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Enquête. Les Francs-maçons au maroc

(Infographie Hicham Bahou)

Qui sont-ils ? Que font-ils ? Que veulent-ils ? Que craignent-ils ? Toutes les questions que vous vous posez pour percer le mystère enveloppant la franc-maçonnerie ont des réponses. Tour d'horizon.

la franc-maçonnerie ont des réponses. Tour d'horizon. Des francs-m açons au Maroc ? Mais pas du

Des francs-m açons au Maroc ? Mais pas du tout, sorne tte s que

tout cela , la franc-m açonnerie (FM) a bien existé par le passé , m ais depuis l'indépendance tout cela est fini ! Ce fut "une créa tion des services pour sonde r le s intentions de nos

privilégiés". D'autre s s'en souviennent comm e

sioniste oeuvrant pour la prim auté d'Israël", quand ils n'en gardent pas le souvenir du "bras arm é de l'O ccident

conqué rant". Les fantasm es de certains profane s atteignent de telle s proportions qu'il devient

difficile

protége r d'une curiosité souvent teintée de répulsion, s'entourent d'un épais m ystère . Pourtant, les nom s circulent entre initiés. Mohamm ed V, Hassan II, Driss Basri, pour ne citer que ceux dont l'action a le plus influé sur le de stin des Marocains, auraient com pté parmi les plus

éminents des "frè res" m açons. Mais comm ent passe r de la supposée appartenance à la certitude , quand tout bon FM est un FM muet ?

"d'un m ouvem ent

d'e stim e r la présence m açonnique au Maroc. D'autant plus que se s adepte s, pour se

Une tradition de discrétion "Je sais que Mohamm ed V é tait FM

absolum ent contraire au règlem ent - il arrivait souvent qu'un frère y fasse allusion dans une

planche (exposé d'un frè re)", raconte F.E. épouse d'un frère aujourd'hui décédé . Il reste toute fois im possible d'a ffirm e r avec ce rtitude l'initiation du roi Mohamm ed V e t de son fils le prince Moulay

e t m êm e si on n'en parlait pas publiquem ent - cela est

Abdallah, quoique leur hum anism e en tout point conform e à

l'idéal m açonnique sem ble é taye r

quelque

peu ce s rum eurs tenace s. Néanm oins, l'initiation de

plusieurs m em bres du premie r ce rcle

royal ne

sem ble laisse r aucun doute .

Cas célèbre , le Tunisien Salah Rachid, ami e t soutien fidèle de Mohamm ed V, poussera la fidélité de son engagem ent jusqu'à ê tre ente rré selon le rite m açonnique . D'autres nom s, comm e celui

d'Ahm ed Bala fre j, ancien secré taire géné ral du

é trangè re s, sont souvent cité s dans la sphère m açonnique . "Faux . Mon père n'a jam ais fait partie

d'une loge", ré torque son fils Anis, de m anière convenue . Plus près de nous, il sem ble que l'affilia tion du roi Hassan II ne soit qu'une légende parmi toutes celle s entourant le personnage .

Et si ce n'é tait l'amitié qui le liait à Ha j Om ar Bongo, porte-flam beau de la m açonne rie a fricaine e t principal initia teur de s che fs d'é tat d'Afrique de l'Oue st, presque en totalité des "enfants de la veuve", le roi Hassan II sem ble très loin de l'univers de la FM. Difficile d'im agine r la figure tutélaire de 30 millions d'âm es se rendre dans un temple (lieu de réunion) pour se plie r au rituel d'initia tion qui consiste en une mise à nu sym bolique : "La poitrine à m oitié découve rte , un bras

de chemise e t

torse alors que , un bandeau sur les yeux , je suis totalem ent dém uni", se souvient H.E. Hassan II

aurait-il exigé d'ê tre initié au Mé chouar e t selon un rituel adapté à sa haute condition ? Difficile de

