, a un très grand pouvoir lorsque le roi est à St Germain. Il redresse l’économie française et se plaint même des dépenses du roi pour la construction de ses palais, châteaux, et ses dépenses de guerre. Louis XIV dira d’ailleurs au seuil de sa mort : je veux un successeur plus sage. La politique religieuse est un volet important dans l’histoire de Louis XIV. Le père Quenel (lié au Jansénisme de Jan Sénus) est un point noir de son règne. Louis XIV s’éteint le 1er septembre 1715, après avoir fait venir à sont chevet le petit dauphin, son arrière-petit fils, dernier fils du duc de Bourgogne, qui sera le futur Louis XV. Louis XIV aura six enfants avec la reine Marie-Thérèse d’Autriche qui mourront tous avant lui. Son fils ainé, Louis le Grand Dauphin, aura trois enfants et c’est le dernier fils de son aîné qui sera le futur Louis XV, les deux autres étant décédés.

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1600 : Henri IV épouse Marie de Médicis le 17 décembre. 1600-1616 : grande épidémie de peste. 1601 : naissance de Louis XIII. 1601 GB : la reine Elisabeth 1ère veut améliorer le sort des classes défavorisées par la « Poor-Law » qui institue l’assistance publique et crée les « Work Houses », ateliers pour chômeurs. 1603 : les Jésuites sont autorisés à rentrer en France et fondent des collèges. 1603 GB : mort d’Elisabeth 1ère. Avec elle s’éteint la dynastie des Tudor. Le fils de Marie Stuart, Jacques VI d’Ecosse lui succède comme roi d’Angleterre, sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre. Les Stuart d’Ecosse occupent le trône anglais jusqu’en 1716 et réunissent Angleterre, Ecosse et Irlande. 1603 JAP : Tokugawa Hiedoshi, proclamé Shogun, transfère la capitale à Edo (Tokyo). 1603 Perse : la création d’une armée régulière permet au Shah d’Iran Abbas 1er (1587-1629) d’attaquer les Turcs. La prise de Tahriz permet la reconstitution de l’empire perse. 1607 : le musicien Claudio Monteverdi crée l’opéra italien avec le drame lyrique « Orféo ». 1608 : Samuel Champlain fonde la ville de Québec, 1ère ville implantée dans la Nouvelle France. 1609 Esp: un édit de Philipe III expulse les moresques de Castille, puis de toute l’Espagne privant l’économie espagnole d’un capital humain indispensable. 1609 : Galilée publie les résultats des observations astronomiques faîtes avec une lunette de sa fabrication. 1610 : Henri IV assassiné par Ravaillac. Avènement de Louis XIII. Régence de Marie de Médicis. 1610-1612 POL : les Polonais occupent Moscou. 1613 Russie : avènement de Fédorovitch Romanov. Restauration de l’Etat. 1615 : mariage de Louis XIII avec Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe III. 1616 : soulèvement des nobles entre la régente et le prince de Condé. Arrestation de Condé. Richelieu entre au Conseil du roi comme secrétaire d’Etat à la Guerre et aux Affaires Etrangères. 1616 : le Saint-Office à Rome condamne les thèses de Copernic. 1617 : Louis XIII écarte sa mère du pouvoir. 1619 : révolte des princes soutenus par la reine-mère contre Luynes, favori du roi Louis XIII. 1620 : rattachement de la Navarre et du Béarn à la France. 1622 : Richelieu cardinal.

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1624 NORV : Christian IV fait reconstruire la ville d’Oslo détruite par un incendie et la rebaptise Christiana. La ville reprendra le nom d’Oslo en 1925.
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1625 GB : à la mort du roi Jacques 1er, son fils Charles 1er lui succède. Il épouse en 1624 Henriette-Marie de France, fille d’Henri IV, sœur de Louis XIII. 1626 : édit royal contre les duels. 1628 Perse : mort d’Abbas 1er qui clôt un règne exceptionnellement brillant et marque le début de la décadence de l’Iran. 1628 NL : les Hollandais s’emparent de toute la flotte espagnole provenant des mines d’Amérique avec 80 tonnes d’argent, et portent ainsi un coup terrible à la puissance espagnole. 1628 : l’anglais William Harley, médecin du roi d’Angleterre Charles 1er, décrit le mécanisme de la circulation du sang. 1629 : Richelieu principal ministre d’Etat. 1629 Pol : la Pologne sort appauvrie de la guerre contre la Suède depuis 1621. Elle perd la Livonie. La contre-réforme triomphe dans les villes. 1630 GB : les puritains anglais fuyant la « tyrannie » de Charles 1er organise l’exode vers le Massachussets : ils fondent Boston. 1630 : prise de Pignerol par les Français puis occupation de la Savoie. 11 novembre « journée de dupes », Richelieu triomphe de Marie de Médicis, Louis XIII le maintient en fonction. 1631 : fuite de Marie de Médicis aux Pays-Bas. Rupture définitive avec son fils. 1631 : création à Paris de la « gazette de France » de Th. Renaudot. 1632 USA : fondation de la colonie du Maryland où se réfugient les catholiques anglais persécutés. 1632-1637 : révolte des « croquants » en Limousin, agitation antifiscale en Guyenne, famine en Bourgogne, révolte des paysans en Provence, émeutes urbaines. 1633 : procès de Galilée qui doit abjurer sa théorie de l’univers. 1635 : Louis XIII crée l’Académie Française. Intervention française dans la guerre de Trente ans en Allemagne, début des guerres contre les Habsbourg. Début de la conquête française de la Guadeloupe et de la Martinique. 1636 : les Français enlèvent aux Espagnols la Martinique et la Guadeloupe. 1638 : naissance de Louis XIV. Installation des premiers Français au Sénégal. 1639-1641 : révolte des « Va-nu-pieds » en Normandie. 1640 Portugal : la révolution de Lisbonne (1er décembre) place sur le trône du Portugal Jean IV de Bragance. Fin de l’union personnelle avec l’Espagne. 1642 : fondation de Montréal par les Français. Conquête du Roussillon par les Français. Mort de Richelieu. Mazarin devient principal ministre. 1642 GB : guerre civile. Charles 1er en conflit avec le Parlement, tente de faire arrêter les chefs de l’opposition (députés à la chambre des communes). Cromwell victorieux en 1647. Il abolit la royauté et règne en dictateur après l’exécution de Charles 1er. 1642 Canada : Fondation par les Français de Montréal. 1643 : mort de Louis XIII. Avènement de Louis XIV son fils aîné, Anne d’Autriche régente et Mazarin chef du Conseil. Des Français s’installent à Madagascar et fondent le Fort-Dauphin. 1643 USA : les 4 colonies puritaines de Plymouth, Massachussetts, Connecticut et New Haven s’unissent pour former la Nouvelle Angleterre.

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1644 Chine : fin de la dynastie Ming. Appelés à l’aide pour renverser le dernier souverain Ming, les Mandchous restent maîtres du pouvoir en Chine. Début de la dynastie Ts’ing jusqu’en 1911. 1648 : début de la fronde parlementaire (le Parlement contre Mazarin). En août émeutes à Paris et fuite de la régente qui reviendra en octobre.
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1648 Ukraine : soulèvement des Cosaques d’Ukraine contre la domination de la Pologne. 1648 D : fin de la guerre de Trente Ans d’Allemagne. 1649 : fuite de la famille royale de Paris. Siège de Paris tenu par les frondeurs. Révoltes des provinces contre Mazarin. 18 août retour du roi Louis XIV à Paris. 1er avril, paix de Saint-Germain entre Mazarin et les frondeurs. 1649 Russie : un nouveau code des lois russes enlève tous leurs droits aux paysans. 1650 : début de la fronde nobiliaire. Essai de soulèvement des provinces par les princes, et alliance avec l’Espagne qui envahit le nord du pays. 1651 : union des deux Frondes (parlementaire et nobiliaire). Exil de Mazarin. Louis XIV est déclaré majeur. Fin de la régence. Révolte du prince de Condé. 1652 : lutte entre l’armée royale et les forces des princes. Victoire de l’armée royale. Condé prend Paris en juillet. Défaite de Condé en octobre qui s’enfuit en Flandre au service des Espagnols. 1653 : retour de Mazarin à Paris. Fin de la Fronde. Fouquet nommé surintendant des Finances. Condé entre en guerre contre la France à la tête d’une armée espagnole. 1654 : Louis XIV sacré roi à Reims le 7 juin. L’armée royale bat Condé à Arras. 1654 Suède : la reine Christine, fille du roi Gustave-adolphe, reine de 1632 à 1654, abdique en faveur de son cousin Charles-Gustave, petit-fils de Charles IX par sa mère. La cour de la reine Christine a été un des pôles de la vie scientifique européenne. 1654 Portugal : les Portugais chassent les Hollandais du Brésil. 1658 GB : Cromwell meurt dans l’impopularité. 1658 D : Ferdinand III meurt. Son fils Léopold est élu empereur. 1659 : fin de la guerre contre l’Espagne à la paix des Pyrénées. Installation française à Saint-Domingue. 1660 : le 9 juin, mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe IV 1661 : mort de Mazarin. Début du règne personnel de Louis XIV. Réorganisation du conseil du roi. Arrestation de Fouquet. Début de la construction de Versailles. 1661 Portugal : Bombay, possession française depuis 1534, fait partie de la dote de Catherine de Bragance qui épouse le roi d’Angleterre Charles II en 1661. Il cède la ville à la compagnie des Indes Orientales. 1662 : Jean-Baptiste Colbert nommé ministre d’Etat. 1663 : la 2ème moitié du XVIIème est assombrie par une série de famines qui culminent en 1663, 1694, 1709-10 1664 GB : le duc d’York, frère du roi Charles II d’Angleterre enlève aux Hollandais New Amsterdam fondée en 1614 qui prend le nom de New York ! 1665-1670 : création de nombreuses manufactures royales. Construction du port de Rochefort, arsenal de la flotte.

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1665 Autriche : le Tyrol, possession des Habsbourg depuis 1363, est réuni à l’Autriche à l’extinction de la branche tyrolienne des Habsbourg. 1666 GB : dépeuplée en grande partie par la grande peste de 1665, Londres est détruite par un incendie. La ville est reconstruite d’après les plans de Sir Christopher Wren de 1670 à 1690. 1667 : l’ Espagne déclare la guerre à la France. Louvois nommé surintendant des portes. Colbert organise la manufacture des Gobelins. Création de l’Observatoire de Paris. L’architecte Charles Perrault construit la colonnade Est du Louvre.
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1667 Russie : révolte paysanne contre le servage et l’exploitation seigneuriale, dirigée par un cosaque du Don, Stephan Rabin (exécuté à Moscou en 1671). 1668 Portugal : l’Espagne reconnaît l’indépendance du Portugal, protégé par l’Angleterre. 1668 : Louis XIV confie les agrandissements de Versailles à l’architecte Le Vau. 1669 Turquie : l’île de Crète, vénitienne depuis 1204, est conquise de 1665 à 1669 par les Turcs (qui l’appellent l’île de Candie). 1669 D : la Hanse minée par la guerre de Trente Ans achève de se disloquer. 1672 : début de la guerre de Hollande. Les Français franchissent le Rhin mais les Hollandais inondent le pays. Fin en 1679. 1673 : installation des Français à Pondichéry. 1673 Pologne : Jean Sobieski bat les Turcs à Khotine en Ukraine. Il est élu roi en 1674. 1674 : une série de révoltes paysannes éclatent en France à Bordeaux et en Bretagne en 1675. Le savant allemand WG Leibniz développe les bases de calcul infinitésimal. Lulli, créateur de l’opéra français présente à la cour son opéra « Alceste ». 1680 : création de la Comédie Française. Isaac Newton découvre la loi d’attraction et de gravitation universelle et la publie en 1687. 1681 : Louis XIV annexe Strasbourg. 1682 : la cour s’installe à Versailles. 1682 USA : le Français Cavelier de la Salle prend possession de la vallée du Mississipi et pose les bases de la future Louisiane. L’Anglais William Penn fonde la colonie de Pennsylvanie. 1682 Russie : avènement de Pierre 1er le Grand, co-tsar avec son demi-frère Ivan V sous la régence de leur tante Sophie. 1683 : mort de la reine Marie-Thérèse d’Autriche. Mort de Colbert. Louis XIV épouse secrètement Mme de Maintenon. 1684 : prise du Luxembourg par les Français. 1685 : révocation de l’Edit de Nantes à Fontainebleau, abolition du culte protestant en France. La révocation ouvre une période de persécutions. Les protestants fuient la France, se réfugient en Prusse, en Hollande, en Suisse, et en Angleterre. 1685 GB : mort de Charles II. Son frère Jacques II qui s’est converti au catholicisme lui succède. 1686 Pologne : paix perpétuelle signée à Moscou entre la Pologne et la Russie. La Pologne confirme la cession de l’Ukraine (Est du Dniepr) et de Kiev à la Russie.

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1687 Hongrie : la Hongrie accepte que la couronne hongroise soit dorénavant héréditaire dans la famille des Habsbourg. Le duc de Lorraine Charles V défait les Turcs en Hongrie. Celle-ci libérée de l’occupation musulmane passe sous la domination impériale. 1687 : Le Nôtre achève le parc du château de Versailles (débuté en 1662). 1688 GB : Guillaume III d’Orange de Hollande, petit-fils par la mère de Charles 1 er et gendre de Jacques II est appelé pour remplacer Jacques II qui fuit en France. Guillaume III est couronné roi d’Angleterre avec sa femme Marie, fille de Jacques II. 1689 Russie : Pierre 1er le Grand élimine son demi-frère Ivan V avec l’accord de la régente Sophie. Il règne désormais seul. 1689 : le compositeur anglais Henry Purcell réalise son chef-d’œuvre avec l’opéra « Dido and Aeneas ».
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1693-1694 : mauvaise récolte, famine, grave crise économique, grande misère. 1694 : nombreuses grèves dans l’industrie textile à Lyon et à Tours. 1694 Autriche : début de la construction du château de Schönbrunn près de Vienne. 1697 Russie : Pierre le Grand entreprend un voyage d’étude en Hollande, Angleterre, Allemagne et modernise la Russie avec l’aide de conseillers européens. Il construit une ville nouvelle, Saint Petersbourg et fait appel à des Français et des Italiens pour la dessiner. 1699 Autriche : à la victoire contre les Turcs à Carlovtsi, les Habsbourg d’Autriche se voient reconnaître leur domination sur la Hongrie, la Transylvanie, la Bosnie et la Croatie. L’Autriche devient une grande puissance européenne. 1700 Esp. : le roi Charles II, dernier représentant des Habsbourg d’Espagne meurt après avoir désigné pour héritier Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV et arrière petit-fils de Philippe IV d’Espagne. Il sera Philippe V d’Espagne.

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Dynastie des Stuart

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1558 – 1603 : Elisabeth 1ère Tudor. 1603 – 1625 : Jacques 1er Stuart, (également Jacques VI d’Ecosse). Fils de Marie Stuart reine d’Ecosse et cousine d’Elisabeth 1ere d’Angleterre. Ep. 1589 : Anne de Danemark (1574-1619), fille de Frédéric II. 1625 – 1649 : Charles 1er Stuart, fils. Roi d’Angleterre et d’Irlande. Ep. 1625 : Henriette-Marie de France, sœur de Louis XIII (1609-1669), fille d’Henri IV, sœur de Louis XIII, tante de Louis XIV. 1649 – 1660 : république sous Olivier Cromwell. 1660 – 1685 : Charles II Stuart, fils. Ep. Catherine de Bragance 1638-1705, fille de Jean IV roi du Portugal. 1685 – 1688 : Jacques II Stuart, frère (également Jacques VII d’Ecosse), duc d’York. Roi d’Angleterre et d’Irlande et d’Ecosse. 1ère ép. Protestante Anne Hyde 1637-1671 2ème ép. Catholique Marie d’Este 1658-1718 1688 – 1702 Guillaume III (1650-1702), fils de Marie, sœur de Charles II et de Jacques II, qui a épousé en 1641 Guillaume Prince d’Orange 1626-1650. Ep. 1677 : Marie II d’Angleterre, sa cousine, fille de Jacques II, reine d’Angleterre de 1688 à 1694.

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I. l’absolutisme des Stuart 1603 – 1640 II. la révolution anglaise 1640 – 1660 III. la formation d’un Etat moderne 1660 – 1815 I. L’ABSOLUTISME DES STUART 1603 - 1640 A la mort de Elisabeth 1ère, la « reine vierge » sans descendance, c’est le roi d’Ecosse Jacques VI Stuart qui monte sur le trône en 1603 sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre (il était devenu roi d’Ecosse à l’âge d’un an suite à l’abdication de sa mère Marie Stuart). Physique ingrat, saleté proverbiale, il est en revanche doué d’une vive intelligence et d’une très grande culture. Tout en étant marié à Anne de Danemark et père de trois enfants, il manifeste un certain goût pour les beaux jeunes gens.

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Jacques 1er avait hérité des caisses vides suite à la guerre avec l’Espagne commencée en 1585. En dépit du retour à la paix en 1604, son train de vie dispendieux et l’habitude contractée en Ecosse de multiplier les largesses pour s’attacher la fidélité de ses courtisans, le déficit s’accroît du double en 1620. Jacques 1er lève des emprunts forcés, multiplie les droits de douane, vend avec largesse les titres de noblesse, aliène les terres de la couronne et exige des Parlements qu’ils lèvent des impôts qui seront insuffisants. Son principal conseiller est Robert Cécil, fait comte de Salisbury. Il meurt en 1625 et son fils Charles 1er lui succède. Il est l’antithèse de son père : jeune, beau, soigné de sa personne et d’une totale fidélité à son épouse Henriette de France, sœur de Louis XIII et fille d’Henri IV. Pour le reste, il souscrit pleinement aux idées de son père sur le droit divin des rois et l’obéissance qui leur est due. Son épouse, élevée dans un état d’esprit similaire, le renforce dans ses convictions. Au règne de Charles 1er correspond en France Richelieu et la mise en place de l’absolutisme. Les mêmes problèmes financiers se posent sous Charles 1er qui monte sur le trône alors qu’une nouvelle guerre contre l’Espagne entame les finances depuis 1624. Les communes refusent d’aider le roi dû à la présence du marquis de Buckingham, dernier favori de Jacques 1er devenu le principal conseiller de son fils Charles 1er. Il doit forcer et utiliser la menace pour obtenir des rentrées fiscales. Les emprunts forcés de 1626. C’est ainsi que les « cinq chevaliers » du Middlessex sont traduits en justice en 1627 et emprisonnés pour avoir fait la grève de l’impôt. Charles 1er décide alors de régner seul, « à la française » comme on disait alors. Il parvient à assainir les finances en évitant entre autre les engagements militaires à l’extérieur afin de réduire les dépenses. Il crée en 1635 l’impôt sur les bateaux pour l’entretien d’une flotte de guerre, mais en fait il s’agit d’instaurer une fiscalité permanente en Angleterre. En 1640, une certaine aisance financière permet à Charles 1er d’instaurer un « absolutisme à l’anglaise » tout en conduisant sa propre politique étrangère. Le fossé entre le pays et la cour se creuse. La cour fait quasiment figure d’enclave étrangère, d’autant que la brillante vie artistique qui s’y développe était peu du goût de la noblesse puritaine. Antoine Van Dyck, peintre officiel de la cour en 1632, représente Charles 1er tant en homme de guerre qu’en homme de cour. La noblesse provinciale réintègre ses domaines tandis que Charles, faute de visiter son royaume, perd tout contact avec l’opinion publique. En 1640, débute la Révolution Anglaise ayant pour origines exclusives les structures économiques et sociales et les rapports de force entre « nobility » et « gentry ». La haute noblesse cherche à consolider son ascendant tant sur les postes de la haute administration que sur les activités commerciales, tandis que les membres de la « gentry » dépourvus de perspectives d’avenir verse dans l’extrémisme religieux puis la lutte contre la cour. 1640 est le point critique atteint par le conflit d’intérêts opposant propriétaires terriens et bourgeoisie marchande des villes au dirigisme politique mais surtout économique des Stuart. La victoire des propriétaires terriens et de la bourgeoisie marchande –l’absolutisme ne triomphera pas en Angleterre- permet l’éclosion de la révolution industrielle, se nourrissant de la faiblesse d’un Charles 1er hésitant perpétuellement sur la conduite à suivre. Tout au long des années 1630, le progrès de l’éducation et l’élévation du niveau intellectuel contribuent à former une véritable opinion publique qui s’est avérée déterminante dans la lutte contre la politique de Land, conseiller du roi, et contre le roi.

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La révolution anglaise est avant tout une révolution puritaine avec deux guerres civiles. Land est exécuté en 1645 et l’épiscopat supprimé en 1646 (Eglise décentralisée, sans évêque ni tutelle royale, avec indépendance de chaque paroisse). Cromwell impose un procès à Charles 1er Stuart qui est condamné à mort et décapité à la hache le 30 janvier 1649. Une semaine plus tard, la chambre des Lords est supprimée et la royauté abolie.

II.

