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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

PREFACE
Ce document d'évaluation prend en compte plus de 27 exercices entièrement
corrigés afin de vous permettre de vous évaluer et valider vos acquis. Le droit
pénal général est l'une des matières les plus importantes en Licence II de droit
ivoirien. Il vous est donc indispensable de vous exercer dans le but de faciliter la
compréhension de cette matière.

Les exercices proposés dans ce document sont divers. Il s'agit entre autres des
questions de compréhension de cours, des cas pratiques, des dissertations, des
commentaires et analyse d'arrêt.

NB : Ce manuel a été mis à jour avec les dispositions de la récente


Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 (telle que modifiée par la Loi
constitutionnelle de 2020) et du Nouveau Code pénal (N.C.P) 2019.

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Table des matières

Questions - réponses .............................................................................................................................. 6

Dissertation juridique.......................................................................................................................... 26

Analyse d'arrêt .................................................................................................................................... 48

Cas pratique ........................................................................................................................................ 55

Commentaire de texte ....................................................................................................................... 101

DOCUMENTS PROPOSES.............................................................................................................. 104

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La loi n° 2016-555 du 26 juillet 2016 relative à la protection des


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EXERCICES ET CORRIGES
DE DROIT PENAL GENERAL

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Questions - réponses

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NOTIONS ELEMENTAIRES

1- Pourquoi étudier le droit pénal général ?

L'étude de la prévention et de la répression des faits antisociaux constitue l'objet du


cours de droit pénal général.

2- Qu'est-ce que le droit pénal général ?

Le droit pénal général est l’ensemble des règles édictées par les pouvoirs publics
pour protéger les valeurs sociales fondamentales.

3- Quel est l'objet du droit pénal ou droit criminel ?

Le droit pénal ou droit criminel a pour objet de provenir par la menace d’une
sanction, tout fait, action ou omission, qui trouble ou est susceptible de troubler
l'ordre ou la paix publique.

4- Quelles sont les trois fonctions essentielles du droit pénal ?

a- La fonction répressive : le terme droit pénal ou droit répressif se réfère à l'une


des fonctions les plus anciennes de la matière, celle de punition.

Ainsi, contrairement au droit civil qui a pour objet la réparation des préjudices
causés à autrui, le droit pénal vise l’application d’une sanction pénale au
délinquant.

b- La fonction expressive : Le droit pénal exprime les valeurs fondamentales que


les pouvoirs publics se doivent de protéger.

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c- La fonction protectrice : Le droit pénal protège les citoyens contre la


délinquance.

5- Comment le droit pénal arrive-t-il à appréhender le phénomène criminel ?

Le droit pénal se fixe comme but d'analyser la criminalité en s'appuyant sur la


notion d'infraction. De ce point de vue, il étudie la criminalité et les infractions.

6- Pourquoi dit-on que la criminalité est à la fois un phénomène social et


humain ?

a- La criminalité est un phénomène social, car elle est constitutive par un trouble
ou une atteinte à l'ordre social, résultant de la violation d'une norme de conduite.

b- La criminalité est un phénomène humain, car le crime ou l’infraction est un fait


humain, c’est-à-dire provenant de l’homme.

C'est la raison pour laquelle Adrien Charles soutient que : « l’infraction constitue
à sa base un fait humain qui désolidarise l'homme de la société ».

7- Quels sont les éléments à prendre en compte dans l'étude de la criminalité ?

Étudier la criminalité revient à prendre en compte le criminel dans ses agissements,


son comportement, et surtout sa psychologie.

8- Le droit pénal est-il une branche du droit public ou du droit privé ?

À la lecture de la définition précédente, l'on est tenté d’admettre que le droit pénal
appartient aux matières formant le droit public. En effet, c'est à l'Etat et seulement
à celui-ci que revient le droit de fixer la liste des interdits, d'organiser la poursuite
et d’assurer la répression des comportements prohibés.

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Avec le droit public il y a des délits qui font appel à la notion de fonctionnaire.
C’est le cas de la corruption et de l'outrage à un fonctionnaire.

Le droit pénal entretient des rapports avec le droit constitutionnel.

Ex : la suppression de la peine de mort en Côte d’Ivoire relève de la


constitution du 1er août 2000.

Toutefois, le droit pénal entretient des liens très étroits avec le droit privé, le procès
pénal dans lequel la victime, personne privée voit son rôle grandissant, met en jeu
les intérêts fondamentaux de la personne poursuivie.

Ceci explique en partie que le droit pénal soit enseigné dans nos facultés de Droit
par des enseignants privatistes. Avec le droit privé, le droit pénal intervient pour
renforcer la sanction civile jugée insignifiante ou peu intimidante : c’est le cas de
la bigamie. Également d'autres matières de droit privé comme le droit du travail, le
droit des sociétés, etc.

Au total, la nature du droit pénal interdit de le rattacher entièrement au droit public


ou au droit privé. C'est un droit mixe, même si certains auteurs affirment que c'est
un droit autonome.

9- Quelle est la source fondamentale du droit pénal ?

C'est le code pénal qui est un répertoire des infractions et des peines applicables ;
même s’il existe de nombreux textes contenant des infractions dont le code du
travail, l'Acte Uniforme relatif aux sociétés commerciales, etc.

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10- Quelle est la distinction entre droit pénal de fond et droit pénal de forme ?

Une division classique consiste à distinguer le droit pénal de fond et droit pénal de
forme.

Le droit pénal de fond :

- fixe le champ des interdits ;

- détermine les conditions de la responsabilité pénale ;

- et en précise les conséquences en terme de sanctions encourues.

Quant au droit pénal de forme ou procédure pénale, il définit la manière de


procéder pour la constatation des infractions, le jugement de leurs auteurs et
l'indemnisation des victimes.

11- À partir de quel moment, le droit pénal s'applique-t-il ?

Droit pénal pour s'appliquer suppose inévitablement la tenue des procès, du moins
une intervention judiciaire. La procédure pénale apparaît dès lors comme le trait
d'union entre l'infraction et la peine. Ce lien transparaît également dans le droit
pénal spécial qui bien qu'habituellement présenté au côté du droit pénal général
comme relevant du droit substantiel, mêle les règles de forme et de fond.

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LA NORME PENALE

Questionnaire

1- Qu'est-ce qu'une infraction ? Comment est-elle sanctionnée ?

L'infraction est définie par l'article 2 du Nouveau Code pénal (C. P) comme : «
tout fait, action ou omission, qui trouble ou est susceptible de troubler l'ordre ou la
paix publique en portant atteinte aux droits légitimes soit des particuliers, soit des
collectivités publiques ou privées et qui comme tel est légalement sanctionné ».

La sanction de l'infraction : Selon l'article 6 du N.C.P, l'infraction est sanctionnée


par des peines et éventuellement, par des mesures de sûreté.

La peine a pour but, la répression de l'infraction commise et doit tendre à


l'amendement de son auteur, qu'elle sanctionne soit dans sa personne, soit dans ses
biens, soit dans ses droits ou son honneur.

La mesure de sûreté se propose de prévenir par des moyens appropriés toute


infraction de la part d'une personne qui présente un danger certain pour la société
en raison de sa tendance à la délinquance.

2- Qu'est-ce que le principe de la non-rétroactivité de la loi pénale ?

Le principe de la non rétroactivité qui signifie que la loi dispose pour l'avenir,
interdit en matière pénale, qu'une loi nouvelle plus sévère s'applique à des fait
commis avant son entrée en vigueur.

Selon l'article 24 du Code pénal, toute disposition pénale nouvelle s'applique aux
infractions qui n'ont pas fait l'objet d'une condamnation devenue définitive au jour
de son entrée en vigueur, si elle est moins sévère.

Il intervient lorsque la loi pénale change entre le moment où l'infraction a été


commise et le jour où la condamnation est devenue définitive.

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« Il n'est pas possible dans un état de droit de punir une personne au nom
d'un texte dont il ne connaît l'origine de son entrée en vigueur ».

Les lois soumises au principe de non-rétroactivité sont pour l'essentiel les lois
pénales de fond, c'est-à-dire les lois créant ou élargissant une incrimination,
aggravant les peines, aménageant une circonstance aggravante, supprimant ou
réduisant une cause d'exonération.

Exception : le principe ne s'applique pas lorsque la loi nouvelle est plus douce ; si
c'est une loi relative à l'exécution des peines, à une mesure de sûreté ; si c'est une
loi de forme.

3- Qu'est-ce que le contrôle de la légalité d'un texte pénal ?

Il consiste à vérifier la conformité de la loi à une norme. Il peut porter soit sur le
fond du droit (contrôle de la légalité interne), soit sur le respect des formes
(contrôle de la légalité externe).

S'agissant des lois et autres textes ayant valeur législative :

Le pouvoir de contrôle de la légalité interne se ramène à la vérification de la


conformité de la loi avec un texte supérieur qui ne peut être autre que la
constitution ou un traité international. L'article 253 1°) N.C.P interdit au juge de
procéder à un tel contrôle de constitutionnalité. En revanche, on pourrait
reconnaître au juge pénal, un contrôle de la légalité externe : dans cette optique, le
juge pourrait vérifier si la loi a été régulièrement promulguée et publiée.

En tout état de cause, qu'il s'agisse d'un contrôle de la légalité externe ou interne,
celui-ci ne peut se faire que par voie d'exception (la partie poursuivie soulève
l'illégalité du texte servant de base aux poursuites).

De ce fait, si le juge admet, l'exception, cette solution ne vaut qu'à l'égard des
parties aux procès. Cela signifie que si d'autres personnes sont poursuivies sur la
base du même texte et si l'exception d'inégalité n'est pas soulevée, elles pourraient
être condamnées.

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4- Quelles sont les sanctions encourues par le juge pénal en cas de non respect
du principe de la légalité ?

En principe, le juge n'encourt pas de sanction directe pour non respect du principe
de légalité. Néanmoins, en cas de fraude ou de concussion, (consiste, pour une
autorité publique à percevoir une somme non due) il peut faire l'objet de procédure
de prise à partie.

En revanche, sa décision encourt la reformation en appel et la cassation par la Cour


Suprême.

5- Qu'est-ce que le principe de la personnalité active ? Donnez en un exemple


d'application.

Le principe de la personnalité active est le principe selon lequel un fait commis à


l'étranger peut être jugé par les juridictions ivoiriennes appliquant la loi ivoirienne
s’il a été commis par un ressortissant ivoirien.

On prend comme critère de compétence, la nationalité de celui qui a commis


l'infraction. C'est la personne (personnalité) de l'auteur de l'action (active) qui est
pris compte.

Exemples :

-- L'article 703 alinéa 1er du Code de Procédure Pénale prévoir que les faits
qualifiés crime ou délit par la loi ivoirienne et commis à l'étranger par un ivoirien
peuvent être jugée en Côte d’Ivoire. Pour les délits certaines conditions de fond et
de procédure doivent être remplies.

-- L'article 19 du Code Pénal prévoit que les juridictions ivoiriennes peuvent


juger les faits commis sur un navire étranger dans les eaux territoriales de la Côte

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d'Ivoire, si l'auteur (personnalité active) ou la victime (personnalité passive) est


ivoirien (ne).

6- Dans quel cas, une loi pénale peut-elle rétroagir ?

Selon l'article 24 alinéa 1er du Nouveau Code Pénal, la loi peut rétroagit dans
trois cas :

1- La loi nouvelle est moins sévère que l'ancienne.

2- Il s'agit d'une loi de procédure.

3- Il s'agit d'une loi relative à une mesure de sûreté.

Dans tous les cas, la rétroactivité ou application immédiate ne s'applique que si les
faits ne sont pas définitivement jugés.

7- Que signifie le principe de l'interprétation stricte ? Quels en sont les buts et


les fondements juridiques ?

En vertu du principe de l'interprétation stricte, le juge doit faire une application de


la stricte volonté du législateur. Il doit s'en tenir au texte lorsqu'une volonté se
dégage clairement de ses termes. À défaut, il doit la rechercher sans toutefois se
contenter d'un raisonnement par analogie.

Il est prescrit dans les buts suivants :

a- respecter le principe de la séparation des pouvoirs et éviter de substituer le


juge au législateur,

- éviter l'arbitraire dans les jugements,

- sauvegarder les libertés et les droits de l'individu.

Il est fondé sur les articles 7 de la Constitution de 2016, plusieurs conventions


internationales dont le pacte des nations unis sur les droits civils et politiques et la

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Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, les articles 2 et 14 du Code
Pénal.

8- Quel est le lieu et le moment de commission d'une infraction d’habitude ?

L'infraction d'habitude est constituée par la réalisation de plusieurs faits identiques


dont chacun pris isolement ne serait pas constitutif de cette infraction. L'habitude
est constituée dès le deuxième fait.

Ex : exercice illégal de la médecine, mendicité.

Le lieu de commission peut être :

- l’endroit où est accompli chacun des faits qui constitues l'infraction ;

- le lieu de son but immédiat ou de son résultat.

Le moment de commission, ou celui du dernier des faits constitutifs reprochés à


son auteur.

9- Qu'est-ce que le principe de l'interprétation stricte de la loi pénale ? À quel


principe est-il opposé ?

Le juge répressif doit appliquer strictement la loi pénale. Il doit procéder à une
confrontation rigoureuse entre les faits reprochés et le texte qui est applicable.

Si les faits ne sont susceptibles d'aucune qualification pénale, le juge ne peut


prononcer aucune sanction. Il doit interpréter strictement la loi pénale. Cela
signifie qu'en présence d'un acte A non expressément prévu et réprimé par la loi
pénale, mais analogue (ressemblant beaucoup) à un autre acte B, constituant une
infraction, le juge ne peut appliquer les pénalités prévues pour l'acte B. En effet,
l'extension d'un texte à une situation voisine, mais non expressément prévue,
constitue un raisonnement par analogie. Celui-ci est formellement interdit par
l'article 16 alinéa 2 N.C.P. Sans, cette interdiction, le juge aurait le pouvoir de

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créer des infractions. En vertu donc de cette disposition de l'article 16 al. 2 N.C.P,
le principe de légalité n'est pas compatible avec les incriminations larges.

La règle de l'interprétation stricte qui constitue une des règles les plus importantes
du droit pénal doit être précisée à trois points de vue :

a- Tout d'abord en présence d'une loi obscure et douteuse, cette règle n'autorise pas
un refus d'interprétation de la part du juge. Celui-ci doit utiliser tous les moyens à
sa disposition pour en découvrir le sens.

b- Ensuite, cette règle n'interdit pas au juge de rectifier une erreur matérielle, c'est-
à-dire de rédaction.

c- En outre, il est permis au juge d'appliquer un texte à des situations qui ne


pouvaient être prévues à l'époque de la rédaction de celui-ci. Ce raisonnement qui
permet de « moderniser » un texte et qui n'est pas interdit par la règle de
l'interprétation restrictive de la loi pénale, s'appelle une interprétation téléologique
(opposée au principe de l'interprétation stricte).

L'interprétation téléologique de la loi pénale consiste à adapter la loi pénale lors


de son application par le juge pénal en empruntant l'esprit du législateur au
moment où il l'édictait.

Ex : La réglementation sur la navigation des bateaux à vapeur sans prévoir celle


des bateaux à gaz. En effet, il est nécessaire d'adapter la loi répressive aux formes
nouvelles de délinquance, alors même que le législateur lorsqu'il l'édictait, en
ignorait les effets du progrès.

Le juge répressif ne peut prononcer que les peines prévues par la loi, dans les
limites et les conditions légales.

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Article 23, al 1 N.C.P: « Nul ne peut être poursuivi ou jugé en raison d'un fait
qui aux termes d'une disposition nouvelle ne constitue plus une infraction ».

Si antérieurement à cette disposition, des peines et mesures de sûreté ont été


prononcées pour ce fait, il est mis fin à leur exécution à l'exception de
l'internement dans une maison de santé et de la confiscation par une mesure de
police.

