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ASSOCIATION FRANÇAISE DES TUNNELS

ET DE L’ESPACE SOUTERRAIN
Organisation nationale adhérente à l’AITES

www.aftes.asso.fr

Recommandati ons
de l ’AFTES

Méthodes d’auscultation
des ouvrages souterrains
GT19R2F1
Recommandations de l’ AFTES
relatives aux

Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Texte présenté par


Jean PIRAUD (ANTEA),
Animateur du groupe de travail " Auscultation " (GT N° 19)
Assisté de Bernard PINCENT (ARCADIS), vice-animateur
avec la collaboration de :
François BERTRAND (Chantiers Modernes), Lucien BERTRAND (ANTEA), Jean-Louis BORDES (Coyne & Bellier),
Franck BOUCHÉ (Chantiers Modernes), Jean-Pierre CHIARELLI (VINCI-Construction), Christian CHOQUET (CETu),
Stéphane DUFLOS (SPIE), Bernard GAUDIN (Scetauroute), Hubert GILLAN (SNCF), Yves GUERPILLON (Scetauroute),
Jean-Ghislain LA FONTA (Sol Data).
Une relecture critique du texte a été assurée par :
Jacques CHEZE (CRECEP), Pascal DUBOIS (MISOA), Jean-Louis GIAFFERI (EDF) et Jean LAUNAY (VINCI-Construction).

Cette recommandation a été approuvée par le Comité technique de l’AFTES le 19 janvier 2005

L’A.F.T.E.S. recueillera avec intérêt toute suggestion relative à ce texte.

SOMMAIRE
Pages Pages

PRÉAMBULE - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 11 5. BIBLIOGRAPHIE - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 21
1. LES PARAMÈTRES À MESURER - - - - - - - - - - - - - - - - 13 5.1. Bibliographie générale - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 21
1.1. Objectifs des constructeurs et paramètres 13 5.2. Mesure des paramètres géométriques - - - - - - - - - 21
à mesurer - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 13 5.3. Mesure des paramètres mécaniques - - - - - - - - - - 22
1.2. Paramètres et types d’ouvrages - - - - - - - - - - - - - - 13 5.4. Mesure des paramètres hydrauliques - - - - - - - - - - 22
5.5. Automatisation des mesures et divers - - - - - - - - - 22
2. RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES - - - - - - - - - - - - - - 14
2.1. Plan d’auscultation - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 14
2.2. Contrôle-qualité et maintenance du système - - - - 15 ANNEXES : FICHES TECHNIQUES PAR METHODES - - - - - 23
2.3. Périodicité des mesures - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 16
2.4. Automatisation des mesures - - - - - - - - - - - - - - - - 16 ANNEXE A – TECHNIQUES COMMUNES DE BASE - - - - - - 24
2.5. Traitement et interprétation des mesures - - - - - - - 16
ANNEXE B – MESURE DES DEPLACEMENTS EN SURFACE 27
2.6. Avertissements, alertes et alarmes - - - - - - - - - - - - 17
3. COÛT DE L’AUSCULTATION - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 17 ANNEXE C – MESURE DES DEPLACEMENTS EN FORAGE 32
3.1. Composantes du coût de l’auscultation - - - - - - - - 17
3.2. Estimation globale du coût de l’auscultation - - - - - 17 ANNEXE D – MESURE DES DEPLACEMENTS A LA PAROI 37
3.3. Remarque sur les fabricants de matériel - - - - - - - - 18
ANNEXE E – MESURE DES PARAMETRES MECANIQUES - 40
4. PRÉSENTATION DES MÉTHODES DE MESURE - - - - - - 18
4.1. Principes physiques de la mesure - - - - - - - - - - - - 18 ANNEXE F – MESURE DES PARAMETRES HYDRAULIQUES 45
4.2. Présentation des fiches techniques par méthode - 18
4.3. Comparaison des méthodes d’auscultation - - - - - - - - 18

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Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

PRÉAMBULE

L
e présent document fait suite à une première
recommandation de l’AFTES sur " l’organisa-
tion de l’auscultation des tunnels ", rédigée en
1998 par le même groupe de travail et publié dans le
n° 149 de la revue Tunnels et Ouvrages Souterrains.
Comme son titre l’indique, ce premier texte portait
principalement sur la manière d’organiser l’ausculta-
tion, sur sa programmation et sur son cadre contrac-
tuel. Il y était annexé un aide-mémoire pour la rédac-
tion du PAQ-Auscultation, ainsi qu’un glossaire de

ES
métrologie franco-anglais.
Les recommandations de 1998 insistaient particulière-
ment sur la nécessité d’une bonne concordance entre
l’avancement du projet de génie civil et celui du
" sous-projet Auscultation " (cf. tableau 1), lequel
comprend idéalement 6 phases :

Projet de génie civil Sous-projet "Auscultation"


Avant-projet Phase A : - Conception générale de l'auscultation, compte tenu des difficultés
particulières du projet et des intentions du maître d’ouvrage
Projet Phase B : - Organisation pratique de l'auscultation (types et nombre d'appareils, budget,
personnel, procédures…)
DCE - Cahier des charges de l'auscultation (établi par le maître d’œuvre )
FT
Construction de Phase C : - Rédaction du "PAQ Auscultation" (par le prestataire de mesures)
l'ouvrage - Installation du système de mesure
Phase D : - Mesures pendant les travaux ("auscultation opérationnelle")
Phase E : - Interprétation des mesures et actions sur le génie civil
Exploitation de Phase F : - Reconfiguration du système de mesure pour l’exploitation
l'ouvrage - Bilan des 2-3 premières années, puis suivi à long terme

Tableau 1 - Correspondance entre les phases du génie civil et celles de l'auscultation

La place de l’auscultation en tant que partie intégrante du


processus de construction ne peut que se renforcer à
l’avenir, car elle est en accord avec trois grandes tendances
A

que l’on constate aujourd’hui dans les travaux souterrains :


• exigence d’une sécurité maximum pour le personnel du
chantier,
• exigences croissantes des riverains en matière de limita-
tion des désordres, ce d’autant plus que des techniques
existent aujourd’hui pour les prévenir,
• développements métrologiques et informatiques
permettant une auscultation en temps réel, voire une
prévision de l’évolution des paramètres mesurés en
fonction des dispositions constructives envisagées
(exemple : injections de compensation).
Les présentes recommandations portent sur les méthodes
et techniques d’auscultation proprement dites ; elles
comprennent deux grandes parties :

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 11


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

A gauche : ES
Cellule hydraulique de pression totale avec capteur élec-
trique pour mesure de contrainte au contact béton-rocher
A droite :
Double extensomètre à corde vibrante pour mesure des
efforts dans un cintre
FT
1) un texte de présentation générale des méthodes d’auscultation adapté à chaque type d’ouvrage ou de
utilisées, avec des commentaires sur les paramètres à terrain ; elle se veut plutôt une récapitulation critique,
mesurer, le choix des composants, la fréquence et l’auto- dans un même document, de l’essentiel de la " panoplie "
matisation des mesures, et l’ordre de grandeur des disponible en matière d’auscultation.
dépenses à prévoir ; La 1ère partie du document vise principalement l’ausculta-
2) en annexe, une quarantaine de fiches techniques par tion des travaux neufs. D’une certaine manière, elle cons-
méthode, qui décrivent chacune les caractéristiques, titue le pendant, pour ce qui est des travaux neufs, du
avantages et inconvénients des principales méthodes utili- chapitre " Auscultation " des Recommandations de
sées, en insistant en particulier sur leurs limites et diffi- l’AFTES sur les Méthodes de diagnostic des tunnels
cultés d’application ; on n’a pas cherché à être exhaustif, revêtus (cf. revue TOS, n° 131, 1995). Mais la plupart
ni à présenter les toutes dernières innovations. des méthodes décrites dans les fiches en annexe peuvent
La présente recommandation n’a donc pas l’ambition de être utilisées aussi bien pour l’auscultation de tunnels
A

constituer un " guide " pour la conception d’un système neufs que pour celle des ouvrages en service (cf. tableau 2).

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Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

1 - LES PARAMÈTRES À MESURER

1.1 - Objectifs des constructeurs et tunnel sous la mer), tandis que les tassements en surface sont
paramètres à mesurer essentiels pour un ouvrage urbain. Cependant, quel que soit
l’ouvrage, l’objectif premier de l’auscultation est de maîtriser
La liste des paramètres à mesurer pendant la construction d’un les risques d’instabilité ou de tassements à court terme, d’où il
ouvrage souterrain doit refléter les préoccupations principales
résulte presque toujours les priorités suivantes :
du maître d’ouvrage et de l’entreprise, à savoir :
• assurer la stabilité de l’ouvrage à court terme (en particulier la • 1ère priorité : évolution des déplacements en souterrain et en
sécurité du chantier), surface,
• adapter et optimiser les méthodes d’exécution, • 2ème priorité : contrôle de l’état de contrainte (à partir des
• vérifier l’impact des travaux sur l’environnement, notam- déformations),
ment sur le bâti existant,

ES
• 3ème priorité : suivi des conditions hydrauliques.
• garantir la pérennité de l’ouvrage à long terme.
A titre d’exemple, nous avons examiné quatre configurations
A ces préoccupations peuvent être associés quatre objectifs
types de tunnels très fréquentes dans la pratique, pour
majeurs de l’auscultation :
lesquelles nous avons listé les paramètres qu’il est en général le
• alerte en cas de mise en cause de la sécurité, plus important de mesurer (tableau 2) ; on notera que l’appré-
• suivi du bon comportement des ouvrages et compréhension ciation portée sur l'intérêt de ces paramètres ne préjuge en
des mécanismes en jeu, rien de leur plus ou moins grande facilité d'acquisition, qui
• prévision de l’évolution du paramètre mesuré, mais aussi sera examinée par ailleurs. Ce tableau est donné à titre indi-
d’autres paramètres qui ne le sont pas ou pas encore (grâce à catif, afin de souligner les paramètres importants, à ne jamais
l’ajustement possible des modèles de calcul), oublier ; ceci dit, certains paramètres réputés secondaires, voire
• prévisions quant au comportement et à la gestion de l’ou- non mentionnés dans le tableau, peuvent se révéler décisifs
vrage définitif. dans certains cas.
Plus précisément, la règle d’or énoncée par J. Dunicliff (1993) En tête du tableau, c’est à dessein que nous avons mentionné
est que tout appareil de mesure installé sur un chantier, donc l’observation visuelle du front et de la paroi excavée, avant les
tout paramètre mesuré, doit répondre à une question précise, divers paramètres à mesurer. Cette tâche est en effet irrempla-
FT
comme par exemple : çable, car elle seule permet de saisir certains indices inaccessi-
• la vitesse de convergence commence-t-elle à diminuer ? bles aux instruments ; c’est souvent la répétition des levés
• le tassement de tel bâtiment dépasse-t-il le seuil contractuel ? successifs, de préférence par une même personne, qui permet
• la contrainte tangentielle dans le soutènement tend-elle vers de déceler une évolution dangereuse ou imprévue. Du point de
une valeur admissible ? vue de la sécurité, c’est l’inspection visuelle associée à
• à telle distance du front, les déformations du massif et du l’auscultation qui constitue la vraie prévention.
soutènement sont-elles stabilisées ? Dans le cas d’une galerie de reconnaissance, la mesure des para-
Il convient donc de ne pas traiter le problème à l’envers (en mètres de déformabilité prend une importance particulière car
choisissant d’abord une panoplie rassurante d’appareils de l’un des objectifs d’une telle galerie est de caler la loi de
mesure, comme on le voit trop souvent), mais plutôt de : comportement du massif, qui servira de base aux calculs de
(a) lister les objectifs de mesure, en les hiérarchisant vis-à-vis de dimensionnement.
la conduite des travaux,
(b) en déduire les grandeurs physiques à mesurer et les lieux où
A

elles doivent l’être,


(c) choisir des appareils, un rythme de mesure et un système
d’acquisition appropriés,
(d) vérifier que l’ensemble n’entraînera pas de contraintes
techniques ni de dépenses prohibitives eu égard au coût de
l’ouvrage (cf. § 3).

1.2 - Paramètres et types d’ouvrages


L’importance relative des divers paramètres à mesurer varie
selon le type d’ouvrage, la méthode d’exécution et la nature du
terrain : ainsi, l’état de contrainte dans le terrain est sans grand
intérêt pour un tunnel sous-fluvial (mais peut l’être pour un

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 13


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Méthode Tunnelier Tunnelier Tunnel en


conventionnelle à confinement, "roches dures" service, en
dans des marnes terrain meuble terrain fluant,
H ≈ 20 m et aquifère H ≈ 100 m
0. OBSERVATIONS VISUELLES (front et parois) ● ● ●
1. PARAMÈTRES GÉOMÉTRIQUES
. Abscisse du front ● ● ●
. Tassement en surface ● ●
. Rotation en surface ❍ ❍
. Déplacement en forage (extenso, inclino) ❍ ❍ x x
. Convergence de la paroi ● ● ●
. Evolution des fissures du soutènement ❍ ● ●

ES
. Déformation du revêtement définitif x x ❍ ●
2. PARAMÈTRES MÉCANIQUES
. Force (pied de cintre, tirant, boulon...) ● ● x
. Contrainte dans le terrain ❍ ❍
. Contrainte dans le sout./revet. ❍ x ● ❍
3. PARAMÈTRES HYDRAULIQUES
. Débit d'exhaure ❍ ● ❍
. Pluviométrie de surface x ❍ x
. Piézométrie du terrain ● ● ● ●
. Température des venues d’eau ❍ x
4. PARAMÈTRES DIVERS
. Température du terrain ●
. Température de l'air du tunnel ❍ ● x
FT
. Pression de l'air du tunnel x x
. Hygrométrie du tunnel x x ❍ ❍
. Le temps (date, heure) ● ● ● ●
. Vibrations dues aux tirs ● x
Légende : x = paramètre en général secondaire ❍ = paramètre souvent important
● = paramètre indispensable, à mesurer dans tous les cas. H = hauteur de recouvrement au-dessus de l’ouvrage
Tableau 2 - Principaux paramètres à mesurer pour quatre configurations types de tunnels :
• Tunnel dans des marnes, creusement conventionnel (H ≈X 20 m),
• Tunnelier à confinement, en terrain meuble et aquifère (site urbain),
• Tunnelier au rocher sous forte couverture (σc / γH < 4),
• Tunnel en service, dans un terrain à comportement différé (H ≈ 100 m).
A

2 - RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES

2.1 - Plan d’auscultation • ausculter rapidement et de façon détaillée les parties d’ou-
vrage à réaliser en début du chantier, afin de vérifier dès que
1.1.1. Choix des points de mesure possible les hypothèses des études et de donner le temps à
La répartition des points de mesure doit être guidée par trois l’entreprise d’optimiser ses méthodes.
objectifs : Dans les tunnels, il est recommandé d’installer régulièrement
• avoir des points représentatifs de chacun des principaux sous- des sections de mesure courantes (" profils de convergence "),
par exemple tous les 20 à 30 m selon l’hétérogénéité des
ensembles géotechniques de l’ouvrage (cf. Recommandations
terrains. Cette approche systématique, qui permet d’avoir un
sur la Caractérisation des massifs rocheux, Revue TOS, profil longitudinal de déformation relié aux terrains rencon-
n° 177, juin 2003), afin de pouvoir en extrapoler les résultats ; trés, est importante pour la sécurité d’ensemble du tunnel ; elle
• équiper les points singuliers susceptibles d’avoir un compor- n’exclut pas des sections de mesures complémentaires en cas de
tement particulier et éventuellement dangereux ; difficultés ou de variation rapide des faciès.

14 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

De plus, il ne faut pas hésiter à créer une certaine redondance Les ingénieurs en charge du génie civil pourront ainsi concen-
entre méthodes de mesure, en particulier pour les mesures déli- trer toute leur attention :
cates, afin d’améliorer la fiabilité de la moyenne des mesures et • à l’amont, sur les objectifs et la conception du système de
de pallier d’éventuelles défaillances des appareils. Il est égale- mesure,
ment prudent de prévoir et de budgéter un ensemble de points • à l’aval, sur l’interprétation des résultats et l’adaptation corré-
de mesure supérieur à ce qui est strictement nécessaire, afin de lative du projet.
faire face à la destruction inopinée de certains d’appareils, ou à
une réalité plus complexe que prévu. Quoi qu’il en soit, l’avis Pour ces tâches d’auscultation, dont le coût est toujours faible
eu égard à celui du génie civil, le choix d’équipes expérimentées
d’un spécialiste devrait toujours être requis avant de valider un
s’impose fortement : les erreurs, maladresses et mesures
programme d’auscultation.
manquées sont irrattrapables une fois que l’excavation a
progressé, et leurs conséquences sur le coût des travaux sont
2.1.1 - Choix des capteurs sans commune mesure avec l’économie espérée.
Le choix d’un capteur doit tenir compte de la grandeur

ES
physique à mesurer, de la précision recherchée, de l’environne- 2.2 - Contrôle-qualité et maintenance
ment dans lequel il sera placé et du budget disponible. du système
Quelques recommandations générales peuvent être formulées à Les procédures de contrôle de l’auscultation doivent bien sûr
ce sujet : respecter les principes de l’Assurance-qualité (cf. TOS n° 149,
• Privilégier la mesure directe de la grandeur recherchée plutôt p. 405). Elles interviennent dès la réception du matériel envoyé
que les mesures indirectes, qui nécessitent la connaissance par le fabricant, puis au moment de son installation, ensuite en
d’autres paramètres pour être interprétées et diminuent de ce régime courant lors des relevés, enfin pour la maintenance. Il
fait la fiabilité du résultat ; est fortement recommandé de s’astreindre à respecter ces
• Pour les paramètres géométriques, choisir si possible des procédures, qui au-delà du " papier " qu’elles engendrent
capteurs " à base longue ", afin de lisser la dispersion locale doivent être mises en œuvre par du personnel compétent ; leur
qui est d’autant plus grande que la base de mesure est petite ; coût est minime en regard de celui d’un appareil qui tombe en
• Veiller attentivement aux capacités de résistance des matériels panne, ou qui donne des indications douteuses nécessitant de
à l’environnement : humidité, chaleur, gel, vibrations, chocs, nouveaux contrôles à faire d’urgence. Les principaux docu-
etc. (cf. Recommandation de 1998, TOS n° 149, p. 413) ; ments à établir sont les suivants :
• Pour chaque appareil (capteur et unité d’acquisition), recher- • fiches signalétiques des capteurs et appareils de mesure,
FT
cher un compromis entre résolution et étendue de mesure, • instructions d’installation de chaque élément du système,
qualités qui varient toujours en sens contraire. Un bon • instructions d’utilisation et de maintenance,
capteur devrait avoir une résolution meilleure que 5.10-4 fois • procédures d’étalonnage et de vérification de l’état du
son étendue de mesure ; matériel,
• Choisir des capteurs dont la dérive soit très faible au cours de • modèles de fiches de suivi (" fiches de vie "), de contrôle et
la durée d’utilisation prévue, ou dont la dérive puisse être d’anomalie.
corrigée (mesures en opposition par retournement, capteurs
étalonnables…) ; La maintenance des appareils doit faire l’objet d’un
programme et d’un calendrier, et être bien entendu budgétée,
• Préférer des appareillages et câblages aussi visibles que au même titre que pour tout autre matériel. Quelques recom-
possible et étudier avec soin des dispositifs de protection, les mandations en la matière :
risques de destruction involontaire étant très grands dans un
• chaque fois que possible, reporter en surface (plutôt qu’en
espace confiné ;
profondeur) la mesure proprement dite, c’est-à-dire le
• Veiller à l’homogénéité et la compatibilité des différents capteur et l’électronique,
matériels d’une chaîne de mesure. • privilégier les systèmes facilement accessibles, permettant de
A

