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Chapitre 4

Série de Fourier

On a vu comment analyser des circuits dont l’entrée est une source sinusoı̈dale. Mais
comment faire si la source n’est pas sinusoı̈dale ? Est-ce qu’on peut quand même utiliser la
fonction de transfert ?

On peut quand même utiliser le concept de fonction de transfert si on peut décomposer


l’entrée non-sinusoı̈sale en une somme de sinusoı̈des. C’est ce que la série de Fourier permet
de faire. La série de Fourier permet de transformer n’importe quel signal périodique en une
somme de sinusoı̈des.

Pourquoi s’intéresse-t’on aux signaux périodiques ? Plusieurs sources électriques pro-


duisent des signaux périodiques. Les générateurs de fonction produisent des ondes trian-
gulaires, rectangulaires et carrées. Les redresseurs, utilisés pour produire des sources DC à
partir d’un signal AC, produisent des sinusoı̈des qui sont périodiques, mais redressés.

4.1 Série de Fourier

Le mathématicien français Jean-Batiste Fourier découvrit qu’on pouvait transformer n’im-


porte quel signal périodique en une somme de sinusoı̈des. Donc, pour une fonction périodique
quelconque f (t), Fourier démontra qu’on pouvait faire l’équivalence suivante :

X
f (t) = av + an cos nω0 t + bn sin nω0 t (4.1)
n=1

où av , an et bn sont les coefficients de Fourier, et ω0 est la fréquence fondamentale. Les


fréquences qui sont des multiples entiers de ω0 (comme 2ω0 ,3ω0 , etc.) sont nommés les har-
moniques. Par exemple, 2ω0 est la deuxième harmonique, 3ω0 est la troisième harmonique,
et ainsi de suite.

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

Pour faire l’analyse de circuits dont la source est périodique mais non sinusoı̈dale, il
faut décomposer l’entrée en une série de Fourier. Le premier coefficient obtenu, av , est la
composante DC du signal. Les autres composantes représentent différentes fréquences qui
sont présentent dans notre signal d’entrée. Ensuite, pour obtenir la sortie, on calcul la sortie
pour chaque fréquence, puis on fait la superposition.

4.2 Coefficients de Fourier

Les coefficients de Fourier sont obtenus selon :


Z
1 t0 +T
av = f (t) dt (4.2)
T t0
Z
2 t0 +T
ak = f (t) cos kω0 t dt (4.3)
T t0
Z
2 t0 +T
bk = f (t) sin kω0 t dt (4.4)
T t0

Exemple 1

Calculer la série de Fourier pour le signal périodique suivant.

Vm

t
0 T 2T

Lorsqu’on utilise les équations 4.2 à 4.4, on peut choisir la valeur de t0 . Le meilleur choix
est de prendre t0 = 0, ce qui simplifie beaucoup les calculs. L’équation de v(t) entre 0 et T
est :
Vm
v(t) = t
T

Donc l’équation pour av est :


Z T
1 Vm 1
av = t dt = Vm (4.5)
T 0 T 2
ce qui est tout simplement la valeur moyenne du signal.

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

L’équation pour la kième valeur de an est :


Z
2 T Vm
ak = t cos kω0 t dt
T 0 T
µ ¶ ¯¯T
2Vm 1 t ¯
= 2 cos kω0 t + sin kω0 t ¯
T k 2 ω02 kω0 ¯
0
· ¸
2Vm 1
= 2 (cos 2πk − 1) = 0 pour tout k
T k ω02
2

L’équation pour la kième valeur de bn est :


Z
2 T Vm
ak = t sin kω0 t dt
T 0 T
µ ¶ ¯¯T
2Vm 1 t ¯
= 2 2
sin kω0 t + cos kω0 t ¯
T 2
k ω0 kω0 ¯
0
µ ¶
2Vm T
= 2 0− cos 2πk
T kω0
−Vm
=
πk

La série de Fourier de v(t) est :



Vm Vm X 1
v(t) = − sin nω0 t
2 π n=1 n

On peut reconstruire le signal original à l’aide de la série de Fourier pour vérifier si on


peut bel et bien obtenir l’original. La figure suivante montre la reconstruction en utilisant 7,
15 et 51 harmoniques.