savoir. En tout cas, son "copain" Valéry

consacré "frè re" à l'Elysée . Le m ystè re entourant l'a ffilia tion du roi dé funt n'ex clut pas qu'il ait eu, tout au long de son règne ,

auprès de lui de s conseille rs FM. Le nom de Ahm ed Réda Guédira est le plus souvent évoqué . "Sa

dé fense de s inté rê ts de la France e t

l'univers m açonnique", explique l'un de se s proches collaborateurs à l'époque . Dans l'entourage

royal, Guédira n'est pas le seul à en porter l'é tique tte discrè tem ent. Moulay Ahm ed Alaoui, le

légendaire porte-glaive du Makhzen, fe rait partie de s

pe rsonnalité s m açonniques m arocaine s, proches du pouvoir, se raient a ffiliée s à de s loge s occidentales. Le courant Identité e t Dialogue , dont André Azoulay est le fondateur, compte , par exem ple bon nom bre de Franc-m açons en lien avec des loges françaises. Qu'en est-il du plus zélé de s se rviteurs de Hassan II, Driss Basri ? Se rait-il lui aussi un "fils de la lumière" ? C'est ce que vient d'avance r, dans une inte rview accordée au Journal Hebdo, Moham ed Sam raoui, ancien officier des service s spéciaux algériens. "Driss Basri e t le Géné ral Larbi Belkheir, nouvel

am bassadeur d'Algé rie au Maroc, sont affilié s à la m êm e loge m açonnique", soutient-il. L'ex-vizir dé chu ré fute vigoureusem ent l'inform ation. Mais l'im age d'un Basri e t son langage fleuri planchant sur "la culture du miel sous la 5èm e dynastie" au milieu d'un aréopage de frère s vaut à elle seule tous les discours. Au-delà de la rela tion peu élucidée entre le Makhzen e t la FM, il y a des dizaine s de "frè res", tout aussi discre ts au Maroc. Aujourd'hui, le pays com pte deux obédience s distinctes, la Grande Loge du Maroc (GLM) e t la Grande Loge Régulière du Royaum e du Maroc (GLRRM), auxquelle s il faut ajouter une GL indépendante , la Grande Loge du Royaum e du Maroc (GLRM), qui ne peut

pré tendre à la qualité d'obédience , car n'administrant qu'une com pé tences fait dire à A.S., m édecin casablancais que : "La

m eilleurs, m ais nous n'en re stons pas m oins de s hum ains avec nos faible sses e t nos dé fauts".

Précisons toute fois que

com paraison, la France com pte plus de 140 000 initiés. Si la GLRM e t la GLRRM sont de création ré cente , (moins de cinq années), la GLM a , quant à elle , "allum é se s feux" en 1965 sous le nom de GL Atlas. En 1972, elle prendra le nom de GLM e t sous l'im pulsion de son Grand Maître , T.P ., artisan français installé à Casablanca, connaît rapidem ent un grand succès e t ve rra en m oins de deux ans l'initia tion de 120 frè re s. Elle compte ra en se s rangs des pe rsonnalité s reconnues dont

un Général de l'arm ée de l'air m arocain au talent légendaire qui pouvait se re trouver en loge aux côté s d'un boulanger-pâtissier ou d'un m archand de joue ts. Ce m élange des genres é tant à la base m êm e du travail m açonnique , censé s'enrichir par la diversité . Malheureusem ent cela e st

parti de l'Istiqlal e t ancien ministre des Affaires

une jam be de pantalon re troussé s, plusieurs frè re s pointent leur doigt sur mon