Enfin, le choix des appareils ne sera pas le même selon qu’il démonter, réparer ou changer les éléments les plus fragiles
s’agisse de capteurs mis en place à l’avance, et que l’on pourra sans perte d’information,
tester à loisir, et de capteurs à installer près du front, ce qui est • utiliser des capteurs, câbles et logiciels standardisés,
le cas le plus fréquent ; la mise en place de ces derniers se fera • au niveau des logiciels de traitement, prévoir une évolution
sous la " pression " du chantier, avec une exigence de fonction- possible du système de mesure (nombre et type de capteurs,
nement immédiat. remplacement éventuel).
On sait que pour une chaîne de mesure automatisée, la notion
2.1.2. Choix du prestataire de mesures de fiabilité s’applique à chaque maillon de la chaîne : capteurs
L’évolution des techniques, en particulier l’automatisation – câbles – centrale d’acquisition – local de traitement. A titre
croissante des mesures et du traitement des données, font que indicatif, pour un système d’auscultation courant comprenant
l’auscultation devient de plus en plus un métier de spécia- une centaine d’appareils (convergences, déformations,
listes. L’intérêt du chantier est que cette tâche soit confiée à de contraintes…), on exige généralement que le taux de
tels spécialistes – qu’ils soient internes ou externes aux princi- défaillance définitive reste inférieur à 5 %. Il faut là aussi
paux intervenants – afin que la partie " matériel et logiciel " hiérarchiser les types de mesures et faire en sorte que la fiabi-
pose le moins de problèmes possible (cf. TOS n° 149, p. 410). lité des mesures de haute priorité soit maximale.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 15


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

2.3 - Périodicité des mesures • suivi précis des effets de la température, et possibilité de les
corriger automatiquement,
Elle doit être adaptée aux trois phases qui marquent la vie d’un
système de mesure : • rapidité d’obtention des résultats, permettant une adaptation
du projet en temps réel, ce qui peut conduire à des économies
• phase d’installation des appareils, sur le génie civil sans commune mesure avec l’investissement
• phase des mesures initiales (y compris la " mesure zéro "), consenti dans l’auscultation.
• phase des mesures courantes.
Pendant l’installation des appareils, il importe de bien relever 2.5 - Traitement et interprétation
le sens d’évolution des capteurs, de vérifier la numérotation des des mesures
points et voies de mesure, et de déceler les dysfonctionne- La phase de traitement des données comprend les tâches
ments. Cette période de tests est d’autant plus importante que suivantes :
le système de mesure est complexe ; elle mérite d’être planifiée • transformation de la grandeur mesurée (ex. tension électrique)
si l’on veut être sûr d’être prêt le jour où il faudra mesurer les en une grandeur physique pertinente (ex. allongement),

ES
évolutions dues à l’ouvrage. • validation des données, après suppression des valeurs
Dans la phase des mesures initiales, il est extrêmement utile de aberrantes,
multiplier les mesures, à la fois pour mieux asseoir la valeur de • calcul des évolutions par rapport à la mesure origine,
la " mesure-origine ", pour améliorer progressivement la préci- • prise en compte des grandeurs d’influence perturbant les
sion des mesures, pour valider dès que possible les hypothèses mesures (surtout la température), et correction des mesures
des études, enfin et surtout pour s’assurer de la stabilisation des
brutes si une bonne corrélation est mise en évidence,
mouvements.
• confrontation des mesures entre elles (d’un même type dans
En phase courante, la fréquence des mesures doit être adaptée à différentes sections, ou de plusieurs types dans une même
l’évolution présumée de la grandeur mesurée, et être périodi- section),
quement adaptée aux résultats observés ; elle sera bien sûr diffé-
• représentation des résultats sous formes de graphiques clairs,
rente s’il s’agit de donner une alerte ou de suivre l’évolution
d’un ouvrage dans le temps. La prudence incite à considérer que qui seuls permettront de pointer les évolutions importantes.
les phénomènes importants voire dangereux seront peut-être On rappellera que la transmission ou le stockage de fichiers
beaucoup plus rapides que prévu... Quoi qu’il en soit, le borde- informatiques restent des opérations vaines si chaque fichier
reau des prix doit mentionner de façon explicite cette périodi- n’est pas accompagné de l’identification claire et complète de
cité et prévoir l’incidence de ses variations en plus ou en moins. toutes les données qu’il contient (lieu, date, heure, unité,
FT
Pour l’auscultation de tunnels en service, il importe de qualité, formule de conversion, etc.).
programmer à la fois : L’interprétation de l’auscultation en termes de comportement
• le rythme initial des mesures, en fonction notamment du de l’ouvrage est d’une importance primordiale en phase
cycle des saisons qui influe toujours sur les résultats (une travaux. C’est une opération distincte du traitement des
mesure tous les 2 ou 3 mois paraît un minimum en début de mesures, qu’elle doit suivre dans les plus brefs délais ; le résultat
programme pour déceler les variations saisonnières) ; de cette interprétation doit être transmis immédiatement au
• des bilans périodiques entre maître d’ouvrage et opérateur de responsable des travaux, sous forme d’un document clair,
mesure (tous les 2 à 3 ans, au moins), afin d’examiner les concis et directement lisible par un ingénieur non spécialisé en
résultats et d’adapter la nature et la périodicité des mesures métrologie. L’interprétation consiste essentiellement à
ultérieures. confronter les résultats de mesures à d’autres informations,
telles que :
2.4 - Automatisation des mesures • avancement du front, du stross et autres données relatives au
Si les mesures sont automatisées, un rythme d’acquisition assez déroulement des travaux,
soutenu est conseillé (de l’ordre d’une mesure par heure) ; on • variations géologiques rencontrées,
A

peut ainsi mettre en évidence des phénomènes qui resteraient • évolutions pluviométriques et piézométriques,
autrement insoupçonnés. Le problème se déplace alors vers la • variations de température, lorsque aucune correction systé-
capacité d’enregistrement du système, et surtout vers la capa- matique n’a pu être faite (tout ouvrage, par sa dilatation, est
cité des opérateurs à traiter, visualiser et interpréter en temps d’abord une sorte de thermomètre),
utile une masse considérable de données ; il faut donc se
donner les moyens de traiter et stocker commodément cette • déformations prévues dans les calculs de dimensionnement
information au fur et à mesure, faute de quoi le système d’aus- de l’ouvrage.
cultation deviendrait inexploitable. Dans certains cas, l’interprétation de l’auscultation nécessitera
Certes, l’automatisation comporte un surcoût initial par d’acquérir des données complémentaires sur les caractéris-
rapport aux mesures manuelles ; mais elle entraîne un saut tiques du terrain (déformabilité du terrain, par exemple, pour
qualitatif qui la rend difficilement comparable à celles-ci : bien comprendre les convergences mesurées).
• faculté d’augmenter à volonté et sans surcoût la fréquence des Même si le système de mesure, voire de traitement des données,
mesures (possibilité d’effets de loupe), peut être entièrement automatisé, l’interprétation ne le sera
• possibilité de mettre en évidence un bruit de fond, et éven- jamais ; au contraire, la masse de données recueillies deman-
tuellement de le corriger, dera toujours l’intervention d’un spécialiste, au moins dans la

16 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

phase initiale. Celui-ci dégagera les grandes lignes du comporte- même terrain ; aussi est-il préférable de considérer une série de
ment de l’ouvrage après prise en compte des effets parasites ; seuils correspondant à des degrés croissants de vigilance, tels
l’interprétation peut ensuite être poursuivie par l’exploitant, que seuils d’attention, d’avertissement et d’alarme.
jusqu’à l’occurrence d’un nouveau phénomène inattendu. Dans tout ce processus de traitement et d’interprétation, et a
fortiori en cas d’alarme, il est absolument essentiel que soient
2.6 - Avertissements, alertes bien définis à l’avance :
et alarmes • le cheminement de l’information,
En matière d’alarmes, la plus grande prudence s’impose eu • les responsabilités des différents acteurs,
égard aux incertitudes qui caractérisent toujours le sous-sol – • les délais de transmission ou de décision attendus de chacun,
contrairement au cas des processus industriels. La définition • enfin et surtout, une panoplie de dispositions constructives
précise de seuils demande un très long apprentissage dans le propres à faire face aux diverses évolutions possibles de l’ouvrage.

3.1 - Composantes du coût de


l’auscultation

associés.
ES
3 - COÛT DE L’AUSCULTATION

Insistons d’abord sur le fait que le coût de l’auscultation ne se


limite pas au coût des fournitures, ni des matériels et logiciels

Il y a d’abord un coût pour la conception de l’auscultation, la


rédaction des spécifications et la consultation des fournisseurs.
Vient ensuite le prix d’achat des appareils, qui, sous prétexte
qu’il est bien connu, ne doit pas occulter le coût de leur mise
• la proximité de la surface, qui nécessite un suivi précis des
tassements éventuels, surtout en ville et en particulier au
voisinage des têtes : celles-ci sont en général les parties d’ou-
vrage les plus délicates et par suite les plus instrumentées ;
• l’automatisation des mesures, dont le surcoût initial est
d’autant mieux amorti que le nombre de capteurs et la
fréquence de mesures sont élevés.

3.2 - Estimation globale du coût de


l’auscultation
FT
en place, en général bien supérieur quoique plus difficile à
évaluer. De plus, cette mise en place nécessite de la part de l’en- a) Cas des ouvrages hydroélectriques
treprise une assistance et des aménagements (forages, niches…) Dans ce secteur, un chiffre souvent avancé pour l’auscultation
qui perturbent l’avancement du chantier et ont aussi un coût, est de 1 à 3 % du coût du génie civil, mais avec des disparités
qui sera supporté in fine par le maître d’ouvrage. considérables selon le type et la complexité de l’ouvrage
Enfin, une fois installé, un appareil engendre obligatoirement (tunnel, centrale souterraine…) ; ce ratio, qui ne comprend pas
une activité de mesure, traitement des données et mainte- l’exploitation du système, est du même ordre que pour les
nance dont le coût réel peut dépasser largement celui de l’ap- barrages en béton. Plus précisément, on peut distinguer :
pareil en place, bien que cette activité soit difficile à isoler des • le coût des fournitures (capteurs, câbles, boîtiers de jonction,
autres tâches du chantier. C’est pourquoi la recherche d’écono- systèmes informatiques…), qui dépasse rarement 0,5 % du
mies sur les seules fournitures est souvent illusoire et peut se prix de l’ouvrage. A noter que pour un tunnel de grande
révéler contre-productive : c’est la qualité qui doit primer, du longueur ausculté à distance, le prix des câbles classiques peut
fait des surcoûts ou, pire encore, des pertes d’information dépasser largement celui des appareils de mesure ; mais ce
qu’entraîne toujours la non-qualité. n’est plus vrai en cas de transmission des données par " bus "
Parmi les facteurs qui influent le plus sur le coût de l’auscul- numérique ;
A

tation, on peut citer : • le coût de la pose (y compris forages, niches et sujétions


• la précision requise des mesures, qui augmente bien sûr leur diverses imposées à l’entreprise), qui serait de 2 à 3 fois le prix
coût ; on veillera en particulier à ne pas formuler d’exigences d’achat du matériel mis en place ;
excessives dans le cahier des charges : celles-ci pourraient • enfin, le coût d’exploitation et de maintenance du système,
imposer l’acquisition d’appareils non courants ou de proto- qui s’étalera sur des décennies et peut atteindre un ordre de
types, avec toutes les sujétions qui en résultent en matière grandeur de 50 000 E/an, soit, en valeur actualisée, une
d’étalonnage et de résistance à l’environnement ; somme proche de celle investie au départ pour le matériel et
• la résistance requise aux agressions, en particulier le degré sa mise en place.
de protection recherché contre la foudre (les composants
b) Cas des tunnels routiers et ferroviaires
électroniques y sont très sensibles). Plus généralement, la
durée de vie escomptée des appareils devra être soigneuse- Le tableau 3 donne quelques exemples de chantiers de tunnels
ment étudiée pour le choix de l’instrumentation d’un où le coût de l’auscultation a pu être isolé. Ces coûts, qui reflè-
ouvrage en service : rares sont les capteurs ou centrales tent les prix des années 1990-95, incorporent toutes les
d’acquisition dont le fonctionnement peut être garanti au- dépenses à la charge du prestataire de mesure (fourniture,
delà de 5 ans… installation et exploitation du système d’auscultation), ainsi

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 17


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Ouvrage Longueur Coût des travaux de Coût de l’ausculta- Ratio auscultation /


génie civil tion (hors taxes) travaux GC
RN 20 – Tunnel du Puymorens 4 800 m 102 ME 1,2 ME 1,2 %
A 8 – 2ème tube Rosti (1) 200 m 2,6 %
A 40 – 2ème tube Chamoise 3 300 m 77 ME 0,8 ME 1,0 %
Traversée de Toulon (1er tube) 1 800 m 49 ME (2) 1,4 ME (3) 2,8 %
Métro Lyon, D sous Fourvière 1567 m 17 ME 0,2 ME 1,2 %
Station RER Magenta (Paris) 225 m 150 ME 4,1 ME 2,7 %
Projet LHC (CERN, Genève) Cavernes Atlas 35 ME 0,5 ME (4) 1,3 %
Métro d’Amsterdam (Centre) 4400 m + 4 stations - 13 ME (5) env. 1,5 %
(1) Tunnel court sous versant instable (4) Fourniture et mise en place du système seulement

ES
(2) Estimation initiale (5) Pour 6 ans d’auscultation des bâtiments et du sol au-dessus du
(3) Dont 0,6 ME pour le contrôle des tassements en surface projet, avec 74 stations motorisés.
Tableau 3 – Comparaison entre le coût de l’auscultation et celui du génie civil

que l’assistance fournie par l’entreprise ; il n’inclut pas les pour les tournées de mesures. Si le nombre d’appareils justifie
forages nécessaires aux appareils, ni les arrêts de chantier, ni le un équipement d’acquisition automatique, il faut envisager un
coût de l’interprétation par le maître d’œuvre. investissement initial beaucoup plus élevé, auquel s’ajoutera un
Ce tableau montre que le coût moyen de l’auscultation – tel coût d’exploitation de l’ordre de 10 à 20 000 e/an.
que défini ci-dessus – varie en général entre 1 et 3 % du coût
des travaux de génie civil. Il n’est pas surprenant que ce ratio 3.3 - Remarque sur les fabricants de
soit plus élevé pour un tunnel en site urbain (type Toulon), ou matériel
pour un tunnel court en terrain difficile (type Rosti) ; en effet, Les matériels d’auscultation utilisés en génie civil (capteurs et
une faible longueur de tunnel augmente le poids relatif du câbles) doivent être définis et commandés longtemps à
creusement des têtes et celui du rodage de l’avancement, phases l’avance, car les délais de livraison sont en général assez longs :
qui font toujours l’objet d’une auscultation plus intensive.
FT
souvent plus de 3 mois. Il s’agit en effet d’un marché très étroit
c) Cas des tunnels anciens (moins de 100 ME à l’échelle mondiale), avec peu de fournis-
Le coût de l’équipement d’un tunnel ancien pour le suivi seurs, peu de stocks, des séries de fabrication courtes et une
périodique des déformations varie fortement selon son état de durée de vie commerciale des capteurs très longue. Il en résulte
dégradation. A titre indicatif, on peut avancer un coût de que le développement et la validation de nouvelles techniques
l’ordre de 10 000 E pour l’équipement minimal d’un tunnel de – comme les fibres optiques – sont très lents et dépendent
quelques centaines de mètres en dispositifs manuels de mesure, souvent de maîtres d’ouvrage " mécènes ", ou de rares chantiers
sans oublier de rajouter chaque année la moitié de cette somme à budget important.

