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L’acide sulfurique, appelé jadis huile de vitriol ou vitriol fumant, est un composé

chimique de formule H2SO4. C'est un acide minéral dont la force (pKa = –3,0) est
seulement dépassée par quelques superacides. Il est miscible à l'eau en toutes
proportions, où il se dissocie en libérant des cations hydronium :

2 H2O + H2SO4 → 2 H3O+(aq) + SO42–(aq).


L'acide sulfurique est un produit industriel de première importance, qui trouve de
très nombreuses applications, notamment dans les batteries au plomb pour les
voitures et autres véhicules, le traitement des minerais, la fabrication des
engrais, le raffinage du pétrole, le traitement des eaux usées et les synthèses
chimiques.

Issu de l'hydratation du trioxyde de soufre SO3, lui-même résultant de l'oxydation


naturelle du dioxyde de soufre SO2 dans l'atmosphère terrestre où il est un
polluant notoire, l'acide sulfurique est présent dans les pluies acides.

Sa grande corrosivité et les dangers qu'il représente ne sont pas tant dus à sa
nature d'acide fort qu'à son avidité pour l'eau qui en fait un agent utilisé en
dessication, capable de brûler gravement les tissus organiques et notoirement
utilisé pour des vengeances ou des crimes d'honneur en défigurant la victime. C'est
la raison pour laquelle, au même titre que la soude caustique, il est beaucoup plus
dangereux que l'acide chlorhydrique qui est pourtant également un acide fort.

Il est le composant principal des nuages de la planète Vénus.

Sommaire
1 Propriétés et réactions
1.1 Propriétés physiques
1.1.1 Acide concentré et acide dilué
1.1.2 Oléum et acide disulfurique
1.1.3 Acidité
1.1.4 Autoprotolyse
1.2 Réactions chimiques
1.2.1 Réaction avec l'eau
1.2.2 Autres réactions
2 Occurrence naturelle
2.1 Sur Terre
2.2 Sur Vénus
2.3 Sur Mars
2.4 Sur Europe
3 Production
3.1 Hydratation du trioxyde de soufre
3.2 Procédé de contact
3.3 Procédé des chambres de plomb
3.4 Préparation en laboratoire
4 Sécurité
5 Utilisations
6 Historique
7 Vitriol et alchimie
8 Notes et références
9 Voir aussi
9.1 Articles connexes
9.2 Liens externes

Propriétés physiques
Acide concentré et acide dilué
L'acide sulfurique pur est un liquide visqueux, incolore et inodore. Diverses
impuretés le colorent souvent en jaune brun. Sa concentration est encore parfois
exprimée en degrés Baumé (symbole « °Bé »), qui mesurent la densité du liquide,
laquelle varie sensiblement en fonction de la teneur en acide sulfurique (voir
tableau déroulant ci-dessous).

[afficher]Masse volumique de la solution aqueuse (à 20 °C) en fonction de sa


concentration9
Il peut être produit avec une pureté pratiquement égale à 100 %, mais il tend à
libérer du trioxyde de soufre en se rapprochant de son point d'ébullition de 610 K
(337 °C), où il donne de l'acide à 98,3 % correspondant à l'azéotrope avec l'eau en
vertu de l'équilibre :

H2SO4 {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons H2O + SO3 : ΔH = 177


kJ mol−1.
Presque tout l'acide sulfurique s'est décomposé en eau et trioxyde de soufre à 450
°C. À température plus élevée, la décomposition du trioxyde de soufre se poursuit
en oxygène et dioxyde de soufre :

2 SO3 → O2 + 2 SO2.
C'est à la concentration de l'azéotrope qu'il est le plus stable, et c'est entre 95
et 98 % (soit [H2SO4] ≈ 18 mol/l) que l'acide sulfurique dit « concentré » est
distribué commercialement, avec une masse volumique de l'ordre de 1 830 kg/m3, soit
66 °Bé.

