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WilliamArden

-AlfredHitchcock-

LesTroisjeunesdétectives

Ledémonquidansaitlagigue

Traduitdel’américainparClaudeVoilier

L’éditionoriginaledeceroman

aparuenlangueanglaise

chezRandomHouse,NewYork,sousletitre:

THEMYSTERYOFTHEDANCINGDEVIL

©RandomHouse,1976.

Unmotd’AlfredHitchcock

Amateursdemystère,salut! Unefoisdeplus,mevoicichargédevousprésenterlefameuxtriodesjeunes et talentueux limiers qui s’intitulent avec simplicité « les Trois jeunes détectives».Et,unefoisdepluségalement,jedoisreconnaîtrequeledernier casauquelilssesontintéressésméritetoutevotreattention. L’aventurerelatéeicioccupeunvastechampd’action,aussibiendansle tempsquedansl’espace.Ilfauteneffetremonterjusqu’auxhordesbarbaresdu célèbreGengisKhanpourtrouversonpointdedépart,etreplongerensuiteau seind’unebandedemalfaiteurstrèsmodernespourassisteràsaconclusion. J’avoueavoirraremententenduconteraffaireplusétrange.Aucoursdecette histoire,vousferezlaconnaissancedumonstrueuxDémonDansantquivous glacerad’effroilesangdanslesveines. Maisrevenons-enàlaprésentationdenostroishéros… HannibalJones,détectiveenchefetcerveaudelafirmedesjeuneslimiers,est un garçon replet, impénitent chasseur de mystères et qui se lance dans l’aventuretêtebaissée,sanssoucidudanger. PeterCrentch,sonathlétiquesecond,estd’unnaturelinfinimentplusprudent, ce qui ne l’empêche pas de foncer vaillamment quand les circonstances l’y obligent. BobAndy,calmeetstudieux,aétébaptisé«ArchivesetRecherches»tantil excelle à compiler de précieux documents pour y découvrir un maximum d’informationsutiles. Les trois amis habitent Rocky, petite ville de Californie, pas très loin d’Hollywood.Ilssesontménagéunquartiergénéralsecretauseind’unentrepôt de bric-à-brac et… Mais je vous en ai dit suffisamment à leur sujet. Vous découvrirezleresteaufuretàmesuredevotrelecture. Jen’ajouteraiqu’unmot:lestalentscombinésdenosjeuneshérosleuront déjàpermisd’éclaircirbiendesénigmesembrouillées.

Etmaintenant,sivousvoussentezassezdecouragepourrencontrerleDémon

Dansant,attaquezlechapitrepremier…etamusez-vousbien!

AlfredHITCHCOCK

Chapitre1

Lapoupéevolante

«Vousêtesdesdétectives!déclaraavecconvictionlapetitefilleauxcheveux roux.VousdevezmeretrouverAnastasie!Jepeuxvouspayer,voussavez!» Toutenparlant,elletendait,aucreuxd’unemainpastrèspropre,unepiècede cinquantecents. PeterCrentchsemitàrire. «Nousnenousoccuponspasderetrouverdespoupées,mapetiteWinnie. —Lescasquinousintéressentsontautrementimportants»,ajoutaHannibal Jones. BobAndysouritàlagamine–ellen’avaitpasplusdesixans–quiétaitla voisinedePeteretvenaitsicandidementlouerleursservices. «Jepariequetapoupéen’estpasperdue,dit-ilgentiment.Tuasdûl’égarer quelquepartcheztoi. —Biensûr!renchéritPeterenriantdeboncœur.Rentredoncàlamaisonet cherche bien, Winnie! Nous avons autre chose à faire que de courir après Anastasie.Nousdevonsréparerl’appareildeprojectiondemonpère.» Lestroisgarçons,bienconnusàRockypourleurtalentdejeuneslimiers, avaientmontéuneagencededétectivesprivésquicomptaitdéjàplusieurssuccès àsonactif. Hannibal,PeteretBobvenaientdepasserleurpremièrematinéedevacances dePâquesàmettreenordrelegaragedesCrentch.Cettebesogneterminée,ils s’apprêtaientàemporterl’appareildeprojectiondeM.Crentchàl’atelierde réparationdesJones,quandlapetiteWinnieValton,quihabitaitjusteàcôté,était arrivéepourréclamerleuraide. «Nousregrettonsquetuaiesperdutapoupée,continuaPeter,maismonpère estimpatientderécupérersonmatériel.Retournevitecheztoi,Winnie!

—Jen’aipaségaréAnastasie!protestalapetitedesavoixpointue.Elleest

partietouteseule.Elles’estenvolée!Elleétaitdanssonlit,danslacour,etelle

s’estenvoléedanslesairs!»

Hannibalregardal’enfantd’unairstupéfait.

«Tuveuxdirequ’elles’estenvolée…commeunavion?»

Peternelaissapasàsapetitevoisineletempsderépondre.

«Allons,Winnie!gronda-t-il.Cessedenousraconterdeshistoires.Tunous

retardes.Tunevoudraispasnousfairegronderparmonpère,n’est-cepas?

—N…non!»balbutialapetited’unevoixincertaine.Etpuis,brusquement,

ellefonditenlarmes.«Anastasieestperdue!Jenelareverraijamais!

—Nepleurepas,Winnie!ditBob.Tularetrouveras,tafille…»

Hannibal,cependant,fronçaitlessourcils.

«Queveux-tudireaujuste,Winnie,quandtuaffirmesquetapoupées’est

envolée?»demanda-t-il.

L’enfant,d’unreversdemanche,essuyaseslarmes.

«Hiersoir,expliqua-t-elle,jel’avaislaisséedanslacour,bienbordéedans

sonlit.Quandjesuismontéemecoucher,j’airegardéparlafenêtreetj’aivu

Anastasies’envolerdansunarbre!Papal’acherchéecematin,maisellen’était

pluslà.Elleestpartie!Hi…hi…Ellenereviendrajamais!

—Jemedemande,murmuraHannibal,sinousneferionspasbiend’allerjeter

uncoupd’œildanslacourdesValton…»

Petergémit.

«Oh!là!là!Etl’appareildemonpère?Tul’oublies,Babal!

—Etpuis,fitremarquerBob,onn’aencorejamaisvudepoupéevoler!

—C’estvrai!»reconnutHannibal.

Lechefdesdétectivessemordillaleslèvresd’unairpensif,puisrépéta:

«C’estvrai!…Etvoilàjustementpourquoinousferionsbiend’allerjeterun

coupd’œilàcetarbre.Celanenousprendrapaslongtemps!»

LespleursdelapetiteWinnieséchèrentcommeparmiracle.Ellesourit,tout

heureuse,ets’écria:

«Venez!Jevaisvousmontrer!»

Àsasuite,lesgarçonsfranchirentlaporte,percéedanslahaie,quifaisait

communiquerlapropriétédesCrentchetcelledesValton.Toutdesuite,ils

aperçurentl’arbre!C’étaitunvieilavocatierquipoussaitsurletrottoir,contrela

palissade qui séparait la cour des Valton de la rue, et dont les branches au feuillageépaisdébordaientlargementdanslacourenquestion. Winnie pointa son doigt vers le sol, à un endroit qu’ombrageait une des longuesbranches. «C’estlàquedormaitAnastasie!»déclara-t-elle. Les garçons fouillèrent aussitôt parmi les feuilles et les fruits verts qui pendaient du vieil arbre. Ils ratissèrent également la couche de feuilles qui jonchaientlesoldanslacour. «Aucunetracedetapoupée!annonçaPeter. —Nidansl’arbreniàterre»,ajoutaBob. Hannibalregagnalarue.Là,ilconstataquel’avocatierpoussaitaucentred’un petitmassifdefleurs.Ils’enapprochaetsemitàexaminerlaterremeuble autourdel’arbre. «Bob!Peter!»appela-t-ilbientôt. Sesdeuxcamaradessehâtèrentd’accourir.Hannibalpointaitledoigtversle sol.Là,justeaupieddel’arbre,ondistinguaitnettementquatreempreintesde pas,assezpetitesetétroites. «Ondiraitbien,expliquaHannibal,quequelqu’unagrimpérécemmentàcet arbre.Quelqu’undepetitetaillesil’onenjugeparlapointuredesessouliers. —Unenfant,sansdoute,hasardaPeter.Ilyadestasdegossesquiviennent jouerparici,Babal! — Tu as peut-être raison, admit Hannibal. Mais il se pourrait aussi que quelqu’unvenantdelaruesoitpasséparl’arbrepourallerpêcherlapoupéesous lagrossebranche. —Effectivement!ditBob.Celaexpliqueraitque,dansl’obscurité,lapetite Winnieaitcruvoirsapoupées’envolertouteseuledanslefeuillage. —Maisvoyons!protestaPeter.Quidoncauraitintérêtàchipersapoupéeà unegamine?» Hannibaln’avaitpasplusderéponseàcettequestionquesescamarades.Tous troisretournèrentdanslacour.Aumêmeinstant,unejeunefemmeroussesortait delamaisondesValton.ElleressemblaitbeaucoupàWinnieetilnefallaitpas êtresorcierpourdevinerquec’étaitsamère. «Winnie!Tiens,bonjour,Peter.Quefaites-vousdonc,lesenfants? —NouscherchonsAnastasie,maman!réponditlapetite.Peteretsesamis sontdétectives.» MmeValtonsourit.

«Biensûr!dit-elle.J’avaisoublié!» Puis,ellehochalatêted’unairdedoute. «Jenevoudraispasvousdécourager,maisj’aibienpeurqu’Anastasien’ait disparupourdebon. —Vousêtesdoncsûrequelapoupéeaétévolée?demandaBob. —Audébut,expliquaMmeValton,jen’ycroyaispas.Maismonmaria cherchépartoutdanslamaisonetdanslacour,sanssuccès.Alors,nousavons prévenulapolice. —Etqu’ont-ilsdit?s’enquitàsontourHannibal. — Apparemment, de nombreux vols ont eu lieu dans le quartier la nuit dernièreetlespolicierssontsurlesdents. —D’autrespoupées? —Oh,non.Pasdespoupées!Maisdesobjetsvariés:unetrousseàoutils, diversappareils,unmicroscope,etc.Onm’enacitéuneassezlongueliste,mais j’aioublié…Riendegrandevaleurcependant!LecommissaireReynoldsest persuadéqueceslarcinsontétécommisparunebandedejeunesvandales. —C’estvraiquelafaucheestdevenuetrèsàlamode,intervintPeter,d’unair dédaigneux.Lenombredepetitsimbécilesquisecroientmalinsparcequ’ilsont réussiàpiquern’importequellebabiole… —Jusqu’aujouroùilssefontpincer!»ajoutaBob. Hannibalsemblaitdéçu. «Debanalschapardeurs?…Çamanquedesel…» Winnieseremitàpleurer. «JeveuxAnastasie!hurla-t-elle.Jeveuxmapoupée! —Oh!Çava!soupiraPeterenregardantsescamarades.Aprèstout,nous pourrionsessayerdelaretrouver.Nousconnaissonsàpeuprèstouslesgossesdu quartier. —Ceseraitgentildevotrepart,déclaraMmeValton.Cegenredemenusvols n’intéresseguèrelapolice… —J’aidequoipayermesdétectives,maman!s’écriaWinnieenbrandissantsa piècedecinquantecents.Commeàlatélévision!Tenez!» Hannibalpritgravementlapiécette. «Àpartirdemaintenant,tuesnotrecliente,Winnie.Restebiensagementchez toi.Nousteferonsnotrerapport.Celateconvient-il?»

Lapetitefilleacquiesçad’unairsatisfait.Lestroisgarçonsregagnèrentla

courdePeter.Là,ilssemirentàdiscuterpoursavoirparquelboutcommencer

leurenquête.

Ilsfinirentpartomberd’accordpourinterrogerleurscamaradesdeclasse. Peut-être,danslenombre,certainsseraient-ilsenmesuredeleurdonnerdes renseignementsutiles. Soudain, ils entendirent la voix de Mme Crentch qui s’élevait, furieuse, derrièrelamaison. «Voulez-voussortirdelà!Etd’abord,quefaites-vousdansmonjardin? —Vite!»s’écriaPeterens’élançant. Les trois détectives arrivèrent au coin de la maison juste à temps pour

apercevoiruneétrangeapparitionauxgrandesailesnoiresquis’envolaitpar-

dessuslaclôtureetdisparaissaitdanslarue.

Letrio,stupéfait,s’immobilisasurplace.Cependant,lamèredePeter,qui

s’étaitprécipitéedanslejardin,sedésolaittouthaut:

«Mesjoliesfleurs!Cetindividulesacomplètementécrabouillées!…Oh! mespauvresfleurs!Regardez-moicegâchis!» Maislesgarçonssesouciaientbiendesplates-bandessaccagées!Ilsn’avaient d’yeuxquepourlabarrièrederrièrelaquelles’étaitévanouiel’apparitiondont les«ailes»n’étaientqu’uneamplecapenoire.Avantdedisparaître,l’homme avaitregardépar-dessussonépaule,révélantainsiunvisageétroitetanguleux, barréd’uneépaissemoustache. «Ehbien!s’écriaPetersuffoqué.Cen’estcertainementpasunenfant!» Déjà,Hannibalavaitfaitdemi-touretcouraitverslegarage.PeteretBoble suivirent.Hannibaldésignal’endroitoùsetrouvaitquelquesminutesplustôt, soigneusement rangé dans sa mallette noire, l’appareil de projection de M.Crentch. «Disparu!annonçaHannibald’unairtragique.Cethommel’avolé!»

Chapitre2

Unmystèreéclairci!

«Toutbienréfléchi,déclaraHannibal,onnes’expliqueguèrecequ’unvoleur pourraitfaired’objetsaussihétéroclitesquel’appareildeprojectiondupèrede Peter,lapoupéedeWinnieettoutlereste.» Le chef des détectives fit une pause solennelle et, regardant ses deux lieutenants,ajoutaendétachantdistinctementchaquemot:

«Peut-êtrebienquecenesontpaslesobjetseux-mêmesquil’intéressent.» PeteretBobouvrirentdesyeuxahuris. «Danscecas…commençaBob. —Pourquoilesaurait-ilvolés?»achevaPeter. Depuisquelepetithommeàlacapenoires’étaitenfuiavecl’appareilde M. Crentch, plusieurs heures s’étaient écoulées. Après le déjeuner, les trois détectives s’étaient réunis, pour délibérer, à leur quartier général secret, autrementditdansunevieillecaravanedissimuléeaumilieud’unemontagne d’objetsderebut,auseinduvastebric-à-bracdesJones. Cette caravane, qui contenait un mobilier adéquat, des fichiers et tout un équipementdestinéàaiderlesdétectivesdansleursenquêtes,constituaitune base d’opérations efficace… et ignorée du commun des mortels. Titus et Mathilda Jones, l’oncle et la tante d’Hannibal, propriétaires du bric-à-brac, avaientdepuisbelleluretteoubliéjusqu’àl’existencedelafameusecaravane. Desentréessecrètesconduisaientàcerepaireidéal.Deplus,unpériscope permettaitauxgarçonsdevoircequisepassaitàl’extérieur. Pourl’instant,lesjeunesdétectivesréfléchissaientensembleauxmenusvols quiavaienteupourthéâtrelequartierdesCrentch. Unfaits’imposaitd’emblée:ceslarcinsn’avaientpasétécommispardes enfants!Lematinmême,aprèsladisparitiondel’hommeàlacape,Hannibal,

BobetPeteravaientrelevél’empreintedeseschaussuresdanslejardindeMme Crentch. C’était exactement les mêmes que celles aperçues au-dessous de l’avocatier,prochedelacourdesValton. Mais en quoi un vieil appareil de projection et une poupée sans valeur pouvaient-ilsintéresserunvoleur? «Peut-être,hasardaPeter,cethommeest-ilun…un…voussavezbien… quelqu’unquivoledeschosesparcequ’ilnepeutpass’enempêcher?… —Unkleptomane!ditBob. —Oui,c’estça! —Hum!fitHannibal.Tuaspeut-êtreraison,Peter,maisjenelecroispas.En général,unkleptomanenerôdepasautourdesmaisons,attendantl’occasion favorable de chiper quelque chose. Il opère de préférence dans les grands magasinsouautreslieuxpublics. —Sicethommen’estpasunkleptomaneets’iln’apasbesoindesobjetsqu’il vole,commetuasl’airdel’insinuer,Babal,jemedemandebiencequ’ilveutau juste?demandaBob. —Àmonavis,réponditHannibal,ilestàlarecherchedequelquechose!» BobetPeterregardèrentleurchef.L’effarementetledouteétaientpeintssur leursvisages.Bobfutlepremieràémettreuneobjection:

«Mais,monvieux,dit-ildesavoixcalme,sicethommecherchequelque chosedeprécis,pourquoivole-t-iluntasd’objetsdifférents?…Jeveuxdire…il doitbiensavoircequ’ilcherche…etsil’objetn’estpasaunombredeceuxqu’il apiqués,pourquois’êtredonnétantdemalpourrien?Celanetientpasdebout. —Peut-êtrel’individuest-ilmyopecommeunetaupe…oubigle…suggéra Peter.Ildoityvoiràpeine…» UnregardméprisantdeBobréduisitPeterausilence.Peteravaitplusde musclesquedecervelle. « Il faudrait que ce type soit complètement aveugle, affirma Archives et Recherches,pouravoirconfonduunepoupéeavecunappareildeprojection! —Bon!D’accord!fitPetersansinsister.S’ilnecourtpasaprèslesobjets eux-mêmes,c’estdoncqu’ilcherchequelquechosequiseraitcachéàl’intérieur! Ilsaitquecequ’ilchercheestdedans…toutenignorantaujusteoù! — Comme dans l’histoire du chat qui louchait, murmura Hannibal(1). Le problèmeàrésoudreseprésentedelamêmemanière…Enpartantduprincipe quelevoleursaitcequ’ilfait,nousdevonsadmettrequetouslesobjetsqu’il voleontunpointcommun.Etc’estcepointcommunqu’ils’agitdedécouvrir!

—Jenevoispascequ’unepoupéeetunappareildeprojectionpeuventavoir

decommun?remarquaBobd’unairdécouragé.

—N’empêchequ’ilyacertainementquelquechose,insistaHannibal.Un

dénominateurcommunentretouslesobjetsquecethommeavolés.Ilfautle

trouveràtoutprix!

—Attendsunpeu.Babal!ditPeterentirantunfeuilletdepapierdesapoche.

J’aitoutnotélà-dessus:lapoupéedeWinnie,l’appareildemonpèreetlesautres

objetsquelapoliceaénumérésquandtuluiastéléphoné…Voyonsunpeu…

Unetroussed’électricien,unmicroscope,unbaromètre,unnécessaireàgraverle

boisetunetrousseàoutilspourvoiture,modèledeluxe.»

Ayant achevé de lire sa liste, Peter regarda ses camarades d’un œil plein d’espoir.Pendantunmoment,personneneparla. «Alors?demandafinalementPeter.Yvoyez-vousclair?Moi,pas…Ces objetsnesontpastousdesinstrumentsd’optique… —Nidesjouets,ditBob. —Nidesoutilsd’artisan!continuaHannibalquisemblaitpensif.Peut-être ont-ilstousétéachetésaumêmeendroit?» Bobsecoualatête. «Certainementpas.Onnetrouvepasunepoupéeetunbaromètredansle mêmemagasin! —EtpapaaachetésonappareildeprojectionàNewYorkilyaaumoinscinq ousixans!ajoutaPeter.Décidément,Babal,jen’ycomprendsrien. —Cesdifférentsarticlesseressemblentforcémentparquelquepoint,affirma denouveauHannibal.Ils’agitpeut-êtred’undétailtoutbête.Essayonsdenous concentrerpourledécouvrir,mesamis! —Cesonttousdessolides!avançaPeter.Jeveuxdire…aucunn’estliquide. —Brillanteconstatation!fitBobd’untonironique. —Allons,Bob!murmuraHannibal.NetemoquepasdePeter!Aprèstout,il

fautenvisagertoutesleshypothèses.D’accord.Cesobjetssontdessolides.Sont-

ilstousenmétal?Non.D’unemêmecouleur?Nonencore. — Ils sont tous relativement petits donc facilement transportables! » fit brusquementremarquerBob. Hannibalselevad’unbond.Sesyeuxétincelaient. «Desobjetstransportables!s’écria-t-il.Biensûr!Noustenonsunepiste,mes amis…Venez!AllonsparleràWinnieValton!»

Déjàlechefdesdétectivessoulevaitlatrappequis’ouvraitdansleplancherde lacaravane.Sesdeuxlieutenantssegardèrentbiendeluidemandercequ’ilavait en tête. Tous deux savaient qu’Hannibal ne fournissait jamais d’explications quandils’élançaitsurunepistequelconque.Ilssecontentèrentdoncdelesuivre et,aprèsavoirrefermélatrappederrièreeux,deramperdansle«tunnelnuméro deux»,constituéparunlargeetlongtuyauquipassaitsouslacaravaneetles monceauxd’objetsderebutquil’entouraientpourdéboucherfinalementdans l’atelierd’Hannibal. Unefoislà,lestroisgarçonssautèrentsurleursvélosetsehâtèrentversla demeuredesCrentch.Ilsladépassèrentpournes’arrêterquedevantlamaison suivante:celledesValton. Lecrépusculetombaitdéjà.Aucoupdesonnetted’Hannibal,lamamande Winnievintouvrir,safillesurlestalons. «VousavezretrouvéAnastasie!s’écrial’enfantdesavoixperçante. —Non!Pasencore!réponditlechefdesdétectives.Maisdis-moi.Winnie! Tunousasbienexpliquéqu’Anastasiesetrouvaitdanssonlitquandelles’est envoléeparmilesbranchesdel’avocatier?…Elles’estdoncenvoléeavecson lit? —Oui. —Quellesortedelit,Winnie? —Ehbien,sonlitàelle…réponditlapetitequinecomprenaitpas.Elley dormaittouslessoirset… —D’accord!D’accord!coupaHannibal,impatienté.Maisàquoiressemblait celit?Jeveuxdire…était-cevraimentunlitdepoupée?» Cettefois,cefutMmeValtonquiexpliqua:

« Non, Hannibal. Winnie parle d’un lit, parce que c’est là-dedans qu’elle couchaitsapoupée,maisenréalitéils’agissaitd’unvieilattaché-casequelui avaitdonnémonmariparcequ’ilnes’enservaitplus. —Unattaché-caserigideetnoir?demandaHannibaldontlesyeuxbrillaient plusquejamais.Commeunepetitemalletteàpoignée,c’estbiença? —Oui…c’estbiencela.Anastasieétaitenferméeàl’intérieur. —C’estégalementdansunepetitemallettenoirequesetrouvaitl’appareilde projectiondemonpère»,fitremarquerPeter. Hannibal remercia Mme Valton et promit à Winnie qu’ils reviendraient bientôt.

Lestroisdétectivesreprirentleursbicyclettes,pénétrèrentdanslacourdes Crentchet,delà,danslegarage.Ilyfaisaitencoresuffisammentjour.Unefois deplus,lesgarçonstinrentconseil. Bob exultait. Il sentait qu’Hannibal venait de découvrir un renseignement positif. «Desmallettesnoires!s’écria-t-il.Voilàledénominateurcommunquenous cherchions! Tous les objets volés se trouvaient sans doute à l’intérieur de mallettesdecegenre…commelapoupéeetl’appareildeprojectiondetonpère, Peter! —Exactement,monvieux!affirmaHannibal.C’estlaseulechosequela poupéedeWinniepouvaitavoirdecommunaveclereste.Notrevoleurestdonc àlarecherched’unobjetcontenudansunemallettenoire. —Admettons,ditPeter.Maisdequoipeut-ils’agiràtonavis,Babal? —Entoutcas,certainementpasd’un…commençaHannibal. Ilfutinterrompuparunbruitvenantdederrièrelegarage. Lebruitd’unchocsourdquifutsuivid’ungrognementétouffépuisdepas furtifs… Lestroisgarçonsnefirentqu’unbondjusqu’àunepetitefenêtres’ouvrantau fonddugarage.Ilsdistinguèrentalors,àlafaiblelumièreducrépuscule,une silhouettequis’évanouitparmilesépaisbuissonsdel’arrière-courdePeter. «Levoleur!»s’exclamacelui-ci. Lesdétectivesseruèrentau-dehors,contournèrentlegarageetatteignirentles buissons envahis par les ténèbres. Mais rien ne bougeait à présent et l’on n’entendaitplusaucunbruit. Peter,quis’étaitapprochédelapetitefenêtreàl’arrièredugarage,sebaissa soudainetramassaquelquechose,justeau-dessous. Tandis qu’il examinait sa trouvaille, son visage exprimait le plus grand ahurissement. «Mais…c’est…c’estunepatted’animal!»murmura-t-ilenfin,sidéré. Hanniballuipritl’objetdesmainspourl’examineràsontour. «Oui,dit-il.C’estunepattedeloup…Ellenedatepasd’aujourd’hui.On diraitunesorted’amulette.Peut-êtreunporte-bonheur… —Jel’aitrouvéejustesouscettefenêtre,expliquaPeter.Celuiquil’aperdue écoutaitnotreconversation,mesamis.Ilnousespionnait.Ilaentenduceque nousdisions. —Jepariequec’étaitlevoleuràlacapenoire!»avançaBob.

Hannibalsecoualatête.

«Non,Bob!Cethomme-ciétaitplusgrand.Quisait…ilssontpeut-être

plusieursàcouriraprèslesmallettesnoires…etleurmystérieuxcontenu!

—Etmaintenant,l’und’euxsaitquenoussommesfixéssurlemotifdesvols,

fitremarquerPetertristement.

— Oui ! répondit Hannibal dont les yeux continuaient à briller dans l’obscurité. Il sait… et c’est bien pour cela que nous le pincerons! Nous l’obligeronsàvenirànous!

— Mais comment pourrons-nous l’y forcer?… commença Peter d’un air

incrédule.

— Eh bien, désormais, il va certainement nous tenir à l’œil! expliqua

Hannibal. De notre côté, nous ferons comme si nous étions nous aussi à la recherched’unemallettenoire…etnousferonssemblantd’endécouvrirune! Nousagironsalorsexactementcommesinousavionstrouvélabonneetalors…

—Jecomprends!s’écrièrentenchœurBobetPeter.C’estunpiège!»

Hannibalsouritdansl’ombre.

«Oui!Ungentilpetitpiègeàvoleurs…oùtombera,jel’espère,notrehomme

àlacapenoire…etpeut-êtred’autresencore!»

Chapitre3

Lepiègefonctionne

Ce soir-là, un brouillard léger flottait sur le port et l’étendue sombre du Pacifique.LesruesdeRockyétaientdésertesetsilencieuses.Deloinenloin,des lampadairess’efforçaientdetrouerlabrumedeleurclartépâle. Quelquepart,unchienaboya. UnchattraversavivementlarueoùhabitaientlesCrentch. Puis,durantunmoment,plusriennebougea. Soudain,Peterapparutdansl’encadrementbrillammentéclairédelaportedu garagedesonpère.Legrandgarçonsemitàfairelescentpassurletrottoir, commes’ilattendaitquelqu’un.Detempsentempsilregardaitàl’intérieurdu garage où plusieurs petites mallettes noires se trouvaient alignées. Les trois détectiveslesyavaientplacéesunpeuplustôtbienenvuepourquiconquese trouvaitàl’affût. Bientôt,HannibaletBobdébouchèrentd’uneruellevoisine.Ilsportaientune autrepetitemallettenoireetparlaientavecanimationtandisqu’ilssehâtaient versleurcamarade. —Alors,quoideneuf?»interrogeaPetervivement. BobetHannibals’arrêtèrent,essoufflés. —Babalpenseavoirenfintrouvé!s’écriaBob. — Donne-moi le temps de vérifier! » répondit le chef des détectives en pénétrantdanslegarageéclairé. Toutesportesouvertes,lesgarçonsseréunirentautourdelamallettenoire qu’Hannibalvenaitdeposeràterre.Celui-cisoulevalecouverclepuisregarda sescamaradesd’unairenthousiasmé,Peterregardaàsontourdanslamallette. «Splendide!s’exclamaPetertoutfort.Bravo,Babal!» Hannibalélevalavoix.

«Jesuispersuadéquec’estbiencequecherchaitnotrevoleur!

—Moiaussi,j’ensuissûr,renchéritBob,égalementàhautevoix.Qu’allons-

nousenfaire,Babal?» Celui-ciparutréfléchir. «Ehbien…commença-t-il.Ilestdéjàtard.Jedevraisêtrederetouràla maisondepuisunebonneheure.Jecroisquenousferionsbiend’enfermernotre trouvailledanstongarage,Peter.Etdemainmatin,nouslaporteronsàlapolice. Qu’enpensez-vous? —Tuasraison,acquiesçaPeter.Cesoir,ilesttroptardpouragir. —Moiaussi,jedevraisêtrerentréchezmoidepuisunbonboutdetemps, ajoutaBob.Entendu!Nousporteronsl’objetàlapolicedemainmatin.» Lamallettenoirefutplacéesurunbanc,dansuncoindugarage.Peteréteignit leslumièrespuisfermalaporteavecuncadenas.BobetHannibalsautèrentsur leursvéloset,aprèsunbonsoirhâtifàleurami,s’éloignèrentàgrandscoupsde pédalesetdisparurentaucoindelarue.Peterrentrachezlui. Danslarue,sombreetbrumeuse,cefutdenouveaulesilence. Enréalité,HannibaletBobn’étaientpasallésbienloin.Invisiblesauxyeux d’unéventuelguetteurpostéprèsdelamaisondesCrentch,lesdeuxgarçons avaient dissimulé leurs bicyclettes dans un bosquet d’eucalyptus puis, silencieusement,avaiententreprisderevenirsurleurspasensefaufilantd’une couràl’autre,auseindublocdesmaisons.ArrivésdanscelledesValton,ilsse tapirentcontrelahaiequiséparaitcettecourdecelledesCrentch. De leur cachette ils pouvaient voir la porte du garage de Peter, obscure maintenant. Ils s’avancèrent encore un peu, avec mille précautions, et se postèrentdemanièreàpouvoirbondirdansl’alléeconduisantaugarageenun minimumdetemps. Soudain,lafenêtredelachambredePeter,d’oùl’onavaitvuesurlegarage, s’éclaira et bientôt le garçon apparut dans l’encadrement. Il achevait de boutonnerlehautdesonpyjama.Durantquelquessecondesilrestalà,bien visible,etbâillaàplusieursreprises.Puisilsedirigeaverssonlitetéteignitla lumière. Danslanuitbrumeuse,riennebougeait.Unedemi-heures’écoula.Tassés dans leur haie, Hannibal et Bob commencèrent à s’impatienter. Le premier souffraitd’unecrampedanslajambegauche.Lesecondseretenaitavecpeine declaquerdesdents:lebrouillardleglaçait!Unchatdegouttièremenasoudain grand tapage autour des poubelles, dans la cour des Valton. Puis deux

promeneursnocturnespassèrentdanslarue,parlanttouthaut,sanssegêner. Leursvoixs’éteignirentpeuàpeu. Hannibalsoupiratoutbas:sonplann’avaitpasl’airdemarcher!Levoleurne semontraitpas.EtlesparentsdePeter,quis’étaientabsentéspourlasoirée, pouvaientreveniràtoutmoment,gâtantainsileschoses. Bob continuait à frissonner dans la nuit glacée. Les paupières d’Hannibal s’alourdissaient.Etpuis,toutàcoup,cequ’ilsattendaientseproduisit. «Babal!»murmuraBobdansunsouffle. Unhommevenaitd’apparaîtredansl’alléedesCrentch,faiblementéclairépar lalumièredelarue.C’étaitlevoleuràlacapenoire! «Jelevois!»réponditHannibalsurlemêmeton. Lepetithommeregardanerveusementautourdeluidansl’obscurité.Puis, d’unpasrésolu,ilsedirigeaverslegarage.Lechefdesdétectiveschuchotaà Bob:

«Pasdefaussemanœuvre,surtout!Laissons-leentrer,puisnousrefermerons les portes sur lui, de l’extérieur! Pendant que je garderai l’entrée, tu te dépêcheras d’aller surveiller la fenêtre de derrière. Peter n’aura plus qu’à téléphoneràlapolice!» Bobfitsignequ’ilavaitcompris,sansquitterdesyeuxlepetitcambrioleur qui,tirantuninstrumentmétalliquedesapoche,s’attaquaitdéjàaucadenasdu garage.Bientôtildisparutàl'intérieur.Hannibalseredressa. «Victoire,monvieux!souffla-t-il.Ànousdejouer!» Lesdeuxcompagnonssortirentenhâtedelahaieetbondirentenavant…Au mêmeinstantuneviolenteclartélesaveugla. «Ouille!»neputs’empêcherdedireBob. LuietHannibaltentaientvainementdeseprotégerdel’éblouissantrayonde lumièrequisemblaitjaillirducoindugarageleplusprochedelarue. Aussibrusquementqu’ilétaitapparu,lerayonlumineuxs’éteignitetunbruit aussiétrangequ’effrayantemplitsoudainlanuit.Oneûtditqu’unebêteféroce grognaittoutengrinçantformidablementdesdents! Cebruitvenaitexactementdel’endroitd’oùavaitjaillilerayondelumière. Tandisquelesgarçons,inquiets,essayaientdevoirentrelegarageetlarue,un visageleurapparut,baignéd’unelueurfantomatique. Unvisage,àvraidire,quin’avaitriend’humain.Oneûtditlefacièsd’un animalsauvage:énorme,plantédepoilsnoirshirsutes,avecdesyeuxrouges

flamboyantsetunebouche–ouunegueule?–monstrueuseetlaissantvoirde

grandesdentspointues,prêtesàmordre,semblait-il.