4 - PRÉSENTATION DES MÉTHODES DE MESURE

4.1 - Principes physiques de la mesure ments en contrainte-déformation ; malheureusement, on ne


A

sait toujours pas mesurer correctement l’état de contrainte


Depuis le temps de la règle et de l’équerre – symboles des dans le terrain.
métiers de la construction, auxquels il faudrait rajouter le fil à
plomb et le niveau à bulle – les principes de base de la mesure La mesure en travaux souterrains a beaucoup emprunté aux
ont relativement peu évolué. Certes, la technologie a modifié autres disciplines (topographie, astronomie, cartographie, art
l’apparence des appareils, la précision et la rapidité des mesures du géomètre et du mécanicien…), mais elle a dû inventer des
a considérablement augmenté, mais on verra que ces principes techniques spécifiques en raison de conditions de mesure très
restent, pour l’essentiel, les mêmes. particulières, que l’on rencontre rarement dans le monde
industriel :
Dans tous les cas, on cherche d’abord à mesurer avec la
meilleure précision possible d’une part la position des points • obligation de réaliser des mesures dans le terrain ou en forage,
ou leur déplacement (donc les déformations), d’autre part la c’est-à-dire dans un milieu hostile et fermé,
pression de l’eau. De plus, bien que ce soient les déplacements • difficultés d’accès à certains points de mesure, en particulier
qui créent le risque, l’ingénieur souhaitera toujours mesurer les dans les grandes voûtes,
contraintes, car il a appris à raisonner sur la base de comporte- • conditions d’environnement très sévères (humidité particu-
lièrement),

18 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

• pérennité nécessaire des appareils pendant plusieurs années, fiche descriptive que l’on trouvera dans les annexes B à F ci-
voire dizaines d’années, alors même qu’il est très difficile de après. Ces fiches sont en effet classées en 5 catégories, selon la
les réparer ou de les remplacer, nature du paramètre recherché :
• haute précision requise pour certains paramètres (un mm de Annexe B – Mesure des paramètres géométriques (tassements
convergence sur un diamètre de tunnel de 10 m exige une et rotations en surface),
précision relative de 10-4). Annexe C – Mesure des paramètres géométriques (déplace-
Ces difficultés ont écarté du champ habituel de l’auscultation ments en forage),
un certain nombre de capteurs industriels (jauges de déforma- Annexe D – Mesure des paramètres géométriques (déplace-
tion, capteurs électriques ou électroniques) pour cause de ments et déformations à la paroi),
mauvaise tenue dans le temps. En revanche, elles ont fait naître
des procédés de mesure particuliers comme le distancemètre à Annexe E – Mesure des paramètres mécaniques (efforts,
fil invar, la corde vibrante ou les appareils à contre-pression. contraintes et vibrations),
Annexe F – Mesure des paramètres hydrauliques (pression et
A partir des années 1990, l’amélioration rapide de certains

ES
débit).
dispositifs de mesure, de leur capacité de résistance aux agres-
sions et de leur environnement informatique, a fait émerger Le contenu de ces fiches est volontairement succinct et ne
des procédés nouveaux, issus de l’industrie civile ou militaire, dispense pas de consulter les notices techniques des fournis-
tels que : seurs, auxquelles il faudra toujours se reporter lors de la mise en
• la topographie optique de précision, qui supplante de plus en place des appareils, ni les diverses publications qui rendent
plus le fil invar pour les mesures de convergence, en dépit compte de l’expérience des utilisateurs (cf. Bibliographie).
d’une moindre précision ; L’objectif de ces fiches est de présenter et expliquer les
• les extensomètres à fibre optique, qui concurrenceront les méthodes de mesure aux non spécialistes, sans entrer dans les
appareils à corde vibrante ou les extensomètres de forage détails, mais en insistant particulièrement sur tout ce que l’on
lorsque les prix des composants diminueront ; ne trouve pas ou rarement dans les notices : inconvénients de la
• le suivi ultrasonique de l’évolution des contraintes dans les méthode, fragilité des appareils, limites d’utilisation, coûts
boulons d’ancrage ; directs et induits... Chaque fiche comprend ainsi les rubriques
suivantes :
• de nouvelles techniques de traitement des signaux acous-
tiques émis au voisinage des travaux miniers ; • objectifs de la méthode et principe de base utilisé,
• l’automatisation complète des mesures, qui entraîne un saut • caractéristiques principales des appareils,
FT
qualitatif en permettant de multiplier les mesures au • précision et limites d’utilisation,
moindre coût ; • difficultés de mise en œuvre et robustesse,
• enfin, plus récemment, les mesures topographiques de • coûts, durée de mise en œuvre, temps de mesure,
précision en surface : théodolite motorisé, GPS, interféro- • possibilités de télémesure.
métrie radar…
Les éléments de coût, donnés à titre indicatif, concernent prin-
Aujourd’hui, les techniques de base auxquelles font appel les cipalement le prix d’achat des appareils, sachant que celui-ci est
méthodes de mesure utilisées en travaux souterrains peuvent souvent faible comparé au coût de mis en œuvre et d’exploita-
être rangées en six catégories, soit des plus anciennes aux plus tion du système, notamment pour les méthodes les plus
récentes : récentes (cf. § 3.1) ; de plus, une estimation du coût d’installa-
• les mesures mécaniques, tion est donnée sous forme de journées de technicien supérieur.
• les mesures optiques de précision,
Enfin, le parti a été pris de ne jamais citer les fabricants de
• les capteurs à corde vibrante, matériel, hormis quelques exceptions (lorsqu’il s’agit de l’in-
• les appareils pneumatiques, venteur de l’appareil, par exemple).
• les capteurs électriques de déplacement,
A

• les capteurs à fibre optique. 4.3 - Comparaison des méthodes


Chacune de ces techniques de base fait l’objet d’une fiche d’auscultation
descriptive en annexe A. Celles auxquelles il est fait le plus A l’image de ce qu’avait fait le groupe de travail n° 14 de
souvent appel aujourd’hui pour l’auscultation des tunnels l’AFTES pour les Méthodes de diagnostic des tunnels revêtus
(mais aussi pour la géotechnique en général) sont les mesures (cf. TOS, n° 131, 1995), il nous a paru intéressant de porter un
optiques et électriques, et accessoirement les cordes vibrantes. jugement comparatif sur les différentes méthodes d’ausculta-
tion – et ce en dépit des difficultés de l’exercice… Cette nota-
4.2 - Présentation des fiches tion des méthodes figure à titre indicatif sur le tableau 4.
techniques par méthode Chaque méthode de mesure y est notée vis-à-vis de quatre
Dans le présent document, on entend par " méthode de critères principaux considérés de manière indépendante ; les
mesure " l’ensemble constitué par un appareil de mesure, son notes vont de 1 à 4, la valeur 4 correspondant à la situation la
mode opératoire et la chaîne d’acquisition associée. Une plus favorable. Les critères pris en compte sont les suivants :
quarantaine de méthodes d’auscultation, choisies parmi les • efficacité de la méthode : lorsqu’un paramètre à mesurer a
plus courantes, ont ainsi été sélectionnées, et font l’objet d’une été retenu, la méthode qui possède la meilleure note doit être

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 19


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

considérée en priorité (c’est celle qui est la mieux adaptée (cf. phases D1 et D2 des Recommandations de 1998,
techniquement aux objectifs poursuivis) ; TOS n° 149, p. 403) ; les notes 1 et 2 indiquent des mesures
• facilité d’installation : si la note 4 indique une installation délicates, nécessitant des précautions particulières ;
facile, les notes 2 et surtout 1 demandent impérativement • coût : il s’agit ici d’un indicateur relatif (vis-à-vis des autres
l’intervention d’un spécialiste ayant des références dans la méthodes), pour une situation standard ; il inclut l’installa-
mise en œuvre de la technique considérée ; tion des appareils et le traitement des mesures. Attention : la
• facilité de mesure : cet indicateur concerne à la fois la note 4 correspond au coût le plus faible !
mesure proprement dite et le traitement des résultats

Familles de paramètres N° de Méthodes de mesure Efficacité Facilité Facilité Coût


à mesurer fiche d’installation d’utilisation

ES
B1 Nivellement topographique classique 4 3 3 3
B2 Mesures optiques sur bâtiments 4 2 2 2
-B- B3 Téléniveau hydraulique 3 2 3 2
Déplacements B4 Nivelle à vis micrométrique 3 4 4 4
et rotations
en surface B5 Electronivelle 1 3 3 2
B6 Inclinomètre à servo-accéléromètre 3 3 3 3
B7 Position d’un point par GPS 2 2 2 2

C1 Extensomètre manuel à tiges 4 2 3 3


C2 Extensomètre à tiges avec capteurs 4 2 3 2
-C- 4 3 2
C3 Extensomètre à capteurs inductifs 2
Déplacements C4 Chaîne inclinométrique en place 2 2 3 2
en forage
C5 Extensomètre démontable 4 2 3 2
C6 Sonde inclino. (à servo-accélérom.) 4 2 2 3
FT
C7 Tassomètre magnétique 3 2 3 3

D1 Convergence optique 4 3 2 2
-D- D2 Distancemètre à fil invar 4 3 3 3
D3 Extensomètre à corde vibrante 3 3 4 3
Déplacements
et déformations D4 Fissuromètre à corde vibrante 3 3 4 3
à la paroi D5 Fisuromètre à capteur électrique 3 3 4 3
D6 Fissuromètre mécanique 4 4 4 4

E1 Dynamomètre (boulon, pied de cintre) 4 3 4 3


E2 Jauge de contrainte sur corps en acier 4 2 3 3
E3 Cellule hydraulique à corde vibrante 2 2 4 2
-E- - Extensomètre à corde vibrante (p.m.) 4 3 4 3
A

Paramètres 1 4 2
E4 Cellule hydraulique de pression totale 2
mécaniques 3 2 1
E5 Mesure de contraintes par surcarottage 1
E6 Borehole-slotter 3 1 2 1
E7 Vérin plat 3 2 3 1
E8 Mesure des vibrations 4 2 3 3

F1 Tube piézométrique ouvert, ponctuel 3 3 4 3


-F- F2 Piézomètre fermé (à corde vibrante) 4 2 4 2
Paramètres F3 Mesure de débit en canal ouvert 3 2 3 2
hydrauliques F4 Débitmètre électro-magnétique (tube) 3 3 3 2
F5 Débitmètre ultrasonique (sur tube) 3 3 3 2

Tableau 4 – Notation comparative des principales méthodes d’auscultation


(la note 4 indique la situation la plus favorable)

20 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

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A

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TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 21


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22 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXES
FICHES TECHNIQUES PAR MÉTHODES

SOMMAIRE DES ANNEXES

Pages Pages

A - TECHNIQUES COMMUNES DE BASE - - - - - - - - - - - - 23 D - MESURE DES DÉPLACEMENTS À LA PAROI - - - - - - - 37


Fiche A1 - Mesures mécaniques - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 24 Fiche D1 - Convergence optique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 37

ES
Fiche A2 - Mesures optiques de précision - - - - - - - - - - - - - - - 24 Fiche D2 - Distancemètre à fil invar - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 38
Fiche A3 - Capteurs à corde vibrante - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 24 Fiche D3 - Extensomètre à corde vibrante - - - - - - - - - - - - - - - 39
Fiche A4 - Mesures pneumatiques ou à contre-pression - - - - 25 Fiche D4 - Fissuromètre à corde vibrante - - - - - - - - - - - - - - - - 39
Fiche A5 - Capteurs électriques de déplacement - - - - - - - - - - 25 Fiche D5 - Fissuromètre à capteur électrique - - - - - - - - - - - - - 39
Fiche A6 - Capteurs à fibre optique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 25 Fiche D6 - Fissuromètre mécanique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 40

B - MESURE DES DÉPLACEMENTS EN SURFACE - - - - - - 27 E - MESURE DES PARAMÈTRES MÉCANIQUES - - - - - - - 40


Fiche B1 - Nivellement topographique classique - - - - - - - - - - 27 Fiche E1 - Dynamomètre - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 41
Fiche B2 - Mesures optiques sur bâtiments - - - - - - - - - - - - - - 28 Fiche E2 - Jauge de contrainte sur corps en acier - - - - - - - - - 41
Fiche B3 - Téléniveau hydraulique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 28 Fiche E3 - Cellule hydraulique à corde vibrante - - - - - - - - - - - - 42
Fiche B4 - Nivelle à vis micrométrique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 29 Fiche E4 - Cellule hydraulique de pression totale - - - - - - - - - - 42
Fiche B5 - Electronivelle - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 29 Fiche E5 - Mesure des contraintes par surcarottage - - - - - - - - 43
Fiche B6 - Inclinomètre à servo-accéléromètre - - - - - - - - - - - - 29 Fiche E6 - Mesure des contraintes au Borehole Slotter - - - - - - 43
Fiche B7 - Position d’un point par GPS - - - - - - - - - - - - - - - - - - 30 Fiche E7 - Mesure des contraintes au vérin plat - - - - - - - - - - - - - - - 44
Fiche B8 - Comparaison des méthodes de mesure Fiche E8 - Mesure des vibrations - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 44
du déplacement des structures - - - - - - - - - - - - - - 30
F - MESURE DES PARAMÈTRES HYDRAULIQUES - - - - - - 45
C - MESURE DES DÉPLACEMENTS EN FORAGE - - - - - - 32 Fiche F1 - Piézomètre ouvert - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 45
FT
Fiche C1 - Extensomètre manuel à tiges - - - - - - - - - - - - - - - - - 32 Fiche F2 - Piézomètre fermé - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 46
Fiche C2 - Extensomètre à tiges avec capteurs - - - - - - - - - - - 33 Fiche F3 - Mesure de débit en canal ouvert - - - - - - - - - - - - - - 46
Fiche C3 - Extensomètre à capteurs inductifs - - - - - - - - - - - - - 33 Fiche F4 - Débitmètre électromagnétique sur conduite noyée 47
Fiche C4 - Chaîne inclinométrique en place - - - - - - - - - - - - - - 34 Fiche F5 - Débitmètre ultrasonique sur conduite noyée - - - - - 47
Fiche C5 - Extensomètre démontable - - - - - - - - - - - - - - - - - - 35
Fiche C6 - Sonde inclinométrique à servo-accéléromètre - - - - 36
Fiche C7 - Tassomètre magnétique - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 36
A

Sciage d’une saignée transversale pour


mesure de contrainte au vérin plat

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 23


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXE A

TECHNIQUES COMMUNES DE BASE

Fiche A1 - Mesures mécaniques


Les mesures " mécaniques " utilisent le principe ancestral de la Applications aux mesures en souterrain :
règle graduée, avec ses nombreuses variantes : câble gradué, • Fissuromètre mécanique (cf. fiche D7),
pied à coulisse, palmer, comparateur à aiguille, etc., tous ces
• distancemètre absolu à fils invar (cf. fiche D2),
appareils servant classiquement aux mesures de précision prati-
quées dans les diverses branches de la mécanique. • extensomètre ou tassomètre de forage à comparateur (cf.
fiche C1), etc.

ES
On peut aussi y inclure les manomètres à tube de Bourdon, où
la déformation liée à une variation de pression est transmise
mécaniquement à une aiguille.

Fiche A2 - Mesures optiques de précision


En topographie, ce sont surtout les besoins de productivité instantanément les calculs de position. Ces appareils sont de
ressentis par les entreprises pour repérer des points, positionner plus en plus utilisés en surveillance continue des déplacements,
des éléments d'ouvrages ou guider des engins (comme les tant en surface (cf. fiche B2) qu’en profondeur (fiche D1).
tunneliers) qui ont le plus fortement stimulé les progrès des La technique du nivellement de précision, principalement
techniques, jusqu’à l’apparition d’appareils de mesure appelés utilisée en surface pour la surveillance des tassements, s’est
" stations totales ". considérablement améliorée avec l’apparition des niveaux
Ces stations comportent un distancemètre électro-optique qui numériques – non pas tant en précision, qui reste excellente,
mesure la distance entre l’appareil et une cible, constituée mais en facilité de mise en œuvre. Ceux-ci lisent automatique-
FT
d’une simple surface réfléchissante pour les mesures courantes, ment les graduations de la mire, qui sont codées sous forme de
ou d’un prisme triple pour les mesures de précision. La résolu- codes barres (cf. fiche B1). L’incertitude de mesure de ces
tion de ces distancemètres est de 0,1 mm ; associés à un théo- niveaux entièrement numériques, qui ne demandent donc plus
dolite de précision, ils peuvent mesurer des convergences avec d’expérience dans la lecture des mires, est de +/- 0,3 mm en
une incertitude de +/- 0,5 mm lorsque les conditions sont déplacement. Comme précédemment, les points visés doivent
bonnes, et ce pour des visées de l’ordre de 30 m. Dans tous les être matérialisés (fixation de repères dans le terrain), et fixés de
cas, les points visés doivent être matérialisés par des cibles d’ex- façon à être le plus indépendant possible des variations d’hu-
cellente qualité, et les appareils fixés sur des embases stables. La midité ou de température qui agissent sur les terrains ou les
difficulté en tunnel est de disposer de points de référence, structures.
sachant qu’on peut aussi introduire dans le réseau des distances Applications : mesure des tassements en surface (nivellement),
de référence (règle). des déplacements et rotations d’ouvrages influencés, et des
Il existe des stations à visée automatique, appelées " stations déplacements absolus en X,Y,Z des parois d’un tunnel (dont
totales motorisées " parce qu'elles mesurent seules, une fois on peut déduire des convergences).
programmées, à la fois les angles et les distances, et effectuent
A

Fiche A3 - Capteurs à corde vibrante


Le principe est simple : un fil d’acier tendu entre deux points ment pas altérable et que sa mesure électronique est très
est excité ; il vibre alors avec une fréquence qui dépend de sa précise. Une corde vibrante permet donc une mesure très fiable
masse et de ses caractéristiques mécaniques (supposées cons- du paramètre qui agit sur sa tension, même s’il y a plusieurs
tantes), mais aussi de la tension appliquée au fil. Si celle-ci centaines de mètres entre le capteur et le poste de mesure.
varie, la fréquence de résonance aussi, car elle est proportion- Bien entendu, la corde vibrante en acier est sensible à la tempé-
nelle à la racine carrée de la déformation du fil. rature, et sa fréquence de résonance aussi ; mais ces variations
On excite donc cette " corde vibrante " par un électro-aimant, sont bien connues et assez faciles à corriger. La précision de ces
et on mesure sa fréquence de résonance avec un fréquence- capteurs et leur répétabilité sont donc remarquables. Mais leurs
mètre, grâce à un dispositif de type microphone électromagné- dispositifs d’étalonnage, quasi inexistants pour les extensomè-
tique qui traduit la vibration mécanique en signal électrique. tres, ne sont pas aujourd’hui à la hauteur des qualités de ces
On sait que la fréquence d’un signal périodique n’est pratique- capteurs.

24 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Applications : plusieurs types d’appareils munis de capteurs à • la cellule de pression interstitielle (cf. fiche F2) : une corde
corde vibrante sont utilisés en génie civil, notamment : vibrante est fixée à son extrémité à une membrane métallique
• l’extensomètre : la déformation d’un support rigide décimé- soumise à la pression extérieure : toute variation de celle-ci est
trique est transmise à la corde vibrante par un corps métal- directement transmise à la corde vibrante ;
lique de faible rigidité (cf. fiche D4) ; une variante est le fissu- • le cellule hydraulique (cf. fiche E3), qui permet de mesurer
romètre à corde vibrante (cf. fiche D5) ; des efforts.