Toutefois, en cas d'infraction à une disposition pénale sanctionnant une prohibition


ou une obligation limitée à une période déterminée, les poursuites sont
valablement engagées ou continuées et les peines et mesures de sûreté exécutées
nonobstant la fin de cette période.

10- En matière pénale, quelles sont les techniques d'interprétation retenues ?

En matière pénale, trois techniques d’interprétation sont retenues :

- l’interprétation littérale ;

- l'interprétation analogique ;

- l'interprétation téléologique.

a. L’interprétation littérale privilégie un strict attachement à la lettre de la loi. En


cas de conflit, entre la lettre et l'esprit de la loi, la lettre doit l'emporter.

b. L’interprétation analogique est dite par une extension ; une analogie à remédier
aux lacunes du législateur surtout lorsque le texte est favorable à l'inculpé.

c. Quant à l'interprétation téléologique elle amène le juge à rechercher la véritable


volonté du législateur.

Lorsque la loi est ambiguë, il faut pénétrer l’esprit.

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Cette technique d'interprétation permet d'actualiser le texte. Un exemple célèbre


tiré de la jurisprudence française permet d’éclairer ce dernier point.

Il s'agit d'un propriétaire de bateau à moteur Diesel qui était poursuivi pour
navigation sans permis. Or, le texte applicable interdisait de faire naviguer sans
permis les bateaux à vapeur.

Le propriétaire du bateau fut néanmoins condamné, car le texte avait été rédigé à
une époque où l’homme ne connaissait pas d’autres procédés de propulsion
mécaniques des bateaux que la machine à vapeur.

De plus, ce texte visait tous les bateaux à propulsion mécanique par opposition aux
bateaux à rames ou à voile.

Il faut préciser que la règle de l'interprétation restrictive ne vaut que pour les règles
pénales de fonds à l'exclusion des lois pénales de procédure.

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L'INFRACTION PENALE

Questionnaire

1- Quelle est la différence entre infraction et délit civil ?

L'individu, par son fait peut causer un préjudice à autrui ; il sera donc condamné à
lui verser des dommages et intérêts.

Une action ou une abstention, si préjudiciable soit-elle à l'ordre social ne peut être
sanctionnée par le juge que lorsque le législateur l'a visé dans un texte et interdite
sous la menace d’une peine.

Autrement dit, elle ne constitue une infraction que si et parce que la loi l'a prévu et
puni. C'est le principe de légalité criminelle.

2- Quelle est la différence entre infraction et les autres faits antisociaux ?

- La religion condamne certains comportements qui au plan pénal ne sont pas


infractionnelles. Ex : la gourmandise, les envies excessifs, etc.

- De même, la morale condamne certains comportements qui sont autorisés


pénalement. Ex : le fait de manquer de respect à son aîné est condamné par la
morale et non pénalement.

Comment définit-on l'infraction.

ARTICLE 2 (N.C.P) : «Constitue une infraction tout fait, action ou omission,


qui trouble ou est susceptible de troubler l'ordre public ou la paix sociale en
portant ou non atteinte aux droits des personnes et qui comme tel est
légalement sanctionné ».

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3- Quels sont les éléments constitutifs de l'infraction ?

Pour qu'une infraction soit légalement sanctionnée, il faut obligatoirement la


réunion des trois éléments suivants :

- L’élément légal : Il n'y a pas d'infraction ou de sanction sans texte. L'infraction


est définie à l'avance par des textes de loi.

- L'élément matériel : L'infraction se caractérise par un élément matériel qui peut


être une action ou une omission.

- L'élément intentionnel : L'infraction suppose que l'auteur ait agi volontairement.


Il sait très bien que le fait est incriminé par la loi, et agit en connaissance de cause.

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LE PRINCIPE DE LA LEGALITE CRIMINELLE

Questionnaire

1- Qu'est-ce que le principe de la légalité criminelle ?

Le principe de la légalité généralement exprimé par la maxime « nullum crimen,


nulla poena sine lege » résulte des articles 7 et 8 de la déclaration des droits de
l'homme et du citoyen.

Article 8 : « La loi ne peut établir que des peines sainement et évidemment


nécessaires et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et
promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée ».

L'article 7 précise quant à lui, que : « Nul homme ne peut être arrêté ni détenu
que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites ».

Le principe est énoncé par l'article 14 du code pénal ivoirien : « Le juge ne peut
qualifier d'infraction et punir un fait qui n'est pas légalement défini et puni comme
tel. Il ne peut prononcer d'autres peines et mesures de sûreté que celles établies
par la loi et prévues pour l'infraction qu'il constate ».

Il signifie que seule la loi est compétente pour tout selon l'adage tout vient de la loi.
Le juge applique la loi et il ne lui est pas permis de créer de nouvelles infractions
non prévues par la loi. Ce principe est présenté comme une garantie essentielle de
la liberté individuelle et de la sécurité juridique.

En effet, la Constitution ivoirienne de 2000 a depuis, institué le principe de la


séparation des pouvoirs en vertu duquel seul le législateur, c'est-à-dire le
Parlement a le pouvoir de voter la loi ; seul l'exécutif a le pouvoir de diriger,
d'administrer le pays selon les lois en vigueur ; seul le pouvoir judiciaire peut

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rendre la justice au nom du peuple. Autrement dit, chacun des pouvoirs est
indépendant par rapport aux autres, tout en devant les respectez.

Il en résulte que seul le Parlement qui a l'initiative de la loi a compétence pour


déterminer les infractions pénales et leurs sanctions. Le Juge quant à lui, applique
uniquement la loi. Il ne lui est donc pas permit de créer de nouvelles infractions
non prévues par loi. Cette règle fondamentale est appelée le principe de la légalité
des infractions pénales et de leurs sanctions.

En Côte d'Ivoire, il a été transposé dans les constitutions de 1960, 2000 et de 2016,
et surtout reprit par l'article 14 du code pénal de 2019 qui dispose que : « Le juge
ne peut qualifier d'infraction et punir un fait qui n'est pas légalement défini et
puni comme tel ».

2- Comment justifier le principe de légalité criminelle ?

a- Ce principe se justifie par des considérations d'intérêts public et privé. En


confiant à la loi le soin de déterminer les actes punissables et les peines applicables,
on donne à la sanction pénale une certitude qui renforce son pouvoir d’intimidation
et dont la société ne peut que profiter. En effet, le principe assure la dissuasion des
candidats au crime par l’indication préalable des infractions et des peines. Certains
auteurs tels BECCARIA, PORTALIS, soutiennent que : « le législateur ne doit
point frapper sans avertir ».

b- Il constitue par ailleurs l’une des garanties essentielles de la liberté individuelle :


il protège le citoyen contre l'éventuel arbitraire du pouvoir politique et du juge.

c- Il se justifie en outre par la nécessité de respecter la règle de la séparation des


pouvoirs qui interdit au juge d'empiéter sur le pouvoir législatif et donc de faire
des lois. (ARTICLE 14 N.C.P : « Le juge ne peut qualifier d'infraction et
punir un fait qui n'est pas légalement défini et puni comme tel ».)

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3- Quels sont les corollaires (conséquences) du principe de la légalité


criminelle ?

Il découle de ce principe deux conséquences :

- L'interprétation restrictive de la loi pénale ;

- L'application de la loi pénale dans le temps avec le principe de la non


rétroactivité de la loi pénale

Par ailleurs, il convient d'élucider une question non moins importante : le principe
de la territorialité de la loi pénale.

4- Quelles sont les conditions de sanction d'une infraction ?

Une action ou une abstention, si préjudiciable soit-elle à l'ordre social ne peut être
sanctionnée par le juge que lorsque le législateur l'a visé dans un texte et interdite
sous la menace d’une peine. Autrement dit, elle ne constitue une infraction que si et
parce que la loi l'a prévu et puni. C'est le principe de légalité criminelle.

5- Quelle est la force actuelle du principe de la légalité criminelle ?

Le principe de la légalité criminelle n'a plus la même force qu’elle avait à ses
débuts. En effet, la seule source du droit pénal au début était la loi, entendue
comme la norme votée par le Parlement. Par exemple, en vertu de l'article 101 de
la constitution ivoirienne du 8 novembre 2016, il revient à la loi de déterminer
les crimes et les délits ainsi que les peines qui leurs sont applicables.

Cependant, au fil du temps, le pouvoir exécutif est entré en concurrence avec le


pouvoir législatif en matière de création des infractions. Par conséquent, le
principe de la légalité renvoie actuellement non seulement à la loi stricto sensu,
mais aussi aux règlements. En effet, si les crimes et les délits sont créés par le
législateur, la détermination des contraventions relève de la compétence des
décrets réglementaires (articles 101 et 103 de la constitution ivoirienne de 2016).

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LA PARTICIPATION A L'INFRACTION

Question / Réponse

1- Quels sont les intérêts de la distinction entre coauteur et complice d'une


infraction ?

Il n'y a en principe pas de complicité en matière de contravention (Art. 29-3°) et


30 du N.C.P interprété a contrario). Par conséquent, si l'infraction commise en
groupe est de nature contraventionnelle, il est utile de savoir si certains des
participants ont la qualité de coauteur donc punissable (Art. 29-2°) du N.C.P) ou
du complice, non punissables.

Même si l'article 32 du Nouveau Code Pénal indique que : «Tout complice d'un
crime, d'un délit ou d'une tentative encourt les mêmes peines et les mêmes
mesures de sûreté que l'auteur même de ce crime, de ce délit ou de cette
tentative ». Il n'empêche que l'article 35 dudit code en son alinéa 2 dispose que «
tout 0complice d'une infraction est puni pour son propre fait, selon son degré
de participation, sa culpabilité...».

2- Quels sont les intérêts de la qualification en droit pénal ?

Les deux principales qualifications sont celles des faits et celle des infractions.

- La première (les faits), permet notamment de savoir si les faits sont incriminés et
par conséquent punissables d'une part, et d'autre part de connaître les sanctions qui
y sont attachées. La seconde (les infractions), permet notamment de déterminer la
nature de l'infraction sur la base de l'art. 3 N.C.P (crime, délit, contravention)
avec les intérêts suivants :

La détermination du tribunal compétent : Les crimes relèvent, sauf


correctionnalisation (Art 245 CPP) de la compétence de la Cour d'Assise. Les
délits sont jugés par le tribunal correctionnel, sauf en cas de connexité avec un
crime, auquel cas, la Cour d'Assise peut en connaître en vertu de sa plénitude de

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juridiction. Les contraventions sont de la compétence du tribunal de police, sauf en


cas de connexité de celles-ci avec un crime ou un délit, auquel cas la Cour
d'Assises ou le Tribunal correctionnel peuvent respectivement en connaître.

La tentative n'est punissable que pour les crimes et quelquefois pour les délits,
mais non punissable pour les contraventions (Art. 28 N.C.P). La complicité
n'existe pas en matière de contravention en principe.

La prescription de l'action publique : On ne peut plus poursuivre en principe les


crimes, les délits, les contraventions respectivement 10 ans, 3 ans et 1 an après leur
commission. Il y a aussi la récidive...

3- Quels sont les intérêts liés à la détermination du moment de l'infraction ?

La détermination du moment de l'infraction est importante, notamment pour les


raisons suivantes :

Les faits étaient-ils incriminés au moment de leur perpétration ?

Le principe (constitutionnel) de la non-rétroactivité de la loi pénale, empêche en


effet d'appliquer une loi à des faits survenus antérieurement à sa mise en vigueur.
En cas de conflit de lois dans le temps, pour savoir si la nouvelle loi, plus douce ou
moins sévère peut s'appliquer rétroactivement aux faits poursuivis.

Pour la prescription de l'action publique, lorsque l'on sait que les infractions
d'habitude sont sensées être accomplies au moment de la répétition des faits,
l'infraction instantanée, au jour de l'accomplissement de l'acte, les infractions
continues (successives ou permanentes) au jour de leur découverte.

Les délais de cette prescription étant de 1 an ; 3 ans ; et 10 ans respectivement pour


les contraventions, les délits et les crimes.

25
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Dissertation juridique

26
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

DISSERTATION

Sujet : Justification et valeur du


principe de la légalité. S'impose-t-il au
législateur ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DE LA DISSERTATION

INTRODUCTION (à faire)

I- LA JUSTIFICATION DU PRINCIPE ET VALEUR

A- La justification du principe

L'existence de ce principe se justifie d'abord par la volonté de protéger l'individu


contre l'éventuel arbitraire du pouvoir politique qui créerait des infractions en
fonction de ses besoins, de ses opinions politiques ou religieuses ; or, chaque
individu a le droit fondamental de savoir ce qui est permis et ce qui est interdit.

Secundo, ce principe se justifie par la nécessité de respecter la règle de la


séparation des pouvoirs qui interdit au juge d'empiéter sur le pouvoir législatif,
c'est-à-dire, de faire des lois.

B- La valeur du principe de la légalité

Pour certains, ce principe aurait même une valeur supérieure à celle de la loi, une
valeur constitutionnelle ; argument tiré du fait que le Préambule de la Constitution
ivoirienne proclame l'attachement du peuple ivoirien à la Déclaration des droits de
l'homme et du citoyen de 1789, qui énonce le principe de la légalité des infractions
pénales et de leurs sanctions. Or, les conventions internationales ratifiées et
publiées font partie de l'ordre juridique interne et ont une autorité supérieure à la
loi.

Il en résulte qu'en cas de contrariété entre une loi et un traité, ce dernier doit
prévaloir. Le principe de la légalité qui a une valeur constitutionnelle s'impose
donc au législateur qui ne peut y déroger.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

II- LA MISE EN ŒUVRE DU PRINCIPE DE LEGALITE PAR LE


LEGISLATEUR

A- Le législateur a le monopole de la répression

L'article 101 de la nouvelle constitution réserve au législateur, le pouvoir de


déterminer « les crimes et les délits, ainsi que les peines qui leur sont
applicables », c'est-à-dire les infractions les plus graves. Ces lois, pour servir de
base légale à une condamnation doivent avoir été promulguée par le Président de la
République et faire l'objet d'une publication destinée à les porter à la connaissance
des citoyens. À côté de la loi, certains actes du pouvoir exécutif peuvent
déterminer les infractions et en fixer les peines, il y a :

- Les ordonnances ratifiées qui permettent au Président de la République de


prendre des mesures qui sont normalement du domaine de la loi, donc
éventuellement de déterminer les crimes et les délits.

- Les mesures exceptionnelles de l'art. 73 de la constitution de 2016 : Ce texte


permet en cas d'urgence, au Président de la République de prendre les mesures
exigées par les circonstances ; ces mesures peuvent avoir valeur de loi.

- Les règlements : les ordonnances non encore ratifiées, qui avant le dépôt du
projet de loi de ratification devant le bureau de l'Assemblée Nationale ou du Sénat,
ont valeur d'actes administratifs réglementaires, les décrets réglementaires émanant
du Président de la République et qui d'après les articles 101 et 103 de la nouvelle
Constitution, déterminent les contraventions. Enfin, il y a des décrets et arrêtés
pris par l'autorité administrative ou municipale.

B- Le législateur doit respecter le principe de la non rétroactivité de la loi


pénale

Cette question se pose principalement lorsque la loi pénale change entre le moment
où l'infraction a été commise (après les faits) et le jour ou la condamnation est
devenue définitive (insusceptible d'une voie de recours ; Ex : Appel). Le principe
de non rétroactivité de la loi pénale interdit au législateur de décider qu'une

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

nouvelle loi plus sévère s'appliquera à des faits commis avant son entrée en vigueur
(de telles dispositions s'exposeraient à la censure du Conseil Constitutionnel).

Article 24 N.C.P : « Toute disposition pénale nouvelle s'applique aux


infractions qui n'ont pas fait l'objet d'une condamnation devenue définitive au
jour de son entrée en vigueur, si elle est moins sévère que l'ancienne.

Dans le cas contraire, les infractions commises avant l'entrée en vigueur de la


disposition pénale nouvelle, continuent à être jugées conformément à la loi
ancienne ».

