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L’ÉVOLUTION

DE

LA

DES

CINQUANTAINE

AU

COURS

CINQ

PREMIERS

PASCALE

SIÈCLES

BIBLIOTHÈQUE

DE

LITURGIE

DIRECTEUR

ROBERT

CAB1É

AU

GRAND

SÉMINAIRE

DE

TOULOUSE-ALBI

LA

PENTECÔTE

L ’évolution de la Cinquantaine pascale au cours des cinq premiers siècles

DESCLÉE

Bibliothèque de Liturgie sous la direction de

A.-G. MARTIMORT

N ihil

obstat :

A.

prof, in Facultate theol, Tolosan,

G.

M artim ort

Imprimatur :

Albiensi, die 2 ia junii 1964

+

Claudius Dupuy

archiepiscopus Albiensis.

Copyright © 1965 by D esclée & Co, Tournai (Belgium)

Ail rights reserved

Prlnted in Belgium

INTRODUCTION

Le mystère pascal semble retrouver dans la spiritualité de notre époque la place qu’il occupait dans la vie des premières générations chrétiennes. Aux yeux des nombreux fidèles à qui les réformes de Pie XII ont rendu l’intelligence de sa célébration, il apparaît comme le foyer et la source de tout le mystère de la foi, tel que l’Église le vit depuis toujours, longtemps obscurci cependant dans la mentalité commune par le fléchissement de l’esprit liturgique.

Les recherches historiques ont largement contribué à ce renouveau. Il est toutefois surprenant qu’elles se soient tournées surtout vers le Carême et la Semaine Sainte, alors que la Cinquantaine pascale faisait l’objet d’une moindre curiosité scientifique, bien qu’elle fût le noyau primitif de toute la célébration. Cela explique peut-être que la récente Constitution conciliaire De Sacra Liturgia ne fasse aucune place à ce temps, dans ses projets de réforme de l’année liturgique. Il est vrai que cette solennité a subi de telles transformations depuis ses origines, qu’il est difficile d’être sensible, au premier abord, à l’importance exceptionnelle que lui conférait l’ancienne tradition. Cependant, plusieurs articles, publiés dans des dictionnaires ou des périodiques divers, ont abordé la question de l’apparition et de l’évolution de la Pentecôte, mettant en œuvre l’essentiel de la documentation que l’on a pu recueillir jusqu’à ces dernières années.

Pentecôte, dans le Dictionnaire d*Archéologie chrétienne

et de Liturgie, dû à la plume de H. Leclercq, cite lès témoignages les plus importants, mais de nouvelles découvertes ont rendu caduques plus d’une de ses conclusions. C’est sans doute l’étude magistrale d’O. Casel, dans le Jahrhuch fur Liturgiewissenschaft, publiée comme la précédenté à la veille de la dernière guerre, qui a le plus contribué au renouveau du mystère pascal tel qu’il fut d’abord célébré : là Cinquantaine y apparaît comme la véritable fête de la nouvelle Alliance s’étendant sur sept semaines, jusqu’à ce que se produise, au cours du IVe siècle, l’évolution qui devait aboutir à l’organisation actuelle. Cet article restera à la base de toute recherche ultérieure sur ce sujet, mais on ne pouvait manquer de reprendre le problème qu’il soulevait en affirmant que la solennité chrétienne ne devait à la Pentecôte jüive que sa date et son nom. Le travail fort bien documenté d’un théologien protestant, G. Kretschmar, paru en 1955 dans la Zeitschriftfur Kirchen- geschichte, a cherché dans les écrits des Apôtres, dans l’Ancien

L ’article

6

Introduction

Testament et même chez les commentateurs juifs les racines des

traditions primitives, parfois divergentes, relatives à la Cinquantaine pascale. Une dissertation plus ample a été consacrée à cette question

J. Boeckh, dans le Jahrbuch für Liturgik und

Hytnnologie de i960, sous le titre Die Entwicklung der altkirchlichen Pentekoste; un tel exposé pourrait faire hésiter à poursuivre l’investi­ gation de la documentation dont nous disposons; il nous a semblé cependant susceptible d’approfondissements, de compléments assez

importants, voire d’un éclairage nouveau. A ces travaux essentiels, il faut ajouter le chapitre consacré à la Pentecôte, en 1953, dans l’ouvrage de Mac-Arthur sur l’Année liturgique, ainsi que de nombreuses recherches sur certains points particuliers, telles celles d’A. Baumstark.

des origines de la fête par

A partir de ces études plus ou moins épisodiques ou partielles,

une synthèse pouvait être tentée. Peut-être est-elle prématurée, en raison des nombreuses lacunes qui subsistent dans la documentation; si nous l’avons entreprise, c’est surtout pour mettre en lumière les pro­ blèmes qui restent en suspens, en indiquant les solutions qui nous ont paru actuellement les plus légitimes. A chaque étape de notre travail, nous nous sommes senti, dans une large mesure, tributaire des auteurs dont nous venons de parler. Nous nous devons donc de leur rendre hommage, pour toutes les richesses qu’ils nous ont léguées.

Il nous a semblé utile cependant de poursuivre leur recherche.

Nous nous sommes attaché surtout à harmoniser entre eux les témoignages déjà recueillis et leur rapprochement nous a parfois éclairé sur l’interprétation des plus controversés. Quelques nouvelles pièces versées au dossier ont aussi contribué à démêler certaines difficultés. En outre, le cadre plus.vaste de notre travail nous a sans doute permis d’apporter des précisions ou des nuances auxquelles une synthèse aux dimensions d’un article ne peut guère prétendre. Dans tous les domaines de l’histoire de la liturgie, les usages sont tellement variables d’une Église à l’autre, leur évolution s’opère, selon les lieux et les circonstances, à des rythmes si différents, que

l’on est souvent tenté de donner à des documents trop rares une extension qu’ils ne peuvent avoir; seule, une étude d’ensemble peut alors mettre en lumière de telles limitations et certains témoignages fort secondaires, qui n’ont pas de place dans une étude sommaire, peuvent constituer des jalons qui remettent en question les hypothèses trop rapidement élaborées.

Comme l’a souligné O. Casel, les transformations essentielles subies par la Cinquantaine pascale sont à peu près accomplies à la fin

Introduction

7

du Ve siècle. Notre étude se borne donc approximativement à la période qui se termine à cette date, tout en s’étendant à l’ensemble des Églises du monde chrétien. Nous nous sommes contenté d’indiquer briève­ ment l’évolution ultérieure, lorsque cela nous a semblé nécessaire. Au moment où nous terminions notre travail, M. l’Abbé Delcor, professeur d’Écriture Sainte à l’Institut Catholique de Toulouse, commençait à rédiger l’article Pentecôte pour le Supplément du Dictionnaire de la Bible. Il a bien voulu nous faire part de ses découvertes et, grâce aux conclusions qu’il a tirées de ses recherches à partir des documents de Qumran, nous avons pu revoir nos propres réflexions sur les liens de la Pentecôte chrétienne avec la fête juive de l’Alliance. Nous tenons enfin à exprimer notre reconnaissance aux spécialistes de la patristique ou de l’histoire de la liturgie que nous avons été amené à consulter, pour l’accueil bienveillant que nous avons trouvé auprès d’eux. Nous devons aussi remercier ceux qui nous ont facilité l’accès des bibliothèques de Louvain, de Paris ou de Rome, spéciale­ ment de la Vaticane. C’est une gratitude toute particulière que nous devons à M. le Chanoine Martimort, professeur à l’Institut Catholique de Toulouse : il nous a lui-même suggéré le sujet de cette étude et il nous a toujours permis d’abuser de sa bibliothèque, de sa compétence, de sa patience et de son temps. Grâce à tous ces concours, nous avons pu réaliser la synthèse que nous proposons aujourd'hui au jugement du lecteur, sans autre prétention que celle — qu’il trouvera peut-être présomptueuse — de pénétrer avec lui dans une meilleure intelligence du Mystère pascal

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LISTE

OUVRAGES

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ABRÉVIATIONS

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LA

CHAPITRE

PRÉLIMINAIRE

PENTECÔTE

JUIVE

AU

TEMPS

DU

CHRIST

Si nous entrons dans une église, un jour de Pentecôte, que ce soit en Orient ou en Occident, dans une communauté catholique ou séparée de Rome, nous entendrons, proclamé solennellement, le récit de la théophanie de l’Esprit-Saint rapporté au chapitre II des Actes des Apôtres, comme l’événement qui donne la clé de tout le reste de ce livre, où il est pour ainsi dire présent à chaque page. Saint Luc prend soin de nous en donner la date : èv Tcji aujjmXvjpoueOai rrçv Yjfzépav

-rîjÇ 7teVT)QX0aTY)Ç.

Ce dernier mot était employé par tous les Juifs de langue grecque pour désigner la fête du cinquantième jour après la Pâque. Au moment où, d’après le texte sacré, les disciples réunis au cénacle recevaient la grâce qui allait transformer leur vie, les fidèles de la Synagogue, selon l’enseignement de la Tora, célébraient l’une des grandes solennités du calendrier d’Israël. Peut-on penser que les onze, Juifs pieux, n’étaient pas en communion de sentiments et de prière avec leurs frères dans la foi? Sous leurs yeux, tandis qu’ils prêchaient pour la première fois la résurrection du Sauveur, s’étendait la foule de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour 'l’une des trois grandes fêtes de pèlerinage, et dans leurs cœurs la Pentecôte de leurs Pères devait se mêler à la venue du Paraclet et mettre sa marque sur ce qu’ils éprouvaient en ce moment unique, pour influencer, peut-être, la manière dont ils en parleraient et l’annonceraient au monde. Avant même de nous demander si la solennité que nous célébrons est en rupture ou en continuité avec celle des Juifs, il importe donc de savoir ce qu’était, pour les premiers disciples du Christ, la TOVTïptoadj d’Israël, ce qu’elle signifiait pour tous ces «hommes pieux qui résidaient à Jérusalem, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel» (Act.,- II, 5).

I.

LA

PENTECÔTE

JUIVE,

FÊTE

DE

LA

MOISSON

Dans la plupart des textes scripturaires et dans le judaïsme officiel, la Pentecôte apparaît comme la fête de la moisson. Le Code de l'Alliance (Ex., XXIII, I4-I7) prescrit l’observation des trois solennités du calendrier d’Israël : la «fête des Azymes », la «fête de la

i6

La Pentecôte juive au temps du Christ.

moisson » (TXj?n *0) et «la fête de la récolte, à la -fin de l’année ». La première se présente comme la commémoraison de la sortie d’Égypte, bien qu’elle ait été sans doute d’abord une solennité agraire antérieure à cet événement. Les deux autres continuent à se référer

à la vie d’un peuple de cultivateurs : il s’agit de donner un caractère

sacré aux grandes étapes d’une aimée agricole qui commence en automne, au moment des semailles et dont l’époque de la moisson est l’un des sommets : «Tu observeras la *r>xj?n ïn, la fête des prémices

de ton travail, de ce que tu auras semé dans ton champs. »

Dans Ex., XXXIV, 22 (prescriptions reçues par Moïse au Sinaï)» on retrouve la mention dés «premiers produits de la moisson des blés », mais la solennité est désignée du nom de ninatf jn, fête des semaines. D ’après le chapitre XVI du Deutêronome, elle doit être célébrée risquante jours après que «la faucille aura commencé à couper les épis », sans d’ailleurs qu'aucun lien soit explicitement marqué entre la Pâque et le début de la moisson1. Le Code de YAlliance ne semble pas faire de distinction entre ces deux étapes et H. Cazelles2a proposé une hypothèse, pour expliquer cette difficulté : il n’y aurait eu d’abord qu’une seule célébration comportant l'offrande des prémices et nommée nixnfr Jn. Cette racine hébraïque signifierait «fête du rassasiement», car c’était le moment où les produits de la terre réapparaissaient aux repas. Ce caractère se serait estompé avec les développements de l’agriculture permettant d’utiliser toute l’année les produits du sol, et l’on n’aurait plus compris l’étymologie de nixafr3. D’autre part, en pénétrant en Palestine, les Hébreux qui pouvaient faire la récolte un mois plus tôt qu’à Moab ont voulu rester fidèles à la date que continuaient à suivre les tribus transjordaniennes. On aurait arrondi

à sept semaines, sous l’influence d’une étymologie nouvelle, où la

racine sb' aurait remplacé sb‘, à la faveur d’une différence de pronon­ ciation d’une région à l’autre, ce qui aurait donné le nom de fête des semaines *.