Giscard d'Estaing s'é tait vu re fuse r le privilège d'ê tre

des idées libé rales le rapprochait en tout cas énorm ém ent de

illustres "frè re s". Par ailleurs, nom bre

de

loge unique . Ce t éparpillem ent des m açonnerie nous pousse à ê tre

la m açonnerie m arocaine atteint difficilem ent les 200 m em bres. à titre de

difficilem ent envisageable aujourd'hui car, n'en déplaise aux frè re s e t sœurs, la FM e st chez nous

un club de pensée éminemm ent élitiste e t la dé cultura tion ram pante de la socié té ne pe rm e t plus de dialogue se rein. "Je suis entré en m açonne rie pour dire au Maroc que je l'aim e". Amine s'e st choisi un pseudonym e par souci de discré tion, m ais raconte son initiation avec exaltation. "J'ai re joint la FM pour répondre à une quê te existentielle e t pour tout dire , philosophique . J'y reste pour le plaisir de la frate rnité". A.S, m édecin d'une quarantaine d'année s corrobore . "J'entre en loge souvent fatigué aprè s une journée de travail e t j'en re ssors rassé réné e t plein d'entrain". L'idéal m açonnique si

exalté se réduirait-il à la reche rche du bien-ê tre

m ondialistes, des am ateurs de Harley-Davidson aux restaura teurs de kasbahs, nom bre de

microsocié té s sont à l'œuvre pour recréer ce qui fait dé faut : de la convivialité , de l'é coute , de la solidarité , de la communauté d'intérê ts. Ils sont plus d'une centaine à ê tre m em bre s de la Grande Loge du Maroc (GLM), première obédience m açonnique du pays par le nom bre e t l'ancienne té .

Mais hors de question pour eux d'assum e r publiquem ent leur appartenance à la FM. Un siècle de semi clandestinité laisse de s trace s.

? Des droits de l'hommiste s aux alter

Déclin et renaissance Ave c le temps, l'assouplissem ent de s critères de sélection couplé à des que relles de

pe rsonnes,

conduira au

dé clin des loges. Et l'idéal m açonnique qui prône principalem ent la

liberté , la justice ,

la solidarité

ne résistera pas devant le s dévia tions a ffairistes

de

certains frè re s

e t le s frictions

internes qui s'ensuivront. En Décembre 1985 le Grand m aître de l'époque , M.D., industriel dans la

parfum erie ,

A.M., ancien gouve rneur d'une grande ville . Ce dernie r, parfaitem ent au fait de la dange reuse poussée d'intégrism e que connaît le pays, invite "le s frè res" à s'éclipse r. D'autant que

l'universalité des valeurs qu'ils prônent e st aux antipodes de la théorie du com plot é trange r

développé par le s fondam entaliste s. En plus, le s différents prédicateurs e t autre s

islamistes profitent du principe de discré tion de la FM pour distille r à son suje t un ensem ble d'a ccusations infondées, sur le lien entre FM e t m écréance ou FM e t sionism e . "Ils veulent é teindre

ave c leurs bouche s la lumiè re d'Allah, alors qu'Allah parachèvera sa de s m écréants", entend-on, entre autres.

Certes, aujourd'hui, la FM est fortem ent im plantée dans des pays réputé s totalitaire s ou, à tout le

dé cide la mise en somm eil de l'obédience , suivant en cela les conseils avisés du frère

activiste s

lumière en dépit de l'aversion

m

oins, en délica te sse ave c les norm es démocra tiques, tels l'Iran, la Syrie e t dans une m oindre

m

esure la Turquie , l'Egypte e t le Liban. Il est clair aussi que les autorité s de ces pays m e surent

parfaitem ent l'avantage , e t

"think tank" aux ramifica tions m ondiales. Mieux , "le s islamiste s m odérés au pouvoir en Turquie

seraient m êm e pour beaucoup passé s par l'initiation", a ffirm e le spécialiste du m onde m usulm an Antoine Sfeir. Quoi qu'il en soit, le Maroc avait décidé en 1985 -sans que le pouvoir politique le veuille vraim ent- une mise en somm eil de s loge s existantes. Quinze années durant, les frères

m arocains garderont le contact, avec toujours en eux l'espoir du réveil des loge s. Comm e le

pas seulem ent en te rm e d'im age , à

disposer sur leur te rritoire d'un

soutient ave c em phase M.T., frè re de longue da te : "Là où souffle le vent de la tolé rance e t de la

justice , la m açonnerie a sa place". Ce sera donc sous la houle tte d'Emile Ouaknine , homm e d'a ffaire s installé à Raba t, que le Maroc renouera, le 15 juin 2000, avec sa tradition m açonnique .