Lorsqu'il est destiné à être employé comme électrolyte pour batterie au plomb,
l'acide est dilué à une concentration de 29 à 32 % (soit [H2SO4] ≈ 4,2 à 5 mol/l),
avec une masse volumique de 1 250 à 1 280 kg/m3, soit environ 30 °Bé.

Oléum et acide disulfurique


Articles détaillés : oléum et acide disulfurique.
À concentration élevée, l'acide sulfurique est en équilibre avec son anhydride,
l'acide disulfurique :

2 H2SO4 {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons H2O + H2S2O7.


L'acide disulfurique, également appelé acide pyrosulfurique, est en équilibre avec
l'acide sulfurique et le trioxyde de soufre dans l'oléum résultant de la
dissolution de trioxyde de soufre dans de l'acide sulfurique :

H2SO4 + SO3 {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons H2S2O7.


On exprime la teneur en SO3 dans l'oléum en pourcentage de SO3 ajouté ou en
pourcentage de H2SO4 équivalent si on ajoutait la quantité d'eau nécessaire : les
concentrations usuelles sont l'oléum à 40 % (correspondant à 109 % H2SO4) et
l'oléum à 65 % (correspondant à 114,6 % H2SO4) ; H2S2O7 pur est un solide fondant à
35 °C.

Acidité
L'acide sulfurique est un diacide, dont la première fonction acide est forte :

H2SO4 {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons HSO4– + H+, pKa =


–3,0.
HSO4– {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons SO42– + H+, pKa =
1,9.
Seules quelques substances sont encore plus acides que l'acide sulfurique : on les
appelle superacides. Ce sont essentiellement l'acide triflique HSO3CF3, l'acide
magique HSO3F·SbF5 et surtout l'acide fluoroantimonique HSbF6.

Les sels de l'acide sulfurique sont des hydrogénosulfates tels que KHSO4 et NaHSO4,
et des sulfates tels que CuSO4 et (NH4)2SO4.

Autoprotolyse
L'acide sulfurique anhydre est un liquide très polaire avec une permittivité de
l'ordre de 100. Il est très conducteur en raison de sa forte ionisation par
autoprotolyse :

2 H2SO4 {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons H3SO4+ + HSO4–,


avec une constante d'équilibre valant à 25 °C :

Ke = [H3SO4+] × [HSO4–] = 2,7×10–4.


La viscosité élevée de l'acide sulfurique pur, qui devrait s'opposer à la
conductivité ionique du liquide, est ignorée par un mécanisme d'échange de proton
intramoléculaire analogue au mécanisme de Grotthuss à l'œuvre dans l'eau.

Les espèces en équilibre dans l'acide sulfurique à 100 % ne se limitent pas à


celles indiquées plus haut, et s'étendent à l'ion hydronium et à l'acide
disulfurique10 :

15,0 mmol kg−1 de HSO4– ;


11,3 mmol kg−1 de H3SO4+ ;
8,0 mmol kg−1 de H3O+ ;
4,4 mmol kg−1 de HS2O7− ;
3,6 mmol kg−1 de H2S2O7 ;
0,1 mmol kg−1 de H2O ;
ces concentrations étant exprimées en kilogramme de solvant H2SO4.

Réactions chimiques
Réaction avec l'eau
L'hydratation de l'acide sulfurique est très exothermique. On procède en versant
l'acide dans l'eau, et non l'inverse, afin de contrôler la protonation de l'eau en
utilisant l'acide comme facteur limitant :

H2SO4 + H2O → H3O+ + HSO4−


HSO4− + H2O → H3O+ + SO42−
En raison du caractère thermodynamiquement très favorable de l'hydratation de
l'acide sulfurique, celui-ci est utilisé industriellement comme agent de
dessiccation,[réf. nécessaire] notamment dans l'agro-alimentaire pour produire des
fruits secs. Cet effet est si marqué que l'acide sulfurique peut brûler les
matières organiques en ne laissant que le carbone, par exemple avec l'amidon :

(C6H10O5)n → 6n C + 5n H2O.
L'eau libérée par cette réaction est absorbée par l'acide sulfurique, et il ne
reste qu'un résidu carboné. La cellulose du papier, lorsqu'elle est attaquée par de
l'acide sulfurique, prend un aspect carbonisé sous l'effet d'une réaction
similaire. Sur du coton, l'acide sulfurique, même dilué, a un effet moins
spectaculaire mais qui conduit malgré tout à la destruction du tissu.