1 Le Deutêronome prescrit les trois solennités qu'il nomme fête des Azymes, fête des Semaines et fête des Tentes. Le livre a connu des rédactions successives; la mention de Jérusalem, par exemple, «lieu choisi par le Seigneur pour y faire habiter son nom », manifeste une intention centraliste qui ne peut venir du document primitif C'est cependant à la couche la plus ancienne qu'il faut attribuer, semble-t-il, la mention des trois grandes solennités. * H. C a z e lle s , Études sur le Code de VAllianceyParis, Letouzey et Ané, 1946,

p. 99» * Il est possible que la fête ait une origine chananéenne, mais elle a pris en Israël un sens proprement yahwiste. * * Peut-être aussi les incertitudes du calendrier ont-elles joué un rôle avec le décalage qu’il produit entre le cours des étoiles et le temps de la moisson, proprement solaire » (H. C a z e lle s , ibid.).

La Pentecôte juive, fête de la moisson

17

La fête des Azymes se présente elle-même comme une célébration agraire dans les Nombres (ch. XXVIII) et dans le Lévitique (ch. XXIII) :

c’est l’offrande de la première gerbe. L ’ordonnance qu’attestent ces deux livres est certainement postérieure à l’exil. Le nombre des solennités a augmenté, puisque la fête des Trompettes et celle de l’Expiation s’ajoutent aux trois premières et une date fixe leur est attribuée (la Pâque est le quatorzième jour du premier mois), alors qu’elles dépendaient primitivement de l’état des récoltes1. Seule la fête des semaines fait exception; elle se situe après «sept semaines comptées à partir du lendemain du sabbat (natën rnn»») » (Lev., XXIII, 15). On sait que cette expression a donné lieu à des pratiques divergentes : tandis que les Pharisiens, entendant par «sabbat» le premier jour des Azymes, commençaient à compter dès le seizième jour du mois2, il existe toute une tradition qui prend ce terme à la lettre, si bien que le cinquantième jour, qui est le même jour de la semaine que le premier, est toujours un lendemain de sabbat. Ce dernier usage était en vigueur chez les Boethusiens, qui constituaient un groupe à l’intérieur de celui des Sadducéens et on le trouve aussi dans l’un des courants de la spiritualité samaritaine 3. Il est intéressant pour notre sujet de noter que de nombreux Juifs célébraient déjà la Pentecôte le premier jour de la semaine, celui auquel cette fête est attachée dans la liturgie chrétienne.

La solennité de niyaiÿ apparaît, dans tous ces passages bibliques, comme une fête d’action de grâces pour la moisson et consiste, selon le rituel des Nombres et du Lévitique, à offrir des fruits de la récolte accompagnés de sacrifices. Les commentaires rabbiniques s’étendent longuement sur la matière de cette offrande de prémices et sur le cérémonial à observer, afin de concilier les prescriptions un peu différentes des divers textes scripturaires. Nous n’avons pas à entrer dans ces explications, d’ailleurs fort compliquées, mais il n’est sans doute pas inutile de souligner le caractère joyeux et festif du temps de la moisson, manifesté par d’autres passages de la Bible; Isaïe, par

1 U Exode (XXIII, 15 et X X X IV , 18) et le Deutéronome (XVI, 1) fixent la

Pâque au mois d’Abib, mais la racine M N ne désigne pas autre chose que le fait de porter du fruit et 3 **?^ signifie l’épi de blé. Un peu plus tard les mois de l’année (qui commence alors au printemps) seront simplement numérotés. Ce n’est qu’un siècle après l’exil qu’on emploiera les noms babyloniens (Nisart pour le premier mois, Siwan pour le troisième, etc

jour

après le 16 nisan sera le 6 siwan, date corroborée par les Targumim, Philon et Josèphe.

8Pour plus de détails sur la question assez compliquée des différents computs relatifs à la fête des semaines, se rapporter à M. D e lc o r , Pentecôte dans Supplément

du Dictionnaire de la Bible, t. V II, 1964, c. 861 et suiv.

2 Selon

le

comput

officiel,

d’inspiration

pharisienne,

le

cinquantième

k

,

18

La Pentecôte juive au temps du Christ

exemple, s’adresse à Dieu en ces termes : «Tu as multiplié leur allé­

gresse, tu as fait éclater leur joie; ils se réjouissent devant toi, comme

on se réjouit à la moisson

qui «nous assure des semaines fixes pour la moisson» (Jer., V, 24) et l’on ne peut manquer d’évoquer le psaume 125 : «On s’en vient en chantant; on rapporte les gerbes. » (Ps. CXXV Vulg, 6). La récolte des céréales commençait en Palestine avec l’orge, au temps de la Pâque et se terminait à la Pentecôte avec le froment. La fête, des semaines était donc la clôture de la moisson, comme celle des Tabernacles célébrait la fin de la récolte des fruits. Elle donnait lieu à des cérémonies d’action de grâces et à des réjouissances. D’après les Bikkurim> le peuple des campagnes se rassemblait dans la ville la plus proche; de là, on partait en procession vers Jérusalem au son des flûtes et en chantant des cantiques. Souvent un taureau destiné au sacrifice ouvrait la marche; ses cornes étaient dorées et ornées de guirlandes de feuilles d’olivier. Les chefs et les notables de la cité sainte venaient à la rencontre des pèlerins qu’ils conduisaient au Temple où les lévites entonnaient le psaume XXX. Celui qui présentait les prémices récitait la formule biblique prescrite et accomplissait en même temps que

le prêtre le geste du «balancement» des dons, puis on déposait l’offrande devant l’autel et on se prosternaitx. C’est cette conception de la fête de la moisson que nous trouvons, à la fin de l’époque paléo-testamentaire, chez Philon, un contemporain de Jésus :

« L e cinquantième jour, écrit-il, après sept semaines comptées à partir de ce jour (la Pâque), on a coutume d’offrir des pains qui sont légitimement nommés pains de prémices, puisqu’ils sont les premiers fruits de la nature et les premiers produits du travail de la terre, donnés par D ieu à l’homme qui est le plus civilisé des êtres vivan ts2. »

Flavius Josèphe, qui écrivait au Ier siècle de notre ère, présente la solennité de la même manière. Il la nomme TOVTrçxoaTvj, terme que les Septante n’emploient que deux fois, et toujours en ce sens, dans des passages dont nous n’avons malheureusement pas de

» (Is., IX, 2); Jérémie parle du Seigneur

1 Bikkurim, III, trad. M. Schwab, Le Talmud de Jérusalem, II, Paris, Maison- neuve, i960, p. 382-390. Pour toutes les indications concernant la tradition rabbinique, nous sommes tributaires de K . Hrubi, d’après des notes polycopiées du cours qu’il

a donné à l’Institut Supérieur de Liturgie en 1963 sur «Les Cycles des fêtes de l’année juive. »

x a l t?)v

* P h ilo n , De Decalogo, 160, éd. L. C ohn, Berlin, 1906, p. 304. «

ànb TaÔT7)ç xaTapiO[xoi)(jLévrjv èrera êpSopuxatv 7revr/)xooT^v 7)|iépav èv 7upoaàyeiv à'prouç ëOoç, ol xaXouvTai 7rp<0T0yevve|iàTG>v êrùpMDç, è7uei8r)7rep elatv àTcapx*?} ysvvepuÉTaiv x a l xap^ôv fjfxépou Tpo<pyjç, ■Jjv àv 0 ptù7rCî> ^[zepcoTaTCp Çcjxov arcévetpiev

La Pentecôte juive, fête de la moisson

19

correspondant hébreu ; Tobie, II, 1 et 2 Macc., XII, 32l. C’est donc en mentionnant les sept fois sept jours qu’il en précise la date :

« Lors de la Pentecôte (les Juifs nomment ainsi une fête qui arrive

au bout de sept semaines et tire son hom du nombre de ces jours)

* »

« U ne semaine de semaines s’étant écoulée après ce sacrifice (Pâque) — les jours de ces semaines sont au nombre de quarante-neuf — le cinquantième jour, que les H ébreux appellent « asartha », m ot qui désigne la Pentecôte, ils offrent à D ieu du pain de farine d’orge ’ . »

Dans la littérature rabbinique, la Pentecôte est nommée nisati *n ou B’Bton in (cinquantième jour), mais on trouve aussi rnss? dont Josèphe cite la forme araméenne, Asartha4. Ce terme, par son étymo­ logie, évoque l’idée d’une conclusion et on l’emploie pour désigner la réunion du peuple, à la fin d’une solennité. C’est ainsi qu’il en est venu à signifier un rassemblement solennel, comme l’attestent plusieurs passages de l’Écriture5. La fête des semaines est donc un jour d’assemblée et c’est là sans doute un de ses aspects essentiels, conforme aux prescriptions du Lévitique : «Ce même jour, vous ferez une convocation; ce sera pour vous une convocation sacrée (tfTp N hj?») » (Lev., XXIII, 21). Josèphe souligne que les Juifs affluaient à Jérusalem non seulement de la Judée, mais de la Galilée, de l’Idumée, de Jéricho et d’au-delà du Jourdain “. Mais il ajoute que, l’année dont il est question, ce fut moins leur dévotion que la haine de Sabinus qui les fit venir. Ces grands rassemblements, en effet, dans les époques

1 Notons que ce terme devait être d'un usage récent ou du moins peu généralisé, puisqu’il est expliqué en Tob.y II, i (èv tj} 7revT/)xocnrïj êopTjj, ècmv à yla

ércrà êpSofxà&cov) et en quelque sorte excusé en 2 M a c c X II, 32 (Mexà

7rev'n)xoaT7)v).

XeyoïAévTQV

 

1 F. Josèphe, La Guerre des Juifs, II, iii, 15 éd. B. Niese, Berlin, 1887, t. 6,

p.

162.

«

èvcTàcnjç

8k TÎjç TrevrrçxoaTÎjç,

oütg> xaXoualv tlvûc èopr^v 'Iou&aïot

»

* Antiquités Judaïques, III, x, 65 op. cit., t. I, p. 208. « 'Ep86fx7)ç èpBojxàBoç

SieYeYsvTjfxévrçç p,erà vaérqv r?)v Oualav,

Tcaaapàxovra xal èwéa, [vf) 7uevT7)xoaTfl], ‘Eppatoi àaapOà xaXouaiv, <T7jfxalvei

aQxat 8'elalv al tg>v épBojxàSwv ^[xépat

Trap' èirvà yivo|x£vy]v êp8op.à8aç xal t6v àpiôp.6v tû v ^(xepcov TrpoarjYoplav ë^oucav

touto 7revT7)xoaT7)V, xaô’vjv repodayouat t ü Oeqî fipTOv àXçtTOV

»

4H. L . S tra c k et P. B ille r b e c k , Kommentar zur neuen

Testament aus Taîmud

und Midraschy II, München, 1924, p. 597. 8Notons que les Septante traduisent le terme par des mots différents. Cf.

:

Jer.y IX, 1 (aévoBoç), Am.yV, 21 (7wcvY)yéptç), 4 Rois,X, 20 (lepeta), Lev.y X X III, 36,

Nomb.y X IX , 35 (èÇéStov), etc

7ràvu rcoXXal TaXiXalwv t c xal

6 Josèphe, op. cit.yX V II, x, 2; t. 4, p. 118 «

TBoufzalwv, Tepixotmlow t s 9jv 7tX7)0ùç xal

otxoücriv, aÛT<ov Te TouBalov ttXyJOoç Trpèç 7càvTaç auveiXéxavo Guerre des JuifsyII, iii, 1, op. dt., t. 6, p. 162.

ôtt6coi 7repàaavTi

'Iop&àvrjv TCOTafièv

» cf.

aussi 1 La

20

La Pentecôte juive au temps du Christ

troublées, étaient l’occasion de mouvements populaires. Ainsi, une

autre fois,

1

«lors de la fête qui est appelée Pentecôte, tout l’emplacement entourant le temple et la ville tout entière étaient pleins de gens venus de la campagne, dont la plupart étaient arm és1 ».

«Vous ne ferez aucune œuvre servile», poursuit le texte du Lévitique auquel nous venons de nous référer. Josèphe nous apprend que ce jour était chômé, au même titre que le sabbat, puisque les Juifs qui accompagnaient Antiochus Sother dans une guerre contre les Parthes obtinrent qu’on s’arrêtât deux jours :

« Car la fête de la Pentecôte allait tomber après le sabbat et il ne nous est pas permis de faire route, ni le sabbat, ni le jour de la fê te 2. »

D’après le témoignage de Philon et de Josèphe, la Pentecôte est donc célébrée, selon les prescriptions des Livres saints, comme une cérémonie d’aotion de grâces pour la moisson, comportant une offrande de prémices; elle est l’occasion d’une assemblée solennelle du peuple et se situe dans le temps sept semaines après la Pâque, ce qui la met en dépendance de la fête des Azymes qui demeure la principale, la plus grande de toutes. Il est remarquable que cette conception ait déjà inspiré à Philon la présentation symbolique qui sera si souvent répétée par les Pères de l’Église :

«En comptant sept semaines à partir de cette fête (la Pâque), on obtient le cinquantième jour, le nombre sacré étant marqué d’un sceau libérateur par l’unité qui est l’image du D ieu incorporel à qui elle est semblable par son u n icités. »

C’est donc d’un courant de pensée israélite que la littérature chrétienne se fera l’héritière, en utilisant cette image du «sceau», si adéquate à exprimer le caractère spécifique de la Pentecôte nouvelle.