La consé cration, cé rémonie fondatrice organisée à Marrake ch sous les auspices de la Grande Loge Na tionale Française , perm e ttra au Maroc d'abriter pour la premiè re fois, depuis les années 30, une obédience dite "réguliè re". Ce tte régularité , qui distingue une obédience par é ta t, consiste en la

re connaissance o fficielle par la Grande Loge Unie d'Angle terre , m aison-m ère de toutes les

obédience s de la pas de sérieuse s

la proclam ation de Bouchaib El Kouhi, ingénieur casablancais, comm e nouveau Grand m aître . Ce tte obédience interna tionalem ent reconnue s'est m ontrée particulièrem ent active auprès des loges nord-am é ricaines. Le lobbying é tant l'une des fonctions première s de la FM, elle a réussi à en faire bon usage . Aussi, a ttribuera-t-elle à un ce rtain Pie rre Mouselli, homm e d'a ffaires franco-

libanais ayant sem ble t-il ses entrées à l'ONU, la qualité de repré sentant de la GLRM aux é tats- Unis. Rivalité oblige , en 2004 la Grande Loge Na tionale Française dé cide de ne plus reconnaître la GLRM et crée une nouvelle obédience, la GLRRM. Saad Lahrichi, juriste de 40 ans, assum era dorénavant la grande m aîtrise aprè s que le controversé Ouaknine ait é té poussé vers la sortie . Aujourd'hui, explique ouve rtem ent Lahrichi, "m algré notre nom bre , il faut bien le re connaître assez réduit, nous ne somm es absolum ent pas dans une logique de re crutem ent à tout prix qui pourrait nous m ene r à la m édiocrité , loin de la riche sse spirituelle e t des valeurs m orales que nous

prônons". Il n'em pê che , le s frères se pe rm e ttent aujourd'hui d'invite r autrui à les re joindre , avec

m oins de frilosité qu'avant. Signe de s tem ps, ils se sentent plus libres, agissent m oins dans le

secre t total e t semblent béné ficier de la bienveillance des autorité s. Mais ne serait-ce que parce qu'ils prônent ouvertem ent la libe rté de conscience e t que le discours islamiste le s prend toujours

pour cible prioritaire , ils se m ontrent doublem ent discre ts. Mêm e prudence du côté de l'autre obédience pionnière au Maroc (GLM). égalem ent mise en somm eil, elle rallum e sa flamm e le 21 Juin 2001, sous la présidence de A.K., assureur

casablancais. Le s m é tiers de l'assurance ayant sem ble t-il tradition à fournir à la GLM de s grands

planè te . Néanm oins, ce tte

régularité si prisée des frère s m arocains, n'em pê chera

divergences. Elle conduira, par la suite , à la démission de nom breux initié s e t à

m

aîtres de haute qualité . Elle com pterait actuellem ent cinq loges dont trois à Casablanca e t deux

re

spe ctivem ent à Raba t e t Marrakech e t, fait unique dans le monde arabo-m usulm an, une loge

féminine . Elle a tenu son convent (assem blée générale annuelle) tout dernièrem ent à Casablanca en présence de personnalités m açonniques interna tionale s d'envergure e t où nous voyons que la

solidarité n'e st pas un vain m ot. Ces hôte s apprécient à sa juste valeur l'apport de leur "frères"

m

arocains. Parce

qu'entre un convent e t l'autre , nos Francs-m açons

ont deux tenues (expre ssion

m

aison pour dire réunions) par m ois où ils peuvent à loisir déba ttre de la notion de vérité ou

encore de la sym bolique du triangle , dans un temple be rcé par le rythm e du m uezzin. Si la FM ne devait avoir qu'un objectif unique , ce serait bien le rayonnem ent qu'elle confè re à l'échelon

international au pays dans lequel elle prospè re .

influents, en atteste.