On voit bien que plus le nombre d’harmoniques utilisés est élevé, plus le signal original
est reconstruit fidèlement.

Le calcul des coefficients de Fourier est, généralement, un calcul assez long. N’importe
quoi qui simplifie la tâche est donc bénéfique. On verra dans la prochaine section que si
le signal possède de la symétrie, on peut grandement simplifier le calcul des coefficients de
Fourier.

4.3 Symétrie et les coefficients de Fourier

Il y a quatre types de symétrie qui peuvent aider à évaluer les coefficients de Fourier :

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

Original 7 harmoniques
1.5 1.5

1 1
v(t)

v(t)
0.5 0.5

0 0

−0.5 −0.5
0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence (rad/s) Fréquence (rad/s)
15 harmoniques 51 harmoniques
1.5 1.5

1 1
v(t)

v(t)

0.5 0.5

0 0

−0.5 −0.5
0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence (rad/s) Fréquence (rad/s)

1. Symétrie paire
2. Symétrie impaire
3. Symétrie demi-onde
4. Symétrie quart-d’onde

4.3.1 Symétrie paire

Une fonction est dite paire si :


f (t) = f (−t) (4.6)
c’est-à-dire qu’on peut faire une copie miroir autour de l’axe y. La figure 4.1 montre un
exemple de fonction paire.

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

f(t)

t
0 T

Fig. 4.1 – Exemple de fonction paire

Pour des fonctions paires, on peut démontrer que les coefficients de Fourier sont :
Z
1 T /2
av = f (t) dt (4.7)
T 0
Z
4 T /2
ak = f (t) cos kω0 t dt (4.8)
T 0
bk = 0 (4.9)

4.3.2 Symétrie impaire

Une fonction est dite impaire si :

f (t) = −f (−t) (4.10)

c’est-à-dire qu’on peut faire une copie miroir autour de l’axe y puis une copie miroir autour
de l’axe x. La figure 4.2 montre un exemple de fonction impaire.

f(t)

t
0
T
-A

Fig. 4.2 – Exemple de fonction impaire

Pour des fonctions impaires, on peut démontrer que les coefficients de Fourier sont :

av = 0 (4.11)
ak = 0 (4.12)
Z T /2
4
bk = f (t) sin kω0 t dt (4.13)
T 0

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

4.3.3 Symétrie demi-onde

Une fonction périodique possède de la symétrie demi-onde si :

f (t) = −f (t − T /2) (4.14)

C’est-à-dire que si on déplace la fonction d’une demi-période, puis on l’inverse (rotation


autour de l’axe x) et alors que cette nouvelle fonction est identique à l’originale, il y a
symétrie demi-onde. La fonction de la figure 4.2 est un exemple de figure ayant ce genre de
symétrie.

Pour des fonctions ayant de la symétrie demi-onde, on peut démontrer que les coefficients
de Fourier sont :

av = 0 (4.15)
ak = 0 pour k pair (4.16)
Z T /2
4
ak = f (t) cos kω0 t dt pour k impair (4.17)
T 0
bk = 0 pour k pair (4.18)
Z T /2
4
bk = f (t) sin kω0 t dt pour k impair (4.19)
T 0

4.3.4 Symétrie quart-d’onde

Le terme symétrie quart-d’onde décrit une fonction périodique qui a la symétrie demi-
onde mais aussi de la symétrie autour du point milieu entre les demi-cycles positifs et négatifs.
La figure 4.3 a) montre un exemple de fonction périodique qui a la symétrie quart-d’onde,
tandis que la figure 4.3 b) n’a pas la symétrie quart-d’onde.

f(t) f(t)

A A

0 T t 0 T t
-A -A
(a) (b)

Fig. 4.3 – Symétrie a) quart-d’onde et b) n’a pas quart-d’onde.