1 La Guerre des Juifs, I, xiii, 3 ; t. 6, p. 57. « ’EvoTaarjç S’ êopTÎjç 1) Trevnjxoor})

xaXeïxai, xà. te xepl x i lepiv

àvantpiTrXaTat x6 xXéov ÔJtXtxtûv

tràvxa x a l r\ 7t6Xiç SX?) xXŸjOouç xciv

»; cf. aussi

ànb xîjç

^wpaç

: An t. Jud., X IV , xiii, 4; t. 3, p. 301.

a Antiquités judaïques, X III , viii, 4; t. 3, p. 198. «

èopTT) ptEtà x6 aâppaxov, oùx gÇeaxi 8’r)|xïv oüxe xotç ôSeôeiv. »

èvéoxi)

aappâxoiç

yàp •?) 7tevTV)Xoor))

êopxjj

oüx’èv xj)

• P h ilo n , De specialtbus legibus, II, 21 ; éd. L . C oh n , Berlin, 1906, V , p. 130. « ’Anb yàp Ixelvr)ç ^pépa 7ievxï]X0ctxT) xaxaptOpteîxat ênxà êpSopiâotv, àçéascoç lepèv àpiOjxèv è7rta<ppaYi£o(iév»)<; povâSoç, ijxiç êoxiv âac&paxoç OeoO elxc&v, o> x a x à xi)V pôvtoaiv IÇopiotoüxat. *

La Pentecôte juive, commémoraison de Valliance du Sinai

21

2.

LA

PENTECÔTE

JUIVE,

COMMÉMORAISON

DE

L ’ALLIANCE

DU

SINAÏ

Si la Pentecôte est la fête de la moisson, il semble qu’elle ait déjà eu, à l’époque du Christ, une autre signification : elle était célébrée, au moins dans certains cercles du Judaïsme, comme l’anniversaire du don de la Loi au Sinaï. Pour les Juifs d’aujourd’hui, la fête a nettement le sens d’une commémoraison de cet événement, exactement comme la Pâque évoque la sortie d’Ëgypte. E. Lohse1 pense que la destruction du temple, en 70, en rendant impossible les rites d’offrande de la moisson, aurait contribué à donner à la solennité une orientation nouvelle. «Le premier témoin sûr, ajoute-t-il, que, selon l’opinion des Rabbins, le don de la Loi avait eu lieu le jour de la Pentecôte, est Rabbi José ben Chalapta (vers 150). Il dit : Au troisième mois (siwan), au dixième jour du mois, les dix commandements leur ont été donnés et c’était un jour de sabbat. » Cette nouvelle signification de la fête se généralisa dans la suite, au point que, au 111e siècle, Rabbi El’azar ben Pedath (vers 270) exprime une opinion généralement admise à son époque, quand il dit : «La Pentecôte, c’est le jour où la

Tora a été donnée2. » Le récit

est lu aujourd’hui dans les synagogues, le cinquantième jour après la Pâque. Mais il est difficile de savoir à quand remonte cette tradition.

La Mischna, qui a été rédigée vers la fin du 11e siècle, ne donne que la péricope Deut., XVI, 9-12, mais la Tosephta, qui lui est à peu près contemporaine, ainsi que le Talmud de Jérusalem (ive siècle) signalent aussi Ex., XIX. Le Talmud de Babylone, plus récent (vie siècle), comporte pour la Pentecôte deux jours de fête auxquels sont respective­ ment attribués Ex., XIX et Deut., XVI. Les témoignages rabbiniques ne nous permettent donc pas de remonter au delà du 11e siècle. Toutefois, la fête des semaines avait déjà la même orientation bien avant cette date. S’il est vraisemblable que cette tradition se soit diffusée à la faveur des événements de l’an 70, elle leur est encore antérieure. C’est ce que manifeste le Livre des Jubilés, qui fut sans doute écrit au temps des Maccabées, dans le premier quart du IIe siècle avant Jésus-Christ :

du don de la Loi au Sinaï (Ex., XIX)

«L a première année de la sortie d’ Égypte des enfants d’Israël, au troisième mois, le seizième jour de ce mois, D ieu s’adressa à M oïse

1 E. Lohse, art. Trev-njxoaTr) dans Theologisches Wôrterbuch zum neuen Testa­ ment, VI, 1959, p. 44-53-

* Cf. S tra c k

et B ille r b e c k ,

op. cit., p. 601.

22

La Pentecôte juive au temps du Christ

et lui dit : M onte vers moi sur la montagne et je te donnerai les deux tables de pierre de la loi et des préceptes *. »

C’est donc le quinzième jour du troisième mois que la Loi fut donnée à Moïse, puisque, d’après Ex., XXIV, 4, c’est le lendemain de ce jour que Dieu ordonna au patriarche de gravir la montagne. Le texte biblique ne semble pas aussi précis : «Le troisième mois après que les enfants d’Israël furent sortis d’Égypte, ce jour-là, ils arrivèrent au désert du Sinaï »(Ex., XIX, 1). Il s’agit bien du troisième mois de l’année, puisque c’est «au commencement des mois » (Ex., XII, 2) que le peuple a quitté le pays des Pharaons. Mais l’indication du jour fait défaut; c’est du moins l’opinion de la plupart des exégètes qui voient là une lacune du texte, bien que certains, interprétant le nm ara comme une référence au jour de la sortie d’Égypte, pensent que VExode entend bien fixer le don de la Loi au 15.I I I a. Pour le Livre des Jubilés, d’ailleurs, cette date est elle-même un anniversaire commémorant l’alliance de Noé :

«E t à la nouvelle lune du troisième mois, il (Noé) sortit de l’arche

E t N oé et ses fils jurèrent qu’ils

ne mangeraient le sang d’aucune sorte de viande. E t il conclut une

alliance devant D ieu, le Seigneur, pour l'éternité, pour toutes les races

C ’est pourquoi il t’a dit (à toi, M oïse) que tu

devais conclure une alliance, toi et les enfants d’Israël en ce mois, sur la montagne, avec un serment, et que tu dois répandre du sang sur eux

à cause de toutes les paroles de l’alliance que D ieu a conclue avec eux pour toujours *. »

et construisit un autel sur cette montagne

de la terre, en ce mois.

Il est inutile de souligner à quel point l’idée de l’alliance se trouve présente dans les chapitres de YExode relatant les événements du Sinaï, avec un accent d’ailleurs qui paraît en faire quelque chose d’unique et de nouveau, puisque le peuple de Dieu ne semble être devenu tel que par la célébration de la première Pâque. Le Livre des Jubilés, au contraire, met cette alliance en relation étroite avec celle qui fut scellée après le déluge, également à la nouvelle lune du troisième mois. Mais, comme une sorte de trait d’union entre les deux, il y a celle que le Seigneur a conclue avec Abraham, et ce fut encore à la même date :

Livre des Jubilés,

I,

Tübingen, 1921, p. 39.

1,

d’après la

traduction allemande

de E.

K ra u ts c h ,

•C f.

A. A rens, Die Psalmen im ,Gottesdienst des alten Bundes, Trier,

1961,

p. 147-148. Le 15.III correspond au cinquantième jour d’après un comput différent de ceux que nous avons déjà envisagés et qui consiste à compter à partir du lendemain du sabbat qui suit la fin de la semaine des Azymes.

La Pentecôte juive, cotnmémoraison de Valliance du Sinaï

23

«Dans la quatrième année de cette semaine d’années, à la nouvelle

E n ce jour-là, nous avons conclu une alliance

avec Abram comme nous l’avons conclue en ce mois avec Noé* et Abram renouvela la fête et l’engagement pour lui-même, pour

lune du troisième m ois

toujours \ »

Cette date, d’ailleurs est explicitement rapportée, au chapitre suivant, à la fête des prémices :

«E t la cinquantième année de la quatrième semaine d’années de ce jubilé, au troisièm e'm ois, au milieu du mois, Abram célébra la fête des prémices de la moisson des blés s. »

La fête des prémices ne se distingue pas de la fête des semaines3. Même l’alliance entre Jacob et Laban aurait été conclue le quinzième jour du troisième mois. Mais le Livre desJubilés contient une prescription plus importante encore :

«C ’est pourquoi il a été ordonné et écrit sur les tablettes du ciel qu’ils (les enfants de Noé) devaient célébrer en ce mois, une fois l’an, la fête des semaines, pour le renouvellement de l’Alliance, chaque année4. »

C’est donc à une institution divine que la solennité est ici attribuée, avec sa signification de fête du renouvellement de l’alliance, puisque depuis toujours elle est inscrite sur les «tablettes du ciel », c’est-à-dire sur le texte original de la Loi que Moïse a reçue du Seigneur. Mais, avant même la théophanie du Sinaï, Dieu avait révélé aux hommes ce qui concerne la Pentecôte, y compris la date de sa célébration. C’est après le déluge, en effet, que Noé avait entendu, pour ses «fils », cet ordre du ciel, le jour où le Seigneur avait conclu avec lui son «alliance éternelle », qui allait être renouvelée plusieurs fois, au cours de l’histoire d’Israël, et devait trouver dans le don de la Loi son expression la plus solennelle. Ce lien étroit entre la fête de la Moisson et une fête de l’Alliance renouvelée chaque année, qui était l’occasion des serments solennels,

a

amené certains exégètes à y voir la signification primitive de

la

Pentecôte. Selon ces auteurs, il faudrait même y chercher l’origine

du nom sous lequel la solennité est le plus connue : c’était

la «fête des serments» (ni»atf in) qui serait devenue la «fête des

semaines » (ni»ntf in), la même racine hébraïque ayant une double acception. Mais, sans prétendre trancher la question encore controversée

1 Ibid.,

X IV ,

x et

20; p.

65, 66.

* Ibid.,

X V,

1; p.

66.

* Ibid., V I, 2i ; p.

51.

« Ibid.,

V

I,

17; P-

5 i-

24

La Pentecôte juive au temps du Christ

de savoir quelle est la signification la plus ancienne *, nous pouvons affirmer avec certitude que la conception du Livre des Jubilés est antérieure à cet ouvrage et qu’elle s’est maintenue dans certaines communautés qui vivaient en marge du judaïsme officiel. En faveur de l’antiquité de la Pentecôte conçue comme une fête du renouvellement de l’Alliance, il semble que l’on peut évoquer le IIe livre des Chroniques ; «Ils s’assemblèrent, y lisons-nous, à Jérusalem, le troisième mois de la quinzième année du règne d’Asa.

, le Dieu de leurs pères

voix» (II Çhron., XV, 10-13). La date précise de cet événement n’est pas indiquée, mais la mention du troisième mois suffit à montrer le lien de la cérémonie rapportée par ce passage avec la «fête des serments ». Il est intéressant de noter que, mentionnant l’abolition des cultes païens au temps d’Asa (c. 910-870 av. J.-C.), racontée par I Rois, XV, 12, le chroniqueur, vraisemblablement au 111e siècle avant notre ère, la présente comme un renouvellement de l’Alliance entre le Seigneur et la communauté d’Israël, mettant une relation étroite entre le fait qu’il rapporte et la Pentecôte comprise à la manière du Livre desJubilés. Peut-être même avait-il sous les yeux un cérémonial de renouvellement de l’Alliance en usage de son temps.

Ce jour-là

ils prirent l’engagement solennel de chercher le Seigneur,

Ils firent un serment au Seigneur à haute

Il n’est pas facile de préciser la date à laquelle s’est manifestée 1’ «historicisation » de la Pentecôte qui a transformé, pour certains Juifs, une solennité agricole en fête du renouvellement de l’Alliance. Cela n’a dû se produire qu’après l’exil2et probablement sous l’influence de l’école sacerdotale. Mais, lorsque ce changement est accompli, à une époque où le Judaïsme officiel semble complètement ignorer cette conception nouvelle, nous en trouvons maints indices dans les cercles qui se sont constitués en marge de la communauté nationale dont le centre était le Temple de Jérusalem. La preuve est faite, aujourd’hui, que les Thérapeutes dont parle Philon dans le De vita contemplativa étaient des ascètes juifs qui vivaient en Égypte. Voici ce que nous lisons dans cet ouvrage :

«T ou t d’abord, ils se réunissent toutes les sept semaines, car ce n ’est pas seulement le nombre sept qui est pour eux une occasion d’admiration,

1 Cf. A. Arens, op. cit., p. 149. • Arens rapporte une tradition samaritaine qui connaît, le troisième jour avant la fête des semaines, une solennité appelée T O *10 DP : le triduum qui précède la Pentecôte est clairement mis en parallèle avec les trois jours de préparation à la conclusion de l’alliance mentionnée par Ex., X IX , 10-16. Comme il est impensable que le culte juif ait pu influencer, après le schisme, celui de leurs voisins, il faudrait que le lien entre la fête des semaines et l’événement du Sinaï ait été établi avant la séparation des Samaritains, immédiatement après l’exil. Nous n’avons malheureuse­ ment pas pu vérifier cette allégation d’Arens.