Les lois soumises au principe de non-rétroactivité sont pour l'essentiel les lois
pénales de fond, c'est-à-dire les lois créant ou élargissant une incrimination,
aggravant les peines, aménageant une circonstance aggravante, supprimant ou
réduisant une cause d'exonération... Exception : Le principe ne s'applique pas
lorsque la loi nouvelle est plus douce ; Si c'est une loi relative à l'exécution des
peines, à une mesure de sûreté ; si c'est une loi de forme.

C- Le législateur doit rédiger des textes clairs, précis et complets

Il est évident qu'une incrimination vague ôte toute garantie aux citoyens et les
laisse à la merci de l'arbitraire du juge. Cette obligation concerne les textes relatifs :

- Aux incriminations : Les éléments constitutifs de l'infraction doivent être définis.

- Aux sanctions : Le législateur doit préciser la nature et le quantum de la peine.

- À la procédure : Tout citoyen doit savoir par qui et comment il sera jugé, quels
seront ses droits, quelles atteintes pourront être apportées à ses libertés.

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DISSERTATION

Sujet : Le principe de légalité


s'impose-t-il au juge répressif ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DE LA DISSERTATION

INTRODUCTION (À faire)

I- LES POUVOIRS DU JUGE REPRESSIF

A- Le juge répressif ne peut apprécier la constitutionnalité des lois

Le contrôle de la légalité d'un texte pénal peut porter soit sur le fond du droit
(contrôle de la légalité interne), soit sur le respect des formes (contrôle de la
légalité externe). S'agissant des lois et autres textes ayant valeur législative :

Le pouvoir de contrôle de la légalité interne se ramène à la vérification de la


conformité de la loi avec un texte supérieur qui ne peut être autre que la
constitution ou un traité international. L'article 253 du N.C.P interdit au juge de
procéder à un tel contrôle de constitutionnalité.

En revanche, on pourrait reconnaître au juge pénal, un contrôle de la légalité


externe : dans cette optique, le juge pourrait vérifier si la loi a été régulièrement
promulguée et publiée.

En tout état de cause, qu'il s'agisse d'un contrôle de la légalité externe ou interne,
celui-ci ne peut se faire que par voie d'exception (la partie poursuivie soulève
l'illégalité du texte servant de base aux poursuites).

De ce fait, si le juge admet, l'exception, cette solution ne vaut qu'à l'égard des
parties aux procès. Cela signifie que si d'autres personnes sont poursuivies sur la
base du même texte et si l'exception d'inégalité n'est pas soulevée, elles pourraient
être condamnées.

32
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

B- Qu'en est-il des règlements ?

En ce qui concerne les règlements, la même solution vaudrait pour le contrôle de la


légalité externe. Par contre pour le pouvoir de contrôle de la légalité interne, le
problème reste entier. La jurisprudence a, dès avant 1960 reconnu par un décret, un
tel pouvoir au juge pénal français.

II- LES DEVOIRS DU JUGE REPRESSIF

A- Le juge répressif doit respecter les principes régissant l'application de la loi


pénale dans le temps.

Il ne peut faire rétroagir une loi pénale plus sévère (Art. 24 N.C.P). Il doit
appliquer immédiatement une loi pénale plus douce.

B- Le juge répressif doit appliquer strictement la loi pénale

Il doit procéder à une confrontation rigoureuse entre les faits reproches et le texte
qui est applicable. Si les faits ne sont susceptibles d'aucune qualification pénale, le
juge ne peut prononcer aucune sanction.

C- Il doit interpréter strictement la loi pénale

Il signifie qu'en présence d'un acte A, non expressément prévu et réprimé par la loi
pénale, mais analogue (ressemblant beaucoup) à un autre acte B, constituant une
infraction, le juge ne peut appliquer, les pénalités prévues pour l'acte B.

En effet, l'extension d'un texte à une situation voisine mais non expressément
prévue, constitue un raisonnement par analogue. Celui-ci est formellement interdit
par l'article 13 alinéa 2 du Nouveau Code pénal.

33
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Sans cette interdiction, le juge aurait le pouvoir de créer des infractions. En vertu
donc de cette disposition de l'article 16 al. 2 du N.C.P, le principe de légalité n'est
pas compatible avec les incriminations larges. La règle de l'interprétation stricte
qui constitue une des règles les plus importantes du droit pénal doit être précisée à
trois points de vue :

1- Tout d'abord, en présence d'une loi obscure et douteuse, cette règle n'autorise
pas un refus d'interprétation de la part du juge. Celui-ci doit utiliser tous les
moyens à sa disposition pour en découvrir le sens.

2- Ensuite, cette règle n'interdit pas au juge de rectifier une erreur matérielle, c'est-
à-dire de rédaction.

3- En outre, il est permis au juge d'appliquer un texte à des situations qui ne


pouvaient être prévues à l'époque de la rédaction de celui-ci. Ce raisonnement qui
permet de « moderniser » un texte et qui n'est pas interdit par la règle de
l'interprétation restrictive de la loi pénale, s'appelle une interprétation téléologique.

L'interprétation téléologique de la loi pénale consiste à adapter la loi pénale lors de


son application par le juge pénal en empruntant l'esprit du législateur au moment
où il l'édictait. Ex : la réglementation sur la navigation des bateaux à vapeur sans
prévoir celle des bateaux à gaz.

En effet, il est nécessaire d'adapter la loi répressive aux formes nouvelles de


délinquance, alors même que le législateur lorsqu'il l'édictait, en ignorait les effets
du progrès.

D- Le juge répressif ne peut prononcer que les peines prévues par la loi, dans les
limites et les conditions légales.

Art. 23 N.C.P : « Nul ne peut être poursuivi ou jugé en raison d'un fait qui
aux termes d'une disposition nouvelle ne constitue plus une infraction ».

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Si antérieurement à cette disposition, des peines et mesures de sûreté ont été


prononcées pour ce fait, il est mis fin à leur exécution à l'exception de
l'internement dans une maison de santé et de la confiscation-mesure de police.

Toutefois, en cas d'infraction à une disposition pénale sanctionnant une prohibition


ou une obligation limitée à une période déterminée, les poursuites sont valablement
engagées ou continuées et les peines et mesures de sûreté exécutées nonobstant la
fin de cette période.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

DISSERTATION

Sujet : Le juge peut-il en tenant compte des objectifs


visés par le législateur, retenir comme constituant une
infraction, un fait qui n'est pas défini comme tel par la
loi pénale ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DE LA DISSERTATION

Sujet : Le juge peut-il en tenant compte des objectifs visés par le législateur,
retenir comme constituant une infraction, un fait qui n'est pas défini comme
tel par la loi pénale ?

INTRODUCTION

D'après l'article 14 du Nouveau Code pénal le juge ne peut qualifier d'infraction


et punir un fait qui n'est pas légalement défini et puni comme tel. Il n'y a donc pas
d'infraction et pas de peine qui ne soient prévu par la loi. C'est le principe de
légalité qui a pour corollaires la règle de la non rétroactivité et celle de
l'interprétation stricte des lois pénales.

L'application du principe de légalité conduit à répondre par la négative à la


question posée (I). Mais dans sa mise en œuvre, au niveau de la règle de
l'interprétation stricte, le principe connaît quelques limites qui autorisent à nuancer
la réponse à la question posée (II).

I- SELON LE PRINCIPE DE LEGALITE, LE JUGE NE PEUT RETENIR


COMME CONSTITUANT UNE INFRACTION, UN FAIT QUI N'EST PAS
DEFINI COMME TEL PAR LA LOI PENALE

Ce principe est consacré par la déclaration des droits de l'homme, à laquelle se


réfère d'ailleurs la constitution dans son préambule. C'est l'un des principes
cardinaux de notre droit en général et de notre droit pénal en particulier.

C'est cette règle qui est exprimée par l'adage « Nullum crimen nulla poena sine
lege », autrement dit, « pas d'infraction, pas de peine sans loi ».

Ainsi, en application de ce principe, il est interdit au juge de qualifier d'infraction


et punir un fait qui n'est pas légalement défini et puni comme tel.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

La règle « Nullum crimen nulla poena sine lege » comporte un corollaire


traditionnel, à savoir qu'en droit pénal, l'interprétation doit être étroite, restrictive,
et non extensive.

Il faut appliquer les textes tels qu'ils sont écrits, sans aller au-delà de leurs termes
et de leurs prévisions.

Cette exigence est consacrée par l'Art. 16 al. 2 du Nouvelle Code pénal.

La loi pénale doit être interprétée restrictivement par le juge chargé de l'appliquer ;
il n'a pas le droit de l'étendre à des situations que la loi ne prévoit pas. En effet, si
on étend un texte au-delà de ses limites normales, on est conduit à condamner sans
texte.

L'interprétation restrictive signifie d'abord, que si la loi pénale est ambiguë, au


point que les juges n'arrivent pas à saisir la pensée du législateur, ils doivent, dans
le doute, relaxer plutôt que de condamner.

L'interprétation restrictive, signifie ensuite que le raisonnement par analogie est


interdit en matière pénale. Raisonner par analogie, c'est étendre l'application de la
loi à des cas qu'elle n'a pas expressément prévu, mais qui sont similaires au cas
prévus par celle-ci.

C'est pour sauvegarder les droits de l'individu que l'Art. 14 du N.C.P écarte le
raisonnement par analogie en matière pénale. Ainsi, par exemple, avant leur
incrimination, les tribunaux se refusaient à réprimer la filouterie d'aliments et du
transport, bien que ces faits se rapprochaient du vol, de l'escroquerie et de l'abus de
confiance. La jurisprudence a également refusé d'assimiler, quant à l'application
des peines, et notamment du sursis et des circonstances atténuantes, les trois
formes du délit d'émission de chèque sans provision, à avoir : le défaut ou
l'insuffisance de provision, son retrait et son blocage.

La juge ne peut donc pas, en tenant compte des objectifs visés par le législateur,
retenir comme constituant une infraction un fait qui n'est pas définit comme tel par
la loi pénale. Mais dans son application, la règle de l'interprétation stricte connaît
des limites jurisprudentielles qui autorisent à nuancer la répartie à la question
posée.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

II- DANS CERTAINES CONDITIONS, LE JUGE PEUT RETENIR


COMME CONSTITUANT UNE INFRACTION, UN FAIT QUI N'EST PAS
DEFINI COMME TEL PAR LA LOI PENALE

Ces limites corrigent ce que le principe de l'interprétation restrictive des lois


pénales pourrait avoir de trop rigoureux. En effet, interpréter restrictivement ne
veut pas dire qu'il faille s'en tenir absolument à la lettre de la loi. En droit pénal
comme en toute autre discipline juridique, il faut avant tout scruter la pensée du
législateur et ne pas hésiter, le cas échéant, à faire prévaloir l'esprit sur la lettre.

C'est ainsi qu'un décret du 11 novembre 1917 sur la police des chemins de fer
interdisait aux voyageurs de « descendre ailleurs que dans les gares et lorsque le
train est complètement arrêté ».

L'interprétation grammaticale de ce décret conduit à ordonner de descendre avant


que le train ne soit complètement arrêté. C'était l'interprétation que soutenait un
voyageur poursuivi pour avoir sauté d'un train en marche. Les juges ont repoussé,
évidemment cette interprétation littérale qui méconnaissait la pensée certaine des
rédacteurs du règlement. L'interprétation restrictive, ne veut pas que non plus que
la portée des lois se limite aux cas en vue desquels le législateur les a conçus : Si,
après la mise en vigueur de la loi, des faits qui se manifestent entrent dans sa
formule, la loi les punira, alors même que le législateur, au moment où il faisait,
était dans l'impossibilité absolue de les pressentir.

Enfin, l'interprétation restrictive, étant donné qu'elle a pour but de garantir les
droits de l’individu, ne se justifie que pour les lois qui fixent les incriminations et
les peines et, par conséquent ne s'impose pas vis-à-vis des lois pénales favorables à
l'individu, c'est-à-dire les lois de fond, qui établissent des cas d'irresponsabilité, et
les lois de forme, comme celles qui instituent dans l'instruction préparatoire des
garanties pour les inculpés.

Dans ces conditions et dans ces limites, on peut dire que le juge peut, en tenant
compte des objectifs visés par le législateur, retenir comme constituant une
infraction un fait qui n'est pas défini comme tel par la loi pénale.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

DISSERTATION

SUJET : La criminalité d'emprunt

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DE LA DISSERTATION

INTRODUCTION

La répression des infractions tient compte de la qualité d'auteur ou de coauteur au «


sens classique » du terme. Quant à la complicité, sinon le complice, sa répression
doit être davantage justifiée, puisque sa participation est tout ou moins indirecte et
qu'intrinsèquement, ses actes sont dépourvus de criminalité propre. Que signifie
cette théorie ?

Cette théorie dérivant du système pénal français, tient à l'idée que les actes du
complice empruntent la criminalité de l'acte accompli par l'auteur de l'infraction.
Ce sont les actes accomplis par ce dernier (auteur) qui sont criminels, délictueux
puisque relatifs aux actes incriminés par le législateur, aux actes constitutifs de
l'infraction qu'il accomplit ou qu'il essaie d'accomplir dans le cadre de la tentative.

La Côte d'Ivoire semble s'accommoder du principe de la criminalité d'emprunt


dans la répression de la complicité et de la coaction à travers la formule de l'article
32 du Nouveau code pénal ; ce principe n'est pas respecté dans toute sa logique.
Ces inconvénients ont suscité une certaine relativisation du système qui aboutit à
des tempéraments permettant de tenir compte de la témérité réelle de chaque
participant.

L'admission d'un principe de criminalité d'emprunt (I), n'est pas sans souffrir d'une
certaine relativisation (II).

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

I- L'ADMISSION D'UN PRINCIPE DE CRIMINALITE D'EMPRUNT

La formule de l'art. 32 du Nouveau Code pénal est celle qui même en droit
français, est interprétée comme instituant la criminalité d'emprunt. Elle indique en
effet que : « tout coauteur ou complice d'un crime ou d'un délit ou d'une
tentative punissable encourt les mêmes peines et les mêmes mesures de sûreté
que l'auteur même de ce crime ».

Ce texte nous situe :

- D'abord, sur le domaine de la criminalité d'emprunt (A).

- Puis, sur les conséquences répressives en découlant (B).

A- Le domaine de la criminalité d'emprunt

1- Les délinquants concernés

Sur le plan de la relation personnelle de participation à l'infraction, le complice


ainsi que le coauteur, à l'ivoirienne, sont concernés. Le complice est celui qui est
habituellement concerné à travers le système français de la criminalité d'emprunt ;
les actes du complice sont répréhensibles à cause de l'infraction qu'ils ont eu pour
but de faciliter.

Si les actes de l'auteur ne sont pas répréhensibles, les actes du complice ne le


seront pas davantage, quand bien même ils relèveraient d'une nocivité et une
témérité particulière de l'agent complice. Cependant, il suffit que ce fait principal
délictueux existe ou soit effectif pour qu'on réprime le complice, sans que l'on soit
obligé de poursuivre d'abord l'auteur principal de l'infraction. C'est dire que la
criminalité est empruntée à la vérité à l'acte délictueux et non à l'auteur même. Ce
qui est confirmé par le fait d'ailleurs que les causes personnelles d'aggravation ou
d'atténuation de l'infraction à l'auteur ne vont pas atteindre le complice.

L'évolution législative ivoirienne a cependant, permis de manière sans doute


surprenante d'étendre également au coauteur, le principe de la criminalité

42
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

d'emprunt au même titre que le complice ; c'est que le nouveau coauteur ivoirien,
n'est pas un autre auteur comme dans l'entendement classique, mais un plus que
complice.

En effet, ce coauteur-là n'accomplit pas les éléments constitutifs de l'infraction qu'il


favorise, même si le législateur n'a pas pris le soin de définir les actes matériels de
la coactivité.

Pour l'heure, le fait qu'il n'accomplisse pas matériellement l'infraction, suffit pour
dire qu'il peut être puni que dans le cadre d'un emprunt de criminalité que l'art. 32
cité ne fait que confirmer. C'est pourquoi d'ailleurs comme le complice, il encourt
la peine de l'auteur de l'infraction. Il s'agit en fait de la sanction attachée à
l'infraction commise ou tentée.