Fiche A4 - Mesures pneumatiques ou à contre-pression


La pression extérieure appliquée au capteur déforme une L’appareil de mesure est donc composé d’un système de mise
membrane, qui vient fermer un orifice dans une chambre. Si en pression, d’un dispositif de mesure de la pression et d’un
on envoie de l’huile ou un gaz dans la chambre à l’arrière de la débitmètre, ce qui le rend complexe, lourd et peu transpor-

ES
membrane, et si on augmente ensuite la pression du fluide, la table, sans que la précision soit excellente ; de plus, un tel appa-
membrane va se déformer dans l’autre sens et libérer l’orifice reil est difficilement automatisable.
lorsque la pression à l’intérieur de la chambre équilibrera la Applications : en dépit de ces défauts, le principe de la contre-
pression extérieure. Le fluide s’échappe alors par l’orifice en pression est beaucoup utilisé pour les piézomètres, les capteurs
direction d’un appareil qui détecte cet échappement (débit- de force et surtout les cellules hydrauliques de pression totale,
mètre). pour la mesure des contraintes (cf. fiche E4).

Fiche A5 - Capteurs électriques de déplacement


A5.1 - Capteurs à variation de résistance Transducer), très utilisés dans l’industrie. Une bobine
Ce principe utilise la loi bien connue d’Ohm (U = RI), appli- alimentée par une tension alternative crée un champ magné-
quée le plus souvent à un montage potentiométrique, avec un tique mesuré par une seconde bobine ; un noyau métallique
élément résistant (linéaire ou circulaire) sur lequel glisse un qui se déplace modifiera ce champ et par suite la tension
curseur ; la tension entre le curseur et l’une des extrémités de mesurée dans la seconde bobine. Ici encore, le déplacement
FT
l’élément varie avec la position du curseur : un déplacement est mécanique est transformé en une variation de tension élec-
ainsi transformé en variation de tension électrique. trique.
Une autre façon d’utiliser la loi d’Ohm est de modifier la résis- Une variante de ce principe utilise les propriétés d’un circuit
tivité, donc la résistance de l’élément, par une action sur cet résonant constitué d’un circuit magnétique et d’un condensa-
élément ; ainsi, la résistivité d’un matériau diminue avec sa teur ; on mesure alors la variation de la fréquence de résonance
température : on dispose donc d’un thermomètre (la " sonde du circuit grâce à un fréquencemètre. L’intérêt majeur de ce
platine " par exemple). La résistance varie aussi avec la géomé- dispositif est d’utiliser comme signal de sortie une fréquence,
trie du corps, la section du fil par exemple ; en déformant le fil grandeur difficilement altérable lors de sa transmission (à la
par allongement, sa résistance augmente : c’est le principe position près des éléments constituant le circuit résonant).
utilisé pour les jauges de déformation électriques collées sur les
échantillons de roches testés au laboratoire (cf. fiche E2). Applications :
• fissuromètres automatiques (fiche D6), mesure des petits
A5.2 - Capteurs à variation des caractéris- déplacements,
tiques magnétiques • extensomètres à tiges en forage (cf. fiche C2),
A

Deux bobines électriques placées l’une près de l’autre réagissent • extensomètres sans tiges à capteurs inductifs (cf. fiche C3),
en fonction de leur position et des propriétés électromagné- tassomètres,
tiques du système. C’est sur ce principe que fonctionnent les • capteurs de débit (cf. fiche F3), de pression, de température,
capteurs inductifs LVDT (Linear Variable Displacement etc.

Fiche A6 - Capteurs à fibre optique


Si la technologie des fibres optiques est déjà ancienne, son déformations à base longue et les mesures de température.
application au génie civil est plus récente. Les capteurs de Les capteurs à fibre optique fonctionnent soit en transmission,
déformation à fibre optique sont les plus souvent cités car la soit en réflexion-rétrodiffusion. Ils utilisent plusieurs principes
fibre optique est bien adaptée à la mesure des déplacements de de mesure, que nous avons détaillés dans le tableau et les
très faible amplitude ; ses principales applications à l’ausculta- figures suivante, car ils sont encore mal connus.
tion des ouvrages concernent les extensomètres, les mesures de

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 25


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Principe de mesure Action physique Effet optique Fonctionnement


1 Micro-courbures Déformation mécanique de la fibre Atténuation Transmission
2 Ecrasement Déformation mécanique de la fibre Polarisation Transmission
3 Déformation longitudinale Allongement mécanique Modification du spectre de fréquence Transmission
(réseau de Bragg)
4 Longueur de la cavité Déplacement fibre/micromiroir Modification de franges Réflexion
(interféromètre Fabry-Perot)
5 Longueur de trajet Allongement mécanique Modification de franges Réflexion
(interféromètre Michelson ou Mach-Zender)
Tableau A6.1 – Différents principes de mesure utilisés par les capteurs à fibre optique

ES
Des extensomètres ont été développés en utilisant les principes et très faibles dimensions), mais aussi quelques difficultés
3 et 5. On notera que le principe de fonctionnement des d'application :
réseaux de Bragg permet de monter plusieurs réseaux en série • sensibilité à la température, souvent compensée par un
sur la même fibre. Il suffit de caler tous les réseaux sur des capteur spécifique ou une fibre de référence inactive,
fréquences différentes pour disposer d'un capteur multipoints, • difficulté de multiplexage optique (à l’exception des réseaux
ne nécessitant qu’un seul analyseur. de Bragg),
Les capteurs à fibre optique présentent des avantages inté- • difficulté d'étalonnage pour les capteurs de type 1 et 2,
ressants (insensibilité aux perturbations électromagnétiques • coût des éléments sensibles et des appareils de mesure.

1) Capteur fibre optique à mesure par


transmission

2) Capteur fibre optique à mesure par réflexion


FT
et rétrodiffusion
Des extensomètres basés sur ce principe ont été
utilisés avec succès pour mesurer les déformation du
front sur le premier tube du tunnel routier de Toulon.

3) Capteur fibre optique à


réseau de Bragg.
L’allongement de la fibre
provoque l’écartement des tran-
ches gravées dans le cœur de la
fibre : une raie de longueur
d’onde se déplace dans le
spectre
A

4) Capteur fibre optique à interféromètre Fabry-Perot.


Le déplacement du miroir qui renvoie la lumière dans la fibre modifie les
franges interférométriques dans l'analyseur, et donne le déplacement.

5) Capteur fibre optique à interféromètre Michelson.


Le déplacement du miroir de la fibre optique active, qui renvoie la
lumière vers le récepteur au travers d'un coupleur, modifie les
franges interféromètriques dans l'analyseur et donne le déplace-
ment.

Figure A6.2 – Les cinq principes de capteurs à fibre optique

26 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXE B

MESURE DES DÉPLACEMENTS EN SURFACE

Les mesures des mouvements provoqués en surface par les travaux de niveau (cf. fiche B3) ou des rotations (cf. fiche B4 à B6),
souterrains peuvent être classées en trois grandes catégories : avec une précision bien meilleure que les mesures topogra-
• Les mesures topographiques (ou optiques), qui relèvent la phiques ;
position de repères passifs fixés sur les structures (cf. fiches B1 • Les mesures par satellite, encore au stade expérimental mais
et B2) ; l’automatisation récente des appareils de mesure leur qui permettent un suivi pluriannuel soit de points isolés

ES
permet désormais de relever à grande fréquence un très grand munis de capteurs GPS (cf. fiche B7), soit de très grandes
nombre de points ; surfaces où l’on a pu identifier des réflecteurs permanents
• Les mesures de mouvements ponctuels par des capteurs fixés (interférométrie radar, non traitée ici).
sur les structures et reliés à une centrale d’acquisition ; elles Pour tous ces types de mesure, il importe de bien veiller à la
permettent par exemple de suivre en continu des variations qualité du support des capteurs et à leut fixation.

Fiche B1 - Nivellement topographique classique

Le nivellement topographique est devenu au cours des années A noter que la précision du système est également déterminée
1990 la méthode de référence pour suivre les mouvements de par le type de mire, pour lequel il y a trois facteurs de choix :
terrain en surface au droit du tracé d'un tunnel. Deux types de précision à atteindre, longueur transportée (1 à 3 m), type de
niveaux sont généralement utilisés : niveau automatique matériau (bois, aluminium, fibre de verre, invar). En pratique,
(réglage automatique du plan de visée) et niveau automatique avec un niveau automatique numérique et une mire à codes
FT
numérique, ce dernier permettant la lecture électronique de barres en invar, le dixième de millimètre est apprécié et la
la mire. fermeture d’un cheminement se réalise au millimètre.
Intérêt du niveau automatique numérique Limites d'utilisation
• Nécessité d'une visibilité dégagée.
Les mesures (lecture de la mire et enregistrement des données) • Difficulté des mesures de nuit avec les niveaux automatiques
sont entièrement automatiques : confort de mesure (absence numériques.
d'erreur de lecture de la mire et d'erreur d'écriture), fiabilité et • Conditions météorologiques : par grand vent, le niveau
précision des données. De plus, la possibilité de programmes numérique calcule néanmoins une valeur moyenne avec un
intégrés et le chargement automatique des données sur PC écart type.
permettent d'associer la qualité et la sécurité de l'information, • Absence de vibrations.
avec un rendement élevé. Mise en œuvre et robustesse
Précision Mobilisation nécessaire d'un géomètre et de son aide pour
Les nivellements se classent suivant le degré de précision requis : effectuer les mesures. L’appareil est adapté aux conditions de
chantier, mais nécessite une révision annuelle.
A

Coût et cadence de mesure


Ordre I II III IV • Fourniture : < 1800 e pour un niveau automatique ; de 3500
Précision à 7000 e pour un niveau automatique numérique.
0,1 - 0,5 0,5 - 1,0 1,0 - 1,5 1,5 - 2,0 • Cadence : de l'ordre de 5 secondes par mesure avec un niveau
(mm/km)
automatique numérique.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 27


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche B2 - Mesures optiques sur bâtiments

nombre limité de stations motorisées, que l’on peut d’ailleurs


déplacer avec l’avancement des travaux. Toutes les stations sont
reliées à un ordinateur central par un bus numérique ; chacune
peut faire une " ronde " d’environ 50 points en 15 minutes
Rayons de visée environ. Pour des chantiers de grande ampleur (ligne de métro
d’un Cyclops de plusieurs km, par exemple), et lorsque les mouvements du
vers le bâtiment sol se prolongent longtemps après le creusement, on en arrive à
mobiliser simultanément des dizaines de stations totales qui
visent des milliers de repères, et dont les résultats sont corrélés
entre elles ; on dispose ainsi en permanence d’un véritable
réseau topographique dont la mise en jour est effectuée en

ES
temps réel.
Principe et objectifs Précision et conditions d’utilisation
L’objectif est de mesurer les mouvements subis par des bâti- La précision est de 1 mm environ pour une distance de 100 m
ments du fait de travaux souterrains exécutés à leur aplomb. entre la cible et la station totale. Le choix de sites haut perchés,
Classiquement, on suivait les tassements en surface en nivelant qui soient à la fois panoramiques et à l’abri du vandalisme, est
des piges implantées dans le sol, au moyen de niveaux moto- bien sûr essentiel pour pouvoir stationner dans de bonnes
risés ou non (cf. fiche B1). C’est le développement récent des conditions. L’étendue de mesure de chaque station peut
tachéomètres de précision qui a révolutionné les mesures topo- atteindre plusieurs km, mais est en général comprise entre
graphiques en surface, comme ce fut le cas pour les conver- quelques dizaines et centaines de m pour les applications
gences en galerie (cf. fiche D1) ; ces appareils, encore appelés urbaines. Les repères visés sont soit des cibles réfléchissantes,
" stations totales " car ils mesurent à la fois les distances et les soit des prismes ; leur implantation en hauteur n’est pas
angles, permettent en effet : toujours facile et demande des démarches et du temps.
• de mesurer le tassement de repères installés en hauteur sur des Coût
immeubles, ce qui évite la gêne constante que constituaient Les tachéomètres motorisés sont bien sûr coûteux (environ
pour le topographe les piétons, véhicules en stationnement et 25 000 e), mais ils sont mis en œuvre par des prestataires de
FT
autres obstacles ; mesure spécialisés qui les déplacent de chantier en chantier ; il
en est de même pour la centrale de commande avec ses logi-
• d’effectuer des mesures en XYZ, donc de mesurer la rotation ciels, qui est commune à plusieurs stations motorisées et coûte
d’immeubles qui auraient tendance à basculer ; ces mesures environ 15 000 e. Le coût d’installation d’une station, y
peuvent être faites soit avec un théodolite manuel stationné compris protection et câblage, est d’environ 5 000 e, et celui
au sol, soit avec un théodolite motorisé implanté en hauteur des prismes réfléchissants 150 e/pièce.
et permettant de viser un grand nombre de repères. On peut
alors calculer les coordonnées absolues des repères visés en Soulignons cependant que pour une opération d’envergure
mobilisant un grand nombre de stations totales, le coût du
relevant aussi, lors de chaque " ronde de mesure ", les coor- matériel devient secondaire eu égard aux prestations de
données d’un certain nombre de points réputés fixes (non conception, installation, interprétation et contrôle de l’en-
affectés par les travaux). semble du système, et à la rémunération du savoir-faire
Ainsi, le suivi des effets en surface d’un chantier souterrain en correspondant.
site urbain dense peut se faire automatiquement, avec un
A

Fiche B3 - Téléniveau hydraulique

Principe Caractéristiques principales


L’objectif est de mesurer les mouvements verticaux (soulève- • Etendue de mesure : ± 40 mm.
ments et tassements) de structures influencées par des travaux • Incertitude de mesure : ± 0,1 mm sur 50 m de distance entre
souterrains. La méthode du téléniveau est basée sur le principe deux pots.
des vases communicants, qui permettent de détecter des varia- • Appareil automatisable.
tions de niveau entre deux ou plusieurs points. Plusieurs pots Conclusion
de nivellement reliés par une tubulure sont calés sur une • Points forts : précision, surtout entre deux points éloignés.
même horizontale (± 2 mm) et sont remplis d'un liquide le • Points faibles : difficulté de mise en place ; instabilité dans le
plus stable possible. Au centre de chaque pot, un capteur temps liée aux caractéristiques du liquide (évaporation, etc.) ;
permet la mesure du niveau d'eau par détection de la position problèmes de protection sur le site ; sensibilité à la tempéra-
d'un flotteur. ture (équilibre modifié par la variation de densité du liquide
de l’un des pots).

28 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche B4 - Nivelle à vis micrométrique


d'un palmer. Pour mesurer de très faibles variations d’incli-
naison, on fixe sur la structure, dans une direction donnée, une
plaque support de même section que l’embase du niveau à
bulle. Lors de la mesure, l'embase est mise en coïncidence avec
ce support ; puis la bulle est mise à zéro à l'aide de la vis micro-
métrique et on mesure ainsi l'angle de la plaque support ; on
refait alors une mesure dans la direction opposée, par retourne-
ment du niveau.
Caractéristiques principales
• Etendue de mesure : ± 7°.
• Précision : ± 0,02°, avec double mesure par retournement de

ES
la nivelle.
• Non automatisable.
Nivelle à vis micrométrique • Coût : embase : 35 e, nivelle : 180e.
Conclusion
Principe et objectifs • Points forts : faible coût, très grande précision et facilité des
Cet appareil permet de mesurer en un point la rotation d’une mesures.
structure ou de la surface du sol. Il est constitué d'une embase, • Points faibles : système non automatisable, qui ne donne
d'un niveau à bulle tournant autour d'un axe horizontal et qu’une mesure locale (rotation).

Fiche B5 - Electronivelle

Principe et objectif tude augmente en s'éloignant du zéro, ainsi qu’avec toute


Dans son principe, ce capteur est constitué d’un petit tube de variation de la température ambiante (dérive).
FT
verre partiellement rempli d'un liquide conducteur dans lequel • Coût : 150 e avant adaptation mécanique.
trempent deux électrodes. Toute variation du niveau du liquide Applications
entre les électrodes entraîne une variation de sa conductivité ;
on obtient ainsi directement un signal électrique proportionnel • Tassement de surface : les nivelles sont fixées sur la structure,
à l’angle de rotation du système, ce qui rend la mesure automa- ou installées sous la structure dans un forage horizontal
tisable. Lorsqu’un capteur isolé est fixé sur une structure, il (chaîne de capteurs en place).
mesure sa rotation ; une chaîne de capteurs mis bout à bout • Déformation latérale du sol ou d’une paroi : les nivelles
permet de mesurer un mouvement vertical (tassement ou peuvent être installées dans un forage vertical (chaîne de
soulèvement), si la position de l’une des extrémités de la chaîne capteurs en place, cf. fiche C4).
est fixe ou connue. Conclusion
Caractéristiques principales • Points forts : bon marché et automatisable.
• Etendue de mesure : ± 3°. • Points faibles : précision moyenne de la mesure ; sensibilité
• Incertitude de mesure : ± 0,1° (± 1 mm/m). La meilleure aux chocs et aux effets thermiques ; problèmes de dérive.
précision est obtenue autour du zéro (0,005°), mais l'incerti-
A

Fiche B6 - Inclinomètre à servo-accéléromètre

Principe Comme pour l’électronivelle, ce capteur peut être fixé seul pour
Ce capteur est basé sur le principe d’une balance de force mesurer une rotation, ou être installé sous forme d’une chaîne
travaillant en boucle fermée. Le cœur du capteur est un détec- de capteurs pour mesurer un mouvement vertical ; mais cette
teur de déplacement ; la force nécessaire pour ramener une deuxième configuration est rare en raison du coût du capteur.
masselotte pendulaire à sa position initiale par rapport au
détecteur de déplacement est proportionnelle au sinus de
l’angle d’inclinaison ; cette force est appliquée à la masselotte
par un système électromagnétique, actionné par un courant
dont on mesure l’intensité (l’appareil est donc automatisable).
L'ensemble est scellé dans une capsule d'huile de silicone,
permettant l'amortissement des vibrations et des chocs.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 29


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Caractéristiques principales chaîne de capteurs en raison d’un coût trop élevé.


