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REMERCIEMENTS

Je voudrais exprimer ma vive reconnaissance au

professeur JAWAD AMAHMOUL, Professeur à la faculté de

droit, pour m’avoir accordé ce sujet de mémoire d’une extrême

importance et infinie richesse, pour m’avoir donné la chance de

réaliser un travail qui marquera mon cursus universitaire. Qu’il

trouve ici le témoignage de ma profonde gratitude.

Je tiens également à remercier tous les établissements qui

m’ont ouvert leur portes et accès à leurs bibliothèques. Ma

famille et mes amis pour leur soutien fidèle et constant, Enfin, je

suis gré à tous ceux qui, de près ou de loin, se sont investi pour

rendre ce travail possible. Ce mémoire est dédié à vous tous !

1
SOMMAIRE

 PREMIÈRE PARTIE : LA CÉLÉRITÉ EN PROCÉDURE : UNE CONCEPTION


ÉTENDUE

 CHAPITRE 1 : LA NOTION DU DÉLAI RAISONNABLE

 SECTION 1 : QU’EST CE QUE SIGNIFIE UN DÉLAI RAISONNABLE ?

 SECTION 2 : L’APPRÉCIATION DU DÉLAI RAISONNABLE

 CHAPITRE 2 : LES DÉLAIS DANS LA PROCÉDURE

 SECTION 1 : LE RÉGIME DES DÉLAIS

 SECTION 2 : LA SANCTION DU NON-RESPECT DES DÉLAIS

 DEUXIÈME PARTIE : DE L’EFFECTIVITÉ DU PRINCIPE DE CÉLÉRITÉ

 CHAPITRE 1 : A LA RECHERCHE D’UN ÉQUILIBRE

 SECTION 1 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE LENTEUR

 SECTION 2 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE RAPIDITÉ

 CHAPITRE 2 : MESURES ET PRATIQUES PERMETTANT D’ASSURER LA


CÉLÉRITÉ

 SECTION 1 : LE DÉVELOPPEMENT DES PROCÉDURES RAPIDES

 SECTION 2 : QUELQUE MOYENS ET MESURES PERMETTANT


L’ACCÉLÉRATION DU PROCÈS

2
Liste des abréviations

 CPC : Code de procédure civile


 DOC : Dahir des obligations et contrats
 TPI : Tribunal de première instance
 ART : Article

3
INTRODUCTION

À l’heure de la concurrence des systèmes juridiques1, l’efficacité du

système judiciaire devient obsédante au point de faire émerger ce qui serait un

nouveau principe de procédure, le principe de célérité2. Ce dernier a déjà fasciné

et convaincu les auteurs des règles transnationales de procédure qui disposent

que « le procès doit se dérouler rapidement »3.

Le terme célérité vient du latin celeritas, de celer qui signifie rapide ;

promptitude dans l’exécution ou rapidité à agir. Or, le terme célérité est préféré à

celui de rapidité comme pour souligner que la rapidité doit s’accommoder du

temps nécessaire à la qualité du système.

Toutefois, la notion de célérité paraît ambiguë. Le principe de célérité

pose effectivement une question de vocabulaire dont la difficulté réside autant

dans l’étude des termes mêmes de l’expression que dans celles qui lui sont

proches ou similaires. Le principe de célérité signifie concrètement l’exigence de

rapidité. Toutefois, la rapidité n’est pas toujours le gage d’une bonne justice. « la

rapidité n’est pas, et elle n’a d’ailleurs pas à être, la préoccupation première de la

1
Muir Watt (H.) et Fairgrieve (D.), Common law et tradition civiliste : convergence ou concurrence ?, PUF, 2006.
2
Guinchard (S.), « Quels principes pour les procès de demain ? », in Mélanges J. van Compernolle, Bruylant, 2004, pp. 201 et s.,
spéc. p. 236 et s., Les métamorphoses de la procédure à l’aube du troisième millénaire, in Clés pour le siècle, Université
PanthéonAssas, Dalloz 2002, spéc. p. 1201, Raynaud (M.), Le principe de célérité, conférence au Palais de Justice de Paris du 1er
mars 1984, Impr. TGI de Paris, 1984.
3
Ferrand (F.) dir., La procédure civile modélisée, Actes du colloque de Lyon du 12 juin 2003, Éditions
juridiques et techniques, 2004 ; Ferrand (F.), « Vers des règles transnationales de procédure civile ? Le projet de
l’Américan Law Institute et d’Unidroit », Revue des huissiers, janvier-février 2002. Principe n° 3, V. aussi, le
principe n° 20 : la décision doit être promptement rendue.
4
justice. Ce qui importe avant tout, c’est la qualité des décisions rendues [... ] cette

qualité ne peut être atteinte qu’en consacrant à chaque affaire le temps qu’elle

requiert. Tout au plus doit-on formuler le vœu que, du fait de l’encombrement des

juridictions ou pour tout autre raison, ce temps ne soit pas exagérément

prolongé»4.

La compréhension de ce que signifie réellement la célérité, de sa valeur

ou non de principe, doit permettre de donner à cette exigence sa juste place aux

côtés d’autres impératifs, non moins primordiaux qu’elle complète mais avec

lesquels elle est parfois en conflit5.

Dans ce sens, il est préférable d’entendre la célérité au sens donné par

la convention européenne des droits de l’Homme, à savoir de « délai

raisonnable ».

Le terme de raisonnable comprend une dimension supplémentaire

éminemment subjective et concrète qui met l’accent sur un temps aux mesures

de l’affaire en question. Le raisonnable suppose la pondération par la prise en

compte de l’attitude de l’ensemble des acteurs, de la nature et de la complexité

4
Normand (J.), « Le traitement de l’urgence : exception ou principe ? », in Cadiet (L.) et Richet (L.) dir.,
Réforme de la justice, réforme de l’État, PUF., 2003, spéc. p. 159.
5
Fisselier (A.), La défense en justice dans le procès civil, Rennes 1979, univ. de Grenoble, spéc. p. 33 : « on ne soulignera jamais
assez suffisamment que les droits de la défense assurent une défense loyale, ce qui ne veut pas dire absolue : ils doivent
s’harmoniser avec une nécessaire bonne administration de la justice » ; v. égal., Normand (J.), « Le rapprochement des procédures
civiles à l’intérieur de l’Union européenne et le respect des droits de la défense », in Mélanges R. Perrot. Nouveaux juges, nouveaux
pouvoirs ?, Dalloz, 1996, pp. 337 et s., spéc. n° 4, p. 338 : « Partout domine la recherche d’un point d’équilibre entre l’efficacité de la
justice et le respect de ces droits [...] il était nécessaire de prévoir de sérieux contrepoids afin que les droits de la défense ne fussent
sacrifiés au souci d’efficacité».
5
de l’affaire. L’appréciation se fait in concreto et in globo6 Or, le seul terme célérité,

d’après sa définition classique, n’emporte pas cette dimension. Il apparaît de

prime abord ne viser que le seul souci de durée quantitative et non qualitative des

procédures. La célérité, ainsi distinguée de l’urgence et du délai raisonnable serait

une notion à part. Au sens premier, elle signifie que la procédure doit être

promptement menée, sans perte de temps. Elle ne se réduit cependant pas à la

simple rapidité car elle contient en elle une part de qualité dans l’exécution. Au

vrai, célérité rime avec efficacité. Il n’est d’ailleurs pas anodin que, tout comme la

célérité, l’efficacité a en son temps été érigée en principe de procédure 7.

Cependant, dire qu’il faut que les procédures soient menées avec célérité suffit-il

à en faire un principe de procédure ? Georges Ripert considérait que « les juristes

parlent en général des principes comme d’une notion bien connue. Ils se

dispensent ainsi de l’analyser »8. Tentons de voir si le mot principe apporte à la

connaissance ou au respect de la célérité. Au sens étymologique, principe vient

de primo qui signifie premier et de capio capere qui signifie prendre. Le principe

signifie donc celui qui prend la première place, la première part, le premier rang9,

« le plus important, la tête, le chef ; qui est en tête, dirige »10. Est-il raisonnable

de penser que la célérité doit, en premier rang, guider les règles de procédure

civile ? À tout de moins, il faut admettre qu’elle ne peut avoir la première place.