Mais à la différence du complice, le coauteur peut être puni pour les contraventions
autant que pour les crimes et délits.

2- Les infractions concernées par la criminalité d'emprunt

a- Pour la complicité

La complicité de crime ainsi que d'ailleurs la complicité de délit est toujours


punissable ; l'article 30 du Nouveau Code Pénal évoque en effet, que « toute
complicité de crime ou de délit ».

Il ne suffit pas simplement de se rendre complice de faits délictueux ou criminels


incriminés. Il faut en outre, en principe que ces faits aient été réalisés, consommés
ou tout au moins tentés. S'il s'agit par exemple d'un délit dont la tentative n'est pas
punissable, le complice sera d'autant plus libre que le délit tenté n'est pas
punissable.

b- Pour la coaction

Le texte de l'art. 29-2°) du Nouveau Code Pénal ne précise pas ou ne limite pas
la nature de l'infraction concernée, de telle sorte qu'on doit en déduire la répression
de toute sorte d'infraction dès lors qu'elle est commise ou tentée.

43
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Le domaine de l'emprunt de criminalité ainsi tracé, reste à en déterminer la portée.

B- La portée du principe de l'emprunt de criminalité

La première conséquence de l'emprunt de criminalité, c'est la liaison des sorts des


complices ou coauteurs à celui de l’auteur (liaison personnelle). La deuxième
conséquence, c'est que toute cause affectant réellement l'infraction se répercute sur
le complice et le coauteur (liaison réelle).

1- La liaison personnelle des sorts

Parce qu'ils s'associent à l'infraction de l'auteur, on considère que le coauteur ou le


complice est lié au sort personnel de celui-ci parce qu'il aura donné par avance son
quitus, sont banc-seing ou même mandat tacite à l'auteur principal, pour assurer la
responsabilité pénale de l'activité constitutive de l'infraction. Ils tombent donc sous
le coup de la même qualification pénale et des mêmes pénalités que le ou les
auteurs.

Même si l'infraction envisagée par eux, devient plus grave que prévu, ils en
empruntent la criminalité dans la même mesure d'ailleurs que des infractions qui
sont une conséquence prévisible de leur acte de participation. Cet état de fait est
également renforcé par une liaison réelle.

2- La liaison réelle

Comme il n'y qu'une infraction punissable et non plusieurs infractions différentes


suivant qu'on est, complice, coauteur ou auteur, on déduit que si l'acte principal
échappe pour une raison ou pour une autre, à la sanction pénale, le complice ou
coauteur devra être relaxé. S'il y a notamment un fait justificatif, le complice ou le
coauteur en bénéficiera autant que l'auteur. En effet, le fait justificatif est une cause
objective, réelle qui fait disparaître en principe l'infraction.

En revanche, une circonstance aggravante réelle ou mixe va effectivement


aggraver le sort du complice ou du coauteur.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Si en revanche l'infraction n'a ni été réalisée, tentée, on devrait en conséquence


relaxer ou acquitter également le complice ou le coauteur. C'est dans ce sens qu'à
dû d'ailleurs statuer l'arrêt LACOUR (Crim. 25 oct 1962 JCP 63 12985).

L'instigateur d'un assassinat (donc complice) avait remis une somme importante
d'argent à un homme qu'il avait chargé de tuer une victime désignée. Mais, cet
agent d'exécution qui devait être auteur de ce crime s'est reviré et n'a ni réalisé, ni
même tenté l'infraction. Celui qui devait être complice de ce crime a été acquitté.

Cette sorte de scandale de cet acquittement n'a fait que mettre le doigt sur
inconvénient d'une théorie qui avait besoin d'être corrigée, d'être relativisée.

II- LA RELATIVISATION DU SYSTEME DE LA CRIMINALITE


D'EMPRUNT

On s'intéressera au fonctionnement de cette relativisation (A), avant d'envisager sa


portée (B).

A- Les fondements de la relativisation de la théorie de la criminalité


d'emprunt

Ces fondements partent des inconvénients du système de la criminalité d'emprunt ;


ce système tend à égaliser les participants à l'infraction comme dans une sorte de
responsabilité collective. Or, cette relativisation résulte de deux idées quelque peu
fausses :

- La première idée est que l'emprunt de criminalité apparaît comme une fiction
qui masque, couvre, les particularités matérielles et psychologiques de l'acte du
complice ou du coauteur (Le complice, pourtant, peut être plus dangereux que
l'auteur et vice-versa.

- La seconde idée fausse procède de ce que l'acte de complicité ou de coactivité a


joué un rôle équivalent à celui de l'auteur ou du coauteur dans la production du
résultat délictueux.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

B- Portée ou manifestation de l'atténuation d'un principe absolu d'emprunt


de criminalité

Deux principales manifestations des correctifs au système de l'emprunt de


criminalité sont adoptées en Côte d'Ivoire : la première en fait, la seconde en droit.

1- La manifestation d'un emprunt relatif de criminalité (Art. 35 N.C.P)

Cet emprunt relatif de criminalité se manifeste à travers les peines applicables ; si


l'égalité de traitement est encourue, l'inégalité de traitement est prévue par l'art. 35
de C.P.

C'est dit que si l'art. 32 N.C.P indique que tous les participants concernés
encourent la même peine à l'arrivée, c'est-à-dire à l'application, les peines peuvent
être adaptées à la personnalité de chacun, aux actes qu'il a posés concrètement.

En Côte d'Ivoire, cette atténuation est laissée à l'appréciation du juge. C'est donc
sur la base des circonstances atténuantes que le juge pourra faire jouer la
différence ; ainsi, il ne sera pas surprenant que la peine du complice ou du coauteur
soit quelques fois plus élevées que celle de l'auteur, si leur témérité particulière le
commande.

L'art. 35 al. 2 du Nouveau Code pénal prévoit en effet que : « Tout complice
d'une infraction est puni pour son propre fait, selon son degré de participation,
sa culpabilité et le danger que représentent son acte et sa personne ».

2- Manifestation d'une infraction autonome

L'idée est fondée sur celle d'une complicité considérée en soit comme une
infraction autonome. On considère que le fait accompli par tous les participants
constitue autant d'infractions que d'auteurs. Le doyen Carbonnier considère que le
délit du complice, bien que distinct, est conditionné par l'infraction principale.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Dans tous les cas, cette idée peut être discernée dans l'adoption en droit positif
ivoirien de l'art. 32 du Code pénal où le complice va être puni indépendamment
de la réalisation ou même de la tentative d'une infraction.

La complicité est devenue dans ce cas, en effet, une infraction autonome qui n'a
plus besoin de la consommation ou de la réalisation d'une infraction principale
pour exister. Il suffit que cette dernière ait été simplement envisagée et que les
actes de la complicité posés.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Analyse d'arrêt

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Analyser l'arrêt n° 207 du 6 août 1980 Affaire Margaret


Acheampong reproduit ci-dessous.

LA COUR

Vu le dossier de la procédure instruite au Tribunal de Première Instance d'Abidjan


contre la nommée Margaret Acheampong, né vers 1949 à Accra (R. Ghana), de
Akwassi Acheampong et de Ashabia Amma, ménagère domiciliée à Abobo Gare,
célibataire sans enfant, jamais condamné ni recensée, de nationalité ghanéenne ;

Inculpée d'enlèvement de mineur, placée sous mandat de dépôt le 13 avril 1978, et


mise en liberté provisoire, le 17 avril 1980 ;

Vu le dépôt du dossier au greffe de la Chambre d' Accusation conformément aux


dispositions de l'article 197 (art. 226 dans le nouveau code de procédure
pénale) ;

Vu le dépôt des pièces ;

Oui Monsieur le Conseiller Bouaffon en la lecture de son rapport ;

Oui Monsieur l'Avocat Général en ses réquisitions orales conforment à celles


écrites ;

Après en avoir délibéré conformément à la loi, hors la présence du Ministère


Public et du greffier ;

Considérant qu'il résulte des pièces du dossier de la procédure suivie du chef


d'enlèvement de mineur à l'encontre de Margaret Acheampong, les faits suivants :

Le 7 mars 1978, au marché de Dorma-Ahinkro, en République du Ghana, Margaret


Acheampong, une nationale ghanéenne, réussissait à kidnapper l'enfant appartenant
à une n'autre nationale ghanéenne et à se faire remettre Richard Kablan Aboidje,
enfant de celle-ci âgé d'un an environ, pour disparaître ensuite avec ledit enfant.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Celui-ci ne sera découvert que le 30 mars 1978 à Abobo-Gare (Sous-préfecture de


Bingerville), grâce à Badu Yaw, Chef des Ghanéens à Adjamé et restituer à sa
mère Béatrice Kwassi Aboidje le 4 avril 1987 par les fonctionnaires de la police du
troisième arrondissement d'Adjamé.

Après avoir ainsi obtenu la restitution de son enfant, Béatrice Kwassi Aboidje
arrivée à Abidjan le 2 avril 1978 en provenance du Ghana, regagnait son pays, non
sans avoir auparavant déposé plainte contre Margaret Acheampong.

Celle-ci, arrêtée par la police d'Adjamé, inculpée d'enlèvement de mineur par le


Juge d'instruction du 2ème Cabinet d'Abidjan le 15 avril 1978, reconnut son forfait.

Considérant qu'il s'évince des données qui précèdent, que le crime d'enlèvement de
mineur imputé à Margaret Acheampong, arrêtée à Adjamé, a été commis hors du
territoire de la République par une étrangère, crime qui ne figure pas sur la liste des
infractions limitativement énumérés par l'article 663 du Code de Procédure Pénale
(art. 708 dans le nouveau code de procédure pénale) ;

Considérant dès lors que les juridictions répressives ivoiriennes, notamment la


Chambre d'Accusation, sont incompétentes à connaître dudit crime et qu'il
convient de les déclarer telles, par interprétation a contrario des dispositions de
l'article 663 susvisé et 52 (art. 59 dans le nouveau code de procédure pénale) du
même code ;

Vu les réquisitions écrites de Monsieur le Procureur Général, ensemble l'article


216 du Code de Procédure Pénale ;

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

EN CONSÉQUENCE

Déclare incompétentes à connaître de la cause concernant Margaret Acheampong


les juridictions répressives ivoiriennes, notamment, la Chambre d'Accusation de la
Cour d'Appel d'Abidjan ;

Renvoie le Ministère Public à se mieux pourvoir...

Président : M. Hoguié

Conseillers : MM. Bouaffon et Ado

Avocat Général : M. Flolquet

Greffier : Me Djodje Ika

QUESTIONS LIEES A L'ARRET

1) Identifier clairement le problème juridique traité par le Juge.

2) Identifier les règles de droit pénal ivoirien qui seraient applicables en


l'espèce.

3) Indiquer la compréhension que vous avez de la solution adoptée par le juge.

4) Donnez votre point de vue sur la compatibilité de ces solutions avec les
règles du droit pénal ivoirien.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DE L'ARRET A ANALYSER (ARRET N° 207 DU


06 AOUT 1980)

1) Le problème juridique traité par le juge est le suivant : le juge ivoirien est-il
compétent pour juger un crime commis à l’étranger par un ressortissant étranger et
dont la victime est elle-même étrangère ?

2) L'espèce nous renvoie à l’application de la loi pénale ivoirienne à des faits


commis à l’étranger. Les règles de droit pénal applicables sont donc : les articles
19, 20 et 21 du Nouveau Code Pénal et les articles 703 à 709 du Nouveau Code
de Procédure Pénale.

3) Compréhension de la décision du juge

Le juge a adopté la démarche suivante :

1- Il s'interroge d'abord sur le texte applicable et en détermine le sens et la


portée :

a. Il définit et qualifie la situation qui lui est soumise : il s’agit d'un crime
d'enlèvement d’enfant commis à l’étranger par un étranger contre un autre étranger.
C’est une infraction commise entièrement ou partiellement à l’étranger (article 16
du Code Pénale).

b. Il recense tous les textes susceptibles de s’appliquer à une telle situation.

c. Il confronte tous ces textes à cette situation.

d. Il conclut qu'aucune autre disposition n’est applicable en dehors de l'article 663


du CPP.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

e. Il interprète ce texte : il établit la compétence des juges ivoiriens sur une liste
d'infraction et cette liste est limitative. Ce qui signifie qu’on ne peut pas ajouter une
autre infraction à la liste établie par la loi.

NOTES :

Les points a, b, et c sont les étapes de la réflexion nécessaires pour se mettre à


l'abri de l’erreur. Il n’est pas nécessaire de les énoncer (le juge ne le fait pas) pour
justifier la solution.

2- Il applique le texte aux faits de l’espèce :

a. Il s'agit d'un crime d’enlèvement d'enfant commis à l'étranger par un étranger


contre un autre étranger.

b. Le crime d'enlèvement d'enfant ne figure pas dans la liste de l'article 663.

3- Il en conclut que les juridictions ivoiriennes ne sont pas compétentes pour


le juger lorsqu’il est commis à l'étranger, par un étranger contre un autre
étranger.

On peut comprendre que :

1- Le juge considère que la liste établie par l’article 708 du Nouveau Code de
procédure Pénale qui applique le principe de la réalité est limitative. Cela signifie
qu’on ne peut déduire ni de ce texte ni d’aucun autre un critère général
d'application du principe de la réalité à des cas non prévus par le législateur.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2- Il se réfère à l'article 708 du CPP seulement. Cela signifie implicitement que


l'article 703 qui met en œuvre le principe de la personnalité active n'est pas
applicable.

3- Le juge ne tient pas compte de la circonstance que l'enlèvement peut être


considéré comme une infraction permanente. L'infraction permanente est
constituée par un fait qui s'accomplit instantanément, et dont les effets se
prolongent dans le temps.

Dans le cas de l'enlèvement d’enfant, la garde est l’effet recherché par l’auteur de
l’infraction. Le juge aurait donc pu considérer qu’il s'agit d'une infraction
permanente et tenir compte de cette circonstance. En l'ignorant, il semble se rallier
à la position des juges français qui traitent de telles infractions comme des
infractions instantanées.

Dans le cadre du Nouveau Code Pénal actuel, on doit se référer à l'article 21 qui
dispose que l'infraction est commise au lieu de son but immédiat ou de son résultat.
La garde illégitime est le but immédiat de l’enlèvement. Elle a lieu en Côte d'Ivoire.
On pourrait donc en déduire que les juridictions ivoiriennes sont compétentes. Le
juge n’aurait donc pas pu prendre la même décision au regard de ce Code.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Cas pratique

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

(Sujet donné au concours direct du cycle supérieur magistrature session


de juin 2018)

Monsieur BERNARD, Adjudant-chef de gendarmerie à la retraite, convaincu que


c’est son fils aîné PAUL, âgé de 23 ans, déscolarisé et sans-emploi, qui lui vole
régulièrement son argent et certains effets à la maison, décide de lui donner une
correction afin qu’il arrête définitivement ses larcins.

À cette fin, il contacte trois sous-officiers de gendarmerie en service à la Brigade


de gendarmerie de Yopougon Toits-rouges, située à quelques mètres de son
domicile. Il leur explique la situation et, s’appuyant sur sa qualité d’ancien
Adjudant-chef et en leur donnant la somme de cinquante mille (50.000) francs
CFA, il leur demande expressément de donner une bonne correction à son fils.

Le soir du dimanche 17 juin 2018, aussitôt, que PAUL a franchi le portail de la


maison, BERNARD envoie ERIC, son fils cadet de 13 ans, appeler les trois
gendarmes qui étaient déjà prêts.

Ceux-ci viennent trouver PAUL en train de manger et commencent à le


chicoter avec leurs ceinturons tout en le traitant de voleur. En se débattant malgré
les coups qui s’abattent sur lui, PAUL parvient à sortir de la maison et à franchir le
portail.

