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Flexibilité du travail et concurrence sur le marché des

biens et des services : impact sur les conditions du travail


et le développement du secteur informel
en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Résumé

Notre travail analyse l'impact de la flexibilité du travail sur les conditions de travail
(accident de travail, conflits sociaux, rythme et intensité du travail, précarisation du travail) et
le développement du secteur informel, dans un contexte de concurrence (locale et étrangère)
de plus en plus intense. Cette étude s'intéresse également à la législation sociale, son
adaptabilité et son application en matière de flexibilité de travail et des conditions de travail.
Les principaux outils mobilisés sont des enquêtes auprès des entreprises (employeurs), d'une
part, et des employés, d'autre part. Une analyse économétrique des formes d’offre et de
demande de travail sera présentée à partir de nos données d’enquête. Nous chercherons à
privilégier une approche comparatiste entre l’Algérie, le Maroc, et la Tunisie.

Mots clés : Flexibilité de travail, conditions de travail, cadre institutionnel, secteur informel,
pression concurrentielle, Algérie, Maroc et Tunisie.

1
B. Problématique

Le Maroc, la Tunisie et l’Algérie connaissent des transformations importantes depuis le début


des années 90. Des changements radicaux dans les politiques macro-économiques et
commerciales et dans l'environnement économique général sont apparus. Le démantèlement
des barrières douanières qui a suivi les accords de libre échange (qui se sont conclu au milieu
des années 1990) a permis le libre accès des produits maghrébins aux marchés européens d’une
part et le renforcement de la part européenne dans les échanges extérieurs du Maghreb d’autre
part.
Ces changements se sont accompagnés par des transformations significatives dans les
comportements des entreprises. En effet, depuis quelques années, le contexte dans lequel
opèrent les entreprises marocaines et tunisiennes est en pleine mutation. Elles se trouvent
confrontées à la nécessité d’accroître leurs efficiences économiques et de s’adapter plus
rapidement à l’évolution des conditions du marché. Ce qui les conduit à revoir l’organisation
du travail et à adopter des formes d’organisation, de recrutement et de production plus
flexibles et plus économiques en coûts grâce au contournement de la législation sociale et des
contraintes fiscales à travers le recours à l'emploi informel. Ainsi, compte-tenu de l’évolution
technologique, des préférences des consommateurs (en mettant l’accent sur le service aux
clients, la qualité et la diversité) et surtout des formes de concurrences sur le marché des
biens, les entreprises ont réagi différemment selon leur situation.

La flexibilité du marché du travail est au centre du débat économique et politique depuis plus
de 10 ans. Au début des années 90, le Maroc et la Tunisie connaissaient un retard dans la
mise en place des premières normes destinées à réguler les nouvelles formes des contrats de
travail plus flexibles (Belhareth et Hergli, 1997 ; Abdennadher, Karaa et Plassard, 1994 ;
Azam, 1997). Les marchés du travail tunisien et marocain des années 2000 sont toutefois
différents de ceux du milieu des années 1980 (Belhareth et Hergli, 2000 ; Letaief Azaiez,
2000 ; Banque Mondiale, 1996). Au cours des dernières années, on a assisté à une profonde
mutation dans l’organisation du travail au sein des entreprises et à un recours plus fréquent
aux emplois non déclarés et non enregistrés (World Bank., 2000 ; Yagoubi , 2003 ; Bernard et
Charmes, 1999).

Les études sur les effets de cette flexibilité sur la performance des entreprises sont
relativement nombreuses (Coutrot, 2000; Greenan, 1996 ; Greenan et Guellec, 1994).
Cependant, les recherches portant sur l’intensité de la concurrence et son impact sur les
conditions de travail et le développement du secteur informel sont plus rarement étudiés.
L’enjeu de cette étude est de déterminer les effets de la flexibilité et la concurrence sur le
marché des biens et des services sur les conditions de travail et le développement du
secteur informel ?