La Pentecôte juive, commémoraison de Valliance du Sinai

25

mais aussi son carré : ils savent que c’est le nombre de la pureté et de la virginité perpétuelle. C ’est le prélude à une très grande fête* qui a lieu tous les cinquante jours, car c’est le plus saint de tous les nombres et le plus important dans la nature : il est obtenu en faisant la somme des carrés des côtés du triangle rectangle, somme qui est le principe de la génération universellel. »

Il est intéressant de remarquer que la réunion dont il est question comporte un banquet suivi d’une veillée où l’on chante des hymnes. Tout ce que l’auteur nous apprend sur les repas sacrés des Thérapeutes, où ils revêtent une robe de prière et se comportent comme à une assemblée cultuelle, marque leur opposition aux sacrifices du Temple, en vue d’un culte plus spirituel qui s’harmonise bien avec la conception de la Pentecôte que nous rencontrons chez eux. Cette solennité leur apparaît d’ailleurs comme «la plus grande fête », ce qui s’oppose à la tradition officielle et semble correspondre à l’idée que s’en fait l’auteur du Livre des Jubilés. Cet ouvrage leur était-il connu? On ne saurait l’affirmer, mais il est évident qu’en raison notamment du calendrier uniquement solaire dont il use2il appartient à un courant différent de celui des Pharisiens et des Sadducéens. La Communauté de Qumran, en tout cas, le connaissait bien, puisqu’on en a trouvé plusieurs rouleaux dans les fouilles récentes du désert de Juda et il n’est pas impossible même que l’œuvre ait vu le jour dans les cercles qui vivaient dans le sillage des monastères de la Mer Morte. Bien que différents les uns des autres à bien des égards, Esséniens et Thérapeutes nourrissaient une pareille aversion pour le judaïsme des prêtres de Jérusalem. Les ascètes de Qumran se retiraient du monde pour vivre sous la règle du Maître de Justice, comme le petit reste3 fidèle à la Loi de Moïse, aux enseignements

1 P h ilo n , De Vita contemplativa, 65, éd. et trad. F. Daumas-P. M iq u e l (SC29), Paris, Cerf, 1963, aOùxot tù jièv repÛTOv àOpolÇovrat SCIktcx, èpSoptàScov, où pévov àTtXrjv ép8o[xà8a àXXà xal rqv Sùvafjuv Te07)rc6 Teç’ àyvf)v yàp xal àetTràpÔevov aÙT?)V taaaiv. "Ecm 8è 7rpo£opiroç ^eyhrrrçç éopTÎjç, TievTTjxovTàç ^Xa^ev, àyuoraTOç xal (puatxcoTaTOç àpiQjicov, ex ttjç tou ôpGoycùvloo Tpiyc&vou Suvàpieoç, ÔTtep Iotiv àç>Xh tôv 8Xcov yevéoecoç auaTaOelç. »

* Cf. D. B a rth é lém y , Notes en marge des

manuscrits de Qumran, dans Rev,

Biblique 59, 1952, p. 187-218, surtout p. 199-203. Le calendrier du Livre des Jubilés coïncide avec celui du Livre d’Hénoch. Il est vraisemblablement plus ancien en Israël que le calendrier hellénistique qui triompha en Palestine. L ’année comporte 364 jours, donc exactement 52 semaines; elle commence toujours le mercredi et la fête des semaines est célébrée le 15e jour du 3e mois. * Comme le remarque M . Delcor, «le Document de Damas précise que Dieu s’étant souvenu de l’Alliance des Pères, il laissa un reste à Israël et ne le livra pas à l’extermination (CDC 1, 4-5). La notion de nouvelle alliance est donc liée à la notion de reste sinon littérairement, du moins logiquement. Et la communauté essénienne a le sentiment profond d’être ce petit reste, les «survivants parmi ton peuple, le reste parmi ton héritage », comme le dit un des hymnes (VI, 8) ».

26

La Pentecôte juive au temps du Christ

des prophètes et au véritable calendrier des fêtes. Ils se donnent donc pour les authentiques héritiers de l’alliance :

« Tous ceux qui décident d ’entrer dans la règle de la Communauté passeront dans l’Alliance en présence de Dieu* (s’engageant) à agir selon tout ce qu’il a prescrit et à ne pas s’en retourner loin de lui sous l’effet d’une peur et d’un effroi ou d ’une épreuve quelconque* s’ils étaient tentés par l’empire de Bélial K »

Et la règle donne ensuite un rituel de l’«entrée dans l’Alliance »2, qui s’inspire manifestement des chapitres XXVII-XXX du Deu~ têronome, comportant des bénédictions et des malédictions qui accompagnent l’alliance du Sinaï. J. T. Mililc a relevé un fragment inédit du Document de Damas (4 QDb) qui situe la cérémonie du renouvellement de l’Alliance au troisième mois de l’année, celui de la Pentecôte3. Ce même ouvrage met en relation l’«entrée dans l’Alliance » avec la Loi de Moïse \ Il semble donc que c’est à la fête des semaines que les nouveaux membres de la secte étaient introduits dans la communauté. On trouve, dans les recueils liturgiques découverts dans les grottes de la Mer Morte, des prières qui paraissent appartenir au cérémonial de cette solennité. Dupont-Sommer cite un de ces textes 5 qu’Arens attribue aussi à la Pentecôte 6. Il s’agit d’une action de grâces pour l’attitude du Seigneur, quand les hommes se sont détournés de lui :

T u t’es choisi un peuple au temps de ta bienveillance; car tu t’es souvenu de ton alliance (fondée) sur la vision glorieuse et les paroles de ton [Esprit] saint* sur les œuvres de tes mains et l ’Écrit de ta Droite* en leur faisant connaître les instructions glorieuses

et les ascensions étemelles [

[Et tu as suscité] pour [eux] un Pasteur fidèle

«

]

»

1 Règle* I* 16-18; trad. A, Dupont-Sommer* Les Écrits essêniens découverts près de la Mer Morte, Paris, Payot, 1959* p. 89-90. * Ibid., I, 18-II* 18; p. 90-91. La cérémonie comporte une louange de Dieu par les prêtres et les lévites, l’Amen répété de la communauté* la proclamation par les prêtres des hauts-faits du Seigneur* l’annonce par les lévites des péchés d’Israël* la confession des péchés de la communauté, la bénédiction des prêtres sur «les hommes du lot de Dieu » avec l’Amen de la communauté* la malédiction des lévites sur «les hommes du lot de Bélial » avec l’Amen de la communauté* la malédiction des prêtres et des lévites sur les apostats, avec l’Amen de la communauté. 8 J. T . M ilik* Dix ans de découvertes dans le désert de Juda, Paris* Cerf* 1957*

P. 77* 4 A. Dupont-Sommer* op. cit., p. 176. 6 Ibid., p. 245-246. 6 A. Arens* op. cit., p. 104.

La Pentecôte juive, commémoraison de Valliance du Sinaï

27

On n’a pas de peine à discerner dans ce texte les allusions à la Loi donnée au Sinaï. C’est ce que nous retrouvons dans un hymne que cite M. Delcor et qui mentionne expressément le serment d’entrée dans l’Alliance :

«E t moi, je sais, à cause de ton intelligence, que grâce à ton bon plaisir [je suis] entré [dans

ton A lliance

et que tu m ’as purifié par ton esp]rit saint

et ainsi tu m ’as fait approcher vers ton intelligence et, à mesure que je progresse, j’ai été pris de zèle contre tous ceux qui commettent l’iniquité et contre les hommes de ruse. Car tous ceux qui s’approchent de toi ne se révolteront pas contre les ordres de ta bouche, et tous ceux qui te connaissent

ne

haïront pas tes paroles par serment je me suis engagé sur mon âme

à ne pas pécher contre toi

et [à m ’Jabstenir de faire tout mal à tes yeux.

E t ainsi j’ai fait approcher dans la communauté

tous les hommes de mon assemblée *. »

Les études en cours sur les manuscrits qui ont été découverts nous réservent sans doute d’autres attributions à la liturgie essénienne de la Pentecôte. Au temps du Christ, la fête du cinquantième jour après la Pâque était donc célébrée dans le judaïsme officiel comme une fête de la moisson, mais elle avait déjà pris, dans certains cercles religieux, le sens d’une commémoraison de la théophanie du Sinaï. L ’accent était d’ailleurs mis sur l’alliance entre Dieu et son peuple, beaucoup plus que sur le don de la Loi. Cette conception, semble-t-il, s’est développée dans une ambiance sacerdotale. Ex., XIX appartient au Priesterschrift, I I Chron. se rattache à la même tradition et les Esséniens constituaient une assemblée de prêtres. La secte de Qumran et les Thérapeutes d’Ëgypte sont pour nous les témoins d’un courant de pensée qui devait sans doute dépasser les frontières étroites de leurs communautés, puisque le rabbinisme tardif en a recueilli l’héritage.

1

Hymne X IV , 12-15, I7- I 8;

éd.

M , D e lc o r , Les Hymnes de

Qumran, Paris,

Letouzey et Ané, 1962, p. 261-267.

Cf.

M . D e lc o r , Le vocabulaire juridique, cultuel

et mystique de /’« initiation » dans la secte de Qumran, dans Qumran-Probleme, Vortrage

des

1961/

éd. H . Bardtke (Deutsche Akademie der Wissenschaften zu Berlin, Schrifter der

Leipziger

Symposions

über

Qumran-Probleme

vom

9.

bis

14.

Oktober

28

La Pentecôte juive au temps du Christ

DANS

LA

3.

LA

PENTECÔTE

JUIVE

PREMIÈRE

LITTÉRATURE

CHRÉTIENNE

a) La 7tevT7)xocjT7) dans le Nouveau Testament

En dehors du récit de l’effusion de l’Esprit-Saint, le mot TCevTTqxocTTrj se trouve deux fois dans le Nouveau Testament. D ’après les essais de reconstitution de la chronologie de saint Paul, la première de ces mentions se réfère à la fête de l’an 57. Au printemps, l’apôtre est encore à Ëphèse, d’où il écrit aux Corinthiens, leur annonçant sa visite : il compte gagner leur pays en passant par la Macédoine et il envisage de séjourner quelques temps chez eux, peut-être d’y passer l’hiver; mais il n’a pas l’intention de quitter l’Asie avant la Pentecôte : Ê7U{jiev<d Ss êv ’E<pé<jcj> ëcoç TOvryptoaTÎjç ( J Cor., XVI, 8). Les Actes nous renseignent dans le détail sur les activités de saint Paul pendant les mois qui suivent : il passe en effet une partie de la mauvaise saison à Ëphèse d’où il compte gagner Jérusalem, pour y porter l’offrande qu’il a recueillie dans les Églises de la Gentilité. Mais, au moment de prendre la mer, on découvre le complot formé par des Juifs de le tuer pendant le voyage. Il fait donc un détour par la Macédoine et la Troade et va directement jusqu’à Milet, car il «avait décidé de passer au large d’Ëphèse, pour ne pas avoir à s’attarder en Asie. Il se hâtait afin d’être, si possible, le jour de la Pentecôte à Jérusalem. » ''EcnreuSev yàp, ei Suva-rèv eïv) aùxw, tyjv rjuipav vîjç îiEVTYjxoffTÎjç y£véoOai siç ’lepofféAufia (Act., XX, 16). C’est la fête de l’an 58.

