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Fiche EAC P2 : Introduction à l’Evangile au cœur

L’Evangile au cœur

Un projet pour la nouvelle Evangélisation

Le Saint-Père déclarait à l’occasion de la semaine missionnaire de 2012 :

« Nous avons besoin de retrouver l’élan des premières communautés chrétiennes qui, petites et sans défense, furent capables par l’annonce et le témoignage, de diffuser l’Evangile dans l’ensemble du monde alors connu. »

Nous avons vraiment besoin d’un nouvel élan

Si de très belles choses sont nées dans l’Eglise depuis que Jean-Paul II a lancé la Nouvelle évangélisation, il y a encore beaucoup à faire. Comme disait Mère Teresa 1 « il y a deux problèmes dans l’Eglise : vous et moi ». La question est donc bien personnelle : « Que puis-je faire pour évangéliser ? ». Nous nous sentons bien désarmés. Comment évangéliser ? Que dire à un frère éloigné de la Foi et de la morale proposés par l’Eglise ? Comment faire le catéchisme à des enfants et des jeunes qui n’ont pas de pratique dans leur famille ? Que restera-t-il vraiment de nos « parcours » de catéchèse ? Comment aller proposer l’Evangile aux marges, pour reprendre le terme du Pape François ? Et même, comment proposer l’Evangile à mes enfants ? Nous nous sentons désarmés, alors que nous avons un sentiment d’urgence, comme dans la salle de tri d’un hôpital de campagne sur la zone des hostilités.

Mais avec de l’ordre de quelques % de pratiquants dans la société française, ne sommes-nous pas simplement revenus à une situation comparable à celle des premiers chrétiens ?

Or, les bas-reliefs de Kong Wang Shan qui retracent l’arrivée de Thomas en Chine dès 65 en sont un témoignage frappant, comme les traditions autour de Lazare en Provence ou de Saint Jacques en Espagne : le dynamisme du premier siècle est étonnant. 70 ans après la Résurrection, il y a déjà bien plus d’une centaine de diocèses dans le monde connu, de la Gaule et de l’Espagne jusqu’à la Chine 2 .

1 Elle répondait à un journaliste qui lui demandait quels étaient les problèmes dans l’Eglise.

2 Les 72 ont accompagné les 12 apôtres dans leur mission et ont été laissés sur place pour fonder des églises locales. Ils ont à leur tour pu former et ordonner plusieurs successeurs. Si les textes écrits manquent dans un contexte de persécution, les grottes d’enseignement dont la tradition a souvent conservé le nom de son fondateur, constituent un indice de cette vitalité. Il n’y a par exemple pas moins de trois grottes de formation d’évêques bien identifiées sur le trajet de Thomas vers la Chine : une en Irak au-dessus de Ninive, une en Inde à Méliapouram, une en Chine à Hai Zhou. En recherchant sur les parcours d’apôtres on doit noter la présence d’au moins une dizaine d’autres grottes, indiquant une rapide progression des évêchés de mission. La formation des évêques dans ces grottes de formation vient en parallèle de la formation des catéchumènes en maison, par l’apprentissage par cœur de la Parole, ce qui permet une croissance aussi rapide qu’homogène du peuple chrétien

Et pourtant à l’époque, il y a peu de papier, pas d’imprimerie, pas de voiture ni d’avion, pas d’internet ni de radio !

Mais comment ont-ils fait ?!

Deux précurseurs ont ouvert la voie pour redécouvrir comment a été possible une telle dynamique de conviction et de transmission d’un corpus complexe et riche :

Le Cardinal Tisserant a identifié la richesse de la tradition des Eglises de l’Orient en un temps où elle était inconnue dans l’Eglise Latine. Secrétaire de la Bibliothèque Vaticane, il est parti à la recherche de manuscrits orientaux et a ainsi providentiellement abrité à la Bibliothèque Vaticane la plus ancienne copie connue des Evangiles en Araméen, datant de 420 3 .