La pré sence au convent d'é trangers, par ailleurs

Voie individuelle et altruisme Alors la FM, un ré seau d'influence ? "Oui certainem ent, m ais une influence toute entiè re tournée

vers la construction du pays hôte , en l'occurrence le Maroc", a ffirm e Lahrichi sur un m ode allégorique . Au fond, l'e ssentiel de l'initia tion m açonnique e st une dém arche volontaire d'un individu voulant atteindre sa vérité afin de réalise r "le passage sym bolique des ténèbre s à la lumiè re". Via un partage rituel de ré flexions philosophiques, économique s ou symbolique s, chacun cherche sa voie , comm e dans le soufism e d'ailleurs (lire encadré , p. 24). Marie-Françoise Blanche t, grande m aîtresse de la Grande Loge Féminine de France (GLFF), anciennem ent colonel de l'arm ée de l'air française , l'explique à sa m aniè re . "Il ne faut pas s'y m éprendre , la m açonnerie est

d'abord e t avant tout un travail sur

m algré les dé cors dont nous somm es parés". Ce tte femm e de tê te a é té accueillie par ses sœurs m arocaines.

A.K., une consultante d'une quarantaine d'années en fait partie . Pour elle , "la FM est une m é thode

ex traordinaire pour mieux se connaître e t ainsi alle r

devient altruiste , on rayonne , on se vit citoyenne du m onde", rien de m oins. En tout cas, l'altruism e , il en faut, sans aucun doute , pour se réunir dans une salle évoquant furieusem ent un tribunal e t n'o ffrant de ce fait aucun confort, a fin de ré flé chir sous une lumiè re bla farde à des choses aussi ex citante s que les trois lumières, en l'occurrence la force , la beauté e t la sagesse .

Ou encore des valeurs aussi abstraites que la tolé rance, l'honnêteté e t la bonté. Gloire au re sponsable de la colonne d'am our (DJ pour les pro fane s) qui programm e Irving Berlin ou Duke Ellington. Mais tout cela aurait-il un sens s'il n'y avait quelque chose en plus ? "Entre e t tu com prendras", indique-t-on au futur apprenti.

soi e t avec le s autres, cela n'a aucun caractère folklorique

à l'e ssentiel. Et lorsqu'on se sent bien, on

Tendance. La fin du secret ?

Plusieurs rem ous agitent l'institution m açonnique occidentale , entre partisans de l'ouve rture à la cité e t donc de l'enrichissem ent m utuel, e t les gardiens du rite qui veulent garde r é tanche la frontière avec le m onde pro fane . En France , le s partisans de l'ouverture s'inquiè tent des limite s imposées de fait au rayonnem ent de la culture m açonnique par sa quasi-absence de s déba ts

sont abordé s des thèm es qui

lui sont traditionnellem ent che rs : droits de la pe rsonne

spiritualité… Au Maroc nous en somm es encore à discute r de l'opportunité ou non de révéler l'existence d'une institution m açonnique nationale , c'est dire là aussi l'abîm e qui nous sépare du monde dit "libre". L'initia tive prise par la Grande loge du royaum e du Maroc (GLRM) de créer un site interne t continue de suscite r des rem ous entre ceux des frères qui voient là une

qui, régulièrem ent, se couent la socié té . Et particuliè rem ent lorsque

hum aine , égalité de s chance s,

dém ystification m alheureuse de l'idéal m açonnique e t ceux qui, au contraire , saluent la

dém arche courageuse , le nom e t la photo du Grand m aître qui figurent en e ffe t en Mais rassurons-le s, le se cre t n'est nullem ent dé floré , l'adresse de la GLRM renvoie

imm euble qui, à m oins d'ê tre initié , ne présente aucune re ssem blance avec ce que l'on attend d'une Grande Loge e t le num éro de téléphone s'avè re ê tre celui d'une agence bancaire . Le

secre t, encore e t toujours.