LA REVOLUTION ANGLAISE - CROMWELL 1649 –1660

Au lendemain de l’exécution du roi, Olivier Cromwell fait figure d’homme fort du nouveau régime, lointainement apparenté au ministre d’Henri VIII, Thomas Cromwell. Il siège aux Parlements de 1628 et 1640, il est pratiquement inconnu jusqu’à la guerre civile, où son génie militaire sur les champs de bataille de l’East Anglie puis au niveau national lui acquit la renommée, et il est considéré en 1649 comme le vainqueur des deux guerres civiles. La monarchie est remplacée par une République qui reçoit le nom de « Commonwealth » (car devant œuvrer pour le « bien commun ») dirigé par un Conseil d’Etat. Membre du conseil d’Etat, Cromwell n’y joue qu’un rôle effacé car il est occupé à soumettre l’Irlande (d’août 1649 à mai 1650), ce qui s’est fait au prix de terribles massacres et réellement achevé qu’en 1652. Il part ensuite pour l’Ecosse où le fils aîné de Charles 1er s’est proclamé roi sous le nom de Charles II, il défait les royalistes et y met une armée anglaise qui occupe le pays. En 1652, un nouveau conflit éclate avec la Hollande au sujet de la rivalité commerciale entre les deux pays suite au vote l’année précédente du « Navigation Act » réservant l’intégralité du trafic maritime aux navires anglais. C’est au cours de cette guerre que Cromwell renvoie les Députés et prend le pouvoir. En 1657, une pétition (Humble Petition & Advice) est présentée à Cromwell qui renforce le caractère monarchique des institutions : une Chambre Haute est créée et on propose à Cromwell la couronne qu’il refuse, mais désigne son successeur à la présidence de cette Chambre Haute : son fils Richard Cromwell. Sa santé se détériore le rendant incapable de résoudre le problème religieux, et la crise financière. Il meurt en 1658, et son fils Richard lui succède. Ne parvenant pas à s’imposer face aux généraux, Richard s’efface au bout de 8 mois. Les derniers parlementaires se dispersent, seule l’armée a une force politique notable. Mais la rivalité des généraux plonge le pays dans l’anarchie. Considérant que la restauration des Stuart est la seule issue possible, Monck à la tête de l’armée d’Ecosse marche sur Londres (Fév 1660), convainc Charles II de publier la Déclaration de Breda (Avr 1660) appelant à la réconciliation générale et garantissant la liberté de conscience : Charles II entre en triomphe à Londres le 8 mai 1660. De fait, les souvenirs de la période 1642-1660 a suscité chez les Anglais une aversion pour le seul mot de « révolution ». Le régime républicain a été impopulaire, il avait donné naissance à une dictature militaire, centralisée et fiscalisée encore plus que l’Etat Stuart.

III. LA FORMATION D’UN ETAT MODERNE 1660-1815 La préservation de l’équilibre politique sous Charles II (1660 – 1685)
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Après 18 ans d’exil, Charles II entretient le climat d’euphorie qui accompagne la restauration en prônant la réconciliation et en amnistiant dés 1660 la plupart des révolutionnaires par « l’acte d’oubli » (Act of Oblivion). L’idée de renforcement du pouvoir royal flotte dans l’air mais à l’exception de Charles II, personne ne veut d’une monarchie absolue. Les problèmes religieux n’ont pas disparu avec la Restauration : la hiérarchie épiscopale est rétablie. Le parlement de 1661 est composé de sympathisants des Stuart, hostiles aux non-conformistes et votent une série de mesures à leur encontre : exclusion des charges municipales, rétablissement de l’autorité religieuse et épuration du clergé anglican (1662), répression des réunions religieuses non autorisées. En fait, Charles II influencé par ses années d’exil à la Cour de France envisage de se convertir à la foi catholique : il ne le fait que sur son lit de mort en 1685, alors que son frère le duc d’York l’a fait en 1670 et qui, devenu veuf, se remarie avec une princesse catholique Marie d’Este (1658-1718). Jacques II, la glorieuse Révolution et son règlement (1685 – 1689) L’accession au trône de son frère Jacques d’York se fait sans difficulté. Mais il prend des mesures maladroites qui inquiètent : il met sur pied une armée de terre de 20.000 hommes venant s’ajouter à la marine qu’il avait organisé lui-même sous la Restauration en tant que Grand Amiral. Il multiplie les gestes envers les catholiques, accueille même un légat du pape, ce qui ne s’était pas vu depuis un siècle. Il met la main sur l’administration locale ce qui effraie et déclenche la révolution de 1688. La reine catholique, Marie d’Este, donne naissance à un garçon, Guillaume, duc de Gloucester, excluant par la même la succession de ses deux filles Marie et Anne que Jacques a eu de son premier mariage protestant, Anne Hyde. La perspective d’avoir sur le trône une dynastie catholique incite les protestants à faire appel à Guillaume prince d’Orange (1626-1650) « Stathouder » des Provinces-Unies, époux de la princesse Marie, anglaise et surtout protestante à toute épreuve ! Guillaume prépare une expédition et débarque dans le Devon le 5 nov 1688 en se réclamant de la défense des droits du parlement et de la religion protestante. Jacques II abandonné de tous et hanté par le souvenir de l’exécution de son père préfère se réfugier avec femme et enfants chez Louis XIV qui les installent au château de St Germain en Laye. En janvier 1689, le parlement constate la vacance de la couronne et l’offre conjointement à Guillaume d’Orange et à Marie. Toutes les mesures prises par Jacques II sont annulées. Ce coup d’Etat de Guillaume d’Orange est appelé la « glorieuse révolution » ou « révolution pacifique » ou « respectable » car elle s’est déroulée en douceur. Ce coup d’état marque la fin de la dernière tentative absolutiste anglaise.

Les transformations économiques et sociales au XVIIème siècle Après 1660, l’Angleterre connaît une croissance tous azimuts qui mènera à la Révolution Industrielle : il n’y a pas un domaine qui ne connaît quelque bouleversement à tel point que tout s’est enchaîné : révolution politique, révolution démographique, révolution agricole, révolution commerciale et financière, révolution industrielle. Les années de ce siècle où l’Angleterre fait son « apprentissage » sont importantes.
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Explosion démographique La population anglaise double entre 1560 et 1660 ; ceci s’explique par la disparition des famines et épidémies. L’espérance de vie passe de 30 à 38 ans entre 1600 et 1800. On se marie plus jeune : de 28 à 26 ans pour les hommes et de 26 à 23 ans pour les femmes. Le taux de natalité passe de 30 à 38%. La population anglaise est donc jeune malgré la forte mortalité infantile. 40% des Anglais ont moins de 20 ans. Le réseau urbain se transforme et sa caractéristique principale est le développement phénoménal de Londres, première ville du royaume. Elle abrite 5% de la population en 1600. L’émigration de toute l’Angleterre est importante : 500.000 personnes entre 1630 et 1700. Londres continue de s’étendre dans toutes les directions sans le moindre plan d’ensemble. Le terrible incendie de Londres de 1666 qui a détruit tous les quartiers a permis de reconstruire en pierre et en brique des maisons auparavant faîtes de bois. Thomas Malthus dénonce vers 1798 dans son « Essai sur le principe de la population » les dangers d’une croissance démographique incontrôlée qui déboucherait inéluctablement sur un appauvrissement général de la population, et exhorte les Anglais à contrôler rigoureusement leur natalité. L’expansion maritime et commerciale L’Angleterre est devenue dans le même temps une nation de marins. Les dispositions prises au XVIème siècle se concrétisent pleinement durant le XVIIème siècle en particulier grâce aux « Navigations Acts » qui réservent l’exclusivité du trafic maritime aux navires anglais. De plus, tous les produits provenant ou destinés aux colonies doivent transiter par Londres qui devient la plaque tournante du trafic colonial européen. L’expansion financière L’expansion commerciale implique une modernisation radicale des infrastructures. Les circuits commerciaux sont mis dans les mains de compagnies : compagnie de Moscovie 1553, du Levant 1581, de la Baie d’Hudson 1670, des Indes Orientales 1600 (East India Company). La compagnie des Marchands Aventuriers perd leur monopole en 1689. Le secteur des assurances profite dans un premier temps au développement du trafic maritime puis s’étend à l’assurance contre les incendies et à l’assurance-vie, ex. la Loyd’s est fondée en 1698. Le système bancaire se transforme aussi radicalement avec la fondation de la Banque d’Angleterre en 1694 qui est suivi d’autres comme la Banque Royale d’Ecosse 1695, etc.. Toutes négocient des chèques (créés en 1675) et peuvent émettre des billets (jusqu’en 1844 où la Banque d’Angleterre aura le monopole). L’Angleterre connaît donc au XVIIème siècle (et au XVIIIème) une conjoncture exceptionnellement favorable, confortant la position dominante d’une élite dont la puissance foncière est la caractéristique principale.

Une Angleterre agro-mercantile. La prédominance des intérêts fonciers. A partir du XVIIème siècle, le propriétaire terrien (Landlord) se situe au sommet de l’échelle sociale. Les grands propriétaires agrandissent leurs propriétés aux dépends de la petite paysannerie indépendante contrainte à vendre des terres pour faire face à une fiscalité accrue par les guerres avec la France. Au même moment, négociants et financiers enrichis, ou « nababs » revenus d’Inde, achètent les terres, signe de leur réussite et clef de l’influence politique à laquelle ils aspiraient. L’identité des modes de vie et des mentalités entre les deux noblesses disparaissent.
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Le souci principal est d’assurer la transmission du domaine intact de génération en génération, au moyen de procédures juridiques limitant les possibilités d’aliénation comme l’héritage inéluctable (la succession va au profit exclusif de l’un des héritiers, en général l’aîné des fils, interdisant à tout héritier de vendre ses terres. La vie de cette élite s’organise autour de deux pôles : la résidence londonienne pour les séances du Parlement et la villa à la campagne (country house) véritable centre du pouvoir local. Obéissant à l’idéal du gentilhomme campagnard (genteman-farmer) (lire les romans de Jane Austen) qui s’impose comme le mode de vie de tout propriétaire terrien qui se respecte, les aristocrates y passent le plus clair de leur temps et y mènent grand train. La révolution agricole L’ensemble des transformations à la mi-17ème s’est faite par la nécessité de produire pour assurer la subsistance d’une population en expansion constante. La jachère vouée à disparaître et remplacée par la culture de fourragères (sainfoin, trèfle, luzerne) qui enrichissent le sol en azote. L’outillage se modernise par l’introduction du semoir mécanique, de la batteuse et de la faucheuse. On associe élevage et culture qui fait disparaître l’économie de subsistance et apparaître les spécialisations régionales : céréales dans le Sud-Est, vergers du Kent, élevage bovins dans les Midlands, ovins dans l’Essex et les montagnes galloises, etc… l’agriculture se met au service des manufactures (lin, jute ou houblon) où des consommateurs comme ceux de Londres. Le phénomène des enclosures est le plus marquant de la révolution agricole. L’enclosure met fin à « l’openfield » en clôturant les parcelles de chaque exploitant en procédant à des remembrements en partageant les « commons ». Les enclosures peuvent s’essayer librement aux nouvelles techniques pour obtenir un profit maximum. Les rendements agricoles augmentent de 13% parfois doublent au cœur des Midlands. Les enclosures sont avantageuses pour les grands fermiers qui seuls avaient les moyens de se moderniser. Les « cottagers » sont défavorisés : les droits d’usage des communaux (commons), essentiels pour leur survie, disparaissent avec eux. Le XVIIème siècle, début d’unification du royaume L’unification des îles britanniques commence avec l’accession au trône anglais de Jacques 1er et de son fils Charles 1er. Ils n’y ont pas réussi comme ils l’escomptaient. Cromwell s’y essaie « par le sang et le fer » mais c'est aussi éphémère que le Commonwealth lui-même. Le retour à l’indépendance des trois royaumes en 1660 n’empêche pas les destins de l’Ecosse et de l’Irlande de dépendre de plus en plus étroitement de ce qui se passe en Angleterre de telle sorte que Londres prend la décision de lier les trois pays en un royaume uni.

La ruée vers l’ouest Les explorations reprennent dés le début du XVIIème siècle. Henry Hudson en 1610, William Baffin en 1616 explorent les côtes du grand nord américain, à la recherche du passage nordouest jusqu’au-delà du cercle polaire arctique. La colonisation de la Virginie débute en 1607 avec la fondation de Jamestown, puis en 1620 la Nouvelle-Angleterre, le Maryland en 1633, et les Bermudes en 1609. Les Anglais ont émigré massivement vers la Nouvelle-Angleterre et les Antilles (alors appelées les Indes Occidentales, « West Indies »). A la veille de la révolution anglaise, 70.000 anglais ont émigré au Nouveau Monde. La Nouvelle Angleterre attire surtout les puritains fuyant les persécutions religieuses (le « Mayflower » avec les pères pèlerins) qui
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arrivent massivement entre 1629 et 1642. Les immigrants non puritains se voient contraints de quitter la Nouvelle-Angleterre pour s’installer plus au sud : c’est ainsi que naissent les colonies de Rhode Island et de Connecticut. Le Maryland est créé pour les catholiques par un courtisan de Charles 1er, George Calvert. La prise de la Jamaïque en 1655, enlevée aux Espagnols, constitue un tournant : au lieu d’être cantonnés à la périphérie de l’arc antillais, les Anglais s’intéressent maintenant aux Indes Orientales (East Indies), et ce parallèlement à leur entrée dans le Nouveau Monde. Des comptoirs sont établis en Inde et les profits sont immenses : épices, café, thé, tissus de coton et soie, porcelaine, revendus à prix d’or en Angleterre. De plus, l’Inde servait de relais pour les marchandises venues des quatre coins de l’Orient (Chine, Perse, Arabie, Ceylan, Java, Sumatra). En 1663, en Amérique du Nord, est fondée la Caroline et en 1664 la New-Amsterdam est prise et rebaptisée New-York en hommage au duc d’York, frère du roi Charles II dans le cadre de la guerre anglo-hollandaise (les Hollandais reçoivent en échange la Guyane qui devient la colonie de Surinam). La spectaculaire croissance démographique est due à la reprise de l’immigration religieuse : William Penn et les Quarkers irlandais fondent la Pennsylvanie en 1683 dont la tolérance religieuse attire bon nombre de protestants allemands et de Français ayant choisi l’exil après la révocation de l’Edit de Nantes (1685). La Caroline du sud, New-York et ses alentours accueille d’autres protestants, mais aussi des Juifs, des Irlandais et des Ecossais. La terre y est distribuée généreusement. L’agriculture prédomine compte tenu des espaces disponibles qui incite à l’immigration et est consacré aux produits exportables en Europe : Au Sud : tabac, indigo et riz, produits par une population servile, des esclaves. En Nouvelle-Angleterre : poisson séché et bois d’œuvre. Le trafic avec l’Europe se fait par Boston. Au Nord : fourrures de castor, poissons, bois d’œuvre. La compagnie de la Baie d’Hudson est fondée en 1670. Les territoires de la Baie d’Hudson sont en contact avec les établissements français du Québec et de la vallée du Mississipi. Des heurts se produisent parfois entre trappeurs des deux bords.

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Dynastie des Habsbourg 1576-1612 : Rodolphe II, fils de Maximilien II (qui a épousé Marie, fille de Charles Quint), et petit-fils de Ferdinand 1er frère de Charles Quint. Non marié. 1612 – 1619 Matthias, frère. Ep.1611 : Anne (1585-1618), fille de Ferdinand comte de Tyrol et de sa 2ème épouse Anne-Catherine de Gonzague (1566-1621). Pas d’héritier. 1619 – 1637 Ferdinand II, neveu. 1ère ép.1600 : Marie-Anne de Bavière 1574-1616 2ème ép.1622 : Eléonore de Gonzague 1598-1655. 1637 – 1657 Ferdinand III, fils. 1ère ép.1631 : Marie-Anne 1606-1646, fille du roi Philippe III d’Espagne et de Portugal. 2ème ép.1648 : Marie-Léopoldine 1632-1649, fille du comte de Tyrol Léopold V, sa cousine 3ème ép.1651 : Eléonore de Gonzague 1630-1686. 1658 – 1705 Léopold 1er, fils. 1ère ép.1666 : Marguerite d’Espagne1651-1673, sa nièce (mère= Marie-Anne, sa sœur, et père= Philippe IV d’Espagne) 2ème ép.1673 : Claude-Félicité 1653-1676 3ème ép.1676 : Eléonore de Neubourg 1655-1720

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De 1593 à 1609, la guerre turque reprend avec une grande violence et Rodolphe II, pour obtenir argent et soldats, doit composer avec les « Etats » de toutes les provinces. Longue et dévastatrice, la guerre se solde par un armistice conclu en 1609 et une trêve de 20 ans, car les turcs sont obligés de se retourner contre les Persans qui les menacent sur leurs arrières. Cette trêve sera périodiquement prolongée pendant plus de 60 ans. Elle a une importance capitale pour la suite de l’histoire allemande car elle permet à l’empereur de s’occuper de l’empire sans craindre une attaque turque, et aux protestants de ne plus se préoccuper de la défense commune de la chrétienté.

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Rodolphe et ensuite son frère Matthias, auront trop de difficultés dans leurs Etats héréditaires des Habsbourg pour s’occuper attentivement de ce qui se passe dans le reste du Reich. Rappelons que Ferdinand 1er, frère de Charles Quint et grand-père de Rodolphe, a à sa mort réparti ses possessions entre ses trois fils : Maximilien II, l’empereur, père de Rodolphe II, n’a que les deux duchés d’Autriche, la haute Autriche autour de Linz et la basse Autriche autour de Vienne avec ce qui reste de la Hongrie et les Etats de la couronne de St-Venceslas, Bohême, Moravie, Silésie. Il épouse Marie, fille de son oncle Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, sa cousine. Ferdinand, comte de Tirol, le deuxième fils hérite de l’Autriche dite « intérieure », Styrie, Carinthie, Carniole (la Slovénie actuelle), Gorice (Görz) et Trieste. 1ère épouse en 1557 Philippine Welser et 2ème épouse en 1582 Anne-Catherine de Gonzague, sa nièce : fille de sa sœur Eléonore et de Guillaume de Gonzague. Matthias, le troisième fils, hérite de l’Autriche dite « antérieure » : du Tyrol, des possessions habsbourgeoises en Souabe, le Birsgau, et l’Alsace. Il épouse en 1611 sa nièce Anne, fille de son frère Ferdinand et d’Anne-Catherine de Gonzague sa 2ème épouse..

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Maximilien II, hésitant, ne s’oppose pas réellement aux forces du protestantisme dans ses Etats et ses frères non plus. Rodolphe II arrive au trône en 1576. C’est un fervent catholique. Mais son autorité devient vite vacillante. Dans toutes les terres habsbourgeoises, les seigneurs, les villes et souvent aussi les paysans sont acquis à la Réforme. Dans les Etats, ils se réunissent dans les diètes contre le souverain catholique pour revendiquer la liberté religieuse et un droit de co-décision dans le gouvernement. Rodolphe II et son frère et successeur à partir de 1612, Matthias, n’ont ni la force de caractère, ni surtout les moyens de résister à ces revendications. La Contre-Réforme se met en place en Autriche intérieure, à la mort en 1590 de l’archiduc Charles duc de Styrie, avec son héritier Ferdinand II (de Styrie) qui est élevé par les Jésuites. Esprit limité mais d’une fermeté inébranlable en matière religieuse. Il est résolu à ramener ses peuples à la vraie foi. Aussitôt majeur et installé dans sa capitale de Graz où il n’y avait pas une seule famille catholique en dehors de la sienne. En quelques mois, il effectue un rétablissement spectaculaire : tous les protestants sont contraints à revenir au catholicisme où à émigrer. La résistance de la noblesse est balayée par la force. Ni Ferdinand ni ses frères n’ont de descendances mâles. La défaillance progressive de la santé mentale de Rodolphe II, prince fastueux, érudit et fantasque, inquiètent de plus en plus les autres archiducs. Vieux garçon, méfiant, hésitant, misogyne, cloîtré dans son énorme château de Prague, entourés de valets, d’alchimistes et d’astrologues qui jouiront de son soutien et de sa confiance. Il est fort aimé des petites gens. L’art de sa cour de Bohême occupe une place importante dans la transition renaissance / Baroque. Prague refleurit en tant que capitale politique et culturelle.

Mais la dynastie des Habsbourg lors de son long règne (1576 à 1612) a faillit se terminer en catastrophe. Les archiducs, ses frères, ses cousins, réagissent en l’obligeant à céder peu à
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peu ses Etats à l’aîné des cadets, l’archiduc Matthias, esprit modéré mais peu énergique. Matthias est empereur en 1612 après avoir dépossédé progressivement Rodolphe II de toutes ses possessions. Dores et déjà Matthias et ses frères désignent Ferdinand de Styrie, Ferdinand II, beaucoup plus jeune et dynamique, à la suite du pouvoir. Il sera élu roi des Romains quelques jours après la mort de Matthias en 1619. Ferdinand II triomphera facilement en Autriche, appuyé par les prélats et une partie de la noblesse restée catholique. Mais c’est en Bohême que se jouera le destin de la dynastie de l’Allemagne et de l’empire : Rodolphe II et Matthias ont dû concéder aux Etats de Bohême des prérogatives politiques très larges et la liberté des cultes. C’est à propos d’une question de culte protestant (des églises protestantes construites sur le domaine de l’archevêque de Prague et démolies sur ordre royal) que le conflit éclate. Les partis religieux glissent vers la confrontation violente et générale dans les Etats habsbourgeois : pouvoir des Stände, protestants, contre l’absolutisme princier, catholique. En Bohême, la question politique et la question religieuse se compliquent d’un conflit national ancien entre Tchèques et Allemands. Quand quelques excités membres des Etats de Bohême jettent par la fenêtre du palais de Hradcany deux des gouverneurs impériaux et leur secrétaire le 23 mai 1618, cela déclenche la guerre de Trente Ans qui en fait ne commencera qu’un an plus tard en août 1619 avec la déposition de Ferdinand comme roi de Bohême et l’élection du palatin Frédéric (« roi d’un seul hiver »). Dans cette guerre, l’Allemagne perdra la moitié de sa population lors d’affreux massacres.