Le Père Marcel Jousse a retrouvé et formalisé les éléments anthropologiques fondamentaux des transmissions orales. Dans les écrits de la fin de sa vie, il a eu l’intuition qu’en amont des évangiles écrits, il y avait des textes oraux qui devaient être organisés en perles assemblées en colliers.

Quelques autres après eux ont suivi cette exploration, dont Pierre Perrier qui a pu travailler à l’identification des colliers sous-jacents dont Jousse pressentait l’importance et faire une synthèse entre ces approches et la tradition Chaldéenne, notamment en travaillant pendant 7 ans avec Monseigneur Alichoran, vicaire en France du Patriarche Chaldéen de 1973 à 1987, et décédé en 1987.

Leurs travaux mettent en évidence que cette « explosion virale » de la diffusion du message Évangélique doit certes beaucoup à l’Esprit Saint, mais qu’elle avait été très préparée par la Toute- puissance divine et organisée par Notre Seigneur.

Tout d’abord les apôtres et les 72 qui ont répandu l’Evangile disposaient, grâce à la Providence divine 4 , d’une langue d’échanges comprise sur toutes les routes de commerce du monde alors connu :

l’araméen. C’est la langue de Jésus et c’est la langue la plus parlée au monde à son époque 5 . A la fois

et de la hiérarchie ecclésiale, et qui garantit un contenu de la foi stable, conforme à la foi des apôtres. Rien qu’en Provence, Lazare était un des 72. Lazare et Maximin étaient très probablement évêques. Chaque évêque avait souvent avec lui une mère de mémoire qui assurait la formation de mémorisation exacte de l’Evangile. A la Sainte Baume, Marie Madeleine assurait - dans une grotte - la formation de mères de mémoire. Saint Nazaire et Saint Celse ont également évangélisé le Languedoc, et ont évidemment laissé une succession apostolique locale.

3 Que ce soit en grec, en latin ou en araméen, les codex sur parchemin les plus anciens dont on dispose datent sensiblement tous du 5eme siècle, du fait de l’évolution des procédés de tannage des peaux permettant d’obtenir des parchemins imputrescibles. Quelques papyrus d’Evangile en grec datant de 230 ont été retrouvés, mais ils n’ont été conservés que grâce à des conditions exceptionnelles. On ne dispose que de fragments du début du second siècle, toutefois leur nombre dépasse déjà de loin ce que l’on a comme trace des textes classiques. Ainsi, du fait des techniques antérieures au 5eme siècle, il est donc normal que l’on ne dispose d’aucun parchemin complet plus ancien … mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas existé. Les codex orientaux de la Phsytta, l’Evangile en Araméen, portent la mention de leur origine en page de garde. D’après ces indications, ils proviennent tous d’un Evangéliaire rapporté à Ninive par Mari, un des 72, juste avant le premier sac de Jérusalem par les Romains en 70.

4 Grâce en fait au réseau commercial immense de l’Empire Parthe, dont les comptoirs avaient été repeuplés par la déportation des 9 tribus d’Israël de Galilée-Samarie en -722, dont la langue était l’araméen.

5 De l’ordre de 5 fois plus de locuteurs que le grec à l’époque du Christ, où l’hébreu n’était plus que la langue

concrète et fine, ses mécanismes de sens sont construits autour de consonnes-racines qui forment un jeu de construction à base d’analogies 6 . Ils sont complétés par des gestes naturels, qui sont peu ou prou ceux qu’adoptent tous les voyageurs qui ont à s’expliquer dans un pays étranger.

L’enseignement du Christ lui-même, en araméen, constitue un ensemble de textes oraux extraordinaires dont la pédagogie essentielle est celle de l’analogie : expliquer les choses du Ciel avec les choses de la terre, des faits et des gestes. Si les évangiles dont nous disposons sont en fait des lectionnaires liturgiques, il a été possible de reconstituer l’ensemble de textes oraux, des perles 7 organisées en collier et mis en forme avec soin par les apôtres, les 72 et les femmes autour de Marie, dès les premières années après la Résurrection. En repartant du texte en araméen, on constate que si la plupart de ces perles sont déjà des petits chefs-d’œuvre de construction orale, de finesse, voire d’humour, l’architecture des colliers construit en soi, au fur et à mesure qu’on les mémorise, une cathédrale d’échos où la rumination de la remémoration permet de se mouvoir dans la joie en goûtant à chaque fois comme de nouveaux jeux de lumières entre les chapelles latérales et les vitraux de la nef.

