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sur la neurochimie cérébrale : effets sur la performance et la santé mentale

Charles-Yannick Guezennec Effets de l’exercice physique et de l’entraînement


Effets de l’exercice
physique et de
l’entraînement
sur la neurochimie

cérébrale :
effets sur la performance
et la santé mentale

Charles-Yannick Guezennec est a participé à la réalisation du


depuis 2005 directeur du pôle rapport remis au Ministère de
départemental de médecine du la Santé sur ce thème en 2008.
sport de l’Essonne au Centre La volonté de supprimer la
National de Rugby de Marcoussis sensation de fatigue, ainsi que
qui a pour but d’assurer le suivi les effets nocifs liés à l’excès
médical des sportifs de haut d’exercice physique, en parti-
niveau et de développer des culier sur le mental, est très
actions de recherche appliquée ancienne. La conséquence en
et de formation dans le domaine est la tentation du dopage,
Sport et Santé. que beaucoup d’individus mal
Docteur en médecine, ses informés pensent qu’il leur
travaux scientifiques ont entre permettra d’accroître leurs
autres porté sur l’endocrino- performances tant physiques
logie et la neurochimie de la qu’intellectuelles (voir les
fatigue et ses conséquences Chapitres de M.-F. Grenier-
sur le système immunitaire. Loustalot et J.-L. Veuthey
Depuis 2005, il se consacre à qui abordent la question du
l’amélioration de la santé sous dopage), de dominer leur peur
l’effet de l’activité physique et ou la douleur, de leur donner
La chimie et le sport

confiance en eux, etc. Sur et qui soit dépourvue d’effet(s)


le plan éthique, le problème secondaire(s) important(s).
du dopage se pose pour tous Comme médecin militaire,
et en particulier pour les l’une de mes fonctions était de
athlètes, qu’ils soient ou non rechercher les mécanismes
en compétition (voir aussi les physiologiques et biochi-
Chapitres de D. Masseglia, miques à l’origine de la fatigue
I. Queval et J.-F. Toussaint). ressentie dans des situa-
Historiquement, le dopage a tions exceptionnelles, et en
malheureusement pu être, particulier chez les militaires
parfois, largement utilisé et en opération. Cela soulève
valorisé, notamment pendant un problème d’éthique :
certaines périodes de crise, a-t-on le droit de mener des
à tel point que la plupart des études sur un tel sujet et de
anglais pensent que pendant proposer éventuellement des
la bataille de Londres, il y a molécules stimulantes pour
eu plus de morts chez les permettre d’aller au-delà
pilotes de la Royal Air Force de la fatigue, voire jusqu’à
à cause des amphétamines27 l’épuisement ? Considérons
que du fait des Allemands par exemple des militaires
(lesquels étaient larges utili- se trouvant en Afghanistan,
sateurs d’une métamphéta- engagés dans des missions au
mine, la pervitine, appelée cours desquelles ils portent
« pilule de Göring »). Bien quarante-cinq à soixante kilos
que non vérifiée, cette asser- sur le dos pendant huit heures
tion est couramment admise. sur quinze cents mètres de
L’usage des amphétamines a dénivelé et devant revenir au
perduré très longtemps après pas de course, au cas où ils
la Seconde Guerre mondiale. se trouveraient pris à partie
En France, conscient des par des éléments ennemis.
conséquences néfastes résul- Dans quel état peuvent-ils
tant de cet usage, on avait se trouver ? Peut-on leur
décidé de s’intéresser à une proposer des produits qui vont
autre molécule, le moda- les aider à dépasser leurs
finil, stimulant supposé performances habituelles ?
dénué d’effets secondaires, Sans vouloir répondre à
jusqu’au jour où des rats cette question très difficile,
testés sont devenus psycho- il apparaît surtout impor-
tiques, intoxiqués par un tant de travailler sur l’étude
usage prolongé de la drogue. des mécanismes biochi-
Aujourd’hui, il ne semble miques de la fatigue pour les
pas qu’il existe de molécule comprendre, plutôt que pour
susceptible de maintenir le proposer nécessairement des
sujet éveillé pendant une solutions. Le même problème
période relativement longue se pose pour les athlètes de
très haut niveau qui doivent
régulièrement se dépasser,
27. À propos des amphétamines, et c’est l’objet de ce chapitre.
voir le Chapitre de J.-L. Veuthey. La
Mais commençons par le bon
métamphétamine a une structure
proche de l’amphétamine (elle côté des choses : l’exercice
comporte un groupe « méthyle » physique, c’est d’abord bon
138 supplémentaire). pour le moral.
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
physique et les modifications
1 L’exercice physique :
quels effets
sur la santé ?
biochimiques qu’elle entraîne
agissent sur les comporte-
ments. Mais comment ?
1.1. Les effets positifs
EFFETS DE L’EXERCICE
Aujourd’hui, c’est un fait
PHYSIQUE SUR
avéré, on sait que l’activité
LES COMPORTEMENTS
physique conduit à des modi-
fications biochimiques : l’ac- Une étude longitudinale
tivité musculaire influe sur portant sur
la neurochimie cérébrale 19 288 personnes âgées
et probablement, en consé- de 10 à plus de 60 ans,
quence, sur le comportement. suivies par questionnaire
En effet, de larges études de 1991 à 2002, montre
épidémiologiques montrent que ceux qui pratiquent
que lorsque les gens sont régulièrement des
actifs tout au long de leur activités physiques avec
vie, leur état mental s’amé- une certaine intensité
liore sur tous les plans. On sont moins anxieux,
sait aussi que certains traits moins névrosés, plus
de comportement sont plus extravertis, plus à la
sensibles que d’autres. Une recherche de sensations
des relations les mieux et plus impulsifs que les
établies est le fait qu’une acti- non sportifs [1].
vité physique régulière diminue
l’état d’anxiété : elle a une
action sur les états dépres- 1.2. Les effets négatifs
sifs, les névroses. En somme,
quand on pratique une acti- On sait aussi depuis les
vité physique régulière, on se années 1980 qu’a contrario,
sent mieux (Encart : « Effets l’excès d’activité physique peut
de l’exercice physique sur produire des effets tout à fait
les comportements »). Cette négatifs sur les comporte-
sensation de bien-être corres- ments. On a ainsi observé que
pond d’ailleurs à la définition l’effet de l’activité physique
du terme « santé » par l’Or- sur la santé mentale peut être
ganisation mondiale de la décrit par une courbe en U
santé (OMS)28. Notre première inversé, positif d’abord, négatif
hypothèse sera donc : l’activité ensuite. S’il pousse trop loin
ses efforts, le sujet souffrira
du syndrome de surentraî-
28. D’après le préambule de 1946 nement. D’une expression
à la Constitution de l’Organisation
mondiale de la santé (OMS)
complexe, sa définition repose
(signée le 22 juillet 1946 par les sur un point essentiel, une
représentants de 61 États lors de dégradation des performances
la conférence internationale sur physiques malgré la poursuite
la santé à New York) : « La santé de l’entraînement, associée à
est un état de complet bien-être une dégradation de la santé
physique, mental et social, et ne
mentale. Ces effets néga-
consiste pas seulement en une
absence de maladie ou d’infirmité ». tifs, exactement inverses des
Cette définition n’a pas été effets positifs, apparaissent
modifiée depuis cette date. à partir d’un certain seuil : 139
La chimie et le sport