La guerre de Trente Ans, la grande guerre en Allemagne ! La guerre de Trente Ans (1618 – 1648) fut à la fois religieuse et politique : les princes protestants combattent la maison d’Autriche qui voulait fonder à son profit l’unité de l’Allemagne. Elle se divise en quatre périodes principales : la période palatine 161-1623, la période danoise 1625-1629, la période suèdoise 1630-1635, et la période française 16351648. La Guerre de Trente Ans est la deuxième des grandes catastrophes de l’histoire allemande, après la grande peste du milieu du XIVème s. où la peste n’avait tué que des hommes. La Guerre de Trente Ans dévastera pour toute une génération les villes et les champs, et fera perdre jusqu’au souvenir des manières de vivre du temps de paix. Les opérations se déroulent en territoire allemand mais les troupes étrangères y jouent un rôle croissant. L’Allemagne devient le champ de bataille de l’Europe et les étrangers se comportent encore plus sauvagement que les Allemands : rapine, pillages, tortures (lire « Simplicissimus » de Christoffel von Grimmelshausen, une des plus importantes œuvres de la littérature allemande. Lire aussi Golo Mann, fils de Thomas Mann, qui a produit une énorme biographie de Wallenstein qui est une des œuvres majeures de l’historiographie contemporaine allemande).

Pour l’Allemagne, la Guerre de Trente Ans est une des cassures les plus profondes de son devenir. La révolte de la noblesse protestante de Bohême contre l’archiduc Ferdinand II, imposant l’Electeur du Palatinat Frédéric V, le chef de l’union protestante, apparaît comme une grave provocation. Le duc de Bavière, Maximilien 1er, chef de la Ligue catholique, lève une armée qui rencontre celle de Bohême près de Prague et ne fait qu’une bouchée des
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troupes de Frédéric qui doit définitivement s’exiler. Son beau-père le roi d’Angleterre Jacques 1er Stuart (1603 à1625) ne bouge pas, ni la plupart des princes allemands. Ferdinand bannit et exproprie les membres de l’aristocratie (sauf les catholiques). Une nouvelle noblesse choisie parmi les fidèles du nouvel empereur : roi, Allemands, Italiens, Flamands, Croates, se voient attribuer les biens confisqués. Les pasteurs et autres intellectuels des communautés protestantes suivis par une partie de leurs fidèles doivent s’enfuir. Avec l’appui de l’empereur, de la nouvelle noblesse et aussi de la minorité de l’aristocratie ancienne restée catholique, la Contre-Réforme menée par les Jésuites entreprend la recatholisation du peuple tchèque, entraînant du même coup pour deux siècles l’éclipse de la culture nationale profondément liée à l ‘épopée hussite et à la Réforme. La Bohême est désormais administrée depuis Vienne. Cependant, quelques princes protestants de moindre importance vont au secours de Frédéric. Avec eux, la guerre passe en Allemagne du Nord. La ligue catholique y remporte de nouvelles victoires, inquiètent les puissances protestantes (Pays-Bas, Angleterre, Danemark, Suède) d’autant plus que la guerre entre la Hollande et l’Espagne arrêtée depuis 1609 reprend en 1621. Or les Pays-Bas méridionaux, restés espagnols et redevenus catholiques appartiennent toujours à l’empire (le nord aussi juridiquement), et le roi d’Espagne est un cousin proche et allié de l’empereur. Ensemble, ils constituent la « Maison d’Autriche ». L’avancée des armées catholiques en Allemagne du Nord entraîne une européanisation de la guerre. Le premier intervenant est Christian IV du Danemark qui détient lui-même des territoires ecclésiastiques en Allemagne. Ferdinand II ne peut dépendre militairement de la Ligue dont les troupes ne peuvent être employées qu’en Allemagne alors qu’il doit faire face à des soulèvements en Hongrie et à un conflit avec le prince de Transylvanie. En outre, les chefs de la Ligue se font payer fort cher et ne tiennent nullement à un renforcement de l’autorité impériale. Ferdinand II décide donc de se doter d’une armée qui ne dépend que de lui. Un noble tchèque redevenu catholique, puissamment enrichi des dépouilles de la répression, Albrecht de Waldstein ou Wallenstein, offre de lever une armée de mercenaires. Wallenstein est un formidable meneur d’hommes, génial administrateur et stratège, aventurier, à la fois avide et généreux, à l’ambition illimitée avec une grande part de rêve et de superstition. La nouvelle armée apparaît à son tour en Allemagne du Nord et bat Christian IV du Danemark en 1626 ainsi que ses alliés allemands. Ferdinand II avec Wallenstein rétablit l’autorité impériale dans des régions qui lui échappaient depuis des siècles. Les princes catholiques commencent à redouter le pouvoir d’un empereur appuyé sur une puissante armée permanente dont la solde échappe aux votes du « Reichstag », et l’empereur dote richement Wallenstein et ses parents, songe visiblement à asseoir son nouveau pouvoir sur des acquisitions territoriales fortes, au détriment des dynasties locales bannies.

Cependant, soucieux d’assurer l’élection de son fils comme roi des Romains, Ferdinand II qui n’est pas un grand esprit ni un fort caractère, cède aux instances des princes catholiques et accepte de se séparer de Wallenstein et diminue du même coup la force de son armée. Profitant du trouble créé par le renvoi de Wallenstein, l’Electeur de Bavière, nouveau champion du protestantisme, entre en scène. Le roi de Suède Gustave II Adolphe, intervient à son tour en Allemagne après avoir réglé leur compte aux Russes et aux Polonais. La Suède n’a jamais joué un rôle important en
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occident : de 1630 à 1715, elle va être une des grandes puissances de l’Europe puis retombera dans la marginalité. Gustave Adolphe le Sauveur est un homme d’Etat autoritaire et clairvoyant, chef de guerre audacieux et avisé, qui exerce une forte attraction sur tous ceux qui l’approchent. C’est un politique ambitieux pour lui-même et son royaume. Petit-fils de Gustave Vasa, le fondateur de l’Etat suédois moderne, il hérite de son père et de ses oncles la volonté d’étendre le domaine de la couronne suédoise aux rives orientales et méridionales de la Baltique pour en faire un lac suédois. Vainqueur des Russes et des Polonais (rappel : le père de Gustave II Adolphe, Charles IX avait détrôné en Suède son neveu Sigismond à la fois par héritage paternel et maternel, roi de Suède et de Pologne). Gustave II Adolphe débarque sur la côte de Poméranie en 1630, profite du vide créé par le renvoi de Wallenstein et conclu des traités d’alliances avec un grand nombre de princes protestants. La petite armée suédoise frappe un coup décisif en novembre 1631 et bat Tilly, le général en chef de la ligue à Breitenfeld. Du coup, la puissance impériale s’écroule en Allemagne du Nord et les Suédois pénètrent dans le sud catholique, poussant jusqu’en Bavière. L’empereur rappelle Wallenstein qui aussitôt rassemble une nouvelle armée et repousse les Suédois vers le Nord. A la bataille de Lietzen en Saxe, en 1632, les deux armées s’affrontent et Gustave-Adolphe est tué. Malgré sa mort, le protestantisme relève la tête en Allemagne du Nord, en Franconie, en Souabe. A la mort de Gustave-Adolphe, c’est sa fille unique mineure Christine de Suède qui devient reine et continue le combat avec l’aide du chancelier Oxenstierna et d’excellents généraux. A Vienne, les conseillers de l’empereur prennent ombrage de la puissance de Wallenstein et soupçonne ses intentions de vouloir accéder à la dignité impériale après avoir rendu la paix à l’Allemagne. Sur les conseils des jésuites et de l’ambassadeur d’Espagne, Ferdinand II décide de se débarrasser de ce serviteur trop inquiétant : il fait des dons, promesses, nomination aux principaux lieutenants de Wallenstein afin de les détacher de lui puis l’empereur le fait tuer comme rebelle. Son armée, forgée par cet homme de guerre tchèque, continue et remporte en 1635 une victoire nette sur les Suédois, si bien que presque tous les princes protestants se résignent à conclure une paix de compromis avec l’empereur et acceptent de lui un renforcement très réel de pouvoirs militaires et politiques de l’empereur. La guerre dure déjà depuis 18 ans. Elle va encore durer 12 ans. En 1637, le nouvel empereur Ferdinand III, personnage sans grande envergure, succède à son père Ferdinand II. Jusqu’alors, la France (Louis XIII) n’avait participé à la guerre que par les subsides versés à la Suède et à plusieurs princes allemands. Curieuse d’ailleurs cette alliance du cardinal Richelieu, persécuteur des protestants français, avec une royauté protestante qui, elle, avait persécuté les catholiques de son pays !

Déclarant la guerre à l’Espagne, la France entre directement dans la mêlée, dans les PaysBas, sur le Rhin, en Allemagne du Sud. A nouveau les fureurs de la guerre avec ses meurtres, ses tortures, ses destructions en tout genre s’abattent sur toutes les régions allemandes. Plus que jamais les armées vivent sur le pays. Début 1648, les Suédois s’emparent d’une partie de Prague et les Français occupent la Bavière. Les victoires de ses adversaires amènent Ferdinand III à accepter les conditions qu’il avait toujours refusées. La grande guerre se termine en Bohême, à Prague même où elle avait commencée en 1618-1619. La France obtient les évêchés lorrains de Metz, Toul et Verdun, annexés en fait depuis un siècle, et l’Alsace. La France de Mazarin parvient jusqu’au Rhin. Elle restera en guerre avec
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l’Espagne pendant onze ans encore, et Louis XIV achèvera l’œuvre des deux cardinaux Richelieu et Mazarin par l’annexion de la Franche-Comté, des Flandres méridionales et de Strasbourg. En plus de cette grande guerre de Trente Ans, les guerres contemporaines sont marginales pour l’Allemagne mais sont inséparables de la guerre allemande : le conflit entre l’Espagne et les Pays-Bas, la France et l’Espagne, la Suède et la Pologne, la Suède et le Danemark, les engagements de l’empereur en Transylvanie et en haute Italie, et curieusement la longue paix entre l’empereur et les Turcs toujours aux prises avec leurs difficultés intérieures et persanes laissent passer l’occasion de reprendre l’offensive contre Vienne. Ils la prendront trop tard, en 1683… En Allemagne, un certain nombre de puissances moyennes obtiennent quelques accroissements territoriaux, les princes protestants de l’Allemagne de l’Est et du Nord se trouvent confirmés dans la possession des évêchés et abbayes déjà sécularisées. L’Eglise d’empire se trouve privée de la moitié de ses principautés par rapport à la situation d’avant la Réforme et est la grande perdante de la réorganisation territoriale du Reich. Les principautés ecclésiastiques, pour se défendre contre les empiètements de leurs voisins séculiers, comptaient sur la protection de l’autorité impériale. La disparition d’un grand nombre de Reichsstände ne peut qu’affaiblir encore cette autorité. Il en va de même des villes libres dont l’économie sort ruinée de la guerre et dont la puissance politique n’existe plus. Cet affaiblissement de l’empereur et de l’empire fait que l’empereur perd désormais le droit de mener la politique extérieure de l’empire. Il lui faut désormais l’accord du Reichstag. L’empereur et l’empire deviennent en quelque sorte deux entités différentes d’où l’expression en droit public « Kaiser und Reich » (l’empereur et l’empire). Ce qui signifie que l’empereur Ferdinand III peut désormais en tant que prince territorial faire la guerre au roi de France, aux Turcs, sans être suivi par l’empire. Bien plus, les Stände, les princes et les villes peuvent à présent conclure des alliances avec des souverains étrangers et même entrer dans des alliances avec des souverains étrangers contre l’empereur. L’empire éclate et l’empereur se trouve contraint de se replier sur ses terres héréditaires et ses possessions extérieures à l’empire (la Hongrie et ses dépendances). Dans les traités de Westphalie (Münster et Osnabrück de 1640) s’inscrit la création de l’Etat autrichien et aussi la possibilité pour d’autres princes allemands de mener leur état à la grandeur et à la dignité de puissance européenne. L’éclatement de l’empire est symbolisé par l’article interdisant au Reichstag de prendre des décisions à la majorité, en matière religieuse : dans ce domaine catholiques et protestants siègent

désormais séparément. Le pluralisme religieux est désormais admis. L’ensemble des dispositions des traités de Westphalie, même celles concernant la structure intérieure de l’empire, sont placées sous la garantie de la France et de la Suède, puissances auxquelles tout « Reichstand » pourra faire appel s’il se croit victime d’une violation des textes de Münster et d’Osnabrück. Les Allemands en s’entredéchirant ont permis aux autres grands Etats européens de les neutraliser en tant que puissance centrale du continent. La crise des relations franco-allemandes
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L’intervention de la France dans la Guerre de Trente Ans marque le début d’une ère nouvelle dans les relations franco-allemandes, l’ère de l’affrontement, et du côté allemand, du ressentiment national. La politique allemande de Richelieu et de Louis XIV fera surgir en Allemagne un sentiment national blessé qui se développera lentement mais continuellement jusqu’à la crise violente de la révolution et de l’empire. Ce sentiment sera longtemps tenu en balance et recouvert par la formidable attraction du « modèle français » : Versailles, Racine, la mode capillaire, vestimentaire et artistique, une langue claire, ferme, fixée par raison d’Etat, domineront longtemps les cours allemandes et les Lettres allemandes. La bourgeoisie éclairée des villes, une partie de la noblesse, s’élèvent contre une domination étrangère qui est en même temps une suite d’arrachements : sous Louis XIV, de grands lambeaux d’Alsace lors de la paix de Westphalie, de nombreuses villes et places dans les Flandres et au Hainaut, la Franche-comté tout entière avec Besançon, ville libre d’empire, puis Strasbourg prise par ruse et contrainte en pleine paix ; les empiètements au détriment du Reich ne se comptent plus et font apparaître la puissance française comme une machine de proie dont l’Allemagne est la principale victime. Le souvenir de ces arrachements et de ces ravages s’est maintenu tout au long du XVIIIème siècle sous le vernis doré de l’influence française. Par la suite, aux conquêtes de Louis XIV s’est ajoutée la Lorraine « héritée » de Stanislas Leszczynski en 1768. Le traité de Ryswick en 1697 laisse Strasbourg à la France. Les Allemands l’ont appelé le traité de « Reiss-weg » (=arrachement) et celui de Nimègue en 1678 donnant à la France la Franche-Comté et le Sud de la Flandre a été appelé le traité de « Nimm-weg » (=enlèvement) etc… ce qui laisse deviner le fond des sentiments allemands. De Richelieu dans la Guerre de Trente Ans jusqu’à la fin des guerres napoléoniennes, l’Allemagne devient le champ de bataille de la grandeur française qui ensanglantent et dévastent l’Allemagne. C’est une histoire que les Français ont l’habitude de voir de leur côté, alors qu’elle fonde en Allemagne les ressentiments qui légitiment les invasions du 19 ème et 20ème siècles quand la balance de la démographie, de l’économie, des capacités militaires se renversera en faveur de l’Allemagne. La France elle aussi ne compte que les invasions qu’elle a subies, jamais celles qu’elle a fait subir. La France devient l’ennemi héréditaire de l’Allemagne. La France tient la première place dans les préoccupations, les admirations, les craintes et les fureurs des Allemands, mais l’Allemagne ne suscite chez les Français qu’une attention distante et intermittente. C’est que la France est une et unique alors que l’Allemagne demeure divisée et multiple. La France ne manquera jamais d’alliés en Allemagne où l’empereur n’est plus principalement le chef de la nation, mais un dynaste qui porte ombrage aux autres. La domination culturelle française est à la fois universelle et superficielle. Tout le « beau monde » parle français mais rarement très bien. L’Allemagne se couvre de châteaux imitant Versailles mais qui ont l’air plus allemands à cause de la modicité des moyens, mais aussi à cause de leurs goûts, des matériaux employés. Car enfin, le duc de Würtemberg, l’électeur de Hannovre bien qu’il soit roi d’Angleterre, ou l’Electeur de Saxe, roi de Pologne, ne sont quand même pas le roi de France ! Les lendemains de la Grande Guerre et l’Age Baroque Les négociateurs ont mis tant d’années à faire la paix que l’Allemagne exsangue a peine à y croire. La tristesse et l’épuisement excluent toute jubilation. La moyenne des pertes humaines est de 50%. Dans l’ensemble, les villes s’en sortent mieux qu’en campagne grâce
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aux fortifications et aux murailles qui protègent les habitants. Face aux pillages sauvages, les paysans prennent la fuite dans des forêts impénétrables ou dans les villes voisines. Beaucoup de terres sont abandonnées, les villages détruits et déserts. La transmission des savoir-faire est interrompue par la disparition prématurée de 2 ou 3 générations de pères. Il faudra près d’un siècle pour réparer les dommages. Et ce siècle qui lui doit le triomphe orgueilleux de la grandeur française et la montée de plus en plus rapide de la richesse anglaise est nécessairement celui d’une grande faiblesse allemande. Un peu partout les princes s’emploient à la reconstitution. Les villes libres principales perdantes doivent renoncer à leur indépendance et intégrer un territoire « princier ». Dans beaucoup de territoires, les princes réduisent complètement les droits des Etats à gouverner. Partout la détresse, la pauvreté, les exigences de la reconstruction favorise les tendances à l’absolutisme, à l’exemple des pays étrangers. Absolutisme et « mercantilisme » princiers voient le développement de leur économie, à l’exemple de Colbert. La puissance princière organise aussi le repeuplement des campagnes en accordant aides et avantages mais parfois aussi par la pression et la force. Ceci traduit le mal de vivre d’une partie importante des ruraux qui cherchent à échapper à la misère et aux pressions envahissantes d’un pouvoir de plus en plus absolu. En 1654, Ferdinand III meurt et c’est son fils cadet l’archiduc Léopold qui lui succède. Léopold 1er, un des plus longs règnes de l’histoire allemande (1656-1705) est intelligent, bienveillant, excellent musicien, compositeur de talent. Il est hésitant, indécis et brille davantage par son obstination et sa confiance dans le destin de sa maison que par des questions d’homme d’Etat et de chef de guerre. Les relations entre l’empereur et les princes sont affectées par l’accession d’un certain nombre de ces princes à un statut de souveraineté extérieure à l’empire qui fait d’eux les égaux de l’empereur, selon le droit public des Etats. Depuis les traités de Westphalie, le roi de Suède siège au Reichstag en tant que duc de Brême et de Poméranie, le roi du Danemark en tant que duc de Holstein. En 1697, l’Electeur de Saxe Frédéric-Auguste dit Le Fort, se fait élire roi de Pologne. Par ailleurs, l’Electeur de Hanovre se fait l’héritier de la couronne d’Angleterre en 1701. Frédéric III (1688-1713) Electeur de Brandebourg se proclame roi en Prusse à Königsberg en 1701. C’est la lente dislocation de l’empire qui se poursuivra au 18ème siècle…

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Le XVII ème siècle : De l’Espagne à l’Autriche Les Habsbourg possédaient Milan, Naples, la Sicile et la Sardaigne. Gêne et Florence sont dans leur orbites. Sous domination espagnole, politiquement étouffante, économiquement destructive, tournée vers une religion bigote et réductrice, on observe l’absence d’une bourgeoisie italienne qui aurait pu conduire l’Italie vers une forme d’Etat moderne, comparable à la France ou la Prusse. Les aristocraties italiennes privées s’amollissent et restent crispées sur leurs privilèges du passé. Le XVIIème italien se tourne vers un idéal de conservation, de maintien de l’ordre établi, de paix, idéal renforcé par le regain de ferveur religieux. Le poids des contraintes extérieures, des guerres et dominations étrangères est énorme. L’Italie du XVIIème siècle est morcelée, recouvrant des statuts politiques fort différents et souvent contradictoires. Elle est divisée en un grand nombre d’unités politiques dont certaines regroupées entre les mains de Philippe III d’Espagne. Elle a deux monarchies universelles : l’empire et la papauté, et un Etat l’Espagne qui contrôle directement une partie de la péninsule. Tout ce monde ne s’organise pas harmonieusement, loin de là. Certains se recoupent, empiètent sur les autres, coexistent difficilement. Par exemple, le grand duc de Toscane est un prince à la fois totalement indépendant et qui doit rendre des comptes à l’empereur, au pape ou encore au roi d’Espagne ! Les papes gouvernent des territoires importants qu’ils continuent d’élargir. Sa principale mission est de défendre, protéger la foi, mission renforcée avec la Contre-Réforme. Il faut empêcher toute juridiction laïque d’empiéter sur les privilèges de l’Etat ecclésiastique. Pour ce faire, le pape doit légitimer son droit d’ingérence dans les affaires des autres Etats : ce qui soulève sans cesse de violentes controverses. Toutefois, la puissance juridique n’est rien sans le nerf de la guerre et de l’influence : l’argent, qui a toujours fait la puissance pontificale. Rome est une plaque tournante financière. Mais à partir de 1640, il y a dégradation de la situation dans l’Etat pontifical : Elle s’affaiblit face à un royaume de France de plus en plus agressif, La prépondérance espagnole est l’élément le plus frappant de la vie politique italienne. Etant donné les importantes possessions des Habsbourg, Madrid est partie prenante dans l’ensemble des affaires italiennes. Mais la puissance espagnole s’affaiblie par la révolte des Pays-Bas, la mort de Philippe II. Menacée par la France, elle semble décliner. La Guerre de Trente Ans soumet à rude épreuve ses capacités de réaction et ses ressources. L’Espagne met une pression financière et militaire énorme sur ses possessions italiennes qui, à la suite de troubles en 1617, verra l’expulsion de l’Espagne hors d’Italie !

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Le reste de la péninsule est divisé entre des Etats de tailles très variables. Les statuts politiques varient également considérablement = monarchie féodale en Piémont, héritage de régimes républicains tels le grand duché de Toscane ou le duché de Mantoue.