Enfin les apôtres mettent en œuvre une méthode de mémorisation. Au sein d’une « maison », un groupe de 6 « mémorisants » se rassemblent autour de celui qui transmet. Jésus ne recommande-t-il pas aux apôtres qu’il envoie en mission, de commencer par trouver une maison ? De cette première maison, on pouvait en former six autres. Puis ces sept maisons et d’autres proches pouvaient se retrouver pour réciter ensemble et échanger la Parole vivante et un repas convivial. Ainsi se formait une petite église-communauté jusqu’à construire le bâtiment-église correspondant. Ce repas d’accueil et de partage de la Parole et de la nourriture, c’est le Qoubala, une catéchèse « pré-liturgique » ouverte à tous, se déroulant dans la cour de l’église, assurant l’accueil et l’intégration des néophytes et soudant la communauté autour de l’analogie de la nourriture et de la Parole échangée.

Ces Qoubala dont on voit la représentation sur la falaise de Kong Wang Shan 8 étaient pratiqués tant que l’interdiction d’évangéliser sous peine de mort ne s’est pas généralisée en Orient dans un réflexe de peur des pouvoirs publics et des dirigeants des groupes religieux qui n’aiment guère la grande liberté de relation et de recherche du plus profond spirituel.

Mettre en son cœur l’Evangile comme l’on fait les premiers chrétiens, ça change la vie !

L’Évangile au Cœur a ainsi été fondé en 2013 par un petit groupe de laïcs partant de l’intuition suivante :

si ces éléments étaient, selon le Plan Divin, les plus aptes à diffuser l’Evangile aux premiers siècles, pourquoi ne seraient-ils pas pertinents aujourd’hui pour la nouvelle Evangélisation, conformément à

liturgique du Temple. Quand le Christ cite le Psaume 21 en disant : « Eli, Eli, lamma sabachtani », il parle araméen.

6 Le chinois a une écriture qui relève des mêmes mécanismes : ils combinent des signes « racines » qui forment le sens du mot par un jeu d’analogies. Deux chinois des deux extrémités de l’Empire Chinois se comprennent en écrivant. Deux commerçants des deux extrémités du réseau commercial de l’Empire Parthe se comprennent en se parlant et en gestuant.

7 Une perle, c’est une unité cohérente de texte oral. Ce que nous appelons une péricope. Les perles sont organisées en ensembles appelés « colliers » : les colliers permettent la récitation d’un ensemble de perles dans l’ordre et sans oubli. Notre chapelet est aussi un collier de récitation.

8 Voir le livre Thomas fonde l’Eglise en Chine, Pierre Perrier Xavier Walter, Editions du Jubilé

l’intuition de Benoit XVI exprimée en 2012 : « retrouver l’élan des premières communautés chrétiennes » !

Ce qui était à l’époque une intuition, est devenu une conviction après trois ans de pratique et de mémorisation des premiers colliers. Pour l’avoir expérimenté personnellement, nous pouvons témoigner qu’apprendre l’Evangile par cœur, avoir en soi, dans le cœur, les paroles et les gestes de Notre-Seigneur, change la vie de ceux qui mémorisent et amène en douceur, même ceux qui parmi nous se sentaient les plus impuissants, à poser des gestes concrets d’évangélisation dans les situations les plus baroques.