Autres réactions
Comme tous les acides forts, l'acide sulfurique réagit vivement avec de nombreux
produits organiques, les métaux en poudre, les carbures, les chlorates, les
chromates, les nitrates, les permanganates, les fulminates, le fluosilicium et le
bronze en poudre de façon très exothermique. La réaction peut être explosive.

Avec les bases


L'acide sulfurique concentré réagit violemment avec les bases fortes anhydres ou en
solutions concentrées. Cela conduit aux sulfates correspondants, tels que le
sulfate de cuivre, un sel de couleur bleue couramment utilisé en galvanoplastie et
comme fongicide, obtenu par réaction de l'acide sulfurique sur l'oxyde cuivrique :

H2SO4 (aq) + CuO(s) → CuSO4 (aq) + H2O (l).


Avec les sels
L'acide sulfurique peut également être employé pour déplacer des acides plus
faibles de leurs sels, ce qu'on observe par exemple lors de la formation
d'hydrogénosulfate de sodium à partir d'acétate de sodium en libérant l'acide
acétique :

H2SO4 + CH3COONa → NaHSO4 + CH3COOH.


De façon similaire, on peut produire de l'acide nitrique en faisant réagir de
l'acide sulfurique sur du salpêtre et précipiter l'hydrogénosulfate de potassium
qui en résulte :

H2SO4 + KNO3 → KHSO4 + HNO3.


Avec les roches calcaires
CaCO3 (calcaire) + H2SO4 → CaSO4 (gypse) + 2 HCO3– (soluble)
Il y a donc effervescence, avec dégagement de bulles de CO2 et « grignotage » de la
roche.

Avec l'acide nitrique


L'acide sulfurique forme avec l'acide nitrique une substance agissant à la fois
comme acide et comme agent de déshydratation, donnant naissance à l'ion nitronium
NO2+ qui joue un rôle important dans les nitrations par substitution électrophile
aromatique. Ce type de réactions, dans lequel la protonation survient sur un atome
d'oxygène, intervient dans beaucoup de réactions en chimie organique. Il est
notamment employé pour fabriquer de nombreux explosifs, tels que le
trinitrotoluène, la nitroglycérine et la nitrocellulose.

Avec les métaux


L'acide sulfurique attaque les principaux métaux usuels en donnant un sulfate
métallique par libération d'hydrogène. L'acide dilué attaque le fer, l'aluminium,
le zinc, le manganèse, le magnésium et le nickel, mais seul l'acide concentré et
chaud peut attaquer l'étain et le cuivre, tandis que le plomb et le tungstène ne
sont pas attaqués. L'attaque de l'étain par l'acide sulfurique libère du dioxyde de
soufre plutôt que de l'hydrogène, contrairement à ce qu'il en est pour les autres
métaux :

Fe(s) + H2SO4 (aq) → H2 (g) + FeSO4 (aq),


Sn(s) + 2 H2SO4 (aq) → SnSO4 (aq) + 2 H2O(l) + SO2 (g).
Ces deux schémas réactionnels sont emblématiques : l'acide sulfurique concentré et
chauffé agit généralement comme un agent oxydant, tandis que l'acide dilué agit
plutôt comme un acide typique, ce qui explique que l'acide chaud concentré libère
de l'eau et du dioxyde de soufre en formant des sels avec le cuivre, le zinc et
l'étain, alors que l'acide dilué libère de l'hydrogène en formant le sel.