Notre projet s’appuie sur une enquête que nous allons mettre en place et qui croise données
d’entreprise et données sur les employés. Notre recherche a cinq objectifs principaux :

1. Etudier les formes de travail flexible (travail précaire, temps partiel, sous-traitance,
rotation des taches, travail d’équipe...) et la nature de la concurrence touchant les
entreprises marocaines et tunisiennes.
2. Analyser l’impact de la concurrence et de la flexibilité du travail sur les conditions de
travail (accident de travail, conflit sociaux, rythme et intensité du travail).

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3. Analyser la législation du travail et son application en matière de flexibilité, de
conditions de travail et de définition du secteur formel. Nous chercherons à connaître les
gains possibles d’une « légalisation » du secteur informel.
4. Etudier le lien entre situations concurrentielles et le développement (mobilité vers) du
secteur informel (micro entreprise, indépendant, travail à domicile) dans les entreprises
tunisiennes et marocaines.
5. Comparer la situation de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie de manière à analyser les
spécificités ou les similitudes entre ces deux pays.

L’originalité de notre recherche repose à la fois sur l’enquête que nous voulons mener, et sur
les objets de recherche et enfin sur la problématique. En effet, notre recherche est étroitement
liée à un enjeu fondamental : comment la concurrence affecte-t-elle la situation de l’emploi
dans les entreprises ? Il peut y avoir diminution du nombre des grandes entreprises
(concentration) et accroissement du nombre des travailleurs indépendants qui entrent dans des
relations de sous-traitance avec les premières. Il peut y avoir un accroissement de l’emploi
informel dans les firmes industrielles passant par des intermédiaires qui servent de « labour
brokers » dont plusieurs auteurs ont signalé le développement récent dans le Maghreb.

Ces questions sont au centre des préoccupations des citoyens, des syndicats, des associations
patronales et des gouvernements. A cet égard, notre problématique de recherche présente un
intérêt : elle apporte des éléments factuels aux négociations entre syndicats et patronat. De
plus, elle se veut comparatiste.

Il faut ajouter que notre méthodologie d’enquête et notre problématique se distinguent aussi
par le fait qu’elles relient deux acteurs économiques : les employeurs qui adoptent des
« modes de flexibilité du travail » et font face à la concurrence, et les salariés qui au sein des
entreprises ont – ou non– des possibilités de mobilité face aux conditions de travail.

Notre projet veut enrichir le débat de quelques nouveaux éléments empiriques, en menant une
enquête sur les modes de flexibilité du travail adoptés dans les entreprises dans le Maghreb.
Cette enquête devrait fournir des informations détaillées sur les conditions de travail, les
accidents de travail et le mode de flexibilité dans lequel le salarié est engagé (salariat indirect,
adoption de CDD, précarité du salariat permanent favorisée par la croissance de l'offre de
travail et des taux de chômage1). Cette enquête comporte deux parties : une enquête
"entreprises" et une enquête "salariés" qui nous permettrait d’intégrer dans nos analyses les
caractéristiques des entreprises et des individus y travaillant. Ces deux volets nous
permettraient aussi d’estimer la part des effets dus aux caractéristiques de l’entreprise et ceux
dus aux caractéristiques des travailleurs.

Notre approche se veut avant tout comparatiste, nous utiliserons les enquêtes sur le
secteur informel déjà disponibles au Maroc [Adair et Kouhlani, 2002] et en Algérie
[Adair et Bounoua, 2001] pour comparer nos résultats. Nos questionnaires seront
construits conformément aux questionnaires existants dans une perspective
comparatiste.

C. Cadre conceptuel

1
Les taux de chômage urbain sont respectivement de 30% en Algérie (2000), 22% au Maroc (1999) et de 15%
en Tunisie (2001).

