Vous êtes sur la page 1sur 20

ANALYSE STYLISTIQUE (I Partie)

Analyse stylistique Principes de la méthode

L’Analyse stylistique est l’examen des procédés linguistiques mis en

écrivain, non

seulement à des fins communicatives, mais encore en vue de produire un effet esthétique.

œuvre

par

un

L’analyse stylistique est sans cesse au service de l’interprétation littéraire du texte, en s’attachant de prime abord aux modalités de l’écriture de l’œuvre, c’est-à-dire au choix des MOTS, des PHRASES, et des FIGURES qui permettent aux auteurs de livrer leur vision du monde, de construire leur univers et de les faire partager au lecteur.

L’analyse stylistique emprunte à la GRAMMAIRE, à la LINGUISTIQUE (énonciation, pragmatique, linguistique textuelle), à la rhétorique, à la poétique et à la sémiotique leurs outils et leurs approches pour MESURER l’utilisation qu’un auteur fait de tel ou tel élément langagier.

Une question délicate se pose:

celle de la représentativité d’un procédé et de la signification qui lui est attachée – le mot procédé est à prendre au sens large de «FAIT OBSERVABLE » à quelque niveau de texte qu’il se présente.

Ces procédés ou « faits observables » peuvent être regroupés sous les rubriques suivantes:

- procédés de progression textuelle

- procédés énonciatifs

- procédés lexicaux

- procédés grammaticaux

- procédés rhétoriques

Il

ces

procédés

deux dimensions supplémentaires

qui

s/note- s/épigraphe-s/dédicace-s)

DOMINANTES

et

(titre-

faits observables

convient

sont

d’associer

à

ou

le

PARATEXTE

les

TEXTUELLES(narrative/descriptive

/dialogale/argumentative)

Nous partons de l’idée que les procédés langagiers ont une FONCTION ou qu’ils renferment un sens identifiable en langue. L’analyse stylistique s’intéresse à la VARIATION de cette FONCTION ou de ce sens en DISCOURS. L’analyse stylistique s’attache aussi à cerner l’INTERACTION de ces procédés entre eux, auxquels tout texte fait différemment appel.

D’autres savoirs littéraires, qui permettent d’apprécier les spécificités du passage, devront être convoqués pour son interprétation. Il peut s’agir du mouvement littéraire ou de l’école auxquels appartient l’auteur ou auxquels il s’oppose. Il conviendra de situer correctement le passage proposé dans son siècle, dans le courant de l’histoire littéraire et, éventuellement, dans l’ensemble de la création artistique d’un écrivain.

L’analyse stylistique ne devra

jamais

séparer

le

FOND

de

la

FORME.

Il est important de comprendre que l’analyse stylistique est amenée à

est

fondamentalement lié. Le texte est un TISSU comme le rappelle son origine latine – texte vient de TISSU –TEXERE.

dévoiler

ce

qui

Chaque

Il

faut

la

signification de l’ensemble.

relation les

procédés relevés les uns avec les autres, pour faire apparaître les enchaînements que le texte unit en profondeur.

élément

remettre

concourt

en

à

On ne traitera pas isolément les procédés en ne donnant qu’une valeur en langue mais on veillera à ADAPTER leur analyse à la spécificité du texte.

Démarche proposée pour élaborer une

analyse

stylistique

Que faut-il analyser? Comment ne pas oublier une composante essentielle?

Dans l’étude de style, il est demandé d’aborder l’analyse du texte par la forme, pour aboutir obligatoirement à une hypothèse interprétative littéraire. Cette hypothèse fondera le projet de lecture, que le commentaire illustrera.

La démarche consistera toujours :

- à RELEVER, IDENTIFIER et ANALYSER le plus techniquement possible, les procédés précis, qui constituent les entrées des questionnaires portant sur le genre et sur le texte.