Dans tous les affrontements du XVIIème, les mêmes sites géographiques reviennent au cœur des problèmes : les débouchés alpins, les places fortes de la plaine du Pô. Jusqu’en 1630, la prépondérance espagnole s’est maintenue. En revanche, à partir de cette date, les ambitions françaises se manifestent à nouveau avec plus de pugnacité. Mais c’est là le dernier acte de la présence française en Italie jusqu’aux guerres napoléoniennes. Les troupes de Louis XIII envahissent le Piémont et à la paix de Cherasco (1630) la France s’installe à Pignerol, au pied du col du Mont Genève. Le duc de Savoie joue un jeu habile entre les protagonistes. Puis pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, Amédée II de Savoie s’oppose à Louis XIV : les troupes françaises occupent Nice et la Savoie. La France doit évacuer Pignerol. Durant la guerre de succession d’Espagne, les armées françaises sont écrasées devant Turin en 1706 par les Impériaux du prince Eugène qui occupent le Milanais. C’en est donc fini de la puissance française en Italie. L’Espagne suit de peu. Le duel francoespagnol dans la péninsule tourne finalement à l’avantage d’un troisième intervenant, l’Autriche. En 1647, une révolte napolitaine contre les Espagnols, les spéculateurs, le paiement de lourds impôts – sorte de fronde - met en jeu quatre forces : la monarchie, l’aristocratie, le peuple et les « robins » ou ministériales, Ce sont des magistrats. Les ministériales sont les grands vainqueurs du conflit. Ils ont entamé une ascension remarquable depuis le 16ème siècle aux dépens des nobles, leur ravissant des postes politiques importants. L’influence des robins puis des officiers devient prépondérante dans la vie politique napolitaine. La noblesse est la première à bénéficier de la crise des finances. Elle profite de la difficulté de la monarchie à restaurer son importance politique. La révolution de 1647 « constitutionnelle », analogue à la Fronde, dont les instigateurs sont les robins. La révolte se solde par la victoire des robins qui, alliés à la monarchie, s’entendent contre la noblesse et les couches plus modestes de la population. C’est donc la survie de l’Etat moderne que la magistrature assure avec cette victoire. Les hommes dans l’Italie du XVIIème siècle L’Italie du nord est la première région industrielle d’Europe au début du XVIIème. Puis, une importante série de faillites bancaires entre 1590 – 1610 inquiète. La prospérité de l’Italie repose sur ses exportations massives de produits manufacturés et exportations « invisibles » importantes sous formes de services bancaires et armatoriaux. Or cette conjoncture se retourne durablement au début du XVIIème. En effet, l’Italie voit ses exportations s’effondrer et son réseau commercial se démanteler. De même, l’Italie du sud est touchée. Ses soies siciliennes ou napolitaines disparaissent presque totalement. C’est le textile anglais qui sort vainqueur de cet affrontement économique. L’Italie est trop chère : les salaires trop élevés, les corporations défendent les intérêts de leurs membres, une organisation du travail trop rigide, un manque d’innovation, tout ceci étouffe cette prospérité italienne par ailleurs confrontée à une terrible concurrence. Seules les industries de luxe résistent à la crise !!

A cela s’ajoutent deux terribles épidémies de peste 1630 et 41656. Milan voit disparaître la moitié de sa population, Crémone 63% et Mantoue 77% !
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L’Italie perd au cours du XVIIème siècle l’avance qu’elle avait conservée jusque-là. Virtuosité Baroque C’est le Concile de Trente de 1653 qui précise le rôle qu’il assigne à l’art dans la communauté catholique réformée. L’image est magnifique dans une fonction pédagogique : il importe que les textes sacrés représentés soient conformes aux textes et au dogme. Les religieux ont donc là une fonction de contrôle. C’est dans Rome, la capitale restaurée, où 54 églises sont construites où reconstruites au 16ème siècle, où la basilique Saint-Pierre voit sa coupole enfin terminée en 1593, où trois aqueducs antiques sont restaurés entre 1572 et 1612, 35 fontaines publiques mises en service dans les trois dernières décennies du 16 ème siècle, que prend naissance l’art baroque (Baroco). Le mouvement baroque s’est étendu de 1600 à 1750 avec son apogée vers 1650-1675. C’est dans la période qui va de Sixte Quint à Paul V (1605-1621) que l’on voit le mieux l’application de plus en plus virtuose des principes édictés par Trente. Les papes et les nouveaux ordres qui se développent ont besoin de nouvelles églises, de chapelles, de représentation. Face au protestantisme, il faut réaffirmer les dogmes de l’Eglise catholique et insister sur l’exemplarité et l’héroïsme d’épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament ou de la vie des saints. De nouveaux saints doivent être honorés : saint Ignace, sainte Thérèse, saint Charles Borromée ou saint François-Xavier. Leurs vies, miracles et dévotions font l’objet de nouveaux récits. On crée toute une symbolique. Il faut convaincre en parlant à l’imagination, à la sensibilité, permettre l’élévation de l’âme par une sorte de contagion de la beauté par l’exemple. La papauté veut séduire et combattre également. Elle contribue à faire de Rome la capitale de la catholicité. Mais il se développe une contestation d’ordre scientifique et théologique qui touche l’art et la philosophie. Au début du XVIIème siècle, un bouillonnement intellectuel marque cette période. On assiste à un double mouvement : de réflexion et d’invention, mais aussi de contestation suivi de condamnations prononcées par l’Eglise (Galilée, Giordano Bruno, sont les plus célèbres) qui touche aussi Caravage ou le Tasse. Michelangelo Merisi dit le Caravage (1573-1610) est emprisonné puis chassé de Rome pour avoir diffamé un critique d’art célèbre. Il meurt en 1610 après un long exil dans le sud. Il était partisan d’une peinture réaliste, refusant les allégories, les lectures savantes et le travail formel du maniérisme. Il peignait « brutalement ». Giordano Bruno (1548-1600) quitte les dominicains de Naples en 1576 et est recueilli par Giovanni Mocenigo, noble vénitien chez qui il rencontre Galilée. A la suite d’un différent avec Mocenigo, le dernier le dénonce au Saint-Office comme hérétique et après sept ans de procès, il est brûlé en 1600. Bruno, philosophe, est profondément sceptique quant à l’utilisation des religions, sauf pour éventuellement « contrôler les émotions du peuple ».

Galilée (1564-1642) étudie et fait des recherches à l’université de Pise, invité par le grandduc de Toscane. C’est alors qu’il étudie les tenants et aboutissants de l’astrologie traditionnelle qui met en doute son orthodoxie. Ses découvertes astronomiques l’amène à confirmer la théorie posthume de Copernic contredisant les enseignements tirés du système
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de Ptolémée. C’était demander à des hommes de bouleverser l’ensemble des croyances sur lesquelles étaient fondées le sens commun de la théologie. C’était beaucoup pour une époque qui valorise d’abord la préservation, la tradition, la réaction spirituelle et religieuse. Galilée est torturé, doit abjurer sa doctrine et est condamné à la prison à vie. Il meurt en 1642.

Le XVIIème siècle reste le siècle du baroque, mais du second baroque, plus fantaisiste, plus « bizarre », plus décoratif que le baroque des premières années de la Contre-Réforme, plus austère et plus solennel. Ce second baroque est plus exubérant, plus joyeux. L’âge d’or du baroque est dominé par les géants comme, Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin, Pierre de Cortone et Borromini dans l’architecture. Le baroque joue sur les mouvements, le décor, l’ensemble urbanistique.

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Dynastie des Habsbourg d’Espagne 1598 – 1621 Philippe III, fils de Philippe II. 1578 – 1621 roi d’Espagne et de Portugal. Ep.1599 : Marguerite d’Autriche 1584-1611, sœur de Ferdinand II empereur d’Allemange, sa cousine. 1621 – 1665 Philippe IV, fils, roi d’Espagne et de Portugal, et frère d’Anne d’Autriche qui épouse en 1615 Louis XIII. 1ère ép.1615 : Elisabeth de France 1602-1644, sœur de Louis XIII 2èmeép.1649 :Marie-Anne de Habsbourg 1635-1696, fille de l’empereur allemand Ferdinand III, sa cousine. 1665 – 1700 Charles II, roi d’Espagne, fils. Régence de Marie-Anne d’Autriche avec le comte d’Olivares, don Juan d’Autriche en 1678-79. 1ère ép. Marie-Louise d’Orléans 1662-1689, fille de Philippe d’Orléans frère de Louis XIV, avec sa 1ère épouse Henriette-Anne dr’Angleterre, et demi-sœur de Philippe II d’Orléans 1674-1723 « le Régent » dont la mère est la 2ème épouse Elisabeth-Charlotte de Bavière dite « la Palatine ». 2ème ép. Marie-Anne de Neubourg 1667-1740, fille de l’Electeur palatin de Neubourg Philippe-Guillaume. Sans héritier.
EXTINCTION DE LA BRANCHE DES HABSBOURG D’ESPAGNE !

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Au XVIIème siècle, c’est l’amorce d’un déclin : 1. les revers de la monarchie espagnole 2. la diversité des Espagnes Les revers de la monarchie espagnole Puissance de premier plan au XVIème siècle, l’Espagne va s’effacer au cours du XVIIème siècle, victime du transfert de puissance de la Méditerranée vers l’Atlantique, où les notions de rationalisme, de progrès, de science et de technique, de sécularisation se feront loin d’elle. Le Siècle d’Or de l’Espagne ne s’achève qu’au milieu du XVIIème siècle. Les trois rois du XVIIème siècle ne sont pas dignes de leurs ancêtres. Ils sont les victimes de la fréquence des mariages consanguins au sein de la famille des Habsbourg. L’effacement politique des souverains va jusqu’à la vacance sous Charles II et signifie l’abandon de l’absolutisme royal.

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Le pouvoir revient à un favori, le « valido », qui ne doit sa fortune qu’à la confiance du roi et au réseau d’hommes qu’il s’est constitué et sur lequel il s’appuie. Il a placé ses hommes dans tout l’appareil d’Etat et au sein de l’administration régionale et urbaine qu’il remercie par ses largesses. Les favoris ne sont que des courtisans sans aucune expérience politique et n’ont d’autre souci que de préserver leur pouvoir miné par les rivalités et ne brillent que par leur désintéressement. Ils se servent mieux eux-mêmes qu’ils ne servent l’Espagne. D’autre part, en 1643 les Français s’emparent du Roussillon et remportent la victoire de Rocroi, coup terrible au prestige militaire espagnol. Durant les années 1621 et 1643, la péninsule explose de l’intérieur. Le comte d’Olivares favori de Philippe IV, bientôt duc de Sanlucar, souhaite unifier l’Espagne par l’adhésion et la participation de tous les royaumes et de tous les sujets à la politique commune, condition nécessaire à la constitution d’un Etat moderne centralisé. Chaque royaume devait fournir, proportionnellement à sa population et ses ressources, sa contribution à l’armée commune. Mais la monarchie n’est pas en position d’imposer autoritairement pareille mutation. Valence et Aragon réticents cèdent. La Catalogne refuse de participer à autre chose qu’à sa propre défense. Olivares profite de la montée des périls extérieurs en 1639 pour pratiquer une politique de fermeté. Ces mesures déclenchent début 1640 une insurrection qui fait tache d’huile. Barcelone est atteinte, et le vice-roi le comte de Santa Colonna est lynché ! La même année 1640, le Portugal exaspéré par la politique centralisatrice d’Olivares, fait sécession en proclamant roi le duc Jean de Bragance, Jean IV de Portugal. Olivares est démis de ses fonctions et remplacé par son neveu Luis de Haro. Mais les négociations de Westphalie, la défaite des Dunes, la paix des Pyrénées où l’Espagne perd l’Artois, le Roussillon, une série de places fortes entre Flandres et Luxembourg, conduisent à la fin de l’hégémonie européenne, voire mondiale de l’Espagne. Elle passe le relais à la France. Le Portugal devient indépendant en 1668. En 1648, l’Espagne perd les Provinces-Unies. Lors de la régence de Marie-Anne d’Autriche à la mort de Philippe IV, les aristocrates font appel à don Juan d’Autriche (1629-1679), fils naturel de Philippe IV et d’une actrice célèbre, la Calderona : le pouvoir du favori est dorénavant fondé sur l’appui de l’aristocratie bien plus que sur la confiance du roi et l’aristocratie s’unit pour faire valoir ses vues. Don Juan d’Autriche règne deux ans, meurt en 1679 sans avoir pu malheureusement donner la mesure de ses talents en raison d’un contexte désastreux (difficultés extérieures, grande épidémie de peste qui va durer jusqu’en 1684). C’est son fils Charles II (1665-1700) qui lui succède. Il luttera durant son règne contre la France à ses frontières septentrionales et orientales. Charles II, stérile, met en lice la France et l’Autriche pour la succession d’Espagne. C’est Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, qui l’emporte. Le 1er novembre 1700, Charles II meurt et la dynastie des Habsbourg d’Espagne s’éteint avec lui. En février, le duc d’Anjou, Philippe V entre à Madrid. Ses droits à la couronne de France sont maintenus. Dans le même temps, les troupes françaises occupent les Pays-Bas espagnols et les marchands français bénéficient dorénavant de privilèges importants dans les colonies espagnoles, notamment en septembre 1701, du monopole de la traite d’esclaves, l’Asiento, aux dépends des Hollandais et des Anglais.

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En fait, la guerre de succession d’Espagne dure neuf ans. Les Français commandent les armées espagnoles et subissent des revers : Gibraltar tombe en 1704. La Catalogne s’ouvre en 1705 à l’archiduc Charles qui se fait proclamer à Barcelone, désormais sa capitale, roi d’Espagne Charles III. Le déclin démographique (guerres, pestes..) source de diminution des recettes fiscales et de restriction du marché intérieur, le transfert de puissance politique et économique de la Méditerranée vers l’Atlantique conduit à une ruine économique. Ruine financière d’abord, les dépenses militaires sont un gouffre que ne parviennent pas à combler ni les envois de métaux précieux américains, ni les impôts nouveaux créés sous Philippe IV. Enfin, l’art espagnol au XVIIème siècle témoigne d’un épuisement de la création : l’Espagne n’a pas plus de créateurs que d’aventuriers ou de saints. A part les peintres comme Diego Vélasquez (1599-1664), Bartholomé Estéban Murillo (1617-1682) ou Francisco de Zurbaran (1598-1664), il n’y a rien. Les sculpteurs célèbres sont Juan martinez Montanes et son disciple Jean de Mesa. En littérature citons : Lope de Vega, Guillen de Castro (1579-1644), Tirso de Molina (1571-1658) et Calderon de la Barca (1600-1681).

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1587 – 1632 Sigismond III Vasa, dynastie suédoise. Fils de Catherine Jagellone de Jean III de Suède. 1ère ép. en 1592 Anna de Habsbourg. 2ème ép. en 1605 Constance de Habsbourg, sœur d’Anna. 1632 – 1648 Wladyslas IV Vasa, fils. 1ère ép. 1637 Cécile-Renée, fille de l’empereur Ferdinand II, morte en 1641. 2ème ép.1645 Louise-Marie de Gonzague-Nevers, duchesse de Nevers et princesse de Mantoue, à Fontainebleau. 1648 – 1668 Jan II Kazimierz Vasa, frère. Dernier des Vasa de Pologne. Ep.1649 Louise-Marie de Gonzague-Nevers, veuve de son frère. 1669 – 1673 Michael Korybut Wisniowiecki, noble polonais. Ep. Elenora Maria Jozefa 1674 – 1697 Jan III Sobieski, noble ukrainien. Ep.1671 Marie-Casimire de la Grange d’Arquien. 1697 – 1704 Auguste II Mocny (Frédéric-Auguste de Saxe) dit Le Fort. Début de la dynastie saxonne, appuyée par Pierre le Grand et l’Autriche. Ep. 1719 Marie-Josephe de Habsbourg. (1699-1757).

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1598-1632 Zygmunt III ou Sigismond III : sa politique outre les luttes contre la noblesse qui envisage de le déposer, contre protestants et orthodoxes, se ramène à conquérir la Moscovie (=la Russie) et chasser les Turcs d’Europe. Au XVIIème siècle l’enrichissement est conditionné comme au XVIème siècle par le développement de l’agriculture avec Gdansk comme symbole éclatant d’abondance qui draine toute la production céréalière de la république, dont les exportations relayées par la Hollande constituent un réseau de grands greniers à grains. La population juive en augmentation permanente depuis le XVème siècle profite des privilèges royaux, ne se mêle pas aux chrétiens mais vivent en paix avec eux. Son accroissement semble dû à une natalité plus forte que chez les chrétiens. La mentalité des nobles méprisant commerce et artisanat laisse ces activités aux juifs qui, sans s’intégrer socialement, s’intègrent économiquement. De nombreuses bourgades se dotent de superbes synagogues. La Pologne est le plus vaste ensemble pluriethnique et plurireligieux d’Europe avec ses Lituaniens, Ruthènes, Allemands, Tatars, Arméniens (nombreux à Lwow) et quelques Hollandais. Le catholicisme redevient, malgré la tolérance aux autres, le plus attractif par sa hiérarchie structurée, son rayonnement mondial, sa richesse. Les jésuites ramènent la plupart des calvinistes et luthériens dans leurs églises pleines de fastes baroques.

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La polonisation des élites de l’Ukraine et de la Biélorussie progresse vite, surtout dans les zones proches de la Pologne. Les derniers temples protestants sont démolis à Poznan en 1616 et à Lublin en 1627. Quelques foyers calvinistes persistent encore en Lituanie protégés par le Radziwill. 1632 à 1648 Wladyslaw IV succède à son père. Il est moins attaché à la république qu’à ses racines suédoises. Il épouse Cécile-Renée, fille de Ferdinand II en 1637. La reine meurt en 1641 et il épouse en 1644 Louise-Marie de Gonzague-Nevers (« Maria Ludwika »), duchesse de Nevers et princesse de Mantoue. Wladyslaw IV meurt en 1648. Son fils unique étant mort peu de temps avant lui, il laisse la république sans héritier. Son frère Jan Kazimierz lui succède. 1648 à 1668 Jan II Kazimierz, son frère, dernier des Vasa de Pologne, lui succède. Il épouse la veuve de son frère en 1649. Il combat les Tatars et les Ukrainiens en 1651 d’où il sort victorieux à Beresteczko Il est prisonnier des Français à Marseille et emprisonné à Sisteron. Il abdique en 1668 à la mort de son épouse et s’enfuit en France où il devient abbé de l’église de St Germain des Prés où son cœur repose depuis sa mort en 1672 (son tombeau est orné d’une représentation de son unique victoire à Beresteczko). Dés 1654, Moscou par le tsar Alexis (père de Pierre Le Grand avec sa 2 ème épouse) signe le traité de Pereïaslav, le premier d’une série d’abandons de l’Ukraine à la puissance russe. Le tsar assimile la Ruthénie et la Russie dans la formule « de toutes les Russies » ou de Grande Russie. Ce sera ensuite le tour de la Lituanie en 1654. En 1655, la Suède envahit la Pologne. La Grande Pologne est cédée sans combattre en juillet 1655 ainsi que la Lituanie en août. Frédéric-Guillaume de Prusse se soumet aussi aux Suédois qui se trouvent rapidement maîtres de tout le littoral de la Baltique. Ils se dirigent vers le sud : Varsovie et Cracovie sont prises sans résistance, et Jan II Kazimierz s’enfuit en Silésie et on parle de son abdication. Le reflux suédois commence avec la levée de siège de Czestochowa, le lendemain de Noël 1655. Le Danemark et les Pays-Bas inquiets de la mainmise de Charles X (Charles-Gustave) sur la Prusse entrent en guerre aux côtés de la Pologne. Jan II Kazimierz réapparaît à Lwow. La reconquête très pénible des territoires occupés par les Suédois et les Prussiens se complique par un troisième intervenant ennemi, George II Rakoczy de Transylvanie début 1657. Il vient de signer avec Charles-Gustave, l’Electeur de Brandebourg et les Radziwill un acte de partage de la Pologne (lire Jan Chryzostom Pasek, ses célèbres « Mémoires », l’un des rares chef-d’œuvres polonais de cette époque troublée nommée « le déluge »). A la mort de Louise-Marie, accablé par tant de revers, le dernier Vasa abdique en septembre 1668 pour se retirer, sous la protection de Louis XIV, en France à Nevers où il mourra en 1672. Son cœur repose à Paris, en l’Eglise de St Germain des Prés dont il devint abbé. Son tombeau s’orne d’une représentation de son unique victoire contre les Ukrainiens en 1651 à Beresteczko. 1669 à 1673 Michal Korybut Wisniowiecki, son successeur immédiat ne règnera que quatre ans. Il était le premier souverain d’origine polonaise depuis les Piast, mais n’a été élu que grâce aux mérites militaires de son père Jeremi contre les cosaques.

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Très faible, et malgré la victoire de l’hetman Jan Sobieski remportée contre les Turcs à Podhajce, il ne peut empêcher les Turcs de s’emparer de la partie de l’Ukraine qui restait à la Pologne : Kamieniec tombe en 1672 et la Podolie est envahie. L’hetman Jan Sobieski bat de nouveau lesTurcs à Chocim en 1673. Auréolé de ce succès, il est élu roi en 1674 par la « szlachta » puis couronné en 1676. 1674-1696 Jan III Sobieski. Noble ukrainien, hetman (=chef des armées polonaises). Son père, Jakub Sobieski est vovoïde de Krakovie. Il épouse une française Marie-Casimire de la Grange d’Arquien « Marysienka » (1640-1716), demoiselle d’honneur de la reine MarieLouise de Gonzague et veuve de Jean Sobiepan Zamoyski vovoïde de Kiev (= gouverneur de l’Ukraine). C’est un des plus grands rois de Pologne. Leurs tractations royales à des fins de pouvoir personnel inquiètent les magnats. Il laisse à sa mort une république complètement affaiblie ou l’ingérence étrangère permanente va devenir la règle pendant tout le XVIIIème siècle. A sa mort, son épouse Maria Casimira (« Marysienka ») est chassée de Pologne. Elle s’installe à Rome en 1699, dans le palais du peintre Zuccari. Là, dans son théatre privé, sera jouré « Narciso - Amor d’un ombra e gelosia d’un aura » créé en 1714, un drame musical relatant leur histoire d’amour ! En juin 1714, en proie à des difficultés financières et désireuse de terminer sa vie en France, elle quitte Rome et s’installe à Blois où elle s’éteindra en janvier 1716. Sa dépouille est ramenée en Pologne pour être enterrée près du roi au château de Wawel à Cracovie. Ils ont eu 5 enfants.