MONSIEUR PROSPER, un des nombreux badauds que les vociférations des


gendarmes et les cris de PAUL ont ameutés, voit PAUL s’enfuir pas très loin
de lui avec les gendarmes à sa trousse criant toujours ‘’au voleur’’.

Il se met alors à sa poursuite, le rattrape et le ceinture à bras-le-corps. Les


gendarmes arrivent aussitôt et pendant que MONSIEUR PROSPER tient
fermement PAUL, ils le battent de plus belle. C’est seulement quand PAUL perd
connaissance qu’ils arrêtent de le bastonner.

Voyant son fils inanimé, BERNARD s’approche de lui et constatant qu’il est très
amoché, appelle à l’aide.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Il se précipite vers MONSIEUR CLEMENT, son voisin, riche homme d’affaire,


pour le supplier de donner l’une de ses trois voitures pour conduire PAUL à
l’hôpital, mais MONSIEUR CLEMENT refuse catégoriquement en disant
dédaigneusement que ses voitures ne sont pas des ambulances.

C’est seulement quarante-cinq minutes plus tard que BERNARD trouve un taxi qui
accepte de prendre à son bord PAUL qui avait perdu beaucoup de sang entre-temps.

Quinze minutes après leur arrivée au CHU de Yopougon, l’interne de garde fait
savoir à BERNARD que son fils a rendu l’âme juste à leur arrivée aux urgences et
qu’il y aurait eu une chance de le sauver s’ils étaient arrivés vingt minutes plus tôt.

Après avoir indiqué la ou les infraction(s) éventuellement commise(s) en l’espèce,


veuillez déterminer le degré de participation de chacun des protagonistes et la ou
les juridiction(s) devant laquelle ou lesquelles ils sont susceptibles d’être jugés.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

INTRODUCTION
- Bref résumé des faits
- Qualification juridique des faits = Le cas pratique est relatif à l’infraction et son
auteur.

- Les problèmes de droit = Les problèmes posés sont ceux de la détermination des
infractions commises, du degré de participation des différents protagonistes et des
juridictions compétentes.

I – LES INFRACTIONS COMMISES

1.1 Les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de
la donner autrement appelés coups mortels

Le fait, pour les gendarmes, de battre PAUL à coups de ceinturons et jusqu’à ce


qu’il perde connaissance, puis succombe à ses blessures peu de temps après, est
constitutif de l’infraction qualifiée ‘’coups et blessures volontaires
ayant entraîne la mort sans intention de la donner’’ ou ‘’coups
mortels’’, prévue par l’article 381-1°) du Nouveau code pénal qui dispose que :
« Quiconque, volontairement porte des coups ou fait des blessures ou commet
toute autre violence ou voie de fait est puni : 1°) de l’emprisonnement de cinq à
vingt ans, lorsque les coups portés et les blessures faites, même sans intention de
donner la mort, l’ont pourtant occasionnée ; ».

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

1.2 L’omission de porter secours autrement appelée non assistance à personne


en danger

Le fait, pour Monsieur CLEMENT, de refuser de prêter l’une de ses trois voitures
pour transporter à l’hôpital PAUL, inanimé et mal en point, est constitutif de
l’infraction d’omission de porter secours autrement appelée non assistance à
personne en danger, prévue par l’article 391 alinéa 1 du Nouveau code pénal.
En effet, ce texte dispose que : « Est puni d’un emprisonnement de trois mois à
cinq ans et d’une amende de 50.000 à 500.000 francs quiconque s’abstient
volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour
lui ni pour les tiers, il pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en
provoquant un secours ».
Cette infraction est constituée dans la mesure où tous les témoins des faits ont vu
l’état de PAUL et le péril sur sa vie.

II- LE DEGRÉ DE PARTICIPATION DES DIFFÉRENTS


PROTAGONISTES

2.1 Les gendarmes

Les gendarmes ont battu PAUL à sang et jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Ils
ont donc commis matériellement et personnellement les faits de coups et blessures
volontaires.
PAUL ayant succombé à ses blessures quelques temps après, il est incontestable
que ce sont les coups à lui portés qui ont ainsi occasionné sa mort. Dès lors, les
gendarmes sont auteurs de l’infraction de coups et blessures volontaires ayant
entraîné la mort sans intention de la donner autrement appelée coups mortels,
prévue et punie par l’article 381-1°) du code pénal.
NB : Les sous-officiers gendarmes ne peuvent pas valablement invoquer le
commandement de l’autorité légitime en excipant de la qualité d’ancien Adjudant-
chef de la gendarmerie de BERNARD dans la mesure où celui-ci n’est pas, pour
eux, une autorité légitime.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2.2 BERNARD, le père de PAUL


BERNARD a demandé aux trois sous-officiers de gendarmerie de ‘’donner une
bonne correction’’ à son fils PAUL. Pour les décider et les motiver, il a mis en
avant sa qualité d’ancien Adjudantchef de gendarmerie et leur a remis la somme de
50.000 F CFA comme récompense anticipée.

BERNARD a ainsi provoqué la bastonnade de son fils PAUL en usant notamment


de don. Ce comportement tombe sous le coup de l’article 29-3°) du Nouveau code
pénal qui dispose que :
« Est auteur d'une infraction, celui qui : sciemment et sans équivoque, incite un
tiers à commettre I 'infraction, en donnant des instructions pour la commettre ou en
provoquant à sa réalisation par l'usage de dons, de promesses, de menaces, d'abus
d'autorité ou de pouvoir, de machination ou d'artifices coupables, même si
l'infraction n'a été ni tentée ni commise ; ».

PAUL étant décédé des suites des coups portés par les gendarmes, à la demande de
BERNARD, la responsabilité de celui-ci en tant qu’auteur, qui était déjà engagée
pour les faits de coups et blessures volontaires, l’est, en définitive, pour ceux de
coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner
autrement appelés coups mortels.

2.3 Monsieur PROSPER a-t-il commis une infraction ?


Monsieur PROSPER, l’un des nombreux badauds ameutés par les cris qui sortaient
de la maison de BERNARD a vu s’enfuir PAUL, poursuivi par des gendarmes
criant ‘’au voleur’’, s’est lancé à sa poursuite, l’a rattrapé et l’a tenu pendant que
les gendarmes le bastonnaient.

Monsieur PROSPER qui a ainsi ‘’aider’’ les gendarmes à maîtriser PAUL pourrait-
il être poursuivi comme coauteur ou complice de l’infraction de coups et blessures
volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner autrement appelée
coups mortels dont se sont rendus coupables lesdits gendarmes ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

L’article 29-2°) du Nouveau code pénal qui envisage la coaction dispose, en son
alinéa 1er que : «Est auteur d'une infraction, celui qui : sans accomplir
personnellement le fait matériel de l'infraction, a participé à sa commission avec
l'auteur prévu au 1°) du présent article ou qui se sert d'un être pénalement
irresponsable pour la commettre ou contraint sciemment autrui à la commettre ; ».

L’article 30 du même code prévoit, pour sa part, que : « Est complice… : []

2°) aide ou assiste directement ou indirectement l'auteur de l'infraction dans les


faits qui la consomment ou la préparent ».
Il se révèle clairement de ces deux textes que pour qu’une coaction ou une
complicité soit réalisée à la charge d’un individu, il est indispensable que sa
‘’participation’’ aux faits procède d’un concert frauduleux avec l’auteur
desdits faits ou l’(es) autre(s) intervenant(s).

En l’espèce, le cas n’évoque ni ne laisse croire que Monsieur PROSPER


connaissait la réalité des faits, lui qui, comme tous les autres badauds, pouvait
légitimement croire que les gendarmes étaient à la poursuite d’un ‘’vrai’’ voleur et
avait, par son action, prêté main forte aux forces de l’ordre.

Surtout qu’au travers de l’article 88 du Nouveau code de procédure pénale, la


loi, en cas d’infraction flagrante punie d’une peine d’emprisonnement,
donne qualité à toute personne d’en appréhender l’auteur et le conduire devant
l’officier de police judiciaire le plus proche.
En conséquence, ni la coaction ni la complicité ne peut être retenue contre
Monsieur PROSPER.

2.4 Monsieur CLEMENT


Monsieur CLEMENT a catégoriquement refusé de prêter l’une de ses trois voitures
pour conduire PAUL à l’hôpital alors que, témoin des faits, il voyait le sale état de
celui-ci et le péril sur sa vie (il a dit que ses voitures n’étaient pas des ambulances).

En refusant dédaigneusement alors que prêter l’une de ses voitures


ne présentait aucun danger ni aucune incommodité pour lui (il possède
trois voitures), il s’est rendu coupable, à titre d’auteur, de l’infraction d’omission

61
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

de porter secours autrement appelée non assistance à personne en danger et c’est


son refus et le temps mis (quarante-cinq minutes) pour trouver un taxi acceptant de
prendre PAUL ensanglanté à son bord qui n’ont pas permis de recevoir à temps ce
dernier aux urgences du CHU de Yopougon et de le sauver (l’interne de service a
dit que PAUL aurait été sauvé s’il avait été reçu aux urgences vingt minutes
plus tôt).

III – LES JURIDICTIONS COMPÉTENTES

3.1 Pour juger les faits de coups et blessures volontaires ayant entraîné la
mort sans intention de la donner autrement appelés coups mortels
Ces faits sont constitutifs de crime.
En conséquence, les trois sous-officiers de gendarmerie et BERNARD seront jugés
par la Cour d’Assises siégeant à Abidjan.

3.2 Pour juger les faits d’omission de porter secours


S’agissant d’un délit, Monsieur CLEMENT sera jugé par le tribunal de première
instance de Yopougon qui est territorialement compétent dans la mesure où les
faits se sont produits dans la commune de Yopougon.

NB : En cas de non disjonction de la procédure, tous les protagonistes vont être


envoyés devant la Cour d’Assises d’Abidjan par la Chambre d’accusation et y être
jugés, en vertu de la plénitude de juridiction.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

Depuis le 03 décembre 2011, le prophète Kolou de l'église de la douzième Etoile


de Kambiasso est recherché par la police judiciaire pour détournement des dîmes
et offrandes des fidèles de l'Église.

Arrêté le 12 septembre 2012, il est jugé et condamné par le tribunal correctionnel


de Idiokro, à une peine d'emprisonnement de huit ans, assortie de la confiscation
de sûreté de sa soutane et de ses instruments de culte, conformément à la loi du 31
août 2009, relative à la répression de l'enrichissement illicite des ministres de culte
religieux.

Kolou interjette appel de la décision et vous exprime son indignation devant


l'attitude du tribunal qui a refusé de lui appliquer le texte sur le détournement des
deniers privés lequel prévoit des peines moins sévères.

En effet, kolou reconnaît avoir détourné les dîmes et offrandes de ses fidèles en
novembre 2011, mais, soutient-il, depuis le 31 août 2012, la loi de circonstance
adoptée par le législateur, le 31 août 2009 pour une période de trois ans contre
l'enrichissement illicites des ministres de cultes religieux, a cessé d'être applicable
et que précisément l'infraction d'enrichissement illicite par détournement des
dîmes et offrandes est supprimée.

L'appel de Kolou a-t-il des chances de prospérer ? Justifier votre réponse.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

INTRODUCTION

Résumer les faits

Le Problème, général est relatif au conflit de lois dans le temps.

L'appel de Kolou peut-il prospérer ?

Ce qui conduit à répondre à la question de savoir si Kolou peut valablement


revendiquer l'application d'un texte sous l'empire duquel l'infraction qui est
reprochée n'a pas été commise et surtout s'il peut être poursuivi et jugé en
application d'un texte qui, par l'arrivée du terme fixé par le législateur, a cessé
d'être en vigueur ?

I- L'APPEL DE KOLOU PAR RAPPORT AUX PRINCIPES DE SOLUTION


DES CONFLITS

D'abord Kolou, revendique l'application du texte sur le détournement des deniers


privés en lieu et place delà loi du 31 août 2009 sur l'enrichissement illicite des
Ministres de culte religieux (A). Ensuite, Kolou avance que le délit
d'enrichissement illicite des Ministres de cultes est supprimé (B).

A- La revendication du bénéfice du texte sur le détournement de deniers


privés

Qu'elle soit une loi nouvelle adoptée en remplacement de celle du 31 août 2009 ou
qu'elle à l'expiration du délai de vie prévu pour le texte de circonstance, la
revendication du bénéfice de la loi sur le détournement de deniers privés paraît
fondée parce que :

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

1- Il n'y a pas eu une condamnation devenue définitive (au sens de l'Art. 25 du


N.C.P) au jour où la loi du 31/ 08/ 2009 disparaissait.

2- Les peines de la loi sur les détournements des deniers privés serait moins
sévères que celles de la loi 31/ 08/ 2009 (Art. 24 N.C.P).

Ainsi, les conditions du principe de l'application immédiate du nouveau texte (ou


du texte revenu en vigueur) sont réunies, et on pourrait suivre, à ce niveau, Kolou
dans son argumentation.

B- Argument tiré de la suppression de l'infraction d'enrichissement illicite des


Ministres de cultes

Au plan des principes, l'argument est également fondé.

D'abord, c'est tout le texte qui a disparu de l'ordre juridique, ce qui a ensuite
entraîné la suppression de l'infraction.

1- Pour la suppression du texte

L'Art. 14 N.C.P pose le principe de la légalité : « Le juge ne peut qualifier


d'infraction et punir un fait qui n'est pas légalement défini et puni comme tel...»

Si le délit de l'enrichissement illicite par détournement des dîmes et offrandes est


supprimé, la répression de ce fait contrevient au principe de légalité des délits et
des peines.

2- Pour la suppression de l'infraction

Il faut citer l'Art. 23 alinéa 1er du N.C.P : « Nul ne peut être poursuivi ou jugé
en raison d'un fait qui, aux termes d'une disposition nouvelle, ne constitue
plus une infraction... ».

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Cette règle apparaît comme un corollaire du principe de légalité et, à ce stade de la


réflexion, la position de Kolou est parfaitement soutenable.

L'art 23 alinéa 2 prévoit même que si des peines et mesures de sûreté avaient été
prononcées pour le fait qui n'est plus délictueux, il doit être mis fin à leur
exécution.

C'est également sur cette base que Kolou pourrait revendiquer sa soutane et ses
instruments de culte. Mais Kolou ne fait pas une lecture complète de l'art 23.

II- L'APPEL DE KOLOU EST MAL FONDE

A- Fondement

Base : Art. 23 alinéa 3 : « Toutefois, en cas d'infraction... ». Ce qui signifie que


l'individu ayant commis l'acte interdit pendant la période pourra être jugé et
condamné même après l'expiration du délai, conformément à la loi ancienne ; ceci
par exception à la règle de principe posée par l'Art. 23 alinéa 1er.

La loi ne fait pas ici, la distinction que font certains droits étrangers entre lois plus
douces et lois plus sévères.

B- Justification

La solution doit être approuvée, car si l'on devait faire application du principe par
l'Art. 23 alinéa 1er aux délinquants ayant violé une loi temporaire, ceux-ci, par
des mesures dilatoires au niveau de la procédure, parviendraient à se mettre à l'abri
de la répression en atteignant la date limite de l'application de la loi.

Conclusion : L'appel de Kolou ne peut pas être valide.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

Face aux affichages anarchiques qui ont lieu dans les locaux du Campus
Universitaires d'Abidjan, les autorités académiques ont fait prendre un décret
interdisant, sous peine de sanctions pénales, les affichages sans autorisation.

Ce décret est entré en vigueur le 28 décembre 2013.

Blaiblai candidat comme Gemanfou au poste de délégué d'Amphi, le 31 décembre


2013, découvre placardés, depuis le 24 décembre 2013, dans tous les
amphithéâtres des portraits de son concurrent. Il décide alors d'en faire autant afin
de ne pas perdre la bataille de l'opinion. L'un des membres de son équipe de
campagne lui rappelle, sans pouvoir le dissuader, l'existence de l'infraction
permanente d'affichage sans autorisation, prévue par le décret du 28 décembre
2013.