augmentation de l’anxiété,
états dépressifs, troubles du QUELLES RELATIONS
sommeil, troubles du compor- ENTRE L’EXERCICE
tement alimentaire... Le tout PHYSIQUE ET NOS
est associé à des manifesta- COMPORTEMENTS ?
tions qu’on pourrait qualifier Les effets de l’activité
de périphériques, telles que physique, qui mettent
des douleurs musculaires, en évidence une action
la sensation de fatigue, des suivant une courbe en U
modifications cardiovascu- inversé sur l’état mental,
laires et des perturbations du ont servi de support à
système immunitaire (Figure 1 des hypothèses reliant
et voir le Chapitre de M.-F. les modifications neuro-
Grenier-Loustalot). endocriniennes de
La mise en évidence du l’exercice physique
syndrome de surentraîne- et les comportements :
ment a suscité des hypo- - Action sur le
thèses, résumées dans métabolisme des
l’Encart « Quelles relations neuromédiateurs
entre l’exercice physique et (paragraphe 2.1.).
nos comportements ? » Il est - Action endocrinienne
fort probable que les modifi- (paragraphe 2.2.).
cations métaboliques liées à - Action sur le débit
un excès d’activité physique sanguin cérébral
entraînent une baisse initiale (paragraphe 2.3.).
des réserves énergétiques, - Action sur la
responsable ultérieurement neurogenèse cérébrale
de modifications neuro-endo- (paragraphe 2.4.).
criniennes. Ces dernières - Hypothèse
Figure 1 agissent sur certains compor- endorphinique
tements, régulés au niveau (paragraphe 2.5.).
Chute inexpliquée du niveau de
performance malgré la poursuite neurochimique, en particulier
de l’entraînement, besoin de le sommeil, l’humeur ou le
sommeil accru, jambes lourdes, comportement alimentaire, la biochimie périphérique qui
perte du « goût » de l’effort, baisse comme nous l’avons évoqué en résulte et la biochimie céré-
de la capacité de concentration, ci-dessus. Ainsi pouvons-nous brale ? » Ces questions sont
anémie progressive… autant de poser la question : « quelles importantes sur le plan des
symptômes du surentraînement peuvent être les relations moyens à mettre en œuvre pour
qui aboutissent à une dégradation
entre le métabolisme résul- prévenir ou guérir le suren-
de la santé mentale du sportif.
tant des exercices physiques, traînement, dont certaines

Fatigue Douleurs musculaires

Troubles Syndrome du
du comportement Troubles
surentraînement du sommeil
alimentaire

Augmentation
de la fréquence cardiaque Perturbations du
et de la pression artérielle système immunitaire

Anxiété / Dépression

140
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
conséquences peuvent être est défini comme l’ensemble
graves, voire mortelles. des réactions biochimiques
qui se produisent dans le
corps humain, par opposi-
2 Quelles relations
entre métabolisme,
biochimie périphérique
tion au métabolisme céré-
bral. Ces deux métabolismes
la neurochimie sont séparés par la barrière
cérébrale ? hémato-encéphalique qui joue
le rôle d’un filtre sélectif.
HISTORIQUE Nous avons vu que l’exercice
DES OBSERVATIONS physique affecte l’humeur.
Cet effet est qualifié d’aigu
- Hypothèse des quand il suit immédiatement
endorphines, développée l’exercice musculaire, et il est
la première puis chronique quand il résulte
mise en doute par d’un entraînement régulier.
l’absence d’effet de Une première hypothèse pour
l’administration de expliquer cet effet est que les
naloxone*, antagoniste modifications du métabolisme
des endorphines périphérique vont moduler
(paragraphe 2.5). le métabolisme cérébral en
- Mise en évidence, influençant la disponibilité de
ensuite, d’une certains précurseurs de neuro-
augmentation du médiateurs (ou neurotrans-
métabolisme cérébral metteurs) qui vont traverser
de la sérotonine et la barrière hémato-encépha-
plus généralement lique et augmenter la synthèse
des monoamines sous cérébrale de certains neuro-
l’effet de l’exercice médiateurs, ces molécules
(paragraphe 2.2). qui transportent l’information
- Plus récemment, d’un neurone à l’autre (voir
description de la Figure 10). Mais comment
l’augmentation des expliquer le fait qu’un entraî-
facteurs de croissance et nement modéré améliore
des cytokines cérébrales l’humeur, alors qu’un entraî-
sous l’effet de l’exercice. nement intense et prolongé
(Figure 2) peut conduire à
*La naloxone est un une une dépression transitoire ou
molécule qui peut servir durable ?
d’antidote (antipoison)
Il a été montré que la répé-
aux opiacés, substances
tition d’exercices physiques
contenant de l’opium ou
intenses plusieurs jours
ses dérivés. Elle est utilisée
d’affilée diminuait dans le
en cas de surdosage, chez
muscle les concentrations
les toxicomanes le plus en glycogène29, notre réserve
souvent. énergétique. La diminution
de la disponibilité en subs-
trats glucidiques pousse
2.1. Action
alors l’organisme à utiliser
sur le métabolisme
des neuromédiateurs
29. Le glycogène est le polymère
Le métabolisme périphérique, sous la forme duquel est stocké le
lors de l’exercice physique, glucose dans notre corps. 141
La chimie et le sport