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L’étude s’organise autour des trois axes : flexibilité, conditions de travail et relations
interentreprises. Les définitions et les dimensions conceptuelles présentés ci-après émanent
des travaux de recherche déjà réalisés dans le domaine de la santé au travail (Goodswaard et
Nanteuil, 2000 ; De Nanteuil, 2002).

Les stratégies de flexibilité : une combinaison des variables

La flexibilité émerge comme un concept hétérogène, incluant deux séries de variables :


quantitative/ qualitative et externe/interne. La combinaison de ces variables nous permet de
définir quatre stratégies de flexibilité (Barbier et Nadel, 2000):
- La sous-traitance et l’externalisation (externe/qualitative) : cette stratégie est motivée
essentiellement par le transfert des coûts de travail et des risques vers un autre lieu.
- Les contrats non permanents (externe/quantitative) : cette orientation structurelle vers
la flexibilité numérique représente une tentative pour créer une organisation interne
flexible supportée par des nouveaux statuts d’emploi. Cependant, le nombre des
travailleurs non permanents varie énormément dans le temps. La variation est due
essentiellement à l’influence des marchés (demande saisonnière), à l’orientation vers
une autre stratégie de flexibilité, et au négociation collective et la législation sociale
- Le temps de travail (interne/quantitative) : cette stratégie englobe la variation des
heures de travail par jour, le travail de nuit ou de week-end et le travail à temps partiel.
Elle est adoptée pour éviter l’arrêt de processus de production ou pour maximiser
l’utilisation des équipements coûteux. Cependant, aujourd'hui les fluctuations des
marchés interfèrent beaucoup plus que dans le passé, donc la variation de temps de
travail résulte des stratégies temporales globales qui essayent de limiter le nombre de
personnels et répondre aux fluctuations de marché de court terme.
- La flexibilité fonctionnelle (interne/qualitative) : elle peut être définie comme une
stratégie interne désignée pour affecter rapidement les travailleurs vers de nouvelles
taches. Cela peut être réalisé par le travail d’équipe, la rotation de taches et la
polyvalence. Concernant cette flexibilité, on peut observer deux tendances. D’un coté,
la flexibilité fonctionnelle peut être considérée comme une opportunité pour réaliser
les besoins des employeurs (productivité, qualité, etc.) et des salariés (augmentation
des responsabilité, etc.).
On note, finalement, que ces stratégies sont adoptées sous certaines contraintes externes
comme l’interdépendance des marchés et des entreprises, les changements technologiques, le
cadre institutionnel national (marché du travail, négociation et législation).

Les conditions de travail

Les risques pour la santé et la sécurité au travail sont définis à partir de la description des
conditions et l’environnement du travail fournis par les personnes.

Nous partons de la définition des trois formes d’atteintes à la santé conceptualisée par
Davezies (1999) pour décliner les risques du travail :
- Atteintes directes à l’intégrité physique : ces atteintes émanent de l’exposition aux
risques physiques tels que les chutes, les produits toxiques mais aussi le bruit, la
chaleur ou le froid excessif, etc.
- Hyper sollicitation : ces atteintes sont dues à un usage inapproprié ou excessif des
hommes et des femmes au travail. Elles sont dues à l’activité elle-même : forte

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répétition dans le travail, pression permanente, etc. Ce type d’atteinte est à relier au
phénomène d’intensification du travail (Gollac et Volkoff, 1996).
- Atteintes à la dignité : les manifestations de brimades au travail, le déni de la
souffrance, le rejet de l’individu, toutes ces atteintes psychologiques menacent la santé
des personnes selon des modalités nouvelles.