Evangéliser commence par s’évangéliser soi-même … en profondeur

Pour le moment, la grande majorité de ceux qui se sont mis à mémoriser avec l’Evangile au cœur sont des catholiques pratiquants, habitués à entendre régulièrement la Parole, voire à la lire. Mais apprendre par cœur, mettre en soi l’Evangile, c’est autre chose. Nous sommes touchés par les mots et les gestes de Jésus, nous vivons par le récit gestué, ce qu’ont pu vivre les premiers disciples. Nous vivons le semeur et ces semences qui tombent sur le bord du chemin, le sol rocailleux ou les ronces, puis la bonne terre qui donne du fruit. Nous sommes réveillés la nuit par cette semence qui pousse toute seule ; Nous sentons l’exigence et la force du commandement d’aimer ses ennemis et de faire du bien à ceux qui nous haïssent, comme nous en vivons la difficulté. Nous sommes ceux qui se révoltaient contre la mort « injuste » du fils de la veuve et rendent gloire à Dieu en le voyant se relever, nous sommes Marie-Madeleine qui vient en pleurs aux pieds de Jésus, nous sommes Zachée, observateur caché dans son arbre, un arbre aux fruits fades 9 , à qui Jésus dit « aujourd’hui, je vais faire halte dans ta maison », nous sommes le criminel qui dit à Jésus « pour nous, c’est justice ! » et qui demande « souviens-toi de moi, Seigneur !», nous sommes le riche souffrant au Shéol qui demande à Lazare une goutte d’eau sur la langue.

Ainsi beaucoup d’entre nous ont pleuré sur telle ou telle perle qui les a touchés au cœur et la plupart de ceux qui font mémoriser ont eu dans leur groupe un mémorisant qui tombait en larme en disant « mais, c’est pour moi ! », alors qu’ils avaient entendu le même texte des dizaines de fois sans en être émus. Parce que non seulement nous mettons dans notre cœur les mots de Jésus, mais aussi parce qu’en faisant les gestes, ce sont les gestes même de Jésus qui nous accueillent, nous touchent, laissent tomber nos péchés, nous guérissent. En somme, nous nous voyons et sentons « miséricordiés » par Jésus. Et l’Evangile n’est plus pour nous une parole que l’on entend à l’occasion, encore moins une composition tardive sur laquelle certains attisent le doute, il est le Verbe incarné ! Incarné dans nos tripes, dans nos entrailles.

Car, grâce à un texte vraiment oral 10 et au geste, ce n’est vraiment pas une mémorisation cérébrale que nous vivons, c’est quelque chose qui nous prend tout entier : le corps, le cœur, et l’esprit.

Puis après le premier contact, il faudrait dire le premier choc, avec la mémorisation du Verbe, vient le mécanisme de rumination : la nuit ou le jour, c’est une « lectio divina » qui s’installe en nous,

9 Voir la perle correspondante dans cet ouvrage.

10 Au-delà de finesses de traduction inaccessibles autrement, le premier intérêt de repartir de l’Evangile en Araméen est de récupérer un texte dans toute sa force d’oralité et de comprendre pourquoi Jésus l’a voulu ainsi.

particulièrement adaptée au laïc actif. Pas besoin de livre : dans l’ascenseur, dans la voiture, entre deux réunions, en marchant dans la rue, il y a une perle qui revient et apaise notre vie intérieure en évitant d’être trop envahis par cette multitude de choses qui nous inquiète et nous fait nous agiter. Une façon bien pratique pour les « Marthe » 11 d’être un peu plus « Marie » sans cesser d’agir mais « avec Lui ».

Au début, l’apprentissage paraît lent, mais petit à petit les perles s’accumulent et s’enrichissent les unes les autres et des échos se forment entre elles, au sein d’un collier, puis d’un collier à l’autre. Ce n’est pas un hasard si les apôtres plongent le filet à la demande de Jésus et en ressortent 153 gros poissons (Jn 21, 11) : 153 c’est 1+2+3+ … jusqu’à 17. Et il y a 17 colliers de mémorisation en amont de nos lectionnaires évangéliques. Ainsi quand j’en ai 2 dans le cœur, chacun résonne avec l’autre et c’est 1+2. Et quand j’en ai trois, c’est 1+2+3 …

‘Faites attention, ces choses que vous entendez, c’est selon la mesure avec laquelle vous les recevez qu’elles seront en vous bien prises en compte, et elles s’accroîtront encore plus en vous, ces choses que vous entendez !’ (Mc 4,24)

Et pour ceux qui avaient pu être perturbés par des théories présentant les évangiles comme des textes spirituels composés progressivement au fil des siècles par des communautés « en recherche », les doutes tombent et laissent la place à une tranquille certitude : ce sont bien les paroles, les faits et les gestes de Jésus qui nous sont donnés !