Avec le benzène
Attaqué par l'acide sulfurique, le benzène subit une substitution nucléophile
aromatique conduisant à un acide sulfonique11 :

BenzeneSulfonation.png
Occurrence naturelle
Sur Terre
L'acide sulfurique n'existe pas sur Terre à l'état pur en raison de sa très forte
hygroscopie. On le trouve cependant dans les pluies acides, où il résulte de
l'oxydation de l'acide sulfureux H2SO3 issu de la dissolution du dioxyde de soufre
SO2 dans les nuages, le dioxyde de soufre étant produit par les combustibles
fossiles soufrés.

Il se forme également par oxydation de minéraux sulfurés, tels que la pyrite FeS2,
et peut acidifier l'eau de ruissellement au point de former un drainage minier
acide (DMA) riche en acide sulfurique :
4 FeS2 (s) + 15 O2 (g) + 30 H2O(l) → 4 Fe(OH)3 (s) + 8 (2 H3O+(aq) + SO42–(aq)).
Sur Vénus
Le dioxyde de soufre SO2 libéré notamment par le volcanisme de la planète Vénus est
oxydé en trioxyde de soufre SO3 par les radicaux oxygène libérés par
photodissociation du dioxyde de carbone CO2 sous l'effet du rayonnement ultraviolet
de longueur d'onde inférieur à 169 nm ; ce trioxyde de soufre réagit ensuite avec
les rares traces de vapeur d'eau présentes dans l'atmosphère de Vénus pour former
des gouttelettes d'acide sulfurique à ~ 75 %, principalement dans les couches
nuageuses s'étageant entre 52 et 58 km d'altitude, là où la pression et la
température sont relativement proches de celles de la surface de la Terre :

CO2 + hν → CO + O,
SO2 + O → SO3,
SO3 + H2O → H2SO4.
Ces nuages produisent des virgae, c'est-à-dire des précipitations qui se vaporisent
sous l'effet de la chaleur croissante à mesure qu'on se rapproche du sol,
typiquement à une altitude d'une trentaine de kilomètres, lorsque la température
dépasse 300 °C. L'acide sulfurique se décompose en eau et trioxyde de soufre sous
l'effet de la chaleur, puis le trioxyde de soufre se décompose à son tour en
dioxyde de soufre et oxygène atomique à température encore plus élevée, l'oxygène
atomique tendant alors à oxyder le monoxyde de carbone CO en dioxyde de carbone
CO2.

Sur Mars
Si l'acide sulfurique est aujourd'hui a priori absent de la surface martienne, il
aurait peut-être été abondant dans les étendues d'eau liquide existant encore sur
la planète Mars il y a près de 4 milliards d'années, à l'Hespérien, époque marquée
par un intense volcanisme à l'origine de terrains géologiques aujourd'hui riches en
sulfates hydratés, notamment kiesérite MgSO4·H2O12 et gypse CaSO4·2H2O13,
correspondant à l'éon stratigraphique appelé Theiikien.

L'eau liquide martienne, sans doute abondante à l'époque précédente, le Noachien,


aurait été chargée d'acide sulfurique suite aux éruptions volcaniques de
l'Hespérien, ce qui aurait à la fois pour conséquence d'abaisser sensiblement son
point de congélation — l'eutectique du mélange H2SO4·2H2O – H2SO4·3H2O gèle ainsi
un peu en dessous de −20 °C, et celui du mélange H2SO4·6,5H2O – H2O gèle autour de
210 K, température légèrement inférieure à −60 °C14, qui est la température moyenne
actuelle sur Mars — et de conduire à la formation de sulfates plutôt que de
carbonates. Ainsi s'expliquerait pourquoi, alors que Mars possédait a priori une
atmosphère de CO2 et de grandes étendues d'eau liquide, on n'y trouve quasiment pas
de carbonates, alors que les sulfates semblent, au contraire, particulièrement
abondants15,16 : la formation des carbonates est inhibée par l'acidité — que la
présence de sulfates laisse supposer — (la sidérite FeCO3, a priori le carbonate le
moins soluble, ne précipite qu'à pH > 517) et la libération continue de SO2 par
l'activité volcanique à l'Hespérien aurait déplacé le CO2 des carbonates qui
auraient pu s'être formés au Noachien pour les remplacer par des sulfates, comme
cela se produit par exemple à pH faible avec le magnésium :

MgCO3 + H2SO4 → MgSO4 + H2O + CO2.