bonne place . à un

Soufisme et Franc-maçonnerie. Les faux amis

Les similarités évidentes qui existent entre la FM e t le soufism e ont souvent suscité l'intérê t des historiens. Car voilà deux courants à priori en antinomie totale -l'un prônant le tout religieux , l'autre la totale liberté de conscience- qui tendent vers un seul but : rendre l'homm e m eilleur, e t avec la m êm e arm e , si l'on peut dire , le chemin initiatique . L'émir Abdelkader, m açon illustre e t

disciple de Ibn Arabi, pe rsonnalité charism a tique de s confréries soufies expliquait volontie rs qu'il voyait dans la FM la "plus admirable institution de la Terre". Son engagem ent m açonnique e t sa

qualité de profe sseur en théologie s'é tant jusqu'à sa

l'anthropologue Faouzi Sqalli, spécialiste de l'histoire de s religions, "toutes les traditions ou

philosophie s spirituelles qui prom euvent le travail sur l'hum ain, comm e c'est

soufism e e t la FM ont, à tout le m oins, de s a ffinité s de valeurs". Bien que le soufism e soit

largem ent antérieur à la

sur le long chemin qui m ène vers l'ascè se soufie . Nous pouvons d'ailleurs observer selon Sqalli que : "René Guénon, ré férence m agistrale en m atière de spiritualité , em brasse ra le soufism e

après

reconnu sous le nom de Cheikh Abdelouahed Yahia".

m ort nourris l'un de l'autre . Pour

le cas pour le

FM, nous pouvons im agine r que celle-ci pourrait constituer une é tape

qui lui paraissait trop théorique e t sociale . Il sera

avoir pris ses distance s avec une FM

Une histoire mouvvementée

Francs maçons marocains de la loge Al Maghreb Al Aksa, à Tanger. Fin du XIXe siècle

Cela fait 138 ans que la franc-maçonnerie a fait son entrée au Maroc. Sultans, musulmans éclairés, nationalistes, juifs marocains, patrons français, la liste des frères est très longue et les traces du mouvement, très éparses. Et pas toujours tolérées.

Si en 2005, la FM continue à suscite r une grande m é fiance teintée d'incrédulité , il s'avè re néanm oins que celle-ci est présente dans notre pays depuis fort longtem ps. Les historiens s'accordent à faire remonter son im plantation à 1867 avec la Loge Maçonnique de Tanger, dont

plantation à 1867 avec la Loge Maçonnique de Tanger, dont Haim Benshim ol, dire cteur du

Haim Benshim ol, dire cteur du journal "Réveil du Maroc", e st le fonda teur de l'Alliance Française . La

FM connaît

protégé s à l'époque par la France . Plus tard, les FM désorm ais constitué s en plusieurs loges prendront ouvertem ent le parti d'une France dont l'em prise sur le Maroc se renforce .

tout de suite un grand succès dans le s milieux , e spagnol e t israélite tangé rois, trè s

À l'ombre de la 3ème République Tout au long de la IIIém e république (1871-1940), justem ent surnomm ée république FM en raison de la m ainmise de s frères sur tout ou partie de s Institutions, le Maroc connaîtra un foisonnem ent ex traordinaire de loges sur tout le te rritoire . Il n'est pas de ville qui ne compte en son sein une loge m açonnique . L'activité économique du pays ve rra nom bre de frères à la tê te d'entreprise s im portante s qui, pour certaines, sont encore présentes aujourd'hui, telles le "Com ptoir m é tallurgique" ou encore la "Com pagnie des transports de Casablanca", ancê tre de la régie casablancaise . Dans le monde de la presse , "La Vigie m arocaine" e t "Le Pe tit m arocain" sont

l'œuvre de francs-m açons dé sireux au départ de prom ouvoir l'action pa tronale . Par

m êm es journaux pousseront à la prom ulgation du "Dahir Be rbè re" voyant là un m oyen d'a ffranchir