Elle est, au mieux, derrière l’exigence de qualité de la justice. Non que les deux

6
V. CEDH, König c/ Allemagne, op. cit., (procédure administrative) ; CEDH, Buccholz c/ Allemagne, op. cit., (procédure prud’homale)
; CEDH, Guincho c/ Portugal, 10 juillet 1984, série A, n° 81 (procédure civile) ; CEDH, Duclos c/ France, 17 décembre 1996, J.C.P.
1997, I, 4000, n° 27, obs. Sudre (F.) (procédure civile devant la TASS).
7
Mathieu (B.), Essai sur le principe d’efficacité en droit judiciaire privé, Thèse Aix-en-Provence, 1993. Principe qui serait selon
l’auteur tantôt correcteur d’autres principes, ainsi de la collégialité pour permettre le juge unique, et tantôt directeur pour guider,
notamment les procédures de référé.
8
Ripert (G.), Les forces créatrices du droit, LGDJ, 1955, pp. 325 et s., spéc. n° 132, p. 326.
9
Turlan (J.-M.), « Principe. Jalons pour l’histoire d’un mot », in La responsabilité à travers les âges,
Économica, 1989, spéc. p. 115.
10
Gaffiot (F.), Dictionnaire latin-Français, Hachette, 2000.
6
s’opposent car une justice de qualité doit être rendue avec célérité, mais elles ne

vont pas toujours dans le même sens. Si l’une doit primer l’autre, la qualité nous

semble devoir toujours tenir la première place.

Par ailleurs, le législateur marocain ne facilite pas notre compréhension

puisqu’il ne détermine pas les contours de la notion de célérité, En effet, la célérité

en procédure est une notion large qui ne renvoie en code de procédure civil

Marocain à aucune disposition précise qui la définirait de manière générale.

Toutefois, le droit au jugement dans un délai raisonnable est un droit

constitutionnel, l’Art 120 de la Constitution du 29 juillet 2011 renvoie à la notion

de délai raisonnable en disposant que « Toute personne a droit à un procès

équitable et à un jugement rendu dans un délai raisonnable ». il en est de même

pour Chart de la Réforme du Système Judiciaire de juillet 2013 et qui avait comme

objectif principal d’accroître l’efficacité et l’efficience de la justice et plus

particuliérement Statuer sur les affaires et exécuter les jugements dans des délais

raisonnables.

La célérité en procédure est un principe qui fait référence à la place du

temps dans la justice. La justice doit constamment s’adapter, elle doit suivre le

temps, mais est elle pour autant capable de maîtriser le temps. Le respect de ce

principe est une composante essentielle du procès équitable qui permet de

garantir une bonne administration de la justice. Le principe de célérité est

indissociable de la mise en place d’une bonne justice. Il tend à protéger des

intérêts différents. D’une part, il tend au respect de la présomption d’innocence,

7
d’autre part, il vise à rendre effective l’interdiction du déni de justice. De même, la

réduction de la durée de la procédure a pour double effet de diminuer ces coûts11

et de satisfaire les plaideurs qui, en général, attendent une décision judiciaire

rapide. Ils bénéficient en outre du droit d’être jugés ou de voir leur affaire jugée

dans un délai raisonnable.

De manière générale, le principe de célérité s’adresse tant au juge qu’à l’autorité

judiciaire. Le respect de la notion exige la combinaison d’une approche qualitative

et d’une approche quantitative de la gestion des affaires. Toutefois, le critère

qualitatif suppose que le juge dispose du temps nécessaire à l’examen d’une

affaire dans des conditions de sérénité suffisante, ce qui peut alors apparaître en

contradiction avec l’exigence de célérité qui est pourtant l’une de ses composante.

Pour qu’il y ait à la fois célérité et qualité, ce qui importe, en définitive, ce

n’est pas tant une durée courte de la procédure qu’un temps adapté à la nature

du litige, un temps concret, «sur mesure», en rapport avec les situations concrètes

des parties au cours de l’instance et à la catégorie de litiges concernée12. Le

temps de la justice doit davantage faire l’objet d’une régulation que d’une

réglementation13

Il ne s’agit pas de renforcer l’efficacité de la justice par une plus grande

célérité, au détriment du respect des droits de la défense. Si certaines lenteurs

doivent être combattues, d’autres, au contraire, méritent d’être conservées, parce

qu’elles sont utiles. Ici, la durée correspond à des pertes de temps inutiles, voire

11
Il a été montré que, d’un point de vue économique, l’intérêt de l’avocat lui-même réside dans un traitement
rapide de l’affaire entraînant une réduction des charges. Cf. La qualité de la justice, Marie-Luce Cavrois,
Hubert Dalle et Jean-Paul Jean, préc., p. 4.
12
Cf. Soraya Amrani-Mekki, Le temps et le procès civil, Nouvelle bibliothèque de thèses, Dalloz, Paris, 2002,
p. 512.
13
Cf. Soraya Amrani-Mekki, op. cit., n/ 71, p. 155. Cf. également n/ 303, p. 295.
8
nuisibles, qui ne concourent pas au processus judiciaire. Les vraies lenteurs à

combattre, les seules longueurs à réduire, sont celles qui ne sont porteuses

d’aucun avantage, sinon pour celui des plaideurs qui a intérêt à gagner du temps.

L’objectif affiché de poursuivre à la fois la célérité et la qualité de la justice rejoint,

en procédure civile, l’idée de la quête nécessaire d’un temps “sur mesure” du

procès. En effet, le temps est une notion relative et subjective. Améliorer la qualité

de la justice revient à rechercher, pour chaque procès civil donné, un temps

adapté à l’espèce traitée, aux circonstances particulières de l’affaire.

De fait, il convient d’obtenir, non pas un temps accéléré à tout prix des

procédures civiles, mais un temps adapté, “sur mesure”. Un temps qui fasse la

balance adéquate entre, d’une part, la recherche d’une efficacité du procès civil

et, d’autre part, le nécessaire respect plein et entier des droits de la défense, signe

de qualité d’une justice civile rénovée qui fait de la synchronisation des différents

temps du procès un enjeu de régulation indispensable

La célérité est entendue non pas comme synonyme d'urgence ou de

précipitation mais de rapidité maîtrisée au service de l'effectivité et de la qualité

de la justice. Le terme de célérité n'est pas exprimé généralement en tant que tel

dans les textes mais il se retrouve à travers la notion de délai raisonnable.

Le délai raisonnable, qui est un des critères essentiels du procès

équitable, constitue la parfaite illustration de l’utilisation de la durée

9
qualitativement subjectivement déterminée comme étendue temporelle

composant un délai.

Dans un but de bonne administration de la justice, l'obligation du délai raisonnable

permet de lutter contre la lenteur de la procédure.

« le principe des délais de jugement raisonnables est "un principe

constitutionnel et un droit humain" qui constitue l'un des critères adoptés dans

l'évaluation des systèmes judiciaires et "ne porte atteinte en aucun cas à

l'indépendance du pouvoir judiciaire". »14

la célérité est un objectif primordial qu'il est nécessaire d'appliquer à tous

les stades de la procédure. L’étude de ce principe dit célérité de son effectivité

est essentielle en ce sens qu’elle commande les démarches actuelles des

réformateurs de la procédure. « Toute réforme de la procédure consiste,

aujourd’hui, à accélérer la marche du procès »15, Il faut dès lors se demander ce

que signifie un principe de célérité, est-il effectif au point de le considérer comme

un principe directeur effectif du procès ? Si le principe de célérité porte sur une

conception étendue ( PREMIÈRE PARTIE) il convient de s’interroger sur son

effectivité en analysant l’équilibre du temps sur lequel il doit porter, ainsi que les

pratiques juridiques , voire les moyens garantissant cette effectivité ( DEUXIÈME

PARTIE).