1697 – 1734 August II MOCNY (Frédéric-auguste de Saxe) dit « Le Fort ». Fils de John George III et de la princesse Anne Sophie du Danemark. Est élu Electeur de Saxe en 1694 sous le nom de « Frederik Auguste 1er ». Il se convertit au catholicisme et est élu roi de Pologne avec l’appui de Pierre le Grand et de l’Autriche, et avec l’aide financière du banquier juif Berend Lehmann. Il épouse Marie-Joseph de Habsbourg (1699-1757) et ont 4 enfants. Il arrive avec son armée à Cracovie et se proclame roi de Pologne le 15 septembre 1697. Saxon, de la dynastie des Wettyn, il introduit de nombreux fonctionnaires saxons qu’il anoblit en Pologne. Charles XII, roi de Suède, après avoir battu les Russes et les Danois, pénètre en Livonie en 1701 et à Varsovie et Cracovie en 1702. Il exige la déposition de Auguste II qui est ratifiée par la confédération nobiliaire générale de Varsovie en 1704, puis y fait élire à sa place le voïvode de Poznan, Stanislas Leszczynski. Mais c’est le XVIIIème siècle… Bilan social et artistique du XVIIème Le territoire est ruiné par les guerres. L’économie est considérablement affaiblie. La chute européenne des prix de céréales amène un développement de la distillation sur place des réserves invendues qui s’accompagne de la mise en place d’un réseau de débits de boisson ou auberges dirigées par des juifs. Le paysan est tenu d’y acheter une quantité d’alcool obligatoire. Petit à petit c’est l’anarchie, également dans le domaine judiciaire avec son lot de corruption et de falsifications. Puis une suite de procès se déclenche contre des juifs. L’antisémitisme est croissant. Parallèlement, l’Est de la Pologne voit le culte hébraïque en plein essor…

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- 1598 – 1605 : Boris GODOUNOV , fils de Dimitri Godounov, grand chambellan de Ivan IV, élu Tsar. Ep. Maria Malouta-Skouratov. « Le temps des Troubles » : 1606 – 1613 * * * * 1606 : Fedor II Ivanovitch, fils de Fedor I. Règne 8 semaines. Est assassiné par Dimitri Godounov. 1606 : Dimitri 1er : demi-frère . Règne 9 jours. Est assassiné. Ep Marina Mnichek, polonaise. Vassili Chouiski, demi-frère. Déposé. Ladislas, fils de Sigismond III, roi de Pologne et de Lituanie qui occupait alors la Russie.

- 1613-1645 : MICHEL 1er FIODOROVITCH ROMANOV, fils de Philarète Romanov et cousin de Fedor II. Descendant de la première épouse d’Ivan le Terrible, Anastasia Romanova. Ep1 : en 1624, Maria Dolgorouki Ep2 : en 1626, Eudoxie Strachenieva (1608-1645) - 1645-1676 : ALEXIS 1ER MIKHAILOVITCH ROMANOV, fils 2ème ép. Ep1 : Maria Miloslavsky 1625-1669 Ep2 : Nathalia Narychkine 1651-1694 - 1676- 1682 : FEDOR III ALEXEIEVITCH ROMANOV, fils. Ep1 : 1680 : Agaphie Grondhetski, polonaise Ep2 : 1682 : Marthe Apraxine - 1682-1689 : régence de Sophie, sœur de Fedor III et de IVAN V (mère 1ère épouse Maria Miloslavsky) et demi-soeur de Pierre 1er (mère 2ème épouse Nathalia Narychkine) avec 2 co-tsars : *1er tsar : IVAN V ROMANOV. Ep: Mascovie Soltyker 1664-1724. *2me tsar : PIERRE 1er ALEXEIEVITCH ROMANOV, dit PIERRE LE GRAND.. - 1689-1725 : PIERRE 1er LE GRAND, seul. Ep1 : 1689 : Eudoxie Lapouchkine 1672-1731. Divorce 1698. Ep2 : 1707 : Marthe Rabbe, devenue Catherine 1ère 1684-1727. Tsarine de 1725 à 1727.

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La littérature au XVIIème siècle se distingue en deux grandes parties : le baroque 1598 – 1661 le classique 1661 – 1715

Le Baroque
Période d’instabilité permanente, d’incessantes remises en cause, elle est naturellement marquée par une littérature de l’excès, de la démesure, de l’apparence qui s’exprime dans une langue riche parfois luxuriante, créée en réaction à l’austérité protestante sous l’influence de l’Italie. L’inspiration baroque est alors dominante et témoigne toujours des apparences, des changements qui sont au centre du monde et de l’homme. Le baroque se prête à la satire : il dénonce les vices du temps, ses exagérations, ses contradictions qui divisent l’être humain et ses ridicules. Les deux aspects du roman baroque sont l’idéalisme et le réalisme. Poètes : Mathurin Règnier 1578-1613, François de Malherbe 1555-1628, Théophile de Viau 15901626. Romanciers : Paul Scarron 1610-1660, Savinien de Cyrano de Bergerac 1619-1655, Antoine Furretière 1619-1688, Robert Challe 1658-1720, Charles Sorel 1602-1674… Le roman historique est présent tout au long du XVIIème : Madeleine de Scudéry, Mme de La Fayette, Honoré d’Urfé avec « l’Astrée », œuvre colossale, roman pastoral qui a eu un succès phénoménal. 5 tomes, plus de 5000 pages. La publication s’étale sur plus de vingt ans. L’humanisme chrétien essaie de proposer à l’homme des guides sûrs susceptibles de régir sa vie : François de Sales… Les deux grands penseurs du XVIIème siècle, Descartes et Pascal, représentent l’aspiration à la vérité qui annonce une époque classique de certitude. La vérité est conçue comme un absolu. Dans chaque domaine de la connaissance et de la vie, il ne peut exister qu’une seule vérité, cautionnée par Dieu, située hors de l’homme qui pour se réaliser pleinement doit s’efforcer de l’atteindre. En 1635, Richelieu fonde l’Académie Française qui veille à la correction de la langue, et porte jugement sur les œuvres littéraires. En 1655, l’Académie de peinture et de sculpture est créée sur les mêmes principes. D’autres suivront. Voilà qui permet au pouvoir politique d’exercer son contrôle sur la culture.

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La « préciosité » apparaît. Elle constitue un idéal de raffinement pour les femmes et les hommes à la mode. Elle triomphe dans les salons mondains de Paris. Etre précieux c’est connaître toute la subtilité des sentiments, c’est apprécier la beauté, l’esprit de la personne aimée. Etre précieux, c’est pratiquer un langage choisi, capable de rendre compte de la gamme infinie des impressions ressenties. L’amour est le thème essentiel de la préciosité, car c’est la grande préoccupation de la vie quotidienne des « précieux », êtres oisifs, habitués de la cour et des salons. L’amour précieux est un amour éthéré, spirituel. Le corps en est résolument exclu. C’est une communion des esprits qui rejette l’exaltation des sens. La femme y joue un rôle privilégié. Elle est l’être parfait, idéalisé, dont la beauté témoigne de la perfection morale. Comme la femme représente un absolu, elle est inaccessible et malgré elle, cruelle. Mais le précieux n’a pas le sens du tragique et se fait une raison de ce refus. Il utilise le badinage et la légèreté pour démystifier les douleurs de la passion. Et surtout, il fait de l’amour un grand jeu de société ! Ex. : Saint-Amant 1594-1661, François Tristan L’Hermite 1601-1655, Vincent Voiture 15971648. La France n’a pas le monopole de la préciosité. C’est au contraire un phénomène européen. C’est durant la période 1630-1661 que le nombre de salons se multiplie. Y être admis, c’est faire partie de l’élite de ce Paris mondain. Par exemple, pour la femme ou l’homme à la mode, il est indispensable d’avoir ses entrées à l’hôtel de Rambouillet, somptueuse demeure située près du Louvre. La marquise de Rambouillet, bientôt assistée de ses deux filles, y reçoit de nombreux invités. De 1610 à 1665, ce cercle devient une véritable institution. Les réunions qui s’y tiennent sont d’une grande importance dans l’évolution des idées. Elles amènent à se côtoyer des grands comme le cardinal La Valette ou Condé, des écrivains comme Voiture, Vaugelas, la Rochefoucauld, Mme de Sévigné, Mme de La Fayette. Puis à partir de 1650, c’est le salon de Madeleine de Scudéry qui progressivement éclipse le précédent. D’abord habituée à l’hôtel de Rambouillet, elle fonde son propre cercle dans sa demeure du Marais. Elle y entraîne des familiers du salon concurrent et y réunit des grands bourgeois et des écrivains. C’est là que se développera l’esprit précieux. Ce sont les deux plus importants salons. Mais bien d’autres cercles s’ouvrent aux amateurs. Chez Ninon de Lenclos se réunissent les libertins ; chez Françoise d’Aubigné, l’épouse de Scarron et la future Mme de Maintenon se presse une assistance essentiellement bourgeoise. Dans la période suivante, d’autres salons verront le jour en particulier celui de Mme de La Fayette. Dans ces salons, la société s’organise autour de la femme. C’est elle qui règne sur ces cercles et c’est autour d’elle que s’élabore un véritable cérémonial de raffinement et de subtilité. On y parle des grands problèmes de l’heure. Les précieuses revendiquent hautement l’égalité de la femme, son droit à la culture, sa liberté de choix dans le mariage. On évoque les subtilités de l’amour, on discute longuement sur les comportements qu’il convient d’adopter. La littérature est un des sujets privilégiés. On juge des ouvrages, on entend des auteurs réputés lire leurs œuvres. On donne connaissance des lettres brillantes que l’on a reçues. On organise des concours de poésie, les jeux de société y occupent aussi une place importante (ex. : le jeu du portrait consiste à faire deviner l’identité d’un familier du salon).

Madeleine de Scudéry 1607-1701 : le grand Cyrus, Clélie, Célamine. Militante féministe avant la lettre, elle lutte pour l’égalité de la femme. Elle revendique son accès à l’instruction,
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rejette la domination de l’homme, refuse le mariage. Quant à l’amour, elle le craint et le souhaite en même temps. Elle a peur de l’engagement, fuit la sensualité qu’elle considère comme aliénante, mais a besoin de tendresse. Son attachement pour son frère Georges de Scudéry la console des désillusions de la passion. Elle a élaboré une œuvre romanesque importante, souvent en collaboration avec son frère. Auteur à succès, on lit ses romans fleuves avec délectation. Elle fait évoluer des personnages tirés de l’histoire antique qu’elle fait apparaître dans la période où elle vit décrit les comportements de son temps, développe sa conception de la vie marquée par la préciosité : ce qui explique l’engouement des lecteurs. Ils se retrouvent, se reconnaissent dans les êtres fictifs qu’on leur présente comme des reflets d’eux-mêmes. Trois écrivains exercent alors une influence considérable sur l’homme de cour et de salon, sur l’homme à la mode, représentent des références, des modèles : Vaugelas exprime les règles du bien parler, Jean-Louis Guez de Balzac celles du bien écrire, Nicolas Faret celles de bien se comporter (« l’Honnête Homme » ou « l’art de plaire à la cour »). Parallèlement à la préciosité, le burlesque se développe (style bouffon). Les burlesques montrent l’abîme qui se creuse entre ce que souhaite paraître un personnage et ce qu’il est réellement, (lire Scarron). Ils s’appuient vigoureusement sur le réel. Les précieux sont des idéalistes. Les burlesques sont réalistes. Dans leurs descriptions, ils incluent sans hésiter les réalités les plus crues et pratiquent l’excès avec délectation et humour : ils introduisent une dimension comique. Paul Scarron 1610-1660. En 1652, mariage de convenance avec la petite fille du poète Agrippa d’Aubigné, Françoise d’Aubigné, la future marquise de Maintenon puis future épouse de Louis XIV. Savinien de Cyrano de Bergerac 1619-1655. Il pratique le style burlesque avec un humour décapant. On le connaît davantage comme mousquetaire où il s’est engagé dans la célèbre compagnie à 20 ans. Sa carrière militaire est brève : blessé en 1639 et 1640, il quitte l’armée et regagne Paris en 1641. Il est influencé par le philosophe grec Epicure (341-270 av JC) mais ses idées libertines2, son athéisme, lui attirent de nombreuses inimitiés et compliquent sa carrière littéraire.

René Descartes 1596-1650. En 1628, il s’installe en Hollande et y écrit l’essentiel de son œuvre. Sa destinée : découvrir les règles d’une science parfaite.
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Le mot libertinage signifie à cette époque « affranchi », Affranchi des conventions, et le libertinage s’applique à un mouvement de contestation des idées traditionnelles. C’est une vision du monde, une conception philosophique. Reprenant les théories du philosophes grec Epicure, les libertins adhèrent au matérialisme : ils considèrent que tout dans l’univers est matière et que le fonctionnement du monde obéit aux lois de la matière. Pour comprendre l’univers, l’homme doit s’efforcer grâce à l’outil exclusif de la raison, à saisir ses lois sans qu’il soit besoin pour les expliquer de faire appel à un dieu, à un créateur tout puissant : les libertins sont donc souvent athés. Les libertins remettent en cause la validité d’une société et d’une monarchie dont le pilier principal est la religion. Le rejet de la morale traditionnelle fondée sur la vertue (si souvent reproché aux libertins) n’est que la conséquence de leur philosophie. Comme dieu n’existe pas, il faut profiter de la seule existence dont dispose l’homme, l’existence terrestre. L’être humain doit donc trouver son épanouissement sur cette terre. Dans ces conditions, son but et son devoir d’homme est de rechercher les plaisirs avec la modération dictée par la raison et respecter les autres. Le libertin est constamment ouvert aux satisfactions de l’esprit et du corps. Il apprécie les beautés de la nature et de l’art. Il aime boire, manger, dormir. Il est sensible à l’amour. Etre libertin c’est remettre en cause la religion, c’est souvent contester le pouvoir royal. Aussi, il est dangereux de défendre de telles positions. Les risques sont grands. Pour les écrivains, c’est la difficulté de se faire éditer, Cyrano de Bergerac en a fait la cruelle expérience. Ce peut être aussi l’arrestation, le jugement et la condamnation. La prison guette les libertins, la mort les menace. Les autorités religieuses veillent. Elles essaient par tous les moyens de dénigrer, de dénaturer cette conception philosophique en la réduisant à un comportement moral dépravé, en attribuant au mot libertin une étiquette péjorative.
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Blaise Pascal 1623-1662. Il mène une vie mondaine. Il fréquente les salons, les cercles scientifiques. Il est familier des milieux de la cour. Cette harmonieuse combinaison des Lettres et des Sciences, de la théorie et de la pratique, de la réflexion et de l’action marquera profondément son œuvre. Durant cette période, le théâtre joue un rôle social et politique de plus en plus important. Il gagne les milieux de la cour et des salons, plus particulièrement le public féminin : Pierre Corneille 1606-1686, Jean Mairet 1604-1686

Le classique
Louis XIV crée l’Académie des Inscriptions et des Lettres en 1666. Durant cette période de dirigisme intellectuel, apparaît les grands noms d’écrivains qu’a retenu l’histoire de la littérature. Attachés à des règles d’écriture, ils sont attirés par l’absolu, la vérité… Cette communauté d’esprit que l’on appelle le Classicisme n’est pas pour autant d’une homogénéité appauvrissante, ni n’empêche la multiplication d’œuvres originales variées. C’est la spectaculaire progression de la comédie : on assiste à une véritable explosion. De plus en plus le peuple s’intéresse au théâtre et surtout au genre comique. Molière 1622-1673, soit Jean-Baptiste Poquelin. Son père est un riche tapissier de la rue Saint Honoré, puis « tapissier ordinaire de la maison du roi » et « valet de chambre du roi ». Titres honorifiques, sources de prestige et de considération. Molière crée la Comédie Française, une troupe de comédiens qui donne des représentations dans toute la France. Il commence alors à écrire de courtes pièces puis des œuvres inspirées d’auteurs italiens. Il obtient la protection du duc d’Orléans. Il exploite la farce et critique les ridicules et les vices (les Précieuses ridicules 12659) et l’hypocrisie religieuse (Tartuffe 1664), Ecole des Femmes, Don Juan, les Femmes Savantes, l’Avare, le Bourgeois Gentilhomme, les Fourberies de Scapin… Jean Racine 1639-1699, Tragédien. Comme Pascal, il est partagé entre la foi et les mondanités. Orphelin à trois ans, sa grand-mère maternelle l’envoie à l’abbaye de Port-Royal où il reçoit l’enseignement janséniste. De 1667 à 1677, il élabore l’essentiel de son œuvre : Alexandre le Grand, Andromaque, Britannicus, Bérénice, Phèdre, Esther, Mithridate, Iphigénie, Athalie. Philippe Quinault 1635-1688. Créateur de l’Opéra français. Les lieux de spectacle Les théâtres publics : A Paris, il y avait trois salles permanentes : la salle de l’hôtel de Bourgogne, celle du théâtre du Marais, celles du Petit-Bourbon puis du Palais-Royal. Lulli et son Académie de musique, ancêtre de l’Opéra, occupe le Palais-Royal. Alors la troupe du Marais fusionne avec celle de Molière, bientôt rejointe par celle de l’hôtel de Bourgogne en 1680 : ainsi se constitue la Comédie Française. Les théâtres privés : Il est de bon ton d’aimer le théâtre, de posséder sa propre scène sur laquelle on offre des spectacles à ses amis. C’est là une source importante de recettes pour les comédiens. Les troupes ambulantes :
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Elles parcourent la France et font connaître en province le répertoire théâtral. La tradition de ces tournées s’est maintenue de nos jours. Pour des raisons économiques, les troupes de théâtre comportent un nombre peu important de comédiens : la troupe de Molière compte de 10 à 15 personnes (60% acteurs et 40% actrices). Les troupes disposent de trois sources de revenus : les recettes des représentations publiques, l’argent des spectacles donnés chez de riches particuliers et les dons des protecteurs. Les bénéfices sont répartis entre les comédiens. Le spectacle et le public Les nobles et grands bourgeois s’installent dans les loges. La petite bourgeoisie prend place sur des gradins disposés en amphithéâtre. Le peuple reste debout dans le parterre de la partie centrale, au même niveau que la scène. Les meilleures places sont réservées aux amateurs de théâtre, aux jeunes gens à la mode, qui ont le privilège de s’installer sur la scène même. Le spectacle se compose souvent de deux pièces (de 14h à 17/18h). L’assistance est agitée et bruyante. Allées et venues, conversations, éventuellement injures adressées aux comédiens, ne cessent de perturber la séance. L’inattention du public est chronique. Heureusement le spectacle est interrompu à chaque acte pour moucher les chandelles (enlever les mèches brûlées qui sinon dégageraient de la fumée), ce qui donne l’occasion de ménager des pauses… la place de théâtre est à un prix modique. Le public populaire ne sachant pas lire trouve dans le théâtre une activité culturelle accessible à la fois intellectuellement et financièrement. Les gens de la cour, les gens à la mode, sont de plus en plus nombreux, ce qui explique le développement du théâtre-spectacle, du théâtre-divertissement et en particulier du théâtreballet. Naissance de l’Opéra Français Parallèlement à la comédie-ballet développée par Molière, d’autres spectacles de cour prennent place, plus proche de la tragédie, alliant texte, musique, danse et chant. Réalisations de prestige destinées à célébrer la grandeur royale : Louis XIV et les courtisans y participent parfois en tant qu’acteurs. Ainsi Molière, Corneille et Lulli élaborent en collaboration « Psyché », 1671. Mais surtout Lulli et Quinault qui seront les grands maîtres de ce genre, avec Thésée 1675, Persée 1682 et Roland 1685. Ainsi naît l’opéra français dans la ligne de l’opéra italien.

Les écrivains
C’est l’épanouissement de l’esprit mondain, les grands écrivains des années 1661-1680. La floraison d’écrivains de cette époque est due au développement des salons. La nécessité de tenir compte des autres s’impose dans ces cercles mondains, et conduit à une interrogation sur la façon de se comporter, sur la manière de concilier les impulsions individuelles et les exigences de la vie collective. Le classicisme privilégie l’analyse psychologique, une analyse des autres. Les écrivains sont des mondains, des familiers de la cour, des habitués des salons, souvent des nobles. Ils écrivent pour ce public qu’ils côtoient et non pour des spécialistes. Ils doivent avant tout plaire et s’efforcent de trouver des formes attrayantes pour exposer leurs idées. Ce sont la vie et les habitudes des salons qui leur fournissent de quoi exprimer leur pensée.