Les relations entre entreprises formelles et informelles

Les recherches réalisées en Tunisie révèlent que les entreprises formelles et informelles
entretiennent entre elles des rapports de sous-traitance spécifiques (Ferguene et Hsaini, 1998).
Dans ce type de relation, où l’entreprise du secteur formel se positionne toujours en donneur
d’ordre et l’unité informelle en sous-traitant, la première s’adresse à la seconde lorsque la
demande sur le marché excède momentanément ses capacités de production. Dans ce cas,
l’entreprise déclarée fournit à l’atelier informel le cahier des charges concernant le modèle à
confectionner ainsi que les matières premières nécessaires, lui précise le volume de
production à réaliser de même que le délai de livraison moyennant un prix par unité produite.
Dans ce premier type de sous-traitance, le motif de la collaboration réside dans la volonté
d’utiliser pleinement les capacités de production disponibles dans le territoire, celles dont
dispose le donneur d’ordre se révélant insuffisantes à un moment donné : c’est la « sous-
traitance de capacité ».
Des liens productifs étroits mettant en relation directe les unités formelles à la sphère des
travailleurs à domicile peuvent également être observés. Concrètement, les entreprises
officielles et les ateliers informels confient le soin à ces travailleurs à domicile de réaliser une
opération particulière. Ce second type de sous-traitance est, quant à lui, motivé par des
compétences inexistantes dans l’unité et/ou par l’existence de compétences plus développées
dans le système productif local : c’est « la sous-traitance de compétence ».

Les relations entre entreprises formelles et informelles se manifestent également à travers


l’interaction sur le marché des biens. En effet, dans les branches du tertiaire, le secteur formel
fournit le secteur informel en inputs et peut-être également son client. Dans les branches du
secondaire, la relation est interdépendante. Certaines activités subissent directement les
incidences de l’évolution de demande adressée aux secteurs formels auxquels ils sont liés ; à
titre d'exemple, en Tunisie, la branche menuiserie-ébenisterie dépend des secteurs du bâtiment
et du tourisme ; la sous-traitance des travaux bureautiques connaît une forte progression en
période de croissance [Sidhom, 2002]. On observe un essor parallèle des deux secteurs [Adair
et Hamed, 2003].

Sur le marché du travail, les relations sont plus accentuées dans le sens entreprise informelle
vers entreprise formelle pour les salariés (déclarés) qui vont vers le secteur informel comme
entrepreneurs. On peut supposer que ce flux de capital humain entre les deux secteurs
renforce leurs relations et fluidifie leurs échanges.

Remarque :
L’emploi informel peut également apparaître au sein d’unités formelles. C’est un autre mode
de la "fléxibilisation" du travail qui se manifeste par une externalisation des emplois dans le
secteur formel [Charmes, 2002]

D. Méthodologie de recherche

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Notre projet propose une enquête auprès d’entreprises afin de saisir le lien entre flexibilité du
travail en concurrence sur le marché des biens. Notre enquête a pour objectif de recueillir des
données appariées employeurs-employés afin de pratiquer des tests économétriques en coupe
instantanée.

La construction d’un échantillon d’entreprises au Maghreb n’a jamais été une chose facile à
cause des réticences des dirigeants. Pour dissiper ces réticences nous comptons sur nos
contacts préalablement établis. Nous bénéficions, pour effectuer cette enquête, de deux
soutiens : l’Institut du Travail et des Etudes Sociales de Tunis, représenté par son directeur et
le Ministère des affaires sociales, représenté par le chef du service relations avec les
entreprises. Au Maroc nous travaillons en étroite collaboration avec le LEID (Laboratoire
d'Economie Institutionnelle et Développement) de l’Université Mohamed V – Agdal à Rabat

L’objectif est d’étudier un grand nombre de variables sur un échantillon assez étendu
d’entreprises, de dégager des comportements et des pratiques et surtout, de disposer d’un outil
d’analyse qui serait rendu disponible aux chercheurs, praticiens et experts. Cette approche
nous a conduits à adopter le questionnaire comme élément clef de notre recherche. Les
questionnaires seront administrés individuellement et directement par nous même.