14
Avait éxprimé le ministre de la Justice mustpha Ramid lors d’une conférence de presse le mercredi 7 septembre 2017 à Rabat
15
Hébraud (P.), La réforme de la procédure, LGDJ, 1936, spéc. n° 2, p. 3.
10
PREMIÈRE PARTIE : LA CÉLÉRITÉ EN PROCÉDURE : UNE
CONCEPTION ÉTENDUE

L'exigence de célérité est explicitée à travers la notion de délai

raisonnable, d’où la nécessité de comprendre dans un premier temps ce que

signifie réellement la notion du délai raisonnable (CHAPITRE 1), Avant d’étudier

le régime des délai dans la procédure (CHAPITRE 2).

CHAPITRE 1 : LA NOTION DU DÉLAI RAISONNABLE

Le délai raisonnable est le temps utile dévolu à une juridiction pour rendre

sa décision en prenant en compte les particularités de l'affaire. Il est dès lors

nécessaire de s’interroger sur la notion du délai raisonnable à travers les deux

notions qu’elle met en relation à savoir « délai » et « raisonnable » (SECTION 1).

Il convient ensuite de savoir à partir de quels éléments peut-on dire qu’un délai

est ou n’est pas raisonnable (SECTION 2)

SECTION 1 : QU’EST CE QUE SIGNIFIE UN DÉLAI RAISONNABLE ?

L’intégration du délai raisonnable en droit Marocain est la parfaite

illustration de l’influence du droit européen en général et de son homologue

français en particulier. Le délai raisonnable trouve sa source dans l’exigence du

11
respect du principe de célérité de la Justice. d’où Le droit à un jugement dans un

délai raisonnable est un élément du procès équitable16.

l'obligation du délai raisonnable permet de lutter contre la lenteur de la

procédure. L'exigence de célérité est issue du droit international et se retrouve en

droit interne. Ainsi, le terme de délai raisonnable est consacré pour la première

fois dans la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme en

son art 6 paragraphe 1 : « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue

équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable … » Au niveau interne,

le principe a été consacré par l'article 120 de la constitution marocaine du 29

juillet 2011 ; « Toute personne a droit à un procès équitable et à un jugement

rendu dans un délai raisonnable » de ce fait, le droit à un jugement rendu dans

un délai raisonnable, désormais, un droit fondamentale constitutionnel. La notion

du délai raisonnable est ainsi évoquée à plusieurs reprises au sein du DOC.17

Le délai raisonnable peut être défini en analysant séparément les

termes délai et raisonnable. Un délai correspond en principe au temps accordé

pour accomplir une action ; on peut l’opposer au terme durée qui correspond

plutôt à une période mesurable pendant laquelle se déroule une action ou un

phénomène. Le délai, fixé au préalable par un texte, est comparé à une durée, de

sorte que le constat d’une durée supérieure au délai prévu pour une action

entraîne une sanction. En outre, l’expression contient également le terme

16
Sur l’exigence de célérité comme garantie d’une bonne justice civile, cf. Natalie Fricero, “L’exigence de
célérité”, in : Droit et pratique de la procédure civile, Dalloz action, 2002-2003, sous la direction de Serge
Guinchard, n/ 2201 et s., et les nombreuses réf. citées.
17
Les articles, 36, 113, 144, 255, 272, 764, 768, 867, 936 du D.O.C marocain
12
raisonnable. Si dans le sens commun est raisonnable ce qui est conforme à la

sagesse et à l’équité ou ce qui est suffisant, convenable, sans excès, l’usage de

cet adjectif en droit n’est pas anodin car il a une connotation particulière, tirée du

droit international public d’où il est issu. En effet, le droit international public

conduit à user d’un vocabulaire particulier parfois flou18 ; il est constitué souvent

de standards juridiques ou de notions cadres auxquels les juges doivent donner

une interprétation satisfaisante. Le terme raisonnable renvoie au bon sens, à ce

qui est conforme aux principes communs, à une idée de modération et de juste

mesure. En droit, l’adjectif se substitue à des concepts purement quantitatifs. En

conséquence, il est laissé aux soins des interprètes et exégètes du texte de fixer

son contenu. Accolé aux mots délai ou durée, l’adjectif rend plus souple

l’appréciation d’un événement comme la durée d’un procès. En l’occurrence, la

convention européenne des droits de l’homme ainsi que la constitution Marocaine,

notamment, l’art 120 ne fixe pas de délais chiffrés car le texte est destiné à

s’appliquer dans un domaine qui requiert de la souplesse. Ainsi une procédure

peut se prolonger du fait de l’exercice d’une voie de recours ou du fait de l’appel

à un expert etc. Il est pratique d’user de la notion de délai raisonnable propre à

s’adapter à toutes les situations concrètes.

Associer le délai au raisonnable peut à première vue surprendre : le

raisonnable renvoie à la raison tandis que le délai désigne le laps de temps dont

on dispose pour agir. En réalité, la notion signifie que le temps accordé doit être

adapté à la situation en cause : il s’agit d’un délai « convenable », « approprié ».

18
Salmon J.A., Le concept de raisonnable en droit international public, Mélanges Reuter, A. Pedone, 1981, p.447

13
cette interprétation est confirmée par la jurisprudence. Pour éviter les répétitions,

le juge judiciaire ou administratif qui se réfère au principe de célérité emploie des

expressions différentes telles que « délai anormal », retard « abusif » ou

« excessif ». Ces termes, apparemment synonymes, témoignent de la difficulté à

trouver la limite entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. On pourrait

considérer que les délais prévus parfois par le législateur sont ceux qu’il considère

comme raisonnable. Mais, c’est surtout dans l’hypothèse où rien n’est prévu que

la question se pose ; c’est donc essentiellement de ce type de situations qu’il nous

paraît utile de réfléchir.

Faut-il encore savoir comment la notion de délai raisonnable est

appréciée. Pour cela il faudra s’interroger sur la détermination de la durée du

procès et son appréciation subjective et objective.

SECTION 2 : L’APPRÉCIATION DU DÉLAI RAISONNABLE

Montesquieu mettait en évidence la notion du délai raisonnable dans

les procédures : « il faut que la Justice soit prompte. Souvent l’injustice n’est pas

dans le jugement, elle est dans les délais »19 Aujourd’hui le droit à un jugement

dans un délai raisonnable est un élément du procès équitable, dont le respect doit

être assuré par les juridictions. Un jugement rendu après une procédure trop

longue perdrait tout son sens pour un justiciable, ainsi il a fallu instaurer cette

notion législativement car ce devoir de célérité et bien trop souvent inobservé.

19
Montesquieu, discours lors de la rentrée du Parlement de Bordeaux, OEuvres complètes, T.1, Gallimard,
1949, p. 47
14
Il paraît important de s’interroger sur la manière dont elle apprécie le caractère

raisonnable du délai.

Il existe trois critères principaux et un critère complémentaire

d’appréciation du délai, qui s’appliquent indifféremment aux durées globales de

procès. Il s’agit selon une appréciation objective (§ 1) de la complexité de l’affaire,

du comportement du requérant, du comportement des autorités et enfin selon une

appréciation subjective (§ 2), le critère de l’enjeu du litige.

Le contenu de ces critères a été précisé par la cour européenne et la doctrine20

§ 1 : L’appréciation objective

Il s’agit de :

 La complexité de l’affaire :

la complexité de l’affaire, qui dépend du nombre de personnes à

entendre pour la manifestation de la vérité, du caractère internationale des

infractions reprochées ou des investigations nécessaires, peut justifier une lenteur

de procédure. On ne saurait en effet attendre du juge les mêmes obligations de

célérité pour une affaire simple que pour une affaire complexe. C’est ainsi que

peuvent justifier un allongement du délai des actes d’instruction menées à

l’étranger, des procédures pour délits financiers ou nécessitant des expertises

particulièrement techniques. En effet, plus l’affaire sera complexe plus il sera

difficile de rechercher la véracité des faits. Exemple : pour apprécier la complexité

20
Renucci J.-F., Droit européen des droits de l’homme, op. cit. n°131
15
de l’affaire : On regarde le nombre de personne impliquer par l’affaire, ou encore

la difficulté de la preuve, on se réfère également à la dimension nationale ou

internationale du litige. On de même prendre en considération la multiplicité des

procédures en cours, Et enfin cette complexité peut se mesurer « au degrés de

technicité de l’affaire ». plus l’affaire est technique plus le procès devient de plus

en plus long.