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François de la Rochefoucauld 1613-1680, le cardinal de Retz 1613-1679, la marquise de Sévigné 1626-1696 (sa correspondance est une chronique du temps présent, un véritable régal pour les habitués des salons). Conçue comme un divertissement, cette littérature mondaine n’est pas superficielle pour autant. Elle contient une réflexion, est riche d’une conception du monde. Elle est le témoignage de cet art de vivre fait de modération et de raffinement qui caractérise « l’Honnête Homme » du XVIIème siècle. La marquise de Sévigné, Marie de Rabutin-Chantal. Sa célèbre grand-mère Jeanne de Chantal, fonde avec François de Sales l’Ordre de la Visitation. Elle est orpheline à 1 an (son père est tué au siège de la Rochelle en 1627, sa mère meurt en 1633 alors qu’elle a 7 ans). Elle est avide de connaissance, toujours prête à apprendre. Elle épouse à 18 ans le marquis Henri de Sévigné et commence pour elle une vie mondaine brillante. Elle réside en Bretagne aux Rochers, propriété de son mari, mais se rend souvent à Paris. Elle fréquente le salon réputé de l’hôtel de Rambouillet. Elle se constitue un cercle choisi d’amis : Mme de la Fayette, la Rochefoucauld, le cardinal de Retz, Fouquet, son cousin Bussy-Rabutin, écrivain alors célèbre bientôt membre de l’Académie Française. Elle a deux enfants : une fille Françoise-Marguerite née en 1646 et un fils Charles né en 1648. Le 5 février 1651, son mari est tué lors d’un duel. Elle est veuve à 25 ans. Elle poursuit son existence mondaine mais met peu à peu toute sa passion dans sa vie familiale. Elle voue à sa fille un amour démesuré qui épouse en 1669 le comte de Grignan et part le rejoindre en Provence, ce qui provoque chez Mme de Sévigné un véritable déchirement. Mais c’est aussi le début de leur admirable correspondance, témoignage qui traversera les siècles. Son fils fait une carrière militaire. Il se marie en 1684 et Mme de Sévigné s’entend fort bien avec sa belle-fille. A Paris, elle reçoit ses amis à partir de 1677 dans le somptueux hôtel Carnavalet qu’elle a pris en location (le 1er étage). Elle est souvent en Bretagne dans le château des Rochers où elle voit son fils et sa belle-fille. C’est auprès de sa fille en Provence qu’elle mourra le 17 avril 1696. L’usage de la lettre ne se développe pas seulement en France. Dans toute l’Europe, elle constitue un moyen d’échange efficace, permet la formation d’une communauté de gens qui partagent les mêmes préoccupations culturelles et qui veillent dans leurs correspondances à l’élégance de leurs styles, à la pertinence de leurs pensées. Christine de Suède (1626-1689) a laissé des lettres dignes d’intérêt. Reine jusqu’en 1654, elle abdique au profit de son cousin, sa conversion au catholicisme l’empêchant de rester souveraine d’un pays protestant. Femme d’esprit et d’une grande érudition, elle noue des relations avec les maîtres de la science et de la littérature, notamment Descartes qu’elle reçoit à sa cour, et avec Pascal. Elle passe la deuxième partie de sa vie à voyager, attirée par les intrigues sentimentales et l’aventure.

Entretenir une correspondance c’est naturellement communiquer avec celui auquel on s’adresse. Mais aussi avec le milieu dont on fait partie car l’entourage a connaissance de ces lettres. C’est l’assurance que l’on sera lu et jugé par ces cercles mondains auxquels on appartient. Ainsi cette correspondance privée est-elle destinée à un public. Madame de la Fayette 1634-1693 Née à Paris, Marie-Madeleine Pioche de la Vergne fait partie de ces femmes nobles, érudites, attirées par la culture et l’écriture. Comme Mme de Sévigné, c’est une femme d’esprit qui évite de faire un étalage trop voyant de ses connaissances. En 1655, elle épouse
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le comte de la Fayette à 21 ans. Il en a 39. Elle mène une vie mondaine, habituée du célèbre salon de l’hôtel de Rambouillet, est une intime de Mme de Sévigné et surtout de la Rochefoucauld. Elle ouvre ensuite son propre salon chaque samedi dans sa maison rue de Vaugirard. Elle fréquente la cour et devient l’amie de Henriette d’Angleterre. Elle écrit des ouvrages historiques (Mémoires de la cour de France 1688-1689, Histoire d’Henriette d’Angleterre 1720) et des romans tels La princesse de Montpensier 1662 qui se déroule sous Charles X, Zaïde 1670 qui se déroule dans l’Espagne médiévale, La princesse de Clèves 1678 qui se déroule sous Henri II, La comtesse de Trente 1724 qui se déroule sous la régence de Catherine de Médicis.

La poésie
La principale vocation de la poésie réside dans le lyrisme. Elle est faite pour exprimer les sentiments, les états d’âme. Elle est un cri du cœur, une manifestation de la sensibilité profonde de l’individu. Elle a pour thèmes la nature, la fuite du temps, le regret de la jeunesse perdue, la tristesse mélancolique, un amour impossible, la douleur face à un sentiment non-partagé : Jean de la Fontaine 1621-1695, Nicolas Boileau 1636-1711. Vers la fin du XVIIème siècle, un certain changement commence à se manifester. La description des caractères et des comportements ne suffit plus. On aborde l’analyse sociale et politique, on exprime sa conception du pouvoir et de la société, on s’intéresse à tous les domaines de la culture : art, littérature, philosophie ou science ouvrant la voie aux vulgarisations du XVIIIème siècle. Jean de la Bruyère 1645-1696, le duc de Saint Simon 1675-1755 dans ses « Mémoires » élaborées de 1694 à 1749, Fénelon 1651-1715 dans « Télémaque », Pierre Bayle 16471706, Bernard le Bovier de Fontenelle 1657-1757). Fin XVIIème / début XVIIIème, c’est la querelle des Anciens et des Modernes, témoin d’un double mouvement de repliement frileux et d’aspiration au renouvellement. Décadence de la poésie, remise en cause du roman où l’on fuit la réalité historique pour fuir dans l’imaginaire et le merveilleux. C’est le succès du conte de fée (Charles Perrault). Charles Perrault 1628-1703 (le siècle de Louis le Grand, Parallèle des Anciens et des Modernes, contes de ma mère l’Oie : Cendrillon, Barbe bleue, le petit Poucet, le chat botté…), Robert Challe 1658-1720, Jean-François Regnard 1655-1709.

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La conquête des océans par les Européens, fait historique du début des temps modernes, et l’intégration qui en est résultée des autres continents à leur réseau commercial n’ont fait sentir tous leurs effets sur l’alimentation occidentale qu’au XIXème siècle. Par contre d’autres produits alimentaires exotiques sont entrés beaucoup plus rapidement dans les régimes européens : le piment, le dindon, le café, le thé et le chocolat, boissons nouvelles qui constituent alors une part essentielle du grand commerce mondial, et le sucre, connu depuis longtemps mais dont la production de plus en plus contrôlée par les Européens, s’accroît dans des proportions considérables. Des transformations historiques ont également des conséquences sur le système alimentaire : C’est la domination économique des pays du Nord qui favorise la production et la consommation d’alcool dans les pays consommateurs de vin, Le développement de l’imprimerie permet la circulation des livres de cuisine, Le progrès scientifique, particulièrement l’essor de la chimie au XVIIème, interrompt pour un temps la relation traditionnelle avec la diététique, Le grossissement des villes se poursuit et favorise le passage d’une agriculture de subsistance à une agriculture de marché, La croissance démographique entraîne une reprise des défrichements et l’élargissement des terres vouées aux céréales s’est faîte au détriment des espaces voués à l’élevage, à la chasse et à la cueillette, c'est-à-dire qu’il a entraîné une augmentation de la part des grains dans l’alimentation populaire, aux dépens de la variété du régime et de la part de viande (1 hect . de blé fournit 1.500.000 cal., 1 hect. de prairie produit au mieux 1,5 quintal de viande de bœuf et fournit que 340.000 cal.). Pour entretenir l’essor démographique, il fallait que les pâturages reculent au profit des champs de céréales et que la part de viande dans le régime populaire s’amenuise sensiblement au profit du pain.

Dans le système économique et social très différent des pays d’Europe orientale (Allemagne orientale, Bohême, Hongrie, Moscovie, etc…) les nobles se sont appropriés une part des récoltes en asservissant les paysans et en augmentant la corvée. Cet assujettissement des paysans du Nord et de l’Est a permis un fort développement des ventes de grains aux pays plus peuplés et économiquement avancés. Ce sont essentiellement les blés de la Baltique, « les blés de mer » de l’Europe occidentale, apportés par les Hanséates puis par les marchands hollandais qui ont permis de nourrir les populations urbaines de plus en plus nombreuses d’Europe occidentale et pas seulement en temps de crise. Les quantités très importantes des blés de la Baltique l’emportent sur les blés méditerranéens dû à l’accroissement des quantités transportées et une centralisation de ce commerce international des grains dont les prix, au XVIIème siècle s’établissent sur la place d’Amsterdam.

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Cela devient un investissement nouveau de l’Etat dans ses problèmes de ravitaillement qui étaient jusque-là de la responsabilité des autorités municipales. Le problème du pain est passé au premier plan dans les domaines politique, agricole et nutritionnel. Les mangeurs de châtaignes dans plusieurs régions de France, d’Italie et d’autres pays d’Europe méridionale, ne sont pas les plus malheureux, d’autant qu’ils disposent souvent de viande de porc dont l’élevage est approprié à ces régions. Les cévenols mangeaient d’ordinaire de la fricassée de porc aux châtaignes, et ne pouvaient manger du pain « que le dimanche ». NOUVEAUX GOUTS les olives, les truffes, les artichauts, jusqu’ici considérés comme des fruits à consommer au dessert, rejoignent lentement la catégorie des légumes, le melon, les figues et les mûres se mangent avec du sel et sont considérés comme des fruits de hors-d’œuvre, les assaisonnements acides et épicés du Moyen-Age cèdent la place à des assaisonnements gras ou sucrés, la notion de fruit se transforme : dans un sens général, on désignait par « fruit » toutes les productions du sol. Au XVIIème, peu à peu, on a classifié le sucré et le salé, et certaines catégories de « fruits » sont passées lentement à la catégorie des légumes.

LES OUVRAGES DE TABLE Au XVIIème paraissent des manuels de Maîtres d’Hôtel, comme « Le Nouveau et Parfait Maître d’Hôtel » de Pierre de Lune (1662) qui fournit un grand nombre de menus avec plans de table. En Grande Bretagne, en Italie, en France, sont publiés plusieurs livres de découpe avec présentation des volailles à découper et indication des emplacements de chaque coup de couteau. En France, on trouve des manuels de sommelier, de l’échanson, etc… réunis dans « L’Escole Parfaite des Officiers de Bouche » (1662) avec illustrations sur la manière de plier les serviettes et de peler les fruits. Toutes les professions de bouche sont des arts, désormais définis par des traités écrits par des professionnels. A partir de la deuxième moitié du 17ème, la cuisine française prédomine en Europe . Le livre «Le Cuisinier François » (1653) de La Varenne est traduit en anglais. D’autres livres, le « Jardinier François » (1651) et encore « Les Délices de la Campagne » (1654) de Nicolas de Bonnefonds, ou bien « L’Art de Bien Traiter » de LSR (1674), « Le Pâtissier François » de Jean Gaillard (1653), « La Nouvelle Instruction pour les Confitures, les Liqueurs et les Fruits » (1692), « Le Cuisinier Roïal et Bourgeois » de Massialot (1691), « L’Ouverture de Cuisine » de Lancelot de Casteau à Liège (1604) prennent vigoureusement le parti d’une cuisine simple, conservant aux aliments leurs saveurs « naturelle ». Il milite avec ardeur en faveur des cuissons, du plaisir de goûter des viandes saignantes, toutes chaudes, sorties justes de la broche, sans autre sauce que leur jus propre. C’est la libération de la gourmandise des temps modernes ! Au XVIIème siècle se créent des sociétés bachiques, mêlant hommes et femmes dans des beuveries, institutions bien réelles dont les règlements nous sont connus. Ainsi, tout un ensemble de livres, de poèmes, de chansons, dédiées au plaisir de manger et de boire sont apparus au cours de ces siècles modernes (du XVIème au XVIIIème ). LES MANIERES DE SERVIR
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C’est classiquement le « service à la française ». Tous les plats sont mis sur la table. Les convives se servent librement et pour satisfaire chacun d’eux, le maître d’hôtel veille à diversifier les plats au maximum, témoin de la magnificence du maître de maison. En Angleterre, Pologne, Russie, Allemagne, on disposait un grand nombre de plats sur la table, comme en France, mais ils étaient découpés par des écuyers tranchants et passés à la ronde par des serviteurs, de sorte que chaque convive se voyait proposer successivement de chaque met. Dans le système français, chaque convive ne goûtait normalement à chaque service qu’à un très petit nombre des plats posés sur la table. D’où la réputation de sobriété des Français auprès des peuples de l’Est et du Nord. Certains étrangers regrettaient que le service à la française ne permettait pas d’accéder aux mets situés loin de soi, s’ils n’avaient pas leur propre serviteur pour aller les chercher. Ils se contentaient des plats posés près d’eux. Les bouteilles, de peur qu’elles soient renversées en cherchant à atteindre un plat, n’étaient pas posées sur la table, mais sur un buffet avec les verres. Chaque fois que l’on voulait boire, il fallait donc se faire servir, soit par son valet si l’on en avait la chance d’en posséder un, soit par un serviteur dont on avait le plus grand mal à attirer l’attention. Dans l’Europe du Nord et de l’Est, le problème ne se posait pas, car on ne buvait pas en mangeant. Un repas était divisé en deux parties : le manger, puis le boire. En Angleterre, les femmes se retiraient après un ou deux verres. Dans les autres pays, à force de porter des toasts et de se défier à boire, tous les convives s’enivraient abominablement. En Pologne, ils roulaient sous la table les uns après les autres. L’ALIMENTATION QUOTIDIENNE D’une manière générale, les citadins se nourrissent essentiellement de produits venus d’ailleurs qui ont été contrôlés et enregistrés, pour des raisons fiscales, aux portes de la ville ou sur les marchés. Les paysans, eux, vendent une partie de leurs récoltes pour payer les impôts du roi, les redevances seigneuriales et le loyer de la terre qu’ils cultivaient. Ils se nourrissent ordinairement que de ce qu’ils produisent. C’est ce qu’on appelle « l’économie de subsistance ». Les paysans plantent dans leur jardin des choux, poireaux, fèves, pois, blettes, navets, racines, qu’ils cuisent dans la cendre du foyer. Ils ont aussi des pommiers, poiriers et noyers dont ils cueillent et mangent les fruits en passant sous l’arbre. Pour les viandes, les volailles sont destinées à la vente et aux redevances seigneuriales. Les paysans se contentent de porc salé, d’une « bécasse prise au collet », de grenouilles ou de poisson pêchés à la ligne. Ils boivent ordinairement l’eau du puits, des rivières, du lac, de la source. Ils ne boivent que du vin lors du « boire convivial ». Pour les jours de fête, ils confectionnent des breuvages avec des pommes, des poires, des cerises, des prunes, qu’ils fermentent. Le pain n’est pas seulement un aliment populaire, c’est la nourriture par excellence. La soupe aide à faire passer le gros pain de campagne bien rassis, matin et soir. La soupe est le met essentiel et unique de tous les repas pris à la maison. Le bouillon de cette soupe est le plus souvent parfumé avec des racines et des herbes diverses, et autant que possible, un morceau de viande -du porc salé- ou assaisonné de graisse, de beurre ou d’huile. Ailleurs, c’est du chou, des navets ou autres racines ou légumes, et l’on ajoute un morceau de beurre ou de lard, ou bien encore des châtaignes ou des légumes secs, selon les régions. Dans les pays de l’Est, de la Flandre à la Russie, on mange de la choucroute. Les choux sont confits durant 3 à 4 mois que l’on fait ensuite cuire avec du lard.

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En Europe centrale et orientale, les fruits sont mangés pour eux-mêmes, mais aussi en accompagnement de viande ou en sauce. Les fruits sont séchés et servent de nourriture aux pauvres pendant l’hiver. La bière règne en Europe du Nord et de l’Est dans les pays où le vin n’est pas le fournisseur de calories bon marché des travailleurs de force, mais la boisson des élites sociales. Comme elle est moins alcoolisée que le vin, on en boit de grandes quantités. La bière houblonnée a au XVIIème siècle triomphée dans toute l’Europe continentale. En Angleterre seulement, l’antique cervoise non houblonnée subsiste jusqu’au XVIIIème siècle sous le nom de « ale ». A partir du XVIème siècle, les eaux-de-vie se répandent en Europe, à commencer par les pays du Nord et de l’Est, y compris dans les campagnes. La Vodka russe est fabriquée à partir de l’avoine, céréale non panifiable. En Alsace, l’eau-de-vie est prise le matin avant de sortir et en hiver avant d’aller aux travaux en grange. LA TABLE « A LA FRANCAISE » A cette époque, la table est un spectacle pour les convives. Ce spectacle est double : celui des mets les plus exquis et celui des décors somptueux d’une riche et abondante vaisselle de métal précieux, de faïence ou de porcelaine. C’est avec Louis XIV que naissent les salles à manger. Jusque-là, les repas se déroulaient soit dans la chambre à coucher, soit dans les antichambres. Seuls les grands festins prennent place dans les vastes salles des châteaux et palais. Les premières salles à manger apparaissent aménagées et meublées de façon permanente et dorénavant l’architecture privée la prévoira dans son évolution, comme on peut le voir dans les traités et architecture de l’époque. Elle sera placée le plus près des cuisines. Elle est dotée d’un buffet qui est d’abord une grande table de marbre, avec des lavoirs pour rincer les verres et pour le service de la table. Il faut prendre en une seule fois ce que l’on a à prendre : c’est une incivilité que de se resservir. Il ne faut pas étendre son bras par-dessus le plat devant vous pour en atteindre un autre… Entre chaque service, la table est libérée de ses plats, vides ou non. Les plats restent sur la table un quart d’heure environ. Il y a beaucoup de services : 5 : - 1er service = entrées, hors d’œuvre, potage, terrines et oilles. - 2e service = viandes et poissons en sauce remplaçant les potages. - 3eservice =les grands entremets salés, les moyens entremets sucrés, les rôts et les salades. - 4e service =entremets chauds, légumes, tourtes, etc… - 5e service = fromages frais, crèmes, glaces, sorbets compotes, confitures ou fruits frais de saison. Pour ce qui concerne les services de la table, sous Louis XIV la vaisselle royale n’est pas un service cohérent et homogène. Ce sera sous Louis XV au siècle suivant que la notion de « service de table » prendra tout son sens. Au XVIIème les objets semblent progressivement ajoutés les uns aux autres. Donc service dépareillé. La louche apparaît à l’extrême fin du XVIIème siècle.

Dans la deuxième moitié du XVIIème l’emploi du couvert individuel se répand dans tous les milieux aisés de la société. La volonté de se servir du couvert individuel pour porter à sa bouche une nourriture intacte exprime l’éveil d’une société à une nouvelle sensibilité qui met en avant dans la vie privée le besoin d’intimité. Ceci conduira au XVIII ème siècle au respect de
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l’intimité qui modifiera à son tour les mœurs jusque dans l’organisation des espaces domestiques : chaque pièce, mieux cloisonnée, acquiert une utilité spécifique. La nouveauté au XVIIème est l’introduction de mets composés en sucre. Les techniques de raffinage de la canne à sucre sont maîtrisées par les Vénitiens possesseurs de Chypre, l’«Ile de Candie ». La disposition ordinaire des convives se fait autour de la table et non plus d’un seul côté : par conséquent, l’attention des dîneurs n’est plus attirée par des distractions proposées dans la salle, mais concentrée davantage sur ce qu’ils mangent. L’essentiel du repas s’oriente davantage vers le plaisir du goût que vers celui des yeux.

Quelques anecdotes relatives aux cuisines : Louis XIII, très habile, véritable « homme d’intérieur », aimait à coudre comme un tailleur et cuisiner comme un chef. Depuis sa toute petite enfance, il fréquente les cuisiniers du Louvre, de Fontainebleau et de Saint-Germain, en particulier la pièce des pâtissiers où des Florentins de sa mère, Marie de Médicis, le laissaient volontiers mettre la main à la pâte et exécuter le feuilleté de ce gâteau à la crème d’amande inventé par le signor Frangipani. Ils réussissaient admirablement tous les autres gâteaux d’alors : massepains, beignets, tartes aux pommes, aux coings, et les confitures selon les recettes de sa grand-mère Catherine de Médicis. Lully, fondateur de notre Opéra, commence sa carrière dans les cuisines de la Grande Mademoiselle, Anne-Marie Louise d’Orléans, fille de Philippe d’Orléans frère du roi Louis XIV, duchesse de Montpensier, cousine de Louis XIV et frondeuse. Il vient de Florence en 1645 avec le chevalier de Guise et échoue dans le sous-sol du Palais du Luxembourg où il mange à sa faim. Il a un aplomb phénoménal et un talent de musicien. La princesse l’entend jouer du violon et lui donne des leçons de solfège et de guitare pour qu’il intègre plus tard son orchestre particulier. Gianbattista, c’est son nom, est chassé pour avoir composé une chanson très discourtoise sur sa bienfaitrice. Le cardinal Mazarin s’en amuse et présente son compatriote au roi du même âge que lui. Il deviendra directeur de l’Académie de Musique. Normalisé français en 1661, il transforme son nom en Jean-Baptiste Lully. Vatel, ou Watel (flamand ?). D’abord il fut maître d’hôtel chez Fouquet jusqu’aux fatidiques festivités de Vaux le Vicomte. Là, il disparaît pendant neuf ans, est rappelé par Condé, prince de Bourbon, qui veut organiser une réception à Chantilly. Comme chacun sait, Vatel s’est suicidé ne voyant pas arriver les charrettes de poisson de la Manche. Il ne survécu pas à cet affront, ce déshonneur.