Pourcompléterleportrait,delonguescornessedressaientsurlatêtemassive

quesurmontaitunequeuedecheveux.C’étaituneapparitionpropreàglacerle

sangdanslesveines.

«Ha…Ha…Hannibal!»bégayaBob.

Incapablesdebouger,lesdeuxgarçonscontemplaientlafacedémoniaque…

Toutàcoup,laclartéquilanimbaits’éteignitetl’onnevitplusrien.

Frissonnants,lesjeunesdétectivessemblaientcollésausol.

«Hannibal!Bob!»

C’étaitPeterqui,desafenêtredupremier,lesappelaitd’unevoixpressante.

Dudoigt,ildésignaitl’allée.

«Vite!cria-t-ilencore.Ilfileaveclamallette!»

Eneffet,lepetitcambrioleurs’étaitglisséhorsdugarageetétaitpassédevant

HannibaletBobqui,sidérés,nel’avaientmêmepasvu.Àprésent,quittant

l’allée,ilseprécipitaitdanslarue,sacapenoirevolantderrièrelui.Iltenaitàla

mainlamallettenoirequelesdétectivesavaientdéposéeàsonintentiondansle

garage,commeappât!

Bobfutlepremieràretrouversesesprits.

«Babal!Courons-luiaprès!»

Ils’élançadansl’allée,Hannibalsursestalons.Peterlesrejoignitaumoment

oùtousdeuxdébouchaientdanslarue.

«Parlà!»s’écria-t-ilenmontrantlebasdelarue.

Levoleuràlacapecouraitdroitàunepetitevoiturerougegaréenonloinde

là.D’unmêmeélan,lestroisgarçonsseprécipitèrentet…Boballaheurterde

pleinfouetunhommequi,aumêmeinstant,sedressaitsurleurchemin.

«Quesepasse-t-il?grommelal’inconnuenempoignantBob.Nepourriez-

vouschoisiruneautredistractionquedebousculerlesgensdanslarue?» C’étaitunhommemince,auxcheveuxgris,portantunlorgnonàl’ancienne mode. Ses yeux perçants clignotaient tandis qu’il se penchait en avant pour examinerlesdétectivesd’unregardsoupçonneux. « L’homme qui s’enfuit là-bas est un voleur! expliqua vivement Bob en désignantlecambrioleurdudoigt. —Etilvafiler!»ajoutaPeterenconstatantquel’hommeàlacapebondissait auvolantdelavoiturerouge.

Lemoteursemitàronfler.L’autodémarra.Navrés,lestroisgarçonslavirent disparaîtreaucoindelarue. «Unvolestuneaffairesérieuse,jeunehomme!déclarasévèrementl’étranger àBob.Qu’est-cequecethommeavoléaujuste? — Une mallette noire! répondit Archives et Recherches, tout bouillant d’indignation.Etsivousnenousaviezpasretardés,nous… —Etqu’yavait-ildanscettemallette?demandaencorel’inconnu. —Heu…de…dedans?»bégayaPeter. Hanniball’empêchadepoursuivre. «Nousnepouvonspasvousrévélercequ’ilyavaitàl’intérieur,monsieur! déclara-t-ilcourtoisement. —Jevois!fitl’inconnusanssedépartirdesonairsévère.Jemedemandeà quoivousjouez!Allons,jenesauraistropvousconseillerdemettreuntermeà vossingeries!» Et,là-dessus,ils’éloignaàgrandspas.Hanniballesuivitd’unlongregard pensifjusqu’àcequ’ileutdisparuaucoindelarue. «Cethommehabite-t-illequartier,Peter?demanda-t-ilàsonami. —C’estlapremièrefoisquejelevois,réponditl’interpellé.Disdonc,mon vieux!Tucroisqu’ilnousaarrêtéspourpermettreauvoleurdefiler?» Hannibalhochalentementlatête. «Ceneseraitpasimpossible! —Babal!ditBobàsontour.Quepenses-tu…decevisagequenousavons vu?Sonapparition,elleaussi,aaidélevoleur.Qu’est-cequec’étaitàton avis?» Hannibalhaussalesépaules. «Jen’ensaisrien,monvieux! —Dequelvisageparlez-vous?»s’enquitPeter. Bobdécrivitl’êtreétrangeeteffrayantqu'Hannibaletluiavaientvu.Peter n’avaitpul’apercevoirdelamaison,legaragefaisantécran. «Non!s’exclamaledétectiveadjointenavalantsasalive.Paspossible!Vous avezeudeshallucinations!Cedevaitêtrelebrouillard. —Jesuiscertainden’avoirpasrêvé,ripostaBobsèchement.Entoutcas,une choseestsûre:levoleurnousafiléentrelesdoigts! —Peut-êtrepas!murmuraHannibalensouriantàsesdeuxcamarades.Jeme suis méfié, voyez-vous. Par précaution, j’ai glissé un de nos « détecteurs-

maison»danslamallettenoire!Avecunpeudechance,mesamis,ilvanous permettrederetrouverl’hommeàlacape. —S’iln’estpasdéjàtroploin!soupiraPeter. —Jenepensepas,continuaHannibal.Ilrôdeparicidepuisdeuxjours.C’est pourquoi j’ai l’impression qu’il ne doit pas loger très loin. Essayons de le rattraper!» Hannibalsortitdesapocheunpetitappareilqu'ilavaitfabriquélui-même. C’étaitundes«émetteurs-récepteurs»desoninventiondontlestroisdétectives seservaientparfoisaucoursdeleursenquêtes. Ilmitlecontactetpressalebouton«réception».Durantquelquessecondes,il nesepassarien.Puisonentenditplusieurs«bip-bip»,lentsetréguliers. «Chouette!s’écriaHannibal.Ilnedoitpasêtreàplusdetroiskilomètres d’ici!» Et il se précipita à la suite de ses camarades qui, déjà, couraient à leurs bicyclettes.

Chapitre4

L’attaquedudémon

Les«bip…bip…»guidaientlesgarçons,danslanuit,endirectiondel’océan

Pacifique.Toustroispédalaientlentementàtraverslebrouillard,écoutantle

signaletsurveillantlaflèchequi,surlecadrandel’appareild’Hannibal,leur

indiquaitladirectionàsuivre.

«Nousapprochons!annonçalechefdesdétectivesenconstatantqueles

«bip»devenaientplusforts.Lessignauxsemblentvenirduport…ouplutôt

d’unpeuplusloin,prèsdelaplage…»

L’appareildel’ingénieuxBabalétaitàlafoissimpleetefficace.Quandon l’utilisait comme récepteur, les signaux s’accéléraient et augmentaient de puissanceàmesurequel’onserapprochaitdel’émetteur.Laflèchesurlecadran indiquaits’ilfallaitalleràdroite,àgaucheoutoutdroit.L’appareilcomportait enoutreunsignaldedétresse,visuelcelui-ci.Quandquelqu’undisait«Au secours!»dansl’undesappareils,unpetitvoyantrouges’allumaitsurlecadran del’autreappareil. Maispourl’instant,biensûr,lesgarçonsn’enavaientpasl’utilisation. «Tuasraison,murmuraPetertandisqu’ilsapprochaientdelaplage.Ondirait bienquenotregibierseterreparici! —Laflèchepointeverslagauche!»annonçaBobaprèsuncoupd’œilà l’appareilqu’Hannibalavaitfixésursonguidon. Dépassantleport,lesgarçonss’engagèrentsurlaroutecôtière,désertepar

cettenuitbrumeuse.Touspédalaientensilence.Onn’entendaitqueles«bip-

bip » qui augmentaient d’intensité. Soudain, alors que les trois détectives venaientdedépasserunezoneoccupéepardesmotels,lacadencedessignauxse ralentittandisqueleurintensités’affaiblissait.

«Nousavonsdépassél’endroit!s’écriaBob.

—L’hommeàlacapedoitlogerdansundecesmotels,ditPeter.

—C’estcertain!acquiesçaHannibal.Écoutez!Mieuxvautlaisserlesvélos quelquepartetalleràpied.Ilfautêtreprudents.N’oubliezpasquelevoleur nousconnaît.» Lesdétectivescachèrentdoncleursbicyclettesdansunmassifdeplantes, entre deux motels, et se mirent à longer la route sombre avec précaution. Hannibal tenait son récepteur à la main. Les signaux devenaient plus forts. Soudain,l’aiguillepointaendirectiondelaplage. «Ilestsûrementlà!»chuchotaHannibal. Dudoigt,ilindiquaitunmotelquiémergeaitdelabrume,entrelarouteetla plage.Uneenseigneaunéon,roseetvert,ledésignaitàl’attentiondesvoyageurs sous le nom de Palm Court. Des projecteurs multicolores en éclairaient la façade.C’étaituneconstructiond’unseulétage,composéedetroisbâtimentsen formed’U,faceàlaroute.Desvoituresétaientgaréesdansl’espacecentral. D’oùilsétaient,lesjeunesdétectivespouvaientapercevoirlesvéhicules.Au boutd’unmoment,Peterhochalatête. «Çanecollepas,Babal!soupira-t-il.Lapetitevoiturerougen’estpaslà! —Peut-êtrel’hommeàlacapea-t-iltrouvénotreémetteur,suggéraBob.Ila pulelaissericipournoustromper! —C’estdansleschosespossibles,convintHannibald’unairmalheureux. —Ilaeutoutletempsdenousjoueruntour,repritPeter.Illuiasuffid’ouvrir lamallette,deconstaterqu’ellenecontenaitqu’unvieuxmorceaudeferraille… etl’émetteur,bienempaqueté! —Danscecas,ilauracomprisquecettemalletten’étaitqu’uneattrape!» conclutHannibalfortdéprimé.Soudain,savoixseraffermit.«Maisnenous désespéronspasavantdesavoirsinousavonsvraimentéchoué,mesamis!Il nousresteàretrouvernotreémetteur!» Sansattendresescompagnons,lechefdesdétectivessemitàtrotterdansla brume.Lesyeuxfixéssurlecadrandesonappareil,ilcontournaprudemment lesbâtiments.BobetPeterlesuivirent.Unevasteplages’étendaitdirectement derrière le motel. Les garçons avançaient en silence sur le sable, parmi les palmiersoùs’accrochaientdeslambeauxdebrouillard. Soudain,l’aiguillepointadroitsurl’unedeschambres. «Elleestplongéedansl’obscurité,Babal!chuchotaBob.Iln’yasansdoute personne! —Levoleurafilé!ajoutaPeter.

—Peut-êtres’est-ilabsentéuninstant,maisva-t-ilrevenir,réponditHannibal. Peut-être même n’a-t-il pas encore eu le temps d’ouvrir la mallette. Sait-on jamais?Allons,venez!» Courbéendeux,lechefdesdétectivesamorçasonapprocheprudente.Ses compagnonslesuivaientdeprès.Sousleurspas,lesablecrissaitlégèrement. L’aiguilleindiquaittoujoursladirectiondelachambreobscurecependantque les«bip-bip»augmentaientd’intensité. Soudain,Hannibaljetaunordredansunsouffle:

«Couchez-vous!» Toustroissejetèrentàplatventresurlesol.Laportedelachambrevenaitde s’ouvrir! Unesilhouettemincesurgitsurleseuiletdemeuralàunmoment,immobile, scrutantlesténèbresalentour. Lesjeunesdétectives,retenantleursouffle,nebougeaientpas.Labrumeles dissimulait,ainsiquelesabledanslequelilss’étaienttapis. L’homme,dontlevisagen’apparaissaitquecommeunetacheclaire,seraidit soudainetparuttendrel’oreille. «Flûte!songeaHannibal.Iladûentendrenos«bip-bip»!» D’unemaintâtonnanteilcherchaleboutonquicommandaitlesignalsonoreet appuyadessus.Lefaiblebruitavertisseurcessa.Hannibalrespiralentement,à fond. Là-bas,prèsdumotel,l’hommecontinuaitàépierlanuit.Lesilenceétait total.Apparemmentrassuré,l’inconnucommençaàs’éloigner,endirectionde l’angledubâtiment.Aumomentprécisoùiltournaitlecoin,lalumièred’un lampadaireéclairantdebiaiscetteportiondeterraintombasurlui. Bobouvritdegrandsyeux. «Hannibal! chuchota-t-il. Tu l’as reconnu? C’est l’homme aux cheveux gris…celuiquinousaempêchésderattraperlevoleuràlacapenoire! — Je savais bien qu’ils étaient de mèche tous les deux! murmura Peter, triomphant. —Onlediraitbien,eneffet»,acquiesçaHannibal. Lestroisamisrestèrentàplatventredanslesablequelquesinstantsencore. Commel’hommenereparaissaitpas,ilssedécidèrentenfinàsereleveretà tournerlecoinàleurtour,avecmilleprécautions.Nevoyantpersonne,ilsse risquèrentparmilavégétationornementalequioccupaitl’espacelibreentrele corpscentraldumoteletl’ailevoisine.Ilsaperçurentleursuspect:aprèsavoir

traversé la cour servant de parking, celui-ci ouvrit la portière d’une grosse Mercedesnoireets’installaauvolant.Presqueaussitôtlavoituredémarra. Lesjeunesdétectivess’empressèrentalorsdereveniràlachambreobscure d’oùl’hommeauxcheveuxgrisétaitsorti.Àtraverslesrideauxmaljointsdela fenêtre,ilsvirentlerefletintermittentdeslumièresaunéonquelaissaientpasser les rideaux légers de la fenêtre donnant sur la façade. La chambre semblait inoccupée…maisdesobjetsnoirss’entassaientsurlesol. «Tiens!Tiens!»murmuradoucementHannibal. Ilseglissajusqu’àlaportedederrièreetenessayalapoignée: la porte s’ouvritsansdifficulté! «Peter!ordonnaledétectiveenchefàsonlieutenant.Faisleguetàlafenêtre dedevant!» Tandis que le grand garçon traversait la pièce en quelques enjambées, HannibaletBobs’occupèrentdes«objets»noirsquin’étaientautresquedes mallettes,genreattaché-casesrigides. «Toutestlà!annonçaBobaprèsvérification.Aucundesarticlesvolésne manque! —Oui,ditHannibal.Toutestlà,eneffet,ycomprislapoupéedeWinnieet notre morceau de ferraille. Ceci ne nous avance pas à grand-chose. Nous ignoronstoujourscequecherchenotrevoleur!Bob,fouilledececôté!…Jevais fouillerdel’autre.Peut-êtretrouverons-nousunindicequinousmettrasurla voie…» Hélas!lachambreétaitaussinuequ’ilétaitpossibledel’être.Endehorsdes meublesetdubutinretrouvé,ellenecontenaitrien:nivalise,nivêtementsqui auraientpurévélerlesintentionsduvoleur! Peters’agitasoudain:

«Alerte!Unevoiturerougevientd’arriver!»Ilregardaavecattentionparla fenteentrelesrideauxetajouta:«Jelareconnais.C’estcelledenotrevoleur!… Etlevoilàenpersonnequivientparici! —Sortonsviteetsurveillonscequ’ilvafaire!»ordonnaHannibal. Lestroisamissortirentparlaportedederrièreetsepostèrentprèsdela fenêtre.Peuaprès,lachambres’éclaira.Pourlapremièrefois,lesdétectives aperçurentlepetitvoleurenpleinelumière.Ilétaitvraimentminuscule.Sacape, qu’il avait rejetée en arrière, laissait voir une veste de sport fatiguée et un pantalon tout froissé. Les cheveux grisonnants, hirsutes, semblaient n’avoir jamaisétépeignés.Levisage,enlamedecouteau,n’avaitriendeséduisant:

dentspetitesetaiguës,nezpointu,yeuxlarmoyants,enboutonsdebottine.Pour

toutdire,avecsamoustachetremblotante,ilressemblaitassezàunesourismal

venue.

« Eh bien! souffla Peter dans un soupir. Il n’a guère la tournure d’un cambrioleur! —C’estvrai,acquiesçaBobtoutbas.Regardezcommeilsemblenerveux! Ondiraitunrateffrayé.»

Deboutsurleseuil,lepetitvoleurregardaitfixementlesmallettesnoiressurle

plancher.Quelquechoseparaissaitletracasser.Ilfronçalessourcils,puisson

nezpointusetortillacommelemuseaud’unesourisinquiètequiauraitflairéde

dangereuxeffluves.Lestroisgarçonsvirentqu’ilremuaitleslèvres:sansdoute

separlait-ilàlui-même.

Hannibaldonnauncoupdecoudeàsescompagnons:

« Je crois qu’il a deviné que quelqu’un était entré dans sa chambre…

murmura-t-il. —Danscecas,filonsloind’ici!»conseillasagementPeter. Sans bruit, les détectives s’écartèrent de la fenêtre et gagnèrent la dune voisine.Deslambeauxdebrumecontinuaientàtourbillonnerdansl’air.Les grandspalmiersquibordaientlaplageressemblaientàdessentinellesfantômes. Lesgarçonstinrentconseilaupieddeladune. «Cetype-là…Face-de-Rat…commençaBob…nouspourrionspeut-êtrele capturer.Iln’estpastellementcostaud.Ànoustrois,nousenaurionsfacilement raison. —Pasd’accord!répliquaHannibal.Non,monvieux!Ceseraitchercherles ennuis.LefaireprisonnierdanslegaragedePeterestunechose.S’emparerde luicommeçaenestuneautre.Ilestpeut-êtrearmé…etDieusaitdequoiil seraitcapables’ilsetrouvaitdansunesituationdésespérée. —Pourtant,grommelaPeter,ilfautbiententerquelquechose! —Jecroisqu’ilesttempsdefaireappelàlapolice!décidabrusquement Hannibal.Toi,Peter,tuvasrestersurplaceetmonterlagarde.Toi,Bob,tu contourneraslemoteletturelèveraslenumérodelavoiturerouge.Moi,jeme débrouilleraipourdénicheruntéléphoneetalerterlecommissaireReynolds. Puisjereviendrai…» Unéblouissantrayondelumièreluicoupalaparole.Cetteattaquelumineuse s’accompagnaitd’unépaisnuagedefuméeblanchetandisque,deladunetoute proche,s’élevaitunesortedechantsauvageetterrifiant:

«Ahhhhhhhrrrrrrr!»

Puisuneformehallucinantesurgitausommetdeladune. «Le…le…visage…!»bégayaBob. C’étaiteffectivementlàlevisagequeBobetHannibalavaientprécédemment aperçu près du garage de Peter! Un visage à la chevelure hirsute, avec de longuescornes,desyeuxrouges,obliquesetétincelants,desdentscruellesprêtes àmordreetàdéchirer…bref,unvisagededémon. Àprésent,laformesemontraitentière,danstoutesahideur.Ondistinguait l’imposantestature,letorsepuissantetvelu,lesbrasetlesjambescouverts d’unesortederembourraged’oùsortaientégalementdelongspoils.Lecou s’ornait d’un collier fait avec des os. La ceinture qui entourait la taille se composait également d’os, alternant avec des clochettes, des crécelles et d’étrangesplantes.Àmieuxregarder,onconstataitque,silapoitrineetledos étaientvelus,c’estqu’unepeaudelouplesrecouvrait.Latêteduloup,qui ressemblait à un énorme pendentif, semblait directement menacer les trois garçonsdesagueulebéante. «Qu’est…qu’est…qu’est-ceque…quec’est?»bégayaPeteràsontour. AvantqueBobetHannibalaienteuletempsderépondre,l’extraordinaire apparition se mit à danser dans la nuit. Les cloches, crécelles et ossements tintaient,grinçaientets’entrechoquaientdelaplusaffreusemanière.Lentement, lourdement,sanscesserdedanser,labarbarecréaturesedirigeadroitversles détectives. «Sauvequipeut!»hurlaBob.

Chapitre5

Panique…

Prisdepanique,lestroisgarçonss’enfuirentencourant.Lapeurlesrendait

maladroitsetlesabledanslequelleurspiedss’enfonçaientnefacilitaitpasleur

fuite.D’invisiblesobstacleslesfaisaientparfoistrébucher.

«Essayonsdegagnercesrochers,là-bas!»criaPeter.

Surladroite,degrosrochersformaientunrempartnaturelentrelesduneset

l’océandanslequelilss’avançaient.Peut-êtrelestroisdétectivesytrouveraient-

ilsunabri! Horsd’haleine,ilsatteignirentenfinleurbut.Cen’estqu’alorsqu’ilsosèrent regarderderrièreeux. «Il…ilestparti!»annonçaBobd’unevoixincrédule. En effet, la plage s’allongeait, noire et déserte, sous leurs yeux. Rien ne bougeaitdanslanuit,sil’onexceptaitquelquesvoituresquipassaientlà-bas,sur laroutecôtière,etdontonapercevaitfaiblementlespharesàtraverslabrume. «Cetruc…surladune…J’airêvéouquoi?demandaPeter. —Pasdutout!C’étaitbienréel!réponditBob.Nousl’avonsvuetentendu! —Oui!soupiraHannibalenselaissanttombersurunrocheretenessayantde retrouversonsouffle.Oui!Nousl’avonsvuetnousl’avonsentendu,mais… qu’avons-nousaujustevuetentendu,mesamis?» PeteretBobs’affalèrentsurlesable,àsescôtés. «Oh!là!là!s’écriaPeter.Nevapasmedirequ’ils’agitd’unfantôme, Babal!Convaincs-moiplutôtquecetteapparitionestbienréelle…Ouille!Non, non!Qu’est-cequejesuisentrainderaconter! —Jenepensepasquecesoitunspectre,Peter,murmuraHannibalencoretout haletant. Bien que certains phénomènes psychiques puissent provoquer des hallucinationsquenousappelonsfantômes,cettechose…

— Ne pourrait-il s’agir d’une farce, Babal? demanda soudain Bob. Une espèced’illusion? —Uneillusion…unmirage…n’auraitpasfoncésurnousendansanteten criant»,affirmaPeter. Hannibalréfléchit. «Jen’ensaisrien,avoua-t-il. —Onauraitditunesortededémon,repritBob.Undémonmoitiéanimal, moitiéhumain. —Tuveuxdireundiable?demandaPeter,alarmé.Unvraidiableenchairet enos? —Ilfautavouerqu’iloffreunecertaineressemblanceavecunsorcierdetribu indienne!déclaraHannibal.Enfin!Quoiquecesoit,cetépouvantailestdestiné ànouseffrayeràmort,c’estévident! —Maisnousnenouslaisseronspasfaire,n’est-cepas,Babal?protestaBob. —Oh,moi!déclaraPeteravecconviction,jesuisdéjàplusquemort.Mortet enterré.» HannibaletBobsourirentdansl’ombre.Tousdeuxsavaientbienque,siPeter étaitrelativementfacileàeffrayer,soncouragereprenaitledessusaumomentde l’action. Lesjeunesdétectivescontinuèrentàdiscuterunmoment.Lesbattementsde leurcœursecalmaientpeuàpeu.Detempsentemps,ilsscrutaientlebrouillard autourd’eux,d’unairinquiet,commes’ilsredoutaientleretourdelagrotesque apparitiondansante.Maisrienneseproduisit. «Allons!Maintenant,ilesttempsdenousreprendre!déclarafinalementle chefdesdétectives.Jeproposequenousregagnionslaroutepourretournerau motel.Ilfautmettreàexécutionleplanquenousavonsdressé.Seulement,mes amis,pendantquejepréviendrailapolice,vousferiezbiendemonterlagardeau casoùunsecondlascarentreraitdanscettechambre.Jesuispersuadéqu’ildoit y avoir au moins deux voleurs. Rappelez-vous la manière dont Face-de-Rat semblaitseparleràlui-même!Enréalité,jecroisqu’ils’adressaitenfaità quelqu’unquisetenaitderrièrelui,dansl’ombre,làoùnousnepouvionspasle voir. —Peut-êtremêmesoninterlocuteurétait-ilcettechosequenousavonsvue! suggéraBob. —Ahnon!gémitPeter.Ceseraitlebouquet!Ilnemanqueraitplusqueces deux-làsoientdemèche!

—Detoutefaçon,ditBobenriant,tun’asplusrienàcraindremaintenant.

Notreépouvantailadisparu.

—Hou!Non!criaPeter.Regardez!»

Toustroiss’immobilisèrent.Unsinistregrincementdedentss’élevaitdansla

nuit,suivipresqueaussitôtparl’espècedechantsauvagequilesavaitterrifiés

quelquesminutesplustôt:

«Ahhhhhhhrrrrrrr!» Là-haut,surlesrochers,justeau-dessusdeleurtête,ledémondansantvenait dereparaître.Satêtemassive,ornéedecornes,sesyeuxrouges,ladoublerangée étincelantedesesdentsetlatêtedeloupquisautaitsursapoitrine,toutdans l’aspectdumonstrefascinaitlestroisdétectives. Tandisqu’ilsrestaientimmobiles,commepétrifiés,ladiaboliqueapparition recommença à danser et à cambrioler. Le bruit que faisaient les os en s’entrechoquantdanslanuitétaitparticulièrementhorrible.Soudain,ledémon hirsutesemitàhurlerd’unevoixcaverneusequisemblait,commeunécho, provenirdetouslescôtésàlafois:

«Ceuxquidéfientlesespritsserontanéantis!» Lavoixrompitlecharmequipétrifiaitlesgarçons.Frappésdepanique,ilsse levèrentd’unbondpourfuirlelongdelaplageenténébrée.Hélas!Lepiedde Bobheurtaunrocheràdemienfouidanslesable,etlejeunedétectives’étalade toutsonlongetsirudementqu’ilenrestaétourdi. PeteretHannibal,quicouraientdevant,entendirentlebruitdelachute.Ils s’arrêtèrent pour jeter un coup d’œil en arrière. À leur grande horreur, ils aperçurentleuramiétendusurlesable. Là-haut,surlesrochers,ladiaboliquecréatureémitunriresauvageetpritson élanpoursautersurlegarçonsansdéfense. «Quecelavousservedeleçon,profanateurs!» Rapidecommel’éclair,Petersebaissa,ramassaungaletsurlesableetlejeta detoutessesforcesendirectiondel’apparition. «Ahhhhhhhrrr!…» Ledémonrecula,secouasatêtemassive,puissepréparadenouveauàbondir. «Aide-moi,Babal!»criaPeterenlançantunsecondprojectile. Hannibalramassaàsontourunepierreetlajeta.Sansrépit,maintenant,les deuxgarçonslapidaientlemonstre.Bobeutletempsdeseressaisiretseremit debout. «Petitsimbéciles!Quecelavousserved’avertissement!»

Unéclair,unnuagedefuméeblanche…etledémondisparut! «Ouf!»fitPeterenavalantsasalive. Bob,haletant,rejoignitsescompagnons. «Merci,mesamis!Pendantuneminutej’aibiencru… —Toutvabien!coupaPeter.Ilestparti! —Jetonsuncoupd’œillà-haut!»proposaHannibal. Sansgrandenthousiasme,sescompagnonslesuivirentsurlesrochers.Ils regardèrentalorsautourd’eux.Riennebougeait,nisurlaplage,niparmiles rochers,nullepart!L’apparition,unefoisdeplus,semblaits’êtrevolatilisée. Hannibalsebaissa. «Descendres!annonça-t-ilentouchantunpetittasderésidusblanchâtres. Descendreschaudes!» Ilsemblaitquecefûtlàtoutcequ’ilrestaitdelamonstrueuseapparition. «Re…rentronscheznous!ditPeter,fortpeurassuré. —Pasencore!répliquaHannibald’unevoixferme.Nousferonsexactement cequenousavonsdécidé…» Petergémit. «Tuveuxdire…retourneraumotel? —Oui,monvieux!EttéléphoneraucommissaireReynolds!» Lapolicefutsurplacedixminutesaprèsl’appeld’Hannibal…Hélas!C’était troptard!QuandPeteretBobarrivèrentaumotel,ilsconstatèrentquelapetite voiturerougeavaitdisparu,avec,sansdoute,levoleurqu’ilsavaientbaptisé Face-de-Ratauvolant…Cependant,lesmallettesvoléessetrouvaientencore danslachambre. « Le directeur du motel déclare que votre voleur était seul, expliqua le commissaireReynoldsauxtroisdétectives.Ilaréglésanoteetn’apaslaissé d’adresse.Bienentendu,iladûprendrecettechambresousunfauxnom.Reste lapossibilitéderetrouverlavoiture–uneDatsun.Elledoitêtreloinàl’heure qu’ilest,maisnousfinironsbienparmettrelamaindessus.Etnousnenous laisseronspasarrêterpardediaboliquesapparitions»,acheva-t-ilavecunpetit rirefortdésobligeantpourlestroisamis. Hanniballuiréponditparunsourirepoli. «C’estégal,jeunesgens,continualecommissaire.Vousavezfaitdubon travail.Touslesobjetsvoléssonticietnousveilleronsàcequ’ilssoientrestitués à leurs légitimes propriétaires. Félicitations! Vous venez de remporter une nouvellevictoire.Allons,venez!Jevaisvousreconduirechezvous!