Sur Europe
Les données obtenues par la sonde Galileo en spectroscopie infrarouge sur le
satellite Europe de la planète Jupiter présentent des absorptions caractéristiques,
interprétées comme provenant peut-être d'hydrates d'acide sulfurique. Dans la
mesure où la dilution d'acide sulfurique dans de l'eau provoque un abaissement
significatif du point de congélation, jusqu'à −60 °C pour certains mélanges, cela
renforcerait la probabilité d'existence d'une couche de solutions aqueuses d'acide
sulfurique à l'état liquide sous l'écorce gelée d'Europe. Cependant, l'absorption
infrarouge observée par Galileo sur Europe pourrait également provenir de minéraux
riches en ions sulfate18.
Production
2017-fr.wp-orange-source.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (février 2020).
L'acide sulfurique est aujourd'hui essentiellement fabriqué par le procédé dit « de
contact », faisant intervenir un catalyseur, mais d'autres procédés sont également
mis en œuvre à plus petite échelle.

En dehors des produits pétroliers, l'acide sulfurique est le produit le plus


fabriqué par l'industrie chimique.

Hydratation du trioxyde de soufre


La manière intuitivement la plus simple de produire H2SO4 est de dissoudre SO3 dans
H2O, mais cette réaction est tellement exothermique qu'elle n'aboutit, lorsqu'elle
est réalisée à grande échelle sans être suffisamment maîtrisée, qu'à produire de la
vapeur d'eau et très peu d'acide.

La voie humide met en œuvre cette réaction en deux étapes. D'abord, de l'acide
sulfurique est produit à l'état gazeux par hydratation du trioxyde de soufre :

SO3 + H2O → H2SO4 (g) : ΔH = −101 kJ mol−1.


Puis, l'acide est condensé à l'état liquide pour produire de l'acide sulfurique
concentré à environ 98 % :

H2SO4 (g) → H2SO4 (l) : ΔH = −69 kJ mol−1.


Le SO3 utilisé dans cette réaction provient essentiellement de l'oxydation
catalytique de SO2 (voir au paragraphe suivant), lequel peut provenir de la simple
combustion du soufre dans l'oxygène ou de celle du sulfure d'hydrogène H2S, qui se
déroule entièrement à l'état gazeux :

2 H2S + 3 O2 → 2 H2O + 2 SO2 : ΔH = −518 kJ mol−1.


Procédé de contact
Article détaillé : procédé de contact.
C'est le procédé industriel aujourd'hui le plus largement mis en œuvre, appelé «
procédé de contact » car il requiert le contact avec un catalyseur. Il se décompose
en trois étapes :

purification du soufre S et combustion du soufre à l'air sec pour obtenir du


dioxyde de soufre SO2 ou purification du SO2 s'il n'est pas obtenu à partir de
soufre ;
oxydation du dioxyde de soufre en trioxyde de soufre SO3 à l'aide de pentoxyde de
vanadium V2O5 ;
conversion du trioxyde de soufre en acide sulfurique H2SO4.
La purification du S ou du SO2 est nécessaire pour éviter l'empoisonnement du
catalyseur de l'étape n° 2 par des impuretés. On utilisait autrefois du platine
plutôt que du vanadium, un peu moins efficace, mais le platine est plus cher et
plus facilement inhibé par des impuretés19. Le mécanisme de la réaction d'oxydation
catalysée est le suivant :

a) 2 SO2 + 4 V5+ + 2 O2– → 4 V4+ + 2 SO3 ;


b) 4 V4+ + O2 → 4 V5+ + 2 O2– ;
la réaction globale s'écrivant :