à MONTRER les effets esthétiques et les effets de sens engendrés par ces procédés. Il conviendra de chercher la valeur du procédé pour l’évaluer quantitativement et qualitativement:

- quantitativement: c’est-à-dire de manière statistique simple, en s’interrogeant sur le degré de présence ou d’absence de telle entrée dans le texte considéré, sur la reprise à haute fréquence, par exemple, de telle figure de style et sur sa répartition dans le texte. L’outil de travail primordial de l’apprenti stylisticien repose sur une opération binaire d’opposition et de différenciation des éléments. La répétition d’un élément est un phénomène à observer de très près, car elle se double souvent d’effets d’accumulation dont il conviendra d’observer les divers avatars.

- qualitativement: il convient d’évaluer la signification d’un procédé remarqué. En effet, toutes les rubriques ne sont pas forcément exploitées de la même manière dans le texte. Il faudra choisir à bon escient les rubriques pertinentes pour l’analyse du passage. Quel effet dominant est ainsi créé? Il est tout à fait possible qu’un même procédé serve différents buts. La coprésence, ainsi que les phénomènes de coréférence avec les autres marqueurs du passage, confèrent à un procédé la signification qu’il déploie précisément dans un texte.

On ne saurait être objectif mais faire preuve de sens stylistique et littéraire par la justesse de ses choix, qui doivent porter sur les procédés essentiels, véritablement constitutifs du texte. L’étudiant essaiera d’éviter le fil du texte myope, le ligne à ligne fastidieux et dénué d’idée directrice de se détacher du déroulement « chronologique » du texte pour regrouper les différents procédés étudiés autour de DOMINANTES, autrement dit en opérant des regroupements « logiques ».

Cette notion empruntée à Jakobson est fondamentale. Elle permet d’organiser le commentaire autour des aspects du texte qui lui assurent une structure, une cohésion et une unité. Elle donne également la possibilité de ne retenir que deux ou trois axes directeurs susceptibles d’orienter et d’organiser l’étude de détail et le plan du commentaire. Une fois cette analyse établie, il est important de montrer en quoi ces procédés concourent à l’expressivité du texte, au rendu des émotions, à l’esthétique de l’œuvre.

Analyse des paramètres génériques et textuels

- l’œuvre? - Comment aborder le texte? (autrement dit comment questionner le texte? Comment traiter l’unité du passage?)

de

Comment

aborder

le

GENRE

Élaborer un plan et rédiger le commentaire stylistique

de

lecture stylistique? - Comment organiser les étapes du commentaire stylistique?(introduction/construire un plan (réorganisation des résultats de l’analyse en fonction du projet de lecture) /conclusion)

-

Comment

formuler

un

projet

L’analyse stylistique (II Partie)

Analyse des paramètres génériques et textuels

NOUS VERRONS DONC:

comment aborder le TEXTE (autrement dit comment questionner le texte. Comment traiter l’unité du passage)

comment aborder le GENRE de l’œuvre

Aborder le GENRE de l’oeuvre

Toute œuvre appartient à un genre, ce qui revient à dire que toute œuvre suppose un horizon d’attente, c’està dire un ensemble de règles servant à orienter la compréhension du lecteur. Identifier le genre dans lequel s’inscrit l’œuvre est un préalable important dans l’étude. En effet, le choix d’un genre littéraire sélectionne une série de procédés langagiers invariants que le commentaire doit mettre au jour. Cependant, comme l’écrivain « joue » avec les genres et cherche à se départir de certains moules d’écriture, la tâche de l’apprenti stylisticien n’est guère facile.

Avant d’aborder le commentaire proprement dit, il est nécessaire de partir d’une sorte de modèle archétypal du genre à étudier, afin d’en dégager les caractéristiques fondamentales et la configuration de ses propriétés structurales.

Il convient donc de « QUESTIONNER le GENRE ».

Nous vous proposons toute une série de questions sur les différents genres qui serviront à interroger les propriétés définitoires d’un genre, tout en mesurant sa part de conformité ou de déviance par rapport à ce modèle.

QUESTIONNER LE GENRE

Questionner le GENRE ROMANESQUE

1. Identifier le sous genre auquel appartient le roman – Autobiographie, mémoires, journal intime, roman d’aventures, conte, nouvelle, roman par lettres, roman naturaliste, etc. afin de déterminer: les choix énonciatifs, notamment la dichotomie récit vs discours, les thèmes abordés, la tonalité dominantes.