Et, petit à petit, la semence germe et elle pousse sans que nous sachions comment et vient le besoin de transmettre…

Donner l’Evangile de cœur à cœur à celui qui en a besoin

Car être imprégné de l’Evangile c’est le moyen d’avoir toujours dans le cœur ou aux lèvres la Parole que nous inspirera le Saint-Esprit, pour nous aider nous ou aider le prochain dans les difficultés concrètes de la vie. Nous avons tendance à vouloir aider l’autre en plaquant sur lui notre propre expérience spirituelle. Donner à celui qui en a besoin, une Parole et un geste d’Evangile, tels que transmis par les apôtres est tellement plus simple. Le conseil le plus sensé et le plus délicat est vite ressenti comme un jugement, alors que donner, par cœur, une perle d’Evangile qui ne vient pas de nous mais de Jésus, peut être présenté comme un cadeau. Et celui qui la donne ne juge pas… il est juste un messager.

Ainsi, les uns et les autres qui mémorisons, nous sommes-nous progressivement retrouvés à donner une perle d’évangile : pour l’une à un jeune musulman inconnu en pleine nuit sous un abribus de banlieue, pour l’autre, à un collègue de travail dans une chambre d’hôtel à San-Francisco, les occasions les plus inattendues ne manquent pas.

Et nous pouvons alors dire à l’imitation de saint Paul, ce n’est plus moi qui parle, c’est le Christ qui parle en moi. Et au-delà de la situation vécue sur le moment, quand une relation plus durable s’installe et pour ceux qui seront intéressés, quel meilleur moyen d’évangéliser que de faire venir quelqu’un dans un groupe d’apprentissage de l’Evangile ?

11 Et combien d’hommes, de pères de famille, peuvent aussi être des « Marthe »

Ce qui a donné leur élan aux premiers chrétiens nous est donné pour évangéliser aujourd’hui.

Cela ne sert à rien de pleurer, force est de constater que les méthodes « classiques » de transmission de la Foi sont plus ou moins en panne, ou à tout le moins, ont de sérieuses difficultés ! Il ne nous reste plus que le cœur à cœur.

La lecture est de moins en moins courante et facile chez les jeunes ? L’apprentissage oral ne nécessite pas de savoir lire.

Les enfants de ceux qui ont fait « 68 », refusent les concepts et sont écœurés des idéologies du 20 ème siècle ? Les perles évangéliques sont une Parole vivante et concrète, à vivre au quotidien, qui enseigne par analogies. La traduction issue de l’araméen permet de s’appuyer sur une langue sans concepts, toujours fondée sur le concret. Et la tradition Chaldéenne nous garde des « cérébralisations », des choses trop intellectuelles pour toucher le cœur.

L’internet a remplacé la vraie communication ? L’Evangile s’apprend et se transmet en petits groupes, de personne à personne. Les groupes ont la taille d’une famille. Il s’y crée des rapports personnels bien plus profonds que des rapports virtuels par internet. Mais le principe viral d’internet fait ses preuves :

j’ai six amis, avec lesquels j’apprends puis un jour, six autres amis auxquels je transmets, et les amis de mes amis sont mes amis !

Je ne sais pas comment évangéliser et je suis peu doué(e) pour les sermons ? C’est normal, car la vocation prophétique du baptisé n’est pas de parler par lui-même mais de transmettre la parole et les gestes de Notre Seigneur. Et voilà une méthode concrète où ce n’est plus moi qui parle, c’est l’enseignement même du Christ que je transmets. Et cet enseignement est si puissant que, pour peu que nous le laissions prendre racine, il fera son chemin en nous, comme la graine de moutarde toute petite qui devient un véritable arbre, et les fruits vont un jour en déborder du cœur et parler par ma bouche.