• Etendue de mesure : de ± 1° à ± 45°. • Déformation latérale dans un forage : l’appareil peut être
• Précision : jusqu'à 0,02 % de l'étendue de mesure. Pour ± 1°, conditionné sous forme d’une sonde inclinométrique que
l'incertitude est < 2 secondes d'arc (< 0,01 mm/m). l’on déplace dans un forage vertical (cf. fiche n°, C6).
• Coût > 1700 e avant adaptation mécanique. Conclusion
Applications • Points forts : précision, fiabilité et solidité.
• Mesure des rotations et tassements de surface : l’appareil est • Points faibles : coût élevé, et sensibilité aux vibrations.
fixé sur la structure, mais on ne prévoit pas en général de

Fiche B7 - Position d’un point par GPS

ES
Principe Limite d’utilisation
Une balise reçoit les signaux émis par une constellation de Dans les mesures de haute précision, les distances entre balises
satellites du Global Positioning System (GPS). A tout ne doivent pas dépasser 10 km, et la différence d’altitude entre
moment, au moins cinq de ces satellites sont visibles par la les deux points doit être faible. Les balises doivent "voir" les
balise en tout point du globe terrestre. A partir des signaux des satellites ; la précision diminue avec la densité des obstacles :
satellites, qui émettent l’heure et leur position en continu avec arbres, immeubles, montagnes.
une très grande précision, la balise calcule sa position dans Mise en œuvre et robustesse
l’espace en XYZ. La mise en œuvre d’un système de mesure GPS devient
complexe lorsque une haute précision est recherchée. Mais ce
Précision sont des appareils qui sont prévus pour fonctionner à l’exté-
La résolution atteinte est le millimètre. En mode différentiel, rieur dans des conditions difficiles.
où on compare la position d’une première balise placée en un Coûts
point de référence et d’une seconde balise, et avec un logiciel
Balise monofréquence de précision : 7 000 e
de traitement performant, l’incertitude sur la position est de
Balise bifréquence de précision : 20 000 e (évolution rapide
FT
± 5 mm en altitude, et de ± 2 mm en X et en Y pour des
distances entre balises de 10 km maximum. des prix).
Télémesure
Un système de mesure GPS est automatisable.

Fiche B8 - Comparaison des méthodes de mesure


du déplacement des structures

B8.1 - Mesure de tassement en forage horizontal (sous la structure)

Sonde inclinométrique (30 ml) Chaîne de capteur en place


A

Principe de mesure Inclinomètre 2 axes à servo-accéléromètre Electronivelle


Coût de fourniture :
- Point de mesure - Tube : 25 e/ml - Tube : 25 e/ml
- Appareil de lecture - Sonde : 15 000 e - Capteurs + acquisition : 1000 e/ml
Coût d'installation 1 heure 4 heures
Coût de mesure/point - heure Nul
Points forts - Détection du tassement avant son influence sur les - Lecture instantanée
structures en place - Surveillance permanente
- Fiable - Coût de mesure indépendant du temps
- Analyses différées poussées
Points faibles - Non automatisable ( mais possibilité de mettre une - Investissement lourd au départ
chaîne de capteurs dans ce forage)
- Temps long pour lecture + dépouillement
- Plus délicat qu’en forage vertical

30 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

B8.2 - Mesure automatique de rotation en surface

Sonde inclinométrique (30 ml) Chaîne de capteur en place


Principe de mesure Electronivelle Inclinomètre à Electronivelles Inclinomètres à
servo-accéléromètre servo-accéléromètre
Coût de fourniture 1 400 e 2 700 e 12 000 e 21 000 e
Coût d'installation 1 heure/capteur
Coût de mesure Nul
Points forts - Mesures instantanées - Mesures instantanées
- Coût de mesure indépendant du temps - Surveillance permanente

ES
- Analyses différées poussées - Coût de mesure indépendant du temps
- Analyses différées poussées
- Mouvement d'ensemble de la structure-
- Pas trop cher - Précis - Pas trop cher - Précis
Points faibles - Précision moyene - Cher - Cumul des - Très cher
imprécisions

B8.3 - Mesure manuelle de rotation en surface

Nivelle portable Clinomètre Capteur fixe relevé par appareil


de mesure portable
Principe de mesure Nivelle à vis micrométrique Inclinomètre 2 axes Electronivelle Inclinomètre à
FT
à servo-accéléromètre servo-accéléromètre
Sujétion d'emploi - Le site doit être accessible
Coût de fourniture :
- Point de mesure - 50 e (plaque) - 100 e (plaque) - 500 e (capteur) - 1700 e (capteur)
- Appareil de lecture 175 e 10 000 e 1700 e 1700 e
Coût d'installation - Sur une structure : - heure/point de mesure
- Sur le sol : 1 heure (fabrication du plot de béton)/point de mesure
Coût de mesure/point 2 minutes 30 secondes, 2 axes 10 secondes 10 secondes
Points forts - Simple à installer et à utiliser - Automatisable
- Précis (contrôle possible car double mesure par - Pas de manipulation du capteur
retournement) - Mémorisation électronique du résultat
- Système robuste - Lecture digitale - Pas trop cher - Précis
- Pas cher - Mémorisation du résultat
A

Points faibles - Non automatisable - Précision moyenne - Cher


- Manipulation du capteur (incertitude)
- Cher
NB. Que les mesures soient manuelles ou automatiques, il convient de veiller à ce que l'embase support soit collée sur un plot
ancré d'au moins 50 cm dans le sol (problème des effets de surface)

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 31


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXE C

MESURE DES DÉPLACEMENTS EN FORAGE

La mesure des mouvements à l’intérieur du massif au voisinage • soit en mesurant directement les mouvements en profondeur
d’ouvrages souterrains nécessite de disposer de forages. Ceux-ci grâce à des capteurs fixes, implantés en divers points du
sont équipés de bagues ou de tubes spéciaux scellés au terrain forage (cf. fiches C3 et C4) ;
dont ils suivent les mouvements ; on mesure alors les déplace- • soit en mesurant les mouvements grâce à une sonde mobile
ments de ces bagues de trois manières : qui parcourt le forage en mesurant des distances et/ou des
• soit en ramenant les translations vers la tête du forage (en inclinaisons dans des intervalles déterminés (cf. fiches C5, C6
surface ou en souterrain) où elles sont mesurées par le biais et C7).
de tiges rigides, comme dans les extensomètres classiques

ES
(cf. fiches C1 et C2) ;

Fiche C1 - Extensomètre manuel à tiges

• les extensomètres de profondeur, mis en place depuis le


tunnel dans des forages radiaux (souvent 3 dans une même
section droite du tunnel, orientés par exemple à 30°, 90° et
150° par rapport à l’horizontale) ; ils mesurent la différence
de convergence entre la paroi et les points d’ancrage des tiges,
éloignés de 2 à 10 m, voire 20 m lorsqu’on veut un point
d’ancrage certainement fixe.
Précision
Tête extensomètre La mesure se fait au comparateur entre l’extrémité de chaque
manuel à tiges tige et une platine solidaire du terrain au débouché du forage.
FT
La précision est celle du comparateur, soit 0,02 mm.
Difficultés ou limites d’utilisation
L’étendue de mesure n’est pas limitée (on peut toujours
rallonger le comparateur). La profondeur du forage ne cons-
titue pas non plus une limite, mais dans la pratique on ne
dépasse guère 50 m en forage vertical. Pour des extensomètres
débouchant en calotte, le relevé manuel nécessite une nacelle.
La télémesure n’est par définition pas possible, ou alors il faut
équiper l’extrémité des tiges de capteurs (cf. fiche C2).
Définition et objectifs Mise en œuvre et robustesse
C’est un appareil installé en forage et permettant de mesurer, Le scellement de plusieurs tiges à des profondeurs différentes
est une opération délicate, surtout dans des forages remontants ;
grâce à une tige rigide ancrée dans le terrain en un point
de plus, la technique de scellement doit être bien adaptée au
donné, la variation de distance entre ce point et le débouché du
A

terrain, à la présence d’eau dans les forages descendants, etc.


forage. Un même forage peut comporter 1 à 4 tiges ancrées Mais ce sont des appareils très robustes, sous réserve que le scel-
chacune à une profondeur différente ; les tiges, à l’origine en lement des tiges ait été bien fait, et que la tête du forage soit
invar, sont plutôt maintenant en fibre de verre. Cet appareil bien protégée contre les chocs (surtout pour les extensomètres
sert à étudier l’amplitude et l’extension des mouvements du débouchant en surface).
massif autour d’un tunnel. On distingue :
Coûts et délais
• les extensomètres de surface, le plus souvent verticaux ; ce
sont les seuls à pouvoir être installés avant le passage du front, Forage : 800 e pour 10 ml
et à pouvoir mesurer la convergence totale du massif à Matériel : 400 e par tige de 10 ml
quelques décimètres de l’extrados du futur tunnel ; Scellement d’une tige : 1 h en forage descendant, 2 h en forage

32 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche C2 - Extensomètre à tiges avec capteurs

Mise en œuvre et robustesse


La principale difficulté reste le scellement de l’ancrage des
tiges, comme pour l’extensomètre manuel. Le montage des
capteurs sur la tête des tiges est assez simple. Par ailleurs, les
renseignements tirés seront d’autant plus intéressants que l’ap-
pareillage sera mis en place tôt (au plus près du front). Ce sont
des appareils assez robustes. Seuls les capteurs craignent la
foudre, mais ils peuvent facilement être remplacés en tête de
forage s’ils sont endommagés ; il est cependant nécessaire de
réétalonner le dispositif pour assurer la continuité des résultats.
Coûts et délais

ES
Pour un extensomètre triple avec tiges ancrées à 1 m, 3 m et
10 m de la paroi, il faut compter, outre le forage lui-même,
800 e pour les tiges et 1000 e pour les capteurs, non compris la
Mise en place d’un extensomètre à tiges
centrale d’acquisition toujours commune à plusieurs extenso-
dans un forage en paroi
mètres (à partir de 3000 e).
L’installation d’une section de mesures avec 3 extensomètres
triples remontants, y compris le câblage, est un travail délicat
Principe et obectifs qui demande 2 interventions d’une demi-journée (séparées par
Identiques à ceux de l’extensomètre manuel (cf. fiche B1), sauf le temps nécessaire au durcissement du coulis) pour un techni-
pour la mesure en tête de forage : le comparateur est remplacé cien confirmé et un aide, forages non compris.
par des capteurs de déplacement (un par tige), ce qui rend l’ap-
pareil facilement automatisable. Cependant, si la distance entre
la tête de forage et la centrale d’acquisition est trop grande, il
faut interposer un système de conditionnement du signal.
Précision
FT
Celle des capteurs, soit 0,01 mm.
Difficultés ou limites d’utilisation
Le problème principal est que la course des capteurs de dépla-
cement doit être adaptée à l’amplitude des mouvements diffé-
rentiels, que justement on ne sait pas bien prévoir dans les
sections de mesure justifiant un tel appareillage ; en cas de
dépassement de l’amplitude prévue, il faut alors intervenir
pour rallonger la tige.
Tête d’extensomètre à capteurs électriques
A

Fiche C3 - Extensomètre à capteurs inductifs

Définition et objectifs Précision


Les objectifs et la disposition générale sont identiques à ceux Le mouvement relatif de chaque bague le long de chaque
des extensomètres à tiges. Mais ici il n’y a qu’une seule tige, capteur peut atteindre 120 mm, tout en gardant pour chaque
ancrée soit en tête soit en fond de forage ; cette tige coulisse mesure une précision de 0,1 mm ; cette précision, jointe au
dans des bagues qui sont fixées sur des tubes plastiques télesco- grand nombre de points de mesure, constitue l’avantage
majeur de cet appareil ; des exemples montrent qu’elle peut
piques, eux-mêmes solidaires du massif ; il peut y avoir jusqu’à être maintenue au-delà de 20 ans.
12 bagues, au droit desquelles se trouvent autant de capteurs
de déplacement fixés sur la tige. On utilise des capteurs à Limites d’utilisation
induction électromagnétique (qui délivrent une fréquence), La convergence du massif ne doit pas dépasser la course des
dans des forages Ø 80 à 100 mm pouvant atteindre 100 m de capteurs, en particulier pour les points les plus proches de la
longueur et d’orientation quelconque. paroi.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 33


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Robustesse terrain, avec injections de scellement, et le positionnement


Ce matériel présente une relative fragilité liée à celle des correct des capteurs au droit des anneaux compte tenu du sens
capteurs, qui intègrent des composants électroniques. Ceux-ci prévisible des mouvements du terrain.
présentent une certaine mortalité, liée à, la conductivité des Coûts et délais
terrains : la chaîne de mesure est protégée contre la foudre,
mais le courant peut être transmis par le sol ; on doit alors Forage : 1000 e pour 15 ml ;
démonter la tige et remonter les capteurs pour les réparer. On Matériel (hors centrale d’acquisition) : environ 6000 e pour un
peut pallier ces faiblesses en ramenant des éléments électro- appareil à 6 points.
niques en tête de forage, afin de pouvoir les changer facilement
sans altérer les caractéristiques des circuits. Il faut aussi faire Installation : 2 jours (hors forage).
attention aux problèmes d’étanchéité lors de la mis en place. Possibilité de télémesure
Difficultés de mise en œuvre Immédiate, des câbles transmettant facilement à grande
La principale difficulté est ici la mise en place, avec deux points distance la fréquence de résonance de chaque circuit oscillant.

ES
décisifs : le bon ancrage des tubes plastiques solidaires du

Fiche C4 - Chaîne inclinométrique en place

Principe et objectifs Coût


Un forage est équipé d’une chaîne de capteurs fixes, monodi- Il faut compter 10 000 e pour une chaîne inclinométrique en
rectionnels (en forages verticaux ou horizontaux) ou bidirec- place de 30 m constituée de 10 capteurs, hors forage, tubage et
tionnels (en forages verticaux seulement). Chaque capteur installation. Mais une fois la chaîne installée, le coût de la
mesure une variation angulaire ; la technologie du capteur est mesure est indépendant du pas de temps.
le plus souvent basée sur l’électronivelle (cf. fiche B5), mais il Conclusion
existe aussi des chaînes inclinométriques en place utilisant des
capteurs à corde vibrante, magnéto-résistifs ou capacitifs. Les - Points forts : cette chaîne fournit une mesure automatique
capteurs sont des éléments de 1, 2 ou 3 m ; placés bout à bout, des déformations horizontales d’un forage vertical, ou des
FT
ils forment une chaîne pouvant atteindre une centaine de déformations verticales d’un forage horizontal ; elle est facile-
mètres ; celle-ci est placée à demeure dans un forage équipé ment transformable en un outil de mesure temps réel.
d’un tube rainuré de même nature que celui des sondes incli- - Points faibles : coût élevé à l’installation, et problèmes de fidé-
nométriques (cf. fiche B6). La déformation globale du forage lité des capteurs.
est calculée par intégration des mouvements angulaires relevés Variante : chaîne inclinométrique à capteurs inductifs
par chaque capteur tout au long du forage.
Une variante moins courante est d’est équiper le forage d’une
Précision chaîne de capteurs inductifs, mono- ou bidirectionnels. Le
Les constructeurs annoncent une fidélité (répétabilité) de principe de ces capteurs est de détecter les déplacements d’un
± 0,01 mm/m. Dans la pratique, il faut se méfier de la dérive pendule cible entre deux bobines de détection. Contrairement
de ces capteurs et de leur sensibilité aux conditions d’environ- aux inclinomètres habituels, cette chaîne ne nécessite pas de
nement (vibrations, variations de température…). Il est plus tubes rainurés. Le capteur inductif a une résolution angulaire
raisonnable d’annoncer une fidélité de ± 0,1 mm/m, qui tient de l’ordre de 1 à 5.10–5 radian, et donc une précision de l’ordre
compte de toutes les incertitudes et des conditions de chantier. de 1 à 5.10–4 radian, suivant l’étendue de mesure de l’appareil.
Ainsi, en supposant que le pied d’un forage vertical de 30 m est On a pu équiper ainsi un forage de 600 m de profondeur avec
A

stable, la position de sa tête sera donnée à ± 3 mm. Il est 42 points de mesure. Les mesures sont bien sûr facilement
d’ailleurs recommandé d’installer un forage tubé jumeau pour automatisables. La sortie en fréquence de ces capteurs facilite
faire des mesures de contrôle régulières à l’aide d’une sonde son acquisition à grande distance et constitue l’un des avan-
inclinométrique à servo-accéléromètre (cf. fiche C6). L’étendue tages principaux de ce système (comme pour les cordes
de mesure du capteur est de ± 10°. vibrantes).

