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Loi n° 2018-16 portant code pénal : chronique d’un quart de siècle « 

d’un accouchement
tant espéré ».

Dr. DJIBRIL Moudachirou (Docteur en Droit Public)

Ulfila W. AWANOU (Doctorant en droit Privé (UAC/Bénin)

Après plusieurs tentatives durant près d’un quart de siècle d’élaboration, le premier
code pénal « made by bénin », a vu enfin le jour. Cet « accouchement » a été effectif avec
l’adoption de la Loi n° 2018-16 portant code pénal en République du Bénin le 04 juin 2018
par l’Assemblée Nationale. Mais, l’élaboration législative aura duré près d’un quart de siècle.
En effet, le code pénal en vigueur jusqu’à ce jour est celui appelé « code Bouvenet » rendu
applicable en Afrique occidentale francophone par un décret du 6 mai 1877. Après les
indépendances, le législateur béninois aura du mal à « couper le cordon » avec le code
Bouvenet qui s’appliquera jusqu’à ce jour. Le texte n’a connu seulement que quelques
attouchements imposés par les temps que voulus. Il ne faisait pas de doute que le texte
colonial était devenu obsolète depuis fort longtemps, en dépit des multiples législations
modificatives ou complémentaires. L’idée du nouveau code pénal avait alors germé depuis
1995. Mais après plusieurs versions et plusieurs retouches, un accord semble avait été trouvé
et le premier code pénale véritablement béninoise est adopté le 04 juin dernier. Bien que le
nouveau « bijoux  » ne soit pas encore vigueur, l’on peut se permettre quelques observations
sur cet important instrument juridique dont le Bénin vient de se doter. A la lecture du texte
adopté, il ressort principalement qu’il s’agit d’un code innovant tant dans la forme que dans
son fond.

Relativement à la forme deux remarques importantes peuvent être portée sur le


nombre d’articles contenus dans le code. Mille huit (1008) est désormais le nombre total
d’articles que compte le code pénal contrairement à l’ancien qui ne comptait qu’environ 486
articles outre les textes pénaux spécifiques. On s’imagine logiquement que le volume du code
a essentiellement augmenté. Il s’agit d’une nouveauté mais aussi d’une particularité par
rapport au code pénal français actuellement en vigueur qui compte que… La particularité du
nouveau code béninoise par rapport à celui français reste l’option traditionnelle de la
numérotation continue des articles que le législateur béninois a adoptés contrairement à la
nouvelle numérotation indiciaire.

La structure du code a connu aussi quelques spécificités. Structuré en cinq (IV) livres
repartis inégalement, le nouveau code a consacré les premiers et dernier livres respectivement
aux dispositions générales et celles finales. Il faut dire que le livre premier consacré aux
dispositions générale, reste le siège des principes fondamentaux du nouveau droit pénal
béninois notamment en ce qui concerne la loi pénale (Titre I), la responsabilité pénale (Titre
II) ou les peines (Titre III). Le Livre Deuxième pour sa part réservée aux infractions de crimes
et délit ainsi qu’à leur répression. Dans le Livre le législateur a maintenu la distinction
classique des crimes et délits contre la chose publique (Titre I) d’avec ceux dirigés contre les
particuliers (Titre II). Enfin, le Livre III est consacré aux contraventions de police et aux
peines. Le livre ne compte que deux chapitres réservés respectivement aux peines (Chapitre I)
et aux contraventions et aux peines y afférentes (Chapitre II). Le Livre IV ne comporte que
les trois derniers articles ne concernent que les dispositions finales.

Pour ce qui des innovations substantielles, en dépit des constances, le législateur a


intégré les textes spécifiques épars dans le nouveau code pénal d’une part et a consacré de
nouvelles infraction d’autre part. Les unifications ou intégrations dans le nouveau code ne
sont assez nombreuses. Ainsi en est-il par exemple, de la sorcellerie, du charlatanisme et des
actes d’anthropophagie qui sont désormais des infractions pénales introduites dans le code
pénal à travers respectivement les articles 457, 458 et 459 du nouveau code pénal. Les peines
pouvant aller de la criminelle à temps de dix (10) ans à vingt (20) ans. C’est avec une
certaines sévérité que le législateur entend interdire désormais de telles pratiques pouvant
porter atteinte à la vie des particulier au des troubles à l’ordre public. Il en est de même de la
répression des infractions commises par voie de presse et de communication audiovisuelle
que le législateur a entendu intégrées dans le nouveau code pénal. Les articles 454 à 456 en
sont les sièges. Les exemples sont nombreux. Mais ce qui peut le plus retenir l’attention dans
les innovations quant au fond, est aussi la consécration des infractions nouvelles. Une
illustration pourrait retenir l’attention : il s’agit de l’interdiction de la vente de l’essence de
contrebande dite « essence frelatée ou kpayo ». La commercialisation autant que
l’introduction desdits produits pétroliers constituent désormais un délit passible

En effet, conformément aux termes de l’Article 929 du nouveau code pénal : « Le commerce
des carburants, notamment l’essence super, l’essence tourisme, le pétrole, le gasoil, le mélange deux
temps, ainsi que celui des lubrifiants aux abords des rues, dans les agglomérations et tout endroit
autre que les dépôts et installations des distributeurs et sociétés pétrolières régulièrement agréés en
République du Bénin est prohibé ». l’article 930 du code précise que l’introduction ou la
commercialisation illicite de tel produits pourrait donner lieu à des sanction telles que la confiscation
des produits et des moyens de transport, une amende égale au double de la valeur des produits saisis
ou un emprisonnement ferme allant de trois (03) mois à trois (03) ans. Il s’agit là d’une véritable
audace législative. Mais reste à s’interroger sur l’efficacité d’une telle mesure. Car s’il vrai que
« l’enfer juridique est sans douté pavé de bonne intention législative »1, c’est à la condition préalable
que le législateur se soit assurer de « l’art de bien rédiger les lois »2.

1
G. CORNU « La bonté du législateur », RTD civ. 1991, p. 283. ou L’art du droit en quête de sagesse », PUF,
1998, p. 347, spéc. p. 348.
2
G. RIPERT, Les forces créatrices du droit, LGDJ, 1955, n° 122.