Bien que les Actes et VÊpître aux Corinthiens soient destinés à des chrétiens, il s’agit dans les deux cas de la solennité juive, dont les auteurs se servent comme d’un élément de datation. Rien ne nous permet, en effet, de supposer qu’il existe déjà sous le même nom une célébration propre aux disciples du Christ. Dans les milieux judéo- chrétiens, on devait d’ailleurs continuer à observer la «fête des semaines », au même titre que les autres prescriptions de la Loi dont parlent les récits relatifs à la première communauté.

b) La TOVTTptocrri) dans les plus anciens apocryphes

Si, après les écrits canoniques du Nouveau Testament, nous consultons les textes apocryphes les plus anciens, nous ne trouvons pas

La Pentecôte juive dans la première littérature chrétienne

29

de mention de la Pentecôte avant le milieu du IIe siècle *. C’est à peu près à cette date que remonte YEpistula Apostolorum, qui fut probable­ ment composée en Asie Mineure2. Ce document contient d’assez curieuses révélations du Christ à ses disciples après la Résurrection. Nous n’avons malheureusement pas l’original grec et nous connaissons ce texte surtout par une version copte contenue dans un manuscrit égyptien de la fin du IVe siècle ou du début du Ve. Le passage qui nous intéresse est la réponse du Sauveur à une question concernant la Parousie :

17 «E t nous lui dîmes : «Seigneur, dans com bien d’années

cela arrivera-t-il ? » Il nous dit : « Lorsque le centième et le vingtième

seront accomplis, entre la Pentecôte et la fête des azymes, aura lieu l ’avènement de mon Père *. »

Ces mots ont une résonance assez étrange. Outre la façon même dont l’événement est daté (lorsque le centième et le vingtième seront accomplis), il est remarquable que la Parousie, si elle est présentée dans un autre passage du livre comme le retour du Christ, est ici désignée comme le jour de l’avènement du Père. D ’autre part, l’expression «entre la Pentecôte et la fête des azymes » n’est guère compréhensible, à moins d’admettre que les termes ont été inversés. Mais le problème le plus important pour nous est de savoir ce que recouvre exactement le mot de Pentecôte. Si l’on pouvait établir qu’il désigne, comme aujourd’hui, une fête chrétienne célébrée au cinquantième jour après Pâques, nous aurions un précieux témoignage de la haute antiquité de cette institution. Malheureusement, YEpistula Apostolorum ne semble pas nous permettre une telle conclusion. En parlant de la «fête des azymes », ne nous place-t-elle pas plutôt dans un contexte juif, où le mot irevTrçxoa-nj aurait la même signification que dans le livre de Tobie ou celui des Maccabées?

que

nous nous soyons efforcé de parcourir cette littérature et tout particulièrement les

1 II n’est pas impossible que certains

textes

nous

aient échappé,

bien

Actes

apocryphes publiés par R. A . Lipsius-M. B o n n e t, Acta Apocrypha, Leipzig,

1891.

 

2

C. Sch m idt, Gespràche Jesu mit seinen Jùngern nach der Auferstehnng, (T U 43),

Leipzig, 1919, p. 361-402 (Ort und Zeit der Epistula); cf. J. Q uasten , Initiation aux Pères de VÉglise (trad. J. L ap o rte), Paris, Cerf, 1955, p. 171-172.

8 Epistula Apostolorum nach dem âthiopischen und koptischen Text herausgegeben,

éd. H. D u en sing, (Kleine

zu ihm : Herr, nach noch wieviel Jahren wird dies geschehen? Er sprach zu uns :

Wenn das Hundertstel und das Zwanzigstel vollendet sein wird, zwischen Pfingsten und dem Fest der Ungesaüerten, wird stattfinden die Ankunft meines Vaters. » (La traduction a été faite sur l’allemand, mais nous l’avons fait vérifier sur le texte copte donné par C. S ch m idt, op. cit., p. 6*.)

Texte 152), Bonn, 1925, p. 14. «Und wir sprachen aber

30

La Pentecôte juive au temps du Christ

Notons que le texte nous est aussi parvenu dans une seconde recension qui est assez différente sur ce point. Il s’agit de la version éthiopienne, publiée par L. Guerrier en 1913 :

«E t nous lui dîmes : « Seigneur, combien d’années encore [attendra- t-on] ? E t il nous dit : « Quand sera écoulée la cent cinquantième année. entre la Pentecôte et la Pâque *. »

L. Guerriër a suivi, dans son édition de l’éthiopien et dans sa traduction française2une leçon différente donnée par deux manuscrits :

«dans les jours de la Pentecôte et de la Pâque ». Mais cette recension nous paraît être une correction destinée à atténuer la difficulté dont nous avons parlé, et nous préférons, avec Duensing, adopter la lecture conforme à la version copte, attestée par deux autres manuscrits 3. Mais tout cela ne saurait nous être d’un grand secours pour préciser le sens du mot ram p co n T /j. La recension éthiopienne, en effet, représente probablement une quatrième étape dans la transmission du texte (grec-copte-arabe-éthiopien, plutôt que grec-éthiopien) *; elle est donc assez tardive et, comme la sémantique des mots subit l’influence de l’évolution des coutumes, les termes n’y ont plus nécessairement la valeur de l’original. Nous avons donc à recevoir le témoignage de YEpistula Apostolorum sans en forcer la signification, et, bien qu’une certaine obscurité continue à planer sur l’exégèse du texte, il semble plus légitime de voir dans la Pentecôte qu’elle mentionne la fête juive des semaines, mise en relation avec celle des azymes 6. L ’ensemble de l’œuvre révèle une origine authentiquement

1 Ibid., «Und wir sprachen aber zu ihm : Herr, wieviel Jahre noch? U nd er

sprach zu uns : Wenn das hundertundfünfzigste Jahr vollendet ist, zwischen Pfingsten

und Pascha, wird stattfinden die Ankunft meines des Vaters. »

1 L . G u errier, Le Testament en Galilée de N . S. J . C ., (PO 93), Paris, 1913,

p. 198.

8Nous avons aussi des fragments d’une version latine, dans un mss. du Ve ou vi° siècle. Mais, outre que le texte est difficile à lire, il n’apporte aucun élément nouveau à notre recherche. C f. C. Schm idt, op. cit., p. 22 : i (n) ta. Anno implente inter pentecosten et azyma erit adventus patris mei.

4 H. Duensing, op. cit., Einleitung, p. 3.

5 C ’est aussi très vraisemblablement — et pour des raisons analogues — de

la fête juive qu’il s’agit dans l’inscription funéraire que H. L eclercq cite dans le D A C L (art. Pentecôte, c. 271-272) et qui n’est sans doute pas postérieure à la moitié du

(fils de Publius Aelius

11e siècle : «(Monument) de Publius Aelius G lycon

Da)mianus, fils de Seleucus. On y (déposera) ses restes ainsi que ceux de sa femme et

de leurs enfants. Il ne sera permis d’y déposer les restes d’aucun autre. (Glycon) a aussi légué à la très vénérable présidence des teinturiers en pourpre, à titre d’argent pour les couronnes, la somme de deux cents deniers, afin que sur les intérêts de cette

somme on donne à chaque (

Il a de même légué au comité des fabricants de tapis, à titre d’argent pour les

lors de la fête de la Pentecôte »

couronnes, la somme de cent cinquante deniers, dont (èv Tfj êopTfj nevT 7]xo[aTÏjç]).

au mois de xandicus), lors de la fête des pains azymes.

La Pentecôte juive dans la première littérature chrétienne

31

chrétienne, mais son caractère apocalyptique ne peut que nous inciter à admettre une influence du judaïsme. Notons, détail qui aura son intérêt dans la suite de notre étude, que, sauf dans deux manuscrits éthiopiens qui pourraient être les témoins d’un remaniement du texte, le terme de Pentecôte semble ne s’appliquer qu’à un seul jour. La fête est en effet séparée de la Pâque par un certain laps de temps, pendant lequel doit se réaliser «l’avènement du Père ». Dans YEpistula Apostolorum comme dans les Actes, le mot 7tsvT7]xo<TtT) désigne bien, semble-t-il, la solennité juive. Les auteurs s’en servent comme d’un élément de datation. Cela montre combien ils restaient familiarisés avec le calendrier d’Israël, mais ne nous permet guère de connaître la conception qu’ils avaient de cette fête. Peut-on espérer en savoir davantage en étudiant la manière dont les apôtres ont prêché le mystère chrétien? C’est tout le problème du hiatus ou de la continuité entre l’institution de l’Ancien et celle du Nouveau Testament. Peut-on encore dire, avec R. de Vaux :

«Il n’y a pas une relation entre la Pentecôte chrétienne et la fête des semaines telle que la comprirent la communauté de Qumran ou plus tard le judaïsme orthodoxe1»? Nous ne pourrons répondre à cette question qu’après avoir étudié les plus anciens témoignages de la pratique de l’Église. A l’époque où YEpistula Apostolorum a vu le jour, toutes les communautés chrétiennes connaissaient déjà une célébration annuelle du Mystère pascal. Si l’auteur ne se réfère qu’au calendrier juif, c’est par souci d’éviter tout anachronisme, puisqu’il place ses propos dans la bouche de Jésus, ou bien c’est avec la conviction d’un de ces judéo-chrétiens d’Asie Mineure qui ne pouvaient se séparer totalement des observances mosaïques. Mais il n’est pas étonnant qu’il reconnaisse le caractère privilégié du temps qui sépare les Azymes de la fête des semaines et qu’il affirme que le retour du Christ s’accomplira en ces jours-là.

1 R. de Vaux, Les Institutions de VAncien Testament, t. II, Paris, Cerf, i960,

P- 397.

LE

PREMIÈRE

PARTIE

TEMPS

DE

LA

JOIE

(Laetissimum Spatium)

» Ce sont les premiers mots

du chapitre II des Actes, selon la version de la Vulgate qui nous est familière. Bède le Vénérable1 avait déjà remarqué, au début du vin® siècle, que la traduction latine emploie le pluriel, alors que le texte grec est au singulier : Kal èv tÇ> aufijtXrçpoOcôai tvjv •Jjjjiépav TTjç tovt7)xoctt7)ç. C’est déjà poser un des principaux problèmes de Thistoire

de la Pentecôte chrétienne. Cette modification d’ordre grammatical

« Cum complerentur dies pentecostes

a

certainement une signification plus profonde; pour mieux en voir

la

portée, il est bon de regarder de plus près la tradition littéraire de ce

verset de la Bible latine. On peut trouver dans l’ouvrage de Wordsworth-White * les principales variantes de ce qu’on a coutume d’appeler la Vêtus latina. Notons que saint Augustin emploie toujours le singulier dans les citations de ce verset : tempore quo supletus est

dies pentecostesa. Il y a cependant une exception dans VEpistula ad

catholicos4, mais l’authenticité de cette œuvre est très controversée

et

il faut peut-être voir là une nouvelle raison de la rejeter. C’est aussi

le

singulier que nous trouvons dans le Liber de promissionïbus attribué

à

Quodvultdeus, un disciple de l’évêque d’Hippone : die autem pen­

tecostes 6. Malheureusement, nous ne pouvons pas remonter plus haut; les œuvres de saint Cyprien permettent de reconstituer une grande partie de la Bible qu’il utilisait, mais on n’y trouve pas ce verset ®. S’il est permis d’estimer —• comme c’est probable — que le texte le plus ancien est au singulier, nous pouvons dire que Grégoire d’Elvire est le premier témoin du pluriel. G’est à lui en effet qu’il semble légitime d’attribuer les X X Tractatus du pseudo-Origène, où le verset est cité

1 Bêde l e V én é ra b le, Retractatio in Actus Apostolorum, II, i, éd. M . L a is tn e r, Cambridge (Massachussets), 1939, p. 98.

8J.

W o rd sw o rth -J. >H.

W h ite ,

Novum

Testamentum

Domini

nostri

Iesu

Christi latine secundum editionem S. Hieronymi, Actus Apostolorum, Oxford, 1905,

P-

J.

Unitate Ecclesiae, éd.

M . Petschbnig (CSEL 52), 1909, p. 265. * Liber de promissionibus, P L 51, 830 A. * Cf. H. V. Soden, Das lateinische Neue Testament in Afrika zur Zeit Cyprianus, (T U 33), Leipzig, 1909.

41 - 8 S.

A ugu stin ,

Contra epistolam Manichaeorum quam vocant fundamenti, éd.

Z y ch a (CSEL 25), 1891, p. 204 j Contra Fuustum, ibid. p. 806.

* Epistula ad Catholicos de secta Donatistarum seu de

36

Le temps de la joie

deux fois sous la forme cum complerentur1. Peu de temps après, saint Jérôme atteste cette traduction2 qui se trouve consacrée par son édition de la Vulgate3. Le pluriel est donc le résultat d’une évolution, très probablement par rapport aux versions latines plus anciennes, en tout cas par rapport à l’original grec. Cela semble suggérer que le terme de Pentecôte, se rapportant d’abord à un seul jour, en était venu à désigner toute une période. On pourrait voir le germe de cette évolution dans l’expression même de saint Luc <iü(i.7tXr]poua9ai, qui évoque le terme d’une numération. Mais la fête juive, telle qu’elle apparaît dans la Bible et la tradition d’Israël, si elle est désignée et fixée en relation avec la Pâque, ne comporte qu’un jour de célébration (ou deux, dans certains cas *). Elle a un rapport très étroit avec le 15 nisan dont elle est séparée par sept fois sept jours (d’où son nom de «fête des semaines »), elle est même la clôture de la moisson, mais l’intervalle de temps n’est pas lui-même considéré comme une solennité. Au contraire, l’expression Cum complerentur dies Pentecostes semble suggérer que, dans les milieux chrétiens où cette version s’est élaborée, la terme de Pentecôte avait un sens plus large.

1 Gregorii Eliberitani opéra omnia, Tract. X X ,

éd.

A.

V ega,

Escorial,

1944,

v.r, p. 200,

19.

2 S.

Jérôm e,

Epist.

129,

9,

éd.

J.