Une fonction périodique qui a la symétrie quart-d’onde peut toujours être rendue soit
paire ou impaire en faisant un choix approprié de t = 0. Par exemple, la fonction de la figure

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CHAPITRE 4. SÉRIE DE FOURIER

4.3 a) est impaire et peut être rendue paire en déplaçant la fonction de T /4 vers la droite ou
la gauche.

Pour une fonction ayant la symétrie quart-d’onde, si on la rend paire, alors


av = 0 (4.20)
ak = 0 pour k pair (4.21)
Z T /4
8
ak = f (t) cos kω0 t dt pour k impair (4.22)
T 0
bk = 0 (4.23)

Pour une fonction ayant la symétrie quart-d’onde, si on la rend impaire, alors


av = 0 (4.24)
ak = 0 (4.25)
bk = 0 pour k pair (4.26)
Z T /4
8
bk = f (t) sin kω0 t dt pour k impair (4.27)
T 0

Exemple 2

Calculer les coefficients de Fourier pour la fonction de la figure suivante :


i(t)

Im

t
0
T
-Im

La première chose à faire est de chercher pour de la symétrie. La fonction est impaire, et
de plus, possède de la symétrie demi-onde et quart-d’onde. Puisque la fonction est impaire,
av = 0, et ak = 0. À cause de la symétrie demi-onde, bk = 0 pour les valeurs paires de k. À
cause de la symétrie quart-d’onde, l’équation de bk pour les valeurs impaires de k est :
Z
8 T /4
bk = i(t) sin kω0 t dt
T 0

Dans l’intervalle 0 ≤ t ≤ T /4, l’équation de i(t) est :


4Im
i(t) = t
T
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Alors,
Z T /4
8 4Im
bk = t sin kω0 t dt
T 0 T
µ ¶ ¯¯T /4
32Im sin kω0 t t cos kω0 t ¯
= − ¯
T2 k 2 ω02 kω0 ¯
0
8Im kπ
= 2 2 sin k est impair
π k 2

La représentation en série de Fourier de i(t) est :



8Im X 1 nπ
i(t) = 2 2
sin sin nω0 t
π n=1,3,5... n 2

La reconstruction de i(t) est montré à la figure suivante. Dans ce cas-ci, très peu de
fréquences sont nécessaires pour reconstruire le signal original.

Original n=3
1 1

0.5 0.5
i(t)

i(t)

0 0

−0.5 −0.5

−1 −1
0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence (rad/s) Fréquence (rad/s)
n=7 n = 11
1 1

0.5 0.5
i(t)

i(t)

0 0

−0.5 −0.5

−1 −1
0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
Fréquence (rad/s) Fréquence (rad/s)

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4.4 Formes alternatives de la série de Fourier

Il y a deux autres façons d’exprimer la série de Fourier : on peut utiliser une forme polaire,
ou une forme exponentielle. La forme polaire est la suivante :

X
f (t) = av + An cos(nω0 t − θn ) (4.28)
n=1

où An est défini selon :


An ∠θn = an − jbn (4.29)

La forme exponentielle est :



X
f (t) = Cn ejnω0 t (4.30)
n=−∞

où Z t0 +T
1
Cn = f (t)e−jnω0 t dt (4.31)
T t0

La forme exponentielle est obtenue à partir de la relation d’Euler.

4.5 Spectre d’amplitude et de phase

Une fonction périodique est définie par ses coefficients de Fourier et sa période. Si on
connaı̂t av , an , bn et T , on peut construire f (t). Si on connaı̂t an et bn , on connaı̂t aussi
l’amplitude An et le déphasage θn de chaque harmonique.

On peut représenter graphiquement une fonction périodique en termes de l’amplitude


et de la phase de chaque terme de la série de Fourier. On appelle ceci le spectre de la
fonction. Ce graphe permet de visualiser quelles fréquences ont une amplitude importante ;
dans certains cas, la majorité du signal est contenu dans quelques harmoniques.