—Merci,monsieurlecommissaire,réponditHannibal.Maisnoussommes venusavecnosvélos.Nousrentreronsdemême.» Aprèsavoirrécupérél’appareildeprojectiondeM.Crentchetlamallette contenant l'émetteur-récepteur d’Hannibal, les jeunes détectives se mirent en route.Ilspédalèrentensilencejusqu’aubric-à-bracdesJones.AlorsquePeteret Bobsepréparaientàprendrecongédeleurchef,celui-cidéclarasoudain:

«Nousnousréunironsdebonneheuredemainmatin,mesamis!Cemystère

neseratotalementélucidéquelorsquelapoliceauraarrêtélevoleur.Peut-êtrey

aura-t-ilduneufàcesujetd’icidemain.Denotrecôté,quisaitsinousne

pourronspasdécouvrirquelqueindiceconcernantcetteapparitiondudiable!De

toutefaçon,cen’étaitpasunmirage!

—Tu…tutu…tuesbiensûr,Babal?demandaPeterd’unevoixtremblante.

—Nefaispasl’idiot,monvieux.Quandtul’asatteintavectapierre,le

démonacriéetafailliperdrel’équilibre.As-tudéjàentenduunmiragecrier?

—Ils’agitdoncd’unecréaturebienréelle?ditBob.

—Sansaucundoute!assuraHannibal.Maisest-ellebienhumaine?Voilàce

quejemedemande…»

Chapitre6

Hannibal

faitdesdéductions

«J’ail’impression,commençaHannibal,quececasestpluscompliquéqu’il

n’yparaît.Etjecroisaussiquenousn’ensommesqu’audébutdel’affaire!»

LestroisjeunesdétectivesvenaientdeseréunirdansleurQ.G.secret.Ce matin-là,aprèsavoirexpédiéleurpetitdéjeuner,BobetPeters’étaienthâtésde rejoindreleurchef,occupéàécriredansungrandregistre. «Dis-moi,Babal,demandaPeter,lapolicen’aencorerientrouvé? — Non, mon vieux. Ou plutôt, si, ils ont retrouvé la voiture rouge, abandonnéeenpleincentredelaville.C’estlecommissaireReynoldsquimel’a apprisautéléphone,ilyaquelquesminutesàpeine.Maislapisteduvoleur s’arrêtelà.Labagnoleétaitlouée…etsousunnomd’empruntpar-dessusle marché.ReynoldsestconvaincuquelevoleuraquittéRocky.Maispasmoi!En fait,jesuissûrqu’iln’estpasloin! —Qu’est-cequitelefaitcroire?demandaBob.

—Àmonavis,Face-de-Ratn’apasencoretrouvécequ’ilcherche.Rappelez-

vous!Touslesobjetsvolésontétéabandonnésdanslachambredumotel!

D’autrepart,sil’hommeàlacapeavaitdécouvertceaprèsquoiilcourt,il

n’auraitpasessayédenouseffrayersurlaplage!

—Peut-êtreest-ilarrivéàsesfinscettenuit,aprèsavoirquittélemotel,

suggéraBob.

—C’estpossible,monvieux,maispeuprobable!LecommissaireReynolds

m’aaffirméqu’onn’avaitsignaléaucunautrevoldanslequartierdePeter.D’où

jeconclusqueFace-de-Ratcherchetoujours.

—Etoùdiablepeutdoncsenichercemystérieuxobjet?grommelaPeter.

—Ànousdeledécouvrir!

—Maiscomment?

—Parlalogiqueetladéduction!déclarapompeusementHannibal.Etpour

commencer,résumonscequenoussavons…

—Levoleurcourtaprèsunobjetcontenudansunepetitemallettenoire!

—Etilsaitquecetobjetsetrouvequelquepartdanslepâtédemaisonsoù

habitePeter.

—Etcetobjet,continuaHannibal,n’appartientàpersonnedecequartier!»

BobetPeterregardèrentleurchefd’unairstupéfait.

«Explique-toi!murmuraBob.

—Trèsvolontiers.Detouteévidence,notrevoleursaitcequ’ilcherche,mais

ilignoresetrouvel’objetetquiledétient.S’ilpossédaitcerenseignement,il

n’auraitvoléquedansunseulendroit.Or,iladérobédesmallettesnoiresunpeu

partoutdanslevoisinagedePeter.

—Toutdemême,protestaBob,ildoitbienavoiruneidéedelapersonneàqui

appartientl’objetenquestion!

—Oh!ilenauneidéeprécise…Àlui-même!déclaraHannibal.Dumoins,il

l’aeurécemmententrelesmains,j’ensuispersuadé.»

Peteravaitl’airplusahuriquejamais,maisBobcomprit.

«Tuveuxdirequ’ils’agitd’unobjetqu’ilauraitperdu?s’exclama-t-il.Oh!tu

asraison!Cedoitêtreça!

—Biensûr!affirmaHannibal.Ilaperdul’objet…oubienonleluiavolé!»

Bobsemitàpensertouthaut.

«Ilignorequileluiaprisouquil’atrouvé…mais,d’unemanièreoud’une

autre,ilsaitquel’objetsetrouvedanslequartierdePeter.»

Petern’yvoyaitpasencoreclair.

«Mais,Babal,pourquoiFace-de-Ratneréclame-t-ilpastoutsimplementson

bien?S’ilaétévolé,iln’aqu’àporterplainteàlapolice.Et,s’ilaperdul’objet,

iln’aqu’àfaireduporte-à-portepourdemandersil’onn’arientrouvé!

—Cen’estpassisimplequecela!répliquaHannibal.Jecroisque,enfait,

l’objetneluiappartenaitpasvraiment!C’estpourcelaquelebonhommeagit

secrètement,rôdedanslequartier,chipedesmallettesàdroiteetàgaucheet,

parallèlement, essaie de nous faire peur. L’objet manquant doit être quelque

chosed’important,sansdoutedegrandevaleur…quelquechosequ’ilalui-

mêmevolé!

—Nomd’unpétard!s’exclamaPeter,illuminé.Ill’afauchéetpuisill’a

perdu!

—Oui.C’estexactementcequejecrois!» Bobréfléchissait.Ilhochalatête. « Tu sais, Babal, je ne me souviens d’aucun vol important à Rocky, ces dernierstemps! —Quiteditquel’objetaétévoléàRocky?ripostaHannibal.Ilsepeutaussi quelevoln’aitpasencoreétédécouvert.Face-de-Ratsembledrôlementpressé deremettrelamainsurcequ’ilcherche! —Disdonc,Babal!murmuraPeterquiréfléchissaitdesoncôté.Silevoleur nesaitpasquiarécupérélebutin,commentpeut-ilêtresûrqu’ils’agissede quelqu’undemonquartier? —Voilàprécisémentcequenousdevonsdécouvrir!» BobetPeterseregardèrentd’unairnavré.Hannibalavaitperdulesensdela réalité!Lamimiquedesesassociésneparutguèreimpressionnerlechefdes détectives.Ilsecontentadesourired’unairsatisfait.Oneutditungrosmatouen traindedigérerleplussavoureuxdescanaris. «Jemedemande,soupiraBob,paroùcommencer…» Lesourired’Hannibals’élargitencore. « Rassure-toi, Bob, nous avons déjà commencé… Allons, fais un peu travaillertesméninges.Quandlesvolsont-ilsdébuté? —Ilyadeuxnuits,réponditvivementPeter. —Parfaitement.Etj’imaginequeFace-de-Ratadûtrèsvites’apercevoirdela disparitiondesamallettenoire.Ils’estcertainementlancéàsarecherchesans délai.J’endéduisqu’ill’asansdouteperdueaucoursdelajournéeprécédantles premiersvols…disonsenfind’après-midi. —QuelquepartàproximitédechezPeter?suggéraBob. —Héoui!Maintenant,voulez-vousmediredequellefaçonpeut-onperdre une mallette renfermant un objet de valeur? Un objet sur lequel on veille jalousementetqu’onneperdraitcertainementpasdansdesconditionsnormales? —Ilfaut,précisément,quelesconditionsaientétéanormales!réponditBob avecvivacité. — Tout juste, mon vieux! Un événement sortant de l’ordinaire a distrait l’attentiondeFace-de-Rat,oumêmel’aeffrayé… —Peut-êtreunennemilepoursuivait-il?suggéraBob.Letypeauxcheveux grisetauxlorgnons? —Oubienlapoliceétaitàsestrousses?proposaPeteràsontour.

—Ouilaeuunaccidentdevoiture!ditHannibal.Unaccidentquil’aura forcéàquittersavoitureaveclamallette!Etpuisilauraétéobligéderemonter envoitureenvitesseetdeprendrelapoudred’escampette… —Enlaissantlamallettederrièrelui,achevaBob.Cen’estpasunemauvaise idée.Maiscommentvérifiersielleestvalable?» Cettefois,Petercompritplusvitequesoncamarade. «Hannibalnousfaitmarcher,monvieux!Ilsaitdéjààquois’entenir.Jeparie quecetaccidentdevoitureabeletbieneulieu.N’oubliepasqu’ilvientde téléphoneràReynolds!» Lesourired’Hannibal,cettefois,luiremontajusqu’auxoreilles. «Biendeviné,Peter!Ilyadeuxjours,àcinqheuresetdemiedel’après-midi, exactement,unevoitureaquittélachausséepourentrerdansunecour,justeau coindelaruedePeter!Elleadéfoncélabarrière.Leconducteurestdescendu… puisilaétéprisdepanique,areprislevolantetafilé…Personnen’arelevéle numéroduvéhiculemais,d’aprèslestémoins,ils’agissaitd’uneDatsunrouge. JesuispersuadéqueleconducteurétaitFace-de-Rat.Danssonaffolement,ila perdusamallette.Nousallonsdonc…» Soudain,Peterlevalamainpourréclamerlesilence.Tousprêtèrentl’oreille. Dehors,deuxpersonnesdiscutaientferme.Letonmontait. «Regardonsparlepériscope!»ditBob. Peter fit monter l’appareil, qu’Hannibal avait fabriqué lui-même avec son ingéniositéhabituelle,etcollasonœilàlalentille.Ilvitalorsdistinctementles objetsderebutquicamouflaientlacaravaneet,au-delà,ilapercevaitlacourdu bric-à-brac. «C’esttatanteMathilda!»annonça-t-ilàHannibal. Lesautreslevirentseraidirbrusquement.Ilchuchota:

« Elle parle à l’homme mince… celui qui a des cheveux gris et porte lorgnon…celuiquinousaempêchésderattraperlevoleur…lemêmequenous avonsvusortirdelachambredeFace-de-Rat,hiersoir,aumotel…Ah!Ils’en va! —Vite!»s’écriaHannibal. Lesjeunesdétectivespassèrentparlatrappeetrampèrententoutehâtelelong dutunnelnumérodeux.Ilscontournèrentensuiteencourantl’énormemontagne desobjetsderebutetaperçurentenfinlatanteMathildaquisuivaitdesyeuxla retraitedel’hommeauxcheveuxgris.

Celui-cimontadanslamêmegrosseMercedesnoirequelesgarçonsavaient

vuedansleparkingdumotel.Lavoituredémarraaussitôt.

Haletant,Hannibaldemanda:

«Quiétait-ce,tanteMathilda?Quevoulait-il?

—Jel’aisurprisàrôderdansnotrecouret,quandj’aivoulusavoircequ’il

faisaitlà,ilm’ademandésiquelqu’un…sansdouteunjeunegarçonoumême

troisjeunesgarçons…nem’avaientpasvenduquelquechosequisetrouvait

dansunemallettenoire…»

Ellefixadesyeuxsoupçonneuxsurletrioetajouta:

«Ilsemblaitencolère.Vousneluiauriezpasjouéquelquemauvaistour,par hasard? —C’estplutôtluiquiestentraind’enpréparerun!»réponditPeteravec indignation. Hannibal expliqua le mystère des mallettes noires, exposa leurs propres soupçons et déclara que, dans cette affaire, lui et ses camarades aidaient le commissaireReynolds. «Nousallonsàl’instantenquêterlàoùcetaccidentdevoitures’estproduit, tanteMathilda!Ilfautabsolumentquenousretrouvionslafameusemallette! —Hannibal!J’aidutravailpourtoi!»grondalatante. Legarçoneutl’airtellementdéçuquelabravefemmes’adoucit. «Enfin…dumomentquec’estpouraiderlapolice!» Lesdétectivesbondirentsurleursvélos…

Chapitre7

Réponse

àunedevinette

La«maisondel’accident»étaitunpavillonblanc,peuéloignédelavillades

Crentch.Bâtienretraitdelarue,etprotégéparunebarrièreégalementblanche,

ilétaitprécédéd’unjolijardinpleinderosesdontlesteintesvivescontrastaient

agréablementavecleverttendred’unepelousebienentretenue.Hélas!pour

l’instant,labarrièreétaitdéfoncée,lesmassifsderosesécrabouillésetlapelouse

avaitpiteuxaspect.Unchauffardétaitpasséparlà!

Hannibalsonnaàlaporte.Unefemmeauxcheveuxblancsleurouvrit,l’air

furieux.Sonregard,par-dessusl’épauledesgarçons,erramalgréellesurson

jardinsaccagé.Ellegrommela:

« Que voulez-vous? J’ai assez d’ennuis comme ça sans que des gamins viennentencoremetourmenter! —Noussommesnavrésdecequiestarrivéàvotrejardin,madame,répondit Hannibaldesavoixlapluscharmeuse.Noussommesicipour… —Pouvez-vousnousdirequiafaitça?coupaPeter,impatientd’allerdroitau but. —Jen’aipasdetempsàperdre…commençalafemme. —Biensûr,madame!s’empressadedireHannibalenfaisantsigneàPeterde setaire.Jecomprendsquecetaffreuxgâchisvousdésole.Cettemagnifique ReineElizabeth…etcettesplendideLincoln…Commec’esttriste!» Lafemmeparutsurprise. «Vousvousyconnaissezenroses,jeunehomme?demanda-t-elle.Vousen cultivezpeut-êtreaussi? —Maispasd’aussibellesquelesvôtres,hélas!soupiraHannibal.

—Jedoisreconnaître,avoualafemmed’unairsatisfait,quelesmiennesont remportéplusieursprix.» Hannibalregardalesmassifsendommagésethochalatêteavecsympathie. «Ilparaîtqueleresponsabledecevandalismeaprislafuitesansdemander sonreste? —L’horriblepetitbonhomme!s’exclamalafemme.Ilafilésansunmot! —Unhommetrèspetit,n’est-cepas?Avecunecapenoire? —Oui,oui.Savoiturerougeadérapé.Ilaenfoncémabarrière.Jel’aivu sauteràterre.Ilcraignaitsansdoutequeleréservoird’essencen’explose.Puis, voyantqueriennesepassait,ils’estremisauvolant,afaitmachinearrièreeta prislafuite.Quelques-unsdemesvoisinsontessayédel’arrêter,maissans succès.Iladisparuavantmêmequ’onaiteuletempsdereleversonnuméro. —Et,biensûr,iln’arienlaisséderrièreluiquipermettedel’identifier? Une…mallette,parexemple? —Jen’airienvu!soupiralafemmetristement.Ilfautdirequejen’aipaseu letempsdevoirgrand-chose.Touts’estpassétellementvite!Etlesgensont immédiatementenvahimonjardin. —Ilsespéraientvousrendreservice,murmuraHannibal.Ehbien…jevous remercie,madame.» Suividesescamarades,ilquittaleslieuxdel’accident. «L’auteurdecesdégâtsétaitbiennotrevoleur!résumaBob. —Tuavaisdevinéjuste,Babal.Ilestbiensortidesavoiture,ajoutaPeter. —Oui…murmuradistraitementlechefdesdétectives.Quisait!Peut-êtreun voisinpourra-t-ilnousenapprendreunpeupluslong!» Danslejardinsuivant,unhommeétaitoccupéàarrosersapelouse.Lestrois amisl’abordèrent. «S’ilvousplaît,monsieur,demandapolimentHannibal,pourriez-vousnous donnerquelquesdétailssurl’accidentdevoiturequis’estproduitàcôté?Nous faisonsuneenquête… — Une enquête ? répéta l’homme en regardant les garçons d’un air soupçonneux. —Pournotreécole!achevavivementBob.Notreprofesseurd’étudessociales nousachargésd’étudierlecomportementdeschauffardsquiprovoquentdes accidentsetprennentensuitelafuite!» Hannibaloubliaitparfoisquelesgrandespersonnesavaienttendanceànepas prendrelesdétectivesausérieux.Souventmêmeilsrefusaientdediscuteravec

eux.Bob,aucontraire,s’étaitrappeléquelesadultess’intéressenttoujoursaux

enquêtesscolairesmenéesparlesjeunes.

«Ah,bon!fitl’hommeensouriant.Jecomprends.Ilfautencouragerlesgens

àrespecterlaloi.Maisjecrainsdenepouvoirvousaiderbeaucoup,mespetits.

J’étaisàlamaisonquandj’aientenducettevoituredéraperetheurterlabarrière

demavoisine.J’aijetéuncoupd’œilparlafenêtre.Lemoteurcommençaità

fumer.Alorsleconducteurasautéàterre.Iltenaitunemalletteàlamain,sans

douteunetrousseàoutils.Ildevaitcraindrequelavoituren’explose.Maisce

n’étaitqu’uneduriteendommagée,facileàrépareraupremiergaragevenu.Je

suissortiet…

—Ilavaitunemallette!s’exclamaPeter.Qu’est-cequ’ilenafait?

—Jen’ensaisrien.Lesbadaudscommençaientàs’attrouper.Ilyavaitdestas

degosses.Jenevoyaisplusgrand-chose.MaisKastner,del’autrecôtédelarue,

pourrapeut-êtrevousenapprendredavantage.Ilpassesaviedanssonjardin.»

Lesjeunesdétectivesremercièrentleurinformateurettraversèrentlarue.Sous

leporched’unemaisond’unbleuagressif,unvieilhommeprenaitl’air.

«JeconnaisM.Kastner,expliquaàmi-voixPeteràsescamarades.Ilest

diacreautemple.»

Commeletrios’approchaitduvieillard,Peterdittouthaut:

«Bonjour!monsieurKastner!Pouvons-nousvousposerquelquesquestions sur… —Surl’accident,hé,Peter!fitlevieuxenclignantdel’œild’unairmalin. J’airemarquévosalléesetvenues,jeunesgens!Jepariequelestroisdétectives sontaprèscemauditchauffard,pasvrai? —Toutjuste,monsieur!acquiesçaPeteravecunsourire.Sivouspouviez nousfournirquelquesdétails… —J’aitoutvu,mongarçon.Quevoulez-voussavoiraujuste? —Leconducteurtenaitunesortedemalletteàlamain,ditBob.L’avez-vous vue?Peut-êtrel’hommel’a-t-illaisséederrièrelui?…Unepetitemallettenoire? —Parfaitement,mongarçon.Ill’avaitetill’aoubliée.C’estduresteceque j’aiexpliquéaudétective…» Hannibalfronçalessourcils. «Queldétective,monsieur? —Bah!Untypequiestarrivécinqminutesàpeineaprèsl’accidentdela Datsun.Untypeminuscule,avecunmuseaudefouineetuncompletveston défraîchi. La police devrait les payer davantage. Il voulait savoir si j’avais

aperçuunemallettenoiretraînantàterre.Jeluiaiditquej’enavaisvuune,en

effet…maisquej’avaiségalementvuungarçonlaramasser.Unjeunedeton

âge,Peter,oupeut-êtreunpeuplusâgé.Sonvisagenem’estpasinconnu.Jel’ai

déjàrencontrédanslequartier,maisjen’arrivepasàmerappelerquiilest!

—Qu’a-t-ilfaitdelamallette?demandaBob.

—Cegarçonétaitàvélo.Dèsqu’ilaeuramassél’objet,ilafiléavec.Jel’ai

vutournerlecoindelarue,làoùhabitePeter!Etiln’estpasrevenu!C’estce

que j’ai raconté à ce détective. Il est alors parti en courant, très agité et

marmonnantquelquechose…»Levieillardplissalefront.«Tiens!murmura-t-

il.C’estcurieux!Maintenantquej’ypense,cedétectiveétaitàpied.Iln’avait

pasdevoiture.

—Merci,monsieurKastner!»ditPeter.

Lesgarçonss’empressèrentd’allerdiscuterplusloin.

«C’étaitlevoleur,n’est-cepas,Babal?demandaBob.Face-de-Rats’estfait

passerpourundétective!

—Biensûr!EtM.Kastnerluiaparlédugarçonàvélo!Voilàpourquoinotre

hommesaitqu’ildoitchercherdanslequartier:levisagedugarçonestfamilier

àM.Kastner,c’estdoncqu’ildemeuredanslecoin!»

Bobsecoualatête.

«RienneprouvequeM.Kastnerluiaitconfiécedétail.Detoutefaçon,cela

neprouveraitpasdefaçoncertainequelegarçonhabiteparici.Puisqu’ilétaità

vélo,ilatrèsbienpuvenirdebeaucoupplusloin.M.Kastnerapréciséqu’il

avaittournélecoindelamaisondePeter…etqu’ilnel’avaitpasvurevenir!

—C’estça!s’écriaHannibal.C’estdoncça!Lechantier!

—Maisoui!criaPeter,illuminéàsontour.Latranchée!Quandonatournéle

coin,toutauboutdelarue,lachausséeestdéfoncée.Unetranchéecoupelarue

d’untrottoiràl’autre.Ilestimposabledepasserparlààvélo.Leboutdelarue

estmêmeinterditauxpiétons,momentanément.

—Ainsi,enchaînaHannibal,sicegarçonatournélàetqu’iln’estpasrevenu,

c’estqu’illogedanslesparages.Peter!Connais-tudesgarçonsdenotreâgequi

habitentlà?

—Jenevoisqu’uncertainJoeMarsh,quivientdes’installeravecsafamille.

Ilhabiteàquatremaisonsdelamienne.Ah!EtpuisilyaaussiFrankieBender,

quej’allaisoublier…tusais,Babal,cefainéantquifréquenteunebandede

voyous?

—Oui,jevoisquic’est.Ehbien,allonslestrouver!»

Peter commença par conduire ses amis jusqu’à une coquette villa, quatre maisonsplusloinquelasienne.Unefemmeauvisageouvertetsympathique leurouvrit.PeterdemandaàparleràJoe. «VousêtesPeterCrentch,n’est-cepas?ditlafemmeensouriant.Joesera

navrédevousavoirmanqué,maisiln’estpaslà:ilestenséjourchezsagrand-

mère,àSanFrancisco. —Quandsera-t-ilderetour? —Pasavantunesemaine,Peter.» Aprèsl’avoirremerciée,Peterentraînasescamaradesversunlotdebaraques peuengageantes,presqueauboutdelarue. « Je crois que c’est là qu’habite Frankie Bender, expliqua-t-il tout en remontantunealléeendirectiond’unpavillond’aspectdélabré.Çanemedit riendeparleràcegars-là,maissiquelqu’unpeutfaireavancernotreenquête, c’estbienlui. —Attentionàcequenousallonsdire,recommandaHannibal.Ilnefautpas luilaisserdeviner…» Ils’interrompitbrusquementetlevalatêteversl’arbresouslequelilsetenait. Unepluiedefeuillesvenaitdes’abattresurluitandisqu’unobjetinvisiblelui sifflaitauxoreilles. «Hélà!…»commençaBob. Unautreprojectilevolaau-dessusd’eux.Petit,rapide,sifflantcommeune balle,ildéchiquetaàsontourlesfeuillesdel’arbre.Ilfutimmédiatementsuivi d’unautre…puisd’unautreencore. «Ouille!criaPeterensesentantfrappéàl’épaule. —Tousàterre!»ordonnaHannibal. Lesdétectivessejetèrentàplatventre.Au-dessusd’euxlebombardement continuait…

Chapitre8

Lamallettenoire

«Haha,ha!» Unriremoqueurtombaduhautdugaragedélabréquiflanquaitlepavillon. Là,surletoit,setrouvaitungarçonlargeetcourtaud,àpeuprèsdel’âgede Peter.Ilressemblaitàunegrossearaignéeembusquée,prêteàsautersursaproie. Iltenaitàlamainunefronde. «Ping!Ping!Ping!ditlegarçond’unairrailleur.J’auraispuvoustirer commedeslapins.Vousn’êtesmêmepascapablesdevousmettreàl’abri! Quellebandedecrétins!» Peter,furieux,serelevad’unbond. « Tu m’as touché à l’épaule, espèce d’idiot! Sais-tu que tu aurais pu m’estropier?Unefronde,surtoutdecettetaille,estunearmedangereuse. —L’idiot,c’esttoi!»réponditFrankieBender.Ilsortitquelquechosedesa poche,l’ajustaàsafrondeetvisaPeter.«Tuvois?J’utiliseseulementdesbilles debois.Etpuis,jesuisunfintireur.Jevoulaisvousfairepeur,c’esttout! Regarde!» Bender tira. Le projectile bourdonna au-dessus de Peter, à quelques centimètres à peine de sa tête. Peter pâlit mais ne broncha pas. Hannibal s’approchadugarageetlevalesyeuxsurlegarçonquiriait. «Cessedoncdefairel’imbécile!luidit-ilcalmement.Unjouroul’autretu blesserasquelqu’unettuaurasdesennuis.D’ailleurs,jecroisqu’ilexisteuneloi interdisantcettesortedefronde. —Oh!là!là!leprêcheur!fitBenderenricanantpourcachersagêne.On diraitquetun’aimespasbeaucouplaplaisanterie… —Desfarceurscommetoinedevraientpasavoirdefronde!s’écriaPeter, furieux.

—J’aibonneenvie,poursuivitHannibal,toujoursaussicalme,detesignalerà lapolice.» Ducoup,lesouriredeBenderdisparut.Duhautdesonperchoir,ilfoudroya Hannibalduregard. «Jeneteconseillepasd’essayer,monvieux,dit-ild’unevoixmenaçante.Et d’abord,qu’êtes-vousvenusfaireici,touslestrois?Vousêtesdansmapropriété. Vous avez commis un délit. Vous vous êtes introduits chez moi sans autorisation!Jen’aifaitquemedéfendre.» Bobéclataderire. «J’ail’impressionquetun’esguèreaucourantdeslois,monvieux!Tuas encorebeaucoupàapprendre! —N’essaiepasdefairelemalin,Bender,ditàsontourHannibald’untonsec. Noussommesicipourrécupérerunemallettenoirequetuasvoléeilyadeux jours,aumomentdel’accidentdevoiturequis’estproduitdanslequartier.Nous voulonslamallette…etcequ’ellecontient! —Hé!Commentsav…?» Legrosgarçons’interrompitnet.Sesyeuxporcinsreflétèrentunesoudaine inquiétude.Ilsereprit:

«Quellemallette?Jeveuxdire…jenecomprendspasdequoivousparlez!

—Inutiledementir,monvieux,coupaPeter.Quelqu’unt’avularamasser.

—Cen’étaitpasmoi!protestaBender.

—Veux-tuqu’onteconfronteaveclestémoins?proposaBob.

—Puisquevousêtestellementsûrsdevous,pourquoilesflicsnesont-ilspas

déjàici?

—Parcequ’ilsnesaventpasencoreceque,nous,noussavons!répliqua

Hannibal.Écoute,Bender…leconducteurdelaDatsunestunvoleur.Cequise

trouvedanslamalletteestunobjetvolé!Tuvasavoirdegrosennuis!

—Jenesaispasdequoivousparlez!»répétaBenderavecobstination.

Hannibalsecoualatêted’unairexcédé.

«Nesoispasstupide.Situn’espasinquiétéparlapolice,tupeuxêtresûrque

tuleserasparlevoleur.Ilestàlarecherchedelamallette.S’ildécouvrequ’elle

estentapossession…»

Deboutsurletoitdugarage,Bendersemordaitleslèvresetréfléchissait.On

ledevinaittenduetinquiet.Maisc’étaitungarçonbuté.

«Bah!dit-ilenfin.Vousessayezdemefairemarcher.Jen’aijamaisvucette

mallettenoire.Etmaintenant,filezenvitesse!Sinon,jesifflepourappelermes

copainsquiauronttôtfaitdevousaideràdéguerpir.

—Tuvasnousobligeràalerterlapolice,déclaraHannibal.

—Tunemefaispaspeur,HannibalJones!Etsitunefichespaslecampc’est

peut-êtrebienmoiquivaisappelerlesflics!Jevousordonnedefiler!

—Descendsdoncetviensnousdireçadeplusprès!ditPeterenriant.

—Situl’oses…sansleconcoursdetabandedevoyous!»ajoutaBob.

Benderdevintrougedecolère.

«Attendez!Vousallezvoir!»

Hannibalconseillasagementàsesamis:

«Ilvautmieuxpartir.Venez!» Àcontrecœur,BobetPetersuivirentleurchef. Tous trois regagnèrent la maison de Peter, où ils avaient laissé leurs bicyclettes. «Disdonc,Babal?demandaBob.Nousn’allonspasabandonner?…Jesuis certainqu’ilalamallette! —Ça,tupeuxpariertachemisedessus!s’écriaPeter. —Biensûr,qu’ill’a!affirmaHannibal.Maisnousl’avonsinquiété.Ilva attendreunboutdetempspours’assurerquenoussommesbienpartis,puisilse dépêcherad’allervoirsilebutinesttoujourslàoùill’amis. —Tucroisqu’ilvanousconduireàlacachette?demandaPeter. —C’estprobable!déclaraHannibal.Ilétaitimpatientdesedébarrasserde nous.Onlesentaitnerveux.Ilvaseprécipiterpourvoirsilevoleurneluiapas reprislamallette…etnousseronslà!» Les trois détectives entrèrent ostensiblement dans le jardin de Peter et disparurentdanslacourdederrière.Unefoislà,ilspassèrentdansuneautre cour,puisdanslasuivanteetdansuneautreencore,jusqu’aumomentoùils furentdanscelledelamaisonvoisinedupavillondesBender. Personnenelesavaitvus.Sansbruit,ilssefaufilèrentjusqu’àlahaiequi séparaitlesdeuxpropriétés.Peterchuchota:

«S’ilacachélamallettechezlui,danslamaisonoulegarage,nousne

verronsrien.

—Dedeuxchosesl’une!réponditlechefdesdétectives.Oubienelleestchez

luietils’empresserad’allerlacacherailleurs…etàcemoment-lànousle

suivrons!Oubienelleestdéjàailleurs…etnouslesuivronségalementquandil

iracontrôlersaprésence!»