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C’est la suprématie italienne au 17ème siècle ! Musique dramatique : Claudio Monteverdi (1568-1643), Cavalli (1602-1676), Alessandro Scarlatti (1659-1725), J-Baptiste Lully (1632-1687), Cambert (1628-1677), Henry Purcell (1659-1695), Cesti (1623-1669) Musique religieuse : Heinrich Schütz (1585-1672), Carissimi (1605-1674), Marc-Antoine Charpentier (1634-1704), Michel Delalande (1657-1726) Musique instrumentale : Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Arcangelo Corlli (1653-1713), Antonio Vivaldi (1678-1743), Louis Couperin (1626-1661), Sweelinck Buxtehude (16371707), Dominico Scarlatti (1685-1787). Des formes nouvelles viennent enrichir et renouveler tout au long du 17 ème la musique vocale et instrumentale. On cultive le style récitatif dramatique, la « mélodie accompagnée », le « récit chanté », l’ « air » sous toutes ses formes sont les innovations dues aux artistes. La place de la poésie prend tout son sens. Les artistes copient la musique grecque, la tragédie antique. Entre les airs profanes, on place des cœurs, des intermèdes pour instruments, le tout construit sur une histoire, un poème, et forme le drame musical qui a pris nom « Opéra » : c’est d’abord une comédie déclamée sur des récitatifs, puis une suite d’actes chantés avec accompagnement d’orchestre, chœurs, danses. Sur un plan religieux, cela s’appelle l’ « oratorio ».3

I - LA MUSIQUE DRAMATIQUE OPERA EN ITALIE Toutes les puissantes ou délicates architectures de la polyphonie de la Renaissance vont être englouties par l’irruption de l’Opéra vénitien et napolitain. Le retour des italiens du 17 ème siècle à la monodie sur un accompagnement inconsistant est une chute artistique. Tandis que l’Italie se complait et se pâme aux roulades de ses castrats, elle travaille aussi à inventer sur ses violons, ses orgues et ses clavecins, des sonates en concertos, les formes les plus pures de la musique, avec entre autre la généralisation de la gamme tempérée majeuremineure, qui contient toute la musique jusqu’à Stravinsky, le dernier représentant de la tonalité avant sa conversion tardive à la « série ».

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Pastorale :œuvre dramatique brève, d’esprit champêtre, mettant en scène des bergers et des bergères. Récitatif :dans la musique dramatique et la musique religieuse, chant déclamé qui suit les inflexions de la parole et laisse donc la primauté au texte. Aria (en français « air ») : mélodie vocale ou instrumentale isolée ou incluse dans une œuvre. Air de cour :transcription d’une chanson polyphonique pour une seule voix et accompagnée par le luth. Puis englobera toutes les formes vocales dans une ou plusieurs voix, la partie supérieure la plus importante permettant de comprendre le texte. Ainsi l’air de cour, d’allure savante, s’oppose à la chanson populaire, moins raffinée.
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Le « ballet de cour » annonce l’Opéra parce que c’est un spectacle entier, conçu sur un scénario : action suivie avec danseurs, musique vocale, musique instrumentale, un peintre pour les décors, des costumes. Les gentilshommes et les dames de la cour participent aux figures dansées et aux innombrables « numéros ». Il manquait alors un élément essentiel du drame musical : un dialogue chanté ! le futur Opéra allait pouvoir puiser à sa guise dans les décors, les machines de fantasmagorie, les trouvailles d’une mise en scène simultanée. Les premiers Opéras sont nés à Florence, chez le comte Giovanni Bardi 4, chez qui se réunissent entre 1577 et 1582 une sorte d’académie d’humanistes, de littéraires et de philosophes. Lorsqu’ils parlent de musique, ils condamnent la polyphonie qu’ils jugent caduque, barbare, pour un retour à la mélodie de l’Antiquité imaginant une « imitation du discours par le chant ». L’un d’eux, Vincenzo Galilei, père de l’astronome Galilée, affirme que le madrigal est la plus belle des formes musicales à condition qu’on le purge de toute polyphonie. Galilei écrit deux chants monodiques avec accompagnement de violes. Le solo vocal s’impose déjà de plus en plus en Italie. Un autre, Giulio Caccini, de chez Bardi, s’essaie à « imiter la parole par le chant ». Bardi est maître de chapelle du pape Clément VIII à Rome. A Florence, la cité intellectuelle, avec son école musicale qui n’est plus que de second ordre, la cour des Médicis perd de son éclat. Le nouveau drame lyrique va connaître son extraordinaire fortune dans des foyers plus actifs et plus riches et surtout grâce au grand musicien italien de ce temps : Claudio Monteverdi (1567 – 1643). Il sera Maître de Chapelle de Saint-Marc à Venise (il y passera 30 ans), charge dévolue depuis près d’un siècle à des hommes de génie. 25 ans après la mort de Monteverdi, l’Opéra italien a conquis l’Europe, à l’exception de la France. On le joue jusqu’en Pologne, en Suède. Vienne s’italianise complètement et le demeure jusqu’après la mort de Beethoven. L’Angleterre, après quelques résistances, succombe à son tour. Rome voit naître l’Opéra-bouffe grâce au cardinal Giulio Rospigliosi, le futur pape Clément IX, digne et élégante figure de prélat aux yeux bleus au visage fin, n’a rien de commun avec des cardinaux pornographes de la Renaissance. Il adore l’Opéra et a deviné combien la veine comique des Italiens y serait à l’aise. De simple tragédie pastorale à Florence, il devient une action à grand spectacle, nécessitant les jeux de scènes compliquées, les décors magnifiques, les machineries nombreuses dont les Barberini dotent leur théâtre. Des compositeurs comme Virgilio et Mazzocchi, Landi, Rossi, Vittori, font tout le succès des tous premiers opéras romains et préparent la voie à l’opéra-bouffe par l’introduction dans le drame de quelques scènes comiques. L’heure est propice au génie qui doit éclore et donne à Venise sa mesure. A la fin du siècle, c’est l’opéra napolitain qui succède en Italie à l’opéra dit vénitien, avec notamment Alessandro Scarlatti. On lui doit 1150 opéras, 700 cantates et ontarios.

Les castrats

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Marie de Médicis, fille du Grand Duc de Toscane François-Mario de Médicis et de Bianca Capello. Ses parents sont morts en 1587 empoisonnés par le frère du Grand Duc, le cardinal Ferdinand. Ils étaient de brillants mécènes mais tyranniques et assassins notoires. Leur mort entraîne la disgrâce de Bardi, leur favori qui deviendra maître de chapelle du pape Clément VIII à Rome.
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L’opéra avait également ses vedettes qui faisaient courir les foules, d’une espèce fort particulière : les castrats. Ils conservaient le timbre aigu et la tessiture élevée des jeunes garçons avec la puissance respiratoire des adultes. Le timbre est aussi clair et perçant que celui des enfants de chœur et beaucoup plus fort. Leur voix sont brillantes, légères, pleines d’éclat, très fortes et très étendues. Etrange et barbare sacrifice d’une société si parfaitement civilisée à l’idôlatrie du chant ! en 1562, la chapelle Sixtine comptait parmi ses chanteurs un castrat du nom de Rossinus. L’Eglise est la première à employer les talents de ces eunuques qui ont évolué pendant 200 ans. Au 17ème siècle, la fabrication des castrats était devenue un art - et un commerce – entré complètement dans les mœurs italiennes. On châtrait entre 9 et 13 les petits garçons dont les voix donnaient des espérances. Quelque fois les garçons opérés perdaient leur voix à l’âge de la mue, et l’on peut imaginer le sort de ces malheureux. Pour les autres, une existence princière attendait ces fils de laboureurs et de cordonniers, après 7 ou 8 ans d’un sévère et patient dressage professionnel. Généralement, ils deviennent grands et gras comme des chapons, avec des hanches, une croupe, les bras, la gorge, le cou rond et potelé comme des femmes. Quand on les rencontre dans une assemblée, on est tout étonné, lorsqu’ils parlent, d’entendre sortir de ces colosses une petite voix d’enfant. Bien que l’Eglise eut levé son interdit sur la présence des femmes en scène, les castrats avaient presque entièrement supplanté les belles cantatrices des premières années du siècle. Ils se travestissaient pour jouer les rôles féminins malgré leur taille gigantesque. Incroyablement fats et capricieux, féroces entre eux, adulés du public, les castrats gagnaient des fortunes, hantaient les cours, se faisaient construire des « palazzi » et des villas magnifiques. Ils étaient tous italiens. Leur période de gloire dura entre1650 et 1750. Ensuite, leur nombre diminue, les cantatrices leur faisaient concurrence et l’opéra bouffe leur convenait peu. Ils ne disparaissent de la scène que vers 1830. Le dernier, Velutti, meurt octogénaire en 1861. On émasculait donc encore de jeunes garçons en Italie au moment de la Révolution Française. OPERA EN FRANCE L’opéra italien ne vient que tard en France et c’est Lully, après Rossi, Caproli et Carali qui en fixera chez nous les principales données. En 1647, Mazarin attire à la cour Rossi qui y présente son Orféo, puis Cavalli qui donne son Xerse (1660). Un opéra national français est en voie de constitution. Un poète P. Perrin et musicien Robert Cambert collaborent et donnent une pastorale en 1659 et une Pomone en 1671. Entre temps, Louis XIV ouvre une Académie de la Musique que Perrin est chargé de diriger. Pour un temps seulement car le florentin J-Baptisite Lully (1632-1687) du même âge que Louis XIV est naturalisé français en 1661 et devient la même année le surintendant de la chambre du roi. Il profite des difficultés du groupe Perrin-Cambert pour acheter la charge de ce dernier (1672). Lully écrit des drames, des pastorales, des ballets. Dictateur de la musique, Lully contribue à établir un style et une forme qui soient restés classiques en France jusqu’à Gluck.

Autres compositeurs : P. Collasse (1640-1709), M.A. Charpentier (1634-1704), André Campra (1660-1744), Destouches (1672-1749).

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A l’opéra, il faut rattacher l’art de la cantate profane qui fleurit en France entre 1690 et 1730 : Charpentier, Campra, Montéclair (1666-1737), JB Morin (..-1745), JJ Mouret (1682-1738), LN Clérambault (1676-1749), JB Stuck (…-1755). Les musiciens sous Louis XIV Jusqu’en 1661, année ou Louis XIV gouverne seul, l’histoire de la musique française du 17ème siècle relève plus de l’érudition que de l’étude d’un art vivant. La France turbulente, intrigante, cavalière de Henri IV et Louis XIII est musicalement fort conservatrice. La musique la plus répandue est l’ « Air de Cour ». Les Français jugent excessifs les accents pathétiques de l’Opéra italien, les grands intervalles et ses contrastes. Les Français de l’époque classique sont peu sensibles, sinon hostiles au lyrisme purement vocal du « bel canto » d’Italie. Ils préfèrent des chanteurs d’un timbre et d’un volume médiocres, mais avec une diction claire et intelligente. Ce goût aura des conséquences prolongées.

OPERA DANS LES PAYS DU NORD Grande-Bretagne Un seul nom, mais le plus grand de toute la musique anglaise : l’organiste de Westminster, puis de la cour, Henry Purcell (1658-1695), disciple de Blow. Son œuvre maîtresse « le Roi Arthur ». Allemagne L’opéra italien pénètre par Vienne et la Bavière. Schütz y fait jouer « Daphné » en 1627. En 1647, Cavalli est connu en Allemagne. Autres compositeurs : JK von Kerll (1627-1693), H. Albert (1604-1651), A. Krieger (16491725), Erlebach (..-1714), JW Franck (…-1710), JP von Krieger (1649-1725). Reinhard Keiser (1674-1739). L’opéra allemand naît à Hambourg.

II- LA MUSIQUE RELIGIEUSE L’Italie Giacomo Carissimi (1605-1674) a créé 16 oratorios (ou histoires sacrées)(«Miserere ». Viadama , Monteverdi, Cavalli, Legrenzi, Stradella, A. Scarlatti, F. Durante, Pergolèse.

La France La musique religieuse dans la deuxième moitié du 17è siècle ouvre la voie à un génie éloigné de la cantate et de l’oratoire, genre qui fleurira en France jusque sous le 1er empire : le grand motet, avec solistes, chœurs, instruments et interludes symphoniques.
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Nicolas Formé (1567-1638) Maître de Chapelle de Louis XIII, Bonzignac, Pierre Robert (1618-1699), Henri du Tout (16106-1684). JB Lully, Robert, Du Mont appartiennent à la musique du Roi. Marc-Antoine Charpentier, ancien élève de Carissimi, est le musicien attitré de Melle de Guise, puis des Jésuites, du dauphin, du duc d’Orléans, enfin de la Sainte-Chapelle du Palais. Auteur de cantates, oratorios, Te Deum, Magnificat, leçons de ténèbres, motets. Michel R. Delalande (1657-1726) dont l’envolée de certains chœurs annonce déjà Haendel. Après Delalande, il faut citer : Campa, Nicolas Bernier, Henri Desmarets, Sébastien de Brossard, Jean Gilles, F. Couperin, Esprit Blanchard… L’Allemagne H. Schütz 1585-1672, H. Schein, Hammerschmidt + 1675, Tunder +1667, JR AKLE +1673, J. Sebastiani +1683, Erlebach 1657-1714, Dietrich, Buxtehude 1637-1707 danois… III – LA MUSIQUE INTRUMENTALE L’Italie Le 16ème siècle est le siècle de l’orgue. Le 17ème sera celui du violon. Girolamo Frescobaldi 1583-1643, le plus grand virtuose de son temps, B. Pasquini 1637-1710. La musique de chambre prend avec le violon toute son importance. Legrenzi, Vitali, Bassani, Torelli, Corelli 1653-1713 apparaît comme le chef de toute l’école moderne de violon. A sa suite, le vénitien Antonio Vivaldi 1678-1741, maître de chapelle, prêtre, chef d’orchestre (les quatre saisons, la Stravaganza, l’Estro armonico..), T. Albinoni 1671-1750. La France Les clavecinistes5 : Louis Couperin, JH d’Anglebert, Nicolas Lebègue, JN Geoffroy, Marchand, JFr Andrieu, A. Dornel, L.Nicolas Clérambault, François Couperin le Grand 16681733, fils de Charles et neveu de Louis. Les pays germaniques et les Pays-Bas L’école de clavecin et d’orgue des Pays-Bas, et de l’Allemagne est dominée au début du 17ème siècle par l’organiste d’Amsterdam JP Sweelinck. Son élève S. Scheidt 1587-1654 a écrit pour le clavecin et pour l’orgue.

Autres organistes : H. Scheidemann , J Praetorius, J Reinken, M. Schildt, G.Boehm,Nicolas Bruhns 1665-1697, virtuose du violon. J. Froberger 1616-1667 organiste de l’empereur, J. Pachelbel 1653-1706, J. Kuhnau 1660- 17722, J.Cabanilles 1644-1712.

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Le clavecin : instrument à cordes pincées et à clavier qui ne peut guère nuancer, sera supplanter par le piano à la fin du 18ème siècle. Comme en Italie, le Luth, instrument favori du 16ème s. voit peu à peu sa vogue décroître en France où le clavecin, d’abord assez rudimentaire, puis perfectionné vers 1630, prend la première place.
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Les musiciens du 17ème siècle tiennent une place éminente, qu’ils appartiennent aux écoles allemande, italienne, anglaise, française ou espagnole. Les maîtres apparaissent comme les créateurs du langage moderne qui s’imposera 20 ans plus tard aux symphonistes et aux classiques. A leur tête, JS Bach parachève ce 17ème siècle très important puisqu’il assure la transition entre le monde de la polyphonie déclinant et celui du classicisme montant.

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Avec les 17ème et 18ème siècles, la tapisserie française connaît un brillant essor, après une période obscure. Les souverains et leurs ministres créent des ateliers de tapisserie groupés en manufactures, subventionnées par la couronne, travaillant exclusivement pour elles ou aptes à recevoir des commandes de particuliers. Il y avait également des initiatives privées à Paris et en province de bonne renommée. Ceci à permis à la tapisserie de retrouver une place prépondérante parmi les industries somptuaires du royaume puis de l’Europe.

I.

LA MANUFACTURE DES GOBELINS

Créée par Colbert qui écrit dans son mémoire de 1663 que le temps des mécènes est révolu. Il appartient désormais au roi seul de stimuler la vie intellectuelle et artistique du royaume. Colbert établit aux Gobelins une manufacture. Quatre ateliers existaient déjà depuis 1662. Trois en haute lice dirigés par Jean Jans père, originaire de Bruges ou d’Audenarde, puis par son fils en 1668, Jean Lefebre et Henri Laurent, venus des ateliers du Louvre. Le quatrième, en basse lice est dirigé par Jean de la Croix. Les 250 ouvriers liciers avaient été formés par les ateliers du Louvre pour la grande majorité. Il y avait aussi des étrangers de Bruxelles et d’Anvers. Les liciers étaient logés avec leur famille dans l’enclos du nouveau séminaire des Arts et disposaient de jardinets dont on retira la jouissance à leurs successeurs au 20ème siècle. Les chefs d’atelier étaient établis à leur compte et restaient libres d’accepter les commandes de particuliers. Les salaires de leurs ouvriers, calculés « au bâton » variaient selon la nature des ouvrages (chairs, visages et mains, draperies, paysages, accessoires..) répartis selon les capacités de chacun. L’innovation apportée par la réunion des ateliers aux Gobelins était de subordonner les chefs d’ateliers et leur liciers à un directeur chargé de fournir les dessins et de les faire exécuter correctement : ce directeur nommé en 1663, chargé de la conduite de la manufacture est Charles le Brun, élève de Simon Vouet. Le brun a passé trois ans en Italie dans sa jeunesse. Ses facilités d’assimilation, son entente exceptionnelle de la décoration s’épanouissent au contact de ses maîtres les plus réputés. Après son retour à Paris, de par son talent manifeste, il est choisit par Fouquet pour l’aménagement de Vaux. Après la disgrâce de ce dernier, et passé au service de Louis XIV, Le Brun commence une carrière exceptionnelle. Versailles le mettra à son apogée. La diversité et l’ampleur de ses tâches amènent Le Brun à rassembler de nombreux collaborateurs soumis à ces conceptions et à ses directives. Son équipe est homogène et grâce à elle, il parvient à une méthode de travail d’une perfection absolue pour la préparation des cartons destinés aux Gobelins : c’était devenu des peintures à l’huile entièrement achevées que l’on découpait en bandes étroites, faciles à manier.

Les thèmes sont « l’Histoire d’Alexandre » 1664-1680, « l’Histoire du roi » 1665-1678 (14 pièces), les «Mois », les « Maisons royales » reproduit sept fois entre 1668 et 1694, les
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« Actes des Apôtres » tentures exécutées d’après les compositions de Raphael (10 pièces), les « Chambres du Vatican » d’après les cartons faits à Rome par les élèves de l’Académie de France (10 pièces)… A la mort de Colbert, Le Brun tombe en disgrâce. Louvois, successeur de Colbert ne trouvant personne ayant les mérites et l’autorité nécessaire pour remplacer Le Brun, se contente de faire reprendre des copies des plus belles tentures flamandes conservées dans le gardemeuble royal. II. LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS Comme les Gobelins, la manufacture de Beauvais est une création de Colbert, dans le but de concurrencer les ateliers flamands. Mais alors que les Gobelins sont réservés aux commandes royales, la manufacture de Beauvais, bien qu’assurée de la protection du souverain, reste une entreprise privée. Elle travaille en basse lice. Elle s’adapte aux fluctuations du goût, à l’évolution de formules et de tendances décoratives. Elle est dirigée par Louis Hinard, marchand tapissier, qui se retire en 1684, ruiné, malgré des subventions. La première année, il emploie 100 liciers qui atteignent 600 au bout de six ans, dont 50 apprentis. Les dépenses excèdent les recettes à plusieurs reprises. Il sollicite et obtient des subventions mais elles ne le sauvent pas. Il livre différentes verdures « fines » ou « communes » avec parterres, fontaines, orangers, des paysages parfois animés de petits personnages, d’animaux et d’oiseaux. Deux tentures : l’une réhaussée d’or en huit pièces : « les jeux d’enfants » d’après Corneille : l’autre en six pièces, une «noce picarde ». La direction de son successeur, Philippe Behagle, maître tapissier d’Audenarde, sera plus féconde artistiquement. Il crée une école de dessin et réussit à donner un nouvel essor aux ateliers. Tout en continuant à fabriquer des verdures, à oiseaux notamment, il entreprend le tissage de modèles artistiquement plus élevé, comme la suite des « Conquêtes de Louis XIV » en 1690 et la « Bataille de Cassel » (au château de Maisons-Lafitte) gagnée par le duc d’Orléans. Behagle reprend également le tissage des « Actes des Apôtres » d’après Raphael à encadrements fleuris (se trouve à la cathédrale de Beauvais). Il fait exécuter à Beauvais des « Tenières » (scènes villageoises inspirées de Téniers), une « Histoire d’Achille », des chancelleries, un « Parlement de Rouen». En 1693, il fait terminer une suite des « Ports de mer ». Les plus réussies de Beauvais sont les « grotesques de Berain et de Monnoyer ». conçues du temps de Le Brun, elles sont remises sur le métier jusqu’en 1725, à multiples variantes. Elles ont connu un véritable engouement (150 pièces) et sont copiées à Berlin au 18ème s. par des liciers aubussonnais et reproduites en broderie. Berain collabore aussi dans l’atelier privé de Behagle au faubourg Saint-Martin à Paris sur « les conquêtes de Charles XI, roi de Suède » (4 pièces) et « les triomphes marins » aux armes du comte de Toulouse, 4 pièces relevées de fils d’argent. Grâce aux initiatives artistiques de Berain, Behagle attire à la manufacture une appréciable clientèle en France et à l’étranger. A sa mort, sa veuve et ses fils poursuivent l’affaire, mais ne pouvant faire face aux principales charges, les héritiers de Behagle cèderont la place en 1771 aux frères Tilleul.