 Comportement des parties au litiges :

En deuxième lieu, le comportement des parties au litige peut expliquer

la durée de la procédure dans la mesure où il a été à l’origine du ralentissement

de toute la procédure. Certes, on ne peut reprocher à l’individu poursuivi d’exercer

les voies de recours disponibles ou de se taire pendant des interrogatoires car

ces prérogatives correspondent à l’usage de droits que lui accorde le droit interne,

néanmoins la durée pourra être la conséquence de tels comportements tenus

pour dilatoires ou abusifs. Exemple : un requérant qui change sept fois d’avocat :

délai quand même raisonnable, de même quand il abuse de l’exercice des voies

de recours, ou encore quand il est absent à l’audience, ou encore un requérant

qui adopte une stratégie pour retarder le procès.

 Le comportement des autorités:

Le comportement des autorités peut-être mis en cause, lorsque l’État

n’assure pas la possibilité de désengorger le système judiciaire en ne lui assurant

pas suffisamment de moyens humains et matériels. En effet, le retard dans

16
l’examen des dossiers ou les délais excessifs d’audiences, s’ils ont pour cause

l’engorgement des tribunaux, ne déchargent pas l’État de son obligation d’assurer

la célérité du cours de la justice pénale. Il lui revient de prendre toute mesure

nécessaire pour répondre à ces objectifs.

§ 1 : L’appréciation subjective

Il s’agit ici de :

 L’enjeu du litige.

L’appréciation subjective comprend le critère de l’enjeu du litige. c'est

donc une appréciation au cas par cas car chaque affaire est singulière. Elle va

donc tenir compte des enjeux du litige pour le requérant car ils peuvent parfois

justifier une plus grande diligence de la part des juridictions. L’intérêt qui est en

jeu pour le justiciable, et qui dépend de l’issue de la procédure judiciaire, est tel

qu’il exige un délai raisonnable du jugement.

Malgré ces critères, la notion de délai raisonnable reste floue et mal

aisée à manier. En effet, aucun critère n’étant décisif par rapport aux autres,

l’appréciation du caractère raisonnable du délai d’une procédure laisse à la place

à des divergences de jurisprudence.

17
CHAPITRE 2 : LES DÉLAIS DANS LA PROCÉDURE

La durée d'un procès est un élément essentiel du procès pour le

justiciable qui souhaite une décision rapide. La plupart des systèmes juridiques

tentent de répondre à cette exigence : en effet, si la justice est retardée, il n'y a

pas de justice «Justice delayed, Justice denied.21».

L’étude des délais de procédure est donc essentielle car ils sont une

des garanties fondamentales des droits des justiciables et de la célérité du procès.

D’où il paraît nécessaire d’étudier le régime des délais (SECTION 1) Dont le non-

respect par les justiciables peut entraîner des sanctions (SECTION 2)

SECTION 1 : LE RÉGIME DES DÉLAIS

Tout procès implique une procédure, c'est-à-dire l’accomplissement

d’une série d’actes, de formalités. La notion de procédure s’inscrit nécessairement

dans une durée. Le régime des délais a fortement évolué. Notre droit

contemporain comprend une multitude de délais. Par exemple, lorsqu’une

décision de justice est rendue, le juge peut accorder des délais de grâce, c'est-à-

dire que le juge peut reporter ou échelonner le paiement des sommes dues. Les

délais de grâce sont un répit accordé au débiteur. Ce dernier, bien que redevable

d’une somme d’argent, n’est pas tenu de payer immédiatement.

21
Pradel J., La célérité du procès pénal, R.I.Crim.Pol.Tech. 1984 p.402
18
De manière plus générale, le terme « délai » évoque la durée qui sépare

deux situations juridiques. La qualification des délais varie selon le moment au

cours duquel ils courent.

§ 1 : Les délais Avant l’ouverture d’une instance

Avant l’ouverture d’une instance, classiquement sont distingués les

délais de prescription extinctive des délais préfix.

Les premiers ont pour objet de faire disparaître un droit d’action du fait

d’un comportement d’abstention relatif à l’exercice d’une prérogative quelconque.

En droit commun, les justiciables, Selon l’art 387 du DOC (Dahir des obligation et

contrats), disposent d’un délai 15 ans pour agir. Ainsi les actions exercée entre

commerçant se prescrit par 5ans selon l’art 388 du DOC, autre action comme, les

actions intentées par les médecins se prescrit par 2ans, les actions intentée par

professeurs se prescrit par 1 an. Lorsque ce délai est dépassé, l’action est

prescrite ; en conséquence, elle ne pourra plus être exercée. Selon Art 386 du

DOC, La prescription se calcule par jours entiers et non par heures ; le jour qui

sert de point de départ à la prescription n'est point compté dans le calcul du temps

requis pour prescrire. La prescription s'accomplit lorsque le dernier jour du terme

est expiré.

On leur oppose traditionnellement les délais préfix. Ces derniers ont

pour fonction d'inciter une personne à agir, dans un laps de temps limité, faute de

quoi elle perdra son droit à agir. En matière d’appel, l’appelant dispose, Selon l’art
19
13422 du code de procédure civil , d’un délai de 30 jours à compter de la

notification, cependant, « Les délais d'appel sont triplés en faveur des parties qui

n'ont ni domicile ni résidence dans le Royaume »23. Lorsque les conclusions ne

sont pas produites en temps voulu, l’affaire est alors radiée.

Ces deux types de délais engendrent les mêmes conséquences, c'est-

à-dire qu’ils produisent sur l’action un effet extinctif sanctionné par une fin de non-

recevoir. Par contre, cette distinction provoque la mise en œuvre de régimes

différents. Les délais de prescription, par opposition aux délais préfix, sont

susceptibles de suspension ou d'interruption. Par ailleurs, considérés comme

étant d'ordre public, les délais préfix peuvent être soulevés d'office par le juge, les

délais de prescription ne pouvant être soulevés que par le débiteur. Cependant,

l'ensemble de la doctrine s'accorde pour relever l'extrême confusion régnant en

la matière et la difficulté à distinguer entre délais préfix et délais de prescription

en raison de l'amalgame fait par le législateur et la jurisprudence entre ces deux

régimes.

Dès lors qu’une instance est introduite (c'est-à-dire une suite d’actes

allant de la demande en justice jusqu'à la décision juridictionnelle finale), celle-ci

va être encadrée par des délais qui sont appelés « délais de procédure ».

22
L’article 134 « ... L'appel des jugements des tribunaux de première instance doit être formé dans le délai
de trente jours... »

23
Article 136 du code de la procédure civil Marocaine
20
§ 2 : Les délais de procédure

La durée des délais est en principe définie par la loi, mais le juge a

souvent le pouvoir de fixer un calendrier. Elle est déterminée en années, en mois,

en jours ou en heures. Les délais de procédure sont en principe intangibles, c'est-

à-dire insusceptibles de modification dans leur durée. Le juge a

exceptionnellement le pouvoir d'augmenter certains délais, ou de les réduire en

cas d'urgence. Les délais sont étroitement liés à l'exigence de durée raisonnable

des procès,

De manière générale, il s’agit soit de délais pour accomplir un acte soit

au contraire de délais instaurant une trêve au profit de l’une des parties. Une

bonne combinaison des différents délais de procédure permet d’apporter une

solution à l’exigence du droit à un procès équitable affirmé par l’article. La notion

générique de procès équitable comprend le droit d’obtenir un jugement dans un

délai raisonnable et la protection des droits de la défense. Cette approche permet

de distinguer deux catégories de délais des actes de procédure.

A- Catégorie de délais de procédure :

Deux catégories de délais des actes de procédure sont alors à distingués.