34 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche C5 - Extensomètre démontable

Principe et objectifs
L’objectif initial de cet appareil, d’origine suisse, était de
mesurer les déplacements axiaux dans un forage. Le principe
de base est de découper le forage en tronçons calibrés élémen-
taires de 1 m, dont on vient mesurer périodiquement les varia-
tions de longueur. Du fait de cette conception modulaire, l’ap-
pareil peut être aussi bien rallongé que raccourci après son
installation initiale, au gré des évolutions de l’ouvrage, sans que
soit altérée la référence initiale des mesures. Un modèle
courant est le " sliding micrometer ", qui comprend les
éléments suivants :

ES
• un tubage PVC souple constitué de tronçons indépendants de
1 m de long, scellés au massif dont ils suivent les déformations ;
• des bagues en laiton usiné, qui séparent chaque tronçon du
tubage ;
• une sonde mobile, qui vient mesurer avec une grande préci-
sion, tronçon par tronçon, la distance entre bagues contigües,
• un train de tige servant à positionner la sonde (avec un treuil
au-delà de 30 m).
Utilisation au front de taille
C’est la modularité de cette méthode qui la rend particulière-
ment bien adaptée à la mesure des déformations à l’avant du
front de taille. L’appareil, installé au front dans un forage hori-
zontal, est parfois nommé " extrusomètre ", car il mesure la
déformation longitudinale (ou extrusion) du noyau d’avance-
FT
ment. Tant que l’autre extrémité de l’appareil n’est pas influencée
par l’avancement, la somme des allongements des tronçons Mise en place d’un extensomètre au fond d’un puits
élémentaires est une mesure de l’extrusion totale du front. A
chaque passe d’avancement, un ou plusieurs tronçons sont
détruits, mais le système reste opérationnel. bien sûr veiller à l’équilibre thermique entre le terrain et la
Précision sonde, et étalonner périodiquement la sonde sur un bâti en
invar. Pour une utilisation comme extrusomètre, il faut veiller
Dans la sonde, la variation d’écartement entre bagues conti- lors de l’excavation du front à bien obturer la partie du forage
guës est mesurée par un capteur inductif de déplacement de qui ne sera pas détruite ; en cas d’excavation à l’explosif, il faut
type LVDT, qui donne une excellente précision, en principe positionner les trous du bouchon à plusieurs mètres de l’appa-
3 microns pour une base de 1 m ; la course du capteur est de reil pour limiter l’endommagement.
± 5 mm. Il existe des sondes moins sophistiquées, donc moins
coûteuses, qui donnent une précision de 0,03 mm/m Coûts et délais
(" Sliding Deformeter "). Coût du tubage et des bagues pour un Sliding Micrometer :
70 e/ml (hors coût du forage) ; coût de la sonde, des tiges de
A

Mise en œuvre
guidage et du poste de mesure : 25 000 e ; pour un appareillage de
En position verticale, la longueur totale du tubage équipé peut type Sliding Deformeter, moins précis, le prix est divisé par deux.
atteindre 100 m. En configuration d’extrusomètre, on équipe un
forage horizontal dont la longueur est de 2 à 3 fois le diamètre de Durée de mise en place d’un extensomètre : 6 h avec 2 opéra-
l’excavation, en tous cas supérieure à celle des boulons longitudi- teurs pour 20 ml, y compris mesure à blanc. Durée des mesures
naux ; ceci nécessite une stabilité minimale du forage nu. Si on pour forage de 20 ml : 2 h avec un seul opérateur.
veut mesurer l’extrusion du front tout au long de l’avancement NB. Un nouveau développement du " Sliding micrometer " a été
du tunnel, un nouveau forage doit être équipé dès que des réalisé en équipant la même sonde de deux capteurs d’inclinaison
mouvements sont décelés dans le tronçon le plus éloigné du (servo-accéléromètres, cf. fiche B6), disposés dans des directions
front. De bonnes mesures nécessitent un excellent contact méca- perpendiculaires. Appliqué à un forage vertical, le dispositif ainsi
nique entre les bagues et la sonde, sans poussière ni dépôt. obtenu devient à la fois un tassomètre et un inclinomètre ; ceci
est particulièrement intéressant pour suivre depuis la surface les
Robustesse mouvements du terrain au voisinage de l’extrados d’un tunnel,
Le dispositif est très robuste et moins perturbé par les grandes notamment avant le passage du front. La précision obtenue sur
déformations que les inclinomètres à tubes rainurés. Il faut les déplacements transversaux est de ± 0,1 mm.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 35


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche C6 - Sonde inclinométrique à servo-accéléromètre

doit faire attention à l'agressivité chimique du terrain. Les tubes


sont rainurés dans deux directions perpendiculaires (les tubes en
aluminium ont une meilleure qualité de rainurage et une plus
grande déformabilité). La mise en place des tubes, avec les
rainures convenablement orientées, est délicate ; en particulier,
leur rotation tout au long du tube doit être évitée ; si on ne peut
l'éviter, elle est mesurable avec un appareil spécial.
Conditions de mise en œuvre
Cette mesure a fait l'objet de la norme NF P 94 156, qui
précise que l'on doit faire une double mesure en retournant la
sonde. En complément à cette norme, on attirera l'attention

ES
sur les causes d'erreur qui peuvent être introduites par l'usure
et l'instabilité, non de la partie centrale du capteur, mais des
éléments annexes comme les roulettes, les axes de ces dernières,
Sonde inclinométrique à servo-accéléromètre les ressorts d'application des roulettes, et le câble qui sert à
repérer la profondeur des mesures successives. La profondeur
maximale des forages équipés atteint 100 à 120 m.
Principe et objectifs
Précision
C’est l’inclinomètre de forage le plus largement utilisé. La
sonde inclinométrique construite autour d'un servo-accéléro- Selon la norme NF, l’intervalle de répétabilité des mesures (à 2
mètre est inséparable des tubes rainurés, qui sont scellés au écarts-types) est meilleur que ± 4.10-4 radian ; en fait, pour un
terrain dans des forages verticaux ; elle permet de mesurer les forage de 80 m, l’incertitude sur le déplacement est inférieure à
déplacements horizontaux de ces tubes, par intégration des 2 mm. Les premiers mouvements mesurés sont souvent dus à la
variations angulaires relevées tout au long des tubes. " mise en place " du tube dans son forage. La mesure n'est pas
automatisable, mais le processus peut être facilité par des logi-
La mesure inclinométrique consiste à mesurer à partir d'une ciels de saisie et de traitement adaptés, qui évitent toute écriture
date donnée l'angle de la sonde avec la verticale tous les 0,50 m, manuelle et dessinent directement la déformée du forage.
FT
en commençant par le fond du forage. Par intégration à partir
du fond du forage et par différence avec la mesure initiale tout Coût et délais
au long du forage, on obtient les déplacements dans deux Le coût d'un tube inclinométrique est de l'ordre de 25 e/m,
directions perpendiculaires. pièces annexes comprises. Sa mise en place demande 1 jour
Les tubes inclinométriques sont livrés par longueurs de 3 m, et pour une longueur de l'ordre de 30 ml. Une sonde inclinomé-
réunis entre eux par des manchons dits télescopiques. En fait, trique bidirectionnelle coûte environ 6 000 e, plus le touret et
l'adaptation aux mouvements du terrain des tubes résulte du le poste de lecture (5 000 à 7 000 e). La mesure d’un forage de
faible module de déformation des tubes et du coulis de scelle- 30 ml avec retournement (double mesure) prend environ
ment. Les tubes sont en plastique ou en métal, sachant que l’on 1/2 heure.

Fiche C7 - Tassomètre magnétique

Principe Mise en œuvre et robustesse


A

Le but de cet appareil mis au point par le LCPC est de mesurer La mise en œuvre ne pose pas de difficulté. La procédure de
les déplacements verticaux tout au long d’un forage vertical. mesure doit être bien établie ; il est fréquent qu’une bague
Un tube équipé de bagues magnétiques est placé dans un donne une ou plusieurs positions fantômes qu’il faut recon-
forage, et l’ensemble est scellé au terrain. Les déplacements naître. Mais c’est un appareil de mesure robuste.
verticaux du terrain qui provoquent le déplacement des bagues Coûts et délais
sont mesurés par une sonde que l’on glisse dans le tube, et qui • Matériel de mesure : 850 e.
repère la position précise des bagues par rapport à la surface. Bagues : 50 e/unité.
Précision et limites d’utilisation Tube : 50 e pour 3 m.
Elle dépend de la qualité du scellement et de la précision de la • Durée d’installation : quelques heures, hors durcissement du
graduation du câble de la sonde : ± 5 mm au mieux pour une coulis.
profondeur de 30 m. Il n’y a pas a priori de limite de profon- • Relevé : 1 h pour un tassomètre de 30 m de profondeur.
deur, mais bien sûr plus la profondeur est grande, plus la préci- Télémesure
sion est faible, comme pour toute diagraphie. Appareil très difficilement automatisable.

36 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXE D

MESURE DES DÉPLACEMENTS À LA PAROI

La mesure des mouvements que subissent les parois d’un • les mesures classiques de convergence au fil invar (cf. fiche
ouvrage souterrain est plus délicate en profondeur qu’à l’air D2), qui sont plus précises que les mesures optiques, mais
libre car on manque en général de repères stables, c’est-à-dire malcommodes à exécuter dans des ouvrages en construction
non influencés par les travaux ; mais pour des ouvrages en ou sous circulation ; elles restent cependant très utilisées pour
construction, on se contente très souvent de mesures relatives, certains ouvrages en exploitation (où l’on s’intéresse plutôt à
en particulier à grande profondeur. Trois types de méthodes des variations millimétriques), ainsi que pour des galeries
sont utilisées : expérimentales ou de petites dimensions ;
• les mesures topographiques sur repères fixés à la paroi, qui • la mesure de l’évolution de fissures ou de joints structurels,
sont devenues de plus en plus courantes depuis que les réalisée soit avec des capteurs fixes reliés à une centrale d’ac-

ES
tachéomètres peuvent mesurer à la fois les distances et les quisition (cf. fiches D3 et D4), soit avec un fissuromètre
angles (cf. fiche D1) ; elles sont très bien adaptées aux travaux portable que l’on déplace de base en base (cf. fiche D5).
neufs, où l’on s’intéresse surtout à des déformations centimé-
triques voire décimétriques ;

Fiche D1 - Convergence optique


Avantages indirects pour le chantier
- Les arrêts de chantier et autres gênes occasionnées par la
Repères
méthode du fil invar (cf. fiches D2 et D3) sont supprimés.
réfléchissants
pour mesure - Les cibles sont utilisables par divers services (topographe du
optique de chantier, contrôle extérieur…).
convergence Avantages en terme de sécurité
(4 sections de
FT
- Suppression des risques de blessure liés au fil invar tendu
mesure visibles entre piédroits, peu visible.
en calotte) - Plus d’échelle ni de nacelle pour accéder à chaque mesure aux
repères en hauteur.
- Amélioration des conditions de travail (moindre fatigue
Définition physique, pas de contraintes d'horaires, moins de temps
Pendant longtemps, l’auscultation en souterrain par méthodes d'attente et de temps passé en galerie).
topographiques en souterrain ne permettait que des mesures de Précision de la méthode
nivellement, au demeurant très précises même avec un simple
niveau à bulle. Dans les années 1990, les mesures optiques de Elle dépend essentiellement du matériel utilisé, de l'atmosphère
convergence se sont imposées grâce aux progrès des appareils topo- du chantier (chaleur, poussière…), de l'opérateur et de l'éloi-
graphiques de haute précision (tachéomètres électroniques ou gnement du point de mesure. En effet, toutes les mesures
théodolites), avec lesquels on vise des cibles réfléchissantes scellées optiques sont influencées par l'indice de réfraction de l'air, qui
à la paroi de l'ouvrage. La mesure des distances et des angles est variable selon la température, l'hygrométrie et la pression.
permet alors de calculer la position en XYZ de tous les points visés L’incertitude de mesure est de ± 0,5 mm, et de ± 0,3 mm quand
A

par rapport à un point de référence supposé fixe, ainsi que la les conditions sont très favorables. La distance de mesure
valeur des convergences et tassements (absolus ou différentiels). compatible avec cette précision va de 5 m à 30 m ; au-delà, les
mesures sont toujours possibles mais la précision baisse.
Avantages directs pour le processus de mesure
Facilité de mise en œuvre et robustesse
- Cette méthode ne nécessite qu'un seul opérateur en galerie
(sauf pour le scellement des cibles qui nécessite une nacelle) ; le Les mesures sont faciles sous réserve que l’atmosphère de la
travail de mesure proprement dit est généralement rapide, et galerie soit suffisamment propre et que les cibles soient bien
les mesures faciles. éclairées ; elles nécessitent l’absence de vibrations. De son côté,
le tachéomètre est un appareil robuste, qui nécessite cependant
- Les opérations de saisie sont supprimées grâce à l'enregistre- une révision annuelle.
ment direct des mesures, et le contenu de la mémoire incluse
dans l'appareil de visée est transféré sur ordinateur ; l'interven- Coût
tion humaine est donc limitée et les calculs automatisés, ce qui • Tachéomètre : environ 25 000 e
rend le processus très fiable. • Cibles bi-réflex : 30 à 60 e selon le type de cible et la quantité
- La méthode est applicable aussi bien aux grandes voûtes commandée.
qu'aux petites galeries.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 37


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche D2 - Distancemètre à fil invar

précis arrête la mesure lorsqu’une tension préréglée par le


fabricant est atteinte ; un compteur associé au moteur affiche
alors la distance résiduelle.
Il existe également un autre dispositif à moteur électrique, mais
Distancemètre qui n’utilise pas de fils calibrés et ne peut donc mesurer que des
absolu variations de longueur entre tournées successives. Dans ce
à fil invar cas, lors de la première mesure, la longueur d’un fil invar
unique est ajustée à celle de la corde à mesurer (la course de
l’appareil étant de 60 mm), ce fil devant être conservé pour la
mesure suivante. Il y a donc autant de fils de mesure que de
cordes à mesurer (cependant, on utilise souvent le même fil

ES
pour plusieurs cordes de longueur différente, en sertissant sur
Principe et objectifs le fil une olive d’acier à une distance correspondant à la
longueur de chaque corde). Si un fil est déformé ou cassé lors
On mesure à différentes dates la longueur de cordes (au sens d’une manipulation, il doit être remplacé, ce qui interrompt la
géométrique) joignant des plots scellés dans le parement d’une continuité du suivi des convergences.
section de tunnel. L’appareillage comprend, outre les plots et
l’appareil de mesure, un jeu de fils calibrés en acier invar, de Coûts
différentes longueurs, permettant de mesurer toutes les • Coût du matériel de mesure :
distances souhaitées en les mettant bout à bout (principe du 10 000 e pour le distancemètre mécanique,
jeu de poids). Ces fils sont tendus entre deux plots par l’inter- 15 000 e pour le distancemètre électrique ;
médiaire d’un appareil mesurant sous tension constante la plots : 35 e/U ;
distance résiduelle. Un " profil de convergence " comprend fil invar : 15 e le ml.
typiquement 3 (ou 5) plots, dont un en calotte, ce qui permet • Fourniture et pose pour une section de 5 plots : 500 e.
de mesurer jusqu’à 10 cordes horizontales ou obliques.
• Prestation de mesure pour un profil à 5 repères : 1 h, avec 2
Précision et limites d’utilisation opérateurs plus le chauffeur de la nacelle.
L’incertitude de mesure est de ± 0,2 mm pour des bases déca-
FT
Télémesure
métriques, et de ± 0,1 mm pour de petites galeries ou puits
(Ø < 5 m) ; elle donc meilleure que celle des mesures optiques, Rarement automatisable. Cependant des dispositifs perma-
et indépendante de l’atmosphère du tunnel. Cependant, la nents de mesure au fil invar, reliés à une centrale de mesure,
précision diminue au-delà de 20 m. Bien entendu, il ne faut sont utilisés pour la surveillance de certains ouvrages souter-
pas d’obstacle fixe en travers de la galerie, et il faut pouvoir rains non circulés.
arrêter facilement la circulation des engins. NB. Une variante du distancemètre mécanique est le distance-
Mise en œuvre et robustesse mètre à ruban invar. Cet appareil, qui était déjà moins utilisé
que le système à fil invar avant l’apparition des méthodes
La mise en œuvre est délicate dans l’embarras des travaux, avec optiques, ne s’en distingue que par les caractères suivants :
des risques pour le personnel et le matériel du fait des circula- • mesure de longueur absolue par lecture d’un ruban gradué,
tions ; ainsi, dans les tunnels en exploitation, chaque mesure
requiert un arrêt du trafic ; de plus, une nacelle est nécessaire • appareil plus lourd et encombrant, difficile à manipuler pour
lorsque la section comprend des repères en voûte. Mais c’est un des plots d’accès difficile,
appareillage robuste, où les chutes sont cependant à éviter. Un • précision moins bonne au-delà de 10 m, car le ruban,
étalonnage du matériel est nécessaire pour le suivi à long terme ; sensible aux courants d’air et à son poids, prend une forme
A

il peut être fait sur un banc interférométrique, ou à défaut de chaînette,


remplacé par l’utilisation d’une deuxième série de fils calibrés • matériel de mesure moins coûteux (2500 e).
et de bases de référence.
Différents types de matériel
Il existe des modèles mécaniques et des modèles électriques :
• dans les modèles mécaniques (type LRPC), la tension cons-
tante du fil est obtenue à l’aide d’une molette manuelle, et la
lecture de la distance résiduelle est effectuée sur un vernier : Mesure de
on mesure donc la distance absolue entre deux plots, mesure convergence
qui peut être répétée périodiquement sous réserve d’un bon au fil invar
étalonnage des fils. Par ailleurs, ces appareils permettent les
mesures subaquatiques ;
• dans les modèles électriques, la mise en tension du système
est effectuée par un moteur électrique ; un dynamomètre très

38 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche D3 - Extensomètre à corde vibrante

Principe et objectif tion du capteur : température, fluage du béton, évolution des


L’extensomètre à corde vibrante est un appareil à base décimé- sollicitations. Cette possibilité est utilisée en particulier pour
trique qui mesure la déformation du support dont il est soli- ausculter à long terme le revêtement de tunnels dans des
daire ; on peut aussi en déduire la variation de l’état de terrains à comportement différé (marnes, argiles, gypse…). La
contrainte de ce support, si l’on connaît son module. C’est un stabilité de la mesure est certainement la meilleure de l’en-
appareil très courant pour mesurer les efforts dans un cintre (sur semble des capteurs du génie civil.
lequel l’extensomètre est soudé), ou au sein d’une voûte en béton Limites d’utilisation
coffré (on positionne alors à l’intérieur de la voûte, avant béton-
nage, des paires d’extensomètres : l’un à l’extrados, l’autre à l’in- La partie sensible du capteur, la corde en acier, compense les
trados, voire un 3ème près de la fibre neutre). La déformation de effets de la température du support en acier et dans une
l’extensomètre est mesurée par l’intermédiaire de la variation de moindre mesure celle du béton. Mais un étalonnage est néces-
saire car le coefficient de correction en température du capteur

ES
fréquence de résonance d’une corde vibrante (cf. fiche A3).
n’est pas parfaitement connu. L’étendue de mesure est limitée
Précision en partie haute par le fluage (voire la rupture) de la corde, et en
C’est un appareil de très grande précision et répétabilité. Le partie basse par sa mauvaise réponse à basse fréquence.
principe de la mesure, celle d’une fréquence, permet d’at-
teindre aisément une résolution de 0,1 micromètre par mètre, Coût
d’où une incertitude habituelle de mesure de ± 3. 10-6. • Capteur : 120 à 200 e ; poste de lecture mobile : 3000 e ;
centrale de mesure fixe : à partir de 4 000 e.
Robustesse
• Temps d’installation : 5 capteurs par heure ; durée d’un relevé :
C’est un capteur extrêmement robuste, dont la durée de vie est 5 minutes par point.
de plusieurs dizaines d’années ; dans ce cas, on peut traiter les
résultats annuels par des méthodes statistiques qui permettent Télémesure
de bien séparer les différents facteurs gouvernant la déforma- Mesures automatisables.