2. Identifier la voix narrative La question du narrateur (niveau narratif et relation à l’histoire), la question de la focalisation (omnisciente, interne ou externe), la question du savoir (narrateur ou personnage), la question du destinataire (statut et présence du narrataire), les relations entre l’auteur, le narrateur, le personnage, afin de déterminer qui parle, qui voit, qui sait, qui parle à qui, qui lit?, le pacte choisi.

3. Identifiez le moment formel de la narration Incipit, acmé, excipit, afin de déterminer: l’horizon d’attente que ces moments définissent, la façon dont les informations sont fournies au lecteur, où en est l’action, ce que font, ce que savent, ce que veulent les personnages.

4. Identifiez la dominante textuelle

Narrative, descriptive, dialogale, afin de déterminer: la

dominante narrative (récit, temps du récit, système de personnalisation), la dominante discursive (temps du discours, système de personnalisation)

5. Identifiez les relations entre le temps de l’histoire et le temps du récit L’ordre du temps de l’histoire et du temps du récit, (anachronie, analepse, prolepse, ellipse temporelle), la durée de l’histoire et du temps du récit, c’està dire le tempo romanesque (sommaire, pause, scène, ellipse), la fréquence ou les répétitions d’un événement et les modalités de sa relation (singulative, itérative), afin de déterminer : le rythme engendré par ces jeux multiples, les temps verbaux dominants, quels sont les événements narrés et les événements passés sous silence.

QUESTIONNER le GENRE POÉTIQUE

1. Identifiez les « genres poétiques » ou les tonalités poésie dramatique (théâtre), poésie lyrique, poésie épique, afin de déterminer: leurs particularités énonciatives, les thèmes abordés, la dominante tonale qu’ils induisent, selon l’époque du texte.

2. Identifiez la forme du poème Formes fixes (ballade, fable, lai, ode, pantoum, rondeau, sonnet, etc.), l’usage des codes poétiques particuliers en termes de respect ou de non respect des règles, leur rôle dans l’élaboration du poème, de sa composition et de sa progression, les thèmes abordés en liaison ou rupture avec la tradition, la dominante tonale.

3. Analyser la versification en détail

Les strophes, les mètres, les rimes, afin de déterminer: leur

rôle dans l’élaboration du poème, de sa composition et de sa progression, son rythme, sa musicalité, en tenant compte des traitements spécifiques dus à l’innovation ou à la tradition.

4. Examiner les jeux de langage

D’une part, les jeux sur le signifiant, afin de déterminer: la

disposition sur la page, les jeux de mise en page et de caractères, le rôle du blanc, les jeux de sonorités et leur valeur expressive.

D’autre part, les jeux sur le signifié, afin de

déterminer: le rôle et les valeurs de la dénotation et de la connotation, la force suggestive du langage poétique.

5. Examiner les figures

Notamment les figures majoritaires que sont les tropes et

les figures de répétitions, afin de déterminer: leur rôle dans l’élaboration du langage poétique, leur pouvoir incantatoire, le traitement des images poétiques – innovation vs tradition ,la création d’un univers singulier, l’évocation d’une vision du monde.

QUESTIONNER le GENRE THÉÂTRAL

1. Identifier le sous genre Tragédie, comédie, drame, tragi comédie, farce, vaudeville, mélodrame, etc. afin de déterminer: les codes théâtraux particuliers à un mouvement littéraire, le ton, le registre, les éventuelles ruptures.

2. Identifier le moment de la pièce Exposition, nœud dramatique, dénouement, afin de déterminer: est l’action, ce que font, ce que veulent les personnages, ce que sait le spectateur.

3. Identifier le type de parole Aparté, monologue, dialogue (réplique, stichomythie, tirade), polylogue, afin de déterminer: combien de personnages sont sur scène, à qui s’adressent les propos, qui parle à qui, si la parole est action ou si la parole est récit.

4. Identifier la circulation de la parole

Passage du silence à la parole, passage d’une scène à

l’autre, passage d’une réplique à l’autre, afin de déterminer:

les modalités techniques de la concaténation des répliques, la répartition volumétrique de la parole, les rapports de force des personnages.