III. LES MANUFACTURES PRIVEES
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Les manufactures royales comme les Gobelins ou celles bénéficiant de privilèges et de subventions par les pouvoirs officiels comme les ateliers de Paris et de Beauvais, ne résument pas l’intégralité de l’essor pris par la tapisserie en France au 17 ème et 18ème siècles. Il y en a eu d’autres, tels les ateliers de la Marche, à qui la monarchie accorde des privilèges, d’autres installés à Paris ou dans des villes de province ont dû subsister à l’aide de leur seules ressources ou de ressources attribuées par les autorités locales. Felletin et Aubusson Dés le 14ème siècle, les premiers métiers sont montés par des liciers flamands, alors que le comté de la Marche appartient à Louis de Bourbon, époux de Marie de Hainaut. Au début, c’est à Felletin, petite bourgade située sur le chemin de Bordeaux à Lyon, comme il a été mentionné dans l’inventaire au décès de Charlotte d’Albert, duchesse de Valentinois, veuve de César Borgia, en 1514. A Aubusson, on retrouve les motifs caractéristiques du 17ème : les « verdures » avec des plantes à larges feuilles où à fleurs épanouies, poussées dans des paysages parfois agrémentés de ponts et maisons rustiques, d’un château aux tours crénelées, d’animaux, de volatiles, de hérons et de perroquets, chasses au loup, au faucon, au renard, conservent la même faveur comme au temps des Valois. Ils représentaient également des illustrations des romans à la mode (de Melle Scudéry, de Tristan L’Hermite..). Les liciers d’Aubusson copient des tapisseries à succès tissés par d’autres ateliers français, dont celui des Gobelins. Beaucoup de familles de la Marche ont adhéré au calvinisme. Lors de la révocation de l’Edit de Nantes, près de 20 artisans délaissent la région, tous parmi les plus anciens et les meilleurs liciers d’Aubusson. Ils reprennent l’exercice de leur profession dans ces divers pays. Ces abandons portent une dure atteinte à la production d’Aubusson. Vers la fin du 17ème, la situation économique des liciers devient très incertaine, agravée par la fin du règne de Louis XIV et la minorité de Louis XV où les métiers de Bellegarde sont supprimés et les tissages des métiers interdits aux femmes. Enfin en 1731 arrive un grand peintre, Jean-Jacques Dumont, chargé de conseiller et de former des élèves. Sa venue annonce la plus brillante d’Aubusson au 18ème siècle, et verra des ateliers français à l’étranger où la préoccupation constante de presque tous les souverains était d’imiter les moindres faits de Louis XIV et de plagier la magnificence du grand roi ! L’essor pris par la tapisserie en France à la suite des initiatives de Colbert, les avantages économiques qui en résultaient et surtout le prestige personnel qu’ils pensaient acquérir ont décidé des princes étrangers à faire monter des métiers dans leurs Etats. Dans « l’Europe française » du 18ème siècle, des ateliers de tapisserie sont constitués, dirigés à l’origine par des artisans français, créant le plus souvent des œuvres inspirées de modèles français, ces ateliers appartiennent à l’art français avant d’être absorbés par des pays dans lesquels ils existaient : en Allemagne (Berlin, Erlangen, Schwabach, Dresde, Münich), Suisse (Bern), Italie (Florence), Russie (St Petersbourg), Espagne et Portugal (Madrid, Tavina), Danemark et Suède (Copenhague, stockholm), Angleterre (Fulham, Exeter)…

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I. L’AGE BAROQUE 1600-1660
L’âge baroque commence sous Louis XIII. C’est une période clé pour l’histoire du meuble, car elle marque le début de l’ébénisterie. C’est aussi le moment où le roi ouvre les galeries du Louvre à des artisans privilégiés qu’il appelle à lui. Beaucoup d’étrangers, dont des Allemands et des Italiens, qui ne pouvaient intégrer le cadre de la corporation, ont ainsi contribué à faire évoluer les styles et les techniques. Entre les raffinements de la Renaissance et les fastes de Louis XIV, le style Louis XIII pâti d’une image de sévèrité. Pourtant cette époque est celle de nombreuses inovations. Paris change de visage et se modernise (l’actuelle place des Vosges), le Palais Royal, puis l’Académie Française, voient le jour. Louis XIII n’a certes pas le charisme de son père Henri IV, ni la magnificence de son fils Louis XIV. Mais il protège les artistes, acquiert des tableaux de Vouet, Lesueur et Georges de la Tour. On sait que, jeune, il façonnait des objets d’ivoire. La pièce la plus importante n’est pas la salle, qui ne sert que dans les grandes occasions, mais la chambre où l’on dîne, bavarde, travaille, fait sa toilette er reçoit ses amis. Vers 1625, la chambre s’enrichit d’une alcove qui sépare la partie « nuit » de la partie « jour », et annonce le « salon ». La chambre est précédée d’une antichambre qui permet de faire attendre les visiteurs et est suivie d’un « cabinet » qui fait office de bureau ou de boudoir. La pièce la plus nouvelle, c’est la « salle à manger ». Le meuble emblématique de la 1ère moitié du XVIIème siècle est le cabinet d’apparat, réservé aux palais princiers. La façade est en ébène mouluré et l’intérieur incrusté de jeux de miroirs et de bois de couleurs vives. Le meuble de rangement le plus répandu est le deux-corps en noyer ou en chêne : partie basse pour la vaissellle et partie haute pour le linge, qui commence à devenir le meuble de mariage, symbole de la famille. Le coffre est toujours présent. Apparaissent diverses tables à pieds tournés. Pour le jeu, l’écriture, la toilette, etc… qui préfigurent au siècle suivant tous les petits meubles volants. Les sièges se multiplient et commencent à se présenter en série de six ou douze, sur des piètements de noyer tournés en torsade ou en chapelet : chaise à bras, à dossier bas, en bandeau garni comme l’assise d’un rembourrage de velours de cuir qui lui donne un certain confort. Le chêne et le noyer sont les bois le plus utilisés en mobilier avec une préférence pour le noyer, plus tendre, plus facile à sculpter et à tourner. L’ébène venu du Brésil est apprécié pour sa dureté, sa résistance aux parasites, sa rareté et son origine exotique. On l’utilise en placages épais sur les portes de cabinet ou en marquetterie, associée à d’autres bois de couleur, comme le gaïac, venu des Antilles, beige rosé et très dur, dont la texture fine se prête bien au tournage.

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Les techniques Le style du mobilier résulte en partie des innovations techniques de l’époque. Les méthodes de coupes et d’assemblage ne changent pas au début du 17ème siècle, les procédés de décor évoluent. Grâce au perfectionnement du tour, le bois tourné dont la technique n’est pas récente, prend une importance nouvelle : on tourne tout ce qu’on peut : piètement de sièges et de tables, supports de cabinets, montants de buffets…en torsades, en chapelet, en balastre, que l’on agrémente de bobines, bobèches et toupies. La technique du placage, venue des Pays-Bas et d’Allemagne, est liée à l’importation nouvelle des bois exotiques coûteux, qu’il faut économiser. L’ébène puis d’autres bois venus des Antilles que leur couleur incite à utiliser en marqueterie, avec d’autres matières tels l’ivoire, le cuivre, l’écaille. Aucun meuble Louis XIII n’est signé et aucun ne peut être véritablement attribué à l’un ou à l’autre des « menuisiers en ébène » pour la plupart d’origine hollandaise. On peut citer : - Laurent Stabre, premier artisan à avoir bénéficié dés 1608 d’un atelier dans les Galeries du Louvre. Il meurt en 1624. - Jean Macé (1600-1672), né à Blois, formé aux Pays-Bas, succède à Laurent Stabre au Louvre en tant que menuisier d’ébène. En 1641, il est attaché à la maison du roi et on lui attribue les plus beaux cabinets à façade d’ébène. - Pierre Golle, hollandais, mort en 1684. C’est Mazarin qui le fait venir à Paris pour travailler l’ébène et fabriquer les magnifiques cabinets recherchés par l’aristocratie. Il sera plus tard rattaché aux Gobelins. Il a pratiqué la marqueterie de cuivre et d’écaille dont Boulle fera plus tard un si magnifique usage. La version régionale et bourgeoise Le style Louis XIII est à l’origne de nombreux styles régionaux (Auvergne, Béarn, Périgord, Bretagne, Bourgogne…) où il a perduré presque parfois jusqu’au 18ème siècle. Idem pour la table de noyer à pieds tournés et à entretoises. Quant aux paysans, leur mobilier se réduisait à quelques coffres ; bancs, escabelles et planches à trétaux. Déjà rare au 17ème siècle, le vrai meuble d’époque l’est encore plus aujourd’hui.

II.

LOUIS XIV – LES FASTES DU GRAND SIECLE

Né à Versailles et pour Versailles, le style Louis XIV est à l’image de son règne : ordre, splendeur et majesté, mais aussi lourdeur et autorité. A la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV décide de règner seul. Au cours de l’été 1661 a lieu la fête de Vaux-le-Vicomte qui tourne à la déroute de son organisateur le surintendant Fouquet, et permet au roi de récupérer ses équipes d’architectes, d’artistes et de décorateurs comme Charles le Brun, chargé de créer un style grandiose destiné à faire valoir l’autorité de la monarchie et qui se résume en un mot : Versailles.

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Le grand sytle Louis quatorzien s’assouplit dés la fin des années 1680 quand les revers miliaires, les épidémies et le triste état des finances mettent un frein aux dépenses somptuaires et fin à la faveur de LeBrun. La notion d’appartement privé n’existe pas à Versailles. Seuls comptent les enfilades de salons et galeries, les perspectives grandioses, les escaliers monumentaux. Il faut de hauts et plafonds et d’immenses fenêtres. Les demeures des particuliers présentent tous la même trilogie : antichambre, chambre, cabinet. Dans les maisons de qualité : une galerie, une chambre de parade qui se muera bientôt en « salon ». Ce mot nouveau venu de l’italien sinifie « grande salle ». Dans les appartements d’apparat, le cabinet gagne encore en faste avec sa façade d’écaille et de bronze doré ou de pierres dures multicolores, son piètement de bois doré. Il s’accompagne de diverses tables, torchères et consoles sculptées et dorées tout aussi gratuitement décoratives, mais aussi de meubles, à la fois fastueux et pratiques, en marqueterie de bois de couleurs, de cuivre et d’écaille. La nouveauté la plus ingénieuse de l’époque est la « commode », venue d’Italie qui entre en 1708 dans la chambre du roi. Les sièges ont une assise assez basse, un haut dossier incliné, entièrement garni de velours ou de tapisserie et des accotoirs dont la courbe épouse le galbe du bras. Dans les palais, les sièges au piètement en entretoise, sculptés et dorés, régulièrement alignés contre les murs, sont un élément essentiel du décor. La vie de cour et l’étiquette sont à l’origine d’un autre siège qui peut sembler paradoxal : le tabouret, destiné aux duchesses, seules à s’asseoir en présence de la reine. Les sièges destinés à être dorés sont le plus souvent en hêtre, mais parfois aussi en noyer. Ceux que l’on laisse en bois naturel sont presque toujours en noyer ciré. Les bois exotiques du 17ème siècle sont encores rares en ébénisterie : l’écaille, la nacre, l’ivoire, l’étain, le laiton, le marbre rouge des carrières pyrénéennes, sont très appréciés sur les tables et les consoles, mais pas encore sur les commodes. Le bronze doré fait son apparition dans le mobilier de Boulle, sous forme de poignées, figures d’angles, mascarons, sabots, frises d’ornement… Les techniques Les innovations techniques ne concernent pas la construction même du meuble, mais les procédés de décor qui sont d’une créativité sans précédent. La sculpture abandonne les panneaux des meubles, mais on la retrouve parfois magnifiée et dorée sur les pieds des consoles et torchères, les sièges, et surtout sous la forme des ornements de bronze doré qui accompagnent d’abord la marquetterie de Boulle et deviendront pendant deux siècles le faire –valoir des meubles de bois précieux. La marqueterie est un art encore nouveau dans la 2ème moitié du 17ème siècle. Les ébénistes la préfèrent très colorée, parfois teintée, agrémentée d’ivoire et d’ébène. Des bouquets exubérants inspirés des tableaux inspirés des tableaux hollandais de l’époque s’épanouissent sur les panneaux des armoires, les plateaux des bureaux et des commodes. En fait, la marqueterie « de Boulle » n’a pas été inventée par le célèbre ébéniste, mais c’est lui qui l’interprète avec le plus de virtuosité. Il n’existe que deux couleurs d’écaille de tortue : brune ou blonde. C’est la transparence de cette dernière qui permet de la colorer en rouge sur l’envers. Le même procédé permet d’obtenir la « corne verte » utilisée pour les cartels. Les meubles Louis XIV ne sont pas davantage soignés que ceux des époques antérieures. Les plus spectaculaires sont supposés venir des ateliers de Boulle, Auburtin Gaudron, Nicolas Sageot, Philippe Poitou et de Pierre Golle, dont la carrière commence sous Mazarin et se termine aux Gobelins.
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Charles Le Brun (1619-1690) règne en maitre absolu sur la conception et l’exécution du palais de Versailles dont il est le grand ordonateur. Le style grandiose et magnifique reflète le goût du roi, il est largement le sien. Il finira par lasser, au point d’être démis de ses foncions en 1683 à la mort de Colbert, son protecteur. Jean Berain (1640-1711) ornemaniste. Il met à la mode à partir des années 1680-90 un style imaginatif avec des rinceaux, arabesques, baldaquins, oiseaux, pagodes et chinois de fantaisie qui rompt avec la solennité des précédentes décennies et annonce le 18ème siècle. André-charles Boulle (1642-1732) ornemaniste et ébéniste. L’estampille n’étant pas encore en usage, aucun de ses meubles n’est signé. Ses quatre fils perpétuent sous la Régence la marqueterie Boulle qui conserve des adeptes tout au long du 18ème siècle. Elle sera franchement à la mode sous Louis XVI. Jacques Caffieri (1678-1758). On donne à Caffieri les bronzes qui ornent les meubles exceptionnels. Sa carrière se déroulera surtout sous la Régence. Il appartient à une dynastie de sculpteurs sur bois. Il se spécialise dans cet art nouveau qu’est à l’époque le bronze d’ameublement. Son fils Philippe lui succèdera dans cette discipline. Les Gobelins C’est en 1662 que Colbert décide de rassembler dans une grande manufacture royale les artisans du chantier de Vaux-le-Vicomte, après l’arrestation de Fouquet et de les installer à Paris sur le site des Gobelins. Il fait construire des bâtiments destinés à accueillir sous la houlette de Charles Le Brun « de bons peintres, maistres tapissiers de haute lisse, orfèvres, fondeurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène et en bois, teinturiers et autres bons ouvriers en toutes sortes d’arts et métiers ». Colbert cherche à améliorer et promouvoir l’artisanat français et de limiter les importations d’Italie et d’Allemagne. Mais c’est le chantier de Versailles qui attend Le Brun. Il a passé la quarantaine. Il règne en maître absolu aux Gobelins : il donne des projets, surveille les équipes d’artisans dont beaucoup viennent d’Italie. Il dirige tout, contrôle tout, jusqu’à la mort de Colbert en 1683, après l’installation de la Cour à Versailles, qui entraîne sa disgrâce.

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La ville au 17ème siècle
Versailles demeure depuis plus de trois siècles le plus mondialement connu des paysages français. Un tel rayonnement ne peut s’expliquer que par la stupéfiante homogénéité d’un ensemble ou rien n’a été laissé au hasard. A cette œuvre, une seule volonté a présidé : celle du roi. Beaucoup d’idées viennent de lui. Toutes celles qui émanent de l’équipe des exécutants ont été pesées et repensées par lui avant d’être éventuellement adoptées et de trouver leur place dans l’harmonie du tout. Le style Louis XIII, sévère, incite Louis XIV à un style plus brillant. Il en a la révélation, presque le coup de foudre, chez son surintendant Fouquet à Vaux-le-Vicomte : un château et un jardin en parfaite harmonie, dans le déploiement d’un luxe inoui. De jeunes talents s’y sont exprimés : les architectes LeVau, Hardouin-Mansart, le peintre LeBrun, le jardinier Le Nôtre, le fontainer Francine. La décision est prise : c’est de cet esprit, mais à son échelle que le roi veut bâtir son « Palais du Soleil ». Le point de convergence des principales annexes de la ville et du parc, au centre du château, est la chambre du roi, dont les fenêtres s’ouvrent à l’est. Ainsi le lever de sa majesté est assisté de celui du soleil qui répand sur la terre ses rayons vitaux. A l’ouest, la Galerie des Glaces réfléchit et prolonge les derniers feux de l’astre. L’importance donnée au soleil témoigne des nouveaux principes d’urbanisme. Les villes dans lesquelles pénètre la lumière sont balayées de courants d’air et sont donc infiniment plus salubres. Versailles est le triomphe de la perspective et de la symétrie, le roi lui-même se plait à guider ses visiteurs : il a écrit de sa main un petit opuscule « la manière de visiter les jardins de Versailles ». Tout en émanant du 17ème siècle, Versailles se situe bien dans la lignée de la Renaissance italienne, la place des Armes et les trois avenues qui en rayonnent sont apparentées au trident de la place du peuple à Rome, aménagée par Jules II au début du 16ème siècle. Versailles, ville dédiée à Louis XIV et bâtie pour sa gloire. Elle est civile et politique. Le rôle de Louis XIV est exclusif jusque dans le moindre détail, tant au château que dans le parc, le potager, les tracés majeurs de la ville, les places et les grands édifices publics. Même en campagne, il se fait adresser quotidiennement des rapports d’architectes, les anote et les leur retourne. Lors des visites du roi sur les chantiers, il invective les ouvriers, exige qualité et célébrité, et n’hésite pas à faire abattre telle partie de l’édifice qui ne rend pas bien. Passionné d’architecture et désireux d’imprimer sa marque personnelle aux bâtiments réalisés sous son règne, Louis XIV visite les chantiers des autres, prodigue ses conseils, dépêche l’un de ses architectes Mansart s’il le faut, et si l’œuvre semble en valoir la peine : l’hôtel de ville d’Arles ou celui de Lyon par exemple. Ailleurs, là où le roi n’intervient pas directement dans la conception d’ouvrages, l’influence de Versailles est telle que la diffusion du style officiel est exceptionnelle, très supérieure à celle
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connue sous le style Louis XIII ou françois 1er. Les nobles disposant de moyens financiers suffisants transforment leur château médiéval en un petit Versailles. Surtout, le processus de la Renaissance s’inverse. Ce n’est plus la France qui reçoit de l’étranger, c’est elle qui exporte. Et parmi toutes les valeurs de la culture française diffusées pendant le siècle de Louis XIV (langue, littérature, peinture, musique, gastronomie..), l’architecture et l’urbanisme tiennent une place de choix. En Europe, des palais et des cités à la mode de Versailles voient le jour où l’on commence à parler français, à consommer de la cuisine française et pour tout dire, à vivre le modèle culturel élaboré par Louis XIV. Une théorie française de l’architecture et de l’urbanisme Versailles marque donc l’apothéose de la « Renaissance » mais en même temps sa fin, puisque désormais la création est spécifiquement française. Il n’est plus question de se référer à des architectes ou à des textes italiens. De nombreux traités fondamentaux sont publiés grâce aux deniers royaux sous Colbert pour assurer le succès du style officiel. Ces ouvrages sont d’un format maniable qui facilite leur diffusion et leur utilisation. L’Académie d’Architecture est encouragée à produire les modèles et à les répandre. Ainsi, la qualité des bâtiments est directement fonction de l’autorité royale. Charles Perrault (père de l’écrivain) écrit : « toute l’architecture est fondée sur deux principes, l’un est positif, l’autre arbitraire. Le fondement positif est l’usage et la fin utile de l’édifice, comme la solidité, la salubrité et la commodité. Le fondement arbitraire est la beauté qui dépend de l’Autorité et de l’Accoutumance ». C’est l’arrêt de mort des corporations, même si elles survivent jusqu’à la Révolution. La réforme est de taille : on remplace l’atelier par l’école ! On remplace le faire-faire par le faireapprendre, l’exemple et la correction par l’explication. C’est en fait sur de telles bases intellectuelles que repose la Révolution Industrielle. La règle d’or de la doctrine paysagère ne peut s’appliquer qu’aux châteaux, monuments, villes nouvelles et aux rares quartiers urbains retouchés : c’est la régularité, l’alignement et la symétrie. D’Avilès écrit : « la ville est un compartiment d’îles et de quartiers disposés avec symétrie et décoration, de rues et de places publiques percées d’alignement en belle et saine exposition avec pentes nécessaires pour l’écoulement des eaux ». Dans les rues apparaît l’éclairage : le réverbère à huile et à miroir concave constitue une véritable révolution dans le paysage urbain puisque enfin les rues cessent de faire peur aux honnêtes gens la nuit tombée. De plus, les rues deviennent plus propres et ont des repères d’orientation. Les noms des rues sont désormais gravés sur les murs des bâtiments d’angles et toutes les maisons reçoivent un numéro. Enfin, en application des nouveaux principes d’hygiène, les morts quittent le cœur de la ville. Le cimetière des Innocents tout entier déménage dans les carrières du sud de Paris qui deviennent les catacombes. Si l’on ne peut nier que la ville classique respire un peu par quelque places et rues, il ne faut pas oublier qu’elle enfle énormément. L’entassement médiéval est donc loin de la résorption…

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