Etapes d’élaboration du questionnaire (Cf. point F du projet) :

Une première version du questionnaire sera présentée et amendée avec des universitaires
familiers avec les méthodes d’enquête sur le terrain. Ceci permettra de reformuler nos
questions dans un souci de garantir leur compréhension (et d’éviter les questions trop
orientées) et d’enrichir notre investigation.

Nous irons sur place pour effectuer des entretiens semi-directifs et des observations de
manière à vérifier qu’aucune question majeure n’a été oubliée. Cette approche qualitative
nous permettra de préciser certaines explications (modalités) à propres nos questions. Cela
nous facilitera également le travail dans la partie interprétative des résultats sur les causalités
et leur sens.

Après cette étape, le questionnaire sera soigneusement testé auprès d’un petit échantillon
d’entreprises.

Le questionnaire distribué aux salariés et celui adressé à la direction seront identiques sur les
questions de faits. Le volet employeur de l’enquête doit étudier plus particulièrement :
- L’identification de l’entreprise :
- L’effectif de l’entreprise (par type de contrat et de qualification) ;
- dispositif actuel d’organisation de travail
- L’innovation technologique
- La position concurrentielle de l’entreprise et ses parts de marché
- son activité à l’exportation
- Degré de recours aux petites firmes externes, aux indépendants et aux travailleurs à
domicile (sous-traitance)
- Le secteur et le produit…

Notre questionnaire destiné aux salariés s’organisera autour de quatre dimensions:

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- L’identification de salarié (sexe, âge, ancienneté, niveau d’éducation, grade, …)
- Caractéristique du poste de travail (permanent ou occasionnel ; temps plein ou partiel ;
durée de travail par semaine ; durée de temps de repos ; heures de travail libres ou
contrôlées….)
- Le travail dans le secteur informel et la pluri-activité.
- La mobilité récente entre entreprises
- Organisation de travail et technologie utilisée (travail en équipe, à la chaîne, en
rotation sur différentes taches, ….)
- Conditions de travail (accidents de travail, conflit avec les collègues et avec la
hiérarchie, stress mental et physique, pression….)

La population étudiée sera celle des établissements comptant 10 employés et plus. Nous
visons un échantillon de 200 établissements et de 2000 salariés dans chaque pays. Afin de
tenir compte de la diversité de situations et d’obtenir un échantillon représentatif des
entreprises de plus de 10 employés, nous utiliserons un échantillon stratifié selon des critères
établis à priori (taille, type de produit, secteur, région, .).

Notre approche méthodologique est axée sur le croisement des données d’entreprise et des
données individuelles, en y intégrant une dimension comparative (par région et par pays).

Etapes d’analyse des données :

 Nous allons dans un premier temps effectuer une analyse en statistique descriptive afin
d’étudier les résultats les plus directs.
 Puis nous allons, au moyen de probit simple, déterminer les caractéristiques des
entreprises et des individus pour l’offre et la demande de travail.
 Enfin, nous allons analyser les mécanismes économiques liant le développement du
secteur informel au niveau de concurrence, et de même pour les conditions de travail
en contrôlant à chaque régression pour les caractéristiques individuelles. Cette étape se
fera au moyen de logit multinomiaux en contrôlant pour les problèmes d’endogénéité
et pour les restrictions de choix.
 Dans la construction des modèles économétriques et dans l’interprétation des résultats
nous nous allons nous appuyer sur les récits et les études de cas tirés des entretiens
semi-directifs et des observations réalisées dans les entreprises.

E. Revue de Littérature

Notre recherche s’inscrit dans deux littératures en grande partie distinctes mais qui nous
semblent pouvoir se compléter et discuter ensemble. D’une part la littérature sur l’économie
du développement et en particulier sur le développement du secteur informel. D’autre part la
littérature sur les conditions de travail, qui s’est concentrée sur les économies dites
développées. Un dialogue entre ces deux littératures peut s’avérer fructueux dans l’analyse
d’une mobilité du travail qui prendrait en compte les conditions de travail dans l’entreprise.