les populations be rbère s de la domination arabe . Les frè re s n'auront néanm oins de cesse d'appele r au développem ent des indigènes prônant la prom otion d'un "enseignem ent mix te e t

laïque dans l'école unique". Ce qui va à l'encontre des inté rê ts de beaucoup d'Européens qui ont

peur "qu'en entrant dans

de s concurrents pour nos

ré torquent : "C'e st à ce prix e t dussions-nous en souffrir, que nous trouve rons un écho dans

cœur de nos protégé s e t que nous hâte rons l'heure où sera devenue une réalité la fra te rnité des peuples". Difficile de savoir si tous le s Francs-m açons de l'époque é taient sur la m êm e voie . D'autant que le premie r Grand m aître "m usulm an" de la Loge de Té touan, Abde slam Bennouna ,

é tait plutôt un na tionaliste , proprié taire

Thami Ouazzani, tous deux fondateurs du Parti Choura e t Istiqlal, tenaient certainem ent leurs

idées libé rales e t leur a ttachem ent à un Maroc du savoir de

la suite , ces

nos lycées, en nom bre asse z fils au m om ent m êm e où le s

im portant, les m usulm ans ne deviennent

débouché s sont rare s…". Ce à quoi le s FM

le

te rrien de son é ta t. Par contre , Abdelkhaleq Torrè s e t

leur engagem ent m açonnique .

Sultans francs-maçons

À la mêm e époque, le nom du Sultan Moulay Abdelaziz est donné à une loge m êm e si son

appartenance à la FM n'a , par la suite , jam ais é té prouvée . En revanche celle du Sultan Moulay Hafid, oncle pate rnel de Moham ed V, ne fait aucun doute e t c'est en 1920 qu'il e st initié à Madrid

par la loge "Union Hispano-Am e ricana n° 379" du Grande O riente Espagnol. Il est fait com pagnon le 10 O ctobre 1921 e t m aître le 13 Mai 1925. C'e st une époque som bre pour lui où après l'abdication e t l'exil, la paix venue , il n'inté re sse plus les gouve rnem ents occidentaux qui, jusque- là, le subventionnaient pour l'utiliser le cas échéant. Réduit à la misère , il habite à Madrid une pauvre pe tite chambre dans laquelle il fait sa cuisine lui-m êm e dans la cheminée . Arrivé en France , il s'affilie le 13 Janvier 1927 à la loge "Jean-Jacques Rousseau" de Montm orency. Sa vie

en exil sem ble rythm ée par se s visites plutôt réguliè res

n'e st plus ce "Sultan de la guerre sainte", ce "cham pion du redressem ent islamique" qui, vaincu, dé trôné avait eu un sursaut de rage : sur le canot qui, à travers l'estuaire du Bouregreg, l'em portait ve rs le paquebot de l'exil, il avait saisi le parasol tenu au-de ssus de sa tê te par un caïd de sa garde , e t pour que ce t em blèm e traditionnel de la souve raine té ne put revenir à son

successeur asservi aux les contradictions de la

au

tem ple e t le s grande s chasse s. Ce

Sultan FM est révélateur de toutes

européens, il l'avait pé riode coloniale .

brisé . Ce t ancien

Dialogue franco-marocain Plus tard, le problèm e sera de surm onte r au Maroc l'obstacle que peut ê tre l'islam en m atière d'admission. Pour cela , une loge "Union e t Progrès" voit le jour en 1949 à Rabat, puis à Se ttat

pour que puisse se crée r "un milieu de dialogue loyal e t éne rgique en vue de rapproche r e t associer les e fforts m usulm ans e t français pour que le Maroc arrive à jouir de la vraie liberté e t de la démocratie". Ce tte loge prendra par la suite le nom de "Frate rnité franco-m arocaine" e t com ptera dans se s rangs le se cré taire général de la résidence ainsi que trois notable s m arocains dont un vizir. Elle dem eurera cependant éminemm ent confidentielle . En O ctobre 1952, les rapports

franco-m arocains

discrè tem ent mise en somm eil. Mais l'inquié tude croît quand l'officie r d'ordonnance du prince Moulay Hassan inte rroge dire ctem ent le vizir sur l'existence de francs-m açons na tionaux . Alarm é s

de ce t intérê t du prince , alors proche des na tionaliste s de l'Istiqlal, les FM m usulm ans se sentent

m enacés e t m e ttent tem porairem ent fin à leurs activité s.