L a b o u rt, Lettres,

IV ,

Paris,

Les

Belles

Lettres (Budé), 1958, p. 144. 8Dans un sermon anonyme remontant probablement au Ve siècle et publié par C . P. Caspari, Briefe, Abhandlungen und Predigten, Christiania, 1890, nous trouvons, p. 192, 2 et p. 195, 8 : et cum complerentur, mais un manuscrit donne, pour la seconde de ces deux citations la variante compleretur. 4 Les communautés de la diaspora avaient pris l’habitude d’ajouter une seconde journée à toutes les solennités de l’année, à l’exception du Yom Kippur, afin d’être sûres de ne pas se tromper de date, car les messagers qui les informaient de la néoménie fixée par le Sanhédrin n’arrivaient pas toujours à temps.

 

CHAPITRE

I

 

LA

«PENTECÔTE » CHRÉTIENNE

A

LA

FIN

DU

IIe SIÈCLE

ET

AU

IIIe SIÈCLE

II faut attendre les dernières années du IIe siècle pour trouver des mentions de la Pentecôte qui désignent, sans aucune contestation possible, une solennité proprement chrétienne. Au cours du IIIe siècle, des témoignages peu abondants mais incontestables nous parviennent de presque toutes les grandes Églises établies sur le pourtour de la Méditerranée.

I.

SAINT

IRÉNÉE

« Si, le dimanche, on ne fléchit pas le genou, c’est en signe de la résurrection qui, par la grâce du Christ, nous a libérés des péchés et de la mort qui a été anéantie avec eux. Cette habitude est née au temps des apôtres, comme le dit le bienheureux martyr Irénée, évêque de Lyon, dans son livre sur la Pâque, où il mentionne aussi la Pentecôte, en laquelle on ne fléchit pas le genou puisqu’elle a la même portée que le dimanche, pour la raison que nous avons d ite 1. »

Ce texte se trouve dans les Quaestiones et Responsiones ad orthodoxosy un ouvrage faussement attribué à saint Justin, et dont on n’a pas encore pu avec certitude déterminer l’auteur. Celui-ci «semble devoir être cherché en Syrie, sans doute au commencement du Ve siècle2». De toute façon, il ne nous est pas possible de contrôler la citation, car aucun livre d’Irénée sur la Pâque ne nous est parvenu; mais nous n’avons aucune raison de suspecter ce témoignage. Le texte

1 F. C a b ro l et H . L e c le rc q , Monumenta Ecclesiae Lhurgica, I, Paris, D idot,

1900-1902, n ° 2259, «T6

èv x u p iax fj p ) xXtveiv yévu , aé[xpoX6v èaT iT ^ ç àvaaT aaecoç,

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*

Cf.

G.

B ardy,

Dictionnaire de

Letouzey, 1925, c. 2241-2242.

Théologie

Catholique,

art.

Justin,

Paris,

38

Le temps de la joie

ne nous permet pas, à lui seul, de déterminer ce qu’était la Pentecôte au temps de l’illustre évêque de Lyon, mais il est évident qu’elle n’est pas le dernier jour du Temps pascal. Nous savons en effet par ailleurs qu’Irénée suivait la pratique romaine sur la date de Pâques; le cinquantième jour était donc lui-même un dimanche et on ne songerait pas à dire qu’il «a la même portée que le dimanche ». Là 7rev'nptocmrj est vraisemblablement toute la Cinquantaine; c’est une fête qui célèbre, comme le jour du Seigneur, la résurrection du Christ et la libération du péché. D ’où son caractère de joie incompatible avec toute attitude de pénitence; on ne prie donc pas à genoux, mais debout.

2 .

LES

ACTES

DE

PAUL

C’est exactement le même témoignage que nous retrouvons dans les Actes de Paul. Cet écrit est d’ailleurs contemporain d’Irénée et remonte à la fin du u° siècle, puisque Tertullien le connaissait déjà

a été

condamné aux bêtes, le texte poursuit :

comme l’œuvre d’un

prêtre d’Asie 1. Après avoir dit que l’apôtre

«M ais, comme c’ était la Pentecôte, les frères ne pleurèrent pas et ne plièrent pas le genou, mais ils priaient dans la joie *. »

Cela s’inspire sans doute d’un rapprochement de I Cor., XV, 32, où Paul parle de son «combat contre les bêtes, à Éphèse », et de I Cor., XVI, 8, où il exprime le désir de rester dans cette ville «jusqu’à la Pentecôte ». Mais l’auteur projette inconsciemment sur ces indications du Nouveau Testament la lumière de la Cinquantaine, tant cette pratique lui paraît familière. Si donc cet apocryphe ne peut être un témoignage de l’âge apostolique, il nous renseigne au contraire sur l’époque où il a vu le jour.

3 .

TERTULLIEN

La pratique de l’Église d’Afrique n’était pas différente de celle de la Gaule ou de l’Asie. Dans son traité Sur la prière, Tertullien remarque qu’il existe dans certaines communautés chrétiennes la

1 T e r t u llie n , De Bapiismo> X V II, éd. E. D ekkers (CC. ser. lat. I), 1954,

quae Acta Pauli quae perperam scripta sunt [exemplum Theclae]

p. 291-292. «

ad licentiam mulierum docendi tinguendique defendunt, sciant in Asia prcsbyterum

qui eam scripturam construxit quasi titulo Pauli de suo cumulans convictum atque

confessum id se amore Pauli fecisse loco decessisse

2 üpàÇetç IlaéXou, éd. W. S ch u b art et C. Schm idt, Hambourg, 1936,27, p. 1,

30-32 du texte. « Ol pèv ouv

dc&eX<p[ol o>ç ty)ç] üevTTQXoaTYjç otiaiqç, otfre &cXauaav

oùSè y6[vava &cXi]vav, àXXà aYaXXta>p.ev[o]t 7rpoa7)u^ovTO [êawTeç]. »

»

La Pentecôte chrétienne à la fin du I I 9s. et au I I P s.

39

coutume, peu répandue d’ailleurs, de ne pas s’agenouiller le samedi. Et il ajoute :

«Pour nous, au contraire, selon la tradition que nous avons reçue, c’est seulement le jour de la résurrection du Seigneur que nous devons

r nous abstenir de cela (de fléchir le genou), mais aussi de laisser des préoccupations dominer notre esprit et notre activité; nous différons même les affaires, afin de ne pas céder de place au démon. Il en est de même pendant le temps de la Pentecôte dont la célébration comporte le même caractère d’allégresse \ »

L ’expression spatium pentecostes suggère bien l’idée de toute une

période qui constitue la solemnitas exultationis, parce qu’elle est assimilée au dimanche. C’est ce que confirme un passage du De Idololatria qui dénonce la participation des chrétiens aux fêtes des païens. Ceux-ci,

y lisons-nous, se montrent beaucoup plus attachés que nous à leurs

croyances, car «même s’ils connaissaient le jour du Seigneur et la Pentecôte, ils n’y participeraient pas avec nous, car ils auraient peur

de paraître chrétiens ». Continuant son argumentation, le théologien africain essaie de détourner les fidèles des solemnitates nationum en leur montrant le nombre considérable de jours festifs que l’Église leur propose : Si l’on prenait, dit-il, toutes les fêtes des Gentils et si on les mettait bout à bout, jamais on n’arriverait à constituer

la Pentecôte2. Celle-ci, en effet, dure cinquante jours, pendant lesquels

se prolonge la joie pascale, comme le dit expressément le traité Sur

le Jeûne :

« S ’il y a une création nouvelle dans le Christ, il doit y avoir aussi de nouvelles solennités. Si l’apôtre a abrogé tout ce qui consacre jours, mois et années, pourquoi célébrons-nous Pâques tous les ans au premier mois ? Pourquoi passons-nous dans une grande allégresse les cinquante jours qui su iven t8? »

Mais Tertullien nous permet de comprendre plus profondément encore ce qu’était pour les chrétiens des premiers siècles la célébration

1 T e r t u llie n , De Oratione, X X III, 2, op. cit., p. 271-272. « Nos uero, sicut accepimus, solo die dominicae resurrectionis non ab isto tantum, sed omni anxietatis habitu et officio cauere debemus, différentes etiam negotia, ne quem diabolo locum demus. Tantumdem et spatio pentecostes, quae eadem exultationis solemnitate dispungitur. »

G e r lo , ibid., II, 1954, p. n 15. «O melior fides

nationum in suam sectam, quae nullam solemnitatem Christianorum sibi uindicat! N on dominicum diem, non pentecosten, etiam si nossent, nobiscum communicassent;

Excerpe singulas solemnitates nationum

timerent enim, ne Christiani uiderentur

et in ordinem exsere : pentecosten implere non poterunt. » 3 De Ieiunio, X IV , 2, ibid., II, p. 1272-1273. «Quod si noua conditio in Christo,

noua et solemnia esse debebunt : aut si omnem in totum deuotionem temporum et dierum et mensium et annorum erasit apostolus, cur pascha celebramus anno circulo in mense primo ? Cur quinquaginta exinde diebus in omni exsultatione decurrimus ? »

8De Idololatria, X IV , 7, éd. A .

40

Le temps de la joie

de la Pentecostes. Dans le traité Sur le Baptême, il expose avec une clarté remarquable le mystère que célébrait la Cinquantaine; après avoir montré que c’est le jour de Pâques qui convient le mieux à l’administration du sacrement de la régénération, il poursuit :

«L a Pentecôte est, en second lieu, le temps le plus heureux pour conférer le bain sacré. C ’est le temps où le Seigneur ressuscité est venu fréquemment au m ilieu de ses disciples, le temps où fut communiquée la grâce du Saint-Esprit et qui a fait entrevoir l’espérance du retour du Seigneur. C ’est à ce moment-là, après son ascension au ciel, que les anges dirent aux apôtres qu’il reviendrait comme il était monté aux deux, précisément à la Pentecôte. E t lorsque Jérémie dit : Je les réunirai des extrémités de la terre en un jour de fête, il désigne par là le jour de Pâques et de Pentecôte qui est à proprement parler jour.de fê t e 1. »

Comme dans les autres textes, la Pentecôte désigne ici toute une période, celle qui a vu s’accomplir les apparitions du Seigneur, la venue de l’Esprit, l’annonce de la Parousie et tout particulièrement l’Ascension (utique in Pentecoste). Et toute cette période n’est que le prolongement de la joie de Pâques, si bien qu’elle apparaît comme un seul jour solennel (proprie dies festus). C’est ainsi du moins qu’il semble légitime d’interpréter une expression qui a fait l’objet d’une controverse déjà ancienne. Avec J. Schümmer, O. Casel et E. Dekkers, * nous pensons que Tertullien n’entend pas désigner ici le cinquantième jour, ce qui nous oppose à H. Koch et à Mac-Arthur *. C’est là une conviction qu’il est difficile d’établir, car, si nous n’avons trouvé aucun texte africain de cette époque attestant fermement l’existence de la Pentecôte comme solennité séparée, notre documentation est trop pauvre pour que nous puissions tirer argument de ce silence. Cependant, la comparaison avec les autres témoignages de Tertullien, jointe à l’autorité des auteurs que nous avons cités, nous pousse

1 De BaptismOy X IX , 2, ibid.y I, p. 293-294. «Exinde pentecoste ordinandis

lauacris laetissimum spatium est quo et domini resurrectio intcr discipulos frequentata

est et gratia spiritus sancti dedicata et spes aduentus domini subostensa quod tune in caelos recuperato eo angeli ad apostolos dixerunt sic uenturum quemadmodum et in caelos conscendit, utique in pentecoste. Sedenim Hieremias cum dicit et congre- gabo illos ab extremis terrae in die festo paschae diem significat et pentecostes qui est proprie dies festus. »

2 E. D ekkers, Tertullianus en de Geschiedenis der Liturgie, Desclée De Brouwer,

x947 > P* I 49j n. 2; O. C a sel, Art und Sinn der âltesten christlichen Osterfeier, dans

JLW

I933>P- 54>n. n .

14 (1938)3 p.

18; J. Schümmer, Die

altchristliche Fastenpraxisy Münster-i-W.,

3 H.

K o ch ,

Pascha und Pentekoste bei Tertülliany dans Zeitschr. /.

Wissens.

Theoly 55 (n. s. 20), 1914, p. 289-303; M a c-A rth u r, The évolution of the Christian Yeary London, 1953, P* 151; cf. aussi G. F. D ierck s, Tertullianus de Orationey met liturgisch commentdary Bossum, 1947, p. 246 suiv., qui ne s’est pas prononcé fermement.

La Pentecôte chrétienne à la fin du I I ‘ s. et au I I I 4s.