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Littérature sur le secteur informel :

Ainsi, une littérature conséquente porte le développement du secteur informel depuis les
travaux du BIT en 1970. La mobilité sur le marché du travail a été souvent étudié (Harris et
Todaro, Fields) en prenant en compte les différentiel de salaire et d’aces aux emplois.
Le secteur informel au Maghreb a fait l'objet de plusieurs colloques et études 2 [Charmes,
1990, 1991; Bernard, 1991, 2002, Morrisson, 1994 ; Adair et Hamed, 2003]. Différentes
études spécifiques ont également été menées au Maroc [Mourji, 1998, Direction des
statistiques, 1999, 2000 ; Gdoura et Mourji, 1998 ; BIT, 1999], en Algérie [Benissad, 1993 ;
Hammouda, 1990, 1998, 2002 ; Zidouni, 2002 ; Musette, 2000 ; Adair, 2002 ; Hamed, 2002]
et en Tunisie [Ben Zakour et Kriâa, 1992 ; INS, 1997 ; Sboui, 2002 ; Sidhom, 2002]

A lui seul, le secteur informel fournissait, en 1990, aux environs de 40% du total des emplois
non agricoles crées en dehors de l’agriculture et des services domestiques en Tunisie, de 57%
au Maroc et de 25,4% en Algérie (voir tableau 1).

L’importance du secteur informel en Tunisie et au Maroc (C. Morrisson), en tant que


générateur d’emplois urbains et régulateur des migrations rurales, a été renforcée par les
mesures de restructuration de l’économie tunisienne et, particulièrement, de la fonction
publique suite à l’ajustement structurel, au processus de la privatisation et de mise à niveau
des entreprises. Une telle situation accorde à ce secteur explicitement ou implicitement un
rôle régulateur du système social. Bien qu’il soit généralement admis que les revenus du
secteur informel soient inférieurs à ceux du secteur moderne, certaines activités du secteur
informel génèrent des revenus individuels nettement supérieurs aux salaires distribués dans
des activités comparables du secteur formel. Dès lors, le problème n’est plus de résorber, mais
bien d’appuyer et d’amplifier la croissance générée dans le secteur informel qui joue un rôle
déterminant en matière de création d’emplois et de distribution des revenus. D'où l'importance
de trouver un nouveau cadre institutionnel adapté à ces types d'activités.

Tableau 1 : Indicateurs de l’emploi informel selon les pays classés dans l’ordre croissant
(1990)
Indicateu % de l’emploi non % du secteur informel % de l’emploi
rs salarié dans l’emploi dans l’emploi non (informel) dans
non agricole agricole l’agriculture
Pays
Algérie 14,4 25,4 13,6
Libye 18,4 - 18,1
Iraq 21,5 - 30,1
Tunisie 23,6 39,3 21,6
Syrie 27,3 - 23,9
Jordanie 27,6 - 10,3
Maroc 32,8 56,9 45,6
Mauritanie 33,9 75.3 39,2

Sources : Charmes J., Employment and Employment Promotion in the informal sector of Arab
states, ILO, Turin, sept. 1993.

Littérature récente et dynamique sur les conditions de travail :