nine. Ce neuromédiateur est


impliqué dans la régulation
de nombreux comportements,
dont l’humeur, l’appétit ou le
sommeil. Ainsi, l’augmen-
tation du tonus sérotoniner-
gique30 exerce-t-il un effet
anorexigène et anxiogène.

2.2. L’action endocrinienne


En dehors des conséquences
purement énergétiques, l’exer-
cice physique agit sur la régula-
tion d’un grand nombre d’axes
endocriniens qui sont, eux
Figure 2 progressivement des subs- aussi, impliqués dans la régu-
trats lipidiques et protéiques. lation des comportements.
Comment expliquer le fait qu’un La relation supposée entre Le système le plus étudié est
entraînement intense et prolongé
fatigue et métabolisme celui des hormones stéroï-
puisse conduire à une dépression
transitoire ou durable ? protéique repose sur l’exis- diennes : de nombreux résul-
tence d’un lien entre le méta- tats concordent pour indiquer
bolisme des acides aminés, une baisse de la concentration
précurseurs des protéines de testostérone plasmatique
et utilisés comme substrats chez l’homme sous l’effet d’un
énergétiques, et la disponi- entraînement intense. Chez
bilité de certains neuromé- la femme, l’augmentation de
diateurs cérébraux impliqués la quantité de travail muscu-
dans la fatigue, dont le déter- laire est aussi associée à un
minant principal est la séroto- changement au niveau des
nine cérébrale : sa synthèse hormones ovariennes. Il est
augmente en même temps certain que ces modifications
que se prolonge et s’intensifie peuvent agir sur le fonctionne-
l’entraînement (Figure 3) [2]. ment cérébral.
On observe simultanément La modification du paysage
une incorporation des acides endocrinien concerne aussi
aminés dits « branchés » les glucocorticoïdes et prin-
(Encart : « Des acides aminés cipalement le cortisol31,
branchés impliqués dans les l’hormone du stress. Par
mécanismes de la fatigue ») exemple, l’exercice muscu-
dans les processus oxydatifs laire s’accompagne d’une
du métabolisme périphé- élévation permanente du
rique. Par des mécanismes taux de cortisol plasmatique ;
biochimiques complexes, il
en résulte une augmentation 30. Qui a trait au métabolisme de
de la production de trypto- la sérotonine.
phane au niveau du foie et une 31. Le cortisol est l’hormone la
amélioration de son passage plus active et la plus importante
à travers la barrière hémato- parmi les corticoïdes agissant
sur le métabolisme des glucides.
encéphalique. Le tryptophane
Corticoïde est le nom générique
est un acide aminé branché des hormones secrétées par les
dont la disponibilité favorise glandes corticosurrénales et de
142 la synthèse de la séroto- leurs dérivés synthétiques.
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
Effet des excercices
sur la régulation des acides aminés

HYPOTHÈSE
Effet sur la fatigue
Effet sur la perturbation du sommeil
5 HT
Effet sur la consommation
de protéine
Effet sur la régulation hormonale
Compétition pour la pénétration cérébrale des acides aminés branchés

TRP libre

Insuline
NH4
Acide
gras libre
TRP

TRP
lié

TRP

Diminution brutale
des protéines

Acides aminés
Boyau

DÉMONTRÉ
HYPOTHÈTIQUE

Figure 3
Effet de l’exercice dans la régulation d’acides aminés. La baisse de l’insuline, l’augmentation des acides gras
libres et de l’ammoniac (NH4) résultant de l’exercice musculaire conduiraient à une disponibilité accrue en
tryptophane (TRP) libre, ce qui favoriserait la synthèse cérébrale de sérotonine (5HT). Cette observation a permis
de proposer la théorie sérotoninergique de la fatigue. 143
La chimie et le sport

DES ACIDES AMINÉS BRANCHÉS, IMPLIQUÉS DANS LES MÉCANISMES DE LA FATIGUE


Il existerait un lien entre le métabolisme d’acides aminés branchés (leucine, isoleucine,
valine et tryptophane, Figure 4), utilisés comme substrats énergétiques protéiques lors
d’efforts physiques, et la disponibilité de certains neuromédiateurs cérébraux impliqués
dans la fatigue (comme la sérotonine).