41

à conclure qu’il s’agit bien d’un ,temps assez long (spatium) qui, loin de faire nombre avec une fête de la Résurrection, célèbre, dans son unité, toute l’économie de la rédemption réalisée par le Christ le jour de Pâques et les semaines suivantes. Les mystères du Sauveur ressuscité n’y sont pas vécus, comme aujourd’hui, selon leur succession chronologique et aucune journée particulière n’est consacrée à commémorer la montée du Seigneur au ciel ou la descente du Saint- Esprit. C’est toute la Cinquantaine qui fait revivre aux fidèles tous les aspects à la fois du mysterium salutis et prolonge la joie pascale. Comme l’agenouillement, le jeûne, évidemment, en est exclu :

«Nous estimons qu’il n ’est pas permis de jeûner le dimanche n i d’adorer à genoux. L a même exemption s’applique à la joie qui s’étend de Pâques à toute la Pentecôte (in Pentecosten usque) *. »

Cette dernière expression peut faire difficulté, car le mot «Pen­ tecôte » semble désigner le dernier jour de la Cinquantaine, conformément à la pratique actuelle. Mais il semble difficile de tirer de ce seul texte une pareille conclusion. Le passage parallèle du De Oratione, que nous avons déjà cité, dit expressément spatio Pentecostes et on peut estimer que in et l’accusatif désigne plutôt le temps dans lequel on entre que le terme à ne pas dépasser. Pour exprimer «jusqu’au jour », Tertullien aurait dit ad diem usque, comme dans le De Anima, LVI, 7.

Le De Baptismo et le De Oratione sont en général datés des années 198 à 200 et les autres textes, qu’il faut rapporter à la période montaniste, remontent sans doute au début de la seconde décade du 111e siècle. Le témoignage de Tertullien est donc, à quelques années près, contemporain de celui d’Irénée et des Actes de Paul et, loin de contredire les renseignements que nous avons sur la Gaule et l’Asie Mineure, il semble les compléter et nous aider à les interpréter. Pour corroborer les indications qu’il nous donne sur la Pentecôte telle qu’on la célébrait en Afrique, nous ne disposons que d’un seul texte originaire de cette Église, mais son apport n’est pas négligeable. Il s’agit du traité De Rebaptismate, faussement attribué à saint Cyprien, et qui provient très probablement de la même époque et de la même région2. «Le Saint-Esprit, y lisons-nous, est venu sur les disciples de notre

Seigneur

le dernier jour de la Pentecôte (postremo die pentecostes) 3. »

1 T e rtu llie n , De Corona, III, 4, op. cit., II, p. 1043. «Die dominico ieiunium

nefas ducimus uel de geniculis adorare. Ea[de]m imm[u]nitate a die Paschae in Pentecosten usque gaudem[u]s. » * Cf. J. Q uasten, Initiation aux Pères de l’Église, II, Paris, Cerf, 1957, p. 435- * Ps.-C yprien, De Rebaptismate, 6, éd. G. H artel, CSEL, 3, 3,18 71, p. 75-76.

42

Le temps de la joie

4.

HIPPOLYTE

La Tradition Apostolique se situe à peu près à la même époque. Son auteur, Hippolyte, est un personnage assez énigmatique, puisque des controverses subsistent encore sur son identité réelle et sur l’origine de son œuvre. Il semble cependant qu’on puisse le considérer comme un témoin de la liturgie romaine. En effet, même J. M. Hanssens \ qui lui attribue une naissance alexandrine, ne doute pas qu’il ait fait partie, au moins en qualité de «presbytre », du clergé de la ville éternelle; il paraît légitime d’en conclure que les institutions dont il parle n’étaient pas étrangères au milieu dans lequel il écrivait. L ’allusion à la Pentecôte que nous trouvons dans l’ouvrage que nous avons cité nous incite donc à penser que cette solennité était aussi connue à Rome. Le chapitre 33 de ce livre est contenu dans les fragments du palimpseste de Vérone, qui nous permettent de suppléer à la perte du texte original. Il y est question du jeûne pascal qui doit durer deux jours (le vendredi et le samedi qui précèdent la fête). Et l’auteur poursuit :

« Si quelqu’un, se trouvant en mer ou en (cas de) nécessité, a ignoré le jour (de Pâques), quand il l’aura appris, il s’acquittera du jeûne après la cinquantaine (pascale) *. »

Il s’agit donc, ici aussi, d’une période qui suit Pâques, puisqu’il faut attendre qu’elle soit terminée pour suppléer au jeûne que l’on n’a pu accomplir. Cela correspond bien à ce que nous savons déjà de la Pentecôte *.

5.

ORIGÈNE

Origène est un alexandrin et c’est un écho de son Église qui devrait nous parvenir à travers son œuvre. Cependant, son amour des

voyages et les difficultés qu’il a eues avec son évêque l’ont amené

à enseigner en Palestine autant qu’en Égypte. D ’autre part, son

témoignage est malaisé à l’interpréter. Les fêtes liturgiques, en effet,

1 J. M. Hanssens, La Liturgie dyHippolyte (Orientalia Christiana Analecta, 155), Rome, 1959. * La Tradition apostolique de saint Hippolyte, éd. et trad. B. B o tte , Münster, 1963 (LQ F 39), p. 80-81. « Si quis vero innavigio vel in aliqua necessitate constitutus ignoraverit diem, hic cum didicerit, post quinquagesimam reddat ieiunium. » L ’auteur justifie ensuite cette pratique par une allusion à Ezéchias, qui avait fait célébrer la Pâque au deuxième mois, parce qu’on n’avait pas pu le faire au premier mois (2 Chron., X X X , 2). 8Hippolyte parle aussi de la Pentecôte dans un fragment d’œuvre perdue, que nous citerons plus loin. Cf. p. 53.

La Pentecôte chrétienne à la fin du II* s. et au III* s.

43

ne l’intéressent pas pour elles-mêmes, mais à cause de leur signification mystique et eschatologique. C’est souvent à propos de l’Ancien Testament qu’il parle de la Pentecôte, saisissant chaque fois l’occasion d’opposer 1’ «Image », qui apparaît dans les choses terrestres, à la réalité de l’«Évangile éternel ». Ainsi nous lisons, dans une homélie sur le Lêvitique :

« Il est prescrit de faire une oblation de prémices, c’est-à-dire d’une partie des premiers fruits. Selon le commandement de la L oi, cela se fait, si vous vous souvenez bien, le jour de la Pentecôte, où l’ombre a été donnée aux Juifs en plénitude, tandis qu’à nous la vérité a été donnée avec réserve. En effet, le jour de la Pentecôte, après avoir offert un sacrifice de prières, l’Église des Apôtres a reçu les prémices de la venue de l’Esprit-Saint. C e fut vraiment une innovation, car on n ’avait jamais vu cela; c’est pourquoi on les disait enivrés de vin doux. « Grillés au feu », car des langues de feu se posèrent sur chacun d’eux. « E t coupés en deux. » Ils étaient, en effet, coupés en deux, puisque la lettre se séparait de l’esprit. «E t bien purifiés. » L a présence du Saint-Esprit purifie de toute souillure, accordant la rémission des péchés *. »

Ce texte, comme celui de la plupart des homélies d’Origène, n’a pas survécu en grec, mais il nous est conservé dans la traduction latine de Rufin. Nous pouvons situer, pour ainsi dire, les trois registres dans lesquels s’inscrit la fête de la Pentecôte. Dans l’Ancien Testament, elle était déjà donnée en « Image »; ce n’était qu’une « ombre », au sens platonicien de ce terme2. Pour nous, au contraire, elle est réalité, veritas. L ’esprit de Dieu nous est communiqué non plus en figure, mais tel qu’il opère efficacement la rémission des péchés 3. Cependant, nous ne le recevons pas de manière totale et parfaite; «l’ombre a été donnée aux Juifs en plénitude, tandis qu’à nous la vérité a été donnée avec réserve. » Nous ne la voyons que per spéculum et in aenigmate

1 O rigène, Hom. in Leviticum, 2 ,2 , éd. W . A. Baehrens (GCS,

Origenes, t. 6);

primitiarum, id est de initiis frugum mandatur oblatio. Quod,

1920, p. 291-292. «

si bene meministis, in die Pentecostes fîeri lex jubet. In quo illis plane umbra data est, nobis autem veritas reservata est. In die enim Pentecostes oblato orationum

sacrificio primitias advenientis sancti Spiritus apostolorum suscepit ecclesia. Et haec vere recentia quia erat novum, unde et musto repleti dicebantur. «Igni tosta » Igneae namque linguae supra singulos consederunt. «Et medio fracta » Frangebantur enim media, cum littera separabatur ab spiritu. «Et bene purgata » Purgat namque

omnes sordes praesentia sancti Spiritus, remissionem tribuens peccatorum

»

a Cf.

Hom. in Num.y 11, 4, sq., éd. W . A. Baehrens (CGS, Origenes, t.

7),

1921, p. 82 sq. : les fêtes prescrites par le rituel juif sont toujours 1’ « ombre des biens à venir » et «dans l’ombre présente, il faut chercher les tiens futurs ». 8 Cf. ibid.y 23, 1, p. 210. «Rendons grâces à l’avènement du Christ, qui a arraché nos âmes à ce spectacle (celui des rites juifs), les a lancées dans la considération des objets célestes et la contemplation des réalités spirituelles, a aboli ce qui paraissait grand sur la terre et fait passer le culte de Dieu du visible à l’invisible, du temporel à l’éternel. »

44

Le temps de la joie

et nous n’en recevons que les arrhes, les primitia. Nous avons la réalité et non plus seulement l’image, mais cette réalité ne sera complète que dans le «face à face » éternel. Au fond, nous ne sommes pas dans la perspective de la logique classique, qui se renferme star elle-même dans la dualité «vrai » et «faux ». La réalité peut être plus ou moins participée. Cette conception platonicienne et mystique, fondée sur une exégèse allégorique de l’Ancien Testament, se retrouve dans maints passages des œuvres d’Origène, notamment dans le Contra Celsum. C’est vers le milieu du m e siècle que le docteur alexandrin écrivit sa grande apologie, pour répondre aux attaques d’un philosophe païen contre le christianisme. Après avoir essayé de ruiner la religion

de la Bible, Celse, le brillant adversaire de l’Église, invitait les chrétiens

à participer à la vie politique de Rome; il les exliortait en particulier

à s’associer aux fêtes publiques. Au livre VIII de son ouvrage, dans un

texte sur lequel nous reviendrons *, Origène répond qu’un fidèle de l’Évangile n’a que faire des solennités impériales; pour lui, toute la vie est orne fête, puisqu’il fait sans cesse son devoir et prie en tout temps. Il est, par exemple, toujours «dans les jours de la Pentecôte », celui qui est ressuscité avec le Christ. Le pluriel : èv tocïç tï)ç Tcevrrçxocrojç vjjjipouçj manifeste que la Pentecôte est considérée comme orne fête s’étendant sur plusieurs jours. Si l’homélie sur le Lévitique mentionnait le dies Pentecostes, c’est qu’il était question de l’institution juive.

Le docteur alexandrin vient ainsi corroborer par son témoignage la tradition qui nous est parvenue des autres Églises. Nous retrouvons cependant dans le Contra Celsum ce qui est propre à sa théologie. La vie entière du chrétien est orne communion aux fêtes de 1’ « Évangile éternel ». C’est pourquoi, pouvant se dire réellement ([ast1 àXi)0e(ocç) et non plus seulement en ombre et en image, uni aux mystères célestes, il est ressuscité avec le Christ, assis avec lui à la droite du Père et dépositaire de l’Esprit. Aussi est-il toujours «dans les jours de la Pentecôte ». La prière est d’ailleurs ce qui manifeste et renforce cette union à la vérité invisible.

C’est donc de tous les horizons de la Catholica que nous viennent, à la fin du IIe siècle et dans la première moitié du IIIe, les témoignages sur la Pentecôte : Asie Mineure, Gaule, Afrique, Rome, Égypte et Palestine. Bien que ces documents ne soient pas tous aussi explicites,

La Pentecôte chrétienne à la fin du I I 9 s. et au I I I 9s.

45

nous pouvons les interpréter les uns par les autres, pour contempler l’universalité de la fête sur tout le pourtour de la Méditerranée. Partout la Pâque inaugurait un temps de fête qui s’étendait sur sept semaines. Partout cette solennité était assimilée au dimanche et on lui donnait le nom de t o v t t j k o c t t t ).

Une telle affirmation ne peut que soulever dans un esprit moderne une foule de points d’interrogation qui semblent autant de sérieuses objections : Quel est l’événement du salut que commémorait cette grande fête? Comment une appellation forgée chez les Juifs hellénisés pour désigner le cinquantième jour peut-elle, en dépit de la grammaire,

s’appliquer à toute une période? etc

De telles questions ne peuvent

être résolues que si l’on approfondit d’abord, d’après l’ensemble des textes que nous avons cités, la signification liturgique et la résonance spirituelle qu’avait dans la foi et dans la vie des communautés

chrétiennes le laetissimun spatium de la solemnitas exsultationis.