sont difficiles e t craignant de s représailles sur le s "frères" m usulm ans, elle est

Au lendemain de l'indépendance… Ceci n'em pê chera pas plus tard, une fois les tensions politiques apaisées dans le pays, l'istiqlalien Ahm ed Balafre j d'ê tre un m em bre éminent de la FM m arocaine . Mais l'existence m êm e de la FM au Maroc ne peut ê tre réduite à une sim ple conséquence de la colonisation, c'est une forte aspira tion arabe à l'indépendance e t au progrès qui rencontre une structure européenne e fficace . Dans ce sens, il sera m êm e à un ce rtain m om ent question de la création de loges usant de la langue arabe pour perm e ttre l'initiation du plus grand nom bre de frè re s arabes. En 1956,

l'indépendance , qui se fera sans rupture brutale ave c la France , perm e ttra le m aintien des activités

m açonnique s sans difficulté s à Oujda , Meknès, Rabat, Casablanca e t Marrakech. Le Dahir de 1958

relatif aux associations viendra conférer aux différentes loges existante s le cadre légal qui leur faisait dé faut. Dans les première s année s post-indépendance , la présence de bases am é ricaines

sur le te rritoire pe rm e ttra fortem ent le m aintien d'une activité m açonnique d'envergure . En e ffe t,

les frère s y Ben Guérir,

de s bases au Maroc, un frein sera mis

de facto au développem ent de la FM, ce qui n'em pê chera pas ce rtains frères, on l'a vu, de dem eurer actifs aussi bien sur le te rritoire na tional qu'auprè s de loges occidentales en attendant

de s jours m eilleurs. Il s'agira principalem ent préoccupations des loge s a fricaine s. Critique

"traditions

tiendront leurs tenue s dans la discré tion la plus totale , e t il en sera ainsi à Kénitra, Sidi Slim ane e t Nouasse r. Avec la ré trocession

pour eux de sensibiliser le couvent aux du néo-colonialism e e t re cherches sur le binôm e

e t m odernité" se ront, dès lors, au centre de leurs préoccupations.

À lire : Georges Odo, Les francs-maçons au Maroc sous la IIIème République, Editions maçonniques de France

[Quelques Chefs d'État Francs-Maçons]

Origine. De Salomon aux Francs-maçons

La Franc-m açonnerie , dans sa form e a ctuelle , est née

Grande Loge de Londres. La franc-m açonne rie e st pré sentée alors comm e la renaissance d'une

institution dont l'origine rem onte aux tem ps anciens. La légende voudrait que l'O rdre

en Grande -Bre tagne en 1717 ave c la

m açonnique ait vu le jour lors de la construction du Tem ple de Salom on. L'archite cte de l'édifice aurait créé une confrérie a fin d'organiser les travaux sous une double base , spirituelle e t

opé ra tive . Les secre ts du Maître d'œuvre se seraient

jusqu'aux Assassins (ordre arabe) qui les auraient transmis aux Tem plie rs, aux bâtisseurs de ca thédrale s, aux rose s-croix , à la Royal Society e t enfin aux Francs-m açons. Bien d'autres théories plus fabuleuses les une s que le s autres, ont é té avancées depuis. Et si tout le m onde s'accorde à rattacher la franc-m açonne rie m oderne , dite spé cula tive , à la m açonne rie ancienne de m é tier, sa vé ritable origine dem eure trè s m ystérieuse .

transmis de géné ra tions en générations,