En regardant entre les arbustes qui formaient la haie, les trois garçons apercevaientlafaçadedupavillondesBenderetlejardin.Soudain,laportedu garages’ouvritetlegrosFrankiesemitàfilerlelongdel’allée,endirectionde larue. «Levoilà!annonçaBobdansunmurmure.Ils’enva! —Etiln’aaucunemalletteàlamain,ajoutaPeter. —Suivons-le,ditHannibal,maisattention!Nenousfaisonspasrepérer!» Bender,safrondepasséedanssaceinture,descendaitmaintenantlarue.Après avoirtournélecoin,ilprituneruellequil’éloignaitdel’océan. Silencieuxcommedesombres,Hannibal,BobetPeterlefilaientàdistance, prêtsàseréfugierderrièreunarbreouunbuissonàlamoindrealerte.Mais,bien loindesoupçonnerqu’ilétaitsuivi,Benderneseretournapasuneseulefois. Bientôt, il sortit de la ville pour se diriger vers les collines brunes qui précédaientlarégionmontagneuseetpeléeentourantRocky. Àprésent,Bendersemblaitplusinquietetregardaitdetempsàautreautourde lui.Mais,commelaplupartdesgens,ilnesavaitpass’yprendreetlestrois détectivesn’avaientaucunmalàsecacherquandillefallait. Enfin,legrosgarçontraversauncheminetentrepritdegravirlapenteassez raided’unecollineoùpoussaientpêle-mêledesbuissonsépineuxetdeschênes rabougrisautroncnoueux. Les détectives en eurent leur tâche facilitée: ils pouvaient continuer leur filaturesansaucunepeinedésormaistantlescachettesétaientnombreuses.Se glissantderrièrearbresetbuissons,ilsétaientpresquearrivésàmi-hauteurdela collinequand,soudain,Benderdisparutsousleursyeux. «Holà!s’exclamaPeteràvoixbasse.Oùdiableest-ilpassé? —Ils’estévaporélà…aumilieudecefourré!précisaBob. —Soyonsprudents!recommandaHannibal.Peut-êtreest-ilauxaguets!» Toustroiscontinuèrentàavanceravecmilleprécautions. Cefutenrampantqu’ilsparcoururentlesderniersmètresquilesséparaientde l’épaisfourré.Peterseredressalentementpourregarderàtraverslesbranches desarbustes. «Nomd’unchien!s’exclama-t-il.Ilyaunegrotte!J’aperçoisl’entrée,là derrière!…» Les trois détectives continuèrent à ramper – non sans accrocher leurs vêtementsauxarbustesépineux–jusqu’àl’orificesombrequibéaitauflancde lacolline.Progressantsurlesmainsetlesgenoux,ilspénétrèrentdansuntunnel

qui, très vite, s’ouvrit sur une caverne de vastes dimensions où régnait la pénombre.Toustroisrestèrentunmomentsansbouger. Bendersemblaitn’êtrenullepart.Cependant,commeleursyeuxs’habituaient peuàpeuaumaigrejouréclairantlacaverne,ilsaperçurentdeschaisesetdes tablesconfectionnéesavecdevieillescaisses,etaussi,surlesoldepierre,des couverturesusagées,dessacsdecouchage,deslanternes,desboîtesdebiscuits et de bonbons, un panneau indiquant un arrêt d’autobus, une motocyclette déglinguée,deuxvieillesportièresdevoiture,despiècesd’uniformesdisparates etuntasd’autresvieilleries. «Ondiraitbien…commençaPeter. —…unrepairedebrigands!achevaBob. —Évidemment!ditHannibaldansunsouffle.C’estlàquesecachentles garnementsde« labandeàBender».Etj’aiidéeque c’estlàaussiqu’ils cachentleurbutin.Soyonsplusprudentsquejamais,Frankienedoitpasêtre loin…» Lesdétectivesseredressèrentlentementetsemirentenmarche…Parvenusà l’autre bout de la caverne, ils s’aperçurent que celle-ci se continuait sur la gauche,aprèsunviragebrusque.Àpeineeurent-ilstournéqu’ilsvirentFrankie Bender,àgenouxdevantunerocheplate.Surcetteroche,setrouvaitunepetite mallettenoire…ouverte. Benderentenditlesdétectivesetseretournavivement. «Ainsi,ditcalmementHannibal,c’étaitbientoiquil’avaisprise!» Le visage du gros garçon, qui avait commencé par refléter l’inquiétude, changead’expression.Ilparaissaitstupéfait. «Ça…çan’estpluslà!»bégaya-t-il. Hannibal, Bob et Peter s’approchèrent et regardèrent la mallette. Celle-ci, doubléedeveloursbleu,étaitvide! «Ellecontenaitunestatue!expliquamachinalementBendersansplussonger àmentir.Unestatuedutonnerre!Elleauraitfaitunemascottesuperchouette pournotrebande!Ellereprésentaitunecréatureinvraisemblable… —Unecréature…quiressemblaitàquoiexactement?»demandaHannibal. Bender,quiavaitrefermélaboîtenoired’ungestesec,setournaverslechef desdétectivespourluirépondre. Maissonregard,dépassantlestroisgarçons,s’emplitsoudaindeterreur. «Elleressemblait…balbutia-t-ilenmontrantdudoigtquelquechoseau-delà dutrio…elleressemblaitàÇA!»

D’unmêmemouvement,lesdétectivesseretournèrent.

«Hou!»fitPeterdansunhoquet.

L’apparitiondelaplagevenaitdefairesonentréedanslacaverne!

FrankieBendergémit.

«Lastatue!C’estlastatue…maisvivante!»

Toutengrinçantaffreusementdesdents,ledémonàlatêtecornueetauxyeux

debraisesemitàdanserlourdementtoutenavançantdroitsurlepetitgroupe…

Chapitre9

Unepassedifficile

Paralysés par la peur, les quatre garçons, coincés au fond de la caverne, n’avaientaucunepossibilitédefuite. L’êtremonstrueuxquilesmenaçaitcontinuad’avancer,enfaisantdesbonds grotesques,tandisquesesyeuxrougesetobliquesnelesperdaientpasdevue. Peter jeta un coup d’œil derrière lui. Il n’aperçut que le rocher. Ses compagnonsetluiétaientpriscommedansunenasse. «Babal!exhalaBobdansunsoupir.Quefaut-ilfaire? —Je…jen’ensaisrien!»avouaHannibal. Ce fut Frankie Bender qui, brusquement, fit preuve d’initiative. Le jeune voyouavaitdenombreuxdéfautsmaisilnemanquaitpasdecourage.Toutpâle, ilsaisitsafronde,ramassaungroscaillousurlesoldelacaverneettirasur l’apparition. L’horrible créature poussa un grognement et recula d’un pas. Benderramassad’autrespierres. «Aidez-moi,vousautres!cria-t-ilauxdétectives.Lancez-luidescailloux!» PeteretBobramassèrentlesplusgrossespierresqu’ilspurenttrouvereten bombardèrent le démon cornu. Bender, de son côté, maniait sa fronde avec adresse. Malheureusement, la grêle des projectiles rebondissait sur l’épais rembourrage du corps. L’énorme tête du diable cornu elle-même semblait indemne. Lemonstresecouasachevelurehirsute. «Ahhhhrrrr!»jeta-t-ilàpleinspoumons. Et, là-dessus, il accéléra l’allure. Les garçons étaient maintenant acculés contrelemurdufond. «Ilestinvulnérable!»s’écriaBender,prisdepanique. Ledémonserapprochaencore.

Cettefois,cefutHannibalquipassaàl’attaque.Brusquement,ilbonditsurla mallettenoire,queBenderavaitreferméeetquisetrouvaittoujourssurlaroche plate.Ill’empoignad’unemaintandisque,del’autre,ilsaisissaituneénorme pierrequ’iltintau-dessusdelamallette. «Attention!cria-t-il.Unpasdeplusetjelabrise!» L’extraordinairepersonnages’immobilisatoutnet.Lesyeuxflamboyantsdu démonsemblaientdéfierHannibal.Lechefdesdétectives,loindebaisserles siens,soutintleregardbraquésurlui. «Tiens,vousvoilàmoinsfaraud,ondirait,s’écria-t-il. — Parbleu! s’écria Bob, entrant dans le jeu. Il veut récupérer la statue indemne!» LavoixtremblantedeBenders’élevaderrièrelui. «Maisc’estlui,lastatue!Jeveuxdire…lastatue…s’estanimée…C’est lui…Àmoinsque…» Ledémon,sansbougerdel’endroitoùilétait,semitàtrembler,lentement d’abord,puisdeplusenplusfort.Oneûtditqu’uneforceintérieurebouillonnait en lui, toute prête à exploser. Les clochettes, les ossements et les crécelles suspendus à son cou et à sa ceinture tressautaient et émettaient des bruits sinistres. La voix du monstre, profonde et sonore, parut soudain emplir la caverne:

«Misérablescréatures!Prenezgarde!Lesprofanateursserontchâtiés!»

Hannibalcontinuaitàbrandirlemorceauderocherau-dessusdelamallette

noire.

«Quereprésentecettestatue?demanda-t-il.Etquiêtes-vousvous-même?

—Petitsimbéciles!Écoutezl’espritduChaman!LeGrandKhandelaHorde

d’OrattenddansleventleDémonDansant!»

Peteravalasasalive.

«LeDémonDansant!répéta-t-il.Khan?LaHorded’Or…Qu’est-cequec’est

quececharabia?

—LastatueestcelleduDémonDansant,n’est-cepas?ditHannibalsans

quitterdesyeuxlespectre.Àmoinsquevousnesoyezvous-mêmeleDémonen

question?Entoutcas,vousparlezbiennotrelangue!

—Noussommesunetnoussommestous!psalmodiaencorelefantôme.Nous

voyonstout!Noussavonstout!Noussommeslecielbleu,lesoleildoré,la

steppesansfin,leglaiveetleblé!Nousdétruisonsdanslefeuduvent!Prenez

garde!»

Sonbrasmassiffenditl’air,pointéverslarocheplate.Unéclairjaillit,presque aussitôtsuivid’uneépaissefuméeblanche. FrankieBenderpoussaunhurlementetfitunsautenarrière. «Attention! —Tremblez!»rugitlavoixdudémon. Iltenditlebraspourlasecondefois…Unjetdeflammeetuneépaissefumée, noirecelle-ci,sesuccédèrent,àdeuxpasdePeter. «LeGrandKhanattendqu’onluirestituecequiluiappartient!» Ledosplaquécontrelamurailledufond,Bender,BobetPeternepouvaient s’empêcherdetremblerdetousleursmembres.Ledémon,sonbrastoujours tenduenavant,seremitàavancersureux.Hannibaljetaauloinlequartierde rocqu’iltenaitau-dessusdelamallette. «Vousavezgagné!crialechefdesdétectives.Tenez!Attrapez-la!» Detoutessesforces,illançalamallettedanslecoinleplusreculéetleplus sombre de la caverne. Le fantôme jeta un cri sauvage et se précipita à la recherchedel’objetquiavaitdisparuaumilieud’untasdeferrailleetdevieux vêtements. «Vite!»criaHannibalenfaisantsigneàsescompagnonsdelesuivre. Peter,BobetFrankien’avaientpasbesoindecetencouragement.Laissantle démoncouriraprèslamallette,ilsprirentleursjambesàleurcouetfilèrentvers lasortie.Siledémons’aperçutdeleurfuite,ilneparutpass’ensoucier.Ilétait bientropoccupéàfouillerparmilesvieillesnippespourretrouversaprécieuse mallette. JamaisHannibaletsescamaradesn’avaientcouruaussivite.Trébuchantsur lesmeublesgrossiersquiencombraientlacaverne,sebousculantettombant mêmeparfois,ilsfinirentcependantparseretrouveraugrandairenuntemps record. Ilss’élancèrentalorsàtraverslesbuissonsd’épinesquileurarrachaientau passagedeslambeauxdevêtements.FrankieBendercouraitentête.Hannibal, fortessoufflé,fermaitlamarche.Cefutenglissanttantôtvolontairement,tantôt sanslefaireexprès,quelesquatregarçonsatteignirentfinalementlebasdela colline. Ilsculbutèrentlesunssurlesautresdansuneespècedefosséetrestèrentlà, suantetsoufflant,horsdevuedelacaverne.Pendantquelquesminutes,aucun neparlaninebougea.Ilsavaientdumalàretrouverleursouffle…cequineles empêchaitpasdetendrel’oreille.Lemonstreallait-illespoursuivre?

Maislacollineétaitsilencieuse. «Rappelez-vous…cequi…s’estpassé…surlaplage,murmuraHannibalen haletant.L’apparitionpeutsurgirn’importeoù!» Blottislesunscontrelesautres,lesgarçonsécoutèrentencore.Aucunbruitne leurparvint.Auboutd’unmomentilsserisquèrentàsortirleurtêtedesherbes dufossé.Leurregardfouillalapenteraidedelacolline.Ilsnevirentrien.Rien nonplusnebougeaitducôtédelacaverne. «Oùestpassée…cettechose?…Aufait,qu’est-cequec’étaitaujuste? demandaFrankieBender. —Jen’ensaisrien!réponditPeter.Etjediraimêmeplus,jen’aipasla moindreenviedel’apprendre.Ettoi,Babal?» Lechefdesdétectivesneréponditpas.Iltenaitlesyeuxfixéssurlesbuissons masquantl’entréedelacaverne.Cependant,comme,aprèsunelongueattente,il nesepassaittoujoursrien,Hannibalsemitdebout. «Ilfautretournerlà-bas!annonça-t-ild’unevoixferme. —Tuesfou,ouquoi?hurlapresquelegrosFrankieBender.Moi,entoutcas, jem’envais. —Pasdutout!Tuvasveniravecnous!déclaraHannibald’untonplusferme encore.Sinon,tudevrasfournirunepetiteexplicationàlapolicesurlafaçon donttut’esemparédelastatue.» Benderavançalalèvreenunemoueboudeusemaisneprotestaplus.Ilsuivit lesdétectivesqui,déjà,recommençaientàgraviravecprécautionlapenteraide. Tousquatre,pastrèsrassurés,pénétrèrentdanslacaverne.Onn’entendaitpas lemoindrebruit…Lesgarçonsrespirèrentmieuxquandilss’aperçurentquele DémonDansantn’étaitpluslà.Lamallettenoireavaitdisparuelleaussi. Hannibalsedirigeaversl’endroitoùs’étaittenulerevenantquandillesavait menacés.Ildécouvritdeuxpetitstasdecendreblanche.Bobavançaledoigt:les cendresétaientencoretièdes. «Cettecavernea-t-elleuneautreissue?s’enquit!Hannibal. —Non!réponditFrankieBender.Jemedemandecommentledémons’yest prispourfiler! —Ilestpeut-êtrepartienfumée!avançaPeter. —Ils’estglissédehorstandisquenousdévalionslapente,c’estcertain!émit Hannibal.Aucundenousnes’estretournépoursurveillersesfaitsetgestes! — De toute façon, soupira Bob tristement, il nous laissera tranquille désormais.Levoleurs’estemparédelastatue.Donc,ledémonnenouscourra

plusaprès.Jecroisquenoussommesbattusàplatecouture! —Pasdutout,monvieux!protestaHannibal.Jesuispersuadéquelevoleur n’apaslastatue!Jepensemêmequ’iln’apluslamoindreidéedel’endroitoùil pourraitlaretrouver. —Commentça,Babal?demandaPeter,trèsétonné. —LeDémonDansantetFace-de-Ratsontévidemmentcomplices,expliqua Hannibal.Ou,toutaumoins,ilssontenrelationsétroites.C’estpourquoiilest évidentque,silevoleuravaitprislastatuedanslacaverne,ledémonnenousy auraitpassuivis.Et,detoutefaçon,ilauraitsuquelamallettedevaitêtrevide! Or,ill’ignorait,c’estdoncquelastatueaétédérobéeparuntroisièmelarron! Vouspigez?» LechefdesdétectivessetournaversFrankieBender. « Avant que ta bande ne s’installe dans cette caverne, Frankie, était-elle utiliséeparquelqu’und’autre?» Lejeunevoyouhésita.Maintenantqueledangerétaitpassé,iladoptaitde nouveauuneattitudehostile. «Tuasvolécettestatue,Bender,insistaHannibal.Nouspouvonstecauserun tasd’ennuis.Montre-toicoopératifetnoustelaisseronsenpaix.» Legrosgarçonfronçalessourcilsmaiscéda. «Oui!avoua-t-il.Ilyavaituntype…uneespècedevieuxclochard,quivivait danslacaverne.Nousl’enavonschassépourenfairenotrerepaire.Maisily revientparfoisquandnousnesommespaslà.Jel’yaiaperçuhierencore.Et, aujourd’huimême,j’aitrouvéunebouteilledevinqu’ilaoubliéederrièrelui. —Comments’appelle-t-il?demandaBob. —Jen’ensaisrien,maisilnedoitpasêtredifficiledeluimettrelamain dessus.C’estungarsd’environsoixante-dixans,plutôtgrandavecunebarbe blanche.Ilporteunevieilletuniquedelamarine.Jenel’aijamaisvuautrement qu’avecdesbottesdecow-boy. —Bien,ditHannibal.Etmaintenant,tâchedeteteniràcarreau,Frankie!… Peter!Bob!Suivez-moi!» LaissantBenderdanslacaverne,lestroisdétectivesretrouvèrentavecjoiele soleil. Ils dévalèrent la colline et regagnèrent la villa de Peter. L’heure du déjeunerétaitarrivée,maisHannibaln’ypensaitmêmepas. «Unclochard!murmura-t-ilsoudain.Disdonc,Peter!Terappelles-tuce garçonquivientparfoisvendredesvieilleriesàl’oncleTitus?Ils’appelleAndy. C’estunjoueurdeguitare.L’oncleTitusaffirmequ’Andyestungénieetqu’il

pourraitfairecarrièreàlaradio.MaisAndyestunbohème.Ilaimesaliberté.Et il connaît tous les clochards de la région. Après déjeuner, rendez-vous au Quartiergénéral,mesamis!Débrouillez-vouspoursavoiroùilhabiteettâchez deprendrecontactaveclui. —Entendu!ditBob.Maisqueferas-tudetoncôté?» Lesyeuxd’Hannibalsemirentàbriller. « Moi, dit-il, je vais traquer le Grand Khan, la Horde d’Or et le Démon Dansanttoutensemble!»

Chapitre10

Ledémondansant

deBatuKhan

«Mesamis!s’écriaHannibalenentrant.Permettez-moidevousprésenterle DémonDansant!» Onétaitaudébutdel’après-midi.Unefoisdeplus,lestroisdétectivesse trouvaientréunisdansleurQ.G.secret. Suivantlesinstructionsdeleurchef,BobetPetervenaientdepasserplusieurs coups de téléphone pour tenter de prendre contact avec Andy, le guitariste ambulant. Si leurs correspondants bénévoles arrivaient à joindre le jeune homme,ilsdevaientluifairesavoirqu’Hannibaldésiraitlerencontrerdetoute urgenceetl’attendaitau«ParadisdelaBrocante»,lebric-à-bracdesJones. BobetPetertéléphonaientencorequandHanniballesrejoignit,ungroslivre souslebras.Lesjouesrosesd’excitation,lechefdesdétectivesposalebouquin surlatable,l’ouvritàunepagemarquéed’avanceet,désignantdudoigtune gravure,fitsonétonnantedéclaration:

«Mesamis!Permettez-moidevousprésenterleDémonDansant!» Sescamaradessepenchèrentsurlaphotographiequ’illeurmontrait. «Lastatue!s’écriaBob. —Lefantômequenousavonsvu!»ajoutaPeter,troublé. Laphotoétaitcelled’unepetitestatuereprésentantunecréaturesauvageen traindedanser.Modelédansdubronzeverdâtre,le«démon»setenait,une jambefléchie,l’autrelevéeetlesbraslargementétendus.Ilnepouvaityavoir aucundoute:avecsatêtehirsute,sescornes,lapeaudeloupetlerembourrage des bras et des jambes, la statue correspondait – à échelle réduite – à la terrifianteapparition! Quelqueslignesdetexteaccompagnaientl’image.Bobleslutàhautevoix:

«LedémonDansantdeBatuKhan.DécouverteenChineduNordàlafindu XIX e siècle,cettestatuedebronzedatede1241avantJésus-Christ.Elleporte uneinscriptionlatine«AusublimeKhandelaHorded’Or».Manifestement, c’estl’œuvred’unartisaneuropéen,ellepeutaussibienavoirétéuneoffrandeà Batu Khan qu’un charme magique destiné à le protéger. Reproduction d’un chamanmongol,lastatuetteapparaîtrevêtued’unepeaudeloup,portantun masqueprolongépardescornesdeyak,etuneceinturegarniedeclochettes,de crécelles, d’os, et aussi de gerbes variées, d’épis de maïs et de racines symbolisantl’espritdelanatureuniverselle.»

BoblevalesyeuxpourinterrogerHannibal. «GrandDieu,Babal!Qu’est-cequecelasignifie? —Quecettestatueestuniqueaumondeetqu’ellen’apratiquementpasde prix!» Peternepouvaitdétachersonregarddelaphoto. «Flûte,alors!Jenesavaispasquelebronzeétaitsiprécieux! —Idiot!Lavaleurdecettestatuen’arienàvoiraveclemétaldontelleest faite.Cequicompte,c’estl’époqueoùonl’afabriquéeetaussilaraisonpour laquelleonl’afaçonnée!expliquaHannibal.Quandnotrefantômeaparlédela Horded’Oretdeschamans,j’aidécidéd’avoirunentretienavecleprofesseur Hsiang,del’université.C’estunexpertenartsorientaux.Jel’aidoncrencontré etilaidentifiéledémondèsquejeluienaieufaitladescription.Ilm’a… — Qu’est-ce que c’est que la Horde d’Or? demanda Peter, impatient de s’instruire.Ondiraitunnomd’équipedefootball! —Etquiétait.BatuKhan?ajoutaBob. —VousavezentenduparlerdeGengisKhan,n’est-cepas?Etpeut-êtreaussi deKubilayKhan? —Heu…oui…réponditPetersanstropdeconviction.C’étaientdesroisou quelquechosedanslegenre.Desgrandsgénérauxaussi,commeNapoléonet AlexandreleGrand,pasvrai?CeKubilayKhan,cen’étaitpasletypeque Marco Polo est allé voir en Chine?… Je crois me rappeler à présent qu’il s’agissaitd’empereurschinois! —Leskhansétaientorientauxmaispaschinois…bienqueKubilayaitété empereurdeChine.C’étaientdesMongols…desnomadesvenusdunorddela Chine.LesMongolsétaientdescavaliers…desguerriersàcheval.Ilsvivaient souslatenteetsedéplaçaientparpetitestribus.Enfait,quelques-unesdeces

tribus subsistent encore de nos jours et continuent à hanter leurs anciens territoires, à cette différence près que la Mongolie appartient maintenant en partieàlaChine. —Ensomme,ilsnesontpasChinoisd’origine,ilsmontentbienàchevalet ilsadorentlabagarre…Qu’est-cequetoutcelaaàvoiraveclastatue?demanda Bob.

—Vers1206,GenghisKhanréunitplusieurstribus,aprèslesavoirvaincueset

soumises.Ilentrepritalorsdeconquérirlemondeentier!Entroisgénérations, GenghisKhanetsesdescendantspossédaientunterritoire,auNorddel’Inde, quis’étendaitdelaCorée,àl’est,jusqu’àlaHongrie,àl’ouest.Ilsrégnaientsur laSibérie,laChine,laRussie,laPerseetsurunepartiedel’Europeorientale. LesfilsdeGenghisKhans’appelaientDjutchi,OgodayetDjaghataï.Kubilay Khanfutundesespetits-filsetBatuégalement. —Diable!fitPeter.Cesontdesnomsplutôtrudes. —Etleshommesnel’étaientpasmoins,expliquaHannibal.Ilsmassacraient tousceuxquifaisaientminedeleurrésister.BatuKhanfutceluiquibattitles RussesetlesHongrois.Ilrégnasurlapartieouestdel’Empiremongol.Son armées’appelaitlaHorded’Or.LesMongols,toutefois,étaientplushabilesà combattrequ’àadministrerleurempire.Celui-cinetardapasàsedisloquer.

N’empêchequelaHorded’OrsubsistaenRussiejusqu’en1480.

—D’accord!Maissinousenrevenionsàlastatue?proposaPeter. —Etàcettehistoiredechaman?ajoutaBob. —J’yarrive,réponditHannibal.LareligiondeBatuKhan,autrementditla religionmongole,estappeléechamanisme.LesMongolscroientquedesesprits hantentlesrochers,levent,leciel,laterre,lesarbresetqu’unhommeparticulier peutparleràcesesprits:lechaman. —Ensomme,ditBob,uneespècedeprêtre-sorciercommeonenrencontre chezlesIndiens? —TuveuxparlerdesIndiensd’Amérique?Enfait,ceux-ci,croit-on,sont d’origineasiatique.Peut-êtreont-ilsdesancêtrescommunsaveclesMongols… Le professeur Hsiang m’a raconté quantité de choses au sujet des chamans. C’étaientderemarquables ventriloques.Ilsappelaientlesespritsen dansant. Certainsd’entreeux–lespluspuissants–invoquaientmêmelesdémons.Au coursdeleurscérémonies,leschamanss’affublaientd’undéguisementafinque lesespritsnepuissentsavoiraujustequiilsétaient.Ilsportaientdesmasqueset secouvraientdepeauxdebêtes…Bref,ilsressemblaientàlastatuequevous voyezsurcetteimage.

— Mais la statue elle-même… insista Peter. Qu’a-t-elle donc de si remarquable? —Elleestuniqueaumonde!affirmaHannibal.LesMongolsnefaisaientpas destatues…dumoins,destatuesdurables.Ilsavaientbiendesidoles,àl’image deleursdieux,maislematériauemployéétaitfragile…del’argileengénéral, quisedétérioraittrèsvite.Cettestatuedemétalaétéfaçonnéeparunartiste d’Europe.C’estlaseulequiaitdéfiéletempsetsoitparvenuejusqu’ànous.Elle estdonc,jelerépète,uniqueettrèsprécieuse. —JemedemandecommentelleestarrivéeenChine!murmuraBob,pensif. Tudisqu’elleappartenaitàBatuquirégnaitsurl’empiredel’Ouest! —Onnepeutquefairedessuppositions,monvieux.D’aprèsleprofesseur Hsiang,Batun’estpasrestétoutletempsenRussieetenHongrie.Lacapitalede l’empireétaitKarakorum,auseindelaMongolie.C’estlàquelesprincesrusses devaientallerprêtersermentdefidélitéauGrandKhan…l’empereur.Batua cessé de se battre en 1242 pour se rendre là-bas où il devait participer à l’électiond’unnouveauGrandKhan,l’ancienvenantdemourir.Peut-être,alors, a-t-ilemportélastatueavecluietl’a-t-ilensuitelaisséesurplace,pourune raisonoupouruneautre.Environquaranteansplustard,KubilayKhanoccupa toutelaChine.DevenuGrandKhan,iltransféralacapitalemongoleàl’endroit oùsetrouvel’actuelPékin.Peut-êtrelastatuefut-elleenvoyéelà.Onnesaitpas exactementcequ’ilenest… —Bon!Maissait-oncommentelleestarrivéeici? —Finisdenouslireletexte,veux-tu,Bob?» ArchivesetRecherchesseremitàliretouthaut:

«LastatuedemeuraenChinejusqu’àladeuxièmeguerremondiale,puis disparut au moment de l’occupation japonaise. En 1956, elle réapparut à LondresoùellefutachetéeparunricheAméricain,H.P.Clay,quilafitfigurer enbonneplacedanssacollectionprivéedetrésorsorientaux.»

Peterpoussauneexclamation. « H.P. Clay? N’est-ce pas ce roi du pétrole qui vit dans cette luxueuse propriété,àFernandPoint?Ainsi,lafameusestatuesetrouveraitici,àRocky, depuisplusdevingtans?Danscecas,levoleur… —Doitl’avoirvoléeicimême!achevaHannibal.Jecroisqu’ilesturgent d’avoiruneentrevueavecM.H.P.Clay!

—Vousnetrouvezpassurprenant,ditBob,qu’iln’aitpasdéjàsignaléla disparitiondesaprécieusefigurine? —Peut-être,suggéraPeter,nes’enest-ilpasencoreaperçu!» Avant de se mettre en route, les garçons prirent la précaution d’informer Konrad,l’undesfrèresbavaroisquitravaillaientpourl’oncleTitus,del’endroit oùilsserendaient…cecipourlecasoùAndyseprésenteraitenleurabsence. Ayantenfourchéleursvélos,ilspédalèrentjusqu’àlaroutecôtièreetprirentla directiondusud. Toutenroulantlelongdelaplage,Peterréfléchissait. «Babal!dit-ilsoudain.Nousavonsàprésentuneexplicationconcernantla statue. Mais l’apparition… le Démon Dansant que nous avons vu… je ne comprendstoujourspas…quiest-ce? —Jenesaispastrop,Peter.Maisonpeutsupposerqu’ils’agitd’unchamanà larecherchedelastatue:lesMongolsnebadinentpasaveclareligion…Etle professeurHsiangm’aapprisautrechose.Cettestatue…ilparaîtqu’àprésent lesChinoislaréclament!LorsdelavisitedenotreprésidentàPékin,ilsluiont demandédelesaideràrentrerenpossessiondecetteœuvred’art.Peut-êtreun chamantente-t-ild’exercercertainepression.Ouencore…» Hannibalfitunepause.Peterdemanda:

«Ouencorequoi,Babal?

—LesMongolscroientqu’unespritanimechaquechose.Peut-êtreavons-

nousvul’espritduDémonDansant! — Miséricorde! gémit Peter. J’aurais mieux fait de ne rien chercher à savoir!» HannibaletBobéclatèrentderire.Mais,endépitdeleursplaisanteries,les détectivesnepouvaients’empêcherderessentirunesortedemalaise.Ilsne pouvaientoublierl’horriblevisionquilesavaitterrifiésàplusieursreprises. Lesgarçonscontinuèrentleurrouteensilence.IlsatteignirentenfinFernand Point,l’undesplusbeauxsitesdelacôtecalifornienne:ils’agissaitd’uncapqui s’avançaitdansl’océanetdontlasuperbevégétationnelaissaitdevineraucune habitation.H.P.Claypossédaitàpeudechoseprèslatotalitédelapresqu’île. Unehautegrilleenferforgéprotégeaitl’immensepropriétédesintrus. Le portail à double battant était ouvert. Sans hésiter, les détectives s’engagèrent dans l’allée principale qui, après avoir décrit une courbe, les conduisitàunevastepelouseau-delàdelaquelleonapercevaitlamaison…

C’étaituneimposanteconstructionàdeuxétages,dontlesmurspeintsàla chaux contrastaient avec des poutres apparentes brunes et un toit de tuiles rouges.Lesfenêtresétaientprotégéesparunvéritableécrandedentelleenfer forgé. Hannibalmitpiedàterreetallasonneràlamajestueuseported’entrée,touten seredressantdetoutesataille.Brusquement,ilsemblaitplusmûr,commes’il venaitdedéciderquesesmanièresdevaientenimposer. Unhommed’uncertainâge,quesavesterayéedésignaitcommelemaître d’hôtel,vintouvrir.Cefutd’unregardpresquesévèrequ’iltoisalesjeunes garçons. «Oui? —JesuisHannibalJones!annonçalechefdesdétectivesens’efforçantde donneràsavoixdesinflexionsaristocratiques,etjedésireparleràM.H.P.Clay! — Je vois, fit le maître d’hôtel avec une ombre de sourire. Je regrette, monsieurJones,maisM.Clayestabsent. —Cequej’aiàluiapprendrenesouffreaucunretard,insistaHannibald’un airtrèsdigne.Puis-jesavoiroùilmeseraitpossibledejoindreM.Claysans tarder?» Avantquelemaîtred’hôteln’aiteuletempsderépondre,unevoix,venuede l’intérieur,demanda:

«Dequois’agit-il,Stevens?