LE

CHAPITRE

II

«GRAND

DIMANCHE1 »

Ce n’est donc qu’à la fin du IIe siècle et au début du IIIe que nous trouvons les premiers témoignages d’une fête chrétienne de la Pentecôte. Si le mot lui-même se trouvait dans les écrits antérieurs, sa signifi­ cation, semble-t-il, demeurait encore attachée aux coutumes du rituel mosaïque que de nombreuses communautés chrétiennes connaissaient encore et qu’elles pouvaient même continuer à pratiquer. Mais dès qu’apparaît la tovt/)xootŸ| nouvelle, elle présente des caractères propres :

c’est une période de cinquante jours de joie, ce qui a pu influencer rétrospectivement la traduction latine des Actes des Apôtres, imposant le pluriel : Cum complerentur dies pentecostes. On ne peut comprendre la signification profonde de cette organisation liturgique qu’en la rapportant à la célébration dominicale, à laquelle la tradition primitive unanime la réfère explicitement. Cette perspective est donc essentielle et elle révèle toute la nouveauté de l’Évangile par rapport à la pensée juive : la vie chrétienne s’y manifeste tout entière comme participation au mystère pascal.

I .

LE

« HUITIÈME

JOUR »

«Que nul ne s’avise de vous critiquer sur les questions de nourriture et de boisson, ou en matière de fêtes annuelles, de nouvelles lunes et de sabbats. Tout cela n’est que l’ombre de l’avenir, mais la

réalité, c’est le Corps du Christ

avec le Christ aux éléments du monde, pourquoi vous plier à des ordonnances comme si vous viviez encore dans le monde? » (Co/., II, 16-17). Ces paroles de saint Paul dans l’Épître aux Colossiens, dont on percevait l’écho chez Origène et auxquelles Tertullien faisait allusion, contiennent toute la doctrine du mystère chrétien. Dès lors que nous sommes ressuscités avec le Seigneur et que nous participons à sa vie, les fêtes et les cérémonies, telles qu’elles étaient conçues dans

Du moment que vous êtes morts

1 Pour ce chapitre, nous sommes dans une

très

large mesure

tributaire

de

J. H ild , Dimanche et vie pascale, Brepols, Turnhout-Paris, 1949.

Le « Grand Dimanche *

47

le rituel mosaïque, ont perdu toute signification. Cela explique la réticence de la primitive Église à l’égard de toutes les solennités. Seul, le rythme septénaire du calendrier juif se trouve consacré par l’Évangile et le premier jour de la semaine devient le dies dominica. Saint Jean emploie déjà cette expression, pour dater sa vision apocalyp­

en esprit le jour du Seigneur, èv Tjj xuptaxfj -fjptépqc. »

(Apoc., 1, 10). C’est le jour de l’assemblée où «tous, ceux de la ville et

, même jour, Jésus-Christ notre Sauveur est ressuscité des morts1 ». On y célèbre l’eucharistie qui renouvelle sacramentellement la Pâque, selon l’enseignement de saint Paul : «Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à son retour »(7 Cor., XI, 26). Le chrétien de l’âge apostolique n’avait nul besoin d’une célébra­ tion annuelle de la Résurrection; c’est toute sa vie, portée par le rythme hebdomadaire, qui est une fête continuelle. Le fait purement historique se trouve dépassé, spiritualisé, et plutôt qu’à un anniversaire, la pensée religieuse s’attache à la signification mystique du dies dominica. On se rappelle les insistances d’Origène sur ce point. Comment pourrait-on considérer comme une date à commémorer un événement que ne retient pas le passé, puisqu’il est sans cesse présent par la grâce dans la vie des fidèles? Ce qui importe, c’est que le Christ est ressuscité «à l’aurore du premier jour de la semaine »(Mt., XXVIII, 1), le lendemain du sabbat. Cette indication a suggéré aux Pères de l’Église un symbolisme nouveau, attestant que l’Alliance scellée dans le sang du Christ dépasse infiniment la loi mosaïque. Dès le 11e siècle, le Pseudo-Barndbé présente le dimanche comme le «huitième jour, où Jésus est ressuscité des morts et, après s’être manifesté, est monté au ciel2». Vers 150, saint Justin souligne que «le premier jour, tout en restant le premier de tous les joins, en le comptant de nouveau après tous les jours de la semaine, est appelé le huitième, sans cesser pour cela d’être le premier2».

parce que, ce

tique : « Je fus ravi

ceux de la campagne, s’assemblent en un même lieu

1 S. Justin, i Te Apologie, 67, éd. L. P a u tign y (Hemmer-Lejay), Paris, Picard,

1904, p. 142-144. «Kal Tf) tou yjXÊou XeyopivT) ^pipa toxvtoùv xaTa 7réXeiç ^ àypoùç

jxevévTcov èrcl t6 aÙT& auvèXeuaiç ylveTai ctcottjp Tfj aÙTfi fjfx£pqc èx vexp&v avécra). &

2 Épître de Barnabé, éd. H. Hemmer, Picard, 1926 (Textes et documents, 10)

p. 88-89. « À16 xal (Jcyofzev t ? ) v Yjfxépav ttjv ôySéTjv elç eû<ppoaév7)v,

àvèaTT) èx vsxpûv xal çavepcoQelç avè^r) elç oupavoûç. »

8 S. Justin, Dialogue avec Tryphon} 41, 4, éd. G . A rch am b au lt (Hemmer-

Lejay), Paris, Picard, 1909, p. 186. «

ïraaûv fjfiepûv, xavà tôv àpL0fi6v 7ràXtv tûv 7raaüv fjpiepûv TÎjçxuxXoçoplaç ôySo^j

xaXetTat, xal 7rpcoT7j otfaa pivei. &

è7teL&7)

’lrjaouç Xptcrriç ô rjfjiTepoç

èv f) xal ô Ttjcjouç

p.la yàp tcov aappàTtov, 7rpct>T7) (xèv oSoaTÛv

48

Le temps de la joie

Le dimanche l’emporte sur le sabbat et apparaît comme le signe distinctif de la vie chrétienne. «Ceux qui vivaient selon l’ordre ancien des choses, écrit saint Ignace d’Antioche au début du IIe siècle, sont .venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat, mais le

; dimanche, jour où notre vie s’est levée par le Christ et par sa mort 1. »

célèbre la

liturgie par le sacrifice rédempteur et l’exaltation de son Fils. De même que l’ancienne Alliance n’a été que le prototype de la nouvelle, de même le septième jour mosaïque est apparu comme l’image du huitième, inauguré à l’accomplissement des temps messianiques. Le repos sabbatique figurait celui du Seigneur après la création, mais d’une manière grossière et imparfaite, car Dieu n’a pas besoin de refaire ses forces; une fois son œuvre achevée, il jouit de sa propre perfection qui 6e reflète dans les choses, tout en demeurant parfaitement actif. S’il

C ’est le dies quant fecit Dominus, celui dont Dieu lui-même

a voulu que l’homme s’associe à son repos, c’est pour lui faire partager

cette contemplation de sa gloire; dès ici-bas, il le fait adhérer, par son intelligence et sa volonté, à la beauté de l’univers et fait passer par ses lèvres la louange et l’action de grâces qui en remontent vers le ciel. Mais la requies aeterna ne nous sera donnée que dans la béatitude, lorsque nous pourrons jouir des biens de la véritable Terre promise, dont nous n’avons reçu que les arrhes. Le dimanche chrétien, en nous faisant goûter ces premiers fruits du ciel, est tout entier tourné vers

la réalisation eschatologique du Royaume. Les observances de l’ancienne

Loi ne pouvaient pas pleinement réaliser cette ressemblance de la créature avec le Créateur. On ne peut oublier la malédiction du Seigneur, dans le psaume 94, affirmant avec serment, à propos des Hébreux qui avaient «endurci leur cœur » dans le désert : «Jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps. XCIV Vulg., 11). Sans doute la fidélité aux prescriptions sabbatiques élevait-elle l’Israélite au- dessus de lui-même, pour le constituer membre du peuple de Dieu :

«Si tu t’abstiens de fouler aux pieds le sabbat et, le jour saint, de traiter tes affaires; si tu appelles le sabbat délicieux et vénérable, jour consacré au Seigneur; si tu le vénères en évitant les voyages, le traitement des affaires et les pourparlers; alors tu trouveras tes délices dans le Seigneur, je te conduirai en triomphe sur les hauteurs du pays.

Je te nourrirai de l’héritage de ton père Jacob. » (Is., LVIII, 13-14)* Cependant, ce n’est qu’en vivant le mystère pascal, en mourant avec

1 S. Ignace d’A n tio ch e , Épître aux Magnésiens, IX , éd. P. T . C a m e lo t

102-103. «••• °l èv TCaXaioîç irpàYfiaatv àvaoxpaipévTeç etç

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1951, p.

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»

Le « Grand Dimanche »

49

le Christ pour ressusciter avec lui que l’homme participe à la béatitude du Père. Les chapitres III et IV de VÊpître aux Hébreux, reprenant le psaume 94, mettent en lumière cette dimension nouvelle de l’Alliance :

«Craignons donc que l’un de vous n’estime arriver trop tard, alors qu’en fait la promesse d’entrer dans son repos reste en vigueur. Car nous aussi nous avons reçu une bonne nouvelle, absolument comme eux.

Mais la parole qu’ils avaient entendue ne leur servit de rien, parce qu’ils ne restèrent pas en communion par la foi avec ceux qui écoutèrent.

»

(Hebr.} IV, 1-3). C’est l’accession à la vie divine par la foi dans le Seigneur Jésus, dans la communion de l’Église, qui, dépassant le sabbatisme mosaïque, constitue le «huitième jour ». «De nouveau, Dieu fixe un jour, un «aujourd’hui», disant en David, après si

Au contraire, nous entrerons dans le repos, nous les croyants

longtemps, comme il a été dit ci-dessus : Aujourd’hui, si vous entendez

sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs

Israélites dans ce repos, Dieu n’aurait pas dans la suite parlé d’un autre jour. C’est donc qu’un repos, celui du septième jour, est réservé

au peuple de Dieu. Car celui qui est entré dans son repos lui aussi se repose de ses œuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes » (Hebr., IV, 7-10).

Si Josué avait introduit les

2 .

LA

« SEMAINE

DE

SEMAINES »

Primitivement, l’année liturgique ne comportait donc que les dimanches. Or, nous l’avons vu, dès le début du IIIe siècle, le témoignage d’une grande solennité annuelle nous parvient de tous les horizons de l’Église catholique. Les rares documents que nous possé­ dons ne nous permettent pas de décrire avec certitude et précision cette transformation des institutions. Pour que nous puissions cependant tenter de nous prononcer sur les hypothèses qui ont été proposées, nous devons tout d’abord approfondir notre connaissance de la Cinquantaine, telle qu’elle ressort du dossier que nous avons recueilli. L ’idée qui nous frappe en premier lieu, car elle est unanime, c’est que la 7rcvTY)xocm) est ornée de toutes les prérogatives du dimanche, dont elle n’est qu’une célébration plus solennelle. Le symbolisme du «huitième jour » (sept plus un) nous conduit à celui du nombre cinquante (sept fois sept plus un), qui en est comme la réalisation plus pleine et plus parfaite. L ’Ancien Testament connaissait déjà cette amplification du sabbat, dont témoigne le nom même de la nisntf in et Philon nous a montré l’usage que la spiritualité juive savait faire

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Le temps de la joie

de la signification symbolique des aà(3(3aTa crappaxcov. La Bible prescri­ vait aussi la semaine d’années : «Pendant six ans* tu ensemenceras ton champ; pendant six ans, tu tailleras ta vigne et tu en recueilleras les produits. Mais la septième année, la terre aura un repos sabbatique, un sabbat pour le Seigneur » {Lev.y XXV, 3-4); «A la fin de chaque septième année, tu feras rémission» (Deut., XV, 1). Au bout de quarante-neuf ans, un jubilé devait être célébré, époque d’amnistie, de libération des esclaves et, si c’était nécessaire, de redistribution des terres (Lez;., XXV, 8-14). La tradition chrétienne a souvent repris ces passages de l’Ancien Testament à propos de la Cinquantaine. Mais la Pentecôte nouvelle dépasse ces pratiques tout autant que le dimanche dépasse le sabbat et c’est pourquoi elle se présente, dès son origine, comme la célébration plus solennelle du «huitième jour », qu’elle fait resplendir dans tout son éclat. C’est ce qu’exprime Hilaire de Poitiers, qui fut amené à parler de la grande solennité, dans son Tractatus super psalmos, à propos du nombre des psaumes :

« C ’est la semaine de semaines, comme le montre le nombre «septénaire » obtenu par la multiplication de 7 par lui-même. C ’est cependant le nombre 8 qui l’accomplit, puisque c’est le même jour qui est à la fois le premier et le huitième, ajouté à la dernière semaine selon la plénitude évangélique. Cette semaine de semaines est célébrée selon une pratique qui vient des apôtres : en ces jours de la Pentecôte, personne n’adore, le corps prosterné à terre, ni ne met l’obstacle d’un jeûne à cette solennité de joie spirituelle. C ’est cela même, d’ailleurs,

qui a été établi pour les d im an ch es

1 »