CO2H CO2H CO2H CO2H

NH2 NH2 NH2 NH2


N
H
L-Leucine L-Isoleucine L-Valine L-Tryptophane

Figure 4
Parmi les vingt acides aminés naturels (procurés par notre alimentation), quatre possèdent une chaîne
latérale (en bleu) ramifiée ou dite « branchée » : la leucine, l’isoleucine, la valine et le tryptophane
(précurseur de la sérotonine : voir la structure Figure 6).

cette hormone a une puis- peut atteindre 25 litres par


sante action sur les compor- minute) augmente aussi le
tements, comme le montrent débit sanguin cérébral. Ce
les données obtenues sur l’hy- phénomène joue un rôle sur
percorticisme32 dans les états l’amélioration des fonctions
pathologiques, qu’ils soient du cerveau.
d’origine naturelle (comme
dans certaines maladies) ou 2.4. Action sur
résultant de l’injection de la neurogenèse cérébrale
substances corticoïdes.
Récemment, des chercheurs
Il faut aussi noter une modi- ont mis en évidence une
fication de l’ensemble du augmentation des facteurs
système sympathique qui de croissance neuronaux
se traduit par une diminu- sous l’effet de l’exercice (voir
tion de l’excrétion urinaire de l’Encart : « Effet de l’activité
certains neuromédiateurs, physique sur le vieillissement
des catécholamines (voir la neuronal » et le paragraphe 3).
Figure 6), en relation avec une
diminution de leur tonus adré- 2.5. L’hypothèse
nergique33, et cette inhibition endorphinique
a pu être reliée à la variabilité
Dès 1981, on a mis en évidence
de la fréquence cardiaque.
une augmentation des taux
2.3. Action sur le débit sanguins d’endorphines
sanguin cérébral lors des activités physiques.
On sait que les endorphines
L’augmentation du débit
cérébrales sont des neuro-
cardiaque qui se produit lors
médiateurs présentant une
de l’exercice physique (et qui
action analgésique. L’hypo-
thèse d’une morphinomanie
32. Présence d’une quantité
induite par l’exercice physique
trop importante de substances
corticoïdes dans le sang. qui expliquerait certains cas
33. Qui a trait au métabolisme de d’addiction à l’activité
144 l’adrénaline. physique a même été émise,
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
et abandonnée depuis. En n’est pas le seul neuromédia-
effet, le blocage pharma- teur à être modifié par l’exer-
cologique de l’action des cice physique (Figure 5). La
endorphines par l’adminis- neurochimie nous apprend
tration d’un antagoniste34, que les comportements sont
la naloxone, ne modifie pas le plus souvent dépendants
le comportement du sportif. de l’équilibre entre différents
Ce qui suggère que d’autres neuromédiateurs.
neuromédiateurs sont impli- Quels sont les effets des autres
qués dans ces effets, comme neuromédiateurs ? L’équipe
la sérotonine ou d’autres de Romain Meeusen à Louvain
monoamines (voir la Figure 6). a analysé l’évolution des
différents neuromédiateurs
2.6. Rôle de la sérotonine cérébraux : la noradrénaline
cérébrale dans le mécanisme (NA), la dopamine (DA) et la
de la fatigue liée au sérotonine (5-HT) (Figure 6).
surentraînement L’utilisation de techniques
de microdialyse cérébrale35
Pendant longtemps, on a
a montré que l’augmentation
cru que lors de l’exercice
des taux cérébraux de ces
physique, puisque le taux
différentes monoamines était
de sérotonine augmente et
très spécifique des différentes
puisque l’on est fatigué, il y
structures cérébrales. Les
devait y avoir une relation de
structures les plus sensibles
cause à effet entre ces deux aux modifications neuro- Figure 5
observations. Par ailleurs, chimiques dues à l’exercice La sérotonine agirait en fait
de nombreux travaux sur comme un neuromodulateur à la
les comportements avaient base de nombreuses fonctions, et
également mis en évidence le 35. La microdialyse cérébrale non comme un neuromédiateur.
rôle de cette molécule sur le permet l’étude in vivo du milieu À la différence de ce dernier, qui
sommeil, la prise alimentaire, extracellulaire cérébral. Elle assure la transmission de l’influx
nécessite l’introduction, dans le nerveux via des récepteurs des
les états dépressifs ou anxieux
cerveau, d’une sonde contenant neurones, un neuromodulateur
et la locomotion spontanée : la est une substance chimique
une membrane semi-perméable
baisse de la concentration en à l’eau et aux petites molécules, qui agit directement sur des
sérotonine jouerait un rôle sur permettant l’échange dans neuromédiateurs pour modifier
les mécanismes favorisant les les deux directions par simple leur libération ou sur leurs
états dépressifs, alors que son diffusion et le recueil d’un liquide récepteurs afin de modifier leur
augmentation serait géné- reflétant le milieu extracellulaire. sensibilité.
ratrice d’anxiété. Les études
pharmacologiques menées Comportements Activité
pour élucider le rôle de la Cycle motrice
veille sommeil
sérotonine ont conduit à des
résultats encourageants sur
des modèles animaux, confir- Système Vigilance

mant l’hypothèse d’une action sérotoninergique


de la sérotonine sur la fatigue. Thermorégulation Neuromodulateur
En revanche, les données du système
nerveux central
obtenues sur l’homme sont
Stress
beaucoup moins convain-
cantes. En fait, la sérotonine Modulation
neuro - endocrinienne Prise
Nociception alimentaire
34. Voir l’Encart : « Les antago- (perception des stimulations
produisant la douleur) 145
nistes de neuromédiateurs ».
La chimie et le sport