Et pour ceux qui ont en eux les premières perles, ils rencontreront bien vite telle ou telle situation de cœur à cœur où, poussés par l’impulsion du Saint Esprit, ils donneront à un prochain qui avait faim ou soif, une perle pour éclairer sa route.

La proposition spécifique de l’Evangile au Cœur parmi les différentes écoles d’Oralité

De nombreuses écoles d’oralité proposant l’apprentissage par cœur de l’Évangile ont vu le jour depuis quelques années. L’Évangile au Cœur 12 est la seule à proposer la conjonction des 4 éléments-clés ci- dessous dont nous pensons qu’ils ont joué un rôle essentiel dans le succès de la première évangélisation :

1) Des petits groupes familiaux d’environ 6 personnes autour de celui qui transmet.

12 A ne pas confondre avec l’association amie « l’Evangile du Cœur, qui reprend quelques-uns de ces éléments. Elle propose un apprentissage à partir de la traduction liturgique AELF, dans l’ordre des évangiles écrits (donc sans repartir des colliers oraux) et sans gestes.

2)

Un apprentissage « perle par perle », en suivant les « colliers » de mémorisation, reprenant ainsi la pédagogie de catéchèse de Jésus et des apôtres.

3)

Un texte vraiment « oral », fait pour être mémorisé, accompagné de gestes simples qui aident à comprendre le sens et à le mettre en soi.

4)

Un texte traduit de l’araméen à la lumière de la tradition de l’Eglise Chaldéenne, 13 tradition recueillie par Pierre Perrier auprès de Monseigneur Alichoran (décédé en 87) et de nombreux autres évêques et moines orientaux.

Enfin deux autres éléments importants sont spécifiques à notre temps

L’apprentissage se fait au rythme d’une réunion d’une heure à une heure ½ tous les 15 jours pour prendre le temps de bien mémoriser avec une méthode de mémorisation rodée, et de s’imprégner des paroles de Jésus entre deux séances d’apprentissage. Ce rythme est conçu pour permettre à ceux qui se sentent appelés à former un groupe, de continuer à mémoriser dans leur groupe d’origine pour retransmettre dans celui dont ils assurent le service. Ils ont alors une réunion par semaine.

6) Pour aider les responsables de groupe et ceux qui mémorisent, l’Evangile au Cœur met à disposition des aides multimédia (vidéos, mp3) et des éléments didactiques sur le contexte et la tradition apostolique chaldéenne, ainsi qu’une formation et un accompagnement pour ceux qui veulent fonder un groupe.

5)

Un programme d’apprentissage progressif reprenant la pédagogie orale de Jésus et des apôtres

Le programme proposé commence par un cycle de découverte composé de trois petits colliers adaptés pour cette initiation.

1)

Le collier des paraboles en saint Marc : le semeur et les terrains, la lampe, la mesure, la semence qui pousse toute seule, la graine de moutarde, perles auxquelles nous avons ajouté deux petites perles de Saint Matthieu : le trésor dans le champ, la perle de grand prix

2)

Un extrait du discours sur la montagne dans la version de saint Luc : les Béatitudes, aimez vos ennemis… avec notamment la maison sur le roc et le Notre-Père

3)

Cinq perles des paraboles apocalyptiques de Saint Matthieu : La zizanie (l’ivraie), le filet et les poissons, les vierges sages et sottes, les talents, le Jugement dernier

Ce cycle qui peut être mémorisé en 18 mois 14 , et permet un entraînement progressif de la mémoire, surtout il amène à expérimenter la remémoration des perles apprises, au fil des jours. Il apporte également les bases essentielles des mots-clés et des notions catéchétiques associées qui vont permettre d’aborder la suite de la mémorisation.

Vient ensuite l’apprentissage du collier de la Miséricorde, qui prend environ deux ans.