2 SO2 (g) + O2 (g) {\displaystyle \rightleftharpoons }\rightleftharpoons 2 SO3


(g) : ΔH = −197 kJ mol−1.
On atteint 96 % de rendement chimique avec V2O5 en maintenant une température de
450 °C et une pression de 100 à 200 kPa ; le catalyseur ne sert qu'à optimiser la
cinétique de la réaction, mais n'en déplace pas l'équilibre.
Le trioxyde de soufre est ensuite refroidi dans un échangeur thermique et recueilli
dans une tour d'absorption où il est dissous dans de l'acide sulfurique concentré
afin de produire de l'oléum :

H2SO4 (l) + SO3 (g) → H2S2O7 (l),


qui est ensuite hydraté pour libérer de l'acide sulfurique, avec un rendement moyen
de 30 % :

H2S2O7 (l) + H2O(l) → 2 H2SO4 (l).


Procédé des chambres de plomb
C'est le procédé historique de production industrielle de l'acide sulfurique,
largement supplanté au xxie siècle par le procédé de contact. Il assurait néanmoins
encore la moitié de la production d'acide sulfurique jusqu'au milieu du xxe siècle.

Le procédé des chambres de plomb, dans sa version la plus moderne (procédé


Petersen), s'effectue par une réaction entre du dioxyde de soufre, de l'eau et de
l'oxygène, qui se combinent pour donner l'acide sulfurique. Cette réaction est
catalysée par des oxydes d'azote continuellement recyclés.

Introduit par John Roebuck en 1746, ce procédé fournit un acide sulfurique moins
concentré et contenant plus d'impuretés, plutôt destiné à la fabrication des
superphosphates.

Préparation en laboratoire
L'acide sulfurique peut être préparé en petite quantité en faisant brûler du soufre
élémentaire pour produire du dioxyde de soufre SO2, qu'on dissout ensuite dans du
peroxyde d'hydrogène H2O2 :

SO2 + H2O2 → H2SO4.


Sécurité
L'acide concentré et l'oléum réagissent avec l'eau en dégageant une grande chaleur.
C'est pour cela qu'en milieu industriel, une dilution d'acide se fait toujours sous
refroidissement. Il en est de même au contact avec la peau ce qui peut provoquer de
graves brûlures. Il faut verser l'acide dans l'eau et non l'inverse : notamment
parce que la densité de l'eau est moindre que celle de l'acide sulfurique, la
faisant ainsi flotter au-dessus de l'acide et l'eau en plus grande quantité au
départ de la dilution sert à dissiper la chaleur. Dans l'autre sens, l'exothermie
peut faire bouillir subitement l'eau versée sur l'acide, ce qui cause des
projections d'eau et d'acide très dangereuses.

L'inhalation de fumées et brouillards d'acide peut causer des lésions à long terme.
La réglementation américaine et française limite à 1 mg·m-3 la concentration
moyenne admissible pendant un poste de travail.

L'acide sulfurique est ininflammable, mais à des concentrations inférieures à 75 %,


il réagit avec l'acier carbone et d'autres métaux en dégageant du dihydrogène, qui
lui est combustible.

Les épandages d'acide sulfurique peuvent être dilués avec une grande quantité
d'eau, tandis que ceux d'oléum seront de préférence traités par un absorbant solide
(argile).

L'acide sulfurique réagit avec des sulfures en libérant du sulfure d'hydrogène


gazeux très toxique.

En France, l'acide sulfurique fait l'objet de la fiche INRS no 30.

Utilisations
Appareil de Nordhausen.

Chambre de plomb.

Concentration avec des cornues.

Alambic de platine pour la concentration de l'acide sulfurique.