Figure 6 musculaire sont, outre le campe ventrale de rats, que la


striatum, le locus coeruleus, sérotonine augmente à l’issue
L’effet de l’activité physique le nucleus accumbens, l’hip- de trois heures de course mais
sur le moral est dû à l’action
pocampe et la substance noire que l’on peut bloquer cette
de multiples neuromédiateurs
cérébraux, molécules de la famille (voir la Figure 19 du Chapitre montée par l’administration
des monoamines. On peut citer d’A. Berthoz). Les résultats d’une molécule en compétition
la classe des catécholamines : montrent que les taux des au niveau du transporteur de
adrénaline, noradrénaline et neuromédiateurs cérébraux la barrière hémato-encépha-
dopamine. Leur sécrétion lors croissent pendant l’exercice lique. C’est effectivement
d’une activité physique induit des physique et diminuent après ce que l’on observe si l’on
modifications physiologiques : la fin de l’exercice (Figure 7).
augmentation de la fréquence
injecte de larges doses d’un
cardiaque, de la pression artérielle acide aminé branché tel que
et du taux de glucose dans le sang. 2.7. Compréhension la valine (Figure 8). Or, nous
Lors d’une période de stress, les des mécanismes d’interaction n’avons constaté aucun effet
taux de monoamines augmentent entre neurochimie sur les résultats obtenus par
également dans le sang. et métabolisme périphérique les animaux utilisés dans
lié à l’exercice musculaire : l’expérience : les rats présen-
Figure 7 influence des taux taient tous les mêmes perfor-
L’exercice physique augmente les de monoamines cérébrales mances, quelque soit leur taux
taux des différentes monoamines de sérotonine. Ces observa-
cérébrales, notamment dans le Nous avons montré, par micro-
tions renforcent le doute que
striatum. dialyse cérébrale de l’hippo-
l’on peut avoir quant au lien
possible entre sérotonine et
dopamine noradrénaline sérotonine
fatigue.
Augmentation (%)
Nous avons même montré que
250
l’exposition continue pendant
plusieurs semaines à des
200 taux de sérotonine cérébrale
très élevés « désensibilise »
150
les récepteurs cérébraux
100 de ce neuromédiateur. Cela
signifie que, sous l’effet d’un
50
exercice physique répété
0 quotidiennement et inhabi-
Exercice physique 40 60 80 100 120 140 160 180 Temps (min) tuel pour un organisme, des
146 taux très élevés de sérotonine
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
NaCI Valine sérotonine NaCI Valine tryptophane
160 180

160
140
140
120
120
100
100
% 80 %
80
60
60
40 40
Valine
Valine Valine
20 20

0 0
−60 −30 0 Exercice physique 150 180 210 240 270 -60 -30 0 Exercice physique 150 180 210 240 270
Temps (min) Temps (min)

induisent au bout du compte nement intense et sur Figure 8


une absence d’effets. l’apparition de signes de
L’exercice musculaire augmente la
surentraînement au niveau
Comme nous, Romain concentration de sérotonine dans
métabolique, endocrinien, le cerveau. Ce phénomène dépend
Meeusen s’est posé la ques-
comportemental et même d’un transporteur commun à celui
tion de la responsabilité des
immunitaire, ont conduit à se des acides aminés branchés tels
neuromédiateurs dans l’état
poser la question des rela- que la valine. L’injection de celle-ci
de fatigue. Il a administré empêche l’augmentation de la
tions de cause à effet entre
à des hommes volontaires sérotonine à l’exercice… mais sans
ces différents acteurs de la
(avec l’accord des comités effet sur la performance.
fatigue. Trois contraintes Protocole : 2 groupes de 7 rats.
d’éthique) différents antago-
principales semblent aboutir Injection dans l’hippocampe ventral
nistes : un antagoniste de la
au surentraînement : le déficit de solution saline (NaCl) et de
sérotonine (la fluoxetine), un
énergétique, le stress psycho- valine.
autre de la noradrénaline (la
logique et les perturbations
reboxetine), un autre encore
du rythme veille-sommeil.
de la dopamine (le bupropion)
et un antagoniste du couple Pour un même sujet, le seuil
sérotonine-noradrénaline (la de travail physique faisant Figure 9
venlafaxine) (Encart : « Les courir le risque de surentraî-
nement sera significativement La performance physique
antagonistes de neuromédia- des individus, mesurée en temps
teurs »). Il en a alors mesuré abaissé si l’on réduit l’apport
de pédalage, n’est quasiment
les conséquences sur la alimentaire. Plutôt que d’es- pas augmentée sous l’effet
performance de sujets à qui sayer de trouver des subs- d’antagonistes
on a demandé de pédaler tances pharmacologiques qui de neuromédiateurs.
jusqu’à épuisement. Seul un
léger effet de la noradréna-
Temps (min)
line a été mis en évidence, le 120
reste n’étant pas significatif
100
(Figure 9). Ainsi, un excès de
neuromédiateurs n’est pas en 80
soi responsable de la fatigue
60
cérébrale liée à un surentraî- 80,9 88,8 93,1 98,2 89,4
nement physique. 40

20
2.8. Influence de
l’alimentation sur la fatigue 0
Placebo fluoxetine venlafaxine reboxetine bupropion
Les connaissances recueillies
5-HT 5-HT/NA NA NA/DA
sur les effets de l’entraî- 147
La chimie et le sport