—UncertainHannibalJonesdésirerencontrermonsieurvotrepère,monsieur

James!»

Ungrandjeunehommesouriant,quin’avaitcertainementpasplusdevingt

ans,surgitsoudainàcôtédudomestique.Ilsaluaaimablementlesgarçons:

«Monpèren’estpasàRockyencemoment.Sijepeuxleremplacer…»

Hannibalhésita.

«Ehbien…commença-t-il.

—Venezdoncdanslabibliothèque!ditJamesClay.Nousyseronsplusà

l’aisepourcauser…Vouspouvezdisposer,Stevens!»

Lemaîtred’hôtels’éloigna.Legrandjeunehommeconduisitsesvisiteurs

dansunepiècemagnifique,tapisséedebeauxlivres.

«Bon!Installez-vous,mesamis,etracontez-moicequivousamène…

—C’estausujetduDémonDansant,monsieurClay!réponditHannibal.

—Appelez-moiJim!…Voyons,qu’est-ilarrivéauDémon?»

Peterneputytenir:

«Onvousl’avolé!s’écria-t-il. —Volé?répétaJimClay…Oh,non!Jel’aivu,ildoityavoir…troisou quatrejours…Jem’ensouviensbien,parceque… —Onl’avolé,ilyadeuxjours!précisavivementBob. —Deuxjours!s’exclamaJimenécarquillantdesyeuxincrédules…Allons! Suivez-moi!Nousallonsbienvoir…» Àsasuite,Hannibal,PeteretBoblongèrentuncorridorconduisantàune lourdeporte,toutaufonddelamaison.Àl’aided’unecléqu’ilavaitsurlui,Jim Clayouvritlaporteenquestion.Lapetitetroupedescenditunétroitescalierpour déboucher enfin dans une pièce faiblement éclairée où l’on distinguait des formesvagues… L’uned’elles,debout,avecunejambeàdemirepliée,avaitunetêtehirsute ornéedecornes.Sesyeuxrougesetobliquessemblaientregarderlesjeunes visiteurs.Sabouches’ouvrait,toutegrande.Enfin,sapoitrineétaitrecouverte d’unepeaud’animal…

Chapitre9

Unvisage

àlafenêtre

« Mais… c’est… c’est… c’est…» bégaya Hannibal, incapable d’en dire davantage. Pétrifiés,lestroisgarçonsregardaientl’étrangestatue.

JimClaypressaunbouton.Lapiècesetrouvabrillammentilluminée. «Ehbien!Qu’ya-t-il?demandalejeunehomme,intrigué,ensetournantvers lesdétectives. —LeDémonDansant!s’écriaPeterenmontrantdudoigtl’apparition.Là… vousvoyez…» Il se tut brusquement en constatant que la diabolique figure demeurait immobile.Ilregardadeplusprèsets’aperçutqu’ellesedressaitsurunpetit socle.JimClayalladroitàelleetluidonnauncoupsec,duboutdesdoigts.Cela sonnacreux. «Oh,non!dit-il.LeDémonDansantestenbronzeetbeaucouppluspetit. Cecin’estqu’unmannequindestinéàmettreenvaleuruncostumedechaman

mongol.Monpèrecollectionnelesobjetsd’artorientauxetlescostumes.Celui-

ciestparfaitementauthentique,jepuisvousl’assurer,jeunesgens!» Hannibal traversa la pièce avec précaution, par crainte de heurter les nombreusesvitrinesdeverrequis’ytrouvaientets’approchadumannequindont iltapotalecostume.Unpetitnuagedepoussièreensortit.Lechefdesdétectives reculaalorsd’unpas,enhochantlatête.

«Cecostumeestunpeudifférentdel’autre,murmura-t-il.Lescornessont

pluscourtesetcettepeauestladépouilled’unoursetnoncelled’unloup.Par

ailleurs,lapoussièrequilecouvreprouvebienquececostumen’apasétéporté

depuislongtemps.

—Dequoidiableparlez-vous?demandaJimClay,deplusenplussurpris. —Ducostumeduchaman,ouduchamanlui-même…enfin,delachoseque nous avons vue et qui nous a effrayés, répondit Peter. Au fait! Votre père possèdepeut-êtreunsecondcostumeàpeuprèspareilàcelui-ci? —Certainementpas!affirmaJim.Cescostumessontrarissimes,voussavez! —Celuidontnousparlonsestlareproductionexactedeceluidelastatue!» expliquaBob. Jimsouritgaiement. «Alors,peut-êtrequelastatues’estbrusquementanimée!suggéra-t-ilen clignantdel’œil.Enattendant,lavéritablestatue,connuesouslenomdeDémon Dansant,esticimême,danscettevitrine…» Ils’interrompitsoudain,lesyeuxronds. Lavitrinedevantlaquelleilvenaitdes’arrêterétaitvide! «Vousvoyezbien!s’écriaPeter.Elleadisparu!» Jim Clay regarda autour de lui, comme s’il n’arrivait pas à se rendre à l’évidence…Puisilcourutd’unevitrineàl’autreàtraverslavastepièce.Ily avaitlàdesstatues,desarmes,desvases,descasquesetquantitéd’autresobjets d’art.MaispaslamoindretraceduDémonDansant! Jimsepassalamaindanslescheveux,d’unairégaré. «Je…jenecomprendspas!murmura-t-il.Commentaurait-onpu?…» Ilsetournaverslesdétectives,uneflammedanslesyeux… «Voustrois…commentsefait-ilquevoussoyezaucourantduvol?» Hannibal lui expliqua en détail ce qui était arrivé au cours des dernières quarante-huitheures.LejeuneClayécoutaattentivement,réclamantdetempsà autreuneprécision.Puisilsemitàmarcherdelongenlarge. Enfinilpoussaunprofondsoupiretditd’unevoixblanche:

«Volée!Direquej’étaispersonnellementchargédeveillersurtoutesces

précieusescollections!Monpèreserafurieux!Cettestatueestinestimableet…»

Ils’arrêtaethochalatêted’unairnavré.

«Jenem’intéressepasbeaucoupmoi-mêmeàcequivientd’Orient,vous

savez!Aussin’ai-jepasgardéconstammentunœilsurleDémonDansant!Mais

celan’expliquepascommentunvoleurapus’introduireicietemporterlastatue

sansmêmelaisserderrièreluil’ombred’unetrace…J’aiétéassezprisparmes

études,maisStevensapeut-êtrevuquelqu’un…ouencoreQuail…»

Jimsedirigeaversuntéléphoneetpressaunbouton.

«Quail?Venezimmédiatementmerejoindreaumusée!»

Ilraccrochaetseremitàarpenterlapièce.

«Vousm’avezbienditquelevoleuravaitperdulastatue?Danscecas,elle

peutsetrouvern’importeoù!Oh!là!là!Monpèreenaurauneattaque,c’est

sûr!Lasemainedernière,quandilestparti,ilm’avaitconfiélagardedeses

trésorsetvoilàqueje…»

Laportes’ouvrit.Unhommeentra.JimClaycourutàlui.

«Ah,Quail!Ilestarrivéunechoseterrible…»

Peterécarquillalesyeux.

«C’estlui!»

BobetHannibalregardèrentlenouveauvenu.C’étaitl’hommemince,aux

cheveuxgris,avecunlorgnonàl’anciennemode!

JimClay,plussurprisquejamais,dévisageaitalternativementlesgarçonset

l’individuquivenaitd’entrer.

«Quoi!murmura-t-il.Quailestqui?»

Hannibaldemandaposément:

«Quiestcemonsieur,Jim?

—L’assistantlittérairedemonpère.WalterQuail!Ilaidemonpaternelà

écriredesarticlessursacollection.Pourquoi?

—Parcequec’estl’hommedontnousvousparlionstoutàl’heure,expliqua

Bob.Celuiquinousaempêchésderattraperlevoleur…C’estluiégalementqui

setrouvaitdanslachambredeFace-de-Rat,aumotel!»

JimClaysetournaversl’assistantdesonpère.

«Quail?Qu’avez-vousàrépondre?

—Cequeracontentcesgarçonsestexact.J’avaisremarquécetétrangepetit

hommeàfacederatentramderôderdansleparcetautourdelamaison.Celaa

éveillémessoupçonsetjel’aisuivi.Quandcesjeunesgensm’ontdéclaréque

c’étaitunvoleur,jemesuisplusquejamaisattachéàsespas.Malheureusement,

jel’aiperdudevuedanscemotel.J’aifouillésachambre,maisjen’airien

trouvé!

—Ainsi,ditJim,voussaviezqueleDémonDansantavaitétévolé?

—Volé!»répétaQuail.

Ilsemblaitsurpris…Puisilregardalavitrinevideetacquiesçaduchef.

«Oui,reconnut-il.Eneffet,jelesavais.Je…»

Hannibal,attentif,épiaitlesjeuxdephysionomiedeQuail.

JimClayinterrompitcedernieravecimpatience:

«Pourquoinem’avez-vouspasprévenu?demanda-t-ilsèchement.Avez-vous

alertélapolice?Ouavisémonpère?

—Non,James.Jen’aiencoresoufflémotdecettehistoireàpersonne!»

soupiraQuail.

Là-dessus,setournantverslestroisgarçons,ilajoutagravement:

«Ilfautagiravecbeaucoupdedoigtédanscettelamentableaffaire.» JimClaysemorditleslèvres. «Jepensebien!dit-il.ÀcausedesChinois. —Cevol,repritWalterQuail,peutfaireleplusgrandtortàvotrepère.Ilfaut àtoutprixéviterunscandale.» Jimserralespoings. «Ilfautpourtantabsolumenttenterquelquechose!s’écria-t-il.Peut-êtrelouer lesservicesd’undétectiveprivé! —Cesgens-lànesontpastoujoursdignesdeconfiance,objectaQuail.Etj’ai idée que votre père n’aimerait pas voir d’autres personnes mêlées à cette affaire.» Hannibalintervintvivement. «Jim!s’écria-t-il.Nousconnaissonsdesdétectivesprivésquisontdéjàau courantdeladisparitionduDémonDansant. —Vraiment!Etquidonc,Hannibal? —Nous!»répondirentenchœurBobetPeter. Hannibalfouilladanssapocheetensortitunecartequ’iltenditàJimClay.Le jeunehommeetWalterQuaillurentcequisuit:

LESTROISJEUNESDÉTECTIVES

Enquêtesentoutgenre

???

Détectiveenchef:HANNIBALJONES

Détective-adjoint:PETERCRENTCH

ArchivesetRecherches:BOBANDY

Hannibalexpliqua:

«Sinoussommessurcetteaffaire,c’estquel’unedesprécédentesvictimesdu voleur nous a engagés. Nous avons retrouvé l’objet dérobé, à la grande satisfactiondenotreemployeur,etnoussommeslibresdésormaisdetravailler pourquelqu’und’autre. —Peuh!fitQuail.Desdétectivesenculottescourtes!» PeterrougitetditàHannibal:

«Montre-luidoncl’autrecarte!»

JimClaylutlesecondcartonqueluitendaitlechefdesdétectives.

Cemotcertifiequesonporteurestunjeuneassistantbénévoledelapolicede

Rocky.Touteaidequ’onvoudrabienluiapporterseraappréciéeparnous.

SAMUELREYNOLDS,

Commissaireenchef

Lefilsdumagnatdupétrolelevalesyeuxsurletrio. «Voilàquigarantitvotrequalitédedétectives,dit-il.Vousêtesdéjàaucourant de l’histoire et le temps compte énormément en l’occurrence. Si je travaille avec…» Quailluicoupalaparole,d’untonsisecqu’oneûtditqu’ilaboyait. «Ridicule,James!Votrepère…» Àsontour,Hanniball’interrompitsansfaçon. «Noussavonsdéjàcommentpoursuivrenotreenquête,Jim!assura-t-il.Nous avonsunsérieuxindicequinousferacertainementavancertrèsvite…» IlparlaalorsàJimdelapisteduvieuxclochard. «Voilàquiachèvedemedécider!déclaralejeuneClay.Jevousseconderai,et dèsàprésent.» PuisilsetournaversWalterQuail:

«Àmoins,ajouta-t-il,quevousnejugiezpréférablequejefasseappelàla

police?…»

Quailhésita.

«Non,James.Aprèstout,vousavezpeut-êtreraison…»

Etlà-dessus,trèsguindé,l’assistantdeH.P.Clayquittalapièce.JimClay

sourit.HannibalsuivitQuaildesyeuxjusqu’àcequ’ileûtdisparu.

Lechefdesdétectivessetournaalorsversleurnouvelemployeur.

«Dites-moi,Jim!Ya-t-illongtempsqueWalterQuailtravaillepourvotre père? —Environdeuxans!réponditlejeunehomme.Maisvousnepensezpas?… —Jenepenseencorerien,répliquaHannibal,maisjedoisreconnaîtreque certainsdétailssonttroublants…Avez-vousremarquéqueQuailacommencéà jouerlasurprisequandvousluiavezparléduvolduDémonDansant?Etpuis, presqueaussitôt,ilarenoncéàfeindre. —Exact!Jel’airemarquéeneffet,avouaJimClay.Cequim’étonneaussi c’estqu’ilsesoitcontentédefilerlevoleursansessayerdel’arrêter.Etpuis, pourquoin’a-t-ilpasappelélapolice?» Pensif,lefilsdumagnatdupétrolehochalatête. «Ilestvrai,soupira-t-il,qu’ils’agitd’uneaffaireréclamantbeaucoupdetact. Monpèrevoudraitcertainementquel’enquêtesoitmenéeaveclaplusextrême discrétion. —Pourquoi?demandaHannibal.ParcequelesChinoissonttrèsdésireuxde récupérerlastatueetquelevolpourraitprovoquerunincidentinternational? — Exactement ! acquiesça Jim. C’est exactement ça ! Ce n’est pas d’aujourd’hui que la Chine réclame le retour du Démon Dansant! Jusqu’à présent,notregouvernementn’avaitguèreprêtéattentionàcetterevendication. MaismaintenantquenotrePrésidentapromisd’intervenirauprèsdemonpère pourqu’illâchesontrésor,lepauvrevieuxpaternelestbienobligédecéder.Il s’inclineàregret,biensûr,carilaachetélastatueunbonprix,etentoutebonne foi.MaislePrésidentapersonnellementinsistéet…Bref,monpèreestd’accord pour la restitution. En ce moment même, il se trouve à Washington pour rencontrerundéléguéChinoisqu’ilvaramenericietauquelildevaitremettrela statue.Quailetmoi,nousl’attendonsd’unjouràl’autre.Bienentendu,sile DémonDansantn’estpasiciquandilrentrera…celaferacertainementduvilain. LesChinoisauronttouteslesraisonsdemettreendoutelasincéritédemon père… et ce sera l’incident international dont vous venez de parler. Tout le mondesaitquemonpèrenerendleDémonDansantquecontraintetforcépar lescirconstances.Delààimaginerqu’ill’avolontairementfaitdisparaître,iln’y aqu’unpas. —Ilfautdoncquenousretrouvionslastatueauplusvite!proclamaHannibal avecforce. —C’estindispensable!»assuraJim. Sesyeuxserétrécirentbrusquement. «Aufait,mesamis,vousm’avezditquevotrevoleurressemblaitàquoidéjà?

—Comment?ditHannibal,surpris.Ehbien,ilétaitpetitetmaigre,avecun visagecomme… — Comme celui-ci? » demanda Jim en pointant son index vers l’étroite fenêtrehautperchée,quidispensaitunjourparcimonieuxaumusée. Unvisage,effectivement,étaitcolléàladitefenêtre…unvisageauxtraits accusés, et aux yeux perçants, qu’encadraient des cheveux roux descendant jusqu’auxépaulesetdontlementons’ornaitd’unebarbicheenpointe,également rousse.

Chapitre12

Levoleurreparaît

Derrièrelavitre,levisages’éclairad’unlargesourire. «C’estAndy!s’écriaPetertoutjoyeux.Vasonneràlaporteetrejoins-nous, Andy!» Lejeuneguitaristedisparutpourreparaîtrebientôt,escortédumaîtred’hôtel. «Salut,lesgars!»lança-t-ilgaiement. Puis,ouvrantdesyeuxrondsdevantlestrésorsexposésdanslasalle,Andy poussauneexclamation,et,avantmêmequ’Hannibaln’aiteuletempsdele présenteràJimClay,lejeunehommesemitàalleretvenirdanslepetitmusée, s’arrêtantpresqueàchaquepas. «Unauthentiquecostumedechamanmongol!…Etregardez-moicevasede l’époqueMing!Authentiqueluiaussi!…UnetapisserieSung!…Unlionde jadeCh’ing!…UnbouddhaT’ang!Quedemerveilles!» Andyavaitenvironvingt-cinqans.Ilétaitgrandetbeaugarçon.Enrevanche, sa façon de s’habiller ne le mettait guère en valeur: il portait une chemise déchirée,unvieuxjeaneffilochéetdesbottespoussiéreuses.Saguitare,passée enbandoulière,luibattaitledos,etungrosmédaillond’argentsebalançaitau boutd’unechaînesursapoitrine. «Quellecollectionextraordinaire!»conclut-ilavecenthousiasme. JimClay,cependant,regardaitd’unairméfiantl’accoutrementd’Andyetsa guitare. «Jevois,dit-ilenfin,quevousvousyconnaissezenartoriental,monsieur… euh?… —Appelez-moiAndy!proposalejeunebohème. —AndyestdiplômédesBeaux-Arts!»expliquarapidementHannibal. Andysouritaimablementaufilsduroidupétrole.

«Cequinem’empêchepasd’aimermaliberté!crut-ilbond’ajouterenguise

decommentaire.Pasdemaison,pasdemobilier,pasdevoiture,pasdetravail

fixe!Jevaisoùjeveuxetquandjeveux,pourfairecequejeveux.»

Unelueurdemalicepassadanssonregard,toujoursposésurJim:

«Etvous,dit-il,vousêtesbienlefilsdeH.P.Clay?Votrepèreetmoi,nous

n’avonsguèredegoûtscommuns.Qu’enpensez-vous?

—Monpèreestunhommequiaréussi!réponditJimClayd’untonsec.

—Toutdépenddusensquevousattribuezaumot«réussite»,continuaAndy. Voyez un peu la collection de trésors que vous avez ici! Votre père n’a certainementpasménagéseseffortspourrassemblerdetelschefs-d’œuvre.Mais pourquoi garde-t-il pour lui seul ce qui devrait se trouver exposé dans des muséespublics? —Monpèreapayéfortcherchacundesobjetsréunisdanscettepièce!

— Il ferait bien de les rendre… de les restituer aux peuples auxquels ils appartiennentdepuistoujours!» Lavoixdujeuneguitaristeétaitencorepluscassantequecelledufilsdu millionnaire.Etpuis,brusquement,Andysedétendit.Ilsourit. «Excusez-moi!dit-il.Jen’avaispasl’intentiondevousfaireunsermon… Voyons,Hannibal!Pourquoidésires-tumevoir?» LechefdesdétectivesrépétaalorsaujeunehommecequeFrankieBenderlui avaitditduvieuxclochard. «Jeconnaisl’individu,affirmaAndy.Onl’asurnommél’Amiralparcequ’il portetoujoursunevieilletuniquedelamarine. —Savez-vousoùonpeutletrouver?demandaJim.

— C’est possible… répondit Andy en se tournant vers les trois garçons.

Pourquoiavez-vousbesoindelui?demanda-t-il.

—Ehbien…»commencèrentenchœurBobetPeter.

JimClayleurcoupalaparole.

«Excusez-moidevousinterrompre,maisj’aimeraisvousparleruninstanten

particulieràtouslestrois.»

Aprèsunregardamuséaufilsdumagnatdupétrole,Andyhaussalesépaules

etseretiraprèsdelaporte.

Jimconseilla,dansunmurmure:

«Écoutez,jeunesgens!MieuxvautnepasparlerduDémonDansantàce guitariste ambulant. Moins de gens seront au courant du vol et mieux cela vaudra.»

Hannibalfronçalessourcils. «Jenepensepasqu’Andyaccepteradenousaideràretrouverl'Amiralsinous neluifournissonspasquelquesexplicationsvalables,assura-t-il.Etsinousnous lançonsseulsàsarecherche,celapeutnousprendreplusieursjours.» Jimsemordillalalèvred’unairennuyé. «Votreaminesemblepasavoirbeaucoupdeconsidérationpourmonpère. Êtes-vousvraimentsûrquenouspuissionsluifaireconfiance? —Totalement!affirmaHannibal.Etilserad’autantplusdisposéànousaider qu’ilconnaîtratoutel’histoire.Vousavezentenducequ’iladittoutàl’heure… IlestimequeM.Claydevraitrenvoyersestrésorslàoùillesatrouvés!» Jimseforçaàsourire. «Trèsbien!soupira-t-il.Allez-y!Mettez-leaucourant!» Hannibalavaitdevinéjuste.QuandAndyeutétédûmentrenseigné,ilaccepta avecenthousiasmed’aideràretrouverlastatue. «Excusez-moisij’aiétéunpeuvifausujetdevotrepère,dit-ilàJimClay. Cettefois,dumoins,puisqu’ilal’intentionderendrelastatue,ilagitselonmon cœur… Ainsi, jeunes gens, vous pensez que mon ami le clochard aurait vu récemmentleDémonDansant?Bon!Jemechargedeledénicher! —Pensez-vousqu’ilsoitloin?demandaJim. —Ilpeutaussibienêtreprèsqueloin,expliquaAndy.L’Amiraln’apasde domicilefixe.Ilcircule…commemoi. — Nous pourrions prendre ma grosse Buick, proposa Jim. Les garçons n’aurontqu’àfourrerleursvélosàl’arrière.» LaBuickétaitvraimenténorme.Tousgrimpèrentàbord.Surlesconseils d’Andy,lejeuneClaysedirigead’abordverslesterrainsvaguesentourantla voieferrée.Ilsyrencontrèrentpasmaldeclochards,maisl’Amiraln’étaitpaslà. Personneneputrenseignerlesdétectives.Andyhochalatête. «AllonsvoirducôtédeBirdRefuge!»suggéra-t-il. IlfitarrêterlaBuickunpeuavantd’arriver. «Laissezlavoitureici,dit-ilàJim.Elleesttropvoyante.Ellerisqueraitde rendremescopainssoupçonneux,etvousn’entireriezpasunmot.» Hélas! ils eurent beau garer la Buick hors de vue des miséreux de Bird Refuge, ceux-ci ne lâchèrent aucune information utile: ils ignoraient où se trouvaitl’Amiral. Aprèscenouveléchec,lapetitetrouperepritlaroutecôtièrejusqu’àuneplage quefréquentaientvolontiersdeshippiesetautreshôtesdepassage.Unpetitbois

toutproche,àdeuxpasdeFairepourpique-niques,leuroffraitunabriombragé. Cette fois, Andy effectua seul la démarche. Il revint très vite, porteur de nouvelles. «L’Amiralestpeut-êtrebienaucampdesdodos,enborduredelagrande déchargeàordures.» Jim ne mit que quelques minutes à atteindre les collines brunes au pied desquellessetrouvaitladécharge.Desbulldozersgéantss’affairaientparmiles monceauxdedétritus.Descentainesdemouettescriaientettournaientenrond avantdes’abattrepourpréleverquelquemorceaudechoix.Lecampementdes clochardsoccupait,del’autrecôtédelaroute,unterrainhérissédebuissons. Jim,Andyetlesdétectiveslaissèrentlavoiturederrièreunbouquetd’arbreset continuèrentàpied.Aprèsavoirsuiviunchemindeterre,ilsaboutirentàun indescriptible bidonville, formé de masures branlantes. Andy s’avança pour discuteraveclesclochards.L’undeceux-cidésignadudoigtladernièredes masures.Andyfitsigneàsescompagnonsdelesuivre. Toussedirigèrentverslahutteminable.Andydutsebaisserpourfranchirle seuil.Sanshésiter,Jim,Hannibal,BobetPeterentrèrentàleurtour. «Amiral!appelaAndy.Hé!Réveille-toi,monvieux!» Lestroisdétectivesécarquillèrentlesyeuxdanslapénombreetfinirentpar apercevoir le vieil homme étendu sur un matelas éventré. Sa barbe blanche semblaitmangéeauxmites.Ilportaitsafameusetuniquedemarinetsesnon moinscélèbresbottesdecow-boy.Réveilléparlavoixd’Andy,ilsoulevales paupières,aperçutlejeunehommeetluisourit. «C’esttoi,mongars?Tiens…regarde!» Iltendaitsapaumeouverteauguitariste.Ellecontenaitplusieursbilletsverts. «J’aibienméritéqu’onmelaisseroupillerenpaix,hein,mongarçon?» murmuraleclochardenrefermantlesyeux. Andylesecoualégèrement. «Amiral!Oùas-tutrouvécetargent? —Jevaislepartageravectoi,monpetit!ditlevieilhommesansouvrirles yeux…Oùjel’aitrouvé?quelquepart…Uncoupdeveine…Rrrrr!…» JimClayavançad’unpas.Ilheurtaunebouteilledevin–vide!–qu’ilenvoya promenerd’uncoupdepiedrageur. «Vousaveztrouvéunestatuedanslacaverne!lança-t-il.Qu’enavez-vous fait?» L’Amiralseréveilla,touteffaré.Ilnecomprenaitpaslacolèredecetétranger.

Andy lui tapota gentiment l’épaule. Rassuré, le vieux sourit et parut se rendormir. «Çava,Amiral!Personnenesongeàtetracasser!affirmalejeuneguitariste. Nousvoulonsseulementsavoircequetuasfaitdecettestatue.Tul’asvendue, n’est-cepas? — Peut-être, suggéra Hannibal, qu’une petite récompense l’aiderait à retrouverlamémoire?» Leclochardouvritlesyeux.Ilcroassa:

«Récompense?

—Dixdollars!»promitJimvivement.

Ils’empressadesortirunbilletdesonportefeuilleetdemanda:

«Àquiavez-vousvendulastatue?Vousn’aurezaucunennuisivousmele dites.C’estjuré.Alors? — La statue?… Je l’ai trouvée… dans ma caverne, vous savez!… Hier soir…»IlsetournaversAndyetpoursuivit:«Jel’aivenduecematin,àla boutiqued’antiquités.Tusaisbienlaquelle,vieuxfrère!Onyadéjàbazardédes trucs!»Ileutunpetitgloussement.«Cettefois,c’estmoiquiairoulélevieux Fritz!Ah,lebrocanteur,ilatrouvésonmaître!Ilm’arefilévingtdollars!» JimClaypoussaungémissement. «LeDémonDansant!vingtdollars!…Oùest-elle,cetteboutique? —C’estlemagasindecuriositésdeFritzHummer…surleport!expliqua Andy. —Larécompense!»réclamal’Amiral,lamaintendue. JimClayluitenditlebilletpuissedirigeaverslasortie. «Essayezdeluifairediretoutcequ’ilsait!Peut-êtrequelqu’und’autreest-il aucourantdelatransaction…Pendantcetemps,jevaisallerchercherlavoiture. Ceseraautantdeprécieusesminuteséconomisées!» Ilpartitencourant.Andysetournaversl’Amiralquiconsidérait,d’unair attendri,lebilletdedixdollarstremblantentresesdoigtsnoueux:

«Amiral!Quepeux-tunousapprendredeplusausujetdelastatue?»

Hannibaldemandadesoncôté:

«Quelqu’und’autreest-ilvenuvousquestionnerpoursavoircequ’elleétait devenue?» Le clochard secoua la tête en signe de dénégation. Ses yeux fascinés ne quittaientpaslebilletvert.Ilcontinuaitàsourireauxanges.Peut-êtreavait-il réponduauhasard,sansmêmecomprendrelaquestion.

Andyinsista:

«Amiral!Écoute-moidonc!Quelqu’und’autreest-ilvenutevoir,avant nous?» Levieilhommesecouadenouveaulatête,puisselaissaretombersursa couche,fermalesyeuxetseremitàronfler. Le jeune guitariste fit signe aux trois détectives de le suivre dehors. Les clochardsalentourleurjetèrentuncoupd’œildecuriositépuiscessèrentde s’intéresseràeux.LagrosseBuickn’étaitpasencoreenvue. Hannibalétaittoutpensif. «Jemedemande,dit-il,sicebrocanteur,FritzHummer,s’estrenducomptede lavaleurréelledelastatue? — J’en doute, Hannibal, répondit Andy. Il n’a pas souvent l’occasion d’acheteroudevendredesobjetsprécieux.Iln’estpasvraimentantiquaire.» La Buick apparut, cahotante, sur le chemin de terre. Andy et les garçons s’entassèrentàl’avant.Jimfitdemi-touraussivitequ’illeput. Unefoissurlagranderoute,ilappuyasurl’accélérateur.Ilavaithâted’arriver auport.Malheureusement,auxapprochesdeRocky,letraficdevintsiintense que le jeune homme fut bien obligé de ralentir. Les détectives avaient l’impressionquelaBuicksetraînait. Laboutiquedecuriositésétaitsituéeassezloinduparkingpublic. «Pendantquej’iraimegarer,ditJimàsescompagnons,vousferiezbiende vousrendredirectementlà-bas.Jevouslaisseraiaucoindelarue.» C’esteffectivementcequ’ilfit.LepetitmagasindeFritzHummerétaitsitué, avecplusieursautres,dansunerueparallèleàlamer.Deloinenloin,uneruelle séparaitlesboutiquespourrejoindrelaplage. Rapidement,Andyconduisitlesgarçonsverslamaisonquilesintéressait.Au passage, chaque fois qu’ils traversaient l’une des ruelles, les détectives apercevaient un coin d’océan miroitant et, parfois, un bateau. Comme ils approchaientdeleurbut,Petervitunhomme,deboutaufonddelaruelle,juste avantlemagasindecuriosités.Iln’yfitpasattentionimmédiatement,maistout àcoup,ilréalisacequ’ilvenaitdevoir:

«Levoleur!Là…danslepassage!…»s’écria-t-il.

HannibaletBobavaientdéjàrepérél’hommeàlafacederat.Lepetitvoleur

portaittoujourssacape.Ellesegonflasousl’actionduventquandilpivotasur

sestalonspourprendrelafuite.