 Les délais dits d’action :

Cette première catégorie comprend les délais destinés à permettre une

accélération (ou tout au moins à limiter la durée) de la procédure. En doctrine, on


21
parle dans ce cas de « délais d’action » car ils imposent aux parties d’agir, c'est-

à-dire d’accomplir un acte ou une formalité dans un temps déterminé. Les

exemples sont nombreux. C’est le cas du délai d’enrôlement, du délai fixé par le

juge pour conclure ou communiquer une pièce ou le délai de comparution. Les

délais d’action sont donc un moyen de rendre effectif le droit pour tout justiciable

d’obtenir un jugement dans un délai raisonnable.

 Les délais d’attente :

Dans une seconde catégorie figurent les délais qui tendent à assurer la

protection des droits de la défense qui, eux aussi, sont protégés au titre du droit

à un procès équitable. En doctrine, ils sont parfois qualifiés de « délai d’attente ».

Il s’agit d’attendre l’expiration d’un délai avant d’accomplir un acte ou une

formalité. Pendant ce délai, le défendeur va pouvoir organiser sa défense. Le

demandeur ne peut poursuivre la procédure avant l’expiration de ce délai. Relève

de cette catégorie le délai de comparution.

Qu’ils soient dits « d’attente » ou « d’action », les délais de procédure répondent

à des règles de computation,

B- La computation des délais

La computation des délais s'effectue selon des règles générales: le point

de départ est la date de l'acte, de l'événement, de la décis ion ou notification qui

fait courir le délai. Selon l’article 512 du CPC. « Tous les délais prévus au présent

code sont des délais francs » En cas de délai fixé en jours, le jour de l'acte ne

22
compte pas, et le délai commence à courir le lendemain à zéro heure; l'échéance

d'un délai en jours est le dernier jour à 24 heures, celle d'un délai en mois ou en

années, le jour du dernier mois ou de la dernière année qui porte le même

quantième que le jour de départ (à défaut de quantième identique, l'échéance est

le dernier jour du mois). Si ce jour est un samedi, dimanche, jour férié ou chômé,

le délai est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant 24, pour laisser au

plaideur la possibilité d'agir.

Par ailleurs, le non-respect des délais de procédure par les parties au

niveau interne peut entraîner des conséquences, sanctionnant les justiciables

eux-mêmes.

SECTION 2 : LA SANCTION DU NON-RESPECT DES DÉLAIS

En principe, les délais de procédure sont sanctionnés d’une façon

particulièrement énergique puisque leur dépassement entraîne normalement la

forclusion du plaideur tardif. Cependant, cette solution n’est pas absolument

générale.

24
Article 512 alinéa 2 : « Si le dernier jour du délai est un jour férié, le délai est prorogé jusqu'au premier
jour non férié »

23
Si le délai inobservé est un délai d'action la sanction est la forclusion

(plus de droit d'agir), c'est une fin de non-recevoir. Si le délai inobservé est un

délai d'attente, la sanction est variable.

La sanction de l'expiration des délais est. en principe, la forclusion ou la

déchéance, qui est l'interdiction d'accomplir l'acte hors délai, à peine

d'irrecevabilité. La forclusion est automatique, elle peut même être relevée d'office

par le juge si elle a un caractère d'ordre public (ex. le non-respect des délais de

recours). Cette déchéance constitue comme la prescription une fin de non-

recevoir.

 La forclusion :

Généralement, chaque fois qu’un délai a pour fonction de punir

civilement un comportement tardif, il s’agit d’un délai de forclusion.

La forclusion ne sanctionne pas les délais dits « d’attente ». Ainsi, si le

but du délai est de protéger les droits de la défense, son inobservation par celui

qu’il tendait à protéger n’est pas sanctionnée aussi rigoureusement que la

méconnaissance d’un délai « d’action ».

Si le but d’un délai est de permettre l’accélération de la procédure (délai

« d’action »), l’inobservation de ce délai entraîne une forclusion, ou déchéance,

c’est-à-dire la perte par l’intéressé du droit de faire l’acte qui devait être accompli

24
dans le délai considéré. Par exemple, le non-exercice d’une voie de recours telle

que l’appel dans le délai requis fait normalement perdre le droit d’exercer cette

voie de recours. La décision rendue par le juge du premier degré devient

irrévocable

Le délai de forclusion peut être nommé parfois « délai de déchéance » mais ce

rapprochement est justifié. La forclusion est normalement définie comme une

sanction pour défaut d’accomplissement dans un délai déterminé d’une formalité

: le titulaire du droit qui est forclos ne peut alors plus accomplir cette formalité. La

déchéance est quant à elle la perte d’un droit résultant d’une indignité, incapacité,

fraude. Ainsi, le seul élément qui distingue la forclusion de la déchéance est le

temps. La forclusion n’est qu’une forme particulière de déchéance pour

écoulement du temps, elle correspond à l’introduction du temps dans le concept

de déchéance.

Le délai de forclusion est animé par l’idée de sanctionner un comportement peu

diligent. Cette empreinte est sensible dans les délais de procédure. L’expiration

d’un délai de procédure tombe donc sous le coup de la plus forte sanction

procédurale qui existe, la fin de non-recevoir.

Toutefois, Il arrive que l'expiration de certains délais ne soit pas

sanctionnée : par exemple, le délai dont dispose le défendeur pour constituer

avocat devant le TPI, mais il peut encore utilement agir plus tard.

25
DEUXIÈME PARTIE : DE L’EFFECTIVITÉ DU PRINCIPE DE
CÉLÉRITÉ

Alors que nous venons de voir dans la première partie sur quoi repose

le principe de célérité à travers la notion du délai raisonnable ainsi que l’étude du

régime des délais, il paraît fondamental de s’interroger d’évoquer la question

l’effectivité du principe de célérité,

La célérité, dans le procès, ne doit en effet être synonyme ni de

précipitation, ni même d’urgence. Il est nécessaire que le déroulement d’une

affaire puisse connaître des respirations. La célérité doit être placée au service

de l’efficacité, de l’effectivité et de la qualité de la justice. Elle doit être une valeur

communément partagée, qui profite à tous les justiciables.

Le droit à la célérité se traduit pour les justiciable par le droit d’être jugé

dans un délai raisonnable ce qui comprend d’ailleurs aussi le droit de ne pas subir

une procédure excessivement rapide (CHAPITRE 1), Il importe pourtant de

réfléchir encore à des mesures, susceptibles de répondre à l’exigence de la

célérité (CHAPITRE 2)

CHAPITRE 1 : A LA RECHERCHE D’UN ÉQUILIBRE

La célérité ne doit pas être la recherche de la rapidité à tout prix au

détriment des justiciables, c’est pourquoi il a fallu trouver un juste équilibre entre

la lenteur et la rapidité

26
Même si pour respecter le délai raisonnable, il convient d’assurer la

célérité des procédures, les deux ne se confondent pas car l’exigence de célérité

va au-delà et reste parfois en deçà. Il faut que les procédures ne soient pas

excessivement longues, certes, mais encore qu’elles soient tenues promptement

sans perte de temps inutile.

Pour que le principe de célérité devienne donc effectif, il a fallu

adapter le temps en procédure sans pour autant tomber dans l’excès. Pour ce

faire, il a fallu trouver un juste milieu entre un excès de lenteur (SECTION 1) et

un excès de rapidité (SECTION 2)

SECTION 1 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE LENTEUR

Notre société qui privilégie l’instant présent et impose l’urgence

dénonce souvent les lenteurs de la justice et c’est pour remédier à cette lenteur

que le principe de célérité a été imposé.

D’abord la lenteur porte préjudice à la justice elle-même car elle en

donne une image négative.

La lenteur dans une conception plus générale porte préjudice à l’État car depuis

toujours la justice y est rattachée.

Mais surtout la lenteur cause préjudice pour les justiciables. Effectivement, on

peut très bien imaginer qu’une décision de justice rendue trop tardivement soit

privée d’effets, dans ce cas, la lenteur est une cause d’ineffectivité. Cela est grave

car cela prive la justice d’intérêt pour les justiciables. En effet, l’intérêt de la

27
personne allant devant le juge n’est pas de savoir si le droit a été dit mais si la

décision rendue sera appliquée ou pourra l’être. En sachant en matière

administrative le principe est celui de l’exécution immédiate des décisions de

l’administration, quel intérêt aurait le justiciable à agir contre l’acte autorisant la

création d’un ouvrage public si à la fin de la procédure l’ouvrage public est quand

même réalisé sachant qu’un adage nous dit ouvrage public même mal construit

ne se détruit point ?