À la rentrée des vacances de noël et de nouvel an, le 5 janvier 2014, les autorités
Universitaires découvrent, placardés dans les amphis, les portraits de Blaiblai et de
Gemanfou. Elles décident de punir les auteurs de ces faits et viennent vous
consulter.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

INTRODUCTION

Les faits

Analyse des faits de la cause :

28 décembre 2013 : Entrée en vigueur du décret portant interdiction des affichages


sans autorisation.

Les deux affichages : Le 24 décembre 2013 : Gemanfou ;

Le 31 décembre 2013 : Blaiblai

Problème : Peut-on punir Germanfou d Blaiblai pour avoir placardé leurs affiches
dans l'amphithéâtre ?

I- LE SORT DES POURSUITES ENVISAGEES CONTRE GEMANFOU

Rappel des faits le concernant : Affichage le 24 décembre 2013 ; affichage encore


visible le 5 janvier 2014.

Les autorités universitaires peuvent-elles poursuivre Gemanfou sur la base du


décret du 28 décembre 2013 ?

Il faut noter l'antériorité de l'affichage par rapport à l'entrée en vigueur du décret.


Le sort de Gemanfou dépend du caractère instantané, continue ou permanent de
l'infraction en cause.

- S'il s'agit d'une infraction instantanée, c'est-à-dire juridiquement réalisée en un


trait de temps, le décret est intervenu postérieurement au fait.

Il ne peut donc s'appliquer à l'acte posé par Gemanfou, par application du principe
de la non rétroactivité des lois pénales.

68
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

- S'il s'agit d'une infraction continue ou successive, c'est-à-dire constituée par une
action ou une omission qui se prolonge dans le temps par une réitération
persistante de la volonté coupable. Exemple : le port illégal de décoration, le réel
de choses volées, la séquestration arbitraire, etc., le décret peut alors s'appliquer à
l'affichage faite par Gemanfou.

- S'il s'agit d'une infraction permanente, c'est-à-dire une infraction instantanée qui a
ses effets qui se prolongent dans le temps, mais sans qu'il ai réitération de la
volonté coupable. Le décret du 28 décembre 2013 ne peut s'appliquer à l'acte
posé par Gemanfou, par application du principe de la non rétroactivité de la
loi pénale.

Or, l'affichage prohibé est une infraction permanente ; il en résulte que les autorités
universitaires doivent renoncer à leur projet de poursuites contre Gemanfou.

II- LE SORT DES POURSUITES ENVISAGES CONTRE BLAIBLAI

Rappel des faits le concernant : Affichage le 31 décembre 2013 ; affichage encore


visible le 5 janvier 2014.

Les autorités universitaires peuvent-elles poursuivre Blaiblai sur la base du


décret du 28 décembre 2013 ?

Il faut noter la postériorité de l'affichage par rapport à l'entrée en vigueur du décret.


Peu importe le caractère instantané, continue ou permanent de l'infraction commise
en l'espèce ; les faits étant postérieurs à l'entrée en vigueur de la loi, ils tombent
sous le coup de ses dispositions.

Les poursuites envisagées par les autorités universitaires contre Blaiblai peuvent
donc aboutir.

69
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

Bosco, un caïd connu du milieu du crime d'Abobo derrière rails décide de se faire
un peu d'argent en prenant moins de risques. Sa femme Binta qui porte une
grossesse de huit mois vient en effet d'attirer son attention sur les risques qu'il fait
courir à sa famille en exposant sa vie au danger au cours des vols à mains armées,
perpétrés en bande, les nuits.

Bosco fait part de son projet d'établir et de tenir devant le cinéma Allakabo, le jeu
de hasard « Rouge perd, noir gagne », à son neveu Kouffi Jean-Claude.

Celui-ci qui est en deuxième année de licence en Droit à l'Université d'Abidjan, lui
fait savoir les risques qu'il court en lui lisant les dispositions de l'article 3-13 de la
loi du 31 juillet 1969 qui punit « d'une amende de 2000 à 72.000 inclusivement et
d'un emprisonnement de dix jours au moins et de deux mois au plus ou de l'une de
ces deux peines seulement quiconque », se livre au fait projeté par Bosco. Mais
tout compte fait, sur insistance de son oncle, Kouffi Jean-Claude lui prête, pour les
besoins de la cause, l'une de ses deux tables de travail.

Bosco, qui a encore besoin d'un jeu de cartes et de quelques billets de banque
comme fonds de roulement de « l'entreprise », choisit de les voler. C'est ainsi qu'à
la tombée de la nuit, il réussit à distraire l'attention de Bachir, le mauritanien du
quartier pour lui dérober un jeu de cartes. Quant à l'argent, il décide de le prendre
dans le coffre domestique de Monsieur Chikagbé, un riche commerçant en
vacances aux Etats-Unis.

Mais, le jour de l'opération, au moment où Bosco s'approche de la villa de


Chikagbé, avec un sac au dos contenant un gros marteau, la police tente sans
succès de l'arrêter.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Un mois plus tard, Bosco s'établit devant le cinéma Allakabo pour exercer son «
art rouge perd, noir gagne ». Là, il est arrêté par la police. Déféré au parquet, il lui
est reproche d'avoir établi dans un lieu public un jeu de hasard, volé un jeu de
cartes et tenté de cambrioler la villa de Chikagbé. Panique, il dénonce comme
complices de ses agissements, son neveu Kouffi et son cousin Tierno qui lui a livré
les renseignements sur le mauritanien volé.

Situez et évaluez la responsabilité pénale de chacun des individus en cause.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

Pour pouvoir mettre sur pied son projet de jeu de hasard de cartes, Bosco un
criminel notoire a reçu une table de son neveu Kouffi Jean-Claude et volé un jeu de
cartes dans la boutique de Bachir, un mauritanien.

Quant à l'argent pour démarrer son activité, il décide d'aller le voler chez Chikagbé,
un riche commerçant en vacances aux États-Unis.

Le jour de l'opération, il est malheureusement surpris près de la villa de Chikagbé


avec un sac au dos contenant un gros marteau ; cependant, la police ne peut mettre
la main sur lui.

Un mois plus tard, il est arrêté et déféré au parquet : il lui est reproché d'avoir
établi dans un lieu public un jeu de hasard, volé un jeu de cartes et tenter de
cambrioler la villa de Chikagbé.

Paniqué, il dénonce son neveu Kouffi et son cousin Tierno comme complice de ses
agissements. D'où les problèmes suivants :

1- Bosco peut-il être condamné pour tous les faits qui lui sont reprochés ?

2- Kouffi Jean-Claude peut-il être inculpé pour complicité avec son oncle,
d'avoir installé en collaboration avec Bosco le jeu de cartes ?

3- Tierno peut-il être inculpé pour complicité de vol du fait des informations
fournies par lui et ayant permis le vol du mauritanien commis par Bosco ?

72
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Nous déterminerons dans une première partie, la responsabilité pénale de Bosco


pour tous les faits qui lui sont reprochés (I). Par la suite, dans une seconde partie,
nous verrons dans quelles mesures Kouffi et Tierno peuvent-ils être inculpés et
condamnés pour complicité des agissements de Bosco (II).

I- DE LA RESPONSABILITE PENALE DE BOSCO

Nous examinerons d'abord la situation pénale de Bosco (A), avant d'évaluer sa


responsabilité pénale (B).

A- La situation pénale de Bosco

Nous examinerons successivement cette situation par rapport aux trois faits qui lui
sont reprochés : l'installation d'un jeu de cartes dans un lieu public (1) ; le vol du
jeu de cartes et la tentative de cambriolage de la villa de Chikagbé (2).

1- L'installation d'un jeu de cartes dans un lieu public

Il est reproché à Bosco d'avoir établi un jeu de cartes dans un lieu public ;

a- L'installation d'un tel jeu constitue-t-elle une infraction ?

Selon l'article 2 du Nouveau Code Pénal, constitue une infraction, tout fait ou
action de l'homme susceptible de troubler l'ordre public et comme tel est
légalement sanctionné.

Qu'en est-il en l'espèce ?

En l'espèce, le jeu de cartes dans les lieus publics est puni d'une amende de 2.000 à
72.000 Fr FCA inclusivement et d'un emprisonnement de dix jours au moins et de
deux mois au plus ou de l'une de ces deux peines seulement, quiconque se livre au

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

jeu de cartes. La sanction ici est fixée par un règlement administratif (décret) et a
donc un caractère obligatoire.

Ainsi, le jeu de cartes apparaissant donc comme étant un fait légalement sanctionné
puisque susceptible de troubler l'ordre public, constitue une infraction au sens de
l'article 2 précité. Cependant, quelle est la nature de cette infraction ?

b- La nature de l'infraction

Selon l'Art. 3 précité est qualifié :

- Crime, l'infraction qui est passible de la peine de mort ou d'une peine privative de
liberté perpétuelle ou supérieure à 10 ans.

- Délit, l'infraction qui est passible d'une peine privative de liberté inférieure ou
égale à dix ans, et supérieure à deux mois et d'une peine d’amende supérieure à
360.000 Fr ou de l'une de ces deux peines seulement.

- Contravention, qui est passible d'une peine privative de liberté inférieure ou égale
à deux mois et d'une amende inférieure ou égale à 360.000 Fr ou de l'une de ces
deux peines seulement.

En l'espèce, l'infraction visée par les dispositions du décret est punie d'une amende
de 2 000 à 72 000 Fr inclusivement, et d'un emprisonnement de 10 jours au moins
et de deux mois au plus ou de l'une de ces deux peines seulement.

On le voit, les peines de cette infraction entrent dans l'éventail des sanctions
prévues pour la contravention par l'article 3 du Code Pénal, car d'une part, la peine
d'amende (2.000 à 72.000), est inférieure à 360 000.

D'autre part, le maximum de la peine privative de liberté étant égal à deux mois.
L'infraction commise par Bosco est donc une contravention.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Bosco ayant contrevenu au décret de 1969 en réalisant le fait matériel prévu par le
texte pénal, pourra être condamné pour contravention. Qu'en est-il pour le vol jeu
de cartes et la tentative de cambriolage de la villa de Chikagbé ?

75
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2- La responsabilité de Bosco pour le vol de jeu de cartes et la tentative de


cambriolage de la villa de Chikagbé

a- Pour le vol de jeu de cartes du mauritanien Bachir

Il est reproché à Bosco d'avoir volé un jeu de cartes dans la boutique d'un
mauritanien ; celui-ci peut-il être condamne pour ce fait ?

Le vol est défini par l'art. 457 du Nouveau Code Pénal comme étant la
soustraction frauduleuse de la chose d'autrui.

En l'espèce, Bosco s'est procuré le jeu de cartes en distrayant l'attention de Bachir


le mauritanien. Il y a de ce fait soustraction frauduleuse constitutive de vol.

Le Code Pénal punit le vol d'un emprisonnement de 5 à 10 ans ; or selon l'art 3 du


Code Pénal, l'infraction punie d'un emprisonnement inférieure ou égale à 10 ans est
qualifiée de délit.

En conclusion, l'on peut dire que Bosco a été auteur d'un vol, infraction qualifiée
de délit et encourt de ce fait la peine privative de liberté qui va de 5 à 10 ans ; la
peine d'amende y afférente.

b- Pour la tentative de cambriolage de la villa de ChikagbéSurpris près de la villa


de Chikagbé avec un sac au dos contenant un gros marteau, Bosco n'avait pas pu
être arrêté par la police. Appréhendé un mois plus tard il est accusé pour tentative
de cambriolage.

Y a-t-il eu tentative punissable dans le comportement de Bosco ?Selon la loi, la


tentative d'une infraction n'est punissable que si elle est un crime. La tentative de
délit quant à elle n'est punissable que si un texte de loi la prévoit expressément.
Quelle est donc la nature de l'infraction projetée en l'espèce ?

Le cambriolage constitue en la soustraction de toutes ou partie des biens d'une


personne. Il est donc assimilé au vol de la chose d'autrui. Or on le sait, le vol est
puni par le Code Pénal comme étant un délit dont la tentative est punissable.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

La tentative de cambriolage qui s’assimile à la tentative de vol est donc punissable.


Encore faut-il que certaines conditions soient réunies. Selon l'Art. 28 du Nouveau
Code Pénal en effet, pour que la tentative soit punissable, il faut la réunion de
deux éléments :

- Un commencement d'exécution ;

- Et l'absence de désistement volontaire (donc désistement involontaire) ;

1- Le commencement d'exécution

Le commencement d'exécution tel que prévu par la loi implique d'une part,
l'agissement par des actes univoques, c'est-à-dire qui ne peuvent s'expliquer
autrement que par la volonté de commettre l'infraction projetée.

Il se distingue aussi des actes préparatoires qui ne sont pas en eux-mêmes


punissables. En l'espèce, y a-t-il eu commencement d'exécution ?

Autrement dit, le fait pour un individu d'être surpris près d'une villa avec un
sac au dos contenant un gros mateau, implique-t-il nécessairement un
commencement d'exécution ?

En l'espèce, l'acte qui consiste à s'approcher d'une villa avec un sac au dos
contenant un gros marteau n'est pas univoque d'une part, car il ne tend pas
directement et immédiatement à la commission de l'infraction.

D'autre part, l'acte ne traduit pas l'intention irrévocable de commettre le vole. En


conclusion, il n'y a donc pas commencement d'exécution mais de simples actes
préparatoires non punissables.

Qu'en est-il du désistement ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2- Un désistement involontaire

Bosco a quitté les lieux parce qu'ayant été aperçu par la police auprès de la villa de
Chikagbé ; son désistement n'est donc pas volontaire. Mais la première condition
exigée par l'Art. 24 du Code Pénal, c'est-à-dire le commencement d'exécution
n'étant pas remplie les deux conditions étant cumulatives, l'on peut conclure qu'il
n'y a pas de tentative punissable imputable à Bosco. Il ne peut donc être condamné
pour le motif qu'il a tenté de cambrioler la maison de Chikagbé.

B- Évaluation de la responsabilité pénale de Bosco

Au total, Bosco peut être condamné pour :

- Contravention portant sur l'établissement d'un jeu de hasard dans un lieu


public ;

- Délit portant sur le vol de jeu de cartes du mauritanien Bachir.

Il y a de ce fait en son encontre un cumul d'infraction : contravention et délit. Ces


deux infractions ne sont pas séparées par des condamnations définitives : elles sont
donc en concours réel. Face à cette situation, quelle sanction le juge va t-il prendre ?

En principe, en cas de cumul d'infractions, l'article 119 du Nouveau Code Pénal


indique que les peines afférentes à chacune de ces infractions ne se cumulent pas.
Cependant, cet article 119 ne concerne que les infractions de crime et de délit en
concours. Il s'ensuit que les peines afférentes à une contravention en cumul avec un
délit peuvent se cumuler.

En conclusion, on peut dire que le juge pourra appliquer et les sanctions de la


contravention, et celles du délit à Bosco.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

II- DE LA RESPONSABILITE PENALE DE TIERNO ET DE KOUFFI

A- Le cas de Tierno

Tierno qui est dénoncé par Bosco comme avoir été complice pour la réalisation du
vol de jeu de cartes du mauritanien Bachir peut-il être condamné pour complicité
de vol ?

La complicité n'est punissable que s'il s'agit d'un crime ou d'un délit.

Le vol étant qualifié comme délit par la loi, sa complicité demeure donc
punissable ; encore faut-il que les éléments constitutifs de la complicité soient
réunis : un fait principal punissable ; les actes matériels de complicité ; l'intention
coupable.

1- Un fait principal punissable

Ce fait se réalise ici dans le vol du jeu de cartes, réprimé par le Code pénal.

2- Les actes matériels de complicité

Ces éléments de la complicité punissable sont prévus par l'article 30 du Nouveau


Code pénal qui vise les instructions ou renseignements la provocation, la
fourniture de moyens, l'aide ou l'assistance.