13 L’Église Chaldéenne a conservé la langue araméenne, celle du Christ et des apôtres, autant pour ses textes (Ancien et Nouveau Testament) que pour sa liturgie, ainsi que la tradition de l’apprentissage par cœur, en transmission directe depuis les premières communautés judéo-chrétiennes essaimées dès avant 70.

14 Au rythme d’une séance de mémorisation tous les 15 jours.

Nous proposerons ensuite, la « Karozoutha source 15 », le collier initial qui est probablement la base du témoignage de Pierre (repris en Marc) et de Jean à deux voix alternées, témoignage devant le Sanhédrin en 30 et 31 : 50 perles organisées en 5 pendentifs de 10 perles et couvrant l’annonce de Jean-Baptiste et l’appel des apôtres, les miracles, l’annonce et l’institution de l’Eucharistie, la Passion, la Résurrection, autant dire l’essentiel du contenu de la Foi tel que résumé dans le Symbole des apôtres.

Au total, un programme de l’ordre de 7 ans de mémorisation.

Une traduction dédiée à la mémorisation et la transmission orale, à la lumière de la tradition Chaldéenne

Pour faire mémoriser, il nous a paru important de proposer un texte qui soit vraiment oral, reprenant l’art des contes et des veillées, et respectant la composition orale de l’araméen.

L’audition des perles dans la traduction que nous proposons 16 montre bien l’écart entre un texte conçu pour être lu, même à haute voix et un texte vraiment oral fait pour être mémorisé et dit, même conté, par cœur.

Nous avons également cherché à reproduire autant qu’il est possible le jeu d’échos des mots et des racines araméennes, que ce soit au sein de la perle ou entre perles. Plus encore, chaque mot difficile à traduire fait l’objet d’une recherche approfondie pour en trouver les autres occurrences dans le Nouveau et l’Ancien Testament en Araméen 17 , avant de choisir la nuance de sens à donner.

Mais surtout nous nous sommes fondés pour traduire, sur la tradition Chaldéenne telle que l’avait transmise Monseigneur Alichoran à Pierre Perrier au cours de sept ans de travail. Car il ne peut y avoir de traduction de l’Evangile qui ne s’appuie sur une tradition d’Église apostolique dans la langue du texte source.

15 Karozoutha est le mot araméen pour désigner une annonce orale de l’Evangile. Il signifie ‘annonce à plusieurs voix’. La Karozoutha source est le texte source, premier collier composé par les apôtres et qui a été reconstitué par Pierre Perrier dans le cadre de ses travaux sur la composition orale précoce des évangiles. Ce texte source, un collier de 5 pendentifs de 10 perles chacun, comprend l’essentiel du contenu de la Foi, quand la « source Q », qui découle de l’hypothèse d’une composition écrite progressive, n’a lui, pas de réel contenu dogmatique. (Note de Pierre Perrier)

16 Le livre « l’Evangile de la Miséricorde avec les chrétiens d’Orient » de Pierre Perrier, permet d’écouter la voix de Michael Lonsdale via Internet. On peut aussi les écouter sur le site http://la-misericorde.tumblr.com/ mais ce ne sera pas la voix de Michael Lonsdale.

17 L’Ancien Testament en araméen existe depuis plusieurs siècles avant Jésus Christ et est utilisée en Galilée - Samarie, comme dans toute la diaspora, et même en Judée. La Bible des Septantes traduite à Alexandrie sous domination hellénistique a les même variantes par rapport à l’Ancien Testament hébreu que le texte en araméen d’empire, mais elles sont moins précises, ce qui laisse penser que la Septante est postérieure à la version araméenne de l’AT. De plus le texte hébraïque source du texte araméen apparaît un peu différent et antérieur aux textes de Qumran. En tout cas, la cohérence entre l’Ancien Testament et ses citations ou échos dans le Nouveau Testament est excellente en araméen, ce qui explique son usage coordonné exceptionnellement précis par les Pères de l’Orient. (Note de Pierre Perrier)

Une méthode de mémorisation simple et robuste

Les écoles d’oralité issues des travaux du Père Marcel Jousse ont exploré différentes mises en œuvre des intuitions de l’anthropologue, plus ou moins sophistiquées, autour de l’apport du rythme et du geste dans la mémorisation.