«Rattrapons-le!»s’écriaBob.

Suivisd’Andy,lestroisgarçonss’engouffrèrentdanslaruelleetdébouchèrent

surleportpleindebateaux.

«Ilestlà-bas!»s’exclamaAndy.

Face-de-Ratétaitentraindecourirsurunpontondeboisquis’avançaitdans

l’eau.Sespoursuivantslevirentgrimperàbordd’ungroscanotàmoteur,doté

d’unecabineetquisetrouvaitamarréauponton.Lepetithommedisparut.

Andyetlesgarçonsseprécipitèrentverslecanot.Peterdécidapromptement:

« Je vais rester là pour lui couper la route s’il lui prend la fantaisie de ressortir!» Hannibal,BobetAndymontèrentàleurtouràbordetregardèrentautour d’eux.Levoleurrestaitinvisible.Laportedelacabineétaitouverte. «Doucement,mesamis!»conseillaAndytandisquetoustroisdescendaient avecprécautionl’échellequiyconduisait. Mais, dans la cabine non plus il n’y avait aucune trace du voleur. Ils poussèrentjusqu’aupostedepilotage.Peter,incapabled’attendrepluslongtemps leretourdesescompagnons,vintlesrejoindredanslacabine. «Personnen’aquittélebateau!annonça-t-il.Sidoncnotrehommen’estpas là… —C’estqu’ilnousajouéuntour!s’écriaHannibal.Iladûsecacherdans…» Unbruitsourdluicoupalaparole.Unedesportesdelacabinevenaitdese refermerbruyamment.Andyetlestroisgarçonsseprécipitèrentversl’autrequi leurclaquaaunez. Ilsentendirentlebruitd’unverrouquel’onpousse.Etpuis…plusrien.

Chapitre13

Jimàlarescousse

Cesilenceneduraquequelquessecondes.Despaslégersrésonnèrentsurle pont.Puislecanotoscilladoucement,commesiquelqu’unvenaitdequitterle bateaud’unbondsurleponton.Prisonniersdansl’étroitecabine,lesdétectives échangèrentdesregardsconsternés.Andyhaussalesépaules. «Ehbien!dit-il.Onpeutdirequ’ilnousaeus! —Ildevaitsecacherdansunplacard!soupiraBob.Ilesttellementpetit! —Malgrétout,opinaHannibal,ils’estcachétropvitepourquelecoupneme semblepasavoirétépréparéàl’avance.Ilauraitvoulunousattirericipournous immobiliserqu’iln’auraitpasmieuxfait! —Tucroisquec’estuncoupmonté?demandaPeter. —Çam’enatoutl’air.» Tranquillement,Andyselaissatombersurlabanquetteetpritsaguitare.Ilen pinçalescordesetcommençaàjouertoutenchantant. «Andy!s’exclamaPeter,stupéfait.Commentpeux-tupenseràfairedela musiquealorsquenoussommesdansunesituationaussitragique! —Mafoi,quepouvons-noustenter?Noussommestropgrospourpasserà traversleshublots.Etlepropriétairedecebateauviendrabiennousdélivreràun momentouàunautre.Danscesconditions,autantprendreleschosesdubon côté.Toi,Peter,tum’astoutl’airderessemblerautypequimeurttroisfois. —Queveux-tudire?demandaPeter,blessé. —Quetuvoisleschosesennoiravantmêmequ’ellesn’arrivent,quetu souffresquandellesseproduisentetquetutrouvesencoremoyendetelamenter une fois qu’elles sont passées. À mon avis, il faut prendre les événements commeilsseprésentent.Nousvoilàprisonniers?Labelleaffaire!Chantons, mesamis.»

Hannibalnel’entendaitpasdecetteoreille.Iltrouvaitl’insoucianced’Andy pousséeàl’extrême.Celafrisaitl’inconscience. «Tuoublies,monvieux,dit-ilunpeusèchement,que,pendantquenous sommes retenus dans cette cabine, Face-de-Rat est peut-être en train de récupérerlastatue.Ilfautàtoutprixtrouvermoyendesortird’ici,etvite! —C’esttoilepatron!concédaAndygentiment.Quedevons-nousfaire? —Pourcommencer,essayonsdeforcerl’uneoul’autredecesportes!» Maisc’estenvainqu’ilss’escrimèrent.Lesverrousétaientmisàl’extérieur.

«Tenterons-nousdelesenfoncer?»demandaPeter. Mais les portes semblaient particulièrement résistantes. Soudain, Bob, qui regardaitàtraversunhublotdansl’espoird’alerterunpassant,poussauncri:

«Babal!Ilmesemblereconnaîtrecethomme…là-bas…Maisoui!C’est

l’assistantdeM.Clay:WalterQuail!»

Tousseprécipitèrentauxhublots.Àtraverslesbateauxalignésdansleport…

onpouvaitapercevoirunesilhouettefurtivesurlequai.Maiscommeilsn’en

voyaientqu’unemoitié,ilsn’étaientpassûrsdelareconnaître.

«Quail!répétaPeter.Ondiraitbienquec’estlui,maisjen’enjureraispas.

— Le voilà qui porte des jumelles à ses yeux. Il regarde de notre côté!

annonçaBob.

— Exact, dit Hannibal. Et on dirait bien qu’il essaie de ne pas être vu.

Apercevez-voussaMercedes?» IlsessayèrentdedistinguerlagrosseMercedesparmilesvoituresgaréesdans leparking. «J’aperçoislaBuickdeJim!s’écriasoudainBob. —MaisestJim?demandaPeter. —L’hommes’enva!annonçaHannibal.Est-cebienQuail?» Ledouteplanaittoujours.Soudain,Andyreconnutuneautresilhouettequise détachaitsurlequai. «Hé!Cetype…cen’estpasJimClay?…Celuiquivientdesortirdecette ruelle?» Les détectives regardèrent dans la direction indiquée par le guitariste et poussèrentunsoupirdesoulagement. Àtraversleshublotsouvertsilssemirentàhurlerenchœur:

«Jim!Hé!Jim!Noussommeslà!»

MaisJimétaittroploinpourlesentendre.Ilrestaunmomentdeboutsurle quai puis il fit quelques pas dans leur direction, sans hâte. Sa bouche était ouverte,commes’ilappelait.Finalement,lesgarçonsentendirentcequ’ildisait:

«Hannibal!Bob!Peter!Oùêtes-vous?

—Ici!hurlaPeter.Legroscanot!»

Ilsemitàagitersonmouchoiràtraverslehublot.Cettetacheblancheet

mouvantefinitparcapterleregarddeJim.Aussitôt,lejeunehommepritsa

courseversleponton.Lesdétectivescessèrentdelevoirmais,peuaprès,ils

l’entendirentsautersurlepont.

«Parici!criaBob.Noussommesbouclés!

—Tenezbon!J’arrive!»

Ilyeutungrandbruitdeverroustirés.Laportedelacabines’ouvrit.Jim

parut,l’airinquiet.

«Sortonsvite!»ditHannibalquiétouffait.

Tousmontèrentsurlepont.

«Maisquevousest-ildoncarrivé?»demandaJim.

Onleluiexpliqua.

« Et pendant tout ce temps, conclut Peter, Face-de-Rat a eu cent fois la possibilitéderemettrelamainsurleDémonDansantetdefileravec! —J’espèrebienquenon,répliquaJim.Jesuisrestéplantéunbonmoment devantlaboutiquedecuriositésetjen’aivupasserpersonnequiluiressemblât. —Souhaitonsqu’ilnesoitpastroptard!»ditHannibalensautantsurle ponton. Jim,Andyetlesdétectivescoururentàlaruellequidébouchaittoutprèsdu magasindeFritz Hummer.C’esten coupdeventqu’ilspénétrèrentdans la boutique.Encettefind’après-midideweek-end,seulsquelquesrarestouristes enexploraientlescoinsobscurs.Lamarchandiseexposéeconsistaitenbibelots etmeublesrafistolés,achetésdansdesventesauxenchèresouprovenantde commercesenfaillite,mêlésàdelapacotilleimportéedeHongKong.

Unpetithommegras,portantunpull-overcrasseux,étaitassisderrièreun comptoir.Lapipequ’ilfumaitdégageaituneodeurinfecte.Sesyeuxavidesne quittaientpaslestouristes.QuandJim,Andyetlesgarçonsentrèrent,ilsetourna vers eux, un sourire mielleux aux lèvres. Ce sourire disparut à la vue du guitariste.

« Je ne traite avec les clochards qu’après la fermeture! grommela le

commerçant.Quantauxenfants(etilfoudroyaitlesdétectivesduregard)jen’en

veuxpasici,àaucunmomentdelajournée.Dehors!»

Hanniballepritdehaut:

«Monchermonsieur,rétorqua-t-ilavecdédain,vousêtesicipourservirles clients. Imposer une discrimination en tenant compte de l’âge est chose illégale… comme doivent l’être, je le soupçonne, pas mal d’affaires qui se traitentici.Voicinotrecarte!» Abasourdiparleflotdeparolesetlesmanièresdujeunegarçon,lepetit hommegraspritlecartonqueluitendaitledétectiveenchef.Andysourit:

« Vous feriez bien de lire ce truc, Fritz, conseilla-t-il, et de vous tenir à carreau!» Ils’agissaitdelacarte,signéeducommissaireReynolds,quiaccréditaitles garçonscommeauxiliairesdelapolice.Legroshommepâlitunpeumaisne baissapaspavillonpourautant. «Jen’airienàcacher!déclara-t-il.Etaucunenfant…» JimClays’approchadeluijusqu’àletoucher:

«Jecroisaucontrairequevousavezbeaucoupàcacher,maispeuimporte!Je

m’appelleJamesClay.Allez-vousmeprierdesortir?

—C…C…Clay?bégayaFritzHummer.Vousvoulezdire…lefilsdeH.P.

Clay?

—Lui-même,oui.Alors?Nousrestonspourbavarder?»

FritzHummeracquiesçaduchefetessuyasesmainsmoitesàsonpull-over.

«Biensûr,biensûr,monsieurClay!Quepuis-jepourvoustous,messieurs?»

Lestouristesavaientbattuenretraitependantladiscussion.Hummer,Jim,

Andyetlesgarçonsétaientseulsàprésentdanslaboutique.Peterattaquale

premier:

«Vouspourrieznousvendrelastatuequevousavezachetéeàl’Amiral!

répliqua-t-iltoutdego.

—Lastatue?»répétalebrocanteurd’unairsurpris.Puissonvisages’éclaira.

«Ah,oui!Lafiguredansante,avecdescornes.Joliepièce.

—Elleasurtoutpournousunevaleursentimentale,s’empressadedéclarer

Hannibal.Vousl’avez,n’est-cepas?Nousvousenoffronsunprixraisonnable.

—C’est-à-dire,murmuraHummerd’unairrusé.Jenesuispascertain…Je

l’aivendue…»

JimClayluijetaunregardfurieux.

«Neplaisantonspas,Hummer!Cettestatuem’appartientetj’entendsque

vousmelarendiez.Compris?Combienenvoulez-vous?»

Hummerouvritdegrandsyeux.

«Vousexigezquejevouslarende?

—L’objetaétévolé,Fritz,expliquaAndy.Maispasparl'Amiral.»

HummerrestaitlesyeuxrivéssurJimClay.

«Volée?Voléeàvous,monsieurClay?Ellefaisaitpeut-êtrepartiedela

collectiondevotrepère?C’estça,hein?Elledoitavoiruneénormevaleur.Eh

bien,voyons…Jel’aipayéecentdollarset…

—Pascentdollars!coupaBob,indigné.Seulementvingt!

—Bon,bon…admettonsquej’aiunpeugrossilasomme.Aprèstout,un

commerçantabienledroitdefairedesaffaires,n’est-cepas?

—Etvousallezenfaireune,affirmaJimClay.Àprésent,dites-moioùest

cettestatue?

—Làderrière!»ditHummer.

Ilconduisitlapetitetroupedanssonarrière-boutique…ets’arrêtanet,comme

foudroyésurplace.

«Ellen’yestplus!s’écria-t-ilenmontrantdudoigtunetable.Jel’avaisposée

là-dessus!…Elleadisparu!

—Levoleur!»s’écriaHannibal.

Ilfitunerapidedescriptiondupetithommeetdemanda:

«Vousnel’auriezpasvurôderdanslesparages,parhasard?

—Undrôledepetitbonhommeavecunecape?Àprésentquevousm’yfaites

penser,oui,eneffet,ilestvenudansmaboutiqueunpeuplustôtdansl’après-

midietilestrepartisansrienacheter.»

Peters’étaitapprochédelaportedederrière.

«Hé!Babal!appela-t-il.Viensvoir!Cetteserrureaétéforcée!»

Hannibalexaminalaserrure,puisilpoussalaporte.Elles’ouvritengrinçant.

Elledonnaitsurlesquais,àdeuxpasdelapetiteruelle.Lechefdesdétectives

restalàunmoment,àréfléchir.

«Face-de-Ratestcertainementpasséparlà!ditPeterd’unairmalheureux.Ila

barbotélastatuependantquenousétionsprisonniersàborddubateau.

—Onledirait,eneffet,murmuraHannibal.

—Fritz!demandaAndy.Quelqu’unpourrait-ilpasserdevotreboutiquedans

cettepiècesansêtrevudevous?

—Biensûrquenon!Jetiensmesclientsàl’œil.J’aidéjàétévolé,vous

comprenez!…Unestatuedeprix!»

Tousrevinrentdanslemagasin.Lebrocanteurnecessaitdepestercontrela chancequiluipassaitsouslenez:ilavaittantespéréqueJimClayluiverserait lafortesommeenéchangedelastatue! Soudain,Hannibalfouilladanssespoches. «Flûte!Jedoisavoirlaissémoncrayondansl’arrière-boutique…Jereviens toutdesuite!» Dès qu’il fut de retour, la petite troupe prit congé de Fritz Hummer qui continuaitàpestercontrelesort.Encettefind’après-midi,lesoleildéclinait rapidement.Ilsregagnèrentleport.Andy,àsonhabitude,prenaitleschosesavec calme.MaisBob,PeteretJimClaynedécoléraientpas. « Elle est partie ! Envolée pour de bon ! soupirait Jim qui semblait inconsolable. —EtFace-de-Ratdoitêtreloinàl’heurequ’ilest,déclaraBob.Ilseraiten routepourleMexiquequecelanem’étonneraitpas! —Possible,ditHannibal.Mais,s’ilestloin,c’estsanslastatue!» Sescompagnonsleregardèrentavecstupéfaction.

Chapitre14

Ledémonchasse

«Hummernousamenti!affirmaHannibal.Jesuispersuadéqu’ilsaittrès

bienoùsetrouvelastatue…etjesuiségalementcertainquelevoleurnel’apas.

—Qu’est-cequivousfaitdirecela,Hannibal?demandaJim.

— La porte de derrière! expliqua le chef des détectives. Sa serrure était fracturée,d’accord!Maiselle-mêmen’avaitpasétéouvertedepuisdessiècles. Quandjel’aipoussée,j’aidûemployertoutesmesforcesetelleagrincéà réveiller les morts. De plus, des morceaux de rouille sont tombés de l’encadrement.Riendetoutcelan’auraitétépossiblesiquelqu’unavaitouvert cetteportepeudetempsavantmoi,c’estl’évidencemême. —GrandDieu!Tuasraison,Babal!s’écriaPeter,illuminé.Jemerappelle cetterouille.Ilyenavaitdestonnes!» Hannibalpoursuivit:

«Hummersavaitquelastatueneluiavaitpasétévolée.Ilnousajouéla

comédieenfeignantdecroireàunvoletenpestantcontrelevoleur!Rappelez-

vous…Ilacommencépardirequ’ilavaitvendulastatue,etpuisilaracontéune

autrehistoire.Etpourquoi?Parceque,brusquement,ilacomprisquecettestatue

avaitunevaleurénorme.Avez-vousremarqué,Jim,commesesyeuxsesontmis

àbrillerquandiladevinéqueleDémonDansantfaisaitpartiedelacollectionde

votrepère?

—C’estmafaute!soupiraJim.J’aitropparlé.

—Hé,oui!Quoiqu’ilensoit,Hummeraéveillémessoupçonsenchangeant

tropbrusquementsonfusild’épaule.Là-dessus,laportedederrièrem’aprouvé

quepersonnen’avaitpus’introduireparlà,etlaconclusions’imposait.Dureste,

j’aitrouvéautrechose…»

Hannibalsortitdesapocheunboutdepapier.

«Ceciaétéarrachéàunlivredecomptes,expliqua-t-il.QuandHummernous a fait passer dans son arrière-boutique, j’ai vu qu’il fermait rapidement un registreplacédansuncoin.Aussiai-jeinventéunprétextepourretournerlà-bas etj’aidéchirécebasdepageauregistre.Lisezcequ’ilyadessus…Statue

dansante…100dollars!

—Ill’adoncvendue!s’écriaBob,furieux.Quelmenteur! —Maisàquil’a-t-ilvendue?s’écriaJim.Nousallonsl’obligerànousle dire! —Inutile!répliquaHannibal.Ilvanousconduiredelui-mêmeàsonacheteur. Àmoinsdefaireerreursurtoutelaligne,jecroisque,maintenantqu’ilsaitque leDémonDansantvautbienplusdecentdollars,notrecupideM.Hummerva essayerdelerécupérer.Nousn’avonsqu’àleguetteretattendre… —Hannibalaraison,déclaraAndy.Etjepariequenousn’attendronspas longtemps!» Ilnesetrompaitpas.ÀpeineJimavait-ileuletempsd’allercherchersa voitureetderevenirquelegroshommesortitdesaboutique.Ilenfermaavec soinlaporte,montadansuneantiqueFordetdémarra.Lesdétectivesetleurs deuxamissuivirentdanslaBuick. Hummer fit halte au bout de quinze cents mètres… devant une laverie chinoise. «Regardez!ditJimenroulantlentementdevantlavitrine.Ilyadesstatuesà l’étalage! —Devulgairesimitations!»décrétaAndy. JimgarasavoitureunpeuplusloinetPeterrevintenarrièrepoursurveiller Hummerquiétaitentrédanslablanchisserie.Cefuttoutjustes’ilneseheurta pasaupetithommequiressortaitdéjà.Petern’eutqueletempsdeseréfugier sousuneportecochère. Deleurcôté,lesoccupantsdelaBuickvirentsortirHummer…ungrospaquet àlamain! «N’allezrienimaginer!leurditPeterenrevenantverseux.C’estseulement sonlingepropre!» Déçu,JimClayremitsonmoteurenmarche. «Tantpis!soupiraHannibal.Ilestbiennormalquecethommevaqueàses occupationshabituelles.Continuonsàlesuivresansnousdécourager.» JimseremitdoncàfilerHummer.Lesecondarrêtdubrocanteurfutdansun parking du supermarché, à l’autre bout de la ville. Il y laissa sa Ford pour

disparaîtredansundébitdeboisson.Andyseproposapourallervoirdeprèsce qu’ilyfaisait. «Tun’ypensespas!objectaPeter.Ilteverra! —Passûr!Ilyapasmaldemondeàl’intérieur.Detoutemanière,ilsaitque j’ail’habitudederôderunpeupartoutetilneserapassurpris.Enrevanche,s’il voyait Jim, cela le rendrait immédiatement soupçonneux. Quant à vous, les détectives,vousêtestropjeunespourfréquenterdesendroitspareils.» Saguitareenbandoulière,Andydisparutàsontourdanslataverne.Ilen ressortitmoinsdecinqminutesplustard. «Hummerestassisaucomptoir,rapporta-t-il,entraindedévorerunsandwich etdeboiredelabière.Ildiscuteaveclepatron.Ilpourraitbienresterlàunbon boutdetemps.» JimClayfrappasonvolantdupoing. «Ilfautqu’ilnousmèneàcettestatue!murmura-t-il.Illefaut!» Là-dessus,Andyannonçaqu’ilnepouvaitpluslesaideràfilerHummer. «J’aipromisàdesamisdelesrejoindreetjesuisdéjàenretard.Jedoisme sauver!» Lestroisdétectiveslaissèrentpercevoirleurdéception.MaisJimsemontra beaujoueur:ilditqu’ilcomprenaitetremerciaAndydecequ’ilavaitfaitpour lui. «Allons!Bonnechanceàtous!»soupiraAndyavantdes’éloigner.Puis, souriantàPeter,ilajouta:«Etsouviens-toidemonconseil:neprendspasles chosesautragique! —Ilenadebonnes!protestaPeter,vexé.Jevoudraisbienlevoirànotre place!S’ilavaitaperçunotreépouvantailseulementunefois…Brrrrr…» HannibaletBobsourirentpuiss’installèrentleplusconfortablementpossible pourattendre.JimClay,quin’avaitpasl’habitudedesfilatures,vitsapatience miseàdureépreuve.Ilnecessaitdesoupireretsetortillaitsansarrêtsurson siège. Enfin,Hummersortitdelataverne.Cettefois,lavieilleForddubrocanteur longealepieddescollinesavantd’arriveràunegrandemaisondestylevictorien quisurplombaituncanyon.PendantquePeterrestaitdanslavoiture,Jim,Bobet Hannibalsefaufilèrentparmilesbuissonsetlesherbesjusqu’auxfenêtresdela grosse bâtisse flanquée de tours. En regardant par celle du living-room, ils aperçurentFritzHummerparlantàunhommetrèsgrand,trèspâle,auxcheveux d’unnoirdejaisetdotéd’unappendicenasalextraordinairementlong.Toutde noirvêtu,cethommesemblaitn’avoirpasunegouttedesangdanslesveines.

«Ehbien!murmuraBob.C’estunechancequePeternesoitpasici!Cetype-

làressembleàunvampire! —Toutdroitsortid’unfilmdeDracula!»ajoutaHannibal. Lesyeuxsombresdel’hommefaisaientcommedeuxtrousnoirsdansson visageexsangue.AprèsavoirécoutéFritzHummerensilence,illuifitsignede le suivre. Tous deux passèrent dans la pièce voisine. Les garçons et Jim se hâtèrentd’atteindrelafenêtresuivante.Hélas!Lesvoletsétaientfermés! Ilss’approchèrentalorsdesautresfenêtresmaisnevirentpersonne.Iln’y avaitrienàfaire…queretourneràlaBuick!… FritzHummerquittalamaisonquelquesinstantsplustard.Ilneportaitaucun paquet.Ilmontaenvoitureetdémarra. «Iln’estpasvenuchercherlastatue!soupiraPeter,déçu,tandisqueJimse remettaitàsuivrelaFord. —N…non!admitHannibalquisemblaitpenseràautrechose. —Voussavez,ditbrusquementJim,jepourraispresquejurerquej’aidéjàvu cethomme-vampirequelquepart! —Dansunfilmd’épouvante?suggéraBob. —Non.Jel’aibeletbienrencontré…Maisjen’arrivepasàmerappeler où…» Lejeunehommeparuts’absorberdanssespenséesetcontinuaàconduireen silence. Àlagrandeconsternationdesdétectives,FritzHummerretournadirectement au port et rentra dans sa boutique. Seulement, au lieu de rester au rez-de- chaussée,ilgrimpaausecondétagedontunefenêtres’éclaira.Ilétaitévident quelegroshommehabitaitau-dessusdesonmagasin. «Etvoilà! soupira Peter tristement. Pas plus de statue que de beurre en broche. —Hélas!fitenécholechefdesdétectives.J’avaistellementespéréqu’il essaieraitdelarécupérersur-le-champ! —Etc’estpeut-êtrebiencequ’ilafait!s’écriabrusquementJimClay.Je vienstoutjustedemerappelerquiétaitcegrandtypeauxalluresdevampire! JasonWilkes! —Quiest-ce?demandaPeter. —Unantiquaireexpertentableauxetenœuvresd’art!Maisunantiquaire sansscrupules!Ilaétéexcludel’AssociationdesAntiquairespourtransactions frauduleuses.Ilamêmeétécondamnéàdeuxreprisespouravoirvendudefaux

tableauxdemaîtres.Ils’yconnaîtpasmalenartorientaletatentédetraiteravec monpère.Ilaeuletoupetdevenirunjouràlamaisonetn’aréussiqu’àsefaire mettreàlaporte!» Lesyeuxd’Hannibalsemirentàbriller. «Hum!dit-il.C’estbienlegenredepersonnequisauraitreconnaîtreune pièce de valeur parmi des objets quelconques… et qui l’achèterait sans s’interrogersursaprovenance! —Mais,Babal,objectaPeter,siceJasonWilkesalastatuecommentsefait-il queFritzHummernel’aitpasrécupérée? —Oh!lesraisonsnemanquentpas,monvieux!Wilkesapurefuserdes’en séparer.Ouill’adéjàvendue.OuHummerneveutpasêtrevuaveclastatue.Ou encoreiln’apasassezd’argentpourlaracheter. —Ilyauneautrepossibilité,coupaJim,soudainassombri.C’estqueWilkes nel’aitpas!…Oh! (Et son visage s’éclaira de nouveau.) Qui sait si nous n’avonspasvuHummerproposeràWilkeslastatue…avantd’essayerdela récupérerauprèsdelapersonneàquiill’adéjàcédée? —Etpourquoipas?s’écriaPeter.Enattendant,qu’allons-nousfaire? —D’abord,pourenavoirlecœurnet,proposaBob,nouspourrionsaller demanderàWilkessilastatueestensapossession… —Non,non!Pasdeça!protestaJimavecvivacité.S’ilnel’apas,ilest inutiledemettreunepersonnedeplusdanslaconfidence! —JecroisquenousdevrionssurveilleràlafoisWilkesetHummer,suggéra Hannibal.Ainsi,nousapprendrionscertainementquelquechose. —Bonneidée!opinaJim.J’ypensaisjustement.Maisilvafalloirnous séparer.Commentgarderons-nouslecontact? —Grâceànostalkies-walkies!s’écriaBob.Nousenavonsplusieursànotre quartiergénéral. —Ilsepeutquenousayonsàfilernossuspectsassezloin,fitremarquerJim. Ouencorelesappareilspeuventtomberenpanne.Danscecas,commentrester enliaison? —Ilyatoujourslesystèmedesrepèrestracésavecunboutdecraie,dit Hannibal.Chacundenouspeutemporterunmorceaudecraiedanssapocheet dessinerrégulièrementunpointd’interrogationtoutaulongdesapiste.C’estun signe qui est vite tracé et auquel les gens ne font pas attention. Malheureusement,ajouta-t-ild’unairennuyé,cesystèmen’estguèrevalable quandonestenvoiture.

—Jem’enaccommoderai!affirmaJimavecentrain…Tiens!Est-cequevous entendez?» Comme lui, les garçons prêtèrent l’oreille. Là-haut, chez le brocanteur, la télévisionfonctionnaitbruyamment. «Hummerestentraind’écouterlaretransmissiondumatchdefootball,dit Jim. À mon avis, il ne ressortira pas aujourd’hui. Cependant… Allons! Je supposequ’onvousattendchezvouspourdîner,touslestrois.Jevaisvous reconduire.Vousmedonnerezuntalkie-walkieetdelacraie,puisjereviendrai icisurveillerHummer.Devotrecôté,dèsquevouslepourrez,enfourchezvos vélosetretournezàlamaisonducanyonpourguetterWilkes.Tenez-moiau courantdecequipourrasepasser.Jeferaidemêmedemoncôté.D’accord? —D’accord!s’écriaPeter.LeDémonDansantn’aqu’àbiensetenir!» La nuit était complètement tombée quand les trois détectives prirent leur factionparmilesbuissonsquientouraientlademeuredeJasonWilkes.Peteret Hannibalsepostèrentàpeudedistancedelamaisonenténébrée.Bobrestaplus près de la route, de manière à pouvoir avertir ses camarades si quelqu’un approchait. HannibalappelaJimClaypartalkie-walkie:

«Rienàsignalerdansnotresecteur,Jim!Ilyaunevoituredanslegarage. Maispersonnen’al’airdevouloirsortir. —Rienàsignalernonplusdemoncôté,réponditlavoixlointainedeJim. Hummerregardetoujourslatélé. —Lanuitrisqued’êtrelongue!soupiraHannibal.Jevousappelleraitoutesles demi-heures.» L’attentecommença.Lanuitn’étaitéclairéequeparlesétoilesbrillantesetla lune pâle. Aucune voiture ne passait sur la route… Jason Wilkes semblait n’avoir aucun proche voisin. Le canyon, envahi par les ténèbres, demeurait invisible.Detempsentemps,HannibaletPeterrampaientjusqu’àlamaisonet regardaient–ouplutôttentaientdevoir–au-delàdesfenêtressombres.Mais rienneremuaitdanslespiècesvides. Soudain,lavoixdeBob,assourdie,parvintàsescamarades:

«Attention!Unevoiturearrive!»

Lesdétectivessepréparèrentàl’action.Lavoitureannoncéepassalentement

devantlamaisondeWilkes,puiss’arrêtabrusquementàl’endroitoùlaroute

prenaitfinpourdevenirunétroitsentiernoncarrossable.Maispersonnen’en

descendit.Enrevanche,presqueaussitôt,levéhiculefitdemi-touretrepartit.

«Faussealerte!ditBob.Leconducteuradûsetromperdechemin!»

Dutempspassaencore.PuisJimannonçaquelematchdefootballétaitfini

maisqueHummercontinuaitànepasbougerdesonappartement.Ladouble

surveillancesepoursuivit,toujourssansrésultat…

Peter,quiétaitalléfaireuntourdereconnaissancederrièrelamaison,bégaya

soudaindanssontalkie-walkie:

«Oh!là!là!Quel…quelquechosere…remueparici!Jeje…jenedistingue

pastrèsbien…Attendez!…Hou!…C’estl’apparition!LeDémonDansant!Je

voissatête!…»

Ils’arrêtabrusquementetlesilenceretomba.

«Peter!appeladoucementHannibaldanssonappareiltoutenseprécipitant

dansladirectionoùsetrouvaitsoncamarade.Tiensbon,monvieux!J’arrive!»

—Peter?»interrogeadesoncôtéBob,toujoursenfactionàproximitédela

route.

Àsontour,lavoixdeJimClays’éleva:

«Iln’estrienarrivéàPeter,j’espère?…»

QuestionàlaquellePeterlui-mêmerépondit:

«L’épouvantailestparti.Jel’aivuquiregardaitparlafenêtre,commenous

toutàl’heure,puisils’estéloignédanslesbroussailles.Est-cequevouspensez

qu’ilsaitquelastatueestici?

—J’ensuissûr!affirmaJim.Attendez-moi,mesamis!Jevousrejoins…»

Chapitre15

Victoireetdéfaite

«Ilestparti!»répétaPeter,pastrèsrassuréencore.

HannibaletBobvenaientdelerejoindre.Leursvisagesàtoustroisétaient

plutôtpâles.

«Soyonsprudents!conseillalechefdesdétectives.LeDémonDansantpeut

setrouvern’importeoù.»

Sesyeuxattentifsscrutaientlesténèbres.

«Oùl’as-tuaperçuaujuste,monvieux?