La lenteur peut aussi se révéler problématique en matière de sauvegarde des

preuves. On ne peut concevoir aussi bien en matière pénale qu’en matière civil

une procédure qui soit lente et entraîne la destruction ou dénaturation ou encore

détérioration des preuves nécessaires au procès.

Le principe de célérité doit être appliqué de manière à éviter ces travers

cependant il ne doit pas être appliqué non plus avec un excès de zèle qui

conduirait à bafouer les droits des justiciables.

SECTION 2 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE RAPIDITÉ

La réprobation envers les procès trop rapides apparaît tôt dans l’histoire. A.

LOISEL disait à ce propos « Sage est le juge qui écoute et tard juge, car de fol

juge brève sentence ». Le principe de célérité n’impose aucunement une

procédure expéditive, d’ailleurs l’art 120 de la constitution Marocaine, ainsi que

l’art 6 de le convention Européenne des droits de l’homme impose le principe de

célérité non pas à travers le droit d’être jugé rapidement mais à travers le droit

d’être jugé dans un délai raisonnable ce qui est sensiblement différent.

28
La recherche d’une célérité de la procédure doit se faire en conservant à l’esprit

qu’elle doit se concilier avec la qualité de la justice dont elle est d’ailleurs une

composante. Une justice qui n’est pas rendue à temps est une justice de

mauvaise qualité

 La procédure doit permettre aux différents parties de s’exprimer


et de trouver si possible un compromis

Mais comment trouver un compromis si la procédure est trop rapide ?

Ainsi dans les procès civils, l’apaisement des parties est très important en raison

des litiges en jeu et la conciliation demande du temps. En fait, selon l’article 180

alinéa 2 du code de procédure civile Marocaine25, il est toujours procédé à une

tentative de conciliation à la saisine du tribunal, la mission conciliatrice est

désormais dévolue au juge. En droit pénal la conciliation tend à prendre de plus

en plus d’importance notamment au stade de la poursuite :un accord entre

l’accusation et la personne poursuivie a des effets sur l’action publique qui peut

alors ne pas être exercée.

 Le procès doit permettre d’atteindre la vérité

Mais comment faire si le procès est trop rapide car la recherche de la

vérité prend plus de temps, sans en prendre on risque de commettre des erreurs,

25
Article 180 code de procédure civil «Lorsque le juge est saisi d'une procédure, [...] il est toujours procédé à
une tentative de conciliation ».
29
c’est la confrontation des arguments et de la discussion des preuves qui naît la

vérité il faut respecter un certain délai pour cette confrontation.

 La rapidité touche elle aussi à l’image de la justice

Aussi va se reposer le problème de l’image de la justice car si les procès

sont jugés trop rapidement cela favorise l’arbitraire des juges. L’histoire a montré

que c’est en période de troubles que sont jugés hâtivement les personnes et cela

a donné lieu à des abus de pouvoirs.

 Certaines règles peuvent faire face à l’excès de rapidité.

La procédure doit respecter certaines règles qui empêchent par nature

qu’un procès n’aille trop vite, donc la procédure est en elle-même une garantie

contre une justice expéditive. En voulant établir une justice trop rapide et en

passant outre ces principes on violerait les principes fondamentaux garantissant

une bonne justice.

Il en va ainsi du formalisme qui représente une sécurité et une garantie

contre l’arbitraire, le juriste allemand Ihering résumait dans une formule célèbre

« Ennemie jurée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté ». En

procédure civile le demandeur doit prendre le temps de rédiger une assignation

avec une présentation de son argumentation en fait et en droit ensuite un temps

est consacré à la communication de cet acte à l’adversaire, voire la convocation,

puis un délai de comparution est imposé, Les règles régissant la convocation sont
30
régies par les dispositions des articles 36 et suivants du CPC, ces règles fixent

l’ensemble des formalités devant être respectées pour que la notification soit

valable, la formalité la plus importante se rapporte au délai devant séparer la

notification de la convocation et le jour fixé pour la comparution, ce dernier ne

peut être, selon l’art 4026 du CPC, inférieur à cinq jours si la partie est domiciliée

ou réside dans le ressort de la juridiction compétente et 15 jours si elle demeure

en dehors de ce ressort27 . Ainsi l’article 335 du CPC Marocain dispose : « ... Il

doit y avoir cinq jours francs entre le jour de la remise de la convocation et le jour

indiqué pour la comparution ».

Ce formalisme procédural a pour objectif de garantir un procès équitable en

protégeant le justiciable tant contre les manœuvres dilatoires de son adversaire

que contre l’arbitraire du juge. Néanmoins, il convient de lutter contre les dérives

d’un formalisme outrancier qui conduirait inévitablement à complexifier une

procédure déjà critiquée pour sa longueur et son coût. Ce formalisme ne doit pas

servir un intérêt autre que la célérité et ne doit pas être une cause d’une trop

grande lenteur. Le formalisme doit être limité à ce qui est indispensable.

Il y a aussi le principe du contradictoire, un temps doit en effet être

consacré dans le procès à la discussion contradictoire, La sagesse populaire

recommande de ne pas entendre « un seul son de cloche » et d’écouter les deux

discours opposés avant de prendre une décision, la sagesse juridique va dans le

même sens. Le principe des débats contradictoires suppose qu’un temps soit

26
« Il doit y avoir, entre la notification de la convocation et le jour fixé pour la comparution, un délai de cinq jours si la partie est
domiciliée ou en résidence dans le lieu où siège le tribunal de première instance ou dans une localité limitrophe, et de quinze jours si
elle se trouve dans tout autre endroit sur le territoire du Royaume, à peine de nullité du jugement qui serait rendu par défaut. »
27
ASCENSI LIONEL « Du principe du contradictoire » thèse 1977 Université Panthéon-Sorbonne Paris.
31
réservé lors de l’audience à l’échange d’arguments entre les parties. Pour en

discuter, il faut au préalable en avoir été informé afin de pouvoir organiser sa

défense donc cela nécessite un certain temps et il est impossible d’aller en deçà.

Or, le code de procédure civil prévoit une seul dérogation à ce principe dit

contradictoire, cette dernière concerne l’ordonnance sur requête prévue par

l’article 148 du code de procédure civil, cette procédure permet au président de

tribunal de première instance d’ordonner, sur requête d’une partie, l’une des

mesure conservatoires prévues par la loi sans que la partie contre laquelle cette

requête est présentée, soit appelée28.

D’autre garantie comme la transparence associant la publicité et la

motivation des jugements ainsi que l’organisation des voies de recours sont

autant de garanties contre l’excès de rapidité.

La publicité permet au peuple de s’assurer que la justice soit bien

entendu et cela donc l’apparente à un contrôle du peuple, les juges évitent ainsi

de juger trop hâtivement sous peine de se voir sanctionner par le peuple.

La motivation est une forme de garantie contre l’arbitraire du juge car

elle permet au justiciable de vérifier qu’il a été écouté et entendu ce qui permet

de favoriser une meilleur acceptation de la décision et elle protège d’une trop

grande rapidité car il faut du temps au juge pour rédiger cette motivation.

28
La procédure d’injonction de payer déroge au principe du contradictoire.
32
Les voies de recours sont une garantie contre une justice expéditive car

elles obligent le juge à ne pas trancher trop vite et à examiner

consciencieusement le dossier sous peine de voir sa décision infirmée ou cassée.

CHAPITRE 2 : MESURES ET PRATIQUES PERMETTANT D’ASSURER LA


CÉLÉRITÉ

Remédier plus ou moins aux lenteurs de la justice, réduire la durée de

la procédure, requiert l’adoption de certaines mesures et moyens permettant

l’accélération du procès. Il s’agit notamment du développement des procédures

d’urgence (SECTION 1) Fournir et mettre en place les moyens nécessaire

permettant le souple déroulement des instances (SECTION 2)

SECTION 1 : LE DÉVELOPPEMENT DES PROCÉDURES RAPIDES

Comment ne pas s'intéresser aux procédures d’urgence lorsque l'on

s'interroge sur les conditions dans lesquelles peut être rendue dans un délai

raisonnable une justice de qualité ?