En les confrontant à la tradition Chaldéenne, qui évite l’usage du chant pour rester proche de la langue parlée lors des échanges cœur à cœur, et au génie du concret mis en gestes, spécifique de l’araméen, nous en sommes arrivés à une proposition où le rythme est porté essentiellement par le texte oral lui- même, au travers du rythme de la phrase, et où le geste est d’abord un mime concret de la situation contée par le texte, permettant de mobiliser l’attention et d’être entièrement présent au récit, sans aller dans des choses artificielles ou « codées » qui ne seraient pas naturellement compréhensible par l’interlocuteur.

Ainsi, le geste est là pour faire participer toute la personne à la mémorisation et éviter la cérébralisation du texte Marcel Jousse parlerait « d’algébrose » mais une fois la mémorisation faite, le geste s’estompe en situation d’évangélisation pour se limiter à l’accompagnement naturel d’un récit vivant mettant en scène quelques points essentiels.

Avec la méthode ainsi rodée, nous pouvons affirmer que, sauf pathologie spécifique, tout le monde peut mémoriser, à tous les âges 18 . Les enfants sont bien entendu les plus doués et un certain nombre d’entre nous utilisent la méthode pour animer des séances de patronage, avec beaucoup plus de succès que les cours de catéchisme classiques.

Une trentaine de groupes à l’été 2017

En 2013, nous avons débuté avec deux groupes de mémorisation. A l’été 2017, nous en arrivons à une trentaine de groupes en région parisienne et en province, à Evry, Garches, Levallois-Perret, Lyon, La Roche-Bernard, Montpellier, Paris, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, Toulon, Troyes, Versailles, Vannes.

Le processus d’essaimage visé est qu’un participant qui mémorise dans un groupe, après un temps de maturation, puisse « recruter » à son tour un groupe et lui transmettre ce qu’il a reçu, après une phase de formation et de discernement.

Car si les groupes sont destinés à accueillir tous ceux qui ont soif de découvrir la Parole vivante de Notre Seigneur, en revanche, quand il s’agit de « recruter » et de prendre la responsabilité d’un groupe, il est bien évidemment nécessaire d’observer un temps d’approfondissement et de discernement, avec quelques critères. Celui 19 qui est appelé à le faire doit le faire dans un esprit de service rendu à son groupe et pas dans celui d’un enseignant qui rechercherait une performance, un pouvoir ou une quelconque reconnaissance. Il doit professer la Foi Catholique, être baptisé et confirmé, fidèle à la pratique des sacrements et son état de vie doit être conforme à ce que demande l’Eglise Catholique

18 A l’été 2015, la plage d’âge des « mémorisants » s’étend de 17 ans à 77 ans, sans compter les mères et grands- mères qui font mémoriser des perles à leurs enfants et petits-enfants, où les expérimentations en patronage ou au catéchisme.

19 La plupart des responsables de groupe sont des femmes, retrouvant là par l’expérimentation, une réalité anthropologique qui a été aussi celle de l’enseignement de base dans l’Eglise primitive.

pour l’accès à l’Eucharistie. Enfin, il doit avec humilité, se couler dans une méthode.

Si le recrutement du groupe se fait dans le cadre paroissial, il bien évidemment nécessaire d’obtenir la permission du curé de sa paroisse, mais évangéliser fait partie de la mission prophétique du baptisé confirmé et ne nécessite pas de sacrement supplémentaire ou d’autorisation particulière, c’est juste un devoir du chrétien confirmé. Enfin, l’Esprit Saint complète lui-même le travail de discernement initial en permettant à celui qui monte son groupe de recruter et de faire vivre son groupe dans la durée…

Les responsables de groupes doivent alors s’attendre à quelques émotions fortes et de grandes joies… car lors de l’apprentissage, la Parole vivante mise en geste, c’est-à-dire le Verbe, touche les cœurs, parfois jusqu’aux larmes.

« Et la semence germe, et elle pousse, sans que lui-même sache comment ! »