—Là!Aucoindelamaison,prèsdelafenêtre.Puisiladisparudansl’ombre.

—D’oùsemblait-ilvenir?demandaBobàsontour.

—Jenesaispas.J’aieul’impressionqu’ilsematérialisaitsoudainsousmes

yeuxcomme…comme…

—Commes’ilvenaitdesortirdumur?suggéraBob.Commeun…esprit?

—Mafoi…»

Bobjetauncoupd’œilàlamaisonsilencieusepuissetournaversHannibal.

«Babal!Crois-tuqueJasonWilkespuisseêtreleDémonDansant?

—J’avouequecetteidéem’avaiteffleuré,admitlechefdesdétectives.

—Maispourquoi?demandaPeter.Pourquoi…s’ilalastatue?

—Peut-êtrejustementparcequ’ill’a,monvieux,réponditHannibal.Pour

effrayerlesgensetlesempêcherderemonterjusqu’àlui.C’estunantiquairequi

s’yconnaît…iln’ignoredoncpasquecettestatueestinestimable.Peut-être

Face-de-Ratluiapportait-illastatueaumomentoùill’aperdue…et,depuis,

Wilkesfaitdesonmieuxpournousterroriser.»

Lesdétectivesattendirentungrandmomentsansbouger,maisledémonne

revintpas.Àlalongue,ilsseremirentenmarcheetfirentavecprécautionletour

delamaison.Riennebougeait,niàl’extérieur,niàl’intérieur. Quelquesminutesplustard,JimClayarriva.Ilavaitlaissésagrossevoiture surlanationaleetgrimpésilencieusementjusqu’àlamaison. «Hannibal?Peter?Bob?appela-t-ilàvoixbasse. —Parici.Jim!» Hannibalmitlejeunehommeaucourantdecequis’étaitpassépuisluifitpart deleurnouvellehypothèse:peut-êtreJasonWilkesétait-illeDémonDansant. JimClayregardalamaisonplongéedanslesténèbres. «Maisaufait!…SiWilkesestbienleDémonDansantetqu’ilestparti quelque part… alors, la maison est vide en ce moment!… Vous n’avez vu personnedepuisqueledémonestapparu? — Non! répondit Peter. Et nous n’avons vu personne non plus avant! L’endroitsemblevraimentdésert!Quantaudémon…iln’ariend’humainet… —Voilàquetucroisauxfantômes,maintenant!ditBobd’unairmoqueur. —Jesuiscertain,énonçalentementHannibal,quenotreapparitiondiabolique estbeletbienunhommedechairetdesang.Enfait,jelejurerais! —Jevoudraisenêtresûr,moiaussi!soupiraJim.Direquejen’aijamaiseu l’occasiondevoircesacrédémon!D’aprèsladescriptionquevousm’enavez faite,ilestexactementcommelastatue.Or,monpèreaffirmequelesMongols croientqu’unesprithabitechaquechose. —Nouslesavons!exhalaPeterdansungémissement. —Mafoi,continuaJim,hommeouesprit,ilestparti!Àvotreavis,Hannibal, quedevons-nousfaireàprésent? —Pourquoin’entrerions-nouspasdanslamaisonpourl’explorer?proposa hardimentlechefdesdétectives. —Tuveuxexplorercettebaraque?s’écriaPeterd’unevoixblanche. —C’estuneoccasioninespérée! Autant ne pas la laisser échapper, mon vieux!ripostaHannibal. —Toutdemême,Babal!protestaBobàsontour.Nousferionspeut-êtrebien deprévenirlecommissaireReynoldsavantd’entreprendrequoiquecesoit. —Celanousferaitperdredutemps,objectaJim.Et,peut-êtrealorssera-t-il troptard!Etpuis,nousnesommespascertainsquelastatuesoitlà!Jesaisque monpaternelneseraitpascontentquej’aiefaitappelàlapolices’ilyamoyen derécupérersonbienautrement.» Peterserésigna.

«Bon!soupira-t-il.PuisqueleDémonDansantn’estplusàrôderdanslecoin, onpeuttenterquelquechose.Jeferaileguetpendantquevousfouillerezla baraque. —C’estça!approuvaHannibald’unairgoguenard.Etsituvoisquelqu’un, n’hésitepasàdonnerl’alerte. — Tu peux y compter. Je crierai si fort qu’on m’entendra jusqu’à New York!» Jim,HannibaletBobs’approchèrentdelamaison.Jimdécouvritunefenêtre quifermaitmal.Toustroisl’escaladèrent.Quandleursyeuxsefurenthabituésà l’obscurité,ilsconstatèrentqu’ilssetrouvaientdansunesalledeladimensiondu musée personnel de M. Clay. Ici, comme là-bas, la pièce était meublée de nombreusesvitrines,consolesetobjetsdecollection. «Hannibal!murmuraBobd’unevoixpeurassurée.Regarde!» Uneformeàcorpshumainetàtêtedelionregardaitlesintrusavecdesyeux flamboyants.Frappésdestupeur,HannibaletBobs’apprêtaientàfuirquandJim Claylesenempêcha. « Ce n’est qu’une statue, mes amis! déclara-t-il. Le gardien d’un temple tibétain.Etencore,cen’estqu’unereproduction!» Bob et Hannibal, un peu honteux, sortirent de leur poche les lampes électriques,mincescommedescrayons,qu’ilsavaientapportéesaveceux.En projetantlaclartéàdroiteetàgauche,ilsfirentlentementletourdelapièce, suivisdeJim.Unesecondestatueémergeadesténèbres. «Hou!fitHannibal.Etça!Qu’est-cequec’est?» Ildésignaituneformedansante,dotéedequatrebrasetcouronnéed’uncercle demains! «Ils’agitdudieuhindouÇiva,expliquaJim.Cettestatuenonplusn’estpas authentique.» Hannibalregardadeprèslastatueenquestion. «Çiva?répéta-t-il.Jecroyais…vousnousl’avezditvous-même…quevous neconnaissiezrienauxobjetsd’artorientaux? —Ilfautcroirequej’ensaispluslongquejenepensais,réponditJimavecun sourire.Àforced’entendremonpèreparlerdesescollections,jesupposeque j’aidûenretenirquelquechose. —J’aimeraisbienqu’ilm’instruise,moiaussi,déclaraHannibal.Tousces objetssonttellementintéressants! —Ehbien,proposaJim,quandilreviendra,je…»

Une exclamation de Bob, qui fourrageait à l’autre bout de la pièce, l’interrompit. «Jim!appeladoucementArchivesetRecherches.Jim!Est-cequecelaaussi estuneimitation?» JimetHannibals’empressèrentderejoindreBob.Celui-citenaitentreses mains une petite statue verdâtre, dont la tête hirsute s’ornait de cornes menaçantes. «LeDémonDansant!s’écriaJimqui,ducoup,enoubliadeparlerbas.Oh, Bob!Vousl’aveztrouvé! —Chut!»fitHannibal. Jims’immobilisa,laboucheouverte,l’oreilletendue.Toustroisécoutèrentun moment… La maison était silencieuse. Rien ne bougeait. Rassurés, ils en revinrentàlastatuequ’ilsexaminèrentàlalumièredeslampesdepoche. «Vousavezvu!s’exclamaBobdansunmurmure.C’estnotreapparitiontout craché!» Verdie par le temps, la statue de bronze était délicatement façonnée. On pouvaitendistinguerlesmoindresdétails.Lescornesdeyakétaientlisseset pointues. L’artiste avait reproduit chaque poil du masque hirsute. Les yeux obliquesetlaboucheauxdentscruellesétonnaientparleuraspectvivant.Latête deloupdécorantlapoitrinesemblaitprêteàmordre.Lesbrasetlesjambes, animésparladanse,émerveillaientparleurgrâceetleurrondeur. « Regardez la ceinture! dit Bob. Quelle recherche dans le détail! Les clochetteselles-mêmesonttoutesunpetitbattant.Etonvoitdelaterreencore attachéeauxracines.Cetépidemaïsestminusculeetpourtantonpourraiten compterlesgrains! —Direquenousl’avonsrécupéré!murmuraJimtoutjoyeux. — Vous êtes sûr que c’est bien l’authentique Démon Dansant? demanda Hannibal.Ilal’airenparfaitétatetcommeneuf!C’estétonnantpourunepièce aussiancienne,non? —C’estbienlui,rassurez-vous!affirmaJim.Jel’aivusisouventquejene sauraismetromper.Iln’existequ’uneseulestatuecommecelle-ciaumondeet nousl’avonsretrouvée!Allons,venez,mesamis!Monpèrevousrécompensera, vouspouvezycompter!» Bob et Hannibal ne pouvaient détacher leurs yeux de la figure dansante représentant un chaman mongol. Il y avait si longtemps qu’ils étaient à sa recherche!Etvoilàqu’ilsl’avaientenfindécouverte!Ilséchangèrentunsourire

ravi,puisBobmitlastatuesoussonbrasetseretournapoursuivreJimquise

dirigeaitverslaporte…

MaisJims’immobilisasoudain.Ilrestalà,commeclouésurplace,àregarder

fixementducôtédelaporte.Celle-cis’ouvraitensilence…Quelqu’unsurgitsur

leseuil.

«Peter!»s’écrièrentHannibaletBobenmêmetemps.

Peterentradanslapièce.

«Peter!répétaBobexultantdejoie.Nousavonslastatue!»

DerrièrePeter,unevoixs’éleva,grinçante:

«Pasencore,jeunesgens!Nevousréjouissezpastropvite!»

Peter,l’airmalheureux,s’adressaàsescamarades:

« Ne m’en veuillez pas, mes amis… Il est arrivé tout doucement par- derrière…Jenel’aipasentenduvenir!» Leslumièresdelapièces’allumèrent.L’hommepâleauxyeuxnoirs,Jason Wilkes,entraàlasuitedePeter.Samaintenaitunpistoletpointéverslepetit groupe. «Allons,dit-ilfroidement.Rendez-moicetobjet!» Àcontrecœur,BobluitenditleDémonDansant.Wilkesjetauncoupd’œil presquetendreàlastatueetlaremitdoucementàsaplace.

«J’aiconfisquéceciàvotrecamarade,ajouta-t-ilenbrandissantuntalkie-

walkie.Déposezlesautresappareilsàterre,s’ilvousplaît.» Jim, Bob et Hannibal s’exécutèrent en silence. Les deux derniers en profitèrentpourempocherrapidementleurlampeélectrique.JasonWilkesne parutpasremarquerleurgeste…oupeut-êtrenes’ensouciait-ilpas. «Vousêtesbiennaïfs,jeunesgens,repritl’homme-vampire,pouravoircru quejelaisseraismestrésorsàlamercid’unefenêtreouverte.J’aipourhabitude defairebonnegarde…Etmaintenant,suivez-moi…» Laminepiteuse,Jimetlesdétectivesluiemboîtèrentlepas.Ilstraversèrent ainsitoutelamaison.Cheminfaisant,Wilkesallumaitleslumières.Àlafin,il s’arrêtadevantunelourdeportedechêne. «Ouvrez-laetdescendez!»ordonna-t-il. Peterouvritlaporte.Elledonnaitdirectementsurunevoléedemarchestrès raidesquis’enfonçaientdansuntroud’ombre. «Vous,monsieurClay,vousresterezavecmoi,ditWilkes.Vousmeservirez degarantie.J’aieneffetl’intentiondetraiteravecvotrehonorablepère…ou

même avec n’importe qui d’autre susceptible de m’offrir une grosse somme contrecettestatue!» Ileutunrireaigrelet.JimClayregardalesdétectivesd’unairnavré.Lestrois garçonsavaientl’airtoutaussipiteuxendescendantl’escalierobscur.Ilsn’en étaientpasàmi-cheminque,déjà,lalourdeporteserefermaitau-dessusd’eux!

Chapitre16

Uneévasiondifficile

«Etvoilà!soupiraBobaubasdesmarches.NousavonsperduleDémon Dansant…etJimpar-dessuslemarché! —C’estmafaute!ditPeter.Levampireafondusurmoicommeunvautour. Jenememéfiaispas.Àmonavis,ildevaitnoussurveillerdepuisunbonboutde temps. —Ilnousaeusjusqu’autrognon!selamentaBob.Nousnepouvonsplusrien fairecontrelui. —Negémissonspasàl’avance!déclaraHannibal.Commençonspartrouver unmoyendesortird’ici.Allumonsnoslampesetvoyonss’iln’yapasun commutateurélectriquequelquepart…» Maisilseurentbeauchercher,ilsnetrouvèrentrien.Lacaveétaitvieilleet dépourvuedetoutmoded’éclairage…Àlafin,découragé,Peterselaissatomber surunecaissepoussiéreuse. «Nousvoilàcondamnésànousmorfondredansl’obscurité!soupira-t-il. —Etpersonnen’aural’idéedevenirnouschercherici!prophétisaBobd’un tonlugubre. — Jason Wilkes finira bien par nous laisser sortir, ajouta Hannibal, mais seulementaprèsavoirvendulastatue.Ilseraalorstroptardpouragir:nous n’auronsaucunepreuvecontrelui!Voilàpourquoiilesturgentdenouséchapper sansattendre. —Jesuisd’accordavectoi!Maiscomment?» Toutenparlant,Peterprojetaitautourdeluilalumièredesapetitelampede poche.Celle-ciéclairasuccessivementlesolhumideetsale,leslourdespoutres duplafond,lesmursnusdelacave…Iln’yavaitnimeublesnioutilsd’aucune sorte. On n’apercevait que les marches raides conduisant à la porte que les

prisonniersavaientfranchieuninstantplustôt,unesecondeportebasseàl’autre extrémitédelacave,deuxétroitesfenêtreshautperchées,unlavoirdeciment, unerangéedepoubellesetunantiqueetbizarreappareil,toutrouillé,aucentre delapièce. «Ilyatoujoursmoyendesetirerd’affairequandonveut,Peter!déclara Hannibal.Nousenavonsdéjàfaitsouventladémonstration…Cetteportebasse, par exemple! À moins que je ne me trompe fort, elle doit ouvrir sur l’extérieur!» Lechefdesdétectivessedirigeaverslapetiteporte,escortédePeteretdeBob quil’éclairaientavecleurslampes.Laporte,quinepossédaitpasdeserrure,était ferméedel’intérieuràl’aided’unesimplebarredebois.Maisaussi–hélas!– elleétaitclouéeauchambranle. Découragé,unefoisdeplus,Peterhochalatête. «Ilyalàaumoinsvingt-cinqgrosclous!grommela-t-il.Etnousn’avonsque nosmainspourlesarracher. —Deplus,ajoutaBobensereculantpourmieuxconsidérerlemurdans lequelétaitpercéelaporte,deplus,jemerappelleque,toutàl’heure,nousnous tenions fort près de ce mur quand nous étions dans le jardin. Et je n’y ai remarqué aucune ouverture. Autrement dit, cette porte est probablement condamnée! —Examinonsdonclesfenêtres!»décidaHannibalquirefusaitdes’avouer vaincu. D’unpasferme,iltraversalacaveetallaseposterjustesouslesfenêtresqui ouvraientpresqueaurasduplafond.Àlalumièredeslampes,lesfenêtresse révélèrentprotégéespardesvolets.Maisceux-cis’ouvraientdel’intérieuret n’étaientfixésqueparunverrouordinaire. «Peter!Bob!Apportez-moicettecaisse!Lesfenêtresnesontpasbloquées!» Peters’empressadetransporterlacaisseau-dessousdelaplusprochefenêtre. Bobgrimpadessus.Vivement,iltiraleverrouetrabattitlevolet.Alors,une exclamationdésoléeluiéchappa:

«Desbarreaux!Ilyadesbarreaux!Impossibledesortirparlà!»

Paracquitdeconscience,lestroisgarçonsvérifièrentquelasecondefenêtre,

ellenonplus,nepouvaitleurêtreutile.

Àprésent,unsilencedésolérégnaitdanslacave.MaisHannibalnevoulait

pasrenoncersifacilement.

«Fouillonslespoubelles!suggéra-t-il.Peut-êtretrouverons-nousdedansde

vieuxoutilsaveclesquelsnousarracheronslesclousdelaporteetcreuseronsle

mur…»

Peterserassitsurlacaisse.

«Vavoirsituveux,dit-il.Jepréfèrequecesoittoiquisoisdéçuplutôtque

moi.»

Bobrejoignitsonchefpourl’éclairertandisqu’ilprocédaitàl’examendes

vieillespoubelles.Maiscelles-cinecontenaientquedesgravatsetdesdétritus

innommables.

«Riendetoutcelanepeutnousservir,Babal!soupiraBob.Ilfautnous

résigneretattendrequeWilkesnousrendenotreliberté…sitantestqu’ilnousla

rende!»

ArchivesetRecherchesallarejoindrePeterets’assit,ledosaumur,tandis

qu’Hannibalrestaitdebout,toutseul,faceàlafenêtre.

«Dumoinscettefenêtreest-elleouverte!déclaralechefdesdétectives.Peut-

êtrequelqu’unnousentendra-t-ilsinousappelons.Nousallonscrieràtourde rôle,pendantcinqminutes,touslesquartsd’heure.» Bobhochamélancoliquementlatête. «Tuoubliesquecettemaisonestàl’écartdetout,Babal!Iln’yapersonne pournousentendre! —SaufleDémonDansant!»crutbondepréciserPeter. Hannibal lui-même, si décidé fût-il, se trouva obligé de s’incliner devant l’adversité.Avecunsoupir,ils’assitsurladernièremarchedel’escalier.Dubout dupied,ilgrattalapoussièredusol.Uneultimelueurd’espoirluifitdire:

«Cesolestmeuble,dirait-on.Nouspourrionspeut-êtrecreuseruntunnel…

—C’estça!répliquaPeter.Nouscreuseronsavecnosmains.Çanenous

prendraguèrequ’unesemaineoudeux.»

Bob,quicontemplaitletasdeferraillerouillée,aucentredelacave,poussa

soudainuncri:

«Jesaiscequec’estquecetruc-là!Unaérateuràl’anciennemode!»

Peterjetaunregardmorneàsoncamarade:

«Etaprès?dit-il. —Regardezcestuyauxquitraversentleplafond. —Ilsaboutissentdanslamaison…làoùsetrouvenotrevampire. —Maispascegrostuyau-là…quis’enfoncedanslesol!Jeparie qu’il cheminesousterreavantdedéboucheràl’airlibre.Etilestassezlargepour nouspermettredepasser!Venez!Aidez-moi!»

L’aérateurétaittellementrouilléqu’ilnerésistapasauxeffortsréunisdestrois

détectives.Ilsl’arrachèrentdusol,découvrantainsilasectiond’ungrostuyau

quis’enfonçaitdanslesol.Bob,leplusmincedutrio,s’yintroduisit,franchitun

coudeet,aprèsavoirrampéquelquesmètres,s’écria:

«Çayest!Jesensl’airfrais!Arrivez!»

Peter,àsontour,s’engageadansl’orifice,maisHannibal,unpeurougissant,

secoualatête:

«Jesuistropgros…vousreviendrezmedélivrerplustardsivouspouvez! Dépêchez-vous!Ilfautfairevite!» Bien décidés à revenir sans tarder au secours de leur chef, Bob et Peter, rampantdansleurtuyau,netardèrentpasàarriveràunegrilleronde,tellement rouilléequ’ellecédaàlapremièrepoussée.Bob,lepremier,émergeaàl’air libre. «Oh!Peter!» Etpuis,lesoufflecoupé,illevalatête:deuxjambesseprofilaientsurun horizonencoreàrasdusol.QuandPeteretluiachevèrentdesortirdeleurtuyau, ce fut pour rencontrer le regard de deux yeux noirs et bridés… des yeux d'Oriental!

Chapitre17

ÀlarecherchedeJim

L’inconnu – un Chinois apparemment – avait un air féroce. Derrière lui, faiblementéclairéesparlalune,s’agitaientdeuxautressilhouettes.BobetPeter reconnurent en l’une d’elles Walter Quail. Derrière lui, sur la route, on apercevaitlagrosseMercedesqu’ilconduisaitd’ordinaire. «Ehbien?demandaleChinoisd’untonrude.OùestleDémonDansant?» Toutenserelevantetenbrossantleursvêtementspoussiéreux,BobetPeter répondirentenchœur:

«Jenesaispas…

—Wilkesl’aemporté…»

LetroisièmehommeécartaleChinoisd’ungestebrusqueetfoudroyalesdeux

détectivesduregard:

«VousavezditWilkes,jeunehomme?JasonWilkes?» Celuiquiparlaitétaitgrandetsolidementbâtiavecdesépaulescarréesde sportif, une épaisse chevelure grisonnante et un visage volontaire aux traits accusés. «JasonWilkes,ouimonsieur!réponditPeter.IlaachetéleDémonDansantà FritzHummer,quiletenaitdel’Amiral,qui… —Hummer?L’Amiral?Dequidiables’agit-il?…Aufait!Savez-vousquije suismoi-même? —H.P.Clay!réponditvivementBob.Leroidupétrole! —Unroi!répétaM.Clayenriant.Disonsplutôtunhommed’affaires!»Et, désignantleChinoisàcôtédelui.«VoiciM.ChiangPi-Peng,quivienttout droitdeChinepourrécupérerlaprécieusestatue.QuantàQuail…ilparaitque vousleconnaissezdéjà!

—Oui,monsieur.JesuisBobAndyetvoicimonamiPeterCrentch.Notre chefestactuellementenfermédanslacavedecettemaison,monsieur.Si… —Enfermé!s’exclamaM,Clay,surpris.Ehbien!Délivrons-le!» Lapetitetroupepénétradanslamaisonet,sansavoirrencontrépersonne, arrivaàlacave.Hannibalensortit.Sesregardsseportèrentsuccessivementsur lepèredeJimetsurleChinois,puiss’attardèrentsurWalterQuail. «Ainsi,ditM.Clay,vousêtesHannibalJones!Peut-êtreallez-vousenfinme direcequisepasseici?» Sans entrer dans les détails, le chef des détectives expliqua comment ses camaradesetJims’étaientefforcésderécupérerlastatuevolée. « Jim avait raison ! s’exclama l’homme d’affaires. C’est une histoire compliquée.Maisaufait…oùdoncestmonfils?Jelecroyaisavecvous!» HannibalentrepritderaconteràM.Claylesévénementsdelasoirée.Lepère deJimpâlit. «VousvoulezdirequecemisérableJasonWilkesaprismonfilsenotage! s’écria-t-il.MaisQuailm’aaffirméqueJimluiavaitditsetrouverdanscette maisonavecvoustrois!» WalterQuail,quesonpatronfoudroyaitduregard,semblaitfortmalàl’aise. «Maisoui,monsieur,répondit-il.Jimadécritcetendroitd’oùilm’appelait. Il… —Ilvousatéléphoné?demandaHannibalstupéfait.Cesoirmême?C’est commeçaquevousavezsuqu’ilétaitici? —Oui,certainement.Ilm’aappelévoicienvironuneheure,expliquaWalter Quail.Jem’apprêtaisàpartirpourl’aéroportoùjedevaisprendreM.Clayet M.Chiang.J’aijugépréférable,avantdetenterquoiquecesoit,d’allerles cherchercommeconvenu.Del’aéroportnoussommesvenusdirectementici. —Peuimportelesdétails!grommelaH.P.Clay.Qu’est-cequemonfilsvousa ditaujustequandilvousaeuauboutdufil,Walter?Tâchezdevousrappeler sesparolesexactes. —C’estça!approuvalechefdesdétectives.Peut-êtredécouvrirons-nousun indicequinousguidera. —Ehbien…j’allaisdoncpartirquandStevensestvenumedirequeJimétait autéléphoneetvoulaitmeparlerdetouteurgence.Jemesuisprécipité.Jim semblaitnerveuxetm’adéclaréqu’ildevaitparlervite.Ilm’aditqu’ilavait retrouvéleDémonDansantpourlereperdreaussitôt.Aumomentmêmeoùil

allaitmedonnerlenomdeceluiquileretenaitprisonnier,lacommunicationa cessébrusquement. —Nomd’unpétard!s’exclamaPeter.Jimadûréussiràfaussercompagnieà Wilkesquelquesminutes…justeletempsdelancercetappel. —JecroisplutôtqueWilkesauraenferméJimdansunepièceenoubliant qu’ils’ytrouvaituntéléphone,opinaBob. —Uneseulechoseestcertaine,déclaraH.P.Claytoutbouillantdecolère, c’estqueceWilkesdétienttouslesatouts…monfilsetleDémonDansant! — Votre fils est en danger, dit le Chinois. Et moi, j’ai perdu le Démon Dansant! —Jenepensepas,répliquaM.Clay,queJimsoitvraimentendanger.Wilkes vaévidemmentessayerdemerevendreleDémon,àunprixexorbitant…Mon filsluisertdegarantie.Savierépondradel’honnêteté–sijepuisdire–du marché!» Hannibal, qui n’avait pas encore parlé de l’apparition, qui les avait tant effrayés,sedécidaàlefaire. «UnDémonDansantenchairetenos?Impossible!s’exclamaM.Clay. —C’estpeut-êtrel’espritdelastatue!suggéraPeter. —Quellestupidité!ditM.Chiang. —Ils’agitpeut-êtred’unchamanvéritable,suggéraàsontourHannibal.Ou encoredequelqu’unquiveutfairecroirequ’ilestunchaman. —Quoiqu’ilensoit,jenemelaisseraipaseffrayerparcetépouvantail! assuralepèredeJim.Nousallonsquadrillercettepropriété.Deuxd’entrevous, jeunesgens,allezm’aideràfouillerlamaison.L’autreaccompagneraQuailet M.Chiangpourpasserlejardinaupeignefin.» BobetPetersejoignirentàl’hommed’affairestandisqu’Hannibalsuivaitle ChinoisetQuail. Ilétaitminuitquandlesdeuxgroupes,moinsHannibal,seretrouvèrent.Tous étaientbredouilles. «Jecroisqu’iln’yaplusrienàfaireici,décidaleroidupétroleensoupirant. Il ne me reste qu’à rentrer chez moi et à attendre. Jim et Wilkes sont probablementàdeskilomètresd’ici! —Cen’estpasmonavis,déclaraHannibalquiarrivaittoutdroitdugarage.Je viensdem’assurerquelavoituredeJasonWilkesn’apasbougé.EtlaBuickde Jimesttoujoursparquéesurlaroute.End’autrestermes,quandilsontquittéla

maison, ils étaient à pied. Ils n’ont guère pu aller très loin. Fouillons les environs!» BobetQuailsemirentàchercherdesdeuxcôtésdelaroute.M.Chianget Hannibalsedirigèrentverslesbroussailles,àl’arrièredelamaison.M.Clayet Peters’enfoncèrentrésolumentdanslecanyonobscur.Tousprocédaientavec méthode,ens’éloignantlentementdelamaison. Soudain,lavoixdePeters’éleva. «Babal!Bob!Parici!» TousconvergèrentversPeter.Ilsletrouvèrentdeboutprèsd’ungrosrocher. Salampedepocheéclairaitunpointd’interrogation,tracéàlacraie. «C’estJimquil’adessiné!s’écriaBobtoutjoyeux.Et,regardez!Justeàcôté du point d’interrogation il y a une flèche! Elle nous indique la direction à prendre…» Laflècheétaitpointéedroitsurlecanyon.

Chapitre18

Ledémonfrappe!

«Cherchonsleprochainpointd’interrogation!»s’écriaHannibald’unevoix pressante. Bobletrouvatroismètresplusloin,unpeuplusbasdanslecanyonnoyé d’ombre. «Plusdedoute!constataHannibal.WilkesetJimsontpassésparici! —Commentpouvez-vousenêtresûr?demandaM.Clay.

— Les points d’interrogation sont notre signe secret quand nous sommes séparés,expliquaBob.Ilsnouspermettentdenepasperdrelapiste. —Onpeutlesdessinerrapidement,ajoutaHannibal.Àlasauvettesibesoin est. —EtnousavonsdonnédelacraieàJimenluiexpliquantcequ’ildevaitfaire lecaséchéant,achevaPeter. —Ehbien!Qu’attendons-nous?s’écriaM.Clay.Dépêchons-nousd’aller délivrermonfils!»

Peterseremitenmarche,lepèredeJimsurlestalons.Lesautressuivaientàla queue leu leu, Quail et Chiang les derniers. Peter trouva trois autres points d’interrogationsurdesrochers.Onavançaitmaintenantsurunétroitsentier,à peinevisible,quicouraitparallèlementaucanyon,àmi-pente. «Qu’allons-noustrouverauboutdecettepiste?s’inquiétalepèredeJim.

— Sans doute pas grand-chose, répondit Bob. Peut-être une vieille ferme abandonnéeouuneanciennecabanedeprospecteur.Jesuiscertainquepersonne nevitplusdanscecanyon.» Lespointsd’interrogationsesuccédaientassezrégulièrementàprésent.Le paysagedevenaitplussauvage,lapenteplusabrupte.Lesroncesdesbuissons déchiraientlesvêtementssansqu’ilsoitpossibledeleséviter.Laluneavait

disparuetlepetitgroupen’yvoyaitplusquegrâceauxpetiteslampesdepoche

desdétectives.

Parfois,l’undeshommesoul’undesgarçonstrébuchait,glissaitoutombait.

Maiscelanelesarrêtaitpas.Etpuis,soudain,lapistes’interrompit.

«Oùdiableestleprochainpointd’interrogation?s’écriaM.Clay,trèsinquiet.

—Séparons-nousetcherchons,conseillaHannibal.Maisveillonsànepas

tropnousécarterlesunsdesautres.Iln’est,hélas!quetropfaciledeseperdre

parunenuitaussinoire!»

Vingtminutess’écoulèrentavantqueM.Chiangnetrouvâtunnouveaupoint

d’interrogationcentmètresplusloin,surladroite.

«Ilsepeut,ditHannibal,queWilkesaitdécidéd’avancerenzigzagpour

brouillersapisteàtraverslefourré.Attendons-nousàtrouverleprochainrepère

surlagauche.»

Ilavaitdevinéjuste.Oncontinuadoncàsuivrelapiste,maispluslentement,

avecdescrochetsimprévus.Wilkess’étaitcrumalin.N’empêchequelespoints

d’interrogationcontinuaientàjalonnerlecanyon.Iln’avaitdoncpassoupçonné

lestratagèmedeJim!