Parmi les utilisations de l'acide sulfurique, on peut citer :

fabrication d'acide phosphorique par attaque du phosphate de calcium ;


fabrication d'engrais tels que les superphosphates, le sulfate d'ammonium ;
industrie des textiles artificiels ;
traitement des minerais ;
synthèse de composés chimiques (colorants, explosifs, détergents, divers sels,
autres acides, etc.) ;
raffinage du pétrole ;
déshydratation des alcools, pour donner des alcènes ;
batteries au plomb (H2SO4 est alors connu sous le nom d'« acide de batterie ») ;
extraction de l'uranium par le procédé de lixiviation in situ
décapage de métaux en sidérurgie ;
sulfonation ;
déshydratation (d'aliments par exemple) ;
fabrication de l'acide de Caro, un oxydant puissant utilisé en nettoyage ;
catalyse de réactions d'estérifications grâce à l'ion oxonium ;
torture : l'acide sulfurique a été (et est encore) utilisé par certains
tortionnaires pour brûler leurs victimes ;
la Cosa Nostra (Mafia sicilienne) utiliserait de l'acide sulfurique pour dissoudre
les cadavres de leur victimes20;
dilué d'un volume pour dix d'eau, cet acide est couramment utilisé dans le décapage
des métaux précieux en bijouterie après brasage, cette solution s'appelle
dérocher ;
traitement de l'eau, sert à faire diminuer le pH du sol en horticulture
maraîchère ;
industrie du traitement de surface des matériaux, notamment composition du bain
d'anodisation ;
l’acide sulfurique a été utilisé au xixe siècle pour la conservation de la viande ;
Historique
En français, à la fin du xie siècle, vedriol apparaît pour désigner le sulfate de
fer. On trouve, à la même époque, vitriolo, sans définition chimique, mais avec la
traduction arabe alzag21. Forme syncopée de vitri oleum (littéralement « huile de
verre »), le mot vitriolum désigne au Moyen Âge et à la Renaissance diverses
substances d'aspect huileux ou vitreux, liquides ou solides, le futur acide
sulfurique n'étant que l'une d'entre elles. Au xiie siècle, les tossafistes
Rabbenou Tam et Rashbam parlent de vidriolo et de vidriol « qui est vert comme du
verre, d'où son nom »22,23. Au xve siècle, on obtenait l'acide sulfurique en
distillant du sulfate ferreux hydraté, ou vitriol de fer, avec du sable.

Cette technique plus ou moins secrète sera révélée à la Renaissance avec l’arrivée
de l’imprimerie. Conrad Gesner donne la description dans Trésor des remèdes
secrets24 (1552) p. 331-332 de la distillation du vitriol romain pour faire l’«
huyle de vitriol ». Un siècle plus tard, Nicolas Lémery dans son Cours de chymie25,
ouvrage de synthèse des connaissances empiriques de chimie du siècle, décrira les
différentes étapes de la distillation du vitriol, permettant d’obtenir
successivement l’esprit sulfureux du vitriol (SO2), l’esprit acide de vitriol
(solution de acide sulfurique H2SO4) et ce qui reste dans la cucurbite, l'huile de
vitriol (acide sulfurique concentré).

La fabrication du dihydrogène par action de l'acide sulfurique sur du fer est


connue depuis longtemps. L'alchimiste du xvie siècle, Paracelse, entrevoit le
dihydrogène qu'il produit par réaction entre le vitriol et le fer. En 1603,
Théodore de Mayerne enflamme le dihydrogène obtenu par le même moyen. À partir de
1783, date de leur invention, les ballons à gaz utiliseront entre autres gaz, du
dihydrogène produit par réaction de l'acide sulfurique sur des copeaux de fer26.

Au xixe siècle, Justus von Liebig découvrit que l'acide sulfurique répandu dans le
sol augmentait la quantité de phosphore disponible pour les plantes.

Berkeley Pit est une fosse massive remplie d'eau chargée d'acide sulfurique et de
métaux lourds à des taux très dangereux, à cause d'une ancienne mine fermée en
1982. En 1995, on y trouva 342 oies mortes après leur atterrissage sur l'eau
toxique.

Vitriol et alchimie

Le lion vert, symbole alchimique du vitriol (gravure de Théodore de Bry).