En l'espèce, c'est Tierno qui a fourni les renseignements nécessaires à la


réalisation du vol ; l'élément matériel exigé par l'Art. 30 est donc rempli.
Cependant, il faut encore une intention coupable de la part du complice.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

3- L'intention coupable

Des faits, il n'apparaît pas clairement que Tierno fournissait les renseignements à
Bosco dans le but de l'aider à voler. Si cela est prouvé, il pourra être condamné par
le juge pour complicité de vol. Il encourt dans ces conditions, les mêmes peines
que Bosco l'auteur principal ainsi que le prévoit l'article 32 du Nouveau Code
pénal.

Dans le cas contraire, il pourrait être relaxé, car la complicité n'est concevable en
l'absence d'une intention criminelle. Quid du cas de Kouffi ?

B- Le cas de Kouffi

Kouffi, accusé d'avoir aidé Bosco à établir un jeu de hasard dans un lieu public
peut-il être poursuivi pour complicité par fourniture de moyens ?

Pour que la complicité soit punissable, la toute première condition exigée est la
nécessite d'un fait principal punissable avant même les actes matériels ainsi que
l'intention coupable.

En l'espèce, ce fait principal punissable est l'établissement d'un jeu de cartes dans
un lieu public qui constitue une contravention au terme du décret de 1969.

Or, la complicité n'est punissable que pour les crimes et les délits ; elle ne l'est pas
pour les contraventions, la pratique du jeu de cartes étant punie comme une
contravention par le décret de 1969, sa complicité ne saurait être punissable. En
conclusion, Kouffi ne peut être puni pour complicité de contravention.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

Le 20 juin dernier, en fin de matinée, Mme Louise Marin, présidente de


l'association des parents d'élèves du CES de Roubaix, avait donné rendez-vous à
une cinquantaine de membres de l'association, devant l'entrée principale de
l'établissement scolaire. Après avoir consulté les parents qui l'entouraient, Mme
Marin s'est approchée d'un kiosque à journaux situé juste en face du CES et s'est
emparée d'une centaine de revues exposées sur le présentoir. Ensuite, ces revues
ont été déchirées puis brûlées par ses soins, ou sur ses instigations, par ses parents
qui l'accompagnaient.

Mme Louise Marin est poursuivie pour vol, devant le tribunal correctionnel de
Lille. Pour sa défense, Mme Marin fait valoir qu'elle n'a eu aucunement l'intention
de s'approprier ces périodiques, mais qu'elle entendait, par là, protester contre le
caractère obscène et pornographique de ces revues. En Particulier, elle expose que
les élèves du CES passent plusieurs fois par jour devant le kiosque et que la vue
des couvertures des revues ne peut que les inciter à la débauche et miner les efforts
faits en vue de leur éducation.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

INTRODUCTION

Résumé des faits :

Le problème qui se pose est de savoir si une personne qui détruit des revues en
vente parce qu'elle estime qu'elles incitent à la débauche peut engager sa
responsabilité ? Pour répondre à cette question, il convient de voir si les éléments
constitutifs de l'infraction (vol) sont réunis (I) avant de voir sa répression (II).

I- LES ELEMENTS CONSTITUTIFS DU VOL

Pour qu'une infraction soit qualifiée vol, il faut la réunion de trois éléments :
l'élément légal ; l'élément matériel ; l'élément moral.

A- L'élément légal et matériel du vol

1- L'élément légal

L'élément légal réside dans l'art. 457 du Code pénal qui indique que : «
Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas, commet
un vol ». La peine encourue est prévue par l'art. 458 du code pénal. Ainsi, le vol
simple ou sa tentative est puni d'un emprisonnement de 5 à 10 ans et d'une
amende de 300.000 à 3.000.000 de francs.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2- L'élément matériel

L'élément matériel du vol est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui. En


l'espèce, Mme Marin a soustrait des revues qui ne lui appartenaient pas, puisqu'elle
n'en avait pas réglé le prix correspondant. L'élément matériel est donc
incontestable.

B- L'élément moral

D'une part, Mme Marin est inspirée de mobiles respectables et non par des mobiles
honteux et crapuleux. D'autre part, elle n'a pas la volonté de s'approprier les biens
au sens habituel du terme. En effet, elle n'entend ni conserver l'objet du vol, ni en
tirer profit. Est-ce à dire qu'aucune infraction ne puisse lui être reprochée ?

Il faut rappeler que l'élément moral d'une infraction implique tout à la fois :
l'imputabilité et la culpabilité.

1- L'imputabilité

Elle apparaît comme la possibilité de mettre l'infraction au compte de son auteur,


de l'en déclarer pénalement responsable. Or, un acte objectivement délictueux ne
peut être imputé à un individu qui ne possède pas toutes ses facultés mentales (Ex :
la démence) ; qui est trop jeune pour comprendre la portée de ses actes (Ex : le
mineur), qui se trouvait au moment des faits, sous l'empire d'une contrainte à
laquelle il n'a pu résister. La contrainte morale à laquelle elle aurait dû peut-être
songer, n'était pas possible dans ce cas. En effet, pour être prise en compte, la
contrainte doit être imprévisible, irrésistible et ne pas résulter d'une faute
antérieure du prévenu.

En l'espèce, profitant de sa qualité de présidente de l'association des parents


d'élèves, Mme Marin a froidement organisé l'opération ; elle a agi en toute lucidité
pour attirer l'attention de l'opinion publique sur le problème des revues
pornographiques. Son geste est délibéré (pas de contrainte) et a été mûrement

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

préparé et réfléchi. Les conditions d'imprévisibilité et d'irrésistibilité font donc


défaut. Ainsi donc, Mme Marin ne pouvait invoquer l'une ou l'autre de ces causes
de non-imputabilité.

2- La culpabilité

Elle résulte de la commission d'une faute de la nature de celle qu'exige le texte


d'incrimination. La faute peut être intentionnelle, d'imprudence ou de négligence.
En l'espèce, le vol est une infraction intentionnelle ; l'art. 457 exige donc une
volonté frauduleuse qui requiert un dol général et un dol spécial.

a- Le dol général

La doctrine définit l'intention ou « dol général » comme la volonté ou la


conscience d'enfreindre la loi pénale ; appliquée au vol, cette définition signifie
que le voleur doit avoir conscience de soustraire la chose d'autrui. Seule une erreur
de fait portant sur les éléments constitutifs de l'infraction pourrait exclure le dol
général.

Ainsi, Mme Marin pourrait être relaxée, si elle avait cru que les revues étaient
mises à la disposition des passants gratuitement, ce qui bien évidemment n'est pas
le cas. En revanche, l'erreur de droit est généralement inopérante puisqu'en droit
ivoirien : « Nul n'est censé ignorer la loi ».

b- Le dol spécial

Outre ce dol général, certaines infractions impliquent un élément moral spécifique,


dit « dol spécial ».

Ainsi, le vol outre la conscience de soustraire la chose d'autrui (dol général),


requiert-il un dol spécial : la volonté de se comporter en propriétaire de la chose
soustraite. Mme Marin pouvant sans doute plaider qu'elle n'a pas eu l'intention de

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

se comporter en propriétaire, pusqu'elle a procédé immédiatement à la destruction


des revues. Mais, précisément, dans des espèces similaires (soustraction de revues
dans des églises par des prêtres intégristes), la jurisprudence a décidé. Que la
destruction des biens était l'une des manifestations caractéristiques du droit de
propriété (Crim 12 mai 1970 J.C.P 1970, II, 16536, note de Lestang). « L'abusus
étant avec l'usus et le fructus l'un des attributs fondamentaux du droit de propriété
». L'argument développé par Mme Marin ne sera donc pas retenu.

II- LA REPRESSION

Mme Marin peut-elle être relaxée du fait de la noblesse des mobiles ?

A- Le mobile

Le mobile se définit comme la raison profonde pour laquelle l'auteur de l'infraction


a commis son acte, qu'il s'agisse par cupidité, convoitise, haine, vengeance, pitié,
plaisanterie, idéologie politique, le délinquant qui a accompli son acte en
connaissance de cause sera punissable.

Ainsi, à propos du vol, la Chambre criminelle affirme de manière constante que : «


Le délit de vol est constitué quel que soit le mobile qui a inspiré son auteur, dès
lors que la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui est constatée ». En effet,
les mobiles invoqués (la défense de la moralité des enfants du CES), sont sans
incidences sur l'existence de l'infraction. Mme Marin sera donc déclarée coupable
du délit de vol puisque ses agissements sont révélateurs d'une tendance à s'ériger
en justicier.

B- La peine

En principe, le minimum en cas de vol est de 5 ans. Cependant, le tribunal tiendra


compte des circonstances atténuantes puisque même si les mobiles, aussi nobles
qu'ils soient n'ont aucune incidence sur les éléments constitutifs de l'infraction, il

85
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

en va autrement pour l'application de la peine. Mme Marin pourra donc bénéficier


de circonstances atténuantes qui concourront à réduire sa peine.

86
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE

Le 20 janvier 2015, Madame Gentil se promène tranquillement sur la plage de


Grand-Bassam, à l'écart de ses amis et de sa famille, réfléchissant aux nombreuses
difficultés qui l’assaillent depuis quelques temps. Elle est surprise de rencontrer, en
ces lieux, un individu habillé en costume trois pièces avec cravate. Elle ne peut
s'empêcher de l'observer de près tant son accoutrement paraissait insolite en ce lieu
de relaxation et de détente. Elle remarque alors, au poignet de cet individu, une
gourmette en or qui lui est très familière. Il n'y a pas de doute, se dit-elle : il s'agit
d'un bijou qu'elle avait offert à son mari pour fêter les cinq ans de leur mariage et
qui a été volé dans la nuit du 14 au 15 juin 2014 lors d'un vol à main armée
perpétré à leur domicile.

Elle s'approche donc de l'individu qui se trouve être SAM le Forçat un grand
bandit. Ce dernier a souvent été arrêté.

Mais, il a toujours réussi, pour diverses raisons, à échapper à la justice, sauf une
fois. Le 10 février 2010, il a été condamné à 15 mois d'emprisonnement ferme
pour vol et a purgé sa peine. Madame Gentil qui ignore ces informations sur la
personnalité de cet individu étrange pense que celui-ci a acheté la gourmette aux
voleurs ou a leur receleur. Elle s'approche de lui et l'assaille de questions sur
l'origine du bijou.

Elle ne remarque pas le trouble de plus en plus profond qu'elle provoque chez son
interlocuteur. Elle est donc très surprise quand, brusquement, Sam se saisit d'elle
avec force, la terrasse et commence à la déshabiller. Elle se débat avec la dernière
énergie en criant. Sam frappe sa victime à plusieurs reprises et sort un couteau de
sa poche pour déchirer ses sous-vêtements.

Mais le couteau, au passage, fait une entaille au bas-ventre de madame Gentil qui
se retrouve entièrement nue. Au même moment, Sam sent une forte douleur à l'œil
gauche qui se met à saigner. Avec le sursaut du désespoir, madame Gentil qui avait
de faux oncles longs de 15 centimètre environ lui a enfoncé un doigt dans l'œil.

87
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Blessé, Sam abandonne et s'en va sans prêter attention aux cris d'agonie de sa
victime.

Fort heureusement, des baigneurs attirés par la bagarre et les cris, ce sont déjà
approchés d'assez près pour assister à la scène. A leur vue, Sam se met à courir.
Monsieur Justice sort alors son pistolet et tire sur SAM LE Forçat qui s'écroule. La
balle qui n'a atteint aucun organe vital lui a éclaté la tête du fémur.

Madame Gentil est hospitalisée au CHU de Treichville où elle passe six mois. Sam
s'en sort avec un œil en moins et une claudication prononcée dans la démarche.

Il avoue sa participation au hold-up dont les GENTIL ont été victimes. Il est
poursuivi pour : Coups et blessures volontaires, vol aggravé, outrage public à la
pudeur, tentative de vol, omission de porter secours à personne en danger.

Madame GENTIL et Monsieur JUSTICE sont poursuivis pour coups et


blessures volontaires ayant entraîné une infirmité permanente.

TRAVAIL A FAIRE :

- Résumez les faits.

- Indiquer les infractions qui peuvent être retenues contre SAM et les peines qui
peuvent être prononcées contre lui.

- Essayez de convaincre le juge que Madame Gentil et JUSTICE ne peuvent pas


être punis.

88
Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

INTRODUCTION

Résumez des faits

Dans la nuit du 14 au 15 juin 2014, les époux Gentil sont victimes d’un vol à main
armée à leur domicile.

Le 20 janvier 2015, sur une plage, madame Gentil remarque au bras de SAM le
Forçat une gourmette qui leur a été volée à l'occasion de ce hold-up. Elle l'abord et
lui pose des questions sur l'origine du bijou. Mais Sam l'agresse et tente de la
déshabiller. Il s'ensuit une bagarre au cours de laquelle elle crève un œil à Sam et
est blessée au couteau par son agresseur. Celui-ci réussit à la mettre toute nue,
mais doit renoncer à son projet à cause de sa blessure. Il tente de s'enfuir en
courant. Monsieur Justice tire une balle qui l'atteint à la hanche et provoque une
claudication dans sa démarche.

I- LES INFRACTIONS SUSCEPTIBLES D'ETRE RETENUES ET LES


PEINES QUI PEUVENT ETRE PRONONCEE CONTRE SAM

Sam est poursuivi pour coups et blessures volontaires, vol aggravé, outrage public
à la pudeur, tentative de viol, omission de porter secours à personne en danger.

On constate que SAM a eu une activité criminelle qui constitue plusieurs


infractions pour lesquels il n'a pas encore été jugé.

Il se trouve donc en situation de cumul d'infractions. Le problème est de savoir :

- Quelles sont les infractions qui peuvent être retenues contre lui ?

- Quelles sont les peines qui peuvent être prononcées ?

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

A- LES INFRACTIONS SUSCEPTIBLES D'ÊTRE RETENUES

Les éléments constitutifs du viol ne sont pas réunis, Sam est poursuivi pour
tentative de viol. Il convient donc de vérifier que cette qualification peut être
retenue avant d’envisager les problèmes liés au cumul d’infraction.

1- Le problème de la tentative de viol

Selon l’article 28 du Nouveau Code pénal, la tentative est un acte impliquant


sans équivoque l'intention irrévocable de son auteur de commettre l'infraction.

En l'espèce, Sam a brutalement terrassé madame GENTIL et malgré la résistance


farouche opposée par celle-ci, il a insisté violemment et est parvenu à la
déshabiller entièrement en utilisant un couteau. Ces actes démontrent
incontestablement une intention de viol et une forte détermination pour y parvenir.
Ils démontrent que Sam était bien décidé à violer madame GENTIL. Il y a donc
bien tentative de viol.

La tentative est punissable si l’infraction est un crime ou un délit et si cette


tentative a été suspendue en raison de circonstances indépendante de la volonté de
son auteur.

Le crime est une infraction passible d’une peine privative de liberté supérieure à
dix ans.

Le viol est passible d'un emprisonnement de cinq à vingt ans. La peine


d'emprisonnement encourue est supérieure à dix ans. Par conséquent le viol est un
crime.

Par ailleurs, Sam n'a pas renoncé à son projet criminel de lui-même. Il y a été
contraint par la douleur provoquée par sa blessure à l’œil. Cette circonstance est
totalement indépendante de sa volonté. On peut donc dire que la tentative de viol a
été suspendue en raison de circonstances indépendantes de la volonté de son
auteur.

Cette tentative est punissable.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

2- Le problème du cumul d'infraction

En vertu des articles 118 et 119 du Nouveau Code pénal, on doit retenir toutes
les infractions commises par un individu sauf si ces infractions correspondent à des
qualifications incompatibles.

Sont incompatibles des qualifications dont l'une est la conséquence inéluctable de


l’autre ou un de ses éléments constitutifs. Dans ce cas, on retient la qualification
première.

En l'espèce, on doit considérer qu’il est logique que celui qui blesse volontairement
une personne ne lui porte pas secours. L'omission de porter secours à personne est
donc une conséquence logique des blessures volontaires pour l'auteur de celles-ci.
Les deux qualifications sont donc incompatibles. Le délit de coups et blessures
volontaires est la qualification primaire.