5. Déterminer la part de la double énonciation et de la double destination Les rapports auteur vs spectateur, les personnages vs personnages, personnages vs spectateurs, afin d’identifier: le rôle des didascalies (présentes vs absentes; internes vs externes), la mise en abyme et le double jeu, le ou les récepteurs divers de la parole.

Aborder le TEXTE

Il convient de questionner le TEXTE comme nous avons questionné le GENRE. Le questionnaire que nous vous proposons permet une lecture globale de l’objet TEXTE: il comporte huit rubriques qui offrent, dans un ordre arbitraire, les procédés constitutifs et spécifiques du « texte ». Il conviendra de les examiner de manière détaillée , car ils forment le MATÉRIAU BRUT de l’analyse stylistique.

Ce questionnaire ne saurait être utilisé seul, risquant de fausser toute analyse. En effet, le questionnaire portant sur le GENRE est COMPLÉMENTAIRE et c’est la COMBINAISON des deux questionnaires qui confère à l’analyse stylistique son assise. Les catégories « GENRE » et « TEXTE » sélectionnent une série d’éléments qui ont leurs règles propres.

EXEMPLE Le thème MORAL et SOCIAL du « COURTISAN » n’est pas traité « stylistiquement » de la même manière par la comédie de Molière Le Misanthrope, par la fable de La Fontaine « Les obsèques de la lionne », ni par l’un des Caractères de La Bruyère, « De la Cour ».

Les codes génériques du genre théâtral, de la fable

versifiée, du genre bref influent, entre autre sur le traitement

de la parole, les positions du narrateur, le traitement du thème, l’ironie ou le comique suivant le cas.

Comment traiter l’unité du PASSAGE:

1. une limite textuelle: la notion de « passage »

On proposera aux étudiants un extrait, c’està dire un

PASSAGE, qui fait partie d’un TOUT, tout en renfermant une

unité propre qui devra être définie.

Le traitement stylistique ne sera pas le même pour un

extrait, qui, tout en présentant des caractéristiques génériques, trouve son unité ou sa finalité dans un ensemble plus vaste que pour un texte clos.

Un poème ou une fable offrent, par exemple, une

grande unité, dont la signification s’élabore entre le premier vers et le dernier, dans l’espace définit par ces marques de seuil.

L’étudiant devra se poser la question de la délimitation des bornes d’un texte, qui constituent une donnée à prendre en compte dans l’interprétation. L’étude portera sur l’étendue textuelle proposée, afin de relier les divers procédés d’écriture les uns aux autres dans l’espace retenu. Notons que si l’étudiant connaît l’œuvre intégrale, il pourra utiliser ce savoir pour mettre en perspective le passage proposé en le reliant à d’autres moments de l’œuvre, à la récurrence d’un motif ou à une fonction d’annonce, par exemple.

2. Une limite générique: le moment formel

Un genre délimite également une série variable d’étapes ou

de moments qui forment des unités. Il s’agit, par exemple, de l’incipit ou de l’excipit, dans genre narratif, de la scène d’exposition ou de dénouement pour le théâtre.

Ces différents seuils internes à l’œuvre offrent des

informations particulières au lecteur et permettent de suivre des étapes du déroulement de l’intrigue.

3. Établir la composition du passage:

Il est demandé à l’étudiant de cerner l’architecture générale

du passage, et de déterminer les modalités de son orchestration. La COMPOSITION constitue une étape importante de tout commentaire. Elle prendra place dans une première partie du devoir. En se fondant sur les paramètres textuels, thématiques et énonciatifs, on s’efforcera de justifier la logique interne de la construction du passage. Pour les textes clos, il pourra s’agir des modalités de la distribution des strophes ou des paragraphes. Il serait judicieux de proposer des titres rappelant les thématiques abordées que l’on pourra discerner dans chaque phase. Cependant certains extraits échappent à tout découpage parce qu’ils forment une entité.

QUESTIONNER LE TEXTE

Nous présentons sous forme de tableau récapitulatif, les entrées que l’étudiant devra examiner pour tout le texte. Ces entrées seront reprises systématiquement, si possible dans cet ordre, lors de l’étude préalable des textes. 1. Le PARATEXTE Titre (s), Note (s), épigraphe (s), dédicace (s).