À cet égard, l’accélération du processus judiciaire par l’usage des

procédures d’urgence ne doivent pas faire oublier qu’il reste indispensable de

protéger les droits de la défense. Réduire davantage la durée de ces procédures

amènerait rapidement à dépasser le seuil de tolérance des droits subjectifs à la

rapidité et au provisoire. Il apparaît, dans ces conditions, délicat d’améliorer ces

procédures dans le sens de la rapidité, Sans pour autant oublier la qualité de la

justice.

33
Il existe des procédures plus rapides que la procédure habituelle, car

pour que les États garantissent la célérité il ne suffit pas qu’ils assurent une durée

moyenne et raisonnable des litiges mais il faut aussi que le droit permette de juger

rapidement les affaires nécessitant une réponse à bref délai. Ces procédures

présentent la particularité de permettre au demandeur d'obtenir une décision

provisoire. Elles n'aboutissent pas à un jugement ayant autorité de la chose jugée,

à la différence des procédures au fond. Il s’agit notamment de la procédure en

référé (§ 1) L’ordonnance sur requête (§ 2) et l’injonction de paiement (§ 3)

L’aboutissement d’un accord entre les parties peut aussi contribuer à une certaine

célérité (§ 4)

§ 1 : La procédure des référés

La procédure de référé présente la particularité de procéder de la

nécessaire célérité, qui est une composante de l’efficacité de la justice. Comme

toute procédure qui intègre un souci d’efficacité, elle est issue de la pratique.

Conçu à l’origine comme une procédure d’urgence, dans le souci de préserver les

droits des parties en vue du procès qui interviendrait ultérieurement, le référé

visait alors à remédier aux lenteurs du déroulement ordinaire des procédures.

Le régime des référés est régie par le CPC marocain, notamment de

l’article 149 à l’article 154. Il s’agit d’une procédure rapide et simplifiée destinée à

obtenir d’un juge unique, en l’occurrence, le président du TPI, le président du

tribunal de commerce, le président du tribunal administratif ou le président de cour


34
d’appel, toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

Cette procédure que l’on appelle communément « procédure en référés » servent

à obtenir par exemple des mesures conservatoires ou de remise en état destinées

à prévenir un dommage imminent ou à faire cesser un trouble illicite ou encore

l’octroi d’une provision au profit du créancier.

L’urgence qui constitue une condition de recevabilité de la requête en

vue de l’obtention d’une ordonnance de référé, n’a pas été définie par la loi29. La

question d’urgence relève du pouvoir d’appréciation du président du tribunal de

première instance.

Aux termes de l’article 152, Les ordonnances sur référés ne statuent

qu'au provisoire et sans préjudice de ce qui sera décidé sur le fond. Le caractère

à relever ici est le caractère provisoire. Cela signifie que la décision rendue en

référer ne tranche pas le litige au fond. Cette décision n’a pas d’autorité de chose

jugée au principal. Le juge de fond pourra trancher dans le sens qu’il veut. Le juge

des référés pour rendre sa décision va devoir se livrer à des appréciations très

précises sur le fond. Une décision est provisoire lorsque ses effets ne sont pas

définitifs.

L’ordonnance de référé est une décision contradictoire, cela l’a distinguée

de l’ordonnance sur requête ( que nous allons voir par la suite). Par conséquent

29
« Le juge des référés doit déterminer dans sa requête les éléments qui lui ont permis de constater la
réalisationde l’urgence » Arrêt de la cour suprême n 1645 du 2-11-1983 in « ‫ » مجلة قضاء المجلس االعلى‬n35-36
p :31.
35
l’instance en référé est introduite par voie d’assignation, c’est une procédure

d’accélération c’est pour cela que les plaideurs l’utilisent quand ils le peuvent.

La procédure débouche sur une ordonnance en référé (assimilée à un

jugement mais avec des spécificités) : qui n’a pas autorité de la chose jugée. C'est

une décision provisoire mais elle exécutoire30

L’évolution du référé s’est faite de telle manière que la mesure, en dépit

de son caractère provisoire, est en réalité souvent définitive. De plus en plus

fréquemment, le juge prononce, non plus des mesures d’attente, mais des

mesures qui anticipent sur ce que pourrait décider le juge du fond.

§ 2 : L’ordonnance sur requête

L’ordonnance sur requête est régie par les dispositions de l’article 148 du

CPC, Elle est rendue non contradictoirement par le président du tribunal de

première instance dans le ressort duquel la mesure doit être appliquée ou par son

délégataire.

La doctrine estime que cette procédure est utilisée en matière gracieuse :

c'est l'hypothèse où le juge n'a pas à trancher un conflit de prétentions, c'est

l'hypothèse où le juge va devoir contrôler l'activité juridique des parties.

Longtemps on a cru que les ordonnances sur requête ne concernaient que la

matière gracieuse et non la matière contentieuse. Aujourd'hui la plupart des

auteurs affirment que cette procédure peut parfois participer de la juridiction

contentieuse ; ex : possible de pratiquer une saisie conservatoire sur les biens de

30
Article 153 : « Les ordonnances sur référés sont exécutoires par provision... »
36
son créancier, demandée par voie d'ordonnance sur requête. Ici on se trouve dans

la matière contentieuse.

Les présidents des tribunaux de première instance sont seuls

compétents pour statuer sur toute requête aux fins de voir ordonner des constats,

des sommations ou autres mesures d'urgence en quelques matières.

Cette procédure rappelle la procédure de référé car elle partage son

caractère provisoire. L’ordonnance sur requête n’est pas dotée de l’autorité de la

chose jugée. En cas de rejet, le requérant peut, à tout moment , présenter une

nouvelle requête ayant un objet identique à la première devant la même

juridiction.

§ 3 : L’injonction de paiement

L’injonction de paiement est prononcée au courant d’une procédure

accélérée. Cette ordonnance est régie par les dispositions des articles de 155 à 165

du CPC. Elle peut être utilisée pour le recouvrement des créances fondée doit sur un

titre soit sur une reconnaissance de dette31

Même s’ils ont intérêt à le faire, les créanciers ne sont pas obligés de suivre

cette procédure. Cette dernière constitue une alternative à l’action qui peut être

exercée sur le fond et qui peut être exercée sur le fond et qui peut aboutir au même

résultat.

La compétence pour connaître des requêtes en vue d’injonction de payer

est attribuée au président du tribunal de première instance.

31
67 ‫ ص‬13 ‫ شروط الموضوع و الشكل" في "االشعاع" ع‬,‫بولمان محمد " مسطرة االمز باألداء‬
37
§ 3 : Procédures faisant intervenir un accord des parties

On peut constater un accroissement considérable des cas où le juge se

contente d’homologuer l’accord des parties. Cela a lieu en procédure civile, pénale

et administrative et cela permet de tenir de nombreuses audience très courtes avec

un contrôle limité de juge ce qui est donc favorable à la célérité. Ce mouvement de

contractualisation de la justice n’entraîne pas un abandon total du rôle du juge chargé

de contrôler les actes des parties, mais ce rôle est plus réduit que dans le dans le

cadre d’une procédure de droit commun. Il en va ainsi en droit civil lors du règlement

du divorce lorsque les parties se mettent préalablement d’accord sur ses modalités.

SECTION 2 : QUELQUE MOYENS ET MESURES PERMETTANT L’ACCÉLÉRATION


DU PROCÈS

À côté des procédures d’urgence, les États doivent aussi chercher les

moyens qui peuvent assurer la célérité de procédure. Il s’agit en l’occurrence

d’augmenter les moyens financiers et humains, L’intégration des moyens

informatique et électronique.