C'est donc elle qui sera retenue au détriment du délit d’omission de porter secours
à personne en danger qui en dérive.

Toutes les autres qualifications sont indépendantes les unes des autres.

En conséquence, on pourra retenir les infractions de coups et blessures volontaires,


vol aggravé, outrage public à la pudeur, tentative de viol.

B- Les peines susceptibles d'être prononcées

En vertu de l’article 118 du Nouveau Code pénal, lorsque les différentes


infractions sont constituées par un même fait, elles font obligatoirement l’objet
d'une même poursuite et on ne peut prononcer que les peines et mesures de sûreté
prévues pour l’infraction la plus sévèrement réprimée au regard des peines
principales.

La peine principale la plus sévère est celle qui a le maximum le plus élevé et en
cas d'égalité des maxima, celle qui a le minimum le plus élevé.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

En l'espèce, la tentative de viol et l'outrage public à la pudeur sont constitués par


un même fait : le fait de déshabiller madame GENTIL. Ce sont les circonstances
de cet acte qui entraînent les deux qualifications. Pour la tentative de viol, ce sont
l'absence de consentement et les violences qui la caractérisent et, pour l’outrage
public à la pudeur, c'est la présence des baigneurs qui lui donne un caractère public.

Le viol est passible de l'emprisonnement de cinq à vingt ans, alors que l'outrage
public à la pudeur est passible d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans voire 6 mois
ou 4 ans s'il y a des circonstances aggravantes.

Vingt ans étant supérieur à quatre ans, il est certain que la tentative de viol
commise par Sam est au regard des maxima, l’infraction passible de la peine
principale la plus sévère.

En conséquence, on doit abandonner les sanctions prévues pour le délit d’outrage


public à la pudeur.

Toutes les autres infractions sont constituées de fait totalement ou partiellement


différents.

L’article 119 du Nouveau Code Pénal distingue deux hypothèses, si les


infractions font l’objet d'une seule poursuite, seules les peines et mesures de sûreté
prévues pour l’infraction passible des peines principales les plus sévères peuvent
être prononcées.

En revanche, si elles font l’objet de poursuites différentes, on doit prononcer les


peines et mesures de sûreté prévues pour chacune d’elles.

Dans l’hypothèse d’une poursuite unique, l’emprisonnement à vie prévue pour le


vol à main armé est la peine principale la plus sévère de toutes les peines
encourues, et même du droit pénal ivoirien. Ce sont donc les peines et mesures de
sûreté encourues pour cette infraction qui seront prononcées.

Dans l’hypothèse d’une pluralité de poursuite, (peu probable au moins pour les
infractions commises sur la plage), on prononcera les peines et mesures de sûretés
encourues pour chaque infraction. On prononcera donc les sanctions prévues pour

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

le délit de vol à main armé, délit de coups et blessures volontaire et le crime de


tentative de viol.

Au total, on retiendra contre SAM le Forçat les délits de coups et blessures


volontaires, vol aggravé, outrage public à la pudeur, tentative de viol.

On prononcera contre lui soit les peines relatives aux délits de coups et blessures
volontaires, Vol aggravé, tentative de viol en cas de poursuites distinctes, soit les
peines et mesures de sûreté encourues pour le vol à main armée, en cas de
poursuite unique.

II- MADAME GENTIL ET DE MONSIEUR JUSTICE NE PEUVENT PAS


ETRE PUNIS

A- Le cas de madame Gentil

Madame Gentil est victime d’une agression. Sa situation évoque donc la légitime
défense.

En vertu de l’article 97 N.C.P, il n’y a pas d’infraction en cas de légitime défense.


Il y a légitime défense lorsque les faits ont été commis pour se défendre contre une
agression injuste dirigée contre une personne ou contre des biens juridiquement
protégés.

En l'espèce, madame GENTIL a été violemment agressée par SAM et cette


agression est évidemment injuste dans la mesure où elle constitue plusieurs
infractions. Madame Gentil a été victime de violences physiques ayant entraîné
une hospitalisation de six mois. Ces violences s'inscrivent dans le cadre d'une
agression sexuelle tendant au viol. Ces actes sont manifestement illégitimes et
injustes.

La défense est légitime sous les conditions suivantes :

1) L’agression ne puisse pas être écartée par un moyen plus adapté.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

En l’espèce, la blessure causée à SAM apparaît comme tout aussi évidemment


nécessaire dans la mesure où d’une part madame GENTIL a essayé de résister en
vain et que d'autre part, SAM était sur le point de parvenir à ses fins quand elle a
eu recours à ce coup de griffe sans lequel elle aurait été certainement violée.

2) Les faits soient concomitants à l'agression.

Ce caractère concomitant avec cette agression n'est pas contestable puisque les
coups ont été tous portés pour empêcher l'agresseur de parvenir à ses fins.

3) Et proportionées aux circonstances.

La gravité des blessures de SAM, la perte d'un œil est tout à fait proportionée à la
brutalité de l'agression au risque que celle-ci, faisait peser sur l'intégrité sexuelle,
la dignité et la vie de madame GENTIL. La détermination de l'agresseur, l'usage
d'un couteau et la gravité des blessures causée à madame GENTIL, laissent peu de
place au doute quant à la probabilité de réalisation de ces risques.

Au total, toutes les conditions de la légitime défense sont réunies.

Madame GENTIL n'a donc pas commis d'infraction.

B- Le cas de justice

Justice a tiré sur Sam au moment où ce dernier prenait la fuite et ne constituait


aucune menace immédiate pour qui que ce soit. Son tir a néanmoins permis
d’arrêter le bandit. Les circonstances de son intervention ne permettent pas
d'envisager que le fait justiciable de l'ordre ou l'autorisation de la loi.

Selon l'article 99 du Nouveau Code Pénal, il n'y a pas d'infraction lorsque les
faits sont ordonnés ou autorisés par la loi. Il est admis que lorsque la loi ordonne
ou autorise un résultat, cet ordre ou cette autorisation vaux pour tous les faits qui
permettent d'atteindre ce résultat sans l'outrepasser.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

L'article 88 du Nouveau Code de Procédure Pénale autorise toute personne à


arrêter l'auteur d'un crime ou délit flagrant et de le conduire devant l'officier de
police judiciaire le plus proche. Il est admis que cette autorisation permet l'usage
de la violence qui n'aboutit pas à un homicide.

En l'espèce, Sam a commis des coups et blessures volontaires et une tentative de


viol et il a été surpris sur le fait. Il y a donc flagrant.

Par ailleurs, les coups et blessures causées par JUSTICE à Sam ont simplement
permis d'immobiliser celui-ci et de l'appréhender alors qu'il prenait la fuite après
avoir commis des faits d'une gravité extrême. Cette gravité des faits rendait
impérative son arrestation et justifiait l'usage de tous moyens ne portant pas
atteinte à sa vie. L'acte de JUSTICE est donc proportionné aux nécessités de
l'arrestation de SAM.

JUSTICE doit donc bénéficier du fait justificatif de l'ordre de la loi.

Au total, Madame GENTIL et Monsieur JUSTICE peuvent invoquer pour leur


défense, les faits justificatifs de légitime défense pour l'une et de l'ordre ou
autorisation de la loi pour l'autre et subsidiairement l'excuse atténuante de
provocation.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CAS PRATIQUE
Pour faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires, le ministre du
commerce a pris un arrêté fixant des prix maxima de vente de certains produits aux
consommateurs, pour la période du 1er janvier au 30 juin 2016.

Dans le but de faciliter l'application de cet arrêté, le Conseil Municipal de Cocody


a adopté une délibération par laquelle elle soumet à autorisation, sous peine d'une
amende de 10 000 à 250 000 Francs, la vente de ses produits en dehors des
marchés.

L'arrêté du Ministre a été immédiatement diffusé auprès des services de contrôle


du Ministère du Commence et a fait l'objet d'un communiqué commenté
diversement dans la presse. Il est paru au journal officiel le 15 mai 2016.

L’arrêté du Maire pris en application de la délibération du Conseil Municipal a,


quant à lui, été affiché dans les locaux de la mairie le 31 mars 2016 puis
communiqué aux organisations professionnelles de commerce de la commune.

Dans la période visée par l'arrêté ministériel, les agents de la mairie et ceux du
ministère ont effectué plusieurs contrôles et dressé deux procès verbaux à
l'encontre de Monsieur PORNON. Le premier, établi par les agents de la Mairie de
Cocody le 15 mars 2016 constate une infraction de vente illicite de denrée
alimentaire sans autorisation en violation de la délibération du Conseil Municipal.
Le second, émanant des agents de contrôle du ministère du commerce et daté du
30 mai 2016, constate des ventes au-dessus des prix maxima fixés par l'arrêté
municipal.

C'est sur le fondement de ces deux procès verbaux que le sieur PORNON qui
commercialise les produits de ses plantations dans une boutique contiguë à son
domicile, a été cité à comparaître devant le tribunal correctionnel d'Abidjan
Plateau pour le délit de pratique de prix illicites et la contravention de vente de
produits alimentaires sans autorisation municipale.

Indiquez à Monsieur PORNON tous les moyens de droit pouvant lui permettre de
se défendre efficacement devant le tribunal correctionnel.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU CAS PRATIQUE

Important : Veuillez-vous référer à la Constitution de 2016.

Résumé des faits en rétablissant la chronologie :

- Arrêté du ministre ;

- Publication (date de) ;

- PV des agents du ministère (date du) ;

- Arrêté du municipal ;

- Procès-verbal des agents de la mairie ;

- Publication de l’arrêté communal.

Problème de droit : La violation des arrêtés qui soumettent l’exercice de certains


commerces à autorisation ou limitent la hausse des prix de certains produits peut-
elle constituer un délit ou une contravention ? Ces arrêtés pourraient-ils
s'appliquer aux faits reprochés à PORNON ?

Annonce du plan (nécessaire parce que ne reprend pas les problèmes posés).

La réponse à ces questions dépend de la légalité de ces arrêtés (I) et dans


l'affirmative de leur application dans le temps (II).

I- LA LEGALITE DES ARRETES

a. Énoncer des règles applicables

-- L'article 13 de la récente Constitution garantit la liberté d’entreprendre.


L'article 7 affirme le principe de la légalité des délits et des peines et de la non
rétroactivité.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

-- Les articles 101 et 103 de la constitution disposent que seule la loi peut créer
des délits et fixer les peines qui leurs sont applicables.

-- L’article 106, permet au gouvernement, habilité par le Parlement, de prendre de


façon exceptionnelle des mesures visant à déterminer des crimes ou délits et à fixer
leurs peines par ordonnances qui, une fois ratifiées, ont valeur de loi.

-- l'article 2 de l’ordonnance n° 2013-662 du 20 septembre 2013 réaffirme le


principe de la liberté des prix. L’article 4 autorise le gouvernement à limiter cette
liberté par décret en Conseil des ministres.

Le non respect de cette limitation constitue une pratique de prix illicite sanctionnée
d'une amende de 100 000 à 50.000.000 F CFA.

-- Selon l’article 1er de la loi relative aux contraventions celles-ci et les peines
qui leur sont applicables sont déterminées par décret en Conseil des Ministres.

-- Le décret (1969) établissant les contraventions fait de la violation des décrets et


arrêtés légalement fait par l'autorité administrative ou municipale une
contravention de deuxième classe.

b- Application

-- En l'espèce, les limitations de la concurrence ont été instituées par arrêtés pris
par le Ministre et le maire. Ces arrêtés sont illégaux pour plusieurs raisons.

La chaîne de normativité résultant des différents textes ne permet ni au Ministre du


commerce, ni au Conseil municipal de limiter la liberté du commerce ou celle des

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

prix ou d’instituer un délit ou une contravention. Aucune de ces deux autorités


n’est habilitée à déterminer les peines applicables à une contravention.

-- L’arrêté du Ministre du commerce a limité la liberté des prix en violation des


dispositions de l’ordonnance. En conséquence, la violation de cet arrêté illégal ne
peut constituer le délit institué par cette ordonnance qu’elle a méconnue.

-- En soumettant à autorisation l’exercice de certains commerces en dehors des


marchés, l’arrêté du Maire a limité la liberté d'entreprendre en violation de l'article
13 de la Constitution.

-- L’arrêté du maire a institué une contravention et déterminé les peines qui lui
seraient applicables en violation de l’article 1er de la loi de 1969. PORNON ne
peut donc pas être constitutif d’une contravention instituée illégalement.

c- Conclusion

Les deux arrêtés étant illégaux leur violation ne peut constituer la contravention de
deuxième classe instituée par le décret de 1969 qui précise bien que les décrets et
arrêtes doivent être légalement pris.

II- L'APPLICATION DANS LE TEMPS DES DISPOSITIONS


MUNICIPALES

a- Règle applicable

L'article 7 de la Constitution posent le principe dit de la non-rétroactivité des


incriminations et pénalités nouvelles. En vertu de ce principe, les régies nouvelles
d’incrimination et de pénalité ne peuvent être appliquées qu'a des faits commis
après leur entrée en vigueur. Les lois et règlements entrent en vigueur trois jours
francs après leur publication au journal officiel ou après leur publication par trois
communiqué radio diffusés et affichage dans les préfectures.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

b- Application

Même, en faisant abstraction du mode de publication, on constate que :

- L'arrêté du ministre a été publié au journal officiel du 15 mars. Il est donc entré
en vigueur le 19 mars.

Les faits reprochés à PORNON ont été constatés postérieurement à l’entrée en


vigueur de l'arrêté ; il aurait donc été applicable s'il n'avait pas été illégal.

-- L'arrêté municipal a été affiché dans les locaux de la mairie le 31 mars 2016. Mr
PORNON a été verbalisé par les agents municipaux le 15 mars 2016 avant la
publication de l’arrêté municipal. L’arrêté n'est donc pas applicable à ces faits.

Au total, les faits commis par PORNON ne sont pas constitutifs d’infraction et ne
peuvent pas être sanctionnés sur la base des deux arrêtés visés par la poursuite en
raison de leur caractère illégal.

NOTE :

Les arrêtés étant illégaux, la question de leur application dans le temps est sans
intérêt pratique. Elle a été examinée juste pour les besoins de l'exercice.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

Commentaire de texte

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

COMMENTAIRE

Commentaire de l'article 2 du Nouveau Code Pénal

Le texte à commenter est une disposition de l'article 2 du Nouveau Code Pénal


ivoirien issue de la loi n° 2019-574 de 2019.

ARTICLE 2

Constitue une infraction tout fait, action ou omission, qui trouble ou est susceptible
de troubler l'ordre public ou la paix sociale en portant ou non atteinte aux droits des
personnes et qui comme tel est légalement sanctionné.

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Exercices + Corrigés de Droit Pénal Général - LICENCE II - Ivoire-Juriste

CORRECTION DU COMMENTAIRE D'ARTICLE

Ce texte met en évidence la notion d'infraction pénale en précisant ses traits


caractéristiques ou distinctifs. En effet, au sens de l'article 2 précité, l'infraction
pénale consiste en un fait matériel qui peut être positif lorsque l'infraction dont il
s'agit est de commission ou négatif lorsque l'infraction dont il s'agit est d'omission.
Ensuite, le fait infractionnel doit avoir troublé l'ordre public en portant atteinte aux
intérêts des personnes juridiques, qu'il s'agisse de particuliers ou de personnes
morales de droit privé. Enfin, et surtout, l'infraction doit être sanctionnée par la loi.

Il ressort donc de l'économie du texte soumis à commentaire d'une part la


matérialité de l'infraction (I) et d'autre part sa légalité (II).

I- La matérialité de l'infraction

A- Un fait consistant en une action ou une omission

B- Un fait troublant l'ordre ou la paix publique

II- La légalité de l'incrimination et de la sanction

A- Une infraction incriminée par la loi

B- Une infraction sanctionnée par la loi

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DOCUMENTS PROPOSES

- Annales de droit Administratif Général

- Annales de droit Civil 2

- Annales de Finances Publiques

- Annales de droit commercial

- Manuel de la méthodologie en droit

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