2. Procédés d’organisation textuelle

Typographie (disposition et rôle du blanc, jeux de caractères, ponctuation). Volumétrie (variation de longueur des paragraphes des strophes ou des répliques). Progression textuelle: modalités de progression du texte (thème et rhème). Paragraphes (organisation interne, modes de progression et modes d’enchainements). Types de reprises l’identique, avec variation). Types d’anaphore (pronominale, nominale, substitutive, résomptive) ou de cataphore. Types de connecteurs (inter ou intraphrastiques, chronologiques ou logiques).

3. Procédés énonciatifs Spécificité de l’énonciation littéraire (schéma

la

communication, auteur et lecteur, double énonciation). Dichotomie récit vs discours. Les paroles rapportées (discours direct, indirect, indirect libre, narrativisé), les pensées rapportées (psychorécit, monologue intérieur). Polyphonie énonciative (locuteur, énonciateur, citation, ironie). Système de la personnification (noms propres, appellatifs, type de pronoms).

de

4. Procédés lexicaux Le signifiant (graphique, phonique). Le signifié (sèmes, polysémie, dénotation, connotation). Relations sémantiques (d’inclusion, d’équivalences). Réseaux lexicaux (isotopies, champs lexicaux, champs sémantiques). Registres de langue.

5. Procédés grammaticaux L’actualisation et le rôle des déterminants. La caractérisation lexicale (termes axiologiques, affectifs, évaluatifs nonaxiologique). La phrase: structure (simple ou complexe, hypotaxe, parataxe), effets de rythme (protase, acmé, apodose), patron syntaxique, ordre des mots. Modalités d’énonciation (interrogative, exclamative, injonctive, usage de la négation, emphase, passif). Modalités d’énoncé (aléthique, épistémique, déontique). Le verbe (rôle sémantique, phrase verbale, phrase nominale). Valeur et emploi des modes et des temps.

6. Procédés rhétoriques Les grands genres (judiciaires, délibératifs, épidictique). Les parties de la rhétorique (inventio, dispositio, elocutio, actio, memoria). inventio (pathos, ethos, logos, et les formes de raisonnement) Dispositio (exorde, narration, confirmation, péroraison).

Elocutio (figures de diction, de construction, de sens et de pensée).

7. Dominante textuelle

Narrative

Descriptive

Dialogale

Argumentative

Nous verrons

a

majoritairement l’une ou l’autre de ces dominantes.

qu’il

des

GENRES qui exploitent

8. La versification Pour les textes versifiés, comme la poésie ou le théâtre classique, mais également pour examiner certains jeux « poétiques » présents dans la prose.

L’analyse stylistique (III partie)

Élaborer un plan et rédiger le commentaire stylistique

Nous verrons donc:

Comment formuler un projet de lecture stylistique?

Comment organiser les étapes du commentaire stylistique?(introduction/construire un plan (réorganisation des résultats de l’analyse en fonction du projet de lecture) /conclusion)

Formuler un projet de lecture

Formuler un projet de lecture, c’est proposer un parcours aboutissant à l’interprétation du passage.

Il s‘agit d’une étape essentielle qui va fédérer les données recueillies à la suite de l’application des questionnaires.

L’élaboration d’un projet de lecture pertinent permet d’opérer ainsi une sélection dans l’ensemble compact des résultats de l’analyse.

Le commentaire viendra confirmer cette hypothèse de départ, l’enrichir et en montrer la validité.

On ne saurait tout commenter dans un texte: la qualité du commentaire s’évaluera en fonction des choix que l’étudiant opérera et qu’il saura justifier selon l’axe de lecture retenu.

On s’attachera à faire apparaître la littérarité (selon Jakobson "ce qui fait d'une œuvre donnée une œuvre littéraire") du passage choisi en rapport avec le thème abordé.