Fiche D4 - Fissuromètre à corde vibrante


FT
Principe et objectif dans le temps est possible, d’où la nécessité d’un contrôle
On mesure les variations d’ouverture d’une fissure par l’inter- périodique avec un fissuromètre mécanique.
médiaire de la variation de longueur d’une corde vibrante, Coût
dont on mesure la fréquence de résonance (cf. fiche A3).
Comme tous les appareils à corde vibrante, c’est un dispositif • Fourniture de l’appareil : 170 e.
d’une très grande précision : l’incertitude de mesure est de Poste de lecture : 1700 e.
quelques centièmes de mm. • Temps de mesure: quelques minutes.
Limite d’utilisation et robustesse Télémesure
Une fois fixé de part et d’autre de la fissure, l’appareil a une Facilement automatisable, ce qui est intéressant car il y a
course limitée à quelques dixièmes de mm seulement. Mais sa souvent beaucoup de points de mesure à suivre, difficiles
mise en œuvre est aisée et rapide. De plus, c’est un appareil d’accès. Le coût d’une centrale de mesures avec une trentaine
robuste et très fiable ; mais il faut garder à l’esprit qu’une dérive de voies est de 7000 e environ.
A

Fiche D5 - Fissuromètre à capteur électrique

Principe et objectif Mise en œuvre et robustesse


Fixé à demeure de part et d’autre des lèvres d’une fissure, cet La mise en œuvre d’un fissuromètre est aisée et la lecture
appareil comprend principalement un ou des capteurs élec- rapide. C’est un matériel robuste et très fiable ; il doit cepen-
triques de déplacement (inductifs ou résistifs), qui permettent dant être protégé des salissures et de l’humidité.
de mesurer les déplacements relatifs des lèvres de la fissure avec Coût
une précision de l’ordre de quelques centièmes de mm. Mais • Fourniture d’un appareil unidirectionnel : de 170 à 250 e ;
par rapport au fissuromètre à corde vibrante, cet appareil a une pour un appareil tridirectionnel, il faut compter de 600 à
course beaucoup plus grande (du millimètre au centimètre) ; 900 e.
les modèles tridimensionnels permettent surtout de mesurer
• Temps de lecture : quelques minutes.
les 3 composantes du déplacement relatif d’une fissure (ouver-
ture, rejet et désaffleurement). Télémesure
Facilement automatisable. Le coût d’une centrale de mesure
avec une trentaine de voies est de 7000 e environ.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 39


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche D6 - Fissuromètre mécanique

Principe et objectif 40 mm. Les mesures se font avec un palmer ou un pied à


Le principe de cette méthode consiste à matérialiser sur la coulisse ; la précision est de l’ordre du dixième de mm.
paroi, de part et d’autre d’une fissure, une base de mesure fixe, Mise en œuvre et robustesse
et de venir périodiquement la relever avec un appareil portable La mise en œuvre est rapide, mais nécessite une nacelle pour les
qui permet de mesurer des longueurs. Les appareils les plus points difficiles d’accès. La seule limitation est la course des
courants sont les suivants :
appareils qui, une fois la base scellée, ne dépasse pas quelques
• les fissuromètres unidirectionnels : leur base de mesure centimètres ; mais en cas de déformations importantes, l’ins-
comprend deux plots scellés dans la paroi, distants d’environ tallation de nouvelles bases est peu coûteuse. Ce sont des
100 mm, et munis d’une tête usinée (sphérique ou conique). dispositifs simples et robustes, ils doivent cependant être
L’appareil vient se caler sur ces têtes et la distance qui les protégés des risques de détérioration accidentelle et des salis-
sépare est mesurée par un comparateur mécanique. Une base

ES
sures par un capot. Pour le long terme, il faut utiliser des dispo-
de référence indéformable permet de régler le comparateur sitifs en alliage inoxydable.
avant chaque mesure. L’incertitude de mesure est excellente :
± 0,2 mm ; Coût et délais
• les fissuromètres tridirectionnels : la base de mesure peut être • Fourniture d’un appareil tridirectionnel en inox : 600 e.
constituée soit de deux éléments métalliques coudés scellés de • Temps d’installation d’une base type Vinchon : 1/2 heure ;
part et d’autre de la fissure (type Vinchon), soit comporter temps de mesure : quelques minutes.
une pige centrale (type CETE) ; la disposition de cette base
Télémesure
est telle qu’elle permet de mesurer les 3 composantes du
déplacement relatif des épontes ; la course permise est de 10 à Non automatisable par définition.
FT
ANNEXE E

MESURE DES PARAMÈTRES MÉCANIQUES

Cette annexe regroupe trois types de mesures très différentes : • on ne peut extrapoler valablement l’état de contraintes
(a) La mesure des efforts au sein ou à l’extrémité d’éléments mesuré dans un volume donné que dans le cas exceptionnel
d’un massif non fracturé ; dans les massifs fracturés, on
de soutènement (cintres ou butons le plus souvent) ; ces
ignore souvent la représentativité des mesures effectuées, qui
mesures peuvent être bien maîtrisées sur les chantiers et donnent une information essentiellement ponctuelle dont
donnent des résultats dont l’incertitude est connue ; elles font l’incertitude propre est par ailleurs très élevée ;
l’objet des fiches E1 à E3, auxquelles il y aurait lieu de rajouter
la fiche D4 (extensomètre à corde vibrante), déjà citée pour la • les mesures ponctuelles de contrainte en milieu rocheux
mesure des déplacements mais très souvent utilisée pour (surcarottage et borehole slotter) nécessitent de faire des hypo-
thèses supplémentaires quant aux paramètres élastiques du
mesurer les efforts dans les cintres et les butons ;
A

milieu étudié ; ces méthodes sont citées ici par souci d’homo-
(b) La mesure des contraintes dans le massif ou le soutène- généité, bien qu’elles soient surtout utilisées dans le cadre de
ment, objet des fiches E4 à E7 ; contrairement aux premières, reconnaissances préalables plutôt que pour l’auscultation.
ces mesures sont toujours difficiles et approximatives, pour au Par contre, les mesures de contraintes par fracturation hydrau-
moins trois raisons : lique n’ont pas été décrites car elles relèvent plus de la recon-
• l’introduction d’un appareil de mesure dans le milieu à tester naissance géotechnique par forages profonds.
modifie forcément l’état de contraintes là où on veut le c) La mesure des vibrations engendrées par certaines
mesurer (sauf dans le cas des extensomètres mis en place dans méthodes d’excavation comme le tir à l’explosif, le brise-roche,
une voûte avant de couler le béton) ; etc. (fiche E8).

40 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche E1 - Dynamomètre

Précision
L’incertitude habituelle de mesure est de ± 5 % de l’étendue de
mesure.
Limite d’utilisation
Les gammes de mesure sont très variables selon les capteurs,
mais la mesure des forces faibles est délicate. Les capteurs sont
souvent sensibles à l’excentrement de la force appliquée et à la
température.
Mise en œuvre et robustesse
La force appliquée doit être centrée et répartie convenablement

ES
sur le capteur. Mais ce sont des appareils robustes – à l’excep-
tion des modèles à jauges, réservés au laboratoire.
Cale dynamométrique en pied de cintre, avec capteur de pression Coût
Principe et objectifs • Capteur : 800 à 1800 e suivant la gamme ;
poste de mesure : 2800 e.
C’est un capteur qui mesure une force. Il est utilisé le plus
souvent pour suivre la tension d’un tirant ou d’un boulon • Temps d’installation : 5 capteurs par heure.
(donc la pression qu’il exerce sur sa plaque d’appui), ou encore • Mesure : 5 minutes par capteur.
la compression exercée par un pied de cintre. Le principe de Télémesure
mesure est le plus souvent la mesure directe de la pression
engendrée par cette force, au moyen de capteurs variés : à corde Capteurs automatisables (sauf pour les modèles à contre
vibrante, à contre pression, à jauge électrique ou encore à pression).
manomètre électrique.

Fiche E2 - Jauge de contrainte sur corps en acier


FT
Principe Les jauges installées sur site présentent fréquemment des
Une jauge de contrainte est composée d’un fil ou d’une trame dérives non maîtrisables à long terme.
métallique conductrice insérée dans un élément plastique. La Les jauges, bien que compensées en température pour un type
jauge est collée directement sur la pièce à tester ou sur un de support (acier ou béton, par exemple), ne le sont effective-
support métallique intermédiaire. La déformation du support ment que dans une plage limitée de température, indiquée par
entraîne celle du fil métallique, donc une variation de sa résis- le constructeur ; au-delà, la compensation devient une source
tance électrique, variation qui est mesurée par un dispositif
électrique du type pont de Wheastone. Ces jauges, ou des d’erreur non négligeable. La mesure d’une jauge inactive du
modèles semblables mais à trame semi-conductrice, sont géné- site, ou des montages à plusieurs jauges (demi-pont ou pont
ralement l’élément sensible des capteurs industriels. En génie complet), limitent l’effet de la température sur la mesure.
civil, elles servent à mesurer les efforts dans les cintres ou les Mise en œuvre et robustesse
butons, plus généralement sur des structures métalliques, rare- Le collage ou la soudure des jauges est un travail de spécialiste ;
ment sur le béton et jamais dans le terrain. la protection des jauges et des câbles doit être sans faille. Les
A

La mesure est ponctuelle, sur la longueur de la jauge qui est difficultés de tenue à long terme sur site limitent l’usage de ces
habituellement de 6 mm. Pour les milieux poreux ou microfis- jauges à des mesures de courte durée. La mesure elle-même sur
surés, il faut utiliser des jauges de grande longueur (60 mm ou le site est délicate car la moindre variation de résistance (au
plus), plus difficiles à mettre en place. Pour les structures, il niveau des contacts, par exemple) est vue comme une déforma-
faut multiplier le nombre de jauges sur une section afin de faire tion ! Globalement, la robustesse de jauges, même bien instal-
une moyenne ; on en utilise aussi pour suivre l’évolution des lées et protégées sur site, peut être qualifiée de moyenne ; elles
efforts dans des boulons instrumentés, où l’on colle des jauges sont très sensibles à l’humidité.
à intervalles réguliers
Coût
Précision
• Jauge : 2 à 25 e ;
En laboratoire, la résolution est meilleure que un micromètre poste de mesure manuel : 2 500 e.
par mètre. Sur site, en l’absence de dérive, la précision à long
terme atteint 10-5. • Installation : 0,5 h par point instrumenté.
• Mesure : 5 minutes par jauge.
Limites d’utilisation
Les variations de résistance mesurées sont très faibles, donc très Télémesure
sensibles aux grandeurs parasites (humidité particulièrement). Mesures automatisables grâce à des conditionneurs spécifiques.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 41


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche E3 - Cellule hydraulique à corde vibrante

Définition et objectifs Précision


Cet appareil, parfois nommée " coussin " ou " soufflet hydrau- La résolution est égale à 5.10–4 de la pleine échelle de mesure,
lique ", est surtout utilisé pour mesurer des efforts perpendicu- d’où une très grande précision (5. 10–3).
laires à son plan, tels ceux transmis par un cintre ou un buton. Mise en œuvre et robustesse
Il comprend un soufflet déformable en acier, associé à un Le plus délicat est d’installer le soufflet contre la plaque
capteur à corde vibrante qui mesure la pression du liquide destinée à transmettre la force à mesurer, puis de s’assurer qu’il
contenu dans le soufflet. Ce capteur est du type de ceux utilisés est bien saturé avant la montée en pression. Mais une fois
pour les mesures de pression d’eau (cf. fiche n° F2) ; il faut installé et étalonné, cet appareil est très robuste et durable,
veiller à ce qu’il soit bien saturé lors du remplissage pour être comme tous les appareils à corde vibrante.
sûr que la pression mesurée reflète bien l’effort exercé sur le Coûts et délais

ES
soufflet. La raideur propre du coussin, bien que diminuée par • Prix d’un soufflet : 1300 e ;
des gorges et autres dispositifs à sa périphérie, nécessite un prix d’une centrale de mesure (qui peut être commune à un
étalonnage. grand nombre de capteurs) : 3500 e.
Difficultés ou limites d’utilisation • Temps d’installation pour une paire de " coussins " hydrau-
La qualité de la mesure est liée à celle de l’insertion de l’appareil liques en pieds de cintre : 2 h (avec 2 opérateurs).
dans le milieu à ausculter, comme pour les cellules hydrau- Possibilité de télémesure
liques à pression totale (cf. fiche n° E4) ; aussi n’est-il pas Facilement automatisable (contrairement aux cellules de
recommandé de l’utiliser pour mesurer des contraintes à l’in- contrainte à pression totale), avec tous les avantages des
terface entre le soutènement et un terrain moins rigide. capteurs à sortie en fréquence.

Fiche E4 - Cellule hydraulique de pression totale

Limite d’utilisation
FT
Il y a une très forte interaction entre le terrain et la cellule de
mesure, puisque le seul fait d’installer le capteur modifie forcé-
ment l’état de contrainte que l’on veut mesurer. Par suite, la
valeur de pression relevée par le capteur est habituellement
assez éloignée de la valeur vraie qu’il est impossible, sauf excep-
tion, de mesurer précisément par cette méthode.
Mise en œuvre et robustesse
La procédure de mise en place doit limiter au maximum les
interactions terrain-capteur, par exemple en utilisant des maté-
riaux de scellement de même rigidité que le terrain. Au demeu-
rant, c’est un capteur très robuste. Mais la circulation du fluide
qui sert à déterminer la pression dans les tubulures est quelque-
Cellule hydraulique de pression totale fois perturbée par des bulles de gaz.
Coût
A

Définition, généralités - Coût d’un capteur : 450 e plus les tubulures ;


Ce capteur utilise le principe de mesure de la contrepression. poste de lecture : 4000 e (pour une 1/2 douzaine de capteurs).
Constitué d’une cellule plate remplie d’un liquide, il mesure la - Durée d’installation : 1 h par capteur, avec surfaçage.
pression exercée par le terrain sur la cellule. Cette pression est Mesure : 5 minutes par capteur.
transmise au liquide puis, par son intermédiaire, à un élément
sensible à la pression. Télémesure
Précision Très difficilement automatisable.
Etendue de mesure : 0,3 à 3,5 MPa. L’incertitude est de l’ordre
de ± 5 % de l’étendue de mesure.

42 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche E5 - Mesure des contraintes par surcarottage

Principe et objectif Conditions d’utilisation


Cette méthode de mesure est basée sur le relâchement des Cette méthode a été développée à l’origine – et ne donne de
contraintes dans une carotte lors de son détachement progressif résultats incontestables – que pour des roches homogènes,
du massif, opération pendant laquelle on mesure simultané- isotropes et à comportement élastique et linéaire ; tout écart
par rapport à ces qualités entraîne des calculs très lourds et des
ment la déformation de la carotte. Les opérations suivent la
difficultés d’interprétation. La méthode est surtout adaptée aux
séquence suivante : bétons et aux roches homogènes et non fissurées. Dans tous les
• réalisation d’un forage de gros diamètre (Ø 100 à 150 mm) cas, les mesures sont complexes et très délicates (en particulier
jusqu’à la zone à tester ; le collage à distance des jauges de contraintes, et la correction
• foration d’un trou pilote coaxial Ø 38 mm, de 400 mm de de température, impérative) ; elles ne peuvent être réalisées et
longueur, où l’on place une cellule qui servira ensuite à interprétées que par des spécialistes.

ES
mesurer les déformations de la roche ; Coûts et délais
• reprise de la foration en gros diamètre autour du trou pilote, Pour une cellule type CSIRO HI, le coût d’amenée-repli d’un
de façon à libérer complètement les contraintes dans la équipement complet (hors machine de forage à mobiliser) peut
carotte contenant la cellule ; pendant le " surcarottage ", la être estimé à 5 000 e, et celui d’une mesure du tenseur complet
cellule enregistre les déformations de la carotte ; par surcarottage à 4 000 e. Une équipe bien rodée de deux
• mesure au laboratoire des paramètres élastiques (E et ν) de la personnes mobilisée pendant une semaine peut faire environ 5
carotte extraite. essais (non compris l’exécution préalable des trous de gros
diamètre jusqu’à la profondeur des essais).
Les déformations de la carotte sont mesurées le plus souvent
Variante du " sous-carottage "
par des rosettes de jauges de contraintes collées soit contre l’ex-
Pour éviter certaines difficultés propres au surcarottage
trémité de la carotte (système " Doorstopper "), soit contre les
(discage des carottes, échauffement, présence d’un câble à l’in-
parois du trou-pilote (système CSIRO), avec de nombreuses térieur du carottier), on a imaginé de libérer les contraintes
variantes. On peut alors remonter aux contraintes initiales si autour de la sonde positionnée dans le trou-pilote en réalisant
l’on connaît la loi de comportement de la roche ; mais pour un forage de gros diamètre non plus autour mais à côté du
résoudre le tenseur complet, il faut le plus souvent 2 à 3 forages trou-pilote. On réalise alors typiquement 3 trous pilotes,
d’orientation différente, avec si possible plusieurs essais par orientés à 120° autour du futur gros forage et garnis chacun
FT
forages. A noter que la méthode CEJM (cellule extensomé- d’une sonde mesurant les déformations ; puis on réalise le gros
trique à jauges multiples) permet de déterminer le tenseur à trou en Ø 300 à 500 mm. L’interprétation nécessite alors une
partir d’un seul forage (cf. Bull. de liaison des LPC, n° 172, modélisation intermédiaire, pour savoir comment on peut
1991). remonter aux contraintes initiales à partir des variations de
contraintes mesurées dans les trous périphériques.

Fiche E6 - Mesure des contraintes au Borehole Slotter

Principe et objectif du trou avec des vérins. Cette méthode n’est bien adaptée
Le but de cette méthode est de mesurer rapidement la qu’aux roches dotées d’une résistance suffisante (Rc > 10 MPa),
contrainte tangentielle à la paroi d’un forage, en 2D, grâce à à comportement isotrope et non plastifiées par l’excès de
une sonde réutilisable capable de faire de nombreuses mesures. contrainte.
Le principe de base est de provoquer le relâchement de cette Précision et interprétation
A

contrainte au voisinage de la paroi en réalisant une saignée La mesure de la déformation à la paroi est d’une très grande
semi-circulaire dans un plan axial ; cette saignée est réalisée par précision (10-6), mais la résolution du tenseur des contraintes
une scie pneumatique rétractable de 90 mm de diamètre, est toujours délicate car elle nécessite à la fois la connaissance
contenue dans la sonde et refroidie à l’eau. des paramètres élastiques de la roche (E et ν), et un nombre
La déformation tangentielle (diminution du périmètre du suffisant de forages d’orientation différente (au moins 3). De
trou) qui résulte du relâchement de la contrainte est mesurée à plus, les résultats sont toujours très perturbés par l’existence de
proximité de la saignée pendant et après le sciage, au moyen fractures à proximité des saignées testées ; par suite, les mesures
d’un déformètre de haute sensibilité, muni de pointes rétracta- n’ont de sens que loin des zones affectées par l’excavation.
bles qui sont plaquées contre la paroi. Un essai comprend clas- Coûts et délais
siquement l’exécution de 3 saignées en un point d’un forage,
orientées à 120°. Le coût d’amenée-repli de la sonde est d’environ 7 000 E ; une
détermination complète du tenseur à partir d’essais dans 3
Conditions de mise en œuvre forages orthogonaux est alors facturée 15 000 E. Une fois les
Les mesures se font dans un forage Ø 103 mm, jusqu’à 30 m forages mis à disposition, et sachant qu’un essai dure environ
de profondeur, la sonde étant manœuvrée avec des tiges. Pour 10 minutes, une équipe bien entraînée de deux opérateurs peut
exécuter chaque saignée, la sonde est bloquée contre les parois réaliser et tester 4 saignées à l’heure.