LES ANTAGONISTES DES NEUROMÉDIATEURS


Pendant une activité physique ou mentale, des influx nerveux sont émis dans notre cerveau
et des neuromédiateurs tels que la sérotonine sont transmis de neurone en neurone par libé-
ration dans la synapse et fixation sur les récepteurs du neurone post-synaptique (Figure 10).
Une partie de ces neuromédiateurs ne s’y fixe pas mais est recapturée ; cette recapture peut
néanmoins être inhibée par des molécules dites antagonistes de neuromédiateurs. Par défini-
tion, elles ont la propriété de se lier aux mêmes récepteurs que ces neuromédiateurs et de
bloquer ainsi leur activité. Par exemple la fluoxetine (initialement commercialisée sous le nom
Prozac®) est un antagoniste de la sérotonine : en tant qu’inhibiteur sélectif de sa recapture,
elle constitue une classe d’antidépresseurs. Au cours des travaux des équipes de R. Meeusen
et M. F. Piacentini en 2001, les antagonistes des neuromédiateurs suivants ont été testés sur
la performance de sujets au cours d’exercices physiques :
-Antagoniste de la sérotonine (5-HT) : fluoxetine (nom commercial Prozac®)
-Antagoniste du couple sérotonine/noradrénaline (5-HT/NA) : venlafaxine (nom commercial
Effector®)
- Antagoniste de la noradrénaline (NA): reboxetine (nom commercial Edronax®)
- Antagoniste de la dopamine (DA) : bupropion (nom commercial Zyban®)

Neurone
neuromédiateurs

Figure 10
Les neuromédiateurs (comme
la sérotonine, l’adrénaline, la
dopamine…) sont libérés au
niveau de la synapse et vont
se fixer sur des récepteurs
Récepteur Synapse post-synaptiques. C’est ainsi
que se transmet l’information
de neurone en neurone.

vont maintenir les perfor- supportent simultanément


mances de sujets fatigués, deux contraintes : la réduc-
essayons donc de trouver des tion du temps de sommeil
méthodes nutritionnelles plus et la fatigue physique. Sur la
adaptées. Figure 11 sont reportés les
Ayant mentionné précé- résultats observés sur deux
demment le rôle des acides populations : une population
aminés branchés sur le qui a reçu une alimentation
blocage de la synthèse de la équilibrée (histogramme
sérotonine cérébrale (voir les blanc), et une population qui a
Figures 4 et 8), nous avons reçu une alimentation hyper-
voulu savoir si une augmen- protéique enrichie en acides
tation de leur apport pouvait aminés branchés (histo-
modifier les relations entre gramme en noir). Les tests ont
fatigue et comportements porté sur les performances
[3]. Le thème retenu était physiques et mentales. Parmi
la fatigue des sportifs qui ces tests, l’évolution de la
pratiquent la course au mémoire dite à court terme
148 large, pendant laquelle ils a été examinée à l’issue de
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
cette période de navigation
avec privation de sommeil et Mémoire à court terme

fatigue physique. Au terme 10

Pourcentage d’erreurs lors des tests de mémoire


d’une période avec privation 9

de sommeil de 48 heures, 8

7
la mémoire à court terme 6 Alimentation équilibrée
semble mieux conservée 5 Régime hyperprotéiné

chez les sujets ayant reçu une 4

alimentation hyperprotéique 3

2
riche en acides aminés bran-
1
chés. Cet effet peut être relié 0
Avant Après
à leur potentiel d’action sur
la synthèse de la sérotonine
cérébrale.
On peut conclure de cette
étude qu’il semble bien que 2.9. Le rôle supposé Figure 11
lorsqu’on veut lutter contre de l’ammoniac
On observe un effet positif de la
une hypersérotoninergie par Une autre hypothèse évoque nutrition hyperprotéique sur la
une alimentation riche en le rôle possible d’une action mémoire à court terme après une
protéines, on n’obtient pas spécifique de l’ammoniac situation de réduction du temps de
d’effet sur la performance (NH3) au niveau cérébral, à sommeil chez des sportifs.
physique elle-même mais, en l’origine de la modification
revanche, une amélioration de du métabolisme d’un neuro-
certains comportements, et médiateur important : l’acide
parmi eux, celui qui semble γ-amino-butyrique » ou GABA
être sensible est la mémoire (Figure 12). Une augmen-
à court terme. Celle-ci est tation de l’ammoniac dans
d’ailleurs un très bon indica- différentes structures céré-
teur de la fatigue car c’est le brales de rats entraînés a été
premier comportement altéré observée (Figure 13). Or, on
sous l’effet d’un exercice sait que l’ammoniac joue un
physique épuisant. rôle important dans la trans-
A contrario, une diminu- formation du glutamate en
tion de l’endurance muscu- glutamine, dont la formation
laire a été observée après augmente en même temps
plusieurs jours d’un tel que celle d’ammoniac. En
régime associé à un exer- conséquence, le glutamate
cice physique prolongé. Le diminue ; or, la diminution
régime hyperprotéique riche du glutamate entraîne de
en acides aminés branchés manière significative la dimi-
n’est efficace qu’en prépara- nution du GABA, probable-
tion à des courses de courte ment l’un des acides aminés
durée, durant lesquelles il excitateurs de la motricité.
préserve les performances de Cette succession de réac-
mémoire, décroît la sensation tions en chaîne, en cours de
de fatigue et réduit les effets vérification, mériterait d’être
négatifs de la fatigue sur l’ac- explorée dans ses différentes
tivité spontanée36. modalités d’expression.

36. Précisons que l’activité l’enregistrement de la totalité des


spontanée est le volume total mouvements. Cette activité tend à
d’activité physique mesuré par se réduire sous l’effet de la fatigue. 149
La chimie et le sport

La fatigue : est-ce un phénomène


central et /ou périphérique ?
Exercice
ATP
ADP - débit glycolyse
- déplétion des substrats fatigue
IMP CNP APM énergétiques musculaire
- métabolisme des acide aminés branchés
Ammoniac

NH3
NH3
Fatigue
NH3 périphérique
Urée pl

Diffusion NH3 à travers


barrière hémato-encéphalique
stimule PFK
CPN accéleration
NH3 glycolyse
glutamate glutamine
C.K glutamine
synthèse 5-HT
DABA

- perte de coordination
dysfonctionnement
- ataxie
du système nerveux central
- coma/convulsion