LapetitetroupemarchaitdepuisunbonmomentquandWalterQuailpoussa

soudainuncri:

«Ahhh!» Tousseretournèrentpromptementetl’aperçurent,assissurlesolrocheux, serrantentresesmainssachevillegauche. «Jecrainsdemel’êtrefoulée!dit-il,lamâchoirecrispée.Uncaillouaroulé sousmonpied.Navré,monsieurClay! —Vousnepouvezplusmarcher?demandasonpatron. — Si… à la rigueur. Mais je vous retarderais. Ne m’attendez donc pas. Continuezsansmoi.Jimapeut-êtrebesoindesecours!» M.Clayhésitaàpeine. «Bon!dit-il.Suivez-nousaussivitequevouslepourrez.» Leschercheursseremirentenmarche.Illeurfallaitredoublerd’attention,car lesoldevenaitdeplusenplusinégaletlesbuissonsdeplusenplusserrés.La pistetournasoudainàgauche.Etpuis,lapetitetroupedébouchaenunlieuplus dégagé,justeaumomentoùlasériedespointsd’interrogations’interrompait pourlasecondefois. «Allons,bon!grommelaPeter.Ilvafalloirnousséparerencoreetchercher jusqu’àceque…»

Il fut interrompu par l’apparition d’une forme indistincte qui, à quelque distancedevanteux,venaitdansleurdirection. «Jim?»appelaM.Clay. La forme sombre parut se pétrifier sur place. Elle resta là, debout dans l’obscurité,immobileetsilencieuse. «C’esttoi,Jim?»appeladenouveauM.Clay. Cettefois,laformesombreobliquasurladroite.Lesdétectivesbraquèrentsur ellelalumièredeleurslampes,éclairantainsiunvisagetrèspâle,descheveux noirsetdesvêtementscouleurdenuit.L’homme,quitenaitunsacàlamain,se mitàcourir. «C’estJasonWilkes!criaHannibal. —Etilportequelquechose!ajoutaPeter. —Cedoitêtrelastatue!Arrêtez-le!»hurlaM.Clay. TouscescrisnefirentqueprécipiterlafuitedeWilkes.Sespoursuivants s’élancèrentsursestraces. Etsoudain,Wilkesdisparut… M.Clay,leChinoisetlesdétectives,quidéboulaientlelongdelapentedans l’intention de lui couper la route, s’arrêtèrent, interdits, et regardèrent désespérémentautourd’eux. «Ondiraitqu’ilyauntrou!s’écriasoudainBobentendantlebras. —Uncanyonlatéral!»ditPeter. Tousseruèrentdansl’étroiteouvertureoùpoussaientdeschênesrabougris.À droiteetàgauche,lesparoisdelamontagnesedressaient,abruptes…maisce petitcanyonseterminaitencul-de-sac! Lapetitetroupes’arrêta. Là-bas,devanteux,JasonWilkessetenaitdeboutaufonddelanassedans laquelleils’étaitsiimprudemmentprécipité.Ilétaitcoincé! «Qu’avez-vousfaitdemonfils,espècedebandit?»demandaM.Clayd’une voixtonnante. Telleunebêtepriseaupiège,l’homme-vampireregardaàdroiteetàgauche, cherchantuneissue.Lescinqcompagnonsserapprochèrentdelui.Lalumière deslampesdepochegrossissaitdémesurémentsonombre,quirappelaitcelle d’ungigantesqueinsecteclouécontrelaparoiducanyon. «Qu’avez-vousfaitdemonfils?répétaleroidupétrole. —Restezoùvousêtesouvouspourriezbiennejamaislerevoir!répliqua JasonWilkes.Jemeproposaisd’entrerencontactavecvous,maispeut-être,

aprèstout,cetterencontrefacilite-t-elleleschoses. —Jenetraitepasavecdeskidnappeurs!»rugitM.Clay. L’antiquairesemitàrire. «Votrefilsetcestroisstupidesgarçonssontentréschezmoipareffraction.Je gardesimplementvotrefilsenattendantdelelivreràlapolice.J’ailaloipour moi,monsieurClay!Jeporteraiplaintecontrevotrefils,jeleferaijeteren prison…àmoinsquevousn’acceptiezmespropositions! —Cesac!coupaPeter.Jepariequ’ilcontientleDémonDansant. —Cettestatuem’appartient!déclaraM.Clay.Vousdétenezunobjetd’art volé!» Wilkescontinuaitàsourire. «Jen’ensavaisrienquandjel’aiacheté.J’étaisdebonnefoi.Allons!soyez raisonnable. Vous pouvez récupérer cette statue contre… un modeste dédommagement.» M.ChiangnequittaitpasdesyeuxlesacqueJasonWilkestenaitàlamain. «C’estlà-dedansquesetrouveleDémonDansant?Ilfautabsolument…», commença-t-il.

Une lumière éblouissante emplit soudain le petit canyon. Une lumière tellementaveuglante,quechacunreculad’unpasensecachantlesyeux.Une épaisse colonne de fumée s’éleva en haut de la pente raide contre laquelle Wilkesétaitadossé. «Aaaaahhhhrrrrrrr!…» Ses cornes haut levées, ses yeux rouges flamboyant plus que jamais, la formidableapparitionduDémonDansantsetenaitsurlahauteurdominantle canyon.Lentement,ellesemitenmouvement.Lesclochettesetlesossements accrochésàsaceintureproduisirentunbruitlugubre. LavoixsonoreduDémontonnaaufondducanyon. «LeDémonDansantdeBatuKhanaétéoffensé!» Touttremblant,JasonWilkess’étaitretourné.

Lâchantsonsac,ilreculajusqu’àrejoindrelesgarçons,M.ClayetChiangPi-

Peng.Ilcontemplaitl’apparitionavecdesyeuxpleinsdeterreur.

«Empêchez-led’avancer!bégaya-t-il.Obligez-leàs’enaller!»

M.Clayavaitpâlimaisneselaissapaseffrayer:

«Quiquevoussoyez!s’écria-t-il,vousnemefaitespaspeur…

—Silence!ordonnalavoixcaverneuse.Lastatueprofanéedoitêtredétruite!

Sonespritdoitêtrelibéré!»

L’effroyableapparitionlevaunbrasau-dessusdesatêtecornue,puis,d’un

gestesec,tenditl’autreendirectiondusactombéàterre.

Unnouveléclair!Unenouvellecolonnedefumée!Etlesacpritfeu.Les

flammes,hautesetbrillantes,s’élevaientdanslanuit.

«Maintenant,l’espritretourneauGrandKhan!»

Untroisièmeéclairbrillaausommetdel'éminence!Unenouvellecolonnede

fumée,particulièrementépaissecelle-là,submergealaformemonstrueuse.Puis,

peuàpeu,leventnocturneladissipa.

LeDémonDansantavaitdisparu.

Chapitre19

Lemasqueduchaman

«Il…ilestparti!bégayaPeter. —Enfumée!ajoutaBob. —Quellesottise!s’écriaM.Clay.Ils’estmoquédenous,voilàtout!» ChiangPi-Peng,frappédestupeur,considérait,bouchebée,unmincefiletde fuméequis’élevaitencoresurlahauteur. «Lesesprits…murmura-t-il.Est-cepossible? —Certainementpas!protestaénergiquementlepèredeJim.Jevousrépète qu’ils’agitd’unemauvaisefarce!Laprojectiond’uneimage…unhaut-parleur. Unpétardetdesbombesfumigènes.Uneillusion.Riendeplus.Jeneseraispas étonnésic’étaitl’œuvredeWilkes!» Ilsetournaversl’antiquairequisemblaiteffrayé. «Vousferiezmieuxdetoutavouer!Oùestmonfils?Oùestlastatue?… —Hannibal!…MonsieurClay!» C’étaitPeter.Ils’étaitapprochédusacqueJasonWilkesavaitlâchéetdont lesrestesfumaientencore. « S’il ne s’agit que d’une illusion, continua-t-il, on peut dire qu’elle est réussie!Regardez…» Dupied,ilécartaitlatoilebrûlée,révélantainsiunobjetpetitetmassif.Tous sepenchèrentpourmieuxvoirletasdemétalfondu. «C’estlastatue!s’écriaBob. —C’étaitlastatue!rectifiaPeter. —Détruite!murmuraM.Clay,trèspâle. —Disparue!Disparueàjamais!»bégayaM.Chiang. Hannibals’agenouilla,écartalescendresettâtalesrestestordusdelastatue.

«Elleestchaude,sansplus,annonça-t-il.Lapuissancecalorifiqueutiliséepar

le…heu…chaman,n’étaitpassuffisantepourfondreentièrementlebronze.

—Ce…cetteapparition…cetesprit,murmuraleChinoisd’unairtroublé.Ila

missamenaceàexécution…Ilprétendaitquelastatuedevaitêtredétruiteau

nomdeBatu,petit-filsdeGenghis,etkhandelaHorded’Or…

—Vousêtesbiensûrqu’ils’agitdelastatueduDémonDansant,Hannibal?

demandaM.Clay.

—Jereconnaisunecorne…etvoicilajambequiétaitfixéeausocle.Celui-ci

subsisteencoreenpartie.Lemilieudelastatuearésistéluiaussi.Ondistingue

encorel’épidemaïsdelaceinture…»

Lechefdesdétectivess’interrompitbrusquementpourregarderdeplusprèsla

massedebronzefondu.

«C’estdoncbienvrai!soupiraJasonWilkes.Cechef-d’œuvresansprix

détruit!Direquej’aitenuunefortunedansmesmains!

—Aprèsplusdeseptcentsans…,murmuraM.Chiangensedétournant.

—Oui!Lastatuen’existeplus!conclutM.Clayd’unevoixforte.C’estun

faitetnousn’ypouvonsrien.Maismonfilsn’atoujourspasétéretrouvé!

Wilkes!…

—Oh!Ilseportecommeuncharme!assural’antiquaireaigrement.Ilnepeut

plusmeserviràrienmaintenant.Jevaisvousconduireàlui.Maisrappelez-

vous…Ils’estintroduitdansmamaison.J’avaisledroitdel’arrêter.

—Espècede…grondaM.Clay.Nousverronscequelapoliceenpensera!

Allez!Marchez!Nousvoussuivons!»

ÀlasuitedeJasonWilkesquesuivaitdeprèslepèredeJim,lapetitetroupe

quittaleslieuxpourrevenirdanslecanyonprincipal.BousculéparM.Clay,

l’antiquaires’engageasurunepistequasiinvisible.Soudain,Boblevalamain.

«Attention!Regardez…Qu’est-cequec’est?»

Là,surlesold’unepetiteclairière,onpouvaitdistingueruneformesombre

quisemitàgémir.Enserapprochant,ilsreconnurentWalterQuailquiréussità

semettresursonséant.

«Quail!s’écriaM.Clay.Quevousest-ilarrivé?

—Jevoussuivaisaussivitequejelepouvais…expliquasonassistantd’une

voixfaible.Jen’étaispasloind’iciquand,soudain,j’aicessédevousentendre.

J’aiécoutéetj’aicrupercevoirlebruitdevosvoixsurladroite.Jemesuis

dirigédececôtéetalors,sanscriergare,quelqu’unm’asautédessus.Avantque

j’aieputournerlatêteetreconnaîtremonagresseur,celui-cim’aportéuncoup

violent.C’estladernièrechosedontjemesouvienne.Jen’aireprisconscience

quedepuisquelquessecondes.»

Ilportalamainàsatêteetfitlagrimace.Seslorgnonssebalançaientaubout

deleurcordon.Soncostume,impeccabled’ordinaire,étaitsouillédeterre.Ilse

brossadureversdelamain,grimaçantplusquejamais.Satêtedevaitluifaire

trèsmal.

«Donc,résumaHannibal,vousn’avezpasvulapersonnequivousafrappé?

—Hélas,non!Jen’airienvu,rienentendu.Enrevanche,j’aiterriblement

senti,ajouta-t-ildansunpitoyableeffortpourplaisanter.

—Onnevoitetonn’entendjamaislesesprits!énonçasentencieusement

M.Chiang.

—Lesesprits?»répétaWalterQuail.

M.Clayluifitunrésumérapidedesderniersévénements.

«Lastatue…détruite!s’exclamasonassistant.Etvouscroyezque…Cesont

cesespritsquim’ontattaqué?

—Sansdoute.Maiscelanefaitpasprogressernotrerecherche.Ilresteà

délivrerJim.Pouvez-vousnousaccompagner?

—Jevaisessayer!»

Onl’aidaàsereleveret,toutenboitillant,ilsuivittantbienquemal.M.Clay

pressaitJasonWilkesd’avancer.Cheminfaisant,l’antiquaireremarqualespoints

d’interrogationdessinésàlacraie.

«Votrefilsestmalin,dit-ilavecamertume.C’estcommecelaquevousavez

pumeretrouver,n’est-cepas?

—BiensûrqueJimestmalin!Etcestroisgarçonslesontautantquelui!

Vousn’aviezpasunechancedenouséchapper.»

Lapetitetroupedébouchabientôtdansunesecondeclairièreaucentrede

laquellesedressaitunecabane.

«Nousyvoici!annonçaJasonWilkes.Votrefilsestsainetsauf.Jemesuis

contentédelegarderprisonnier.»

M.Clayseprécipita.Laportedelacabaneétaitferméedel’extérieur,parune

barredeboisetunverrou.AidédeBobetdePeter,lemagnatdupétroleeuttôt

faitdelevercesobstacles.Ilouvritlaporte.Lesgarçonsprojetèrentàl’intérieur

del’abrilefaisceaulumineuxdeleurslampes.

«Je…vousconseille…demelaissertranquille…saleindividu!»s’écriaune

voixtremblantedepeuroùvibraitnéanmoinsunenotededéfi.

JimClayétaitrecroquevillédansuncoindelacabane.Ilressemblaitàun animalprisaupiège.Maissesyeuxétincelaient.D’unbond,ilsemitdeboutet, unmorceaudeplancheàlamain,sepréparaàrésister. «Jim!s’écriaM.Clayenentrantdanslecercledelumière.Jim!C’estmoi! —Papa!…»Àmesurequesesyeuxs’habituaientàlaclarté,Jimaperçutle petitgroupederrièresonpère…«Oh!Vousêtestouslà!Vousm’avezretrouvé etvousavezpincécegredin! —Nousavonssuivivospointsd’interrogation,expliquaBob. —Bravo!Etmerci!Savez-vousquejecommençaisàdésespérer,enferméici parWilkesquiétaitpartienemportantlastatue.Aufait,lastatue,vousl’avez? —Non,mongarçon,ditM.Clay.Ellen’existeplus. —L’apparition…l’épouvantaill’adétruite,précisaPeter. —Ainsi,cetteapparitionétaitbienréelle? —Mafoi,ditBob,Hannibalpense…» Mais,aprèsavoirregardéautourdelui,ils’aperçutquelechefdesdétectives avaitdisparu. «Tiens!Oùest-ilpassé? —Ilétaitlàilyauneminute!ditM.Clayétonné.Maparole,jecrois… —Lafenêtre!criaWalterQuailquiavaitrejointlesautresàl’intérieurdela cabane.Regardez!» BobetPeterdirigèrentlalumièredeleurslampesverslafenêtreenquestion. Latêtehirsuteetcornuedudémons’agitaitderrièrelavitre.Ondistinguaitses yeuxobliquesetrouges,saboucheauxdentsaiguës. «Ilestrevenu!»s’exclamaM.Clay. L’effrayantetêteparutsoudains’éleverdanslesairsetfutremplacéeparla bonnefigured’Hannibalquisouriaitdansl’encadrementdelafenêtre. «Non!Iln’estpasrevenu!»annonçatrèsfortlechefdesdétectives. Il disparut et on l’entendit faire en courant le tour de la cabane. Tous regardèrentlaporte. Bientôt,Hannibalsurgitsurleseuil,portantentresesbrasl’énormemasque hirsute,oùpointaientlescornesmenaçantes,etaussilaceinturedel’apparition, avecsagarnituredeclochettes,d’ossements,deracinesetdeplantes. «Non,iln’estpasrevenu!répétad’unevoixclairelechefdesdétectives.Et pourlabonneraisonqu’iln’ajamaisexisté!» Et,àlagrandestupeurdetousilajouta:

«QuantàlastatueduDémonDansant,ellen’apasétédétruitecommevousle

croyez!»

Chapitre20

Ledémondémasqué

«Quevoulez-vousdire,Hannibal?demandaM.Clay.Etoùavez-voustrouvé cemasque? —Cachéaucreuxd’unbuisson,derrièrecettecabane,monsieur.Lerestedu déguisementestégalementlà-bas,ycomprislesdeuxpetitesampoulesrougeset la batterie qui permettaient aux yeux de flamboyer, et aussi les produits chimiquesquiproduisentéclairsetfumée.Trèsingénieux,envérité!…Jecrois, monsieur, que, si vous faites l’inventaire de vos collections, vous trouverez certainespiècesmanquantes…cemasqueentreautres!» M.Clayfronçalessourcils. «Jecroiseneffetposséderquelquesmasquesanaloguesdansmessallesde réserve.Jen’aipasencoreeuletempsdeclassertoutesmespiècesmongoles. Maisqu’est-cequivousadonnél’idéeque… —Jen’aijamaiscruquecefantômefût…unfantôme.Etquandj’aicompris qu’onsemoquaitdenous,plusieursmenusdétailsmesontrevenusenmémoire. À un moment donné, j’ai cru qu’un véritable chaman mongol cherchait à récupérerlastatue.Maisl’arrivéedeM.Chiangm’afaitchangerd’idée.Puisque M. Clay était disposé à restituer le Démon Dansant, pourquoi un véritable chaman serait-il entré en scène?… L’apparition correspondait donc à autre chose. J’ai songé alors à une piste qui m’a conduit à battre les buissons environnants. —Comments’est-onmoquédenous,Babal?demandaPeter,quin’encroyait passesoreilles. —Enfeignantdedétruirelastatue,monvieux! — Mais, objecta M. Chiang, nous avons vu le Démon Dansant réduit en cendressousnosyeux,là-bas,danslecanyon.

—Vousavezvuunestatuedévoréeparlesflammes,rectifiaHannibal.Pasla statue!Enréalité,depuisledébut,nousn’avonsjamaisvul’authentiqueDémon Dansant…seulementuneexcellentereproduction! —Unereproduction!répétaBob,incrédule.Tun’espasexpertenobjets d’art!Commentpourrais-tulesavoir? — Voyons, Hannibal, dit Jim à son tour. Il vous est impossible de rien affirmer.Moi-même,j’enseraisincapable. —C’estvrai,Hannibal,renchéritM.Clay.Vousnepouvezêtresûrdeceque vousavancez. —Oh,si,j’ensuissûr!C’estunereproductionquelachaleurafaitfondre sousnosyeux.Unereproductiondueauxtalentsdupetithommeàlacape!Hé oui!Face-de-Ratn’estpasunvoleurmaisunartiste!Ilneressembledurestepas àunvoleur!Qu’enpensez-vous,mesamis?ajouta-t-ilensetournantversses camarades. —C’estvrai,reconnutPeter.Jemerappellequecelam’avaitfrappédèsle début. —Nousdécouvrironssansdoutequ’ilesthabileetassezconnu,maispastrès honnête.IladoncreproduitleDémonDansantetapportaitsonœuvreàRocky aumomentoùill’aperdue.C’estalorsquenousavonsétémêlésàl’aventure. —Maiscommentpouvez-vousenêtrecertain?insistaJim.Quandnousavons retrouvé la statue, elle m’a paru exactement semblable à celle que j’avais toujoursvueàlamaison. —C’estunereproductionremarquable,expliquaHannibal.Malgrétout,je pensequel’artistel’afaited’aprèsdesphotographies,sansjamaisvoirl’œuvre initiale.Iln’ajamaispuapprocherl’authentiqueDémonDansantcar,s’ilavait pénétrédanslavilladeM.Clay,celaauraitéveillédessoupçons.Iladonc travailléd’aprèsdesphotos,maiscelles-cinemettaientpasenévidencetousles détails.Pourobtenirceux-ci,ils’estréféréàunlivred’art–sansdoutelemême queceluioùj’aimoi-mêmepuisédesrenseignementssurleDémonDansantde BatuKhan–quicontenaituneerreurdansladescriptiondelastatuette.Notre faussaireadoncreproduitcetteerreur. —Uneerreur!Quelleerreur?demandaM.Clay. —Ehbien…EtHannibalcitademémoire…lelivredisaitquelemasque avaitdescornesdeyaketqueledémonportaituneceinturegarniedeclochettes, decrécelles,d’osetaussidebouquetsdeplantes,d’épisdemaïsetderacines symbolisantl’espritdelanature.C’estcemaïsquimeturlupinait. —Lemaïs!s’exclamaM.Chiangenroulantdesyeuxronds.

—Mais,fitremarquerM.Clay,l’artisteabienreproduitcemaïs…Quand vousvousêtespenchésurcequirestaitdelastatuevousavezmêmeannoncé quel’épidemaïsétaitencorevisiblesurlaceinturedudémon. —Oui,monsieur!Etc’estàcetinstantprécisquel’erreurdontjeparlem’a sautéauxyeux. —Maisenfin,cetteerreur,enquoiconsiste-t-elle? — Eh bien, monsieur, le renseignement donné par le livre était faux. Il s’agissaitpeut-êtred’uneerreurdetraduction…Maisjamaislaceintured’un chamanmongoln’auraitpus’ornerd’unépidemaïs. —Etpourquoicela?demandaJimd’untonsec. —Parcequelemaïsestoriginaired’Amérique.LesEuropéensetlesMongols nevirentjamaisunépidemaïsavantladécouverteduNouveauMondepar ChristopheColomb…c’est-à-direpresquetroiscentsansaprèsquelastatuedu Démon Dansant eut été façonnée. Il est donc impossible que la statue authentiqueaiteuunépidemaïsàsaceinture.Autrementdit,cellequenous avonsvuedétruiteétaitbeletbienunesimplereproduction.» Lesilencetombadanslacabane.M.Clayfutlepremieràlerompre. «Maispourquoi?demanda-t-il.Pourquoifabriquerunefaussestatue?Etqui tenaitlerôleduDémonDansant?» HannibalsetournaversWalterQuail. «MonsieurQuail!Voulez-vousrépondreàcesdeuxquestions? —Je…je…,bégayal’interpellé,toutpâle. —Onvoulaitdoncmetromper!Meremettreunesimplecopiedelastatue! s’écriaM.Chianghorsdelui. —Pasexactement,non!réponditHannibal.Vosexpertsauraienteutôtfaitde démasquerl’imposture.Voilàpourquoiilétaitnécessairededétruirelastatue sousvosyeux. —Quail!s’écriaM.Clayd’unevoixtonnante.Vousallezmepayervotre forfaiture… —Non,non!coupavivementlechefdesdétectives.PasQuail!Cen’estpas luilecoupable,encorequ’ilsûtàquois’entenirdepuisledébut…N’est-cepas, Jim? —Quoi!s’écriaJim.C’estmoiquevousaccusez!Vousêtesfou!» M.Claysetournaverssonfils. «Jim?…Hannibal,vousnevoulezpasdirequemonfils…

— Si, monsieur! soupira tristement Hannibal. Jim et le terrifiant Démon Dansantnefontqu’un.Etc’estJim,aussi,quiafaitreproduirelastatue.J’aurais dûdevinerqu’ilétaitaucœurdel’affairedèsl’instantoùnousavonsrencontré Quailchezvous.Votreassistantaparusincèrementsurprisendécouvrantquela statueavaitdisparu.Sansdoutel’avait-ilvuetoutrécemmentencore.Quand noussommesvenuspourvousvoir,Jimaprécipitammentcachélastatuetteet nousalaissécroireàunvol.Autrement,nousaurionscomprisqu’ilexistaitdeux statues! —Vousracontezdessottises!s’écriaJim.Vousoubliezquevousm’avez trouvéenferméici! —Inutiledeprotester!répliquaHannibal.J’aidécouvert,enpassantderrière cettecabane,lesdeuxplanchespourriesquevousavezsoulevéespourvous glisseràl’intérieur,aprèsavoirdépouillévotredéguisement.Etj’aitrouvéen outrececidansunepetitepocheducostumedechaman…Voyez!Unmorceau decraie…Vousportiezencorececostumequandvousavezdessinélesderniers pointsd’interrogation!Etvousavezoubliédejetervotremorceaudecraie!» JimClayétaitconfondu.Ilsetournaverssonpère. «J’aifaitçapourtoi,papa!soupira-t-il.Pourquetupuissesconservercette statueàlaquelletutenaistant!» Et,àboutdetensionnerveuse,ils’effondrasurlesolpoussiéreux.M.Clayse morditleslèvres.Puisilhochalatête,d’unairprofondémentnavré.

Chapitre21

M.Hitchcock

réclamedesdétails

Quelques jours plus tard, les trois détectives étaient assis dans le bureau d’AlfredHitchcock.Celui-ciachevadelirelerapportdeBob,puislevalesyeux. «Ainsi,dit-il,JasonWilkesétaitpayéparlejeuneClaypourl’aideràgarder lastatue? —Oui,monsieur,expliquaHannibal.Audébut,Jimprojetaitdedonnerla copiedelastatueàM.Chiangetdelaluivolerensuitepourladétruiresousses yeux.Quandnoussommesintervenusdansl’affaire,iladûchangerunpeuses plans.Wilkesfutchargédenousattirerdanslecanyonafinquenouspuissions voirnous-mêmes–etM.Chiangavecnous–lastatuedétruiteparlesflammes. —CechangementdeplanaétéfatalàcebraveJim. —Ilasurtoutvoulujouerauplusmalinavecnousetcelaneluiapasréussi. —Commentcela? —Ehbien,toutàfaitaudébut,alorsqu’ilaidaitFace-de-Ratàrechercherla copieperdue,Jimatentédesedébarrasserdenousennouseffrayant.Etpuis, voyantqueseseffortsdemeuraientinfructueux,ilaeul’idéedenousutiliser pourdécouvrirlastatueàsaplaceou,plutôt,pourquenouslemenionsàelle. Chaquefoisquenoustouchionsaubut,ilrecommençaitànousfairepeurpour avoirlechamplibreetmettrelepremierlamainsurlacontrefaçon. —Ilabiencruréussirquandilaapprisquel’AmiralavaitvenduleDémonà FritzHummer,fitremarquerPeter. —C’estpourcelaqu’ilnousabouclésdanslacabineducanotàmoteur, ajoutaBob. —Aufait!ditM.Hitchcock.Commentleruségarçons’yest-ilpris?

—Quandnousétionsaucampementdesclochards,expliquaHannibal,ila profitédecequ’ilallaitseulcherchersavoiturepouralerterFace-de-Ratet montertoutunscénarioaveclui.Enfait,lebateauappartenaitàsonpère.Mais, letempsqueJimarrivechezHummer,Face-de-Ratavaitdécouvertquelastatue n’étaitpluslà.Jimnousadoncrelâchéspourquenousretrouvionsunefoisde plus la bonne piste. Quand Hummer nous conduisit à Jason Wilkes, Jim se persuada qu’il touchait enfin au but. Il décida de se servir de nous pour la dernièrefois…ilignoraitalorsquesonpèreetM.ChiangarrivaientàRockyce mêmesoir.Ilseséparadenous,loualesservicesdeWilkespourjouerunrôleet nousmanœuvrahabilement.IlnousfitenfermerparWilkes,appelaQuailpourle casoùnousn’aurionspunouslibérernous-mêmes,traçaunepistedepoints d’interrogationetsepréparaàincarnerleDémonDansantaufondducanyon, danssagrandescènedel’anéantissementdelastatue. —L’objetsetrouvaitdéjààdemifondudanslesac,précisaBob. —Jims’estcontentédemettrelefeuausac!ajoutaPeter. —Dèsquejemesuisaperçuquenousavionsaffaireàunereproductionde l’authentique Démon Dansant, reprit Hannibal, j’ai compris que Jim était l’instigateur de toute l’affaire. Il avait eu le temps de manigancer notre emprisonnement,tantàbordducanotquechezWilkes.Ils’étaitséparédenous, sousprétextedesurveillerHummer,quandPeteraaperçul’apparitiondansle jardindelavilladel’antiquaire.Jimnousparlaitpartalkie-walkieetnousle pensionsloinalorsqu’ilétaittoutprès. —Parailleurs,ditBob,ilprétendaitnerienconnaîtreàl’artoriental.Or,nous avonsconstatéqu’ilétaitpresqueaussiexpertquesonpère.» AlfredHitchcockhochalatête:

«Autantdepetiteserreursquevousavezsudétecter!MaisceWalterQuail?

D’aprèsvous,ilétaitaucourant.Etpourtant,iln’arienfaitpourarrêterlefilsde

sonpatron?

—Celaluiétaitdifficile,monsieur.LoyalenversM.Clay,ilsouhaitaitéviter

desennuisàJim.Ill’avaitaperçuavecFace-de-Ratetsurveillaitcelui-ci.Il

voulaitempêcherJimdefairedessottises…leprotéger.Ilnepouvaitriendireà

personnesansletrahir.

—Etlejeunegredin,sûrdenepasêtredénoncé,enaprofité,biensûr!

—Jimestavanttoutunenfantgâté,fitremarquerBob.Ilsavaitlarépugnance

desonpèreàseséparerdelastatuette.Pourluifaireplaisir,iln’areculédevant

rien.C’estunpeulafautedeM.Clayquil’amalélevé.

—Peut-êtrebien,admitM.Hitchcock.Ainsi,c’estcetépidemaïsquivousa

missurlabonnevoie,Hannibal?Vosconnaissanceshistoriquesvousontaidé.

Lefaussaire…cethommequevousappelezFace-de-Rat…a-t-ilétéarrêté?

—Oui,monsieur.Etilareconnuavoirfaitunecontrefaçondelastatue.

—J’espèrequelescoupablesserontpunis?

—Auxdernièresnouvelles,M.Clayadécidédenepasporterplainte.Etila persuadé M. Chiang de l’imiter. Mais il va expédier Jim dans une de ses raffineriesdepétrole…Là-bas,iltravailleracommesimpleemployé! —Çaluiapprendraàgagnersavieetàconnaîtrelavaleurdel’argent,dit Peter.

—Desoncôté,lecommissaireReynoldsvaenquêtersurlepassédeFace-de-

RatetdeJasonWilkes,expliquaBob.Ilespèreparveniràlescoincertoutde même. —J’espèrequ’ilyréussira,déclaraM.Hitchcock.Encoreundétail,jeunes gens…Vousdites quelejeune Clays’estservideproduitschimiques pour provoqueréclairsetfumée…maiscomments’yest-ilprispourenflammerà distancelesaccontenantlastatue? —Unproduitinflammableavaitétépréparéàl’avancedanslesac,expliqua Hannibal.Jiml’aportéàincandescenceenutilisantunsignalradio.Ilestaussi fortenélectroniquequ’enchimie. — Souhaitons qu’il mette désormais ses connaissances au service d’une meilleurecause!… Dites-moi encore! Où se trouvait l’authentique statuette pendanttoutcetemps? —DanslacavedeM.Clay,toutsimplement!révélaPeterenéclatantderire. Ellenel’aquittéequepourêtreremisesolennellementàM.Chiang. —Etàl’heurequ’ilest,achevaHannibal,elleestenroutepourlaChine. —Ehbien!Félicitations,jeunesgens!Onpeutdirequevousavezfaitdubon travail!» LestroisdétectivesprirentcongédeM.Hitchcock. Unefoisseul,lecélèbremetteurenscènesouritd’unairsongeur.LeDémon Dansantlui-mêmen’avaitpasétédetailleàtenirtêteàHannibal,PeteretBob. «Trouveront-ilsunjourleurmaître?»murmuraM.Hitchcock. Ilcommençaitpresqueàendouter.

1 VoirLechatquiclignaitdel’œil,danslamêmecollection.