2
Un séminaire sera organisé par le CREAD (Alger) en juin 2004 sur « la question de l’emploi en Afrique du
Nord ».

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Une vaste littérature avait étudié les conséquences des modes de flexibilité du travail sur la
performance des entreprises et les qualifications (Caroli, 2001). Etant donné la diffusion
croissante de ces modes dans « la nouvelle économie », nous devrons nous intéresser à un
autre problème important : leurs conséquences sur les conditions du travail, plus
spécifiquement, sur la santé et la sécurité professionnelle. Si le nouveau système productif
augmente sensiblement le risque des maladies et des accidents de travail, cela implique une
augmentation de l’absentéisme et des conflits sociaux et par conséquent des importants coûts
au niveau macro et au niveau de l’entreprise. De plus, ce système peut influencer la
motivation des salariés et donc la productivité du travail. Donc, l’évaluation de l’impact des
modes de flexibilité du travail sur les conditions de travail semble être une question principale
si on essaye de faire un dessin complet de la nouvelle économie et ses perspectives de
développement futur. Un nombre important de travaux avait été réalisé dans ce domaine par
les économistes et les sociologues (Cappelli, 1996 ; Askenazy, 2000 ; Greenan, 1996 et Caroli
et Van Reenen, 2001). Elles ont été construites sur une variété de cas d’études (Gollac et
Volkoff, 2000 ; Askenazy, 2001) et présentaient des conclusions conflictuelles.
Dans le nouveau modèle de production, il y a une synergie entre la performance de
l’entreprise et le bien-être des salariés.
 Car la nouvelle organisation vise l’optimisation du processus de production, la sécurité
doit être un objectif nécessaire pour l’entreprise à poursuivre, dans le but de réduire
l’absentéisme causé par les risques professionnels et les coûts des tels incidents.
 De plus, la rotation des taches et la délégation des responsabilités rendent le travail
plus diversifié et donc plus intéressant. Cela est actuellement un objectif de la nouvelle
organisation dans le but d’améliorer la motivation des salariés et donc leurs productivités.
Ainsi, l’ennui réduit la vivacité et donc il contribue à l’augmentation des risques d’accidents.

La deuxième ligne d’analyse indique que les nouvelles pratiques augmentent la pression
exercée sur les salariés pour une performance élevée.
 La rotation des taches et le travail d’équipe augmentent l’intensité du travail (Cartron
et Gollac, 2001).
 La fixation des procédures de sécurité nécessite un environnement de travail stable qui
était garantie dans l’organisation tayloriste (Kramarz, 1986). La rotation des taches,
l’instabilité des salariés, les modifications continues du processus de production, et les
changements fréquents des produits sont donc préjudiciables à l’élaboration des mécanismes
de sécurité.
 Le sentiment de précarité peut aussi jouer un rôle dans les conditions de travail. A
mesure que la durée de la relation entre le salarié et l’entreprise décroît et que le sentiment de
précarité s’accentue, les employeurs risquent d’être moins incités à investir dans la formation
à la sécurité, le moral des salariés risque d’en souffrir et il peut se poser des problèmes de
motivation. Par conséquent, l’attention des salariés se déplace de l’environnement du travail
vers leur vie sociale, ce qui engendre des accidents et des fatigues mentales.

Cette variété d’arguments montre que les conséquences des modes de flexibilité de travail sur
les conditions de travail sont connectées à travers des chaînes complexes de causalité. Les
études de cas en économie, sociologie et gestion confirment cette complexité. Cependant, les
études de cas fournissent des évidences limitées et leurs conclusions ne peuvent pas être
généralisées pour évaluer l’impact des modes de flexibilité de travail sur la santé et la sécurité
du salarié.

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F. Temps consacré a ce projet

Notre projet s’entendra sur une période de 13 mois :

Année Mois Tâches à réaliser

Conception du questionnaire.
Avril Tables rondes avec des spécialistes (sociologues,
statisticiens, psychologues, …) : analyse de la cohérence
Mai des questions.
Rédaction du questionnaire.
Entretien semi-directif / observation participante
test du questionnaire.
Juin
Correction du questionnaire.
Formation de l’échantillon.

Juillet
2004
Réalisation de l’enquête et vérification de la qualité des
Août
données.

Septembre

Octobre Codage et saisie des données.

Novembre
Traitement économétrique des données.
Tables rondes : présentation des premiers résultats.
Décembre

Janvier
Rédaction des articles selon nos objectifs.
Février

2005 Mars
Présentation des travaux à l'Université de Paris 1.
Rédaction du rapport final.
Avril

Publication et diffusion des résultats. Mise à disposition


Mai
de la base de données de l’enquête.

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