On fera un exemple pour démontrer l’utilisation.

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Exemple 3

Donner le spectre de la fonction suivante, si Vm = 5V et τ = T /5.

v(t)
Vm

-τ/2 τ/2 T t
0

On utilise la forme exponentielle pour cet exemple, ce qui donnera directement l’amplitude
de chaque composante spectrale.
Z τ /2
1
Cn = Vm e−jnω0 t dt
T −τ /2
µ ¶ ¯¯τ /2
−jnω0 t
Vm e ¯
= ¯
T −jnω0 ¯
−τ /2
2Vm
= sin nω0 τ /2
nω0 T

On peut réécrire sous une forme un peu différente :

Vm τ sin nω0 τ /2
Cn =
T nω0 τ /2

qui est de la forme (sin x)/x. Cette fonction est appelée sinc, et est rencontrée assez souvent
dans le domaine des télécommunications.

Avec les valeurs données dans le problème, on a

sin nπ/5
Cn =
nπ/5

Le spectre d’amplitude est montré à la figure suivante. Remarquer que le spectre donne
0 aux multiples de 5, ou lorsque nτ /T est un entier. Ce qui veut dire que le 5ième, 10ième,
15ième, ... harmoniques sont nuls. L’enveloppe du signal forme la fonction sinc.

Le spectre de phase est montré à l figure suivante. Puisque Cn est réel dans ce cas-ci, la
phase est 0◦ ou 180◦ , selon le signe de Cn .

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0.8

0.6
|Cn|

0.4

0.2

−0.2
−10 −8 −6 −4 −2 0 2 4 6 8 10
n

200

150
θn (degrés)

100

50

0
−10 −8 −6 −4 −2 0 2 4 6 8 10
n

4.6 Calculs de puissance

On verra ici comment faire le calcul de puissance de fonctions périodiques. En effet,


puisque les fonctions périodiques sont formés d’une somme de sinusoı̈des, la puissance d’un
signal est distribuée parmi les harmoniques.

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4.6.1 Puissance moyenne

On peut exprimer la tension et le courant dans une impédance comme étant :



X
v = Vdc + Vn cos(nω0 t − θvn ) (4.32)
n=1

X
i = Idc + In cos(nω0 t − θin ) (4.33)
n=1

où on utilise la notation suivante :


– Vdc , Idc = amplitude de la composante DC
– Vn , In = amplitude de la nième harmonique
– θvn , θin = phase de la nième harmonique
On sait que la puissance moyenne d’un signal est :
Z Z
1 T 1 T
P = p dt = vi dt (4.34)
T 0 T 0

Si on remplace les équations de v et i dans l’équation précédente, on obtient :



X Vn In
P = Vdc Idc + cos(θvn − θin ) (4.35)
n=1
2

Cette dernière équation affirme que s’il y a interaction entre une tension périodique et un
courant périodique, la puissance moyenne totale est la somme des puissances moyennes ob-
tenues de l’interaction de tensions et courants de même fréquence. Les tensions et courants
de fréquences différentes n’interagissent pas pour produire de la puissance moyenne.

4.6.2 Valeur RMS

La valeur RMS d’une fonction peut être exprimée en fonction des coefficients de la série
de Fourier. Par définition, la valeur RMS d’une fonction est :
s
Z
1 T
Frms = f (t)2 dt (4.36)
T 0

En remplaçant f (t) par son équivalent en série de Fourier, on obtient


v
u ∞ µ ¶2
u X A
Frms = ta2v +
n
√ (4.37)
n=1
2

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La valeur RMS d’un signal périodique est la racine carrée de la somme des amplitudes au
carré de chaque harmonique et de la composante DC du signal.

Cependant, il faut typiquement une infinité de sinusoı̈des pour représenter un signal, et


donc il faut faire une somme infinie pour avoir la vraie valeur RMS du signal. Il est souvent
plus simple de calculer la valeur RMS à partir de l’équation 4.36.

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