Trois ensembles se dessinent dont le point d’intersection constitue l’axe majeur du projet de lecture stylistique:

les paramètres génériques spécifiques (genre, sousgenre, dominante narrative, descriptive ou dialogale, moment formel); les thèmes abordés (universaux ou particuliers, topos ou modernité);

le traitement stylistique et rhétorique dominant (tonalité, registres, figures de style).

A partir de ces éléments, l’étudiant rédigera en quelques lignes le PROJET DE LECTURE qui apparaîtra dans l’introduction du devoir. Le commentaire s’élaborera en suivant ce projet de lecture qui servira de FIL CONDUCTEUR et fédérera l’analyse stylistique. Il sera opportun de le rappeler explicitement lors des articulations du devoir. La conclusion devra valider les hypothèses formulées par le projet de lecture.

Organiser les étapes du commentaire stylistique

INTRODUCTION

Elle sera brève et aura pour fonction de:

présenter le texte en identifiant clairement le genre (éventuellement la dominante textuelle) auquel il appartient:

situer le passage; résumer l’extrait en le rattachant à un projet plus général, comme un thème universel, un mouvement littéraire, une expression originale de l’auteur; offrir le projet de lecture stylistique tel qu’il a été défini précédemment et indiquer les grandes lignes du plan.

CONSTRUIRE UN PLAN

Le plan est une étape importante, qui constitue l’armature du commentaire. Il permet de réorganiser les résultats de l’analyse en fonction du projet de lecture choisi pour dévoiler les ressorts et les richesses du texte.

Rappelons cependant qu’en raison de la spécificité de chaque texte, il ne saurait y avoir de plan type. Le plan se fera en deux ou trois parties, jamais davantage. Il comprendra des sous parties abordant en détail le rôle d’un procédé.

Il ne serait pas impossible de suivre les grandes articulations du texte en mettant l’accent sur les procédés de composition, et sur les procédés de progression textuelle. On pourrait également aborder successivement les grands domaines constitutifs du texte: le lexique, la syntaxe, les figures. Nous préférons opter pour un type de plan par « dominantes », en conformité avec l’approche qui a été retenue.

On essaiera ainsi de consacrer la première partie aux éléments macrostructuraux, relevant du genre dans lequel s’inscrit le texte, en utilisant le questionnaire sur le genre. Ainsi, pour le genre théâtral, on examinera les sousgenres:

tragédie, drame, comédie, ainsi que les moments d’une pièce:

scène d’exposition, scène de nœud, péripétie, dénouement, les types de parole: monologue, tirade, etc., qui sélectionnent à différents niveaux des spécificités identifiables, des invariants constitutifs dudit genre. La première partie devra s’intéresser également à l’examen de la composition du texte en dégageant ses principales articulations et leur portée.

La deuxième partie pourra porter soit sur un traitement thématique dominant (la fuite du temps, la rencontre amoureuse, la mort, l’automne…), soit sur l’examen de la tonalité du passage, lorsqu’il s’agira, par exemple, de caractériser le comique, le burlesque ou le pittoresque. La troisième partie privilégiera la figure rhétorique dominante: l’hyperbole, l’antithèse, la répétition, le recours majoritaire aux images (métaphore, etc.,). Le but de cette approche sera de voir en quoi une telle figure est organisatrice de l’extrait et comment elle révèle la littérarité du texte et son pouvoir esthétique.

Nous conseillons à l’étudiant d’adapter à chaque texte le schéma général proposé ci dessus. On n’abordera pas toutes les entrées présentes dans les questionnaire, certaines n’étant pas pertinentes pour rendre compte de la particularité du passage. L’ordre de présentation de ces trois grandes parties peut varier en fonction de la spécificité du texte et du projet de lecture retenu.

CONCLUSION

Elle sera également très brève et tâchera de:

récapituler les moments essentiels de l’analyse qui aura montré les éléments véritablement constitutifs et caractéristiques du style du passage, à la lumière du projet de lecture suivi;

formuler une ouverture qui pourrait s’intéresser à la valeur

esthétique du passage, à son originalité au sein de l’œuvre ou à la représentativité de son style. Il est également possible d’envisager un élargissement à d’autres arts ou d’offrir un rapprochement avec d’autres techniques (peinture, cinéma, musique) recourant à une expression similaire.