§ 1 : L’augmentation des moyens financiers et moyens humains:

L’institution judiciaire a certainement besoin de moyens, aussi bien

humains que financiers, pour fonctionner dans des conditions satisfaisantes. Dès

lors que l’on impose à la justice des “standards” de qualité, au nombre desquels

la célérité prend une place toujours croissante, il apparaît essentiel de donner au

service public les moyens et les crédits pour se doter des hommes et du

matérielle,

38
Le temps du délibéré est un temps d’attente insupportable pour les

parties, un temps d’oubli pour les avocats mais un temps de réflexion pour le juge.

Certes, il n’est pas imaginable que le juge passe plusieurs mois à réfléchir sur un

dossier mais le temps de sa réflexion est-il mesurable ? Tout au plus peut-on

souhaiter une réduction globale de ce temps en augmentant les personnels

administratifs afin de permettre au juge de se concentrer sur sa mission

juridictionnelle.la création de nouveaux juges, l’augmentation des personnels

travaillant dans le domaine de la justice, paraît alors indispensable à la souplesse

du déroulement du procès et par conséquent la célérité de celui-ci.

§ 2 : L’intégration des moyens informatique et électronique

Lutter contre les temps morts suppose leur identification préalable, ce

qui n’est pas chose aisée si on veut bien admettre que le procès résulte d’actions

combinées. Ainsi, Quant aux délais de transmission des documents, ils semblent

constituer des temps inutiles qu’il faut combattre. C’est pourquoi les nouveaux

modes de communication électroniques sont vivement encouragés de nos jours.

Pourtant, même cet aspect matériel met en jeu les garanties du procès équitable.

L’accès au juge dépend de l’accès aux nouvelles technologies et suppose un coût

d’équipement source d’inégalité entre les parties donc d’atteinte à l’égalité des

armes. Le principe de publicité pourrait également être atteint par les facilités

accordées électroniquement. Si le prononcé du jugement peut être fait par remise

en greffe, quid d’un jugement prononcé électroniquement ? le développement

des technologies de l’information et de la communication est venu renforcer

l’efficacité du recours à l’informatique en même temps qu’il a rendu plus

39
perceptibles les atouts de cet outil pour concourir à une justice de qualité, rendue

rapidement.

CONCLUSION

Il convient de rappeler finalement que la célérité, ou plus encore le

jugement dans un délai raisonnable et une garantie élémentaire d’un procès

équitable, désormais, c’est un droit fondamental et humain protégé par la

constitution. Les États doivent alors mettre à la disposition de la justice les

moyens humains et financiers nécessaires afin de contribuer au

développement du principe de célérité. Cependant, la justice ne doit pas être

à la recherche absolu de la célérité, l’accélération exagérée du procès peut

néanmoins revêtir un aspect négatif sur la justice, ainsi la rapidité peut

également porter atteinte aux droits de la défense.

Si on estime que le principe de célérité n’existe pas, ou qu’il ne faut le

considérer comme un véritable principe de droit, l’objectif de célérité est

envahissant. Sa quête délicate, souvent acrobatique, doit aujourd’hui

s’accompagner d’un travail plus sociologique, quasi psychologique sur la

perception et la compréhension du temps judiciaire.

40
BIBLIOGRAPHIE

Sources législatives

 Code de procédure civile Marocain


 Les Texte de la constitution Marocaine du 2011
 Dahir des obligations et contrats
 Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme, 1950

Rapports et Revues

 AMRANI-MEKKI Soraya, Le principe de célérité, RFAP 2008, n°125


 Magendie (J.-C.), « Rapport Magendie » : Célérité et qualité de la justice,
2004

Ouvrages

 Précis, Procédure civile, Jawad AMAHMOUL, éd 2009


 L’essentiel de la procédure civil, Natalie Fricero, éd 2015-2016
 Le temps et le procès civil, Soraya Amrani-Mekki, Dalloz éd 01/02
 Procédure civile, Cédric Tahri, 2007

Web-sites
 https://www.doc-du-juriste.com/droit-prive-et-contrat/droit-
penal/dissertation/celerite-justice-479729.html
 https://www.doc-du-juriste.com/droit-prive-et-contrat/droit-
penal/dissertation/delais-procedure-445638.html

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TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS........................................................................................................................................... 1
SOMMAIRE .................................................................................................................................................... 2
LISTE DES ABREVIATIONS .............................................................................................................................. 3
INTRODUCTION ............................................................................................................................................. 4
PREMIÈRE PARTIE : LA CÉLÉRITÉ EN PROCÉDURE : UNE CONCEPTION ÉTENDUE .......................................... 11
CHAPITRE 1 : LA NOTION DU DÉLAI RAISONNABLE ........................................................................................ 11
SECTION 1 : QU’EST CE QUE SIGNIFIE UN DÉLAI RAISONNABLE ? ............................................................ 11
SECTION 2 : L’APPRÉCIATION DU DÉLAI RAISONNABLE ............................................................................ 14
§ 1 : L’appréciation objective ........................................................................................................................... 15
 La complexité de l’affaire : ............................................................................................................... 15
 Comportement des parties au litiges : ............................................................................................. 16
 Le comportement des autorités: ..................................................................................................... 16
§ 1 : L’appréciation subjective.......................................................................................................................... 17
 L’enjeu du litige................................................................................................................................ 17
CHAPITRE 2 : LES DÉLAIS DANS LA PROCÉDURE ............................................................................................. 18
SECTION 1 : LE RÉGIME DES DÉLAIS .......................................................................................................... 18
§ 1 : Les délais Avant l’ouverture d’une instance ............................................................................................. 19
§ 2 : Les délais de procédure ............................................................................................................................ 21
A- Catégorie de délais de procédure : .................................................................................................. 21
 Les délais dits d’action : ................................................................................................................... 21
 Les délais d’attente : ........................................................................................................................ 22
B- La computation des délais ............................................................................................................... 22
SECTION 2 : LA SANCTION DU NON-RESPECT DES DÉLAIS ........................................................................ 23
 La forclusion : ................................................................................................................................... 24

DEUXIÈME PARTIE : DE L’EFFECTIVITÉ DU PRINCIPE DE CÉLÉRITÉ ................................................................ 26


CHAPITRE 1 : A LA RECHERCHE D’UN ÉQUILIBRE ........................................................................................... 26
SECTION 1 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE LENTEUR ........................................................................... 27
SECTION 2 : LA LUTTE CONTRE LES EXCÈS DE RAPIDITÉ ........................................................................... 28
 La procédure doit permettre aux différents parties de s’exprimer et de trouver si possible un
compromis ....................................................................................................................................... 29
 Le procès doit permettre d’atteindre la vérité ................................................................................ 29
 La rapidité touche elle aussi à l’image de la justice ......................................................................... 30
 Certaines règles peuvent faire face à l’excès de rapidité................................................................. 30
CHAPITRE 2 : MESURES ET PRATIQUES PERMETTANT D’ASSURER LA CÉLÉRITÉ ........................................... 33
SECTION 1 : LE DÉVELOPPEMENT DES PROCÉDURES RAPIDES ................................................................. 33
§ 1 : La procédure des référés .......................................................................................................................... 34
§ 2 : L’ordonnance sur requête ........................................................................................................................ 36
§ 3 : L’injonction de paiement .......................................................................................................................... 37
§ 3 : Procédures faisant intervenir un accord des parties ................................................................................ 38
SECTION 2 : QUELQUE MOYENS ET MESURES PERMETTANT L’ACCÉLÉRATION DU PROCÈS .................... 38
§ 1 : L’augmentation des moyens financiers et moyens humains: .................................................................. 38
§ 2 : L’intégration des moyens informatique et électronique .......................................................................... 39

CONCLUSION ............................................................................................................................................... 40
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................................... 41
TABLE DES MATIÈRES .................................................................................................................................. 42

42
… La célérité en procédure est un principe
qui fait référence à la place du temps dans
la justice. La justice doit constamment
s’adapter, elle doit suivre le temps, mais
est-elle pour autant capable de maîtriser
le temps. Le respect de ce principe est
une composante essentielle du procès
équitable qui permet de garantir une
bonne administration de la justice…

ELAASRI ABDELKARIM
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