Le mot vitriolum se lit au xiiie siècle, dans le Grand Albert (écrit par un Pseudo-
Albert le Grand.

Selon Eugène Canseliet, le vitriol a pour synonymes le « lion vert » (chez Ripley),
« l'émeraude des sages ».

« Le vitriol ordinaire, c'est-à-dire le sulfate de fer ou couperose du commerce, ne


doit pas être confondu avec le vitriol des philosophes, loirs même que Basile
Valentin en eût fourni le procédé très simple de fabrication, qui consiste, sans
plus, à calciner deux parties égales de soufre et de fer en limaille, et à mettre
le sulfure obtenu en digestion, au sein de l'eau de pluie. Le Rosaire des
philosophes — Rosarium Philosophorum — le premier, établit la différence27. »

Les alchimistes donnent au terme « vitriol » une signification ésotérique, en


l’interprétant comme un acronyme de Visita Interiora Terrae Rectificandoque
Invenies Occultum Lapidem qui peut se traduire par « Visite l'Intérieur de la
Terre, et en Rectifiant tu Trouveras la Pierre Cachée ».

Le premier à le signaler est, semble-t-il, Gérard Dorn, un disciple de Paracelse,


dans Congeries paracelsicae chemiae de transmutationibus metallorum, 1581, p. 144.
L'idée prend corps chez Basile Valentin ; des gravures en ce sens se trouvent dans
l'édition 1653 de l' Azoth de Basile Valentin (paru en 1624). On trouve l'emblème
chez Johann Neithold Aureum Vellus; oder Güldenes Vleiss, Frankfurt (1733), mais,
avant, sur le frontispice de l'édition de 1613 de La Toyson d'Or par Salomon
Trismosin28 ,29. Dans son Testament (1651), Basile Valentin écrit ceci :

« Le Vitriol est un notable et important minéral auquel nul autre, dans la nature,
ne saurait être comparé, et cela parce que le Vitriol se familiarise avec tous les
métaux plus que toutes les autres choses ; il leur est très prochainement allié,
puisque, de tous les métaux, l’on peut faire un vitriol ou cristal ; car le vitriol
et le cristal ne sont reconnus que pour une seule et même chose… Car, bien que tous
les métaux et minéraux soient doués de grandes vertus, celui-ci néanmoins, savoir
le Vitriol, est seul suffisant pour en tirer et faire la bénite pierre
[philosophale], ce que nul autre au monde ne pourrait accomplir seul à son
imitation. »

Pierre-Jean Fabre, médecin et alchimiste de Castelnaudary, dans son Abrégé des


secrets chymioques (1636) lut dans « vitryol » l'anagramme « l'or y vit ».

Notes et références
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Sécurité des Substances Chimiques [archive], consultée(s) le 9 mai 2009
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Sons, 1999, 239 p. (ISBN 0-471-98369-1)
Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 » [archive],
sur www.chem.qmul.ac.uk.
« Sulfuric Acid » [archive], sur Hazardous Substances Data Bank (consulté le 27
novembre 2009)
Numéro index 016-020-00-8 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N°
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Entrée « Sulfuric acid solution » dans la base de données de produits chimiques
GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au
travail) (allemand, anglais), accès le 12 juin 2011 (JavaScript nécessaire)
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Press/Taylor and Francis, 14 juin 2012, 93e éd., 2670 p. (ISBN 9781439880494,
présentation en ligne [archive]), p. 5-123
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James Glaisher, Wilfrid de Fonvielle, Camille Flammarion, Gaston Tissandier en
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Eugène Canseliet, L'alchime expliquée sur ses textes classiques, Jean-Jacques
Pauvert, 1972, p. 180
Google Recherche d'image [archive]
la toyson d'or de Salomon Trismosin [archive]
Voir aussi
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Articles connexes
Sulfure
Soufre
sulfuration
Disulfure de carbone
Tétrafluorure de soufre
Liens externes
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Fiche internationale de sécurité [archive].
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