Fatigue centrale

un effet antivieillissement
Figure 12
Composantes centrales de la
3 Effets protecteurs
à long terme
de l’activité physique
et que l’exercice musculaire
améliore le déclin cognitif lié à
fatigue : l’hypothèse « ammoniac »
l’âge de façon tout à fait signi-
de la fatigue.
L’exercice physique est signifi- ficative, probablement du fait
cativement associé à la réduc- d’une augmentation à la fois
tion des symptômes d’anxiété de la plasticité neuronale, de
et à ses indicateurs, mais l’in- la neurogenèse et de la vascu-
tensité de l’activité nécessaire larisation cérébrale. En effet,
ou minimale pour produire l’exercice musculaire agit sur
des effets est très discutée. On de nombreuses voies neuro-
sait maintenant qu’une acti- chimiques, et nous venons de
vité physique pratiquée tout voir que les principales modifi-
150 au long de l’existence a aussi cations et leurs conséquences
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
600 $ $
2.75
2.5 * *
500
NH3 plasmatique (μM)

2.25

NH3 stratum (μmol/g)


2
400
1.75
Rats non entraînés 1.5 Rats non entraînés
300
Rats entraînés 1.25 Rats entraînés
200 1
0.75
100 0.5
0.25
0 0
Repos Épuisement Repos Épuisement

$ $
2.25 2
2 * 1.75 *
1.75

NH3 cervelet (μmol/g)


NH3 cortex (μmol/g)

1.5
1.5 1.25
1.25
Rats non entraînés 1 Rats non entraînés
1
Rats entraînés Rats entraînés
0.75
0.75
0.5
0.5
0.25 0.25

0 0
Repos Épuisement Repos Épuisement

se situent au niveau du méta- des rats qui ont été soumis Figure 13
bolisme des monoamines à un exercice physique
(sérotonine, etc.). Plus récem- régulier, on a pu mettre en Étude du rôle de l’ammoniac NH3
et des systèmes glutamatergique
ment, on a identifié une action évidence une augmentation
et GABAergique. Les
sur la neurogenèse médiée de la neurogenèse (Figure 14). concentrations en ammoniac ont
par les facteurs de croissance Cette augmentation du été mesurées dans le plasma
de neurones (Encart : « Effet nombre de cellules neuro- sanguin ainsi que dans différentes
de l’activité physique sur le nales agit sur l’électrogé- régions du cerveau (striatum,
vieillissement neuronal ») nèse39 cérébrale qui est mise cortex, cervelet) chez deux groupes
en jeu dans la mémoire à long de vingt rats soumis à une course
Aujourd’hui, on a probable- à l’épuisement : un groupe de rats
ment isolé le médiateur de terme. Lorsqu’on soumet des entraînés et un groupe de rats
ces effets bénéfiques de rats à des stimulations de non entraînés. On observe une
l’activité physique : c’est un cette mémoire à long terme40, augmentation de l’ammoniac dans
facteur de croissance céré- on s’aperçoit que les animaux différentes structures cérébrales
« coureurs » ont des réponses de rats entraînés.
brale, le brain-derived neuro-
trophic factor (BDNF), qui électriques beaucoup plus
stimule la neurogenèse dans
le cerveau adulte. Cela a été porté par un anticorps, lequel va
mis en évidence par des expé- se lier spécifiquement à cette pro-
téine. Cette dernière va alors être
rimentations d’histomorpho-
visible par fluorescence.
métrie37. Par marquage en 39. L’électrogénèse est la
immunofluorescence38 sur production d’électricité par les
tissus vivants.
37. Analyse des tissus et organes. 40. La mémoire à long terme est
38. La technique de l’immunofluo- celle qui repose sur une stabilisa-
rescence est utilisée par les bio- tion des acquis. Elle s’oppose à la
logistes pour mettre en évidence mémoire à court terme qui n’as-
une (ou plusieurs) protéine(s) sure qu’un stockage transitoire
par l’injection d’un fluorochrome des éléments mémorisés. 151
La chimie et le sport

EFFET DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE SUR LE VIEILLISSEMENT NEURONAL


L’exercice physique joue un rôle neurotrophique (favorise le développement des neurones)
et neuroprotecteur chez l’adulte :

Rôle des neurotrophines L’exercice musculaire


(comme le facteur améliore le déclin cognitif lié à l’âge
de croissance cérébrale par augmentation de la plasticité neuronale,
BDNF) exprimées dans augmentation de la neurogénèse, augmentation de l’angiogénèse
de nombreuses régions
du système nerveux central
et du système nerveux périphérique
BDNF stimule la neurogénèse dans le cerveau adulte
(brain-derived neurotrophic factor)

Plasticité neuronale
Modifications morphologiques et physiologiques
des synapses en réponse à des changements
d’activité neuronale

10000 élevées que les animaux Une campagne de l’Institut


8000 « contrôle ». national de prévention et
6000 Encore plus significatives sont d’éducation pour la santé
Nombre de cellule

les expérimentations sur le (INPES) « Manger-Bouger »