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 43


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche E7 - Mesure des contraintes au vérin plat


au tenseur complet des contraintes régnant autour d’un
tunnel, il faut tester au moins 6 saignées orientées différem-
ment, puis modéliser le comportement du massif en recher-
Vérin plat chant un tenseur qui coïncide au mieux avec les résultats des
pour mesure mesures.
de contrainte Conditions d’utilisation
dans un pilier Cette méthode est applicable à des roches dures à très tendres,
de carrière sous réserve que les plots encadrant la saignée soient bien
scellés. La seule condition est que le comportement de la roche
soit réversible (pas forcément linéaire), et qu’il n’y ait pas de
fluage après libération des contraintes. De plus, les résultats ne
Principe et objectif sont pas exploitables s’il existe des fractures à une distance infé-

ES
rieure à 3 fois le diamètre de la saignée – en particulier dans les
Comme pour le borehole-slotter (cf. fiche E6), cette méthode galeries tirées " brutalement " à l’explosif. A noter qu’un appa-
utilise le principe du relâchement des contraintes de part et reil allemand permet d’aller faire une saignée jusqu’à 1,50 m à
d’autre d’une saignée ; mais ici la saignée est réalisée à la paroi l’intérieur du parement.
d’une galerie avec une scie de quelque 50 cm de diamètre, qui
pénètre d’un demi rayon dans le terrain. La distance entre les Précision
épontes de la saignée est mesurée avec soin, avant et après Lorsque ces conditions sont réunies, la pression d’annulation
sciage, grâce à un fissuromètre mécanique qui s’ajuste sur des des déformations donne avec une précision meilleure que 10%
plots en laiton scellés dans la paroi (cf . fiche D6). On introduit de la contrainte normale à la saignée, quelque soit l’orientation
alors dans la saignée un vérin plat que l’on met en pression des contraintes principales. Bien que vieille d’un demi siècle et
jusqu’à annulation des déformations de la paroi ; la pression lourde en main d’oeuvre, cette méthode relativement simple
permettant de restituer l’état initial est assimilée à la contrainte reste donc très fiable.
naturelle qui régnait normalement à la saignée. Coûts et délais
Cette méthode permet une excellente évaluation de la Le coût de la scie et de son bâti, qu’il faut fixer sur la paroi à
contrainte verticale dans des piliers de mine non fissurés ; elle chaque essai, est d’environ 7 000 e, celui d’un vérin plat 200 e
permet aussi de bien évaluer la contrainte tangentielle à la paroi (sous réserve qu’ils soient fabriqués en série). Une équipe bien
rodée de deux personnes peut créer et tester 3 à 5 saignées par
FT
de galeries en terrain massif et bien purgé, ou encore dans des
revêtements maçonnées ou bétonnés. Mais si l’on veut accéder poste, selon les conditions d’accès au point de mesure.

Fiche E8 - Mesure des vibrations

Objectifs des géophones tridirectionnels, mais on utilise parfois des accé-


Le but est d’enregistrer les caractéristiques des ébranlements léromètres. Le principe de fonctionnement du géophone est
provenant de différentes sources de vibrations (explosifs, basé sur le comportement d’une masse suspendue dans le
engins mécaniques puissants…), qui sont engendrées par les champ d’une bobine ; lorsque cette masse est soumise à vibra-
travaux de construction ou de confortement d’un ouvrage tion, la mesure de la tension électrique aux bornes de la bobine
souterrain, ou bien par des travaux effectués à proximité. Les permet de déterminer la vitesse particulaire en mm/s.
mesures peuvent porter sur les déplacements, les accélérations L’enregistrement des signaux vibratoires et leur quantification
nécessitent un traitement informatique à l’aide d’une chaîne de
A

ou les vitesses particulaires que subissent les structures ou le


terrain au passage de l’ébranlement (il ne s’agit donc pas de mesure, qui permet notamment, par transformée de Fourier
mesurer les caractéristiques de propagation de celui-ci, comme (FFT), d’obtenir le spectre en fréquences des vibrations.
en prospection sismique). Caractéristiques et mise en oeuvre
Ces mesures sont très importantes lors du creusement d’un Les types de géophone sont définis en fonction de leur
souterrain pour lequel le maître d’ouvrage impose des seuils de fréquence propre, qui correspond à la limite inférieure des
vibrations dans le but de respecter l’environnement, en parti- fréquences directement mesurables par ceux-ci : 1 Hz, 2 Hz ou
culier pour ne pas risquer d’endommager des ouvrages voisins ; 4,5 Hz. Les mesures sont pratiquées en général par des labora-
elles permettent, lors d’essais préalables, de déterminer des toires spécialisés.
charges d’explosifs et d’optimiser des plans de tir respectant les Coût
seuils de vibration imposés.
Le coût d’une journée de mesure avec opérateur (mise en place
Principe de la chaîne de mesure, saisie et traitement) est de l’ordre de 3
De façon générale, en travaux publics, ce sont les vitesses 800 à 6 000 e.
particulaires qui sont mesurées. Les capteurs de vitesse sont

44 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

ANNEXE F

MESURE DES PARAMÈTRES HYDRAULIQUES

Les méthodes de mesure des paramètres hydrauliques utiles • les mesures de débit d’un canal d’exhaure, qu’il s’agisse d’un
pour les travaux souterrains comprennent classiquement trois fossé ouvert (fiches F3) ou d’une conduite fermée (fiches F4
et F5),
catégories :
• les mesures de perméabilité du terrain, non traitées ici car
• les mesures de la pression interstitielle régnant au sein du elles sont plutôt pratiquées lors des reconnaissances préala-
terrain, qu’on la mesure directement au point étudié ou par le bles et rarement pendant les travaux.
biais du niveau hydrostatique d’un forage (cf. fiches F1 et F2),

ES
Fiche F1 - Piézomètre ouvert

Principe et objectif • Capteurs de pression piézorésistifs immergés : problèmes de


L’objectif est la mesure du niveau piézométrique en un point dérive, nécessitant un étalonnage annuel et un nettoyage si
d’une nappe ou d’un massif fracturé, au moyen d’un forage nécessaire (dépôts sur la membrane). Sensibilité à la foudre de
ouvert spécialement équipé : il peut s’agir soit d’un tube plas- certains modèles mal protégés.
tique crépiné au voisinage du point étudié, soit d’un tubage Mise en œuvre
étanche en liaison hydraulique avec une chambre de prise de Le premier élément est un forage de diamètre excavé 60 à
pression. Les variations de charge hydraulique dans la chambre 100 mm, ou plus. La chambre de mesure, longue de un à
se traduisent par des variations du niveau d’eau dans le forage, plusieurs mètres, doit être soutenue en terrain meuble par du
qui sont mesurées. Ce dispositif est bien adapté aux terrains gravier propre ; elle est reliée à la surface par un tube ouvert en
perméables. Les mesures peuvent être : PVC ou métal, Ø 30 mm minimum. Lorsqu’il y a plusieurs
• soit manuelles : sonde électrique avec câble gradué ; nappes superposées de charge différente, le haut de la chambre
FT
• soit automatisées : de mesure doit être isolé en scellant au terrain le tube ouvert,
grâce à un bouchon de ciment.
- par capteur de pression immergé, relié à une centrale d’acqui-
sition de données ; on utilise couramment des capteurs de • Précautions de pose : propreté des parois de la chambre et du
pression piézorésistifs ; gravier, et scellement correct de l’annulaire ; l’opération est
plus délicate lorsqu’il y a un tubage provisoire du trou, qu’il
- par transmetteur pneumatique (dit " bulle à bulle "), où le faut retirer après mise en place du gravier.
capteur de pression extérieur au forage est relié à une centrale
d’acquisition ; • Durée de pose : 3 à 4 h pour le nettoyage du trou (profon-
deur < 30 m), la pose du tube et du gravier, et le scellement
- par capteur de niveau de type radar en tête du forage, etc. de l’annulaire par le foreur. Pour la mise en place et le réglage
Précision d’un capteur immergé, et son raccordement à une centrale : 1
h de technicien.
• Sonde électrique : 0,5 cm à 1 cm jusqu'à une profondeur de
50 m, 1 à 2 cm à 100 m. Coût
• Capteurs piézorésistifs : 0,2 à 0,5 % de la pleine échelle ; • Sonde électrique : 150 à 300 e selon la longueur de câble.
Temps de mesure manuelle : 5 minutes.
A

l’étendue de mesure peut être très variée (quelques dizaines de


kPa à 20 MPa ou plus). • Capteur piézorésistif immergé : 300 à 600 e selon la classe de
Limites d’utilisation précision ; câble : 3 à 5 e/m ; centrale d’acquisition : de 800 e
(pour une voie de mesure) à 4 000 e (pour 12 voies).
Profondeur : forages généralement verticaux ou subverticaux
de 10 à 100 m de profondeur. Il existe des dispositifs spéciale- • Bulle à bulle : 800 à 1500 e selon le système d’acquisition
ment adaptés pour les forages profonds (câble porteur pour le intégré.
capteur, capteurs de grande précision, etc.). Télémesure
Robustesse Mesures automatisables par raccordement des capteurs à une
• Sondes électriques : simples et robustes. Mais l’usure des centrale d’acquisition de données compatible avec ceux-ci.
câbles doit être surveillée (mauvais contacts, raccourcisse-
ment suite à réparation...) ;

TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005 45


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche F2 - Piézomètre fermé

Principe et objectif Robustesse


L’objectif est la mesure du niveau piézométrique dans un Elle dépend du capteur, du soin apporté à son installation et du
massif, à partir d’une chambre fermée de longueur métrique à site (longueur des câbles, exposition à la foudre...). Une longue
plurimétrique, dans laquelle est placé un capteur de pression. expérience montre que les capteurs à corde vibrante sont très
Une variation de charge hydraulique du terrain se traduit par robustes.
une variation de la pression d’eau sur le capteur, sans entraîner Mise en œuvre
(comme avec un piézomètre ouvert) une variation de volume
• Forage : Ø 60 à 100 mm. Chambre de mesure longue de
du fluide dans la chambre ; le temps de réponse est plus rapide, quelques mètres (mesure plus ou moins ponctuelle), et
ce qui rend ce dispositif est bien adapté aux terrains peu soutenue par du gravier propre. Scellement de la chambre par
perméables. un bouchon de bentonite, argile ou ciment (exceptionnelle-

ES
Le capteur doit être positionné dans le gravier de la chambre ; ment par un obturateur gonflable, ce qui nécessite une étan-
c’est généralement un capteur de pression absolue à corde chéité parfaite). Plusieurs chambres peuvent être superposées
vibrante, en raison de sa robustesse, notamment dans le cas où dans un même forage.
il n’est pas retirable du forage pour étalonnage ou échange. • Précautions de pose : stabilité de la chambre, propreté des
Possibilité de capteurs piézorésistifs (de pression absolue ou parois et du gravier, scellement correct de la chambre, satura-
relative), ou à contre-pression. tion préalable du filtre du capteur. Pose plus délicate lorsque
Précision l’opération nécessite la présence d’un tubage provisoire du
trou.
• Capteur à corde vibrante : 0,1 à 0,25 % de la pleine échelle.
Etendue de mesure : 0-20 m à 0-500 m d’eau. Pour les • Durée de pose : 3 à 4 h pour le nettoyage du trou (profondeur
capteurs de pression absolue à faible étendue de mesure, < 30 m), la descente du gravier et du capteur, et le scellement
nécessité de disposer d’un baromètre pour corriger les du bouchon, avec un technicien et le foreur si nécessaire.
mesures. Coût
• Capteurs piézorésistifs : 0,2 à 0,5 % de la pleine échelle. • Fourniture du capteur à corde vibrante : 500 à 1000 e ;
Etendues de mesure très variées (quelques mètres à plus de câble : 4 à 8 e/m ;
2000 m d’eau). poste de lecture : 2500 à 3500 e.
FT
Limites d’utilisation • Mesure manuelle : 5 minutes de technicien.
Profondeur maximale de mise en place : 100 à 200 m en génie Télémesure
civil, dans des forages verticaux ou peu à moyennement Mesures automatisables par raccordement des capteurs à une
inclinés (difficultés à mettre en place le gravier et le ciment si centrale d’acquisition de données compatible avec ceux-ci
l’inclinaison dépasse 45°). (mesure d’une fréquence pour les cordes vibrantes).

Fiche F3 - Mesure de débit en canal ouvert

Principe et objectifs Robustesse


Le système de mesure comprend un canal de tranquillisation à Paradoxalement, le problème principal n’est pas l’appareil de
l’amont, un déversoir de forme normalisée qui impose à mesure du niveau d’eau, mais l’entretien du canal d’amenée,
qui doit faire l’objet d’une surveillance permanente pour éviter
A

l’amont un niveau d’eau fonction du débit, et un appareil de


mesure de ce niveau amont. Cet appareil peut être : tout entraînement de débris ou corps flottants susceptibles
d’obturer le déversoir.
• un capteur inductif, associé à un flotteur coulissant le long
Coûts et délais
d’un axe vertical,
Prix du matériel de l’ordre de 3000 e.
• un capteur à ultrasons, immergé ou extérieur.
Installation du canal et du dispositif de mesure : environ 1 jour
Précision de technicien.
La mesure par capteur inductif permet une lecture du niveau Possibilité de télémesure
d’eau avec une résolution de 1/100 de mm, et une incertitude Les deux variantes citées sont automatisables, sachant que les
de mesure de l’ordre de ± 0,1 de mm. conditions d’écoulement dans le canal doivent être fréquem-
ment vérifiées de visu.

46 TUNNELS ET OUVRAGES SOUTERRAINS - N° 187 - JANVIER/FEVRIER 2005


Méthodes d’auscultation des ouvrages souterrains

Fiche F4 - Débitmètre électromagnétique sur conduite noyée

Limite d’utilisation
• La vitesse du liquide doit être comprise entre 0,1 et 10 m/s.
• Il faut que la conduite soit pleine.
• Le fluide conducteur doit avoir une résistivité minimale
(ρ > 5 µS).
Robustesse
Le système de mesure est peu sensible à la nature du fluide,
Débimètre même s’il s’agit de fluides chargés. Il n’occasionne pratique-
électromagnétique ment pas d’obstruction ni de pertes de charge.
sur tuyauterie
Mise en œuvre

ES
Comme la mesure ne peut être faite que sur une conduite
pleine, les fournisseurs recommandent d’installer le dispositif
en partie basse d’une conduite, et au milieu d’un tronçon recti-
ligne de longueur suffisante (pas de turbulences). De plus, il
faut procéder à un nettoyage périodique des électrodes, et
veiller à ce que la conduite soit raccordée à une masse élec-
trique de bonne qualité.
Principe et objectif
Coût
D’après la loi de Faraday, si un liquide en mouvement, électri-
quement conducteur, est soumis à un champ magnétique, il Selon diamètre : 2 000 à 4 000 e pour une conduite Ø 40 à
apparaît une différence de potentiel (proportionnelle à la 100 mm. Onéreux pour de plus gros diamètres (les systèmes à
vitesse du liquide) entre deux électrodes placées perpendiculai- insertion sont alors mieux adaptés).
rement au mouvement et au champ magnétique. La mesure de Télémesure
la vitesse se résume donc à celle d’une tension électrique.
Le système est prévu pour transmettre des signaux analogiques
Précision (boucle de courant pour le débit) ou des impulsions (pour le
FT
Elle est de 0,2 % à 0,5 % de la pleine échelle de mesure. De volume débité) ; il est raccordable à une centrale d’acquisition
plus, le système possède une grande dynamique de mesure de données adaptée.
(jusqu'à 100).

Fiche F5 - Débitmètre ultrasonique sur conduite noyée

Principe Mise en œuvre


Le débit est mesuré par des transducteurs ultrasoniques, placés • Des configurations sont possibles avec plusieurs faisceaux
à l’extérieur ou à l’intérieur de la conduite. Deux principes sont d’ultrasons.
utilisés : • Impérativement sur conduites pleines. Recommandations du
• mesure du temps de transit d’impulsions dans le fluide en mou- fournisseur à respecter pour les parties droites de tuyauterie
vement : leur vitesse de propagation varie avec celle du fluide ; en amont et en aval.
• effet Doppler : modification, du fait de la vitesse du fluide, de
• Nettoyage périodique pour les appareils à transducteurs
A

la fréquence d’un signal ultrasonique émis dans l’écoulement.


internes.
Précision
Coût
La précision des appareils à temps de transit est de 0,5% à 1%
• Appareils portables à capteurs externes : environ 5 000 e
de l’échelle, selon les modèles (fixés à demeure ou portables) ;
(pour Ø 50 à 500 mm) ; ils intègrent souvent une petite
celle des appareils à effet Doppler est de 3 à 10%. La dyna-
centrale de calcul permettant de rentrer les caractéristiques de
mique de mesure est élevée (jusqu'à 50). la conduite (diamètre et épaisseur).
Limite d’utilisation • Appareil fixé à demeure : 4 000 à 5 000 e pour Ø 100 mm, le
• Appareils à effet Doppler : uniquement pour liquides chargés. prix augmentant assez peu avec le diamètre de la conduite.
• Vitesse du fluide comprise généralement entre 0,2 et 10 m/s.
Télémesure
• Nécessité d’une conduite pleine dans tous les cas.
Le système est prévu pour transmettre des signaux analogiques
Robustesse (boucle de courant pour le débit) ou des impulsions (pour le
Appareils à transducteurs externes : robustesse excellente (faci- volume débité) ; il est raccordable à une centrale d’acquisition
lement démontables). Pas de pertes de charge induites par la de données adaptée.
mesure.

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