4000

comportement animal, où l’on a récemment recommandé


2000
étudie l’apprentissage spatial trente minutes d’activité
0
dans un test appelé le laby- physique par jour. Formulée
Contrôle Coureur

rinthe en croix. Dans un laby- ainsi, cette recommanda-


rinthe, des rats doivent choisir tion est insuffisante. En effet,
Figure 14 les parcours leur permettant si une population effectue
de trouver de la nourriture. trente minutes d’activité
On constate que les rats modérée par jour, cinq jours
coureurs développent davantage On s’aperçoit alors que les
de neurones que les rats non rats qui ont été soumis à un par semaine, on ne se trouve
coureurs (« contrôle »). entraînement physique régu- que dans le seuil perceptible,
lier trouvent plus rapidement en termes d’épidémiologie,
leur chemin et ont des temps de l’effet bénéfique de l’acti-
de latence et de réponse plus vité physique sur la santé. En
courts. Il existe donc un effet revanche, on sait que cet effet
très significatif de l’activité augmente de façon linéaire
physique sur des fonctions avec l’intensité et le volume.
élaborées, comme la mémo- Ce qui veut dire que plus on
risation d’un trajet spatial et fait de l’exercice physique,
la mémorisation de conduites plus il est intense, meilleur
motrices à effectuer. L’ori- sera son impact.
gine en est probablement une Une autre conséquence impor-
synaptogénèse accrue, c’est- tante de cette approche touche
à-dire une augmentation un sujet de santé publique
des connexions entre les actuellement très préoc-
152 neurones (Figure 15). cupant. Comment prévenir
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
1000 a 40 b
Contrôle

800 Coureur
30
Chemin (cm)

Latence (sec)
600
20
400

10
200

0 0
1 2 3 4 5 6 1 2 3 4 5 6
Jours

l’obésité et le surpoids ? d’exercices, notamment chez Figure 15


Comment agir pour être effi- les jeunes, il faudrait proposer
cace ? Puisqu’il semble bien de jouer sur l’intensité de la Un entraînement physique régulier
favorise l’apprentissage spatial.
que de courtes périodes pratique sportive, davantage
Les rats entraînés ont besoin de
d’activités physiques très que sur son volume. Ce qui temps de réflexion plus courts
intenses (c’est-à-dire attei- amènerait à revoir quelque avant de se mettre en route, puis
gnant 80-90 % de l’intensité peu toutes les recommanda- trouvent leur chemin plus vite pour
maximale que peut supporter tions actuelles concernant les atteindre la nourriture.
un individu donné) sont plus activités physiques au bénéfice
efficaces que le volume total de la santé…

L’activité physique, un remède


à de nombreux maux contemporains…
L’évolution des idées et des faits dans le domaine
de la neurobiologie de l’exercice musculaire
montre qu’il existe une synergie entre les
modifications métaboliques périphériques et le
système nerveux central. En d’autres termes, il
n’y a pas d’un côté le muscle et de l’autre côté le
cerveau. Ces deux systèmes sont en permanente
communication. À tel point qu’on peut se poser
la question suivante : « le cerveau dispose-t-il
d’indicateurs du niveau de fatigue métabolique
qui conduira un individu à arrêter l’exercice
musculaire avant qu’il ne soit trop tard ? »
Cette hypothèse est retenue par de nombreux
chercheurs car elle repose sur des bases 153
La chimie et le sport

solides, bien qu’elle ne soit pas formellement


démontrée aujourd’hui. En supposant qu’il y ait
des indicateurs du métabolisme périphérique,
peut-être intramusculaires, et qui, soit par voie
sanguine soit par voie neuronale, informeraient
le cerveau des modifications de l’homéostasie
périphérique (c’est-à-dire de l’ensemble des
paramètres physico-chimiques de l’organisme
qui doivent être maintenus constants), on
peut penser que cela puisse entraîner une
diminution de la commande motrice. Mais ce
n’est encore qu’une hypothèse qui, pour être
levée, nécessite une parfaite connaissance de
cette chimie du vivant et la coopération entre
chimistes, biologistes, neurophysiologistes et
médecins.
Les effets comportementaux ne peuvent
se résumer à l’action d’un seul type de
neuromédiateurs, mais à des actions équilibrées
de l’ensemble des neuromédiateurs au sein
de zones cérébrales spécifiques. Ce point est
très important dans la prévention des attitudes
dopantes car il signifie qu’utiliser une seule
molécule dopante ayant une action sur un seul
type de neuromédiateurs est un mauvais pari,
parce qu’on prend le risque inhérent au dopage
sans obtenir les effets positifs escomptés
(voir notamment le Chapitre de M.-F. Grenier-
Loustalot). Il faut faire passer aux sportifs ce
message : « la fatigue centrale, la fatigue
neurobiochimique, résulte probablement
d’un équilibre entre sérotonine, dopamine,
noradrénaline, et probablement aussi
glutamate (GABA) ; une seule molécule ne
sera pas capable de lutter contre les effets de
la fatigue ».
Les données les plus récentes montrent qu’une
activité physique régulière peut moduler la
neurogenèse cérébrale par le biais de ses
154 réponses endocriniennes. L’hormone de
Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale :
effets sur la performance et la santé mentale
croissance, appelée somatotropine, secrétée
par la partie antérieure de l’hypophyse (voir le
Chapitre de J.-L. Veuthey), est probablement l’un
des effecteurs de la neurogenèse. La réponse
physiologique à l’exercice physique stimule
l’hormone de croissance et les facteurs de
croissance périphériques, les somatomédines27 41.

Ce point représente probablement un lien


entre la périphérie, la réponse hormonale
périphérique et la stimulation de la neurogenèse
cérébrale.
Cet aspect, tout à fait encourageant pour
l’avenir, soutient l’idée qu’une activité
physique pratiquée régulièrement tout au
long de l’existence sera un moyen efficace, à
l’échelon d’une grande société, pour ralentir,
voire prévenir le vieillissement cognitif qui est
inéluctable sans ce type de prévention.

41. Molécules dérivées de la somatomédine, hormone sécrétée par le


foie, comportant en fait deux substances : l’IGF1 et l’IGF2. Sa présence
dans le sang est indispensable à l’action biologique de l’hormone de
croissance sur le cartilage.

Bibliographie

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Stubbe J.H., Boomsma D.I., Physical exercise and brain
De Geus E.J. (2006). Regular monoamines: a review. Acta
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273-279. la tête. La Recherche, 40 : 48-51.

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